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Michel Onfray: «La messe en latin, un patrimoine liturgique»

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L’écrivain et philosophe Michel Onfray, bien qu’athée, voit dans l’Église catholique et ses rites le pouls de notre civilisation. Sur le site web « Figarovox », il explique pourquoi la décision du pape François de restreindre la messe en latin le consterne :

Onfray XVM758ecdae-e7dc-11eb-b533-6f01ee28fb44.jpg« Je suis athée, on le sait, mais la vie de l’Église catholique m’intéresse parce qu’elle donne le pouls de notre civilisation judéo-chrétienne bien mal en point. Car si Dieu n’est pas de mon monde, mon monde est celui qu’a rendu possible le Dieu des chrétiens. Quoi qu’en disent ceux qui pensent que la France commence avec la Déclaration des droits de l’homme, ce qui est aussi stupide que de croire que la Russie est née en octobre 1917, le christianisme a façonné une civilisation qui est la mienne et dont j’estime que je peux l’aimer et la défendre sans battre ma coulpe, sans avoir à demander pardon pour ses fautes, sans attendre une rédemption après confession, contrition et agenouillement. C’est fou comme ceux qui répugnent au christianisme en disant qu’il n’a pas eu lieu s’en trouvent imprégnés comme de rhum le baba que l’on sait!

Benoît XVI fut un pape philosophe formé à l’herméneutique et à la phénoménologie allemande. Il a également lu les auteurs catholiques français dans le texte. Son Jésus de Nazareth (2012) s’inscrit dans l’histoire de l’idéalisme allemand, notamment de l’hégélianisme qu’on dit de droite pour le distinguer de celui qui, dit de gauche, conduit au jeune Marx.

Le pape François n’est pas de ce niveau théologique, loin s’en faut. Mais il ne manque pas de la rouerie jésuitique qui fait que, venant de la Compagnie de Jésus, il choisit pour nom de souverain pontife celui qui se trouve le plus à l’opposé des intrigues et des antichambres du pouvoir où les jésuites aiment à se trouver, à savoir celui de François d’Assise. Jorge Mario Bergoglio, chimiste de formation, vient du péronisme ; Joseph Ratzinger, théologien de formation, de l’antinazisme.

À mes yeux, l’acte majeur du pape Benoît XVI a été le discours de Ratisbonne où, le 12 septembre 2006, dans l’université allemande où il a été professeur, il a fait son travail de pape en estimant que le christianisme et l’islam entretiennent par les textes une relation antinomique, notamment sur l’articulation entre foi et raison, mais également sur la question de la violence en général et sur celle du djihad en particulier. Je dis par les textes car c’était ici son souci, il présentait en effet l’exégèse personnelle d’un dialogue situé au début du XV siècle entre l’empereur Byzantin Manuel II Paléologue et un érudit persan. L’invitation à réfléchir sur cette question fut prise pour une insulte planétaire faite à l’islam…

L’acte majeur du pape François est, toujours selon moi, de s’être fait photographier devant un crucifix sur lequel Jésus porte le gilet de sauvetage orange des migrants. C’est ici l’icône triomphante de Vatican II qui congédie tout sacré et toute transcendance au profit d’une moraline tartinée de façon planétaire comme une gourmandise de scout.

C’est selon cette logique qu’il faut comprendre la décision du pape François d’abroger, disons-le dans un terme profane, la décision prise par Benoit XVI de permettre la messe en latin, dite messe Tridentine, pour ceux qui le souhaitent. Dans Summorum pontificum, Benoît XVI libéralisait la messe dite de Pie V. Dans Traditionis custodes, François efface cette libéralité. Benoît XVI voulait dépasser le schisme avec les traditionalistes, François va le restaurer en prétextant bien sûr, jésuite un jour, jésuite toujours, qu’il entend de cette façon réunir ce qu’il sépare. Les vocations chutent avec Vatican II. Mais les religieux qui conservent le rite latin ne connaissent pas la désaffection,mieux, ils remplissent les séminaires. Le pape François préfère les églises vides avec ses thèses que pleines avec celles de Benoît XVI.

Séparer n’est-ce pas la fonction dévolue… au diable? L’étymologie témoigne. Si j’avais la foi catholique, je ne pourrais m’empêcher de penser à l’Épître de Jean qui dit: «Tout esprit qui divise Jésus-Christ n’est point de Dieu ; et c’est là l’Antéchrist, dont vous avez entendu dire qu’il doit venir ; et il est déjà maintenant dans le monde.» (I.4:3).

