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  • Le cardinal Burke inaugure la conférence mariale à Rome par un discours sur Notre-Dame de Guadalupe comme co-rédemptrice

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    Du substack de Diane Montagna :

    Le cardinal Burke inaugure la conférence mariale à Rome par un discours sur Notre-Dame de Guadalupe comme co-rédemptrice

    Texte intégral du discours d'ouverture du cardinal Burke à la Conférence mariale « De Maria numquam satis »

    7 octobre 2026

    ROME, 7 octobre 2026 — Une importante conférence mariale internationale s'est ouverte aujourd'hui à Rome, avec la participation du cardinal Raymond Burke, du théologien pontifical et père dominicain Wojciech Giertych, et de l'ancien secrétaire du cardinal George Pell, le père Joseph Hamilton, spécialiste de la patristique.

    Intitulé « De Maria numquam satis — De Marie, on ne peut jamais en dire assez » , le symposium de deux jours, qui se tient à l’Augustinianum, propose des contributions théologiques et historiques sur la Bienheureuse Vierge Marie dans le dogme et le culte.

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    Le cardinal Burke a ouvert la conférence ce matin par un discours intitulé : « Notre-Dame de Guadalupe et le règne du Christ Roi : la mission de la co-rédemptrice et des co-rédempteurs ».

    Son but, a-t-il déclaré, est de montrer « comment l’apparition de Notre-Dame de Guadalupe à Tepeyac en 1531 est une manifestation et une expression des plus belles et des plus éloquentes de la vérité de sa participation singulière, voire unique, à l’œuvre salvifique de son Divin Fils, de la vérité de la doctrine de son titre de Co-Rédemptrice, lorsqu’elle est correctement comprise. »

    « En même temps », a-t-il dit, « j’espère que cela nous a rappelé à tous notre vocation à être, avec la Vierge de Guadalupe, des participants à l’œuvre de l’Incarnation rédemptrice. »

    Le discours d'ouverture du cardinal Burke est reproduit intégralement ci-dessous.


    « Notre-Dame de Guadalupe et le règne du Christ Roi :

    La mission de la co-rédemptrice et des co-rédempteurs

    Introduction

    C’est avec une immense joie que je prononce le discours d’ouverture de cette importante conférence internationale sur la Vierge Marie dans le dogme et le culte : contributions théologiques et historiques. Avec vous, je suis profondément reconnaissant envers les organisateurs et tous ceux qui ont rendu cette conférence possible. Pour l’ouvrir, je vous propose une réflexion sur le thème : Notre-Dame de Guadalupe et le règne du Christ Roi : la mission de la co-rédemptrice et des co-rédempteurs.

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  • Ordre et désordre : une interview du cardinal Eijk

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    De l'Observatoire International Cardinal Van Thuan :

    Interview du cardinal Eijk 

    « Une société est ordonnée lorsque son organisation et sa structure sont fondées sur les intentions que Dieu avait en tête lors de la création du monde. » L’archevêque d’Utrecht s’exprime à la veille de son discours inaugural, qu’il prononcera le vendredi 9 octobre, pour le cours vidéo sur la doctrine sociale de l’Église organisé par Bussola et l’Osservatorio Van Thuân ( cliquez ici pour consulter le programme complet et vous inscrire ).

    *****

    « Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que les membres de la société prennent conscience que le Créateur, et non l’État, est la source de la dignité humaine. » C’est ce qu’affirme le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht, dans cet entretien avec La Bussola , à la veille de sa leçon inaugurale à l’École nationale de doctrine sociale de l’Église, consacrée à « L’ordre et le désordre social : les origines de l’insécurité », que La Bussola organise en collaboration avec l’Observatoire Cardinal Van Thuân.

    Le cardinal Eijk prononcera son discours en direct le vendredi 9 octobre à 21 heures, intitulé « L’ordre social selon la doctrine sociale de l’Église », une introduction à l’École, qui se poursuivra ensuite par des réunions hebdomadaires animées par des experts.

    Éminence, commençons par clarifier les termes : qu’entendons-nous par ordre et désordre ?

