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Bénédictions et désobéissance à Rome : quelles conséquences ?

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De kath.net/news :

Désobéissance à Rome : quelles sont les conséquences ?

3 mai 2021

Les appels dissimulés ou ouverts à la désobéissance contre l'interdiction romaine des bénédictions soulèvent la question de savoir si un tel comportement contre l'unité de l'Eglise reste sans conséquences. Entretien de kath.net avec le Dr. Gero Weishaupt, juriste canonique. Par Michael Koder

Cologne (kath.net/mk) Les réactions rebelles des évêques et autres responsables ecclésiastiques des pays germanophones au responsum (la décision) de la Congrégation pour la doctrine de la foi contre la bénédiction des partenariats homosexuels soulèvent de nombreuses questions : que peut-il arriver à un évêque qui appelle publiquement à la désobéissance contre Rome ou qui la tolère ? Un croyant qui ne se sent pas représenté par son propre évêque sur cette question peut-il faire appel directement à Rome ? Le Dr Gero Weishaupt, avocat canonique et juge diocésain de Cologne, a répondu à ces questions et à d'autres dans une interview accordée à kath.net :

kath.net : Dr Weishaupt, que peut-il arriver, en vertu du droit canonique, à un évêque qui, contrairement au responsum, procède lui-même à des bénédictions de couples de même sexe, les appelle ou les encourage expressément dans son diocèse, ou tolère délibérément de telles bénédictions ?

Dr. Gero Weishaupt : Si un évêque, en dépit du responsum de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont le pape François a ordonné la publication et a ainsi exprimé qu'il l'avait fait sien, permet que des bénédictions aient lieu dans son diocèse, les encourage ou même tolère de telles bénédictions, alors il s'agit clairement d'un acte de désobéissance de la part de l'évêque envers le pape, dont l'autorité curiale en matière de foi et de morale a agi en son nom. La désobéissance concerne donc directement le Pape, et indirectement la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Par cette désobéissance, l'évêque rompt le serment de fidélité qu'il a prêté lors de sa prise de fonction.  Outre la promesse de fidélité au Pape, l'évêque promet de protéger l'unité de l'Église universelle et de s'efforcer de toutes ses forces "de conserver pur et inchangé le dépôt de la foi transmis par les Apôtres". Il est donc "tenu de promouvoir l'ordre commun de toute l'Église, et donc d'insister sur l'observation de toutes les lois de l'Église".

La désobéissance qui découle du refus de mettre en œuvre le responsum papal perturbe donc l'unité avec le pape. C'est un acte schismatique, qui repose certes sur une hérésie, dans la mesure où la bénédiction des relations homosexuelles exprime au moins l'idée qu'il peut y avoir des relations autres que le mariage entre un homme et une femme qui sont ordonnées à la communion sexuelle. C'est en contradiction flagrante avec la vérité révélée sur le mariage (Gn 1, 26-27 : "Dieu créa l'homme à son image ; il le créa à l'image de Dieu. Il les créa mâle et femelle") et à la nature essentielle de l'homme, dont la raison humaine tire la loi morale naturelle.  

De plus, la bénédiction des couples homosexuels est un abus de la bénédiction qui est un sacramental. La bénédiction est une violation de l'ordre liturgique. Puisque, selon l'ordre actuel de l'Église, seul le Siège apostolique peut instituer de nouveaux sacramentaux, abolir les sacramentaux existants ou les modifier, une célébration de bénédiction pour les partenariats homosexuels serait, à proprement parler, une simulation d'un sacramental (inexistant), c'est-à-dire une fausse bénédiction.

Et maintenant, les conséquences juridiques : Un évêque qui ignore et agit contrairement à l'interdiction papale de bénir les couples de même sexe encourt l'excommunication en tant que peine d'acte, c'est-à-dire qu'elle survient dès qu'un évêque prône publiquement la bénédiction des unions homosexuelles, par cet acte même. Une telle sanction devrait être établie par décret par le Pape après admonestation, pour qu'elle puisse avoir ses effets juridiques dans la sphère extérieure.
Si le contrevenant fait preuve de discernement, s'abstient de commettre l'infraction et demande réparation, il a le droit de voir l'excommunication levée. Mais s'il ne montre aucune amélioration, le Siège Apostolique peut également sanctionner l'évêque de manière supplémentaire, avec la déposition ou la révocation parmi les possibilités.

kath.net : Quelle est la différence entre l'excommunication elle-même et sa détermination externe, par exemple, par décret papal ?

Weishaupt : Tant qu'une excommunication survenue de son propre chef n'est pas établie par décret ou qu'une excommunication est imposée par une sentence pénale, elle reste dans la sphère dite interne du droit et ne lie QUE la personne concernée, l'excommunié, mais ne peut être exécutée. Il est interdit à une personne excommuniée d'accomplir un service lors d'une célébration liturgique, d'administrer des sacrements ou des sacramentaux, et de recevoir des sacrements (des sacramentaux peuvent être reçus), d'exercer des charges, des ministères ou des fonctions ecclésiastiques, ou d'accomplir des actes de gouvernance. Ces actes, c'est-à-dire la nomination de pasteurs et l'érection de paroisses par un évêque, sont invalides EN PREMIER lieu avec la déclaration externe d'excommunication. Ce n'est qu'à cette condition qu'un laïc devra également être tenu à l'écart de tous les services liturgiques et qu'il ne pourra plus assumer de fonctions, par exemple au sein du conseil paroissial ou en tant que parrain ou marraine.

kath.net : Que peut-il arriver à un prêtre ou à un autre agent pastoral (assistant pastoral) qui procède à de telles bénédictions ?

