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Magistère

  • La visite du pape peut-elle avoir un impact réel sur la situation au Cameroun ?

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    Oui, la visite du pape Léon XIV au Cameroun (du 15 au 18 avril 2026) peut avoir un impact réel, mais il sera principalement symbolique, moral et à moyen terme, plutôt qu’immédiat et structurel. Voici une analyse équilibrée basée sur le contexte actuel.

    Contexte de la visite

    Le pape arrive à Yaoundé, rencontre le président Paul Biya, les autorités, la société civile et les évêques. Il se rend ensuite à Bamenda (région anglophone du Nord-Ouest) pour une messe pour la paix et la justice, puis à Douala. C’est sa troisième étape d’une tournée africaine (après l’Algérie).

    Le Cameroun traverse plusieurs crises :

    • La crise anglophone (depuis 2016) : conflit armé entre forces gouvernementales et groupes séparatistes, avec des milliers de morts, plus de 600 000 déplacés internes, et des violences persistantes.
    • Les tensions post-électorales de 2025 (réélection contestée de Paul Biya).
    • Des problèmes structurels comme la corruption, les inégalités et les divisions linguistiques/culturelles (francophone/anglophone).

    Impacts potentiels positifs (réels mais limités)

    • Message de paix et de réconciliation : À Bamenda, le pape lancera un appel fort pour la paix. Les séparatistes ont déjà annoncé une pause de 3 jours dans les combats pour permettre aux fidèles d’assister à la messe. C’est un geste concret de « respect » qui montre que la visite est prise au sérieux des deux côtés. Certains habitants et l’archevêque de Bamenda espèrent que cela « adoucira les cœurs » et relancera le dialogue.
    • Attention internationale : La crise anglophone est souvent oubliée face à d’autres conflits en Afrique. La présence du pape braque les projecteurs mondiaux sur le Cameroun, ce qui peut exercer une pression morale sur le gouvernement et les groupes armés, et encourager des médiations futures.
    • Effet unificateur au sein de l’Église et de la société : Le Cameroun est majoritairement chrétien (environ 70 %, dont plus de 8 millions de catholiques). La visite crée un moment de communion nationale, avec des messes massives et des infrastructures améliorées (routes, aéroports). Des fidèles parlent déjà de « guérison » et d’espoir. Des « miracles » symboliques sont évoqués, comme l’unité temporaire dans le discours public.
    • Pression sur la corruption et la gouvernance : Le pape a déjà exhorté les autorités à « briser les chaînes de la corruption » et à faire un « examen de conscience ». Cela renforce le discours moral de l’Église locale.

    Limites et risques d’impact limité

    • Pas de pouvoir politique direct : Le pape peut proposer, exhorter, mais il ne peut pas imposer. La résolution du conflit anglophone dépend avant tout du gouvernement camerounais, des leaders séparatistes et d’un vrai dialogue politique. Les visites papales précédentes (Jean-Paul II et Benoît XVI) n’ont pas suffi à résoudre les problèmes structurels.
    • Risque d’instrumentalisation politique : Une partie de la communauté catholique camerounaise craint que le régime de Biya n’utilise la visite pour redorer son image internationale, surtout après les contestations électorales. Certains parlent de « validation » symbolique du pouvoir en place. Les évêques appellent à rester positifs et à se concentrer sur le message spirituel, mais le débat divise même l’Église.
    • Impact à court terme symbolique : La pause dans les combats est temporaire. Sans suivi concret (libération de prisonniers politiques, négociations inclusives, réformes), l’enthousiasme peut retomber rapidement. Des analystes estiment que le pape peut « semer une graine », mais que la « responsabilité incombe au gouvernement ».

    En résumé : un impact réel, mais pas miraculeux

    Oui, cette visite a un impact réel :

    • Elle apporte un souffle moral et une fenêtre d’espoir rare dans un pays fatigué par les crises.
    • Elle peut favoriser une désescalade temporaire et encourager le dialogue.
    • Elle renforce le rôle de l’Église comme acteur de paix et met en lumière les souffrances des populations.

    Cependant, elle ne résoudra pas seule les problèmes profonds (gouvernance, inégalités, séparatisme). L’impact dépendra surtout de ce que les acteurs camerounais (pouvoir, opposition, société civile, Église locale) en feront après le départ du pape.

    Beaucoup de Camerounais y voient une « dernière chance » pour la cohésion nationale. L’histoire montre que les visites papales laissent souvent une trace spirituelle durable, mais les changements politiques exigent du temps et une volonté locale forte.

    (en recourant à l'IA)

  • Léon l’Africain; ce que peu savent sur son étape au Cameroun

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Léon l’Africain. Ce que peu savent sur son étape au Cameroun

    Au cours de son voyage en Afrique, le pape Léon se prépare à faire étape au Cameroun, un pays ravagé par une guerre dont les médias du monde entier ne parlent pas beaucoup. Et même c’est sans doute pour cette raison que le Pape a voulu s’y rendre, avec une escale, jeudi 16 avril en plein épicentre du conflit, à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest du Cameroun, où il organisera une « rencontre pour paix » avec les communautés locales.

    La région du Nord-Ouest, ainsi que la région limitrophe du Sud-Ouest, qui donne sur l’océan Atlantique, toutes deux frontalières avec le Nigéria, est le théâtre d’une guerre civile qui fait rage depuis octobre 2016, menée par des séparatistes voulant faire sécession du Cameroun pour former un nouvel État d’ « Ambazonie » (du nom de la baie d’Ambas, sur l’océan), qui a proclamé son indépendance en 2017, jusqu’ici sans la moindre reconnaissance de la communauté internationale.

    Mais d’autres régions du Cameroun sont également la cible de raids armés, comme les régions plus au Nord, entre le Nigéria et le Tchad, où le terrorisme Jihadiste fait rage, et où des guérilleros de Boko Haram et de l’État Islamique de la Province d’Afrique Occidentale (ISWAP) attaquent fréquemment  des villages, des églises, des écoles, perpétrant des massacres et des enlèvements dont les chrétiens sont les premières victimes, dans un pays où 60% de la population est chrétienne et 20% musulmane.

    Si ce terrorisme djihadiste frappe également d’autres pays du Sahel tels que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, ainsi que le Nigéria et le Tchad, la guerre civile qui fait rage depuis 2016 est en revanche spécifique au Cameroun.  Elle a principalement deux causes, une cause immédiate et une autre plus lointaine, remontant à la période coloniale, toutes deux expliquées en détail par le jésuite kenyan Mathew Bomki dans le dernier numéro de « La Civiltà Cattolica ».

    Entre la fin du XIXe siècle et la première guerre mondiale, le « Kamerun » était un protectorat allemand, avant d’être transféré à la France par la Société des Nations, ainsi que pour une plus petite partie, soit un cinquième de son territoire, à la Grande-Bretagne.

    Le Cameroun français a obtenu son indépendance en 1960 et, le 11 février de l’année suivante, un plébiscite a été organisé sous l’égide des Nations Unies au Cameroun britannique, afin de permettre aux Camerounais anglophones de choisir entre l’adhésion au Nigéria voisin ou bien à la toute nouvelle République du Cameroun francophone.

    La troisième option, celle de l’indépendance, fut exclue du référendum alors qu’aux dires des évêques locaux, elle était bien la plus populaire des trois.

    En fin de compte, le plébiscite de 1961 vit la partie Nord du Cameroun britannique voter pour l’adhésion au Nigéria tandis que la partie Sud choisit de s’unir au Cameroun, qui avait à l’époque une structure fédérale mais qui allait ensuite, sous la pression du gouvernement central, progressivement se restructurer de manière unitaire, au détriment de l’autonomie de la zone anglophone.

    Le 28 décembre 2016, les évêques de cette région ont envoyé un Mémorandum au président Paul Biya, aujourd’hui âgé de 93 ans et aux commandes du pays depuis 1982 sans interruption :

    « Les Camerounais anglophones sont étranglés à petit feu, parce que chaque élément de leur culture est systématiquement pris pour cible et absorbé dans la culture et la manière de faire propre au Cameroun francophone. Qu’il s’agisse de la langue, du système d’enseignement, de l’administration ou de gouvernement – dans lequel les structures de représentation démocratiques en pratique contournées par l’intervention de fonctionnaires nommés par l’autorité centrale — ou encore du système judiciaire. »

    Au moment où les évêques rédigeaient ce Mémorandum, les avocats, les enseignants et les étudiants des régions anglophones venaient de descendre manifester pacifiquement dans la rue (voir photo © Teller Report) pour défendre l’usage du « common law » dans les procès judiciaires ainsi que le système scolaire de tradition anglo-saxonne. Mais le gouvernement central a violemment réprimé ces manifestations. Et c’est ce qui a déclenché la guerre civile, avec l’entrée en scène de groupes armés séparatistes, les « Amba boys », avec à la clé des massacres et des enlèvements de la part des deux camps – dont les tristement célèbres massacres de Kumba et Ngarbuh en 2020 – où les deux camps se renvoient la balle en matière de responsabilité.

