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Aujourd'hui, nous célébrons la fête de Jeanne d'Arc qui appartient à l'Eglise universelle et non seulement à la France. Qui a mieux célébré Jeanne que Charles Péguy? C'est l'occasion, en ces temps de détresse où la grande pitié de l'Eglise nous accable et où le mal semble partout triompher de méditer cette prière de Jeanne à Domrémy (Le Mystère de la Charité de Jeanne d'Arc) :
Ô mon Dieu si on voyait seulement le commencement de votre règne. Si on voyait seulement se lever le soleil de votre règne. Mais rien, jamais rien. Vous nous avez envoyé votre Fils, que vous aimiez tant, votre fils est venu, qui a tant souffert, et il est mort, et rien, jamais rien. Si on voyait poindre seulement le jour de votre règne. Et vous avez envoyé vos saints, vous les avez appelés chacun par leur nom, vos autres fils les saints, et vos filles les saintes, et vos saints sont venus, et vos saintes sont venues, et rien, jamais rien.
Le texte intégral du « panégyrique de Jeanne d’Arc » prononcé par le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, le samedi 30 mai 2015 en la cathédrale Notre-Dame de Rouen. (source)
Jeanne d'Arc, figure de foi et d'amour
Le cardinal Vingt-Trois encourage les Français à redécouvrir la figure de sainte Jeanne d’Arc, dont la vie « fut d’abord une affaire de foi chrétienne », et qui a « fait la guerre par amour des gens opprimés par la violence et les destructions sauvages, amour de son roi et de son pays, amour même de ses ennemis qu’elle s’emploie à convaincre de se retirer avant le combat ».
Dans le cadre des « Fêtes Jeanne d’Arc », le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, avait prononcé ce « panégyrique de Jeanne d’Arc » le samedi 30 mai 2015 en la cathédrale Notre-Dame de Rouen – ville où mourut la sainte.
Dans une société de chrétiens « vivant comme si Dieu n’existait pas », la « leçon de Jeanne d’Arc » est nécessaire, a-t-il souligné : « Quand il aurait été si commode de se taire, d’oublier, voire de renier l’appel de Dieu, quand une simple abjuration semblait capable de lui sauver la vie, elle ne voulut connaître que la fidélité à Celui qui était son seul Seigneur. »
Panégyrique de sainte Jeanne d’Arc, par le card. Vingt-Trois
Le 30 mai 1431, après avoir été jugée par le tribunal ecclésiastique et avoir été livrée à la justice séculière des anglo-normands, Jeanne d’Arc fut brûlée vive à Rouen sur la Place du Vieux-Marché et ses cendres jetées à la Seine depuis le pont où nous lui avons rendu hommage ce matin. Un quart de siècle plus tard, la sentence fut rapportée et Jeanne d’Arc réhabilitée. Prise dans l’étau d’une guerre civile dont notre pays a malheureusement trop souvent éprouvé les dégâts, Jeanne d’Arc a très vite, -et pour longtemps-, symbolisé une figure du patriotisme et de l’unité nationale. Sa canonisation en 1920 s’inscrit aussi dans la reconnaissance de ce symbole.
Cette canonisation a marqué un tournant dans les relations entre l’Église catholique et l’État français. Après les luttes passionnées qui avaient abouti à la loi de Séparation en 1905, les gouvernants des années vingt, héritiers politiques des grandes figures de la lutte anticléricale, n’ont pas hésité à prendre leur part de l’hommage rendu à Jeanne d’Arc. Au lieu d’ignorer, de combattre ou même d’interdire les solennités johanniques, ces gouvernants républicains trouvèrent plus utile à la société d’en faire une fête nationale et d’y associer étroitement l’État français lui-même. Le président de la République protestant, Gaston Doumergue n’hésita pas à présider personnellement en 1929 les fêtes johanniques à Orléans.
Dans les mêmes années vingt, l’Action Française se taillait une réputation militante à coups d’agressions, verbales ou physiques. Se présentant comme le dernier rempart du nationalisme et la seule école du patriotisme, elle fustigeait l’invasion de la France par des vagues d’immigration et faisait monter la haine contre ceux qu’elle appelait les « métèques ». Elle tentait de récupérer la fête de Jeanne d’Arc, récemment canonisée, et d’en tirer une caution religieuse que son opposition déclarée à la hiérarchie catholique lui rendait d’ailleurs inaccessible.
