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Spiritualité

  • Le discours du Pape lors de la rencontre " Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité " à Metz

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    RENCONTRE « AUX RACINES DE L’EUROPE POUR LA PAIX ET L’UNITÉ »

    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV

    Centre des Congrès Robert Schuman de Metz
    Lundì, 28 settembre 2026

    ___________________________________

    Monsieur le Président,

    Monsieur le Cardinal,
    Distinguées Autorités civiles et religieuses,
    Mesdames et Messieurs,

    je suis très heureux de me trouver ici, dans cette ville historique, carrefour au cœur du continent, pour une rencontre au titre évocateur : Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité. Je vous remercie pour les aimables paroles qui viennent de m’être adressées.

    Le titre proposé s’inspire sans aucun doute de la figure du Vénérable Robert Schuman, auquel nous souhaitons aujourd’hui rendre un hommage particulier dans ce centre qui porte son nom, et surtout ici, en Moselle où il a longtemps vécu, où il repose et dont il a longtemps été le représentant à l’Assemblée Nationale. C’est de cette région avec ses tribulations, au XIXe et au XXe siècle, qu’il a puisé l’inspiration pour contribuer à façonner l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à travers sa très célèbre Déclaration du 9 mai 1950. Celle-ci est à la fois point de départ et d’arrivée de son engagement pour la réconciliation et l’unité du continent européen, qui a marqué toute sa vie.

    Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.

    Il est toujours difficile de donner une définition de l’Europe, tant pour le présent que pour le passé. L’Europe a progressivement pris conscience d’elle-même dans les périodes historiques de la civilisation hellénistique, de l’Empire romain, puis de la diffusion du christianisme, en intégrant, au fil du temps, de nouvelles cultures telles que, entre autres, les cultures germaniques et slaves ; jusqu’à englober des régions de plus en plus vastes.

    L’Europe se comprend donc comme une réalité culturelle et historique avant même d’être une réalité géographique. Au fil des siècles, elle a pris de nouveaux contours et de nouvelles définitions, passant par des périodes de croissance, des crises profondes, et de nouvelles renaissances. Une constante, que l’on peut discerner dans son long et tumultueux parcours historique, réside dans le fait que l’Europe s’est épanouie et a progressé lorsqu’elle a su tirer parti des aspects positifs de son passé, et les re-proposer sous des formes nouvelles et créatives grâce à la rencontre avec l’autre. La civilisation européenne est, en effet, également le fruit de rencontres séculaires, même si celles-ci n’ont pas toujours été faciles. Il suffit de penser à la présence de la culture arabe dans la péninsule ibérique, ou à la projection du “Vieux Continent” dans le “Nouveau monde”, ce qui généra, parfois douloureusement, de nouvelles synthèses sur le continent américain.

    Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint  Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964 [mille neuf cent soixante quatre], le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». [1] L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par  saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent.

    On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme. Robert Schuman en était lui-même conscient lorsqu’il affirmait : « Le christianisme a enseigné l’égalité de nature de tous les hommes, fils d’un même Dieu, rachetés par le même Christ, sans distinction de race, de couleur, de classe ou de profession. Il a fait reconnaître la dignité du travail et l’obligation pour tous de s’y soumettre. Il a reconnu la primauté des valeurs intérieures qui, seules, ennoblissent l’homme. La loi universelle de l’amour et de la charité a fait de tout homme notre prochain, et c’est sur elle que reposent depuis lors les relations sociales dans le monde chrétien ». [2]

    Un autre Père fondateur de l’Europe contemporaine, Alcide De Gasperi, lui fait écho en mettant l’accent sur « l’héritage européen commun », [3] c’est-à-dire « cette morale unitaire qui exalte la figure et la responsabilité de la personne humaine, avec son élan de fraternité évangélique, son respect du droit hérité des anciens, son culte de la beauté affiné au fil des siècles, et sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire ». [4]

    Loin d’être un critère confessionnel exclusif, [5] la référence à la dette de la culture européenne envers le christianisme permet de mieux comprendre combien l’ouverture au transcendent est toujours une dimension constitutive de la personne humaine et une source vivante de civilisation.

    À cet égard, l’article 17 du Traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne revêt une grande importance. Il encourage « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les églises », tout « en respectant et ne préjugeant pas du statut dont elles bénéficient » dans les États membres. La laïcité qui régit la vie des États n’implique pas seulement le caractère non confessionnel des institutions civiles, mais suppose une véritable collaboration entre les parties prenantes, ainsi que le respect, par les autorités étatiques et communautaires, de l’autonomie des Églises et la promotion de leur liberté d’organisation, d’expression et de culte.

    Il s’agit de remonter à la source des valeurs qui constituent le fondement de la coexistence civile, à savoir « les valeurs universelles que constituent les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, ainsi que la liberté, la démocratie, l’égalité et l’État de droit » (Traité sur l’Union Européenne, Préambule).

    Dans le contexte multiculturel d’aujourd’hui, l’affirmation de l’universalité de ces valeurs, essentielle pour sa survie, passe à la foi par une redécouverte de ses racines et par l’ouverture au dialogue avec l’autre.

    Il s’agit d’une nécessité sociale et politique pour redécouvrir la place centrale de la personne humaine et donner une consistance réelle à des mots tels que liberté, démocratie, paix et unité. À cette fin, se révèle précieuse l’invitation du  Pape François à apprécier la complexité de la réalité européenne dans toute la richesse de ses traditions et de ses sensibilités, en relevant « le défi d’une harmonie constructive, libérée d’hégémonies ». [6]

    Ce double mouvement, de ressourcement et de dialogue, permettra également de retrouver un juste équilibre entre les droits eux-mêmes, ainsi qu’entre les droits et les devoirs, car – comme le rappelait toujours le  Pape François – « au concept de droit, celui - aussi essentiel et complémentaire - de devoir, ne semble plus associé, de sorte qu’on finit par affirmer les droits individuels sans tenir compte que tout être humain est lié à un contexte social dans lequel ses droits et devoirs sont connexes à ceux des autres et au bien commun de la société elle-même ». [7]

    L’Europe contemporaine, en effet, se trouve face à une nouvelle étape de sa longue histoire de rencontres, avec l’arrivée sur le continent de nombre d’hommes et de femmes fuyants les théâtres de guerre et de persécution, ou en recherche d’une vie meilleure loin de la pauvreté et de la misère.

    Comme je l’ai dit lors de ma récente visite aux iles Canaries, en Espagne : « La dignité humaine exige des voies légales et sûres, le secours et l’assistance, la coopération réelle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus sérieux d’accueil et d’intégration, et des politiques qui permettent à chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre » (Rencontre avec les structures d’accueil des migrants).

    Mais tout cela ne serait pas encore suffisant : accueillir une personne, c’est l’intégrer comme dans sa propre famille, en lui offrant la possibilité de développer ses talents, ses capacités et sa sensibilité, mais aussi d’entrer dans l’esprit de la maison. Il faut saisir la portée historique de ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire une rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l’autre. L’universalité des valeurs fondatrices de l’Europe nous assure que ce dialogue est possible, et qu’il pourra donner un fondement solide à nos sociétés, permettant d’œuvrer plus efficacement pour la paix et pour un monde réconcilié.

