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Théologie - Page 21

  • L’alerte d’un grand canoniste sur le projet d’une Église synodale

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    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso, traduction de Diakonos.be :

    Cinq risques et trois contre-mesures urgentes. L’alerte d’un grand canoniste sur le projet d’une Église synodale

    Alors que s’achèvent les synodes continentaux qui vont ensuite confluer vers le synode mondial sur la synodalité programmé à Rome en octobre de cette année et l’année prochaine, l’essai d’un éminent canoniste qui révèle au grand jour, et avec une rare compétence, les limites comme les risques de ce projet majeur du pontificat de François est sur le point de sortir en librairie le 24 février prochain en Italie.

    Cet essai, édité chez Marcianum Press, s’intitule : « Metamorfosi della sinodalità. Dal Vaticano II a papa Francesco ». Son auteur est Carlo Fantappiè, professeur de droit canon à l’Université de Rome Trois et à l’Université Grégorienne, membre de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et auteur d’ouvrages importants notamment sur l’histoire de l’Église, du point de vue du droit.

    En un peu plus d’une centaine de pages, faciles à lire mais très bien documentées, le professeur Fantappiè reparcourt dans un premier temps la naissance et le développement de l’idée de synodalité, à partir du Concile Vatican II et des turbulents synodes nationaux des années 1970 aux Pays-Bas, en Allemagne et dans d’autres pays. Il en décrit l’élaboration qui s’en suivit grâce à des théologiens et des canonistes issus de différents pays et de différentes écoles, y compris la Commission théologique internationale avec son document « ad hoc » de 2018. Et enfin, il en étudie la mise en œuvre au sein du « processus » que François a entamé.

    Selon Fantappiè, il ne fait aucun doute que François a en tête « un nouveau modèle d’Église ». « Après le modèle grégorien, le modèle tridentin, le modèle juridico-fonctionnel, celui du peuple de Dieu, voilà qu’est en train d’émerger le modèle d’Église synodale ». Il est cependant difficile de comprendre précisément de quoi il s’agit, étant donné qu’il est soumis à des variations continues de la part du Pape lui-même « quasiment de mois en mois ».

    « Il me semble comprendre – écrit Fantappiè – que le Pape François ait l’intention de constituer un axe préférentiel, permanent, entre synodalité et synode des évêques », jusqu’au point, peut-être, de « mettre en œuvre la transition d’une ‘Église hiérarchique’ vers une ‘Église synodale’ en état permanent, et donc d’en modifier la structure de gouvernement en tournant le dos à un millénaire basé sur le Pape, la Curie romaine et le collège des cardinaux ».

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  • Dieu, la création et l'humanité : les "conférences perdues" de Benoît XVI rassemblées dans un nouveau livre

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    De Kevin J. Jones sur Catholic News Agency :

    The Divine Project: Reflections on Creation and the Church - Kindle edition  by Ratzinger, Cardinal Joseph. Religion & Spirituality Kindle eBooks @  Amazon.com.

    Dieu, la création et l'humanité : Les "conférences perdues" de Benoît XVI rassemblées dans un nouveau livre

    19 février 2023

    Six conférences du cardinal Joseph Ratzinger ont failli être perdues à jamais. Mais maintenant, elles ont été rassemblées dans un nouveau livre d'Ignatius Press, "The Divine Project : Réflexions sur la création et l'Église".

    "C'est un merveilleux résumé de ce que Dieu entend en nous créant et en nous rachetant, en six conférences. C'est tout simplement une grande découverte", a déclaré à CNA le père Joseph Fessio, SJ, président d'Ignatius Press. "Il est écrit pour les étudiants et parlé pour les étudiants. C'est vraiment très lisible".

    Le futur pape Benoît XVI a prononcé cette série de conférences en 1985 à la maison de formation de l'évêque de Gurk, à l'abbaye Saint-Georges de Längsee, dans l'État de Carinthie, au sud de l'Autriche. Elles ont été enregistrées sur des cassettes audio mais les bandes ont été égarées pendant 30 ans et oubliées. Par hasard, elles ont été redécouvertes.

    "C'est un trésor qui a été perdu et retrouvé", a déclaré M. Fessio, qui a étudié sous la direction de M. Ratzinger lorsque le futur pontife était théologien et professeur d'université. Ratzinger a été cardinal sous le pape Jean-Paul II. Il a été élu pape en 2005.

    Les conférences ont été publiées pour la première fois en allemand en 2008, mais Ignatius Press est le premier à les publier en anglais, dans un livre de 177 pages.

    M. Fessio a souligné l'importance que Ratzinger accorde aux Écritures.

    "Il revient toujours à l'Écriture lorsqu'il fait une présentation sur n'importe quel sujet", a commenté Fessio. "C'est une question théologique. Cela a à voir avec la foi, bien sûr. Son interprétation de la Genèse l'amène jusqu'à aujourd'hui. Il comprend l'érudition traditionnelle et la méthode historico-critique, mais il est capable de la rendre vivante."

    Les conférences de Mgr Ratzinger portent sur Dieu en tant que créateur d'un cosmos raisonnable, dans lequel chaque homme et chaque femme est en fin de compte une créature. Il examine comment lire la Bible et comprendre le péché originel et la rédemption.

    Ratzinger se penche sur les huit premières lignes du livre de la Genèse, sur la création des cieux et de la terre.

    "S'agit-il simplement d'un beau passage, ou cette beauté révèle-t-elle aussi quelque chose de la vérité ?" demande-t-il. "Et si oui, comment la trouver ?"

    Il réfléchit aux explications de la Genèse qui engagent les récits scientifiques de l'univers et de l'humanité, y compris la théorie de l'évolution. Il se demande si et comment les approches scientifiques et chrétiennes peuvent se compléter mutuellement, et il réfléchit à la place du récit de la création de la Genèse dans la pensée chrétienne historique, y compris la chute de l'humanité à travers Adam.

    L'Église primitive et le Moyen Âge "ont compris que la Bible est un tout et que nous ne pouvons vraiment entendre ce qu'elle dit que si nous l'entendons comme venant du Christ", explique Ratzinger.

    "Cela signifie l'entendre dans la liberté qu'il nous a donnée et depuis les profondeurs où, à travers l'écran des images, il révèle la réalité vraie et durable, le terrain solide sur lequel nous pouvons toujours nous tenir", dit-il.