    Quand on parle d'ordre dans la société, on imagine d'abord une société où règnent la paix et la sérénité. Face au désordre, on pense immédiatement au chaos, aux conflits entre les membres et à d'autres tensions. Ces représentations de la société, qui opposent l'ordre au désordre, ne sont pas fausses en soi, mais elles occultent la dimension plus profonde qui sous-tend ces deux notions. Une société où règne l'ordre est celle dont l'organisation et la structure reposent en définitive sur l'ordre de la création, c'est-à-dire sur les intentions de Dieu lors de la création du monde. Une société désordonnée, en revanche, est celle où l'ordre de la création est ignoré et où les intentions divines sont bafouées. Le mépris de l'ordre de la création a de graves conséquences pour la société. Cela est déjà manifeste chez les premiers humains qui, après le péché originel, se sont éloignés les uns des autres et ont commencé à s'affronter. L'homme reproche à sa femme le péché originel : « La femme que tu as mise auprès de moi, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé » (Genèse 3,12). Et à la femme, Dieu dit entre autres : « Ton désir se portera vers ton mari, et il dominera sur toi » (Genèse 3,16). La paix et la sérénité se perdent au sein même de la cellule primordiale de la société, et par conséquent aussi dans les sociétés les plus vastes.

    Quels sont les principes sur lesquels repose une société ordonnée ?

    Ce sont les principes fondamentaux de la doctrine sociale de l’Église. Premièrement, la dignité fondamentale de la personne humaine doit toujours être respectée. Elle est le fondement des autres principes de la doctrine sociale : le souci du bien commun, le principe de subsidiarité, le principe de solidarité et l’option fondamentale en faveur des pauvres.

    Le Magistère de l'Église parle d'un ordre fondé sur le droit naturel, qui renvoie à une objectivité valable pour tous les hommes. Or, cela se heurte à la conception moderne de l'État, où les critères de l'ordre social sont établis par les puissants ou par le vote majoritaire. Comment surmonter cette dichotomie ?

    La loi morale naturelle trouve son origine dans le fait que l'univers, à l'instar de l'être humain, a été créé par Dieu. C'est Dieu qui a créé l'homme à son image et à sa ressemblance et qui, de ce fait, lui a conféré une dignité inviolable, source de ses droits et de ses devoirs. Lorsque l'existence du Créateur et de la création est niée, c'est l'État qui, par le biais d'une majorité autocratique ou démocratique, détermine les droits de l'être humain et ce qu'on peut attendre de lui. Par conséquent, l'État peut, par exemple, interdire, sous certaines conditions, le droit à la tutelle à l'enfant à naître. Cette dichotomie ne peut être surmontée que lorsque l'État reconnaît que Dieu est la source des droits et des devoirs de l'homme et que la législation s'en inspire. Nous, chrétiens, devons sans cesse, avec courage et clarté, présenter la vérité à tous, afin que chacun comprenne que c'est le Créateur, et non l'État, qui est la source de la dignité humaine. L'augmentation significative du nombre de jeunes catholiques en France, mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre ces dernières années, est un signe d'espérance : la proclamation de la vérité en Jésus-Christ continuera de porter du fruit. Ces jeunes catholiques adhèrent généralement à la doctrine de l'Église, notamment à son organisation de la société.

  • « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste » (Alain Destexhe)

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    D'Alain Destexhe sur le Figaro Vox (2/10) via le site "Pour une école libre au Québec" :

    « Comment les universités belges se sont laissé gagner par l’idéologie progressiste »

    Entre la récitation du Coran devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven et les mesures prises par l’université de Gand contre un de ses chercheurs, les universités cèdent à l’idéologie progressiste, au détriment de la liberté académique, estime le sénateur honoraire belge. Alain Destexhe est médecin, ex-secrétaire général de MSF, sénateur honoraire belge, et fondateur du parti belge Libéraux Démocrates. Dernier livre paru Mayotte : comment l’immigration détruit une société (Éditions Texquis, 2025).