La laïcité de la République progressait mieux par l’inclusion des différences et leur gestion raisonnable que par l’interdit et l’exclusion des particularités. Ces gouvernants, sans renoncer à leurs convictions laïques, comprenaient que la force et la richesse d’une société dépendent plus de la vitalité de ses corps intermédiaires que de leur effacement, de leur marginalisation et moins encore de leur extinction. Leur laïcité était assez vigoureuse, -et peut-être, pour certains, était-elle devenue assez sereine !-, pour ne point trembler d’entretenir des relations publiques avec l’Église catholique.
Il n’est pas anecdotique que Jeanne d’Arc fût l’occasion symbolique de cette nouvelle étape des relations entre l’État français et l’Église catholique. Sa figure héroïque était demeurée très vive dans la conscience collective. Les épreuves récentes et sanglantes de la Première Guerre mondiale pour la défense du territoire national donnaient à sa canonisation un ton d’authentique actualité dans une France où le patriotisme n’avait pas encore sombré dans la défaveur qui l’identifie trop commodément à un nationalisme étroit.
(Source) Augustin était prieur du monastère de Saint-André du Mont Coelius, l'une des sept collines de Rome quand le pape saint Grégoire le Grand vint le soustraire à la paix du cloître. Le pape se souciait fort du salut des Anglo-Saxons, ces barbares païens qui avaient envahi le brumeux pays des Bretons et que ces Bretons refusaient d'évangéliser. Pour eux, ils étaient leurs occupants envahisseurs. Avec quarante compagnons, moines comme lui, saint Augustin est envoyé par le pape en Angleterre, avec une escale à Lérins, une à Paris et d'autres encore, car la route est longue de Rome à Cantorbery.
La mission romaine reçoit l'appui d'Ethelbert, roi du Kent dont la femme est chrétienne. Il les installe à Cantorbery. La ferveur et l'éloquence des moines romains impressionnent le roi qui demande, à son tour, le baptême. Saint Augustin échoua par contre auprès des Celtes chrétiens du pays de Galles par manque de tact selon saint Bède le Vénérable. Lorsqu'il convoqua leurs évêques pour les amener à le reconnaître comme primat nommé par le pape et à adopter la liturgie romaine, il crut bon de rester sur son siège au lieu d'aller à leur rencontre. Les clercs bretons, irrités par l'ingérence de ces moines romains dans leur pays, repartirent sans rien céder. Saint Augustin continua d'opérer de nombreuses conversions chez les Anglais et fonda le siège de Cantorbery dont il devient l'évêque. Il se dépense alors pour asseoir la jeune Église d'Angleterre et multiplie les tentatives pour réconcilier les chrétiens bretons et anglais. Il y faudra cent ans.
Je sais que le Dieu tout puissant, à cause de ton amour pour ce peuple qu’il a voulu choisir, a montré de grands miracles. Il est donc nécessaire que ce don céleste te donne de la joie en même temps que de la crainte, de la crainte en même temps que de la joie… Nous devons nous rappeler la réponse du Divin Maître à ses disciples qui revenaient tout joyeux de leur prédication : « Ne vous réjouissez pas de cela, mais de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel. »
Mémoire de saint Augustin, évêque de Cantorbéry en Angleterre. Envoyé avec d’autres moines romains par le pape saint Grégoire le Grand pour annoncer l’Évangile au peuple des Angles, il fut accueilli avec bienveillance par le roi du Kent, Éthelbert, et imitant la vie apostolique de l’Église primitive, il convertit à la foi chrétienne le roi lui-même et beaucoup de son peuple, et établit plusieurs sièges épiscopaux sur cette terre. Il mourut le 26 mai, vers 604. Martyrologe romain
La sainteté étonnante de Philippe Neri, ce prêtre italien décédé en 1595, lui a valu de la part de Goethe le titre de « Saint humoristique ». Or ce saint de la joie a vécu à une époque des plus sombres de l’Histoire de l’Église. En effet, il a vécu non seulement durant le terrible schisme qui a engendré en peu de temps au XVIe siècle le protestantisme luthérien et toutes sortes d’autres « réformes » qui ont divisé aujourd’hui les chrétiens issus du catholicisme en plus de 30,000 Églises ou sectes différentes. Non seulement cela, mais il a aussi vécu au temps la réforme de l’Église catholique qui impose une stricte discipline en mettant en place le Saint Office et l’Index des livres proscrits, en resserrant de plus la sévérité de l’Inquisition. Or voilà donc que surgit grâce à l’Esprit ce saint de la joie, des excentricités, des tours pendables et surtout de la foi profonde.
