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Magistère - Page 3

  • Que le Pape redonne à l’Église le véritable Institut Jean-Paul II

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    De Tommaso Scandroglio sur la NBQ :

    Que le Pape redonne à l’Église le véritable Institut Jean-Paul II

    Le commentaire de Mgr Melina sur l’interview dans laquelle Mgr Paglia raconte comment il a démantelé l’Institut sur le mariage et la famille, explique l’importance pour l’Église tout entière de ramener l’Institut à sa vocation d’origine.

    22/06/2026

    En mai dernier, Mgr Vincenzo Paglia a vendu la mèche. Nous en avions parlé à l’époque. L’ancien président de l’Académie pontificale pour la vie et grand chancelier de l’Institut théologique pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille a été interviewé par le site Settimana News il y a tout juste un mois. Dans cette interview, Paglia a révélé qu’il avait été chargé par le pape François de démanteler l’Institut Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille afin de reconstruire, sur ses ruines, le nouvel institut. Il ne s’agissait pas d’une opération purement cosmétique, mais d’une transformation en profondeur. Il était nécessaire, explique Paglia, d’ériger un nouvel institut car un nouveau paradigme moral avait été introduit par le pontificat de François.

    Mgr Livio Melina, directeur de l’ancien Institut Jean-Paul II, a publié simultanément dans notre journal et dans le Catholic World Report un commentaire critique sur cette manœuvre de Paglia visant non seulement à détruire l’Institut présidé par Melina, mais aussi à révolutionner l’anthropologie et la morale catholiques. En relisant l’intervention de Mgr Melina, on est amené à confirmer une fois de plus que l’approche de Paglia – et donc, en amont, celle de François – a consisté en la conception d’une foi sans transcendance et d’une morale sans métaphysique.

    L’orientation philosophique de Paglia, qui ne peut en aucune manière être rattachée au patrimoine culturel et doctrinal catholique, réside en substance et en définitive dans l’empirisme anglais. « Le bien et le mal sont des noms qui désignent nos appétits et nos aversions », écrivait Thomas Hobbes au milieu du XVIIe siècle (Leviathan, chap. XV). Le critère moral de Hobbes, tout comme celui de Paglia, est de nature empirique, phénoménologique et s’articule selon la conscience de l’individu. Ainsi, en dernière instance, le bien, s’il n’a qu’une nature empirique, ne peut que coïncider avec le plaisir et l’utile. Une vision anthropologique dans laquelle le plan métaphysique est absent ne peut que générer une philosophie morale hédoniste et proportionnaliste.

    Si le plan horizontal de l’existence est la seule perspective à travers laquelle on considère l’homme, alors, sur le plan éthique également, la seule morale sera celle qui est immanente. La réalité, privée de son axe vertical, est ainsi réduite au singulier ; par conséquent, chaque singulier – chaque homme dans cette circonstance spécifique et unique – devient une source morale. Voilà qui explique l’insistance de Francesco et de Paglia sur la casuistique jésuite et sur le discernement au cas par cas.

    D’où la guerre déclarée à tout ce qui est général ou absolu, car précisément dissocié, affirme-t-on, du cas concret : les normes, les principes, la doctrine, les dogmes. Toute une théologie morale, a affirmé Paglia, très « théorique ».

    Selon Mgr Melina, cette approche a été choisie non pas parce qu’on était intimement convaincu de sa validité théorique, mais parce qu’elle constituait un instrument nécessaire pour éviter d’appliquer concrètement les exigences élevées du mariage, de la sexualité et de l’amour, exigences qui, dans la perspective erronée de Paglia, débouchaient sur une impossibilité morale, sur un idéal doctrinal impraticable.

    Mgr Melina critique cette approche car elle est contraire à la raison et à la foi, et donc contraire à la doctrine catholique ; il apporte en outre des éclaircissements sur certains points très intéressants. Paglia reprochait à l’ancien Institut Jean-Paul II d’enseigner un naturalisme mécaniste. À partir des principes du droit naturel, on en déduirait de manière géométrique des règles de conduite spécifiques (cf. F. Gentile, Filosofia del diritto, CEDAM, Padoue 2006). De cette manière, les situations spécifiques seraient en quelque sorte supprimées, uniformisées entre elles et intégrées aux principes de rang supérieur.
    En réalité, cette approche était propre à une partie de la néo-scolastique et du rationalisme des Lumières françaises, mais elle n’a jamais fait partie du patrimoine culturel catholique.

    La théorie de l’action morale est bien plus complexe et prévoit, s’appuyant sur l’enseignement thomiste, l’intervention au moins de la conscience et de la vertu de prudence pour décliner concrètement les principes de la loi naturelle, ou plutôt pour décliner concrètement l’orientation téléologique de la nature qui aspire constamment au bien.

    Melina, outre qu’il évoque ce point, souligne ensuite un aspect important, qui n’a mûri dans la réflexion magistérielle que depuis relativement peu de temps. L’avant-dernier paradigme permettant d’évaluer la moralité d’une action est celui de la dignité personnelle, c’est-à-dire de la valeur intrinsèque de la personne (le paradigme ultime étant Dieu). C’est là la pierre de touche qui, mieux que tout autre terme, exprime l’orientation de la nature humaine vers sa fin et qui, par conséquent, traduit au mieux, sur le plan anthropologique, les principes de la loi naturelle.

    Ce paradigme explique de manière très valable l’existence d’absolus moraux, c’est-à-dire de comportements qui, en toute circonstance et au-delà de toute intention, même bonne, sont mauvais précisément parce qu’ils contredisent toujours et en tout état de cause la dignité personnelle, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas conformes à celle-ci.
    Dans la réflexion de Jean-Paul II, et surtout dans ses catéchèses sur l’amour humain dans le plan divin, explique Melina, l’approfondissement de la valeur inestimable de chaque homme conduit à un approfondissement de la morale et de la foi. On pourrait dire que plus la morale est humaine, plus elle est divine.

    Il ne s’agit pas là d’humanisme intégral, mais d’une connaissance intégrale de l’homme. Lorsque la dignité personnelle habite une famille, elle se traduit par l’amour, c’est-à-dire par le don total de soi à l’autre et par l’acceptation totale de l’autre pour ce qu’il est. Cette approche, rappelle Melina à Paglia, élimine le légalisme stérile et, de même, est étrangère aux dérives historicistes et phénoménologiques. Ce n’est pas un juste milieu, un compromis, mais c’est l’approche correcte car elle répond à la vérité sur l’homme.

    Cela dit, on est en droit de se demander : pourquoi Mgr Melina a-t-il tenu à publier ce commentaire ? Non pas simplement parce qu’il voulait se débarrasser d’un poids sur le cœur, lui qui avait été écarté par François en son temps lorsqu’on lui avait retiré la direction de l’Institut. En réalité, il nous semble que Mgr Melina a lancé une bouteille à la mer, confiée aux eaux du Tibre. En d’autres termes, cette lecture rétrospective de l’œuvre de Paglia est soumise à l’appréciation du pape Léon XIV afin que celui-ci réoriente l’orientation de l’actuel Institut Jean-Paul II selon sa vocation originelle et, par conséquent, modifie son personnel.

    Le Pape en sera-t-il jamais capable ? Il apparaît de plus en plus évident pour beaucoup que l’actuel Souverain Pontife a été élu avant tout dans le but de rétablir l’unité au sein de l’Église. Mais l’unité ne peut faire abstraction de la vérité, sinon elle est compromise, et le compromis ne génère qu’un simple consensus opportuniste, perpétuant ainsi les fractures existantes, même si celles-ci sont dissimulées sous le voile de l’accommodement. En somme, il ne peut y avoir de véritable unité sans vérité. L’article de Melina devient donc l’occasion de demander au Pape de ramener l’Institut Jean-Paul II sur la voie de la vérité, en bannissant les solutions hybrides qui, dans leur intention, visent à satisfaire tout le monde, mais qui, dans la pratique, mécontentent tout le monde. Il faut faire preuve de courage dans la gouvernance afin que la famille et le mariage, tels qu’ils ont été conçus par Dieu, ne soient pas sacrifiés sur l’autel de l’unité.

  • «Le centre, c’est le Christ» (Léon XIV à Pavie)

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    Visite pastorale de Sa Sainteté le pape Léon XIV
    à Pavie et à Sant'Angelo Lodigiano

    CÉLÉBRATION DE LA PAROLE ET VÉNÉRATION DES RELIQUES DE SAINT AUGUSTIN

    HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE

    Basilique Saint-Pierre-en-Ciel-d'Oro (Pavie), samedi 20 juin 2026

    Homélie du Saint-Père

    Éminence,
    Excellences, chers frères dans l'épiscopat,
    chers prêtres et diacres,
    chers religieux et religieuses et séminaristes,
    mes frères augustins,
    frères et sœurs,

    Je suis heureux d'être parmi vous et je remercie Monseigneur Corrado Sanguineti et le Père Joseph Farrell, Prieur Général de l'Ordre de Saint Augustin, pour leurs paroles de bienvenue. Je suis ravi de ce que j'ai entendu dire de cette Église de Pavie : une communauté à la tradition ancienne, toujours vivante et présente dans la ville et ses environs, attentive aux signes de notre temps et à ses défis, et qui ne se laisse pas décourager par les difficultés, le contexte sécularisé et les obstacles à la transmission de la foi.

    Pour éviter le découragement, il nous faut un regard animé par l’esprit de foi, qui nous aide à lire la réalité plus profondément qu’il n’y paraît au premier abord, et à ne pas sombrer dans une attitude négative et pessimiste, incapable de faire naître une vie nouvelle. Le regard qui nous est demandé – et que l’Esprit Saint nous donne – est celui de Jésus. Au milieu des difficultés et des malentendus, il voit la main providentielle du Père dans les lys des champs , dans les oiseaux du ciel (cf. Mt 6, 28-29), il nourrit l’espérance dans la petite graine qui germe (cf. Mc 4, 30-33) et nous invite à lever les yeux et à contempler les champs déjà blancs pour la moisson (cf. Jn 4, 35). Dans l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium, le pape François  nous encourage à cette lecture spirituelle de la réalité, en disant : « Le regard de la foi est capable de reconnaître la lumière que l’Esprit Saint répand toujours au milieu des ténèbres [...]. Notre foi est appelée à entrevoir le vin en lequel l’eau peut être changée, et à découvrir le bon grain qui pousse parmi l’ivraie » (n° 84).

    Éclairés par l’espérance de l’Évangile et inspirés par ce que l’apôtre Pierre nous a dit dans la lecture (voir 1 Pierre 2 , 4-10), qui appelle les disciples du Seigneur « pierres vivantes », demandons-nous : comment pouvons-nous être une Église vivante aujourd’hui, ici à Pavie ?

    Le premier enseignement de l’Apôtre est essentiel : demeurer uni au Christ, la pierre vivante, rejetée par les hommes mais choisie par Dieu. Le Christ est le fondement de l’édifice spirituel, la pierre angulaire qui sert de base à notre cheminement ecclésial, à notre action pastorale et à notre évangélisation (cf. vv. 4-5).

