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Au rythme de l'année liturgique

  • Homélie pour le vingt-sixième dimanche du temps ordinaire

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     Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,28-32.

     Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne'.

     Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas. ' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla.

     Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur ! et il n'y alla pas.

     Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.

     Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole.

    Homélie- Texte du Père Octavio Ortíz. Source : es.catholic.net – Traduction de l’espagnol

     Le texte de l’homélie fait référence à d’autres lectures de ce dimanche : le livre d’Ezechiel d’abord (18, 25-28), puis la Lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens (2, 1-11). Le lecteur trouvera l’ensemble de ces textes ici :

    http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=readings&localdate=20110925

     Un des thèmes principaux de ce dimanche, sur lequel nous voudrions méditer, est celui de la conversion de l’âme à Dieu. Le texte du prophète Ezéchiel nous parle de la responsabilité personnelle. Chacun a le grave devoir et la responsabilité de convertir son âme à Dieu. La rétribution de nos œuvres est quelque chose de personnel. Chacun de nous sera récompensé ou puni selon ses propres œuvres. Par conséquent, chacun de nous doit orienter sa vie vers Dieu avec amour, et se repentir de ses péchés.

     Dans l’évangile, cet enseignement s’approfondit avec la prédication du Baptiste, et avec l’arrivée du Messie, le Christ Seigneur. Il ne suffit pas d’obéir seulement en paroles aux commandements de Dieu. Il faut que les œuvres accompagnent nos paroles. C’est bien cela, la véritable conversion. Pour cette raison, comme le dit l’évangéliste, les publicains et les prostituées précéderont les docteurs de la loi dans le Royaume des cieux.

     Alors que les premiers ont dit « non » à la volonté de Dieu, mais ensuite, ont abandonné leur mauvaise conduite, les seconds – c’est-à-dire les docteurs de la loi -, se croyant justes, n’ont pas senti le besoin de se convertir et de faire pénitence pour leurs péchés. Par leurs paroles ils ont dit « oui » à Dieu, mais leurs œuvres étaient différentes. Quel grand danger que celui de se sentir juste et de ne pas avoir besoin de repentance !

     La lettre aux Philippiens, quant à elle, nous offre le modèle du chrétien : l’humilité et l’abaissement du Christ Seigneur, qui accomplit en tout et fidèlement la volonté du Père.

     C’est à juste titre que le chapitre 18 du prophète Ezéquiel a été appelé le chapitre de la responsabilité personnelle ou de la rétribution personnelle. Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut encadrer le texte dans une perspective historique. Le peuple est en exil, après la chute de Jérusalem. La tradition théologique a interprété ce qui s’est passé comme le résultat des prévarications et des infidélités du peuple, tout au long de son histoire. En réalité, il s’agissait d’une situation fatale, inévitable, que cette génération devait affronter. Elle a ainsi supporté les fautes et les péchés des ancêtres, sans autre destin possible. Mais en même temps, le peuple a estimé que le châtiment était supérieur aux fautes que lui-même n’avait pas commis. Il se sentait donc traité injustement.

     Dans cet état de choses se pose la question essentielle : où est l’amour de Dieu ? Où est le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob ? Qu’est devenue la promesse du Seigneur ? Le peuple avait l’impression que Yahveh avait rompu son Alliance. Le temple avait été détruit. Jérusalem, la cité sainte, avait été pillée, dévastée, incendiée. Le peuple, déporté. Tout n’était que désespoir, abattement, défaite.

     Le prophète Ezéchiel se lève alors et d’une voix forte, oriente le peuple vers un autre chemin. Il énonce un principe général : « l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra » (Ezech. 18, 20). Autrement dit, la responsabilité est personnelle et chacun répondra de ses propres actes. De même, la rétribution est également quelque chose de personnel. On peut considérer que les actes passés influencent, conditionnement le présent d’une certaine manière, mais ils ne constituent pas un héritage fatal, une sorte de « fatum » dans le cadre d’une tragédie grecque.

     Il sera certainement difficile de se libérer des conditions du passé, mais cela reste possible. Dieu dit d’ailleurs : « Je ne désire pas la mort de celui qui meurt… Convertissez-vous donc, et vivez » (Ezéch. 18, 32).

     Ainsi donc, le thème de la responsabilité personnelle renforce la question, plus essentielle encore, de la conversion du pécheur.

     Non, Dieu n’est pas injuste dans sa façon d’agir. Lorsque nous lui tenons tête et que nous l’accusons, d’une certaine manière, de nos malheurs. Nous devons sonder notre âme plus profondément, pour découvrir la vérité de nos misères et la vérité de son amour infini et patient. Mais nous ne découvrirons cet amour que lorsque nous ferons l’expérience de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Lorsque nous nous rendrons compte de ce que signifie l’Incarnation. Lorsque nous entrerons dans le mystère de la rédemption et que nous comprendrons que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle (Jn 3, 16).

     A cet égard, il est très instructif de se référer à ce que le Pape Jean-Paul II écrivait dans son livre Entrez dans l’espérance, 11 : « Homme, toi qui juges Dieu, qui lui ordonnes de se justifier devant ton tribunal, pense à l’intérieur de toi-même, regarde si tu n’es pas le responsable de la mort de ce Condamné, si ce jugement contre Dieu n’est pas en réalité un jugement contre toi-même. Réfléchis et juge si ce jugement et son résultat – la Croix et puis la Résurrection – ne sont pas pour toi l’unique moyen de salut ». Ainsi donc, l’éloquence du Vendredi Saint est celle de l’amour de Dieu qui veut qu’aucun ne périsse, mais que le pécheur se détourne de sa mauvaise vie.

     Dans l’Evangile apparaît à l’évidence la tragédie de ceux qui se croient justes. Les grands prêtres et les anciens du temple ne reçoivent pas le message de pénitence. Ils s’imaginent qu’ils n’en ont pas besoin. Ils observent la loi, se considèrent comme justifiés, pratiques les normes extérieures, se montrent surs de leur excellence. Les autres sont de pauvres ignorants de la loi. Comme ils se trompent ! En s’excluant eux-mêmes du groupe des pécheurs, ils s’auto-excluent de la miséricorde de Dieu, de son pardon et de sa bonté éternelle. Par conséquent, si avec leurs paroles ils ont di « oui » à la volonté de Dieu, leurs œuvres, elles, n’ont pas été bonnes. Ils n’ont pas pratiqué la justice et le droit. Ils se sont révélés hypocrites, sépulcres blanchis. Ils n’ont pas aimé la vérité.

     Par contre, les pécheurs publics, ceux qui ont clairement dit « non » à Dieu et à sa volonté, changent lors de la prédication du Baptiste. Ils se repentent. Ils se sentent interpellés dans leur conduite. Ils se rendent compte de la misère morale face à la puissance et à la majesté de Dieu, et ils se convertissent. Ils ont d’abord dit « non », mais ensuite, ils ont dit « oui ».

     Ici, il est important de se souvenir des paroles de l’encyclique Redemptoris missio :

     « Tout homme est donc invité à « se convertir » et à « croire » à l'amour miséricordieux de Dieu pour lui: le Royaume croîtra dans la mesure où tous les hommes apprendront à se tourner vers Dieu comme vers un Père dans l'intimité de la prière (cf. Lc 11, 2; Mt 23, 9) et s'efforceront d'accomplir sa volonté (cf. Mt 7, 21) ».

    (Jean-Paul II, Redemptoris missio 13). En réalité, le Pape nous montre que  nous avons tous besoin de conversion.

     Le Christ est Seigneur. L’hymne christologique de la Lettre aux Philippiens est l’un des textes fondamentaux dans l’élaboration de la christologie. Dans cet hymne, le centre autour duquel s’oriente la réflexion est la phrase finale : Jésus-Christ est Seigneur.

     « Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable par lequel Dieu se révèle à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, se traduit par « Kyrios » (Seigneur). « Seigneur » devient depuis lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. Le Nouveau Testament utilise en ce sens fort le titre « Seigneur » pour le Père, mais l’utilise également – et ici est la nouveauté – pour Jésus, le reconnaissant comme dieu (cf. 1 Co 2, 8) ». (Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique 446).

