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  • L'encyclique Magnifica Humanitas ne fait-elle que traiter de l’intelligence artificielle ?

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    De John M. Grondelski sur The Catholic Thing :

    L'unité anthropologique de « Magnifica Humanitas »

    14 juillet 2026

    Magnifica humanitas, l’encyclique inaugurale du pape Léon XIV, est largement perçue par le grand public comme traitant de l’intelligence artificielle. L’opinion générale est que, à l’instar de son homonyme il y a 135 ans dans Rerum Novarum, le pape Prevost entend aborder les « choses nouvelles » du XXIe siècle.

    Pour citer Abraham Lincoln : « Il y a une part de vérité là-dedans… »  Mais pour reprendre sa citation : « … Je m’en réjouis, mais ce n’est pas ENTIÈREMENT vrai. » (italiques dans l’original)

    Certains vont même jusqu’à présenter Magnifica humanitas comme un abandon par le pape de la « théologie pelvienne » au profit de la « justice sociale ».

    Il y a bien moins de vérité là-dedans.

    Si le pape a cherché à aborder les « choses nouvelles », les bons intendants savent comment puiser dans le trésor de l’Église « des choses anciennes et nouvelles » (Matthieu 13, 52). Oui, nous devons aborder les « choses nouvelles ». Mais nous les abordons avec la sagesse d’autrefois.

    Ce qui est toutefois au cœur de *Magnifica humanitas*, c’est une vérité anthropologique plus fondamentale : la personne humaine est irremplaçable.  La personne humaine est insubstituable. Comme nous l’a rappelé Vatican II, la personne humaine est la seule créature sur terre que Dieu ait voulue pour elle-même (Gaudium et spes, 24).  

    Le défi que pose l’intelligence artificielle, sur le plan pratique, réside dans le risque de chômage qu’elle fait peser sur les humains en raison de la technologisation du travail, en particulier des tâches élémentaires souvent qualifiées de « débutantes ».  Cela menace tout particulièrement les populations vulnérables : les jeunes qui tentent de percer sur le marché du travail, les personnes inexpérimentées et celles qui n’ont pas reçu de formation. Si, il y a dix ans, une certaine suffisance conseillait aux mineurs de « apprendre à coder », la réponse orgueilleuse d’aujourd’hui pourrait être « perfectionnez vos compétences de barista ».

    L’emploi et le chômage ne sont pas seulement des phénomènes économiques, car le travail (comme l’a noté le pape Jean-Paul II il y a 45 ans dans *Laborem exercens*) n’est pas seulement un facteur de coût. L’emploi est essentiel à l’épanouissement humain (qui est une catégorie plus vaste et plus importante que la prospérité économique elle-même, bien que ces deux notions ne s’excluent pas mutuellement).  

    Les gens ont besoin de travailler. Une société qui prive les gens de travail – au nom d’une vision utopique ou pour maximiser les profits – est une société inhumaine. Et ne laissons pas certains s’en tirer en minimisant cette vérité, sous prétexte qu’ils refusent d’admettre que ce qu’ils souhaitent, c’est une société régie uniquement par l’économie. Comme le dit le vieil adage, ce sont des gens qui connaissent le prix de tout, mais la valeur de rien.

    L’IA pose également un défi théorique. Depuis Platon – et surtout depuis Descartes –, on est tenté de considérer l’être humain comme un esprit qui n’est qu’un simple habitant d’un corps. Le transhumanisme contemporain ne fait que radicaliser cette erreur en imaginant une conscience détachée de l’incarnation. 

    L’anthropologie chrétienne insiste au contraire sur le fait que la personne humaine est une unité incarnée dont la dignité ne peut être réduite à de l’information ou à des calculs. (Bien sûr, selon certains théologiens des premiers temps, c’est précisément cet état d’incarnation qui a provoqué la rébellion diabolique.) Le fait que certains « transhumanistes » aient en tête des visions d’esprits détachés de leurs corps suggère que la menace théorique persiste.

    Le problème fondamental n’est pas la technologie : c’est l’humanité.

    Oren Cass a saisi ce problème dans ses réflexions sur la question couramment posée lors d’événements sociaux : « Que faites-vous dans la vie ? »  Comme l’observe Cass, cette question sert généralement à cataloguer les gens : faire X vous vaut des mérites particuliers, faire Y est sans intérêt (sauf lorsque ceux qui jouissent de ces mérites particuliers ont besoin de livraisons de repas, de réparations de plomberie ou de travaux d’électricité).  

