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Magistère - Page 2

  • De nouveaux détails sur le consistoire des cardinaux du pape Léon XIV prévu en juin

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    Du  Substack de Diane Montagna :

    EXCLUSIF : De nouveaux détails sur le consistoire des cardinaux du pape Léon XIV prévu en juin

    Les cardinaux se réuniront les 26 et 27 juin, selon une nouvelle lettre du doyen du Sacré Collège

    13 avril 2026

    ROME, 13 avril 2026 — De nouveaux détails ont été révélés concernant le consistoire extraordinaire des cardinaux que le pape Léon XIV prévoit de convoquer en juin.

    Dans une lettre datée du 13 avril, qui est envoyée aujourd’hui aux cardinaux, le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Sacré Collège, informe les cardinaux que les réunions se tiendront le vendredi 26 et le samedi 27 juin, le matin et l’après-midi, à partir de 9 h. Cela représente un jour de plus que prévu initialement et permet de tenir deux journées complètes de sessions sans déborder sur le dimanche.

    Le dimanche 28 juin, le pape Léon XIV présidera la « concélébration » de la Sainte Messe avec les cardinaux, tandis que, comme annoncé précédemment, le lundi 29 juin, la Sainte Messe et la bénédiction du pallium sacré pour les nouveaux archevêques métropolitains seront célébrées à l'occasion de la solennité des saints Pierre et Paul.

    Le programme laisse ouverte la possibilité que le pape Léon XIV crée de nouveaux cardinaux le 28 juin, bien qu’aucun projet de ce type n’ait encore été annoncé.

    Le cardinal Re a ajouté que de plus amples détails seraient communiqués dès qu’ils seraient disponibles.

    Selon le Code de droit canonique, les consistoires extraordinaires sont des réunions spéciales de l’ensemble des cardinaux, convoquées par le pape pour discuter des « besoins particuliers de l’Église » ou de questions graves nécessitant une large consultation parmi les cardinaux du monde entier. Le pape Léon XIV a convoqué le premier consistoire extraordinaire de son pontificat les 7 et 8 janvier 2026, après que les cardinaux participant au conclave de cette année se furent plaints d’un manque de réunions et de collégialité sous le pontificat du pape François.

    Le consistoire extraordinaire des 20 et 21 février 2014, convoqué par le pape François, a réuni l’ensemble du Collège des cardinaux afin de réfléchir sur la famille et de jeter les bases théologiques des synodes sur la famille tenus en 2014 et 2015. Cette réunion s’est particulièrement distinguée par un discours controversé de Walter Kasper, dont la « proposition Kasper » suggérait une voie pastorale permettant à certains catholiques divorcés et remariés civilement de recevoir la Sainte Communion, suscitant un débat important et des critiques de la part d’autres cardinaux, tout en façonnant les discussions synodales ultérieures et en influençant l’exhortation Amoris Laetitia de 2016. Elle s’est également distinguée comme le dernier consistoire extraordinaire sous François au cours duquel les cardinaux ont été autorisés à s’exprimer librement sur n’importe quel sujet, alors que les rassemblements ultérieurs de 2015 et 2022 ont limité les interventions à des thèmes spécifiques.

    Voici ci-dessous la lettre du cardinal Re.

  • « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane » (Mgr Rey)

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    De "Tribune Chrétienne" :

    Monseigneur Rey : « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane »

    "Je regrette profondément que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine"

    13 avril 2026

    À l’occasion du déplacement du pape Léon XIV en Afrique, et plus particulièrement de sa visite aujourd’hui et demain en Algérie, nous avons voulu entendre une autre voix que celle du consensus général que certains s’efforcent d’afficher. Derrière les discours officiels, cette interview donne la parole à Monseigneur Rey, ancien évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, attentif à la réalité vécue par les communautés chrétiennes sur place:

    Pourquoi avez-vous co-signé cette tribune dans le JDD consacrée à la liberté religieuse menacée en Algérie ?

    Je connais plusieurs chrétiens arabes et kabyles qui se sont ouverts à moi et m’ont exprimé leur vision des choses. Je suis très sensible à leur témoignage et à la situation globale des chrétiens en Algérie, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes. Donc je suis sensible à la situation des chrétiens qui tombent dans une situation de quasi persécution. En Algérie nous assistons à des restrictions dans l’exercice du culte et de la pratique religieuse de plus en plus importantes. La liberté de croire doit être respectée, j’ai donc profité de cette tribune pour exprimer aux côtés d’autres témoignages cette conviction que je fais mienne.

    Que vous inspire la visite du pape et les propos du cardinal Jean-Paul Vesco ?

    Le cardinal Vesco parle d’une rencontre du souverain pontife avec le peuple algérien, ce qui en soi est très bien, mais il faut aussi savoir mettre sur la table les sujets de tension et en particulier la marginalisation des communautés chrétiennes suite aux restrictions légales qui ont été récemment décrétées.

    Que pensez-vous du fait que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine ?

    Je regrette profondément que cette étape n’ait pas lieu alors que le martyre de tous ces témoins de la foi marque l’histoire religieuse des chrétiens en Algérie. Le souci légitime de promouvoir la fraternité requiert que l’on soit en transparence sur la situation actuelle des chrétiens qui méritent d’être respectés afin de pouvoir vivre leur foi en toute liberté. À vouloir être trop consensuel on n’est plus dans la vérité.

    Comment qualifiez-vous aujourd’hui la situation des chrétiens en Algérie ?

    La pression des autorités actuelles en Algérie n’est pas admissible. Cela rejoint d’ailleurs le principe de la laïcité, au bon sens du terme, qui doit accepter que chacun puisse exprimer sa croyance ou sa non-croyance. C’est une distinction qui n’est pas faite en Algérie aujourd’hui, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane.

    Est-ce que le Vatican est conscient de cette réalité ?

    Je pense que les autorités du Saint-Siège ont reçu des témoignages de communautés chrétiennes qui sont profondément blessées par cette situation actuelle. Le Vatican cherche à rentrer dans un chemin de dialogue mais il faut aussi que la diplomatie et le dialogue intègrent et évoquent l’expression des difficultés, des épreuves et des souffrances.

    Vous êtes-vous déjà rendu en Algérie ?

    Oui, je suis allé plusieurs fois, dont en pèlerinage à Tamanrasset sur les traces du Bienheureux Charles de Foucauld. Je suis également allé à Tibhirine, quelques années après le massacre des moines. Je me suis recueilli sur leur tombe qui se trouve dans l’enclos du monastère.

    Propos recueillis par Philippe Marie

  • Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

    Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde plein de conflits et d'incompréhensions ». Il a visité la Grande Mosquée d'Alger et a honoré la mémoire de deux religieuses et bienheureuses espagnoles, martyrisées en 1994. Aujourd'hui, il s'installe dans la ville qui fut la patrie de saint Augustin.

    – Un pays de graves persécutions pour les chrétienspar Anna Bono

    14/04/2026

    Léon XIV visite la Grande Mosquée d'Alger

    La veille du troisième voyage apostolique de Léon XIV, Donald Trump a suscité une vive émotion. L'attente était grande à bord du vol pour Alger, où l'on craignait une possible riposte à l'attentat de la nuit. Le pape, sans ambages, a déclaré ne pas vouloir débattre avec le président américain, tout en ajoutant qu'il n'avait aucune crainte de son administration.

    Le pape s'est dit heureux de visiter à nouveau la terre de saint Augustin , considérant l'évêque d'Hippone comme « un pont essentiel dans le dialogue interreligieux ». Arrivé au Maqam Echaid, monument dédié aux victimes de la révolution algérienne, le pape a rendu hommage au peuple algérien, le qualifiant de « fort et jeune ». Il a été accueilli par le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger. Dans son discours au monument, Léon XIV a évoqué le pardon, reconnaissant sa difficulté, mais ajoutant que « tandis que les conflits continuent de se multiplier dans le monde, on ne peut pas accumuler les ressentiments ». Le pontife a également honoré les martyrs de la révolution algérienne représentés sur le monument, saluant leur « courage et leur amour de la liberté ». Il a ensuite rencontré les autorités au centre de conférences de Djamaa el Djazair et les a exhortées à « ne pas dominer » mais à « servir le peuple et son développement ».

    Il a également évoqué le rôle de l'Église catholique locale qui, par ses communautés et ses initiatives, s'efforce de « contribuer au bien commun de l'Algérie ». Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde en proie aux conflits et à l'incompréhension ». Parmi ses discours les plus « politiques », il a lancé un appel contre « les violations persistantes du droit international et les velléités coloniales ». Le dialogue interreligieux était au cœur de cette première journée en Algérie, marquée par une visite pieds nus à la Grande Mosquée d'Alger. Là, le Pape s'est exprimé spontanément et, répondant au salut du recteur, a de nouveau mentionné son « père spirituel, saint Augustin, qui a tant voulu enseigner au monde, notamment par la recherche de la vérité, la recherche de Dieu, la reconnaissance de la dignité de chaque être humain et l'importance de construire la paix ». Le Pape a également déclaré que « chercher Dieu, c'est aussi reconnaître l'image de Dieu en chaque créature, en chaque enfant de Dieu, en chaque homme et chaque femme créés à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Ces mots constituent le fondement de l’invitation à « apprendre à vivre ensemble dans le respect de la dignité de chaque personne humaine ». 

    Le pape Prévost a également honoré la mémoire de deux religieuses assassinées en 1994 , les bienheureuses Esther Paniagua Alonso et Caridad María Alvarez Martín, par une visite privée au centre d'accueil et d'amitié des Sœurs Missionnaires Augustines de Bab El Oued. C'est dans cette même ville de la province d'Alger que les deux sœurs infirmières ont subi le martyre. La rencontre s'est terminée à la basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, que le pape a décrite dans son discours comme le « symbole d'une Église de pierres vivantes où, sous le manteau de Notre-Dame d'Afrique, se construit la communion entre chrétiens et musulmans ». Aujourd'hui, le pape se rend à Annaba pour une journée sur les traces d'Augustin, dans ce qui fut jadis l'ancienne cité d'Hippone.

    Lire également : L'attaque incontrôlée de Trump contre Léon XIV suscite également la suspicion chez les catholiques.

  • Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

    Le 28 mars, deux semaines après sa nomination au poste d’archevêque de Łódź, le cardinal Konrad Krajewski a pris possession de son siège épiscopal, tenant ainsi sa promesse de faire en sorte qu’un évêque dirige le diocèse avant Pâques.

    Une semaine après sa nomination au poste de secrétaire d'État adjoint, l'archevêque Paolo Rudelli s'est rapidement rendu au Vatican, où il a rencontré le personnel, présenté par nul autre que le secrétaire d'État lui-même, le cardinal Pietro Parolin.

    Léon XIV a nommé de nouveaux membres au Dicastère pour la communication — une décision attendue mais mûrement réfléchie. Les choix du pape ont envoyé un message clair : ses priorités et sa vision donneraient désormais le ton en matière de communication.

    Dans le même temps, un scandale international éclata lorsque le magazine par abonnement The Free Press révéla que l’ancien nonce aux États-Unis, le cardinal Pierre, avait été convoqué au Pentagone. Il rapportait que le sous-secrétaire catholique à la Défense avait laissé entendre que le Saint-Siège devrait s’aligner sur les États-Unis, établissant une comparaison avec la période d’Avignon où l’Église était sous l’influence des rois de France. Cet événement illustre encore davantage l’environnement complexe auquel sont confrontées les réformes de Léon XIV.

