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  • Bruxelles, IET (6 octobre 2016 - 19 janvier 2017) : Questions de Bioéthique, un corps assumé ou augmenté?

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  • Pays-Bas : le DPNI remboursé ou le choix de l'exclusion prénatale

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    De genethique.org :

    LE DPNI REMBOURSÉ AUX PAYS-BAS OU LE CHOIX DE L’EXCLUSION PRÉNATALE

    Le 20 septembre, le ministre de la Santé néerlandais a annoncé que le DPNI[1] serait mis à disposition de toutes les femmes enceintes à partir du 1er avril 2017, et en grande partie remboursé par la sécurité sociale[2]. Cette décision se base sur un rapport technique du conseil de la santé, qui compare le DPNI aux méthodes de dépistage plus anciennes et/ou invasives.

    Renate Lindeman, présidente du collectif Downpride, déplore le report du débat éthique promis, décalé au mois de décembre 2016. Une pétition, lancée par son collectif au printemps 2015, avait recueilli en moins d’un an les 40 000 signatures nécessaires pour constituer une initiative citoyenne examinée par le Parlement. Mais la discussion n’a pas suivi. Les actions du collectif ont été ignorées.

    D’autres associations expriment leurs préoccupations, mais peinent à être entendues : 

    • Blackbook Downsyndrome a rassemblé des témoignages de parents d’enfants atteints de trisomie 21 : ces familles ont reçu un accompagnement inadapté ou estiment avoir subi des pressions pour le dépistage ou l'avortement. Leurs témoignages révèlent combien les craintes initiales, à l’annonce du diagnostic, ne reflètent pas la réalité et la joie qu'ils éprouvent aujourd’hui. Blackbook Downsyndrome a été présenté au ministre de la Santé néerlandais en février 2016, ainsi qu’à la télévision nationale.
    • Une campagne d’affichage est lancée ce 27 septembre, devant le Parlement, pour sensibiliser à l’effet négatif de la politique de dépistage néerlandaise sur les personnes atteintes de trisomie 21 et leurs familles.

    « Nous craignons, explique Renate Lindeman, que le DPNI - focalisé à détecter la trisomie 21 - devienne la norme en matière de ‘soin prénatal’. Déjà, la question la plus fréquemment posée à une mère et son enfant atteint de trisomie 21 est : ‘N’avez-vous pas pu faire le test ?’. Certaines mères, moi y compris, se sont vues à plusieurs reprises demander : ‘Pourquoi avez-vous choisi d'avoir un enfant atteint de trisomie 21?’ et même ‘Pourquoi n’avez-vous pas choisi d'avorter ?’. Ainsi, avoir un enfant atteint de trisomie 21 serait le résultat d'un choix personnel plutôt que d'origine naturelle ».

    Cette logique est dangereuse : « Nous voyons de plus en plus de commentaires sur les réseaux sociaux, critiquant le fait d’avoir un enfant demandant des soins onéreux. S’il s’agit d’un ‘choix’ personnel, pourquoi la société paierait ? ». Les médias répandent cette opinion. Mais « les investissements dans la recherche, le développement et la mise en œuvre du dépistage prénatal avec le DPNI se chiffrent aussi par centaines de millions d'euros », rétorque Renate Lindeman, et « à l’inverse, peu de programmes de recherche existent pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de trisomie 21. C’est un signal clair de la société qui a chois la solution de l'exclusion prénatale ».

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    [1] Dépistage prénatal non invasif

    [2] Le coût total du DPNI est de 460€, les femmes paieront 175€ et les 285€ restant seront remboursés par le gouvernement.

  • France : l'étau du totalitarisme anti-vie se resserre

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    De genethique.org :

    NOUVEAU TOUR DE FORCE DU GOUVERNEMENT POUR IMPOSER UN DÉLIT D’ENTRAVE NUMÉRIQUE À L’IVG

    La ministre des droits des femmes, Laurence Rossignol annonce à l’AFP ce jour que « Le gouvernement va introduire un amendement au projet de loi égalité et citoyenneté, afin d'élargir le délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) aux sites internet qui véhiculent des informations "biaisées" sur l'avortement ».