    C’est précisément cette lucidité qui inspira des hommes comme Schuman pour surmonter l’opposition entre identités culturelles et pour donner naissance aux institutions européennes, au terme de l’immense tragédie de la Seconde Guerre mondiale qui avait mis en évidence combien le mal commis par l’homme est grand lorsqu’il estime ne rencontrer aucun obstacle à l’exercice de son pouvoir.

    Robert Schuman, qui a connu des frontières en constante évolution, a contribué à jeter les bases d’une Europe consciente de l’urgence d’abattre les murs qui la déchiraient. Sa formation chrétienne lui a inculqué la valeur de l’égalité, sans distinction de race ou de classe sociale, et lui a enseigné la dignité du travail. La succession de différentes souverainetés nationales lui a inculqué l’importance du droit international et la valeur de la parole donnée. Ayant grandi dans un contexte où l’orgueil et l’esprit de revanche semblaient prévaloir, Schuman s’est engagé en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples qui, après s’être longtemps affrontés, reconnaissaient enfin qu’ils avaient besoin les uns des autres.

    Quels sont donc les enseignements de Robert Schuman à l’Europe et au monde d’aujourd’hui ? Tout d’abord, un profond désir de paix. Aujourd’hui, malheureusement, la guerre a refait surface, même en Europe : un nouveau « massacre inutile », [8] qui fait chaque jour d’innombrables victimes civiles. Et aujourd’hui encore, comme en 1950 [mille neuf cent cinquante], les paroles contenues dans la Déclaration Schuman restent d’actualité : « La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter à la civilisation est indispensable au maintien de relations pacifiques ». [9] Il est nécessaire de s’engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d’être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix.

    Certes, la recherche de la paix en Europe, tout comme dans le monde entier, ne doit pas être confondue avec un irénisme naïf. Au contraire, les paroles de Schuman sont plus que jamais d’actualité : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent ». [10] Il faut toutefois se garder de l’illusion du réarmement. « Ce n’est pas un hasard si les appels répétés à l’augmentation des dépenses militaires et les choix qui en découlent sont présentés par de nombreux gouvernants avec la justification du danger représenté par les autres » ( Message pour la 59e Journée Mondiale de la Paix, 1 er janvier 2026). Favoriser la paix est une œuvre active. Aujourd’hui, il faut se demander si nous déployons réellement des “efforts créatifs” pour favoriser la paix mondiale, ou si nous cherchons simplement à “endiguer l’hémorragie de la guerre” et à mieux nous préparer à celles que nous supposons devoir encore venir.

    L’Europe selon Schuman est un continent où l’on préfère dialoguer plutôt que s’affronter par les armes ; où l’on met en commun les ressources pour faire en sorte que « toute guerre […] devienne non seulement impensable, mais matériellement impossible ». [11]

    L’Europe selon Schuman repose sur le respect du droit international qui, contrairement aux droits nationaux, ne peut être imposé de force par un État, mais repose sur le principe universellement reconnu selon lequel pacta sunt servanda. Ce principe est précieusement conservé par la législation particulière de cette région, qui couvre aussi les relations entre l’État et l’Église catholique sur la base du Concordat de 1801 entre le Saint-Siège et la France, toujours en vigueur.

    Le droit international et le multilatéralisme soulignent l’égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l’origine de tout conflit. Aujourd’hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie. L’Europe peut mettre fin à cette spirale grâce au respect de l’autre qu’elle a su cultiver et préserver, puisqu’elle a largement démontré au cours des quatre-vingts dernières années qu’il est possible de faire valoir des opinions, des revendications et des intérêts divergents, en se rencontrant plutôt qu’en s’affrontant.

    Schuman nous rappelle qu’il faut toujours faire preuve de réalisme et de courage : « L’Europe – affirmait-il – ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». [12] Il ne faut jamais perdre confiance en notre capacité à progresser, même si les pas franchis sont parfois petits et presque imperceptibles. La prétention moderne d’“avoir tout, tout de suite” ne correspond pas à l’histoire et la culture européennes qui, au contraire, enseignent la valeur du temps et de la patience. C’est par de petits pas que l’on peut donner vie à cette solidarité effective qui implique que personne ne se sente abandonné ou oublié.

    En vous livrant ces réflexions, je pense avant tout aux jeunes, appelés à construire l’Europe d’aujourd’hui et de demain. Comme le faisait déjà remarquer Schuman : « Que cette idée d’une Europe réconciliée, unie et forte soit désormais le mot d’ordre pour les jeunes générations, désireuses de servir une humanité enfin affranchie de la haine et de la peur, qui réapprend, après de trop longs déchirements, la fraternité chrétienne ». [13]

    Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe.

    Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression.

    Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !

    N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle.

    N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique.

    Soyez des bâtisseurs de communautés !

    Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier.

    Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !

    ________________________________

    [1] St Paul VI, Lett. ap. Pacis nuntius, 24 octobre 1964 : AAS 56 (1964), p. 965.

    [2] R. Schuman, Pour l’Europe, Genève, 2010 5, pp. 57-58.

    [3] Cf. A. De Gasperi, La nostra patria Europa. Discorso alla Conferenza Parlamentare Europea, 21 aprile 1954, in: Alcide De Gasperi e la politica internazionale, Cinque Lune, Roma 1990, vol. III, pp. 437-440.

    [4] Ibid.

    [5] Ibid.

    [6] Discours au Conseil de l’Europe, 25 novembre 2014.

    [7] François, Discours au Parlement européen, 25 novembre 2014 : AAS 106 (2014), p. 997.

    [8] Benoît XV, Lettre aux chefs des peuples belligérants (1er août 1917), 1 er août 1917 : p. 423. AAS IX (1917), p.417-420.

    [9] Déclaration Schuman, Paris, 9 mai 1950.

    [10] Ibid.

    [11] Ibid.

    [12] Ibid.

    [13] R. Schuman, Pour l’Europe, op. cit., p. 46.

  • Les saints archanges Michel, Gabriel et Raphaël (Benoît XVI)

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    CHAPELLE PAPALE POUR L’ORDINATION ÉPISCOPALE DE
    SIX NOUVEAUX ÉVÊQUES

    HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI

    Basilique Vaticane
    Samedi 29 septembre 2007

     

    Chers frères et sœurs,

    Nous sommes rassemblés autour de l'autel du Seigneur en une circonstance dans le même temps solennelle et heureuse:  l'ordination épiscopale de six nouveaux Evêques, appelés à exercer différentes tâches au service de l'unique Eglise du Christ. (...)