    Fessio a déclaré à CNA que le livre de la Genèse est écrit "de manière très parabolique, voire mythique". Selon le commentaire de Ratzinger, l'Ancien Testament doit être lu comme une préparation au Nouveau Testament. La Bible doit être lue comme un tout.

    "Ses parties aident à se comprendre et [à comprendre] que le Christ est le but et donc la clé de l'interprétation", a déclaré Fessio. Il a ajouté que les conférences de Ratzinger montrent "comment la création a été faite pour le culte de Dieu, pour le sabbat, pour le jour du culte et le jour où Dieu s'est reposé."

    "Si Dieu est le Créateur, cela signifie que nous sommes des créatures", a ajouté Fessio. "Cela signifie que nous ne nous créons pas nous-mêmes, nous dépendons de Dieu et des autres pour exister".

    "[Ratzinger] passe beaucoup de temps sur le fait que l'homme est relationnel. Nous venons des parents, nous vivons pour les autres. Nous nous donnons à un projet que nous ne pouvons pas considérer comme nous-mêmes", a-t-il déclaré.

    "Nous ne sommes pas seulement des monades autonomes flottant les unes autour des autres", a déclaré Fessio. "Au contraire, nous sommes connectés les uns aux autres parce que nous sommes connectés à Dieu, qui lui-même est relation en tant que Trinité".

    Ratzinger considère la place de la nécessité et du hasard dans la création et les attitudes contemporaines sur la place de chaque personne dans le monde. Il note que beaucoup objectent en disant : "Personne ne m'a jamais demandé si je voulais naître !".

    À cela, Ratzinger répond : "C'est seulement quand nous savons qu'il y a Quelqu'un qui n'a pas tiré au sort aveuglément, quand nous savons que notre existence n'est pas un accident, mais qu'elle naît plutôt de la liberté et de l'amour, alors seulement nous pouvons, nous dont l'existence n'est pas nécessaire, être reconnaissants pour cette liberté et savoir, avec gratitude, que c'est vraiment un don d'être humain."

    Selon Fessio, Ratzinger "expose la foi catholique, mais en le faisant dans un langage contemporain."

    "Le péché est la destruction de cette relation avec nous-mêmes et Dieu, puis entre nous. [Ratzinger] fait remarquer qu'il n'existe pas de péché individuel qui n'ait pas d'effets sur les autres", a déclaré le prêtre. "Chaque détournement du plan de Dieu, de la loi de Dieu, affecte non seulement soi-même, mais aussi tous les autres."

    Cela peut être guéri "en se perdant soi-même et en se tournant vers le Christ", la source de notre amour, a commenté Fessio. Ratzinger souligne "l'importance de l'Eucharistie pour restaurer l'unité de l'homme déchu avec lui-même et avec Dieu".

    Parmi les autres sujets abordés dans "Le projet divin" figurent la technologie et l'écologie, la croix et l'eucharistie, le pluralisme religieux, l'autorité pédagogique de l'Église catholique et la nature de l'Église.

    Pour Fessio, l'ancien élève du théologien, les qualités de Benoît XVI sont évidentes dans le livre.

    Le cardinal Ratzinger était "brillant et humble, chaleureux, saint, à l'écoute", a déclaré Fessio.

    "Il avait une formidable capacité à synthétiser les pensées des autres et à les présenter de manière claire et convaincante", a-t-il ajouté. "Il était tout simplement un grand professeur. Et par conséquent, ceux d'entre nous qui sont des apprenants font bien de se tourner vers ce grand professeur chaque fois que nous le pouvons."

    Kevin J. Jones est un rédacteur principal de la Catholic News Agency. Il a bénéficié en 2014 d'une bourse de journalisme Egan de Catholic Relief Services.

  • La chaine "Foi et Raison" (youtube) a longuement interviewé Mgr Léonard

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    Une interview de Mgr Léonard pour la chaîne Foi et Raison, en lien avec son dernier livre « L’Église dans tous ses états. Cinquante ans de débats autour de la foi » (Artège, 2023).

    • 00:00 Intro
    • 00:53 Les controverses autour des distinctions entre foi et raison, la nature et la grâce...
    • 04:37 « Méta-concile »?
    • 13:00 L’encyclique « Fides et Ratio »
    • 17:25 Les moments marquants de sa vie intellectuelle
    • 27:14 La métaphysique laissée de côté ?
    • 32:15 La raison et l’étude, alliées du chrétien et de la mission ? Risquer la perte de la foi ?
    • 39:13 Sur quoi les théologiens et philosophes doivent-ils travailler en priorité ?
    • 46:22 Encyclique « Humanae Vitae »
    • 53:28 Les communautés nouvelles/Le renouveau charismatique
    • 58:25 Le pontificat du pape François
    • 1:09:10 Les urgences dans l’Église d’aujourd’hui
  • L'inclusivité ? - "Tous sont les bienvenus, mais aux conditions du Christ, pas aux leurs"

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    De kath.net/news :

    L'inclusivité ? - "Tous sont les bienvenus, mais aux conditions du Christ, pas aux leurs".

    7 février 2023

    L'évêque américain Barron fait part de ses inquiétudes concernant le prochain Synode mondial des évêques et les notions d'inclusivité et de culture de l'accueil - Barron : Jésus a vécu une culture de l'accueil radicale, mais cela a été "systématiquement accompagné de son appel à la conversion".

    Vatican (kath.net) Il se sent de plus en plus mal à l'aise avec deux mots qui jouent un rôle important dans le contexte du synode mondial du Vatican et d'un document du Vatican y afférent, à savoir "inclusivité et culture de l'accueil". C'est ce que reconnaît l'évêque Robert Barron de Winona-Rochester dans une contribution pour le projet évangélique "Word on Fire" qu'il a fondé.

    L'évêque Barron explique dans son article : "Nous entendons régulièrement que l'Eglise doit devenir un lieu plus inclusif et plus accueillant pour une multitude de groupes : pour les femmes, pour les personnes LGBT+, pour les divorcés remariés civilement, etc. Mais je n'ai pas encore trouvé de définition précise de ces deux termes. À quoi ressemblerait exactement une Église accueillante et inclusive ? S'adresserait-elle toujours à tous dans le sens d'une invitation ? Si oui, la réponse devrait évidemment être oui". Mais l'Église validerait-elle ainsi "les choix de comportement et de style de vie de chacun" ? Il espère qu'il est clair que la réponse est "non".

