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Magistère - Page 3

  • Un diagnostic accablant sur les dérives en cours dans l'Eglise

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    Depuis plusieurs décennies, particulièrement après le concile Vatican II (1962-1965) et son application souvent chaotique dans les années 1970-2000, voilà ce qu'on observe dans de nombreux diocèses occidentaux :

    • Une liturgie improvisée : Des messes où le rite est largement adapté, avec des lectures modifiées, des prières eucharistiques personnelles, des gestes non prévus, ou une musique et une esthétique très "années 70-80". Le Missel romain de 1970 prévoyait déjà une certaine flexibilité, mais beaucoup d'évêques et prêtres l'ont étendue bien au-delà.
    • Une discipline ecclésiastique relâchée : Peu de sanctions pour des hérésies publiques, des prêtres ou théologiens qui contestent ouvertement des points de doctrine (divorce-remariage, morale sexuelle, etc.) sans conséquence claire. Le contraste avec l'Église des siècles précédents (où les sanctions - ou la suspension - étaient plus courantes) est frappant. Beaucoup de catholiques pratiquants expriment une réelle lassitude face à la vie peu édifiante d’un certain nombre de clercs : double vie sexuelle, carriérisme, goût du luxe, manque de piété visible, ou simplement une tiédeur spirituelle qui contraste avec ce qu’on attend d’un homme consacré. Ce n’est pas une perception fantasmée.
    • Un discours doctrinal flou : Sur la vie (avortement, euthanasie, bioéthique), la famille, ou le péché, on voit parfois une insistance plus forte sur l'accompagnement et la miséricorde que sur la norme objective. Le Synode sur la synodalité et Fiducia Supplicans (bénédictions des couples irréguliers) ont amplifié ces débats.
    • La célébration des sacrements : Baptêmes, confessions et mariages parfois traités de façon très légère, avec une catéchèse minimale. Des aumônier(e)s laïcs d'hôpital n'hésitent pas à administrer les sacrements des malades, etc.
    • La disparition (ou plutôt l’atténuation très marquée) du sens du sacré est l’un des aspects les plus visibles et les plus tristes de la crise actuelle de l’Église en Occident. C’est un sentiment largement partagé : on entre dans beaucoup d’églises modernes comme dans une salle polyvalente, et la messe ressemble parfois plus à une réunion conviviale qu’à un acte de culte adressé au Dieu trois fois saint.

    Ces phénomènes sont documentés par des observateurs comme le sociologue Christophe Guéguen, des prêtres "orthodoxes", ou divers sites sur le Net. Les enquêtes sur la pratique (IFOP, etc.) montrent aussi une chute massive de la fréquentation et une perte de transmission chez les jeunes.

    Causes profondes

    • Sécularisation culturelle : L'Église en Occident est imprégnée par l'air du temps (individualisme, subjectivisme, psychologisation de la foi). Beaucoup de clercs ont absorbé les idées de Mai 68 ou de la théologie de la libération.
    • Crise des vocations et formation : Dans certains séminaires, la formation doctrinale et liturgique a été affaiblie pendant des décennies.
    • Centralisation romaine paradoxale : Sous Jean-Paul II et Benoît XVI, il y avait une volonté de recentrage, mais avec des résistances internes. Sous François, la priorité donnée à la "synodalité" et aux périphéries a parfois accentué la perception de relativisation de la norme.
    • Effet "grenouille bouillie" : Les changements progressifs rendent difficile de pointer un moment précis où "ça a basculé".

    L'Église a connu des crises graves auparavant (Arianisme au IVe siècle, schisme d'Occident, Réforme protestante, Révolution française, modernisme au début du XXe). Elle s'en est toujours relevée, souvent par des mouvements de réforme venant de la base ou de saints (Cluny, François d'Assise, Thérèse d'Avila, etc.).

    Perspectives actuelles

    Il existe aujourd'hui un clivage clair :

    • Courant traditionnel (TLM - messe traditionnelle, catéchisme solide, doctrine classique) : en croissance relative chez les jeunes pratiquants (surtout en France, aux USA, en Afrique). Les communautés Ecclesia Dei et les instituts comme FSSP ou ICKSP en sont l'expression. Cependant, Traditionis Custodes (2021) a restreint la messe traditionnelle.
    • Courant "pastoral-progressiste" dominant dans beaucoup d'institutions : priorise l'inclusion, le dialogue avec le monde, au risque d'estomper les contours.
    • Afrique et Asie : généralement beaucoup plus orthodoxes doctrinalement et disciplinés.

    Le successeur de Pierre joue un rôle majeur, mais l'Église n'est pas uniquement le pape : elle est aussi faite des évêques, des prêtres, des ordres religieux et surtout des laïcs.

    Ces manquements sont réels et graves pour la transmission de la foi. Ils ne remettent pas en cause les promesses du Christ ("les portes de l'enfer ne prévaudront pas"), mais ils exigent lucidité et fidélité personnelle. L'histoire montre que l'Église se réforme souvent dans l'épreuve.

  • La fête de Dieu est notre fête

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    SOLENNITÉ DE LA SAINTE TRINITÉ

    PAPE LÉON XIV

    ANGÉLUS

    Place Saint-Pierre, dimanche 31 mai 2026

    Chers frères et sœurs, bon dimanche !

    Le temps pascal s'est achevé la semaine dernière avec la solennité de la Pentecôte . Aujourd'hui, nous célébrons le Mystère du Dieu trinitaire, qui nous offre l'occasion de réfléchir au chemin parcouru. Nous commençons par la vie de Dieu qui nous a été donnée en Jésus-Christ. Cette vie est une communion de foi dynamique et inépuisable qui nous attire. En effet, l'Esprit Saint, qui unit le Père et le Fils, a été répandu dans nos cœurs. Ainsi, l'Église devient un sacrement de communion, un lieu de rencontre, d'amour et de vie où le ciel et la terre se rejoignent.

    L’Évangile d’aujourd’hui ( Jn 3, 16-18) nous présente Nicodème, un personnage important d’Israël, profondément attiré par Jésus. Désireux de mieux comprendre ce Maître mystérieux et de lui poser des questions, Nicodème alla le trouver de nuit, afin de ne pas être vu. Le Seigneur l’accueillit et prit au sérieux sa quête de réponses. Jésus surprit Nicodème en lui suggérant qu’il était possible, même pour un adulte, de renaître et l’amena à comprendre que la vie de Dieu pouvait transformer la sienne. Lorsque Jésus parla de l’Esprit Saint, les ténèbres intérieures de Nicodème furent éclairées par la vérité – cette même vérité qui résonne dans toute l’Église en ce jour de fête : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle » (v. 16). Et encore : « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (v. 17).

    Chers frères et sœurs, dans le Mystère de Dieu – Père, Fils et Saint-Esprit – nous trouvons notre place, comme Nicodème en présence de Jésus. La vie de Dieu est merveilleuse et captivante ; elle apaise notre cœur, souvent agité, et nous permet de rencontrer nos frères et sœurs dans la joie de l’Esprit. La Trinité nous aide à aimer tous et toutes choses : nous découvrons que chaque créature est faite pour la communion, la relation et la rencontre. Par ailleurs, nous comprenons pourquoi la division, la polarisation et le mépris de la diversité engendrent destruction, tristesse et stérilité dans le monde.

    Nicodème était membre du Sanhédrin, le conseil des grands prêtres d'Israël. Lorsqu'il entendit des paroles méprisantes proférées contre Jésus au sein du Sanhédrin, il exhorta chacun à écouter avant de le condamner. Il avait reçu de Dieu, par le Christ lui-même, l'Esprit de communion, qui ouvre le cœur aux vérités nouvelles et au véritable renouveau. Celui qui ne reçoit pas cet Esprit vieillit vite, dans la tristesse, se sentant seul et sans joie. Aujourd'hui, chers frères et sœurs, c'est un jour de fête. La fête de Dieu est aussi la nôtre. C'est pourquoi saint Paul écrivit aux Corinthiens : « Réjouissez-vous, tendez à la perfection, encouragez-vous les uns les autres, vivez en paix ; et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous » (cf. 2 Co 13, 11).

    Et maintenant, avec la prière de l’Angélus, nous nous tournons vers la Vierge Marie : comme son « oui » à la volonté divine, puisse notre « oui » à l’amour de la Très Sainte Trinité porter lui aussi du fruit.

  • Léon XIV : que nous apprend sa première encyclique ?

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : que nous apprend sa première encyclique ?

    1er juin 2026

    L'encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas, porte un titre en latin, mais n'existe pas encore en version latine.

    Cette encyclique a été la dernière à parvenir au Bureau des lettres latines ; la version originale devrait être en anglais et en italien, de sorte que l’editio typica sera probablement en latin, mais il s’agira d’un latin traduit a posteriori.

    Selon InfoVaticana, le premier portail à avoir relevé cette particularité ou du moins à lui avoir accordé de l’importance, l’absence d’une édition latine témoigne de l’abandon du latin par l’Église, et donc d’une perte d’identité.

    Symboliquement, en effet, le fait que le document ait été publié dans les langues vernaculaires avant même qu’une édition latine ne soit prête revêt une importance particulière.

    Ce détail en dit long sur la transition que traverse actuellement l’Église, mais il en dit très peu sur la perte d’identité de l’Église catholique.

    En effet, le latin a été réaffirmé comme langue officielle de l’Église dans les derniers règlements généraux de la Curie romaine publiés en novembre 2025. En effet, les éditions originales des dernières encycliques, les éditions dites de référence, sont depuis longtemps en latin, mais elles sont rédigées dans des langues courantes.

    L’encyclique « Laudato Si’ » du pape François avait une version initiale en espagnol. D’autres encycliques ont été rédigées en italien. « Magnifica Humanitas » est probablement basée sur l’anglais, car elle a été rédigée par le bureau dirigé par le cardinal canadien Michael Czerny, qui s’est d’ailleurs exprimé en anglais lors de la conférence de presse de présentation, et parce qu’elle a été remise au pape, qui est américain et maîtrise évidemment mieux sa langue maternelle que toute autre.

    En bref, l’édition originale n’est plus l’édition latine depuis un certain temps.

    La question est toutefois de savoir pourquoi l’édition latine n’a pas encore été rédigée et publiée. La raison est simple : le Bureau des lettres latines a été le dernier à recevoir le texte complet de l’encyclique.

    Comme tous les documents papaux, l’encyclique était strictement confidentielle jusqu’à sa publication.

    C’est pourquoi le Dicastère pour le développement humain intégral a recueilli les avis de divers experts et les a compilés dans un long texte résumant tous les thèmes de la doctrine sociale. Dans certains cas, le dicastère a confié des sections de la traduction à des collaborateurs de confiance, mais jamais l’intégralité du texte.