    Le fait d’être bâtis et de construire en Christ nous protège du risque de dispersion et de surmenage dans des tâches secondaires, certes louables, mais qui ne touchent pas à l’essentiel. Bien sûr, nous sommes appelés à la lucidité, et nous savons que dans les paroisses et la vie diocésaine, de nombreuses urgences et engagements requièrent notre présence et nos multiples activités. Il s’agit cependant de tout ramener au centre, de toujours bâtir sur la pierre angulaire, d’éviter que nos actions ne se dispersent et ne se concentrent uniquement sur nous-mêmes et nos propres efforts. Puisque Christ est au centre, nous puisons tous à cette unique source et soumettons notre engagement au discernement qui découle de sa lumière et de sa Parole. Alors, bâtissons une Église où nous cheminons ensemble, capable de se renouveler sans se diviser, où tous se reconnaissent comme frères et sœurs et œuvrent avec joie au service du Royaume de Dieu.

    Cela confirme ce que votre évêque a dit en introduction : nous devons apprendre à être des communautés chrétiennes centrées sur l’essentiel, même si cela implique de renoncer à certaines structures et certitudes du passé. L’essentiel est de vivre avec le Christ, et la diffusion de son Évangile est ce qui doit nous préoccuper. Je le recommande en premier lieu aux prêtres, qui peuvent parfois souffrir d’un sentiment de dispersion intérieure, d’une lassitude face à la multiplicité de leurs responsabilités : toujours revenir au centre, unifier tout dans leur relation avec le Seigneur, et découvrir en Lui la joie de la fraternité sacerdotale et du travail pastoral partagé avec les laïcs. Je le recommande également aux religieux et religieuses, qui éprouvent souvent la difficulté d’actualiser le charisme auquel ils appartiennent, mais qui ont toujours besoin de se renouveler à partir du Christ et de partager les talents qu’ils ont reçus avec les autres communautés religieuses et avec l’Église diocésaine tout entière.

    L’attachement au Christ, pierre angulaire, nous permet aussi d’aborder les enjeux actuels de la transmission de la foi et de la pratique religieuse. À une époque où beaucoup semblent avoir perdu leur ferveur spirituelle ou, pour diverses raisons, ne trouvent plus d’écho dans la foi chrétienne, nous sommes appelés avant tout à porter le message de l’Évangile, message joyeux et libérateur de Jésus-Christ, qui révèle la beauté de la foi pour nos vies et pour notre société. Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire d’accompagner les personnes dans la découverte ou la redécouverte de la foi. C’est pourquoi nous devons proclamer le cœur de l’Évangile, à savoir Jésus, qui, par son incarnation, sa mort et sa résurrection, nous révèle le mystère de Dieu et, en même temps, le mystère de nous-mêmes. « Un ministère pastoral à vocation missionnaire […] se concentre sur l’essentiel, sur ce qu’il y a de plus beau, de plus grandiose, de plus attrayant et, en même temps, de plus nécessaire » ( Evangelii Gaudium , 35).

    Dans ce contexte, la figure de saint Augustin resplendit d'une lumière précieuse. Sa pensée, le récit de sa conversion et sa spiritualité nous rappellent la valeur et la primauté de l'intériorité : « Ne t'éloigne pas de toi-même, retourne à toi-même : la vérité est en toi » ( De vera religione , XXXIX, 72). Le besoin de se retrouver, d'éviter de se perdre dans la fragmentation extérieure, de chercher et de trouver un sens qui guide nos vies et anime nos relations, est un besoin universel : aujourd'hui, il ressurgit de différentes manières, même dans la hâte et la dispersion du quotidien, notamment dans les interrogations des plus jeunes.

    Lorsque notre témoignage de foi est constant et fervent, nous devenons nous-mêmes des « pierres vivantes » qui composent l’édifice spirituel qu’est l’Église. Le mode de vie chrétien, nouveau et étonnant à ses débuts, comparé aux mondes juif et païen, doit le demeurer aujourd’hui. Unis au Christ, nous pouvons exprimer notre sacerdoce sacré en offrant chaque jour des sacrifices spirituels (cf. 1 Pierre 2, 5). Enracinée dans la prière et le service d’autrui, cette vénération transforme nos vies en un signe de l’Évangile par nos choix, nos actions et nos relations.

    Mes très chers amis, comme des pierres vivantes, nous sommes appelés à être une Église profondément enracinée dans la terre, une Église qui chemine au milieu des luttes et des espoirs du peuple, experte dans l'art de l'écoute et de l'accompagnement, nourrissant des relations avec les familles, avec ceux qui se préparent à recevoir les sacrements, et même avec ceux qui sont occasionnels ou éloignés de la vie de foi.

    Je sais que vous êtes déjà animés par cette passion pastorale et je vous invite à la cultiver sans relâche, en cherchant à partager la joie de l’Évangile avec tous, en vous appuyant sur le meilleur de votre histoire – pensez aux oratoires – et en explorant de nouvelles occasions de rencontre. Il convient d’accorder une attention particulière à l’organisation des réseaux de petites communautés qui se réunissent dans des maisons autour de l’Évangile, ouvertes au service de la paroisse ou de la communauté pastorale. L’écoute de la Parole engendre une vitalité spirituelle, stimule le témoignage au quotidien, notamment à travers les mouvements et les associations, et nous encourage à aller vers les plus démunis. Et, ici à Pavie en particulier, j’insiste sur l’importance de la pastorale universitaire et du dialogue avec la culture. L’étude et la recherche universitaire incitent les croyants à développer une approche fondée sur la foi, capable d’éclairer la quête de vérité, de justice et de beauté qui anime l’âme humaine. Je sais que vous avez commencé à prendre des mesures importantes pour adopter une approche synodale de la vie communautaire, intégrant la tradition paroissiale aux nouvelles initiatives d’évangélisation. Je vous invite donc à poursuivre sur cette voie, en apprenant toujours davantage à cheminer ensemble, dans un discernement commun, en développant des projets partagés, en cultivant la fraternité et en promouvant la coresponsabilité.

    Chers frères et sœurs, que Marie Très Sainte, Mère de l'Église, vous obtienne le désir ardent de vivre et de témoigner de l'Évangile, dans la charité fraternelle qui fait de nous un seul peuple en chemin vers Dieu. Vénérant les reliques du saint Père Augustin, je prie pour qu'il intercède toujours, avec votre saint patron Siron, pour cette Église et pour la ville de Pavie. Merci !

  • Les confidences de Mgr Paglia et la morale de l'Église à la croisée des chemins

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    De Mgr Livio Melina sur la NBQ :

    Les confidences de Mgr Paglia et la morale de l'Église à la croisée des chemins

    La suppression de l'Institut Jean-Paul II d'études sur le mariage et la famille était une opération idéologique aux graves conséquences pour l'Église tout entière. Voici la réponse de Mgr Melina, président de l'institut de 2006 à 2016, à Mgr Paglia, qui soutient cette décision. 

    - ARCHIVES : L'attaque contre l'Institut Jean-Paul II

    20/06/2026

    Dans un entretien accordé à Settimana News le 21 mai 2026, Mgr Vincenzo Paglia a réaffirmé son rôle déterminant dans la suppression de l’Institut Jean-Paul II d’études sur le mariage et la famille et son remplacement par une nouvelle entité académique, ainsi que dans la transformation radicale de l’Académie pontificale pour la vie. Il a également expliqué que ces interventions visaient un changement de paradigme radical, reconnu pour la première fois non seulement au niveau pastoral, mais aussi au niveau doctrinal.

    Cette réforme « très profonde », selon Mgr Paglia, impliquait avant tout de repenser le concept même de « droit naturel ». Celui-ci ne pouvait plus se fonder sur des principes immuables permettant de déduire des normes, mais devait s’appuyer sur un discernement historique continu de l’expérience subjective et culturelle. Il s’agissait donc de proposer une « théologie dans l’histoire et dans la vie des hommes », dépassant ainsi la « théologie de salon ».

    Il convient tout d'abord de se demander si cette critique correspond aux travaux menés par l'Institut Jean-Paul II. Ensuite, il faut examiner la pertinence des nouvelles propositions doctrinales de Paglia. Ce n'est qu'alors que nous pourrons comprendre la véritable raison de la suppression de cet institut universitaire.

    1. Pour répondre à cette question, il est nécessaire de partir de l’intention initiale de Jean-Paul II et d’examiner dans quelle mesure l’Institut qu’il a créé le 13 mai 1981, à la suite du premier synode sur la famille et à la veille de Familiaris consortio , s’est développé .

    Commençons par l’intention première de Jean-Paul II. L’étude approfondie de sa correspondance avec Paul VI, menée par Paweł Gałuszka dans les archives de l’archidiocèse de Cracovie, a démontré son influence profonde sur la préparation et la réception de l’encyclique Humanae Vitae . Saint Jean-Paul II était profondément convaincu que la question de la morale conjugale et familiale constituait un défi décisif pour l’Église. Mais il estimait également que la structure de la théologie morale enseignée dans les manuels catholiques était inadéquate pour y répondre. Ni le droit naturel traditionnel et l’approche légaliste, ni le caractère unilatéral d’un personnalisme de la conscience détaché de la nature, ne rendaient compte de la valeur positive de la sexualité conjugale et de la nature personnaliste de la procréation.

    L’archevêque Wojtyła ressentait le besoin d’une anthropologie à la hauteur de l’expérience de l’amour et d’une théologie du corps. Ce qu’il avait suggéré à Paul VI, il put le réaliser une fois devenu pape. Avec ses Catéchèses sur l’amour humain dans le plan divin (1979-1984), il illustra la grandeur de la vocation à l’amour, au don de soi, à la communion entre les personnes et à la collaboration avec Dieu pour engendrer des vies nouvelles.

    Dans le même temps, le pape polonais prit rapidement conscience que les résistances et les contestations de l'encyclique de Paul VI n'étaient plus seulement partielles et ponctuelles, mais se muaient en une remise en question globale et systématique de la « saine doctrine morale » de l'Église. Ainsi, dans l'encyclique Veritatis Splendor, il put ouvrir la voie à une resémantisation personnaliste du droit naturel. Le droit naturel se comprend à travers le langage du don de soi, que le Créateur a inscrit dans le corps humain, langage que nous pouvons découvrir à la lumière de la raison et grâce au soutien de la vertu (cf. n° 48). Le droit naturel naît de la capacité de la raison à saisir, « à la lumière de la dignité de la personne », « la valeur morale spécifique de certains biens » auxquels la personne est naturellement encline. Ainsi, les « biens pour la personne », objet des inclinations naturelles, acquièrent une pertinence morale du point de vue du « bien de la personne » en tant que tel (ibid.).

    Dans la constitution apostolique Magnum Matrimonii Sacramentum du 7 octobre 1982, qui a conféré une forme juridique définitive à l'Institut d'études sur le mariage et la famille, le pape polonais a explicitement cité Humanae Vitae. Il a également indiqué comme objet d'étude « le dessein de Dieu pour le mariage et la famille », dont la pleine vérité doit être recherchée par une approche interdisciplinaire. Ainsi, deux grands axes de recherche théologique ont émergé : d'une part, l'anthropologie théologique ; d'autre part, la théologie morale.

