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Au rythme de l'année liturgique

  • Jeudi Saint : une homélie de Benoît XVI

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    MESSE DE LA CÈNE DU SEIGNEUR

    HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

    Basilique Saint-Jean-de-Latran
    Jeudi Saint, 21 avril 2011

    Chers frères et sœurs,

    «J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir!» (Lc22, 15). Par ces mots, Jésus a ouvert la célébration de son dernier banquet et de l’institution de la sainte Eucharistie. Jésus est allé au devant de cette heure, en la désirant. Au fond de lui-même, il a attendu ce moment où il se donnerait lui-même aux siens sous les espèces du pain et du vin. Il a attendu ce moment qui aurait dû être en quelque sorte les véritables noces messianiques: la transformation des dons de cette terre et le fait de devenir un avec les siens, pour les transformer et inaugurer ainsi la transformation du monde. Dans le désir de Jésus, nous pouvons reconnaître le désir de Dieu lui-même – son amour pour les hommes, pour sa création, un amour en attente. L’amour qui attend le moment de l’union, l’amour qui veut attirer les hommes à soi, pour ainsi réaliser entièrement le désir de la création elle-même: en effet, celle-ci est tendue vers la manifestation des fils de Dieu (cf. Rm 8, 19). Jésus nous désire, il nous attend. Et nous, le désirons-nous vraiment? Nous sentons-nous poussés intérieurement à le rencontrer? Désirons-nous ardemment sa proximité, devenir un avec lui, don qu’il nous fait dans la sainte Eucharistie? Ou bien sommes-nous indifférents, distraits, remplis d’autres choses? D’après les paraboles de Jésus sur les banquets, nous savons qu’il connaît la réalité des places restées vides, la réponse négative, le désintérêt pour lui et pour sa proximité. Les places vides au banquet nuptial du Seigneur, avec ou sans excuses, sont pour nous, depuis longtemps désormais, non pas une parabole, mais une réalité présente, précisément dans ces pays auxquels il avait manifesté sa proximité particulière. Jésus savait aussi que des invités seraient venus, oui, mais sans être revêtus de l’habit nuptial – sans la joie de sa proximité, suivant seulement une habitude, et avec une tout autre orientation de leur vie. Saint Grégoire le Grand, dans une de ses homélies, se demandait: quel genre de personnes sont celles qui viennent sans habit nuptial? En quoi consiste cet habit et comment l’acquiert-on? Sa réponse est: ceux qui ont été appelés et viennent ont en quelque sorte la foi. C’est la foi qui leur ouvre la porte. Mais il leur manque l’habit nuptial de l’amour. Celui qui ne vit pas la foi en tant qu’amour n’est pas préparé pour les noces et il est jeté dehors. La communion eucharistique requiert la foi, mais la foi requiert l’amour, autrement elle est morte aussi comme foi.

    À travers les quatre Évangiles, nous savons que le dernier banquet de Jésus, avant sa Passion, a été aussi un lieu d’annonce. Jésus a proposé encore une fois avec insistance les éléments fondamentaux de son message. Parole et Sacrement, message et don sont inséparablement unis. Cependant, durant son dernier banquet, Jésus a surtout prié. Matthieu, Marc et Luc utilisent deux mots pour décrire la prière de Jésus au moment central de la Cène: «eucharistesas» et «eulogesas» - «remercier» et «bénir». Le mouvement ascendant du remerciement et celui descendant de la bénédiction vont ensemble. Les paroles de la transsubstantiation font partie de cette prière de Jésus. Ce sont des paroles de prière. Jésus transforme sa Passion en prière, en offrande au Père pour les hommes. Cette transformation de sa souffrance en amour possède une force transformante pour les dons dans lesquels, à présent, il se donne lui-même. Il nous les donne afin que nous-mêmes et le monde soyons transformés. Le but véritable et dernier de la transformation eucharistique c’est notre transformation elle-même dans la communion avec le Christ. L’Eucharistie vise l’homme nouveau, le monde nouveau tel qu’il peut naître uniquement à partir de Dieu à travers l’œuvre du Serviteur de Dieu.

    Grâce à Luc et surtout à Jean, nous savons que Jésus dans sa prière durant la Dernière Cène a aussi adressé des suppliques au Père – suppliques qui, en même temps, contiennent des appels à ses disciples d’alors et de tout temps. En cette heure, je voudrais choisir uniquement une supplique que, selon Jean, Jésus a répétée quatre fois au cours de sa Prière sacerdotale. Combien a-t-elle dû le préoccuper en son for intérieur! Elle reste constamment sa prière au Père pour nous: c’est la prière pour l’unité. Jésus dit explicitement que cette supplique n’est pas valable seulement pour les disciples présents à ce moment-là, mais qu’elle concerne tous ceux qui croiront en lui (cf. Jn 17, 20). Elle demande que tous soient un «comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, afin que le monde croie» (Jn 17, 21). L’unité des chrétiens ne peut se réaliser que si les chrétiens sont intimement unis à lui, à Jésus. Foi et amour pour Jésus, foi dans son être un avec le Père et ouverture à l’unité avec lui sont essentiels. Cette unité n’est donc pas seulement quelque chose d’intérieur, de mystique. Elle doit devenir visible, visible au point de constituer pour le monde la preuve que Jésus a été envoyé en mission par le Père. C’est pour cela que cette supplique a un sens eucharistique caché que Paul a clairement mis en évidence dans la Première Lettre aux Corinthiens: «Le pain que nous rompons, n’est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu’il y a un seul pain, à plusieurs nous ne sommes qu’un corps, car tous nous participons à ce pain unique.» (1 Co 10, 16s). Avec l’Eucharistie naît l’Église. Nous tous nous mangeons le même pain, nous recevons le même corps du Seigneur, ce qui signifie qu’Il ouvre chacun de nous, au-delà de lui-même. Il nous rend tous un. L’Eucharistie est le mystère de la proximité et de la communion intimes de chacun avec le Seigneur. Et, en même temps, elle est l’union visible de tous. L’Eucharistie est Sacrement de l’unité. Elle parvient jusque dans le mystère trinitaire, et elle crée ainsi, en même temps, l’unité visible. Disons-le encore une fois: elle est la rencontre très personnelle avec le Seigneur et, toutefois, elle n’est jamais seulement un acte individuel de dévotion. Nous la célébrons nécessairement tous ensemble. Dans chaque communauté, le Seigneur est présent de manière totale. Mais il est un seul dans toutes les communautés. C’est pourquoi les paroles: «Una cum Papa nostro et cum Episcopo nostro» font nécessairement partie de la prière eucharistique de l’Église. Ce n’est pas un ajout extérieur à ce qui se produit intérieurement, mais une expression nécessaire de la réalité eucharistique elle-même. Et nous mentionnons le Pape et l’Évêque par leur nom: l’unité est tout-à-fait concrète, elle porte des noms. Ainsi l’unité devient visible, elle devient signe pour le monde et elle établit pour nous-mêmes un critère concret.