Saint Philippe Neri jaillit comme une lumière dans la nuit. Il y a aussi au XVIe siècle beaucoup d’autres saints merveilleux comme Thomas More, autre saint de l’humour, et Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, François Xavier et François de Borgia et je ne sais trop combien d’autres.
Saint Philippe Neri, lui, est un simple prêtre séculier, originaire de Florence, qui vit durant de longues années presque sans bouger en plein cœur de Rome. Rien de si fantastique si ce n’est qu’il convertit des milliers de gens. Si bien qu’on décerne bientôt à Philippe le titre de « Réformateur de Rome ». L’illustre Henri Bremond en rajoute : « Philippe était l’un des grands créateurs de la Contre-Réforme, peut-être le plus grand de tous, aucun autre n’ayant sans doute travaillé avec autant de succès à modifier le visage de la Ville Éternelle en une époque totalement désespérée ». Cela dérange ses contemporains (les saints dérangent et irritent bien des gens) au point que saint Philippe est jalousé, calomnié et très souvent menacé de diverses condamnations, même par des papes. Mais il ne se décourage jamais tant son amour pour Dieu est immense. Voilà un exemple pour tous ceux que « l'Église fait souffrir » comme on dit souvent. Oui, il arrive trop souvent que ce que l'on appelle « l'Église » nous fasse souffrir. Heureusement les saints persécutés savent demeurer fidèles à l’Église, qui est l’Église des saints comme l’affirmait si bien Georges Bernanos*. C’est vraiment l’Église fondée par Jésus-Christ lui-même comme le découvrent de nos jours de nombreux pasteurs protestants, dans le monde entier, qui écoutent « The Journey Home », ou Le Retour à la Maison », à la télévision ou par l’internet, diffusé par EWTN, fondé par Mother Angelica. Ce sont de magnifiques entrevues menées par un ancien pasteur presbytérien, Marcus Grodi.
(Archive 2018) Du Cardinal Philippe Barbarin, Archevêque de Lyon et Primat des Gaules (source) :
Lundi de Pentecôte 2018, une nouveauté dans la liturgie de l’Église ! Depuis plusieurs années, la question était posée d’instituer une fête de Marie, Mère de l’Église, déjà célébrée en Pologne et en Argentine, le Lundi de Pentecôte. À Rome, la Congrégation pour le Culte divin, sans doute sollicitée depuis longtemps par beaucoup d’églises locales, a annoncé le 3 mars dernier la décision d’étendre cette fête à toute l’Église, un décret qui prend effet en 2018, ce lundi 21 mai. Le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le Culte divin depuis 2014, répond ainsi à un désir depuis longtemps ancré dans l’esprit et le cœur de beaucoup.
La joie du temps ordinaire. Je me rappelle les lettres que m’avait écrites à ce sujet l’ancienne Mère Abbesse d’Argentan, dans le diocèse de Séez, et son insistance lors d’un passage à l’Abbaye : « Mais pourquoi ne faisons-nous pas cela aussi en France ? » Pourquoi en effet ? Maintenant que la décision est prise, il ne suffit pas de s’en réjouir, il faut aussi comprendre l’histoire et le sens de ce titre donné à Marie, de cette fête dont le cardinal Sarah a décrit l’esprit.
Dans l’année liturgique, le temps qui nous conduit vers Pâques et la Pentecôte est extrêmement riche et intense. Après le cheminement exigeant du carême, la Semaine Sainte et le feu de la Passion, vient une cinquantaine (c’est le sens du mot grec Pentecostès) de jours qui n’en font qu’un : « Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie. » Au terme de la cinquantaine pascale, une « solennité d’exultation », l’Esprit-Saint est donné aux Apôtres sous forme de langues de feu. C’est la promesse que Jésus leur avait faite dans les dernières paroles qu’il a prononcées sur terre et qui sont la meilleure catéchèse du sacrement de la confirmation :« Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins… » (Act. 1, 8).