    En bref, on craignait une éventuelle fuite, ce qui a conduit les rédacteurs à garder le document pratiquement sous clé, empêchant quiconque d’en avoir une vue d’ensemble. De plus, le document n’a pas impliqué tous les ministères concernés, mais seulement quelques experts sélectionnés par les rédacteurs.

    « Magnifica Humanitas » est un document rédigé par des experts, mais il ne s’agit pas d’un document collégial de la Curie romaine.

    Le manque de coordination est manifeste dans plusieurs détails. Par exemple, on note l’absence totale de toute référence à l’Appel de Rome pour l’éthique de l’IA, ainsi qu’au concept d’algorithmique, développé dans le cadre de cette même initiative. Il s’agissait d’une initiative de l’Académie pontificale pour la vie qui avait réuni des entreprises du secteur des technologies de pointe afin de promouvoir le développement éthique de l’intelligence artificielle. Le projet a ensuite été soutenu par d’autres organisations religieuses, devenant ainsi une initiative interconfessionnelle.

    Mais ce n’est pas tout.

    Un document aussi volumineux manque également de références à d’autres textes cruciaux, et même à des discours récents de diplomates du Vatican sur la question de l’intelligence artificielle et de sa gouvernance. Par exemple, il n’y a aucune référence à l’idée d’une autorité mondiale sur l’intelligence artificielle chargée de superviser son développement et ses implications éthiques, telle que proposée par l’archevêque Paul Richard Gallagher dans un discours prononcé devant les Nations unies en septembre 2023.

    L’encyclique a certes rassemblé les avis de plusieurs experts, mais elle a pratiquement rompu tout lien avec toutes les autres initiatives du Vatican entreprises avant elle.

    Il y a l’encyclique, il y a le Dicastère pour la promotion du développement humain intégral (qui devrait diriger la nouvelle commission interministérielle sur l’IA mise en place par Léon XIV), et il y a un avenir qui ne concerne plus les relations déjà établies avec les géants de la tech, mais avec d’autres entreprises comme Anthropic, qui, entre autres, est appréciée pour son refus de céder sa technologie à des fins militaires.

    Ces lacunes révèlent une Curie romaine dont les départements restent cloisonnés, sans coordination et (paradoxalement) sans histoire.

    La mémoire du travail accompli au sein de la Curie semble avoir été effacée, remplacée par de nouvelles formulations. Il est vrai que l’encyclique contient une section substantielle résumant les encycliques précédentes sur la doctrine sociale. Mais celle-ci est purement didactique et ne parvient pas à mettre véritablement en lumière les conséquences concrètes de ce travail sur la doctrine sociale.

    En effet, le document Antiqua et Nova des Dicastères pour la Doctrine de la Foi et pour la Culture et l’Éducation, consacré précisément au thème de l’intelligence artificielle, n’apparaît pour la première fois qu’à la note 123.

    Que nous apprend cette situation ?

    D'une part, cela signifie que la Curie héritée de Léon XIV est toujours profondément divisée.

    Il existe des acteurs indépendants qui sont impatients de mettre à profit leur liberté pour interpréter les documents et les déclarations à leur guise, rompant ainsi avec le passé. Il y a des départements qui vivent encore selon les préjugés de l’époque du pape François et qui sont donc exclus des discussions. Il y a aussi une Secrétairerie d’État qui semble être un spectateur intéressé et vaguement impliqué. Le moment symbolique qui a illustré cette situation a été lorsque le cardinal Parolin, secrétaire d’État du Vatican, a été appelé à animer la présentation de l’encyclique elle-même, en présence du pape.

    Toutes les opinions sont arrivées de manière décousue et ont ensuite été intégrées dans un long texte qui englobe une multitude de sujets. C’est une encyclique particulièrement longue, trois fois plus longue que Caritas in Veritate de Benoît XVI, et elle n’apporte pas beaucoup d’innovations, même si elle risque parfois de succomber à un excès de rhétorique.

    Dans cette situation, le latin – que plus personne parmi les initiés ne parle – est devenu le dernier des soucis de quiconque.

    En bref, l’institution et sa langue sont devenues le dernier des problèmes, car les ministères eux-mêmes sont davantage engagés dans ce bras de fer sur les responsabilités que dans la défense de la structure telle qu’elle est.

    Ce n’est pas un plan, même si cela y ressemble.

    La perte d’institutionnalité et la gestion du pouvoir fondée sur la confidentialité nous font perdre de vue le fait que chacun travaille pour un monde plus vaste, avec son propre langage et son propre protocole.

    Ces derniers temps, ces banalités ont été négligées. Ce sont là des faits banals de la vie au Vatican, mais le public les a perdus de vue depuis un certain temps déjà.

    Il suffit de rappeler que l’annonce du décès du pape François a été faite dans un message YouTube par trois cardinaux et un archevêque, parmi lesquels ne figurait ni le doyen du Collège des cardinaux ni le vicaire du pape pour le diocèse de Rome (qui sont censés délivrer le message), et parmi lesquels personne ne portait la barrette rouge à la place de la soutane.

    Le latin viendra, et ce sera l’editio typica.

    Magnifica Humanitas a toutefois montré que le pape aura fort à faire pour amener l’ensemble de la Curie à travailler ensemble, pour surmonter les personnalismes, pour créer un mécanisme pacifique où chacun pourra échanger des informations et tirer profit du travail des autres.

  • Magnifica humanitas, mille lectures et un problème de langage

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Magnifica humanitas, mille lectures et un problème de langage

    Les divergences d'opinions concernant l'encyclique de Léon XIV s'expliquent aussi par la complexité des documents ecclésiastiques : trop généraux, trop techniques (et donc susceptibles d'être contestés), et leur signification n'est pas toujours univoque. Le problème n'est pas nouveau, mais il s'est accentué sous le pontificat de François.

    1/6/2026

    L'encyclique Magnifica Humanitas de Léon XIV a suscité des réactions mitigées. Prenons quelques exemples. Mgr Joseph Strickland en a donné une interprétation très négative. Le commentateur Larry Chapp, dans Catholic World Report, l'a qualifiée de « coup de poing, incisive et prophétique ». La position de The Catholic Thing était modérée. Leonardo Boff, sur Religion Digital, l'a saluée pour son « style argumentatif nouveau et contemporain ». On a déploré un humanisme excessif, mais aussi le retour au thème du Christ. Certains ont critiqué des points précis, comme la révision de la doctrine catholique sur la guerre juste proposée par Gerald Murray et Michael Haynes. Dans La Bussola, Tommaso Scandroglio a applaudi le retour de la métaphysique dans le traitement de la dignité de la personne ; Roberto De Mattei, en revanche, a déploré l'absence d'une perspective métaphysique sur la personne, et le blog traditionaliste OnePeterFive a même soutenu que le retour de l'encyclique à une structure thomiste était une bonne chose.

    Pour comprendre les causes de ces divergences d'appréciation, il peut être utile d'examiner la question du langage. L'encyclique commence par évoquer la Tour de Babel, mais il faut reconnaître qu'une certaine Babel linguistique existe aussi au sein même de l'Église. Le problème n'est certes pas nouveau ; nous le traînons depuis au moins soixante ans. Les causes sont multiples, et il est évident que même le langage de Léon XIV en est affecté d'une manière ou d'une autre. La question du langage a fait son entrée officielle dans l'Église avec Vatican II. Le recours à un langage existentiel, expérientiel et narratif plutôt qu'à un langage métaphysique et définitionnel découle de la profonde influence de la philosophie existentialiste sur la théologie catholique. Cette dernière a également accueilli sans réserve le « tournant linguistique » de la philosophie moderne, attribuable avant tout à Wittgenstein et Heidegger. Avec le pontificat de François, nous avons assisté à une vaste renaissance de cette révolution du langage, qui passe de la nature à l'histoire, compte tenu du nouvel objectif du magistère : susciter le doute, déconstruire les rigidités, remettre en question les certitudes, alimenter les interrogations et éviter d'apporter des réponses toutes faites.

    Le sujet du langage est donc vaste, mais nous pouvons limiter la discussion à un bref examen de Magnifica humanitas, en nous demandant s'il y a là des expressions qui ont pu alimenter la diversité des opinions.
    Il faut d'abord garder à l'esprit que certaines expressions dissimulent aujourd'hui des contenus très différents. Jean-Paul II et Léon XIV considèrent tous deux que la doctrine sociale de l'Église s'inscrit dans le cadre de la « théologie morale », même si l'un la qualifie de « corpus doctrinal » et l'autre de « discernement communautaire ». Or, la théologie morale a évolué depuis Veritatis Splendor jusqu'à la nôtre, si bien que le sens de cette appellation n'est plus clair : à quelle théologie morale fait-on référence ? Celle de l'« ancien » Institut Jean-Paul II ou celle du « nouveau » ? Quelle place occupe désormais le « discernement », au sens nouveau, dans la définition que Léon XIV donne de la doctrine sociale de l'Église ? Dans quelle mesure l'expression « discernement communautaire » est-elle affectée par cette évolution ? Le mot « nature » ​​et l'adjectif « naturel » ont-ils le sens qu'ils leur prêtaient, à saint Thomas ou à Heidegger ?

    Un second aspect concerne le langage du pape François, qui continue d'influencer celui de Léon XIV. Il s'agit souvent d'expressions cryptiques qui demeurent ambiguës et peuvent donner lieu à des interprétations très diverses. Au paragraphe 25, on lit que la vérité est « un don à partager, non une possession à s'approprier ». Le message est ambigu. Affirmer que la vérité est pour tous est vrai, car c'est précisément ce qui unit, mais que l'Église ne puisse se l'approprier, au sens de la défendre et de l'enseigner, semble erroné. Différentes attitudes peuvent être déduites de cette phrase, laissant croire que le partage crée la vérité plutôt que le contraire. Cela irait à l'encontre de l'apologétique.

    Il est également intéressant de noter que Rerum Novarum représentait moins du tiers de la longueur de la nouvelle encyclique, et ce sans compter les 224 notes de bas de page… Cette longueur soulève deux autres problèmes liés au langage. Le premier concerne l'exposé assez détaillé d'aspects techniques, en l'occurrence l'intelligence artificielle. Rerum Novarum , pour poursuivre la comparaison, avait évoqué les unions sans en expliquer le fonctionnement, ne considérant pas cela comme la tâche du Pape. François, au contraire, avait consacré une grande partie de Laudato Si' à illustrer différents aspects de la question environnementale, s'appuyant principalement sur la presse alors dominante, même si cela ne relevait pas de la mission du pape. Il en résulta des textes très longs, à la fois plus fragiles et sujets à controverse. De fait, même Magnifica Humanitas fit l'objet de critiques techniques de la part de spécialistes de l'intelligence artificielle.