    Pour être honnête, cette interprétation a par la suite été démentie par le cardinal Pierre et le sous-secrétaire à la Défense, qui ont décrit une atmosphère cordiale et respectueuse. Il est très probable qu’il s’agissait d’une conversation informelle – notamment parce que le nonce n’est pas convoqué au « ministère de la Défense », mais bien au ministère des Affaires étrangères – et qu’elle a été rapportée avec une certaine agitation, ce qui a finalement conduit le journaliste à écrire ce qu’il a écrit.

    À première vue, ces quatre événements peuvent sembler sans rapport les uns avec les autres.

    Un examen plus attentif révèle un thème sous-jacent qui les relie : le style de leadership et les priorités du pape, tels qu’ils transparaissent à travers les réformes, les nominations, la stratégie de communication et l’engagement diplomatique. En examinant ces liens, nous pouvons mieux comprendre l’approche du pape.

    Tout d’abord, ces événements ont déterminé la rapidité avec laquelle le pape a mis en œuvre ses réformes. Il a mûrement réfléchi, écouté tout le monde, et a peut-être semblé lent à prendre une décision. Mais lorsqu’il s’est décidé, Léon XIV a pris sa décision sans relâche, sans hésitation, et s’attendait à ce que ses décisions soient mises en œuvre.

    La rapidité de cette décision et l’arrivée tout aussi rapide de Rudelli à la Secrétairerie d’État démontrent la volonté du pape d’opérer des changements rapides lorsque cela s’avère nécessaire. De plus, Rudelli possède une autre caractéristique chère au pape : le sens de l’institutionnalité. En effet, il a choisi d’occuper l’appartement du suppléant dans la Troisième Loge, renonçant à l’appartement isolé que son prédécesseur, Peña Parra, s’était choisi dans la Deuxième Loge, où se trouve le personnel diplomatique.

    Deuxièmement, ces événements montrent comment Léon XIV met en œuvre le renouvellement générationnel. Les nouveaux membres du Dicastère pour la communication étaient très attendus, car les dernières nominations remontaient à 2021 et les mandats de tous les membres avaient donc expiré.

    En choisissant les nouveaux membres, Léon XIV a fait un choix clair : il a inclus les deux pro-préfets du Dicastère pour l’évangélisation (le cardinal Luis Antonio Tagle et l’archevêque Rino Fisichella), ainsi que le prédicateur de la Maison pontificale, qui, de mémoire récente, n’avait jamais été inclus comme membre d’un dicastère. Il a également inclus plusieurs présidents d’organisations épiscopales continentales, mais il n’y a aucun Européen parmi les nouveaux membres. Il y a un cardinal, Cristobal Lopez, archevêque de Rabat, qui possède une solide expérience de journaliste mais qui est avant tout un missionnaire ayant mené une vie et un parcours missionnaires.

    En bref, Léon XIV semble considérer la communication du Saint-Siège comme quelque chose qui doit avant tout atteindre les confins de la terre. Ce n’est plus seulement la voix du pape, mais la voix du peuple. Avant tout, l’idée est de développer l’évangélisation.

    Cela pourrait également déboucher sur une réforme du Dicastère de la Communication du Vatican, qui assume actuellement des fonctions tant institutionnelles que pastorales, ainsi que la diffusion de l’information. Beaucoup espèrent que le Bureau de presse du Saint-Siège relèvera à nouveau directement de la Secrétairerie d’État, afin que les communications officielles soient directement rattachées au Secrétariat du Pape, sans bureaucratie excessive.

    Nous verrons bien.

    En attendant, Léon XIV devra nommer un nouveau préfet de la Communication d’ici la fin de l’année, le mandat de Paolo Ruffini arrivant à expiration. Le choix du successeur de Ruffini sera un signal supplémentaire : le pape choisira-t-il à nouveau un laïc, ou optera-t-il pour un ecclésiastique ?

    L’évangélisation façonne également la diplomatie de Léon XIV.

    Dans son message urbi et orbi de Pâques, il a rompu avec la tradition. Léon XIV s’est adressé sans détour aux dirigeants politiques, leur demandant de déposer les armes et d’ouvrir un dialogue direct. Lorsque le président Donald Trump a déclaré son intention de détruire une civilisation, Léon XIV a répondu avec fermeté, appelant les catholiques à se mobiliser pour la paix et omettant soigneusement de mentionner Trump par son nom.

    Son message était sans ambiguïté : le pape établit des principes ; les catholiques doivent agir avec conviction.

    La diplomatie de Léon XIV défend les principes et la responsabilité personnelle, s’élevant au-dessus des clivages partisans. La rencontre au Pentagone avec le cardinal Pierre en est un exemple révélateur : des discussions sur les positions américaines ont peut-être eu lieu, peut-être a-t-on fait référence à Avignon, mais interpréter cela comme une menace est erroné.

    La dialectique a changé. Les signaux envoyés sont différents.

    Léon XIV a appelé au désarmement, et c’est là un exemple où le langage doit être « désarmé » pour éviter tout conflit narratif. Le pontificat de Léon XIV, cependant, s’affirme sans équivoque, caractérisé par des réformes prudentes et réfléchies, la renaissance des symboles institutionnels et une clarté de communication sans faille. L’orientation du pape est « léonine ».

    Il est trop tôt pour porter un jugement définitif, mais la direction semble claire.

  • Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

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    De Claves (Site de formation et d’évangélisation de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre​) :

    11 avril 2026

    Des sacres légitimes ?

    Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

    Œuvre d’un groupe de théologiens (Theologus), cet article a reçu un hommage appuyé du cardinal Sarah  :

    “Un immense merci pour ce texte lumineux. Il éclairera les âmes désireuses de vivre leur Foi dans la Vérité, c’est-à-dire dans le Christ et dans Son Église. Depuis 2001 je fais partie de ceux qui aident le Souverain Pontife à choisir les Candidats à l’Épiscopat, après une longue et minutieuse enquête sur chaque candidat. Je suis douloureusement surpris et choqué qu’une simple décision d’un Supérieur de Communauté décide d’ordonner des « Évêques véritablement catholiques ». Merci pour ce texte merveilleux, clair et bien étudié. Nous devons savoir que ce n’est pas nous qui sauvons les âmes. C’est le Christ Seul qui sauve. Nous, nous ne sommes que des instruments entre Ses Mains.
    Continuons à prier pour qu’on ne déchire pas de nouveau le Corps du Christ.”

    Cardinal Robert Sarah

    Quelle est l’argumentation fondamentale de la FSSPX en défense des sacres projetés pour le 1er juillet 2026 ?

     Elle est résumée de façon officielle dans une Annexe à la réponse de l’abbé Pagliarani au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le 18 février 2026 :

    « Une consécration épiscopale non autorisée par le Saint-Siège, lorsqu’elle ne s’accompagne ni d’une intention schismatique, ni de la collation de la juridiction, ne constitue pas une rupture de la communion de l’Église. La constitution Lumen gentium sur l’Église énonce au chapitre III, au n° 21 [LG 21], que le pouvoir de juridiction est conféré par la consécration épiscopale. […]

    L’argumentation qui voudrait conclure que seraient schismatiques les consécrations épiscopales à venir au sein de la Fraternité, repose tout entière sur le postulat du Concile Vatican II selon lequel la consécration épiscopale donne à la fois le pouvoir d’ordre et celui de juridiction ».

    En quoi cette argumentation est-elle critiquable ?

    Elle comporte deux grosses erreurs : une sur ce qu’affirme le Concile ; une sur l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres.

    Que dit en fait le Concile ?

    Il n’affirme pas que la consécration épiscopale confère le pouvoir de juridiction.

    Le saint Concile enseigne que, par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre […]. La consécration épiscopale, en même temps que la charge (ou fonction : munus) de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres (LG 21).

    Pour bien comprendre le texte de LG 21, il faut préciser qu’une Note (Nota explicativa prævia) a été ajoutée à Lumen gentium à la suite des demandes d’éclaircissements de pères conciliaires, dont ceux du groupe dont faisait partie Mgr Lefebvre, le Cœtus internationalis Patrum.

    Que dit la Note qui explique LG 21 ?

    « Dans la consécration épiscopale est donnée la participation ontologique aux fonctions (munera) sacrées comme il ressort de façon indubitable de la Tradition et aussi de la tradition liturgique. De propos délibéré on emploie le terme de fonctions (munera) et non pas celui de pouvoir (potestas), parce que ce dernier pourrait s’entendre d’un pouvoir apte à s’exercer en acte. Mais pour qu’un tel pouvoir apte à s’exercer existe, doit intervenir la détermination canonique ou juridique de la part de l’autorité hiérarchique. […] Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique. Il est évident que cette “communion” a été appliquée dans la vie de l’Église suivant les circonstances des temps avant d’avoir été comme codifiée dans le droit.

    C’est pourquoi on dit expressément qu’est requise la communion hiérarchique avec le chef et les membres de l’Église. La communion est une notion tenue en grand honneur dans l’ancienne Église (comme aujourd’hui encore, notamment en Orient). On ne l’entend pas de quelque vague sentiment, mais d’une réalité organique, qui exige une forme juridique et est animée en même temps par la charité. » (Nota prævia, n. 2).

    Y a-t-il ici une nouveauté erronée de Vatican II ?

    Contrairement à ce que soutient la FSSPX, selon Vatican II il n’est pas question, dans ce que confère la consécration épiscopale, du pouvoir de gouverner (de juridiction), mais de charges ou fonctions. La FSSPX affirme donc – sans le prouver – un « postulat de Vatican II » prétendument erroné. 

    D’ailleurs, un théologien « traditionaliste » reconnu, l’abbé Raymond Dulac, explique au contraire que dans le texte de LG 21, il n’y a pas de rupture avec la doctrine catholique antécédente : « Le sacre produit une destination innée, indélébile, inscrite dans le “caractère épiscopal” de gouverner une portion de l’Église, mais cette aptitude a besoin d’être réduite à l’acte par un vrai “pouvoir” de juridiction ». Et il parle « d’autorité radicale inscrite dans le sacre » (La collégialité épiscopale au deuxième concile du Vatican, Le Cèdre, 1979, pp. 119-120).

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres repose-t-elle toute entière, comme le dit la FSSPX, sur cette supposée « erreur » de Vatican II ?

    Non, car même si la FSSPX avait raison dans sa critique de Lumen gentium, ceux qui s’opposent à son raisonnement ne s’appuient pas sur cette question de la transmission du pouvoir de juridiction. 

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux sacres de la FSSPX repose sur la nature même de l’épiscopat catholique, dont l’essence comporte la communion hiérarchique.

    Comment préciser l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres ?

    Comme on vient de le dire, ce qui est en cause dans les futurs sacres, ce n’est pas la réception ou non d’un pouvoir de juridiction. C’est le fait que toutes les fonctions reçues dans le sacre – y compris celle de la sanctification des baptisés par la collation de la confirmation et de l’ordre – « ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres » ; et que ceci tient à « la nature même » de ces fonctions épiscopales.

