Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Magistère

  • Le ministère pétrinien est-il en déclin ?

    IMPRIMER

    De Mgr Marian Eleganti OSB sur le substack d'Edward Pentin :

    Dans la tribune libre qui suit, l'évêque émérite suisse soutient que les papes récents ont sacrifié la dignité de la charge pétrinienne aux artifices de la personnalité et à l'attrait médiatique.

    10 août 2026

    Le pape François apporte des chocolats et des fleurs à Emma Bonino, médecin et femme politique italienne pratiquant des avortements, à son domicile en novembre 2024.

    Le 31 juillet 2026, le pape Léon XIV a reçu en audience privée, pendant 40 minutes, la musicienne de rock, poétesse et artiste américaine Patti Smith (née en 1946), surnommée la « marraine du punk », au Palais apostolique du Vatican. Tous deux sont originaires de Chicago. Le père Antonio Spadaro était présent. Plusieurs photographies officielles et une vidéo de cette rencontre existent .

    Cette rencontre anodine — j’imagine qu’elle a surtout consisté en un échange de politesses, sans rien de vraiment significatif pour l’Église — soulève des questions pour moi.

    Depuis longtemps, je suis personnellement préoccupé par le fait que, depuis Jean-Paul II, les papes s'expriment de plus en plus de manière totalement informelle en toutes circonstances (par exemple, dans un avion ou au bord d'une route, comme le fait le pape Léon XIV à Castel Gandolfo ). Ils donnent des interviews spontanées et expriment des opinions personnelles. Ils sont accessibles à toutes sortes de personnes qui souhaitent se faire photographier avec eux.

    Compte tenu de la charge de travail et des responsabilités d'un pape, n'a-t-il vraiment rien de plus important à faire que d'accorder de telles audiences privées — particulièrement prisées lorsque les demandeurs viennent du monde du spectacle ou ont une certaine influence culturelle ou élitiste ?

    De telles apparitions renforcent l'impression, au sein du public laïc, que le pape n'est, au fond, qu'un membre parmi d'autres de l'establishment international. Le modeste pêcheur de Galilée, en tout cas, ignorait tout de ce « prestige ». Paul ne recherchait pas non plus la notoriété ; il se rendait à l'Aréopage d'Athènes pour prêcher. Je m'abstiendrai ici d'aborder les obligations protocolaires et les visites d'État importantes.

    Parmi les personnes qui pourraient bénéficier d'une audience privée figurent des individus comme Emma Bonino, qui a passé sa vie en désaccord avec la doctrine de l'Église. Le pape François lui a même rendu visite à son domicile le 5 novembre 2024. Toutefois, le rôle du pape n'est pas celui d'un accompagnement pastoral individuel. Il ne doit pas non plus enseigner par des images, mais par des paroles claires et sans ambiguïté.

    Il ne faut pas non plus oublier les nombreux et longs échanges, téléphoniques et vidéo, de ce pape avec l'athée Eugenio Scalfari, fondateur du quotidien de gauche La Repubblica. À partir de ces échanges, Scalfari a reconstitué de mémoire des interviews controversées.

    À plusieurs reprises, le Vatican a dû se désolidariser de propos attribués au pape. Avec le pape François, cette manière de diffuser des idées tout en restant lui-même doctrinalement vague était presque devenue une méthode. Surtout, je tiens à souligner ceci : lorsqu’un pape reçoit de telles personnes en audience privée, il ne peut, par courtoisie, se désolidariser publiquement d’elles par la suite. De ce fait, pour beaucoup, une telle réception apparaît comme une minimisation des convictions de ces individus. Ainsi, le pape lui-même brouille la position de l’Église et – selon les circonstances – peut même heurter la sensibilité des fidèles.

    Ces audiences prennent une signification d'autant plus fallacieuse que le Pape ne défend pas simultanément la doctrine de la foi dans son intégralité, ne corrige pas publiquement les opinions erronées de ces personnes et ne met pas fin aux abus (cf. l'exploitation des audiences privées avec le Pape par le jésuite James Martin à des fins pro-homosexuelles).

    Lire la suite

  • Léon XIV, un défi au cœur même du christianisme

    IMPRIMER

    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV, un défi au cœur même du christianisme

    10 août 2026

    La grande nouvelle de cette semaine a été la confirmation par le Vatican – attendue depuis longtemps – du voyage du pape Léon XIV en novembre en Argentine, en Uruguay et au Pérou ; mais avant d’entreprendre sa tournée dans ces trois pays d’Amérique du Sud, le pape se rendra en France.

    La visite à la « fille aînée de l’Église » est prévue du 25 au 28 septembre et revêtira une importance particulière.

    C’est un voyage au cœur d’une Europe sécularisée, où, entre autres, la loi sur la fin de vie a été adoptée quelques mois seulement avant l’arrivée du pape. C’est toutefois un voyage dans un pays de chrétienté ancienne, où la foi catholique connaît un renouveau remarquable et où personne ne comprend vraiment pourquoi.

    C’est un voyage qui en dira long sur la manière dont Léon XIV entend faire face à ce qui s’annonce comme une véritable attaque contre le cœur même du christianisme.

    La France, en effet, est également l’un des endroits en Europe où les attaques christophobes sont devenues si répandues qu’il existe même un observatoire dédié à les recenser une à une. La France représente la nouvelle périphérie existentielle de l’Europe, un pays qui se considère comme la « fille aînée » de l’Église mais qui a connu au fil des siècles une vague de sécularisation sans précédent, naturellement favorisée par le climat culturel créé par la Révolution française.

    La France est sans doute aussi le point de départ de la reconstruction d’une culture chrétienne – un objectif pour lequel Léon XIV prépare les fidèles depuis le début de son pontificat.

    Son premier voyage l’a conduit à Monaco, l’un des plus petits pays du monde, pour rendre hommage à une nation dotée d’une ancienne tradition chrétienne, mais surtout pour souligner que chaque nation compte dans un monde multilatéral. Léon XIV disait au monde entier que l’essentiel n’était pas d’écouter les nations puissantes, mais plutôt de tirer parti également des contributions des nations plus petites.

    Puis vint le voyage en Espagne, où 1,2 million de personnes sont venues voir – et entendre – le pape à Madrid, tandis qu’à Barcelone, ville sécularisée et anticléricale, une foule incroyable retenait son souffle devant l’extraordinaire et sincère bénédiction de la Tour de Jésus à la Sagrada Família.

    Aujourd’hui, en France, où le pape ne se rendra pas dans les institutions européennes, contrairement à ce que l’on pensait – cela arrivera, ce n’est qu’une question de temps –, il consacrera néanmoins une journée entière à l’Europe, en se rendant à Metz, la ville du vénérable Robert Schuman, l’un des grands architectes d’une Europe unie après la Seconde Guerre mondiale.

    On a beaucoup parlé de la sécularisation européenne, du crépuscule de la foi, voire de l’éclipse du divin, mais Léon XIV semble dire que c’est précisément à partir des pays de foi ancienne et de sécularisation récente que nous devons recommencer à construire une culture chrétienne capable d’influencer l’opinion publique.

    Alors que les préparatifs du voyage du pape en France battaient leur plein, le président français Emmanuel Macron a fait adopter une loi dépénalisant l’euthanasie. La décision du gouvernement, prise en deux étapes parlementaires qui ont semblé précipitées et idéologiques, a eu pour effet de rallier le monde catholique.

    Depuis des années, les évêques français sont unis dans la lutte contre la libéralisation des soins de fin de vie, publiant des déclarations enflammées sur le sujet et faisant preuve d’une incroyable unité d’intention ; mais lors de ce dernier round, perdu, ils ont bénéficié d’un large soutien de la part de la base (encore culturellement) catholique.

    Les paroles du pape sont très attendues en France, notamment à Lourdes, où il s’adressera aux malades susceptibles de subir des pressions pour mettre fin à leurs jours, mais aussi à Metz, où il appellera à une refondation de la culture européenne fondée sur la dignité de la personne.

    Mais si l'on pleure en France, on ne rit pas ailleurs en Europe.

    Il existe un tout petit pays européen, l’Andorre, gouverné par deux coprinces : l’un est le président de la République française, l’autre est l’évêque d’Urgell. Or, l’Andorre est évidemment catholique, et l’avortement y est interdit en toutes circonstances. Mais il existe actuellement au sein du parlement du pays une forte majorité libérale qui tente d’ouvrir la voie à la légalisation de l’euthanasie dans ce pays également.

    À tel point que le 29 juillet, Xavier Espot, chef du gouvernement andorran, a rencontré le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, au Secrétariat d’État. Accompagné de Ladislau Birò, ministre des Relations institutionnelles, ils ont tenté de trouver une « solution compatible avec le cadre constitutionnel andorran » — comme l’indique la déclaration du Premier ministre Espot — afin d’introduire enfin l’avortement dans le pays.

    Le débat dure depuis deux ans, et il est frappant de constater à quel point une telle question est vivement ressentie dans un petit pays comme Andorre. La vérité, c’est qu’Andorre est un symbole : si même le dernier bastion du christianisme en Europe tombe, comment les autres résisteront-ils ?

    Monaco a rejeté une loi sur l'avortement en raison du veto définitif du prince Albert de Monaco. Mais comment un nouveau prince, confronté un jour à une situation similaire, pourra-t-il s'y opposer une fois qu'Andorre aura également légalisé l'avortement ?

    Andorre est donc aussi, d'une certaine manière, un laboratoire.

    Andorre serait le dernier pays catholique, outre Monaco, où l’avortement est un délit. Malte a ouvert la voie à l’avortement à la veille de la visite de Benoît XVI en 2010, tout comme le Portugal en 2007, un pays au christianisme ancestral qui doit toutefois faire face à des majorités libérales qui, en réalité, défendent un programme fondé sur les libertés individuelles, mais jamais sur le bien commun.

    Le Vieux Continent sera-t-il capable de résister ?

    Difficile à dire, compte tenu des nouveaux gouvernements qui semblent instaurer un virage individualiste même dans les pays européens, tandis que le Département d’État américain lance un appel à projets pour promouvoir les valeurs conservatrices en Europe.

    En somme, la question est devenue l’objet d’un conflit idéologique. La politique internationale ne s’intéresse pas réellement aux paroles du pape ou de l’Église. On assiste plutôt à une instrumentalisation des valeurs chrétiennes à des fins politiques, ce qui constitue l’un des grands risques pris par le pape.

    Ainsi, en France, Léon XIV est appelé à repousser l’attaque lancée au cœur même du christianisme. En effet, le grand thème reste l’absence de Dieu. Le cardinal Robert Sarah, dans une interview accordée à Il Foglio le 1er août, a souligné que les gens vivent désormais comme si Dieu n’existait pas.

    On peut légitimement s’attendre à ce que ce soit là le grand thème du voyage de Léon XIV au cœur de l’Europe.

    Il s’agit d’une question cruciale et délicate, difficile à gérer. Pourtant, c’est le seul thème que le pape puisse développer s’il veut surmonter la crise culturelle que traverse aujourd’hui le christianisme. La France est un point de départ ; Andorre peut servir d’étude de cas pour montrer comment les petites nations peuvent être à la merci de grands mouvements politiques transnationaux. Monaco, nous le savons, a été le lieu où le pape a affirmé que chacun, même le plus petit, peut et doit avoir voix au chapitre.