Aussitôt après, le Lundi de Pentecôte, on « retombe » brusquement, comme on entend dire parfois, dans le temps ordinaire. C’est pourtant quelque chose de très beau pour nous que d’être envoyés en mission pour vivre et répandre l’amour reçu du Seigneur dans le concret de notre vie familiale, professionnelle ou sociale… Il y a une merveille du « temps ordinaire » ; j’ai lu un jour un bel Eloge du Temps ordinaire (Jeannine Marroncle, L’Atelier, 1995), inspiré peut-être de la manière dont Madeleine Delbrêl parle de la sainteté des « gens ordinaires » (La sainteté des gens ordinaires, Nouvelle Cité, 2009). Désormais, l’Église nous invite à entreprendre cette nouvelle étape de l’année liturgique sous le regard et avec la présence maternelle de la Vierge Marie ; c’est simple et réconfortant. L’obéissance à la Parole de Dieu de celle qui s’offre comme « la servante du Seigneur » à l’Annonciation, son attention à tous et dans toutes les circonstances (pensons au repas des noces de Cana où elle est la première à voir qu’« ils n’ont plus de vin »), tout cela nous aide et nous stimule pour rester fidèles à l’Amour de Dieu et réaliser notre vocation de « pierres vivantes » de l’Église.
Lundi de la Pentecôte : le pape offre une place de choix à Marie mère de l'Eglise
Rédigé par Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements et le cardinal Robert Sarah (archive du dans Religion (L'Homme Nouveau)
L'Eglise catholique a toujours accordé une place importante à la Sainte Vierge. Elle déclarait dèjà, en 1964, par l'intermédiaire du Pape Paul VI, la bienheureuse Vierge Marie "Mère de l’Eglise", constatant que “le peuple chrétien tout entier honore toujours et de plus en plus la Mère de Dieu par ce nom très doux”. Une place de plus en plus importante était donnée à ce titre, par différents biais : messe votive, faculté d’ajouter l’invocation de ce titre dans les Litanies Laurétanes...
Désormais, par une décision du pape François, le lundi de la Pentecôte la mémoire de Marie Mère de l’Eglise sera obligatoire pour toute l’Eglise de Rite Romain. Vous retrouverez ici le décret sur la célébration de la bienheureuse Vierge Marie Mère de l’Eglise dans le Calendrier Romain Général ainsi qu'un texte explicatif du Cardinal Robert Sarah.
Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements
DECRET sur la célébration de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de l’Eglise, dans le Calendrier Romain Général
La joyeuse vénération dédiée à la Mère de Dieu dans l’Eglise contemporaine, à la lumière de la réflexion sur le mystère du Christ et sur sa propre nature, ne pouvait pas oublier cette figure de Femme (cf. Gal 4, 4), la Vierge Marie, qui est à la fois Mère du Christ et Mère de l’Eglise.
Ceci était déjà en quelque sorte présent dans la pensée de l’Eglise à partir des paroles prémonitoires de saint Augustin et de saint Léon le Grand. Le premier, en effet, dit que Marie est la mère des membres du Christ, parce qu’elle a coopéré par sa charité à la renaissance des fidèles dans l’Eglise; puis l’autre, quand il dit que la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps, indique que Marie est en même temps mère du Christ, Fils de Dieu, et mère des membres de son Corps mystique, c’est-à-dire de l’Eglise. Ces considérations dérivent de la maternité de Marie et de son intime union à l’œuvre du Rédempteur, qui a culminé à l’heure de la croix.
Philippe Néri avait coutume de se lever tard dans la nuit ou aux premières lueurs du jour, et de traverser la ville endormie de Rome, hors des remparts, jusqu'à la basilique Saint-Sébastien. Là, il descendait sous l'église, dans les anciennes catacombes, où les premiers chrétiens de Rome se réunissaient pour la messe, où tant de martyrs avaient reposé. Dans ce lieu sacré, il se recueillait en prière.
Un jour, l'apôtre de Rome se rendit dans ces catacombes la veille de la Pentecôte. Tandis qu'il priait, le Saint-Esprit lui apparut sous la forme d'une sphère de feu qui pénétra dans sa bouche et se déposa dans son cœur. Il sentit son cœur se gonfler. Dès lors, comme plusieurs personnes en témoigneront plus tard, une chaleur mystérieuse mais perceptible, une véritable chaleur, émana de son cœur. Après sa mort, l'autopsie révéla que deux côtes s'étaient brisées, formant une arche pour accueillir le cœur hypertrophié.