    Cela vaut-il aussi pour un évêque sans juridiction, comme un évêque titulaire ou un évêque émérite ?

    Oui, un évêque qui n’a pas reçu de sujets à gouverner (évêque titulaire) ou qui est retiré (évêque émérite), ne confirme ou n’ordonne pas les sujets d’autres évêques dans l’Église, sans la permission de leurs Ordinaires propres. 

    L’évêque titulaire est bien sacré sans qu’on lui ait conféré de juridiction actuelle, mais il exerce toujours cependant, dans l’ordre de la sanctification, sa « grâce de chef » reçue dans le sacre (cf. saint Irénée, Adversus hæreses, III, 17, 2) dans la communion hiérarchique avec le pape et les autres évêques.

    Chaque fois qu’un évêque sans juridiction actuelle exerce son pouvoir sacramentel épiscopal, il le fait donc avec une mission reçue de ceux qui ont juridiction (évêques diocésains ou Supérieurs religieux).

    Une mission particulière est-elle reçue pour les futurs évêques de la FSSPX ?

    Non, ce n’est pas cela qui est envisagé pour les sacres de la FSSPX : « La situation présente, qui est celle d’une invasion généralisée et permanente du modernisme dans l’esprit des hommes d’Église, réclame, pour la sanctification et le salut des âmes, un épiscopat véritablement catholique et indemne des erreurs du concile Vatican II, tel qu’il ne saurait de fait se rencontrer en dehors de l’œuvre suscitée par Mgr Lefebvre » (Abbé Gleize, « Les sacres du 1er juillet 2026 », La Porte Latine, 11 février 2026). 

    Dans la présentation d’un livre en italien, la FSSPX affirme qu’est nécessaire « la consécration d’évêques intégralement catholiques pour l’ordination de prêtres intégralement catholiques qui continueront à transmettre sans altération le Dépôt de la foi » (AA. VV., Al servizio della Chiesa. Le consacrazioni episcopali della Fraternità San Pio X, Edizioni Piane, 2026).

    Il est donc envisagé que les futurs évêques de la FSSPX soient consacrés non seulement sans juridiction ni mission reçues mais aussi en-dehors de la communion hiérarchique catholique, puisque seule la FSSPX peut, à son avis, transmettre sans altération le Dépôt de la foi. 

    Le sacre en dehors de (et a fortiori contre) la communion hiérarchique est-il un acte intrinsèquement mauvais ?

    Oui, car un prêtre sacré sans recevoir de juridiction actuelle reçoit cependant toujours un pouvoir spirituel intrinsèquement ordonné au gouvernement de l’Église. Il ne peut recevoir, en dehors de toute injonction de ceux qui ont autorité dans l’Église (et a fortiori contre eux), une « grâce de chef », c’est-à-dire une puissance essentiellement ordonnée à un acte réservé, de droit divin, à ceux qui dans l’Église sont revêtus de l’autorité. 

    Un sacre en-dehors de la communion hiérarchique revêt donc une grave viciosité qui est, sinon schismatique, du moins dans la ligne même du schisme. Pie XII qualifie ainsi la consécration reçue sans l’institution apostolique de « très grave attentat à l’unité même de l’Église », et il qualifie de « gravement illicite et sacrilège » l’usage du pouvoir d’ordre par des évêques ainsi consacrés (Encyclique Ad apostolorum Principis, 29 juin 1958).

    Conférer ou recevoir l’épiscopat en-dehors de la communion hiérarchique est-il contraire au droit divin ?

    Oui, car le Christ n’a pas établi les apôtres, ni les apôtres institué les évêques, leurs successeurs, comme des entités autonomes, sans lien entre elles. Parlant de la détermination requise pour la communion hiérarchique, la Nota Prævia dit bien : « Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique » (n. 2).

    La réception de l’épiscopat par des prêtres de la FSSPX le 1er juillet se ferait donc de façon autonome et sans aucun lien avec le reste de l’épiscopat catholique. Elle s’opposerait au fait que rappelait l’abbé Berto, théologien (peritus) de Mgr Lefebvre durant le concile Vatican II : « De droit divin, les évêques, même dispersés, sont un corps constitué dans l’Église  » (Pour la Sainte Église Romaine, Éd. du Cèdre, 1976, p. 242).

    Et Pie XII souligne que les trois charges des évêques (y compris celle d’ordre) leur conviennent dans la subordination au Souverain Pontife : « par institution divine, vous appartient, à vous, successeurs des Apôtres, sous l’autorité du Pontife romain, en vertu d’une triple charge et prérogative (cf. can. 329), le magistère, le sacerdoce et le gouvernement (magisterium, sacerdotium, regimen) » (31 mai 1954, Allocution aux Cardinaux et évêques venus à Rome pour la canonisation de saint Pie X).

    De tels sacres sont-ils exempts, comme le soutiennent leurs défenseurs, d’« intention schismatique » ?

    Subjectivement, c’est possible. La grave et longue crise dans l’Église, notamment le fait que certains membres de la hiérarchie puissent parfois favoriser réellement l’erreur ou être complices de fauteurs d’erreurs, peut amener certains, de bonne foi, à perdre de vue des éléments essentiels de la doctrine catholique, comme la communion hiérarchique. Et l’intention subjective relève du jugement de Dieu. 

    Mais objectivement, l’épiscopat lefebvriste ne peut se constituer qu’en niant la qualité de catholiques aux autres évêques : la FSSPX le reconnaît lorsqu’elle affirme qu’il faut constituer « un épiscopat véritablement catholique » pour « le salut des âmes ».

    Comme l’a rappelé Mgr Marian Eleganti, « il ne s’agit pas principalement d’intentions, mais de faits et de comportements objectifs » (thecatholicherald.com, 9 mars 2026). Et Mgr Robert Mutsaerts a écrit : « La FSSPX dispose d’une hiérarchie parallèle (des évêques sans mandat pontifical), elle procède à des ordinations sans juridiction, et ignore souvent les évêques locaux » (lifesitenews.com, 12 mars 2026). 

    La notion de l’épiscopat, telle que la FSSPX la met en avant, est-elle orthodoxe ?

     Malheureusement la FSSPX forge de plus en plus clairement une notion de l’épiscopat manifestement contraire à la Tradition catholique. Elle prétend en effet faire des évêques qui n’ont pas de relation au gouvernement réel de l’Église, et qui ne sont pas de « vrais princes dans la hiérarchie ecclésiastique » (Léon XIII, encyclique Sapientiæ christianæ, 10 janvier 1890). 

    A contrario, la notion catholique de l’épiscopat est bien affirmée par saint Thomas : « L’évêque a un ordre par rapport au Corps mystique du Christ, qui est l’Église, sur laquelle il reçoit une charge principale et quasi royale » (Traité de la perfectione de la vie spirituelle, chap. 24, 4).

    La Tradition s’exprime par ailleurs notamment dans les rites liturgiques et l’usage de l’Église, tant orientale qu’occidentale. Elle montre que, par les rites de la consécration épiscopale, les évêques, non seulement reçoivent un pouvoir d’ordre spécifique, mais tiennent la place du Christ comme Maître et Pasteur. Ainsi, le Pontifical romain traditionnel porte, pour tous les évêques, même ceux qui n’ont pas la charge d’un troupeau particulier : « Donnez-lui, Seigneur, une chaire épiscopale pour régir votre Église et le peuple qui lui est confié ». Et Benoît XIV invoque un autre texte du Pontifical : « Recevez l’Evangile, et allez l’annoncer au peuple qui vous est confié » (Lettre Apostolique au Cardinal delle Lanze, 4 août 1747).

    La FSXPX au contraire promeut un épiscopat réduit à l’exercice du pouvoir d’ordre (ordonner des prêtres et confirmer des fidèles). Cela contredit le Concile de Trente, qui enseigne à deux reprises que « la prédication est la charge principale (præcipuum munus) des évêques » (Session 5, Decretum de reformatione, c. 2, et Session 24, Decretum de reformatione, c. 4 ; Mansi, 33, 30 et 159).

    Y a-t-il un danger de dérives vers l’hétérodoxie ?

    Oui. Pour la FSSPX, l’évêque est désigné par les supérieurs d’une société de vie apostolique particulière : la FSSPX. Un tel évêque n’est donc plus institué en union avec le pape et les autres évêques, il n’est plus membre d’un corps. 

    Il y a là une hérésie au moins dans la pratique : « La doctrine catholique la plus élémentaire, enseigne en effet Pie IX, nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime : 

    • s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, 
    • s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, 
    • s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde »

    (Lettre apostolique Etsi multa luctuosa, 21 novembre 1873).

     D’autre part, la notion de l’épiscopat formulée par la FSSPX est prétendument réduite à la fonction de distributeur des sacrements par les évêques sur l’injonction des supérieurs de la FSSPX.

    De tels évêques disent ne pas avoir de juridiction mais ils s’attribuent pourtant, pour confirmer et ordonner, une juridiction sur des sujets qui ne sont pas les leurs. Un des signes de l’insincérité de cette absence de juridiction, c’est précisément l’usage dans les cérémonies pontificales de la FSSPX de nombreux signes des pouvoir d’enseignement et de gouvernement : la mitre, la crosse, le trône, etc. Alors que de tels signes liturgiques ne sont absolument pas requis à la validité de l’usage du pouvoir d’ordre épiscopal.

    La conception d’un épiscopat réduit au pouvoir d’ordre s’oppose ainsi pratiquement à l’affirmation révélée selon laquelle les évêques sont « posés par le Saint-Esprit pour gouverner (paître, poimainein) l’Église de Dieu » (Ac 20, 28) .

  • Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape en Afrique

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    De Victor Gaetan sur le NCR :

    Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape Léon XIV en Afrique

    ANALYSE : Un examen plus approfondi des quatre pays figurant à l'itinéraire du pape montre comment le rôle de l'Église — avant et après l'indépendance — a façonné sa visite.

    Dans une récente interview accordée au Register, l'archevêque José Avelino Bettencourt, nonce apostolique au Cameroun et en Guinée équatoriale, a évoqué à juste titre de « multiples raisons à plusieurs niveaux » expliquant l'importance du voyage du pape Léon XIV dans quatre pays africains du 13 au 23 avril.

    L’avenir de l’Église en Afrique est une priorité absolue. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, soit une augmentation de près de 80 % par rapport à aujourd’hui, et le Saint-Siège est pleinement conscient de l’impact de cette croissance sur les priorités pastorales ainsi que sur les structures socio-économiques du continent. Selon la Banque mondiale, d’ici 25 ans, un jeune sur trois dans le monde sera africain.

    Le contexte historique plus large est également prépondérant, notamment lors de la première étape du voyage de Léon en Algérie, où le pape augustinien visitera les ruines de l'église où saint Augustin fut évêque d'Hippone au Ve siècle. Trois thèmes historiques structurent le voyage de dix jours de Léon et permettent d'en comprendre l'écho, ainsi que le profond respect dont jouit l'Église catholique sur le continent.

    1. Ordres missionnaires orientés vers le bien des populations locales

    Une idée fausse très répandue concernant l'Église catholique en Afrique porte sur sa relation avec le colonialisme.

    Bien que l’Église soit généralement arrivée avec des missionnaires sur des routes « pavées » par les puissances coloniales — les Français en Algérie et au Cameroun, les Portugais en Angola, les Espagnols en Guinée équatoriale —, les ordres religieux et le Saint-Siège ont fonctionné indépendamment des autorités coloniales lorsque cela importait. 

