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Au rythme de l'année liturgique

  • Retrouver le jeûne du Carême : un retour sacré à notre véritable identité à une époque de vide

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    De Max-Martin Skalenius sur The European Conservative :

    Retrouver le jeûne du Carême : un retour sacré à notre véritable identité à une époque de vide

    Reconnaître le Carême, c'est reconnaître les fondements chrétiens de l'Europe. Cela nous oblige à affronter l'histoire que nos institutions modernes ont passé des décennies à essayer d'effacer.

    22 février 2026

    Chaque printemps, généralement environ 40 jours avant Pâques, un spectacle très prévisible se déroule dans les médias suédois. À mesure que les jours s'allongent, nos chaînes de télévision publiques et nos grands journaux découvrent soudainement les vertus profondes de l'ascétisme religieux et se consacrent à ce qui semble être une ancienne tradition européenne. Les journalistes qui se moquent habituellement de tout ce qui ressemble à la piété traditionnelle consacrent des pages entières aux bienfaits physiques et spirituels de l'abstinence alimentaire et des plaisirs. Ils proposent des guides utiles, des interviews respectueuses et des éditoriaux élogieux louant le dévouement nécessaire au jeûne. Ils parlent bien sûr du ramadan.7

    C'est un paradoxe fascinant à observer dans un pays qui se targue de s'être libéré du divin. Depuis des générations, les élites politiques et culturelles ont systématiquement démantelé notre héritage chrétien. Elles ont relégué la foi aux marges absolues de la société, la traitant comme une relique embarrassante d'un passé ignorant. Être ouvertement un chrétien fervent dans la sphère publique, c'est s'exposer au ridicule, et l'establishment a travaillé sans relâche pour construire une société totalement dépourvue d'influence religieuse. Pourtant, lorsqu'une pratique religieuse étrangère occupe le devant de la scène, cette même élite laïque fait preuve d'un niveau remarquable de révérence et d'accommodement.

    Ce qui rend cette soudaine fascination si révélatrice, c'est l'amnésie totale concernant nos propres traditions. L'Europe possède déjà une saison de jeûne ancienne, rigoureuse et profondément belle. C'est une période qui a façonné le rythme de vie de nos ancêtres, construit notre calendrier culturel et formé l'épine dorsale spirituelle de la civilisation occidentale. Bien avant que nous ne devenions une expérience internationale de laïcité radicale, le Nord était profondément catholique. Le jeûne du Carême faisait naturellement partie de la vie de chaque habitant du Nord ; il s'agissait d'une préparation physique et spirituelle à la Résurrection. C'était un temps de pénitence, d'aumône et de prière intense.

    Aujourd'hui, le concept même de ce jeûne chrétien est totalement étranger au citoyen moyen. Nous avons troqué une foi exigeante mais vivifiante contre un consumérisme spirituellement stérile et le culte d'un chef de guerre originaire de La Mecque. Le Suédois moyen en sait plus sur les restrictions alimentaires du mois sacré islamique que sur la signification du mercredi des Cendres et les anciennes pratiques de ses ancêtres.

    L'exemple le plus embarrassant est peut-être celui de notre propre Premier ministre, Ulf Kristersson, qui a écrit sur son compte de réseau social : « Ramadan Mubarak, nous disons à tous les musulmans suédois alors que le jeûne commence. Je souhaite à tous de passer un merveilleux moment en famille et entre amis, et de prendre le temps de réfléchir », accompagné d'une carte de vœux sur le thème de l'islam. Je serais prêt à pardonner à Kristersson, car je comprends qu'il veuille respecter les traditions de ses concitoyens, mais le problème est qu'il n'a pas consacré un seul mot aux chrétiens de notre pays qui ont commencé le Carême ce mercredi, comme le faisaient nos ancêtres suédois il y a mille ans. Et mes pensées vont à ce jeune homme qui m'a contacté cette semaine ; il est issu d'une famille musulmane et se convertit secrètement au christianisme, et il souhaite désespérément se joindre à nos pèlerinages, mais il a peur des conséquences auxquelles il pourrait être confronté. Que pense ce jeune homme courageux lorsqu'il voit le dirigeant de notre pays célébrer la même religion qui veut le détruire ? Comment cela pourrait-il être autre chose qu'une trahison ?

    Pourquoi l'establishment est-il si désireux de célébrer le jeûne des autres tout en traitant l'équivalent chrétien avec un mépris silencieux ? La réponse réside dans une haine de soi culturelle profondément enracinée. Reconnaître le Carême, c'est reconnaître les fondements chrétiens de l'Europe. Cela oblige à affronter l'histoire que nos institutions modernes ont passé des décennies à essayer d'effacer. En célébrant une tradition étrangère, les médias laïques peuvent jouir d'un sentiment superficiel de spiritualité et de tolérance vertueuse sans jamais avoir à se soumettre aux exigences morales de leur propre foi abandonnée. Ils peuvent louer la discipline des nouveaux venus tout en continuant à considérer la discipline de leurs propres ancêtres comme oppressive.

    Mais le cœur humain moderne ne peut survivre uniquement grâce au sécularisme. Le désir du sacré, du sacrifice et du sens ne peut être éliminé par la législation. Les gens savent instinctivement que la consommation sans fin laisse l'âme vide. Ils ont soif de discipline. Ils ont soif d'un but supérieur. Lorsque les Européens laïques voient la dévotion des autres, ils ressentent inconsciemment une pointe de jalousie pour ce qu'ils ont eux-mêmes perdu. Ils reconnaissent un dévouement qui est totalement absent de leur propre vision relativiste du monde. Et maintenant, ils peuvent choisir de suivre la voie chrétienne ou la voie islamique. Le problème, cependant, est qu'ils sont bombardés par cette dernière, et aujourd'hui, un moment décisif s'annonce pour la Suède et le reste de l'Europe. Mais je n'ai jamais vu l'église aussi pleine que ce mercredi des Cendres ; les gens aspirent à quelque chose de plus, et il reste encore un espoir que nous puissions découvrir nos véritables racines.

    La solution n'est pas d'adopter les coutumes des nouveaux arrivants du Moyen-Orient ou de prétendre que les traditions islamiques peuvent combler le vide dans l'âme européenne. La solution est de creuser là où nous sommes. Nous devons nous familiariser à nouveau avec les cendres. Nous devons nous souvenir des paroles solennelles prononcées par le prêtre ce mercredi des Cendres : « Repentez-vous et croyez à l'Évangile », tout en nous rappelant que nous sommes poussière et que nous retournerons à la poussière.

    Le jeûne chrétien est un puissant antidote au poison de l'indifférence moderne. Il coupe court au bruit du monde contemporain. Il nous dépouille de notre confort et nous oblige à affronter nos propres faiblesses, nous rappelant notre dépendance totale envers le Christ. Le jeûne n'est pas seulement une question d'alimentation ; le jeûne est une arme contre notre propre orgueil et un moyen d'unir nos petites souffrances au sacrifice ultime sur la croix.

    Il est temps que les Européens cessent de chercher l'épanouissement spirituel à l'extérieur et commencent à regarder les merveilleux trésors qui nous ont été cachés. Ils sont si proches de nous qu'il suffit de gratter la surface pour les découvrir. Nous n'avons pas besoin d'inventer de nouveaux rituels ou d'emprunter à d'autres continents pour trouver un sens à notre vie. Le trésor de l'Église est plein, il n'attend que nous pour l'ouvrir. Reprendre le jeûne du Carême est une étape nécessaire pour retrouver notre véritable identité. C'est une rébellion contre le vide de l'ère moderne. Nous devons cesser de nous excuser pour notre histoire et vivre avec audace la foi qui a construit notre civilisation. Nous n'avons pas besoin de l'islam ; nous avons quelque chose de bien meilleur.