    L’explosion de violence a causé un nombre important d’homicides, d’incendies volontaires et de destructions de biens et de vies innocentes. Des villages entiers ont été rasés au sol et de nombreuses écoles ravagées. Dans « La Civiltà Cattolica », voici comment Mathew Bomki évalue les dommages causés par cette guerre civile :

    « Dans la partie anglophone du Cameroun, l’économie est à l’arrêt. Plus de 6000 Camerounais ont trouvé la mort dans le conflit, des centaines de milliers ont fui les conflits et 80 000 d’entre eux ont trouvé refuge au Nigéria voisin. Ces sept à huit dernières années, les écoles ont fonctionné de manière précaire, quand elles ne sont pas restées fermées. Selon l’International Crisis Group, l’instruction de plus de 600 000 élèves a été compromise par le conflit ».

    Il faut encore ajouter à ce bilan environ 2000 prisonniers politiques et l’afflux de réfugiés en provenance de la turbulente République Centrafricaine.

    Et l’Église ?  Voici ce que le pape François déclarait au terme de l’audience générale du 28 octobre 2020, peu après le massacre de Kumba :

    « Je m'unis à la douleur des familles des jeunes étudiants barbarement tués samedi dernier à Kumba, au Cameroun. Un acte si cruel et insensé, qui a arraché des enfants innocents à la vie alors qu'ils suivaient les leçons à l'école me déconcerte totalement. Que Dieu illumine les cœurs, pour que des gestes semblables ne soient plus jamais répétés et pour que les régions martyrisées du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays puissent finalement retrouver la paix ! Je souhaite que les armes se taisent et que puissent être garanties la sécurité de tous et le droit de chaque jeune à l'éducation et à l'avenir. J'exprime mon affection aux familles, à la ville de Kumba et à tout le Cameroun et j'invoque le réconfort que Dieu seul peut donner. »

    Mais quelques jours plus tard, le 5 novembre, à quelques kilomètres de Bamenda, un commando a séquestré une dizaine de personnes dont le chef d’une tribu locale, Fon Sem Mbinglo II, ainsi que le cardinal camerounais Christian Tumi (1930 – 2021), à l’époque archevêque émérite de Douala. Relâché le lendemain, Mgr Tumi avait été jugé coupable par les uns de se battre pour la population anglophone et par les autres de prendre parti pour le gouvernement central et d’avoir soutenu en 2018 une « All Anglophone General Conference » visant à promouvoir un apaisement par la négociation, une initiative qui s‘était soldée par un échec.

    Les enlèvements ont pris pour cible des prêtres et des missionnaires catholiques à plusieurs reprises, dont dernièrement le curé John Berinyuy Tatah et son vicaire, enlevés non loin de Bamenda le 15 novembre dernier et relâchés le 2 décembre. Le pape Léon avait d’ailleurs tenu à se faire entendre pendant l’Angélus du 23 novembre : « C’est avec une immense tristesse que j’ai appris la nouvelle des enlèvements de prêtres, de fidèles et d’étudiants au Nigeria et au Cameroun. Je ressens une grande douleur, surtout pour les nombreux jeunes gens et jeunes filles séquestrés et pour leurs familles angoissées. Je lance un appel pressant pour que les otages soient immédiatement libérés et j’exhorte les autorités compétentes à prendre les décisions appropriées et opportunes pour assurer leur libération. Prions pour nos frères et sœurs, et pour que les églises et les écoles restent toujours et partout des lieux de sécurité et d’espérance »

    On estime que sur la seule année 2023, les enlèvements auraient rapporté plus de 7,8 millions de dollars de rançon.

    En janvier 2021, peu après la mésaventure du cardinal Tumi, le pape François avait envoyé au Cameroun le cardinal Pietro Parolin en mission de pacification. Mais peine perdue. À l’annonce de son arrivée, les sécessionistes ont même menacé de représailles quiconque serait allé accueillir le Secrétaire d’État, accusé lui aussi d’avoir pris parti pour le gouvernement.

    Mais aujourd’hui, c’est le pape Léon en personne qui se rend au Cameroun en messager de paix, en dépit des objections de ceux qui, à l’instar du jésuite camerounais Ludovic Lado, docteur à Oxford en anthropologie sociale et spécialiste en économie du développement, a déclaré à la revue « America » avoir déconseillé au Vatican cette visite du pape Léon, à cause de la situation politique chaotique dans lequel le pays est plongé et dans la crainte que sa visite ne puisse être interprétée comme une caution morale aux autorités politiques de Yaoundé.

    Quoi qu’il en soit, l’aéroport de Bamenda, qui est fermé depuis six ans, vient d’être rouvert pour l’arrivée du pape Léon et la ville a été rénovée de fond en comble, comme l’a déclaré avec enthousiasme l’archevêque du diocèse, Mgr Andrew Nkea Fuanya, par ailleurs président de la Conférence épiscopale du Cameroun.

    Beaucoup espèrent que la visite du pape Léon pourra à nouveau attirer l’attention du monde entier sur le sort de la population camerounaise, qui est l’une des plus impactées de toute l’Afrique par les coupes sombres opérées par Donald Trump dans les programmes d’aides aux pays défavorisés distribués par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • « Personne n’a le droit de critiquer le pape lorsqu’il s’acquitte fidèlement de sa mission » (cardinal Müller)

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    De kath.net/news :

    Card. Müller : « Personne n’a le droit de critiquer le pape lorsqu’il s’acquitte fidèlement de sa mission »

    14 avril 2026

    « On ne peut attendre autre chose du Saint-Père que son engagement en faveur de la paix terrestre entre les peuples. » Réaction à la polémique du président américain Trump au sujet du pape Léon XIV. Par le cardinal Gerhard Ludwig Müller

    Vatican-Washington DC (kath.net) Les cardinaux ont élu pape, en toute liberté et uniquement conscients de leur responsabilité devant Dieu, celui parmi leurs confrères que Dieu lui-même a choisi et voulu comme successeur de saint Pierre. Et nous, cardinaux, avons promis obéissance au pape Léon XIV et déclaré notre volonté de défendre sa cause et celle de l’Église du Christ jusqu’au sacrifice de notre propre vie. Il n’y aura pas de nouvel Avignon, dont on parlait de manière menaçante, et quiconque est élevé au rang d’antipape par un dirigeant quelconque ou se laisse faire est un traître maudit à l’œuvre du Christ. 

    On ne peut attendre autre chose du Saint-Père que son engagement en faveur de la paix terrestre entre les peuples, qui est un avant-goût de la paix de tous les hommes en Dieu, qui nous a réconciliés avec lui-même et les peuples entre eux dans le Christ. En tant que superpuissance politique, économique, technologique et militaire, les États-Unis ont une responsabilité historique particulière pour la paix, la liberté et le bien-être de l’humanité dans notre monde globalisé. Ils sont une démocratie fondée sur les droits fondamentaux de l’homme. On ne peut nier leur rôle particulier, notamment dans la lutte contre les régimes dangereux et les dictatures qui ont été et restent une menace mortelle pour le monde entier. Le droit international, développé par l’école de Salamanque dans l’esprit de saint Thomas d’Aquin sur la base de la loi morale naturelle, ne sert pas à protéger les tyrans et les conquérants, mais les peuples. Les crimes brutaux commis contre son propre peuple et les autres peuples doivent, dans les circonstances actuelles, être combattus y compris par des sanctions économiques et des moyens militaires. La politique d’apaisement envers Hitler s’est avérée être une catastrophe et s’est vengée amèrement lors de la Seconde Guerre mondiale. Le pape François a mis en garde contre une Troisième Guerre mondiale qui viendrait par étapes et se terminerait par une explosion du monde entier.

    Le régime iranien doit être dénoncé dans le monde entier comme un détournement de la religion, qui est le culte de Dieu et qui, sous quelque forme que ce soit, ne doit jamais servir à justifier le meurtre d’innocents. Il vaut la peine de relire le discours de Ratisbonne du pape Benoît XVI (2006) ainsi que Gaudium et spes, paragraphes 77 à 90. La destruction du matériel de guerre des États dictatoriaux, et surtout de leur capacité à utiliser des armes nucléaires, n’est pas moralement illégitime et peut être historiquement nécessaire. Il y a ici toujours le dilemme que les acteurs politiques et militaires se rendent eux aussi coupables, car il n’existe par nature pas de guerres propres, surtout lorsque tous les moyens pacifiques de négociation ont été épuisés. Qui voudrait nier aux Ukrainiens le droit de se défendre, même s’ils doivent recourir aux mêmes moyens que leurs ennemis mortels ? Un dilemme moral presque insoluble !

    Dans ce cas précis, il faut toutefois affirmer clairement que personne n’a le droit de critiquer le pape lorsqu’il s’acquitte fidèlement de la mission que le Christ lui a confiée, à savoir témoigner de l’Évangile de la paix. Le message du Christ prime sur les intérêts politiques, et Dieu est notre juge. Et aucun mortel ne doit se permettre d’instrumentaliser le nom de Dieu pour servir ses propres intérêts. Même une bonne cause ne justifie pas l’emploi de mauvais moyens. Nous ne pouvons qu’œuvrer et prier pour la paix, mais pas à n’importe quel prix, plutôt pour une paix juste, y compris pour le peuple iranien, afin qu’il soit libéré d’un régime terroriste. Et le droit d’Israël à exister ne doit jamais être remis en question. Mais nous espérons que les moyens guerriers ne seront plus nécessaires, car tous les voisins du Proche-Orient souhaitent vivre en paix les uns avec les autres. Le pape Léon XIV a commencé son ministère apostolique par la salutation biblique adressée à tous les hommes de bonne volonté en ces termes : « Que la paix soit avec vous ! »

  • Dans une lettre aux cardinaux, le pape Léon XIV donne le ton et définit l'ordre du jour

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    Du substack de Diane Montagna :

    Dans une lettre aux cardinaux, le pape Léon XIV partage les réflexions du consistoire de janvier

    Le Saint-Père évoque ce qui « est ressorti des groupes » au sujet de l’exhortation apostolique du pape François de 2013, Evangelii Gaudium.