    Les universités belges sont de plus en plus contaminées par l’idéologie progressiste. Le 16 septembre, à l’occasion de la rentrée universitaire, le Coran a retenti [lors de la messe] dans l’église Saint-Pierre de Louvain devant les professeurs de la Katholieke Universiteit Leuven (KUL), la plus ancienne université catholique au monde, fondée en 1425. Cette scène illustre  une étrange maladie de l’Occident  : considérer son propre héritage comme un problème – un péché ? – dont il faudrait sans cesse s’excuser, tandis que l’affirmation d’autres identités serait une vertu. Le principe de l’inclusion désormais brandi par la KUL, la meilleure du pays, aboutit ainsi à l’effacement de son caractère catholique. À force de vouloir embrasser toutes les identités, elle n’assume plus la sienne.

    Quelques semaines plus tôt, l’Université de Gand (UGent) s’était trouvée au cœur d’une autre polémique, tout aussi révélatrice, celle de la liberté académique. Elle accueillait comme postdoctorant le chercheur américain Nathan Cofnas, celui qui avait accusé de plagiat  Jason Arday, le plus jeune professeur noir de l’histoire de Cambridge, icône des médias britanniques. D’autres révélations montrèrent que son parcours officiel relevait de la mythomanie. Le scandale prit une ampleur nationale. Arday démissionna de Cambridge, puis se suicida. Cofnas fut alors accusé d’être responsable de sa mort, notamment lors d’une manifestation à Trafalgar Square, où son nom fut jeté en pâture à la foule, comme dans les «Deux Minutes de la Haine» de 1984.

    L’UGent, qui aurait dû protéger son chercheur, le suspendit en raison aussi de ses travaux antérieurs portant sur l’hérédité, des thèses controversées, mais jamais vraiment réfutées. Après des pressions du monde entier pour défendre sa liberté de chercheur – jusqu’à l’intervention de l’ambassadeur américain – la suspension fut levée, mais il demeure soumis à des mesures restrictives absurdes comme l’interdiction de se rendre sur le campus et d’enseigner ! Son contrat ne sera vraisemblablement pas renouvelé. Au lieu d’être félicité, Nathan Cofnas fut diabolisé. Il a pourtant rendu service à Cambridge et à l’ensemble du monde universitaire en démontrant l’aberration  des politiques de DEI  (Diversité, Équité, Inclusion) qui avaient promu Jason Arday en raison de sa couleur de peau au détriment d’autres plus qualifiés.

    Les décisions de l’UGent ont été prises par Petra De Sutter, rectrice depuis 2025, personne  transgenre, ancienne sénatrice, puis vice-première ministre Groen (écologiste), militante de longue date des droits LGBT, qui n’avait quasiment plus rien publié depuis dix ans. Qu’une université prestigieuse – deuxième belge et 98e mondiale au classement de Shanghai – ait choisi un profil politique militant minoritaire pour la diriger, dans une Flandre politiquement ancrée à droite, montre l’écart entre l’institution et la société dont elle est issue.

    L’Université libre de Bruxelles (ULB) a, elle, depuis longtemps renoncé au libre examen, son principe fondateur. Elle s’est complètement discréditée en choisissant  Rima Hassan  [d'origine palestienne, c'est une politicienne de gauche, députée au Parlement européen] comme marraine de la promotion de droit 2025. Enfin, récemment à Liège, un professeur réputé et médiatique, Damien Ernst, a été violemment entarté en plein cours par le Vrai Comité (Populaire) d’Éthique de l’ULiège (sic). Au-delà de l’accusation de fascisme pour sa collaboration scientifique avec Thales dans le domaine de la défense, l’action, largement relayée, visait à menacer tout professeur qui se risquerait à sortir de la doxa imposée par les étudiants gauchistes.

    Depuis  le 7 octobre 2023, toutes les universités belges ont vu se succéder occupations de bâtiments et campagnes de boycott d’Israël. Les étudiants y ont imposé une grille de lecture unique du conflit israélo-palestinien, peu contestée par les autorités universitaires. Le pogrom du 7 octobre et le rôle du Hamas sont devenus secondaires. Israël, et souvent les Juifs, sont devenus des sujets collectifs de culpabilité. En avril 2026, trois universités flamandes (Anvers, Gand et la Vrije Universiteit Brussel) ont porté cette logique à son comble en décernant un doctorat honoris causa conjoint à Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale de l’ONU. Elles ont ainsi conféré une légitimité académique à une figure militante, malgré de nombreuses protestations. Gand honore Albanese, l’activiste propalestinienne, mais sanctionne Cofnas, le chercheur !