    Très peu de gens posent la question du point de vue de la valeur anthropologique chrétienne du travail, c’est-à-dire : en quoi ce que vous faites exprime-t-il qui vous êtes ?

    Une vérité cruciale de *Magnifica humanitas* est la centralité et le caractère irremplaçable de la personne humaine. L’homme n’est pas simplement un penseur qu’une machine peut remplacer.  L’homme n’est pas simplement un travailleur que le robot devrait remplacer. L’encyclique pose la question suivante : pensez-vous que la distinction qualitative d’une personne l’emporte sur sa substituabilité fonctionnelle potentielle d’un point de vue technico-économique ? Une personne est-elle plus qu’un simple rouage dans le grand dessein de quelqu’un ?

    Car il n’est pas un simple rouage dans le dessein de Dieu. Oui, Dieu l’a créé et lui a même confié une tâche à accomplir, non pas en guise de châtiment pour le péché, mais parce que cela était essentiel à sa nature et à son rôle en tant qu’image et ressemblance de Dieu.  La place de l’homme dans l’univers de Dieu est celle d’une personne libre et aimante, invitée à participer à l’amour libre et éternel avec trois Personnes aimantes.  Tel est le message du salut.  Cela diffère fondamentalement de la conception de l’homme comme simple « rouage » divin.

    Dans la mesure où Magnifica humanitas illustre comment l’IA pourrait mettre en péril cette vérité, elle met en lumière une perspective sur une question plus large à laquelle le pape répond d’un point de vue chrétien : qui est l’homme ?  Mais cette question n’est pas seulement soulevée par l’IA. Elle est en jeu dans la mentalité de la « pilule », qui se reflète dans les contraceptifs des années 1960 et, aujourd’hui, dans les abortifs que sont la mifépristone et le misoprostol. Cette position part du principe que les problèmes humains et les conséquences des choix humains peuvent être résolus par une sorte de « pilule ».  Elle trouve un écho dans les sous-cultures de la drogue et de l’alcool, qui imaginent que le bonheur humain peut, temporairement, être induit chimiquement.  

    Elle est impliquée dans ce que l’archevêque sud-africain Denis Hurley a un jour appelé « l’impératif technologique » et l’écrivain Walker Percy « la technophilie » – l’idée que si nous pouvons faire quelque chose, nous pouvons le faire, voire que nous devrions peut-être le faire. Et personne ne peut remettre le génie dans la bouteille une fois que quelqu’un a franchi le Rubicon technologique.  

    C’est cette mentalité qui considère que la fécondation d’ovules en éprouvette n’est qu’une autre façon de faire des bébés, un « processus », peut-être même meilleur en termes de « contrôle qualité » que la méthode traditionnelle. L’amour conjugal n’est-il qu’un « processus » parmi d’autres ?

    C’est pourquoi, n’en déplaise aux David Gibson de ce monde, Magnifica humanitas n’est pas un choix binaire – et encore moins une opposition – entre « théologie pelvienne » et « justice sociale ». La justice sociale commence dans l’utérus : comment un enfant y arrive-t-il et est-il protégé une fois qu’il y est ?  Oui, cet enfant devrait un jour avoir la possibilité de travailler. Mais ce droit présuppose la possibilité préalable de vivre. Dieu n’a pas créé l’homme à son image et à sa ressemblance uniquement pour qu’il travaille : il l’a créé avant tout pour qu’il soit.

  • Le visage du prochain. Théologie de la relation dans l’épreuve de la fin de vie. (Marie-Laetitia Calmeyn)

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    De Marie-Laetitia Calmeyn sur le site de la Nouvelle Revue Théologique (article offert) :

    Le visage du prochain. Théologie de la relation dans l’épreuve de la fin de vie

    NRT 148-3 (2026), p. 385-395

    Dans le contexte des débats contemporains sur la fin de vie, cet article propose de recentrer la réflexion sur la dimension relationnelle du soin. À partir d’une interrogation fondamentale – qui est l’autre pour moi ? – il développe une théologie du prochain enracinée dans la tradition biblique et chrétienne. L’auteur met en lumière le primat du don et de la communion sur les logiques utilitaristes ou strictement décisionnelles, en s’appuyant notamment sur la notion de visage et sur le mystère pascal. L’expérience de la vulnérabilité, particulièrement dans la maladie et l’approche de la mort, révèle le prochain comme celui qui appelle à une transformation intérieure et à une relation de fraternité. Ainsi, le soin est compris non seulement comme une pratique, mais comme un lieu théologique où se déploient la présence, la charité et l’espérance.