    Cette annonce n’était attendue que demain (cf. IVG : Laurence Rossignol souhaite créer un « délit d’entrave numérique) pour la journée internationale sur le droit à l’avortement. Mais sans surprise, comme à son habitude, le gouvernement communique et explique qu’il forcera le débat parlementaire sur ce sujet, dans un texte déjà en cours de discussion.

    Le délit d’entrave subrepticement intégré dans le projet de loi égalité et citoyenneté

    Le projet de loi égalité et citoyenneté a déjà été discuté à l’Assemblée nationale fin juin, début juillet (voir le dossier législatif), et le Sénat le discutera en séance dans une semaine, le mardi 4 octobre. Le texte est fleuve, 41 articles, et une fois encore, comme dans la loi santé, le gouvernement présentera un amendement in extremis en séance, un amendement qui sera noyé dans un flot de sujets divers et variés.

    Il faut noter que le projet de loi égalité et citoyenneté a comme objectif d’« aller plus loin, faire vivre l’égalité, renforcer la citoyenneté, […] chercher sans répit, sans fausses excuses, à nous hisser à la hauteur des exigences des Français. C’est porter toujours plus haut nos ambitions », exposait le Premier ministre, Manuel Valls, au premier comité interministériel à l’égalité et à la citoyenneté (CIEC). Il poursuit aussi l’objectif de réaffirmer et de rassembler « autour des valeurs de la République », d’incarner ces valeurs « dans le quotidien de tous nos compatriotes », enfin, de faire vivre « une République en actes », notamment auprès de « La jeunesse de France [qui] est particulièrement en proie au doute ».

    On peut penser que le délit d’entrave numérique pourrait trouver sa place dans plusieurs parties du projet de loi consacré à « l’émancipation des jeunes » (chapitre 1er), ou plus probablement dans le  titre III consacré à faciliter « la répression des délits de provocation, de diffamation ou d’injures fondées sur les origines, l’identité ou l’orientation sexuelle ainsi que, plus généralement, la répression de tous les crimes et délits commis pour des raisons racistes ou discriminatoires fondées sur l’identité ou l’orientation sexuelle ».

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  • Cette troisième guerre mondiale qui fait rage : la guerre contre la Vie

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    La troisième guerre mondiale est celle contre la vie

    Riccardo Cascioli sur la Nuova Bussola Quotidiana (traduction par nos soins)

    C’était en février 1995, lors de la Conférence internationale des Nations Unies sur le développement social à Copenhague, la Première Dame des Etats-Unis à l’époque, Hillary Clinton, haranguait le public des délégués en réclamant le droit à l'avortement "rare, légal, sûr". Ce n’était certes pas une nouvelle prise de position ; quelques mois plus tôt déjà, lors de la Conférence du Caire, elle avait essayé d'insérer l'avortement parmi les moyens recommandés pour le contrôle des naissances.

    Mais la chaire d'où partait l'appel et l'autorité de celle qui le lançait lui conférait objectivement une force qui ne pouvait pas passer inaperçue. À 21 ans de distance, il apparaît clairement que ce discours n'était pas été un simple exercice de rhétorique, mais l’explicitation d'une priorité politique pour les États-Unis, destinée à avoir un effet profond sur la réalité de nombreuses populations. Au point que si nous voulons utiliser l'expression «troisième guerre mondiale», celle-ci serait mieux adaptée à la guerre contre la vie qui est menée sans quartier partout dans le monde, avec un bilan annuel de 50 millions de victimes tant il y a d'avortements qui sont pratiqués. Aucune autre guerre n'a jamais été plus sanglante et plus globale que celle-là.

    Ce n’est pas un hasard si la Sainte Mère Teresa de Calcutta affirmait que l'avortement est le plus grand destructeur de la paix. Mais vous savez ce qui se passe avec les saints: on exalte l’aspect qui plaît le plus au monde, et on oublie tout ce qui pourrait paraître plus gênant pour le monde lui-même.

