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La liberté de religion est menacée en Belgique

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De Mark Geleyn sur doorbraak.be :

La liberté de religion est menacée en Belgique

07/01/2022

Nous ne savons pas encore s'il y aura une révision de la Constitution après les prochaines élections. Mais s'il y a une révision, elle portera aussi sur la liberté de religion dans ce pays. Pour beaucoup, c'est une surprise. La liberté de religion n'est pas un problème, n'est-ce pas ? Chacun fait ou croit ce qu'il veut. Si vous voulez toujours croire en Dieu, allez-y, mais n'embêtez pas les autres avec ça.

La vision libérale du monde

C'est à peu près l'opinion qui prévaut parmi les personnes qualifiées d'éclairées en Occident. Il s'agit d'une vision du monde qui s'est débarrassée du christianisme en tant que noyau de notre civilisation, ainsi que de la philosophie classique et de la pensée judéo-chrétienne, dans laquelle la raison doit tenir les désirs en échec.

Dans le libéralisme des Lumières, l'autonomie de l'individu prévaut et un rationalisme qui doit servir les désirs, et non les inhiber. L'État est alors - en théorie - un cadre neutre dans lequel les ambitions des individus peuvent se complaire et ne doivent tenir compte que des ambitions des autres individus. C'est la philosophie de mon poing qui doit s'arrêter au nez des autres.

Ce libéralisme domine aujourd'hui les sociétés occidentales. Cela ressemble à un programme de droits et de plus de droits, avec des contes pour enfants comme le contrat social que l'homme de la nature passerait pour se soumettre à un État. Et, avec ce cadre prétendument neutre de tolérance qui, au fil du temps, est devenu une idéologie intolérante. C'est le cadre dans lequel nous vivons actuellement.

La constitution belge

Cependant, les nobles principes du libéralisme classique sont magnifiquement formulés dans notre Constitution belge. En 1830, cette Constitution était un document très solide avec des principes de liberté dans un cadre de loi et d'ordre. Lorsque les fondateurs de la Belgique présentent leur Constitution au roi Léopold Ier, celui-ci réagit de manière quelque peu acerbe, mais conscient des limites de son pouvoir : "Elle est bien libérale, votre Constitution".

Depuis lors, notre Constitution a été longuement remaniée. Mais heureusement, ce qui est resté, ce sont ces principes fondamentaux. L'une d'entre elles, importante, est la liberté de religion.

La liberté religieuse sous pression

Or, c'est précisément cette liberté de religion qui est mise à rude épreuve. Quelques exemples illustrent les enjeux de la pratique :

Si le gouvernement flamand a mis en place cet été une police des religions pour contrôler les églises, les mosquées et les synagogues, il a laissé le contrôle des mosquées à risque réel à la police fédérale et à la sûreté de l'État. Que veut donc réellement ce gouvernement flamand ?

Si les synagogues (et les écoles) juives ont encore besoin de la protection de l'armée et de la police, c'est que quelque chose ne tourne pas rond dans l'État de droit de ce pays. Nous nous en tenons aux symptômes, mais nous ne nous attaquons pas à l'auteur du crime. Si, pendant la période de Noël, les autorités locales doivent placer les crèches de Noël dans un enclos en fer pour éviter le vandalisme, et qu'elles les laissent ensuite généralement tels quels, c'est que quelque chose ne tourne pas rond dans l'ordre public.

Du vandalisme chaque semaine

Presque chaque semaine dans ce pays, des églises sont vandalisées, pillées ou incendiées. Les médias et les politiciens se taisent à ce sujet, car cela ne correspond pas à leur projet d'inclusion.

Si, dans les mesures successives concernant le coronavirus, le gouvernement "oublie" invariablement qu'il y a des églises et des messes dominicales, ou s'il les mentionne, c'est au point 17 de la rubrique "Culture et loisirs"; c'est qu'alors il y a beaucoup plus que de l'oubli.

Lorsque le Parlement européen vote une résolution qui qualifie l'avortement de droit humain et, ce faisant, demande aux États membres de l'UE d'abolir l'invocation de l'objection de conscience par le personnel médical, il y a quelque chose de fondamentalement mauvais en Europe. Tous les partis belges ont voté en faveur de cette abolition ou se sont malhonnêtement abstenus, sauf 'le parti du cordon' (Vlaams Belang). Au moins, il a voté contre.