    Les débats en France autour des lois sur la fin de vie ces dernières années ont replacé les soignants au cœur de questions humaines, éthiques et spirituelles d’une extrême intensité. Il est inévitable que resurgisse face à la souffrance, à la dépendance, à la demande de mourir ou au refus de l’acharnement thérapeutique, cette interrogation fondamentale : qu’est-ce que soigner ? S’agit-il de répondre à une demande, d’exercer une compétence technique, ou d’entrer dans une relation plus profonde avec celui ou celle qui souffre et qui approche de la mort ?

    En cherchant à encadrer les pratiques, les évolutions législatives risquent de déplacer le centre de gravité du soin : de la relation vers la décision individuelle, de la présence vers un « droit à », du service de la vie vers une maîtrise illusoire et mortifère, du respect des consciences et des institutions à un « totalitarisme sournois1 ». Elles suscitent, entre autres chez les soignants, un véritable désarroi.

    Dans ce contexte, il devient essentiel de revenir à une question plus originaire : qui est l’autre pour moi ? Comment me situer face au prochain dans la relation de soin ?

    Le patient est-il d’abord un sujet de droit, un bénéficiaire de prestations, un porteur de demandes ? Ou bien est-il aussi celui qui m’est confié, celui dont la vulnérabilité m’appelle, celui qui, d’une certaine manière, me révèle bien plus que moi-même ?

    La tradition biblique et chrétienne propose ici un éclairage décisif. Elle invite à penser la relation non pas seulement en termes d’actes ou de décisions, mais comme une vocation : vocation à la vie, à la rencontre, à la présence, à la communion. Elle ouvre ainsi à l’approche du care un chemin qui conduit de la relation de soin à une relation plus profonde encore : celle de la fraternité.

    C’est dans cette perspective que nous proposons de relire la figure de « l’autre » et du « prochain ». Car, au cœur même de la fragilité, au seuil de la mort, quelque chose de décisif se joue : la manière d’être en relation – et peut-être, plus profondément encore, la manière d’aimer.

    Lire la suite sur le site de la Nouvelle Revue Théologique

  • Édouard de Habsbourg-Lorraine : Pourquoi le christianisme demeure le fondement de l'Europe

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    De Jan-C Bentz sur le Catholic Herald :

    Édouard de Habsbourg-Lorraine : Pourquoi le christianisme demeure le fondement de l'Europe

    Eduard de Habsbourg-Lorraine est devenu l'un des plus éloquents défenseurs du christianisme, de la vie familiale et du patrimoine culturel d'Europe centrale. Membre de la maison de Habsbourg, diplomate, auteur et commentateur, il a été ambassadeur de Hongrie auprès du Saint-Siège et de l'Ordre souverain de Malte de 2015 à cette année. Outre ses activités diplomatiques, il est l'auteur de plusieurs ouvrages à succès, dont « La Voie des Habsbourg » , qui explore les vertus ayant façonné la dynastie des Habsbourg ; « Construire une famille saine dans un monde brisé » ; et, plus récemment, sa défense passionnée de la liturgie romaine traditionnelle dans « À la découverte de la messe latine » , où il s'interroge sur la portée culturelle et spirituelle de l'héritage liturgique de l'Église.

    Lors de la récente conférence ARC à Londres (Alliance for Responsible Citizenship), Habsbourg a évoqué la contribution particulière de l'Europe centrale à l'avenir de l'Europe, la relation entre la foi et le conservatisme, et le désir croissant des jeunes générations pour une vision politique et culturelle plus enracinée.

    Le Catholic Herald : Vous avez parlé de l’Europe centrale et de sa contribution à l’Europe. Que peut apporter l’Europe centrale au reste du continent ?

    Eduard Habsburg-Lothringen : Ce qui caractérise l'Europe centrale, c'est que ses nations connaissent très bien l'équilibre complexe entre souveraineté nationale et appartenance à quelque chose de plus grand que soi.

    Ils ont appris cela sous la monarchie des Habsbourg.

    Pendant des siècles, des peuples très différents ont vécu au sein d'un cadre politique plus vaste tout en conservant leurs identités, leurs langues et leurs traditions propres. Plus tard, après l'effondrement de l'Empire et à travers les douloureuses expériences du XXe siècle, ils ont réappris ces leçons sous d'autres formes.