     Ainsi, l’hymne aux Philippiens indique clairement la divinité et l’humanité parfaite du Christ. Lui, malgré sa condition divine, n’a pas fait étalage de son statut divin. Dans cet hymne, on ne parle pas des discours du Seigneur, de ses enseignements, mais de ses œuvres : il s’est dépouillé. Il a pris la condition d’esclave. Il s’est soumis même à la mort. Il nous enseigne le chemin que le chrétien doit suivre : le chemin de l’obéissance aux plans divins, le chemin de l’humilité, le chemin de l’accomplissement de la volonté de Dieu à travers les œuvres, et pas seulement en paroles.

     Ici nous admirons la puissance du Christ : un pouvoir très différent de celui de l’homme, qui désire imposer et faire sa propre volonté. La puissance du Christ est la puissance de l’obéissance au Père, c’est la puissance de l’amour et de la vérité, c’est la puissance de celui qui sert et donne sa vie pour ses amis. Le Christ est Seigneur. C’est lui qui a le nom qui est au-dessus de tout nom. Et ceci est notre espérance. Nous pouvons espérer dans la puissance de Dieu. Une puissance qui agit dans notre monde, qui le change de l’intérieur. Une puissance qui ne s’exerce pas d’une façon despotique, mais amoureuse. Le Christ est notre espérance !

     Chaque jour, nous devons nous tourner un peu plus vers le Père des miséricordes. En effet, en entrant à l’intérieur de nous-mêmes, nous remarquons l’ « inadéquation » entre notre être, notre identité comme hommes et comme chrétiens, et notre « agir » quotidien. Nous réalisions combien nous sommes fragiles et combien nous avons besoin de pardon et de miséricorde. Le bon chemin pour réaliser ce parcours de conversion est l’examen de conscience quotidien. Il s’agit de réserver quelques minutes en milieu de journée, ou en fin de journée, pour examiner notre parcours, selon le vécu de nos engagements. C’est également revoir le fonctionnement de notre amour, de notre dévouement aux autres, de l’accomplissement de nos devoirs.

     L’absence du sens du péché, qui est l’un des grands maux de notre époque, est dû, en partie, à cette incapacité à entrer à l’intérieur même de notre cœur et à voir que, à côté des choses bonnes, il y a aussi l’indifférence, l’infidélité, un rapport plus lâche à l’amour de dieu.

     L’examen de conscience n’est pas un moment de scrupules ou de mépris de soi-même. Au contraire. C’est un moment de résurgence intérieure, c’est le moment d’une « étreinte du Père de miséricordes », malgré nos misères et nos faiblesses. L’âme qui fait un examen de conscience, découvre Dieu et commence un chemin de conversion et de transformation qui ne connaît aucune limite.

  • St Vincent de Paul, prêtre et fondateur (1581-1660)

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    Source : http://www.levangileauquotidien.org/

    St_Vincent_de_Paul.pngCe saint, dont le nom est devenu synonyme de charité, est l'une des plus pures gloires de la France et de l'humanité tout entière. Il naquit à Pouy, près de Dax (France), le 24 avril 1581. Ses parents faisaient valoir une petite ferme et vivaient du travail de leurs mains. Les premières années de Vincent se passèrent à la garde des troupeaux. Un jour qu'il avait ramassé jusqu'à trente sous, somme considérable pour lui, il la donna au malheureux qui lui parut le plus délaissé. Quand ses parents l'envoyaient au moulin, s'il rencontrait des pauvres sur sa route, il ouvrait le sac de farine et leur en donnait à discrétion.

     Son père, témoin de sa charité et devinant sa rare intelligence, résolut de s'imposer les plus durs sacrifices pour le faire étudier et le pousser au sacerdoce : « Il sera bon prêtre, disait-il, car il a le cœur tendre. »

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  • Saint Vincent de Paul, un véritable homme de foi (27 septembre)

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    Une homélie inédite du cardinal Joseph Ratzinger à la Cathédrale de Munich, le 26 avril 1981, traduite sur le site "Benoît et moi" (archive du 27/9/2014)

    A relire aussi: la méditation d'Angélus du 26 septembre 2010, à Castelgandolfo:

    « (...) nous célébrerons demain la mémoire liturgique de saint Vincent de Paul, patron des organisations caritatives catholiques, dont c'est le 350e anniversaire de la mort.
    Dans la France du XVIIe siècle, il a touché du doigt le fort contraste entre les plus riches et les plus pauvres. En effet, en tant que prêtre, il a pu fréquenter les milieux aristocratiques, les campagnes et les bas-fonds de Paris.

    Poussé par l'amour du Christ, Vincent de Paul a su organiser des formes stables de service aux exclus en donnant vie à ce qu'on a appelé les «Charités», c'est-à-dire des groupes de femmes qui mettaient leur temps et leurs biens à la disposition des personnes les plus marginalisées. Parmi ces bénévoles, certaines ont choisi de se consacrer totalement à Dieu et aux pauvres, et ainsi, avec sainte Louise de Marillac, saint Vincent fonda les «Filles de la Charité», première congrégation féminine à vivre la consécration «dans le monde» au milieu des personnes, avec les malades et les nécessiteux».

    LA VRAIE FORCE DE GUÉRISON - L’homme de Foi, St Vincent de Paul,

    Homélie du Cl Joseph Ratzinger à la Cathédrale de Munich, le 26 avril 1981

    Chers frères dans le Christ,

    “Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion, à la fraction du pain et aux prières” (Actes 2, 42). C’est ainsi que st Luc décrit la première communauté chrétienne dans la première lecture qu’on vient d’entendre. Il souhaite ainsi la donner en exemple pour l’Église de tous les temps. Il énumère les forces qui sous-tendent l’édifice de l’Église, et qui lui donneront toujours sa cohésion et son dynamisme.

    Ce que nous pouvons remarquer avant tout, c’est que cette Église prie ; elle ne s’éloigne pas de la maison du Seigneur, devenant elle-même un temps spirituel. Elle est au service de la gloire de Dieu dont elle tire sa joie. Elle nous apparaît comme un culte permanent rendu à Dieu sous la conduite des apôtres. Mais sa prière qui la tourne vers Dieu ne la détourne pas pour autant des hommes ; elle ne fuit pas dans un isolement idyllique devant les luttes parfois si dures qui jalonnent l’Histoire.

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  • Les saints Côme et Damien (26 septembre)

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    Du site du Centre catholique des médecins français :

    La Décapitation de saints Côme et Damien, 1438 - 1440 - Fra Angelico

    SAINT COME ET SAINT DAMIEN

    Frères jumeaux, Côme et Damien étaient d'origine arabe. Ils étaient nés à Egée, en Cilicie (Asie Mineure), au IIIe siècle, et appartenaient à une famille noble et chrétienne. L'hagiographie conte qu'ils étaient "fort habiles dans l'art médical" et qu'ils parcouraient "villes et bourgades, guérissant les malades et délivrant, au nom de celui qu'on appelle le Christ, ceux qui sont possédés des esprits immondes". Or ils exerçaient leur art gratuitement: ils étaient ainsi devenus les Anargyres, "ceux qui repoussent l'argent". Battant en brèche l'autorité du proconsul Lysias, juge en la ville d'Egée, ils lui furent amenés. Après mille tortures qui ne parvinrent pas à les éprouver, ils subirent le martyre vers l'an 287. L'Église honore ces deux saints guérisseurs le 27 septembre; leurs noms sont inscrits parmi beaucoup d'autres dans les litanies des saints et, distinction plus rare et plus insigne, ils le sont aussi au canon de la messe.

    Au VIIIe siècle, un diplôme de Charlemagne donnant l'église de Luzarches à l'Abbaye de Saint-Denis nous apprend qu'elle était déjà placée sous le vocable de Saint-Côme et Saint-Damien. Au XIIe siècle, Jean de Beaumont, seigneur de Luzarches qui avait été parmi les premiers à se croiser, reçut, lors de son retour par Rome, des reliques des saints Côme et Damien pour prix de ses hauts faits en faveur de la chrétienté. Il en fit deux parts, une pour Luzarches et une pour Paris. A Luzarches, ces reliques furent d'abord déposées dans une collégiale dont la construction commença en 1180 et dont seuls subsistent à l'heure actuelle quelques vestiges. Puis en 1320 elles furent transférées en l'église paroissiale au cours d'une procession solennelle dont la chronique a gardé le souvenir: "Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe V le Long, vient à Luzarches le jeudi 23 octobre 1320 honorer les reliques des deux martyrs. La translation de ces reliques dans des châsses d'argent donne lieu à l'évêque de Paris et au chapitre de Luzarches de mander de la capitale des chirurgiens pour faire leur rapport de ces saintes reliques ".