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  • « Cultum Regni » : une encyclique de Pie XII qui aurait pu prévenir les dérives théologiques et liturgiques des décennies suivantes

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    « Cultum Regi Regum » (ou « Cultum Regni ») est le titre envisagé pour une encyclique que Pie XII préparait dans les derniers mois de sa vie, mais qui n’a jamais été publiée en raison de sa mort le 9 octobre 1958.

    Ce projet, découvert dans les archives vaticanes ouvertes en 2020 (pour le pontificat de Pie XII), constitue une suite et un approfondissement de l’encyclique Humani generis (1950) sur les erreurs doctrinales menaçant les fondements de la foi catholique. Il visait à condamner les courants de la « Nouvelle Théologie » et les formes modernes de modernisme qui se diffusaient déjà dans les séminaires et universités catholiques, particulièrement en France.

    Contexte de préparation

    • L’idée remonte à 1956-1957, initialement pour marquer le 50e anniversaire de Pascendi Dominici Gregis de saint Pie X (1907), qui condamnait le modernisme.
    • Une commission du Saint-Office (dirigée notamment par des théologiens comme les Pères Tromp, Gagnebet, Garrigou-Lagrange, Philippe, etc.) a travaillé sur des schémas successifs.
    • Le dernier schéma, intitulé Cultum Regi Regum (« Culte du Roi des rois »), a été finalisé peu avant la mort du pape et communiqué à la commission le 27 septembre 1958.

    Pie XII suivait de près les travaux, inquiet des dérives internes à l’Église (relativisme, affaiblissement de l’autorité doctrinale, etc.), plutôt que d’une crise venue de l’extérieur.

    Contenu principal du schéma

    Le texte était structuré en six chapitres couvrant l’ensemble de la vie ecclésiale, morale et sociale. Il exposait « l’hérésie globale de la modernité », c’est-à-dire l’acceptation d’une rupture entre la société et Dieu.

    1. La nature de la religion : Rappel que la religion est une vertu par laquelle l’homme reconnaît l’excellence divine et rend un culte à Dieu, créateur et maître de l’ordre naturel qu’Il transcende.
    2. Le culte liturgique et les dévotions privées : Importance du culte public et social (d’où le titre de l’encyclique, centré sur le Christ Roi). Cela incluait probablement des précisions sur la liturgie contre certaines dérives anticipant des réformes post-conciliaires.
    3. La théologie morale : Condamnation probable de positions laxistes ou subjectivistes.
    4. La profession de foi : Affirmation de la nécessité d’adhérer pleinement à la doctrine.
    5. La relation entre autorité et liberté dans l’Église : Réaffirmation forte que le munus docendi (charge d’enseigner) appartient uniquement à la hiérarchie (Pape et évêques), contre toute idée de démocratisation ou de relativisation de l’autorité.
    6. Les relations entre l’ordre religieux et l’ordre profane : Doctrine traditionnelle sur l’Église et l’État, la société et la royauté sociale du Christ, s’opposant aux idées préfigurant la liberté religieuse telle qu’elle sera développée plus tard.

    Le document réaffirmait la royauté du Christ, la centralité de la hiérarchie, et condamnait des erreurs comme le naturalisme, le relativisme doctrinal, ou des conceptions affaiblissant l’unité de l’Église et sa mission dans la société.

    Destin du projet

    Jean XXIII n’a pas poursuivi ce texte après la mort de Pie XII. Il prit une orientation pastorale radicalement différente. Plutôt que de publier une nouvelle condamnation doctrinale globale, il choisit de convoquer le Concile Vatican II pour engager un dialogue avec le monde moderne, laissant définitivement Cultum Regni dans les cartons de l'histoire ecclésiastique;

    Ce projet est souvent évoqué dans les milieux traditionalistes comme un document qui aurait pu anticiper et contrer certaines évolutions théologiques et liturgiques des décennies suivantes. Il s’inscrivait dans la continuité de la théologie romaine traditionnelle (École romaine) face à la Nouvelle Théologie.

  • Qu'est-il advenu de la Loi naturelle ?

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    De Richard A. Spinello sur The Catholic Thing :

    Qu'est-il advenu du droit naturel ?

    L’Église catholique traverse aujourd’hui de nombreuses crises, mais l’une des plus graves est l’état déplorable de la théologie morale. Cette crise trouve ses racines dans la confusion et l’effervescence intellectuelle qui ont suivi le concile Vatican II.  Des théologiens moraux progressistes ont proposé des théories morales contestables telles que le proportionnalisme et l’« option fondamentale », tandis que d’éminents chercheurs comme Bernard Häring ont exprimé leur désaccord sur des questions essentielles de l’enseignement moral traditionnel, telles que l’inadmissibilité de la contraception et l’indissolubilité du mariage.

    Ces théologiens dissidents avaient des visions divergentes, mais un point commun : l’Église n’avait pas l’autorité de proclamer des normes morales spécifiques et sans exception fondées sur la loi naturelle.  Le mieux qu’elle puisse faire, selon eux, était d’enseigner des principes moraux formels. Des préceptes moraux spécifiques tels que « l’adultère est toujours un mal » sont, à leurs yeux, hautement problématiques, car il peut exister des exceptions valables. Un corollaire en est l’autonomie de la conscience, associée au « discernement » dans la prise de décisions morales. À la place de la loi naturelle, ils recommandaient des théories plus souples permettant des compromis moraux dans certaines situations.

    Jean-Paul II a cherché à corriger ces erreurs dans son encyclique *Veritatis splendor*. L’option fondamentale, le proportionnalisme, la souveraineté de la conscience et le subjectivisme moral – toutes ces doctrines hétérodoxes – ont été réfutés de manière approfondie par un raisonnement fondé sur des principes. Il a également réaffirmé l’attachement de l’Église à la loi naturelle et à son postulat anthropologique d’une nature humaine commune et immuable, qui sert de passerelle vers cette loi.  Les biens intrinsèques tels que la vie et la santé, le mariage et l’amitié, constituent notre épanouissement humain.  Un ensemble de normes morales découle des premiers préceptes de la loi naturelle et interdit les maux intrinsèques tels que l’adultère ou le fait d’ôter la vie à un innocent. 

    Pendant un certain temps, il a semblé que le pape-philosophe avait réussi dans son effort herculéen pour renouveler la théologie morale. Mais vint ensuite le pontificat du pape François, qui s’est constamment efforcé de détrôner les principes de la théorie traditionnelle du droit naturel. L’archevêque Vincenzo Paglia l’admet d’ailleurs dans sa récente interview intitulée « Mes réformes avec François ». Il raconte comment le pape François l’a chargé de réinventer l’Institut Jean-Paul II à Rome afin de dépasser le cadre rigide et moraliste du droit naturel qui était au cœur du programme d’études.  Ce qui était nécessaire, déclare Mgr Paglia, « c’était de repenser le concept de “nature”, qui sous-tendait une vision statique et immuable de la loi naturelle, et, par là même, de remettre en question le paradigme essentialiste et ahistorique qui avait soutenu […] la théologie morale ».

    L’encyclique *Amoris Laetitia* du pape François constituait une tentative d’aller dans cette direction, et elle a remplacé *Veritatis Splendor* comme texte de référence à l’Institut Jean-Paul II. L’encyclique du pape François se range clairement du côté de l’aile progressiste de l’Église sur des questions telles que le mal intrinsèque. Au chapitre huit, il explique :

    Il est réducteur de se contenter d’examiner si les actes d’un individu correspondent ou non à une loi ou à une règle générale, car cela ne suffit pas pour discerner et garantir une pleine fidélité à Dieu dans la vie concrète d’un être humain. […] Il est vrai que les règles générales énoncent un bien qui ne peut jamais être ignoré ni négligé, mais, de par leur formulation, elles ne peuvent pas couvrir de manière absolue toutes les situations particulières. (304)

    Saint Jean-Paul II [Source : Vatican News]

    La « règle générale » en la matière est l’interdiction faite par Jésus de se remarier pour une personne divorcée de son conjoint, car cela équivaut à un adultère. Or, *Amoris laetitia* ne considère manifestement pas cette règle comme sans exception, pas plus qu’elle ne considère l’adultère comme un mal intrinsèque, c’est-à-dire comme quelque chose qui est toujours, objectivement, mauvais et nuisible, même en l’absence de culpabilité subjective. 

    Depuis Amoris laetitia, de nombreuses autres attaques ont été portées contre le droit naturel traditionnel et les normes morales absolues. Lors d’une conférence internationale sur la théologie morale à l’Université grégorienne de Rome, l’orateur principal, le père Julio Martinez, a évoqué la nécessité de « dénouer les nœuds que Veritatis splendor a créés en théologie morale ». L’un de ces nœuds est le concept de mal intrinsèque, qui introduit « de sérieuses difficultés pour la théologie morale » et crée des obstacles au discernement.

    Plus récemment, le rapport du groupe d’étude n° 9 du Synode sur les questions « émergentes », intitulé *Critères théologiques et méthodologies synodales pour un discernement partagé des questions doctrinales, pastorales et éthiques émergentes*, a proposé de s’éloigner de l’application de principes moraux « abstraits » et « rigides » à la vie humaine. Le document met en garde « contre la tentation d’une ossification stérile et régressive des principes et des déclarations, des normes et des règles, sans tenir compte de l’expérience des individus et des communautés ». Il s’agit là d’une attaque voilée non seulement contre les normes morales sans exception, mais aussi contre le raisonnement moral déductif qui applique ces normes.

    La discorde actuelle au sein de l’Église signifie que nous sommes confrontés à un choix radical entre la théologie de *Veritatis splendor* et celle d’*Amoris Laetitia*, entre le magistère du pape Jean-Paul II et celui du pape François.  Les théologiens et prélats tels que Mgr Paglia, qui portent haut le flambeau de la théologie d’*Amoris Laetitia*, soutiennent que, puisque la nature humaine change, la loi morale doit elle aussi changer.

    Mais l’idée selon laquelle la nature humaine changerait fondamentalement relève d’un mythe progressiste. Bien sûr, il existe de nombreuses transformations culturelles, accompagnées de tournants historiques qui affectent l’humanité pour le meilleur ou pour le pire. Mais comme le souligne John Finnis, ces théologiens ne peuvent fournir aucun exemple concret illustrant la mutabilité de la nature humaine, car celle-ci, correctement comprise en termes de possibilités humaines fondamentales ou de formes d’épanouissement, n’a jamais changé.  

    On ne trouve, tout au long de l’histoire humaine, aucune personne qui n’ait pas été un être corporel et rationnel, pour qui ces biens intrinsèques que sont la vie et la santé, le mariage et la connaissance, n’aient pas été la source de son épanouissement.