Il est symbolique que la fête de saint Philippe Néri (le mardi 26 mai) soit si proche de la Pentecôte. Son expérience dans les catacombes est en effet un grand enseignement sur la manière dont nous devons accueillir l'Esprit Saint en ce jour. Comme pour tout miracle, sa rencontre avec le Saint-Esprit révèle de façon extraordinaire ce qui devrait être ordinaire pour chaque catholique. Et, pour ne pas considérer l'expérience de saint Philippe comme étrange, rappelons-nous que nous prions souvent pour la même chose : « Viens, Esprit Saint, remplis le cœur de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour. »
À savoir, des brûlures internes et des côtes cassées.
Tout d'abord, une révélation. Que l'Esprit Saint réside dans le cœur – centre de l'amour – nous en dit long sur qui Il est et ce qu'Il fait. L'Esprit Saint est l'Amour de Dieu. Il ne s'agit pas d'une simple pieuse formule, mais d'une profonde vérité théologique. L'Esprit Saint n'est pas seulement l'amour venant de Dieu. Il est l'amour de Dieu lui-même – c'est-à-dire l'amour qui réside en Dieu, entre le Père et le Fils, l'amour qui existe de toute éternité. Il est la Personne que saint Jean-Paul II appelait le « Don d'Amour incréé ».
En tant que Personne qui est Amour, l’Esprit nous est donné afin que nous puissions aimer. Car « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Romains 5:5). Tous ses dons et ses grâces nous sont accordés afin que nous soyons parfaits dans l’amour. Tous ses fruits sont, en définitive, les effets de l’amour. Le Saint-Esprit produit la sainteté, qui est la perfection dans l’amour.
De plus, l’image du feu révèle comment cette Personne accomplit son œuvre d’amour en nous. L’Esprit Saint est comme un feu, un amour qui purifie, illumine et vivifie. Il purifie nos cœurs des amours éphémères qui nous retiennent prisonniers. Il illumine nos cœurs pour que nous connaissions Dieu, que nous nous connaissions nous-mêmes et que nous sachions aimer. Il nous donne la force d’aimer les autres de l’amour même de Dieu.
Pour ceux qui l'entouraient, la chaleur qui émanait du cœur de saint Philippe manifestait l'amour de Dieu en lui. Une fois encore, cet événement extraordinaire révèle ce qui devrait être la norme. Notre union avec l'Esprit devrait produire en nous une chaleur qui rayonne sur les autres par nos paroles et nos actes. En réalité, le plus étonnant n'est pas que la chaleur de l'Esprit se soit manifestée à travers saint Philippe Néri, mais qu'elle ne soit pas si évidente en nous.
Deuxièmement, les côtes cassées. Il est important de noter que cette blessure n'a pas entravé la vie de Philippe. Il a mené une vie apostolique active pendant cinquante ans après l'incident. De toute évidence, ce don de l'Esprit s'est accompagné d' une certaine douleur. Mais nous devons la considérer comme la « douce violence » de l'Esprit dont parle saint François de Sales. Ou encore comme une correction salutaire, lorsque nous demandons à l'Esprit, dans la séquence d'aujourd'hui, de « plier le cœur et la volonté obstinés ».
En résumé, pour recevoir l'Esprit, il faut que quelque chose en nous se donne. Nous avons souvent tendance à vouloir forcer Dieu à entrer dans nos vies, à le faire agir pour nous. Mais l'Esprit ne s'adapte pas à nos vies terrestres. Il n'est pas, en quelque sorte, fait pour cela. À l'image d'un vent puissant qui apporte un air frais mais qui parfois bouleverse tout, il chamboule certains aspects de nos vies afin de lui laisser plus d'espace pour agir.
En réalité, l'Esprit n'a rien de pratique ni de confortable – au sens mondain du terme. Il vient non pour perpétuer nos vies telles qu'elles sont, mais pour habiter en nous et y reproduire la vie du Christ. Cela exige de notre part un changement. En vérité, même le réconfort qu'il apporte dépasse l'entendement du monde ; il ne correspond pas à sa conception du confort. Vivre selon l'Esprit requiert une volonté inconditionnelle de changer.
Notre Seigneur nous dit que le Père « ne compte pas son Esprit » (Jean 3, 34). En effet, il n’est pas avare. Mais nous, si. Nous dressons en nous des barrières et des obstacles à la croissance de son amour. Ou bien nous désirons utiliser ses dons de grâce pour nos projets personnels, au lieu de les consacrer à notre propre croissance spirituelle.