    Car Jésus-Christ a vécu une attitude d'accueil radical de manière extrêmement claire dans sa pratique de la "communion ouverte à la table", non seulement avec les justes, mais de manière "extrêmement contre-culturelle" "avec les pécheurs, les pharisiens, les collecteurs de taxes et les prostituées". Toutefois, "cette inclusivité du Seigneur a été accompagnée sans ambiguïté et de manière conséquente par son appel à la conversion. En effet, le premier mot qui sort de la bouche de Jésus dans son discours inaugural dans l'évangile de Marc n'est pas "Bienvenue !" mais "Repentez-vous !" À la femme surprise en flagrant délit d'adultère, il dit : "Va et ne pèche plus !". "Dans l'action pastorale de Jésus, il y a un équilibre remarquable entre acceptation et défi, entre atteindre tout le monde et appeler au changement. C'est pourquoi je ne qualifierais pas simplement son approche d''inclusive' ou d''accueillante', mais plutôt d'aimante.

    L'évêque Barron a rappelé que "mon propre mentor, le cardinal Francis George, s'est vu demander un jour pourquoi il n'aimait pas l'ambiance derrière la chanson 'All Are Welcome' [Tout le monde est le bienvenu]. Il a répondu qu'elle avait négligé le simple fait que, même si tout le monde est le bienvenu dans l'Eglise, c'est 'aux conditions du Christ, pas aux leurs'".

    Barron conclut par les considérations suivantes : "Une préoccupation générale que j'ai est très fortement liée à l'utilisation conséquente des termes 'culture de l'accueil' et 'inclusivité'. A savoir avec l'écrasement de la doctrine, de l'anthropologie et de l'argumentation théologique authentique par des sentiments ou, pour l'exprimer un peu différemment, la tendance à psychologiser les faits considérés. L'Église n'interdit pas les actes homosexuels parce qu'elle aurait une peur irrationnelle des homosexuels. Elle ne refuse pas non plus la communion dans les mariages irréguliers parce qu'elle s'amuserait à être un club exclusif. Elle n'interdit pas non plus l'ordination des femmes parce que des vieillards grincheux au pouvoir ne supportent tout simplement pas les femmes. Mais elle formule pour chacune de ces positions des arguments basés sur l'Écriture, la philosophie et la tradition théologique, et chacune a été ratifiée par l'enseignement faisant autorité des évêques en communion avec le pape. Remettre en question tous ces enseignements établis parce qu'ils ne correspondent pas aux canons de notre culture contemporaine entraînerait l'Église dans une véritable crise. Honnêtement, je ne crois effectivement pas que le pape François avait en tête ces secousses sur les fondements lorsqu'il a convoqué un synode sur la synodalité".

  • Le sens de la communion : un inédit de Benoît XVI

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    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso (traduction de Diakonos.be)

    La messe catholique comme personne ne l’avait jamais expliquée. Un inédit du Pape Benoît

    Des quinze textes rédigés par Benoît XVI après sa renonciation à la papauté et dont il a souhaité la publication après sa mort, dans le volume édité chez Mondadori « Che cos’è il cristianesimo. Quasi un testamento spirituale », quatre sont inédits et l’un d’entre eux se distingue de tous les autres.

    Il se compose de 17 pages et s’intitule « Il significato della communione ». Il a été achevé le 28 juin 2018, au moment même où un conflit faisait rage entre l’Église allemande et celle de Rome sur la question de donner ou pas la communion eucharistique aux époux protestants, dans le cas de mariages interconfessionnels, avec un Pape François confus, qui dit tantôt oui, tantôt non, et parfois même oui et non à la fois.

    Dans ce texte, Joseph Ratzinger remonte à la racine de la question. Si même les catholiques réduisent la messe à un repas fraternel, comme le font les protestants, alors tout est permis, et même que l’intercommunion – écrit-il – devienne le sceau politique de la réunification allemande après la chute du Mur de Berlin, comme cela advint effectivement « sous l’œil des caméras de télévision ».

    Mais la messe n’est pas un repas, même si elle est née au cours de la dernière Cène de Jésus. Pas plus qu’elle n’est issue des repas que Jésus a pris avec les pharisiens. Depuis les origines, elle est réservée à la communauté des croyants, soumise « à de rigoureuses conditions d’accès ». Son vrai nom est « Eucharistie » et en son centre, il y a la rencontre avec Jésus ressuscité. Davantage que bien des liturgistes – rappelle Benoît – ce sont ces jeunes qui adoraient en silence le Seigneur dans l’hostie consacrée, au cours des JMJ de Cologne, Sydney et Madrid qui en ont bien compris l’essence.

    Nous reproduisons ci-dessous la première partie de l’essai du Pape Benoît. Docte et fluide à la fois. Avec des éclairs de souvenirs personnels et des allusions rapides et suggestives à des questions telles que les fondements du célibat sacerdotal ou le sens du « pain quotidien » invoqué » dans le Notre Père.

    La publication a été autorisée par Piergiorgio Nicolazzini Literary Agency, PNLA – © 2023 Mondadori Libri S.p.A., Milan, et © 2023 Elio Guerriero pour la direction.

    *

    Le sens de la communion

    de Joseph Ratzinger / Benoît XVI

    Au cours des derniers siècles, la célébration de la Cène n’a pas vraiment occupé une place centrale dans la vie ecclésiale des Églises protestantes. Dans bon nombre de communautés, la Sainte Cène n’était célébrée qu’une fois par an, le Vendredi saint. […] Il est évident que, face à une pratique de ce genre, la question de l’intercommunion n’a aucune pertinence. Seul un conformisme sensible à la forme actuelle de vie en commun catholique est susceptible de rendre cette question humainement urgente.

    Dans l’Église antique, étonnamment, la célébration quotidienne de la Sainte Messe fut très tôt considérée comme étant évidente. Pour ce que j’en sais, il n’y eut aucune discussion autour de cette pratique, qui s’est imposée pacifiquement. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut comprendre la raison pour laquelle [dans le « Notre Père »] le mystérieux adjectif « epiousion » ait été presque naturellement traduit par « quotidianus ». Pour le chrétien, le « supersubstantiel » est le quotidiennement nécessaire. La célébration eucharistique quotidienne s’est révélée nécessaire surtout pour les presbytres et les évêques en tant que « prêtres » de la Nouvelle Alliance. En cela, l’état de vie célibataire a joué un rôle important. Le contact direct, « corporel » avec les mystères de Dieu déjà à l’époque de l’Ancien Testament jouait un rôle significatif dans l’exclusion de la pratique conjugale les jours où le prêtre préposé exerçait sa charge. Toutefois, étant donné que le prêtre chrétien traitait avec les saints mystères non plus seulement de manière temporaire, mais qu’il était responsable pour toujours du corps du Seigneur, du pain « quotidien », s’offrir complètement à lui devint une nécessité.