    Dans toutes les universités, le palestinisme s’inscrit dans la  convergence des luttes. Climat, LGBTQ, anticapitalisme, décolonialisme, boycott d’Israël voire antisémitisme font partie de la lutte antifasciste. Le discours militant mélange génocide, sionisme, énergies fossiles… comme s’il s’agissait d’une seule et même cause et dénonce des « systèmes d’oppression ». Petra De Sutter, militante transgenre et figure propalestinienne, véritable égérie médiatique, incarne cette fusion réussie au sommet de l’Université de Gand, comme un modèle à suivre en Occident. L’avenir de la jeunesse belge est entre de bonnes mains !

    [Si l'on regroupe l'ensemble du territoire belge, les projections et modèles sociologiques estiment que les jeunes de confession musulmane représentent environ 12 % à 15 % de la population totale des moins de 25 ans en Belgique.]

  • « Où sont allées toutes nos prières ? Dieu est-il sourd ? »

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    « Où sont allées toutes nos prières ? Dieu est-il sourd ? »

    La question que pose Jean Lejeune, père de Julie, victime de Marc Dutroux, est l'une des plus déchirantes que l'on puisse adresser à Dieu. Elle naît d'une souffrance qui ne se laisse pas enfermer dans les formules pieuses, d'une blessure que le temps ne suffit pas à refermer, et d'une révolte devant le mal infligé à un enfant.

    Il serait indécent de lui répondre que tout cela devait arriver, que Dieu avait ses raisons, ou que cette épreuve lui aurait été envoyée pour le faire grandir spirituellement. Aucune de ces réponses ne rend justice à la souffrance d'un père. Et aucune ne correspond vraiment à la profondeur de la tradition chrétienne.

    La première réponse de l'Église devrait être le silence qui écoute, la présence qui demeure et les larmes qui ne se dérobent pas. Ce n'est qu'ensuite que peut venir une parole. Non pas une explication qui prétendrait justifier l'injustifiable, mais une lumière assez humble pour accompagner celui qui ne comprend plus.

    La foi chrétienne n'a jamais enseigné que prier mettrait les êtres aimés à l'abri de toute catastrophe. Elle affirme quelque chose de plus difficile à saisir : Dieu n'est pas indifférent à la souffrance humaine, mais sa présence ne se manifeste pas toujours par l'intervention que nous implorons. Et c'est précisément là que se noue le scandale de la prière apparemment sans réponse.

    1. La Bible elle-même ose demander : « Pourquoi ? »

    La première réponse est peut-être la plus surprenante : Jean Lejeune n'a pas besoin de taire sa révolte pour rester devant Dieu. La Bible accueille précisément cette parole douloureuse.

    Job : l'innocent qui refuse les explications faciles

    Dans le livre de Job, un homme juste est frappé par des malheurs qu'il n'a pas mérités. Ses amis cherchent à défendre Dieu en expliquant que sa souffrance doit avoir une raison morale. Mais le récit dénonce cette logique : la souffrance de l'innocent n'est pas la preuve d'une faute cachée.

    C'est l'un des enseignements essentiels de ce livre : il ne faut pas transformer Dieu en comptable qui distribuerait le bonheur aux bons et les malheurs aux mauvais. Jean-Paul II le souligne dans sa lettre apostolique Salvifici doloris : la souffrance innocente ne peut être expliquée comme une punition méritée.

    Les psaumes : prier, c'est parfois protester

    Le psaume 22 commence par ce cri devenu célèbre :

    « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

    Ce n'est pas la parole d'un homme qui aurait cessé de croire en Dieu. C'est celle d'un homme qui continue à lui parler, alors même qu'il éprouve son absence comme une réalité insupportable.