    C’est bien beau de rédiger des encycliques sur des questions sociales telles que l’intelligence artificielle.  Mais le pape Léon est confronté à des questions plus fondamentales : à travers quel prisme moral l’Église évaluera-t-elle ces enjeux ? Elle peut rester fidèle à la tradition de la loi naturelle ou revenir à la morale édulcorée proposée par l’humanisme laïque, qui privilégie l’expérience et l’harmonie sociale. Les réponses aux controverses morales les plus troublantes ne peuvent être trouvées qu’au plus profond du raisonnement fondé sur la loi naturelle, qui reconnaît l’ordre éternel de l’être et de la nature.  

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    __________

    Richard A. Spinello est professeur au Boston College et membre du corps professoral associé du séminaire St. John's. Il est l'auteur de nombreux ouvrages et articles sur la philosophie et l'éthique, dont * Quatre philosophes catholiques : se réjouir de la vérité* (Jacques Maritain, Edith Stein, Dietrich von Hildebrand, Karol Wojtyła).

  • Le testament spirituel du cardinal Ruini révèle un « malaise » face à la direction prise par le pape François pour l'Église

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    Du substack de Diane Montagna :

    Le testament spirituel du cardinal Ruini révèle un « malaise » face à la direction prise par le pape François pour l'Église.

    Texte intégral du testament spirituel du cardinal Camillo Ruini.

     
    18 juin


    (Cardinal Camillo Ruini)

    ROME, 18 juin 2026  Ci-dessous figure la traduction anglaise du testament spirituel du cardinal Camillo Ruini, prélat italien influent et collaborateur de confiance des papes Jean-Paul II et Benoît XVI, décédé à Rome mardi à l'âge de 95 ans.

    Figure marquante de la vie de l'Église catholique en Italie sous le pontificat de Jean-Paul II, le cardinal Ruini a présidé la Conférence épiscopale italienne et a été vicaire du pape pour le diocèse de Rome pendant une grande partie des années 1990 et 2000. Dans une nécrologie publiée cette semaine, Edward Pentin, journaliste vaticaniste chevronné, décrit le cardinal comme un prélat qui a souvent pris des positions fortes et influentes sur les questions sociales et morales, contribuant ainsi à façonner le débat ecclésiastique et politique en Italie.

    Le texte original italien du testament du cardinal Ruini, daté du 3 juin 2016, a été publié en exclusivité et dans son intégralité ce soir par le site web italien Messa in Latino, qui affirme avoir obtenu le document de sources très bien informées.

    Pour expliquer sa décision de publier le texte intégral, MiL a déclaré : « Nous le faisons afin de garantir qu'il ne paraisse pas sous une forme abrégée ou altérée ; une fois que vous l'aurez lu, vous comprendrez pourquoi. »

    Cette remarque semblait faire référence, au moins en partie, à un passage concernant le pape François. Dans son testament, le cardinal Ruini écrivait :

    « Lorsque le pape François a été élu, je me suis réjoui et, dans la mesure du possible, je l’ai immédiatement soutenu. Aujourd’hui encore, je me réjouis et le remercie de son extraordinaire zèle missionnaire et évangélisateur. Pourtant, je dois avouer que je ressens un certain malaise – non pour des raisons personnelles, assurément, mais parce que j’ai du mal à comprendre certaines orientations qui me semblent rouvrir des blessures qui, après le Concile, n’avaient été que difficilement cicatrisées. Je prie humblement le Seigneur de me convaincre intérieurement que l’Église lui appartient et qu’il prend soin d’elle, au-delà de notre compréhension humaine. »

    Le pape Léon XIV a cité plusieurs passages du testament spirituel dans son homélie lors de la messe de funérailles des cardinaux en la basilique Saint-Pierre plus tôt dans la journée, mais le Saint-Siège n'a pas, à l'heure où nous écrivons ces lignes, publié le texte intégral.


    Testament spirituel de Camillo Ruini

    Action de grâce et demande de pardon à Dieu et à mes frères

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

    Je te remercie, Seigneur, pour la longue vie que tu m'as donnée, pour m'avoir fait chrétien, pour m'avoir appelé au sacerdoce et pour mes nombreuses années de sacerdoce puis d'évêque. Je te remercie d'avoir été, et d'être encore, si profondément aimé : par mes parents Francesco et Iolanda ; par ma sœur Donata ; par mes grands-parents Idelberto et Maria et par mon oncle Guido, chez qui j'ai vécu. Leur affection m'a donné force et confiance tout au long de ma vie. Je te remercie pour mon autre grand-mère, Emma ; pour mon oncle et ma tante Riccardo et Tina ; pour mon cousin Carlo et son épouse Carla ; et pour tous mes autres proches. Je te remercie d'avoir été aimé et choyé avec une telle dévotion par ma très fidèle Pierina ; aimé et choyé avec une grande générosité par mon secrétaire, Don Mauro, aujourd'hui évêque de Tivoli ; par Mara, qui a souhaité rester à mes côtés même après la fin de mon mandat de cardinal vicaire ; par Don Nicola, Angela, Claudia de la Conférence épiscopale italienne, et par tant d'autres collaborateurs. Et, dans ma vie familiale, par Palmizia, Sergio et Raffaella.

    Je te remercie, Seigneur, pour mes amis de Sassuolo ; pour mon curé, Monseigneur Zelindo Pelluti ; et pour Don Dino Carretti, qui m’a guidé et accompagné dans ma vocation sacerdotale. Je te remercie pour mes années de formation au Collège Capranica et à l’Université Grégorienne ; pour les supérieurs, les professeurs, les compagnons et les amis que j’y ai rencontrés, en particulier feu Don Osvaldo Ronzon, Don Valerio Massucci, Don Nicola Battarelli et Don Nicolino Barra. Je te remercie pour mon ministère de prêtre et d’enseignant à Reggio Emilia ; pour mes évêques, Beniamino Socche et surtout Gilberto Baroni, de qui j’ai tant reçu et tant appris ; et pour les nombreux prêtres et laïcs de plusieurs générations, en particulier ceux qui me sont encore très proches aujourd’hui. D’eux, j’ai reçu autant que j’ai cherché à donner. Je vous remercie pour le Concile Vatican II, d'en avoir fait l'expérience et d'avoir contribué à faire vivre son esprit à Reggio Emilia, et aussi de m'avoir accordé la lucidité et la force de m'opposer aux distorsions qui ont suivi le Concile.

    Seigneur, alors qu'une certaine lassitude menaçait d'alourdir mon sacerdoce, tu as eu pitié de moi et, à ma grande surprise et à mon grand désarroi, tu m'as appelé à l'épiscopat. Ce fut une grâce aussi grande qu'imméritée, un renouveau et un renforcement de ma vocation. Dès lors, le nombre de ceux qui priaient pour moi et pour mes intentions s'est multiplié, compensant la pauvreté de ma propre prière. Dès lors, en très peu de temps, je suis devenu une personnalité publique, bien que j'aie toujours essayé de rester un homme simple – en ce sens, de rester celui que j'avais toujours été.

    Jean-Paul II fut pour moi une grâce tout à fait particulière. Dès le début de son ministère, j'ai vu en lui incarné ce que je pressentais en moi-même et ce que Paul VI avait déjà laissé entrevoir malgré les nombreuses résistances et incompréhensions. Jamais, cependant, je n'aurais imaginé devenir l'un de ses collaborateurs directs, comme je le fus pendant plus de vingt ans, de l'automne 1984, alors que se préparaient les festivités du Congrès de Lorette, jusqu'à sa mort. En Jean-Paul II, j'ai ressenti ta présence, Seigneur. J'ai pu toucher de mes propres mains l'union de la prière, l'indissociabilité de la prière, de la vie et de l'apostolat ; le courage de la foi qui guide l'histoire ; et la capacité d'aimer et de pardonner. Par ma propre faute, Seigneur, j'ai cherché à suivre son exemple dans ce qui correspondait à mes inclinations naturelles, mais bien moins dans ce qui aurait remédié à mes plus graves manquements.

    Concrètement, durant les vingt-deux années de mon ministère à Rome, à la Conférence épiscopale italienne et au Vicariat, j'espère, Seigneur, avoir œuvré non par intérêt personnel, mais pour les objectifs qui m'avaient été confiés et que je partageais de tout cœur. Ce faisant, j'ai surmonté une forte résistance et une grande hostilité, surtout au début, tant au sein de la Conférence que du Vicariat. Je reconnais et confesse cependant avoir parfois agi avec une grande dureté, même si, le plus souvent – ​​mais pas toujours –, sous couvert de courtoisie. Je demande pardon au Seigneur et à tous ceux, vivants et défunts, que j'ai pu blesser. Mais je dois te remercier, Seigneur, pour les personnes avec lesquelles j'ai eu la joie de collaborer : en particulier Monseigneur Giovanni Battista Re et Monseigneur Stanisław Dziwisz ; les secrétaires de la Conférence épiscopale italienne, Monseigneur Dionigi Tettamanzi, Monseigneur Ennio Antonelli et Monseigneur Giuseppe Betori ; Les vicaires de Rome, Monseigneur Remigio Ragonesi, Monseigneur Cesare Nosiglia et Monseigneur Luigi Moretti ; Annick Johnson, Dino Boffo, Sergio Belardinelli, Vittorio Sozzi, feu Monseigneur Giuseppe Cacciari, le cardinal Angelo Scola, et bien d’autres encore, notamment les curés de Rome et les directeurs des bureaux de la Conférence épiscopale italienne et du Vicariat. J’ai entretenu des liens étroits avec plusieurs d’entre eux.

    Voilà maintenant huit ans que je suis émérite, et je Te remercie, Seigneur, de m'avoir accordé tout ce temps pour me préparer à la rencontre suprême avec Toi. Je Te demande aussi pardon de ne l'avoir que si peu employé à cette fin. En vérité, jusqu'à présent, j'ai été un émérite très occupé, en raison des diverses responsabilités qui m'ont été confiées et, surtout, parce que je me suis consacré à la passion pour l'étude née en moi à l'adolescence et qui ne m'a jamais quitté. Les sujets que j'ai choisis – Dieu et la vie après la mort – disposent par essence à la rencontre avec Toi, et les deux ouvrages dans lesquels j'ai condensé mes réflexions se voulaient une modeste contribution, aussi petite soit-elle, à l'évangélisation. En réalité, cependant, ce travail d'écriture n'a pas favorisé la liberté d'esprit nécessaire à la prière.

    Pourtant, les principales causes de ce manque de liberté sont mes péchés et la faiblesse de ma réponse à l’amour du Seigneur. Voilà ce que je voudrais confesser, espérant ne scandaliser personne, mais plutôt encourager les autres à prier pour moi et à faire mieux que moi. Avant tout, je confesse la pauvreté de ma foi. Dès mon enfance, j’ai reçu le don de la foi et j’ai appris à prier. La foi m’a accompagné et soutenu tout au long de ma vie, en particulier lors de ma réponse à l’appel au sacerdoce. Je me suis consacré à la défense de la foi dès le lycée, sans timidité ni crainte. Par l’étude, j’ai cherché à approfondir son contenu et ses fondements, et à la présenter et la défendre avec passion et conviction. Pourtant, malgré tout cela, au plus profond de mon cœur, j’ai toujours été tenté, précisément au sujet de la foi, même si, par la grâce de Dieu, je ne crois pas avoir jamais cédé à cette tentation. Concrètement, ma foi était, et demeure, trop faible pour soutenir et animer une vie qui devrait être entièrement consacrée à Dieu et à mes frères et sœurs. Seigneur, aie pitié de moi et fortifie ma foi en cette étape finale et décisive de mon voyage terrestre.