    Nous célébrons cette ordination épiscopale en la fête des trois Archanges qui sont mentionnés par leur nom dans l'Ecriture:  Michel, Gabriel et Raphaël. (...) Mais qu'est-ce qu'un Ange? L'Ecriture Sainte et la Tradition de l'Eglise nous laissent entrevoir deux aspects. D'une part, l'Ange est une créature qui se trouve devant Dieu, orientée de tout son être vers Dieu. Les trois noms des Archanges finissent par le mot "El", qui signifie Dieu. Dieu est inscrit dans leurs noms, dans leur nature. Leur véritable nature est l'existence en vue de Lui et pour Lui. C'est précisément ainsi que s'explique également le deuxième aspect qui caractérise les Anges:  ils sont les messagers de Dieu. Ils apportent Dieu aux hommes, ils ouvrent le ciel et ouvrent ainsi la terre. C'est précisément parce qu'ils sont auprès de Dieu, qu'ils peuvent être également très près de l'homme. En effet, Dieu est plus intime à chacun de nous que nous ne le sommes à nous-mêmes. Les Anges parlent à l'homme de ce qui constitue son être véritable, de ce qui dans sa vie est si souvent couvert et enseveli. Ils l'appellent à rentrer en lui-même, en le touchant de la part de Dieu. Dans ce sens également, nous qui sommes des êtres humains devrions toujours à nouveau devenir des anges les uns pour les autres - des anges qui nous détournent des voies de l'erreur et qui nous orientent toujours à nouveau vers Dieu. (...)

    Tout cela devient encore plus clair si nous regardons à présent les figures des trois Archanges dont l'Eglise célèbre la fête aujourd'hui. Il y a tout d'abord Michel. Nous le rencontrons dans l'Ecriture Sainte, en particulier dans le Livre de Daniel, dans la Lettre de l'Apôtre saint Jude Thaddée et dans l'Apocalypse. Dans ces textes, on souligne deux fonctions de cet Archange. Il défend la cause de l'unicité de Dieu contre la présomption du dragon, du "serpent antique", comme le dit Jean. C'est la tentative incessante du serpent de faire croire aux hommes que Dieu doit disparaître, afin qu'ils puissent devenir grands; que Dieu fait obstacle à notre liberté et que nous devons donc nous débarrasser de Lui. Mais le dragon n'accuse pas seulement Dieu. L'Apocalypse l'appelle également "l'accusateur de nos frères, lui qui les accusait jour et nuit devant notre Dieu" (12, 10). Celui qui met Dieu de côté, ne rend pas l'homme plus grand, mais lui ôte sa dignité. L'homme devient alors un produit mal réussi de l'évolution. Celui qui accuse Dieu, accuse également l'homme.  La  foi  en Dieu défend l'homme dans toutes ses faiblesses et ses manquements:  la splendeur de Dieu resplendit sur chaque individu. La tâche de l'Evêque, en tant qu'homme de Dieu, est de faire place à Dieu dans le monde contre les négations et de défendre ainsi la grandeur de l'homme. Et que pourrait-on dire et penser de plus grand sur l'homme que le fait que Dieu lui-même s'est fait homme? L'autre fonction de Michel, selon l'Ecriture, est celle de protecteur du Peuple de Dieu (cf. Dn 10, 21; 12, 1). Chers amis, vous êtes vraiment les "anges gardiens" des Eglises qui vous seront confiées! Aidez le Peuple de Dieu, que vous devez précéder dans son pèlerinage, à trouver la joie dans la foi et à apprendre le discernement des esprits:  à accueillir le bien et à refuser le mal, à rester et à devenir toujours plus, en vertu de l'espérance de la foi, des personnes qui aiment en communion avec le Dieu-Amour.

    Nous rencontrons l'Archange Gabriel, en particulier dans le précieux récit de l'annonce à Marie de l'incarnation de Dieu, comme nous le rapporte saint Luc (1, 26-39). Gabriel est le messager de l'incarnation de Dieu. Il frappe à la porte de Marie et, par son intermédiaire, Dieu demande à Marie son "oui" à la proposition de devenir la Mère du Rédempteur:  de donner sa chair humaine au Verbe éternel de Dieu, au Fils de Dieu. Le Seigneur frappe à plusieurs reprises à la porte du cœur humain. Dans l'Apocalypse, il dit à l'"ange" de l'Eglise de Laodicée et, à travers lui, aux hommes de tous les temps:  "Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi" (3, 20). Le Seigneur se trouve à la porte - à la porte du monde et à la porte de chaque cœur en particulier. Il frappe pour qu'on le laisse entrer:  l'incarnation de Dieu, son devenir chair doit continuer jusqu'à la fin des temps. Tous doivent être réunis dans le Christ en un seul corps:  c'est ce que nous disent les grands hymnes sur le Christ dans la Lettre aux Ephésiens et dans celle aux Colossiens. Le Christ frappe. Aujourd'hui aussi, Il a besoin de personnes qui, pour ainsi dire, mettent à sa disposition leur propre chair, qui lui donnent la matière du monde et de leur vie, servant ainsi à l'unification entre Dieu et le monde, à la réconciliation de l'univers. Chers amis, votre tâche est de frapper au nom du Christ aux cœurs des hommes. En entrant vous-mêmes en union avec le Christ, vous  pourrez également assumer la fonction de Gabriel:  apporter l'appel du Christ aux hommes.

    Saint Raphaël nous est présenté, en particulier dans le livre de Tobie, comme l'Ange auquel est confiée la tâche de  guérir.  Lorsque  Jésus envoie ses disciples en mission, la tâche de l'annonce de l'Evangile s'accompagne également toujours de celle de guérir. Le Bon Samaritain, en accueillant et en guérissant la personne blessée qui gît au bord de la route, devient sans paroles un témoin de l'amour de Dieu. Cet homme blessé, qui a besoin d'être guéri, c'est chacun de nous. Annoncer l'Evangile signifie déjà en soi guérir, car l'homme a surtout besoin de la vérité et de l'amour. Dans le Livre de Tobie, on rapporte deux tâches emblématiques de guérison de l'Archange Raphaël. Il guérit la communion perturbée entre l'homme et la femme. Il guérit leur amour. Il chasse les démons qui, toujours à nouveau, déchirent et détruisent leur amour. Il purifie l'atmosphère entre les deux et leur donne la capacité de s'accueillir mutuellement pour toujours. Dans le récit de Tobie, cette guérison est rapportée à travers des images légendaires. Dans le Nouveau Testament, l'ordre du mariage, établi dans la création et menacé de multiples manières par le péché, est guéri par le fait que le Christ l'accueille dans son amour rédempteur. Il fait du mariage un sacrement:  son amour, qui est monté pour nous sur la croix, est la force qui guérit et qui, au sein de toutes les confusions, donne la capacité de la réconciliation, purifie l'atmosphère et guérit les blessures. La tâche de conduire les hommes toujours à nouveau vers la force réconciliatrice de l'amour du Christ est confiée au prêtre. Il doit être "l'ange" qui guérit et qui les aide à ancrer leur amour au sacrement et à le vivre avec un engagement toujours renouvelé à partir de celui-ci. En deuxième lieu, le Livre de Tobie parle de la guérison des yeux aveugles. Nous savons tous combien nous sommes aujourd'hui menacés par la cécité à l'égard de Dieu. Comme le danger est grand que, face à tout ce que nous savons sur les choses matérielles et que nous sommes en mesure de faire avec celles-ci, nous devenions aveugles à la lumière de Dieu! Guérir cette cécité à travers le message de la foi et le témoignage de l'amour, est le service de Raphaël confié jour après jour au prêtre et, de manière particulière, à l'Evêque. Ainsi, nous sommes spontanément portés à penser également au sacrement de la Réconciliation, au Sacrement de la Pénitence qui, au sens le plus profond du terme, est un sacrement de guérison. En effet, la véritable blessure de l'âme, le motif de toutes nos autres blessures, est le péché. Et ce n'est que s'il existe un pardon en vertu de la puissance de Dieu, en vertu de la puissance de l'amour du Christ, que nous pouvons être guéris, que nous pouvons être rachetés. (...)