    Les chirurgiens, dont la corporation est l'une des plus anciennes de France, s'étaient alors constitués en confrérie en se choisissant pour saints patrons Côme et Damien. Une confrérie de simple piété aurait d'abord été fondée à Luzarches au XIIIe siècle, puis une confrérie franchement professionnelle serait apparue à Paris. Les deux fusionnèrent lors de l'événement de 1320. C'était pour les chirurgiens, dont l'activité n'était pas considérée comme un "métier" et ne donnait pas accès à l'Université, la meilleure manière d'affirmer indépendance et dignité, et ils se placèrent sous la protection de l'Official (juridiction ecclésiastique dépendant de l'évêque). Ils furent alors à l'origine de l'une des plus anciennes et des plus durables traditions de cette région de l'Ile-de-France: celle des pèlerinages médicaux à Luzarches.

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  • Notre-Dame des captifs

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    24 septembre : Notre-Dame de la Merci

    Historique (source : missel.free.fr)

    Dans l’expression Notre-Dame de la Merci, le mot Merci traduit l’espagnol merced qui signifie grâce, ou le latin merces qui signifie rançon. A l’origine de l’Ordre des Mercédaires[1] qui s’occupèrent de racheter les chrétiens captifs des musulmans, Notre-Dame apparut à saint Pierre Nolasque[2], à saint Raymond de Penyafort[3] et au roi Jacques I° d’Aragon[4].

    Au milieu de la nuit du 1° août 1218, alors que l’Eglise célébrait la fête de Saint-Pierre-aux-Liens, la vierge Marie, accompagnée d’anges et de saints, apparut à saint Pierre Nolasque et lui dit : Mon fils, je suis la Mère du Fils de Dieu qui, pour le salut et la liberté du genre humain, répandit tout son sang en souffrant la mort cruelle de la Croix ; je viens ici chercher des hommes qui veuillent, à l’exemple de mon Fils, donner leur vie pour le salut et la liberté de leurs frères captifs. C’est un sacrifice qui lui sera très agréable. Je désire donc que l’on fonde en mon honneur un Ordre dont les religieux, avec une foi vive et une vraie charité, rachètent les esclaves chrétiens de la puissance et de la tyrannie des Turcs, se donnant même en gage, s’il est nécessaire, pour ceux qu’ils ne pourront racheter autrement. Telle est, mon fils, ma volonté ; car, lorsque dans l’oraison tu me priais avec des larmes de porter remède à leurs souffrances, je présentais tes vœux à mon Fils qui, pour ta consolation et pour l’établissement de cet Ordre sous mon nom, m’a envoyée du ciel vers toi. Saint Pierre Nolasque répondit : Je crois d’une foi vive que vous êtes la Mère du Dieu vivant et que vous êtes venue en ce monde pour le soulagement des pauvres chrétiens qui souffrent dans une barbare servitude. Mais que suis-je, moi, pour accomplir une œuvre si difficile au milieu des ennemis de votre divin Fils et pour tirer ses enfants de leurs cruelles mains ? Et Notre-Dame de lui répondre : Me crains rien, Pierre, je t’assisterai dans toute cette affaire et, pour que tu aies foi en ma parole, tu verras bientôt l’exécution de ce que je t’ai annoncé et mes fils et mes filles de cet Ordre se glorifieront de porter des habits blancs comme ceux dont tu me vois revêtue. En disant cela, la Vierge disparut.Pierre Nolasque passa en prière le reste de la nuit puis rejoignit Raymond de Penyafort qui lui dit : J’ai eu cette nuit la même vision que vous : j’ai été aussi favorisé de la visite de la Reine des anges et j’ai entendu de sa bouche l’ordre qu’elle me donnait de travailler de toutes mes forces à l’établissement de cette religion et d’encourager dans mes sermons les catholiques fidèles à venir en aide à une œuvre de charité si parfaite.

    C’est pour remercier Dieu et la très sainte Vierge que j’étais venu si matin à la cathédrale. Le roi Jacques I° d’Aragon entra alors dans la cathédrale et leur dit : La glorieuse Reine des anges m’est apparue cette nuit, avec une beauté et une majesté incomparables, m’ordonnant d’instituer, pour la rédemption des captifs, un Ordre qui porterait le nom de Sainte-Marie de la Merci ou de la Miséricorde ; et, comme je connais en toi, Pierre Nolasque, un grand désir de racheter les esclaves, c’est toi que je charge de l’exécution de cette œuvre. Pour toi, Raymond, dont je sais la vertu et la science, tu seras le soutien de l’Ordre par tes prédications.


    [1] Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie de la Merci pour la Rédemption des captifs.

    [2] Issu de la noble famille des Nolasco, apparenté par sa mère aux comtes de Toulouse et aux rois d’Aragon, Pierre Nolasque, né vers 1189 au mas des Saintes-Puelles, dans l’ancien diocèse de Saint-Papoul, après avoir renoncé au mariage pour se consacrer à Dieu, rejoint les armées de Simon de Montfort. A la bataille de Muret où le roi Pierre d’Aragon est tué, son fils, Jacques, âgé de six ans, est fait prisonnier ; Simon de Monfort le met sous la garde de Pierre Nolasque puis les envoie tous deux en Espagne. Loin de la cour, Pierre Nolasque enseigne son royal élève et lui montre l’exemple de sa piété et de sa charité.

    [3] Né près de Barcelone, au le château familial de Villafranca de Penades (vers 1175), Raymond de Penyafort, parent des comtes de Barcelone et des rois d'Aragon, étudie à l'école cathédrale de Barcelone où il enseigne la rhétorique et la logique ; il étudie le droit à Bologne où, reçu docteur, il enseigne (1216). L'évêque de Barcelone le recrute pour le séminaire de son diocèse (1219). A Viterbe, saint Dominique leur donne quelques uns de ses frères. A Barcelone, chanoine de la cathédrale, prévôt du chapitre, archidiacre, grand vicaire et official (1220), il donne grande solennité à l'Ascension et travaille au soin des pauvres. Le Vendredi Saint 1222, il quitte le clergé séculier pour les Dominicains, sans perdre son influence sur l'évêque de Barcelone. A cette époque, il écrit la Summa de pænitentia, premier ouvrage du genre, qui rassemble les cas de conscience à l'usage des confesseurs. Lorsque Pierre Nolasque fonde l'Ordre de la Merci (1223), dans la cathédrale de Barcelone, en présence de l'évêque et de Jacques I° d'Aragon, il donne l'habit aux premiers mercédaires dont il rédige la règle pour quoi il obtient l'approbation de Grégoire IX (1235). En 1229, le cardinal de Sainte-Sabine, envoyé comme légat en Espagne pour prêcher la croisade contre les Maures et mettre en application les décrets du quatrième concile du Latran, s'adjoint Raymond de Penyafort qui fait si bien qu'on le charge de prêcher dans les provinces d'Arles et de Narbonne. En 1230, Grégoire IX en fait son confesseur et son chapelain ; nommé pénitencier, il instaure l'Inquisition en Aragon, révise les décrétales et en fait établir la nouvelle collection promulguée par la bulle Rex pacificus (5 septembre 1234). Il refuse l'archevêché de Tarragone et rentre en Aragon pour absoudre Jacques I° qui a malmené l'évêque élu de Saragosse ; il quitte Barcelone pour rejoindre, à Bologne, le chapitre général de son Ordre qui l'élit maître général (1238). Il fait établir de nouvelles constitutions dominicaines, en usage jusqu'en 1924. Il demande à saint Thomas d'Aquin de rédiger la Somme contre les gentils. Il se démet de sa charge (1240) et retourne au couvent de Barcelone d'où il partit souvent pour prêcher et pour conseiller Jacques I°. Pour former les missionnaires, il fonde des écoles de langues, comme l'école arabe de Tunis (1245) et l'école d'hébreu de Murcie (1266). Entre les rois d'Aragon et de Castille, il meurt à Barcelone le 6 janvier 1275 ; l'archevêque de Tarragone demande, dès 1297, sa canonisation qui ne sera faite par Clément VIII que le 29 avril 1601.