Pour que cette fête et ce don de l'Esprit soient efficaces, nous devons le laisser nous consumer et nous transformer. Purifier nos cœurs par le feu de son amour et les conduire là où il veut qu'ils soient.
Pentecôte : une conclusion, mais aussi un nouveau commencement
Lorsqu'on évoque les trois solennités de Noël, de Pâques et de la Pentecôte, Noël est souvent la fête préférée, notamment pour des raisons émotionnelles. Pour d'autres, c'est Pâques qui prime, car ce jour-là, nous commémorons le cœur même de notre foi : notre salut. La Pentecôte est sans doute la fête favorite des membres des mouvements charismatiques, mais pour le croyant lambda, elle aurait du mal à occuper la première place si l'on devait établir un classement de leur importance. Cela tient peut-être aussi au fait que, dans la Sainte Trinité, le Saint-Esprit vient en troisième position, et que, dans notre prière, nous avons tendance à nous adresser d'abord au Père et au Fils. S'il nous est aisé d'imaginer le Père et le Fils sous forme humaine, il est plus difficile de se représenter le Saint-Esprit, généralement figuré par une colombe. En tant qu'êtres humains, nous sommes, après tout, dépendants des représentations visuelles, tout en sachant que toute image de la Divinité n'est qu'une tentative d'exprimer une réalité transcendante qui ne peut être saisie par des images.
Néanmoins, avec la grande fête de la Pentecôte, la révélation de Dieu à l'humanité trouve son accomplissement. C'est l'accomplissement de la promesse faite par Jésus lui-même à ses Apôtres lors de son départ : « Et le Père vous donnera un autre Consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous : l'Esprit de vérité » (Jean 14, 16). Promesse que Dieu continuera d'être présent auprès de l'humanité d'une autre manière pour poursuivre en nous l'œuvre du salut, par le Consolateur, aussi appelé Paraclet, l'Avocat qui nous assistera et continuera de nous guider vers la Vérité que le Seigneur Jésus nous a apportée.
Nous pouvons donc accueillir le Saint-Esprit comme la présence agissante de Dieu lui-même dans nos vies. Il vient demeurer en nous d’une manière particulière lors du sacrement du baptême, afin d’y demeurer activement présent. C’est le Saint-Esprit qui poursuit en nous l’œuvre du salut et nous accorde ses dons. Ces dons du Saint-Esprit ont été magnifiquement exprimés par Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « À l’un, l’Esprit donne une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, par le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à d’autres encore, des dons de guérison, le pouvoir d’opérer des miracles, le don de prophétie, le discernement des esprits, la diversité des langues, ou leur interprétation. Tout cela vient d’un seul et même Esprit, qui distribue à chacun ses dons comme il le veut » (1 Corinthiens 12, 8-11).
À une époque où l'on se concentre presque exclusivement sur ses propres talents et où l'on est convaincu que tout ce que l'on sait et fait est le fruit de ses propres capacités, il est peut-être difficile de reconnaître et d'accepter que ces talents ne nous soient pas uniquement attribués, mais qu'ils soient des dons reçus. C'est toujours l'orgueil qui nous aveugle et limite notre horizon à notre propre personne et à nos propres aptitudes. Ce faisant, nous perdons également conscience de la présence du Saint-Esprit dans nos vies.
Lors de la dernière veillée pascale, j'ai assisté au baptême de plusieurs adultes. Le simple fait de me souvenir de mon propre baptême a rendu cet événement profondément significatif et a fortifié ma foi en la puissance de l'Esprit Saint à l'œuvre en moi, précisément par le sacrement du baptême. Le fait que de plus en plus de baptêmes d'adultes aient lieu aujourd'hui est effectivement lié à un désir croissant chez les jeunes d'être accueillis dans l'Église, ce qui devrait nous donner des raisons d'être optimistes. Mais il faut aussi considérer cela dans le contexte du fait que de moins en moins d'enfants sont baptisés peu après leur naissance. Maintenant que la foi n'est plus une évidence pour beaucoup, l'idée s'est répandue que l'entrée dans la foi doit être un choix conscient qui ne peut se faire qu'à un âge plus avancé. Mais cela ne prive-t-il pas les enfants de l'action positive de l'Esprit Saint, qui est conférée à une personne précisément au moment du baptême ? Cependant, si l'on considère le baptême comme un simple rite qui n'entre pas du tout en ligne de compte dans l'éducation d'un enfant, on peut effectivement s'interroger sur la pratique du baptême des enfants. Il faut être réceptif à l'action du Saint-Esprit, s'y ouvrir et coopérer positivement. L'action du Saint-Esprit est intimement liée à la puissance de la grâce de Dieu, à laquelle nous ne pouvons que répondre. C'est pourquoi faire baptiser un enfant implique aussi la responsabilité de créer, dans son éducation, l'espace nécessaire pour que le Saint-Esprit puisse déverser sa grâce dans son cœur et, par là même, lui transmettre ses dons.