    Vierge Marie, notre douce Mère, intercédez pour que l'amour de Dieu emplisse mon cœur et m'accorde la vraie liberté. « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir » (Actes 20, 35) : cette parole de Jésus m'a toujours paru presque évidente et a correspondu à une inclination naturelle en moi, favorisée par le fait que je n'ai jamais connu le véritable dénuement. Ainsi, grâce à la grande générosité de mes parents et de ma sœur, j'ai pu, durant toutes les années où j'étais prêtre à Reggio, travailler pratiquement sans rémunération. Plus tard, j'ai reçu des sommes d'argent considérables, mais je n'ai pas accru le patrimoine familial, utilisant le surplus pour aider les nécessiteux. Pourtant, là encore, je n'ai pas mis en pratique l'invitation du Seigneur à tout quitter pour le suivre, ni renoncé à un mode de vie qui, bien que simple, demeurait confortable.

    J'ai toujours été dévoué au Pape, et j'en remercie le Seigneur et mes maîtres, en particulier les professeurs de l'Université pontificale grégorienne. Après Jean-Paul II, j'ai travaillé trois ans avec Benoît XVI, et je le remercie de tout cœur, notamment pour l'affection qu'il continue de me témoigner. Lorsque le pape François a été élu, je me suis réjoui et, dans la mesure du possible, je l'ai immédiatement soutenu. Aujourd'hui encore, je me réjouis et le remercie de son extraordinaire zèle missionnaire et évangélisateur. Pourtant, je dois avouer que je ressens un certain malaise – non pour des raisons personnelles, assurément, mais parce que j'ai du mal à comprendre certaines orientations qui me semblent rouvrir des blessures qui, après le Concile, n'avaient été que difficilement cicatrisées. Je prie humblement le Seigneur de me convaincre intérieurement que l'Église lui appartient et qu'il prend soin d'elle, au-delà de notre compréhension humaine.

    Seigneur, aide-moi à accepter la légère croix de mon déclin – physique pour l’instant – et la diminution progressive de mon rôle. C’est la grâce que tu m’accordes maintenant afin que je puisse mieux me préparer à ta rencontre.

    Seigneur, toi seul sais pourquoi tu m'as appelé. Ton amour est totalement gratuit, immérité et créateur. Fais que je ne le rejette pas ; pardonne-moi aussi de l'avoir trop souvent fui et déçu. Seigneur, Dieu fidèle, ne te lasse jamais de m'aimer, de m'appeler et de me convertir. Père riche en miséricorde, accorde-moi, ainsi qu'à tous mes frères en humanité, la grâce de la persévérance finale.

    Rome, le 3 juin 2016

    Solennité du Sacré-Cœur de Jésus

    Camillo Cardinal Ruini

  • Quand Léon XIV célèbre « le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée »

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    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Place Saint-Pierre
    Mercredi 17 juin 2026

    Catéchèse. Le Voyage apostolique en Espagne

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    Aujourd’hui, je souhaite vous proposer quelques réflexions sur le voyage apostolique que j’ai effectué la semaine dernière en Espagne, visitant Madrid, Barcelone, l’abbaye de Montserrat et les îles Canaries.

    Après un long périple dans quatre pays africains, je me suis cette fois retrouvé plongé dans un pays européen doté d’une ancienne et très riche tradition catholique. Et il est apparu clairement que dans l’Espagne d’aujourd’hui, qui a connu de notables changements sociaux et culturels, le Pape a été accueilli partout avec enthousiasme et ouverture à l’écoute. J’en rends grâce à Dieu et à tout le peuple espagnol, au Roi et aux autorités civiles, aux évêques et aux communautés ecclésiales.

    Le peuple de Dieu m’a beaucoup réconforté par la manifestation joyeuse de sa foi et de son affection. À mon tour, j’ai confirmé les fidèles et, comme évêque de Rome, je les ai encouragés à surmonter toute forme de division et d’opposition en cultivant toujours la communion, le dialogue, l’unité dans la diversité. Tel est le service propre au Successeur de Pierre, service qui trouve une expression spécifique dans les voyages apostoliques, chaque fois adaptée aux situations ecclésiales et sociales des pays visités.

    En Espagne, j’ai pu constater avec joie à quel point les gens, de tous âges et de toutes conditions, attendaient la visite du Pape : partout, j’ai trouvé des foules venues m’accueillir avec une grande chaleur. Cela n’allait pas de soi, et cela mérite réflexion. Naturellement, cette participation exprime avant tout, comme je le disais, la foi du peuple espagnol ; en même temps, je pense qu’elle manifeste le besoin généralisé de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique. Ce fondement que seul le Christ, en dernière analyse, peut garantir, et que l’Évangile, à travers les « inculturations » nécessaires, peut transmettre dans la vie des peuples. Il le peut parce que son message répond pleinement à ces deux exigences : la recherche de la vérité et la soif de justice.

    À Madrid et à Barcelone, nous nous sommes rassemblés dans les grandes cathédrales ainsi que dans des stades ultramodernes. Nous avons prié le Saint Rosaire à l’abbaye de Montserrat. Nous avons célébré la messe à la Sagrada Familia, symbole majestueux, symphonie de pierre et de lumière qui parle à tous du mystère chrétien. Cette rencontre entre l’ancien et le moderne, entre la tradition catholique et la culture contemporaine, m’a fait percevoir de manière vive le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée. Il s’agit d’un patrimoine à préserver avec soin, afin de pouvoir l’investir dans le monde d’aujourd’hui avec ses défis historiques : la paix, l’écologie intégrale, le développement équitable et durable, le respect de la dignité humaine. Ce sont là des défis que le Concile Vatican II avait déjà clairement reconnus et sur lesquels le Magistère qui a suivi est revenu, jusqu’à ma récente encyclique Magnifica humanitas, qui vise à protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.

    J’ai perçu, à travers ces différentes rencontres, le besoin d’entendre dans la voix du Pape l’Évangile de l’espérance pour notre humanité d’aujourd’hui, durement éprouvée par les conséquences négatives d’un modèle de développement trompeur. Ce besoin, qui s’est exprimé à travers les nombreux témoignages que j’ai pu entendre – des témoignages tantôt émouvants, tantôt édifiants –, je l’ai reconnu aussi et surtout sur les visages des petits et des pauvres que j’ai rencontrés : celui de l’enfant qui m’a lu sa lettre à la paroisse ; celui de certaines victimes d’abus, qui demandent à être écoutées ; des détenus qui m’attendaient en prison ; des jeunes pleins d’inquiétude et de projets ; des migrants dans les centres d’accueil des Canaries.

    C’est précisément là, aux îles Canaries, dernière étape de notre itinéraire, qu’une clé de lecture globale m’a été offerte. Elle m’a été offerte, d’une part, par la situation géographique même de cet archipel ; et, d’autre part, par la réalité d’une Église locale qui accueille un grand nombre de migrants forcés, provenant surtout d’Afrique. Nous savons que le phénomène migratoire est complexe et qu’il exige des plans d’action cohérents et concertés. Mais cette clé de lecture ouvre une perspective différente et plus large : elle nous fait comprendre comment nous sommes appelés à relire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en échangeant les dons de nos cultures respectives, et en particulier les fruits produits en elles par la fécondité du message du Christ. Et l’un de ces fruits est précisément le dialogue entre les personnes et entre les peuples, la rencontre dans un esprit de fraternité, qui permet de découvrir et d’apprécier mutuellement les valeurs dont l’autre est porteur. Ce chemin n’est pas facile, il exige de la bonne volonté et l’aide de Dieu, mais c’est le chemin qui mène à la civilisation de l’amour.

    Chers frères et sœurs, la devise de ce voyage apostolique était “Alzad la mirada”, “Levez les yeux!” (cf. Jn 4, 35). Ce sont les paroles de Jésus, adressées à ses premiers disciples, pour leur apprendre à voir dans les personnes et dans les foules le désir de vie, de vérité, de plénitude. C’est à moi d’abord que le Seigneur répète ces paroles, et par sa grâce, j’en ai fait l’expérience également au cours de ce voyage. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous cette invitation : levons les yeux ! Apprenons de Jésus à regarder notre prochain, les gens, le monde «avec les yeux de Dieu», c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.

    Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont prié pour le bon déroulement de ce voyage apostolique, en particulier les communautés de moniales contemplatives, qui, en Espagne, grâce à Dieu, sont très nombreuses. Continuez à prier, afin que, par l’intercession de la Vierge Marie, les graines que j’ai semées portent des fruits abondants. Merci !

  • Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

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    Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

    La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres comme évêques le 1er juillet sans l'autorisation du pape Léon XIV.

    CASTEL GANDOLFO, Italie — Le pape Léon XIV a averti que l'ordination prévue d'évêques de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) pourrait pousser le groupe vers le schisme, les exhortant une fois de plus à s'arrêter et à rester en communion avec l'Église.

    « Nous les avons invités, et j'envisage encore de lancer un nouvel appel, pour leur dire : “Ne faites pas cela. Essayons de vivre la communion dans l'Église.” Mais c'est leur choix. Ils doivent comprendre ce que cela signifie pour eux et pour l'Église », a déclaré le pape, répondant aux questions des journalistes devant la Villa Barberini à Castel Gandolfo le 16 juin.

    La Fraternité Saint-Pie-X a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres évêques le 1er juillet, sans l'autorisation du pape Léon XIV. Le Vatican avait averti le 13 mai qu'une telle décision, prise sans mandat papal, constituerait un acte schismatique passible d'excommunication. Les consécrations auront lieu au séminaire de la FSSPX à Écône, en Suisse.

    « Certes, la division entre chrétiens est toujours une chose douloureuse », a déclaré le pape. « Mais ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par divers points du concile Vatican II. Et s’ils persistent dans ces choix, je le regrette. Mais nous devons aller de l’avant. »

    La FSSPX célèbre exclusivement la messe traditionnelle en latin et a rejeté certains enseignements et réformes du concile Vatican II, notamment en ce qui concerne la liberté religieuse et l'approche de l'Église vis-à-vis des autres confessions.

    Le pape a également répondu à des questions sur la diplomatie du G7, ses futurs voyages en France et au Pérou, et sur la réponse chrétienne aux migrations qui appelle à reconnaître les raisons pour lesquelles les gens doivent quitter leur pays, telles que la violence et la guerre.

    Commentaire sur InfoVaticana :

    À quoi faut-il adhérer pour être catholique ? Les doutes soulevés par la déclaration du pape

    Car l’expression « divers points du Concile » constitue une limite qu’il convient de définir clairement. L’Église distingue entre les dogmes, les doctrines définitives et les enseignements du Magistère authentique. S’il existe un cadre doctrinal complet visant à clarifier les exigences de chaque enseignement, il semble raisonnable d’exiger qu’il soit appliqué avec précision lorsqu’il s’agit de déterminer si l’on demeure dans la communion ecclésiale ou non.