    [4] Jacques I° d’Aragon, dit le Conquérant, fils de Pierre II, né à Montpellier en 1206, est fait prisonnier à la bataille de Muret où mourut son père (1213) et remis par Simon de Montfort à Pierre Nolasque qui l’élève. Allié au roi de Castille dont il épouse la fille, Eléonore (1221), il conquiert une partie du royaume musulman de Valence (1225) qu’il prendra tout entier (1253). Il conquiert les Baléares (1229-1235). Au profit du comte Thibault de Champagne, il renonce au royaume de Navarre que lui a laissé Sanche VII. Au traité de Corbeil (1256), saint Louis renonce en sa faveur aux comtés de Barcelone et de Roussillon et à la seigneurie de Montpellier. En 1262, il partage ses Etats entre ses deux fils : Pierre obtient l’Aragon, la Catalogne et Valence ; Jacques obtient Majorque, le Roussillon, la Cerdagne et Montpellier. Il meurt en 1276.

  • 24 septembre : Bienheureuse Vierge Marie de la Merci

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    24 septembre : Bienheureuse Vierge Marie de la Merci

    La libération de tout esclavage

    Au Moyen Âge, le terme « merci » désignait une forme concrète de compassion, tournée surtout vers ceux qui vivaient en marge de la société : en particulier, les chrétiens retenus prisonniers. C’est à cette cause que se consacrèrent avec ferveur saint Pierre Nolasque et ses disciples, qui fondèrent une communauté religieuse engagée dans la libération des prisonniers chrétiens en danger de perdre leur foi. C’est pourquoi on les appela les Frères de la Merci et leurs couvents prirent le nom de « maisons de la Merci ». Profondément attachés à la Vierge Marie, qu’ils considéraient comme l’inspiratrice de leur mission, ils lui donnèrent le titre de « Notre-Dame de la Merci » ou « de la Miséricorde ».

    Convaincus que la Vierge Marie avait joué un rôle déterminant dans la naissance de leur Ordre, les religieux inscrivirent officiellement son nom dans la dénomination de la Congrégation. Dès 1272, dans les premières Constitutions de l’Ordre, son nom complet fut établi : Ordre de la Bienheureuse Vierge Marie de la Merci pour la rédemption des esclaves.

    La première église fondée par les Mercédaires fut construite en 1249 et dédiée à sainte Marie. L’image vénérée en ce lieu commença à être identifiée comme « Sainte-Marie de la Merci », et, de là, le culte se diffusa partout où les membres de l’Ordre s’installèrent.

    Lors de la colonisation et de l’œuvre missionnaire en Amérique, à partir du second voyage de Christophe Colomb en 1493, les Mercédaires emportèrent avec eux la dévotion à la Vierge de la Merci. Ce culte s’enracina profondément dans le nouveau continent, où les habitants, touchés par la piété populaire, commencèrent à l’appeler « Notre-Dame de la Merci », une expression qui souligne sa générosité à accorder les grâces reçues du Christ.

    Vu le grand essor de cette dévotion, l’Église en reconnut la portée universelle. Dès 1616, sous le pontificat du Pape Pie V, puis à nouveau en 1684 et en 1696, la fête de Notre-Dame de la Merci fut officiellement étendue à l’ensemble du monde catholique, fixant le 24 septembre comme date liturgique de sa célébration.

    Cette invocation mariale exprime la tendresse de la Mère de Dieu envers ceux qui sont opprimés, emprisonnés ou en danger de perdre leur foi. Elle présente Marie comme une figure rédemptrice qui poursuit l’œuvre salvifique du Christ en faveur des pauvres et des prisonniers. En elle se reflète puissamment la miséricorde divine, incarnée comme un Évangile vivant qui annonce la libération et l’espérance.

  • Le saint Padre Pio (23 septembre)

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    p-pio.jpgSaint Pio de Petrelcina, prêtre de l'ordre des frères mineurs capucins (Evangile au Quotidien)

    Pio, au siècle Francesco Forgione, naît le 25 mai 1887 à Pietrelcina, en Italie du Sud, entre Naples et Foggia (Campanie). Quatrième des sept enfants d’un couple de paysans, il entre à 16 ans chez les capucins et prend le nom de frère Pio. De santé fragile, il retourne pour de longs séjours dans son village. Ses frères capucins témoigneront que le démon venait lui rendre visite dans sa chambre. Fra Pio a alors vécu dans une « nuit obscure » qui rappelle celle des mystiques comme Jean de la Croix ou de sa contemporaine, Thérèse de Lisieux. Il confie : « Le doute qui m’assaille toujours et me persécute partout est d’ignorer si ce que je fais reçoit ou non l’approbation de Dieu. »

    Ordonné prêtre le 10 août 1910, il est affecté, six ans après, au couvent de San Giovanni Rotondo, dans les Pouilles. Il y demeurera jusqu’à sa mort, le 23 septembre 1968, à 81 ans. Le rayonnement spirituel du Padre Pio a donné naissance à deux œuvres importantes : l’hôpital Casa Sollievo della Sofferenza (maison pour le soulagement de la souffrance) et les groupes de prière. Par deux fois, le Padre Pio a dû subir des mesures disciplinaires et des restrictions dans l’exercice de son ministère.

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  • « Je vais vous parler de la messe et des miracles du Padre Pio. »

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    « Je vais vous parler de la messe et des miracles du Padre Pio. »

    Les miracles, la messe, la rigueur au confessionnal (« s'il s'agissait de péchés, il était brusque ») mêlée à la douceur (« il était très doux, surtout face à la souffrance »). La Bussola interviewe Pia Manelli, fille spirituelle du saint originaire de Pietrelcina.

    23/09/2026

    « Dans ma famille, nous avons tous reçu des miracles ; il n'y en a pas un seul qui n'en ait reçu un par l'intercession du Padre Pio. » À l'autre bout du fil, c'est Pia, l'une des 21 enfants (dont 13 sont adultes) des Serviteurs de Dieu Licia Gualandris (1907-2004) et Settimio Manelli (1886-1978). Pia voue une gratitude particulière à saint Pio de Pietrelcina, son père spirituel, dont nous célébrons aujourd'hui la mémoire liturgique. Elle a été interviewée par La Nuova Bussola .

    Commençons par une question : le prénom Pia vous a-t-il été donné en hommage au Padre Pio, ou y a-t-il une autre raison ?

    Tous mes frères et sœurs ont des prénoms composés, comme Maria, Giuseppe, Michele… tous inspirés de saints. Pourtant, à ma naissance, mon père a dit au Padre Pio : « Je veux lui rendre hommage ; je l’appellerai Pia. » Je m’appelle simplement Pia. Je n’ai pas d’autre prénom, et c’est pourquoi je me fâchais toujours contre mon père, car il avait donné à tous les autres les noms de la Vierge Marie et d’autres saints patrons. Et il me répondait : « Padre Pio te suffit. »

    Cependant, vous avez bénéficié d'une grande protection de sa part…

    À propos de protection et de mon nom, Pia, un jour, en confession, Padre Pio m'a dit : « Ma fille, tu es chanceuse. Tu as beaucoup de souffrance à ta disposition. » Je n'ai jamais manqué de souffrance. Pour Padre Pio, souffrir est une grâce. Ce sont des choses extraordinaires.

    Ce nom vous a-t-il aidée à approfondir le mystère de la souffrance, acceptée et offerte ?

    Je n’ai pas toujours accueilli la souffrance avec joie, mais je l’ai acceptée. Et c’est une grâce. Chaque jour, je fais cette offrande : « Dieu, je t’offre toute la journée et aussi ma souffrance en expiation de mes péchés, pour mériter le Ciel. » Lors d’une confession, Padre Pio m’a dit : « On ne va pas au Ciel en carrosse, alors il faut s’habituer à la souffrance. »

    Revenons un peu en arrière. Avant de rencontrer sa future épouse, votre père, Settimio, fit la connaissance du Padre Pio : quel rôle cette rencontre joua-t-elle dans sa conversion ?