    Saint Luc a conservé pour nous un élément concret de la prière de Jésus pour l’unité: «Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment; mais moi j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères» (Lc 22, 31s). Aujourd’hui nous constatons de nouveau avec douleur qu’il a été concédé à Satan de cribler les disciples, de manière visible, face au monde entier. Et nous savons que Jésus prie pour la foi de Pierre et de ses successeurs. Nous savons que Pierre qui, à travers les eaux agitées de l’histoire va à la rencontre du Seigneur et risque de couler, est toujours à nouveau soutenu par la main du Seigneur et guidé sur les eaux. Mais après suit une annonce et une tâche. «Toi donc, quand tu seras revenu…»: Tous les êtres humains, excepté Marie, ont continuellement besoin de conversion. Jésus prédit à Pierre sa chute et sa conversion. De quoi Pierre a-t-il dû se convertir? Au début, lors de son appel, effrayé par le pouvoir divin du Seigneur et par sa propre misère, Pierre avait dit: «Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!» (Lc 5, 8). À la lumière du Seigneur, il reconnaît son imperfection. C’est précisément ainsi, dans l’humilité de celui qui se sait pécheur, qu’il est appelé. Il doit toujours retrouver à nouveau cette humilité. Près de Césarée de Philippe, Pierre n’avait pas voulu accepter que Jésus ait à souffrir et à être crucifié. Cela n’était pas conciliable avec l’image qu’il se faisait de Dieu et du Messie. Au Cénacle, il n’a pas voulu accepter que Jésus lui lave les pieds: cela n’allait pas avec son idée de la dignité du Maître. Au Jardin des Oliviers, il a frappé de son glaive. Il voulait démontrer son courage. Cependant, devant la servante, il a affirmé ne pas connaître Jésus. À ce moment-là, cela ne lui semblait qu’un petit mensonge, pour pouvoir rester près de Jésus. Son héroïsme s’est effondré à cause d’un jeu mesquin pour une place au centre des évènements. Nous tous nous devons toujours à nouveau apprendre à accepter Dieu et Jésus Christ tel qu’il est, et non tel que nous voudrions qu’il soit. Nous aussi nous avons du mal à accepter qu’il se soit lié aux limites de son Église et de ses ministres. Nous non plus nous ne voulons pas accepter qu’il soit sans pouvoir en ce monde. Nous aussi nous nous cachons derrière des prétextes, lorsque notre appartenance au Christ devient trop coûteuse et trop dangereuse. Nous tous nous avons besoin de conversion pour accueillir Jésus dans son être-Dieu et son être-Homme. Nous avons besoin de l’humilité du disciple qui observe la volonté du Maître. En cette heure, nous voulons le prier de nous regarder nous aussi comme il a regardé Pierre, au moment propice, avec ses yeux bienveillants, et de nous convertir.

    Pierre, le converti, est appelé à affermir ses frères. Ce n’est pas un fait extérieur que cette tâche lui soit confiée au Cénacle. Le service de l’unité a son lieu visible dans la célébration de la sainte Eucharistie. Chers amis, pour le Pape c’est un grand réconfort que de savoir qu’au cours de chaque Célébration eucharistique, tous prient pour lui; que notre prière s’unit à la prière du Seigneur pour Pierre. C’est seulement grâce à la prière du Seigneur et de l’Église que le Pape peut accomplir sa tâche d’affermir ses frères – de paître le troupeau de Jésus et de se porter garant de cette unité qui devient témoignage visible de la mission de Jésus de la part du Père.

    «J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous». Seigneur, tu nous désires, tu me désires. Tu désires te donner toi-même à nous dans la sainte Eucharistie, t’unir à nous. Seigneur, suscite aussi en nous le désir de toi. Renforce-nous dans l’unité avec toi et entre nous. Donne à ton Église l’unité, afin que le monde croie. Amen.

  • Le Jeudi Saint

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    Lavement des pieds par Giotto (Padoue, Chapelle des Scrovegni)

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  • Homélie du Père Abbé de Fontgombault pour le Jeudi Saint

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    Abril 09, 2017 - Evangelio de hoy - San Mateo 26,14-75.27,1-66 ...

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    archive du 9 Avril 2020

    + JEUDI-SAINT

    Homélie du Très Révérend Père Dom Jean PATEAU

    Abbé de Notre-Dame de Fontgombault

    (Fontgombault, le 9 avril 2020)

    "Hoc facite... in meam commemorationem. "

    Faites cela en mémoire de moi.

    (1Co 11,25)

    Chers Frères et Sœurs, Mes très chers Fils,

    Ce matin a débuté le Triduum sacré ; trois jours qui s’achèveront au matin de Pâques par l’annonce, apportée par quelques femmes aux disciples, de la découverte de la pierre roulée et du tombeau vide. Il est ressuscité. Ces jours sont au cœur de notre foi.

    Bien des années se sont écoulées depuis deux mille ans. Les pèlerins de Jérusalem, encore aujourd’hui, peuvent en désigner le lieu : c’est ici, dans cette ville, à cet endroit, qu’il est ressuscité. Mais ce lien avec le passé est-il le seul à avoir traversé les siècles ?

    Après les paroles de la consécration du pain et du vin, comme le rapporte l’épître de saint Paul aux Corinthiens, mais aussi saint Luc (cf. 22,19), le Seigneur a donné à ses apôtres un commandement : « Faites cela en mémoire de moi », instituant par ces mots le sacrement de l’Eucharistie.

    Cette demande du Seigneur peut paraître aujourd’hui paradoxale, alors que tant d’églises sont fermées en ces jours saints, et que tant de chrétiens, depuis des semaines, n’ont pu accéder aux sacrements de l’Eucharistie et de la pénitence.