    Peut-être que le thème sous-jacent est que le monde catholique n’a pas véritablement créé de culture ni de mouvement culturel ces dernières années, sans parler d’un activisme déterminé.

    L’heure est venue de tout reconstruire.

    Les voyages du pape peuvent être encourageants à cet égard.

  • Le programme complet de la visite du pape Léon XIV en France et à l’UNESCO

    IMPRIMER

    Le programme complet de la visite du pape Léon XIV en France et à l’UNESCO

    logo du voyage de Léon XIV France 2026

    Cérémonie de bienvenueAéroport de Paris-Orly
     
    Palais de l’Élysée
     
    Discours du Saint-Père
    Palais de l’Élysée
    Réservé aux délégations
     
    Discours du Saint-Père
    Siège de l’UNESCO
    Réservé aux délégations · retransmis
     
    Déambulation du Saint-Père sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame
    Homélie du Saint-Père
    Cathédrale Notre-Dame de Paris, Paris 4è
    Prêtres, diacres, consacrés
    Sur invitation · retransmis
     
    Ouverture des portes à 17 h 30     Veillée des jeunes (17-35 ans)
    Discours du Saint-Père
    Stade de France, Saint-Denis
    Jeunes
    Gratuit · sur inscription
    Salut du Saint-Père
    Discours du Saint-Père
    Institut catholique de Paris
    Sur invitation · retransmis
    Homélie du Saint-Père
    Place de la Concorde et avenue des Champs-Élysées, Paris 8è
    Grand public
    Gratuit · inscription recommandée
    Aéroport de Tarbes-Lourdes-Pyrénées
    Grand public
    Gratuit
     
    Grotte des apparitions, sanctuaire Notre-Dame de Lourdes
    Grand public
    Gratuit
    Discours du Saint-Père
    Hémicycle Sainte-Bernadette du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes
     
    11h00     Messe dominicale
    Homélie du Saint-Père
     
    Angelus
    Prairie du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes
    Grand public
    Gratuit · inscription recommandée
    Dans le cadre de son voyage apostolique en France, le pape Léon XIV aura une rencontre privée avec des personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église. Les modalités précises de cette rencontre ne sont donc pas encore fixées.
    Discours du Saint-Père
    Accueil Notre-Dame, Lourdes
     
    Monastère du Carmel, Lourdes
     
    Discours du Saint-Père
    Prairie et Esplanade du Rosaire
    À Lourdes, tous les pèlerins sont invités à s’inscrire en groupe, quelle que soit sa taille. Chaque groupe désigne un responsable qui inscrit l’ensemble des participants en une seule fois. Vous indiquerez la composition du groupe, sa provenance, la date et l’heure d’arrivée prévues, ...
    Sanctuaire Notre Dame de Lourdes
    Gratuit · inscription recommandée

    Lundi 28 septembre

     
    Aéroport de Metz-Nancy-Lorraine
     
    Discours du Saint-Père
    Centre des congrès Robert Schuman
    Sur invitation · retransmis
     
    Discours du Saint-Père
    Centre des congrès Robert Schuman
    Sur invitation · retransmis
     
    Homélie du Saint-Père
    Cathédrale Saint-Étienne de Metz
    Grand public
    Gratuit · inscription recommandée
     
    Aéroport de Metz-Nancy-Lorraine
  • Peut-on être excommunié pour une publication sur les réseaux sociaux ? Réponse d’un canoniste

    IMPRIMER

    De Solène Tadié sur le NCR :

    Peut-on être excommunié pour une publication sur les réseaux sociaux ? Réponse d’un canoniste

    Face au flot de réactions en ligne suite au retour au schisme de la FSSPX, le père Cédric Burgun, éminent canoniste, expose les limites de la liberté d'expression des fidèles sur Internet.

    Un partage, un commentaire, un soutien public à une cause controversée : sur les réseaux sociaux, les catholiques peuvent aujourd’hui prendre position d’un simple clic. Il y a une génération, exprimer une opinion publique nécessitait l’intervention d’un intermédiaire officiel – éditeur, journaliste ou évêque – à moins d’avoir le courage de s’adresser directement à l’assemblée. Le droit canonique a été rédigé pour cette époque révolue. Le Code de 1983, qui demeure le texte juridique de référence de l’Église, a été rédigé des décennies avant l’avènement des réseaux sociaux et n’a jamais été révisé pour en tenir compte.

    Cependant, les conséquences concrètes de ce silence juridique ne sont pas purement théoriques. Elles sont devenues particulièrement pertinentes lorsque la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) est revenue à ce que le Vatican considère comme un schisme ouvert, suscitant des réactions en ligne de tous bords liturgiques et idéologiques. 

    Au mépris d'un appel personnel du pape Léon XIV et sans l'approbation de Rome, la Fraternité Saint-Pie-X a fait consacrer quatre de ses prêtres évêques le 1er juillet 2026, un acte entraînant l'excommunication automatique selon le droit canonique. Le décret du Vatican, publié le lendemain, a non seulement déclaré l'excommunication des évêques directement concernés, mais a également stipulé que les fidèles laïcs qui « adhèrent formellement » à la Fraternité Saint-Pie-X sont excommuniés, tout en mettant en garde le clergé et les autres fidèles contre toute « adhésion » au schisme. 

    C’est précisément cette limite que certains sympathisants pourraient être amenés à tester en ligne. Un message ou un retweet peut-il être considéré comme schismatique et entraîner l’auto-excommunication ? Le droit canonique établit-il une frontière entre la liberté d’expression légitime et un acte suffisamment grave pour rompre la communion avec Rome ? 

    Selon le père Cédric Burgun, doyen de la faculté de droit canonique de l'Institut catholique de Paris, il est vrai qu'il n'existe pas de cadre canonique pour les médias sociaux, mais cela ne laisse pas les fidèles dans un vide juridique complet — cela leur demande simplement d'appliquer des principes établis de longue date à une sphère publique qui a pris de nouvelles dimensions. 

    Ce qui importe d'un point de vue canonique, a-t-il déclaré, c'est le caractère public de la déclaration, et non le support sur lequel elle est diffusée. « Tout acte schismatique ou hérétique commis par la parole constitue une déclaration publique, d'une manière ou d'une autre », a-t-il affirmé, « qu'elle soit écrite dans un journal, diffusée à la télévision ou publiée sur Internet. »

    Autrement dit, une publication en ligne a exactement la même valeur juridique qu'une déclaration télévisée ou un communiqué de presse. Si son contenu est objectivement schismatique, le support utilisé n'en modifie pas l'interprétation par la loi. Ce qui a surtout changé, c'est le nombre de personnes désormais soumises à cette loi. 

    Il y a quarante ans, avant qu'une déclaration puisse être diffusée au public, elle devait généralement passer par une forme de validation institutionnelle, comme la publication dans un journal ou une apparition à la télévision. « Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, il est clair que chacun dispose de sa propre tribune », a déclaré le père Burgun. 

    Si un commentaire public peut être considéré comme un acte schismatique ou hérétique, s'ensuit-il que quelqu'un puisse être excommunié sur-le-champ pour une chose aussi simple qu'une publication sur les réseaux sociaux ? 

    Problème canonique vs. Automatique

    Bien que les déclarations en ligne à caractère ouvertement schismatique ne soient pas canoniquement inoffensives, elles ne constituent pas un motif d'excommunication automatique, cette sanction étant réservée à des cas spécifiques.

    Le droit canonique définit le « schisme » comme une rupture objective avec le gouvernement du pape ou avec les membres de l'Église qui lui sont soumis. Cette rupture avec l'autorité de l'Église, comme l'a souligné le père Burgun, ne se limite pas au pape, mais s'étend aux évêques et aux autres autorités ecclésiastiques chargées de l'administration de l'Église.

    Défendre publiquement un groupe ou une cause n'est pas, en soi, schismatique. « La défense ne devient problématique sur le plan canonique que si elle constitue, en substance, un acte schismatique », a déclaré le père Burgun — par exemple, une déclaration en ligne rejetant objectivement l'autorité du pape.

    Cependant, contrairement à l'excommunication automatique ( latae sententiae ) qui s'applique à un évêque consacrant un autre évêque sans mandat papal, les définitions du schisme et de l'hérésie en droit canonique n'entraînent pas de sanction automatique. « Pour qu'il y ait sanction pour schisme ou hérésie », a-t-il expliqué, « il faut une procédure permettant de les établir » avant toute excommunication.

    La distinction était évidente tant après les consécrations illicites de 1988 par l'archevêque Marcel Lefebvre, fondateur de la FSSPX, qu'après les consécrations de la FSSPX cet été : alors que dans les deux cas les évêques ont encouru l'excommunication automatique en vertu du canon régissant les consécrations épiscopales illicites, toute sanction pour les partisans a nécessité une évaluation distincte en vertu du droit canonique sur le schisme.

    Même cette deuxième étape comporte une mise en garde, a souligné le père Burgun : le Saint-Siège a clairement indiqué qu’une sanction pour les fidèles laïcs « ne peut être présumée automatiquement, mais doit être évaluée au cas par cas ». L’adhésion formelle, a-t-il expliqué, requiert généralement un engagement juridique : l’adhésion écrite ou verbale à la FSSPX, la participation exclusive à ses liturgies, ou le refus des sacrements lors d’une messe célébrée au sein de l’Église catholique pour des raisons liées à l’adhésion à la FSSPX, entre autres comportements similaires. 

    Cette même logique s'applique aux publications en ligne. Un commentaire qui va au-delà de l'expression de la sympathie — incitant explicitement à assister à une messe de la FSSPX plutôt qu'à une messe célébrée selon la forme ordinaire, par exemple — pourrait être pris en compte dans cette évaluation individuelle, a déclaré le père Burgun, dans la mesure où il encourage une conduite que l'Église considère comme problématique.

    Par conséquent, même une publication à connotation schismatique n'entraîne pas automatiquement l'excommunication. Le schisme et l'hérésie n'étant pas des infractions passibles de sanctions automatiques, toute sanction requiert une procédure canonique établissant que les conditions légales sont remplies, que la déclaration ait été publiée en ligne, dans un journal ou ailleurs.

    Le canon 1329, qui étend la responsabilité aux complices dans des circonstances limitées, ne s'appliquera probablement pas aux sympathisants en ligne de la FSSPX, a déclaré le père Burgun, car une consécration épiscopale ne dépend pas de la participation d'un public en ligne.

    Le canoniste a tenu à souligner que les mêmes principes canoniques s'appliquent quelle que soit l'orientation théologique ou liturgique, a insisté le père Burgun. Les catholiques qui rejettent publiquement l'autorité ecclésiastique dans une perspective progressiste seraient, en principe, soumis au même cadre juridique.