Weishaupt : La réponse à cette question est la première. Lui aussi est excommunié par l'acte lui-même. Dans ce cas, toutefois, c'est l'évêque local respectif qui est chargé de déterminer l'excommunication du prêtre ou de l'agent pastoral en question. Si l'évêque lui-même ignore le responsum, il ne sanctionnera probablement pas un tel prêtre et pasteur. Dans ce cas, toutefois, le fidèle peut faire appel par l'intermédiaire du nonce apostolique ou directement auprès du pape ou d'une autorité romaine (Congrégation pour la doctrine de la foi, Congrégation pour les évêques, Congrégation pour le clergé et, parce que la bénédiction est un abus liturgique, également auprès de la Congrégation pour les sacrements).  Selon le droit canonique, les fidèles "ont le droit, et parfois même le devoir, de faire connaître aux pasteurs spirituels leurs opinions sur ce qui concerne le bien de l'Église." Je sais, par exemple, que le nonce apostolique transmet à Rome les plaintes des fidèles et que Rome y répond également.

kath.net : Est-il logique qu'un croyant s'adresse directement au pape ou à une autorité romaine ?

Weishaupt : En tout cas. Chaque croyant peut se tourner directement vers Rome. Il existe également une possibilité de recours juridique : tout croyant peut porter à l'attention de l'évêque une infraction pénale ou toute autre faute contre la discipline de l'Église. En cas de soupçon de crime, l'évêque doit ouvrir une enquête préliminaire, à l'issue de laquelle une procédure administrative ou pénale peut être engagée contre le pasteur en question. Une action peut également être intentée contre un évêque. Toutefois, ce n'est alors pas le tribunal ecclésiastique de l'évêque qui est compétent, mais le pape lui-même.

kath.net : Un tel prêtre ou évêque désobéissant administre-t-il encore validement les sacrements ?

Weishaupt : Ici, comme nous l'avons déjà expliqué, il faut distinguer entre, d'une part, la peine d'excommunication, qui survient automatiquement avec l'exécution du délit, et, d'autre part, l'occurrence de l'excommunication établie par décret. Tant que cette dernière n'a pas eu lieu, les sacrements sont toujours validement administrés. Toutefois, s'il y a un décret déclaratif d'une autorité ecclésiastique, les sacrements de la Confession - sauf en cas de danger de mort - de la Confirmation et du Mariage ne sont plus valablement administrés. Tous les autres sacrements (baptême, eucharistie, ordination sacerdotale, onction des malades) continueront à être administrés validement, mais seront toujours non autorisés si l'excommunication a été établie.  

kath.net : Le déploiement de drapeaux arc-en-ciel sur les bâtiments paroissiaux ou leur affichage sur les sites Internet des paroisses ou des associations catholiques - comme cela s'est trop souvent produit ces dernières semaines - constitue-t-il déjà une désobéissance au responsum, qu'un croyant peut dénoncer à Rome ?

Weishaupt : L'existence d'un acte schismatique dépend de l'intention de celui qui en est l'instigateur. En fonction de cela, il est excommunié de plein droit. Les conséquences juridiques à l'extérieur n'auraient que si, comme il a été dit plus haut, la sanction de l'acte a été établie par un décret.

Le Dr. Gero P. Weishaupt est prêtre et avocat canonique. Il a été vicaire judiciaire/officiel du diocèse de 's-Hertogenbosch (Pays-Bas) de 2008 à 2013, juge du tribunal pénal interdiocésain de la province ecclésiastique néerlandaise depuis 2012, juge diocésain à temps plein à l'office de l'archidiocèse de Cologne depuis 2013, chargé de cours de droit canonique et de documents ecclésiastiques à l'Institut théologique du diocèse de Roermond depuis 2015, autres conférences invitées, par exemple au Benedict XVI College à Heiligenkreuz près de Vienne. Il a publié plusieurs livres ainsi que des articles canoniques et maintient sa propre page d'accueil [https://www.geroweishaupt.com/].

Note : Un catholique du diocèse de Münster a déposé une plainte directement auprès de la Congrégation pour la doctrine de la foi au sujet de sa paroisse et de son évêque local, demandant des conséquences en vertu du droit canonique. L'attaché de presse épiscopal avait déclaré qu'il n'y aurait "aucune conséquence ou sanction" si des prêtres bénissaient des unions entre personnes de même sexe. L'intégralité de la lettre peut être lue ici [https://www.kathnews.de/ein-grundrecht-der-glaeubigen-wahrgenommen].

Commentaires

  • Concernant les évêques, voici une citation de Saint Hilaire de Poitiers (IVème siècle) : "Ils sont nombreux en effet ceux qui simulent la foi sans être soumis à la foi : ils se forgent à eux-mêmes leur foi plutôt qu'ils ne la reçoivent, gonflés de leurs vaines opinions humaines ...
    Il faut répondre à l'impiété qui s'égare, à l'égarement des vains discours, à la vanité des paroles séductrices; et il faut répondre par la pureté de la doctrine, par la vérité de la foi. "

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