    Max-Martin Skalenius est un jeune Suédois reconnu pour son travail en tant que porte-parole éminent des conservateurs et des chrétiens dans l'une des sociétés les plus laïques d'Europe. Il a fondé plusieurs organisations influentes et organisé des événements importants, de la Scandinavie au Vatican. Fort d'une formation de pianiste de concert et d'un parcours politique remarquable, il se consacre désormais au renouveau culturel et spirituel des pays nordiques tout en poursuivant des études de psychologie.

  • Saint Polycarpe, évêque et martyr (23 février)

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    Saint Polycarpe, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 123.

    Saint Polycarpe, dans Rosa Giorgi, Le Petit Livre des Saints, Larousse, Tolède 2006, p. 123.

    Polycarpe, a été disciple des apôtres à Smyrne entre le Ier et le IIe siècle. Élu évêque sur les instances de saint Jean l'Évangéliste, il se rendit à Rome pour conférer avec le pape Anicet au sujet de questions concernant la datation de la fête  de Pâques. De retour à Smyrne, il fut conduit au cirque pour y abjurer en présence du gouverneur Stabius Quadratus. Il refusa et périt sur le bûcher en 155, à quatre-vingt six ans.

    Son nom vient du grec, et signifie "qui donne de nombreux fruits."

    Saint Polycarpe, évêque et martyr († 155)
     
    Polycarpe, né vers 69 ou 89, fut un personnage d'une éminente sainteté et d'une très profonde doctrine. Il avait eu le bonheur de connaître plusieurs disciples du Sauveur, et de les entretenir familièrement, surtout l'apôtre saint Jean, par l'autorité duquel il fut établi évêque de Smyrne, aujourd'hui Izmir en Turquie.

    Polycarpe est mort martyr pour la foi, brûlé vif vers 155.

    Né à Smyrne de parents chrétiens, Polycarpe est un disciple de l'apôtre Jean qui d'après la tradition, vers la fin de sa vie s'était établi à Éphèse après avoir été exilé sur l'île de Patmos, puis libéré après la mort de Domitien. Nommé évêque de Smyrne au tournant du siècle (vers 100), Polycarpe remplit les fonctions de son ministère durant une cinquantaine d'années. En 154 il se rend à Rome pour discuter avec l'évêque de Rome, Anicet, de la date de Pâques.

    http://www.introibo.fr/IMG/jpg/0126polycarpe2.jpg

    Polycarpe combat de nombreuses sectes qu'il juge hérétiques, en particulier certains gnostiques et notamment Marcion qui rejette l'Ancien Testament, ne garde qu’une sélection des nouveaux écrits et ne croit pas que Jésus est le Messie attendu des Juifs. Exclu de l’église de Rome en 144, Marcion se lance dans des campagnes missionnaires, fonde de nombreuses églises où l’on pratique une morale très austère, comportant la renonciation à la sexualité et à la vie de famille, tout en se préparant au martyre. Marcion, ayant été à la rencontre de saint Polycarpe lui dit :

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  • Recevoir la victoire du Christ au désert

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    Du Frère Frère Jean Honoré Sialelli, ocd (Fribourg),

    Retraite spirituelle en ligne Carême 2026 - Avec St Jean de la Croix « Rencontrer le Christ au fond de notre cœur »

    Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 4, 1-11)

    En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim. Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »

    Mais Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »

    Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »

    Alors Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte. » Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

    Traverser le désert : accepter l’épreuve pour recevoir le Christ

    Dans l’Évangile de ce premier dimanche de Carême, nous rencontrons le thème du désert auquel ce temps liturgique privilégié nous convie. Comme autrefois le peuple d’Israël, sortant d’Égypte pour la Terre promise sous la conduite de la « colonne de feu », a d’abord dû traverser l’épreuve du désert, de même Jésus va Lui aussi au désert « conduit par l’Esprit » (v.1). Il devra y lutter contre les mêmes tentations qu’Israël. Tout d’abord celle du « pain » (v.3) : Jésus voudra-t-il, comme le peuple hébreu, retourner vers le confort égocentré des nourritures d’Égypte, ou acceptera-t-il de se nourrir de la seule « manne », c’est-à-dire « la parole qui sort de la bouche de Dieu » (v.4) Ensuite, voudra-t-il, à l’instar du peuple hébreu en marche dans le désert, « mettre Dieu à l’épreuve » (v.7) en lui demandant d’arriver en Terre promise (...la Ville Sainte...le pinacle du Temple...), sans combat, sans soif ni faim, sans luttes et sans dangers ? Car « le diable l’emmène… le porte… et… ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne
    heurte une pierre » (v.5-6).

    Ou bien Jésus acceptera-t-il, humblement, d’entrer, de faire entrer toute l’humanité, dans la Terre promise de sa Résurrection, dans les épreuves et à partir de l’abandon filial envers son Père ? Enfin, Jésus acceptera-t-il d’adorer uniquement Dieu et sa volonté libératrice, en régnant seulement à partir de son amour miséricordieux, ou bien, comme les Hébreux au désert, voudra-t-il adorer le « veau d’or » qui, comme « Satan », veut se substituer au vrai Dieu (v.10) ? Le veau d’or symbolise la puissance et la royauté contraignante et mortifère qui, comme Satan, veut réduire à l’esclavage du péché toute la terre « tous les royaumes du monde et leur gloire » (v.8).

    En étant vainqueur de ces trois tentations, Jésus, au cours de cette retraite, nous invite donc à préférer les nourritures célestes, ensuite à accepter le combat spirituel de la conversion, enfin à vouloir que notre vie spirituelle soit sous le règne de la miséricorde, pour nous et pour les autres, et non sous l’emprise d’une quelconque volonté de puissance. Ces « nourritures » sont la présence de Jésus au fond de notre cœur, avec son Père et l’Esprit-Saint. Aussi, c’est uniquement par cette présence fortifiante, comme le pain, que nous remporterons la victoire du combat spirituel. Alors, c’est Lui, Jésus, avec son Père et l’Esprit-Saint, qui pourra régner en nous, dans nos cœurs et nos vies, et non la pseudo-puissance proposée par le diable. Saint Jean de la Croix, dans ses enseignements, nous invite à cette triple attitude. Celle-ci n’a d’autre but que l’ouverture de notre cœur à la présence divine. En ce sens, Jean écrit : « Voyez les enfants d’Israël, parce qu’il leur était demeuré un souvenir pour les aliments dont ils se nourrissaient en Égypte, ils étaient incapables de goûter dans le désert le pain des anges, je veux dire la manne qui, au témoignage des Écritures, renfermait en soi toutes les saveurs et prenait le goût que chacun souhaitait. » (NO 2,9,2). Nous avons reconnu la première tentation ; elle sera vaincue par une vie de prière et d’oraison.

    Ensuite, notre saint nous aide à vaincre la deuxième tentation, celle de la fuite du combat spirituel. Il écrit : « Metstoi en liberté et en repos, affranchis-toi du joug de ta faible capacité, qui est la captivité d’Égypte. À présent, Ô maître spirituel, conduis l’âme vers la Terre promise, où coulent le lait et le miel. Songe que c’est pour jouir de la liberté des enfants de Dieu que celui-ci l’appelle au désert. Elle a noyé ses ennemis dans la mer de la contemplation, où privée de tout appui, elle est devenue capable de recevoir de Dieu la manne de suavité. » (VFB 3,38). Par ces lignes, nous comprenons que le combat spirituel que nous proposent le Christ et Jean de la Croix est à l’inverse du combat spirituel tel que nous l’envisageons habituellement. « J’ai combattu le bon combat », écrit Saint Paul ; il ne s’agit pas de nous défendre ou de chercher à nous libérer par nous-mêmes. Cette attitude nous ferait rechercher le salut en nous et non en Dieu. Ce serait finalement « tenter Dieu ».