    Le second problème linguistique est lié à l'ampleur excessive du propos. Il s'agit du quatrième chapitre de l'encyclique de Léon XIV. On y trouve des références à une multitude de problèmes sociaux : la crise du multilatéralisme, les nouveaux impérialismes, la guerre et la guerre asymétrique, la course aux armements, les déséquilibres économiques, la logique de la force, la recherche scientifique, le dialogue et la culture de la négociation, la violence et le terrorisme, la cyberguerre, les organisations internationales, les migrants, les réfugiés et les minorités, la sauvegarde de la création, le dialogue interreligieux, les écoles et l'éducation… et ainsi de suite. Ce sont là des analyses spécifiques et à court terme, trop dépendantes d'études de cas empiriques. Il est difficile, dans ces analyses détaillées, de se conformer au langage magistériel et théologique sans tomber dans le vague, le réductionnisme, voire les platitudes.

    Magnifica humanitas ne se résume pas à ce que nous avons mis en lumière ici, mais ces aspects sont bien présents. Il faut espérer que Léon XIV s'affranchira du langage créé par d'autres, comme cela est déjà évident dans certaines de ses interventions, car remettre de l'ordre dans l'Église implique aussi cela.

  • Magnifica humanitas : une magnifique encyclique, mais aussi incohérente sur la guerre et la paix

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Magnifique encyclique, mais aussi incohérente sur la guerre et la paix

    “Désarmée et désarmante”: voilà comment devrait également être l’intelligence artificielle selon le pape Léon. Dans son encyclique “Magnifica humanitas”, il consacre tout un chapitre, le cinquième et dernier, à s’opposer à la “culture de la puissance” qui normalise la guerre, élevée au rang de “prolongement naturel de la politique” alors que les développements technologiques sont désormais en mesure d’imposer même “dépassement de la théorie de la ‘guerre juste’ trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict”.

    Dans les 240 pages que compte ce document, on retrouve de nombreuses invectives contre les guerres et les armes mais à peine quelques lignes – aux paragraphes 192 et 197 – consacrées à reconnaître que “l’usage de la force armée ne doit intervenir en dernier recours, en cas de légitime défense”, mais qu’on ne pourrait cependant plus qualifier de “juste”.

    Pour appuyer cette thèse, dans une note de bas de page, la n°182, le pape Léon renvoie à l’encyclique “Fratelli tutti” du pape François, qui a en effet été le premier à déclarer dans un document pontifical qu’il était “très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible ‘guerre juste’”.

    Mais dans la même note, le pape Léon renvoie également au Catéchisme de l’Église catholique, d’une valeur magistérielle bien supérieure, qui réaffirme en revanche au n°2309 le bien-fondé de “la doctrine dite de la ‘guerre juste’” et qui énumère “les strictes conditions d’une légitime défense par la force militaire” et qui résume comme suit, au n°2308, l’enseignement de l’Église, avec les mots de la constitution “Gaudium et spes” du Concile Vatican II : Aussi longtemps cependant "que le risque de guerre subsistera, qu’il n’y aura pas d’autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifique, le droit de légitime défense”.  Un droit – précise le Catéchisme au n°2265 – qui “peut être un devoir grave, pour qui est responsable de la vie d’autrui”, étant donné que “la défense du bien commun exige que l’on mette l’injuste agresseur hors d’état de nuire” incluant “le droit de recourir même aux armes”.

    Selon le Catéchisme, les “conditions strictes” susceptibles de justifier une guerre défensive sont au nombre de quatre et doivent être rencontrées cumulativement :

    1. “Que le dommage infligé par l’agresseur à la nation ou à la communauté des nations soit durable, grave et certain.”
    2. “Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces.”
    3. “Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.”
    4. “Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer. La puissance des moyens modernes de destruction pèse très lourdement dans l’appréciation de cette condition.”

    Si c’est bien ce que nous disent les documents magistériels de l’Église, il faut donc reconnaître que, sur la question de la “guerre juste” et de la légitime défense, l’encyclique “Magnifica humanitas” pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

    Premièrement par la contradiction entre la “légitimité” reconnue à une guerre de défense armée s’inscrivant dans le cadre des conditions fixées par le Catéchisme et la négation de la qualification de “juste” à une telle guerre.

    Deuxièmement par la disproportion flagrante entre la quantité d’invectives contre toutes les guerres et les armes, non seulement dans “Magnifica humanitas” mais aussi dans de nombreuses autres interventions orales et écrites du pontificat actuel, et les très rares et dérisoires références à la légitimité de la guerre défensive, pourtant reconnue.

    Et troisièmement, par le contraste entre le soutien de fait apporté par le pape Léon à l’héroïque guerre de défense menée par l’Ukraine contre l’agresseur russe et les nombreux discours dans lesquels ce même pape condamne toutes les guerres et les armes, apparemment sans exception.

    Toutes ces contradictions sont mises en lumière avec une rare finesse documentaire par Luca Diotallevi, professeur de sociologie à l’Université de Rome III et aux Facultés théologiques de l’Italie septentrionale dans une longue intervention que l’on retrouvera dans le dernier numéro de la prestigieuse revue “Il Regno”, proposée en lecture intégrale y compris pour les non-abonnés.

    L’analyse du professeur Diotallevi montre combien ces contradictions ont marqué les dernières décennies de la vie de l’Église à tous les niveaux, jusqu’au sommet de la hiérarchie, tout en passant sous silence le pontificat de François – sur lequel un jugement semble “prématuré” – et plus encore sur celui de Léon.

    On retrouve en effet dans l’Église un certain pacifisme qui non seulement tait ce que le Catéchisme dit noir sur blanc mais aussi ce que Paul VI avait déclaré aux Nations Unies le 4 octobre 1965 outre son cri très souvent cité “jamais plus la guerre, jamais plus la guerre!”, d’ailleurs repris tel quel dans l’encyclique “Magnifica humanitas”, c’est-à-dire que “Tant que l'homme restera l'être faible, changeant, et même méchant qu'il se montre souvent, les armes défensives seront, hélas!, nécessaires.”

    Personne ne semble davantage se rappeler l’appel de Jean-Paul II en 1992 devant les Nations Unies et l’Europe à “désarmer l’agresseur” dans les Balkans en guerre : “La conscience de l'humanité, désormais soutenue par les dispositions du droit international humanitaire, demande que soit rendue obligatoire l'ingérence humanitaire dans les situations qui compromettent gravement la survie de peuples et de groupes ethniques entiers : c'est là un devoir pour les nations et la communauté internationale.”

    On oublie aussi l’affirmation nette de Joseph Ratzinger le 4 juin 2004 à l’occasion de la commémoration du débarquement de Normandie, qui a sonné le début de la fin de la domination nazie et de la victoire du monde libre : “S’il y a eu jamais, dans l’histoire, un bellum justum, c’est bien ici, dans l’engagement des Alliés, car l’intervention servait finalement aussi au bien de ceux contre le pays desquels a été menée la guerre.”

    Sur le terrain des faits, il n’y a aucun doute que le pape Léon – à la différence de son prédécesseur François qui en était venu à demander à l’Ukraine de hisser “le drapeau blanc” – considère comme “juste” la défense armée déployée par la nation ukrainienne contre l’agression russe. On se souvient du jugement tranché qu’il a posé sur ce conflit avant d’être élu pape. Et on peut se douter que ce jugement tient toujours aujourd’hui, si l’on prend la peine de décrypter ses faits et gestes.

    On peut prendre pour exemple ce qu’il a déclaré à l’occasion du quatrième anniversaire de l’agression russe, à l’Angélus du 22 février 2026 : “Quatre ans se sont écoulés depuis le début de la guerre contre l’Ukraine. Mon cœur se tourne encore vers la situation dramatique qui est sous les yeux de tous : combien de victimes, combien de vies et de familles brisées, combien de destructions, combien de souffrances indicibles ! J’invite tout le monde à se joindre à la prière pour le peuple ukrainien meurtri.”

    Ou encore ce que le pape Léon a déclaré lors de l’audience générale de mercredi dernier après l’aggravation des attaques russes contre la population civile : “Je suis avec une profonde préoccupation l’évolution du conflit en Ukraine, qui connaît ces jours-ci une intensification dramatique. Je tiens à exprimer ma proximité envers toutes les victimes des récentes attaques, particulièrement lorsque celles-ci touchent des populations civiles. Là où s’abattent les missiles et les drones, ce sont les espérances qui s’effondrent, les foyers et les lieux de prière qui sont réduits en cendres, et des vies innocentes qui sont brisées.”

    Mais si on ne peut remettre en question la solidarité du pape Léon avec le peuple ukrainien qui combat pour défendre sa liberté et sa vie, il semble incohérent que de tels soutiens soient assortis de condamnations aussi fréquentes que généralisées sur les dépenses militaires, comme si ces dernières étaient toutes et toujours peccamineuses.

    L’encyclique “Magnifica humanitas” est truffée de telles condamnations. Mais elles se trouvent résumées dans le discours que le pape Léon a prononcé le 14 mai dernier à l’occasion de sa visite à l’Université “La Sapienza” de Rome : “Au cours de l’année écoulée, l’augmentation des dépenses militaires dans le monde, et en particulier en Europe, a été considérable : on ne peut appeler ‘défense’ un réarmement qui accroît les tensions et l’insécurité, appauvrit les investissements dans l’éducation et la santé, dément la confiance dans la diplomatie, enrichit des élites qui se moquent du bien commun. Il faut également être attentif au développement et à l’application des intelligences artificielles dans les domaines militaire et civil, afin qu’elles ne déresponsabilisent pas les choix humains et n’aggravent pas la tragédie des conflits. Ce qui se passe en Ukraine, à Gaza et dans les territoires palestiniens, au Liban et en Iran illustre l’évolution inhumaine de la relation entre la guerre et les nouvelles technologies, dans une spirale d’anéantissement. Que l’étude, la recherche et les investissements aillent dans la direction opposée : qu’ils soient un ‘oui’ radical à la vie ! Oui à la vie innocente, oui à la vie des jeunes, oui à la vie des peuples qui invoquent la paix et la justice !”.

    On peut être d’accord avec plusieurs aspects de cette déclaration du pape, mais certains passages se heurtent à la réalité. Comment par exemple condamner la défense nécessaire dont l’Europe doit se doter – d’autant plus dans un contexte de désengagement croissant de l’allié américain – pour garantir sa propre sécurité contre des agressions futures et, de fait, contre celles qui s’exercent déjà depuis des années sur son flanc oriental, en Ukraine ?