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  • La grande crise doctrinale, pastorale et liturgique qui a suivi Vatican II (Denis Crouan)

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    Liturgie 34 : Vatican II : La grande crise doctrinale, pastorale et liturgique qui a suivi Vatican II (65 mn) 

    Le docteur Denis Crouan aborde frontalement la crise liturgique qui a suivi Vatican II et qui a conduit aux dérives qu'on connaît. La vraie question posée aussi bien Mgr Lefebvre que les prêtres dits « progressistes » est la suivante : Vatican II a-t-il été un concile simplement « pastoral » ou a-t-il également été « doctrinal ». 

    Le Cardinal Joseph Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI, répondra en communion avec Jean-Paul II : « Il n’est pas possible de remettre en cause la doctrine authentique du concile œcuménique Vatican II, dont les textes sont magistériels et jouissent de la plus grande autorité doctrinale. » Pourtant, on a vu des dérives liturgiques se multiplier à partir de courants doctrinaux échevelés qui s'uniront pour raboter le caractère sacré de la foi. Ce fut une déconstruction partant de diverses sources : l’« activisme », le « modernisme », le « néo-modernisme », le « progressisme ». Le docteur Crouan cite des noms. 

    COURS DE LITURGIE, PAR DENIS CROUAN, DOCTEUR EN THEOLOGIE, 2022-2023 

    Pour accéder à la totalité de la playlist :  

    https://www.youtube.com/playlist?list=PLuko328jWH_06CYFfUP8d6v_vzl9f4UbI 

    Institut Docteur Angélique http://docteurangelique.free.fr/accueil.html

    Cours donné par Denis Crouan, docteur en théologie, en entretien interactif avec Arnaud Dumouch. 

    Vidéo du site http://docteurangelique.free.fr, les œuvres complètes en français de saint Thomas d'Aquin. 

    Denis Crouan, denis.crouan@wanadoo.fr; 2022-2023 

  • Rebâtir la pratique sacramentelle de la pénitence ?

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

    Pour une renaissance du sacrement de pénitence

    Une des conséquences peu soulignée du grand chambardement qui a suivi le concile Vatican II est l’effondrement de la pratique de la confession. Le phénomène en dit long sur l’effacement du sens du péché et plus généralement sur la mutation du catholicisme, au moins quant à sa perception par ceux qui y adhèrent. Le retour sera sur ce point aussi nécessaire que difficile pour la pastorale qu’aura à mettre en œuvre une vraie réforme de l’Église.

    Brève histoire de la « seconde pénitence » après le baptême

    L’avertissement Sancta sanctis, « Les choses saintes pour ceux qui sont saints ! », qu’on trouve dans le chapitre VIII des Constitutions apostoliques, rédigées vers la fin du IVe siècle, existe aujourd’hui dans la plupart des liturgies orientales (et aussi dans la liturgie mozarabe), rappelant l’obligation de la pureté de conscience pour approcher de la communion.

    Il convient bien sûr de replacer l’analyse de ce phénomène dans une histoire de ce sacrement. Elle montre une tension continuelle entre la nécessité du sérieux de la conversion, et donc la vérification par le prêtre, autant qu’il est possible, de la véracité du ferme propos (c’est-à-dire la ferme intention de ne pas retomber) pour donner l’absolution, d’une part, et l’importance pastorale d’y faire accéder le grand nombre des chrétiens pour les faire bénéficier de cette purification, d’autre part. Ce qui s’est manifestée par le passage de la confession rarissime à sa multiplication au cours de l’existence, de la pénitence publique à la pénitence privée.

    En effet, la « seconde pénitence » (Tertullien, De pænitentia), pour être purifié des péchés commis après le baptême s’opérait par l’onéreuse pénitence publique, long temps d’expiation des péchés graves (adultère, crime, reniement de la foi), s’achevant par une réconciliation opérée par l’évêque. Mais au VIe siècle, les moines irlandais débarquant sur le continent y importèrent la pratique de la pénitence privée, fréquemment renouvelable, version pour des laïcs d’un usage de monastère, avec pénitences ascétiques ou commutations (messes par exemple). Un mouvement spirituel d’intériorisation de la religion, notamment dans des ordres mendiants, fut un terrain favorable à la diffusion de la confession fréquente, accompagnée pour les fidèles les plus fervents d’une direction spirituelle, sachant cependant que la communion fréquente, à cette époque, restait rare.

    Le IVe concile de Latran, en 1215, imposa à tous les laïcs parvenus à l’âge de discrétion ou âge de raison (l’âge auquel on distingue le bien du mal), la confession annuelle et la communion pascale annuelle dans sa propre paroisse. De fait, cela revenait à imposer une confession au temps de Pâques suivie de la communion – actes sacramentels décrits par l’expression « faire ses Pâques » – le concile de Latran consacrant la confession auriculaire (à l’oreille du prêtre) en remplacement de la confession publique, qui garda cependant longtemps des partisans. Le concile de Trente confirma la discipline de Latran IV, dans le climat de contestation du sacrement de pénitence provoquée par le protestantisme.

    Après le concile de Trente et jusque dans le premier XIXe siècle, la longue querelle entre rigoristes et molinistes, déployée notamment en France et en Italie, témoigne à nouveau de la tension entre ces deux pôles pastoraux. Les maximes gallicanes et janséniste prescrivaient d’user souvent du report d’absolution pour s’assurer de la contrition du pénitent récidiviste (après avoir avoué des péchés graves au confesseur, il devait s’efforcer de ne plus commettre ces péchés et revenir plus tard devant lui pour recevoir l’absolution). Saint Alphonse de Liguori, au XVIIIe siècle, formé par les jésuites, peut être considéré comme le grand représentant de la morale romaine, qui sans être laxiste se gardait d’un rigorisme qui faisait fuir le sacrement. Au XIXe siècle, la morale rigoriste perdit d’ailleurs du terrain, au sein d’un vaste mouvement favorable à l’ultramontanisme (ecclésiologie, liturgie, bientôt philosophie néo-thomiste, et morale). Ainsi le Curé d’Ars, confesseur par excellence, évolua-t-il durant sa carrière pastorale de la sévérité à la française au liguorisme. Si le délai imposé pour l’absolution devint rare, les refus d’absoudre existaient. Des lieux et temps de confessions s’organisaient, comme les missions paroissiales et les sanctuaires de pèlerinage.