    Dès le XIXe siècle, les ordres missionnaires ont œuvré au service des populations locales, notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation. Le Vatican s'est distingué par son opposition à la traite des esclaves, la promotion du clergé autochtone, l'accès à l'éducation et le soutien à la souveraineté nationale. 

    L'Algérie offre un exemple fascinant de la manière dont les religieux et les évêques catholiques ont privilégié les populations locales. (L'ordre des Augustins, fondé en Italie en 1244 par le pape Léon XIV, était voué dès ses débuts à la Règle de saint Augustin, mais ne s'est implanté dans le pays natal du saint qu'en 1933. )

    La première congrégation religieuse d'Algérie, les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, fut fondée en 1835 par une Française de 37 ans, Sainte Émilie de Vialar. Elle traversa la Méditerranée à bord d'un navire militaire français avec plusieurs autres jeunes religieuses, à la demande de son frère, qui travaillait pour le gouvernement colonial. Ce dernier avait constaté le besoin criant de soins médicaux et d'éducation de la population. Les sœurs durent immédiatement faire face à une épidémie de choléra et servirent aussi bien les populations autochtones que les Français. 

    Trois décennies plus tard, Mgr Charles Lavigerie, évêque de Nancy, fut nommé archevêque d'Alger, la plus grande ville d'Algérie. Il créa des foyers pour les orphelins musulmans algériens (malgré l'opposition des autorités locales françaises) puis, en 1868, fonda la Société des Missionnaires d'Afrique, qui s'étendit à l'Afrique centrale et orientale, privilégiant l'apprentissage des langues locales et l'implantation de l'Église là où elle était inconnue. Mgr Lavigerie s'opposait au prosélytisme auprès des musulmans, convaincu que la charité et l'altruisme étaient les caractéristiques du christianisme.

    En Angola, l'histoire du catholicisme remonte à l'arrivée, à la fin du XVe siècle, de frères portugais voyageant avec des explorateurs. En 1491, ils convertirent un roi local et son fils, qui contribuèrent ensuite à la conversion de la région. Une mission jésuite débuta en 1548 et se révéla plus durable, mais l'ordre fut expulsé en 1759, lorsque les gouvernements pratiquant la traite négrière (Portugal, France et Espagne) contraignirent le pape Clément XIV à la supprimer. 

    La Congrégation du Saint-Esprit, ou Spiritains, a insufflé un nouvel élan à l'évangélisation en Angola dès son arrivée en 1866. Les Spiritains ont également joué un rôle important dans l'histoire catholique du Cameroun, notamment dans la ville côtière de Douala, après la prise de contrôle française du territoire colonial allemand à la suite de la Première Guerre mondiale. Sous administration allemande, les Pères Pallottins (de l'appellation officielle Société de l'Apostolat Catholique) ont mené les efforts missionnaires. Chassés du pays en 1916 , les Pallottins sont revenus au Cameroun en 1964 pour y exercer leur ministère.

    Aujourd'hui, plus de 300 congrégations religieuses sont actives au Cameroun, pays qui compte environ 30 millions d' habitants , avec un âge médian de 18 ans.

    La dernière étape du voyage du pape Léon XIV est la Guinée équatoriale, seul pays hispanophone d'Afrique. Aux termes d'un traité signé en 1778 entre le Portugal et l'Espagne pour régler les différends frontaliers en Amérique latine, le Portugal a cédé le territoire de la Guinée équatoriale, comprenant cinq îles et une petite bande côtière continentale. L'Espagne convoitait ce territoire pour y établir une base pour sa traite transatlantique des esclaves. 

    Les Clarétains espagnols (officiellement la Congrégation des Fils Missionnaires du Cœur Immaculé de Marie) ont exercé une influence considérable et durable sur l'Église en Guinée équatoriale, leur première affectation à partir de 1883. Ces missionnaires s'opposèrent à la brutalité coloniale et aux pratiques inhumaines des planteurs. En créant et en encadrant une grande partie du système éducatif, les Clarétains favorisèrent l'ascension sociale.

    Aujourd'hui, les catholiques représentent environ 75 % des 1,9 million d'habitants du pays — l'âge moyen est de 22 ans — et les Clarétains restent profondément engagés dans la vie pastorale.

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  • Pourquoi présenter le pape Léon XIV comme étant l'antithèse de Trump ?

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    De George Weigel sur le NCR :

    Ce que le Wall Street Journal n'a pas publié

    COMMENTAIRE : La tendance à interpréter le pape Léon XIV à travers un prisme politique déforme la réalité d'un pontificat enraciné dans la foi, et non dans l'idéologie.

    Le 21 mars, le Wall Street Journal publiait un long portrait du pape dans sa rubrique « Essai du samedi ». Le sous-titre – « Le pape Léon XIV s’oppose au président Trump. Le pontife de Chicago peut-il faire la différence à l’ère des jeux de pouvoir ? » – annonçait la couleur dès le départ : le pape devait être perçu comme l’antithèse du président, ses déclarations et ses actions étant interprétées à travers ce prisme essentiellement politique.

    Ce qui est loin d'être parfait. C'est le moins qu'on puisse dire.

    Imaginez un article du samedi consacré au dalaï-lama, le présentant comme l'antithèse de Xi Jinping : cela vous permettrait-il de comprendre la pensée et la sensibilité du chef d'une tradition religieuse ancienne et complexe ? Bien sûr que non. Imaginez un article du samedi présentant le rabbin Meir Soloveichik comme l'antithèse du maire de New York, Zohran Mamdani : cela révélerait-il les vérités essentielles sur le principal représentant de l'orthodoxie moderne aux États-Unis ? Bien sûr que non. Alors pourquoi présenter le pape Léon XIV comme l'antithèse de Trump ?

    Depuis 2015, Donald Trump a monopolisé l'attention médiatique. Existe-t-il un sujet qui ne soit pas analysé ou expliqué par rapport à lui ? Cette obsession déforme la réalité. Elle déforme assurément celle du pape Léon XIV, qui a toujours affirmé que sa mission était de prêcher le Christ et d'inviter les autres à devenir ses amis.

    J'ai eu plusieurs échanges de courriels, longs et, je le croyais, fructueux, avec l'un des auteurs de cette « Tribune du samedi » avant sa publication. Le journaliste souhaitait un « point de vue américain conservateur » sur plusieurs questions catholiques. Après lui avoir précisé que certains traditionalistes me considèrent comme un moderniste dangereux, j'ai répondu avec plaisir à ses questions. Je reproduis ici ces échanges, car pas un mot de ce qui suit n'a été publié dans le Journal ; j'imagine que mes réponses éclairent d'un jour nouveau la position du pape à l'aube de son premier anniversaire sur le trône de Pierre.

    Q. Léon XIV a-t-il, comme le prétendent ses partisans à Rome, réussi à apaiser les tensions et la polarisation entre catholiques progressistes et conservateurs ? A-t-il trouvé un équilibre fondé sur la doctrine et la spiritualité, et non sur la politique et l’idéologie ? Ou bien voyez-vous les limites de cette harmonie retrouvée ? Léon XIV est-il fondamentalement progressiste avec quelques accents traditionalistes ?

    A. Le pape Léon XIV est un homme indépendant et profondément attaché à la plénitude de la vérité catholique. Il est donc absurde de tenter de le ranger dans les catégories éculées de « progressiste » et de « conservateur », même si divers partis, poursuivant leurs propres objectifs, s'y emploient sans cesse. La normalité est indéniablement revenue dans les modes de gouvernance du Vatican, et c'est une excellente chose.

    Q. Immigration : Les évêques américains, avec le soutien et les encouragements de Léon XIV, sont devenus l’une des voix les plus critiques à l’égard de la politique d’immigration de l’administration Trump. À juste titre ? S’est-il trop immiscé dans la politique ?

    A. Léon XIV et les évêques ont avancé des arguments moraux, et non politiques, dans un contexte évolutif où l'administration modifie constamment les critères de sélection. Peut-être que lorsque l'administration aura adopté une politique d'immigration stable, assortie d'objectifs réalisables, un véritable dialogue sur les alternatives concrètes – et leurs implications morales respectives – pourra alors s'instaurer.

    Q. Politique étrangère : Léon XIV a-t-il raison d’insister sur le dialogue et la médiation, le multilatéralisme et le droit international, et de dénoncer un « zèle belliqueux » ? Ses propos sur le retour en force de la guerre ne mentionnent pas explicitement l’administration Trump, mais la plupart des gens les interprètent ainsi. Est-il judicieux, et utile, que le Vatican parie sur un ordre international d’après-guerre en train de s’effondrer ?

    A. J’espère qu’au fil de son pontificat, le pape Léon XIV instaurera une révision en profondeur de la pensée vaticane sur la dynamique de la politique mondiale du XXIe siècle et sur la manière dont le Saint-Siège peut y répondre au mieux en tant que témoin et enseignant moral. 

    Q. Selon vous, quelle direction pourrait ou devrait prendre une telle analyse ascendante ? Je n’ai pas encore entendu Léon XIV parler beaucoup de la théorie de la guerre juste ; est-ce une piste possible, compte tenu de son parcours ?

    A. La théorie de la guerre juste ne peut être abordée de manière pertinente que dans le cadre d'une réflexion plus large sur la conception catholique de la paix, que saint Augustin appelait la « tranquillité de l'ordre » – une paix fondée sur la sécurité, la justice et la liberté. Fils de saint Augustin, le pape Léon XIV devrait être bien placé pour initier ce débat plus large et contribuer à y intégrer une réflexion morale renouvelée sur la guerre juste (qui aborde la question complexe de savoir comment l'usage proportionné et éclairé de la force armée peut contribuer à rétablir ou à instaurer cette paix).

  • Les premiers cardinaux de Léon XIV : si, quand et qui ? Et quid pour Mgr Terlinden ?

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    D'Edgar Beltran sur le Pillar :

    Les premiers cardinaux de Léon XIV : si, quand et qui

    8 avril 2026

    En réalité, le nombre de cardinaux électeurs dans le monde est tombé à 121, soit un de plus seulement que la limite fixée par les normes édictées par le pape saint Jean-Paul II pour l'élection d'un pape. De plus, plusieurs cardinaux atteindront l'âge limite pour pouvoir voter au conclave dans les prochains mois.

    Bien que le nombre de 120 soit en théorie la limite supérieure du nombre de cardinaux électeurs au sein du Collège des cardinaux, les papes récents — en particulier François — ont eu tendance à le traiter davantage comme un idéal que comme une norme absolue, dépassant souvent cette limite dans leurs nominations de cardinaux, notamment lorsqu'ils cherchent à compenser la perspective imminente du vieillissement des cardinaux.

    Malgré le nombre actuel de cardinaux électeurs, les observateurs à Rome s'attendent de plus en plus à ce que Léon XIV nomme bientôt de nouveaux cardinaux — qu'en plus d'un consistoire ordinaire du collège des cardinaux déjà prévu pour fin juin, le pape convoquera également un consistoire extraordinaire, c'est-à-dire la création de nouveaux cardinaux.