    14 avril 2026

    CITÉ DU VATICAN, 14 avril 2026  Le pape Léon XIV a écrit aux membres du Sacré Collège, revenant sur ce qui « est ressorti des groupes » concernant l’un des principaux thèmes abordés lors du consistoire extraordinaire qu’il a convoqué en janvier.

    Dans une lettre datée du 12 avril, le Saint-Père note qu'après avoir déjà abordé, lors du Consistoire, certains éléments de synodalité qui sont ressortis des discussions de groupe, il se penche maintenant sur les réflexions des cardinaux concernant l'exhortation apostolique du pape François de 2013, Evangelii Gaudium (« La joie de l'Évangile »), notamment en ce qui concerne la mission et la transmission de la foi.

     

    Dans sa lettre de Noël aux cardinaux, le pape Léon XIV avait esquissé quatre thèmes de réflexion pour le consistoire à venir : Evangelii Gaudium et la vocation missionnaire de l’Église ; Praedicate Evangelium et la Curie romaine ; le synode et la synodalité ; et la liturgie. Cependant, à leur arrivée au consistoire, les cardinaux furent invités à voter par table sur deux sujets de discussion, choisissant le synode et la synodalité d’une part, et Evangelii Gaudium d’autre part .

    Le consistoire des 7 et 8 janvier s’est déroulé sur le modèle du « Synode sur la synodalité », les cardinaux étant réunis en petits groupes autour de tables rondes : neuf tables composées de cardinaux votants et onze de cardinaux non votants et de dignitaires de la Curie romaine. Des secrétaires désignés à l’avance ont préparé des rapports ; ceux des cardinaux votants ont été présentés à haute voix durant les travaux, tandis que les autres, par manque de temps, ont été soumis au Saint-Père.

    Publiée aujourd'hui par le Vatican, la lettre du Saint-Père fait suite à une communication envoyée le 13 avril aux membres du Sacré Collège par son doyen, le cardinal Giovanni Battista Re, annonçant que le prochain consistoire extraordinaire se tiendra les 26 et 27 juin, avant la solennité des saints Pierre et Paul, le 29 juin.

    Voici le texte de la lettre du pape.

    LETTRE DU PAPE LÉON XIV AUX CARDINAUX

    Éminence,

    en ce temps saint de Pâques, je désire vous adresser mes vœux cordiaux et fraternels, afin que la paix du Seigneur ressuscité soutienne et renouvelle notre monde qui souffre.

    Je profite volontiers de cette occasion pour vous renouveler ma gratitude pour votre participation au Consistoire de janvier dernier. J’ai beaucoup apprécié le travail accompli dans les groupes, qui a permis un échange libre, concret et spirituellement fécond, ainsi que la qualité des interventions en assemblée. Les contributions recueillies constituent un précieux patrimoine, que je désire continuer à préserver et à faire mûrir dans le discernement ecclésial.

    Dans le discours de conclusion de cette rencontre, j’ai déjà rappelé certains éléments qui sont apparus dans les groupes consacrés à la synodalité. Je désire à présent m’arrêter en particulier sur ce qui a mûri dans les groupes en ce qui concerne Evangelii gaudium, surtout en référence à la mission et à la transmission de la foi.

    Vos contributions font apparaître clairement que cette Exhortation continue de représenter un point de référence décisif: elle n’introduit pas simplement de nouveaux contenus, mais recentre tout sur le kérygme comme cœur de l’identité chrétienne et ecclésiale. Elle a été reconnue comme un véritable «souffle nouveau», capable de lancer des processus de conversion pastorale et missionnaire, plus que de produire des réformes structurelles immédiates, en orientant ainsi en profondeur le chemin de l’Église.

    Vous avez souligné que cette perspective interpelle l’Église à tous les niveaux. Au niveau personnel, elle appelle chaque baptisé à renouveler la rencontre avec le Christ, en passant d’une foi simplement reçue à une foi réellement vécue et exercée; sur ce chemin est évoquée également la qualité même de la vie spirituelle, dans le primat de la prière, dans le témoignage qui précède les paroles et dans la cohérence entre foi et vie. Au niveau communautaire, elle sollicite le passage d’une pastorale de conservation à une pastorale missionnaire, dans laquelle les communautés sont des sujets vivants de l’annonce: des communautés accueillantes, capables de langages compréhensibles, attentives à la qualité des relations et  en mesure d’offrir des espaces d’écoute, d’accompagnement et de guérison. Au niveau diocésain ressort clairement la responsabilité des pasteurs de soutenir résolument l’audace missionnaire, en veillant à ce qu’elle ne soit pas alourdie ou étouffée par une organisation excessive, et favorisant un discernement qui aide à reconnaître ce qui est essentiel.

    De tout cela découle une compréhension de la mission profondément unitaire: une mission christocentrique et kérygmatique qui naît d’une rencontre avec le Christ capable de transformer la vie et qui se diffuse par attraction plus que par conquête. Il s’agit d’une mission intégrale, qui allie annonce explicite, témoignage, engagement et dialogue, sans céder à la tentation du prosélytisme ni à une logique de simple conservation ou expansion institutionnelle. Même lorsqu’elle se reconnaît minoritaire, l’Église est appelée à vivre sans complexes, comme petit troupeau porteur d’espérance pour tous, en rappelant que la fin de la mission n’est pas sa propre survie, mais la communication de l’amour par lequel Dieu aime le monde.

    Parmi les indications spécifiques apparues, certaines méritent d’être accueillies et davantage méditées: la nécessité de relancer Evangelii gaudium  pour vérifier avec honnêteté, à distance de plusieurs années,  ce qui a été réellement intégré et ce qui reste encore méconnu et non réalisé; de façon particulière, il faut prêter attention à la réforme nécessaire des parcours d’initiation chrétienne; l’attention à valoriser également les visites apostoliques et pastorales comme d’authentiques occasions kérygmatiques et de croissance dans la qualité des relations; ainsi que l’exigence de reconsidérer l’efficacité de la communication ecclésiale, notamment au niveau du Saint-Siège, de façon plus clairement missionnaire.   

    Avec un esprit reconnaissant, je vous renouvelle mon remerciement pour votre service et pour la contribution offerte à la vie de l’Église. En vue du prochain Consistoire, qui aura lieu les 26 et 27 juin, une communication plus détaillée suivra pour en accompagner de façon adéquate la préparation.  

    Dans le Seigneur ressuscité, source de notre espérance, je vous envoie mes vœux de Pâques les plus cordiaux.

    Avec une estime fraternelle dans le Christ.

    Du Vatican, le 12 avril 2026

    Léo PP. XIV

  • Le deuxième jour du pape en Algérie, consacré à saint Augustin

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Deuxième jour du pape en Algérie, consacré à Augustin

    Déjeuner avec ses frères et un olivier planté à Hippone, symbole de paix, par Léon XIV qui, lors de la messe célébrée en la basilique Saint-Augustin, déclara : « Là où règne le conflit, l’Église apporte la réconciliation. » Alors que l’étape algérienne s’achève, le Cameroun se prépare à accueillir le pape.

    15/04/2026

    Le deuxième jour du voyage de Léon XIV en Algérie était consacré à saint Augustin. Le pape s'est rendu sur le site archéologique d'Hippone, mais la visite fut plus restreinte que prévu. Le mauvais temps ne l'a cependant pas empêché de déposer une gerbe en mémoire du saint et de planter un olivier, symbole de paix. La paix était également au cœur de sa visite à Annaba, à la maison de retraite des Petites Sœurs des Pauvres . « Le cœur de Dieu est déchiré par les guerres, la violence, l'injustice et le mensonge », a déclaré le pape Prévost, ajoutant que « le cœur de notre Père n'est pas avec les méchants, les arrogants ni les orgueilleux : le cœur de Dieu est avec les humbles et les faibles, et avec eux il fait progresser jour après jour son Royaume d'amour et de paix. » Le premier pape augustinien de l'histoire a choisi de déjeuner avec la petite communauté augustinienne locale, renouant ainsi avec la tradition instaurée par son prédécesseur François avec les Jésuites.

    Lors de la messe célébrée en la basilique Saint-Augustin, le pontife a évoqué le rôle de l'Église et des chrétiens. Mettant l'accent sur la paix, Léon XIV a déclaré que « là où règne le conflit, l'Église apporte la réconciliation » et a également observé que « les chrétiens naissent de nouveau, régénérés par Dieu comme frères et sœurs de Jésus, et l'Église qui les nourrit des sacrements est un sein accueillant pour tous les peuples de la terre ». Dans son homélie, il a aussi invité la communauté chrétienne locale à être « un signe humble et fidèle de l'amour du Christ ».