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  • Invocabit me (introit du 1er dimanche de carême)

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    Introitus Introït
    Ps. 90, 15 et 16  
    INVOCÁBIT me, et ego exáudiam eum: erípiam eum, et glorificábo eum: longitúdine diérum adimplébo eum. Ps. ibid., 1 Qui hábitat in adiutório Altíssimi, in protectióne Dei caeli commorábitur. Il m’invoquera et je l’exaucerai ; je le sauverai et je le glorifierai, je le comblerai de jours. Ps. ibid., 1. Celui qui habite sous l’assistance du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.

     

  • Premier dimanche de Carême : Jésus tenté au désert

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    Le tentazioni di Gesù nel deserto | A tempo di Blog

    source : missel.free.fr

    Suite du saint Évangile de notre Seigneur Jésus-Christ selon Saint Matthieu (IV, 1-11).

    Jésus, après son baptême[1], fut conduit au désert par l'Esprit[2] pour être tenté par le diable.

    Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits[3], il eut faim[4]. Le tentateur[5] s'approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains[6]. » Mais Jésus répondit : « Il est écrit : l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu[7]. »

    Alors le diable[8] l'emmena à la ville sainte, à Jérusalem, le place au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit[9] : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Jésus lui déclara : «  Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu[10]. »

    Le diable l'emmena encore sur une très haute montagne et lui fit voir tous les royaumes du monde avec leur gloire[11]. Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai[12], si tu te prosternes pour m'adorer. » Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu dois adorer. » Alors le diable le quitta. Voici que des anges s'approchèrent de lui, et ils le servaient.

    Textes liturgiques © AELF, Paris


    [1] Il fallait que tous les baptisés apprissent à ne point s'étonner si, après la grâce reçue, ils éprouvent de grandes tentations ; la chose est dans l'ordre : vous avez reçu des armes, c'est pour combattre et non pour vous reposer. Enfin, pour que vous ayez une preuve de la grâce qui vous a été faite : le démon ne vous aurait pas attaqué si Dieu ne vous avait élevé à cet honneur. C'est ainsi qu'il s'attaqua à Adam et ensuite à Job (saint Jean Chrysostome : homélie XIII du commentaire de l'évangile de saint Matthieu).
    Vous qui êtes devenus chrétiens, vous devez vous attendre à des attaques plus violentes du démon ; car la victoire qu'il remporte sur les saints lui donne plus de gloire, et il la désire avec plus d'ardeur. (saint Hilaire : commentaire de l'évangile de saint Matthieu, III 1).

    [2] Ce fut l'Esprit Saint qui conduisit lui-même Jésus au désert, voulant exprimer l'assurance avec laquelle il possède celui qu'il remplit de sa présence et l'offre aux traits du tentateur (saint Hilaire : commentaire de l'évangile selon saint Matthieu, III 1).

    [3] Vous reconnaissez-là un nombre à signification mystique. Ce fut pendant ce nombre de jours que les eaux du Déluge se répandirent sur la terre, que le prophète Elie jeûna dans sa caverne, que Moïse jeûna avant de recevoir la Loi. Il convient donc de passer dans le jeûne un nombre semblable de jours pour préparer notre entrée dans la vie (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, IV 15).

    [4] Le démon devait être vaincu, non par Dieu, mais par l’homme et par la chair de l’homme. Et c’est pourquoi l’homme en Jésus est abandonné à lui-même. C’est pourquoi il eut faim. Cette faim était aussi le signe de la faim qu’il devait éprouver, la faim de nos âmes, quand à la fin des quarante jours passés sur terre après sa Passion, il ramènerait près de Dieu la nature humaine qu’il avait assumée (saint Hilaire : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, III 2).

    [5] Que personne, étant dans l’épreuve, ne dise : « C’est Dieu qui m’éprouve » ; car Dieu est à l’abri des épreuves du mal, et lui-même n’éprouve personne (épître de saintJacques, I 13). La tentation est la sollicitation au mal qui vient du démon ; Dieu ne nous tente pas mais permet que nous soyons tentés.

    [6] Faisant cette proposition astucieuse, le démon nous décèle aussi sa faiblesse. Il ne peut lui-même précipiter les hommes, il faut qu’ils y consentent, et l’homme ne tombe que quand il abandonne les choses du ciel pour celles de la terre (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, IV 25).

    [7] Au lieu d’écraser son adversaire du poids de sa puissance, et de le rejeter dans l’abîme, il ne fait qu’évoquer les préceptes de la Sainte Ecriture, nous apprenant, toutes les fois que nous sommes attaqués, à bien nous établir dans la vérité plutôt qu’à faire sentir notre colère (saint Grégoire le Grand : Homélie XVI sur les péricopes évangéliques).

    [8] Le Mal n’est pas une abstraction, mais il désigne une personne, Satan, le Mauvais, l’ange qui s’oppose à Dieu. Le « diable » est celui qui « se jette en travers  » du dessein de Dieu et de son « œuvre de salut » accomplie dans le Christ. « Homicide dès l’origine, menteur et père du mensonge » (Jean, VIII 44), « le Satan, séducteur du monde entier » (Apocalypse, XII 9), c’est par lui que le péché et la mort sont entrés dans le monde et c’est par sa défaite définitive que la création toute entière sera « libérée du péché et de la mort » (« Catéchisme de l’Eglise catholique », publié en 1992).

    [9] Le démon se sert de l’Ecriture comme les hérétiques le feront plus tard, non pour devenir meilleur mais pour tromper (saint Jean Chrysostome : homélie XIII sur l’évangile selon saint Matthieu, 3).

    [10] Celui qui entrepend des choses trop hautes que Dieu ne lui ordonne ni ne lui conseille, sous prétexte qu’il ferait en sa faveur des choses extraordinaires qu’il n’a point promis, tente le Seigneur son Dieu. Il tente le Seigneur son Dieu lorsqu’il veut entendre par un effort de son esprit les inaccessibles mystères, sans songer que celui qui entreprend de sonder la majesté sera opprimé par sa gloire. Ceux-là donc tentent le Seigneur leur Dieu et n’écoutent pas ce précepte : Ne cherchez point des choses plus hautes que vous. Celui aussi qui entreprend de grands ouvrages dans l’ordre de Dieu, mais le fait sans y employer des forces et une diligence proportionnées, tente Dieu manifestement et attend de lui un secours qu’il n’a point promis. Il en est de même de celui qui se jette volontairement dans un péril qu’il peut éviter ; car s’il le peut, il le doit, et non par une téméraire confiance hasarder volontairement son salut. Celui qui dit, par le sentiment d’un faux repos, je m’abandonne à la volonté de Dieu, et je n’ai qu’à le laisser faire, au lieu d’agir avec Dieu et de faire de pieux efforts, tente le Seigneur son Dieu qui veut que nous soyons coopérateurs de sa sagesse et de sa puissance(Jacques-Bénigne Bossuet).

    [11] En entendant dire que le Sauveur fut tenté par le démon, porté par ses mains sacrilèges sur une montagne et sur le sommet du Temple, notre âme se révolte. Qu'y-a-t-il d'étonnant qu'il ait permis au démon de le transporter sur une montagne, quand il a permis à ses membres de le tuer. Car les méchants appartiennent au démon, ils sont ses membres : Pilate, les Juifs, les soldats qui crucifiaient Jésus, étaient les membres du démon. Il n'était pas indigne du Sauveur de subir la tentation, lui qui est venu pour subir la mort. Et comme il a guéri notre mort par sa mort, il nous a fortifiés par sa tentation contre nos tentations (saint Grégoire le Grand : homélie XVI sur les péricopes évangéliques).