    Et comme Léon XIV s'est forgé, dès sa première année de pontificat, la réputation de réorganiser discrètement les choses à Rome, notamment les relations entre le pape et la curie, les spéculations vont bon train quant à la composition du premier groupe de cardinaux qu'il nommera.

    Le pape François avait tendance à bouleverser les traditions entourant la nomination des nouveaux cardinaux. Il n'a pas nommé de cardinaux issus de sièges traditionnellement « cardinaux » comme Paris, Dublin ou Milan, préférant des pays qui n'avaient jamais eu de cardinal auparavant, tels que la Mongolie, les Tonga, le Laos, l'Algérie et le Maroc.

    Et dans les pays qui n'avaient habituellement qu'un seul cardinal, il nommait des cardinaux issus de diocèses autres que les sièges les plus importants ou primatiaux du pays, comme en Équateur et en Tanzanie, et même des évêques auxiliaires dans les diocèses où l'évêque ou l'archevêque ne portait pas de barrette rouge.

    Parallèlement, à Rome, François a élevé des sous-secrétaires de la Curie au rang de cardinal, comme le cardinal Fabio Baggio, CS, tout en laissant certains préfets sans la barrette rouge — notamment l'archevêque Filippo Iannone, O. Carm., alors préfet du Dicastère pour les textes législatifs.

    On attend beaucoup de la manière dont le pape Léon XIV s'écartera de la tendance de son prédécesseur à remanier le Collège des cardinaux. Dans l'immédiat, beaucoup dépendra de son choix : optera-t-il pour un premier consistoire restreint, ne créant qu'une poignée de nouveaux cardinaux afin de maintenir le nombre optimal de 120, ou pour un consistoire plus important qui remplacera par anticipation ceux qui atteindront l'âge limite dans les deux prochaines années ?

    Si le pape Léon XIV décide de procéder à des nominations en juin pour « remplacer » ces cardinaux qui prendront leur retraite dans l'année, il nommera probablement entre huit et douze cardinaux cette année.

    Mais si le pape souhaite anticiper le nombre de cardinaux qui prendront leur retraite dans les deux ans à venir, un consistoire cette année pourrait créer 20, voire 25 nouveaux cardinaux en âge de voter.

    Alors, qui sont les potentiels nouveaux cardinaux ?

    La curie

    Même s'il peut feindre la surprise lors de l'annonce, on s'attend généralement à ce que l'archevêque Filippo Iannone soit créé cardinal lors du prochain consistoire extraordinaire, quelle que soit la date à laquelle il aura lieu, compte tenu de son rôle important au sein de la Curie en tant que préfet du Dicastère pour les évêques.

    Deux autres nominations au sein du dicastère de Léon seront particulièrement révélatrices. Nombreux sont ceux qui s'attendent à ce que l'archevêque australien Anthony Randazzo, récemment nommé préfet du dicastère pour les textes législatifs en remplacement d'Iannone, soit lui aussi élevé au rang de cardinal.

    Il convient toutefois de noter que certains de ses prédécesseurs n'ont pas été créés cardinaux durant leur mandat de préfet du même dicastère. Par exemple, Iannone n'a pas été nommé cardinal pendant son service au sein du dicastère, tandis que le cardinal Vincenzo Fagiolo ne l'a été par Jean-Paul II qu'à sa retraite en 1994, après un court mandat de quatre ans.

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  • Mgr Bonny a-t-il raison de promouvoir un projet d’ordination sacerdotale d’hommes mariés ?

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    De Niwa Limbu sur le Catholic Herald :

    L’évêque belge a-t-il raison de promouvoir un projet d’ordination sacerdotale d’hommes mariés ?

    L'évêque Johan Bonny d'Anvers a défendu son intention d'ordonner prêtres des hommes mariés selon le rite latin, affirmant que cette mesure bénéficie d'un large soutien parmi les évêques d'Europe occidentale et est connue au sein de la Curie romaine.

    Dans une interview publiée le 2 avril par Katholisch, l'évêque belge a déclaré : « Je connais beaucoup d'évêques, et presque tous – principalement d'Europe occidentale – me disent qu'ils souhaitent également ordonner des hommes mariés. » Il a ajouté : « Je n'ai encore jamais entendu un évêque catholique me dire : “Même si le pape m'en donne la possibilité, je n'ordonnerai pas d'hommes mariés.” C'est aussi ce que l'on sait à Rome. »

    Mgr Bonny, qui a travaillé au Vatican pendant onze ans, a déclaré bien connaître les différents points de vue au sein de la Curie et a laissé entendre que la situation en Europe occidentale était comprise. « À Rome, on comprend la situation ici, et je connais des évêques et des cardinaux qui soutiennent cette solution, du moins en Europe occidentale », a-t-il affirmé.

    Il a rejeté les insinuations selon lesquelles cette annonce aurait été faite à des fins d'effet, déclarant clairement : « Quand je dis que nous avons besoin de prêtres mariés aujourd'hui, il ne s'agit plus d'une question théorique ou théologique, mais d'une question pratique. »

    L'évêque a évoqué une grave pénurie de prêtres dans son diocèse, expliquant que les prêtres restants étaient de plus en plus incapables d'assurer le travail pastoral habituel. « Nous souffrons d'une telle pénurie de prêtres que les quelques prêtres qui restent passent leur temps en réunions, à s'occuper de tâches administratives, et ne célèbrent la messe que le dimanche », a-t-il déclaré. « Ils n'ont plus le temps pour l'accompagnement pastoral, ni pour être présents dans la communauté. »

    Il a replacé la situation dans le contexte d'un déclin marqué et persistant des effectifs. « Jusque dans les années 1960, un diocèse comme Anvers comptait près de 1 500 prêtres en activité et plusieurs centaines de retraités. Aujourd'hui, j'en ai moins de 100, dont la moitié sont étrangers », a-t-il déclaré, ajoutant que des régions entières du diocèse n'avaient plus aucun prêtre de moins de 75 ans.

    Expliquant le calendrier qu'il a fixé, l'évêque a déclaré que la question ne pouvait plus être reportée. « Quand un enfant a faim, on ne peut pas dire : “On y réfléchira et on trouvera peut-être une solution la semaine prochaine.” Non, l'enfant a faim, et il faut le nourrir maintenant », a-t-il affirmé. « Nous attendons davantage de prêtres depuis 30 ou 40 ans. »

    Il a lié cette proposition à la phase de mise en œuvre du Synode sur la synodalité, soulignant qu'elle exigeait des actions concrètes au niveau diocésain. « Il ne s'agit plus de réfléchir ou d'étudier, mais d'agir », a-t-il déclaré, ajoutant : « L'inaction n'est plus envisageable. »

    Dans le même temps, il a reconnu que tout changement dépendrait en fin de compte de l’autorité papale. « Nous formons une seule Église, il y a un pape, et c’est lui qui, en dernier ressort, dit oui ou non », a-t-il déclaré, refusant de préciser comment il réagirait si l’autorisation était refusée. « C’est une question à laquelle je ne peux pas répondre pour l’instant. Nous verrons en 2028. »

    Il a toutefois soutenu que la proposition ne touchait pas à l’essence même du sacerdoce. « L’essentiel, c’est le sacrement de l’ordination sacerdotale. Que la personne soit mariée ou non n’a aucune importance », a-t-il déclaré, soulignant que le clergé marié existe déjà dans d’autres parties de l’Église catholique. « Si nous avions un droit canonique proposant deux options, la question serait déjà résolue. »

    Bien que l’interview ait principalement porté sur l’ordination des hommes mariés, l’évêque a également été interrogé sur des questions plus larges soulevées dans sa lettre pastorale, notamment le rôle des femmes dans l’Église. Il a souligné que ces deux questions étaient distinctes et a déclaré qu’il ne souhaitait pas susciter de controverse. « La question des “viri probati” n’est pas provocatrice. C’est une grande nécessité », a-t-il déclaré.

    Abordant la question de l’ordination des femmes au diaconat, il a reconnu qu’aucune solution n’avait encore été trouvée à Rome. « Je comprends que Rome n’ait pas encore de réponse à la question des femmes. Mais quelle est donc la réponse ? L’alternative à l’ordination ne peut pas être le néant », a-t-il déclaré.

    L'évêque a d'abord exposé sa proposition dans une lettre pastorale de 11 pages publiée le 20 mars, dans laquelle il annonçait son intention d'ordonner des hommes mariés dans son diocèse d'ici 2028. Ce document s'inscrivait dans le cadre de sa réponse au récent Synode sur la synodalité et à sa mise en œuvre au niveau diocésain.

    Dans cette lettre, il écrivait : « La question n’est plus de savoir si l’Église peut ordonner des hommes mariés comme prêtres, mais quand elle le fera, et qui le fera. » Il a décrit cette initiative comme une nécessité pratique face à un déclin marqué et prolongé des vocations sacerdotales. « C’est une illusion de penser qu’un processus synodal et missionnaire sérieux en Occident a encore une chance de réussir sans ordonner également des hommes mariés comme prêtres », a-t-il déclaré, ajoutant que le nombre d’hommes célibataires se présentant à l’ordination était « tombé à un niveau à peine supérieur à zéro ».

    Tout en reconnaissant la contribution du clergé étranger, Mgr Bonny a déclaré que le recours à ces derniers ne pouvait constituer une solution durable. Ils « viennent nous aider, pas nous remplacer », a-t-il précisé, avertissant qu’il serait injuste de dépendre indéfiniment de prêtres venus d’autres régions du monde pour soutenir l’Église en Europe.

    Il a déclaré avoir l’intention de poursuivre les préparatifs au niveau diocésain, affirmant : « Je mettrai tout en œuvre pour ordonner des hommes mariés comme prêtres dans notre diocèse d’ici 2028. » Les candidats potentiels seraient identifiés et contactés directement, et recevraient une formation théologique et pastorale comparable à celle dispensée aux séminaristes. Ce processus, a-t-il ajouté, se déroulerait « de manière transparente mais discrète, loin des projecteurs des médias ».

    L’évêque a également souligné ce qu’il a qualifié d’incohérence dans la pratique actuelle. Des membres du clergé mariés sont déjà présents au sein de l’Église catholique dans certaines circonstances, notamment les prêtres des Églises catholiques orientales et les ministres mariés issus d’autres traditions chrétiennes qui sont entrés en pleine communion. « Personne ne peut plus expliquer pourquoi l’ordination d’hommes mariés est possible pour les séminaristes catholiques orientaux ou pour les convertis catholiques, mais pas pour les vocations catholiques natives », a-t-il écrit, notant que de tels prêtres exercent déjà leur ministère dans un certain nombre de diocèses.

    La lettre établissait également un lien entre les questions concernant la structure et la vie du clergé et l’impact plus large de la crise des abus. Mgr Bonny a écrit que « les sous-cultures et les modes de vie cléricaux ont fait leur temps » et a déclaré que la confiance dans l’Église avait été gravement ébranlée au cours des dernières décennies.

    L'insistance renouvelée de Mgr Johan Bonny sur le fait que l'ordination des hommes mariés dans l'Église latine n'est plus une question de « si », mais de « quand », soulève des interrogations au regard de la conception même du sacerdoce telle qu'elle est formulée par l'Église. Les arguments de l’évêque belge s’inscrivent dans une perspective largement pratique, en référence à la forte baisse du nombre de membres du clergé. Si ce déclin des vocations en Europe occidentale est bien documenté, les synodes successifs ont reconnu cette tension, et la réponse constante du Magistère n’a pas été de traiter le célibat comme une mesure superflue.

