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"L'Église s'est conformée au monde et n'a pas su faire passer son message particulier"

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De kath.net/news; une interview du théologien et psychothérapeute Reinhard Pichler :

Quand l'idéologie supplante la vérité

29 décembre 2021

"Mais dans l'ensemble, en cette période de détresse, on constate que l'Église s'est conformée au monde et n'a pas su faire passer son message particulier" - Interview du théologien et psychothérapeute Reinhard Pichler dans "VISION 2000".

Qu'est-ce qui caractérise notre époque ? Et : comment les chrétiens devraient-ils réagir aux défis spirituels de la pensée mondaine dominante ? C'est sur ces questions que porte l'entretien suivant.

Nous parlons des signes des temps, c'est-à-dire des tendances de l'évolution spirituelle. Quelles sont celles que tu considères comme significatives aujourd'hui ? Et dans quelle mesure est-il important pour les chrétiens de s'y confronter ?

Reinhard Pichler : Je vois trois grands courants de développement qui arrivent à leur terme. Je veux dire par là qu'il y a des développements dont on peut reconnaître qu'ils ne peuvent pas continuer ainsi. Le premier courant de développement spirituel est le suivant : les gens ne trouvent plus de sens - et nulle part : ni dans la relation, ni dans l'Eglise, ni dans l'argent, ni dans la profession, ni dans le développement de carrière, ni dans le sport...

Comment faut-il comprendre cela ?

Pichler : Tout cela arrive à un point final, parce que plus haut, plus vite, plus loin - d'une certaine manière, cela ne va plus. Un exemple : les choses folles qui se déroulent au Hangar 7, c'est-à-dire les sports extrêmes : par exemple le saut stratosphérique de Felix Baumgartner à 40 kilomètres d'altitude. Ou encore : l'escalade de cascades de glace est déjà folle, mais il existe des vidéos Youtube dans lesquelles on voit des vététistes descendre de telles cascades et survivre d'une manière ou d'une autre ! Ce sont tous des exemples d'activités fondamentalement perverses et dénuées de sens.

Ce sont des exemples dans le domaine du sport. Mais tu as aussi mentionné le domaine professionnel...

Pichler : Je connais des gens qui sont responsables d'une fortune tellement importante ou de tant de collaborateurs qu'ils ne peuvent plus appréhender cette responsabilité. Pire encore, elles ne saisissent plus le sens réel de leur activité. Un exemple : pour de nombreuses entreprises, il ne s'agit même plus de savoir si elles fournissent un service utile et offrent des emplois sûrs, mais uniquement de connaître le cours de leurs actions. Il en va de même dans le secteur immobilier, où l'on construit de plus en plus pour le fait de construire...

Tu as aussi parlé des relations...

Pichler : Même les personnes croyantes abordent aujourd'hui les relations soit avec de trop grandes attentes, soit avec une désillusion complète. Les médias y contribuent également, car c'est un autre domaine dans lequel nous en arrivons à épuiser le sens. Avec les reportages actuels, on est constamment confronté à la question : qu'est-ce qui est vrai et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Il est aisé de se perdre dans la multitude d'informations contradictoires. La confusion est parfois systématiquement encouragée.

En résumé, nous perdons en grande partie la dimension de sens de notre vie quotidienne ?

Pichler : Oui, et là, je dois aussi parler du domaine de l'Église. Ici aussi, le mystère essentiel de la souffrance, de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ, qui devrait être au premier plan des événements ecclésiaux, est perdu de vue. Tant d'éléments secondaires obstruent ce regard. L'Église met surtout en avant ses activités sociales, s'engage dans la protection du climat, de nombreux services religieux donnent l'impression que la foi est avant tout un événement et que l'église est un lieu de rencontre. C'est ainsi que le regard sur le mystère de la foi est occulté. Un autre exemple : quand un groupe veut lancer dans la paroisse la consécration de 33 jours à Jésus par Marie, le curé s'y oppose parce que cette action diviserait la paroisse si un acte de consécration public devait avoir lieu le 8 décembre dans l'église.

En effet, à l'époque de la covid, l'église ne s'est souvent pas clairement démarquée des autres institutions non "vitales".

Pichler : C'est vrai. Et pourtant, de nombreuses personnes auraient été ouvertes, dans leur inquiétude, à des réponses à des questions telles que : Qu'est-ce que cela signifie ? Comment cela va-t-il continuer ? Comment Dieu peut-il permettre cela ? Cette chance n'a pas vraiment été saisie. On aurait pourtant pu, comme cela s'est souvent produit dans l'histoire de l'Église, interpréter l'événement en fonction de Dieu. Le message transmis était plutôt un message intérieur : nous nous serrons les coudes - et les choses vont s'arranger. Il est vrai qu'il y a eu des services en ligne centrés sur Jésus. Mais dans l'ensemble, en cette période de détresse, on constate que l'Église s'est conformée au monde et n'a pas transmis son message particulier.

L'expérience du peuple d'Israël, en particulier dans l'Ancien Testament, montre que, dans les moments de grande détresse, il a toujours su que la détresse était une invitation de Dieu à la repentance.

Pichler : Oui, l'Église n'a pas saisi sa chance. Que signifie donc reconnaître les signes dans une perspective chrétienne ? Faire face aux défis de notre temps, donner courageusement des réponses basées sur la foi.

Qu'entends-tu par : "répondre avec courage" ?

Pichler : Prendre clairement position à partir de la foi, de sorte que les gens puissent comprendre cela comme une aide, que leur confiance grandisse, qu'ils fassent davantage confiance à la prière, qu'ils puissent faire l'expérience d'un sentiment de sécurité auprès de la Mère Église.