    On ne peut condamner a priori les innovations technologiques mises en œuvre par cette même Ukraine pour produire les systèmes de défense et d’attaque de drones de nouvelle génération les plus avancés au monde, en mesure de bloquer l’avancée russe.

    Ces incohérences dans la prédication du pape Léon recueillent l’adhésion ininterrompue, qu’elle soit sincère ou calculée, d’une grande partie de l’opinion publique et des classes dirigeantes, à l’enseigne d’une invocation consensuelle à la paix.

    Mais si l’on aspire véritablement à une paix juste, à une pax opus iustitiae, on ne peut pas davantage faire comme si elles n’existaient pas.
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Les options du pape Léon concernant « Traditionis custodes »

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    De JD Flynn sur le Pillar :

    Les options du pape Léon concernant « Traditionis custodes »
    Que pourrait faire le pape au sujet de « Traditionis custodes » ?

    28 mai 2026

    Quoi qu’il arrive cet été, le pape Léon XIV devra certainement faire preuve de fermeté face à la Fraternité Saint-Pie X, basée en Suisse, et à la détermination de ce groupe à consacrer de nouveaux évêques malgré l’interdiction papale qui s’y oppose

    Alors que le Vatican du pape Léon a promis des sanctions rapides si le groupe allait de l’avant, la controverse a attiré l’attention internationale, compte tenu notamment des termes sans concession dans lesquels la situation peut être décrite, et de l’intérêt croissant porté aux rites liturgiques préconciliaires depuis que le pape François en a restreint l’usage en 2021.

    Pour certains, la confrontation entre le pape et la FSSPX soulève des questions sur l’obéissance et l’autorité dans une Église hiérarchisée. Mais pour d’autres, elle soulève des questions sur la manière dont Léon va gérer les séquelles chaotiques des efforts de son prédécesseur pour restreindre la forme extraordinaire de la messe, en particulier au vu de sa popularité apparemment croissante parmi les jeunes catholiques en Occident.

    Faire face à cette situation sera plus qu’un test de détermination pour Léon. Ce sera un test de la créativité canonique et pastorale du pontife, face à une situation qui ne semble pas vouloir disparaître.

    Le scénario le plus probable pour la FSSPX au cours de l'été est que ses évêques mettront en œuvre ce que le supérieur général, le père Davide Pagliarani, a annoncé qu'ils feraient : consacrer des évêques, malgré l'avertissement papal contre ce projet.

    Il en résultera que les consacrés et les consécrateurs encourront la peine canonique d’excommunication, que Léon a laissé entendre que le Vatican était susceptible de prononcer officiellement — une mesure rare pour le Vatican, mais destinée à faire comprendre la gravité de la désobéissance de la FSSPX et à appeler ses dirigeants à revenir en communion avec le successeur de saint Pierre.

    Ces dernières semaines, le cardinal Victor Fernandez, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a évoqué la possibilité que des prêtres ordinaires, voire des laïcs, encourent et voient prononcée l’excommunication susceptible d’être infligée aux dirigeants de la FSSPX. La perspective de prononcer cette sanction à l’encontre de laïcs semble peu probable.

    Mais quelle que soit l’étendue des sanctions prononcées et rendues publiques à l’encontre de la Fraternité Saint-Pie X, la situation concernant ses dirigeants ne manquera pas de soulever une question au sujet de ceux qui assistent actuellement aux liturgies du groupe : « Et eux, alors ? »

    En résumé, étant donné que les dirigeants de la Fraternité Saint-Pie X seront très certainement sanctionnés cet été, il est naturel que les événements en cours soulèvent des questions quant à savoir si l’Église va reconsidérer ses accommodements envers les laïcs catholiques attachés aux liturgies préconciliaires — si, de manière encore plus définitive, ils doivent éviter les messes célébrées par la Fraternité Saint-Pie X, où devront-ils se rendre ?

    C’est pour cette raison – entre autres – que l’on pense généralement que Léon XIV envisage actuellement de modifier ou de réexaminer les restrictions de 2021 sur la liturgie préconciliaire établies par le pape François dans Traditionis custodes.

    Au cours des dernières semaines, la liste des audiences privées du pape a compté plusieurs personnalités susceptibles d’avoir un poids sur la question, notamment un groupe d’érudits dont le livre sur le phénomène des catholiques traditionalistes en Occident est à paraître, ainsi qu’un certain nombre de clercs ayant occupé des postes de responsabilité liturgique au sein de l’Église.

    Et bien que le nombre de catholiques assistant régulièrement aux liturgies préconciliaires soit statistiquement faible dans le contexte global de l’Église, il semble croître parmi les jeunes catholiques et susciter l’attention et l’intérêt dans tout l’Occident catholique.

    Et, à bien des égards, les restrictions imposées par le document Traditionis custodes de François n’ont guère contribué à endiguer ce phénomène — ce qui semblait pourtant être son objectif — et pourraient au contraire être mises en corrélation, à tout le moins, avec une montée en puissance de celui-ci.

    À la lumière de cela, alors que la controverse autour de la FSSPX prend de l’ampleur, on peut s’attendre à ce que des questions se posent quant à savoir si le pape Léon compte s’attaquer à la situation créée par Traditionis.

    S’il le fait, plusieurs options s’offrent à lui.


    L’objectif déclaré de Traditionis custodes est de réglementer l’usage des rubriques liturgiques préconciliaires dans le cadre d’une « recherche constante de la communion ecclésiale ». Mais, du moins en Occident, il n’est pas certain que cet objectif ait été atteint par le motu proprio : au contraire, on observe des signes d’une discorde croissante entre les adeptes de la liturgie traditionnelle et leurs évêques, les curés de paroisse se trouvant le plus souvent pris entre deux feux : sympathisants des communautés qu’ils ont accompagnées pastoralement, tout en souhaitant encourager l’obéissance à l’Église locale.

    Il est possible que Léon XIV revienne simplement sur la pertinence du motu proprio dans les mois à venir, en l’abrogeant purement et simplement tout en exhortant les évêques à mettre l’accent sur les textes liturgiques postconciliaires en tant qu’« expression unique du rite romain », tout en revenant au statu quo établi par *Summorum Pontificum*, cet ensemble de permissions accordées par Benoît XVI pour l’utilisation des textes liturgiques qu’il désignait sous le nom de « forme extraordinaire ».

    Mais cela semble peu probable. Abroger Traditionis au profit de son prédécesseur immédiat serait perçu comme un rejet audacieux de l’auteur du motu proprio, le pape François, et donc comme une démarche s’écartant du style d’unité et de conciliation que Léon a adopté.

    Il est également possible que Léon laisse Traditionis intact, tout en demandant au Dicastère pour le culte divin du Vatican de se montrer généreux dans l’octroi d’autorisations permettant aux prêtres de célébrer la forme extraordinaire, aux églises paroissiales d’être utilisées pour sa célébration, et à la création de nouvelles paroisses personnelles dédiées à l’observance des rites liturgiques préconciliaires. Certains indices laissent penser que les diplomates de Léon ont déjà indiqué cette approche, au moins à titre de mesure temporaire, dans plusieurs pays.

    Mais l’appel du Vatican à une « nouvelle perspective » sur les inclusions liturgiques suggère que les projets de Léon pourraient bien être plus vastes qu’une simple interprétation « généreuse » de Traditionis, et que l’insistance de ses diplomates en faveur de cette approche auprès des conférences épiscopales n’est qu’une sorte de mesure temporaire.

    Certains catholiques ont évoqué la possibilité de créer un ordinariat personnel, voire plusieurs, à l’intention des catholiques et des membres du clergé attachés à une liturgie traditionaliste — peut-être en guise de reconnaissance du solide réseau de communautés qui s’est constitué parmi les adeptes des liturgies d’avant le concile.

    Cette option semble toutefois peu probable sous le pontificat de Léon XIV.

    D'une part, le temps passé par Léon dans le diocèse de Chiclayo lui a permis d'acquérir de l'expérience dans la construction de l'unité entre des groupes de clergé séculier qui se chevauchent, étant donné que son diocèse comptait de nombreux prêtres de la prélature personnelle de l'Opus Dei, ainsi que des laïcs associés à cette prélature. Cela pourrait lui donner une idée des possibilités d'une structure distincte dotée d'une mission pastorale unique, et de la mesure dans laquelle celle-ci pourrait exister sans sectarisme.

    D’autre part, l’objectif de Traditionis semble être de favoriser l’unité entre les catholiques, et l’idée d’une structure ecclésiale entièrement parallèle pour les catholiques traditionalistes n’est guère susceptible d’être perçue à Rome comme une voie vers l’unité ecclésiale souhaitée, en communion avec les évêques diocésains locaux et les autres catholiques locaux. En fait, un ordinariat personnel serait probablement considéré comme encourageant le genre d’insularité que Traditionis était censé combattre, et qu’il a, ironiquement, facilité dans certaines communautés.

    De plus, les ordinariats créés pour le patrimoine anglican ont été confrontés à des problèmes récurrents liés aux réalités pratiques de la gestion financière et du personnel, et cette expérience a probablement suscité au sein du Siège apostolique une certaine réticence à l’idée de mettre en place des structures canoniques similaires.

    Mais une possibilité plus probable serait une modification de Traditionis, qui encouragerait en fait la création de paroisses personnelles destinées aux catholiques attachés à la forme extraordinaire, ainsi que la publication de lignes directrices sur la meilleure façon de les intégrer dans les diocèses.

    L’avantage d’une telle structure serait sans doute de permettre une relation étroite entre les communautés traditionalistes et leur évêque diocésain : plutôt que d’assister aux liturgies d’instituts religieux ou d’institutions proches du schisme comme la FSSPX, les catholiques de tendance liturgique traditionaliste resteraient intégrés dans une communauté faisant pleinement partie du diocèse où elle est implantée, et fonctionnant sous la charge pastorale directe et la supervision de l’évêque diocésain.

    Cet encouragement pourrait s’accompagner d’instructions sur la manière dont les prêtres diocésains pourraient être sélectionnés, formés et affectés à ces paroisses, ainsi que de conseils destinés aux catholiques sur la manière d’entretenir des relations à la fois avec leur paroisse personnelle et avec les autres catholiques de leur territoire.

    Et comme les paroisses personnelles ne sont pas territoriales — c'est-à-dire limitées au seul territoire d'un diocèse —, les directives relatives à leur création pourraient également inclure des indications sur la célébration de la forme extraordinaire en plusieurs lieux d'un même diocèse, afin de rassembler les catholiques de toute une région sous une seule structure paroissiale.

    Une modification de Traditionis qui encourage les paroisses personnelles pourrait être perçue à Rome comme permettant, sous le pontificat de Léon, une « nouvelle perspective » qui assure « généreusement » à la fois la charge pastorale et la structure paroissiale des communautés traditionalistes, tout en donnant aux évêques une plus grande facilité de supervision et de discernement que ce qui était possible en vertu des termes de Summorum pontificum.