La plus grande menace est au parlement

Cependant, la plus grande menace pour la liberté de religion se cache au sein du parlement belge. Toutes les réformes successives de l'État dans ce pays ont réorganisé les institutions et créé de nouvelles structures. La prochaine réforme de l'État, si elle a lieu, portera également sur la nature de l'homme lui-même et sur la manière dont il se voit par rapport à Dieu, à ses semblables et à la société.

L'enjeu est de taille : les partis politiques au programme libéral veulent abolir l'arrangement constitutionnel entre la religion et l'État, priver les services religieux de tout financement, réduire l'éducation religieuse dans les écoles et retirer la religion de la vie publique.

La menace pour les libertés constitutionnelles

Les concepts de "séparation de l'Église et de l'État", de "laïcité" ou de "neutralité" ne sont pas mentionnés dans la Constitution. Ce que la Constitution dit en substance à leur sujet est contenu dans quatre articles :

- Article 19 : La liberté de culte et la liberté d'expression sont garanties.

- Article 21 : L'Etat ne peut intervenir dans la nomination des ministres du culte.

- Article 24 : L'éducation est gratuite. La Constitution garantit le droit à l'éducation religieuse.

- Article 181 : Les salaires des ministres du culte sont payés par l'État.

L'État belge a généralement adopté une attitude neutre, mais bienveillante, à l'égard du culte, même si certains gouvernements ont adopté une attitude antireligieuse. C'est sous ce régime de neutralité bienveillante que les religions ont pu s'épanouir dans ce pays. La vision séculaire du monde, d'ailleurs, a été incluse dans cette bienveillance. En outre, l'arrangement constitutionnel avec les quatre articles mentionnés est une garantie précaire de stabilité dans ce pays.

Aujourd'hui, les partis politiques dans lesquels les libéraux dominent veulent se débarrasser de ces articles de la constitution.

Nettoyage des articles de la Constitution

Pour eux, la séparation de l'Église et de l'État ne signifie pas que l'État s'occupe du sort temporaire de l'homme et que la religion s'occupe de l'homme dans sa relation à Dieu. Non, pour eux, cette séparation signifie que la religion doit disparaître de la vie publique. La religion est alors quelque chose pour votre salon, et là vous faites ce que vous voulez. C'est une sorte de doctrine du "reste chez toi". Cela signifierait que tout citoyen, syndicat, ONG ou club d'oiseaux serait autorisé à se manifester, à argumenter et à exprimer ses opinions 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, mais pas les obédiences religieuses.

Dans le domaine de l'éducation, les libéraux veulent remplacer l'obligation constitutionnelle d'enseigner la religion par une éducation civique et des leçons sur les droits de l'homme et l'éthique, ou ce qui passe pour tel. Peu de gens sont conscients de l'acharnement avec lequel le gouvernement flamand (avec la NVA et le CD&V) et les partis libéraux ont tenté de contourner la constitution et le pacte scolaire ces dernières années afin de se débarrasser de tout enseignement religieux et philosophique, même pour les enfants d'âge préscolaire. La prochaine révision de la Constitution est le moment idéal pour ces partis libéraux de supprimer l'enseignement religieux de la Constitution.

Les prêtres

Et puis il y a la question des salaires des prêtres. Les libéraux et les socialistes veulent que les services de culte soient "autosuffisants". Ils attendent un moment politique pour supprimer le financement de ces cultes. Cela mettrait 2 000 prêtres sur le tapis.

Eh bien, si les 100 millions pour les cultes sont remis en question, alors nous voulons aussi parler de la masse des autres subventions. À lui seul, le gouvernement flamand digère 13,3 milliards de subventions par an. Et puis il y a les subventions fédérales. Comme les 750 millions annuels pour les médias. Ou la corne d'abondance pour les partis politiques, leurs mandats, et leurs excellences avec leurs cabinets bombés, qui contrarient l'intérêt général, mais que nous, contribuables, devons supporter.