    De toute façon, la guerre est menée sur plusieurs fronts: le premier est immédiat et consiste à attaquer la législation des pays qui interdisent encore l'avortement, en totalité ou à quelques exceptions près. Dans le viseur, ce sont surtout les pays d'Amérique latine, mais comme nous le voyons dans l’actualité de ces derniers jours, même en Europe on ne plaisante pas: ce qui est arrivé en fin de semaine pour l'Irlande, avec des manifestations dans le monde entier pour appuyer la demande d’un référendum constitutionnel, est tout de même inquiétant. La Pologne est également dans le collimateur, et il ne se passe pas une session des agences de l'ONU à Genève sans qu’une condamnation ne soit prononcée à l’encontre de Varsovie. Tandis qu’ici (en Italie), des gens se mobilisent, récoltant des centaines de milliers de signatures pour présenter un projet de loi qui réintroduirait le crime de l'avortement provoqué.

    L'Irlande et la Pologne, connues comme des terres de solide tradition catholique, ont une valeur symbolique forte, ce qui explique les ressources que le lobby pro-avortement investit pour renverser la législation. Du reste, il suffit de se rappeler la façon dont a été accueilli dans le monde le vote du référendum irlandais qui a sanctionné la reconnaissance du mariage homosexuel.

    L'autre aspect est celui de l'objection de conscience, une institution que l’on voudrait supprimer, encore une fois au son des jugements et des recours devant les tribunaux internationaux. Pour ceux qui prétendent que l'avortement est une chose naturelle et évidente, il est évident que l'objection de conscience les gêne: elle indique que la pratique en question a au moins quelque chose de moralement discutable, qui n’est pas normal. C’est une pensée intolérable pour ceux qui veulent imposer un système de pensée unique.

    À l'appui de l'élimination de l'objection de conscience des législations concernées dans le monde, il y a aussi un autre front, à savoir celui de la revendication d'un prétendu «droit à l'avortement», qui devrait être compté parmi les droits humains fondamentaux. Dans ce cadre, les agences de l’ONU mais aussi les organisations humanitaires connues (le cas le plus flagrant étant celui d’Amnesty International) jouent un rôle de premier plan.

    Il y a au moins un autre front qui doit être souligné, celui de la propagande éco-catastrophique. Réussir à convaincre de l'existence d'une urgence climatique, par exemple, rend plus acceptable la suspension de certaines libertés et garanties personnelles. Elle fait aussi passer par-dessus tout l'idée que la population excessive - et excessivement consumériste - conduit à la destruction de l'environnement, la Terre. Et c’est la vieille idée malthusienne de l'insuffisance des ressources pour une population croissante qui est de retour. "La population source de pollution" fut un slogan à succès lors des années 70 qui a contribué énormément à la croissance des mouvements écologiques. Mais aujourd'hui, il est remplacé par un message encore plus direct: «Plus de monde = plus d’émissions de dioxyde de carbone."

    Il n'y a rien qui soit laissé au hasard dans cette guerre; ce n’est pas l'esprit du temps qui conduit inévitablement à ces conséquences, mais bien une politique précise poursuivie systématiquement et de façon persistante, par un pouvoir qui n’est pas réductible aux intérêts et aux actions d'un seul État.

    Saint Jean Paul II désignait tout cela sous le vocable de "culture de la mort", qui s’oppose à la "culture de la vie", deux catégories qui ont été pourtant abandonnées, qui sait pourquoi. Ce qui est sûr, c’est que ce faisant - ou en perdant de vue les dimensions réelles des enjeux – on fragilise encore davantage la position de ceux qui, dans cette guerre mondiale, se rangent du côté de la défense de la vie humaine.

  • Papes et évêques peuvent-ils vraiment être émérites ?

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    De l’abbé Claude Barthe, sur le site du bimensuel « L’Homme Nouveau » :

    dyarchie.jpg« Dans Dernières conversations, Benoît XVI justifie son choix de renoncer à sa charge et son titre de pape émérite en se référant à la démission des évêques arrivant au terme de leur charge. Une nouveauté dont on n’a peut-être pas mesuré toutes les conséquences.