    Bien sûr, il appartient à la FSSPX elle-même de déterminer les choix que sa propre direction pourrait faire cet été, et comment le pape Léon pourrait y répondre.

    Certaines personnalités ecclésiastiques ont même suggéré que la Fraternité pourrait bien renoncer à ses projets actuels et rechercher une forme de reconnaissance institutionnelle au sein de l’Église, peut-être sous la forme d’une prélature personnelle — « si, comme tout catholique, elle reconnaît la doctrine de l’Église dans son intégralité, y compris les décrets du Concile Vatican II, qui ne peuvent être authentiquement déclarés contraignants que par les évêques en union avec le pape et sous son autorité ».

    Cela semble hautement improbable. Mais à mesure que les dirigeants de cette communauté se rapprochent de la perspective d’une excommunication officielle, des milliers de catholiques de son entourage chercheront un lieu d’accueil et d’accompagnement au sein de la communion de l’Église.

    À en juger par certains signes, Léon semble disposé à leur offrir cela. Reste à savoir comment.

  • Quand Paul VI professait la foi catholique

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    On célèbre aujourd'hui la mémoire de ce pape; l'occasion de se rappeler la belle Profession de foi" qu'il publia le 30 juin 1968.

    PAUL VI

    PROFESSION DE FOI (30 juin 1968)

            A la gloire du Dieu très saint et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, confiant en l'aide de la Très Sainte Vierge Marie et des bienheureux apôtres Pierre et Paul, pour l'utilité et l'édification de l'Église, au nom de tous les pasteurs et de tous les fidèles, Nous prononçons maintenant cette profession de foi, dans la pleine communion spirituelle avec vous tous, chers frères et fils.

    UN SEUL DIEU, PERE, FILS ET SAINT-ESPRIT

            Nous croyons en un seul Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, créateur des choses visibles comme ce monde où s'écoule notre vie passagère, des choses invisibles comme les purs esprits qu'on nomme aussi les anges, et créateur en chaque homme de son âme spirituelle et immortelle.

            Nous croyons que ce Dieu unique est absolument un dans son essence infiniment sainte comme dans toutes ses perfections, dans sa toute-puissance, dans sa science infinie, dans sa providence, dans sa volonté et dans son amour. Il est Celui qui est comme il l'a révélé à Moise; et il est Amour, comme l'apôtre Jean nous l'enseigne : en sorte que ces deux a voulu se faire connaître à nous, et qui, "habitant noms, Être et Amour, expriment ineffablement la même divine réalité de Celui qui a voulu se faire connaître à nous, et qui, " habitant une lumière inaccessible ", est en lui-même au-dessus de tout nom, de toutes choses et de toute intelligence créée. Dieu seul peut nous en donner la connaissance juste et plénière en se révélant comme Père, Fils et Esprit-Saint, dont nous sommes par grâce appelés à partager, ici-bas dans l'obscurité de la foi et au-delà de la mort dans la lumière éternelle, l'éternelle vie. Les liens mutuels constituant éternellement les trois personnes, qui sont chacune le même être divin, sont la bienheureuse vie intime du Dieu trois fois saint infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir à la mesure humaine. Nous rendons grâce cependant à la bonté divine du fait que de très nombreux croyants puissent attester avec Nous devant les hommes l'unité de Dieu, bien qu'ils ne connaissent pas le mystère de la Très Sainte Trinité.

            Nous croyons donc au Père qui engendre éternellement le Fils, au Fils, Verbe de Dieu, qui est éternellement engendré, au Saint-Esprit, personne incréée qui procède du Père et du Fils comme éternel amour. Ainsi en les trois personnes divines, coaeternae sibi et coaequales, surabondent et se consomment, dans la surexcellence et la gloire propres à l'être incréé, la vie et la béatitude de Dieu parfaitement un, et toujours " doit être vénérée l'unité dans la trinité et la trinité dans l'unité ".

    LE CHRIST, DIEU FAIT HOMME

            Nous croyons en Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est le Fils de Dieu. Il est le verbe éternel, né du Père avant tous les siècles et consubstantiel au Père, homoousios to Patri, et par lui tout a été fait. Il s'est incarné par l'œuvre du Saint-Esprit dans le sein de la Vierge Marie et s'est fait homme : égal donc au Père selon la divinité, et inférieur au Père selon l'humanité et un lui-même non par quelque impossible confusion des natures mais par l'unité de la personne.

            Il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité. Il a annoncé et instauré le Royaume de Dieu et nous a fait en lui connaître le Père. Il nous a donné son commandement nouveau de nous aimer les uns les autres comme -il nous a aimés. Il nous a enseigné la voie des béatitudes de l'Évangile : pauvreté en esprit, douceur, douleur supportée dans la patience, soif de la justice, miséricorde, pureté du cœur, volonté de paixpersécution endurée pour la justice.

            Il a souffert sous Ponce Pilate, Agneau de Dieu, portant sur lui les péchés, du monde, et il est mort pour nous sur la croix, nous sauvant par son sang rédempteur. Il a été enseveli et, de son propre pouvoir, il est ressuscité le troisième jour, nous élevant par sa résurrection à ce partage de la vie divine qu'est la vie de la grâce. Il est monté au ciel et il viendra de nouveau, en gloire cette fois, pour juger les vivants et les morts : chacun selon ses mérites - ceux qui ont répondu à l'amour et à la pitié de Dieu allant à la vie éternelle, ceux qui les ont refusés jusqu'au bout allant au feu qui ne s'éteint pas.

            Et son règne n'aura pas de fin.

    L'ESPRIT-SAINT ET LA VIERGE MARIE

            Nous croyons en l'Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, qui est adoré et glorifié avec le Père et le Fils. Il nous a parlé par les prophètes, il nous a été envoyé par le Christ après sa résurrection et son Ascension auprès du Père; il illumine, vivifie, protège et conduit l’Église; il en purifie les membres s'ils ne se dérobent pas à la grâce. Son action, qui pénètre au plus intime de l’âme, rend l'homme capable de répondre à l'appel de Jésus : " Soyez parfaits comme votre Père céleste est Parfait " (Matth., 5, 48).

            Nous croyons que Marie est la Mère demeurée toujours vierge du Verbe incarné, notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, et qu'en raison de cette élection singulière elle a été, en considération des mérites de son Fils, rachetée d'une manière plus éminente, préservée de toute souillure du péché originel et comblée du don de la grâce plus que toutes les autres créatures.

            Associée par un lien étroit et indissoluble aux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption, la Très Sainte Vierge, l’Immaculée, a été, au terme de sa vie terrestre, élevée en corps et en âme à la gloire céleste et configurée à son Fils ressuscité en anticipation du sort futur de tous les justes ; et Nous croyons que la Très Sainte Mère de Dieu, nouvelle Ève, mère de l’Église, continue au ciel son rôle maternel à l'égard des membres du Christ, en coopérant à la naissance et au développement de la vie divine dans les âmes des rachetés.

            LE PECHE, LA CROIX ET LE BAPTEME

            Nous croyons qu'en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n'est pas celui où elle se trouvait d'abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l'homme ne connaissait ni le mal ni la mort. C'est la nature humaine ainsi tombée, dépouillée de la grâce qui la revêtait, blessée dans ses propres forces naturelles et soumise à l'empire de la mort, qui est transmise à tous les hommes et c'est en ce sens que chaque homme naît dans le péché.

            Nous tenons donc, avec le Concile de Trente, que le péché originel est transmis avec la nature humaine, "non par imitation, mais par propagation", et qu'il est ainsi "propre à chacun".

            Nous croyons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, par la sacrifice de la croix, nous a rachetés du péché originel et de tous les péchés personnels commis par chacun de nous, en sorte que, selon la Parole de l'Apôtres "là où le péché avait abondé, la grâce a surabondé".

            Nous croyons à un seul baptême institué par Notre -Seigneur Jésus-Christ pour la rémission des péchés Le baptême doit être administré même aux petits enfants qui n'ont pu encore se rendre coupables d'aucun Péché personnel, afin que, nés privés de la grâce surnaturelle, ils renaissent "de l'eau et de l'Esprit-Saint" à la vie divine dans le Christ Jésus.

            L’ÉGLISE, EDIFIEE PAR JESUS-CHRIST

            Nous croyons à l'Église une, sainte, catholique et apostolique, édifiée par Jésus-Christ sur cette pierre qui est Pierre. Elle est le Corps mystique du Christ, à la fois société visible instituée avec des organes hiérarchiques et communauté spirituelle, l'Église terrestre; elle est le peuple de Dieu pérégrinant ici-bas et l'Église comblée des biens célestes; elle est le germe et les prémices du Royaume de Dieu, par lequel se continuent, au long de l'histoire humaine, l'œuvre et les douleurs de la Rédemption et qui aspire à son accomplissement parfait au-delà du temps dans la gloire.

            Au cours du temps, le Seigneur Jésus forme son Église par les sacrements qui émanent de sa plénitude. C'est par eux qu'elle rend ses membres participants au mystère de la mort et de la résurrection du Christ, dans la grâce du Saint-Esprit qui lui donne vie et action. Elle est donc sainte, tout en comprenant en son sein des pécheurs, parce qu'elle n'a elle-même d'autre vie que celle de la grâce : c'est en vivant de sa vie que ses membres se sanctifient; c'est en se soustrayant à sa vie qu'ils tombent dans les péchés et les désordres qui empêchent le rayonnement de sa sainteté. C'est pourquoi elle souffre et fait pénitence pour ces fautes, dont elle a le pouvoir de guérir ses enfants par le sang du Christ et le don de ]'Esprit-Saint.

            Héritière des divines promesses et fille d'Abraham selon l'Esprit, par cet Israël dont elle garde avec amour les Écritures et dont elle vénère les patriarches et les prophètes; fondée sur les apôtres et transmettant de siècle en siècle leur parole toujours vivante et leurs pouvoirs de pasteurs dans le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui; perpétuellement assistée par le Saint-Esprit, elle a charge de garder, enseigner, expliquer et répandre la vérité que Dieu a révélée d'une manière encore voilée par les prophètes et pleinement par le Seigneur Jésus.

            Nous croyons tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise, et que l'Église propose à croire comme divinement révélé, soit par un jugement solennel, soit par le magistère ordinaire et universel. Nous croyons à l'infaillibilité dont jouit le successeur de Pierre quand il enseigne ex cathedra comme pasteur et docteur de tous les fidèles, et dont est assuré aussi le corps des évêques lorsqu'il exerce avec lui le magistère suprême.