    [12] Le démon sentait que cet homme venait le combattre ; mais à quoi bon combattre, s’il pouvait lui donner les royaumes de la terre ? Il n’y mettait qu’une condition, c’est qu’il reconnût sa suprématie. Notre Seigneur et Sauveur veut régner en effet . Il veut que toutes les nations lui soient soumises, mais pour être soumises à la vérité, à la justice et à toutes les autres vertus ; il veut régner par la justice et il ne veut point recevoir sans labeur son royaume d’un maître à qui il sera soumis. Il veut régner afin de conduire les âmes au service et à l’adoration de Dieu (Origène : homélie XXX sur l’évangile selon saint Luc).

  • Noël Pinot (21 février) : un martyr de la Révolution française

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    Bienheureux Noël Pinot
    Prêtre et martyr
    (1747-1794)

            Né à Angers, seizième enfant d'une famille très croyante, Noël devint prêtre en 1771. Il en est l'archétype dans la campagne du Louroux où il officia.

            Comme de nombreux saints prêtres, il refusa de prêter serment à la Constitution de 1789, rappelant que ses pouvoirs spirituels ne lui viennent que de Dieu et non d'une loi civile. Il fut arrêté dans la nuit du 8 février alors qu'il s'apprêtait à célébrer clandestinement la messe.

            Condamné à mort, il fut guillotiné le 21 février 1794, encore vêtu de ses ornements de messe. Il a été béatifié par Pie XI le 31 octobre 1926.

    source : Evangile au Quotidien

    Saint of the Day – 21 February – Blessed Noel Pinot (1747-1794) Priest and  Martyr – AnaStpaul

    et du blog du Mesnil-Marie :

    ... C’était un prêtre angevin, né en 1747, qui était curé de la paroisse du Louroux-Béconnais lorsqu’éclata la grande révolution. (voir aussi ici, et ici)

    Ayant repoussé le serment constitutionnel, il refusa de s’exiler et continua son ministère clandestinement, jusqu’à ce que – vendu par un paroissien – il soit pris par les révolutionnaires, dans la nuit du 8 février 1794, au moment même où il s’apprêtait à célébrer la Sainte Messe dans une grange.
    Il fut conduit à Angers et comparut devant le tribunal révolutionnaire, qui – personne ne s’en étonnera ! – le condamna à la peine capitale.

       Son exécution eut lieu le 21 février 1794.
    Par dérision, les révolutionnaires voulurent le revêtir des ornements sacerdotaux avec lesquels il avait été capturé.
    En gravissant les marches de l’échafaud, l’abbé Noël Pinot commença la récitation des prières au bas de l’autel : « Introibo ad altare Dei… »

       La volonté sacrilège des révolutionnaires tournait court pour céder la place au sublime : comme il arrive bien souvent, « le diable porte pierre » (ainsi que le disent les hommes) c’est-à-dire qu’un acte malveillant peut avoir des rebondissements totalement opposés à ce que ses instigateurs avaient prévu.
    En l’occurrence, l’exécution de l’abbé Noël Pinot fut une glorification du sacerdoce catholique et manifesta, avec un réalisme saisissant, à quel point le prêtre à l’autel est identifié à Notre-Seigneur, qui agit en lui et par lui dans la célébration des sacrements.

       Le martyre du Bienheureux Noël Pinot s’inscrivait dans la continuité logique d’un sacerdoce perpétué dans l’Eglise pour actualiser et renouveler, à travers toutes les générations et jusqu’à la consommation des siècles, le Saint Sacrifice rédempteur. Cela réalisait magnifiquement la parole de Saint Paul : « Je vous en conjure donc, frères, par la miséricorde de Dieu : offrez vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu ; ce sera pour vous le culte véritable » (Rom. XII,1).

  • Saint Pierre Damien (21 février)

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    Le mercredi 9 septembre 2009, lors de l'audience générale, le pape Benoît XVI consacrait sa catéchèse à saint Pierre Damien que l'on fête aujourd'hui :

    Chers frères et sœurs,

    Au cours des catéchèses de ces mercredis, je traite certaines grandes figures de la vie de l'Eglise depuis ses origines. Je voudrais m'arrêter aujourd'hui sur l'une des personnalités les plus significatives du xi siècle, saint Pierre Damien, moine, amant de la solitude et dans le même temps, intrépide homme d'Eglise, engagé personnellement dans l'œuvre de réforme commencée par les Papes de l'époque. Il est né à Ravenne en 1007 dans une famille noble, mais pauvre. Devenu orphelin de ses deux parents, il vécut une enfance marquée par les privations et les souffrances, même si sa sœur Roselinda s'engagea à lui servir de mère et son grand frère Damien l'adopta comme son enfant. C'est précisément pour cela qu'il sera appelé par la suite Pierre de Damien, Pierre Damien. Il suivit une formation d'abord à Faenza, puis à Parme où, à l'âge de 25 ans déjà, nous le trouvons engagé dans l'enseignement. A côté d'une bonne compétence dans le domaine du droit, il acquit une grande habileté et un raffinement dans l'art de composer - l'ars scribendi - et, grâce à sa connaissance des grands classiques latins, il devint l'"un des meilleurs latinistes de son époque, l'un des plus grands écrivains du Moyen Age latin" (J. Leclercq, Pierre Damien, ermite et homme d'Eglise, Rome, 1960, p. 172).

    Il se distingua dans les genres littéraires les plus divers:  des lettres aux sermons, des hagiographies aux prières, des poèmes aux épigrammes. Sa sensibilité pour la beauté le conduisait à la contemplation poétique du monde. Pierre Damien concevait l'univers comme une "parabole" inépuisable et une étendue de symboles, à partir de laquelle il interprétait la vie intérieure et la réalité divine et surnaturelle. Dans cette perspective, aux alentours de l'an 1034, la contemplation de l'absolu de Dieu le poussa à se détacher progressivement du monde et de ses réalités éphémères, pour se retirer dans le monastère de Fonte Avellana, fondé quelques décennies plus tôt seulement, mais déjà célèbre en raison de son austérité. Pour édifier les moines, il écrivit la Vie du fondateur, saint Romuald de Ravenne, et s'engagea dans le même temps à en approfondir la spiritualité, en exposant son idéal de monachisme érémitique.

    Il faut immédiatement souligner un détail:  l'ermitage de Fonte Avellana était consacré à la Sainte Croix, et la Croix sera le mystère chrétien qui, plus que tout autre, fascinera Pierre Damien. "Celui qui n'aime pas la croix du Christ n'aime pas le Christ", affirme-t-il (Sermo, XVIII 11, p. 117) et il se qualifie comme:  "Petrus crucis Christi servorum famulus - Pierre serviteur des serviteurs de la croix du Christ" (Ep 9, 1). Pierre Damien adresse à la croix de très belles prières, dans lesquelles il révèle une vision de ce mystère aux dimensions cosmiques, car il embrasse toute l'histoire du salut:  "O bienheureuse Croix - s'exclame-t-il - la foi des patriarches, les prophéties des prophètes, le sénat des apôtres chargé de juger, l'armée victorieuse des martyrs et les foules de tous les saints te vénèrent, te prêchent et t'honorent" (Sermo, XVIII 14, p. 304). Chers frères et sœurs, que l'exemple de saint Pierre Damien nous pousse nous aussi à regarder toujours la Croix comme l'acte suprême d'amour de Dieu à l'égard de l'homme, qui nous a donné le salut.