    Elle fut déterminante, et sa conversion mena au mariage, tous ses enfants étant des enfants de Dieu. Auparavant, c’était un homme du monde, instruit, élégant et amateur de plaisirs, mais il était constamment angoissé et, au fond, malheureux. Il eut la chance de rencontrer une femme, elle aussi de mœurs légères ; mais un jour, le voyant triste, elle lui dit : « Pourquoi n’irais-tu pas voir ce petit moine du Sud dont on dit qu’il fait des miracles ? » Un jour, il se rendit donc à San Giovanni Rotondo, rencontra un moine et lui dit hardiment : « Je voudrais parler au Padre Pio. » « Je suis le Padre Pio. » Et mon père répondit : « Je suis venu ici parce qu’on m’a dit que vous étiez un saint. » Le Padre Pio le repoussa, lui disant qu’il n’était pas un saint, puis la conversation reprit et mon père lui confia son désir de se confesser. « Je te le dirai quand », répondit Padre Pio. Il le fit patienter six jours. Ce fut une bonne confession, et finalement, Padre Pio lui dit : « Cette confession te vaudra de nombreuses bénédictions. » Alors, mon père demanda à Padre Pio la grâce de trouver une bonne femme, de l'aimer, de l'épouser et de passer sa vie avec elle. Et c'est ainsi qu'il rencontra Licia, ma mère.

    Puis vint le mariage.

    Lorsque mes parents se marièrent, ma mère avait 19 ans. Mon père, pendant leur lune de miel, souhaita qu'elle rencontre Padre Pio, et elle lui demanda : « Père, protégerez-vous cette famille qui va naître ? » « C'est ma famille, et j'assume le devoir de la protéger. » Et en vérité, il nous a protégés et continue de nous protéger.

    Dans la biographie de vos parents, il y a un passage qui ressemble à une scène de film : un déjeuner en 1943. Quels sont vos souvenirs de cette journée ?

    Nous étions à Lucera, c’était terrifiant, un véritable miracle. Nous mangions toujours ensemble à table, mais ce jour-là, mon père ne se sentait pas bien et est resté au lit, demandant à ma mère de dire la prière. Elle était très désolée que papa n’ait pas envie de venir à table, mais elle a dû s’y résigner. Alors, maman a dit la prière et a servi les enfants. Quelques instants plus tard, alors qu’elle retournait à la cuisine, nous nous sommes tous mis en rang, un par un, levés – certains avec leur assiette, d’autres sans – et nous sommes dirigés vers la terrasse. Maman s’est mise à crier : « Qu’est-ce que ça veut dire ? Vous faites ça parce que votre père a disparu ? Revenez à table ! » À ce moment-là, la moitié du plafond au-dessus de la table s’est effondrée, et je me souviens encore des cris : « Au secours ! Au secours ! » – des deux personnes qui sont tombées de l'étage supérieur. Personne n'est mort.

    Mais pourquoi vous êtes-vous levés ?

    Je ne sais pas. Je ne sais pas pourquoi nous nous sommes levés ; c'était mystérieux ; mes parents l'ont attribué à l'aide de nos anges gardiens, par l'intercession de la Vierge Marie et du Padre Pio. La seule qui n'avait pas bougé était ma petite sœur, Annamaria, assise sur sa chaise haute au fond de la salle à manger, sous la partie du plafond qui n'avait pas sombré.

    D'autres miracles vous reviennent particulièrement en mémoire ?

    Je me souviens d'un épisode avec mon frère Saulo, qui était allé se baigner avec ses amis dans un étang près de chez nous. Mon frère était sur le point de se noyer sans que personne ne s'en aperçoive. À un moment donné, il a réussi à remonter à la surface et a tendu la main pour appeler à l'aide : ses amis l'ont vu et l'ont sauvé. Le plus beau, c'est qu'à cette même occasion, à des kilomètres de là, Padre Pio, se tournant vers mon père, lui a dit : « Est-il vraiment possible que je doive toujours venir chez vous pour dire les grâces ? » Padre Pio était toujours présent chez nous, car il se passait toujours quelque chose. Nous étions une famille formidable, élevée d'une manière particulière et bienveillante. Nous faisions nos prières du matin et du soir, et le plus beau moment était celui où, une fois couchés, ma mère passait dans nos chambres avec le crucifix pour nous bénir et nous souhaiter bonne nuit. Ce sont des choses qui n'existent plus.

    Comment était Padre Pio comme guide spirituel ?

    Exigeant. Je peux vous raconter un détail de ma première confession avec Padre Pio, ou plutôt, la première après celle que j'ai faite avant ma Première Communion. Plus tard, je suis retournée me confesser à lui et il m'a demandé : « Ça fait combien de jours que tu ne t'es pas confessée ? » « Père, je ne me souviens plus, sept ou huit jours. » J'aurais préféré ne jamais répondre ça… « Sept ou huit jours ? Il faut être précis, car on peut commettre tellement de péchés en une seule journée ! Tu comprends ? Il faut bien se préparer. » Il voulait de la précision. Un autre péché dont je me souviens très bien, c'est celui où je lui ai avoué un mensonge. Et il m'a demandé : « Est-ce que ça t'a fait du mal ? » J'étais petite, je ne savais pas si c'était le cas ou non. Il a répondu lui-même : « Ça ne t'a pas fait de mal. » La confession suivante, même scène. « Père, j'ai rechuté, j'ai dit quelques petits mensonges. » « Est-ce que ça t'a fait du mal ? » J'ai répondu : « Non. » Et lui : « Qui t'a dit que ça ne faisait pas de mal ? Si. Tu dois arrêter, tu ne peux plus mentir. » Padre Pio, s'il s'agissait de péchés, était brusque, il vous réprimandait sévèrement… mais ensuite il vous adoucissait, il disait : « Maintenant, dis-moi ce dont tu as besoin, comment va ta vie », il vous conseillait sur ce qu'il fallait faire et ne pas faire. Mais en confession, il n'admettait pas la moindre erreur.

    Parlez-nous de la douceur du Padre Pio

    Il était incroyablement doux, surtout face à la souffrance. Si je lui disais : « Père, on me traite mal », il me répondait : « Ma fille, tu dois savoir que tout le monde peut faire des erreurs. Mais essaie de pardonner. Ne fais pas comme eux : s'ils sont méchants, tu leur pardonnes. » Il prônait le pardon. Quand j'avais quelque chose à me plaindre, il me disait de ne pas douter. Un jour, j'ai raté un examen de maths au lycée et je lui ai demandé de l'aide. Il m'a dit : « Ne t'inquiète pas. Quand tu passeras ton examen, envoie-moi ton ange gardien et je répondrai pour toi. » Cette fois-là, je lui ai envoyé mon ange gardien tellement de fois qu'à la confession suivante, le Padre Pio m'a dit : « Tu crois que je suis sourd ? Combien de fois m'as-tu envoyé ton ange gardien ?! »

    Une autre fois, ma sœur Sara devait passer un concours pour devenir employée au ministère de l'Éducation. Elle alla voir Padre Pio et lui dit : « Père, je me suis bien préparée pour quatre questions, mais je n'arrive pas à réviser les autres. » « D'accord, je t'accompagnerai à l'examen. » Pendant l'examen, on lui posa ces quatre questions. Avant la fin, un professeur lui dit : « Mademoiselle, je vais vous poser une dernière petite question. » Sara pensa à Padre Pio et se dit : « Ça suffit, je ne sais plus rien. » Puis un assistant appela le professeur pour répondre au téléphone, et il oublia de poser la dernière question : « Mademoiselle, très bien, vous pouvez y aller. »

    Vous, les Manelli, avez passé plusieurs étés à San Giovanni Rotondo du vivant du Padre Pio. Pouvez -vous nous parler de la façon dont il célébrait la messe ?

    Non, écoutez, c’est trop fort, trop impressionnant. Je me souviens encore de choses, non seulement de l’époque où j’étais plus âgée et que je connaissais déjà sa messe, mais aussi de ma plus tendre enfance, dès l’âge de cinq ans tout au plus, car nos parents nous emmenaient à la messe même enfants. Au milieu de cette foule immense, assistant à la messe du Padre Pio, j’étais fascinée. Elle durait deux heures : deux heures debout, au milieu d’une foule muette qui regardait le Padre Pio souffrir et pleurer. Je l’ai vu faire des gestes extraordinaires, surtout au moment de l’élévation, de la consécration de l’hostie, comme si un démon l’empêchait d’accomplir son devoir. Je l’ai vu pleurer, et combien de fois ai-je vu du sang couler des mains du Padre Pio lorsqu’il les levait ! C'était la participation du Padre Pio au sacrifice eucharistique, c'était impressionnant [elle épelle les syllabes] : il avait vécu le Calvaire, il était sur le Calvaire. C'était magnifique, et il y avait une foule immense, serrée les unes contre les autres, dans cette petite église. Et nous étions tous silencieux, retenant notre souffle. Deux heures comme ça. Mon frère, le père Stefano, était là aussi, il servait la messe et nous apprenait à embrasser la main du Padre Pio. Je l'ai embrassée plusieurs fois.