    Au-delà de la période particulière que nous vivons, il faut ajouter le fait que dans nos pays de vieille chrétienté, les vocations sacerdotales se font rares. Comment fera-t-on pour répondre à cette demande du Seigneur dans 20, 10, ou peut-être seulement 5 ans ?

    Ce soir, nous faisons mémoire, de façon solennelle, de l’acte accompli par le Seigneur au milieu de ses disciples. Mais s’agit-il d’un simple repas dont le souvenir serait à perpétuer ?

    Ce que Jésus a vécu « la nuit où il était livré » est un mystère.

    En tant que tel, il comporte une face visible et une face cachée : une dimension facilement accessible aux sens, et une dimension spirituelle, en partie saisissable par l’intelligence, et en partie cachée, à recevoir dans la foi. Jésus donne donc cet ordre : « Faites cela en mémoire de moi. » Il s’agit bien d’un ordre : « Faites. » Il émane d’un homme, du Cœur Sacré de Jésus, de Dieu. Toute parole qui vient de ce Cœur ne peut qu’être l’expression d’un amour immense. L’invitation du Seigneur désigne donc le sacrement de l’Eucharistie comme le lieu privilégié où Dieu veut nous rencontrer. En le recevant, nous recevons non seulement la grâce, mais l’Auteur même de la grâce.

    Les prêtres obéissent à l’ordre donné par le Seigneur en demeurant assidus à la célébration quotidienne de la Messe, et les fidèles y répondent en recevant ce sacrement aussi souvent que possible. Mais Jésus n’a pas dit seulement : « Faites », il a dit : « Faites cela en mémoire de moi. » Trop souvent, notre agir se résume au « faire », au « faire pour faire ». Jésus a dit : « Faites cela en mémoire de moi. »

    Faire mémoire d’une personne ne peut se limiter à rappeler un moment convivial, tel qu’a pu être celui de la Cène pour le Christ et ses apôtres. Le contexte de l’événement n’est d’ailleurs pas celui d’un repas banal. C’est le repas pascal.

    Jésus accomplit le rite prescrit à Moïse et au peuple hébreu, au moment où celui-ci se préparait à fuir l’Égypte. Avec Jésus, ce rite prend une tout autre signification, ou plutôt, il reçoit sa signification plénière. Accompli pour quelques Hébreux retenus en Égypte, puis réitéré par leurs descendants en action de grâce pour la fidélité et la bonté de Dieu qui a libéré son peuple, ce rite devient, dans le Christ, l’expression de la miséricorde et de la tendresse de Dieu envers tous les hommes, pris dans les liens du péché et en quête d’un libérateur.

    La pâque des Hébreux avait débuté par la préparation d’un repas rituel. Elle s’était poursuivie dans la fuite vers la Mer Rouge, la descente à pied sec dans ses profondeurs et la remontée vers l’autre rive, pour s’accomplir enfin dans l’entrée en terre promise. La Pâque du Christ commence par le repas de la Cène ; elle se poursuit par sa mort sur la Croix, sa descente au séjour des morts et sa remontée triomphale dans la résurrection au matin de Pâques.

    De même que l’entrée dans la terre promise donnait son sens à la première pâque, de même la Résurrection du Christ donne son sens au dernier repas pris avec les disciples, à tout le mystère pascal, et par le fait même, à toute Messe et à toute communion. « Faites cela en mémoire de moi. »

    Au centre de ce mystère se trouve une personne : le Christ. C’est en son souvenir que les rites devront être accomplis. Mais s’agit-il simplement d’un souvenir ?

    Le Christ ne nous a pas laissé ces quelques mots comme le testament de quelqu’un qui bientôt ne pourra plus parler. Le Christ aujourd’hui n’est pas mort, mais il vit et il vivifie. La Pâque du Christ se poursuit et s’achève dans chacune de nos propres Pâques.

    La mort et la résurrection de Jésus sont le don suprême fait par Dieu à l’homme.

    Nous ne sommes pas abandonnés dans le pays des ombres et de la mort. Comme un berger, le Christ a pris la tête de son troupeau. Le premier, il a brisé les chaînes de la mort, et nous a ouvert le passage vers la vraie Vie. « Faites cela en mémoire de moi. »

    Par ces mots, le Christ indique l’unique chemin du salut : « Ceci est mon corps, qui est pour vous… Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang. » (1 Co 11,24-25) « Faites cela en mémoire de moi. »

    Le Christ invite tout homme à communier à sa vie : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1,21) affirmait saint Paul.

    Les paroles de Jésus s’adressent aussi à tous ceux qui, aujourd’hui, ne peuvent pas communier sacramentellement. De même qu’il donne son Corps, il offre aussi sa grâce en abondance, à qui veut la recevoir.

    Âme du Christ, sanctifiez-moi.

    Corps du Christ, sauvez-moi.

    Sang du Christ, enivrez-moi.

    Eau du côté du Christ, lavez-moi.

    Passion du Christ, fortifiez-moi.

    Ô bon Jésus, exaucez-moi.

    Dans vos blessures, cachez-moi.

    Ne permettez pas que je sois séparé de vous.

    De l’ennemi défendez-moi. À ma mort appelez-moi.

    Ordonnez-moi de venir à vous, pour qu’avec vos saints je vous loue dans les siècles des siècles.

    Amen.

  • Ubi Caritas et Amor

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    Pro offertorio Comme offertoire (Jeudi Saint)
    ℟. Ubi cáritas et amor, Deus ibi est.
    ℣. Congregávit nos in unum Christi amor.
    ℣. Exultémus, et in ipso iucundémur.
    ℣. Timeámus, et amémus Deum vivum.
    ℣. Et ex corde diligámus nos sincéro.

    ℟. Ubi cáritas et amor, Deus ibi est.
    ℣. Simul ergo cum in unum congregámur:
    ℣. Ne nos mente dividámur, caveámus.
    ℣. Cessent iúrgia malígna, cessent lites.
    ℣. Et in médio nostri sit Christus Deus.