  • Prière à saint Michel en musique

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    Lu et entendu ce 29 septembre, en la fête de l’archange saint Michel, sur le site web « aleteia » : 

    Le Chœur St Michel à Paris, chœur de jeunes hommes chrétiens, a mis en musique la prière d’exorcisme à St Michel de Léon XIII, prière qu’ils chantent à chaque répétition : « saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat, soyez notre secours contre la perfidie et les embûches du démon ; que Dieu étende sur lui son empire, nous le demandons en suppliant.
    Et vous, prince de la Milice céleste, refoulez en enfer, par la vertu divine, Satan et les autres esprits mauvais qui errent dans le monde pour la perte des âmes ».

    Prière composée par le pape Léon XIII (1878-1903), à la suite d’une extase durant laquelle il aurait entendu Satan demander à Jésus-Christ de lui laisser un siècle pour parvenir à détruire l’Église catholique romaine, ce que Jésus lui accorda. Elle a été récitée à la fin de chaque messe basse jusqu’à Vatican II, et demandée par le pape François en octobre 2018.

     Ref. Prière à saint Michel en musique

  • L'homélie du pape lors de la messe célébrée à Lourdes : la vie éternelle est une promesse solide

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE
    ET VISITE AU SIÈGE DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’ÉDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE (UNESCO)

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Prairie du sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes
    Dimanche 27 septembre 2026

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    Frères et sœurs, pèlerins venus de France et du monde entier, en vous regardant ce matin, réunis dans la maison de notre Mère, je vois le visage universel de l’Église. Certains de vous ont traversé des continents, surmonté des fatigues, apporté vos joies et vos fardeaux jusqu’à cette Grotte sacrée. Quel bonheur d’être ensemble, un seul cœur, une seule famille ! Un solo corazón, una sola famiglia !

    Je tiens à saluer tout particulièrement les pèlerins venus de toutes les provinces et diocèses de France. Vous foulez aujourd’hui le sol de cette terre bénie qui a reçu tant de grâces. Que ce pèlerinage ravive la flamme de la foi dans vos foyers et dans vos paroisses. Portez le réconfort de Lourdes à vos voisins, à vos proches et à tout le peuple français.

    Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra » alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (cf. Ez 18, 26.28). C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.

    Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ? 

    Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos mentalités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle. Face aux courants actuels qui cherchent à redéfinir la valeur de la vie humaine devant la maladie, la souffrance ou la vieillesse, la Grotte de Massabielle se dresse comme un sanctuaire de l’espérance chrétienne. Ici, aucune fragilité n’est rejetée. Vos béquilles, vos fauteuils roulants, vos larmes cachées ne sont pas des obstacles : ils sont le lieu par excellence où vous êtes pleinement respectés, accueillis et transformés par l’amour infini de Dieu. Lourdes est le lieu béni d’une profession de foi en la beauté et la sacralité de la vie, car elle y est accueillie comme un don précieux de Dieu, appelé à s’épanouir pour l’éternité dans l’amour du Père.

    « Je te promets » ! Oui, la vie éternelle est une promesse solide, certaine, que le Seigneur nous fait. Il nous l’a déjà obtenue par sa mort sur la croix et sa résurrection, et il la réalise déjà chaque jour en nous par la grâce du baptême. Elle est à notre portée, mais il nous appartient de l’accueillir librement, de la saisir, de ne pas y faire obstacle ; or l’obstacle à la grâce et à la vie éternelle, le seul obstacle, c’est le péché, le repli sur soi, ce refus de Dieu qui nous enferme dans nos obscurités! Notre responsabilité personnelle est donc en jeu, et elle est grande ! Dieu nous a voulu libres, car la liberté est une condition de l’amour ; on ne peut pas aimer par contrainte. Cette liberté qui nous est donnée, nous devons l’engager dans un “oui” au Christ, avec le secours de sa grâce, et à la suite de Marie ; un “oui” sans cesse renouvelé, et cela jusqu’à notre dernier souffle : “maintenant et à l’heure de notre mort…” disons-nous dans le  “Je vous salue Marie”.

     On retrouve cet appel insistant à la conversion dans les paroles que Marie prononça ici-même : « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! ». Elle répète le mot trois fois… ! et invite Bernadette à en accomplir certains gestes ! Pourquoi donc ? Serions-nous lents à comprendre ? Nous estimons-nous trop facilement sans péché ? Ne la pratiquons-nous pas assez ?  La Vierge nous demande de faire pénitence, non seulement pour nous-mêmes qui en avons besoin, mais aussi « pour les pécheurs », pour un monde qui va mal. Comment nos cœurs ne seraient-ils pas interpellés face aux conflits de plus en plus répandus, qui détruisent tant de vies innocentes. Or le mal que connaît notre époque vient du cœur de l’homme, Dieu n’en n’est pas responsable : « Ce n’est pas ma conduite qui n’est pas bonne – dit-il aux fils d’Israël –, c’est la vôtre » (Ez 18, 25). C’est donc le cœur des hommes qu’il faut changer, à commencer par le nôtre.

    La pénitence est une œuvre suscitée par l’amour en solidarité avec le genre humain : amour pour Dieu dont on veut réparer la blessure de son Cœur causée par nos péchés ; amour pour tous nos frères les hommes qui n’entendent pas cet appel à la conversion et que leurs fautes entraînent vers la mort. Cette exigence de conversion engage l’Église elle-même dans son pèlerinage terrestre. Elle doit avoir le courage de vivre cette conversion en premier lieu. Pour guérir des blessures profondes, des infidélités et des égarements douloureux commis en son sein, nous devons nous tenir humblement sous le regard purificateur du Seigneur. Reconnaître nos propres fautes est indispensable à notre progression spirituelle, comme l’écrivait Saint Augustin : « Que te déplaise toujours ce que tu es, si tu veux atteindre ce que tu n’es pas » (Disc. 169, 15.18)

    Le rappel de notre Mère à notre devoir de prière et de conversion nous remplit d’une grande espérance, car elle nous indique le moyen pour changer le cours des choses, moyen qui n’est autre que celui de nous associer à la passion du Christ. Chers malades qui connaissez la souffrance, si nombreux à Lourdes, il vous est possible de vivre vos peines et vos douleurs dans cet esprit d’offrande, pour entrer dans cette démarche rédemptrice dont le monde a tant besoin. En ce sens vous êtes vraiment au cœur de l’Église, et votre rôle est irremplaçable.