    Le statut de l'auteur change cependant la donne. Les prêtres et les religieux ont une obligation accrue de préserver la communion ecclésiale et de donner l'exemple, a déclaré le père Burgun, en raison de leur état de vie et de leur formation ; de ce fait, les propos tenus en ligne par un membre du clergé sont soumis à des exigences plus strictes que ceux d'un laïc. Les laïcs, a-t-il souligné, « bénéficient d'une plus grande indulgence » quant à leur ignorance de la loi que les membres du clergé.

    Liberté au sein de la communion

    Cela soulève inévitablement la question de la liberté d'expression des fidèles eux-mêmes. Le père Burgun a fait référence au canon 205, qui définit la pleine communion avec l'Église comme incluant la communion dans la gouvernance autant que dans la foi, mais qui est suivi, au canon 212, du droit — « voire du devoir » — des fidèles d'exprimer leurs opinions sur les questions ecclésiales « dans le respect de leurs pasteurs ». 

    « L’Église n’est pas », a-t-il déclaré, « une démocratie où chacun dit ce qu’il veut, quand il le veut. » Il a reconnu qu’il existe « une certaine liberté d’expression » au sein de l’Église, mais une liberté qui ne s’écarte jamais du bien commun et du souci de l’unité. 

    Quelles que soient les nuances juridiques qui pourront finalement être admises, le père Burgun a suggéré que la véritable crise qui se déroule actuellement sur les réseaux sociaux catholiques est peut-être moins canonique que spirituelle. À cet égard, il a cité la maxime attribuée à saint Augustin : « in necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas » – « dans l’essentiel, l’unité ; dans le doute, la liberté ; en toutes choses, la charité ». 

    « Nombre de réactions », a-t-il déclaré, « manquent de charité et d’unité envers une communion ecclésiale qui a déjà été suffisamment blessée au cours des siècles. » 

    Il a ajouté : « Les réseaux sociaux ne devraient pas aggraver des blessures qui mettent du temps à cicatriser. » 

  • Sainte Julienne de Cornillon, promotrice du culte eucharistique (7 août)

    IMPRIMER

    sainte-julienne-du-mont-cornillon.jpgDe BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 17 novembre  2010 (source) :

    Sainte Julienne de Cornillon

    Chers frères et chères sœurs,

    Ce matin également, je voudrais vous présenter une figure féminine, peu connue, à laquelle l’Eglise doit toutefois une grande reconnaissance, non seulement en raison de sa sainteté de vie, mais également parce qu’à travers sa grande ferveur, elle a contribué à l’institution de l’une des solennités liturgiques les plus importantes de l’année, celle du Corpus Domini. Il s’agit de sainte Julienne de Cornillon, également connue sous le nom de sainte Julienne de Liège. Nous possédons quelques informations sur sa vie, en particulier à travers une biographie, probablement écrite par un ecclésiastique qui lui était contemporain, dans laquelle sont recueillis divers témoignages de personnes qui eurent une connaissance directe de la sainte.

    Julienne naquit entre 1191 et 1192 près de Liège, en Belgique. Il est important de souligner ce lieu, car à cette époque, le diocèse de Liège était, pour ainsi dire, un véritable «cénacle» eucharistique. Avant Julienne, d’éminents théologiens y avaient illustré la valeur suprême du sacrement de l’Eucharistie et, toujours à Liège, il existait des groupes féminins généreusement consacrés au culte eucharistique et à la communion fervente. Guidées par des prêtres exemplaires, elles vivaient ensemble, se consacrant à la prière et aux œuvres de charité.

    Devenue orpheline à l’âge de 5 ans, Julienne, avec sa sœur Agnès, fut confiée aux soins des sœurs augustiniennes du couvent-léproserie du Mont-Cornillon. Elle fut éduquée surtout par une religieuse prénommée Sapience, qui suivit sa maturation spirituelle, jusqu’à ce que Julienne elle-même reçoive l’habit religieux et devienne elle aussi moniale augustinienne. Elle acquit une culture considérable, au point de lire les œuvres des Pères de l’Eglise en latin, en particulier saint Augustin, et saint Bernard. Outre sa vive intelligence, Julienne faisait preuve, dès le début, d’une propension particulière pour la contemplation; elle possédait un sens profond de la présence du Christ, dont elle faisait l’expérience en vivant de façon particulièrement intense le sacrement de l’Eucharistie et s’arrêtant souvent pour méditer sur les paroles de Jésus: «Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde» (Mt 28, 20).

    A l’âge de seize ans, elle eut une première vision, qui se répéta ensuite plusieurs fois dans ses adorations eucharistiques. La vision présentait la lune dans toute sa splendeur, dont le diamètre était traversé par une bande noire. Le Seigneur lui fit comprendre la signification de ce qui lui était apparu. La lune symbolisait la vie de l’Eglise sur terre, la ligne opaque représentait en revanche l’absence d’une fête liturgique, pour l’institution de laquelle il était demandé à Julienne de se prodiguer de façon efficace: c’est-à-dire une fête dans laquelle les croyants pouvaient adorer l’Eucharistie pour faire croître leur foi, avancer dans la pratique des vertus et réparer les offenses au Très Saint Sacrement.

    Lire la suite

  • "Chers jeunes : aujourd’hui, l’Europe et le monde entier cherchent en vous de nouveaux saints" (Léon XIV à Assise))

    IMPRIMER

    VISITE PASTORALE DU PAPE LÉON XIV
    À SANTA MARIA DEGLI ANGELI – ASSISE

    MESSE AVEC LES JEUNES PARTICIPANT AU « GO! FRANCISAN YOUTH MEETING 2026 »

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Basilique papale Sainte-Marie-des-Anges à la Portiuncule (Assise)
    Transfiguration du Seigneur - Jeudi 6 août 2026

    _____________________________

    Chers frères et sœurs,

    très chers jeunes !

    La fête de la Transfiguration, que nous célébrons aujourd’hui, est un mystère de lumière qui nous aide à approfondir notre rencontre, si joyeuse, mais aussi pleine d’interrogations sur le présent et l’avenir. Nous trouvons dans le récit évangélique le contraste entre la lumière et l’ombre, le silence et les paroles, l’émerveillement et l’incompréhension. Nous sommes à Assise, une ville vers laquelle affluent depuis des siècles de nombreux pèlerins – nous aussi aujourd’hui – car ici, tout murmure que notre vie peut changer de forme, laisser jaillir la lumière, réparer le monde. C’est ici qu’a commencé la transfiguration de François, de Claire, puis de milliers d’autres jeunes : ils ont accueilli l’Évangile sine glossa – nous dirions : sans concession – et la vie de Jésus a recommencé en eux.

    Nous sommes ici pour comprendre où mène l’histoire et où nous allons nous-mêmes. Dans l’Évangile, nous voyons qu’il est possible de trouver un sens, d’entrevoir un chemin. Comme Pierre, Jacques et Jean, nous sommes un peu mis à l’écart et Jésus est avec nous. C’est cela qui compte : sa présence. Sur la montagne, les apôtres contemplent Jésus qui se tourne vers son propre avenir. Sur ce point, il y avait eu un malentendu entre eux. Six jours auparavant, Pierre avait reproché au Maître de parler ouvertement de la croix (cf. Mt 16, 21-26) : il s’attendait à la gloire pour le Messie, et peut-être aussi pour lui-même, sans tenir compte des résistances et des risques, mais surtout sans se demander ce qu’est la gloire. À présent, dans la Transfiguration de Jésus, c’est Dieu lui-même qui se révèle dans sa gloire, qui prend l’aspect d’une nuée qui protège et qui enveloppe. Il désigne le Fils, Il invite à l’écouter. C’est en le suivant ensemble que l’on découvre le chemin de la vie. Sa beauté revêt un aspect nouveau, une intensité sans précédent, à tel point que Pierre voudrait arrêter le temps et prolonger cette vision. Généreusement, il propose de construire trois tentes, afin que se poursuive la conversation entre Jésus, Moïse et Élie. Or, c’est dans cette conversation qu’il faut entrer. On ne peut pas se contenter d’en être de simples spectateurs. Nous sommes en effet appelés à lire les Écritures avec le Maître, à interpréter notre époque et à prendre des décisions, en suivant son chemin. Nous sommes ici pour vaincre la résignation et la peur, pour dissiper les doutes qui nous retiennent, nous aussi, comme ils retenaient les apôtres. Jésus nous appelle à dialoguer avec son histoire, pour écrire de nouvelles pages d’histoire.

    Alors que nous entendons dire que « son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mt 17, 2), nous pensons au matin de Pâques, lorsqu’un ange du Seigneur roula la pierre qui fermait le sépulcre et annonça la résurrection. « Son aspect était comme un éclair et son vêtement blanc comme la neige » (Mt 28, 3). C’est la lumière d’un nouveau jour, vers lequel nous sommes tournés, alors qu’autour de nous, et parfois en nous, règnent encore les ténèbres. Nous en voyons l’aurore dans les saints canonisés, comme saint François et sainte Claire, et dans une myriade de frères et sœurs qui répondent au mal par le bien. Nous ne sommes pas seuls ! Ces derniers jours, vous en avez fait l’expérience : vous vous êtes rencontrés et écoutés, passant du brouhaha des voix qui se superposent et s’opposent à l’art de la conversation. Aujourd’hui, nous contemplons Jésus qui est transfiguré précisément dans la conversation avec le Père, avec ceux qui l’ont précédé, Moïse et Élie, et avec ses contemporains, les disciples.

    L’Église existe pour nous entraîner dans cette dynamique d’écoute et de décision, où l’on comprend pour qui vivre et comment vivre. C’est la communauté où l’on apprend à discerner la voix de Dieu, qui ne coïncide jamais simplement avec nos opinions, et à oser cette obéissance à l’Esprit Saint qui a rendu audacieux et créatifs tous ceux qui ont accepté de suivre Jésus : nous nous défigurons en nous séparant de Lui et des autres ; nous nous transfigurons, au contraire, dans les liens qui nourrissent et appellent à la vie. La spiritualité franciscaine, dans laquelle vous avez été formés, est l’une des plus soucieuses de restaurer les relations fondamentales avec Dieu et avec toutes ses créatures : une harmonie à préserver et à cultiver, aujourd’hui plus que jamais.

    En ce sens, au début de ma première Encyclique, j’ai écrit que « chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque : faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que “le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné”. Cette magnifique humanité devient en Jésus-Christ le Chemin, la Vérité et la Vie, ouvrant à chacun de nous la voie vers la plénitude » (Magnifica humanitas, n. 1).

    Chers amis, la raison pour laquelle saint François, huit cents ans après sa mort, continue de nous attirer réside dans la magnifique humanité qui l’a conduit à abandonner les voies déjà tracées, afin d’en ouvrir une nouvelle, plus conforme au chemin de Jésus. Même dans une ville, chrétienne depuis des siècles comme Assise, cela a semblé révolutionnaire. « Le choix de Claire fut encore plus impressionnant: une jeune fille qui voulait être comme François, qui voulait vivre, en femme, libre comme ces frères ! » (Audience jubilaire, 4 octobre 2025). C’est là l’énergie du christianisme, celle de ses débuts et de ses multiples renouveaux.