    Et y avait-il une file d'attente ?

    Oui, il y avait toujours une file d'attente à chaque passage du Padre Pio. Au début, nous, les enfants, étions très polis ; nous arrivions tôt pour voir passer le Padre Pio, mais ensuite les gens arrivaient et nous chassaient, si bien qu'à un moment donné, nous sommes même devenus « violents », dans le sens où nous essayions de forcer le passage… Il y avait une foule immense.

  • Saint Padre Pio (23 septembre)

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    Du site de KTO Télévision :

    Le 23 septembre, l'Église célèbre saint Padre Pio, au jour anniversaire de sa mort. Il est l'un des saints les plus connus du XXe siècle.

    Une sainte vie marquée par le mysticisme

    Sa vie, les innombrables miracles qu'il accomplit, les apparitions qu'il reçut et plus globalement l'aura qui émanait du saint Padre Pio ont contribué de son vivant à la popularité de celui qui fut canonisé en l'an 2002 par le pape saint Jean-Paul II. Comme le curé d'Ars, il avait un charisme de confesseur et passait des heures dans son confessional. Sa vie fut marquée par de nombreuses prières et souffrances endurées pour le salut des autres : pour un simple passant jusqu'au Pape, pour l'Église ou l'Italie, le Padre Pio obtint d'immenses grâces du Ciel. Ses célèbres stigmates, ces plaies aux mains, aux pieds et sur le côté semblables aux blessures du Christ, l'ont fait souffrir toute sa vie dès leurs apparitions en 1918 après qu'il eut une vision de Jésus.

    Un religieux célèbre en son temps

    Il acquit, bien malgré lui, une renommée mondiale lorsque se répandit la rumeur de ses stigmates, ces plaies rappelant les blessures du Christ durant sa passion que plusieurs saints et saintes reçurent durant leur vie. Un temps largement dépassé par l'ampleur de l'engouement autour de lui, lui qui voulait simplement être « un pauvre frère qui prie », il passa sa vie jusqu'à sa mort en 1968 à oeuvrer jusqu'à 19 heures par jour dans son église à San Giovanni Rotondo, en Italie. Il célèbra la messe devant des millions de fidèles, et l'on estime à 5 millions le nombre de personnes qui se sont confessées au saint italien. Le pape émérite Benoît XVI et le pape François se sont tous les 2 rendus en pèlerinage à San Giovanni Rotondo.

    « La vie et la mission de Padre Pio témoignent que les difficultés et les douleurs, si elles sont acceptées par amour, se transforment en un chemin privilégié de sainteté, qui ouvre vers la perspective d’un bien plus grand, remarqué seulement par le Seigneur », saint Jean-Paul II, 16 juin 2002.

    Les papes Benoît XVI et François sur les pas du Padre Pio

  • La vie de saint Padre Pio, un père donné par Jésus pour nos âmes

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  • Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

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    D'Olivier Bonnassies sur 1000 Raisons de Croire :

    Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

    Matthieu, aussi appelé Lévi dans l’Évangile ( Mt 9,9  ; 10,3 ), a été appelé par Jésus alors qu’il était assis à son bureau de collecteur d’impôt, et il a fait partie de la deuxième fournée de six apôtres « choisis » ( Jn 6,70 ), « institués » ( Mc 3,14 ) et « établis » ( Mc 3,16 ) par le Christ Jésus « pour être avec lui » ( Mc 3,14 ) et le connaître au long de ses trois années de vie publique, afin qu’ils puissent être ses fiables « témoins » ( Lc 24,48 ) et le fondement de l’Église. On dit même qu’il a été appelé le dernier, et que tous les autres étaient relativement choqués de devoir accueillir parmi eux un collecteur d’impôts qui avait une si mauvaise réputation, mais Matthieu avait pris la décision de quitter sa vie passée et de s’ouvrir totalement au Christ.

    Ensuite, après la Pentecôte, étant parmi les plus lettrés des apôtres, il sera, selon saint Irénée et Eusèbe de Césarée, missionné par les Douze pour fixer par écrit, « dans la langue des Hébreux », c’est-à-dire dans sa langue maternelle, l'araméen , l’enseignement oral que les apôtres ont donné publiquement en Israël pour attester que Jésus est bien le Messie attendu, annoncé par l’Écriture et les prophètes. Plus tard, sur les traces de la tribu de Lévi, il partira évangéliser sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie, avant d’être martyrisé, selon la tradition, en 61, à Naddarer, dans le sud de l’Égypte, non loin de la frontière, dans ce qui est aujourd’hui le nord du Soudan.


    Les raisons d'y croire

    • Le processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu est de mieux en mieux connu aujourd’hui, de même que le contexte culturel, économique, linguistique, intellectuel, matériel et liturgique d’Israël au 1er siècle, et tout cela conduit à confirmer la rapidité et la fiabilité de la genèse des textes du Nouveau Testament.
    • Comme pour tous les apôtres, le changement de comportement de Matthieu entre le moment de la Passion, où tous sauf Jean ont abandonné le Christ, et le moment de l’évangélisation où ils ont tout donné pour lui, qui ne peut s’expliquer que par les « nombreuses preuves » ( Ac 1,3 ) données par Jésus de sa Résurrection et par le don de l'Esprit Saint à la Pentecôte ( Ac 2,1-47 ), est une grande raison de croire.
    • Matthieu est ainsi devenu comme tous les autres un témoin intrépide du Christ, que rien ni personne n’a pu faire renier, et il a, lui aussi, scellé son témoignage par le martyre.
    • Son Évangile est un témoignage crédible, remarquable et véridique du Christ, rédigé à l'attention des juifs, qui montre tout particulièrement à quel point Jésus accomplit les prophéties et l’attente d’Israël.
    • Les restes et reliques de saint Matthieu sont aujourd’hui dans la basilique qui porte son nom, à Salerne, en Italie, et de nombreux miracles et guérisons sont attestés en ce lieu.

    En savoir plus

    Les Évangiles sont nés dans le contexte de la naissance de l’Église après la Pentecôte, c’est-à-dire dans le monde juif du 1er siècle. À l’époque, la culture mésopotamienne, la plus ancienne du monde, domine la région : c’est dans cette culture que sont nés l’écriture, le commerce et les premiers savoirs scientifiques (cf. numéro n° 99 de L’Histoire). La langue parlée en Israël au temps du Christ est l’araméen de l’empire parthe, la grande langue commerciale d’échange utilisée dans tout l’Orient, des bords de la Méditerranée à l’Inde, et sur toutes les routescommerciales de l’Antiquité.L’hébreu n’est qu’une langue liturgique (un peu comme le latin pour nous), et le grec est une langue internationale, mais surtout en Méditerranée, de même que le latin et le phénicien, même si les conquêtes d’Alexandre l’ont fait connaître aussi en Orient.

    La vie de en Israël au temps du Christ est structurée autour de trois niveaux de la Torah : une pratique domestique quotidienne, comprenant des lectures et des prières ; la pratique à la synagogue où l’on se réunit surtout le jour du shabbat pour la prière, la lecture et les commentaires des Écritures (la Torah, divisée en 52 parties, permet une lecture continue tout le long des shabbat, de la Genèse au Deutéronome, en intégrant toutes les fêtes liturgiques juives) ; et une pratique liée au Temple, avec les six fêtes qui y sont célébrées sur le cycle d’hiver, d’octobre à juin, avec Rosh Hoshana, Yom Kippour, la fête des Tentes, la Dédicace du Temple, Pâques (Pessah) et Pentecôte (Shavouot), toutes liées aussi à des textes précis. Le cycle d’été, sans fête, est un peu l’équivalent de notre « temps ordinaire ». Chaque semaine, et pour chaque fête, une section de la Torah et un texte des prophètes sont proclamés. Il n’y a pas d’autres Écritures canoniques que la Torah, les prophètes et les psaumes.