            L'UNITE ET LA CATHOLICITE DE L'EGLISE

            Nous croyons que l'Église fondée par Jésus-Christ et pour laquelle il a prié est indéfectiblement une dans la foi, le culte et le lien de la communion hiérarchique. Au sein de cette Église la riche variété des rites liturgiques et la légitime diversité des patrimoines théologiques et spirituels et des disciplines particulières, loin de nuire à son unité, la manifestent davantage.

            Reconnaissant aussi l'existence, en dehors de l'organisme de l'Église du Christ, de nombreux éléments de vérité et de sanctification qui lui appartiennent en propre et tendent à l'unité catholique et croyant à l'action du Saint-Esprit qui suscite au cœur des disciples du Christ l'amour de cette unité. Nous avons l'espérance que les chrétiens qui ne sont pas encore dans la pleine communion de l'unique Église se réuniront un jour en un seul troupeau avec un seul pasteur.

            Nous croyons que l'Église est nécessaire au salut, car le Christ qui est seul médiateur et voie de salut se rend présent pour nous dans son Corps qui est l'Église. Mais le dessein divin du salut embrasse tous les hommes; et ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile du Christ et son Église mais cherchent Dieu sincèrement et, sous l'influence de la grâce, s'efforcent d'accomplir sa volonté reconnue par les injonctions - de leur conscience, ceux-là, en un nombre que Dieu seul connaît, peuvent obtenir le salut.

            LE CORPS ET LE SANG DU SEIGNEUR

            Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant là personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l'ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels. Nous croyons que, comme le pain et le vin consacrés par le Seigneur à la Sainte Cène ont été changés en son corps et en son sang qui allaient être offerts pour nous sur la croix, de même le pain et le vin consacrés par le prêtre sont changés au corps et au sang du Christ glorieux siégeant au ciel, et Nous croyons que la mystérieuse présence du Seigneur, sous ce qui continue d'apparaître à nos sens de la même façon qu'auparavant, est une présence vraie, réelle et substantielle.

            Le Christ ne peut être ainsi présent en ce sacrement autrement que par le changement en son corps de la réalité elle-même du pain et par le changement en son sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens perçoivent. Ce changement mystérieux, l'Église l'appelle d'une manière très appropriée transsubstantiation. Toute explication théologique, cherchant quelque intelligence de ce mystère, doit, pour être en accord avec la foi catholique, maintenir que, dans la réalité elle-même, indépendante de notre esprit, le pain et le vin ont cessé d'exister après la consécration, en sorte que c'est le corps et le sang adorables du Seigneur Jésus qui dès lors sont réellement devant nous sous les espèces sacramentelles du pain et du vin, comme le Seigneur J'a voulu, pour se donner à nous en nourriture et pour nous associera l'unité de son Corps mystique.

            L'unique et indivisible existence du Seigneur glorieux au ciel n'est pas multipliée, elle est rendue présente par le sacrement dans les multiples lieux de la terre où la messe est célébrée. Et elle demeure présente, après le sacrifice, dans le Saint Sacrement, qui est, au tabernacle, le cœur vivant de chacune de nos églises. Et c'est pour nous un devoir très doux d'honorer et d'adorer dans la sainte hostie, que nos yeux voient, le Verbe incarné qu'ils ne peuvent pas voir et qui, sans quitter le ciel, s'est rendu présent devant nous.

            ROYAUME DE DIEU ET CIVILISATION

            Nous confessons que le Royaume de Dieu commencé ici-bas en l'Église du Christ n'est pas de ce monde, dont la figure passe, et que sa croissance propre ne peut se confondre avec le progrès de la civilisation, de la science ou de la technique humaines, mais qu'elle consiste à connaître toujours plus profondément les insondables richesses du Christ, à espérer toujours plus fortement les biens éternels, à répondre toujours plus ardemment à l'amour de Dieu, à dispenser toujours plus largement la grâce et la sainteté parmi les hommes.

            Mais c'est ce même amour qui porte l'Église à se soucier constamment du vrai bien temporel des hommes. Ne cessant de rappeler à ses enfants qu'ils n'ont pas ici-bas de demeure permanente, elle les presse aussi de contribuer, chacun selon sa vocation et ses moyens, au bien de leur cité terrestre, de promouvoir la justice, la paix et la fraternité entre les hommes, de prodiguer leur aide à leurs frères, surtout aux plus pauvres et aux plus malheureux. L'intense sollicitude de l'Église, épouse du Christ, pour les nécessités des hommes, leurs joies et leurs espoirs, leurs peines et leurs efforts, n'est donc rien d'autre que son grand désir de leur être présente pour les illuminer de la lumière du Christ et les rassembler tous en lui, leur unique Sauveur. Elle ne peut signifier jamais que l'Église se conforme elle-même aux choses de ce monde, ni que diminue l'ardeur de l'attente de son Seigneur et du Royaume éternel.

            LES VIVANTS ET LES MORTS

            Nous croyons à la vie éternelle. Nous croyons que les âmes de tous ceux qui meurent dans la grâce du Christ, soit qu'elles aient encore à être purifiées au purgatoire, soit que dès l'instant où elles quittent leur corps Jésus les prenne au paradis comme Il a fait pour le bon larron, sont le peuple de Dieu dans l'au-delà de la mort, laquelle sera définitivement vaincue le jour de la résurrection où ces âmes seront réunies à leur corps.

            Nous croyons que la multitude de celles qui sont rassemblées autour de Jésus et de Marie au paradis forme l'Église du ciel, où dans éternelle béatitude elles voient Dieu tel qu'il est et où elles sont aussi, à des degrés divers, associées avec les saints anges au gouvernement divin exercé par le Christ en gloire, en intercédant pour nous et aidant notre faiblesse par leur sollicitude fraternelle. Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et Nous croyons que dans cette communion l'amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l'écoute de nos prières, comme Jésus nous l'a dit : Demandez et vous recevrez. Aussi est-ce avec foi et dans l'espérance que Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

            Béni soit le Dieu trois fois saint. Amen.

  • Pas de bénédictions pour les couples homosexuels : les Coptes renouent le dialogue avec Rome

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Pas de bénédictions pour les couples homosexuels : les Coptes renouent le dialogue avec Rome

    Tawadros II annonce la reprise des pourparlers théologiques à la suite des assurances données par Léon XIV. La crise déclenchée par Fiducia supplicans, mal accueillie tant par les catholiques que par les non-catholiques, s'apaise ainsi, ce qui confirme que s'adapter au monde nuit gravement au dialogue œcuménique. 

    29/05/2026

    « Les membres du Saint-Synode ont décidé de reprendre le dialogue théologique avec l’Église catholique à la suite des assurances concernant la non-bénédiction des couples de même sexe, exprimées lors de la conversation téléphonique entre Sa Sainteté le pape Tawadros II et Sa Sainteté le pape Léon XIV, vendredi 15 mai de cette année. » Une communication laconique, de quelques lignes seulement, mais qui pèse comme un poids énorme dans le contexte catholique actuel. Le Synode de l’Église copte orthodoxe – l’une des Églises non chalcédoniennes –, réuni le 22 mai dernier, a donné son feu vert, dans la déclaration exprimant les délibérations mûries au cours de l’assemblée, à la reprise du dialogue théologique avec l’Église catholique, rassuré par un appel téléphonique passé directement par le pape Léon XIV à Tawadros II, à la tête de l’Église copte depuis 2012.

    Ce qui signifie que la pmublication de François et de Tucho Fernández, *Fiducia supplicans*, a non seulement suscité la révolte de conférences épiscopales catholiques entières, mais a également refroidi les relations avec les orthodoxes (voir ici) et a même provoqué l’interruption du dialogue œcuménique avec les Coptes. Un désastre sur toute la ligne. Dialogue qui, grâce au changement de cap du pape Léon, a désormais repris. Pour satisfaire le puissant lobby gay présent au sein de l’Église, Bergoglio et Fernández n’ont pas hésité à sacrifier l’idole de l’œcuménisme. Celle-ci est d’ailleurs brandie à nouveau lorsqu’il s’agit de démanteler la doctrine et la discipline catholiques. La réaction de l’Église copte face à l’assurance donnée par Léon XIV est une preuve supplémentaire que le dialogue œcuménique le plus sérieux depuis Vatican II, à savoir celui avec le monde des Églises orthodoxes et orientales non catholiques, est sérieusement compromis chaque fois que le monde catholique envoie des signaux d’adaptation au monde et d’éloignement de la Tradition apostolique.

    Lors de son vol de retour d’Afrique, le Pape avait déclaré, à propos de la position avancée par les évêques allemands, que « nous ne sommes pas d’accord avec la bénédiction formalisée des couples, en l’occurrence des couples homosexuels ou des couples en situation irrégulière ». Une certaine perplexité subsiste quant à l’emploi de l’adjectif (« formalisée »), qui semble tout de même laisser la porte ouverte à des bénédictions non formalisées, et donc à ces bénédictions « dont la forme ne doit pas être fixée par un rituel imposé par les autorités ecclésiales », introduites précisément par Fiducia supplicans.
    Le cardinal Fernández s’est lui aussi montré opposé au vademecum qui, en Allemagne, permettrait de bénir les couples homosexuels, en faisant publier sur le site du Dicastère pour la Doctrine de la Foi la lettre que le préfet avait envoyée le 18 novembre 2024 à l’évêque de Trèves, Mgr Stephan Ackermann.

    Problème résolu ? Je ne dirais pas. S’il est assez clair que le pape cherche à ressouder l’Église en son sein et à rétablir les relations œcuméniques sur une question aussi épineuse et source de division que la bénédiction des couples homosexuels, il n’en reste pas moins que l’ambiguïté persiste, pour au moins deux raisons. Premièrement : les déclarations du pape étaient des propos officieux, et non pas à proprement parler des actes du Magistère. Dans le cas de l’appel téléphonique à Tawadros II, nous ne connaissons même pas les détails du contenu de la conversation, bien que la volonté des Coptes de reprendre le dialogue théologique avec le Saint-Siège laisse penser à une prise de distance par rapport à Fiducia supplicans.

    Deuxièmement, si, du vivant de François, l’aspect délibérément maintenu ambigu par le pape et par Fernández concernait le destinataire de ces bénédictions – des individus ou des couples ? –, l’ambiguïté porte désormais sur la formalisation de ces bénédictions. Dans son sport favori, la recherche de prétextes, Tucho, in illo tempore, avait tenté une distinction improbable entre les bénédictions « liturgiques ou ritualisées » et les bénédictions « spontanées ou pastorales », ces fameuses bénédictions de 10 ou 15 secondes. La réponse que le pape Léon avait donnée dans l’avion en avril dernier semble en effet continuer à maintenir en vie ce type de bénédictions, tandis que nous ne savons rien de celle donnée au pape copte.

