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Le remède à la "grande démission" : puiser dans les racines de notre histoire et de notre identité

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D'Edouard Tetreau sur le site du Figaro via Artofuss.blog :

Grande Démission, comment réveiller l’Occident endormi?

28 juillet 2022

TRIBUNE – Fuir une réalité devenue trop complexe, où l’on se croit battu d’avance, est devenu un phénomène courant dans les démocraties occidentales, analyse finement l’essayiste. Pour espérer rebondir collectivement, il faut, selon lui, puiser dans les racines de notre histoire et de notre identité.


Dernier ouvrage paru d’Édouard Tétreau: «Les États Généraux en 2022» (L’Observatoire, 2020).


Le phénomène n’épargne aucun pays du monde occidental. On l’appelle «The Big Quit» aux États-Unis ; plus élégamment «The Great Resignation» ; la «grande démission» en France: cette épidémie de bras baissés, d’aquoibonisme, de démissions de postes. Tous les secteurs de nos économies et sociétés occidentales sont touchés, du BTP à l’hôtellerie en passant par les banques, aux rémunérations élevées et conditions de travail peu éprouvantes. Idem pour les métiers essentiels: à l’exception notable des armées, dans l’Éducation nationale, les hôpitaux, la police, les difficultés de recrutement sont croissantes. Et inquiétantes pour la société qu’elles préparent demain.

La «grande démission», cette forme d’abattement collectif que nous vivons aujourd’hui, touche jusqu’aux sommets de nos démocraties occidentales. Face aux événements et aux partis extrêmes qu’ils ont cru pouvoir contenir, Boris Johnson lâche prise ; Joe Biden lit son prompteur ad nauseam ; Mario Draghi démissionne ; Justin Trudeau fait semblant de gouverner avec une coalition minoritaire au pouvoir. Le chancelier allemand Olaf Scholz écoute beaucoup mais ne décide de rien, emberlificoté dans une grande coalition sans direction ni vision autre que la conservation du pouvoir. Détaché de la campagne présidentielle, absent de la campagne législative, Emmanuel Macron ne déroge pas à la règle. Son apparent coup de fatigue ou «powerblues» – le pouvoir, mais pour quoi faire au juste? – suggère que le président de la République, à l’image de tous ses pairs, et de l’ensemble des démocraties occidentales, vit un moment d’affaissement, de doute, de perte de sens.

La tentation de Venise ou du métavers: fuir une réalité devenue trop complexe, où l’on se croit battu d’avance. À quoi bon travailler plus, l’État est là pour subvenir à nos besoins essentiels? À quoi bon économiser: nous ne rembourserons jamais nos dettes. Pourquoi avoir et élever des enfants dans un monde qui en compte déjà trop, disent les statistiques des taux de natalité dans les nouvelles générations? Et que peuvent faire nos petits bras verts face aux dérèglements du climat, dont les principaux sponsors sont la Chine, l’Inde, les États-Unis, et maintenant l’Allemagne avec ses centrales à charbon? Cultivons notre jardin, concluait le Candide de Voltaire. Deux mille ans d’histoire pour finir au rayon bricolage.

Comment passer du «Big Quit» au sursaut de l’Occident, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit? Une vision d’économiste – celle-là même qui guide nos pays depuis un demi-siècle – martèlerait une évidence: accroître l’écart entre les revenus du travail et de l’assistance, pour rémunérer l’effort, l’esprit d’entreprise, le talent en action, la dignité que l’on obtient dans le travail, l’utilité sociale. Et rendre plus inconfortable l’inverse quand il est choisi et non subi: la vie aux crochets de la collectivité ; la passivité ; un esprit de profiteur plutôt que de contributeur.Quel pays, dans l’histoire du monde, s’est relevé en se couvrant la tête de cendres ?

Si cet écart à creuser entre les revenus du travail et ceux de l’assistanat est nécessaire, il sera très insuffisant pour produire le sursaut collectif attendu. Comme un ressort, il faut puiser au plus profond dans les racines de notre histoire et de notre identité occidentales pour espérer rebondir.

Il y a au fond deux manières de réveiller un peuple repu au point de ne plus pouvoir bouger, ayant si peur de tout perdre qu’il ne veuille plus rien risquer ni gagner. La première manière, c’est de l’aguerrir. Cela tombe bien: nous allons, cet automne et surtout cet hiver en Europe, être mis à l’épreuve avec le double impact de l’absence de gaz russe, et d’une inflation catapultée sur les denrées alimentaires notamment.

La seconde manière, c’est de lui donner l’envie de se relever, de se battre et d’avancer. De réveiller ses appétits en lui donnant une ambition motrice, et accessible. L’Occident n’a-t-il donc rien à opposer à la voracité de l’Asie ; à l’annihilation de la liberté de conscience et de la liberté des femmes dans les dictatures musulmanes ; à la folie prométhéenne des transhumanistes de la Silicon Valley ; aux violences prédatrices qui s’expriment à l’est et au sud de l’Europe, dans certaines régions d’Afrique? Le destin de l’Occident est-il de se laisser esclavagiser par les nouveaux barbares?

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Est-ce que le moment n’est pas venu de se battre, avec ses mots, ses idées, mais aussi ses armes s’il faut se défendre? Refuser de céder du terrain, quotidiennement, aux idéologies mortifères qui veulent la peau de l’Occident, et de tout ce qui nous constitue. Ne plus céder un pouce à cette mode mortifère de la repentance, du jugement sans pitié sur notre histoire, et si indulgent pour celle des autres. Quel pays, dans l’histoire du monde, s’est relevé en se couvrant la tête de cendres?

Sans en comprendre totalement le sens, l’effondrement que nous vivons annonce une régénération. Pour réussir, elle a besoin de trois choses: un nouveau leadership, intellectuel et politique ; une énergie, que nous pouvons puiser dans une histoire plurimillénaire faite d’effondrements et de relèvements ; et la réécriture de notre contrat social.

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