    Eh bien, chers jeunes : aujourd’hui, l’Europe et le monde entier cherchent en vous de nouveaux saints : osez croire en la parole de l’Évangile, devenez des êtres humains dotés de la liberté de Jésus-Christ, embrassez la sœur pauvreté ! Le titre de votre rencontre – Go! – est une mission, un envoi sur des chemins dont nous n’avons pas de carte, car ils s’ouvrent en écoutant le cœur, en obéissant à l’Esprit, en suivant le Ressuscité là où il a voulu nous précéder. Go! Allez ! Ou mieux encore : allons-y ! Let’s go ! Aux marges, là où l’injustice et l’arrogance de quelques-uns bafouent la dignité et les rêves de beaucoup, de trop nombreux fils et filles de Dieu. Le Pape François, s’inspirant du Poverello d’Assise, nous a mis en garde contre la tentation « d’être des chrétiens qui se maintiennent à une prudente distance des plaies du Seigneur. Pourtant, Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres. Il attend que nous renoncions à chercher ces abris personnels ou communautaires qui nous permettent de nous garder distants du cœur des drames humains » (François, Evangelii gaudium, n. 270).

    Il est possible de ne pas être compris, même par ses proches, comme ce fut le cas pour saint François. Pourtant, se soustraire à la culture du pouvoir et abattre les murs qui séparent les êtres humains les uns des autres, ce n’est jamais trahir la famille, la cité, la tradition, mais les libérer de leurs fantasmes, des ennemis inventés par la peur et l’ignorance, de la violence avec laquelle on voudrait imposer son petit ordre à une réalité qui nous dépasse de toutes parts. Faire confiance à Dieu, c’est retrouver, comme François et Claire, un monde de frères et de sœurs à apprécier et à servir, et non à exploiter et à dominer. Non pas un monde à défendre, mais à embrasser.

    Consacrez-vous, chers jeunes, à la civilisation de l’amour, dont vous avez découvert les prémices dans de nombreux exemples de gratuité, et qui transfigure – à l’image du Christ – d’innombrables artisans de paix qui, aujourd’hui encore, s’engagent au service de la vie dans les contextes les plus tragiques de la mort. Unissez les meilleures énergies de votre magnifique humanité – les études, les compétences, le travail, les amitiés, l’amour, la prière – en concrétisant de différentes manières la vision de François. J’imagine que vous avez à cœur la prière qui lui est souvent attribuée, un texte du siècle dernier :

    Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix :
    là où règne la haine, que j’apporte l’amour,
    là où règne l’offense, que j’apporte le pardon,
    là où règne la discorde, que j’apporte l’union,
    là où règne l’erreur, que j’apporte la vérité,
    là où règne le doute, que j’apporte la foi,
    là où règne le désespoir, que j’apporte l’espoir,
    là où règnent les ténèbres, que j’apporte la lumière,
    là où règne la tristesse, que j’apporte la joie.

    Voilà « où » aller ! Va ! Mais voici surtout « comment » y aller :

    Seigneur, fais que je ne cherche pas tant
    à être consolé qu’à consoler,
    à être compris qu’à comprendre,
    à être aimé qu’à aimer
    Car c’est en donnant que l’on reçoit,
    c’est en s’oubliant soi-même que l’on se retrouve,
    c’est en pardonnant que l’on est pardonné,
    c’est en mourant que l’on ressuscite à la vie éternelle.

    Chers amis, puissent ces journées passées à Assise rester gravées dans votre mémoire et que votre retour chez vous, dans les différents pays d’Europe où vous vous rendrez, soit à l’image de la descente de Pierre, Jacques et Jean depuis la haute montagne de la Transfiguration. Un retour méditatif, ouvert sur l’avenir, engagé aux côtés de Jésus-Christ. Lui vous fait confiance, compte sur vous, reste toujours avec vous.

  • De plus en plus de cardinaux ne maîtrisent plus le langage de l'Église

    IMPRIMER

    D'InfoVaticana :

    Une Église sans langage : de plus en plus de cardinaux ne maîtrisent plus le langage de l'Église.

    Nous (Infovaticana) reproduisons ici, en raison de son intérêt, cet article de David Berger, initialement publié en allemand sur le blog Philosophia Perennis, dans lequel le théologien allemand s'interroge sur les conséquences d'un fait révélateur : selon une étude de Francesco Capozza, expert du Vatican, plus des deux tiers des cardinaux maîtrisent à peine le latin, langue officielle de l'Église.

    Plus des deux tiers des cardinaux maîtrisent à peine le latin. Ce qui, à première vue, semble n'être qu'une remarque marginale pour les philologues classiques pourrait en réalité révéler l'une des crises les plus profondes de l'Église catholique. Car quiconque perd la langue dans laquelle la foi, la liturgie et le droit canonique ont été formulés pendant des siècles finit par perdre l'accès direct à sa propre tradition.

    Francesco Capozza, expert italien du Vatican pour le journal Il Tempo, a conclu, après des mois de recherches, que plus de 65 % des cardinaux actuels ne possèdent pas une connaissance approfondie du latin. Ceux qui connaissent Capozza savent qu'il ne fait pas d'affirmations sensationnelles à la légère. Considéré depuis de nombreuses années comme l'un des observateurs du Vatican les mieux informés d'Italie, ses analyses se révèlent souvent justes. Son diagnostic met en lumière un problème qui couve au sein de l'Église depuis des décennies et dont les conséquences sont désormais difficiles à ignorer.

    Il ne s'agit nullement de nostalgie romantique pour un passé supposément glorieux, ni de la préférence de ceux qui affectionnent la liturgie classique. La question est bien plus fondamentale : une Église peut-elle préserver son unité lorsque ses plus hauts représentants ne maîtrisent plus la langue dans laquelle sa théologie, son droit canonique et ses enseignements ont été formulés pendant des siècles ?

    Une vérité immuable protégée par un langage immuable

    Le latin n'a jamais été une simple relique historique pour l'Église catholique. Il est, à proprement parler, sa langue officielle. Depuis près de deux mille ans, les textes législatifs pontificaux, le droit canonique et de nombreux documents magistériels sont promulgués en latin, dans leur forme contraignante. Et ce, à juste titre : une langue immuable préserve la précision des concepts théologiques mieux que toute langue véhiculaire moderne. Ses mots ne sont pas soumis aux bouleversements idéologiques et sociaux auxquels les langues vivantes sont constamment exposées. C'est précisément pour cette raison que le latin est particulièrement apte à exprimer les vérités avec précision et pérennité.

    Le pape Jean XXIII l'a formulé avec une remarquable clarté dans sa Constitution apostolique Veterum Sapientia . Le latin, disait-il, est une langue qui, par sa dignité, sa stabilité et son universalité, est particulièrement apte à rendre visible l'unité de l'Église. Elle appartient, pour ainsi dire, à l'essence même d'une Église universelle, car elle ne privilégie aucune nation et est également ouverte à tous les fidèles. Il est également remarquable que cette conviction n'ait nullement été remise en cause par le Concile Vatican II. Bien au contraire. Dans la constitution sur la liturgie, Sacrosanctum Concilium , il est expressément affirmé que l'usage du latin doit être préservé dans les rites latins. Parallèlement, le Concile a exigé que le clergé soit formé à bien comprendre les textes latins et à les utiliser à bon escient. Les Pères conciliaires n'ont donc pas entendu bannir le latin de la vie de l'Église. Ils partaient plutôt du principe que chaque prêtre et chaque évêque maîtriserait cette langue.

    L'accès direct aux sources de la foi est quasiment impossible.

    L’évolution de ces dernières décennies est d’autant plus étonnante. Dans de nombreux séminaires, le latin n’occupe plus qu’une place marginale. Nombre de candidats à la prêtrise ne découvrent cette langue que dans les cours d’introduction, sans jamais acquérir la capacité de lire les documents ecclésiastiques ou les Pères de l’Église dans leur langue originale. Il en résulte non seulement une lacune dans la formation classique, mais surtout la disparition d’un accès direct aux sources de la foi catholique.

    Car la théologie s'épanouit grâce à des concepts précis. Saint Thomas d'Aquin lui-même savait qu'un léger changement de perspective peut avoir des conséquences profondes sur la compréhension d'une doctrine. Des concepts tels que la grâce , la personne , la substance , la nature ou la charité ne peuvent être traduits qu'approximativement dans les langues modernes. Toute traduction comporte nécessairement une interprétation. C'est pourquoi l'Église a toujours rédigé ses textes sacrés dans une langue dont le sens demeure stable à travers les siècles.

    La pertinence de ce problème est apparue clairement avec la première encyclique du pape Léon XIV. Pour la première fois, un document magistériel d'une telle importance n'était pas publié à partir d'un texte latin original, mais paraissait directement en diverses versions dans les langues modernes. Si cela peut sembler pratique, cela soulève néanmoins des questions considérables. Peu après sa publication, des débats ont surgi autour de concepts centraux, par exemple lorsqu'il est question d'« humanité ». De quoi s'agit-il exactement ? Des espèces biologiques ? De la famille humaine ? De l'humanité entière ? Ou de la nature humaine commune sur laquelle repose le droit naturel ? Les différentes versions linguistiques suggèrent des interprétations différentes. Un texte latin original faisant autorité aurait, à tout le moins, fourni un point de référence herméneutique sans équivoque.

    Expression de la catholicité de l'Église

    À l’heure même où les concepts anthropologiques fondamentaux sont de plus en plus remis en question par les idéologies de genre, le transhumanisme et les progrès technologiques, la précision conceptuelle n’est pas une question académique secondaire. Elle est essentielle à la compréhension des déclarations de l’Église et de leurs conséquences. Le pape Benoît XVI a souligné à maintes reprises que l’Église ne peut préserver son identité qu’en entretenant vivante la mémoire de sa propre tradition. Dans son exhortation Sacramentum Caritatis, il a explicitement rappelé aux prêtres et aux fidèles qu’ils devaient également connaître les textes liturgiques les plus importants en latin. Pour Benoît XVI, le latin n’était pas une fin en soi, mais l’expression de la catholicité de l’Église, de son unité à travers le temps, les cultures et les nations.

    Une langue qui appartient à tous les catholiques

    Dans cette perspective, les propos de Capozza sonnent comme un avertissement. Une Église dont les plus hauts dignitaires ne maîtrisent plus leur langue officielle perd un instrument essentiel à sa compréhension théologique. Elle devient plus dépendante des traductions, des sphères linguistiques nationales, des différentes écoles théologiques et, finalement, des courants dominants de chaque époque. Or, le latin incarne précisément une liberté souvent négligée aujourd'hui. Contrairement à l'anglais, il n'est pas la langue d'une puissance politique ou économique mondiale. Il n'appartient à aucun peuple en particulier. Un évêque africain, asiatique, américain ou européen rencontre un autre évêque sur un même terrain linguistique. C'est pourquoi le latin n'a jamais été l'expression d'une supériorité culturelle, mais bien le lien même d'une Église universelle.