    Dès lors, je pose la question : dois-je croire en Lumen Gentium de la même manière que je crois en la divinité du Christ ? Dois-je croire en Dignitatis Humanae avec la même adhésion qu’à l’Immaculée Conception ? La liberté religieuse relève-t-elle du dépôt de la vérité révélée ou d’une formulation prudentielle appliquée à des circonstances historiques particulières ? Et si la réponse est la première, à quel moment a-t-elle été définie comme une vérité révélée par Dieu et proposée comme telle par l’Église ?

    Par ailleurs, dois-je m’en tenir uniquement au texte conciliaire ou également à une interprétation particulière de celui-ci ? Car l’expérience des soixante dernières années semble indiquer que la controverse porte moins sur les mots écrits eux-mêmes que sur la manière de les lire. S’il est obligatoire d’adopter une herméneutique particulière, il serait utile de savoir laquelle, qui la définit et avec quel degré d’autorité elle s’impose.

    Benoît XVI a jugé nécessaire de consacrer un discours célèbre à l'explication de ce qu'on appelle « l'herméneutique de la continuité ». Mais si un document requiert une théorie interprétative complète pour démontrer qu'il ne contredit pas les formulations antérieures du Magistère, il est difficile de soutenir en même temps que son sens est si évident qu'il puisse servir de critère immédiat pour déterminer qui demeure pleinement en communion avec l'Église.

    La même question se pose concernant la liturgie. Est-il obligatoire de considérer la réforme liturgique issue du Concile comme l'expression la plus aboutie de l'Église dans son histoire ? Dois-je croire que les nouvelles prières eucharistiques de Bugnini constituent un progrès par rapport au Canon romain en vigueur depuis des siècles ? Dois-je affirmer que l'offertoire introduit après la réforme exprime plus pleinement la théologie de la messe que les formules traditionnelles ? Est-ce une question de foi ou un sujet ouvert à un débat légitime ?

    La tradition catholique a toujours considéré que le Credo et les dogmes définissent la foi. Cependant, dans la pratique contemporaine, une logique semble gagner du terrain selon laquelle Vatican II ne serait plus simplement un concile œcuménique à recevoir en fonction de la nature de ses enseignements, mais une sorte de métacritère ou de super-dogme capable de déterminer rétrospectivement toute l'orthodoxie catholique.

    Je ne cherche pas à savoir ce qui définit le progressisme ou le conservatisme, ni quelle interprétation privilégient certains théologiens ou papes. Ma question est bien plus fondamentale : que dois-je croire précisément pour rester catholique ? Que signifie exactement pour le pape ces « éléments fondamentaux de l’Église » énoncés lors du concile Vatican II, auxquels nous devons nécessairement adhérer pour être en communion ?

  • Prochain consistoire : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine à l'ordre du jour

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    De George Weigel sur le CWR :

    Liens consistoraux importants

    La défense et la promotion de l'idée biblique de « Qui sommes-nous ? » constituent le lien entre les trois principaux sujets du consistoire.

    Le pape Léon XIV s'adresse aux cardinaux lors du consistoire extraordinaire du 7 janvier 2026, au Vatican. (Crédit : Vatican Media)
    Plusieurs sujets seront abordés lors du consistoire des cardinaux convoqué par le pape Léon XIV du 26 au 29 juin : la situation internationale et ses effets sur les Églises locales ; les thèmes clés de l’encyclique Magnifica Humanitas ; les prochaines étapes du Synode sur la synodalité.

    À première vue, ces trois points à l'ordre du jour peuvent sembler quelque peu déconnectés. En réalité, ils sont étroitement liés par ce que le Pape a justement identifié dans son encyclique comme la crise civilisationnelle du moment : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine.

    Bien qu'elle soit aujourd'hui considérée comme « l'encyclique de l'IA », Magnifica Humanitas nous invite avec pertinence à une profonde réflexion sur la question posée à l'âge du bronze par le Psaume 8 : « Qu'est-ce que l'homme… ? » (Ps 8,4). Car c'est là la question ultime que soulève le développement de l'intelligence artificielle : qui sommes-nous ? Sommes-nous de simples algorithmes ambulants, sur le point d'être surpassés en termes de puissance de calcul, puis de capacités cognitives, puis de prise de décision par d'autres algorithmes ? Nos capacités d'amour, de regret, de honte, d'altruisme, de méchanceté, de compassion, de pensée spéculative et d'apprentissage de nos erreurs ne sont-elles qu'une fonction des connexions neuronales de notre cerveau que nous avons, pendant des millénaires, confondues à tort avec la « conscience » – des connexions qui peuvent être reproduites, voire améliorées, par le développement de ce que l'on appelle l'intelligence artificielle générale ?

    La réponse que la religion biblique apporte à cette question est celle sous-entendue par le paragraphe clé, le n° 99, de Magnifica Humanitas : les algorithmes, aussi perfectionnés soient-ils, n’ont pas et ne peuvent pas avoir d’âme, et l’âme immortelle, créée par Dieu, est ce qui distingue l’être humain de toute autre créature. C’est cette « âme » qui est la raison ultime pour laquelle nous pouvons discerner le bien du mal, distinguer le noble du vil, éprouver de la honte lorsque nous choisissons ce qui dégrade autrui et nous-mêmes, nous repentir et nous relever de nos erreurs pour tenter de faire mieux à l’avenir avec le secours de la grâce.

    La défense et la promotion de cette idée biblique de Qui nous sommes constituent donc le lien entre les trois sujets du consistoire.

    Le lien est particulièrement flagrant sur la scène internationale, car les principaux agresseurs des conflits actuels sèment la terreur en raison d'une conception déformée de la personne humaine. Pour les djihadistes meurtriers et kidnappeurs, les chrétiens qu'ils persécutent sont dépourvus de dignité humaine parce qu'ils refusent de scander « Allahu Akbar ! ». Pour Vladimir Poutine, les soldats russes sont de la chair à canon, bons à sacrifier au nom du nouvel impérialisme russe. Pour l'Iran et ses alliés, le Hezbollah et le Hamas, les Juifs sont des sous-hommes à exterminer (dans le cas du Hamas, après avoir été violés et torturés, leurs sévices filmés par des iPhones). Pour Xi Jinping, le peuple chinois (et, à l'avenir, le peuple taïwanais) n'est que de l'argile à modeler selon le moule communiste souhaité par des systèmes de surveillance omniprésents qui déterminent qui est digne d'éducation et de prospérité.

    Il existe également un lien étroit entre la défense de la dignité de la personne humaine enseignée par Magnifica Humanitas et l'avenir du Synode sur la synodalité.

    Récemment, une controverse internationale a éclaté au sujet du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, qui a diffamé Courage International, organisation caritative américaine venant en aide aux personnes attirées par le même sexe et souhaitant vivre dans la chasteté selon la conception catholique. Cette rupture de la solidarité ecclésiale a été rendue possible en partie par ce que le secrétaire général du Synode a qualifié de « précieux travail » du Groupe d'étude – une caractérisation de la théologie du rapport qui mérite un examen approfondi et qui pourrait entraîner une contestation sérieuse, voire un rejet, lors du prochain consistoire.

    Peu après la publication du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, un ami avisé, parfaitement au courant des points positifs des synodes de 2023 et 2024, m'a écrit que le passage biblique qui lui revenait sans cesse à l'esprit à la lecture de ce rapport était : « Les brebis ne suivront pas l'étranger ; elles s'enfuiront loin de lui, parce qu'elles ne reconnaissent pas la voix des étrangers » (Jean 10,5). Le discours tenu dans ce rapport, poursuivait-il, « n'a rien de chrétien. Le contenu est certes déplorable, mais même avant cela, il y a quelque chose d'étranger dans la façon dont [le rapport] parle de la foi. »

    La raison en est, à mon avis, que le rapport du Groupe d'étude synodal n° 9 s'inscrit dans la continuité de la campagne menée contre l'encyclique Veritatis Splendor du pape saint Jean-Paul II, publiée en 1993. Cette campagne est menée depuis la parution de l'encyclique par des factions agressives au sein de la communauté théologique catholique et de certaines conférences épiscopales (notamment en Allemagne et en Belgique). Elle s'est intensifiée sous le pontificat précédent, et l'attaque contre Veritatis Splendor bénéficie désormais d'une quasi-approbation officielle, puisque le rapport du Groupe d'étude n° 9 a été publié par le Secrétariat général du Synode (dont le papier à en-tête officiel ne fait d'ailleurs aucune mention d'un Synode des évêques ).

    Veritatis Splendor défendait avec vigueur la conception catholique classique selon laquelle certains actes sont intrinsèquement mauvais et ne peuvent jamais être justifiés moralement par quelque calcul que ce soit des intentions et des conséquences. Cette défense s'inscrivait dans le contexte plus large de l'appel de Jean-Paul II à un renouveau de la théologie morale catholique, centré sur les Béatitudes et les vertus, un appel qui reflétait l'influence du Père Servais Pinckaers, OP, et de son œuvre majeure, Les Sources de l'éthique chrétienne , sur l'élaboration de Veritatis Splendor .

    Pour en venir au fait, Veritatis Splendor défendait la dignité de la personne humaine, dignité incarnée dans notre capacité à distinguer le bien du mal et dans notre aptitude, sous l'effet de la grâce, à choisir le bien. Dans la perspective du personnalisme chrétien de Jean-Paul II, nier l'existence d'actes intrinsèquement mauvais – actes tels que le viol et la torture qui, par eux-mêmes, dégradent et avilissent l'humanité tant de l'auteur que de la victime – revient à vider la vie morale de son drame inhérent, voire de son humanité même.

    Pourquoi les membres de la confrérie des théologiens, voire les évêques, nieraient-ils ce que toute personne dotée d'une sensibilité morale normale comprend instinctivement : que le viol et la torture sont toujours condamnables ? On peut certes s'enliser dans les méandres de l'épistémologie post-kantienne pour y trouver ce qui est parfois présenté comme les raisons de repenser la notion d'actes intrinsèquement mauvais. Mais de tels jeux philosophiques relèvent davantage du prétexte que de la cause : un prétexte qui vise à masquer la volonté de déclarer aujourd'hui intenable l'éthique catholique de l'amour humain, et notamment sa conception de la contraception et des relations homosexuelles.

    Le rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal se trouve donc en contradiction irrémédiable avec l'enseignement sur la dignité humaine issu de l'encyclique Magnifica Humanitas. Cela soulève de sérieuses questions quant à l'avenir du processus synodal entamé en 2021, il y a cinq ans et des dizaines de millions de dollars.

    Ce processus a produit de bons résultats – comme la prise de conscience, même dans les parties les plus cléricales de l’Église, que tous les baptisés ont reçu le Grand Mandat de Matthieu 28.19 et sont donc appelés à la mission évangélique – et ces résultats doivent absolument être salués et mis en œuvre.