    En somme, une fois de plus, le Saint-Siège ne prend pas clairement position. Le problème des bénédictions autorisées par *Fiducia supplicans* persiste donc, car même une bénédiction « non formalisée » (sic) reste une bénédiction et donc un sacramentel. Et la logique des sacramentaux, qui découle de leur nature, comme l’exprimait bien le Responsum de 2021, est que « ce qui est béni soit objectivement et positivement ordonné à recevoir et à exprimer la grâce ». Les couples homosexuels et irréguliers, en tant que couples, ne sont pas ordonnés au dessein de Dieu et, par conséquent, toujours en tant que couples, ne peuvent en aucun cas être bénis. Telle est la vérité qui découle de la nature de la bénédiction d’une part, et du dessein du Créateur d’autre part. Tout le reste n’est que balivernes.

    Il n’y a pas encore suffisamment d’éléments pour déterminer si le pape Léon ne peut pas ou ne veut pas donner une clarification officielle, digne de ce nom. Ce que nous pouvons espérer (et pour quoi nous devons prier sérieusement), c’est que cette tentative louable, opportune et attendue de réunification des différentes composantes du monde catholique s’accomplisse sur le roc solide de Pierre et de la vérité.

  • "Ce n'est certainement pas en édulcorant le contenu ou en adoucissant les exigences que le christianisme peut devenir attractif" (Léon XIV)

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    Discours du pape Léon XIV
    aux participants à l'assemblée plénière
    du Dicastère pour l'évangélisation –
    Section des questions fondamentales concernant
    l'évangélisation dans le monde

    Salle du Consistoire, jeudi 28 mai 2026

     

    Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, que
    la paix soit avec vous !

    Éminences, Excellences,
    Chers frères et sœurs,

    C’est une joie pour moi de vous rencontrer à l’issue de la session plénière du Dicastère pour l’Évangélisation – Section des questions fondamentales concernant l’évangélisation dans le monde. Cette occasion me permet de partager avec vous quelques réflexions sur la vie de l’Église, notamment pour les années à venir.

    Avant toute chose, je tiens à exprimer ma plus profonde gratitude pour l'excellent travail accompli par le Dicastère lors du Jubilé de l'année dernière . Nous avons vécu un temps de grâce qui a vu des millions de pèlerins affluer à Rome. Quel était le chiffre final ? On parle de 30 millions…  [le chiffre est annoncé]  Plus de 33 millions ! Cet événement a nécessité un effort d'organisation considérable, qui s'est traduit par un accueil chaleureux sur tous les fronts et, surtout, par l'attention portée à la dimension spirituelle, compte tenu de l'abondance des grâces que le Seigneur a répandues sur les fidèles.

    La destination de la Porte Sainte des quatre basiliques papales n'a pas empêché l'Année Sainte d'être vécue intensément dans les Églises locales. Partout dans le monde, l'espérance est devenue le thème central de la vie chrétienne. L'accent mis sur la « plus jeune sœur », qui, presque inaperçue, entraîne avec elle les deux aînées, la foi et la charité, doit encore être proclamé et vécu avec ferveur et conviction. Le monde a plus que jamais soif d'espérance. Il aspire à vivre en paix et dans la certitude que l'engagement à bâtir une cité digne des enfants de Dieu est non seulement possible, mais réel, car il est imprégné d'une espérance qui offre des objectifs authentiques, non illusoires. Ne cessons donc pas cette proclamation, soutenue par la promesse du Seigneur Jésus de demeurer toujours avec nous ; elle se manifeste dans le témoignage que nous sommes appelés à rendre en disciples fidèles à sa Parole (cf.  Mt  28, 18-20).

    L’évangélisation doit demeurer la motivation fondamentale de toute action de l’Église universelle et des communautés locales ; c’est la seule façon pour la foi elle-même de se redécouvrir sans cesse dans toute sa beauté et d’exprimer pleinement sa crédibilité. L’annonce de l’Évangile, qui suscite l’espérance, n’est pas une utopie : c’est un témoignage qui attire les cœurs car il révèle l’appel à l’amour et à la vérité.

    Il ne faut pas sous-estimer le fait que, notamment dans les pays occidentaux, la crise de la foi, conjuguée à d'autres facteurs socioculturels, a engendré une indifférence religieuse généralisée. Pour beaucoup, la foi n'a plus sa place dans leur vie. Le danger sous-jacent, dont la gravité n'est pas toujours perçue, est que l'essence même de ce qu'il y a de plus humain – à savoir la quête de sens – risque de se perdre. Les grandes questions existentielles demeurent sans réponse, tandis qu'une culture technologique censée satisfaire tous les besoins se répand.

    Même dans ce contexte, la rencontre avec le Christ redonne tout son sens et sa valeur à la vie des personnes, et l’Église redécouvre la pertinence permanente du mandat qu’elle a reçu du Seigneur ressuscité. Nul ne peut la remplacer dans cette mission, aussi urgente que nécessaire pour assurer un fondement solide à l’avenir de l’humanité, un avenir de paix, de justice, de liberté et de fraternité.

    Comme l’a souligné le Consistoire de janvier dernier, l’exhortation apostolique  Evangelii gaudium du pape François « demeure une référence essentielle. Outre l’introduction de nouveaux contenus, elle recentre tout sur le  kérygme  , cœur de notre identité chrétienne et ecclésiale » ( Lettre aux cardinaux , 22 avril 2026). Je vous invite donc, vous aussi, à revisiter  Evangelii gaudium  dans votre action, à tous les niveaux, afin de promouvoir une mission « christocentrique et kérygmatique… née d’une rencontre avec le Christ, capable de transformer des vies » ( ibid . ).  

    La forte demande de spiritualité, qui prend de l’ampleur – notamment chez les jeunes – et qui s’est manifestée clairement lors du Jubilé des jeunes, mérite toute notre attention. La nouvelle génération n’est pas fermée à l’Évangile ; au contraire, nombreux sont ceux qui, en le redécouvrant, souhaitent mieux le connaître, car ils pressentent qu’il recèle le secret du vrai bonheur. Je suis certain que votre Dicastère est particulièrement attentif à cette question que nos contemporains posent avec une insistance croissante et qui exige une réponse crédible et cohérente. L’évangélisation ne repose ni sur l’efficacité des structures, ni sur la pertinence sociale, ni même sur l’approbation que l’on peut recevoir à un moment donné. L’essentiel demeure de se confier à la conduite de l’Esprit Saint, de suivre les chemins qu’il trace pour conduire de nombreuses personnes au Christ, à sa Parole qui sauve, à son amour qui renouvelle la vie.

    Aujourd'hui, l'évangélisation doit notamment composer avec l'évolution des conditions et des dynamiques qui entourent la transmission de la foi d'une génération à l'autre. Dans certaines régions du monde, cette transmission a quasiment cessé, ce qui exige de relever de nouveaux défis. Les causes de cette situation sont multiples et bien connues ; il en résulte toutefois une « pauvreté » spirituelle chez les jeunes générations, un manque de motivation et de moyens pour développer, en toute liberté, cet engagement envers la foi qui donne sens à la vie. Grâce à Dieu, de nombreuses initiatives, diverses et variées, voient le jour à travers le monde, permettant aux communautés, associations, mouvements et groupes ecclésiaux chrétiens de rencontrer les jeunes, de les écouter et d'engager le dialogue avec eux. Le climat culturel dominant, dans des sociétés saturées de médias et de consommation, diminue la capacité d'apprendre avec patience et de mener, avec effort, une quête personnelle de la vérité, avec persévérance et esprit critique. Chaque message risque d'être perçu comme une simple opinion parmi d'autres.

    Dans ce contexte, la transmission de la foi implique nécessairement la rencontre de personnes et de communautés qui expriment la joie de la foi chrétienne et la cohérence d'une vie inspirée par l'Évangile. Ce n'est certainement pas en édulcorant le contenu ou en adoucissant les exigences que le christianisme peut devenir attractif, mais en témoignant avec humilité et courage du « chemin, de la vérité et de la vie » qui ont converti et sanctifié tant de personnes. Comme l' a déclaré Benoît XVI : « Ce dont nous avons besoin en ce moment de l'histoire, ce sont des hommes qui, par une foi éclairée et vécue, rendent Dieu crédible dans ce monde. […] Nous avons besoin de personnes qui gardent les yeux fixés sur Dieu, apprenant de Lui la véritable humanité. Nous avons besoin de personnes dont l'intelligence est éclairée par la lumière de Dieu et dont Dieu ouvre le cœur, afin que leur intelligence puisse dialoguer avec celle des autres et que leur cœur puisse ouvrir celui des autres. Ce n'est que par des hommes touchés par Dieu que Dieu peut revenir aux hommes » (L' Europe dans la crise des cultures, par Benoît XVI , Sienne, 2005, p. 63-64). Le caractère sacré de la vie demeure donc l’expression la plus convaincante de la beauté de la foi chrétienne, qui transcende les âges et parle à toutes les cultures.

    Je voudrais également vous adresser quelques mots concernant la catéchèse, qui joue un rôle déterminant dans la vie de l’Église par son engagement dans la formation et la transmission de la foi. Une attention particulière est due aux catéchumènes, dont le nombre de demandes de baptême ne cesse d’augmenter. Le service joyeux de la communauté, qui consiste à accueillir et à accompagner les catéchumènes, ne saurait s’arrêter à la célébration du sacrement. La tâche qui suit exige une responsabilité tout aussi grande : celle d’offrir un environnement où s’accomplissent les attentes qui les ont conduits à adhérer au Christ et à son Église. Le devoir de faire vivre le choix de foi accompli par le baptême implique, en particulier pour les communautés paroissiales, la nécessité de rechercher constamment la haute qualité de la vie chrétienne (cf. saint Jean-Paul II, Lettre apostolique Novo millennio ineunte , 31), afin de veiller à ce que les nouveaux baptisés aient un espace de croissance harmonieuse, fruit de relations interpersonnelles vécues dans l’amour et le service réciproque. 

    Il convient d’accorder une attention similaire aux garçons et aux filles qui reçoivent le sacrement de la Confirmation. J’encourage les nombreuses initiatives qui les accompagnent dans leur cheminement de foi, contribuant ainsi à leur épanouissement humain et chrétien. Ces initiatives sont d’autant plus efficaces que chacun d’eux bénéficie d’une attention personnalisée, reflet de l’amour unique et personnel du Seigneur.

    Chers amis, je vous remercie pour votre service à mon ministère et à toute l'Église et, vous confiant à la Vierge Marie, disciple parfaite et missionnaire de l'Évangile, je vous accompagne de ma bénédiction. Merci !