    ℟. Ubi cáritas et amor, Deus ibi est.
    ℣. Simul quoque cum beátis videámus,
    ℣. Gloriánter vultum tuum, Christe Deus:
    ℣. Gáudium quod est imménsum, atque probum, Saécula per infiníta saeculórum. Amen.
    ℟. Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent.
    ℣. L'amour du Christ nous a rassemblés et nous sommes un.
    ℣. Exultons et réjouissons-nous en lui.
    ℣. Craignons et aimons le Dieu vivant
    ℣. et aimons-nous les uns les autres d'un cœur sincère.

    ℟. Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent.
    ℣.Ne formons donc tous qu'un seul corps :
    ℣.Ne soyons pas divisés de cœur, prenons garde.
    ℣. Cessent les querelles méchantes, cessent les disputes.
    ℣. Et que le Christ soit au milieu de nous.

    ℟. Là où sont la charité et l'amour, Dieu est présent.
    ℣. Qu'avec les bienheureux, nous voyions
    ℣. Votre glorieux visage, ô Christ Dieu,
    ℣. Joie immense et divine;
    ℣. Pendant la durée infinie des siècles.
  • Première Leçon des Ténèbres pour le Mercredi Saint (François Couperin)

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    Le texte de la Leçon se trouve ICI

    Provided to YouTube by PLATOON LTD

    3 Lecons de tenebres:

    Premiere Leçon de Ténèbres pour le Mercredi Saint · Emma Kirkby · Terence Charlston · Charles Medlam

    Couperin / Lalande: Lecon De Tenebres

    ℗ 2009 BIS Released on: 2007-12-01

    Associated Performer: Emma Kirkby

    Associated Performer: Terence Charlston

    Associated Performer: Charles Medlam

    Composer: François Couperin

    Lyricist: Anonymous Auto-generated by YouTube.

  • L’intention de prière du Pape pour le mois d’avril : prier pour les prêtres en crise

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    De Vatican News :

    En avril, Léon XIV invite à prier pour les prêtres en crise

    L’intention de prière du Pape pour le mois d’avril, diffusée par la campagne «Prie avec le Pape» via le Réseau mondial de prière du Pape met l’accent sur l’accompagnement humain et spirituel des prêtres qui traversent des moments de difficulté.

    Au début de la Semaine Sainte, le Pape Léon XIV fait connaître son intention de prière pour le mois d’avril, consacrée aux prêtres en crise, ouvrant un espace de réflexion sur la nécessité de prendre soin d’eux, de les écouter et de les accompagner. Par l’intermédiaire du Réseau Mondial de prière du Pape et de la campagne «Prie avec le Pape», le Saint-Père invite les fidèles et les personnes de bonne volonté à s’arrêter un moment dans la prière, afin de reconnaître et d’approfondir le fait que, derrière chaque ministère, il y a une vie qui a elle aussi besoin de proximité et d’écoute. 

    Dans sa prière, le Pape adresse une supplication profonde pour les prêtres qui traversent des moments de difficulté: «lorsque la solitude pèse, que les doutes obscurcissent le cœur et que la fatigue semble plus forte que l’espérance». Léon XIV rappelle que les prêtres «ne sont ni des fonctionnaires ni des héros solitaires, mais des fils bien-aimés, des disciples humbles et aimés, et des pasteurs soutenus par la prière de leur peuple».

    En outre, le Souverain pontife souligne l’importance de redécouvrir la dimension communautaire du ministère sacerdotal. En particulier, il invite les fidèles à «écouter sans juger, remercier sans exiger la perfection et accompagner avec proximité et une prière sincère», en reconnaissant que le soin des prêtres est une responsabilité partagée par tout le Peuple de Dieu. 

    Dans sa prière, le Pape demande en particulier que les prêtres puissent compter sur «des amitiés saines, des réseaux de soutien fraternel» et sur la grâce de redécouvrir la beauté de leur vocation.

    Soutenir fraternellement ceux qui soutiennent

    Le Directeur international du Réseau Mondial de Prière du Pape, le Père Cristóbal Fones souligne que cette intention de prière lui tient particulièrement à cœur: «Le Pape nous rappelle que nous devons soutenir fraternellement ceux qui soutiennent. Moi-même, je la ressens de très près, à cause de tant de confrères et amis prêtres qui traversent des moments difficiles. Il est fondamental de rappeler l’importance de l’accompagnement humain, de l’amitié sincère et, surtout, du soutien dans la prière. Les prêtres ont besoin de savoir qu’ils ne sont pas seuls».

    À la lumière du magistère récent de l’Église — depuis le Concile Vatican II jusqu’aux enseignements des derniers pontifes — il est souligné que le prêtre est un homme fragile qui a besoin de miséricorde, de proximité et de compréhension. C’est pourquoi il est essentiel de rappeler qu’il ne doit pas affronter seul les moments de découragement, mais se laisser accompagner et soutenir par la communauté. La fraternité sacerdotale, la vie partagée et la prière du Peuple de Dieu apparaissent ainsi comme des sources essentielles de grâce, capables de renouveler leur vocation et de les soutenir dans leur mission quotidienne.

    « N’ayez pas peur de votre fragilité: le Seigneur ne cherche pas des prêtres parfaits »

    Une Église synodale est aussi une Église qui prend soin de la vocation des prêtres et la soutient, en les aidant à être de meilleurs pasteurs, de meilleurs frères, de meilleures personnes. Le Pape François, dans La vidéo du Pape de juillet 2018 , exprimait déjà sa préoccupation pour ses frères prêtres, en commençant son intervention par ces mots: «La fatigue des prêtres… Savez-vous combien de fois j’y pense ?».

    Le 27 juin 2025, le Pape Léon XIV lui-même, à l’occasion de la Journée de sanctification sacerdotale  s’est adressé aux prêtres en ces termes: «N’ayez pas peur de votre fragilité: le Seigneur ne cherche pas des prêtres parfaits, mais des cœurs humbles, disponibles à la conversion et prêts à aimer comme Lui-même nous a aimés». De même, le 26 juin 2025, le Pape avait interpellé les participants à une rencontre internationale sur les "prêtres heureux" promue par le Dicastère pour le Clergé lors du Jubilé des prêtres, en leur disant: «Au cœur de l’Année Sainte, ensemble nous voulons témoigner qu’il est possible d’être des prêtres heureux, parce que le Christ nous a appelés, le Christ nous a faits ses amis (cf. Jn 15,15); c’est une grâce que nous voulons accueillir avec gratitude et responsabilité».