    De ce fait, des pays comme la Hongrie, l'Autriche, la Slovaquie, la Slovénie, la République tchèque et même certaines régions des Balkans occidentaux possèdent une compréhension particulièrement fine des relations entre autorité centrale, subsidiarité, souveraineté et identité nationale.

    Il existe une remarquable continuité culturelle dans toute la région. Que l'on voyage à travers la Hongrie, la Slovaquie, certaines parties de la Croatie ou même l'ouest de l'Ukraine, on rencontre encore des traces d'une langue culturelle commune qui s'est développée au fil des siècles.

    Parallèlement, nombre de ces nations luttèrent âprement pour leur indépendance, parfois même contre les Habsbourg qui les avaient gouvernées. Cette expérience leur conféra un instinct particulièrement aigu pour le maintien de leur souveraineté tout en participant à des structures politiques plus vastes.

    C’est pourquoi l’Europe centrale est devenue une voix si importante au sein de l’Europe aujourd’hui. Ces pays comprennent à la fois la valeur de l’autonomie nationale et les avantages d’une coopération plus large.

    CH : L’Europe est-elle disposée à écouter cette voix ?

    EHL : Il existe toujours une tentation vers une plus grande centralisation.

    Lorsqu'une bureaucratie importante existe, elle tend naturellement à étendre son autorité. Les bureaucraties sont vulnérables à cette tentation. Face à cette tendance, plusieurs pays d'Europe centrale se sont fait les fervents défenseurs du principe de subsidiarité et de la responsabilité nationale. Ils rappellent que l'Europe est plus forte lorsque les nations souveraines contribuent librement à un projet commun, au lieu d'être réduites à de simples unités administratives.

    Je crois que l'importance de cette voix ne cessera de croître car l'évolution politique semble de plus en plus aller dans ce sens.

    CH : Quelle a été votre impression d’ARC jusqu’à présent ?

    EHL : Je dois dire que je suis sincèrement enthousiaste.

    Pour moi, c'est une expérience totalement inédite de me retrouver réuni avec quatre mille personnes dans un cadre pareil.

    J'ai passé beaucoup de temps à interroger les participants sur ce qui, selon eux, les unit tous ici. Après tout, ils viennent de pays différents, de religions différentes, de traditions politiques différentes et même d'interprétations différentes de ce que signifie être conservateur.

    La réponse que j'ai trouvée la plus convaincante, c'est l'espoir.

    Il règne un fort sentiment de volonté d'avancer dans la bonne direction. On observe une vision optimiste de l'avenir de la société. Je perçois très peu de pessimisme et de morosité. Au contraire, je vois des gens se demander ce qui peut être construit, ce qui peut être renforcé et ce qui peut être renouvelé. L'un des aspects les plus importants d'ARC réside non seulement dans les conférences, mais aussi dans les échanges qui s'ensuivent. Les participants retrouvent régulièrement d'anciens amis, font de nouvelles rencontres et discutent de projets d'avenir.

    Ce qui me frappe également, c'est que la conférence ne s'articule pas autour d'une poignée de personnalités charismatiques. On y ressent un esprit d'égalité et un objectif commun. Cela permet de privilégier les idées plutôt que les figures individuelles.

    CH : Tout au long de la conférence, les valeurs chrétiennes ont été largement abordées. En tant que catholique, quelle contribution particulière les catholiques peuvent-ils apporter à ce débat ?

    EHL : La première chose que je dirais, c’est que la mission de l’Église catholique n’est pas d’améliorer la société.

    Cela peut paraître surprenant, mais l'Église existe avant tout pour aider les gens à connaître Dieu, à vivre avec lui et, en fin de compte, à atteindre le ciel. Bien sûr, les catholiques peuvent apporter une contribution importante aux débats conservateurs. En fait, je pense que notre contribution la plus importante est de rappeler aux conservateurs que les valeurs dissociées de la foi s'érodent inévitablement.

    Les valeurs conservatrices ne peuvent perdurer sans les convictions religieuses qui les sous-tendent. Prenons l'exemple de la famille. L'idée d'une famille nombreuse n'a guère de sens si l'on n'a pas la foi. Rares sont ceux qui acceptent les sacrifices, les charges et les responsabilités liés à l'éducation des enfants par simple principe politique abstrait. Ces sacrifices sont consentis parce que l'on croit en quelque chose de plus profond.