    Pour le déroulement de la vie érémitique, ce grand moine rédige une Règle, dans laquelle il souligne profondément la "rigueur de l'ermitage":  dans le silence du cloître, le moine est appelé à passer une longue vie de prière, diurne et nocturne, avec des jeûnes prolongés et austères; il doit s'exercer à une généreuse charité fraternelle et à une obéissance au prieur toujours prête et disponible. Dans l'étude et la méditation quotidienne, Pierre Damien découvre les significations mystiques de la Parole de Dieu, trouvant dans celle-ci une nourriture pour sa vie spirituelle. C'est dans ce sens qu'il qualifie la cellule de l'ermitage de "parloir où Dieu converse avec les hommes". La vie érémitique est pour lui le sommet de la vie chrétienne, elle se trouve "au sommet des états de vie", car le moine, désormais libre des liens du monde et de son propre moi, reçoit "les arrhes de l'Esprit Saint et son âme s'unit heureuse à l'Epoux céleste" (Ep 18, 17; cf. Ep 28, 43sq). Cela apparaît important également pour nous aujourd'hui, même si nous ne sommes pas des moines:  savoir faire le silence en nous pour écouter la voix de Dieu, chercher, pour ainsi dire un "parloir" où Dieu parle avec nous:  apprendre la Parole de Dieu dans la prière et dans la méditation est le chemin de la vie.

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  • Jacinta et Francisco Marto, voyants de Fatima (20 février)

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    D'Evangile au Quotidien :

    Saints Jacinta et Francisco Marto
    Voyants de Fatima

    Jacinta de Jesus Marto, la plus jeune des visionnaires des apparitions de Notre-Dame de Fatima, en 1917, avec son frère Francisco Marto et leur cousine Lúcia dos Santos, est née le 11 mars 1910 à Aljustrel au Portugal. Elle est la  fille légitime de Manuel Pedro Marto et d’Olímpia de Jésus. Le 19 mars, elle reçoit le sacrement du baptême à l’église paroissiale de Fatima.

    De  caractère joyeux et insouciant, elle aime à danser - ce qu'elle fait avec grâce - et ce jusque dans la prison de Vila Nova de Ourém ! Très marquée par la vision de l'enfer (montré lors des apparitions de  Fatima), elle s'attache spécialement à prier et à se sacrifier pour la conversion des pécheurs. Elle redit souvent la prière enseignée par Notre Dame et elle invite son frère et sa cousine à prier « pour sauver les âmes de l'enfer ».

    Le 13 octobre 1917, un ecclésiastique lui demande de prier pour le Saint-Père. Elle lui demande qui est le Saint-Père, et dès lors, à chaque prière ou sacrifice, elle ajoute « …et pour le Saint-Père ». Après chaque chapelet, elle ajoute trois Ave pour lui. Elle aurait tant aimé le voir ! « Beaucoup de personnes viennent ici, dit-elle, mais jamais le Saint-Père ». À deux reprises, elle aura une vision du pape Benoît XV, priant et souffrant.

    Elle tremble devant la perspective de la deuxième guerre mondiale « pire encore que la première » (apparition du 13 juillet 1917) qui arrivera si l'on n'écoute pas les  demandes de la Vierge, et dont les horreurs lui paraissent présentes. « Tant de gens qui vont mourir. Et presque tous vont en enfer ! Beaucoup de maisons seront détruites et beaucoup de prêtres tués ».

    Ainsi offre-t-elle généreusement ses sacrifices : repas donnés aux brebis, puis aux pauvres - support des visiteurs qui la questionnent - mauvais  traitements, moqueries - maladie et séparation des siens. Elle dit aussi : « J'aime tellement le Cœur Immaculé de Marie. C'est le Cœur de notre petite maman du Ciel ! » Et elle chante sur des airs à elle : « Doux cœur de Marie, soyez mon salut ! Cœur Immaculé de Marie, convertissez les pécheurs, sauvez les âmes de l'enfer ».

    Elle regrette de ne pouvoir communier à ces intentions. Devant partir à l'hôpital, elle fait ses dernières recommandations à Lucie, inspirées des messages de la Vierge, et elle annonce qu'elle ira dans deux  hôpitaux, non pas pour guérir mais « pour souffrir davantage » et qu'elle mourra « toute seule ».

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  • Contempler la Croix pour éviter d'endurcir nos cœurs : la proposition de Carême d'Erik Varden

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    D'InfoVaticana :

    Contempler la Croix pour éviter d'endurcir nos cœurs : la proposition de Carême d'Erik Varden

    Contempler la Croix pour éviter d'endurcir nos cœurs : la proposition de Carême d'Erik Varden

    L’évêque trappiste norvégien Erik Varden, qui a commencé ce dimanche la prédication des Exercices spirituels au Pape et à la Curie romaine, a souligné le rôle central de la liturgie pour comprendre le Carême et se préparer dignement à Pâques. Dans un entretien accordé à la revue Ecclesia, Varden a averti : « Si nous laissons la liturgie s’exprimer et que nous ne la réduisons pas à une banalité ennuyeuse, le mystère du Carême nous sera révélé. »

    À l’occasion de la parution en Espagne de son livre « Des blessures qui guérissent » (Encounter), l’évêque propose de méditer sur les plaies du Christ dans la Passion comme moyen de comprendre et de guérir les blessures de l’homme contemporain.

    Les blessures de l'homme et les blessures du Christ

    Dans son nouvel ouvrage, Varden prend pour point de départ un poème cistercien médiéval, la Rythmica Oratio , attribuée à Arnulf de Louvain, pour explorer les plaies du Christ crucifié. De là, il propose une réflexion pour ce temps de Carême : les plaies existent, elles sont réelles, mais elles n’ont pas le dernier mot.

    L’évêque souligne que la société contemporaine oscille entre dissimuler ses blessures et les ériger en caractéristique déterminante. Face à cette double tentation, le christianisme propose un autre réalisme : reconnaître que l’humanité est blessée, mais affirmer qu’elle est plus que ses blessures et que ces blessures peuvent devenir des occasions de grâce.

    Contempler les plaies du Christ, explique-t-il, c’est aussi contempler les ravages du péché sur l’humanité. « Les plaies du Christ crucifié sont des plaies que j’ai infligées », nous rappelle-t-il, évoquant l’intensité spirituelle de la Semaine sainte. Cependant, la Croix n’est pas une fin. Pâques est un passage. Le Ressuscité apparaît dans la gloire, mais il conserve les plaies : la plaie n’est pas niée, elle est transformée.

    Carême : Un examen de conscience devant la Croix

    Pour Varden, le Carême est un moment privilégié pour se demander si le cœur reste sensible au mystère de la Croix ou s'il s'est endurci à cause de la routine et de la surexposition aux images et aux informations.

    Dans un monde saturé d'informations et de tragédies, le risque est l'insensibilité de la conscience. L'évêque nous rappelle qu'il ne s'agit pas de supporter un fardeau insupportable à chaque épreuve, mais plutôt d'empêcher que nos cœurs ne deviennent insensibles à la souffrance d'autrui et à l'amour désintéressé du Christ.

    Le Carême, insiste-t-il, nous invite à contempler la Croix d'un œil nouveau : à prendre conscience que Dieu Tout-Puissant a accepté la fragilité et s'est laissé blesser par amour. L'art, la musique et la littérature peuvent nous aider à retrouver ce regard contemplatif qui transcende l'indifférence.