    __________________________________

    Bulletin du Bureau de presse du Saint-Siège , 28 mai 2026

  • Le pape affirme que le rejet des racines chrétiennes par l'UE a conduit à une « stérilité dramatique »

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    De Fionn Shiner sur CruxNow :

    Le pape affirme que le rejet des racines chrétiennes par l'UE a conduit à une « stérilité dramatique ».

    27 mai 2026

    Le pape Léon XIV a déclaré que la crise démographique en Europe peut s'expliquer en partie par le rejet du christianisme par l'Union européenne (UE) et par des politiques familiales « contradictoires » qui promeuvent l'avortement et discriminent la maternité.

    S'adressant lundi aux membres de l'intergroupe Démographie du Parlement européen, le pape a souligné que la mise à mal du christianisme avait largement contribué au problème démographique.

    « Au cours des dernières décennies, nous avons pu constater que le rejet de l’inspiration chrétienne des pères fondateurs des institutions de l’UE a conduit à une période de stérilité extrême, non seulement parce que trop d’enfants ont été privés du droit de naître, mais aussi parce qu’il y a eu un échec dans la transmission des outils matériels et culturels dont les jeunes ont besoin pour affronter l’avenir », a-t-il déclaré.

    « De ce fait, nous sommes fréquemment confrontés aux affirmations contradictoires de politiques prétendument favorables à la famille, qui, simultanément, promeuvent la discrimination à l’égard de la maternité, érigent l’avortement en droit et sapent le fondement même du désir de fonder une famille. Heureusement, il existe aujourd’hui de merveilleuses exceptions ! » a ajouté le pape.

    D'après le dernier rapport démographique d'Eurostat, l'âge médian dans l'UE atteignait 44,9 ans en 2025 et le taux de natalité était de 7,9 naissances pour 1 000 habitants en 2024. Depuis 2004, tous les pays de l'UE enregistrent une baisse de leur taux de natalité.

    Dans ce contexte, le pape Léon a cité le défunt pape François, qui disait que l'Europe est un « vieux continent » qui ne l'est plus « non plus à cause de sa glorieuse histoire, mais à cause de son âge avancé ».

    « Les problèmes engendrés par la stagnation démographique sont nombreux et complexes, et comprennent notamment la pandémie de solitude. De plus, les données démographiques ne sont pas de simples statistiques ; elles parlent de paternité, de maternité et d’enfants. Et les enfants sont l’avenir ! » a déclaré le pape Léon XIV.

    Le rôle de la famille

    Le pape a déclaré que toute solution à la crise démographique devait placer la famille au cœur de ses préoccupations, laquelle est fondée sur le mariage entre un homme et une femme.

    « Au cœur de ces défis urgents, et dans la clé des solutions, se trouvent la dignité fondamentale de toute personne et le rôle de la famille dans la société. Comme nous l’a rappelé saint Jean-Paul II, la famille est « la première et irremplaçable école de la vie sociale » et se fonde sur le mariage entre un homme et une femme, une réalité qui unit les dimensions personnelle et publique », a-t-il déclaré.

    « Car ce n’est qu’en respectant et en promouvant cette place centrale de la famille, et en appliquant le principe de subsidiarité, qu’il est possible d’éviter les deux extrêmes que sont l’interventionnisme étatique excessif et l’individualisme », a-t-il ajouté.

    Le pape Léon XIV s'exprimait lors de la Conférence sur la famille et la démographie qui se tenait à Rome. Étaient également présentes la commissaire européenne pour la Méditerranée, Dubravka Šuica ; la ministre italienne de la Famille, de la Naissance et de l'Égalité des chances, Eugenia Roccella ; et la représentante spéciale de l'OSCE pour les changements démographiques et la sécurité, Gudrun Kugler.

    Il a chargé les personnes présentes de « promouvoir la responsabilité partagée et le rôle actif des familles dans la vie sociale, politique et culturelle ».

    Avoir hâte de

    Le pape a déclaré qu'un « renouveau printanier » était nécessaire pour la famille, qui pourrait être induit par des changements de politique, de philosophie et de culture.

    « Enfin, cette approche ne consiste pas à revenir aux modèles sociaux du passé, mais à offrir aux hommes et aux femmes de notre époque les principes immuables qui peuvent assurément les guider pour répondre aux questions fondamentales posées à chaque époque : quel est le sens et la valeur de la vie humaine ; qu’est-ce qu’une société humaine authentique ; et quel genre de monde voulons-nous léguer aux générations futures », a-t-il déclaré.

    « À cet égard, les politiques nationales et européennes doivent être élaborées et formulées en partenariat avec la société civile », a-t-il ajouté.

    Le pape a souligné comment des groupes comme la Fédération des associations familiales catholiques en Europe (FAFCE) et la Commission des conférences épiscopales de l'Union européenne (COMECE) ont collaboré avec l'Intergroupe sur la démographie, démontrant ainsi comment des groupes ayant chacun leur « domaine de compétence » peuvent « travailler ensemble pour garantir un changement efficace qui améliorera la qualité de vie de tous ».

    « C’est cette impulsion que les chrétiens apportent au projet européen, afin que les politiques prennent en compte la personne humaine dans son intégralité et promeuvent toujours la dignité humaine », a déclaré le pape Léon XIV.

    « De cette manière, une voie véritablement humaine peut être ouverte pour résoudre la crise démographique, orientée vers le bien commun et le bien-être des générations futures. En effet, seul un renouveau familial peut dissiper la morosité hivernale de nos populations vieillissantes ! » a-t-il ajouté.

  • "Respect des textes et des dispositions" : ce que doit être la liturgie selon Léon XIV

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    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Place Saint-Pierre
    Merccredi 27 mai 2026

    Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II III. La Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium 2. La réforme de la liturgie : tradition et évolution

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).

    En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).

    À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l'Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s'y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).

    Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).

    Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).

    Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.

    On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.

    J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.

  • La première encyclique sans version latine révèle une profonde transformation au Vatican

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    D'InfoVaticana :

    La première encyclique sans version latine révèle une profonde transformation au Vatican.

    Cependant, alors que l'essentiel du débat s'est concentré sur le contenu de l'encyclique, un autre détail apparemment mineur est passé presque inaperçu : pour la première fois dans l'histoire moderne, une encyclique papale a été publiée sans édition latine officielle.

    Le document a été publié directement en arabe, allemand, anglais, espagnol, français, italien, portugais et polonais, mais pas en latin. La dernière encyclique publiée par le Saint-Siège était  Dilexit nos , du pape François, en 2014, et elle disposait d'une version latine officielle.

    Et ce fait, loin d'être anecdotique, révèle une transformation bien plus profonde au sein de l'Église.

    Pendant des siècles, le latin fut la voix officielle de l'Église.

    Le latin n'était pas une simple formalité académique ni une concession esthétique à la tradition. Pendant des siècles, il fut la langue juridique, doctrinale et liturgique de l'Église catholique.

    Les encycliques, les constitutions apostoliques, les canons et autres documents majeurs du Magistère étaient officiellement promulgués en latin. Les traductions dans d'autres langues étaient établies à partir de ce texte original, considéré comme la référence authentique et définitive.

    Lire aussi : Le latin dans l’Église : histoire, déclin et nouvelle réglementation du Vatican sur son usage

    Pendant des siècles, le latin a servi de texte de référence définitif au magistère papal : en cas de doute sur une expression particulière, une traduction ambiguë ou la véritable portée d’une formulation, on pouvait toujours se référer à l’original latin comme critère d’interprétation fiable.

    Avec  Magnifica Humanitas , la situation change radicalement. Publiée simultanément dans plusieurs langues modernes sans édition latine de référence, il n'est plus tout à fait clair quel texte faire autorité en cas de divergences, de nuances différentes ou de problèmes de traduction entre les versions.

    La réforme de Léon XIV officialise une tendance amorcée il y a des années.

    L’absence d’une version latine officielle de la  Magnifica Humanitas  n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une transformation plus large que Léon XIV a décidé de consolider juridiquement fin 2025 avec la promulgation du nouveau Règlement général de la Curie romaine.

    Le règlement, entré en vigueur le 1er janvier 2026, a introduit un changement historique dans la politique linguistique du Vatican en établissant que les documents de la Curie peuvent être rédigés « en latin ou dans une autre langue ». Cette formule, en apparence technique, signifie en réalité la fin de la primauté du latin comme langue de travail et de référence standard au sein de la Curie romaine.

    Pendant des siècles, le latin a occupé une place unique et nettement supérieure dans l'administration ecclésiastique. Or, il apparaît désormais juridiquement assimilable à toute autre langue moderne, ce qui reflète une réalité qui s'était imposée de facto depuis des années au sein de nombreuses instances du Vatican.

    En réalité, la nouvelle réglementation n'a pas initié la transformation, mais a plutôt encadré officiellement une dynamique qui s'était accélérée notamment sous le pontificat de François : des documents rédigés directement en italien ou en anglais, des synodes menés en langues modernes et une réduction progressive du latin à des fonctions symboliques, cérémonielles ou purement archivistiques.

    Un paradoxe du nouveau pontificat

    Tout ceci est d'autant plus frappant que Magnifica Humanitas est précisément une encyclique profondément préoccupée par la crise anthropologique de l'Occident.

    Léon XIV y dénonce une civilisation de plus en plus déracinée, dominée par la puissance technologique, la logique technocratique et la perte des références culturelles et morales communes.

    Mais dans le même temps, l'Église elle-même semble se diriger lentement vers une perte de continuité linguistique et historique qui, pendant des siècles, fut l'un des signes les plus visibles de son universalité.

    Car le latin n'était pas qu'un simple outil de communication. Il était aussi un lien avec la mémoire de l'Église, une expression concrète de la continuité entre les générations et un rempart contre la fragmentation culturelle du présent.

    Le problème n'est pas la traduction. Le problème, c'est la perte de notre langue commune.

    Personne ne conteste que l'Église doive parler les langues des peuples. Elle l'a toujours fait. Évangéliser implique de s'immerger dans des cultures spécifiques.

    Le véritable changement survient lorsque disparaît la conscience qu'il existe aussi un langage commun qui exprime l'unité de l'Église au-delà des frontières, des époques et des contextes politiques.

    Le latin servait précisément de rappel : le catholicisme n'était pas une fédération d'Églises nationales adaptées à l'esprit du temps, mais une civilisation spirituelle dotée de sa propre mémoire.

    C’est pourquoi la question de la Magnifica Humanitas n’est pas un simple débat pour les spécialistes ou les amoureux de la tradition liturgique.

    La question fondamentale est tout autre : l’Église peut-elle continuer à défendre la continuité culturelle et anthropologique de l’Occident tout en abandonnant progressivement les expressions les plus visibles de sa propre continuité historique ?