    Le croyant ne trouve pas nécessairement une réponse. Mais il ose présenter à Dieu ce qui lui paraît incompatible avec la justice divine.

    Et le christianisme pousse cette vérité jusqu'au bout : sur la Croix, Jésus reprend lui-même ce cri. Le Christ ne contemple donc pas la souffrance humaine depuis un ciel inaccessible. Il entre dans l'expérience de l'abandon, de l'injustice et de la mort.

    Cela ne résout pas la question de Jean Lejeune. Mais cela interdit à l'Église de lui répondre que sa révolte serait étrangère à la foi.

    2. Jésus n'explique pas le mal : il se tient auprès de ceux qui souffrent

    L'Évangile ne présente pas Jésus comme un philosophe venu justifier toutes les souffrances du monde.

    Devant la mort de Lazare, Jésus pleure (Jean 11, 35). Il sait qu'il va le rappeler à la vie, et pourtant il pleure avec ceux qui pleurent. Cette scène est capitale : Dieu ne demande pas à l'homme de considérer la mort d'un être aimé avec une sérénité désincarnée.

    Jésus ne dit pas aux sœurs de Lazare que leur chagrin est excessif. Il ne leur reproche pas de ne pas comprendre les desseins de Dieu. Il partage leurs larmes.

    Plus encore, devant la violence faite aux petits, Jésus prononce des paroles d'une extrême gravité. Il ne banalise jamais le mal commis contre eux. L'Évangile n'est donc pas une invitation à se résigner devant les crimes, encore moins à les accepter comme s'ils étaient voulus par Dieu.

    Il faut ici distinguer deux choses :

    • Dieu peut faire surgir du bien au milieu d'une situation tragique.

    • Cela ne signifie pas que le mal commis était bon, nécessaire ou voulu par Dieu.

    La capacité de reconstruire une vie après une catastrophe ne justifie jamais la catastrophe elle-même.

    3. Benoît XVI : « Moi aussi, je me pose les mêmes questions »

    Une réponse particulièrement importante a été donnée par le pape Benoît XVI, le Vendredi saint 22 avril 2011, lors d'un entretien télévisé.

    Une petite fille japonaise, Elena, âgée de sept ans, venait de vivre le séisme et le tsunami qui avaient emporté tant de vies. Elle demandait au pape pourquoi les enfants devaient tant souffrir et avoir si peur.

    Benoît XVI ne lui a pas proposé une explication théologique abstraite. Il lui a répondu :

    « Moi aussi je me pose les mêmes questions. »

    Puis il a reconnu :

    « Nous n'avons pas les réponses. »

    Il lui a rappelé que Jésus avait souffert innocent, et que Dieu était à ses côtés, même si la tristesse demeurait.

    Cette réponse pontificale me paraît essentielle pour comprendre ce que l'Église pourrait dire à Jean Lejeune.

    Elle ne prétend pas résoudre l'énigme du mal. Elle ne demande pas au père de Julie de faire semblant de comprendre. Elle lui propose une autre certitude, qui ne supprime pas la douleur : le Dieu auquel il adresse ses reproches est le Dieu qui, en Jésus crucifié, a lui-même traversé l'innocence suppliciée.

    Mais cette réponse doit rester humble. Dire à un père endeuillé que Dieu est à ses côtés ne signifie pas que l'on puisse démontrer pourquoi Dieu n'a pas empêché le crime. Le mystère demeure, et il serait abusif de prétendre le dissiper par quelques phrases.

    4. Simone Weil : ne pas voler à la victime la vérité de son malheur

    La philosophe Simone Weil, dans Attente de Dieu, a consacré des pages saisissantes au malheur humain. Elle distingue la souffrance ordinaire de ce qu'elle appelle le « malheur », cette expérience qui atteint une personne jusque dans son rapport à elle-même, aux autres et au sens de l'existence.

    Sa pensée invite à une grande prudence spirituelle : lorsqu'un être humain est accablé par le malheur, lui proposer trop vite une explication consolante peut constituer une seconde violence. On prétend donner un sens à ce qu'il vit alors qu'on n'a pas soi-même traversé son épreuve.