    Depuis le Réseau Mondial de Prière du Pape, il est mis en lumière que cette intention n’est pas seulement une invitation à prier, mais aussi à agir : promouvoir des espaces d’écoute, favoriser des communautés accueillantes, éviter les critiques destructrices et renforcer les liens au sein de la communauté. 

    Le réseau mondial de prière

    Le Réseau Mondial de Prière du Pape, confié à la Compagnie de Jésus, est aujourd’hui présent dans plus de 90 pays et rassemble plus de 22 millions de personnes. Fondé en 1844 sous le nom d’«Apostolat de la Prière», ce réseau est devenu une fondation vaticane en 2020 à l’initiative du Pape François. Ses intentions mensuelles invitent les fidèles à prier et à agir face aux grands défis de l’humanité et de la mission de l’Église. 

  • Mercredi Saint

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     Evangile du jour : Matthieu, chapitre 26, v. 14-25

    L'un des Douze, nommé Judas Iscariote, alla trouver les chefs des prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » Ils lui proposèrent trente pièces d'argent. Dès lors, Judas cherchait une occasion favorable pour le livrer.Le premier jour de la fête des pains sans levain, les disciples vinrent dire à Jésus : « Où veux-tu que nous fassions les préparatifs de ton repas pascal ? » Il leur dit : « Allez à la ville, chez un tel, et dites-lui : 'Le Maître te fait dire : Mon temps est proche ; c'est chez toi que je veux célébrer la Pâque avec mes disciples. Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit et ils préparèrent la Pâque. Le soir venu, Jésus se trouvait à table avec les Douze. Pendant le repas, il leur déclara : « Amen, je vous le dis : l'un de vous va me livrer. » Profondément attristés, ils se mirent à lui demander, l'un après l'autre : « Serait-ce moi, Seigneur ? » Il leur répondit : « Celui qui vient de se servir en même temps que moi, celui-là va me livrer. Le Fils de l'homme s'en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux l'homme par qui le Fils de l'homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! » Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui l'as dit ! »

    Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde (homelies.fr  archive)

    Alors que Judas mène ses tractations secrètes avec les chefs des prêtres, Jésus révèle au grand jour leur complot : « L’un de vous va me livrer ». Judas marchande avec les ennemis du Seigneur sur le prix de sa trahison ; Jésus annonce qu’il livre sa vie gratuitement : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne » (Jn 10, 17). Judas est à l’affût d’une occasion favorable pour livrer son Maître ; Notre-Seigneur prend l’initiative et déclare : « Mon temps est proche. L’heure est venue : voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs » (Mc 14, 41). Les hommes tendent leurs filets, croyant saisir Jésus à l’improviste, mais ils n’auraient aucun pouvoir sur lui, si cela ne leur avait pas été donné d’en haut (cf. Jn 19, 11). Certes, « il vient le Prince de ce monde », c’est lui qui est déjà à l’œuvre à travers ces complots mortels ; « mais il n’a aucun pouvoir » sur Jésus (cf. Jn 14, 30). Notre-Seigneur, parfaitement uni à son Père dans l’Esprit, maîtrise le déroulement des événements qui conduisent à un rythme accéléré vers la Passion.

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  • Méditation pour le Mardi Saint

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    Source

    Méditation du Mardi Saint

    MARDI SAINT – Jn 13, 21-33, 36-38

    Face à la mort, Jésus semblait serein. Lors de sa montée à Jérusalem, il avait déjà annoncé sa passion. Et soudain, l’évangéliste nous informe qu’“ Il fut bouleversé au plus profond de lui-même”.

    Jésus est blessé dans ses sentiments les plus intimes. Un coup l’atteint douloureusement.

    Et pour cause ! Judas va le trahir. L’un des siens va le vendre pour quelques deniers.

    Pour seule réponse, Jésus lui tend la bouchée de nourriture, signe de l’amitié. Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne.

    Voici mon Corps livré pour vous.

    Ce coup n’est pas le dernier. Jésus le sait. Pierre aussi va le trahir. Celui en qui, pour l’avenir, il a mis tout son espoir, va le renier.

    Jésus doit boire le calice jusqu’à la lie.

    L’heure des ténèbres vient de sonner.

    “ Dehors il fait nuit ” nous dit saint Jean.

    C’est la solitude totale qui se dessine.

    Entre Jésus et les ténèbres, il ne reste plus qu’une mince paroi : celle du pain et du vin.

    Il lui faut maintenant aller jusqu’au bout de la nuit, seul, sans nul autre appui que son amour pour le Père.

    C’est généralement ici que, sournoisement, la peur, sèche et grinçante, la peur aux ongles cassés, ouvrant trop grands ses yeux de morts….

    Oui, c’est généralement ici que la peur se met à l’œuvre.

    Et ce n’est qu’un début….

    Jésus s’attendait-il à vivre une pareille angoisse ?

    Il n’avait peut-être pas tout prévu.

    Peut être ne savait-il pas tout par avance.

    Toujours est-il que le Christ ne joue pas un spectacle.

    Il ne joue pas un rôle de composition.

    Mais tout simplement, il joue sa vie.

    Et c’est l’enjeu véritable de la Semaine Sainte.

    Comme quoi, il n’y a pas de contrat signé par avance entre la mort et Dieu.

    Bien au contraire !

    Dieu frémit quand l’homme meurt.

    Soyons clairs !

    Ce n’est pas Dieu qui veut la mort, mais le Mal.

    Pour le Christ, comme pour chacun de nous, la mort approche.

    Et avec elle cet instant où il n’est plus que le mot “ Père ” auquel nous puissions nous accrocher.

  • Que nous enseigne la Semaine sainte sur le sens de la souffrance ?

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    Du Frère René Stockman sur le Catholic Herald :

    Que nous enseigne la Semaine sainte sur le sens de la souffrance ?

    La Semaine sainte est une semaine particulière de l'année liturgique, qui commence avec la levée des rameaux le dimanche des Rameaux et se termine avec le chant de l'Alléluia le jour de Pâques. Entre ces deux jours de célébration, nous commémorons la tragédie que Jésus a dû endurer pour finalement ressusciter victorieusement et accomplir ainsi la rédemption de toute l'humanité. Rares sont les semaines où la joie et la souffrance sont si intimement liées.