    Soulignant l'importance de la charité, le Pontife a rappelé que « Dieu est amour », un concept qui fait écho à  Deus caritas est  la première encyclique de Benoît XVI. S'adressant aux évêques présents dans la basilique, Léon XIV a rappelé que « la première mission des pasteurs, ministres de l'Évangile, est de témoigner de Dieu au monde d'un seul cœur et d'une seule âme, sans que les soucis ne nous corrompent par la peur ni que la mode ne nous affaiblisse par le compromis ».

    Après avoir quitté Annaba, le Pape est retourné à Alger et a passé la nuit à la nonciature apostolique. Aujourd'hui, il quitte l'Algérie pour la deuxième étape de son troisième voyage apostolique. Le pape se rendra au Cameroun où, outre une rencontre avec les autorités civiles au palais présidentiel, il visitera l'orphelinat de Ngul Zamba puis s'entretiendra en privé avec les évêques camerounais. L'annonce de sa venue a déjà eu des retombées positives : les séparatistes anglophones du Cameroun ont annoncé qu'ils cesseraient temporairement les combats afin de garantir la sécurité de la visite. 

  • De nouveaux détails sur le consistoire des cardinaux du pape Léon XIV prévu en juin

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    Du  Substack de Diane Montagna :

    EXCLUSIF : De nouveaux détails sur le consistoire des cardinaux du pape Léon XIV prévu en juin

    Les cardinaux se réuniront les 26 et 27 juin, selon une nouvelle lettre du doyen du Sacré Collège

    13 avril 2026

    ROME, 13 avril 2026 — De nouveaux détails ont été révélés concernant le consistoire extraordinaire des cardinaux que le pape Léon XIV prévoit de convoquer en juin.

    Dans une lettre datée du 13 avril, qui est envoyée aujourd’hui aux cardinaux, le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Sacré Collège, informe les cardinaux que les réunions se tiendront le vendredi 26 et le samedi 27 juin, le matin et l’après-midi, à partir de 9 h. Cela représente un jour de plus que prévu initialement et permet de tenir deux journées complètes de sessions sans déborder sur le dimanche.

    Le dimanche 28 juin, le pape Léon XIV présidera la « concélébration » de la Sainte Messe avec les cardinaux, tandis que, comme annoncé précédemment, le lundi 29 juin, la Sainte Messe et la bénédiction du pallium sacré pour les nouveaux archevêques métropolitains seront célébrées à l'occasion de la solennité des saints Pierre et Paul.

    Le programme laisse ouverte la possibilité que le pape Léon XIV crée de nouveaux cardinaux le 28 juin, bien qu’aucun projet de ce type n’ait encore été annoncé.

    Le cardinal Re a ajouté que de plus amples détails seraient communiqués dès qu’ils seraient disponibles.

    Selon le Code de droit canonique, les consistoires extraordinaires sont des réunions spéciales de l’ensemble des cardinaux, convoquées par le pape pour discuter des « besoins particuliers de l’Église » ou de questions graves nécessitant une large consultation parmi les cardinaux du monde entier. Le pape Léon XIV a convoqué le premier consistoire extraordinaire de son pontificat les 7 et 8 janvier 2026, après que les cardinaux participant au conclave de cette année se furent plaints d’un manque de réunions et de collégialité sous le pontificat du pape François.

    Le consistoire extraordinaire des 20 et 21 février 2014, convoqué par le pape François, a réuni l’ensemble du Collège des cardinaux afin de réfléchir sur la famille et de jeter les bases théologiques des synodes sur la famille tenus en 2014 et 2015. Cette réunion s’est particulièrement distinguée par un discours controversé de Walter Kasper, dont la « proposition Kasper » suggérait une voie pastorale permettant à certains catholiques divorcés et remariés civilement de recevoir la Sainte Communion, suscitant un débat important et des critiques de la part d’autres cardinaux, tout en façonnant les discussions synodales ultérieures et en influençant l’exhortation Amoris Laetitia de 2016. Elle s’est également distinguée comme le dernier consistoire extraordinaire sous François au cours duquel les cardinaux ont été autorisés à s’exprimer librement sur n’importe quel sujet, alors que les rassemblements ultérieurs de 2015 et 2022 ont limité les interventions à des thèmes spécifiques.

    Voici ci-dessous la lettre du cardinal Re.

  • « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane » (Mgr Rey)

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    De "Tribune Chrétienne" :

    Monseigneur Rey : « La pression des autorités algériennes n’est pas admissible, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane »

    "Je regrette profondément que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine"

    13 avril 2026

    À l’occasion du déplacement du pape Léon XIV en Afrique, et plus particulièrement de sa visite aujourd’hui et demain en Algérie, nous avons voulu entendre une autre voix que celle du consensus général que certains s’efforcent d’afficher. Derrière les discours officiels, cette interview donne la parole à Monseigneur Rey, ancien évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, attentif à la réalité vécue par les communautés chrétiennes sur place:

    Pourquoi avez-vous co-signé cette tribune dans le JDD consacrée à la liberté religieuse menacée en Algérie ?

    Je connais plusieurs chrétiens arabes et kabyles qui se sont ouverts à moi et m’ont exprimé leur vision des choses. Je suis très sensible à leur témoignage et à la situation globale des chrétiens en Algérie, qu’ils soient catholiques, protestants ou orthodoxes. Donc je suis sensible à la situation des chrétiens qui tombent dans une situation de quasi persécution. En Algérie nous assistons à des restrictions dans l’exercice du culte et de la pratique religieuse de plus en plus importantes. La liberté de croire doit être respectée, j’ai donc profité de cette tribune pour exprimer aux côtés d’autres témoignages cette conviction que je fais mienne.

    Que vous inspire la visite du pape et les propos du cardinal Jean-Paul Vesco ?

    Le cardinal Vesco parle d’une rencontre du souverain pontife avec le peuple algérien, ce qui en soi est très bien, mais il faut aussi savoir mettre sur la table les sujets de tension et en particulier la marginalisation des communautés chrétiennes suite aux restrictions légales qui ont été récemment décrétées.

    Que pensez-vous du fait que le pape Léon XIV ne se rende pas à Tibhirine ?

    Je regrette profondément que cette étape n’ait pas lieu alors que le martyre de tous ces témoins de la foi marque l’histoire religieuse des chrétiens en Algérie. Le souci légitime de promouvoir la fraternité requiert que l’on soit en transparence sur la situation actuelle des chrétiens qui méritent d’être respectés afin de pouvoir vivre leur foi en toute liberté. À vouloir être trop consensuel on n’est plus dans la vérité.

    Comment qualifiez-vous aujourd’hui la situation des chrétiens en Algérie ?

    La pression des autorités actuelles en Algérie n’est pas admissible. Cela rejoint d’ailleurs le principe de la laïcité, au bon sens du terme, qui doit accepter que chacun puisse exprimer sa croyance ou sa non-croyance. C’est une distinction qui n’est pas faite en Algérie aujourd’hui, c’est un État qui veut imposer la foi musulmane.

    Est-ce que le Vatican est conscient de cette réalité ?

    Je pense que les autorités du Saint-Siège ont reçu des témoignages de communautés chrétiennes qui sont profondément blessées par cette situation actuelle. Le Vatican cherche à rentrer dans un chemin de dialogue mais il faut aussi que la diplomatie et le dialogue intègrent et évoquent l’expression des difficultés, des épreuves et des souffrances.

    Vous êtes-vous déjà rendu en Algérie ?

    Oui, je suis allé plusieurs fois, dont en pèlerinage à Tamanrasset sur les traces du Bienheureux Charles de Foucauld. Je suis également allé à Tibhirine, quelques années après le massacre des moines. Je me suis recueilli sur leur tombe qui se trouve dans l’enclos du monastère.

    Propos recueillis par Philippe Marie

  • Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Dialogue interreligieux et paix : la première journée du pape en Algérie

    Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde plein de conflits et d'incompréhensions ». Il a visité la Grande Mosquée d'Alger et a honoré la mémoire de deux religieuses et bienheureuses espagnoles, martyrisées en 1994. Aujourd'hui, il s'installe dans la ville qui fut la patrie de saint Augustin.

    – Un pays de graves persécutions pour les chrétienspar Anna Bono

    14/04/2026

    Léon XIV visite la Grande Mosquée d'Alger

    La veille du troisième voyage apostolique de Léon XIV, Donald Trump a suscité une vive émotion. L'attente était grande à bord du vol pour Alger, où l'on craignait une possible riposte à l'attentat de la nuit. Le pape, sans ambages, a déclaré ne pas vouloir débattre avec le président américain, tout en ajoutant qu'il n'avait aucune crainte de son administration.

    Le pape s'est dit heureux de visiter à nouveau la terre de saint Augustin , considérant l'évêque d'Hippone comme « un pont essentiel dans le dialogue interreligieux ». Arrivé au Maqam Echaid, monument dédié aux victimes de la révolution algérienne, le pape a rendu hommage au peuple algérien, le qualifiant de « fort et jeune ». Il a été accueilli par le cardinal Jean-Paul Vesco, archevêque d'Alger. Dans son discours au monument, Léon XIV a évoqué le pardon, reconnaissant sa difficulté, mais ajoutant que « tandis que les conflits continuent de se multiplier dans le monde, on ne peut pas accumuler les ressentiments ». Le pontife a également honoré les martyrs de la révolution algérienne représentés sur le monument, saluant leur « courage et leur amour de la liberté ». Il a ensuite rencontré les autorités au centre de conférences de Djamaa el Djazair et les a exhortées à « ne pas dominer » mais à « servir le peuple et son développement ».