    La liturgie, la pédagogie de l'Église

    Interrogé sur la manière de vivre plus intensément cette période, Varden répond sans hésiter : « En approfondissant la liturgie de l’Église. » La liturgie, affirme-t-il, est une formidable pédagogie. Ses signes, ses silences, ses textes et ses gestes guident notre attention et éduquent notre conscience.

    C’est pourquoi il met en garde contre le risque de la banaliser. Si elle devient routinière ou superficielle, elle perd sa force formatrice. En revanche, si on y participe avec docilité, elle conduit au mystère et prépare véritablement à Pâques.

    En ce sens, il considère la liturgie comme une clé essentielle de l'évangélisation. Non pas la seule, mais assurément la plus importante, car c'est là que l'Église proclame et rend présent le mystère du Christ.

    Proclamez le Christ ressuscité

    À l'aube du Carême, les paroles de Varden nous rappellent que ce temps de prière n'est ni un exercice d'introspection ni un simple ajustement moral. C'est une école de contemplation, une purification du cœur et une véritable préparation à Pâques.

    Si la liturgie parle et que le chrétien écoute, le mystère se dévoile. Le Carême cesse alors d'être une simple coutume et devient un chemin de conversion.

  • L'homélie du Pape lors de la messe avec le rite des Cendres

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    MESSE AVEC LE RITE DES CENDRES

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Basilique Sainte-Sabine en l’Aventin
    Mercredi 18 février 2026

    Chers frères et sœurs,

    au début de chaque Temps liturgique, nous redécouvrons avec une joie toujours nouvelle la grâce d’être l’Église, c’est-à-dire la communauté convoquée pour écouter la Parole de Dieu. Le prophète Joël nous a rejoints par sa voix qui conduit chacun à sortir de son isolement et fait de la conversion une urgence indissociablement personnelle et publique : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! » (Jl 2, 16). Il mentionne les personnes dont l’absence serait facile à justifier : les plus fragiles et les moins aptes à se rassembler en grand nombre. Puis le prophète nomme l’époux et l’épouse : il semble les appeler hors de leur intimité afin qu’ils se sentent partie intégrante d’une communauté plus large. Viennent ensuite à leur tour les prêtres qui se trouvent déjà, presque par devoir, « entre le portail et l’autel » (v. 17) ; ils sont invités à pleurer et à trouver les mots justes pour tous : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple ! » (v. 17).

    Le Carême, aujourd’hui encore, est un temps fort de communauté : « Réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte » (Jl 2, 16). Nous savons combien il est de plus en plus difficile de rassembler les gens et de se sentir comme un peuple, non pas de manière nationaliste et agressive, mais dans une communion où chacun trouve sa place. C’est même ici que prend forme un peuple qui reconnaît ses propres péchés, à savoir que le mal ne vient pas de prétendus ennemis, mais qu’il a atteint les cœurs, qu’il est présent dans la vie de chacun et qu’il doit être affronté en assumant courageusement ses responsabilités. Nous devons admettre qu’il s’agit d’une attitude à contre-courant mais qui, alors qu’il est si naturel de se déclarer impuissant face à un monde en feu, constitue une véritable alternative, honnête et attirante. Oui, l’Église existe aussi comme prophétie pour des communautés qui reconnaissent leurs propres péchés.

    Certes, le péché est personnel, mais il prend forme dans les milieux réels et virtuels que nous fréquentons, dans les attitudes avec lesquelles nous nous conditionnons mutuellement, souvent au sein de véritables “structures de péché” d’ordre économique, culturel, politique et même religieux. Opposer le Dieu vivant à l’idolâtrie – nous enseigne l’Écriture – c’est oser la liberté et la retrouver à travers un exode, un cheminement. Ne plus être paralysés, rigides, sûrs de nos positions, mais rassemblés pour bouger et changer. Comme il est rare de trouver des adultes qui se repentent, des personnes, des entreprises et des institutions qui admettent avoir commis des erreurs !

    Aujourd’hui, il s’agit précisément de cette possibilité pour nous. Et ce n’est pas un hasard si de nombreux jeunes, même dans des contextes sécularisés, ressentent plus que par le passé l’appel de ce jour, le Mercredi des Cendres. Ce sont eux, en effet, les jeunes, qui saisissent distinctement qu’un mode de vie plus juste est possible et qu’il existe des responsabilités quant à ce qui ne va pas dans l’Église et dans le monde. Il convient donc de commencer là où l’on peut et avec ceux qui sont là. « Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2). Nous sentons donc la portée missionnaire du Carême, non pas pour nous détourner du travail sur nous-mêmes, mais pour l’ouvrir à nombre de personnes inquiètes et de bonne volonté qui cherchent les voies d’un authentique renouveau de la vie, à l’horizon du Royaume de Dieu et de sa justice.

    « Pourquoi les peuples diraient-ils : « Où donc est leur Dieu ? » » (Jl 2, 17). La question du prophète est comme un aiguillon. Elle nous rappelle aussi ces pensées qui nous concernent et qui surgissent chez ceux qui observent le peuple de Dieu de l’extérieur. Le Carême nous incite en effet à ces revirements – ces conversions – dont dépend la crédibilité de notre annonce.

    Il y a soixante ans, quelques semaines après la fin du Concile Vatican IIsaint Paul VI voulut célébrer publiquement le rite des cendres, rendant visible à tout le monde, lors d’une Audience générale dans la Basilique Saint-Pierre, le geste que nous sommes sur le point d’accomplir aujourd’hui. Il en parla comme d’une « cérémonie pénitentielle sévère et impressionnante » (Paul VI, Audience générale, 23 février 1966), qui heurte le sens commun et en même temps rejoint les questions de la culture. Il disait : « Nous, les modernes, nous pouvons nous demander si cette pédagogie est encore compréhensible. Nous répondons par l’affirmative. Parce qu’il s’agit d’une pédagogie réaliste. Elle est un rappel sévère à la vérité. Elle nous ramène à la vision juste de notre existence et de notre destin ».

    Cette « pédagogie pénitentielle » – disait Paul VI – « surprend l’homme moderne sous deux aspects » : le premier est « celui de son immense capacité d’illusion, d’autosuggestion, de tromperie systématique de lui-même sur la réalité de la vie et ses valeurs ». Le second aspect est « le pessimisme fondamental » que le Pape Montini constatait partout : « La plupart des témoignages humains que nous offrent aujourd’hui la philosophie, la littérature, le spectacle – disait-il – concluent en proclamant la vanité inéluctable de toute chose, l’immense tristesse de la vie, la métaphysique de l’absurde et du néant. Ces témoignages sont une apologie des cendres ».

    Nous pouvons aujourd’hui reconnaître la prophétie que contenaient ces paroles et sentir dans les cendres qui nous sont imposées le poids d’un monde en feu, de villes entières détruites par la guerre : les cendres du droit international et de la justice entre les peuples, les cendres d’écosystèmes entiers et de la concorde entre les personnes, les cendres de la pensée critique et des anciennes sagesses locales, les cendres de ce sens du sacré qui habite toute créature.

    « Où donc est leur Dieu ? », se demandent les peuples. Oui, très chers amis, l’histoire nous le demande, et avant cela, notre conscience : appeler la mort par son nom, en porter les signes, mais témoigner de la résurrection. Reconnaître nos péchés pour nous convertir est déjà un présage et un témoignage de résurrection : cela signifie en effet ne pas s’arrêter dans les cendres, mais se relever et reconstruire. Alors, le Triduum pascal, que nous célébrerons au sommet du cheminement du Carême, libérera toute sa beauté et sa signification. Il le fera en nous ayant engagés, par la pénitence, dans le passage de la mort à la vie, de l’impuissance aux possibilités de Dieu.

