
Du blog du Mesnil Marie :
Arras : le beffroi et la petite place
A la veille de la révolution, la « maison de Charité » d’Arras est une ruche active : sept sœurs de Saint Vincent de Paul y assurent les soins aux malades, la visite des familles pauvres et éduquent les jeunes enfants. Leurs services sont très appréciés de la population.
Comme dans tout le Royaume, à Arras, la révolution va rapidement révéler son véritable visage et les lois anticatholiques vont poser des cas de conscience aux religieuses. Le 9 avril 1792, la supérieure générale des Filles de la Charité, avait adressé aux sœurs un courrier dans lequel on pouvait lire, entre autres : « Je vous prie de ne pas abandonner le service des pauvres, si vous n’y êtes forcées… Pour pouvoir continuer le service des pauvres, prêtez-vous à tout ce que honnêtement on pourra exiger de vous dans les circonstances présentes, pourvu qu’il n’y ait rien contre la religion, l’Eglise et la conscience. »
Après l’emprisonnement de la Famille Royale, lorsque la situation devient de plus en plus difficile, la supérieure de la petite communauté d’Arras laisse à ses sœurs le choix de rentrer dans leurs familles, si elles le souhaitent ; une seule d’entre elles le fait. Mais lorsque la Terreur va s’installer de manière plus violente dans la capitale de l’Artois, la supérieure va alors ordonner aux deux plus jeunes de la communauté de partir pour l’exil.
A la fin de l’année 1793, quatre sœurs se trouvent donc à Arras et continuent leurs activités.
Ce sont :
- Sœur Marie-Madeleine Fontaine, originaire d’Etrépagny (Vexin normand), entrée dans la Compagnie en 1748 à l’âge de 25 ans. Supérieure de la communauté, sa sagesse et sa compétence sont largement appréciées.
- Sœur Marie-Françoise Lanel, née en 1745 à Eu (Normandie), entré dans la Compagnie des Filles de la Charité à l’âge de 19 ans.
- Sœur Thérèse Fantou, née à Miniac-Morvan (Bretagne) en 1747, devenue Fille de la Charité à 24 ans.
- Sœur Jeanne Gérard, née à Cumières (Lorraine) en 1752, et entrée dans la Compagnie des Filles de la Charité en 1776.

Joseph Lebon, prêtre oratorien apostat
Le prêtre apostat, Joseph Lebon, envoyé à Arras par le comité de salut public fait régner dans la ville un climat de violence et de peur. La maison de Charité devient « maison de l’Humanité » ; un directeur pointilleux y est installé, surveillant l’activité des sœurs ; les vexations s’intensifient ; les faux témoignages se multiplient. Les héroïques filles de Saint Vincent de Paul sont plusieurs fois sommées de prêter le serment dit de « liberté-égalité », mais elles le repoussent énergiquement comme contraire à leurs consciences.
Le pape Benoît XV a loué leur attitude en ces termes :
»Elles refusèrent de prêter un serment pour des lois iniques, parce qu’elles voulurent garder immaculée leur foi, parce qu’elles n’écoutèrent que la voix de la conscience, qui les avertissait de ne pas s’écarter non seulement des commandements, mais des conseils du Chef suprême de l’Eglise. »
Le 14 février 1794, les sœurs sont arrêtées et conduites à l’abbatiale Saint-Vaast, transformée en prison, puis à celle de la Providence. Près des prisonnières, désemparées devant l’incertitude de leur avenir, elles apportent écoute et compassion. Sept semaines après leur incarcération, le 4 avril, les sœurs subissent un premier interrogatoire devant deux membres du comité de surveillance, les citoyens Pater et Boizard, décidés à ne pas traîner. Le principal chef d’accusation sera qu’on a découvert dans leur maison des exemplaires de publications contre-révolutionnaires (sans doute mises là par le directeur qu’on leur avait imposé).