    C’est pourquoi je souhaite voir une voix catholique plus forte et plus affirmée au sein du mouvement conservateur. Les catholiques peuvent rappeler à tous le fondement sans lequel tout finit par s’effondrer.

    CH : ARC rassemble des catholiques, des protestants, des orthodoxes et même des personnes d’autres confessions. Quel est votre avis sur cet aspect de la conférence ?

    EHL : C’est précisément ce que j’apprécie le plus.

    Le pape François a souvent parlé d’un « œcuménisme de sang ». Il voulait dire par là que ceux qui persécutent les chrétiens ne se soucient généralement pas de savoir si leurs victimes sont catholiques, protestantes ou orthodoxes. De son côté, ARC crée un espace de coopération constructive entre chrétiens de différentes traditions, voire entre croyants de différentes religions.

    Cela ne signifie pas faire comme si nos différences n'existaient pas. Je ne crois pas que l'œcuménisme fonctionne en estompant les distinctions doctrinales. Il s'agit plutôt de reconnaître nos préoccupations communes et les domaines où nous pouvons collaborer. À ARC, je peux discuter avec un évêque anglican, puis avec un responsable évangélique, puis avec une personne d'une tradition chrétienne totalement différente, et pourtant reconnaître un héritage commun et une préoccupation partagée pour l'avenir.

    Voilà, je crois, ce qu'est un véritable œcuménisme.

    CH : Enfin, quel serait votre message civilisationnel aux jeunes chrétiens ?

    EHL : Je perçois un attrait croissant pour les valeurs conservatrices chez les jeunes générations.

    Dans de nombreux domaines – au sein de l'Église, en politique et dans la culture en général – la jeune génération se montre en réalité plus conservatrice que les précédentes. Je pense que quelque chose d'important est en train de se produire.

    Des conférences comme ARC offrent des espaces où l'on peut reconnaître ce fait, en discuter ouvertement et se soutenir mutuellement. Après les nombreuses conversations que j'ai eues ici, je suis plus optimiste quant à l'avenir politique qu'avant mon arrivée. Mon plus grand souhait est que des jeunes animés de véritables convictions chrétiennes s'engagent en politique. Nos systèmes politiques ne facilitent peut-être pas encore cette démarche. La politique exige inévitablement des compromis, et l'hésitation de nombreux chrétiens est compréhensible. Mais je souhaite ardemment voir des jeunes hommes et femmes, profondément croyants et aux convictions claires, s'engager dans la vie publique et œuvrer avec courage pour la famille, la vie humaine et les valeurs chrétiennes.

    Pour l'instant, cela peut paraître presque irréaliste. Mais peut-être que cela aussi peut changer.

  • La Fraternité Saint-Pie-X fait appel au Vatican contre le décret de schisme

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    De Walter Sanchez Silva sur ACI Prensa via EWTN NEWS :

    La Fraternité Saint-Pie-X fait appel au Vatican contre le décret de schisme

    La société a interjeté appel auprès du Dicastère pour la Doctrine de la Foi le 11 juillet, arguant qu'en vertu du droit canonique, cette mesure suspend le récent décret d'excommunication.

    Des évêques de la Fraternité Saint-Pie-X participent à la consécration de quatre nouveaux évêques au séminaire de la Fraternité à Écône, en Suisse, le 1er juillet 2026. | Crédit : Fraternité Saint-Pie-X
     
    Des évêques de la Fraternité Saint-Pie-X participent à la consécration de quatre nouveaux évêques au séminaire de la Fraternité à Écône, en Suisse, le 1er juillet 2026. | Crédit : Fraternité Saint-Pie-X

    13 juillet 2026

    La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a interjeté appel auprès du Vatican contre le décret qui a déclaré le groupe traditionaliste en schisme avec l'Église catholique pour avoir consacré quatre évêques sans autorisation papale.

    Selon un communiqué de la société — dont les membres sont connus sous le nom de lefebvristes —, le recours a été soumis au Dicastère pour la doctrine de la foi le 11 juillet, neuf jours après que le groupe a été déclaré schismatique.

    Invocation du canon 1353

    La déclaration de la FSSPX, publiée le 13 juillet, indique que « par cet appel, la société souhaite exercer le droit que l’Église reconnaît à toute personne qui s’estime lésée par un acte administratif de demander sa rectification, dans un esprit de respect envers l’autorité ecclésiastique et d’adhésion fidèle à la justice, à la vérité et au bien de l’Église. »

    Il ajoute que le recours est « la condition préalable à l’éventuel dépôt d’un recours hiérarchique » et « a pour effet de suspendre l’exécution du décret, conformément au canon 1353 du Code de droit canonique ».