    Pèlerins, frères et sœurs, vous ne repartirez pas de Lourdes comme vous y êtes arrivés : vous repartirez en missionnaires de l’espérance ! Tel est le miracle de ce lieu : susciter la joie de l’espérance au cœur même de l’épreuve et de la peine. La Vierge Marie guérit nos regards et transfigure nos cœurs en leur donnant la paix. Devenez dans vos pays, vos diocèses et vos familles, les témoins actifs de cette force et de cette tendresse divines qui nous permettent de continuer la route et d’atteindre le but. Portés par la prière des malades et l’amour de notre Mère, marchez avec confiance vers l’avenir. Ne craignez pas les tempêtes du monde : la sainte Mère de Dieu veille sur notre marche, elle enveloppe l’Église de son manteau de tendresse ; Étoile radieuse du matin, elle guide nos pas pour nous enfanter, dans la joie, à la vie même de son Fils Jésus.

    Amen.

    Et aussi :

  • De l'accueil familial à Lourdes : une jeune convertie quitte son emploi pour rencontrer le Pape et embrasser la vie monastique

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    De Solène Tadié sur le CWR :

    De l'accueil familial à Lourdes : une jeune convertie quitte son emploi pour rencontrer le pape et embrasser la vie monastique

    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    LOURDES, France — L'extraordinaire ferveur qui a marqué la visite du pape à Paris — première étape de son voyage apostolique en France du 25 au 28 septembre — ne devrait pas faiblir à Lourdes, où des dizaines de milliers de fidèles sont attendus autour de la célèbre grotte de Massabielle lorsque Léon XIV viendra y prier le soir du 26 septembre, avant une messe en plein air sur la prairie du sanctuaire et la traditionnelle procession aux flambeaux le lendemain.

    Parmi elles, une jeune femme de 27 ans participera à ce voyage aux côtés d'un groupe de religieuses cisterciennes, espérant que cette visite confirmera l'appel à la vie contemplative qu'elle ressent depuis son retour à la foi pendant la crise de la COVID-19.

    Ce n'est pas un hasard si Yohanna, interprète en langue des signes pour les personnes sourdes, a choisi Lourdes pour marquer ce nouveau départ après des années de bénévolat auprès de personnes en situation de handicap. C'est à quelques dizaines de kilomètres d'ici, à l'abbaye Sainte-Marie de Boulaur, haut lieu du renouveau monastique en France, que sa vocation a pris forme. Et c'est pour rejoindre cette communauté comme aspirante qu'elle a quitté son emploi à Paris, juste à temps pour assister à la visite du Saint-Père.

    Son histoire reflète un mouvement générationnel plus large en France, où les baptêmes d'adultes ont atteint un nouveau record cette année, principalement grâce aux jeunes adultes.

    Le sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    Le sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie

    « Je voulais tout donner à Dieu »

    Mais l'histoire de Yohanna est un témoignage singulier de la grâce divine. Placée en famille d'accueil à l'âge de 4 ans, elle a grandi loin de toute pratique religieuse, dans une vie marquée dès son plus jeune âge par le deuil et la solitude.

    Comme tant d'autres de sa génération, elle s'est d'abord tournée vers les mouvements spirituels proches du Nouvel Âge, très présents chez les jeunes Français, en quête de réponses – une exploration qui a laissé des traces, au sens propre comme au figuré, dans les tatouages ​​qu'elle arbore encore aujourd'hui. Elle évoque ces errances avec un sourire plutôt qu'avec regret, car c'est grâce à elles, croit-elle, qu'elle a finalement retrouvé le chemin de Dieu.

    Cette voie a ouvert ses portes au printemps 2020, dans une résidence universitaire vidée par le premier confinement lié à la COVID-19.

    « Tous les étudiants étaient partis, et j’avais l’impression que c’était la fin du monde », se souvient-elle. « Je n’avais plus rien, je n’avais plus personne. Et soudain, une pensée de Dieu m’a envahie. J’ai eu très envie d’en savoir plus sur lui. »

    Elle a commencé à apprendre à prier grâce à des ressources en ligne et a rapidement intégré la prière à son quotidien. Une fois le confinement levé, elle a pris l'habitude d'entrer dans chaque église qu'elle croisait pour prier seule, tout en évitant les messes, car elle n'en connaissait pas les coutumes. Le déclic s'est produit en 2023, lorsqu'elle a déménagé à Paris et est entrée dans une église un jour de semaine, au moment même où une messe commençait.

    « Je ne savais même pas qu'il y avait une consécration, alors qu'elle est au cœur de la messe catholique. J'ai passé toute la célébration à pleurer au fond de l'église », se souvient-elle. « Et à la fin, j'ai dit au Seigneur : "D'accord, j'ai compris. Maintenant, je veux tout te donner, vraiment tout, ma vie entière. Fais de moi ce que tu veux." Et à partir de ce moment-là, tout a changé. »

    Après s'être installée dans une paroisse du 10e arrondissement de Paris, elle entreprit une période de formation catéchétique et reçut le sacrement de confirmation.

    Chaque année en août, lors du pèlerinage national, elle sert d'interprète aux pèlerins sourds-aveugles – une expérience qui a transformé sa perception du sanctuaire. « Le véritable miracle de Lourdes », dit-elle, « c'est peut-être tout simplement que nous nous retrouvions tous ensemble. »

    Sa conversion fut suivie presque immédiatement par l'appel à la vie consacrée, mais elle était déterminée à ne pas précipiter sa décision, ayant été avertie que les nouveaux convertis « pouvaient être très enthousiastes et penser immédiatement à la vie consacrée, pour ensuite y renoncer rapidement ».

    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie
    La grotte du sanctuaire Notre-Dame de Lourdes. | Crédit : Solene Tadie

    Un appel inattendu

    Guidée par son curé et le service des vocations de l'archidiocèse de Paris, elle a entamé un discernement auprès des sœurs apostoliques, la vie cloîtrée étant la dernière chose à laquelle elle pensait. « Compte tenu de mon histoire personnelle, j'avais d'énormes clichés sur la vie monastique », a-t-elle déclaré. « J'imaginais toutes sortes de choses démodées. »

    C’est au beau milieu d’une année universitaire difficile, fin décembre 2024, qu’elle se rendit pour la première fois à l’abbaye cistercienne de Boulaur, tout simplement parce qu’elle « avait toujours entendu dire que les monastères étaient un bon endroit pour se reposer et prendre l’air ». Depuis, elle y retourne à chaque vacances. Lorsque les sœurs lui proposèrent de passer quelques jours dans l’enceinte, elle accepta, persuadée que cela ne ferait que confirmer ses préjugés.