    C’est pourquoi les martyrs d’hier et d’aujourd’hui brillent comme des pionniers de notre chemin vers Pâques. L’ancienne tradition romaine des stations de Carême – dont celle d’aujourd’hui est la première – est instructive : elle renvoie autant au mouvement, en tant que pèlerins, qu’à la pause – statio – auprès des “mémoires” des martyrs sur lesquelles s’élèvent les basiliques de Rome. N’est-ce pas une invitation à nous mettre sur les traces des témoignages admirables dont le monde entier est désormais parsemé ? Reconnaître les lieux, les histoires et les noms de ceux qui ont choisi la voie des Béatitudes et en ont assumé les conséquences jusqu’au bout. Une myriade de semences qui, alors qu’elles semblaient perdues, ensevelies dans la terre, ont préparé la moisson abondante qu’il nous appartient de récolter. Le Carême, comme nous le suggère l’Évangile, en nous libérant du désir d’être vus à tout prix (cf. Mt 6, 2.5.16), nous apprend plutôt à voir ce qui naît, ce qui grandit, et nous pousse à le servir. C’est l’harmonie profonde qui s’établit dans le secret de celui qui jeûne, prie et aime avec le Dieu de la vie, notre Père et celui de tous. C’est vers Lui que nous réorientons, avec sobriété et joie, tout notre être, tout notre cœur.

  • Le carême, temps de conversion

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    Un emprunt à nos frères orthodoxes sur le site sagesse-orthodoxe.fr :

    LE CARÊME, TEMPS DE LA CONVERSION

    On emploie l’expression « se convertir », mais, en fait, c’est le Seigneur qui nous rappelle. Il ramène son peuple de la captivité spirituelle, comme Il l’a, autrefois, ramené de la captivité de Babylone ou de l’esclavage d’Égypte. Le Seigneur attire l’homme à lui, Il l’appelle, Il le cherche et Il cherche à susciter en lui la nostalgie de son amour et de sa familiarité.  L’exemple du Fils débauché est très parlant : l’Esprit saint agit dans le cœur de l’homme et lui donne le désir de retourner vers le Père. Un théotokion du jeudi de la 4ème semaine de Carême (Cathisme III, t.7) exprime ce mystère en une prière : « Seigneur, nous sommes ton peuple, les brebis de ton bercail : vers toi ramène tes enfants dispersés ; sous ta houlette rassemble les brebis égarées, de ton troupeau aie pitié, bon Pasteur, par les prières de la Mère de Dieu, seul Ami des hommes et Seigneur sans péché. » Le psaume 50 l’annonce : « les impies reviendront à toi ».

    Dieu agit

    La conversion n’est pas un phénomène moral ; elle correspond à une action de Dieu. Cet appel adressé par Dieu à son peuple, et à chaque membre de ce peuple, était très fort chez les anciens, exprimé par la bouche des grands prophètes ; il est devenu encore plus profond depuis l’Incarnation, la Résurrection et la Pentecôte. Plus que jamais, le Seigneur agit de l’intérieur de l’homme pour l’appeler à la communion avec lui-même : « suis-moi ! ». Nous pouvons donc prier ainsi : Convertis-nous, ô Dieu de miséricorde ! « Convertis-moi, que je revienne ! », dit le prophète Jérémie (31, 18).

    Description

    Le désir d’être sauvé est une des façons dont le Seigneur nous appelle. « Lorsque je vois l’océan de cette vie soulevé par la tempête des tentations, j’accours à ton havre de paix et je te prie, ô Dieu de bonté : À la fosse rachète ma vie ! » (hirmos de la 6ème ode en ton 6). La pensée de la mort et de la brièveté de la vie nous réveille du sommeil de l’inconscience et de l’oubli qui nous tuent. Mais surtout le désir des biens à venir, la promesse d’une jouissance indéfinie auprès à l’ombre de l’amour, stimulent la conversion : Dieu « a promis, dans l’observance de ses commandements, immortalité de vie et jouissance des biens éternels » (anaphore de saint Basile)

    La conversion sera un véritable retour de l’esprit vers Dieu, un changement de la pensée, une révolution de la mentalité.  « Vos pensées ne sont pas mes pensées, dit le Seigneur » (Isaïe 55, 8). La conversion est un retournement dont l’enjeu est d’acquérir la pensée divine. Cherchons, dit saint Paul, à avoir la pensée du Christ (1 Co 2, 16).

    Méthode

    Comment le faire ? Il s’agit de changer nos habitudes. Nous sommes habitués au péché, à vivre loin de Dieu et de son Église. Nous sommes gagnés par les pensées et la mentalité du monde. Pour retrouver la mentalité du Christ et de ses disciples, il nous est proposé une période de recyclage, en quelque sorte, de remise à niveau, comme on le fait dans le monde professionnel, de rééducation volontaire. Saint Silouane le dit : nous pouvons remplacer des habitudes par d’autres habitudes, étant entendu que l’homme est un animal d’habitude. Nous devons nous habituer ou nous réhabituer à Dieu, à sa familiarité, à sa douceur, au bien-être qu’il y a à se trouver dans sa maison, chez lui, c’est-à-dire chez nous, puisque nous sommes ses fils et ses filles.

    Exerçons-nous ainsi au pardon, au non jugement, à la sobriété pour changer l’habitude de la gourmandise, à la fidélité aux offices et aux prières communautaires, à nous confesser plus fréquemment afin de communier plus souvent. Entraînons-nous à lire la parole de Dieu, à nous montrer aimables et prévenants avec notre prochain ; habituons-nous à un rythme régulier de prière quotidienne. Ces nouvelles habitudes vont véritablement changer notre vie quotidienne et toute notre mentalité, notre regard sur autrui et sur l’actualité.

    Le repentir

    La conversion n’est pas encore le repentir. Elle est une subversion dans nos habitudes mentales, alimentaires, affectives, voire sexuelles. Mais elle n’a rien à voir avec le repentir, parce qu’elle n’est qu’un changement – révolutionnaire, certes – dans l’organisation de la vie, une discipline de vie en quelque sorte. Mais le repentir est autre chose : c’est un sentiment douloureux de deuil ; un regret douloureux de ses fautes, du temps perdu dans le péché ; une vraie amertume de s’être si longtemps, et stupidement, privé de l’amour de Dieu. Le repentir est un passage de la « mortelle tristesse », ou de la tristesse morbide et mortifère, qui est celle du monde, à ce qu’on appelle la « componction » (Jeudi de la 4ème semaine de Carême, ode 9, théotokion). Celle-ci signifie un cœur blessé par la nostalgie de la familiarité de Dieu. « Pourquoi m’as-Tu repoussé loin de ta face, Lumière inaccessible ? Malheureux que je suis,  les ténèbres extérieures m’ont enveloppé ; fais-moi revenir je t’en supplie, et dirige mes pas vers la lumière de ta loi » (hirmos en ton 8 de la 5ème ode). Pour se muer en repentir, la conversion doit être animée par un cri douloureux, une lamentation, une supplication qui peut aller jusqu’aux larmes. La lecture des écrits de saint Silouane nous instruit beaucoup sur cela.