    Il est peut-être temps de relire l’avertissement de Jean XXIII. Il était convaincu que l’Église ne garantit pas son avenir en renonçant à ses traditions, mais en redécouvrant leur valeur pérenne. Cela vaut également pour son langage. Car quiconque perd le langage de l’Église perd bien plus que du vocabulaire et de la grammaire : il perd l’accès direct à un trésor spirituel qui a façonné la pensée occidentale pendant près de deux millénaires. Et une Église qui ne connaît ses sources que de seconde main risque un jour d’être incapable de faire entendre sa propre voix, inimitable.

  • L’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le « souffle » de la vie de l’Église (Catéchèse de Léon XIV)

    IMPRIMER

    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Basilique Saint-Pierre
    Mercredi 5 août 2026

    ________________

    Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II III. La Constitution dogmatique Sacrosantum Concilium 5. La prière de l'Église

    Frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum Concilium (SC). Aujourd’hui, nous nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.

    Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte, l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité. « Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait » (Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).

    À notre époque, dans des contextes dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.

    La Constitution Sacrosanctum Concilium a pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique Saint-Pierre, 4 décembre 1963).

    Dans la Constitution, en effet, le terme « la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).

    C’est pourquoi saint Paul VI désirait ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément, ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis canticum).

    Pour que ce désir se réalise, la Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le chemin et l’école de la prière chrétienne.

    Chaque semaine et chaque jour, l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ « s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. » (SC, 83) ; ainsi, jour après jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.

    Saint Augustin affirme : « Lorsque nous parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXVPL 37, 1081).

    Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne : le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.

  • Le pape Léon XIV entretient-il une « zone grise » concernant la messe tridentine ?

    IMPRIMER

    D'Edgar Beltrán sur le Pillar :

    Le pape Léon XIV entretient-il une « zone grise » concernant la messe tridentine ?

    Mais plus d'un mois après, cette action papale attendue ne s'est toujours pas produite.

    Ces mesures ont renforcé, dans certains milieux, l'espoir que le pape ait l'intention de répondre au mécontentement persistant concernant la politique liturgique de François, en proposant une solution favorable aux catholiques qui préfèrent les rubriques liturgiques plus anciennes.

    La semaine dernière, cependant, le préfet du Dicastère pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a déclaré dans une interview que le pape Léon XIV n'avait aucune intention de modifier les restrictions imposées par le pape François sur les textes liturgiques préconciliaires.

    Le pape a-t-il changé d'avis sur la messe tridentine ? Ou bien ces propos ne sont-ils que des paroles en l'air, destinées à meubler les longues semaines d'été romain ?

    Un examen attentif des choix de Léon à ce jour suggère qu'il pourrait exister une troisième interprétation : le pontife pourrait vouloir maintenir la situation liturgique dans une zone grise, en laissant les politiques intactes telles qu'elles sont écrites, tout en insistant sur la générosité et la magnanimité dans leur application.

    Lorsque le Vatican a excommunié le mois dernier six évêques de la Fraternité Saint-Pie-X — et a averti que des prêtres, voire certains laïcs assistant à leurs liturgies, pourraient également être excommuniés —, de nombreux observateurs ont spéculé que le pape ferait bientôt un geste formel envers les communautés traditionalistes souhaitant rester en communion avec Rome, certains évoquant même la possibilité de créer un successeur à la commission Ecclesia Dei , qui était autrefois chargée de superviser les communautés traditionalistes, jusqu'à sa suppression en 2019.

    Mais plus d'un mois après, rien de concret ne s'est encore produit.

    Par ailleurs, le 29 juillet, le cardinal Roche, préfet du Dicastère pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements, a semblé exclure toute libéralisation des restrictions liturgiques de l'ère François.

    Le cardinal anglais a déclaré dans une interview accordée à The Tablet que « le pape Léon ne va pas changer Traditionis custodes , et il ne reviendra pas à Summorum pontificum ».

    « La nourriture abondante des Écritures qui nous est désormais offerte par la célébration de la messe et des sacrements est quelque chose qui n'était pas accessible auparavant, mais qui l'est maintenant », a-t-il déclaré.

    Le cardinal a également ajouté que si la messe tridentine souligne que le prêtre agit au nom de la congrégation, l'accent est différent dans le Novus ordo .

    « En fait, lorsque la messe est célébrée, puisque les baptisés sont un peuple sacerdotal, ils célèbrent eux aussi avec le prêtre. »

    Les propos sans détour de Roche reflétaient-ils réellement les opinions du pape ? Ce n’est pas tout à fait clair.

    Certains observateurs ont avancé que Roche s'est senti libre de faire ces commentaires parce qu'à 76 ans, il est, du moins en théorie, sur le point de prendre sa retraite et qu'il se sent à l'aise de dire ce qu'il pense, ce qui peut refléter ou non la pensée privée du pape.

    Cependant, des sources proches du dicastère ont indiqué à The Pillar que le pape Léon XIV respecte Roche, notamment pour sa gestion des controverses liturgiques avec la Conférence des évêques allemands , et qu'il est au moins plausible que les remarques du cardinal soient issues d'une perspective éclairée sur la question.

    Néanmoins, les actions de Léon au cours de l'année écoulée ont montré une volonté d'adopter une position plus cordiale envers ceux qui ont une affinité pour la messe traditionnelle en latin, sans pour autant suggérer qu'une abrogation de Traditiones custodes est imminente.

    Par exemple, en novembre, The Pillar a rapporté que l'archevêque Miguel Maury Buendia s'était adressé à l'assemblée plénière de la Conférence des évêques catholiques d'Angleterre et du Pays de Galles, informant les évêques que le Vatican se montrerait « généreux » lorsqu'on lui demanderait de déroger aux restrictions imposées à la liturgie traditionnelle.

    Ces dispenses sont devenues courantes dans plusieurs diocèses américains, certains allant même jusqu'à augmenter le nombre de messes tridentines proposées.

    Et en mars, le cardinal Pietro Parolin a envoyé une lettre à la Conférence des évêques de France avant leur assemblée plénière, appelant à « l’inclusion généreuse de ceux qui sont sincèrement attachés au vetus ordo , conformément aux directives établies par le Concile Vatican II concernant la liturgie ».

    Plusieurs hauts responsables du Vatican, membres du cercle restreint des conseillers de Léon XIV, ont déclaré au journal The Pillar que l'assouplissement informel et progressif de l'application du principe Traditionis custodes par Léon XIV ne s'arrêtera pas.

    « Ce n’est pas une question liturgique, mais une question de communion. Si l’on est en communion avec l’Église, il faut faire preuve de souplesse et s’adapter aux différents charismes et styles, y compris aux plus traditionnels, et je crois que c’est la tendance actuelle », a déclaré un responsable au journal The Pillar.

    Par ailleurs, les organisateurs du pèlerinage traditionaliste Summorum Pontificum ont indiqué au journal The Pillar qu'ils avaient demandé l'autorisation de célébrer une messe tridentine à la basilique Saint-Pierre cette année, mais qu'ils n'avaient pas encore reçu de réponse.

    L'un des gestes concrets de Léon envers les communautés traditionalistes l'an dernier a été d'autoriser la célébration d'une messe traditionnelle en latin (TLM) pendant le pèlerinage à la basilique Saint-Pierre, après que cela n'ait pas été autorisé en 2023 et 2024.

    Selon une source, les organisateurs du pèlerinage ont l'intention de reposer la question après l'été.

    « Le problème, c'est que dans l'entourage proche du pape, on a constaté que la messe aidait beaucoup de gens, mais qu'elle était aussi utilisée à des fins de propagande, et cela ne leur plaisait pas », a déclaré la source.

    Si le pape Léon XIV refuse d'autoriser le pèlerinage pour célébrer la messe tridentine à Saint-Pierre, cela pourrait être perçu par de nombreux observateurs comme un signe qu'il est devenu réfractaire à l'idée d'abroger, de réformer ou même d'assouplir l'application de Traditiones custodes .

    Toutefois, il est également possible que l'absence de réponse soit liée au personnel de la basilique.

    On spécule de plus en plus sur le remplacement prochain du cardinal Mauro Gambetti, archiprêtre de la basilique Saint-Pierre. Selon des rumeurs à Rome, son successeur pourrait être le cardinal Pietro Parolin, le cardinal Rolandas Makrickas ou l'évêque Guido Marini , tous réputés plus favorables à la messe tridentine que Gambetti.

    Il est possible qu'un changement prochain d'archiprêtre retarde la réponse concernant la célébration d'une messe tridentine dans la basilique.

    Par conséquent, le silence ne doit pas être interprété comme un rejet — du moins pas encore.

    Plusieurs sources vaticanes ont indiqué au journal The Pillar que la décision d'autoriser la messe l'année dernière avait été prise après que le cardinal Raymond Leo Burke ait demandé au pape, lors d'une audience le 22 août, d'autoriser la célébration de la messe en ce lieu.

    Alors que les questions continuent de fuser concernant l'avenir de Traditionis custodes, le pape Léon XIV n'a donné aucune indication qu'une solution formelle et stable soit imminente.

    Plusieurs cardinaux et responsables de la Curie – y compris ceux considérés comme favorables et hostiles à la messe tridentine – consultés par The Pillar ces derniers mois ont déclaré ne pas s'attendre à une solution dans un avenir proche, du moins pas cette année.

    Un responsable du Vatican a déclaré au journal The Pillar en avril que, lors d'une rencontre en 2025, Léon XIV avait reconnu ne pas bien connaître les communautés traditionalistes ni la liturgie traditionnelle. Selon ce responsable, la principale préoccupation du pape n'était pas la liturgie elle-même, mais plutôt de savoir si les membres de ces communautés acceptaient le concile Vatican II.

    Le pape a accepté une proposition de rencontrer des cardinaux, des évêques et d'autres personnes proches des communautés traditionnelles afin de recueillir des informations de première main auprès d'eux.

    Cela a apparemment conduit à des rencontres avec des personnalités capables d'offrir au pape des perspectives sur la question : le cardinal Raymond Leo Burke, le cardinal Robert Sarah, l'évêque Athanasius Schneider, le père John Berg, supérieur général de la Fraternité de Saint-Pierre, et les chercheurs Stephen Bullivant et Stephen Craney, qui s'apprêtent à publier un ouvrage sur les communautés traditionnelles aux États-Unis.

    Ainsi, même si Roche a peut-être raison de dire que le pape Léon n'a pas l'intention de revenir à Summorum pontificum ni de modifier formellement Traditionis custodes , cela ne change pas nécessairement quoi que ce soit à l'approche de Léon concernant la messe tridentine et les attentes qui l'entourent.

    Dans le même temps, alors que beaucoup s'attendaient à ce que les consécrations illicites de la FSSPX fassent évoluer les restrictions sur les célébrations de la messe traditionnelle en communion avec Rome, cet espoir ne s'est pas encore concrétisé.

    Le pape, semble-t-il, préfère pour l'instant maintenir la situation dans une zone grise – une zone dans laquelle il n'est pas enclin à modifier immédiatement la loi, mais continuera d'encourager progressivement les évêques, par l'intermédiaire des fonctionnaires de la curie et des diplomates pontificaux, à adopter des applications plus généreuses de la loi de l'ère François.

  • « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? »

    IMPRIMER

    De Matteo Matzuzzi sur Il Foglio :

    Un monde où Dieu n’a plus d’importance

    Dans la solitude dramatique de l’Occident sécularisé, on s’est bercé de l’illusion de pouvoir s’en passer. Mais le caractère limité de la vie pose toujours la question du sens, à laquelle il est impossible d’échapper. Entretien avec le cardinal Robert Sarah

    1er août 2026

    Sur la couverture de son dernier ouvrage paru en France, sous le titre 2050, figure une question : « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? ». La question que pose le cardinal Robert Sarah est dramatique ; elle devrait empêcher de dormir les évêques du monde entier, bien plus que les réunions et les discussions autour des tables synodales sur le trafic de drogue et la délinquance juvénile. Et pourtant, il semble que le sujet soit tabou : on continue comme si de rien n’était, on élabore des plans diocésains et on prépare des campagnes pour atteindre les plus éloignés. Avec des résultats, en général, maigres. « Ce qui figure en couverture est justement une question, pas une affirmation, ni un vœu », explique Sarah dans cet entretien accordé au Foglio : « Il est certain que l’Église, du moins en Occident, traverse une période de grandes difficultés, voire de confusion, tant sur le plan doctrinal que sur les plans moral et disciplinaire. L’imbrication entre culture et foi n’est jamais sans importance ; au contraire, elle conditionne souvent de manière déterminante la transmission de la foi. Je pense qu’il ne fait aucun doute qu’on ne peut plus confier à la culture la transmission de la foi ; celle-ci ne peut être transmise aux nouvelles générations que par des expériences et des témoignages significatifs, qui placent au centre la prière, le silence, une liturgie bien célébrée, une fidélité fondamentale à l’Évangile et, par conséquent, une humanité renouvelée, ainsi qu’une manière plus humaine de vivre les relations. Ce sont là les communautés auxquelles Benoît XVI faisait référence, et dont nous voyons déjà poindre l’aube. L’Église, au fil des siècles, a traversé bien des tempêtes, mais nous ne devons jamais oublier qu’elle est divine, et qu’elle ne disparaîtra donc jamais. Oui, l’Église sera toujours un phare, car elle est le Corps mystique du Christ, et le Christ est la Lumière. »

    Et pourtant, comme l’indique clairement l’ouvrage, le discours dominant s’est concentré exclusivement sur d’autres questions : du changement climatique à l’écologie, des migrations au dialogue culturel. Des thèmes sur lesquels il n’y a pas de critique a priori : le cardinal lui-même les qualifie d’importants. Le problème, comme le souligne l’ouvrage, survient lorsque ces questions relèguent au second plan la place centrale de Dieu. Mais pourquoi cela s’est-il produit ? Pourquoi entend-on de plus en plus souvent, dans les homélies, parler d’urgence climatique plutôt que des thèmes profonds de notre foi ? « D’une part, comme je le disais, la culture dominante a imprégné même les milieux ecclésiaux, et même les prédicateurs ne sont pas à l’abri de cette influence. D’autre part, il peut y avoir la tentation de vouloir à tout prix plaire, d’être acceptable aux yeux de l’auditoire, et donc de céder à ces sujets qui font recette parce qu’ils sont plus à la mode. Il en résulte une prédication banale, totalement hors de propos, qui ne répond pas aux désirs profonds de l’homme. L’homme, y compris l’homme contemporain, a absolument besoin de Dieu, d’entendre parler de l’Évangile, de la vie éternelle, de la spiritualité. Il n’est jamais licite de réduire l’Évangile à des thèmes sociaux et horizontaux, aussi pertinents soient-ils, car cela revient à trahir la volonté même du Christ, qui nous a envoyés prêcher le salut éternel, et non la rédemption sociale. »

    Ce que dit le cardinal Sarah, et ce n’est pas nouveau, est évident en Occident et – pour restreindre encore davantage le champ – en Europe. Lorsqu’on s’entretient avec un évêque ou un prêtre du Vieux Continent, des pays qui en constituent le cœur, on perçoit que le problème n’est plus l’athéisme, qui supposait tout de même un débat – plus ou moins approfondi – sur l’existence de Dieu. Non, la question est désormais tout autre : Dieu n’est pas une évidence. On ne se pose plus la question de sa présence dans la vie de chacun et dans la société. Selon le cardinal Sarah, qui a publié en 2024 Dieu existe-t-il ? (Cantagalli), « on peut constater qu’en Occident, d’un point de vue culturel, beaucoup vivent comme si Dieu n’existait pas. Dieu n’est plus au centre des préoccupations des gens, nous n’en avons pas besoin. Le thème de Dieu est devenu sans importance, même si le thème religieux, lui, ne l’est pas, car l’homme est naturellement religieux, et le sens religieux humain fait partie de la structure anthropologique de l’homme et revêt de toute façon une importance universelle. Probablement, en Occident, prévaut une idée déformée de Dieu, qui entre en conflit avec la liberté entendue comme autonomie radicale. L’illusion de la domination par la technoscience favorise cette position de l’homme vis-à-vis de la création et du Créateur. Mais c’est une illusion, car le caractère limité de la vie pose toujours le problème du sens, auquel il est impossible d’échapper. Il faut avoir le courage de proposer avec force le Christ comme seule source permettant de connaître véritablement l’homme, sa destinée, son sens profond. Et cela notamment à travers des expériences de foi communautaires, qui permettent aux personnes de se sentir appartenir à une réalité commune, surmontant ainsi la solitude dramatique de l’Occident sécularisé. La question reste, aujourd’hui comme toujours, anthropologique : qui est l’homme, quel est le sens de sa vie, quelles relations comblent véritablement son besoin profond d’amour ? Cet amour qui est Dieu lui-même.

    On oppose souvent à la torpeur de l’Europe sécularisée – même s’il existe des îlots de bonheur, comme la Norvège de Mgr Erik Varden, ou le nombre record de baptêmes en France – la vivacité de l’Église en Afrique. Mais n’y a-t-il pas un risque de mettre trop l’accent sur cette grande expression de la foi africaine sans tenir compte des dangers d’une foi « jeune », comme le soulignait déjà Benoît XVI il y a de nombreuses années ? Le pape Ratzinger parlait de l’Afrique comme d’un « immense poumon spirituel », mais il ajoutait que les poumons peuvent tomber malades. « Certes – répond le cardinal Robert Sarah, Guinéen –, l’Afrique est un poumon spirituel ; mieux encore, comme le disait le pape Paul VI : nova patria Christi, la nouvelle patrie du Christ, c’est l’Afrique. On peut le dire à la fois, bien sûr, sur le plan démographique, et parce que le christianisme est en expansion constante. Mais, comme toutes les réalités jeunes, elle est fragile, elle a besoin de soutien, et l’Europe, forte de sa longue expérience théologique, liturgique et monastique, dans ce qu’elle a de meilleur – sur le plan culturel, de la foi et à travers ses plusieurs siècles d’histoire –, peut encore offrir ce soutien. Parfois, les prêtres africains qui viennent étudier en Europe ne saisissent pas toute la grandeur et la force de la foi chrétienne bimillénaire, car l’Europe aussi est fragile, distraite, incapable de transmettre sa propre identité profonde. « Je pense qu’il peut y avoir une réciprocité entre l’Afrique et l’Europe : l’Afrique, avec son apport d’une foi jeune, fraîche, enthousiaste, ouverte au martyre, et l’Europe, avec sa force bimillénaire de sainteté et de doctrine. Un équilibre difficile, mais pas impossible. »

    Et quand on parle de l’Afrique, on ne peut s’empêcher d’évoquer la persécution des chrétiens, même si ce sujet ne passionne guère ceux qui organisent les débats télévisés sous nos latitudes. Le pape François disait que les persécutés étaient « plus nombreux aujourd’hui qu’aux premiers siècles de l’Église ». Souvent, en revanche, on a tendance à dire qu’il n’y a pas de persécution, mais qu’il s’agit seulement d’affrontements pour le contrôle des ressources naturelles. Et, si l’on se tourne vers l’Orient, la situation n’est pas meilleure en Chine. « Le drame de la persécution n’est pas fortuit dans le christianisme, mais il fait partie intégrante de l’identité chrétienne elle-même. Le Christ lui-même a été persécuté et est mort sur la croix pour nous ; on pourrait donc dire que la dimension du martyre est essentielle au christianisme ; il n’y a pas de christianisme sans martyre. Si, dans certaines parties du monde, pendant un certain temps, on ne fait pas l’expérience de la persécution, le risque est que la foi devienne tiède, nonchalante, incapable d’un véritable témoignage. Cela étant dit, il est tout à fait évident que l’information est sélective : surtout lorsque la persécution a lieu dans des pays en développement, la valeur de ces vies n’est absolument pas prise en compte, et souvent, les médias occidentaux ignorent complètement le phénomène. Je pense que l’Europe a terriblement peur de reconnaître qu’une persécution antichrétienne, et souvent, plus généralement, antireligieuse, est en cours. Mais la persécution est plus cruelle en Europe. La foi est marginalisée, les valeurs morales et chrétiennes sont combattues. L’Occident a tué Dieu, ou plutôt, il l’a méprisé, voire combattu ouvertement. L’admettre signifierait adopter des positions cohérentes, ce que l’Europe n’a probablement pas la force de faire. Pourtant, les chrétiens doivent être protégés, surtout là où ils sont minoritaires, comme toutes les minorités. La question de la Chine est très complexe, et il faut espérer que cet accord secret vise uniquement à favoriser l’évangélisation, et non à faire des compromis avec un gouvernement qui est, de fait, intrinsèquement antireligieux. »

    L’accord avec la Chine est l’un des points marquants du pontificat de François qui, quelle que soit la manière dont on le considère et l’évalue, a été source de divisions, y compris dans le débat « laïc ». Lors des congrégations générales qui ont précédé le conclave, la recherche de l’unité était évidente. Comment peut-on aider, dans cette œuvre, un pape comme Léon qui a fait de l’unité sa devise et son style de gouvernement ? « La première façon d’aider le pape est de le soutenir quotidiennement par nos prières, afin qu’il se laisse véritablement éclairer par le Saint-Esprit, sans suivre ses propres pensées ni se laisser influencer par un groupe de personnes, mais en écoutant ce que Dieu dit à son Église. Certes, le pape Léon, au cours de cette première année de pontificat, a fait preuve d’un grand équilibre, d’une grande capacité d’écoute et d’une volonté concrète d’apaiser même les tensions qui s’étaient créées. Sa prudence, son calme et sa sympathie humaine nous confortent dans l’idée qu’il est réellement possible d’avancer dans cette direction. Nous pouvons en outre l’aider dans son discernement, en lui présentant les différentes situations de l’Église et du monde, en proposant des pistes de solution possibles, mais surtout en lui fournissant le plus d’éléments possible afin qu’il puisse procéder à une évaluation attentive et prendre les décisions qui s’imposent. Je suis convaincu que le Saint-Père Léon sait très bien quel est le but à atteindre et qu’il cherche, notamment avec l’aide des cardinaux, les voies les plus praticables pour y parvenir. « Nous rendons grâce au Seigneur pour le don que représente le pape Léon ».