    Il a également évoqué le rôle de l'Église catholique locale qui, par ses communautés et ses initiatives, s'efforce de « contribuer au bien commun de l'Algérie ». Léon XIV s'est présenté comme un témoin de paix dans « un monde en proie aux conflits et à l'incompréhension ». Parmi ses discours les plus « politiques », il a lancé un appel contre « les violations persistantes du droit international et les velléités coloniales ». Le dialogue interreligieux était au cœur de cette première journée en Algérie, marquée par une visite pieds nus à la Grande Mosquée d'Alger. Là, le Pape s'est exprimé spontanément et, répondant au salut du recteur, a de nouveau mentionné son « père spirituel, saint Augustin, qui a tant voulu enseigner au monde, notamment par la recherche de la vérité, la recherche de Dieu, la reconnaissance de la dignité de chaque être humain et l'importance de construire la paix ». Le Pape a également déclaré que « chercher Dieu, c'est aussi reconnaître l'image de Dieu en chaque créature, en chaque enfant de Dieu, en chaque homme et chaque femme créés à l'image et à la ressemblance de Dieu ». Ces mots constituent le fondement de l’invitation à « apprendre à vivre ensemble dans le respect de la dignité de chaque personne humaine ». 

    Le pape Prévost a également honoré la mémoire de deux religieuses assassinées en 1994 , les bienheureuses Esther Paniagua Alonso et Caridad María Alvarez Martín, par une visite privée au centre d'accueil et d'amitié des Sœurs Missionnaires Augustines de Bab El Oued. C'est dans cette même ville de la province d'Alger que les deux sœurs infirmières ont subi le martyre. La rencontre s'est terminée à la basilique Notre-Dame d'Afrique à Alger, que le pape a décrite dans son discours comme le « symbole d'une Église de pierres vivantes où, sous le manteau de Notre-Dame d'Afrique, se construit la communion entre chrétiens et musulmans ». Aujourd'hui, le pape se rend à Annaba pour une journée sur les traces d'Augustin, dans ce qui fut jadis l'ancienne cité d'Hippone.

    Lire également : L'attaque incontrôlée de Trump contre Léon XIV suscite également la suspicion chez les catholiques.

  • Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Diplomatie, engagement et réformes

    Le 28 mars, deux semaines après sa nomination au poste d’archevêque de Łódź, le cardinal Konrad Krajewski a pris possession de son siège épiscopal, tenant ainsi sa promesse de faire en sorte qu’un évêque dirige le diocèse avant Pâques.

    Une semaine après sa nomination au poste de secrétaire d'État adjoint, l'archevêque Paolo Rudelli s'est rapidement rendu au Vatican, où il a rencontré le personnel, présenté par nul autre que le secrétaire d'État lui-même, le cardinal Pietro Parolin.

    Léon XIV a nommé de nouveaux membres au Dicastère pour la communication — une décision attendue mais mûrement réfléchie. Les choix du pape ont envoyé un message clair : ses priorités et sa vision donneraient désormais le ton en matière de communication.

    Dans le même temps, un scandale international éclata lorsque le magazine par abonnement The Free Press révéla que l’ancien nonce aux États-Unis, le cardinal Pierre, avait été convoqué au Pentagone. Il rapportait que le sous-secrétaire catholique à la Défense avait laissé entendre que le Saint-Siège devrait s’aligner sur les États-Unis, établissant une comparaison avec la période d’Avignon où l’Église était sous l’influence des rois de France. Cet événement illustre encore davantage l’environnement complexe auquel sont confrontées les réformes de Léon XIV.

    Pour être honnête, cette interprétation a par la suite été démentie par le cardinal Pierre et le sous-secrétaire à la Défense, qui ont décrit une atmosphère cordiale et respectueuse. Il est très probable qu’il s’agissait d’une conversation informelle – notamment parce que le nonce n’est pas convoqué au « ministère de la Défense », mais bien au ministère des Affaires étrangères – et qu’elle a été rapportée avec une certaine agitation, ce qui a finalement conduit le journaliste à écrire ce qu’il a écrit.

    À première vue, ces quatre événements peuvent sembler sans rapport les uns avec les autres.

    Un examen plus attentif révèle un thème sous-jacent qui les relie : le style de leadership et les priorités du pape, tels qu’ils transparaissent à travers les réformes, les nominations, la stratégie de communication et l’engagement diplomatique. En examinant ces liens, nous pouvons mieux comprendre l’approche du pape.

    Tout d’abord, ces événements ont déterminé la rapidité avec laquelle le pape a mis en œuvre ses réformes. Il a mûrement réfléchi, écouté tout le monde, et a peut-être semblé lent à prendre une décision. Mais lorsqu’il s’est décidé, Léon XIV a pris sa décision sans relâche, sans hésitation, et s’attendait à ce que ses décisions soient mises en œuvre.

    La rapidité de cette décision et l’arrivée tout aussi rapide de Rudelli à la Secrétairerie d’État démontrent la volonté du pape d’opérer des changements rapides lorsque cela s’avère nécessaire. De plus, Rudelli possède une autre caractéristique chère au pape : le sens de l’institutionnalité. En effet, il a choisi d’occuper l’appartement du suppléant dans la Troisième Loge, renonçant à l’appartement isolé que son prédécesseur, Peña Parra, s’était choisi dans la Deuxième Loge, où se trouve le personnel diplomatique.

    Deuxièmement, ces événements montrent comment Léon XIV met en œuvre le renouvellement générationnel. Les nouveaux membres du Dicastère pour la communication étaient très attendus, car les dernières nominations remontaient à 2021 et les mandats de tous les membres avaient donc expiré.

    En choisissant les nouveaux membres, Léon XIV a fait un choix clair : il a inclus les deux pro-préfets du Dicastère pour l’évangélisation (le cardinal Luis Antonio Tagle et l’archevêque Rino Fisichella), ainsi que le prédicateur de la Maison pontificale, qui, de mémoire récente, n’avait jamais été inclus comme membre d’un dicastère. Il a également inclus plusieurs présidents d’organisations épiscopales continentales, mais il n’y a aucun Européen parmi les nouveaux membres. Il y a un cardinal, Cristobal Lopez, archevêque de Rabat, qui possède une solide expérience de journaliste mais qui est avant tout un missionnaire ayant mené une vie et un parcours missionnaires.

    En bref, Léon XIV semble considérer la communication du Saint-Siège comme quelque chose qui doit avant tout atteindre les confins de la terre. Ce n’est plus seulement la voix du pape, mais la voix du peuple. Avant tout, l’idée est de développer l’évangélisation.

    Cela pourrait également déboucher sur une réforme du Dicastère de la Communication du Vatican, qui assume actuellement des fonctions tant institutionnelles que pastorales, ainsi que la diffusion de l’information. Beaucoup espèrent que le Bureau de presse du Saint-Siège relèvera à nouveau directement de la Secrétairerie d’État, afin que les communications officielles soient directement rattachées au Secrétariat du Pape, sans bureaucratie excessive.

    Nous verrons bien.

    En attendant, Léon XIV devra nommer un nouveau préfet de la Communication d’ici la fin de l’année, le mandat de Paolo Ruffini arrivant à expiration. Le choix du successeur de Ruffini sera un signal supplémentaire : le pape choisira-t-il à nouveau un laïc, ou optera-t-il pour un ecclésiastique ?

    L’évangélisation façonne également la diplomatie de Léon XIV.

    Dans son message urbi et orbi de Pâques, il a rompu avec la tradition. Léon XIV s’est adressé sans détour aux dirigeants politiques, leur demandant de déposer les armes et d’ouvrir un dialogue direct. Lorsque le président Donald Trump a déclaré son intention de détruire une civilisation, Léon XIV a répondu avec fermeté, appelant les catholiques à se mobiliser pour la paix et omettant soigneusement de mentionner Trump par son nom.

    Son message était sans ambiguïté : le pape établit des principes ; les catholiques doivent agir avec conviction.

    La diplomatie de Léon XIV défend les principes et la responsabilité personnelle, s’élevant au-dessus des clivages partisans. La rencontre au Pentagone avec le cardinal Pierre en est un exemple révélateur : des discussions sur les positions américaines ont peut-être eu lieu, peut-être a-t-on fait référence à Avignon, mais interpréter cela comme une menace est erroné.

    La dialectique a changé. Les signaux envoyés sont différents.

    Léon XIV a appelé au désarmement, et c’est là un exemple où le langage doit être « désarmé » pour éviter tout conflit narratif. Le pontificat de Léon XIV, cependant, s’affirme sans équivoque, caractérisé par des réformes prudentes et réfléchies, la renaissance des symboles institutionnels et une clarté de communication sans faille. L’orientation du pape est « léonine ».

    Il est trop tôt pour porter un jugement définitif, mais la direction semble claire.

  • Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

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    De Claves (Site de formation et d’évangélisation de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre​) :

    11 avril 2026

    Des sacres légitimes ?

    Les sacres prévus par la FSSPX sont-ils légitimes ?