    Le canon 1353 stipule qu'un appel ou un recours contre une sentence judiciaire ou contre un décret qui impose ou déclare une peine quelconque a un effet suspensif.

    « La Fraternité Saint-Pie X remet cette demande aux autorités compétentes et confie cette procédure aux prières de tous les fidèles », conclut le communiqué.

    Cet appel fait suite à une lettre adressée par les lefebvristes au pape Léon XIV, publiée le 3 juillet , dans laquelle ils rejettent les excommunications décrétées par le Vatican après la consécration illicite des quatre nouveaux évêques — mesures qu’ils ont qualifiées d’« objectivement injustes et invalides ».

    Origines des Lefebvristes

    Ce groupe, fondé par l'archevêque français Marcel Lefebvre en 1970, a pour but la préservation de la liturgie traditionnelle antérieure aux réformes introduites après le concile Vatican II, tout en maintenant son opposition à certains aspects de l'enseignement conciliaire sur l'œcuménisme, la liberté religieuse et la collégialité.

    Mgr Lefebvre fut excommunié en 1988 pour avoir consacré quatre évêques sans l'autorisation de saint Jean-Paul II. Cette sanction fut levée par Benoît XVI en 2009.

    Deux des évêques que Mgr Lefebvre a consacrés — Alfonso de Galarreta et Bernard Fellay — ont participé à la récente consécration illicite, ce qui a conduit à leur excommunication une fois de plus.

    La FSSPX a ignoré les avertissements de l'Église catholique lui interdisant d'ordonner de nouveaux évêques, y compris un appel de Léon XIV lui-même, qui écrivait à la Fraternité le 30 juin : « Dans cet esprit, et rempli d'affection chrétienne, je vous supplie et vous demande de tout mon cœur : je vous en prie, revenez sur votre décision ! Je vous en prie, revenez sur votre décision ! »

    Le supérieur général de la FSSPX est le père Davide Pagliarani, prêtre italien. Selon les statistiques de la Fraternité au 1er décembre 2025, elle compte 733 prêtres de 50 nationalités différentes (sans compter les six évêques qui la composent actuellement), avec un âge moyen de 47 ans.

    Qu'est-ce qu'un schisme en droit canonique ?

    Le canon 751 du Code de droit canonique stipule que le schisme est « le refus de se soumettre au Souverain Pontife ou de communier avec les membres de l’Église qui lui sont soumis ». La peine pour cette infraction canonique est généralement l’excommunication, comme ce fut le cas pour la FSSPX.

    Plusieurs évêques — dont ceux du Panama et de San Antonio, au Texas — ont averti les fidèles de ne pas participer aux messes ni de solliciter les sacrements auprès des prêtres du groupe schismatique.

    Walter Sánchez Silva est rédacteur en chef d'ACI Prensa (https://www.aciprensa.com). Fort de plus de 15 ans d'expérience, il a couvert d'importants événements ecclésiastiques en Europe, en Asie et… Voir sa biographie complète
  • Le charisme de saint Camille : assister les malades avec la tendresse d'une mère

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    D'Antonio Tarallo sur la NBQ :

    Le charisme de saint Camille : assister les malades avec la tendresse d'une mère

    Saint Camille de Lellis « nous a demandé de prendre soin des malades avec la même affection et la même tendresse qu’une mère a pour son unique enfant malade ». À l’occasion de la mémoire liturgique du fondateur des Ministres des Malades, La Bussola s’entretient avec le camillien Ange Désiré Ouedraogo.

    14_07_2026

    Hôpital San Giovanni-Addolorata de Rome : les sirènes des ambulances accompagnent notre conversation avec le père Ange Désiré Ouedraogo, religieux camillien et aumônier de cet hôpital romain. En ce jour de la fête de saint Camille de Lellis (1550-1614), nous souhaitons réfléchir avec lui à ce que signifie, aujourd’hui, incarner l’esprit qui animait le saint fondateur des Ministres des Malades.

    Père Ange, que signifie être camillien aujourd'hui ?