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  • Eglise en sortie ou sortie de l'Eglise ?

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    De sur le site de la revue Catholica :

    Église en sortie, sortie de l’Église ?

    30 janvier 2023

    Dom Giulio Meiattini, osb, est moine de l’abbaye Madonna della Scala, située à Noci, près de Bari. Il est également professeur de théologie fondamentale à l’Athénée pontifical Saint-Anselme (Rome) ainsi qu’à la Faculté théologique des Pouilles (Molfetta). Il s’est notamment intéressé à l’apport spirituel d’un jésuite et prêtre-ouvrier belge néerlandophone, auquel il a consacré un petit ouvrage intitulé Evangelizzare con l’amicizia. Mistica e missione in Egied van Broeckhoven. Il était donc bien placé pour répondre aux questions que nous lui avons posées, concernant la dérive constatée toujours plus dans l’Église touchant sa mission fondamentale de faire connaître et aimer le Christ Jésus, qui tend aujourd’hui à se réduire à la recherche de « l’amitié » avec le monde hostile contemporain, en mettant sous le boisseau « l’évangélisation ».

    Catholica – Dans une étude sur la relation entre modernité et sécularisation à l’époque victorienne, un universitaire angevin, Jean-Michel Yvard, reprend la thèse de Marcel Gauchet dans Le désenchantement du monde[1], celle d’une « religion de la sortie de la religion », concrètement, d’une récupération laïque du christianisme, spécialement dans les œuvres de charité.

    Dom Giulio Meiattini – La thèse de Marcel Gauchet sur le christianisme comme « religion de la sortie de la religion » n’est pas entièrement nouvelle. Le philosophe marxiste Ernst Bloch, comme le suggère explicitement le titre d’un de ses livres – Atheismus im Christentum, 1968[2] –, avait déjà considéré la révélation biblique, et en particulier l’Incarnation, comme le début d’un mouvement visant à vider le Ciel au profit de la terre des hommes. L’identification johannique de Jésus au Père – « le Père et moi, nous sommes un » – représenterait, selon lui, un tournant dans la vision religieuse du monde : Dieu se faisant homme, l’homme devient Dieu. Ainsi, les attributs divins sont déplacés au sein de l’anthropologie, et au lieu d’une religion du Père, c’est une religion du Fils (comme Freud l’avait déjà suggéré) qui commence, centrée sur l’être humain, sur le « fils de l’homme » amené à sa plénitude. Tel serait, pour Bloch, le germe athée inhérent à la révélation chrétienne, ainsi qu’à une certaine mystique de l’essence (par exemple la mystique de Maître Eckhart) qui tend à faire coïncider le fond de l’âme avec l’essence divine, et vice versa. Il pouvait ainsi prétendre que la transformation de la théologie en anthropologie par Feuerbach n’était rien d’autre que la vérité de la religion de l’Incarnation. Le marxisme athée de Bloch se voulait ainsi, après tout, non pas comme un simple rejet de la foi chrétienne, mais comme une récupération herméneutique radicale de celle-ci afin de la dépasser de l’intérieur.

    Nous trouvons une lecture très similaire chez un autre penseur français, plus récent, Jean-Luc Nancy. Dans son ouvrage Déconstruction du christianisme (Galilée, 2005), il soutient que le monde moderne – avec ses conséquences non seulement athées, mais aussi nihilistes – n’est pas une déviation du christianisme, mais le christianisme poussé dans ses ultimes conséquences. Pour ce philosophe (décédé en 2021), le christianisme est le mouvement même de sa dissolution en tant que religion, car son principe le plus profond est précisément le geste d’une pure et simple « déclosion » en tant que telle – l’Incarnation comme extraversion de Dieu –, une ouverture indéfinie et absolue. Le rapport du christianisme à lui-même serait donc celui d’une sortie indéfinie de soi. Nancy cite explicitement Gauchet, se déclarant en plein accord avec la thèse de base du désenchantement du monde.

    Je voudrais rappeler ici une autre œuvre, cette fois d’un célèbre penseur italien. Il s’agit du livre Credere di credere (Garzanti, Milan, 1996), de Gianni Vattimo, le représentant le plus connu de la « pensée faible ».  De la même manière que les auteurs déjà mentionnés, il part de la centralité de la caritas dans l’identité chrétienne et de sa manifestation à travers l’acte kénotique du don de soi divin, l’évidement de soi de Dieu par amour. Le Deus-caritas accomplit le suprême des renoncements, le renoncement à soi au nom de soi. Ce n’est pas l’homme qui proclame et détermine la « mort de Dieu », mais c’est Dieu lui-même qui, comme amour, meurt pour transformer l’homme de serviteur en ami, en égal de lui-même. Une fois encore, nous avons une herméneutique du christianisme comme une sortie de soi. La religion de l’amour kénotique se réalise paradoxalement dans son affaiblissement maximal, jusqu’à l’extinction du renoncement à toutes les vérités et identités dogmatiques et institutionnelles propres. Le christianisme s’évapore.

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  • Le Vatican s'exprime sur le projet allemand de création d'un "conseil" des laïcs et des évêques pour la gouvernance de l'Église

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    De Luke Coppen et JD Flynn sur The Pillar :

    Le Vatican s'exprime sur le projet allemand de création d'un "conseil" des laïcs et des évêques pour la gouvernance de l'Église

    Le Vatican a lancé sa dernière salve dans la tension actuelle sur la gouvernance de l'Église en Allemagne.

    23 janvier 2023

    De hauts responsables du Vatican ont notifié aux évêques d'Allemagne qu'ils ne sont pas habilités à créer un organe législatif proposé, composé de clercs et de laïcs, qui agirait comme un organe directeur pour l'ensemble de l'Église dans le pays.