    Mais concentrons-nous sur la souffrance, thème central de la Semaine Sainte, que nous laissons nous pénétrer d'une manière particulière lors de la célébration liturgique empreinte de recueillement du Vendredi Saint. En ce jour, nous sommes confrontés à la forme la plus extrême de la souffrance, celle de celui qui est torturé injustement et condamné à la crucifixion : « Scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (1 Co 1, 23). Quel que soit le contexte, nous ne pouvons que nous indigner de telles souffrances, de la même manière que nous sommes profondément révoltés par les souffrances causées par les génocides et, aujourd'hui, par les guerres qui, en de nombreux lieux, engendrent tant de misère. Le Christ meurt chaque jour dans tous ces lieux où des êtres humains sont sacrifiés à la violence aveugle et à la haine mutuelle.

    Où est Dieu au milieu de toute cette souffrance ? C’est la question qui se posait dans les camps de concentration et qui résonne encore aujourd’hui. Pourquoi Dieu permet-il cette souffrance, surtout quand le Christ nous a enseigné à le connaître comme un Dieu d’amour ? Comment concilier l’immense souffrance du monde avec cet amour divin ? Ou bien Dieu utilise-t-il cette souffrance pour punir les hommes de leur vie immorale ?

    Ces questions étaient déjà posées dans les textes de l'Ancien Testament, et notamment dans le Livre de Job, où l'on s'interroge sur la possibilité de considérer la souffrance comme un châtiment divin. Cette question est explorée en profondeur dans un texte magnifique, qui met en lumière deux éléments essentiels : la souffrance n'est pas causée par Dieu, mais par le mal, et il n'existe aucun lien entre souffrance et châtiment divin. Bien sûr, cela n'apporte qu'une réponse partielle et laisse de nombreuses interrogations en suspens.

    Les premières pages de l'Ancien Testament, et notamment le livre de la Genèse, s'attachent à développer une anthropologie singulière à travers un récit décrivant l'origine de l'humanité et la manière dont Dieu créa les hommes bons, entièrement à son image et à sa ressemblance, par et avec son amour, et vivant ainsi en parfaite harmonie avec Dieu, avec eux-mêmes, avec leurs semblables et avec toute la création. La seule raison pour laquelle Dieu créa l'homme était le désir de partager avec nous ce qui le caractérise le plus : son amour infini tel qu'il se manifeste dans la relation entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Mais pour participer à cet amour en tant qu'être humain, la liberté est nécessaire, car l'amour ne peut être imposé, il ne peut que s'inviter. 

    Ceci complète l'image de l'homme : créé à l'image de Dieu par amour et doté de la capacité d'entrer librement dans cet amour. Mais par liberté, nous entendons aussi la possibilité de faire des choix, pour ou contre l'amour. C'est ce drame humain qui est décrit avec force dans ce même livre de la Genèse, où l'homme est tenté de devenir son propre dieu et de se détourner ainsi de l'amour de Dieu. 

    Cette tentation provient d'une puissance extérieure à Dieu et à l'homme, que nous appelons le diable, dont nous ne connaissons l'existence que parce que nous pouvons encore percevoir son œuvre en nous-mêmes chaque jour. Une fois encore, c'est Paul qui l'exprime avec justesse : « Je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas. Quand je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi » (Romains 7:19-20). 

    Chaque fois que nous, êtres humains, nous détournons de Dieu et de son amour et choisissons de devenir notre propre dieu, nous nous laissons envahir par le mal et répétons ce que la Genèse décrit comme le péché originel. Or, avec le mal est apparue la souffrance dans la vie humaine, car l'harmonie originelle a été brisée. La nature humaine est devenue une nature brisée, sujette à la souffrance et à la mort. Sans vouloir entraver la liberté humaine ni son amour pour l'humanité, Dieu a adapté son amour et l'a transformé en miséricorde : compassion pour ceux qui souffrent et pardon pour ceux qui pèchent. La compassion et le pardon sont devenus les attributs par lesquels Dieu a voulu être proche de l'humanité dans sa fragilité, comme une expression durable de son amour pour elle.

    On entend souvent cette question : Dieu n’est-il pas assez puissant pour vaincre le mal ? Ce que nous appelons le mal est-il plus puissant que Dieu ? Nous disons Dieu tout-puissant, n’est-ce pas ? Certes, Dieu est tout-puissant et a manifesté son omnipotence dans la création ; il la manifestera de nouveau pleinement à la fin des temps. Mais en attendant, on peut parler d’une omnipotence contenue en Dieu, une omnipotence qui se subordonne à ce qui est propre à l’homme : sa liberté. Et c’est dans cette liberté que le mal peut agir. Il est dans la nature humaine que le mal se manifeste constamment en opposition au bien et contraint les êtres humains à faire des choix.

    Pourtant, Dieu est allé plus loin que la simple transformation de son amour en miséricorde. Il a choisi de se rendre présent en nous, le Créateur devenant sa propre créature, afin de combattre le mal de l'intérieur. C'est l'Incarnation, le fait de devenir humain, par lequel Dieu lui-même s'est fait homme en Jésus-Christ. Toute la vie de Jésus-Christ doit être comprise dans cette perspective : son désir d'enseigner aux hommes le vrai visage de Dieu, les appelant sans cesse à se conformer à son image et ainsi à vivre pleinement leur vocation d'êtres humains.

    Mais Jésus-Christ a aussi combattu le mal et ses conséquences. Partout où il allait, il manifestait la miséricorde de Dieu en pardonnant les péchés et en guérissant les malades. Ainsi, la compassion de Dieu pour ceux qui souffrent et son pardon pour ceux qui pèchent sont devenus très concrets à travers les actions de Jésus.

    Cependant, la mission ultime de Jésus-Christ allait encore plus loin. Et c'est ce que nous commémorons le Vendredi saint. Par Jésus-Christ, Dieu s'est laissé saisir et vaincre par le mal : non par le péché, mais par sa conséquence, la souffrance. La mort sur la croix est le triomphe du mal, qui a porté la souffrance à son comble. Non, aucune souffrance plus grande n'est concevable, et en cela, le Christ manifeste sa solidarité avec tous ceux qui souffrent de manière inhumaine. Lorsque nous souffrons, nous pouvons lever les yeux vers la croix et réaliser que Lui aussi, qui était Dieu, a emprunté le même chemin. Il n'existe pas de plus grande solidarité ni de plus grande compassion.