  • Une homélie de Benoît XVI pour la messe des Cendres

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    Du site du journal la Croix :

    Homélie de Benoît XVI pour la messe des Cendres

    13/02/2013

    « Frères vénérés,

    Chers frères et sœurs,

    Aujourd’hui, Mercredi des Cendres, nous entamons un nouveau chemin de Carême, chemin qui se déroule sur quarante jours et nous conduit à la joie de la Pâque du Seigneur, à la victoire de la Vie sur la mort. Selon la très ancienne tradition romaine des “stations” de Carême, nous sommes rassemblés pour la célébration de l’Eucharistie. Cette tradition prévoit que la première “station” ait lieu dans la basilique de Sainte-Sabine, sur la colline de l’Aventin. Les circonstances ont suggéré de se rassembler dans la Basilique Vaticane. Ce soir, nous sommes nombreux autour de la tombe de l’apôtre Pierre afin, aussi, de lui demander son intercession pour le chemin de l’Église en ce moment particulier, renouvelant notre foi dans le pasteur suprême de l’Église, le Christ Seigneur. Pour moi, c’est un moment approprié pour remercier chacun, spécialement les fidèles du diocèse de Rome, alors que j’apprête à conclure mon ministère pétrinien et pour demander un soutien particulier dans la prière.

    Les lectures qui ont été proclamées nous offrent des éléments qu’avec la grâce de Dieu, nous sommes appelés à transformer en attitudes et en comportements concrets au cours de ce Carême. L’Église nous propose tout d’abord l’appel très fort que le prophète Joël adresse au peuple d’Israël : « Parole du Seigneur : revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil » (2, 12). Il faut souligner l’expression « de tout votre cœur » qui signifie : du centre de nos pensées et de nos sentiments, des racines de nos décisions, de nos choix, de nos actions, dans un geste de liberté totale et radicale. Mais ce retour à Dieu est-il possible ? Oui, parce que c’est une force qui ne vient pas de notre cœur mais qui se libère du cœur même de Dieu. C’est la force de sa miséricorde. Le prophète dit encore : « Revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment » (2, 13). Revenir au seigneur est possible comme “grâce” parce qu’elle est œuvre de Dieu et fruit de la foi que nous confions à sa miséricorde. Mais ce retour à Dieu devient une réalité concrète dans notre vie seulement lorsque la grâce du Seigneur pénètre dans l’intime et le secoue, nous donnant la force de « déchirer nos cœurs ». C’est encore le prophète qui fait résonner ces mots de la part de Dieu : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (2, 13). De fait, y compris de nos jours, nombreux sont ceux qui sont prêts à « déchirer leurs vêtements » en face de scandales et d’injustices – naturellement commises par d’autres – mais peu nombreux semblent être ceux qui sont prêts à agir sur leur propre ‘’cœur», sur leur propre conscience et leurs intentions pour laisser le Seigneur les transformer, les renouveler et les convertir.

    Ce « revenez à moi de tout votre cœur » est ensuite un appel qui s’adresse non seulement à l’individu mais à la communauté. Nous avons entendu dans la première lecture : « Sonnez de la trompette dans Jérusalem : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! » (2, 15-16). La dimension communautaire est un élément essentiel de la foi et de la vie chrétienne. Le Christ est venu « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (cf Jn 11, 52). Le « nous » de l’Église est la communauté dans laquelle Jésus nous réunit tous ensemble (cf Jn 12, 32) : la foi est nécessairement ecclésiale. Il est important de s’en souvenir et de le vivre en ce temps de Carême : que chacun d’entre nous sache que le chemin pénitentiel ne doit pas être vécu dans la solitude mais avec tant de frères et sœurs, dans l’Église.

    Le prophète, pour finir, s’arrête sur la prière des prêtres, lesquels, les larmes aux yeux, s’adressent à Dieu pour lui dire : : « N’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : ‘Où donc est leur Dieu ?’ » (2, 17). Cette prière nous fait réfléchir sur l’importance du témoignage de foi et de vie chrétienne de chacun d’entre nous et de nos communautés pour exprimer le visage de l’Église et comment ce visage peut être parfois défiguré. Je pense en particulier aux fautes contre l’unité, aux divisions dans le corps ecclésial. Vivre le Carême dans une communion ecclésiale plus intense et plus évidente, en surmontant les individualismes et les rivalités, est un signe humble et précieux en direction de ceux qui loin de la foi ou indifférents.

    « Voici maintenant le moment favorable, voici maintenant le jour du salut ! » (2 Co 6, 2). Les paroles de l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe résonnent encore pour nous avec une urgence qui n’admet ni absence ou inertie. Le mot « maintenant » répété plusieurs fois dit qu’on ne peut laisser fuir ce moment, que ce moment nous est offert comme une occasion unique et irremplaçable. Et le regard de l’Apôtre se concentre sur le partage par lequel le Christ a voulu caractériser son existence, assumant l’humanité jusqu’à prendre sur lui le péché des hommes. La phrase de saint Paul est très forte : Dieu « l’a fait péché pour nous ». Jésus, l’innocent, le Saint, « celui qui n’avait pas connu le péché » (2 Co 5, 21), prend sur lui le poids du péché, partageant avec l’humanité le résultat de la mort, et de la mort sur la croix. La réconciliation qui nous est offerte s’est faite au prix le plus fort, celui de la croix dressée sur le Golgotha, sur laquelle a été suspendu le Fils de Dieu fait homme. Dans cette plongée de Dieu au cœur de la souffrance humaine et dans l’abîme du mal se trouve la racine de notre justification. Le « revenez à Dieu de tout votre cœur » de notre chemin de Carême passe par la Croix, à la suite du Christ sur la route qui conduit au Calvaire, au don total de soi. C’est un chemin sur lequel il faut apprendre chaque jour à sortir toujours plus de notre égoïsme et de nos fermetures, pour faire place à Dieu qui ouvre et transforme le cœur. Et saint Paul rappelle comment l’annonce de la Croix résonne pour nous grâce à la prédication de la Parole, dont l’Apôtre lui-même est l’ambassadeur ; c’est un appel qui nous est lancé pour que ce chemin de Carême soit marqué par une écoute plus attentive et assidue de la Parole de Dieu, lumière qui illumine nos pas.

    Dans la page de l’Évangile de Matthieu, qui appartient à ce qu’on appelle le Sermon sur la montagne, Jésus se réfère à trois pratiques fondamentales prévues par la Loi de Moïse : l’aumône, la prière et le jeune. ; ce sont encore des indications traditionnelles de la démarche de Carême pour répondre à l’invitation qui nous est faite de « revenir à Dieu de tout son cœur ». Mais Jésus souligne que c’est la qualité et la vérité de la relation à Dieu qui qualifie l’authenticité de tout geste religieux. C’est ainsi qu’il dénonce l’hypocrisie religieuse, le comportement de ceux qui se veulent se montrer en spectacle, les attitudes de ceux qui cherchent les applaudissements et les approbations. Le vrai disciple ne sert ni lui-même, ni le « public », mais son Seigneur, dans la simplicité et la générosité : « Ton Père, qui voit dans le secret, te le revaudra » (Mt 6 4.6.18). Notre témoignage sera d’autant plus incisif que nous chercherons moins notre propre gloire et que nous aurons conscience que la récompense du juste, c’est Dieu lui-même, c’est d’être uni à Lui, ici, sur le chemin de la foi et au terme de la vie, dans la paix et la lumière du face-à-face avec Lui pour toujours (cf. 1 Co 13, 12).

    Chers frères et sœurs, commençons l’itinéraire du Carême, confiants et joyeux. Que l’invitation à la conversion, à « retourner à Dieu de tout notre cœur » résonne fortement en nous, dans l’accueil de sa grâce qui fait de nous des hommes nouveaux, l’accueil de cette surprenante nouveauté qui est la participation à la vie même de Jésus. Que personne d’entre nous ne reste sourd à cet appel qui nous est encore adressé à travers l’austère rite des cendres qui vont nous être imposées dans quelques instants. Que la Vierge Marie, Mère de l’Église et modèle de tout disciple authentique du Seigneur, nous accompagne dans cette démarche. Amen ! »