    Parler d’unité lorsqu’on aborde la question liturgique semble compliqué. C’est un sujet qui divise, il y a deux camps opposés. D’un côté, ceux qui revendiquent l’usage du vetus ordo comme s’il s’agissait d’une conquête ; de l’autre, une réalité idéologique qui considère presque ces catholiques comme une « secte » à éradiquer. Le Pape a déclaré vouloir bien comprendre la situation, échanger et dialoguer avec tous. Selon le cardinal Robert Sarah, « c’est un drame, voire un véritable péché, qu’il y ait une sorte de guerre sur un sujet aussi essentiel que la liturgie. La liturgie est la source de la communion de l’Église et il est inconcevable que, sur des questions liturgiques – voire, dirais-je, rituelles –, il y ait une telle confrontation et des oppositions aussi féroces. Personne n’a d’autorité sur les rites, qui sont issus de l’histoire séculaire de l’Église. Les rites ne peuvent être arbitrairement abolis, et personne ne peut affirmer qu’un rite n’existe plus, du jour au lendemain. Je pense qu’il faut prendre cette question très au sérieux, en revenant à la position équilibrée, pastorale et théologiquement fondée de Benoît XVI, qui a permis aux deux formes du rite latin de coexister, de s’enrichir mutuellement, d’être connues du peuple saint de Dieu qui, au fil des décennies, pourra choisir la forme qui correspond le mieux à son besoin de foi, de silence et de spiritualité.  Certains excès de ceux qui sont attachés à la forme extraordinaire sont, en partie, justifiés par les abus dramatiques et généralisés de la liturgie de la forme ordinaire, qui, à ce jour, n’est souvent pas célébrée comme le Concile l’aurait souhaité et comme le suggère la réforme liturgique elle-même. La liturgie n’est pas la propriété du célébrant, quel qu’il soit, prêtre, évêque ou cardinal. La liturgie appartient à Dieu ; on y entre et personne n’en est le maître. » Peut-être, cependant, le problème est-il encore plus profond. Regardons la qualité des homélies, souvent mal préparées et rarement capables de laisser une trace dans le cœur et l’esprit des fidèles. Sans parler des célébrations, où les références au transcendant sont souvent réduites à de simples parenthèses. Que faire ? « J’y ai déjà répondu en partie. La clé, c’est la formation liturgique, la formation, et encore la formation. Tant des évêques que des prêtres et des laïcs. Le retour au sens du sacré, dans une société sécularisée qui a chassé Dieu, ne peut se faire qu’à travers l’annonce de la vérité, une catéchèse convaincue et constante, et des expériences concrètes de silence et de spiritualité au sein de la célébration liturgique. Le respect dû à Dieu et l’humilité de sa propre personne sont des éléments fondamentaux pour retrouver le sens du sacré et la fidélité à la célébration telle que l’Église la veut. D’ailleurs, personne ne se permettrait d’entrer dans la chapelle Sixtine pour corriger le Jugement dernier de Michel-Ange.  « Voilà, le missel est bien plus important, bien plus ancien et bien plus contraignant que le Jugement dernier de Michel-Ange ; par conséquent, personne ne peut corriger, supprimer, ajouter ou modifier quoi que ce soit au rite tel que l’Église le présente aux fidèles. Et les fidèles ont le droit sacro-saint de participer à des messes célébrées selon les prescriptions de l’Église, et non selon l’arbitraire ou le caprice d’un prêtre en particulier. »

    Matteo Matzuzzi : Originaire du Frioul, il est né en 1986. Diplômé en politique internationale et diplomatie à Padoue avec un mémoire sur les Turcs et les Américains, il a été arbitre de football. Au Foglio depuis 2011, il s’occupe de l’Église, des papes, des religions et des livres. Son auteur préféré : Joseph Roth (mais tout ce qui concerne la « finis Austriae » lui convient). Il est rédacteur en chef depuis 2020.

  • Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

    IMPRIMER

    De Filip Mazurczak  sur le CWR :

    Un ouvrage imparfait mais important sur la diplomatie papale du pontificat de Jean-Paul II

    L'ouvrage « La Croix et le Drapeau » , du père John Tanyi Nquah Lebui, offre de nombreuses perspectives, notamment sur l'héritage africain méconnu du pape polonais.

    Le pape Jean-Paul II lors de son premier voyage papal en Pologne en juin 1979. (Image : Wikipédia)

    On peut affirmer que depuis saint Pie V, qui créa la Sainte Ligue et vainquit les Turcs ottomans lors de la bataille de Lépante en 1571, aucun pape n'a exercé une influence aussi profonde sur la politique mondiale que saint Jean-Paul II. Outre sa contribution majeure à la chute pacifique du régime communiste en Europe centrale et orientale, le pontife fut un fervent opposant à la guerre, à la pauvreté, à l'avortement et à toutes sortes d'injustices, et un défenseur de la dignité humaine. Même si les dirigeants du monde ne partageaient pas toujours son avis, ils l'écoutaient toujours.

    Dans son nouvel ouvrage, le père John Tanyi Nquah Lebui examine l'héritage diplomatique de Jean-Paul II. Bien qu'il s'agisse d'un ouvrage précieux sur les relations internationales, il présente quelques défauts assez surprenants.

    diplomatie papale

    Le père John Tanyi Nquah Lebui est un prêtre camerounais et spécialiste des relations internationales, actuellement en poste dans l'archidiocèse de Boston, dans le Massachusetts. Son ouvrage, intitulé « La Croix et le Drapeau : la diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible » , a été publié par St. Augustine's Press.

    Pour ceux qui ne reconnaissaient pas l'Église catholique comme la véritable Église, il semblait, au XIXe siècle, que celle-ci allait s'effondrer comme la Société des Nations, Lehman Brothers, l'Union soviétique, l'Empire britannique ou toute autre construction humaine. Lorsque Napoléon envahit Rome, il emprisonne le pape Pie VII, puis l'exile en France. Parallèlement, lors de l'unification de l'Italie, les États pontificaux se dissolvent, avant que le Vatican ne réapparaisse en 1929, devenant ainsi le plus petit État du monde, huit fois plus petit que Central Park.

    Ces bouleversements historiques, écrit Tanyi, furent cependant une  felix culpa , ou « heureuse faute ». Ayant perdu tout son pouvoir temporel, le Saint-Siège put renaître en tant que superpuissance morale. Tanyi se réfère ainsi aux grands politologues, tels que Fukuyama, Kissinger et Nye, et recourt aux catégories classiques de la science politique pour analyser le Vatican et saint Jean-Paul II en tant qu'acteurs politiques. Il soutient que le Vatican a eu recours à diverses formes de diplomatie durant le pontificat de Jean-Paul II, notamment l'action humanitaire, la communication médiatique (en particulier grâce au regretté porte-parole du Vatican, Joaquín Navarro-Valls), et la diplomatie traditionnelle.

    Le Saint-Siège et la Palestine sont les deux seuls observateurs permanents auprès des Nations Unies. Cependant, comme le démontre Tanyi, grâce à l'autorité morale de Jean-Paul II, le Vatican exerçait une influence considérable à l'ONU. Lors de la Conférence internationale sur la population et le développement de 1994 au Caire, l'administration Clinton a activement œuvré pour la légalisation et la promotion de l'avortement comme solution au problème de la surpopulation.

    Pourtant, Clinton a échoué, et c'est à cause du Saint-Siège, qui a trouvé des alliés étranges dans divers États à majorité musulmane, notamment au Pakistan et auprès de sa Première ministre de l'époque, Benazir Bhutto, assassinée par un kamikaze en 2007 (et que le pape Léon XIV loue comme une femme « courageuse et généreuse » dans son encyclique Magnifica humanitas ), pour empêcher la promotion de l'avortement.

    Tanyi réfute de manière convaincante la vision marxiste de l'histoire comme étant uniquement déterminée par l'économie, la vision réaliste qui dépeint les relations internationales comme influencées par une lutte de pouvoir, et la vision libérale qui se concentre sur les incitations économiques, démontrant ainsi que les dirigeants peuvent avoir un impact sur l'histoire. Par exemple, Jean-Paul II, Polonais ayant lui-même subi l'oppression du communisme, a, sans surprise, rejeté la politesse mesurée dont certains de ses prédécesseurs italiens faisaient preuve envers les régimes communistes.

    Parallèlement, son enfance à Wadowice, où un cinquième de la population était juive avant l'Holocauste, lui a inculqué un amour pour le peuple juif qui a conduit le Vatican à établir des relations diplomatiques avec l'État d'Israël en 1993.

    Un pape « africain »

    « Les Irlandais sont les Noirs de l'Europe », déclare un personnage du film d'Alan Parker,  The Commitments (1991) , qui raconte l'histoire d'un groupe de jeunes Dublinois formant un groupe de soul. À l'instar des Irlandais, les Polonais ont subi l'oppression étrangère (notamment l'esclavage, parmi les nombreuses injustices commises à leur encontre pendant la Seconde Guerre mondiale), et l'on peut donc affirmer qu'ils sont eux aussi les « Noirs de l'Europe ».

    Dans ce contexte, l'origine polonaise de Jean-Paul II n'est pas fortuite. Selon Tanyi, les Polonais, à l'instar des Africains, ayant subi les pires atrocités du colonialisme, le pontife était particulièrement sensible aux nombreux maux du continent. Tandis que l'Italie, pays d'origine de la plupart des papes, avait commis d'horribles crimes contre l'humanité en Libye et en Éthiopie, la Pologne était elle-même sous le joug étranger lors du partage de l'Afrique.

    L’héritage africain de saint Jean-Paul II est souvent négligé, malheureusement parce que l’Occident fait preuve d’une ignorance délibérée à l’égard de ce continent. Pourtant, comme le souligne Tanyi, Jean-Paul II a effectué onze pèlerinages en Afrique (à titre de comparaison, il s’est rendu neuf fois dans son pays natal, la Pologne, huit fois en France et sept fois aux États-Unis), visitant trente-neuf de ses cinquante-quatre nations. Tanyi cite le biographe du pape, George Weigel, qui affirme qu’aucun dirigeant mondial de la fin du XXe siècle ne s’est autant soucié de ce « continent oublié ».

    L’amour du pape polonais pour l’Afrique et ses peuples était réciproque. Tanyi nous apprend que de nombreux Kenyans, par exemple, donnent son nom à leurs enfants, voire à leurs animaux de compagnie, à leurs animaux d’élevage et même à des hôtels. Tanyi énumère les contributions concrètes de Jean-Paul II à l’Afrique : de ses appels pressants aux nations occidentales et aux institutions financières internationales pour l’annulation de la dette africaine, à son exigence de la libération des prisonniers politiques détenus par des dictateurs africains comme condition nécessaire aux visites papales, en passant par la création de la Fondation humanitaire Jean-Paul II pour le Sahel.