    "Nous souhaitons préciser que ni la voie synodale, ni aucun organe établi par elle, ni aucune conférence épiscopale n'a la compétence d'établir le "Conseil synodal" au niveau national, diocésain ou paroissial", explique une lettre envoyée le 16 janvier aux évêques allemands, que le Pillar a obtenue.

    La lettre a été signée par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Vatican, ainsi que par le cardinal Luis Ladaria Ferrer, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, et le cardinal Marc Ouellet, chef du Dicastère pour les évêques.

    L'idée de créer un organe permanent de gouvernement des évêques et des laïcs pour l'Église en Allemagne a été approuvée lors d'une réunion de la "voie synodale" en septembre dernier, au cours de laquelle les participants ont voté la création d'un "conseil synodal" permanent de gouvernement.

    Ce conseil prendrait également "des décisions fondamentales d'importance supra-diocésaine sur la planification pastorale, les perspectives d'avenir et les questions budgétaires de l'Église qui ne sont pas décidées au niveau des diocèses."

    Le Vatican s'est prononcé sur cette idée ce mois-ci, après que cinq évêques lui ont demandé s'ils étaient obligés de participer au "comité synodal" - une organisation transitoire prévue, qui serait composée de 74 membres épiscopaux et laïcs, et qui devait commencer cette année à préparer la mise en place du conseil synodal.

    La question a été soulevée dans une lettre du 21 décembre des chefs des diocèses de Cologne, Eichstätt, Augsbourg, Passau et Regensburg, suite à la visite ad limina des évêques allemands à Rome en novembre. Au cours de cette visite, les trois cardinaux qui ont signé la lettre du 16 janvier se sont adressés aux évêques allemands lors d'une rare réunion interdicastérielle au Vatican le 18 novembre.

    La lettre du 16 janvier précise que les évêques ne sont pas tenus de participer au "comité synodal". Elle explique ensuite que les évêques ne sont pas habilités à créer une assemblée synodale de direction ou de décision pour leur pays.

    La lettre cite le document Lumen gentium du Concile Vatican II, qui enseigne que l'ordination épiscopale "confère la charge d'enseigner et de gouverner" dans l'Église.

    La lettre du 16 janvier a été envoyée à Mgr Georg Bätzing, évêque du Limbourg et président de la conférence épiscopale. Il a été demandé à Mgr Bätzing de transmettre la lettre aux évêques avant le 23 janvier.

    Le texte de la lettre a été spécifiquement approuvé par le pape, qui a ordonné qu'elle soit envoyée, explique le document.

    Pour sa part, Bätzing a publié une déclaration publique le 23 janvier, suggérant que le projet de conseil synodal directeur ne visait pas à saper l'autorité des évêques.

    "Compte tenu de la synodalité, il ne s'agit pas en premier lieu de questions dogmatiques, mais de questions de culture synodale vécue dans la consultation et la prise de décision communes. Personne ne remet en cause l'autorité de l'épiscopat", a-t-il déclaré.

    L'évêque a qualifié d'"infondée" la crainte du Vatican "qu'un nouvel organe puisse se placer au-dessus de la conférence épiscopale ou saper l'autorité de chaque évêque".

    "Le conseil synodal, qui doit être préparé par le comité synodal, fonctionnera donc dans le cadre du droit canonique actuel, conformément au mandat contenu dans la résolution", a-t-il écrit.

    Mais l'évêque a également déclaré que l'intervention de Rome signifiera une remise en question de ce que le conseil synodal peut réellement faire.

    "Le document de Rome aura pour conséquence, pour nous en Allemagne, que nous réfléchirons beaucoup plus intensément aux formes et aux possibilités de consultation et de prise de décision synodales afin de développer une culture de la synodalité", a écrit l'évêque.

    Bien qu'il n'ait pas abordé les détails, Bätzing a insisté sur le fait que l'intervention n'était pas une perte pour les évêques allemands.

    "Je considère que cela est utile et faisable dans le cadre du portefeuille de tâches du comité synodal, tout en respectant les limites et les possibilités données par le droit ecclésiastique. Le comité synodal n'est pas remis en cause par la lettre romaine."

    Il a ajouté que le conseil permanent de la conférence épiscopale allemande avait discuté de la lettre du Vatican lors de sa réunion de lundi à Würzburg.

    On ne sait pas encore comment les autres évêques allemands vont réagir à la directive du Vatican. L'automne dernier, la perspective d'un "conseil synodal" a reçu le soutien d'une majorité d'évêques lors de la réunion de septembre de la voie synodale, qui s'est tenue à Francfort.

    Le 10 septembre, les délégués ont approuvé un document de deux pages intitulé "Renforcement durable de la synodalité : Un Conseil synodal pour l'Église catholique en Allemagne" en deuxième lecture. Quatre-vingt-treize pour cent des plus de 200 membres de la voie synodale présents ont approuvé le document, dont 88 % des évêques.

    Le document avait été fortement critiqué par l'éminent théologien allemand, le cardinal Walter Kasper, qui a déclaré qu'il menaçait de détruire la structure "que le Christ a voulu pour son Église."

    Les évêques ont voté pour la proposition malgré une déclaration du Vatican en juillet dernier selon laquelle la voie synodale n'a pas le pouvoir "d'obliger les évêques et les fidèles à adopter de nouveaux modes de gouvernance et de nouvelles approches de la doctrine et de la morale".

    "Avant un accord convenu au niveau de l'Église universelle, il ne serait pas permis d'initier de nouvelles structures ou doctrines officielles dans les diocèses, ce qui représenterait une blessure pour la communion ecclésiale et une menace pour l'unité de l'Église", disait cette déclaration.

    L'attente que le Vatican envoie une lettre importante aux évêques allemands après leur visite ad limina a été exprimée publiquement pour la première fois par l'évêque Peter Kohlgraf de Mayence le 1er décembre. L'évêque a déclaré que la lettre devrait arriver avant la cinquième et dernière assemblée synodale, prévue du 9 au 11 mars à Francfort.

    En octobre, le Comité central des catholiques allemands a élu 27 membres pour siéger au comité synodal.

    La voie synodale est un rassemblement pluriannuel d'évêques et de laïcs pour discuter de quatre sujets principaux : le pouvoir, le sacerdoce, les femmes dans l'Église et la sexualité, dans le sillage d'une crise dévastatrice des abus et au milieu d'un exode massif des catholiques allemands.

  • Un évêque allemand controversé bientôt à la tête du Dicastère pour la Doctrine de la Foi ?