    La prédication du Christ s’appuie sur la vie liturgique d’Israël parcourant la Torah. Il se positionne par rapport à ces textes de la Torah et des prophètes lus dans les synagogues ( Lc 4,15 ) et au Temple. Il les commente et leur donne un développement messianique, qui se met en place en lien avec des dates, des lieux et des événements significatifs et bien précis. Par exemple, le dernier jour de la fête des Tentes ( Jn 7,2 ), quand le Christ parle au Temple des « fleuves d’eau vive » qui couleront de son sein ( Jn 7,37-38 ), c’est un commentaire direct des textes de Zacharie ( Za 14,8 ) et Ezéchiel ( Ez 47,1-12 ) qui sont lus ce jour-là. Ou encore, à la Synagogue de Nazareth, « selon son habitude » Jésus fait la lecture du prophète Isaïe, et il commente avec un développement messianique : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » ( Lc 4,16-21 ).

    Après Jésus, les apôtres prêchent la Nouvelle Alliance dans un contexte juif.Tous les protagonistes sont israélites : les apôtres, les disciples, les convertis, les opposants, et tous vont à la synagogue en semaine et au Temple pour les fêtes, en participant aux mêmes offices. Les apôtres sont interrogés au tribunal suprême, le Sanhédrin, où Pierre et Jean donnent un témoignage juridiquement valable, et ils prêchent également sous la colonnade de Salomon, au Temple, ou en privé, oralement, de maître à disciple, selon l’exemple du Christ. Ils se concentrent sur cette prédication, comme « témoins » ( Ac 1,8 ) de tout ce qu’ils ont vu et entendu « depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où Jésus a été enlevé » ( Ac 1,22 ). En fonction des temps liturgiques, ils sont amenés naturellement à rappeler les enseignements du Christ qui correspondent, et c’est ainsi que se fixe très rapidement une catéchèse naturelle, orale, adossée aux lectures des Écritures saintes d’Israël, qui demeurent les seuls « écrits ».

    L’enseignement des apôtres se met donc naturellement en place sur le rythme du calendrier synagogal pour, chaque dimanche, après chaque shabbat, rappeler les faits et gestes que le Christ avait posés en correspondances avec les lectures sabbatiques. Récemment, des chercheurs ont dit avoir montré que les Évangiles de Matthieu et de Luc sont en correspondance avec les textes synagogaux des huit mois du cycle d’hiver – l’Évangile de Marc pouvant, semble-t-il, être mis en correspondance avec les textes des quatre mois du cycle d’été –, ce qui induirait que les Évangiles synoptiques se sont constitués à partir des lectionnaires de la première Église – l’Évangile de Jean, structuré sur les fêtes du Temple, étant un enseignement complémentaire, destiné aux auditeurs déjà initiés. Ainsi, de même que Jésus enseignait aux foules en paraboles et expliquait tout en particulier à ses disciples ( Mt 4,34 ), et que Paul distingue les commençants à qui il faut donner « du lait » et ceux qui sont plus avancés, qui peuvent prendre « de la nourriture solide » ( 1Co 3,1-2 ), il y avait aussi naturellement de la part des apôtres un enseignement public général et un enseignement plus approfondi coordonné avec celui-ci (beaucoup ont bien noté qu’il y a clairement une répartition des récits : les Évangiles synoptiques ne parlent par exemple pas de la résurrection de Lazare, qui était un événement majeur, et l’Évangile de Jean ne dit rien de l’institution de l’Eucharistie, pourtant au cœur des événements de la Cène, rapportée par Jean avec de nombreux détails, ce qui montre que les deux enseignements sont bien coordonnés).

    C’est ainsi que, selon le témoignage de saint Irénée, vers 180, « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l’Église » (Contre les hérésies, III, 1,1). Eusèbe de Césarée (265 – 340) dans son Histoire ecclésiastique le confirme, ajoutant que, parmi les apôtres, « seuls Matthieu et Jean ont laissé des mémoires des enseignements du Seigneur. Et la tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité » (HE 3,24,5), c’est-à-dire que les apôtres privilégiaient l’enseignement oral, qui était la norme, mais que l’écrit pouvait suppléer en cas de nécessité (dispersion, départ en mission, persécution, etc.). « La Tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité. Matthieu, en effet, prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d’autres, il livra à l’écriture, dans sa langue maternelle, son Évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l’écriture, pour ceux dont il s’éloignait . Alors qu’après cela Luc et Marc éditaient un Évangile par écrit pour les causes que nous avons dites précédemment (ils s’éloignaient de leur communauté), Jean, à ce que l’on dit, continuait sa prédication tout le temps sans mise par écrit. Finalement, il en vint aussi à écrire, pour la raison suivante. Alors que les trois Évangiles écrits précédemment avaient déjà été transmis chez tous (les fidèles) et chez lui aussi, il les reçut, dit-on en rendant témoignage de leur vérité. Mais il manquait à leurs écrits le seul récit des choses faites par le Christ dans les premiers temps et au début de sa prédication » (HE 3,24,8). Eusèbe de Césarée rapporte aussi qu’on dit qu’un certain Panthène, « allé jusqu’en Inde […] trouva sa venue devancée par l’Évangile de Matthieu chez certains indigènes du pays qui connaissaient le Christ. À ces gens-là, Barthélémy, l’un des apôtres, aurait prêché et il leur aurait laissé l’ouvrage de Matthieu écrit en lettres hébraïques, qu’eux auraient conservé jusqu’au temps où nous parlons » (HE 10,2) et il y a plusieurs autres témoignages comparables.

    L’Évangile de Matthieu qui s’adresse aux juifs est donc certainement le premier Évangile composé et diffusé, comme l’enseignait déjà, en 1911, la Commission biblique du Vatican, en se prononçant sur des questions liées à ce sujet : « Faut-il considérer comme suffisamment fondée par la voie de la tradition l’opinion selon laquelle Mathieu a précédé dans sa rédaction les autres évangélistes et qu’il a composé le premier Évangile dans la langue maternelle alors utilisée par les juifs de Palestine ? Réponse : "oui", pour les deux parties » (Denzinger n°3562) ; et « s’agissant de l’ordre chronologique des Évangiles, est-il permis de s’éloigner de l’opinion corroborée par le témoignage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Mathieu qui, le premier de tous, composa son Évangile dans la langue maternelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troisième. Ou faut-il d’un autre côté considérer comme contraire à cette conception l’opinion qui affirme que le deuxième et le troisième Évangile ont été composés avant la traduction grecque du premier Évangile ? Réponse : " non ", pour les deux parties ». La Commission précise aussi que l’Évangile de Matthieu « ne suit pas toujours l’ordre chronologique » (Denzinger n°3566), ce qui est logique caril est calé sur une seule année liturgique. Comme l’ont remarqué aussi plusieurs Pères de l’Église, il n’y a qu’une seule montée du Christ vers Pâques, alors qu’il y est allé bien sûr chaque année au cours des trois années de sa vie publique. Matthieu est aussi, naturellement l’Évangile qui s’adresse le plus aux juifs car, dans les premières années de la prédication, tous les protagonistes, apôtres, disciples, opposants, enseignants et auditeurs, sont tous juifs. Les apôtres suivent le commandement du Christ qui leur avait demandé d’être d’abord ses témoins « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie » avant de l’être « jusqu’aux extrémités de la Terre » ( Ac 1,8 ).

    La meilleure compréhension que nous avons aujourd’hui du processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu donne de nouveaux arguments sur la fiabilité et la rapidité de la genèse de ces textes. Il est clair qu’à chaque fois qu’un miracle ou un événement marquant se produisait, les disciples et les témoins le racontaient des dizaines de fois : « Alors, il a pris cinq pains et deux poissons et… » et tous ceux qui ont fait l’expérience de ce genre de transmission savent que, dans ces conditions, les récits se précisent et se fixent très vite. C’est encore plus vrai dans une culture orale, qui est celle du monde juif après l’Exil, bénéficiant des techniques mésopotamiennes de composition et de mémorisation des textes. Et le Christ lui-même veillait avec toute l’attention, le savoir-faire d’organisation, et la méthode du peuple juif (cf. tout l’Ancien Testament) à ce que la prédication soit précise. Ensuite, les apôtres ont répété cent fois tous les faits et gestes de Jésus dont ils avaient été témoins, « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé » ( Ac 1,21-22 ), et tous ces enseignements ont donc été naturellement et définitivement fixés très tôt, dès les premières années de prédication, à Jérusalem et en Israël, dans les années 30. Il s’agissait au début de commenter les Écritures tout au long de l’année liturgique, et ces récits n’ont été écrits et diffusés sous forme d’Évangile que plus tard, en fonction des besoins et des nécessités, quand les persécutions et les missions ont conduit les apôtres à se disperser et s’éloigner.