    Œuvre d’un groupe de théologiens (Theologus), cet article a reçu un hommage appuyé du cardinal Sarah  :

    “Un immense merci pour ce texte lumineux. Il éclairera les âmes désireuses de vivre leur Foi dans la Vérité, c’est-à-dire dans le Christ et dans Son Église. Depuis 2001 je fais partie de ceux qui aident le Souverain Pontife à choisir les Candidats à l’Épiscopat, après une longue et minutieuse enquête sur chaque candidat. Je suis douloureusement surpris et choqué qu’une simple décision d’un Supérieur de Communauté décide d’ordonner des « Évêques véritablement catholiques ». Merci pour ce texte merveilleux, clair et bien étudié. Nous devons savoir que ce n’est pas nous qui sauvons les âmes. C’est le Christ Seul qui sauve. Nous, nous ne sommes que des instruments entre Ses Mains.
    Continuons à prier pour qu’on ne déchire pas de nouveau le Corps du Christ.”

    Cardinal Robert Sarah

    Quelle est l’argumentation fondamentale de la FSSPX en défense des sacres projetés pour le 1er juillet 2026 ?

     Elle est résumée de façon officielle dans une Annexe à la réponse de l’abbé Pagliarani au Préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, le 18 février 2026 :

    « Une consécration épiscopale non autorisée par le Saint-Siège, lorsqu’elle ne s’accompagne ni d’une intention schismatique, ni de la collation de la juridiction, ne constitue pas une rupture de la communion de l’Église. La constitution Lumen gentium sur l’Église énonce au chapitre III, au n° 21 [LG 21], que le pouvoir de juridiction est conféré par la consécration épiscopale. […]

    L’argumentation qui voudrait conclure que seraient schismatiques les consécrations épiscopales à venir au sein de la Fraternité, repose tout entière sur le postulat du Concile Vatican II selon lequel la consécration épiscopale donne à la fois le pouvoir d’ordre et celui de juridiction ».

    En quoi cette argumentation est-elle critiquable ?

    Elle comporte deux grosses erreurs : une sur ce qu’affirme le Concile ; une sur l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres.

    Que dit en fait le Concile ?

    Il n’affirme pas que la consécration épiscopale confère le pouvoir de juridiction.

    Le saint Concile enseigne que, par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre […]. La consécration épiscopale, en même temps que la charge (ou fonction : munus) de sanctification, confère aussi les charges d’enseigner et de gouverner, lesquelles cependant, de par leur nature, ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres (LG 21).

    Pour bien comprendre le texte de LG 21, il faut préciser qu’une Note (Nota explicativa prævia) a été ajoutée à Lumen gentium à la suite des demandes d’éclaircissements de pères conciliaires, dont ceux du groupe dont faisait partie Mgr Lefebvre, le Cœtus internationalis Patrum.

    Que dit la Note qui explique LG 21 ?

    « Dans la consécration épiscopale est donnée la participation ontologique aux fonctions (munera) sacrées comme il ressort de façon indubitable de la Tradition et aussi de la tradition liturgique. De propos délibéré on emploie le terme de fonctions (munera) et non pas celui de pouvoir (potestas), parce que ce dernier pourrait s’entendre d’un pouvoir apte à s’exercer en acte. Mais pour qu’un tel pouvoir apte à s’exercer existe, doit intervenir la détermination canonique ou juridique de la part de l’autorité hiérarchique. […] Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique. Il est évident que cette “communion” a été appliquée dans la vie de l’Église suivant les circonstances des temps avant d’avoir été comme codifiée dans le droit.

    C’est pourquoi on dit expressément qu’est requise la communion hiérarchique avec le chef et les membres de l’Église. La communion est une notion tenue en grand honneur dans l’ancienne Église (comme aujourd’hui encore, notamment en Orient). On ne l’entend pas de quelque vague sentiment, mais d’une réalité organique, qui exige une forme juridique et est animée en même temps par la charité. » (Nota prævia, n. 2).

    Y a-t-il ici une nouveauté erronée de Vatican II ?

    Contrairement à ce que soutient la FSSPX, selon Vatican II il n’est pas question, dans ce que confère la consécration épiscopale, du pouvoir de gouverner (de juridiction), mais de charges ou fonctions. La FSSPX affirme donc – sans le prouver – un « postulat de Vatican II » prétendument erroné. 

    D’ailleurs, un théologien « traditionaliste » reconnu, l’abbé Raymond Dulac, explique au contraire que dans le texte de LG 21, il n’y a pas de rupture avec la doctrine catholique antécédente : « Le sacre produit une destination innée, indélébile, inscrite dans le “caractère épiscopal” de gouverner une portion de l’Église, mais cette aptitude a besoin d’être réduite à l’acte par un vrai “pouvoir” de juridiction ». Et il parle « d’autorité radicale inscrite dans le sacre » (La collégialité épiscopale au deuxième concile du Vatican, Le Cèdre, 1979, pp. 119-120).

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres repose-t-elle toute entière, comme le dit la FSSPX, sur cette supposée « erreur » de Vatican II ?

    Non, car même si la FSSPX avait raison dans sa critique de Lumen gentium, ceux qui s’opposent à son raisonnement ne s’appuient pas sur cette question de la transmission du pouvoir de juridiction. 

    L’argumentation de ceux qui s’opposent aux sacres de la FSSPX repose sur la nature même de l’épiscopat catholique, dont l’essence comporte la communion hiérarchique.

    Comment préciser l’argumentation de ceux qui s’opposent aux futurs sacres ?

    Comme on vient de le dire, ce qui est en cause dans les futurs sacres, ce n’est pas la réception ou non d’un pouvoir de juridiction. C’est le fait que toutes les fonctions reçues dans le sacre – y compris celle de la sanctification des baptisés par la collation de la confirmation et de l’ordre – « ne peuvent s’exercer que dans la communion hiérarchique avec le chef du collège et ses membres » ; et que ceci tient à « la nature même » de ces fonctions épiscopales.

    Cela vaut-il aussi pour un évêque sans juridiction, comme un évêque titulaire ou un évêque émérite ?

    Oui, un évêque qui n’a pas reçu de sujets à gouverner (évêque titulaire) ou qui est retiré (évêque émérite), ne confirme ou n’ordonne pas les sujets d’autres évêques dans l’Église, sans la permission de leurs Ordinaires propres. 

    L’évêque titulaire est bien sacré sans qu’on lui ait conféré de juridiction actuelle, mais il exerce toujours cependant, dans l’ordre de la sanctification, sa « grâce de chef » reçue dans le sacre (cf. saint Irénée, Adversus hæreses, III, 17, 2) dans la communion hiérarchique avec le pape et les autres évêques.

    Chaque fois qu’un évêque sans juridiction actuelle exerce son pouvoir sacramentel épiscopal, il le fait donc avec une mission reçue de ceux qui ont juridiction (évêques diocésains ou Supérieurs religieux).

    Une mission particulière est-elle reçue pour les futurs évêques de la FSSPX ?

    Non, ce n’est pas cela qui est envisagé pour les sacres de la FSSPX : « La situation présente, qui est celle d’une invasion généralisée et permanente du modernisme dans l’esprit des hommes d’Église, réclame, pour la sanctification et le salut des âmes, un épiscopat véritablement catholique et indemne des erreurs du concile Vatican II, tel qu’il ne saurait de fait se rencontrer en dehors de l’œuvre suscitée par Mgr Lefebvre » (Abbé Gleize, « Les sacres du 1er juillet 2026 », La Porte Latine, 11 février 2026). 

    Dans la présentation d’un livre en italien, la FSSPX affirme qu’est nécessaire « la consécration d’évêques intégralement catholiques pour l’ordination de prêtres intégralement catholiques qui continueront à transmettre sans altération le Dépôt de la foi » (AA. VV., Al servizio della Chiesa. Le consacrazioni episcopali della Fraternità San Pio X, Edizioni Piane, 2026).

    Il est donc envisagé que les futurs évêques de la FSSPX soient consacrés non seulement sans juridiction ni mission reçues mais aussi en-dehors de la communion hiérarchique catholique, puisque seule la FSSPX peut, à son avis, transmettre sans altération le Dépôt de la foi. 

    Le sacre en dehors de (et a fortiori contre) la communion hiérarchique est-il un acte intrinsèquement mauvais ?

    Oui, car un prêtre sacré sans recevoir de juridiction actuelle reçoit cependant toujours un pouvoir spirituel intrinsèquement ordonné au gouvernement de l’Église. Il ne peut recevoir, en dehors de toute injonction de ceux qui ont autorité dans l’Église (et a fortiori contre eux), une « grâce de chef », c’est-à-dire une puissance essentiellement ordonnée à un acte réservé, de droit divin, à ceux qui dans l’Église sont revêtus de l’autorité. 

    Un sacre en-dehors de la communion hiérarchique revêt donc une grave viciosité qui est, sinon schismatique, du moins dans la ligne même du schisme. Pie XII qualifie ainsi la consécration reçue sans l’institution apostolique de « très grave attentat à l’unité même de l’Église », et il qualifie de « gravement illicite et sacrilège » l’usage du pouvoir d’ordre par des évêques ainsi consacrés (Encyclique Ad apostolorum Principis, 29 juin 1958).