    « Je pensais qu’entrer dans le cloître pour la première fois m’aiderait à comprendre que ce n’était pas du tout ma voie, et que cela réglerait la question », a-t-elle déclaré. « Mais lorsque j’ai découvert le cloître pour la première fois, c’était incroyable. Je me suis sentie pleinement à ma place. »

    « Le Seigneur nous connaît mieux que nous-mêmes », a-t-elle poursuivi. « Parfois, il nous conduit vers des choses qui, au premier abord, semblent absurdes, et après coup, on se rend compte que c’est parfaitement logique. »

    Lors du Jubilé de la jeunesse de 2025 à Rome, elle a découvert pour la première fois l'Église universelle parmi des milliers de jeunes « si différents les uns des autres, et tous réunis pour le Seigneur ». Cette expérience influence désormais ses attentes quant à la visite de Léon dans une France qui connaît un nombre record de baptêmes d'adultes.

    Évoquant la visite prochaine du pape à Lourdes, que Mgr Jean-Marc Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a décrite comme celle d’« un simple pèlerin », elle a déclaré : « Le pape Léon X sait ce qui se passe dans notre pays, et je suis certaine que ses paroles nous seront d’un grand réconfort. » Le programme officiel prévoit déjà une prière spéciale pour la France, demandant à la Vierge Marie le renouveau des familles chrétiennes et l’épanouissement des vocations, « en particulier sacerdotales et religieuses ».

    La vocation de Yohanna a d'abord inquiété ses parents adoptifs. Mais face à sa persévérance et à sa joie, ils ont accepté de la conduire eux-mêmes à Boulaur, ce qui leur a permis de rencontrer les sœurs et de découvrir la vie qu'elle s'apprête à embrasser. De là, ils se rendront ensemble à Lourdes pour la visite du pape.

    « Ce sera l’occasion pour eux de rencontrer les sœurs et de voir ce qu’est réellement un monastère, et pas seulement ce que les gens imaginent », a-t-elle déclaré. « C’est déjà un grand pas en avant. »

    Son aspiration, première étape du long chemin vers le noviciat, durera jusqu'en juin. Elle confie être « totalement ouverte » à ce que l'avenir lui réserve. « Si Dieu m'appelle, je serai si heureuse que je lui répondrai par un grand oui, de tout mon cœur. »
  • L'homélie du pape lors de la messe célébrée Place de la Concorde à Paris

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    VOYAGE APOSTOLIQUE DU SAINT-PÈRE EN FRANCE

    25-28 SEPTEMBRE 2026

    MESSE

    HOMÉLIE DU PAPE LÉON XIV

    Place de la Concorde (Paris)
    Samedi 26 septembre 2026

    ___________________________________

    Chers frères et sœurs,

    je remercie Dieu de la grâce qui m’est offerte de me trouver ici, sur cette place de la Concorde, pour célébrer l’Eucharistie. Oui, comme il est bon et doux pour des frères et sœurs de se retrouver ensemble (cf. Ps 132, 1), afin de magnifier la grandeur de Dieu. Puisse ma présence au milieu de vous confirmer votre foi, et vous encourager à sans cesse rayonner et transmettre la vie, la paix et l’amour de Notre Seigneur bien aimé Jésus-Christ.

     « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive » (Jn 7, 37). Frères et sœurs, notre communauté assoiffée s’élance vers le Christ, source d’eau vive ; cette eau qui désaltère et fait fleurir la vie, cette eau de l’amour de Dieu « répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 5).

    Le désir de Dieu habite notre cœur au plus profond, et nous crions avec le Psalmiste : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant » (Ps 41, 3) ! C’est le cri d’un homme, humble et passionné, dont la soif la plus intérieure et existentielle ne cesse de grandir. Or c’est Jésus-Christ, par son incarnation, qui rejoint tout homme dans son histoire et se révèle à lui comme la véritable source d’eau vive capable d’étancher sa soif. Il ne s’agit pas tant d’une soif matérielle que d’une soif de sens, de vérité et d’accomplissement qui habite le cœur de chacun. Jésus répond à ce désir profond de relation, de communion avec Dieu, en qui réside la plénitude de la vie pour toujours.

    Dans la première Lecture, le prophète Ézéchiel voyait l’eau jaillir du Temple et, se répandant dans le désert, purifier et fertiliser toute chose (cf. Ez 47, 1-2.8-9.12). Plus tard, saint Jean verra l’eau jaillir du côté transpercé de Jésus rendant l’Esprit (cf. Jn 19, 30-34). Tous peuvent alors s’abreuver à cette source afin de renaître et recevoir le don de l’Esprit pour devenir enfants de Dieu, des créatures nouvelles.

    Frères et sœurs, force est de constater qu’ici-bas, rien ne parvient à nous combler pleinement. Lorsque nous croyons enfin notre recherche achevée et nos efforts récompensés, bien souvent le vide intérieur resurgit, plus profond encore. Alors, pour le combler, il se peut que nous recherchions de nouveaux plaisirs, que nous voulions posséder de nouvelles choses, que nous fassions tout pour nous “divertir” afin de ne plus ressentir ce malaise intérieur !

    La Liturgie de la Parole de ce jour nous invite à sonder notre cœur : quelle est notre soif la plus profonde ? Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Nous aspirons tous au bonheur, à l’amour, à l’épanouissement. Mais à quelle source cherchons-nous à étancher notre soif ? Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates, de petites idoles si nombreuses qui promettent monts et merveilles mais laissent notre cœur vide? Baptisés, nous avons reçu l’eau vive dont parle l’Évangile, mais avons-nous vraiment rencontré le Christ personnellement ? L’être humain est fondamentalement un être de désir et seul Dieu peut combler le vide intérieur. Oui, frères et sœurs, Jésus-Christ, le Bon Pasteur nous guide, comme le berger guide ses brebis, vers la source du bonheur et de la paix. Il connaît chacun et chacune de nous par son nom. Rien ne lui échappe de nos secrets, de nos intentions, de nos faiblesses. Il scrute les profondeurs de notre cœur. Il a donné sa vie pour nous et continue de la donner par les sacrements. Il porte sur ses épaules les brebis fatiguées ou blessées, et ramène avec délicatesse celles qui se sont égarées. Jésus révèle l’amour inconditionnel de Dieu pour nous. Pour Lui, aucun de nous n’est un numéro sur une carte d’identité, ni un matricule, mais une personne, une personne unique et irremplaçable.

    Vous voyant ici rassemblés, frères et sœurs, héritiers d’une longue et belle histoire sainte en France, je vous dis : abreuvez-vous, à votre tour, à cette source qu’est le Cœur de Jésus transpercé. Oui, vous avez soif de Dieu, de vie, de vérité, d’unité, de paix, de communion, de bonheur. Vous aspirez à redécouvrir un horizon lumineux, à bâtir une nation renouvelée à partir de ses racines irriguées par la foi. Ne gardez pas cette foi en Jésus-Christ pour vous-mêmes, mais laissez-la déborder pour abreuver et combler les personnes que vous rencontrez. Il vous revient d’apporter l’espérance là où règnent le découragement et la sécheresse spirituelle.

    C’est en acceptant de vivre en vérité sous le regard de Jésus que nous sommes authentiques, que nous pouvons regarder nos vies avec lucidité. Elles sont, certes, fragiles, vulnérables, vouées au passage de la mort, mais elles sont aussi merveilleuses, miraculeuses, capables de se renouveler dans leurs relations et de s’ouvrir au véritable amour.