Ce qui se joue dans cette affaire, c’est la suite de Vatican II, autrement dit l’abolition du sacré et de la transcendance. La laïcisation du rite réduit à une liturgie dont La vie est un long fleuve tranquille a montré toute la puissance avec son curé cool qui joue de la guitare et chante bêtassement «Jésus, Jé-é-é-é-sus, reviens». On peut préférer le chant grégorien sans être pour autant un nostalgique de Vichy…

Or le génie du christianisme, les différents conciles sur la possibilité ou non de figurer le christ témoignent, a été de rendre possible une civilisation de l’allégorie, de la symbolique,de la métaphore. Le génie juif se trouve dans l’herméneutique,celui du christianisme dans l’explication des paraboles. Les juifs inventent l’herméneutique pour les plus savants, les rabbins lecteurs de la kabbale ;les chrétiens élaborent l’herméneutique populaire, pour les fidèles à qui l’on raconte des histoires à déchiffrer avec l’histoire sainte. Notre civilisation de l’image, de la raison explicative, de la philosophie séparée de la théologie, procède de ce monde-là.

La messe en latin est le patrimoine du temps généalogique de notre civilisation. Elle hérite historiquement et spirituellement d’un long lignage sacré de rituels, de célébrations, de prières, le tout cristallisé dans une forme qui offre un spectacle total - un Gesamtkunstwerk,pour utiliser un mot qui relève de l’esthétique romantique allemande.

Pour ceux qui croient en Dieu, la messe en latin est à la messe du Long fleuve tranquille, celle que semble affectionner le pape François, ce qu’est la basilique romaine contemporaine de saint Augustin à une salle polyvalente dans une barre d’immeubles à Aubervilliers: on y chercherait en vain le sacré et la transcendance. Quelle spiritualité dans ces cas-là?

Disons-le de façon énigmatique, le pape François fait bien ce pour quoi il est là où il se trouve… Ajoutons d’une façon tout aussi énigmatique, mais pas tant que ça, qu’on se demande pourquoi nous vivons dans une époque avec deux papes. »

Ref.Michel Onfray: «La messe en latin, un patrimoine liturgique»

 Pas si énigmatique que cela, lorsqu'on repense aux « prophéties » sociologiques du philosophe Auguste Comte…

JPSC

Commentaires

  • "sans le latin la messe nous emmerde" chantait, dans ses mots polissons, le laïcard Georges Brassens... lui-aussi savait bien que le sacré profond réside malgré tout dans cette messe latine, dans notre vieille souche catholique. Soutien à Onfray sur ce sujet.

  • Oui le latin c'est de la culture ..... mais la foi c'est pas du latin et bien plus important. ... Les querelles liturgiques ne sont vraiment pas l'important à l'heure où les églises se vident . il faut revenir à l'essentiel du christianisme et je pense que le pape François l'a bien compris . Il allie la dimension horizontale et verticale du christianisme . Michel Onfray est intelligent mais de son propre aveu l'aspect culturel a pour lui la priorité ....

  • Les églises se vident dites-vous. C'est probablement le cas de la vôtre. La mienne est pleine, l'assistance est diverse, unissant des vieux comme moi et de jeunes couples aux nombreux enfants. Faut-il préciser que la liturgie y est "extraordinaire" dans tous les sens du terme ?

  • Vous donnez raison au Pape François a écrit dans "La Joie de l'Evangile" que "l'Eglise évangélise par la beauté de la liturgie".

    Il ne faut donc pas opposer liturgie et évangélisation, ni liturgie et foi, au contraire. Lex orandi, lex credendi.

  • Mgr Sarah insistait sur l'orientation du Prêtre lors de la Messe... c'était quand même logique. Nous tourner tous vers le Seigneur, vers l'Orient ou l'abside. Sinon, c'est nous que le Prêtre regarde comme lors d'une rencontre entre amis lors d'un repas convivial, un moment fraternel quoi...
    Il s'agit évidemment de célébrer l'Amour du Christ à travers son Sacrifice.
    On devrait réessayer ...
    De toute façon, c'est à la jeunesse que nous devons penser... qu'elle puisse réussir à s'unir à Dieu pour vivre pleinement sa vie spirituelle en la comprenant mieux, en expérimentant dans son corps, âme, esprit, ce que le Seigneur a fait pour elle.
    Le dépôt de la Foi de nos Pères doit être maintenu.
    Il y a encore quelques bras, heureusement...
    Nous devons nous remettre à l'étude car si nos églises se vident, c'est que nous avons tous divergés quelque part ...

  • M. Onfray comme à son ordinaire fait preuve de grande vanité en prétendant où se trouve le transcendant alors qu'il est athée comme il le proclame. J'espère qu'il va lire l'éditorial du Père Valadier dans le n° de septembre de la Revue Les Etudes. Extrait : "Au total, l’article d’Onfray démontre peut-être surtout qu’une certaine forme d’athéisme vulgaire étouffe l’intelligence et la sensibilité. Mais peut-être prouve-t-il aussi que le catholicisme reste une provocation vivante qui appelle une culture de l’esprit qui fait défaut aux polémistes superficiels. Est-on si loin d’un maurrassisme qui ne voit dans la religion qu’un patrimoine à sauvegarder ? Contre l’Église elle-même ?"

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