    Dans cette perspective, la question de Jean Lejeune ne réclame pas nécessairement une réponse immédiate. Elle réclame d'abord que l'on mesure ce qu'elle contient.

    Ses prières étaient peut-être celles d'un père qui demandait simplement que sa fille soit protégée. Comment ne pas comprendre qu'après l'irruption d'un tel crime, la prière elle-même puisse devenir douloureuse, presque impossible ?

    Il serait cruel de lui répondre que ses prières ont été exaucées autrement qu'il ne l'imaginait. Une telle formule risque de transformer l'échec apparent de la prière en victoire théologique, au prix de la souffrance réelle de celui qui prie.

    Il est plus juste de reconnaître que certaines blessures ne trouvent pas ici-bas d'explication qui soit à la hauteur de ce qu'elles ont détruit.

    5. Le Catéchisme reconnaît lui-même l'épreuve de la prière

    Le Catéchisme de l'Église catholique aborde explicitement la difficulté de la prière de demande. Au paragraphe 2734, il reconnaît que la confiance filiale est mise à l'épreuve dans la tribulation et que certains cessent de prier parce qu'ils estiment que leur demande n'a pas été exaucée.

    Autrement dit, l'Église ne peut pas prétendre que cette difficulté serait étrangère à la vie spirituelle.

    Mais que signifie alors l'exaucement de la prière ?

    Il faut distinguer deux affirmations :

    • La prière chrétienne n'est pas une garantie d'obtenir le résultat demandé. Elle n'est pas un mécanisme par lequel une foi suffisamment forte obligerait Dieu à intervenir.

    • Le fait qu'une demande n'ait pas été exaucée comme on l'espérait ne permet pas de conclure que la personne a mal prié, qu'elle a manqué de foi ou que Dieu l'a rejetée.

    Reste la question la plus difficile : pourquoi Dieu, s'il est tout-puissant et bon, ne prévient-il pas certains crimes atroces ?

    La théologie chrétienne invoque la liberté humaine, la réalité du mal et l'espérance d'une justice ultime. Ces éléments éclairent une partie du problème, mais ils ne constituent pas une explication complète de chaque souffrance particulière. La liberté humaine explique que l'homme puisse faire le mal ; elle ne suffit pas, à elle seule, à expliquer pourquoi Dieu ne l'empêche pas dans tel cas précis.

    C'est ici qu'il faut accepter une limite : nous ne savons pas pourquoi Julie n'a pas été protégée. Affirmer le contraire serait parler à la place de Dieu.

    6. Dostoïevski : aucune explication ne doit faire oublier la victime

    Dans Les Frères Karamazov, Fiodor Dostoïevski met en scène Ivan Karamazov, qui refuse l'idée qu'une harmonie finale puisse justifier les souffrances infligées aux enfants innocents.

    Son objection est radicale : même si l'on promettait une réconciliation universelle, comment accepter que la souffrance atroce d'un enfant devienne le prix à payer pour l'harmonie du monde ?

    Cette protestation rejoint profondément celle que pourrait exprimer un père comme Jean Lejeune.

    La foi chrétienne annonce pourtant une victoire finale sur le mal et la mort. Mais cette espérance ne devrait jamais servir à minimiser l'horreur de ce qui s'est produit. La résurrection n'est pas une manière de déclarer que le drame était finalement acceptable. Elle est la promesse que le drame et la mort n'auront pas le dernier mot.

    La différence est décisive : on ne justifie pas le mal par le bien que Dieu pourrait en tirer ; on espère que Dieu sauvera ce que le mal a détruit.

    7. Que devrait répondre concrètement l'Église à Jean Lejeune ?

    Il me semble que sa réponse devrait tenir en cinq affirmations.

    1. « Vous avez le droit de crier votre douleur. »

    La colère, l'incompréhension et le sentiment d'abandon ne font pas automatiquement de vous un homme sans foi. Les psaumes, Job et le Christ en Croix donnent une place à cette plainte.

    2. « Ce qui est arrivé à votre fille n'était pas une punition divine. »

    Il ne faut ni attribuer à Dieu la volonté du crime ni suggérer que votre prière aurait été insuffisante. La responsabilité du mal commis appartient à celui qui le commet.