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    De Jonathan Liedl sur le National Catholic Register :

    Cet évêque allemand controversé pourrait bientôt être le chef doctrinal du Vatican

    L'évêque Heiner Wilmer, qui a soutenu avec force les propositions les plus controversées de la voie synodale allemande, serait le choix "probable" du pape François pour diriger le Dicastère pour la doctrine de la foi.

    23 janvier 2023

    Il y a quelques semaines, la nomination d'un évêque allemand controversé au rôle influent de préfet du Dicastère de la Doctrine de la Foi aurait été bloquée par des cardinaux inquiets, qui ont exhorté le pape François contre cette nomination. Aujourd'hui, l'évêque Heiner Wilmer serait à nouveau le choix du Saint-Père pour diriger le bureau de la doctrine du Vatican.

    Mgr Wilmer, qui dirige le diocèse allemand de Hildesheim et qui a déploré il y a quatre mois que le synode allemand n'ait pas approuvé un texte appelant à des changements radicaux dans l'enseignement de l'Église sur la sexualité, aurait été fortement pressenti par le pape François pour succéder au cardinal Luis Ladaria en tant que préfet du Dicastère de la doctrine de la foi en décembre dernier. Mais l'intervention d'un certain nombre de prélats de haut rang, dont feu le cardinal George Pell, a mis en doute la solidité doctrinale de Mgr Wilmer et aurait dissuadé le pape d'aller de l'avant avec cette sélection, du moins temporairement.

    Aujourd'hui, selon le site Internet italien traditionaliste Messa In Latino, la candidature de l'évêque Wilmer est à nouveau fortement considérée par le Saint-Père. Dans une lettre ouverte adressée au pape François par le comité de rédaction du site, la nomination de Mgr Wilmer est qualifiée de "probable".

    L'intérêt du pape François pour l'évêque Wilmer survient au milieu de l'impasse actuelle entre le Vatican et l'épiscopat allemand au sujet du controversé Chemin synodal, un processus non contraignant au sein de l'Église catholique allemande qui cherche à apporter des changements hétérodoxes à la gouvernance ecclésiale, à l'ordination sacramentelle et à l'enseignement sur la sexualité. 

    Lors d'une réunion entre les responsables des bureaux curiaux du Vatican et les évêques allemands en novembre 2022, le cardinal Ladaria a critiqué les propositions du Chemin synodal qui "réduisent le mystère de l'Église à un simple institut de pouvoir ... qui doit être placé sous le contrôle de super-contrôleurs dès que possible". Les responsables du Vatican ont demandé un "moratoire" sur le Chemin synodal, ce que l'épiscopat allemand a rapidement rejeté.

    Selon les procès-verbaux des réunions, l'évêque Wilmer a soutenu tous les textes proposés par la Voie synodale lors de sa dernière assemblée en septembre 2022, y compris ceux demandant la création d'un Conseil synodal permanent, l'ordination des femmes et l'approbation morale des relations sexuelles entre personnes du même sexe.

    En ce qui concerne le texte appelant à des changements hétérodoxes dans l'enseignement de l'Église sur la sexualité, qui, selon le cardinal Ladaria, donnait "l'impression générale" que "rien ne peut être sauvé" dans l'enseignement orthodoxe de l'Église, "que tout doit être changé", Mgr Wilmer a non seulement soutenu la mesure, mais a déploré qu'elle n'ait pas reçu un soutien suffisant de la part des évêques allemands lors de l'assemblée de septembre pour être formellement adoptée.

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  • Un " schisme nauséabond" en Allemagne ? Alors que le processus synodal touche à sa fin, un groupe de laïcs met en garde contre le pire résultat possible

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    De Jonathan Liedl sur le National Catholic Register :

    Un " schisme nauséabond" en Allemagne ? Alors que le processus synodal touche à sa fin, un groupe de laïcs met en garde contre le pire résultat possible.

    Sans une intervention décisive de Rome, les catholiques fidèles d'Allemagne risquent d'être poussés dans la 'clandestinité', met en garde New Beginning

    23 janvier 2023

    Les observateurs de l'Église catholique en Allemagne ont longtemps craint que le Chemin synodal en cours dans le pays ne conduise à une scission de Rome. Et après que les évêques allemands aient refusé la demande du Vatican, en novembre, de mettre en place un "moratoire" sur le processus controversé et sa poussée pour l'ordination des femmes, la gouvernance laïque et l'approbation des relations sexuelles homosexuelles, ces craintes n'ont probablement fait que s'intensifier.

    Mais à moins d'une intervention plus décisive du Saint-Siège, une issue encore plus dommageable qu'une rupture formelle avec l'Église universelle apparaît comme la possibilité la plus probable : un "schisme nauséabond".

    "Le schisme nauséabond" décrit la situation en Allemagne si les dictats hétérodoxes de la Voie synodale deviennent la norme dans toute l'Allemagne, sans que le Vatican n'intervienne suffisamment. Dans ce contexte, des évêques hétérodoxes gouverneraient encore canoniquement la plupart des diocèses allemands, des idées qui violent la foi universelle seraient présentées comme un enseignement authentique de l'Église, et les catholiques allemands fidèles seraient confrontés à la répression.

    Les détails d'un schisme nauséabond ont été récemment esquissés par New Beginning, un mouvement laïc de catholiques allemands opposés à la trajectoire hétérodoxe de la Voie synodale. Le groupe a tenu une réunion d'information avec des journalistes catholiques américains en début de semaine, décrivant les résultats possibles du processus synodal à l'approche de son assemblée synodale finale, du 9 au 11 mars.

    New Beginning a décrit un schisme nauséabond comme "le pire résultat possible", tant pour l'Eglise particulière d'Allemagne que pour l'Eglise universelle.

    "En fait, il y aurait deux magistères : le magistère catholique romain, qui est contraint à une existence de niche en Allemagne, et le magistère 'différemment catholique' très actuel de la voie synodale, qui est poussé par les médias laïques et ecclésiastiques", a déclaré New Beginning lors du briefing, en référence à une citation de l'évêque Georg Bätzing, président de la conférence épiscopale allemande, sur les objectifs du processus synodal.

    Le groupe a ajouté qu'un schisme nauséabond créerait les conditions dans lesquelles les catholiques allemands fidèles sentiraient qu'ils doivent "quitter l'église", c'est-à-dire le corps ecclésial reconnu publiquement, "pour rester dans l'Eglise".