    De son côté, Matthieu, qui était probablement de la tribu de Lévi, est, selon la tradition, parti prêcher sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie. Au temps du Christ, le peuple juif comptait, selon les estimations, entre 4 et 8 millions de personnes, qui se répartissaient en gros pour moitié en Israël et pour moitié dans une diaspora gigantesque et unique au monde, présente dans toutes les régions du monde antique, de la Chine à l’Angleterre, avec des communautés particulièrement importantes à Rome, en Égypte et en Mésopotamie. On estime que les Juifs représentaient entre 5 à 10 % de l’Empire romain, ce qui en faisait une communauté importante et influente. De grandes routes commerciales traversaient le monde antiqueautour d’Israël, qui occupe une position centrale sur les « routes de la soie » notamment, de la Méditerranée à la Chine, mais aussi sur les « routes de l’encens » vers la péninsule Arabique et l’Afrique, et sur la « route de l’étain » vers l’Espagne, l’Europe occidentale et l’Angleterre. Les Juifs en sont les principaux organisateurs : ils font fonctionner le commerce de la Chine à l’Espagne en s’appuyant sur leur diaspora. Leurs circuits commerciaux antiques étaient très organisés et permettaient l’échange et le commerce d’épices, de textiles, de pierres précieuses, de métaux précieux, de technologies et le partage d’idées religieuses et philosophiques, et les apôtres se servent de ces connexions pour la diffusion de l’Évangile.

    Finalement Matthieu donnera le témoignage du martyr, en 61, à Naddarer, au sud de l’Égypte. Selon la vénérable tradition que rapporte le martyrologe romain, les Virtutes Apostolorum (VIe siècle) et La Légende dorée (XIIIe siècle), il fut secondé en Éthiopie par l’eunuque de Candace, la reine d’Éthiopie, dont parlent les Actes des Apôtres ( Ac 8,26-39 ). Deux sorciers, Zaroès et Arfaxar, annoncèrent au roi qu’ils ne pouvaient sauver son fils Euphranor, mourant, mais l’eunuque amena à la cour Matthieu, qui parvint à le sauver. Le roi et sa famille se convertirent, favorisant la christianisation du pays. Le roi suivant, Hyrtaque, voulut se marier à Iphigénie, vierge consacrée au Christ, mais Matthieu refusa. Après 23 ans de mission en Éthiopie, il mourut martyr à Naddarer, en 61, après que le roi eut envoyé un de ses soldats passer l’apôtre au fil de l’épée. Son corps fut transféré à Salerne, en Italie, où une basilique qui porte son nom fut érigée autour de ses reliques : c’est aujourd’hui un important lieu de pèlerinage, et de nombreux miracles et guérisons y sont recensés. En 2014, le pape François a ordonné une étude scientifique des reliques pour confirmer leur authenticité. Les résultats de l’étude n’ont pas été rendus publics, mais le pape François a confirmé que les reliques étaient bien authentiques.

    Matthieu a été célébré par le Caravage qui, dans son tableau très connu (cf. notre illustration), fait bien comprendre à quel point est surprenant le choix de Matthieu, le publicain, par le Christ pour être un de ses plus proches – un des Douze –, et c’est pourquoi le thème de la miséricorde est aussi si fort et si présent dans tout l’Évangile de Matthieu : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : "Je veux la miséricorde, non le sacrifice." En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (cf. Mt 9,9-13 ).

    Olivier Bonnassies


    Au delà

    L’Évangile de Matthieu est, comme tous les Évangiles, à lire et à méditer car la parole de Dieu parle d’elle-même. Comme le dit le Christ, ses brebis « reconnaissent sa voix » ( Jn 10,26-27 ).


    Aller plus loin

    Le film Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli, qui retrace magnifiquement le parcours du Christ à partir de l’Évangile de Matthieu notamment.


    En complément

  • "Le publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu"

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    Saint Matthieu du Caravage... - Secret World

    Benoît XVI, lors de l'audience générale du mercredi 30 août 2006, a consacré sa catéchèse à l'apôtre et évangéliste Matthieu (source):

    Chers frères et soeurs,

    En poursuivant la série de portraits des douze Apôtres, que nous avons commencée il y a quelques semaines, nous nous arrêtons aujourd'hui sur Matthieu. En vérité, décrire entièrement sa figure est presque impossible, car les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. Cependant, ce que nous pouvons faire n'est pas tant de retracer sa biographie, mais plutôt d'en établir le profil que l'Evangile nous transmet.

    Pour commencer, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13). Son nom juif signifie "don de Dieu". Le premier Evangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise:  "le publicain" (Mt 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l'homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite:  "Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit:  "Suis-moi". L'homme se leva et le suivit" (Mt 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l'appel de l'homme assis à son bureau de publicain, mais ils l'appellent "Levi". Pour imaginer la scène décrite dans Mt 9, 9, il suffit de se rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l'église Saint-Louis-des-Français. Dans les Evangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît:  dans le passage qui précède immédiatement le récit de l'appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12) et l'on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c'est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Mc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément "au bord du lac" (Mt 4, 13), où Jésus était un hôte permanent dans la maison de Pierre.

    Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l'Evangile, nous pouvons effectuer deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l'époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l'argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C'est pour ces motifs que, plus d'une fois, les Evangiles parlent à la fois de "publicains et pécheurs" (Mt 9, 10; Lc 15, 1), de "publicains et de prostituées" (Mt 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Mt 5, 46:  ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l'un d'eux, Zachée, comme le "chef des collecteurs d'impôts et [...] quelqu'un de riche" (Lc 19, 2), alors que l'opinion populaire les associait aux "voleurs, injustes, adultères" (Lc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait saute aux yeux:  Jésus n'exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu'il se trouve à table dans la maison de Matthieu-Levi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu'il fréquentât des compagnies peu recommandables, il prononce cette déclaration importante:  "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs" (Mc 2, 17).

    La bonne annonce de l'Evangile consiste précisément en cela:  dans l'offrande de la grâce de Dieu au pécheur! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d'humble confiance dans la miséricorde divine:  alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, "le publicain... n'osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant:  "Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis!"". Et Jésus commente:  "Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s'élève sera abaissé; qui s'abaisse sera élevé" (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe:  celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d'accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. A ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative:  il observe que c'est seulement dans le récit de certains appels qu'est mentionné le travail que les appelés effectuaient. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu'ils pêchent, Matthieu précisément alors qu'il lève l'impôt. Il s'agit de fonctions peu importantes - commente Jean Chrysostome - "car il n'y a rien de plus détestable que le percepteur d'impôt et rien de plus commun que la pêche" (In Matth. Hom.:  PL 57, 363). L'appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu'elles effectuent un travail ordinaire.

    Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l'appel de Jésus:  "il se leva et le suivit". La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l'appel. Cela signifiait pour lui l'abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu'être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent:  aujourd'hui aussi, il n'est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la "sequela" de Jésus, comme c'est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour:  "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi" (Mt 19, 21). C'est précisément ce que fit Matthieu:  il se leva et le suivit! Dans cette action de "se lever", il est légitime de lire le détachement d'une situation de péché et, en même temps, l'adhésion consciente à une nouvelle existence, honnête, dans la communion avec Jésus.

    Rappelons enfin que la tradition de l'Eglise antique s'accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Evangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, Evêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l'an 130. Il écrit:  "Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait" (in Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16). L'historien Eusèbe ajoute cette information:  "Matthieu, qui avait tout  d'abord prêché parmi les juifs, lorsqu'il décida de se rendre également auprès d'autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l'Evangile qu'il avait annoncé; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ" (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l'Evangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l'Evangile grec que nous possédons, nous continuons à entendre encore, d'une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le toujours à nouveau pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus de façon décidée.