    Conférer ou recevoir l’épiscopat en-dehors de la communion hiérarchique est-il contraire au droit divin ?

    Oui, car le Christ n’a pas établi les apôtres, ni les apôtres institué les évêques, leurs successeurs, comme des entités autonomes, sans lien entre elles. Parlant de la détermination requise pour la communion hiérarchique, la Nota Prævia dit bien : « Une telle norme ultérieure est requise par la nature de la chose, parce qu’il s’agit de fonctions qui doivent être exercées par plusieurs sujets qui, de par la volonté du Christ, coopèrent de façon hiérarchique » (n. 2).

    La réception de l’épiscopat par des prêtres de la FSSPX le 1er juillet se ferait donc de façon autonome et sans aucun lien avec le reste de l’épiscopat catholique. Elle s’opposerait au fait que rappelait l’abbé Berto, théologien (peritus) de Mgr Lefebvre durant le concile Vatican II : « De droit divin, les évêques, même dispersés, sont un corps constitué dans l’Église  » (Pour la Sainte Église Romaine, Éd. du Cèdre, 1976, p. 242).

    Et Pie XII souligne que les trois charges des évêques (y compris celle d’ordre) leur conviennent dans la subordination au Souverain Pontife : « par institution divine, vous appartient, à vous, successeurs des Apôtres, sous l’autorité du Pontife romain, en vertu d’une triple charge et prérogative (cf. can. 329), le magistère, le sacerdoce et le gouvernement (magisterium, sacerdotium, regimen) » (31 mai 1954, Allocution aux Cardinaux et évêques venus à Rome pour la canonisation de saint Pie X).

    De tels sacres sont-ils exempts, comme le soutiennent leurs défenseurs, d’« intention schismatique » ?

    Subjectivement, c’est possible. La grave et longue crise dans l’Église, notamment le fait que certains membres de la hiérarchie puissent parfois favoriser réellement l’erreur ou être complices de fauteurs d’erreurs, peut amener certains, de bonne foi, à perdre de vue des éléments essentiels de la doctrine catholique, comme la communion hiérarchique. Et l’intention subjective relève du jugement de Dieu. 

    Mais objectivement, l’épiscopat lefebvriste ne peut se constituer qu’en niant la qualité de catholiques aux autres évêques : la FSSPX le reconnaît lorsqu’elle affirme qu’il faut constituer « un épiscopat véritablement catholique » pour « le salut des âmes ».

    Comme l’a rappelé Mgr Marian Eleganti, « il ne s’agit pas principalement d’intentions, mais de faits et de comportements objectifs » (thecatholicherald.com, 9 mars 2026). Et Mgr Robert Mutsaerts a écrit : « La FSSPX dispose d’une hiérarchie parallèle (des évêques sans mandat pontifical), elle procède à des ordinations sans juridiction, et ignore souvent les évêques locaux » (lifesitenews.com, 12 mars 2026). 

    La notion de l’épiscopat, telle que la FSSPX la met en avant, est-elle orthodoxe ?

     Malheureusement la FSSPX forge de plus en plus clairement une notion de l’épiscopat manifestement contraire à la Tradition catholique. Elle prétend en effet faire des évêques qui n’ont pas de relation au gouvernement réel de l’Église, et qui ne sont pas de « vrais princes dans la hiérarchie ecclésiastique » (Léon XIII, encyclique Sapientiæ christianæ, 10 janvier 1890). 

    A contrario, la notion catholique de l’épiscopat est bien affirmée par saint Thomas : « L’évêque a un ordre par rapport au Corps mystique du Christ, qui est l’Église, sur laquelle il reçoit une charge principale et quasi royale » (Traité de la perfectione de la vie spirituelle, chap. 24, 4).

    La Tradition s’exprime par ailleurs notamment dans les rites liturgiques et l’usage de l’Église, tant orientale qu’occidentale. Elle montre que, par les rites de la consécration épiscopale, les évêques, non seulement reçoivent un pouvoir d’ordre spécifique, mais tiennent la place du Christ comme Maître et Pasteur. Ainsi, le Pontifical romain traditionnel porte, pour tous les évêques, même ceux qui n’ont pas la charge d’un troupeau particulier : « Donnez-lui, Seigneur, une chaire épiscopale pour régir votre Église et le peuple qui lui est confié ». Et Benoît XIV invoque un autre texte du Pontifical : « Recevez l’Evangile, et allez l’annoncer au peuple qui vous est confié » (Lettre Apostolique au Cardinal delle Lanze, 4 août 1747).

    La FSXPX au contraire promeut un épiscopat réduit à l’exercice du pouvoir d’ordre (ordonner des prêtres et confirmer des fidèles). Cela contredit le Concile de Trente, qui enseigne à deux reprises que « la prédication est la charge principale (præcipuum munus) des évêques » (Session 5, Decretum de reformatione, c. 2, et Session 24, Decretum de reformatione, c. 4 ; Mansi, 33, 30 et 159).

    Y a-t-il un danger de dérives vers l’hétérodoxie ?

    Oui. Pour la FSSPX, l’évêque est désigné par les supérieurs d’une société de vie apostolique particulière : la FSSPX. Un tel évêque n’est donc plus institué en union avec le pape et les autres évêques, il n’est plus membre d’un corps. 

    Il y a là une hérésie au moins dans la pratique : « La doctrine catholique la plus élémentaire, enseigne en effet Pie IX, nous apprend que personne ne peut passer pour évêque légitime : 

    • s’il n’est pas rattaché par la communion de foi et de charité à la pierre sur laquelle a été bâtie l’Église du Christ, 
    • s’il n’adhère pas au pasteur suprême auquel ont été confiées, pour les conduire au pâturage, toutes les brebis du Christ, 
    • s’il n’est pas lié à celui qui confirme ses frères qui sont en ce monde »

    (Lettre apostolique Etsi multa luctuosa, 21 novembre 1873).

     D’autre part, la notion de l’épiscopat formulée par la FSSPX est prétendument réduite à la fonction de distributeur des sacrements par les évêques sur l’injonction des supérieurs de la FSSPX.

    De tels évêques disent ne pas avoir de juridiction mais ils s’attribuent pourtant, pour confirmer et ordonner, une juridiction sur des sujets qui ne sont pas les leurs. Un des signes de l’insincérité de cette absence de juridiction, c’est précisément l’usage dans les cérémonies pontificales de la FSSPX de nombreux signes des pouvoir d’enseignement et de gouvernement : la mitre, la crosse, le trône, etc. Alors que de tels signes liturgiques ne sont absolument pas requis à la validité de l’usage du pouvoir d’ordre épiscopal.

    La conception d’un épiscopat réduit au pouvoir d’ordre s’oppose ainsi pratiquement à l’affirmation révélée selon laquelle les évêques sont « posés par le Saint-Esprit pour gouverner (paître, poimainein) l’Église de Dieu » (Ac 20, 28) .

  • Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape en Afrique

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    De Victor Gaetan sur le NCR :

    Trois thèmes qui expliquent la signification du voyage du pape Léon XIV en Afrique

    ANALYSE : Un examen plus approfondi des quatre pays figurant à l'itinéraire du pape montre comment le rôle de l'Église — avant et après l'indépendance — a façonné sa visite.

    Dans une récente interview accordée au Register, l'archevêque José Avelino Bettencourt, nonce apostolique au Cameroun et en Guinée équatoriale, a évoqué à juste titre de « multiples raisons à plusieurs niveaux » expliquant l'importance du voyage du pape Léon XIV dans quatre pays africains du 13 au 23 avril.

    L’avenir de l’Église en Afrique est une priorité absolue. La population africaine devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants d’ici 2050, soit une augmentation de près de 80 % par rapport à aujourd’hui, et le Saint-Siège est pleinement conscient de l’impact de cette croissance sur les priorités pastorales ainsi que sur les structures socio-économiques du continent. Selon la Banque mondiale, d’ici 25 ans, un jeune sur trois dans le monde sera africain.

    Le contexte historique plus large est également prépondérant, notamment lors de la première étape du voyage de Léon en Algérie, où le pape augustinien visitera les ruines de l'église où saint Augustin fut évêque d'Hippone au Ve siècle. Trois thèmes historiques structurent le voyage de dix jours de Léon et permettent d'en comprendre l'écho, ainsi que le profond respect dont jouit l'Église catholique sur le continent.

    1. Ordres missionnaires orientés vers le bien des populations locales

    Une idée fausse très répandue concernant l'Église catholique en Afrique porte sur sa relation avec le colonialisme.

    Bien que l’Église soit généralement arrivée avec des missionnaires sur des routes « pavées » par les puissances coloniales — les Français en Algérie et au Cameroun, les Portugais en Angola, les Espagnols en Guinée équatoriale —, les ordres religieux et le Saint-Siège ont fonctionné indépendamment des autorités coloniales lorsque cela importait. 

    Dès le XIXe siècle, les ordres missionnaires ont œuvré au service des populations locales, notamment dans les domaines de la santé et de l'éducation. Le Vatican s'est distingué par son opposition à la traite des esclaves, la promotion du clergé autochtone, l'accès à l'éducation et le soutien à la souveraineté nationale. 