    Mais si, comme le montre clairement le rapport du Groupe d'étude synodal n°9, le processus synodal a également été l'occasion de remettre en question, inutilement, des questions établies de foi catholique et de pratique pastorale, créant ainsi le genre d'ambiguïté qui rend l'évangélisation difficile, voire impossible, alors une question difficile devrait être posée lors du consistoire de juin : pourquoi ce processus synodal extrêmement coûteux et chronophage doit-il être poursuivi ?

    Et si la réponse à cette question est qu’il est nécessaire de donner la parole aux voix inaudibles, la réponse à cela, franchement, est « Bof ».

    Ce n'est pas que les voix qui semblent avoir largement influencé le contenu du rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal étaient auparavant inaudibles. Ces voix se faisaient entendre depuis des décennies. Mais lorsque l'autorité doctrinale de l'Église s'y est opposée, des théologiens radicaux et certaines Églises locales ont refusé d'accepter la correction et l'appel à un authentique renouveau théologique et pastoral formulés dans Veritatis Splendor : d'une part, parce qu'ils insistaient sur le fait que l'éthique de l'amour humain prônée par l'Église était un obstacle à l'évangélisation, ce qui n'est manifestement pas le cas dans les régions vivantes de l'Église universelle ; d'autre part, par soumission passive à l' esprit culturel occidental.

    J'espère que certains cardinaux courageux aborderont ces points communs lors des discussions du consistoire qui auront lieu plus tard ce mois-ci. Cela pourrait dynamiser des échanges trop souvent monotones et attirer l'attention sur le message urgent de Magnifica Humanitas , qui est la défense de la dignité humaine.

     

    George Weigel est chercheur émérite au Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont * Témoin de l'espérance : Biographie du pape Jean-Paul II* (1999), * La fin et le commencement : Jean-Paul II – La victoire de la liberté, les dernières années, l'héritage* (2010) et *L'ironie de l'histoire catholique moderne : Comment l'Église s'est redécouverte et a interpellé le monde moderne sur la réforme* . Ses publications les plus récentes sont *Le prochain pape : Le ministère de Pierre et une Église en mission* (2020), *Inoubliables : Élégies et souvenirs d'une multitude de personnages, pour la plupart admirables* (Ignatius, 2021) et *Sanctifier le monde : L'héritage essentiel de Vatican II* (Basic Books, 2022).
  • Léon XIV : un pontificat tourné vers les périphéries de la foi

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday vatican :

    Léon XIV : Aux périphéries de la foi

    15 juin 2026

    Il est peut-être un peu exagéré de dire que le pontificat de Léon XIV a débuté dans la péninsule ibérique, mais son récent séjour de six jours en Espagne a clairement donné le ton du pontificat auquel on peut s’attendre de sa part.

    Ce sera un pontificat tourné vers les périphéries de la foi, comme l’a fait le pape François tout au long du sien. La différence réside dans la manière dont nous comprenons ces périphéries.

    Au cours de son règne de douze ans, le pape François a soigneusement évité les pays aux traditions chrétiennes les plus anciennes. Il n’a jamais effectué de visite apostolique en France, préférant se rendre à Strasbourg en 2014 sans même s’arrêter à la cathédrale, qui célébrait son millénaire, puis faire un dernier effort pour visiter la Corse sans passer par Paris.

    L’Espagne non plus n’avait pas été une destination de prédilection pour le pape. Le seul projet qui a pu se concrétiser fut une escale aux îles Canaries lors de son dernier voyage (qui n’a jamais eu lieu) en Argentine, pour venir en aide aux migrants bloqués sur ces îles de l’Atlantique. Une escale à Madrid était, en tout cas, hors de question, et encore moins à Barcelone, même s’il était attendu à Manresa pour célébrer la fête de saint Ignace de Loyola.

    En Europe, le pape François avait privilégié les pays où la tradition catholique était minoritaire, à quelques exceptions près : la Lituanie, incluse dans une tournée des pays baltes qui l’avait conduit en Lettonie protestante et en Estonie agnostique ; et la Pologne, étape incontournable des Journées mondiales de la jeunesse. Sinon, François s’est principalement rendu dans des pays à majorité non catholique, tant en Europe que dans le reste du monde.

    Léon XIV a renversé cette tendance.

    Les premiers pays qu’il a choisis de visiter en Europe lors de ses voyages internationaux sont ceux qui possèdent une solide histoire catholique. Monaco, avant tout, est également un signe d’attention portée aux petits pays, démontrant que le Saint-Siège se tourne vers tous les États, et que tous les États ont effectivement un impact sur la Société des Nations.

    Il y a eu le récent voyage en Espagne. Bientôt, il se rendra à Saint-Marin, un voyage techniquement « international » même s’il ne le fera pas sortir de la péninsule italienne, un périple similaire à celui qui l’a conduit à Monaco. Ensuite, il se rendra en France, où il visitera non seulement la cathédrale Notre-Dame, qui a rouvert ses portes, mais se rendra également jusqu’à Metz, dans ces territoires frontaliers où le Concordat napoléonien est toujours en vigueur.

    Tout porte à croire que pour Léon XIV, la nouvelle évangélisation est le thème principal.

    Ce sont tous des lieux autrefois considérés comme le centre de la foi, la France étant souvent appelée « la fille aînée de l’Église », chacun doté d’un catholicisme ancestral récemment pris dans l’emprise d’un sécularisme avancé.

    Il s’agit toutefois de périphéries particulières. En France, notamment, on assiste à un retour à la foi que personne ne parvient à expliquer, et qui s’est traduit par une augmentation des baptêmes d’adultes au cours des cinq dernières années.

    Léon XIV a ainsi clairement défini sa mission : affermir la foi. Et où affermir la foi, sinon auprès des nations qui ont conservé une identité et un héritage chrétiens, mais semblent les avoir perdus ?

    Le voyage en Espagne en a été un exemple clair. La présence du pape a réveillé la foi comme personne ne l’aurait imaginé. Les 1,2 million de personnes rassemblées sur la Plaza Cibeles à Madrid en ont dit long sur le catholicisme profond du pays, mieux que n’importe quel discours.

    L’émotion des Barcelonais lors de la bénédiction de la tour de Jésus de la Sagrada Familia était palpable. Toujours à Barcelone, le pape s’est rendu au monastère de Montserrat, où l’on peut lire l’inscription : « La Catalogne sera chrétienne ou ne sera pas. »

    La présence d’un pape était nécessaire pour rappeler au peuple espagnol sa foi.

    Léon XIV s’est rendu aux Cortes, le parlement espagnol, où il a prononcé un discours monumental devant tous les députés. Même les députés du parti populiste Podemos se sont présentés à la chambre, bien qu’ils aient vivement critiqué la décision d’inviter le pape au départ.

    Dans un discours percutant, le pape s’est élevé contre le populisme et le nationalisme, mais aussi contre l’avortement et en faveur de la vie humaine, abordant des questions cruciales auxquelles sont confrontées toutes les factions politiques, sans exception.

    Avant tout, le pape a rappelé à l'Espagne l'héritage culturel que cette nation a légué au monde, à commencer par l'École de Salamanque et la pensée des brillants dominicains qui ont étudié les droits des peuples du Nouveau Monde, jetant ainsi les bases de ce qui allait devenir les droits de l'homme.

    Dans son discours au corps diplomatique, Léon XIV a évoqué deux autres saints espagnols, saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila, les exhortant à bâtir l’État selon les principes chrétiens, en maintenant une laïcité saine, sans pour autant exclure la religion de la vie publique.

    Le discours prononcé devant les Cortes a suscité huit minutes d’applaudissements, ce qui est énorme dans une chambre à majorité socialiste et généralement anticléricale.

    Mais c’est à cela que sert la présence du pape.

    Elle sert à nous rappeler que lorsque nous en appelons à certains principes fondamentaux, nous le faisons en partant d’une pensée, celle de l’Église, qui reste à la racine de tout raisonnement. Elle sert à rappeler aux gens leur christianisme, quelque peu en sommeil parce qu’il manque du choc nécessaire que seule la présence du pape peut procurer.

    Voilà à quoi sert la présence du pape : rendre la foi vivante et présente, la faire sortir des catacombes de la pensée, remettre le Christ au centre, même aux périphéries de la foi.

    Le voyage en France devrait susciter le même enthousiasme, mais on peut imaginer que le pape se rende également en Angleterre, en Allemagne, peut-être en Autriche et en Croatie dans les années à venir, dans le cadre d’une tournée idéale au cœur de la foi européenne, d’où relancer le grand débat européen.

    En Espagne, le voyage du pape marquera un avant et un après. Mais il marquera sans doute aussi un avant et un après au cours de son pontificat. Car Léon XIV a dévoilé ses thèmes majeurs et mis en avant ses objectifs. Et il l’a fait au cours d’un voyage marqué par la joie et l’émotion, tant de la part du pape que de ceux qui y ont assisté.

    Nous avons besoin du pape pour nous confirmer dans la foi.

    C’est une vérité simple et l’un des objectifs premiers de la fonction pétrinienne dans l’Église, après tout, et Léon XIV s’y est pleinement consacré.

  • Bilan du séjour de Léon XIV en Espagne : au-delà des foules

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    D'InfoVaticana :

    Bilan du séjour de Léon XIV en Espagne : au-delà des foules

    13 juin 2026

    Les voyages d'un pape se comprennent mieux lorsque les projecteurs s'éteignent et que les paroles demeurent. Et la relecture sereine des discours prononcés ces derniers jours permet de tirer une conclusion que peu auraient formulée avant son arrivée : Léon XIV a laissé en Espagne un message intellectuellement solide, pastoralement exigeant et étonnamment éloigné de certains des lieux communs qui dominent le débat public contemporain.

    L’un des aspects les plus marquants de cette visite a été la manière dont le Souverain Pontife a abordé des questions particulièrement sensibles. L’exemple le plus évident a été celui de l’immigration. Dans une Europe prise au piège entre la sentimentalisisation du phénomène migratoire et son utilisation comme arme politique, Léon XIV a choisi une voie différente. Il a défendu la dignité de toute personne migrante, dénoncé l’exploitation des plus vulnérables par les mafias qui se livrent à la traite des êtres humains et rappelé clairement l’une des grandes intuitions de la doctrine sociale de l’Église : le droit de ne pas émigrer, le droit de chaque homme et de chaque femme de pouvoir s’épanouir sur la terre où ils sont nés sans être contraints de la quitter par nécessité.

    Il en a été de même lors de son intervention historique devant les Cortes Generales. L'image d'un pape s'exprimant devant le Parlement espagnol revêt désormais une importance institutionnelle incontestable. Mais ce qui importait vraiment, c'était le fond. Léon XIV a parlé de la défense de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle, et il l'a fait sans se réfugier derrière des formulations ambiguës. Devant les représentants d’une nation dont les lois ont consacré l’avortement et l’euthanasie, il a rappelé avec sérénité et fermeté la position constante de l’Église. Il n’a pas cherché les applaudissements faciles ni la confrontation théâtrale. Il s’est contenté d’exercer la mission propre au Successeur de Pierre : proclamer une vérité qu’il considère comme contraignante même lorsqu’elle dérange.