Tu as parlé d'un deuxième volet. De quoi s'agit-il ?

Pichler : Il y a de plus en plus de domaines dans lesquels la liberté est restreinte, où l'on n'exprime plus son opinion par peur de choquer. On n'a souvent plus le droit de se poser des questions en cherchant. Seule la vision qui prévaut dans les médias, sur Youtube, Facebook ou à la télévision, a encore droit de cité. De cette manière, ce que beaucoup disent devient la vérité. Plus une organisation est impressionnante, plus son poids international est grand, plus son point de vue s'établit facilement comme une vérité qui ne peut être remise en question. Cela a beaucoup à voir avec l'uniformisation des médias. Ils marquent l'esprit du temps. Nous avons connu des situations similaires sous des systèmes totalitaires dans le passé. Mais la globalité avec laquelle ce phénomène se produit aujourd'hui est nouvelle.

Mais cela se dessinait déjà depuis longtemps. Alexandre Soljenitsyne l'avait déjà dénoncé en 1978 dans son discours de Harvard. Cela s'est-il accentué ces derniers temps ?

Pichler : Selon ma perception, cela a beaucoup changé au cours de l'an et demi écoulé. Il est devenu beaucoup plus difficile de pouvoir exprimer son opinion, par exemple en tant que médecin, d'avoir un point de vue qui diffère de celui généralement propagé.

Mais cela vaut aussi pour d'autres sujets. On ne discute plus du tout de certains sujets, par exemple lorsqu'il s'agit du "mariage" pour tous.

Pichler : Oui. Il est remarquable de voir à quel point l'opinion est devenue unanime sur de nombreuses questions. Cela vaut également pour le transhumanisme ou pour la question de savoir si les interventions de changement de sexe ont un sens. Il est également étonnant que tous les pays tirent désormais à la même corde sur les questions de protection du climat. La réaction uniforme du monde entier à la pandémie de Corona semble, à mon avis, avoir favorisé cette attitude. Ce serait en soi une évolution souhaitable si elle n'était pas souvent marquée par l'idéologie et systématiquement poussée par les médias de masse. Car cela augmente le risque que l'on fasse ce qu'il ne faut pas dans le monde entier et que l'on se sente bien. On oublie alors que la critique intelligente a été malmenée et mise de côté en cours de route. La perte de telles critiques est un signal d'alarme. Nous sommes donc en présence des signes des temps en ce qui concerne le point 2 : nous sommes confrontés à la question suivante : la liberté de jugement est-elle préservée ou va-t-on dans la direction d'une dictature ?

Et le troisième volet ?

Pichler : Pour les chrétiens, la question est la suivante : dans quelle mesure suis-je capable et prêt à regarder l'essentiel ? Et : dans quelle mesure suis-je tenté d'être influencé par l'esprit du temps ? Il y a une offre énorme dans ce secteur. Je pense à l'avertissement qui a circulé il y a quelques années. Combien de personnes sont tombées dans le piège de ces "messages" ! Il s'agit donc de discerner les esprits.  Mais il y a aussi autre chose : Cultiver la vigilance qui me permet de reconnaître ce à quoi je devrais renoncer, même si cela semble tentant et que j'y étais habitué jusqu'à présent. Mon expérience : ceux qui sont prêts à un tel renoncement peuvent progresser sur le chemin d'un approfondissement et se laissent moins troubler.  

Qu'est-ce qui aide au discernement des esprits ?

Pichler : Il y a trois niveaux. Le premier : il faut utiliser son bon sens et ne pas le perdre. L'homme a un sens fondamental de ce qui est bon et juste. Il faut distinguer les deux. Le bien concerne l'intention de l'action, le juste son résultat.

Passons maintenant au niveau 2 : toujours se demander ce qui, aux yeux de Dieu, serait bon et juste ? Qu'est-ce que Jésus attendrait de moi ? Il ne s'agit pas en premier lieu de respecter des règles morales. Il s'agit plutôt de vivre dans une relation intime avec le Dieu trinitaire et de ressentir : ma décision attristerait-elle Jésus ou non ? Enfin, niveau 3 : tous les défis, tous les dilemmes qui ne sont pas faciles à saisir, en particulier la souffrance et la mort, je dois essayer d'apprendre à les comprendre. Qu'est-ce que Dieu veut me dire pour qu'Il permette cela ? Celui qui apprend cela fait en même temps l'expérience de la libération.

Comment résumes-tu tes réflexions ?

Pichler : D'un point de vue humain, nous sommes confrontés à une situation extrêmement menaçante. Elle n'est pas sans espoir si, comme je l'ai dit, nous prenons au sérieux les expériences du peuple de Dieu et sommes prêts à nous convertir.  

Reinhard Pichler MBA, MSc est théologien et psychothérapeute (spécialisé dans la thérapie orthomoléculaire). Christof Gaspari s'est entretenu avec lui.

Commentaires

  • Merci pour cet article qui met bien en évidence la désespérante attitude de l'église officielle face notamment à ce qui se passe depuis près de deux ans. Inconcevable en ces circonstances d'avoir confiance en cette structure institutionnelle. L'écart s'agrandit dangereusement. J'avais déjà d'énormes doutes mais maintenant c'est une certitude. D'autant plus qu'on ne peut jamais en parler. Pour moi c'est bye bye car je n'en peux plus de toutes ces faussetés bergogliennes. J'irai voir ailleurs, là où on a conservé l'amour de la Vérité.

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