La décision de ne pas faire baptiser ses enfants, ainsi que l'indifférence envers la foi qui règne chez beaucoup, s'inscrit dans la conception contemporaine selon laquelle on ne doit rien imposer à celui qui ne peut choisir librement. Toute la campagne menée en Belgique contre la circoncision juive relève de cette conviction, tout en touchant à un principe inhérent à la foi juive. La circoncision n'est pas un simple rituel portant atteinte à l'intégrité physique, comme certains le prétendent, mais elle repose sur des fondements bibliques auxquels les Juifs doivent rester fidèles et qui font partie intégrante de leur identité. Il ne s'agit pas ici de liberté individuelle, mais d'une conviction religieuse qui doit être respectée. Nous sommes face à un double standard : d'un côté, on devient hypersensible à tout ce qui touche aux droits de l'homme et l'on cherche à les étendre encore davantage ; de l'autre, on adopte une attitude désinvolte à l'égard de la liberté de culte et des questions connexes. Bientôt, le droit à l'avortement, tel qu'il est actuellement inscrit dans la Constitution française, primera sur le droit de pratiquer sa religion.
Mais revenons un instant à notre grande fête de la Pentecôte et célébrons ce jour d'une manière particulière, comme une invitation à vivre plus consciemment la grâce de notre baptême. De même que le Saint-Esprit est la troisième Personne de la Sainte Trinité, parfois oubliée, le sacrement du baptême l'est aussi, pour beaucoup de croyants, réduit à un simple événement historique et, de ce fait, lui aussi tombé dans l'oubli. Autrefois, on demandait encore ici et là si l'on avait été baptisé, mais aujourd'hui, on n'entend plus cette question, par exemple lors d'entretiens d'embauche, même dans les institutions d'inspiration chrétienne. Cela ressemblerait presque à une intrusion dans la vie privée. Encore un symptôme de la façon dont tout ce qui touche à la foi est relégué à la sphère privée. C'est peut-être précisément pourquoi la Pentecôte est le moment idéal pour sortir de cette sphère privée, forts de la puissance que nous pouvons recevoir du Saint-Esprit, pour redonner à la foi toute sa pertinence dans notre société et pour ne pas laisser quiconque tenter de nous faire taire sur ce sujet.
Nous pouvons prendre exemple ici le pape Léon XIV qui, en ces temps de guerre et de violence, continue de proclamer avec une grande constance le message de paix et de réconciliation, et permet à ce message de résonner librement dans le monde comme un message évangélique. Ce faisant, il montre que la foi ne doit pas être enfermée dans la sacristie, pour reprendre une expression de son prédécesseur. Lorsque je prendrai conscience de la grâce du baptême reçue lors de mon baptême, je créerai également dans ma vie un espace pour que cette grâce baptismale – que l’on pourrait appeler l’œuvre du Saint-Esprit en nous – puisse agir et me donner la force de vivre ma foi plus consciemment et de la proclamer sans crainte. Ce dernier point peut sembler le plus difficile dans la société actuelle, mais le Christ nous en a avertis lorsqu’il a annoncé la venue du Saint-Esprit : « l’Esprit de vérité, que le monde ne peut recevoir, parce qu’il ne le voit point et ne le connaît point » (Jean 14, 17). Ce que nous observons aujourd’hui en termes de résistance ne doit donc pas nous surprendre, et certainement pas nous décourager ; il ne fait que prendre de nouvelles formes d’expression. Relire les vies des premiers chrétiens peut certainement nous aider à cet égard et même nous encourager à vivre notre foi ouvertement et à la proclamer sans crainte.