    Il serait naïf d’affirmer que ces discours ont immédiatement modifié la réalité religieuse espagnole. L’Espagne reste un pays marqué par une sécularisation profonde, une pratique sacramentelle en déclin et une crise vocationnelle évidente. Rien de tout cela n’a disparu en une semaine. Cependant, il serait également superficiel de s’en tenir uniquement à cette image.

    Ce qui s’est passé à Madrid, à Barcelone et aux Canaries a mis en évidence une réalité : derrière les statistiques se cache encore un substrat catholique nettement plus solide qu’on ne le reconnaît généralement. Un terreau spirituel, culturel et affectif qui continue de faire partie de l’identité de larges pans de la société espagnole et qui refait surface chaque fois qu’il trouve une voix capable de l’interpeller avec clarté.

    Une Catalogne plus complexe que ne le laissent entendre les clichés

    L’expérience catalane est particulièrement significative. Depuis des années, on répète que la Catalogne est l’une des régions les plus sécularisées d’Espagne et que les liens entre l’identité catalane et la tradition catholique appartiennent au passé. Pourtant, les journées vécues lors de la visite pontificale ont révélé une réalité bien plus complexe. Des milliers de fidèles ont participé aux cérémonies liturgiques et aux rencontres avec le pape avec un naturel qui contredit de nombreux clichés. Et il y a eu des scènes chargées de symbolisme : des Catalans émus chantant le Virolai, des drapeaux espagnols flottant aux côtés des senyeras et une expression populaire de la foi qui semblait rappeler qu’il existe des liens plus profonds que les divisions politiques des dernières décennies.

    Ces images ne parlaient ni de nostalgie ni de restaurations impossibles. Elles parlaient de continuité. D’une mémoire religieuse partagée qui reste vivante même lorsque beaucoup la considèrent comme éteinte. D’un sensus fidelium qui reste latent sous la surface et qui refait surface lorsque l’Église se présente sans complexe, sans s’excuser d’exister et sans édulcorer son message pour le rendre plus acceptable.

    La clarté comme méthode

    C'est peut-être là l'un des enseignements les plus importants de cette visite. Pendant trop longtemps, certains secteurs ecclésiaux ont tenu pour acquis que l'homme contemporain ne pouvait être atteint qu'à travers une adaptation constante au langage, aux catégories et aux sensibilités dominantes. Léon XIV a testé – timidement, parfois – une hypothèse différente. Il a parlé de la vérité, de la vie, de la responsabilité morale, de la transcendance et de l’espérance chrétienne avec une clarté remarquable. Et les places se sont tout autant remplies.

    Bien sûr, il serait imprudent d’en tirer des conclusions triomphalistes. La visite n’a pas résolu les problèmes structurels de l’Église en Espagne ni inversé des tendances culturelles consolidées depuis des décennies. Mais elle n’autorise pas non plus les interprétations défaitistes. Elle a plutôt permis de constater quelque chose que beaucoup semblaient avoir oublié : l’Espagne est aujourd’hui plus sécularisée qu’hier, mais elle reste plus catholique qu’on ne le dit souvent.

    Une réserve spirituelle qui perdure

    Au terme de ces journées, le bilan le plus juste consiste peut-être justement à reconnaître cette double réalité. Léon XIV a trouvé une nation où la foi n’occupe plus la place sociale qu’elle avait autrefois, mais où subsiste une réserve spirituelle considérable. Il s’est adressé à une société fragmentée et pourtant encore capable de se reconnaître dans certaines références communes. Et il a constaté que, lorsque le message chrétien est présenté avec conviction et sans complexes, il ne tombe pas dans le désert.

    La grande nouvelle de cette visite n’a pas été uniquement ce que le Pape a dit. Elle a aussi été de découvrir qu’il y a encore beaucoup d’Espagnols prêts à l’écouter.

  • Léon XIV : le monde a grand besoin de pasteurs répandant la sainteté du Christ

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    MESSAGE DU PAPE LÉON XIV
    AUX PRÊTRES À L'OCCASION DE
    LA JOURNÉE POUR LA SANCTIFICATION SACERDOTALE  

    [Solennité du Sacré-Cœur de Jésus, 12 juin 2026]

    Très chers frères prêtres,

    en ce jour où l’Église contemple le Cœur transpercé de son Seigneur, d’où jaillit une source inépuisable de paix et d’unité pour tout le genre humain, j’adresse d’abord à moi-même et à vous tous les paroles que Dieu a dites au peuple d’Israël : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2 ; cf. 1 P 1, 16). Cet appel divin traverse les siècles, résonnant encore aujourd’hui avec force pour chaque croyant et, d’une manière particulièrement exigeante, pour nous, prêtres. La sainteté n’est pas une option parmi d’autres ni un idéal abstrait : elle met en jeu l’identité même de toute personne qui veut participer à la vie du Ressuscité.

    La sainteté est une participation au mystère du Christ

    Dieu nous invite à participer à sa propre sainteté. Lorsqu’il nous appelle à être saints parce que Lui est saint, il nous montre le chemin à suivre : nous laisser modeler selon son Cœur. Et pour nous, très chers frères, cet appel est particulièrement radical. Le Seigneur a promis : « Je vous donnerai des pasteurs selon mon cœur, qui vous guideront avec science et intelligence » (Jr 3, 15). La sainteté qui nous est demandée est un abandon confiant : nous laisser transformer par son Saint-Esprit. Et pourtant, c’est précisément là qu’apparaît le grand paradoxe de notre vie sacerdotale : nous sommes appelés à participer à la sainteté même de Dieu, mais nous portons ce trésor dans des vases d’argile (cf. 2 Co 4, 7), nous sommes limités et imparfaits, souvent marqués par des faiblesses et des fatigues, parfois par des blessures. Comment un cœur humain, si vulnérable, peut-il répondre à un appel si élevé ? Le prêtre vit cette tension, mais il sait où trouver la paix : dans le côté ouvert du Seigneur Jésus.

    Un chemin d’union

    L’union de notre cœur avec le Cœur du Christ n’est pas une expérience réservée à quelques élus, mais un chemin sacramentel, eucharistique, qui se réalise au quotidien. Très chers frères, lors de notre ordination, nous avons été configurés au Christ, mais il convient de raviver sans cesse en nous le don de la grâce par la célébration quotidienne de l’Eucharistie, la prière, la méditation de la Parole de Dieu et le service humble envers nos frères et sœurs. Restons unis au Christ en tout : dans ce que nous faisons et dans ce qui nous arrive au quotidien. Alors la sainteté, recherchée en vain par des efforts isolés, se révélera pour ce qu’elle est : une réponse à la grâce qui nous précède, nous soutient, nous transfigure. Il n’y a pas, en effet, de séparations dans notre humanité. La prière, le ministère, les relations, la fatigue, les joies et les échecs, même le temps apparemment perdu ou l’amour qui semble gaspillé, tout devient un lieu privilégié où se révèle Dieu et son amour infini.

    Le prêtre au cœur intègre, simple et pur, est contemplatif au beau milieu de l’action, miséricordieux, fidèle dans l’épreuve, joyeux dans le don de soi. Le monde a grand besoin de pasteurs qui n’offrent pas seulement des paroles ou des programmes, mais le témoignage vivant d’un cœur réconcilié, répandant le bon parfum de la sainteté du Christ. Une vie sacerdotale solide et configurée au Cœur de Jésus est un signe crédible d’unité, de paix et de miséricorde. Ainsi, en une époque marquée par les divisions et les peurs, nous pouvons être des artisans de paix, des témoins de la tendresse du Bon Pasteur, qui sait rassembler ceux qui sont dispersés et soigner ceux qui sont blessés, et notre zèle n’est pas de l’agitation, mais le débordement d’un amour qui « est extase, sortie, don, rencontre » (François, Lettre encyclique Dilexit nos, n. 28).

    Le Cœur du Christ est le cœur des saints

    La réponse à la vocation à la sainteté ne réside pas tant dans l’effort d’ascèse et de perfection, bien que nécessaire, mais dans l’adhésion confiante à l’amour révélé dans le Cœur transpercé de Jésus. L’apôtre Jean nous fait contempler le côté ouvert du Crucifié (cf. Jn 19, 34), dans lequel Dieu nous montre définitivement comment Il est saint : non pas dans la distance inaccessible d’une perfection séparée, mais dans un amour qui se donne jusqu’à se laisser blesser et qui peut ainsi devenir source de miséricorde et de vie. Le Sacré-Cœur de Jésus est l’icône par excellence de l’amour de Dieu : un amour tout-puissant précisément parce qu’il est capable de se rendre vulnérable, de transformer la souffrance en grâce, la douleur en espérance.

    Ce Cœur béni est donc le “lieu” où la sainteté se manifeste comme proximité et tendresse. La sainteté du prêtre peut alors s’exprimer dans une proximité humble et courageuse, en étant de tous et pour tous, en gardant ouverte la porte de l’enclos afin que beaucoup puissent entrer et trouver pâturage et repos (cf. Jn 10, 9). C’est pourquoi il nous est demandé une relation avec Dieu qui ne nous éloigne pas des hommes, mais qui nous rende proches de tous, qui façonne en nous des cœurs patients, tendres, capables de proximité, de compassion et d’écoute. Ainsi, l’union de notre cœur imparfait avec le Cœur transpercé de Jésus, réalise notre chemin de sainteté. Ce n’est plus nous qui vivons, mais le Christ qui vit en nous (cf. Gal 2, 20). Une telle sainteté ne se vit pas tout seul. Prenez soin de la fraternité sacerdotale : recherchez-vous, écoutez-vous, soutenez-vous. Le prêtre qui s’isole s’éteint peu à peu ; le prêtre qui marche avec ses frères grandit. Saint Augustin nous le rappelle encore : « Comment ne pas nous retrouver dans les ténèbres ? En aimant nos frères. Quelle est la preuve que nous aimons nos frères ? Celle-ci : que nous ne rompions pas l’unité et que nous observions la charité » (In Epist. Io. ad Parthos II, 3).

    Très chers prêtres, renouvelez chaque jour votre “me voici” devant le Cœur transpercé du Christ. Abandonnez-vous totalement à Lui, afin de pouvoir aimer son peuple de l’amour même dont Il l’aime. Et rappelez-vous avec joie, comme aimait à le répéter le Saint Curé d’Ars, que « le sacerdoce, c’est l’amour du Cœur de Jésus » (cf. Benoît XVI, Lettre pour la proclamation de l’Année sacerdotale [16 juin 2009], 569). Cet amour est le gage et la garantie que rien de nous ne sera perdu, si tout de nous est remis et offert. Je vous confie tous et chacun à la Vierge Marie, Mère des prêtres. Elle qui a gardé dans son cœur le mystère de son Fils, qu’elle nous enseigne à garder et à faire battre en nous le Cœur du Christ, Sauveur du monde.

    12 juin 2026, solennité du Sacré-Cœur de Jésus.

    LÉON PP. XIV