    Facteurs contributifs

    Même si les propositions du Chemin synodal sont techniquement non contraignantes, les membres du New Beginning s'attendent à une large "mise en œuvre de facto" de ces idées qui circulent dans la plupart des diocèses allemands.

    Certains évêques allemands, comme Mgr Bätzing, mettront en œuvre les propositions hétérodoxes de la Voie synodale dans leurs diocèses parce qu'ils croient qu'elles sont correctes. En effet, après qu'une mesure visant à promouvoir une vision hétérodoxe de la sexualité humaine n'ait pas reçu le soutien nécessaire des deux tiers de l'épiscopat allemand lors de l'assemblée de la Voie synodale de septembre 2022, Mgr Bätzing a déclaré aux médias qu'il veillerait néanmoins à ce que le texte devienne une "réalité" dans son diocèse du Limbourg. L'influent évêque a ajouté qu'il savait que plusieurs autres évêques lui emboîteraient le pas.

    Mais il est probable que la majorité des évêques allemands accepteront les propositions de la Voie synodale non pas pour des raisons idéologiques, mais parce qu'ils ne résisteront pas à une immense pression.

    Les pressions exercées sur les évêques pour qu'ils acceptent des positions hétérodoxes sur la sexualité, l'ordination et la gouvernance proviennent non seulement des médias laïques allemands, mais peut-être surtout des institutions ecclésiastiques allemandes officielles, y compris les médias catholiques et le personnel des écoles catholiques et des chancelleries diocésaines.

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  • "Moi, Benoît XVI et l'auto-démolition de l'Occident." Un entretien exclusif avec Marcello Pera

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    Du site de l'Observatoire International Cardinal Van Thuan sur la Doctrine Sociale de l'Eglise :

    Moi, Benoît XVI et l'auto-démolition de l'Occident. Notre entretien exclusif avec Marcello Pera

    Par Don Samuele Cecotti (Vice-président de l'Observatoire  International Văn Thuận) et Marcello Pera (Philosophe, ancien professeur de philosophie des sciences à l'université de Pise, sénateur de la République pendant quatre mandats, président du Sénat de 2001 à 2006.)

    19 JANVIER 2023

    Le dernier jour de l'année civile - le jour où l'Église célèbre saint Sylvestre, le pape de Constantin et du concile de Nicée - le pape Benoît XVI a achevé son pèlerinage terrestre.

    Avec la mort de Benoît XVI, nous est légué non seulement un excellent théologien et un grand intellectuel européen, mais c'est aussi la fin d'une époque, celle du Concile Vatican II (et des troubles de l'après-Concile), et peut-être aussi celle de l'Église comme âme d'une civilisation. Avec saint Sylvestre Ier, l'Église est devenue l'âme de l'Empire romain, de la Grande-Bretagne à l'Égypte, de la péninsule ibérique à la Syrie, de l'Atlantique à la mer Noire. Aujourd'hui, l'Église dirigée par Jorge Mario Bergoglio a complètement renoncé à façonner, informer et guider une civilisation. L'idée même de 'societas christiana' ou de civilisation chrétienne est étrangère à la dérive théologico-idéologique et pastorale incarnée par le pontificat de François, qui semble plutôt proposer le paradigme inverse, avec le monde élevé à une place théologique - et même sociologique - à laquelle il faudrait conformer l'Eglise, la doctrine et la prédication.

    Joseph Ratzinger, en revanche, en tant que théologien et Cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, puis en tant que Pontife Romain, a toujours eu à cœur l'identité chrétienne de l'Europe et de la 'Magna Europa', et n'a jamais cédé à l'idée que la civilisation chrétienne devait être archivée comme quelque chose de dépassé; il a toujours voulu réaffirmer l'inséparabilité de la foi et de la raison, de la foi et de la culture, et donc la nécessaire civilisation du christianisme.

    La rencontre providentielle entre la Révélation divine et le logos grec (et le ius romain) était très chère au penseur Ratzinger, c'est-à-dire la rencontre entre la Parole de Dieu et la spéculation rationnelle classique capable d'atteindre les sommets de la métaphysique ainsi que la rigueur de la dialectique et de la logique analytique, la loi morale naturelle et une véritable anthropologie-psychologie. Ratzinger s'est vigoureusement opposé au processus de déshellénisation du christianisme qui se déroulait dans l'Église depuis plus d'un demi-siècle, il a en effet réaffirmé la providentialité de la rencontre entre le classicisme gréco-romain et la Révélation biblique, rencontre dont est née la civilisation chrétienne.

    Sur le plan moral et politique, Ratzinger-Benoît XVI a dénoncé la plaie du nihilisme qui ronge l'Occident moderne et post-moderne; il a pointé du doigt la dictature du relativisme comme la forme d'un nouveau totalitarisme insidieux, et a enseigné avec force le caractère non négociable (non seulement sur le plan moral personnel mais aussi sur le plan public, juridique et politique) des principes naturels tels que la défense de la vie humaine de la conception à la mort naturelle, la reconnaissance du mariage comme union monogame et indissoluble d'un homme et d'une femme ouverte à la vie, la liberté éducative des parents (et non de l'Etat) qui ont, de par Dieu, la tâche d'éduquer leur progéniture. Le rejet par Ratzinger de l'idéologie du genre et de la prétention à légitimer moralement et à reconnaître légalement les unions homosexuelles est également rigoureux et fort.

    Dans cette œuvre généreuse et grandiose, dans cette tentative intellectuellement puissante d'arrêter l'effondrement de la civilisation chrétienne, de consolider ses murs et de commencer sa reconstruction, Ratzinger a toujours recherché le dialogue avec la culture européenne et nord-américaine la plus sensible, même si elle n'était pas catholique. Ratzinger a essayé de construire un dialogue fructueux avec le monde laïc et non catholique sur la base d'un amour commun pour la vérité, la justice et la civilisation occidentale. C'est dans ce cadre que s'inscrivent la rencontre, la discussion, le dialogue et l'amitié avec Marcello Pera, éminent philosophe et homme politique libéral italien.

    Nous remercions le sénateur Marcello Pera pour sa généreuse disponibilité et lui posons quelques questions pour mieux comprendre ce que Ratzinger a représenté par rapport à la culture européenne et occidentale, et donc quel vide la mort de Benoît XVI laisse dans l'Église et en Occident.

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