    Même le décret Presbyterorum Ordinis du Concile Vatican II enseignait que le célibat est « un don » et « un signe et un stimulant de la charité pastorale », approuvant et confirmant explicitement sa place dans l’Église latine tout en reconnaissant les différentes disciplines de l’Orient. L’existence d’un clergé marié dans les Églises catholiques orientales est présentée comme la preuve que des traditions distinctes peuvent coexister au sein d’un cadre ecclésial unifié.

    Cette ligne a été développée de manière plus marquée au cours des décennies qui ont suivi. Sacerdotalis Caelibatus a reconnu que de « sérieuses questions » s’étaient posées quant à savoir si le lien entre le sacerdoce et le célibat devait être assoupli, mais y a répondu en réaffirmant la discipline et sa signification spirituelle.

    Cette conception a été réaffirmée par Sacramentum Caritatis , une exhortation apostolique de 2007 du pape Benoît XVI, qui rejetait toute lecture purement fonctionnelle du célibat et le décrivait comme « une manière particulière de se conformer à la manière de vivre du Christ », ajoutant qu’il « demeure obligatoire dans la tradition latine ».

    Ainsi, l’affirmation de Mgr Bonny selon laquelle « le fait qu’une personne soit mariée ou non est sans importance » s’accorde mal avec l’enseignement de l’Église. Le Magistère a toujours soutenu le contraire : le célibat n’est pas une discipline accessoire, mais une expression particulière et appropriée du don total de soi du prêtre à l’image du Christ. Mgr Bonny risque de présenter le sacerdoce sous un angle essentiellement fonctionnel.

    L'enseignement de *Pastores Dabo Vobis*, l'exhortation apostolique du pape saint Jean-Paul II publiée le 25 mars 1992, est encore plus explicite sur la question du clergé marié dans l'Église latine. Il y est indiqué que le Synode des évêques a souhaité ne laisser « aucun doute » quant à « la ferme volonté de l'Église de maintenir la loi exigeant le célibat perpétuel et librement choisi pour les candidats à la prêtrise dans le rite latin ». La raison invoquée n’est pas une question de commodité administrative, mais le fait que le célibat est lié à l’ordination sacrée d’une manière qui configure le prêtre au Christ, Chef et Époux de l’Église.

    Le commentaire d'Arnaud Dumouch :

    Que Monseigneur Bonny  relance la réflexion concernant l'ordination d'hommes mariés, cela est tout à fait autorisé par l'Église puisque la décision pastorale du célibat des prêtres ne date que du XIe siècle avec le grand pape Saint Grégoire VII. On a souvent dit que l'Église voulait ainsi récupérer l'héritage pécunier de ces prêtres. Mais c'est tout à fait faux : Les prêtres séculiers gardent entière disposition de leurs biens personnels. L'Église a voulu, suite à la terrible crise de la corruption de cette époque, trouver un moyen pour sortir de l'héritage les paroisses qui étaient devenus des territoires simoniaques transmis dans des lignées de prêtres.
     
    Par contre que Monseigneur Bonny annonce publiquement qu'il compte ordonner lui-même des hommes mariés sans se référer à une autorisation explicite du Vatican avant 2028, c'est un acte de provocation caractérisée.
     
    S'il passait à l'acte, il serait probablement excommunié latae Sentenciae selon le canon 1371, 2 :
    Sera puni d’une juste peine celui qui, en dehors du cas dont il s’agit au C.1364 § 1, n’obéit pas au Siège Apostolique, à l’Ordinaire ou au Supérieur lorsque légitimement il donne un ordre ou porte une défense, et qui, après monition, persiste dans la désobéissance.
     
    Évidemment je pense qu'il n'envisage pas cela et que sa manière d'agir était plutôt une forme de provocation à la réflexion.
  • Justice sera faite. Mais sur les affaires Rupnik et « Lute », la démarche de Léon XIV est incertaine

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Justice sera faite. Mais sur les affaires Rupnik et « Lute », la démarche de Léon XIV est incertaine

    Solide expert en droit, le pape Léon XIV a d'ores et déjà imprimé sa marque réformatrice en imposant un tournant radical au "procès du siècle". Cette procédure, visant le cardinal Becciu ainsi que les instigateurs de la débâcle immobilière du 60 Sloane Avenue à Londres, témoigne de sa volonté d'assainissement.

    Le 17 mars, la Cour d’Appel de l’État de la Cité du Vatican a décrété la « nullité relative » du procès en première instance et ordonné la « reprise à zéro des débats », ainsi que la mise à disposition des accusés de toutes les pièces et de tous les actes de procédure.  Cette démarche s’inscrit dans l’obéissance aux principes fondamentaux énoncés par le pape lors de la rentrée des tribunaux, trois jours plus tôt : le respect des garanties de procédure, l’impartialité du juge et l’effectivité véritable des droits de la défense, tous considérés comme ayant été gravement bafoués au cours du premier procès.

    Mais c’est sur un autre terrain judiciaire que la démarche de Léon semble à ce jour plus indécise. Il s’agit des procès canoniques pour les abus sexuels commis par des membres du clergé sur des mineurs et des adultes « vulnérables ».

    Le 18 mars, dans la lettre envoyée en son nom par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin aux évêques français réunis en assemblée plénière à Lourdes, le pape leur a demandé de continuer à manifester aussi bien « la sollicitude de l’Église envers les victimes » que « la miséricorde de Dieu envers tous », appelant dans la foulée à ce que « les prêtres coupables d’abus ne soient pas exclus de cette miséricorde et qu’ils fassent l’objet de vos réflexions pastorales ».

    S’en est suivie une vague de protestations de la part des défenseurs des victimes les plus acharnés en raison de cette égalité de traitement que le pape a souhaité étendre aux auteurs d’abus eux-mêmes. Mais il faut ajouter qu’en d’autres occasions, Robert F. Prevost avait déjà pris la défense des droits pour tous, tout en étant bien conscient que « dire cela est parfois une cause de souffrances supplémentaires pour les victimes ».

    Il l’avait déjà affirmé notamment lors d’un entretien avec Elise Ann Allen publié dans un livre sorti au Pérou à la fin de l’été 2025 :

    « Le fait qu’une victime sorte du silence et formule une accusation, et que cette accusation soit présumée fondée, n’annule en rien la présomption d’innocence. Et donc qu’il faille également protéger l’accusé et que ses droits doivent être respectés. » Et ce d’autant plus que “les statistiques démontrent que bien plus de 90 % des personnes qui témoignent et portent des accusations sont de véritables victimes, disent la vérité et n'inventent rien. Cependant, il existe aussi toutes sortes de cas avérés de fausses accusations. Certains prêtres ont eu leur vie brisée à cause de cela. »

    Toujours dans le même livre, le pape Léon affirme que même si la question des abus est d’une importance fondamentale, l’Église ne peut pas délaisser ce qui fait le cœur de sa mission : « Nous ne pouvons pas faire en sorte que l’Église se concentre exclusivement sur cette problématique, parce que ce ne serait pas une réponse authentique à ce que le monde attend en termes d’impératifs de la mission de l’Église »

    Le 4 novembre suivant, à Castel Gondolfo, en réponse à une question sur le procès canonique en cours contre l’artiste et ex-jésuite Marko I. Rupnik, le pape Léon réaffirmait que « l’Église doit respecter le droit de toutes les personnes » et que « jusqu’à preuve du contraire, le principe de la présomption d’innocence est également d’application dans l’Église ».

    Or, ce procès est justement celui qui est le plus emblématique de l’opacité et des incohérences qui pèsent encore aujourd’hui sur le Saint-Siège en matière de gestion des abus.

    Le cas de Rupnik a été abordé à de nombreuses reprises sur Settimo Cielo. Cette affaire avait éclaté au grand jour avec les premiers dépôts publics de plaintes en décembre 2022, après avoir connu un prologue secret en mai 2020 avec l’excommunication du célèbre mosaïste pour avoir absous en confession une complice d’un péché « contre le sixième commandement » : une excommunication qui allait cependant être rapidement levée à la demande du pape François.

    Une seconde procédure pour abus sexuels sur plusieurs religieuses de la communauté qu’il avait fondée a été ouverte contre le P. Rupnik en 2021, avant d’être elle aussi classée sans suite en octobre 2022 pour le motif que les faits qui lui étaient reprochés, bien que « la matérialité des accusations ait été établie », devaient être « considérés comme prescrits pour dépassement des délais de l’action publique ».

    L’affaire étant devenue publique, la Compagnie de Jésus imposa à son tour des sanctions à Rupnik, qu’il ignora d’ailleurs largement, avant de l’expulser de l’ordre, en considérant que les faits dénoncés par de nombreuses victimes étaient non seulement crédibles mais qu’ils se caractérisaient surtout par leur gravité inouïe, avec des abus spirituels et physiques perpétrés au nom d’aberrantes justifications théologiques et mystiques.

    Entretemps, le P. Rupnik clamait son innocence et se faisait incardiner comme prêtre dans le diocèse de Koper en Slovénie où il continuait à jouir de puissantes protections, en particulier grâce à celui qui était à l’époque le Vicaire général de Sa Sainteté pour le diocèse de Rome, le cardinal Angelo De Donatis, aujourd’hui Pénitencier majeur du Saint-Siège, qui qualifiait toute cette affaire de « campagne de dénigrement médiatique ».

    La commission pontificale pour la protection des victimes présidée par le cardinal Sean O’Malley fit pression pour obtenir la tenue d’un procès en bonne et due forme et qui parvint à convaincre le pape François d’ordonner le 27 octobre 2023 l’ouverture d’un nouveau procès, cette fois sans tenir compte de la limite de prescription de vingt ans qui couvrait la quasi-totalité des délits reprochés au P. Rupnik.

    Et en effet, dès l’été 2020, le pape François avait introduit dans les procès canoniques de nouvelles règles qui non seulement autorisaient mais encourageaient même à déroger à cette prescription, au nom de la « tolérance zéro » universellement réclamée à cor et à cris contre les personnes accusées d’abus sexuels : une dérogation aujourd’hui largement mise en œuvre dans les procès canoniques mais que tous les juristes considèrent inimaginable en matière de droit civil, tant elle ouvre la porte à une forme de justice expéditive, aux antipodes du garantisme auquel le pape Léon est très attentif.

    Il n’en demeure pas moins que ce procès aussi traîne en longueur. Il aura fallu attendre le 13 octobre 2025 pour apprendre que le Dicastère pour la Doctrine de la foi avait enfin trouvé et nommé les juges, cinq « femmes et clercs » extérieurs au Saint-Siège dont les noms n’ont pas encore été communiqués. « Les procès judiciaires prennent beaucoup de temps et je sais qu’il est très difficile aux victimes de s’entendre demander de faire preuve de patience », a déclaré à ce sujet le pape Léon le 4 novembre dernier, des mots qui sont d’ailleurs toujours d’actualité vu l’absence de toute avancée depuis lors.

    Mais en attendant, une autre affaire a éclaté, et elle concerne cette fois le pape en personne.