    Lorsque les évêques catholiques de la Côte d'Ivoire, pays appauvri, décidèrent de construire la plus grande basilique du monde dans la capitale, Yamoussoukro, Jean-Paul II n'accepta sa construction qu'à la condition qu'un hôpital destiné aux plus démunis soit construit sur son terrain (cet hôpital a été construit depuis, et son saint patron est le grand médecin altruiste saint Joseph Moscati).

    défauts « idiosyncrasiques »

    L'adjectif de prédilection de John Tanyi semble être « idiosyncrasique », et il apparaît souvent à plusieurs reprises sur une même page. Il explique que, bien que ce mot puisse avoir des connotations négatives, il l'utilise au contraire de manière positive pour évoquer la personnalité et le parcours uniques de Jean-Paul II et leur influence sur sa diplomatie.

    Message reçu. Cependant,  « La Croix et le Drapeau »  souffre de défauts pour le moins originaux. Nombre d'idées sont répétées à l'envi, et l'ouvrage regorge de fautes d'orthographe et de ponctuation. La lecture peut ainsi s'avérer frustrante.

    Plus problématique encore est la bibliographie de Tanyi. Il cite à plusieurs reprises certains auteurs, dont certains sont des « catholiques dissidents » notoires, très critiques envers Jean-Paul II et l'Église, notamment Peter Hebblethwaite, David Willey, et même David Yallop, auteur d'un best-seller anti-catholique de mauvais goût promouvant la thèse, depuis longtemps démentie, selon laquelle le Vatican aurait assassiné le pape bienheureux Jean-Paul Ier.

    De plus, certaines œuvres citées dans *The Flag and the Cross*  (Tanyi utilise le style de citation APA) sont curieusement absentes de la bibliographie. On relève également plusieurs erreurs grossières : par exemple, Tanyi se trompe de six ans lorsqu’il mentionne la béatification de Jean-Paul II, alors que la messe papale de 1983 à Managua s’est déroulée devant une image des Sandinistes, et non de Che Guevara (apparemment, Tanyi a confondu cette messe papale mouvementée avec celle de La Havane quinze ans plus tard).

    Certaines opinions de Tanyi sont étranges. Par exemple, lorsqu'il évoque les dirigeants africains post-indépendance, il cite Ahmed Sékou Touré de Guinée parmi ceux « acclamés comme des héros et des sauveurs par leurs peuples » et des « penseurs », et non parmi les dictateurs mentionnés à la page suivante, tels qu'Idi Amin d'Ouganda, Mouammar Kadhafi de Libye et Hosni Moubarak d'Égypte. Sékou Touré fut l'un des pires tyrans d'Afrique ; le cardinal Robert Sarah, sans doute son critique le plus connu, fut par la suite inscrit sur la liste des personnes à abattre du dictateur.

    Certaines affirmations de Tanyi concernant la Pologne natale de Jean-Paul II sont problématiques. Il écrit, par exemple, que « certains prétendent même que la démocratie et la diversité ne font pas naturellement partie de la culture et de la mentalité polonaises traditionnelles », sans remettre en question ces affirmations. Tenir de tels propos sur n'importe quelle culture serait offensant, et la Pologne d'avant le partage possédait l'un des plus anciens parlements du monde et était le pays le plus tolérant d'Europe sur le plan religieux.

    Par ailleurs, le fait qu'il qualifie à plusieurs reprises la Pologne occupée par l'Allemagne – un pays soumis à une occupation extrêmement dure et sans gouvernement collaborateur – de « Pologne nazie » est regrettable. Et bien que l'antisémitisme ait connu une forte recrudescence en Pologne et en Europe durant l'entre-deux-guerres, la citation par Tanyi des propos du Premier ministre israélien Menahem Begin, selon lesquels les Polonais seraient imprégnés d'antisémitisme dès leur plus jeune âge, est injuste (sans compter qu'il attribue cette citation à tort, car elle provient non pas de Begin, mais d'un autre Premier ministre israélien, Yitzhak Shamir).

    Néanmoins, * La Croix et le Drapeau* est un premier ouvrage universitaire prometteur. Le chapitre consacré à Jean-Paul II et à l'Afrique constitue un apport essentiel à la littérature sur le pontificat de Wojtyła. J'espère qu'il poursuivra ses écrits sur la diplomatie de l'Église, l'Afrique et l'influence politique de la papauté.

    La Croix et le Drapeau : La diplomatie papale et le combat de Jean-Paul II contre la tyrannie du possible,
    par John Tanyi Nquah Lebui.
    Préface de Mary Ann Glendon.
    Postface de George Weigel.
    St. Augustine's Press, 2024.
    Broché, 330 pages.

    Filip Mazurczak est historien, traducteur et journaliste. Ses articles ont été publiés dans First Things, la St. Austin Review, l'European Conservative, le National Catholic Register et de nombreuses autres revues. Il enseigne à l'université jésuite Ignatianum de Cracovie.
  • Léon XIV : vers une restructuration nécessaire

    IMPRIMER

    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : vers une restructuration nécessaire

    3 août 2026

    Léon XIV est de retour au Vatican après un mois de vacances à Castel Gandolfo, et une série de décisions importantes l’attendent. Il ne s’agit pas toutes de questions urgentes, mais ses choix dans chacune d’entre elles nous en diront long sur la manière dont le pape entend façonner son pontificat.

    Ces décisions seront soumises à l’examen minutieux de nombreuses personnes, à commencer par celles qui, au Vatican, ont défendu les décisions du pape François et refusent de faire marche arrière.

    Le risque est que le pape se retrouve, dans un avenir proche, pris entre deux feux au sujet des nominations et de l’organisation de la Curie romaine. Vous entendrez peut-être même des rumeurs – dont certaines émaneront de personnes haut placées – faisant état d’un abandon ou d’une trahison du projet de réforme de la Curie du pape François, tel qu’il l’a exprimé dans sa constitution apostolique de 2022, *Praedicate Evangelium*.

    Alors, quelles sont ces décisions ?

    Tout d’abord, plusieurs chefs de dicastères ont déjà atteint l’âge de la retraite et devront être remplacés.

    Il s’agit du préfet du Dicastère pour les Causes des Saints, le cardinal Marcello Semeraro ; du préfet du Dicastère pour le Culte divin, le cardinal Arthur Roche ; du préfet du Dicastère pour la Promotion de l’unité des chrétiens, le cardinal Kurt Koch ; et du préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, le cardinal Kevin Farrell.

    En novembre, le cardinal Lazzaro You, préfet du Dicastère pour le clergé, fêtera également ses 75 ans.

    Jusqu’à présent, Léon XIV a agi de manière cohérente dans tous les dicastères où il a été appelé à procéder à des renouvellements générationnels. La seule exception est le Dicastère de la Communication, où il a choisi Montse Alvarado, ancienne directrice des opérations d’EWTN, qui, à partir de novembre, sera chargée de superviser la machine complexe de la communication du Vatican.

    Pour le reste, il n’y a eu ni surprise majeure, ni même de décision bouleversante. Léon XIV a adopté une attitude plutôt discrète, ce qui s’avère efficace pour toutes les questions importantes.

    Des rumeurs laissent entrevoir un autre changement possible, cette fois au poste de secrétaire d’État.

    Il convient de mentionner à cet égard que l’actuel secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin, jouit jusqu’à présent de la confiance absolue du pape et qu’il lui reste un peu plus de deux ans avant d’atteindre l’âge de 75 ans. Le pape pourrait toutefois souhaiter confier la direction de la Secrétairerie d’État à une personne de son choix.

    Les spéculations vont déjà bon train quant à l’identité du nouveau secrétaire d’État, mais on parle peu de ce que le cardinal Parolin pourrait faire. À 73 ans, toute nouvelle affectation serait incomplète, même avec une prolongation jusqu’à ses 77 ans, car il n’y aurait pas le temps de mener des réformes et d’agir.

    Il est toutefois possible que le cardinal Parolin remplace le cardinal Fernando Filoni, aujourd’hui octogénaire, au poste de Grand Maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre. Cette fonction, dotée d’une dimension internationale et diplomatique, constituerait une transition idéale vers la retraite.

    De plus, cela éviterait de nommer le cardinal Parolin à un poste où il ne pourrait pas mener à bien son mandat de cinq ans.

    En effet, le Saint-Siège préfère toujours que les prélats capables d’aller jusqu’au bout de leur premier mandat de cinq ans soient nommés à des postes de haut niveau, afin qu’ils puissent travailler en toute sérénité.

    Certains affirment que le cardinal Parolin pourrait être remplacé par l’archevêque Paul Richard Gallagher, l’actuel secrétaire du Vatican chargé des relations avec les États. Mais cela semble peu probable, étant donné que Mgr Gallagher a déjà 73 ans et ne resterait donc en fonction que deux ans avant de prendre sa retraite.

    C’est le moment des spéculations.

    On parle de plus en plus de Mgr Erik Varden comme nouveau préfet du Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens. On évoque également le transfert du cardinal Mauro Gambetti de son poste d’archiprêtre de Saint-Pierre à celui d’évêque de Chieti. Il est également question de la nomination de Mgr Guido Marini au poste d’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre.

    Mais il est assez difficile de faire la part des choses entre vœux pieux et informations avérées, car en réalité, on sait encore peu de choses sur la manière de gouverner de Léon XIV.

    C’est d’ailleurs pour cette raison que ces prochaines nominations – et elles auront bien lieu, certaines plus tôt, d’autres plus tard – sont si intéressantes.

    Jusqu’à présent, Léon a privilégié la continuité dans ses nominations, à la seule exception du Dicastère pour la communication.

    On peut citer l’exemple de l’archevêque Filippo Iannone, le successeur de Léon XIV au sein du Dicastère pour les évêques. Pour le Dicastère pour le développement humain intégral, Léon XIV a choisi une femme, sœur Alessandra Smerilli, qui en était déjà la secrétaire, et a promu le cardinal Fabio Baggio, sous-secrétaire, au poste de pro-préfet.

    Par cette décision, Léon XIV a maintenu le « quota féminin » du dicastère, mais a également mis fin à la répartition asymétrique des postes et des honneurs, car il était objectivement étrange que le sous-secrétaire d’un dicastère soit également cardinal.

    Reste à voir si le pape poursuivra cette tendance, en laissant les décisions à la vieille garde.

    Il convient de mentionner que le pape Léon XIV faisait lui-même partie de cette vieille garde – bien qu’il y soit entré tardivement –, ayant occupé pendant deux ans le poste de préfet du Dicastère pour les évêques.

    La confiance est générale quant à la capacité du pape à mener à bien les tâches liées à sa nouvelle fonction, mais il reste à voir si cette confiance sera justifiée par les faits.

    En attendant, le risque pour Léon est que toute nomination perçue comme perturbatrice sape l’autorité des cardinaux et des évêques, les conduisant à s’en prendre au pontificat et à susciter une opinion publique défavorable.

    Ce n’est pas que le pape se soucie de l’opinion publique, mais une partie de son mandat – tel qu’il le conçoit, sa mission – consiste à « faire baisser la tension » au sein de l’Église, à Rome et dans le monde entier. L’impact que ses décisions auront – sur les membres de la Curie à Rome et sur les fidèles – ne doit pas être sous-estimé.