    Répondre à cette question n'est pas simple, car elle ne remet pas tant en question nos actions (auxquelles nous avons déjà de nombreuses réponses) que notre être profond. Elle touche au cœur même de l'identité de ceux qui ont consacré leur vie entière au service des malades. Être camillien aujourd'hui, c'est avant tout préserver et actualiser un don reçu, le charisme que Dieu a confié à saint Camille de Lellis : le don d'être le Christ pour les malades et, en même temps, de reconnaître en eux le visage du Christ. C'est aussi incarner l'esprit et la mission que Dieu a voulu donner à l'Église par le témoignage de Camille, qui, pour vivre cet appel, a créé une véritable « nouvelle école de charité » : l'Ordre des Ministres des Malades, connu sous le nom de Camilliens. Enfin, il nous faut nous souvenir de notre quatrième vœu : servir les malades, même au péril de notre vie. Dans un monde blessé, être camillien aujourd'hui signifie être une présence prophétique et un signe tangible de la miséricorde et de la tendresse du Christ pour toute la souffrance humaine.

    Que signifie être au service des souffrants à l'hôpital ?

    Pour un camillien, l'hôpital n'est pas simplement un lieu de travail, mais la « vigne mystique du Seigneur », c'est-à-dire un espace sacré comparable à un lieu de culte. Dans ce contexte, être au service signifie avant tout être présent : être présent, se rapprocher et devenir un « prochain » pour autrui, comme nous l'enseigne la parabole du Bon Samaritain. Cela signifie être une présence historique (physique, concrète) et prophétique, devenir un signe tangible de la miséricorde du Christ pour ceux qui souffrent. Servir à l'hôpital se traduit par plusieurs attitudes fondamentales. Centralité et intégrité de la personne : cela signifie placer le patient au centre de sa globalité physique, sociale et psychologique, en le reconnaissant comme la personne même du Seigneur. Présence au pied de la croix : cela signifie se tenir spirituellement et physiquement au pied des innombrables croix que nous rencontrons à travers le monde, témoignant d'un Dieu qui n'est pas distant, mais qui souffre avec l'humanité. Servir avec amour maternel : préserver et mettre en pratique l’inspiration originelle de saint Camille, qui appelait à soigner les malades avec la même affection et la même tendresse qu’une mère pour son enfant unique malade. Accompagnement spirituel : offrir une présence qui apaise les souffrances de l’âme, notamment par la pastorale et l’aumônerie.

    Quelles sont les paroles les plus importantes de saint Camille de Lellis qui vous viennent à l'esprit dans votre service ?

    « Plus de cœur dans ces mains, frères, plus de cœur ! » – peut-être la phrase la plus connue : un appel pressant à prodiguer des soins dévoués, passionnés et profondément humains. C'est l'invitation à mettre de l'amour dans chaque geste. Puis, « Dieu est tout, le reste n'est rien » : cette expression me revient très souvent à l'esprit dans les services, surtout à la fin d'une conversation intense avec un malade, lorsque, après avoir partagé sa douleur, nous redécouvrons ensemble ce qui compte vraiment dans la vie. « Continue, toi qui es découragé, ce n'est pas ton œuvre, c'est la mienne » : ce sont les paroles encourageantes que Camille disait avoir entendues directement du crucifix dans un moment de crise profonde. Elles nous reviennent à l'esprit dans les moments de lassitude ou face aux difficultés institutionnelles et personnelles, pour nous rappeler que nous ne sommes que des instruments d'une œuvre plus grande.

    Comment parler d'espérance et de vie éternelle à celui qui, à cet instant précis, traverse le drame de la maladie ou du deuil ?

    Devant la souffrance, les mots doivent avant tout s'incarner, devenir présence. Saint Camille de Lellis nous a enseigné à communiquer l'espérance par une proximité attentive et discrète, nous conseillant d'employer peu de mots, mais empreints de compassion . Nous parlons d'espérance lorsque nous devenons nous-mêmes des « icônes de miséricorde » : à l'instar d'une icône sacrée, notre présence doit offrir un aperçu de quelque chose de plus grand et nous aider à y entrer. Outre l'espérance légitime de la guérison physique, nous avons la mission de témoigner que la véritable espérance ne réside pas seulement dans la santé physique, mais aussi dans ce qui nous ouvre à Dieu. C'est pourquoi, selon la tradition camillienne, l'espérance se communique moins par la parole que par des gestes concrets, à travers trois moyens fondamentaux : la charité comme langage ; puis, par une présence consolatrice, la miséricorde de Dieu devient visible et concrète, essuyant les larmes de ceux qui pleurent la mort d'un être cher ou qui luttent contre la maladie et la solitude. Voir l’Éternel dans le présent : parler de la vie éternelle signifie savoir contempler « le Créateur dans la créature », ce qui apporte confiance et remède non seulement au mal physique, mais aussi au mal spirituel.