    Le 22 novembre 2025, une jeune péruvienne qui s’appelle Ana María Quispe Díaz, qui prétend avoir été victime d’abus sexuels depuis qu’elle est toute petite, en compagnie de ses deux sœurs et d’autres enfants, a déclaré dans un communiqué avoir été informée que dix jours plus tôt, le 13 novembre, le pape avait concédé la dispense de l’état clérical à leur abuseur présumé, le P. Eleuterio Vásquez González, un prêtre de Chiclayo surnommé « Lute », l’exonérant de tout procès canonique, pour des faits qui se seraient déroulés pendant que Robert F. Prevost était l’évêque de ce diocèse.

    La première enquête ouverte à la suite de la plainte avait déjà été conduite « avec des erreurs de procédure », selon la responsable pour les abus du diocèse de Chiclayo, mais Ana María Quispe Díaz a surtout protesté face au refus d'un procès régulier qui établirait enfin la vérité des faits et protégerait les victimes.

    Le communiqué se terminait sur une « demande d’audience personnelle avec le pape, pour lui expliquer la douleur que de telles situations causent aux victimes et lui demander un changement de cap dans la manière dont l’Église traite le cas d’abus.

    Deux journalistes péruviens, Paola Ugaz et Pedro Salinas étaient déjà intervenus pour prendre la défense de Prevost, comme évêque de Chiclayo et comme pape, dès l'apparition de ces accusations en 2023, Amis de longue date de Robert Prevost, ils sont très actifs depuis 2015 dans la dénonciation de crimes commis au sein d'une société de vie apostolique fondée au Pérou, le « Sodalitium Christianae Vitae », dissoute par le pape François à la fin de son pontificat.

    Cependant, le pape Prevost n'a jamais prononcé un seul mot en public sur ces accusations le concernant, pas même après sa mise en cause directe par Ana María Quispe Díaz. Tout le contraire de ce qu'avait fait Benoît XVI quand il avait été confronté à des accusations similaires d’avoir « couvert » un prêtre abuseur, quand il était archevêque de Munich et Freising.

    Au contraire. Lorsque ces accusations refirent surface durant sa dernière année de vie, en janvier 2022, Benoît XVI a de nouveau réagi avec un mémoire de 82 pages, rédigé par un groupe d'amis sur la base d'une documentation abondante, suivi d'une déclaration personnelle corrigeant « une erreur » contenue dans le rapport et qui a fait l’objet d’une lettre adressée le 6 février aux fidèles de l'archidiocèse allemand.

    Cette lettre, qui compte parmi ses tout derniers écrits, mérite d'être lue intégralement. Benoît XVI y rappelle la confession et la demande de pardon pour notre « très grande » faute que « l'Église place jour après jour au début de la célébration de la Sainte Messe ». Et il poursuit :

    « Je comprends de plus en plus la répugnance et la peur que le Christ a ressenties sur le Mont des Oliviers quand il a vu tout ce qu’il allait devoir surmonter intérieurement. Que les disciples dorment à ce moment-là représente malheureusement la situation qui, aujourd’hui encore, se reproduit et par laquelle je me sens aussi interpellé. Ainsi, je ne peux que prier le Seigneur et supplier les anges et tous les saints et vous aussi, chères sœurs et frères, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu ».

    Et encore :

    « Bientôt, je serai face au juge ultime de ma vie. Bien que, regardant en arrière ma longue vie, je puisse avoir beaucoup de motifs de frayeur et de peur, mon cœur reste joyeux parce que je crois fermement que le Seigneur n’est pas seulement le juge juste mais, en même temps, l’ami et le frère qui a déjà souffert lui-même mes manquements et qui, en tant que juge, est aussi mon avocat, Paraclet. […] Il me revient sans cesse à l’esprit ce que Jean rapporte au début de l’Apocalypse : il voit le Fils de l’homme dans toute sa grandeur et tombe à ses pieds comme mort. Mais Lui, posant sur lui sa main droite, lui dit : ‘Ne crains pas ! C’est moi’ (cf. Ap 1, 12 – 17) ».

  • Léon XIV : Les appels à la paix et la voix du Saint-Siège

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV a personnellement porté la Croix à travers les quatorze stations du Chemin de Croix au Colisée le Vendredi saint.

    Ce fut un geste fort, non seulement parce qu'il montrait un pontife à la fois robuste et âgé – à l'instar de Jean-Paul II au début de son pontificat, et de Paul VI, qui institua la tradition du Chemin de Croix au Colisée – mais aussi parce qu'il comprenait la puissance des actions symboliques.  Les gestes de Léon XIV sont délibérés et ancrés dans la tradition chrétienne et romaine. C'est là une clé pour comprendre son pontificat.

    Le choix de la mozzetta lors des occasions officielles, le retour au lavement des pieds avec les prêtres comme apôtres à Saint-Jean-de-Latran, et le port personnel de la Croix (ou de l'ostensoir, comme il le faisait lors de la procession de la Fête-Dieu) témoignent tous de sa volonté de placer l'identité de l'Église au centre.

    En s'appuyant sur ces traditions, Léon XIV présente la foi comme le fondement du message de l'Église au monde, insistant sur le pouvoir des symboles par rapport à la rhétorique.

    Partant de ce principe, le pape a décidé de porter la Croix, soulignant que dans la souffrance, nos yeux doivent rester fixés sur le Christ. Par ce geste, il entendait s'effacer et laisser le Christ au premier plan, comme il l'avait affirmé dans sa première homélie papale à la chapelle Sixtine.

    Le pape a également rendu encore plus vibrant le cri mondial des chrétiens pour la paix.

    Ce n'est pas un hasard si Léon XIV a choisi le père Francesco Patton, franciscain et ancien custode de Terre sainte, pour écrire les méditations du Chemin de Croix . En ce huitième centenaire de la mort de saint François, un franciscain issu d'une zone de conflit délivre un message de paix.

    La paix a été au cœur des efforts de Léon XIV dès le début de son pontificat, lorsqu'en sortant pour la première fois de la Loggia des Bénédictions, il a invoqué la paix « désarmée et désarmante » que seul le Christ peut donner.

    Les appels à la paix de Léon XIV se sont multipliés et intensifiés, trouvant un écho dans ses homélies et ses apparitions publiques.

    Dans son homélie du dimanche des Rameaux, par exemple, il a déclaré : « Voici notre Dieu : Jésus, Roi de la Paix… qui n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre et les rejette, disant : « Même si vous multipliiez vos prières, je n’écouterais pas : vos mains sont tachées de sang . »

    Dans son discours Urbi et Orbi du dimanche de Pâques, Léo s'est montré sans doute plus urgent et plus retentissant.

    « À la lumière de Pâques », a-t-il dit, « laissons-nous émerveiller par le Christ ! »

    « Laissons nos cœurs se transformer sous l'effet de son immense amour pour nous ! » dit Léon. « Que ceux qui possèdent des armes les déposent ! Que ceux qui ont le pouvoir de déclencher des guerres choisissent la paix ! »

    Ce sont là des paroles fortes d'avertissement et d'exhortation, adressées sans détour aux puissants, mais force est de constater que les appels de Léon XIV ne suscitent qu'un intérêt fugace avant de sombrer dans l'oubli. Ceci souligne le décalage entre la stratégie de communication symbolique du pape et l'influence réelle de son message dans le paysage médiatique actuel.

    Dans sa lettre d'information « Newman », parue il y a quelques semaines, Matteo Matzuzzi abordait la question du silence papal. Léon XIV est critiqué pour son manque de clarté concernant les Palestiniens, son absence de condamnation directe d'Israël et son silence face aux conflits majeurs. Ses détracteurs interprètent ce silence comme une réticence à prendre position ou à se ranger du côté de l'histoire.

    Matzuzzi soulève une question essentielle : un pape doit-il prendre des positions politiques explicites, ou doit-il plutôt définir une orientation générale et donner aux catholiques les moyens d’agir ? Cette question est au cœur des débats actuels sur la communication papale et l’efficacité de l’approche choisie par Léon XIV .

    En définitive, le Saint-Siège est un acteur mondial.

    Le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques précisément parce que ces relations lui permettent de défendre les pauvres et les défavorisés, et le Pape est appelé à en tenir compte.

    L'objectif de Léon XIV est l'unité et la paix, plaçant le Christ au centre et encourageant les chrétiens à agir avec foi. Ses messages reprennent souvent l'idée que le prêtre est un alter Christus, incitant les croyants à se concentrer sur une action inspirée par le Christ .

    Le contraste avec les interventions spontanées du pape François et sa volonté d'entrer directement dans les débats politiques met en lumière l'argument principal : l'efficacité et la réception de la communication papale dépendent de la manière dont le pape s'exprime : en tant que participant ou en tant que symbole directeur.

    L'approche directe de François a suscité un engagement immédiat, mais a également brouillé le rôle diplomatique unique du Saint-Siège.

    Cela plut à la presse, qui voyait en François une manière authentique de faire les choses, et aussi un champion de tous leurs combats, un « cheval fou » destiné à semer la confusion dans l'Église, l'ouvrant en fait à la modernité.

    Le style « anticonformiste » de François a toutefois eu de graves conséquences – probablement imprévues et involontaires – qui nécessitent encore d'être prises en compte.

    La diplomatie est un langage à part entière, après tout, et l'abandonner en dit long.

    Pour le pape François, l'abandon du langage diplomatique a également diminué l'influence du Saint-Siège ; le traitement des problèmes immédiats par le biais d'encycliques et de documents non universels a fait du pape un acteur mondial parmi d'autres, et non une figure prophétique ; la poursuite d'accords de paix à tout prix — à commencer par l'accord controversé des évêques avec la Chine communiste — montre que le Saint-Siège prendra toutes les mesures pour atteindre des objectifs pragmatiques.

    L'histoire nous a donné un pape (François) dont la voix a largement circulé, voire suscité la controverse, divisant, attaquant et louant de toutes parts. Le pontificat de François, à son tour, a laissé un Saint-Siège affaibli à un moment historique crucial.

    Ces dernières années, le Saint-Siège a vu ses diplomates expulsés du Nicaragua, a essuyé trois échecs de médiation au Venezuela et a lancé des appels à la fin de la guerre en Ukraine qui sont restés lettre morte, contraignant le Saint-Siège à se replier sur une mission essentiellement humanitaire plutôt que diplomatique.

    Léon XIV restaure les symboles, mais il n'a pas encore rétabli le respect qu'ils inspirent.

    Il agit dans un contexte de mutation rapide où la communication est extrêmement rapide, ce qui rend l'absence de réponse immédiate d'autant plus problématique. Mais il agit avant tout pour l'Église.

    Cela déplaît à beaucoup, qui souhaitent influencer le pape. William McGurn a publié un éditorial virulent critiquant l'absence de prise de position du pape, soulignant que les homélies ne sauraient aider l'Iran.

    Ces critiques négligent la mission principale du Pape et du Saint-Siège : assurer l’équilibre et œuvrer pour la paix. La doctrine sociale de l’Église est son instrument, mais sa mise en œuvre concrète incombe à d’autres. Le Pape définit la vision ; l’action requiert la responsabilité de tous.

    Il s'agit d'une approche résolument synodale, au sens le plus clair du terme, et pourtant, elle est contestée par tous ceux qui ont véritablement défendu la synodalité. La synodalité devrait fonctionner comme une forme de démocratisation de l'Église, mais en matière d'idéologie, une position doit être prise.