    Après les propos de Mgr Gänswein, Préfet de la Maison pontificale et secrétaire du pape émérite, le 20 mai dernier, à l’Université Grégorienne, traitant de l’« élargissement du ministère pétrinien », le cardinal Brandmüller indirectement (« Renuntiatio Papæ. Alcune riflessioni storico-canonistiche », revue en ligne Statoechiese.it, 18 juillet 2016) et Mgr Sciacca directement (« Il ne peut pas exister de papauté indivise », La Stampa, 16 août 2016) ont mis en cause la notion confuse de « pape émérite ».

    En soi, l’appellation d’emeritus – de emereo, achever de remplir sa carrière – peut sembler adaptée à la situation d’un ­pape qui a renoncé à sa charge. Sauf que, dans le passé, pour éviter tout risque d’immixtion, on donnait aux antipapes qui abandonnaient leur titre pontifical un titre épiscopal et cardinalice (il ne semble cependant pas que l’on ait pris cette précaution pour Célestin V après sa démission, mais son successeur, Boniface VIII, l’a mis « sous surveillance »). 

    Il faut remarquer que ce problème est le même pour les évêques diocésains qui renoncent à leur charge. En effet, après Vatican II, Paul VI décida que les évêques diocésains avaient à présenter leur démission à 75 ans (motu proprio Ecclesiæ sanctæ, 6 août 1966, n. 11 ; rescrit, 5 novembre 2014) (le pape se réserve d’accepter ou de prolonger le mandat de l’évêque), disposition passée dans le canon 401. Or, auparavant, aux (rares) évêques démissionnaires était accordé le titre honorifique d’un siège ancien aujourd’hui supprimé (par exemple, Mgr Auvity, démissionnaire de Mende en 1945, est fait évêque titulaire de Dionysania). Aujourd’hui, en revanche, l’évêque diocésain démissionnaire figure dans l’Annuaire pontifical, après le nom de l’évêque du diocèse, comme « évêque émérite ».

    Une capacité de démettre sans précédent 

    En réalité, la difficulté proprement juridique et « constitutionnelle » est autrement plus grave pour eux que pour le Pontife romain. Certes, il a toujours été possible qu’un évêque, y compris celui de Rome, renonçât librement à sa charge, ou encore que le pape le lui demandât pour de graves raisons. Et si l’évêque résistait, il est arrivé que le pape le démît : ainsi procéda Pie VII avec les évêques français qui ne voulaient pas librement renoncer après le Concordat de 1801 avec Bonaparte.

    Mais la nouvelle règle institue au profit du pape une capacité de démettre les évêques qui n’avait jamais existé (alors que le décret Christus Dominus de Vatican II disait seulement que les évêques diocésains : « sont instamment priés de donner leur démission, soit d’eux-mêmes, soit sur l’invitation de l’autorité compétente, si, du fait de leur âge avancé, ou pour toute autre raison grave, ils deviennent moins aptes à remplir leur charge » [n. 21]). On peut se demander si elle est parfaitement conforme à la divine constitution de l’Église fondée sur le gouvernement du Successeur de Pierre et des Successeurs des Apôtres unis à lui. Ceux-ci ne sont pas de simples préfets du pape : à chaque évêque diocésain est confiée par le pape une portion du troupeau, une Église particulière, dont il devient l’époux mystique. Le seul fait de l’accès à l’âge de 75 ans ne semble pas un motif suffisant pour présumer que l’évêque est devenu inapte et que son lien « matrimonial » doit être rompu, d’autant qu’il n’en est pas ainsi pour le pape. La mesure était d’ailleurs tellement inouïe que la rédaction législative semble hésiter : « L’évêque diocésain qui a atteint 75 ans accomplis est prié – rogatur – de présenter sa renonciation à son office ». En clair, le Code ne lui fait pas obligation stricte, mais exerce une pression sur sa liberté. Qu’adviendrait-il s’il était sourd à cette « prière » ? 