    Mais au moment où le mal crut avoir vaincu Dieu, il fut dépouillé de son pouvoir absolu, et cela se produisit lors de la Résurrection. Jésus-Christ, Dieu fait homme, ressuscita et triompha de la mort. Dès lors, la mort n'aurait plus le dernier mot, mais la vie éternelle en Dieu et avec Dieu. La souffrance et la mort de Jésus-Christ, qui, d'un point de vue purement humain, pourraient être considérées comme un échec total, devinrent le chemin divin de la rédemption, nous libérant de l'emprise absolue du mal. Ce chemin devint le nôtre. Si la souffrance de Jésus-Christ suscita une grande solidarité avec tous ceux qui souffrent et fut un signe puissant de la compassion de Dieu pour eux, la souffrance, en tant qu'acte de rédemption, acquit une signification supplémentaire. La souffrance, en apparence totalement dénuée de sens, acquit ainsi une signification ultime.

    Et nous voici arrivés à la leçon la plus importante du Vendredi saint. Par la souffrance, la mort et la Résurrection de Jésus-Christ, toute l'humanité a été rachetée du pouvoir absolu du mal, de la mort. Cet événement s'est produit en un instant et en un lieu précis, mais ses répercussions s'étendent à tous les peuples et à tous les temps. La rédemption de ceux qui ont vécu et sont morts dans le passé est commémorée le Samedi saint et symboliquement représentée par Jésus saisissant avec force le poignet d'Adam dans le séjour des morts pour le faire passer des ténèbres à la lumière de la Résurrection. Mais à Pâques même, nous pouvons célébrer la foi que nous pouvons tous participer à cette Résurrection. Jésus-Christ a lui aussi souffert, est mort et est ressuscité pour moi, m'offrant ainsi la perspective de la vie éternelle.

    Écoutons encore Paul, qui écrit : « Maintenant, je me réjouis dans mes souffrances pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ » (Col. 1, 24). Reste-t-il quelque chose à ajouter aux souffrances du Christ ? N’étaient-elles pas complètes, pour tous, ceux qui ont vécu et ceux qui vivront ? Certes, nous ne pouvons ni n’avons besoin d’ajouter quoi que ce soit à ces souffrances, mais nous pouvons y participer mystiquement, en les unissant à celles de Jésus sur la croix. J’aime à la décrire comme la quinzième œuvre de miséricorde. Les treize œuvres sont très concrètes, et la quatorzième suggère que nous pouvons les compléter, les parfaire par nos prières pour les vivants et les morts. Il s’agit de demander à Dieu d’accomplir, de parachever, ce que nous avons commencé. Mais peut-être pouvons-nous aussi appliquer cela à nos propres souffrances. 

    Lorsque nous souffrons, nous n'avons plus la force d'accomplir d'œuvres de miséricorde. Pourtant, même à travers cette souffrance, nous pouvons participer à l'œuvre de rédemption que Jésus-Christ a accomplie pour nous. C'est Jésus-Christ lui-même qui donne un sens à notre souffrance, tout comme sa propre souffrance, en apparence dénuée de sens, fut l'acte le plus important qu'il pouvait et devait accomplir : racheter toute l'humanité de l'emprise absolue du mal. En offrant consciemment notre souffrance pour le salut de nos semblables, ou peut-être pour le salut de cet être humain en particulier, notre souffrance acquiert une signification que nous ne pourrions jamais lui donner par nous-mêmes. Elle devient un instrument divin pour concrétiser notre miséricorde à travers la souffrance, au lieu de l'enfermer dans ce que nous qualifions aujourd'hui de désespéré et donc d'absurde. C'est un chemin qui nous est offert et auquel nous pouvons nous engager avec foi.

    Que cette Semaine Sainte soit un moment privilégié pour méditer profondément sur les souffrances endurées par Jésus-Christ, sur les souffrances inhumaines de tant de personnes aujourd'hui, et aussi sur nos propres souffrances, auxquelles nul n'est épargné, et pour inscrire tout cela dans la grande dynamique instaurée par la mort sur la croix : comment nous sommes tous conduits du Vendredi Saint à Pâques. C'est dans cette dynamique que nous aussi, par nos souffrances, pouvons participer.

    Le Frère René Stockman est l'ancien supérieur général de la Congrégation des Frères de la Charité et un spécialiste des soins psychiatriques.

  • Gravir "l'Echelle du Paradis" avec Jean Climaque (30 mars)

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    De BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 11 février 2009 :

    Jean Climaque

    Chers frères et sœurs,

    Après vingt catéchèses consacrées à l'Apôtre Paul, je voudrais reprendre aujourd'hui la présentation des grands Ecrivains de l'Eglise d'Orient et d'Occident de l'époque médiévale. Et je propose la figure de Jean, dit Climaque, translittération latine du terme grec klímakos, qui signifie de l'échelle (klímax). Il s'agit du titre de son œuvre principale, dans laquelle il décrit l'ascension de la vie humaine vers Dieu. Il naquit vers 575. Sa vie se déroula donc pendant les années où Byzance, capitale de l'empire romain d'Orient, connut la plus grande crise de son histoire. A l'improviste, le cadre géographique de l'empire se transforma et le torrent des invasions barbares fit s'effondrer toutes ses structures. Seule tint bon la structure de l'Eglise, qui continua pendant ces temps difficiles à exercer son action missionnaire, humaine et socio-culturelle, en particulier à travers le réseau des monastères, dans lesquels œuvraient de grandes personnalités religieuses, comme celle, précisément, de Jean Climaque.