    « Celui qui croit en moi, […] de son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7, 38). En nous abreuvant à la source qu’est le cœur du Christ, nous devenons nous-mêmes, comme l’a écrit Origène, des puits, des sources et des fleuves pour les autres (cf. Homélie 12, 1, 2-3). Le croyant qui y boit devient lui aussi source de vie par son lien existentiel avec le Christ et communique cette même vie au prochain.

    Chers frères et sœurs, l’eau vive de l’Esprit Saint s’est répandue en abondance et continue à porter ses fruits dans l’Église par les missionnaires et les témoins dans toutes les cultures et de tous les peuples. Elle féconde tout ce qui se laisse toucher, transformer par elle pour produire son fruit, c’est-à-dire la sainteté de ceux qui adorent le Dieu véritable et servent leurs frères et sœurs dans la charité avec générosité. Dans ce beau pays qu’est la France, beaucoup se sont abreuvés à cette eau vive au fil des siècles et ont totalement consacré leur vie au bien : les premiers martyrs tels Blandine, Pothin, Irénée ; les saints fondateurs et fondatrices d’Ordre religieux, les saints évêques comme Martin, François de Sales ; les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs prochains comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan, et tant d’autres. Encore aujourd’hui, ils sont nombreux dans notre société, nos paroisses, nos différentes activités, ceux qui continuent à s’engager en faveur de la vie, de la famille, de la vérité, de la paix, de la fraternité, de la justice.

    De cette belle ville de Paris, je prie avec ferveur pour que l’eau vive de l’Esprit Saint se répande sur toute la France. Je pense à vous, chères familles, qui, malgré les multiples difficultés que vous affrontez au quotidien, persévérez courageusement dans votre mission. Je vous remercie du fond du cœur pour tout le bien qui se réalise à travers vous : que Jésus soit toujours concrètement présent au milieu de vous. Je pense à vous chers jeunes, vous êtes l’Église d’aujourd’hui. Comme il est beau de voir votre enthousiasme, votre dynamisme, votre engagement et la joie au sein des communautés chrétiennes. Je pense également à vous, chers catéchumènes et néophytes qui entreprenez le chemin de la foi, de la conversion et de l’initiation chrétienne. Puissiez-vous témoigner à d’autres autour de vous du cheminement que vous vivez et les motiver à s’interroger à leur tour. Que le don de l’Esprit Saint fasse de vous des témoins vivants prêts à répandre autour de vous la civilisation de l’amour.

    Frères et sœurs, tournons-nous vers la Mère de Dieu, Source de Salut, celle qui guide nos vies vers son Fils, Auteur de toute grâce. Par son “oui” libre et confiant, elle est devenue l’écrin, humble et voulu par Dieu, où l’amour du Père s’est incarné pour se donner au monde.

    Invoquons-la avec confiance, afin que par son intercession, des sources d’eau vive jaillissent au sein du Peuple de Dieu et fassent partout fleurir en France des germes de foi, d’espérance et de charité.

    Amen !

  • Homélie pour le vingt-sixième dimanche du temps ordinaire

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     Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 21,28-32.

     Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne'.

     Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas. ' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla.

     Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur ! et il n'y alla pas.

     Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.

     Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole.

    Homélie- Texte du Père Octavio Ortíz. Source : es.catholic.net – Traduction de l’espagnol

     Le texte de l’homélie fait référence à d’autres lectures de ce dimanche : le livre d’Ezechiel d’abord (18, 25-28), puis la Lettre de Saint Paul apôtre aux Philippiens (2, 1-11). Le lecteur trouvera l’ensemble de ces textes ici :

    http://www.levangileauquotidien.org/main.php?language=FR&module=readings&localdate=20110925

     Un des thèmes principaux de ce dimanche, sur lequel nous voudrions méditer, est celui de la conversion de l’âme à Dieu. Le texte du prophète Ezéchiel nous parle de la responsabilité personnelle. Chacun a le grave devoir et la responsabilité de convertir son âme à Dieu. La rétribution de nos œuvres est quelque chose de personnel. Chacun de nous sera récompensé ou puni selon ses propres œuvres. Par conséquent, chacun de nous doit orienter sa vie vers Dieu avec amour, et se repentir de ses péchés.

     Dans l’évangile, cet enseignement s’approfondit avec la prédication du Baptiste, et avec l’arrivée du Messie, le Christ Seigneur. Il ne suffit pas d’obéir seulement en paroles aux commandements de Dieu. Il faut que les œuvres accompagnent nos paroles. C’est bien cela, la véritable conversion. Pour cette raison, comme le dit l’évangéliste, les publicains et les prostituées précéderont les docteurs de la loi dans le Royaume des cieux.

     Alors que les premiers ont dit « non » à la volonté de Dieu, mais ensuite, ont abandonné leur mauvaise conduite, les seconds – c’est-à-dire les docteurs de la loi -, se croyant justes, n’ont pas senti le besoin de se convertir et de faire pénitence pour leurs péchés. Par leurs paroles ils ont dit « oui » à Dieu, mais leurs œuvres étaient différentes. Quel grand danger que celui de se sentir juste et de ne pas avoir besoin de repentance !

     La lettre aux Philippiens, quant à elle, nous offre le modèle du chrétien : l’humilité et l’abaissement du Christ Seigneur, qui accomplit en tout et fidèlement la volonté du Père.

     C’est à juste titre que le chapitre 18 du prophète Ezéquiel a été appelé le chapitre de la responsabilité personnelle ou de la rétribution personnelle. Pour comprendre de quoi il s’agit, il faut encadrer le texte dans une perspective historique. Le peuple est en exil, après la chute de Jérusalem. La tradition théologique a interprété ce qui s’est passé comme le résultat des prévarications et des infidélités du peuple, tout au long de son histoire. En réalité, il s’agissait d’une situation fatale, inévitable, que cette génération devait affronter. Elle a ainsi supporté les fautes et les péchés des ancêtres, sans autre destin possible. Mais en même temps, le peuple a estimé que le châtiment était supérieur aux fautes que lui-même n’avait pas commis. Il se sentait donc traité injustement.

     Dans cet état de choses se pose la question essentielle : où est l’amour de Dieu ? Où est le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob ? Qu’est devenue la promesse du Seigneur ? Le peuple avait l’impression que Yahveh avait rompu son Alliance. Le temple avait été détruit. Jérusalem, la cité sainte, avait été pillée, dévastée, incendiée. Le peuple, déporté. Tout n’était que désespoir, abattement, défaite.

     Le prophète Ezéchiel se lève alors et d’une voix forte, oriente le peuple vers un autre chemin. Il énonce un principe général : « l’âme qui pèche, c’est celle qui mourra » (Ezech. 18, 20). Autrement dit, la responsabilité est personnelle et chacun répondra de ses propres actes. De même, la rétribution est également quelque chose de personnel. On peut considérer que les actes passés influencent, conditionnement le présent d’une certaine manière, mais ils ne constituent pas un héritage fatal, une sorte de « fatum » dans le cadre d’une tragédie grecque.