Et tant que nous parlons d'"assèchement des religions", il est juste de mentionner la myriade de subventions, de primes et d'aides pour toutes sortes d'événements, dont l'utilité et le niveau sont discutables. Faut-il subventionner les jeux des prisonniers, les avortements en Pologne, la Pukkelpop, les call-boys, ou un Centre flamand des droits de l'homme pour quatre millions ? L'organisation à but non lucratif "Vrede", qui lutte contre tout ce que cette démocratie représente, devrait-elle recevoir des millions ? Devrions-nous financer la machine de guerre palestinienne en plus des écoles palestiniennes ? Si les services de culte doivent être asséchés, il faut au moins examiner l'ensemble des dons généreusement accordés.

Laïcité et Positivisme

L'offensive contre les religions va cependant beaucoup plus loin que l'abolition des quatre articles de la constitution évoqués ci-dessus. Cette offensive vise deux choses : inscrire la laïcité dans la Constitution, et donner la priorité aux lois positives sur toute pratique religieuse.

Au cours des vingt-cinq dernières années, les libéraux ont présenté à plusieurs reprises des projets de loi visant à introduire le concept de laïcité dans la Constitution. Ce concept devrait alors devenir le piédestal sur lequel de nouvelles lois peuvent être construites pour poursuivre la sécularisation de la société et bannir la religion.

La laïcité est à la fois inutile et dangereuse. Inutile, car notre Constitution actuelle offre des garanties suffisantes pour les libertés de tous les citoyens. Il n'est pas nécessaire de mettre en péril les équilibres existants dans cet État. Dangereux, car la laïcité dans la Constitution mettrait fin à la neutralité bienveillante de l'État et remettrait en cause les grands équilibres entre la religion et l'État, le pacte scolaire et l'enseignement religieux.

Priorité du droit positif ?

Il existe également des projets de loi visant à "renforcer la primauté du droit positif sur les pratiques religieuses". Le droit positif est la loi qui est votée au parlement. Le Parti socialiste, et précédemment Laurette Onkelinx séparément, ont présenté des projets de loi à cet effet.

Ces propositions découlent d'une idéologie jacobine qui remonte à la Révolution française. Ils sont fortement ancrés dans la pensée positiviste qui domine actuellement notre doctrine juridique. Les positivistes ne reconnaissent qu'un seul critère : la volonté du souverain, qu'il soit élu démocratiquement ou non. Cette volonté prime sur la raison, sur la moralité et le droit naturel, et sur la religion.

Prétendre à une primauté radicale des lois créées par l'homme sur les préceptes moraux et religieux revient à rejeter le lien entre la moralité et le droit. Il s'agit d'une doctrine aux implications totalitaires. Par-dessus tout, il s'agit d'une injustice flagrante envers les citoyens religieux, à qui l'on fait comprendre qu'ils représentent un danger et qu'ils sont indésirables dans cet État.

Pression du positivisme

Cependant, la pression du positivisme dans les sociétés actuelles est très forte, si forte que beaucoup tentent de s'accommoder de l'État sécularisé, y compris les théologiens des universités catholiques, les évêques et les cardinaux. Ils adoptent la pensée et même la terminologie de la "démocratie libérale". Pour des raisons de commodité, ils veulent "bouger avec le temps", "épouser leur temps".

Ce faisant, ils envoient aux libéraux un message d'impuissance, que ces derniers évaluent parfaitement. Si les croyants espèrent encore un noble compromis avec les partis politiques anti-religieux, ou s'ils espèrent une place humble pour la religion, ils se trompent lourdement sur l'entêtement de leurs adversaires. Espérer que les libéraux parviendront à un compromis avec les moralistes ou avec les croyants est une illusion. Ici, comme chez Voltaire, la règle est toujours : "écrasez l'infâme ! Il serait naïf de ne pas s'en rendre compte.

Cela nous amène au cœur du problème. Le libéralisme, qui n'accepte pas de règles éthiques émanant d'une autorité autre que l'individu autonome lui-même, formule des exigences de conformisme politique toujours nouvelles et plus radicales, notamment de la part de l'Église. C'est un libéralisme qui se considère comme rationnel, scientifique et progressiste, et qui trouve toujours de nouveaux malfaiteurs à combattre. Ça ne s'arrête jamais.

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