    En outre, Paul VI a cru bon d’édicter une autre règle s’appliquant cette fois aux cardinaux : par le motu proprio Ingravescentem ætatem, du 21 novembre 1970, ceux-ci, lorsqu’ils atteignent l’âge de 80 ans perdent automatiquement leur droit de siéger dans les organes de Curie et surtout d’entrer en conclave pour élire un nouveau pape. Certes, la fonction cardinalice – les cardinaux représentent les membres éminents du clergé de Rome qui désignent le pape – n’est pas, quant à ­elle, d’institution divine. Mais dans la mesure où le collège cardinalice a toujours aujourd’hui pour première fonction d’élire le pape, on peut se demander comment se justifie, selon le droit naturel cette fois, l’incapacité qui frappe les cardinaux octogénaires. D’autant que le pape n’y est pas soumis.

    Ce qui crée une situation étrange. La Réforme grégorienne et la Réforme tridentine avaient consacré de manière très heureuse la centralisation de l’Église romaine autour du pape. Bien loin de s’estomper après le dernier concile, cette « papalisation » s’est encore accrue. Les concordats qui concédaient encore aux pouvoirs civils la nomination des évêques diocésains, auxquels était ensuite conférée l’investiture canonique par le pape, ont été modifiés les uns après les autres pour réserver dans tous les cas la nomination au Pontife romain dans toute l’Église latine (le cas résiduel du concordat concernant l’Alsace-Moselle étant purement théorique, car c’est de fait le pape qui nomme aux évêchés de cette région). Et en outre, grâce aux mesures prises par Paul VI, le pape a une capacité qu’il n’eût jamais à ce degré de renouveler l’épiscopat à sa guise.

    L’Église encore plus romanisée

    Alors que la liturgie romaine et l’ecclésiologie (œcuménisme, liberté religieuse) ont tourné la page du tridentinisme, la structure hiérarchique postconciliaire est ainsi plus tridentine aujourd’hui qu’elle ne l’était avant Vatican II. À moins que cette accentuation du rôle du pape, dans un contexte idéologique très différent de celui d’avant le Concile, ne puisse plutôt s’analyser comme une imitation par la société ecclésiastique de la « présidentialisation » des démocraties modernes. Toutes choses égales, bien entendu, notamment parce que le pape est élu à vie. Quand il ne démissionne pas.

    Ref. Papes et évêques peuvent-ils vraiment être émérites ?

    La question subsidiaire est de savoir si l’éméritat d’un pape peut être comparé à celui d’un évêque ? L’évêque démissionnaire reste évêque. Il conserve la plénitude du sacrement de l’ordre qu’il tient de son ordination épiscopale. Il perd seulement sa juridiction, territoriale ou autre. C’est parce qu’il est élu évêque de Rome que le pape est aussi pasteur universel d’une manière singulière (les évêques le sont aussi, mais collégialement). Cette singularité ajoute-t-elle quelque chose de spécifique à son éméritat comparé à celui d’un autre évêque ? Et si oui, son élection ou son intronisation a-t-elle un lien avec le sacrement de l’ordre ou bien l’éméritat d’un « pape » est-il seulement une manière honorifique de dire, sans ajouter quoi que ce soit à la nature "intime" de la paternité dont chaque évêque est investi ?

    A ce sujet, il peut être intéressant de noter ce que Benoît XVI écrit dans ses « Dernières Conversations » avec Peter Seewald :

    «  […] Un Père arrête, lui aussi. Il ne cesse évidemment pas d’être Père, mais il renonce à des responsabilités concrètes. Il reste père dans un sens profond, intime, avec une relation et une responsabilité particulières, mais il n’accomplit plus les tâches de Père […].

    On a tout de même fini par admettre que si l’évêque est chargé d’une mission sacramentelle qui continue à le lier intérieurement, il n’est pas obligé d’être maintenu éternellement dans sa fonction.

     A mes yeux, il est clair que le pape n’est pas un surhomme et que sa simple existence ne suffit pas ; il doit également exercer des fonctions. Quand il se retire, il renonce à sa fonction tout en conservant, de manière très intime, la responsabilité qu’il a assumée. On finira par comprendre peu à peu que le pontificat n’a rien perdu de sa grandeur, même si la dimension humaine de la charge apparaît peut être plus distinctement » (pp. 45-46).