    L'Algérie offre un exemple fascinant de la manière dont les religieux et les évêques catholiques ont privilégié les populations locales. (L'ordre des Augustins, fondé en Italie en 1244 par le pape Léon XIV, était voué dès ses débuts à la Règle de saint Augustin, mais ne s'est implanté dans le pays natal du saint qu'en 1933. )

    La première congrégation religieuse d'Algérie, les Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, fut fondée en 1835 par une Française de 37 ans, Sainte Émilie de Vialar. Elle traversa la Méditerranée à bord d'un navire militaire français avec plusieurs autres jeunes religieuses, à la demande de son frère, qui travaillait pour le gouvernement colonial. Ce dernier avait constaté le besoin criant de soins médicaux et d'éducation de la population. Les sœurs durent immédiatement faire face à une épidémie de choléra et servirent aussi bien les populations autochtones que les Français. 

    Trois décennies plus tard, Mgr Charles Lavigerie, évêque de Nancy, fut nommé archevêque d'Alger, la plus grande ville d'Algérie. Il créa des foyers pour les orphelins musulmans algériens (malgré l'opposition des autorités locales françaises) puis, en 1868, fonda la Société des Missionnaires d'Afrique, qui s'étendit à l'Afrique centrale et orientale, privilégiant l'apprentissage des langues locales et l'implantation de l'Église là où elle était inconnue. Mgr Lavigerie s'opposait au prosélytisme auprès des musulmans, convaincu que la charité et l'altruisme étaient les caractéristiques du christianisme.

    En Angola, l'histoire du catholicisme remonte à l'arrivée, à la fin du XVe siècle, de frères portugais voyageant avec des explorateurs. En 1491, ils convertirent un roi local et son fils, qui contribuèrent ensuite à la conversion de la région. Une mission jésuite débuta en 1548 et se révéla plus durable, mais l'ordre fut expulsé en 1759, lorsque les gouvernements pratiquant la traite négrière (Portugal, France et Espagne) contraignirent le pape Clément XIV à la supprimer. 

    La Congrégation du Saint-Esprit, ou Spiritains, a insufflé un nouvel élan à l'évangélisation en Angola dès son arrivée en 1866. Les Spiritains ont également joué un rôle important dans l'histoire catholique du Cameroun, notamment dans la ville côtière de Douala, après la prise de contrôle française du territoire colonial allemand à la suite de la Première Guerre mondiale. Sous administration allemande, les Pères Pallottins (de l'appellation officielle Société de l'Apostolat Catholique) ont mené les efforts missionnaires. Chassés du pays en 1916 , les Pallottins sont revenus au Cameroun en 1964 pour y exercer leur ministère.

    Aujourd'hui, plus de 300 congrégations religieuses sont actives au Cameroun, pays qui compte environ 30 millions d' habitants , avec un âge médian de 18 ans.

    La dernière étape du voyage du pape Léon XIV est la Guinée équatoriale, seul pays hispanophone d'Afrique. Aux termes d'un traité signé en 1778 entre le Portugal et l'Espagne pour régler les différends frontaliers en Amérique latine, le Portugal a cédé le territoire de la Guinée équatoriale, comprenant cinq îles et une petite bande côtière continentale. L'Espagne convoitait ce territoire pour y établir une base pour sa traite transatlantique des esclaves. 

    Les Clarétains espagnols (officiellement la Congrégation des Fils Missionnaires du Cœur Immaculé de Marie) ont exercé une influence considérable et durable sur l'Église en Guinée équatoriale, leur première affectation à partir de 1883. Ces missionnaires s'opposèrent à la brutalité coloniale et aux pratiques inhumaines des planteurs. En créant et en encadrant une grande partie du système éducatif, les Clarétains favorisèrent l'ascension sociale.

    Aujourd'hui, les catholiques représentent environ 75 % des 1,9 million d'habitants du pays — l'âge moyen est de 22 ans — et les Clarétains restent profondément engagés dans la vie pastorale.

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  • Pourquoi présenter le pape Léon XIV comme étant l'antithèse de Trump ?

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    De George Weigel sur le NCR :

    Ce que le Wall Street Journal n'a pas publié

    COMMENTAIRE : La tendance à interpréter le pape Léon XIV à travers un prisme politique déforme la réalité d'un pontificat enraciné dans la foi, et non dans l'idéologie.

    Le 21 mars, le Wall Street Journal publiait un long portrait du pape dans sa rubrique « Essai du samedi ». Le sous-titre – « Le pape Léon XIV s’oppose au président Trump. Le pontife de Chicago peut-il faire la différence à l’ère des jeux de pouvoir ? » – annonçait la couleur dès le départ : le pape devait être perçu comme l’antithèse du président, ses déclarations et ses actions étant interprétées à travers ce prisme essentiellement politique.

    Ce qui est loin d'être parfait. C'est le moins qu'on puisse dire.

    Imaginez un article du samedi consacré au dalaï-lama, le présentant comme l'antithèse de Xi Jinping : cela vous permettrait-il de comprendre la pensée et la sensibilité du chef d'une tradition religieuse ancienne et complexe ? Bien sûr que non. Imaginez un article du samedi présentant le rabbin Meir Soloveichik comme l'antithèse du maire de New York, Zohran Mamdani : cela révélerait-il les vérités essentielles sur le principal représentant de l'orthodoxie moderne aux États-Unis ? Bien sûr que non. Alors pourquoi présenter le pape Léon XIV comme l'antithèse de Trump ?

    Depuis 2015, Donald Trump a monopolisé l'attention médiatique. Existe-t-il un sujet qui ne soit pas analysé ou expliqué par rapport à lui ? Cette obsession déforme la réalité. Elle déforme assurément celle du pape Léon XIV, qui a toujours affirmé que sa mission était de prêcher le Christ et d'inviter les autres à devenir ses amis.

    J'ai eu plusieurs échanges de courriels, longs et, je le croyais, fructueux, avec l'un des auteurs de cette « Tribune du samedi » avant sa publication. Le journaliste souhaitait un « point de vue américain conservateur » sur plusieurs questions catholiques. Après lui avoir précisé que certains traditionalistes me considèrent comme un moderniste dangereux, j'ai répondu avec plaisir à ses questions. Je reproduis ici ces échanges, car pas un mot de ce qui suit n'a été publié dans le Journal ; j'imagine que mes réponses éclairent d'un jour nouveau la position du pape à l'aube de son premier anniversaire sur le trône de Pierre.

    Q. Léon XIV a-t-il, comme le prétendent ses partisans à Rome, réussi à apaiser les tensions et la polarisation entre catholiques progressistes et conservateurs ? A-t-il trouvé un équilibre fondé sur la doctrine et la spiritualité, et non sur la politique et l’idéologie ? Ou bien voyez-vous les limites de cette harmonie retrouvée ? Léon XIV est-il fondamentalement progressiste avec quelques accents traditionalistes ?

    A. Le pape Léon XIV est un homme indépendant et profondément attaché à la plénitude de la vérité catholique. Il est donc absurde de tenter de le ranger dans les catégories éculées de « progressiste » et de « conservateur », même si divers partis, poursuivant leurs propres objectifs, s'y emploient sans cesse. La normalité est indéniablement revenue dans les modes de gouvernance du Vatican, et c'est une excellente chose.

    Q. Immigration : Les évêques américains, avec le soutien et les encouragements de Léon XIV, sont devenus l’une des voix les plus critiques à l’égard de la politique d’immigration de l’administration Trump. À juste titre ? S’est-il trop immiscé dans la politique ?

    A. Léon XIV et les évêques ont avancé des arguments moraux, et non politiques, dans un contexte évolutif où l'administration modifie constamment les critères de sélection. Peut-être que lorsque l'administration aura adopté une politique d'immigration stable, assortie d'objectifs réalisables, un véritable dialogue sur les alternatives concrètes – et leurs implications morales respectives – pourra alors s'instaurer.

    Q. Politique étrangère : Léon XIV a-t-il raison d’insister sur le dialogue et la médiation, le multilatéralisme et le droit international, et de dénoncer un « zèle belliqueux » ? Ses propos sur le retour en force de la guerre ne mentionnent pas explicitement l’administration Trump, mais la plupart des gens les interprètent ainsi. Est-il judicieux, et utile, que le Vatican parie sur un ordre international d’après-guerre en train de s’effondrer ?

    A. J’espère qu’au fil de son pontificat, le pape Léon XIV instaurera une révision en profondeur de la pensée vaticane sur la dynamique de la politique mondiale du XXIe siècle et sur la manière dont le Saint-Siège peut y répondre au mieux en tant que témoin et enseignant moral. 

    Q. Selon vous, quelle direction pourrait ou devrait prendre une telle analyse ascendante ? Je n’ai pas encore entendu Léon XIV parler beaucoup de la théorie de la guerre juste ; est-ce une piste possible, compte tenu de son parcours ?

    A. La théorie de la guerre juste ne peut être abordée de manière pertinente que dans le cadre d'une réflexion plus large sur la conception catholique de la paix, que saint Augustin appelait la « tranquillité de l'ordre » – une paix fondée sur la sécurité, la justice et la liberté. Fils de saint Augustin, le pape Léon XIV devrait être bien placé pour initier ce débat plus large et contribuer à y intégrer une réflexion morale renouvelée sur la guerre juste (qui aborde la question complexe de savoir comment l'usage proportionné et éclairé de la force armée peut contribuer à rétablir ou à instaurer cette paix).