    C’est peut-être pour cette raison que les appels du pape se heurtent désormais à l’indifférence des médias.

    Alors que les débats passés sur la présence médiatique du pape laissaient entrevoir une possible dilution du message, le contexte actuel marginalise souvent les tentatives de médiation du pape, illustrant ainsi la difficulté d'avoir un impact par la seule communication symbolique .

    Le Vendredi saint, Léon XIV porta la Croix, et à Pâques, dans l'encyclique Urbi et Orbi, il lança son puissant appel à la paix.

    L’espoir est que l’Église se relève et que le Saint-Siège exerce à nouveau une influence sur le destin du monde. Cette influence n’a pas besoin d’être visible, ni de faire les gros titres. Elle doit avoir un impact réel.

  • Jeudi Saint : une homélie de Benoît XVI

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    MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR

    HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

    Basilique Saint-Jean-de-Latran
    Jeudi Saint, 21 avril 2011

    Chers frères et sœurs,

    «J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir!» (Lc22, 15). Par ces mots, Jésus a ouvert la célébration de son dernier banquet et de l’institution de la sainte Eucharistie. Jésus est allé au devant de cette heure, en la désirant. Au fond de lui-même, il a attendu ce moment où il se donnerait lui-même aux siens sous les espèces du pain et du vin. Il a attendu ce moment qui aurait dû être en quelque sorte les véritables noces messianiques: la transformation des dons de cette terre et le fait de devenir un avec les siens, pour les transformer et inaugurer ainsi la transformation du monde. Dans le désir de Jésus, nous pouvons reconnaître le désir de Dieu lui-même – son amour pour les hommes, pour sa création, un amour en attente. L’amour qui attend le moment de l’union, l’amour qui veut attirer les hommes à soi, pour ainsi réaliser entièrement le désir de la création elle-même: en effet, celle-ci est tendue vers la manifestation des fils de Dieu (cf. Rm 8, 19). Jésus nous désire, il nous attend. Et nous, le désirons-nous vraiment? Nous sentons-nous poussés intérieurement à le rencontrer? Désirons-nous ardemment sa proximité, devenir un avec lui, don qu’il nous fait dans la sainte Eucharistie? Ou bien sommes-nous indifférents, distraits, remplis d’autres choses? D’après les paraboles de Jésus sur les banquets, nous savons qu’il connaît la réalité des places restées vides, la réponse négative, le désintérêt pour lui et pour sa proximité. Les places vides au banquet nuptial du Seigneur, avec ou sans excuses, sont pour nous, depuis longtemps désormais, non pas une parabole, mais une réalité présente, précisément dans ces pays auxquels il avait manifesté sa proximité particulière. Jésus savait aussi que des invités seraient venus, oui, mais sans être revêtus de l’habit nuptial – sans la joie de sa proximité, suivant seulement une habitude, et avec une tout autre orientation de leur vie. Saint Grégoire le Grand, dans une de ses homélies, se demandait: quel genre de personnes sont celles qui viennent sans habit nuptial? En quoi consiste cet habit et comment l’acquiert-on? Sa réponse est: ceux qui ont été appelés et viennent ont en quelque sorte la foi. C’est la foi qui leur ouvre la porte. Mais il leur manque l’habit nuptial de l’amour. Celui qui ne vit pas la foi en tant qu’amour n’est pas préparé pour les noces et il est jeté dehors. La communion eucharistique requiert la foi, mais la foi requiert l’amour, autrement elle est morte aussi comme foi.

    À travers les quatre Évangiles, nous savons que le dernier banquet de Jésus, avant sa Passion, a été aussi un lieu d’annonce. Jésus a proposé encore une fois avec insistance les éléments fondamentaux de son message. Parole et Sacrement, message et don sont inséparablement unis. Cependant, durant son dernier banquet, Jésus a surtout prié. Matthieu, Marc et Luc utilisent deux mots pour décrire la prière de Jésus au moment central de la Cène: «eucharistesas» et «eulogesas» - «remercier» et «bénir». Le mouvement ascendant du remerciement et celui descendant de la bénédiction vont ensemble. Les paroles de la transsubstantiation font partie de cette prière de Jésus. Ce sont des paroles de prière. Jésus transforme sa Passion en prière, en offrande au Père pour les hommes. Cette transformation de sa souffrance en amour possède une force transformante pour les dons dans lesquels, à présent, il se donne lui-même. Il nous les donne afin que nous-mêmes et le monde soyons transformés. Le but véritable et dernier de la transformation eucharistique c’est notre transformation elle-même dans la communion avec le Christ. L’Eucharistie vise l’homme nouveau, le monde nouveau tel qu’il peut naître uniquement à partir de Dieu à travers l’œuvre du Serviteur de Dieu.

    Grâce à Luc et surtout à Jean, nous savons que Jésus dans sa prière durant la Dernière Cène a aussi adressé des suppliques au Père – suppliques qui, en même temps, contiennent des appels à ses disciples d’alors et de tout temps. En cette heure, je voudrais choisir uniquement une supplique que, selon Jean, Jésus a répétée quatre fois au cours de sa Prière sacerdotale. Combien a-t-elle dû le préoccuper en son for intérieur! Elle reste constamment sa prière au Père pour nous: c’est la prière pour l’unité. Jésus dit explicitement que cette supplique n’est pas valable seulement pour les disciples présents à ce moment-là, mais qu’elle concerne tous ceux qui croiront en lui (cf. Jn 17, 20). Elle demande que tous soient un «comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin que le monde croie» (Jn 17, 21). L’unité des chrétiens ne peut se réaliser que si les chrétiens sont intimement unis à lui, à Jésus. Foi et amour pour Jésus, foi dans son être un avec le Père et ouverture à l’unité avec lui sont essentiels. Cette unité n’est donc pas seulement quelque chose d’intérieur, de mystique. Elle doit devenir visible, visible au point de constituer pour le monde la preuve que Jésus a été envoyé en mission par le Père. C’est pour cela que cette supplique a un sens eucharistique caché que Paul a clairement mis en évidence dans la Première Lettre aux Corinthiens: «Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il y a un seul pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un corps, car tous nous participons à ce pain unique.» (1 Co 10, 16s). Avec l’Eucharistie naît l’Église. Nous tous nous mangeons le même pain, nous recevons le même corps du Seigneur, ce qui signifie qu’Il ouvre chacun de nous, au-delà de lui-même. Il nous rend tous un. L’Eucharistie est le mystère de la proximité et de la communion intimes de chacun avec le Seigneur. Et, en même temps, elle est l’union visible de tous. L’Eucharistie est Sacrement de l’unité. Elle parvient jusque dans le mystère trinitaire, et elle crée ainsi, en même temps, l’unité visible. Disons-le encore une fois: elle est la rencontre très personnelle avec le Seigneur et, toutefois, elle n’est jamais seulement un acte individuel de dévotion. Nous la célébrons nécessairement tous ensemble. Dans chaque communauté, le Seigneur est présent de manière totale. Mais il est un seul dans toutes les communautés. C’est pourquoi les paroles: «Una cum Papa nostro et cum Episcopo nostro» font nécessairement partie de la prière eucharistique de l’Église. Ce n’est pas un ajout extérieur à ce qui se produit intérieurement, mais une expression nécessaire de la réalité eucharistique elle-même. Et nous mentionnons le Pape et l’Évêque par leur nom: l’unité est tout-à-fait concrète, elle porte des noms. Ainsi l’unité devient visible, elle devient signe pour le monde et elle établit pour nous-mêmes un critère concret.

    Saint Luc a conservé pour nous un élément concret de la prière de Jésus pour l’unité: «Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment; mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères» (Lc 22, 31s). Aujourd’hui nous constatons de nouveau avec douleur qu’il a été concédé à Satan de cribler les disciples, de manière visible, face au monde entier. Et nous savons que Jésus prie pour la foi de Pierre et de ses successeurs. Nous savons que Pierre qui, à travers les eaux agitées de l’histoire va à la rencontre du Seigneur et risque de couler, est toujours à nouveau soutenu par la main du Seigneur et guidé sur les eaux. Mais après suit une annonce et une tâche. «Toi donc, quand tu seras revenu…»: Tous les êtres humains, excepté Marie, ont continuellement besoin de conversion. Jésus prédit à Pierre sa chute et sa conversion. De quoi Pierre a-t-il dû se convertir? Au début, lors de son appel, effrayé par le pouvoir divin du Seigneur et par sa propre misère, Pierre avait dit: «Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!» (Lc 5, 8). À la lumière du Seigneur, il reconnaît son imperfection. C’est précisément ainsi, dans l’humilité de celui qui se sait pécheur, qu’il est appelé. Il doit toujours retrouver à nouveau cette humilité. Près de Césarée de Philippe, Pierre n’avait pas voulu accepter que Jésus ait à souffrir et à être crucifié. Cela n’était pas conciliable avec l’image qu’il se faisait de Dieu et du Messie. Au Cénacle, il n’a pas voulu accepter que Jésus lui lave les pieds: cela n’allait pas avec son idée de la dignité du Maître. Au Jardin des Oliviers, il a frappé de son glaive. Il voulait démontrer son courage. Cependant, devant la servante, il a affirmé ne pas connaître Jésus. À ce moment-là, cela ne lui semblait qu’un petit mensonge, pour pouvoir rester près de Jésus. Son héroïsme s’est effondré à cause d’un jeu mesquin pour une place au centre des évènements. Nous tous nous devons toujours à nouveau apprendre à accepter Dieu et Jésus Christ tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Nous aussi nous avons du mal à accepter qu’il se soit lié aux limites de son Église et de ses ministres. Nous non plus nous ne voulons pas accepter qu’il soit sans pouvoir en ce monde. Nous aussi nous nous cachons derrière des prétextes, lorsque notre appartenance au Christ devient trop coûteuse et trop dangereuse. Nous tous nous avons besoin de conversion pour accueillir Jésus dans son être-Dieu et son être-Homme. Nous avons besoin de l’humilité du disciple qui observe la volonté du Maître. En cette heure, nous voulons le prier de nous regarder nous aussi comme il a regardé Pierre, au moment propice, avec ses yeux bienveillants, et de nous convertir.

    Pierre, le converti, est appelé à affermir ses frères. Ce n’est pas un fait extérieur que cette tâche lui soit confiée au Cénacle. Le service de l’unité a son lieu visible dans la célébration de la sainte Eucharistie. Chers amis, pour le Pape c’est un grand réconfort que de savoir qu’au cours de chaque Célébration eucharistique, tous prient pour lui; que notre prière s’unit à la prière du Seigneur pour Pierre. C’est seulement grâce à la prière du Seigneur et de l’Église que le Pape peut accomplir sa tâche d’affermir ses frères – de paître le troupeau de Jésus et de se porter garant de cette unité qui devient témoignage visible de la mission de Jésus de la part du Père.

    «J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous». Seigneur, tu nous désires, tu me désires. Tu désires te donner toi-même à nous dans la sainte Eucharistie, t’unir à nous. Seigneur, suscite aussi en nous le désir de toi. Renforce-nous dans l’unité avec toi et entre nous. Donne à ton Église l’unité, afin que le monde croie. Amen.