    3. « Nous ne savons pas pourquoi Dieu n'a pas empêché ce crime. »

    L'Église peut annoncer sa foi en la bonté de Dieu, mais elle ne possède pas une explication particulière des événements qui lui permettrait de justifier ce qui est arrivé à Julie.

    4. « Votre combat pour la vérité et la justice a sa place dans la foi. »

    La compassion chrétienne ne dispense ni de rechercher la vérité, ni de protéger les enfants, ni de combattre les violences, ni d'exiger que les responsables répondent de leurs actes.

    5. « Vous n'êtes pas obligé de comprendre pour être encore aimé de Dieu. »

    Même si la prière est devenue un cri, même si le silence de Dieu vous est insupportable, l'Église ne devrait pas vous fermer sa porte. La foi peut survivre longtemps sous la forme d'une question sans réponse.

    8. Et si Jean Lejeune demandait : « Mais alors, à quoi sert de prier ? »

    Il faudrait éviter deux réponses opposées, également insuffisantes.

    La première serait de promettre que la prière protège du malheur. L'expérience humaine dément cette promesse, et la Bible elle-même ne la fait pas.

    La seconde serait de réduire la prière à un exercice psychologique destiné à nous apaiser. Pour le chrétien, prier est davantage : c'est se tenir devant Dieu, lui confier ce que l'on ne peut porter seul, lui demander le secours, la justice et la force de ne pas céder au mal.

    Mais il faut reconnaître que la prière peut traverser des périodes où elle ne procure ni paix ni consolation. Parfois, elle n'est plus qu'un cri. Parfois, celui qui souffre ne peut même plus prier et doit être porté par la prière des autres.

    La communauté chrétienne a alors une responsabilité concrète : ne pas abandonner la personne endeuillée, ne pas lui imposer un calendrier de guérison, ne pas lui reprocher sa révolte et l'aider à vivre avec sa blessure aussi longtemps que nécessaire.

    Benoît XVI l'a également rappelé dans son encyclique Spe salvi : les chrétiens ont le devoir de tout faire pour empêcher la souffrance des innocents et soulager ceux qui souffrent. L'espérance chrétienne ne justifie donc jamais la passivité devant le mal.

    En définitive : que peut-on dire à ce père ?

    Peut-être ceci, en parlant moins en théologien qu'en frère :

    Jean Lejeune, je ne vais pas vous expliquer pourquoi Dieu n'a pas sauvé Julie. Je ne le sais pas. Je ne vous dirai pas non plus que vos prières ont échoué parce que vous n'auriez pas assez cru, ni que la mort et la souffrance de votre fille entraient dans un dessein qu'il faudrait accepter sans protester.

    Votre question est légitime. La Bible elle-même la porte. Job l'a criée, les psaumes l'ont formulée, et Jésus l'a fait entendre du haut de la Croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »

    Je ne peux pas vous promettre une explication qui effacerait ce scandale. Je peux seulement vous dire que le christianisme ne place pas Dieu du côté de ceux qui torturent et détruisent, mais du côté de l'innocent supplicié. En Jésus crucifié, il se laisse reconnaître non comme celui qui aurait rendu le mal nécessaire, mais comme celui qui le subit et qui promet de le vaincre.

    Et si aujourd'hui vous ne pouvez plus prier, si vous ne trouvez plus que des reproches à lui adresser, je ne vous dirai pas que vous avez perdu la foi. Je vous dirai que votre cri a sa place devant Dieu. Et je vous demanderai la permission de rester auprès de vous, sans prétendre savoir ce que je ne sais pas.

    Car la foi chrétienne ne consiste pas à prétendre que le mal est explicable. Elle consiste à espérer, malgré lui, que l'amour et la justice auront le dernier mot.

    C'est sans doute là que se situe la réponse la plus honnête de l'Église : non pas une solution théorique au problème du mal, mais une présence, une solidarité et une espérance qui refusent à la fois de banaliser la souffrance et de laisser le mal avoir le dernier mot.

    (avec le concours de l'IA)