    JPSC

  • Syrie : pour l'archevêque d'Alep, s'il y a des crimes de guerre, ils sont perpétrés des deux côtés

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    Lu sur le site du Point.fr (Jérôme Cordelier) :

    L'archevêque d'Alep : "Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés"

    Mgr Jean-Clément Jeanbart, joint par téléphone dans la partie de la ville syrienne aux mains du régime de Bachar el-Assad, confie sa colère et son désarroi.

    Le Point.fr : Comment vivez-vous actuellement à Alep ?

    Jean-Clément Jeanbart : Nous arrivons à nous ravitailler, grâce aux organisations humanitaires, par exemple l'Unicef. Mais nous n'avons pas d'électricité, l'eau est souvent coupée, le travail devient impossible. Il n'y a plus d'emplois. Nous sommes terrorisés par ce qui se passe. La situation n'a jamais été aussi préoccupante. Ce que nous espérions avec la dernière trêve malheureusement n'a pas eu lieu. Qu'allons-nous devenir ? Depuis cinq ans nous vivons sous les bombes. Notre ville, naguère, était prospère, hyperactive, cosmopolite ; tout le monde pouvait y vivre ensemble, main dans la main. Et maintenant ?  Tout cela est réduit à néant. On dirait qu'Alep subit le même sort qu'Hiroshima ou Nagasaki. Allons-nous pouvoir un jour reconstruire tout cela ? Nous sommes terrassés, mais nous gardons espoir.

    Partagez-vous les condamnations devant l'ONU des représentants français, américains et anglais dénonçant les bombardements russes et syriens comme « crimes de guerre » ?

    Avant d'incriminer, il faut vérifier. Beaucoup d'informations arrivent de façon faussée. Je vois toutes ces violences, toutes ces batailles, mais je ne sais pas quelle conclusion en tirer… Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés. Toute guerre est un crime. Je condamne la guerre d'où qu'elle vienne. Je vous dis cela en toute bonne foi. Je ne me couvre pas les yeux, je n'ai pas peur que l'on m'arrête. Je demande qu'une seule chose : que toutes les parties s'assoient autour d'une table, et on trouvera une solution. Mais si certains refusent le dialogue, qu'ils sortent ! Pour vivre ensemble, il faut d'abord respecter l'autre. Ce pays appartient à tous les Syriens. Personne ne peut prétendre à un droit exclusif sur cette terre. Arrêtons cette folie ! Que cherchez-vous ? Vous voulez détruire ce pays et vous le partager comme des loups ? C'est une guerre pleine de sang, d'argent, de corruption, de mensonges. Arrêtez de jouer en dessous de la table ! Laissez-nous tranquilles ! Qu'avons-nous fait pour mériter cela ? Je parle en homme d'Église, avec sa conscience et son cœur. Chaque jour qui passe, je souffre comme si je perdais un frère ou une sœur.

    Quand nous nous étions vus à Paris il y a quelques mois vous imploriez les chrétiens de ne pas fuir Alep. Est-ce toujours votre état d'esprit ?

    Oui, et plus que jamais, car, sans prétention, je pense que notre société a besoin des chrétiens parce qu'ils œuvrent pour la convivialité, l'acceptation de l'autre, la gratuité. Ici, les chrétiens ont souvent été à l'avant-garde, en médecine, en sciences et en urbanisme, notamment. La Syrie, qui a vu naître le christianisme et des centaines de millions de chrétiens qui ont contribué à son édification, est ma terre autant que celle des autres. Nous devons rester ici parce que nous y sommes enracinés, autant religieusement que socialement. En moins de deux ans, nous avons restauré 250 maisons pour que leurs habitants restent, nous avons fourni des prêts gratuits à 70 jeunes, nous avons proposé des bourses d'études pour 1 200 élèves, nous avons créé un centre de formation aux métiers du bâtiment, un centre de promotion pour les femmes, une coopérative alimentaire… Nous avons lancé un mouvement qui s'appelle Bâtir pour rester. Nous attendons avec impatience la paix, qui sera le salut de tout le monde. Le 6 octobre, nous rassemblerons plus de mille enfants chrétiens et musulmans de sept à douze ans pour prier ensemble pour la réconciliation et la paix.