    Quelle leçon de saint Camille de Lellis considérez-vous comme la plus pertinente ?

    Je crois que la leçon la plus essentielle que saint Camille nous offre à notre époque se résume en trois piliers : le courage de la tendresse, l’importance du cœur et la redécouverte de la dignité humaine sous toutes ses formes. Dans un système de santé moderne de plus en plus technologique, le témoignage de Camille nous rappelle que sans cœur ni humanité, aucun traitement médical ne peut être complet. La réforme de saint Camille était si radicale pour son temps qu’elle lui valut même d’être expulsé de certains hôpitaux. Ce même radicalisme est d’une actualité brûlante : nous avons un besoin profond de créer des systèmes de santé qui valorisent la personne, en harmonisant l’expertise technique et scientifique et la gestion administrative avec le bien-être intégral du patient. Saint Camille a lutté avec acharnement contre les soins purement mercantiles et superficiels, promouvant des soins fondés sur l’amour, la générosité et un dévouement absolu. En tout temps, le but ultime du camillien demeure la sauvegarde, la protection et la valorisation du caractère sacré de la vie humaine. La pensée de saint Camille de Lellis aujourd'hui évoque la figure du Bon Samaritain. Elle nous rappelle que la grâce de Dieu peut transformer radicalement une vie, devenant un don inlassable et durable pour ceux qui souffrent le plus.

  • Le 14 juillet, c'est la fête de saint Camille de Lellis

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    De Vatican News :

    SAINT CAMILLE DE LELLIS, PRÊTRE, FONDATEUR DES CAMILLIENS (CLERCS RÉGULIERS DES INFIRMES)

    Né à Bucchianico, dans la province de Chieti, le 25 mai 1550 et mort à Rome le 14 juillet 1614, Camille est une figure emblématiquement liée à la croix rouge qu’il obtint du pape Sixte V, le 20 juin 1586, de porter cousue sur son habit religieux. En particulier, comme le souligne en 1620 le Père Sanzio Cicatelli, premier biographe du Saint, « c’est pour trois raisons qu’il plut à notre père que nous portions la Croix sur notre vêtement, comme notre entreprise et symbole. La première, pour faire la distinction par rapport à l’habit de la Compagnie de Jésus. La deuxième pour faire connaître au monde que nous tous marqués de cette empreinte du Christ, nous sommes comme des esclaves vendus et voués au service des malades pauvres. Et la troisième, pour démontrer que celle-ci est religion de croix, c’est-à-dire de la mort, de souffrances et de fatigue, pour que ceux qui voudront suivre ce mode de vie sachent d’avance qu’ils viennent embrasser la croix, se renier eux-mêmes et suivre le Christ jusqu’à la mort».

    Les Serviteurs des Infirmes

    La grâce de Dieu rejoint Camille en 1575. Au cours d’un voyage au couvent de San Giovanni Rotondo, il rencontra un frère qui le prit à part pour lui dire: «Dieu est tout. Le reste n’est rien. Il faut sauver son âme qui ne meurt pas…». Il demanda à devenir capucin, mais à deux reprises, il a été renvoyé du couvent à cause d’une plaie ouverte à la jambe, qu’il a eue lors de ses campagnes militaires. C’est pour cette raison qu’il fut hospitalisé à l’hôpital romain saint Jacques. C’est là qu’il eut cette intuition: «unir la discipline militaire à la charité chrétienne en fondant ‘Les Serviteurs des infirmes’» . Il faut quatre vœux pour en faire partie: obéissance, pauvreté, chasteté, service des malades.

    Un grand réformateur

    Il est considéré comme le plus grand réformateur de la profession d’infirmier et de l’organisation d’assistance dans les hôpitaux. Au-delà des soins au corps, celui qui assiste le malade, selon Camille, devrait prendre aussi en charge l’esprit. Ce qui est radicalement différent par rapport à ce qui se passait dans les hôpitaux de l’époque, où les malades étaient abandonnés à eux-mêmes. Homme éminemment pratique et simple, pas sans culture ni intérêts, il ne rechercha pas, dans son apostolat éducatif, les délicatesses théoriques. Peu de lignes directives étaient suffisantes. Puis un discernement aigu des cœurs dont il fut exceptionnellement doué, et un grand bon sens associé à une douceur paternelle.

    Lire : les derniers jours de la vie terrestre de saint Camille de Lellis