C’est pourquoi la solennité de la Pentecôte, en plus de marquer la fin du temps pascal, est aussi un nouveau commencement : fortifiés par le Paraclet, nous pouvons intégrer activement notre baptême dans nos vies d’une manière renouvelée, et par là aussi dans nos relations avec les autres. Chantons donc : « Viens, Esprit Créateur, descends sur nous ; fais ton entrée parmi nous, Seigneur. »
Plus de sept siècles avant la naissance de Jésus, le prophète Isaïe parle ainsi du Messie : “Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur : esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété ; et l’esprit de crainte du Seigneur le remplira” (Is. 11, 2-3).
Cette mystérieuse énumération ne s’applique pas seulement au Fils de Dieu incarné, elle propose à notre humanité une voie de sanctification, car nous sommes invités à recevoir les mêmes dons, à gravir les mêmes échelons spirituels pour progresser sur le Chemin, dans la Vérité, vers la Vie. Comme l’écrit Dom Prosper Guéranger dans son Année liturgique (qui a inspiré la substance de ce texte) : “L’humanité de Jésus est le type surnaturel de la nôtre, et ce que l’Esprit-Saint a opéré pour la sanctifier doit en proportion avoir lieu en nous”.
On vient de le lire, la première liste des dons de l’Esprit est descendante ; Isaïe décrit le Messie comme s’il le voyait d’en haut, commençant par la sagesse et terminant par la crainte. Or, le rédacteur inspiré du livre des Proverbes affirme que “la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse” (Prov. 9, 10), comme s’il contemplait les mêmes dons de l’Esprit d’en bas, depuis le sol de notre nature humaine, là où l’aventure spirituelle commence...
Posons le pied sur le premier échelon : la crainte de Dieu. Cette crainte n’est en rien de la peur ou de la défiance vis-à-vis de Dieu ; au contraire, elle exprime la situation initiale objective de la créature face au Créateur : la petitesse. Considérant l’infinité de Dieu, l’homme ne peut que reconnaître d’emblée sa propre insuffisance, ses carences, son péché. La vision du sommet d’une très haute montagne, l’infini des mathématiques ou le ciel étoilé peuvent donner une idée du rapport initial qui s’établit entre Dieu et celui qui le découvre. La vertu primordiale pour entamer et poursuivre jusqu’au bout le voyage spirituel est donc l’humilité. Lestée de son orgueil natif, l’homme peut entamer avec confiance son ascension, sûr que Jésus-Christ le précède tout au long du parcours, car s’il a pris notre condition humaine, c’est pour nous entraîner à sa suite. Il a reconnu le parcours, l’a balisé, équipé de relais...
Sg 1 7 L’esprit du Seigneur remplit l’univers : alleluia ! Lui qui tient ensemble tous les êtres, il entend toutes les voix. Alleluia ! Ps 67 2 Dieu se lève et ses ennemis se dispersent, ses adversaires fuient devant sa face.
Voici la première vidéo d’une série de 8 sur les dons de l’Esprit, en préparation à la Pentecôte. Dans cette première capsule, avant de détailler ce que l’Esprit Saint nous donne, prenons un peu de temps pour nous regarder Dieu nous donner son Esprit
Après le don de sagesse, voici le second don du Saint-Esprit, l’intelligence, du latin intus legere, lire à l’intérieur… du mystère de Dieu. Où cela nous mène-t-il ?
On l’appelle don de connaissance, ou de science. Il prolonge le précédent, le don d’intelligence, en permettant d’habiter soi-même dans le projet de Dieu. Il donne aussi une juste place à tout ce qui nous passionne ou nous sert.
Voici le don qui concerne plus spécialement notre action, le discernement que nous devons porter sur ce que nous projetons de faire. Par le don de conseil, l’Esprit Saint nous guide et nous attire vers le bien.
Voici le cinquième des dons de l’Esprit Saint, qui nous permet de mener le combat spirituel, à l’intérieur comme à l’extérieur. C’est le combat de l’amour, à la suite du Christ
L’avant-dernier don de cette série est l’esprit de piété, ou d’affection filiale. Avant tout je vous conseille le site de la basilique d’Avioth, dans le Nord de la France, qui d’une part est très joli et donne envie de s’y rendre en chair et en os, et d’autre part présente de magnifiques commentaires et prières au sujet des dons de l’Esprit.