    Jean vécut et raconta ses expériences spirituelles dans les montagnes du Sinaï, où Moïse rencontra Dieu et Elie en entendit la voix. On conserve des informations le concernant dans une brève Vita (pg 88, 596-608), écrite par le moine Daniel de Raito:  à seize ans, Jean, devenu moine sur le mont Sinaï, y devint le disciple de l'abbé Martirio, un "ancien"; c'est-à-dire un "sage". Vers vingt ans, il choisit de vivre en ermite dans une grotte au pied de la montagne, dans un lieu appelé Tola, à huit kilomètres du monastère de Sainte-Catherine. Mais la solitude ne l'empêcha pas de rencontrer des personnes souhaitant avoir une direction spirituelle, ainsi que de se rendre en visite dans plusieurs monastères à Alexandrie. En effet, sa retraite d'ermite, loin d'être une fuite du monde et de la réalité humaine, déboucha sur un amour ardent pour les autres (Vita 5) et pour Dieu (Vita 7). Après quarante ans de vie érémitique vécue dans l'amour pour Dieu et pour son prochain, des années pendant lesquelles il pleura, il pria, il lutta contre les démons, il fut nommé higoumène du grand monastère du mont Sinaï et revint ainsi à la vie cénobitique, dans un monastère. Mais, quelques années avant sa mort, nostalgique de sa vie d'ermite, il laissa à son frère, moine dans le même monastère, la conduite de la communauté. Il mourut après 650. La vie de Jean se développe entre deux montagnes, le Sinaï et le Thabor, et on peut vraiment dire que de lui rayonna la lumière vue par Moïse sur le Sinaï et contemplée par les trois apôtres sur le Thabor.

    Il devint célèbre, comme je l'ai déjà dit, pour l'œuvre intitulée l'Echelle (klímax), qualifiée en Occident comme Echelle du paradis (pg 88, 632-1164). Composée sur la requête insistante du proche higoumène du monastère de Raito au Sinaï, l'Echelle est un traité complet de vie spirituelle, où Jean décrit le chemin du moine depuis le renoncement au monde jusqu'à la perfection de l'amour. C'est un chemin qui - selon ce livre - se développe à travers trente marches, chacune d'elle étant liée à la suivante. Le chemin peut être synthétisé en trois phases successives:  la première s'exprime dans la rupture avec le monde dans le but de retourner à l'état de l'enfance évangélique. L'essentiel n'est donc pas la rupture, mais le lien avec ce que Jésus a dit, c'est-à-dire revenir à la véritable enfance dans un sens spirituel, devenir comme les enfants. Jean commente:  "Une bonne fondation est celle qui est formée par trois bases et par trois colonnes:  innocence, jeûne et chasteté. Que tous les nouveau-nés en Christ (cf. 1 Co 3, 1) commencent par ces choses, en prenant exemple de ceux qui sont nouveau-nés physiquement" (1, 20; 636). Le détachement volontaire des personnes et des lieux chers permet à l'âme d'entrer en communion plus profonde avec Dieu. Ce renoncement débouche sur l'obéissance, qui est une voie vers l'humilité à travers les humiliations - qui ne manqueront jamais - de la part des frères. Jean commente:  "Bienheureux celui qui a mortifié sa propre volonté jusqu'à la fin et qui a confié le soin de sa propre personne à son maître dans le Seigneur:  en effet, il sera placé à la droite du Crucifié!" (4, 37; 704).

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  • Jean Climaque dresse une échelle vers le Ciel

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    saint-Jean-Climaque-2.jpgSAINT JEAN CLIMAQUE (525-605) est fêté le 30 mars

    "Il venait de Palestine quand il se rendit au monastère Sainte-Catherine du Sinaï. Il avait 16 ans et il y restera dix-neuf ans sous la direction d'un moine vénérable qui lui apprend la vie parfaite. Un jour, ce dernier l'emmène auprès d'abba Jean le Sabaïte, ascète respecté. Celui-ci verse de l'eau dans un bassin et lave les pieds de Jean, et non pas du vénérable vieillard. Interrogé pourquoi, Jean le Sabaïte répond : « J'ai lavé les pieds de l'higoumène du Sinaï. »

    La prophétie devait se réaliser quelques décennies plus tard. En attendant, son maître étant mort, Jean se retire au désert durant quarante  ans. Il ne refuse jamais de donner quelques conseils et quelques enseignements quand on vient le trouver. Des envieux le traitant de bavard, Jean comprend qu'on enseigne plus par les œuvres que par les paroles. Il rentre alors dans le silence. On devra le supplier de reprendre ses enseignements, ce qu'il fera par miséricorde. Après avoir longuement visité les monastères de l'Égypte, il revient au Sinaï et c'est à ce moment qu'il est élu higoumène du monastère Saint- Catherine.

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  • Vexilla Regis prodeunt

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    Le Vexilla Regis est l’hymne du temps de la Passion et des fêtes de la Sainte Croix. Son texte (comme celui du Pange lingua du Vendredi Saint) fut composé par l’hymnographe saint Venance Fortunat au VIème siècle, à l’occasion de la réception solennelle des reliques de la vraie Croix à Poitiers par la reine de France sainte Radegonde.

    Vexilla regis prodeunt

    fulget crucis mysterium
    quo carne carnis conditor
    suspensus est patibulo.

    Quo, vulneratus insuper
    mucrone diro lanceae
    ut nos lavaret crimine
    manavit unda et sanguine.

    Arbor docora et fulgida,
    ornata regis purpura,
    electa digno stipite
    tam sancta membra tangere !

    Beata, cuius brachiis
    saecli pependit pretium ;
    statera facta est corporis
    praedam tulitque tartari.

    Salve, ara, salve victima,
    de passionis gloria,
    qua vita mortem pertulit
    et morte vitam reddidit !

    O crux, ave, spes unica !
    hoc passionis tempore
    piis adauge gratiam
    reisque dele crimina.

    Te, fons salutis, Trinitas,
    collaudet omnis spiritus ;
    quos per crucis mysterium
    salvas, fove per saecula.

    Les étendards du roi s'avancent
    mystère éclatant de la croix
    au gibet fut pendue la chair
    du créateur de toute chair.

    C'est là qu'il reçut la blessure
    d'un coup de lance très cruel
    et fit jaillir le sang et l'eau
    pour nous laver de nos péchès.

    Arbre dont la beauté rayonne,
    paré de la pourpre du roi,
    d'un bois si beau qu'il fut choisi
    pour toucher ses membres très saints !

    Arbre bienheureux ! À tes branches
    la rançon du monde a pendu !

    Tu devins balance d'un corps
    et ravis leur proie aux enfers !

    Salut, autel ! Salut, victime
    de la glorieuse passion !
    La vie qui supporta la mort,
    par la mort a rendu la vie.

    O croix, salut, espoir unique !
    En ces heures de la passion
    augmente les grâces des saints,
    remets les fautes des pécheurs.

    Trinité, source salutaire,
    que te célèbre tout esprit ;
    ceux que tu sauves par la croix,
    protège-les à tout jamais.