     Il sera certainement difficile de se libérer des conditions du passé, mais cela reste possible. Dieu dit d’ailleurs : « Je ne désire pas la mort de celui qui meurt… Convertissez-vous donc, et vivez » (Ezéch. 18, 32).

     Ainsi donc, le thème de la responsabilité personnelle renforce la question, plus essentielle encore, de la conversion du pécheur.

     Non, Dieu n’est pas injuste dans sa façon d’agir. Lorsque nous lui tenons tête et que nous l’accusons, d’une certaine manière, de nos malheurs. Nous devons sonder notre âme plus profondément, pour découvrir la vérité de nos misères et la vérité de son amour infini et patient. Mais nous ne découvrirons cet amour que lorsque nous ferons l’expérience de l’amour de Dieu en Jésus-Christ. Lorsque nous nous rendrons compte de ce que signifie l’Incarnation. Lorsque nous entrerons dans le mystère de la rédemption et que nous comprendrons que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle (Jn 3, 16).

     A cet égard, il est très instructif de se référer à ce que le Pape Jean-Paul II écrivait dans son livre Entrez dans l’espérance, 11 : « Homme, toi qui juges Dieu, qui lui ordonnes de se justifier devant ton tribunal, pense à l’intérieur de toi-même, regarde si tu n’es pas le responsable de la mort de ce Condamné, si ce jugement contre Dieu n’est pas en réalité un jugement contre toi-même. Réfléchis et juge si ce jugement et son résultat – la Croix et puis la Résurrection – ne sont pas pour toi l’unique moyen de salut ». Ainsi donc, l’éloquence du Vendredi Saint est celle de l’amour de Dieu qui veut qu’aucun ne périsse, mais que le pécheur se détourne de sa mauvaise vie.

     Dans l’Evangile apparaît à l’évidence la tragédie de ceux qui se croient justes. Les grands prêtres et les anciens du temple ne reçoivent pas le message de pénitence. Ils s’imaginent qu’ils n’en ont pas besoin. Ils observent la loi, se considèrent comme justifiés, pratiques les normes extérieures, se montrent surs de leur excellence. Les autres sont de pauvres ignorants de la loi. Comme ils se trompent ! En s’excluant eux-mêmes du groupe des pécheurs, ils s’auto-excluent de la miséricorde de Dieu, de son pardon et de sa bonté éternelle. Par conséquent, si avec leurs paroles ils ont di « oui » à la volonté de Dieu, leurs œuvres, elles, n’ont pas été bonnes. Ils n’ont pas pratiqué la justice et le droit. Ils se sont révélés hypocrites, sépulcres blanchis. Ils n’ont pas aimé la vérité.

     Par contre, les pécheurs publics, ceux qui ont clairement dit « non » à Dieu et à sa volonté, changent lors de la prédication du Baptiste. Ils se repentent. Ils se sentent interpellés dans leur conduite. Ils se rendent compte de la misère morale face à la puissance et à la majesté de Dieu, et ils se convertissent. Ils ont d’abord dit « non », mais ensuite, ils ont dit « oui ».

     Ici, il est important de se souvenir des paroles de l’encyclique Redemptoris missio :

     « Tout homme est donc invité à « se convertir » et à « croire » à l'amour miséricordieux de Dieu pour lui: le Royaume croîtra dans la mesure où tous les hommes apprendront à se tourner vers Dieu comme vers un Père dans l'intimité de la prière (cf. Lc 11, 2; Mt 23, 9) et s'efforceront d'accomplir sa volonté (cf. Mt 7, 21) ».

    (Jean-Paul II, Redemptoris missio 13). En réalité, le Pape nous montre que  nous avons tous besoin de conversion.

     Le Christ est Seigneur. L’hymne christologique de la Lettre aux Philippiens est l’un des textes fondamentaux dans l’élaboration de la christologie. Dans cet hymne, le centre autour duquel s’oriente la réflexion est la phrase finale : Jésus-Christ est Seigneur.

     « Dans la traduction grecque des livres de l’Ancien Testament, le nom ineffable par lequel Dieu se révèle à Moïse (cf. Ex 3, 14), YHWH, se traduit par « Kyrios » (Seigneur). « Seigneur » devient depuis lors le nom le plus habituel pour désigner la divinité même du Dieu d’Israël. Le Nouveau Testament utilise en ce sens fort le titre « Seigneur » pour le Père, mais l’utilise également – et ici est la nouveauté – pour Jésus, le reconnaissant comme dieu (cf. 1 Co 2, 8) ». (Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique 446).

     Ainsi, l’hymne aux Philippiens indique clairement la divinité et l’humanité parfaite du Christ. Lui, malgré sa condition divine, n’a pas fait étalage de son statut divin. Dans cet hymne, on ne parle pas des discours du Seigneur, de ses enseignements, mais de ses œuvres : il s’est dépouillé. Il a pris la condition d’esclave. Il s’est soumis même à la mort. Il nous enseigne le chemin que le chrétien doit suivre : le chemin de l’obéissance aux plans divins, le chemin de l’humilité, le chemin de l’accomplissement de la volonté de Dieu à travers les œuvres, et pas seulement en paroles.

     Ici nous admirons la puissance du Christ : un pouvoir très différent de celui de l’homme, qui désire imposer et faire sa propre volonté. La puissance du Christ est la puissance de l’obéissance au Père, c’est la puissance de l’amour et de la vérité, c’est la puissance de celui qui sert et donne sa vie pour ses amis. Le Christ est Seigneur. C’est lui qui a le nom qui est au-dessus de tout nom. Et ceci est notre espérance. Nous pouvons espérer dans la puissance de Dieu. Une puissance qui agit dans notre monde, qui le change de l’intérieur. Une puissance qui ne s’exerce pas d’une façon despotique, mais amoureuse. Le Christ est notre espérance !

     Chaque jour, nous devons nous tourner un peu plus vers le Père des miséricordes. En effet, en entrant à l’intérieur de nous-mêmes, nous remarquons l’ « inadéquation » entre notre être, notre identité comme hommes et comme chrétiens, et notre « agir » quotidien. Nous réalisions combien nous sommes fragiles et combien nous avons besoin de pardon et de miséricorde. Le bon chemin pour réaliser ce parcours de conversion est l’examen de conscience quotidien. Il s’agit de réserver quelques minutes en milieu de journée, ou en fin de journée, pour examiner notre parcours, selon le vécu de nos engagements. C’est également revoir le fonctionnement de notre amour, de notre dévouement aux autres, de l’accomplissement de nos devoirs.

     L’absence du sens du péché, qui est l’un des grands maux de notre époque, est dû, en partie, à cette incapacité à entrer à l’intérieur même de notre cœur et à voir que, à côté des choses bonnes, il y a aussi l’indifférence, l’infidélité, un rapport plus lâche à l’amour de dieu.

     L’examen de conscience n’est pas un moment de scrupules ou de mépris de soi-même. Au contraire. C’est un moment de résurgence intérieure, c’est le moment d’une « étreinte du Père de miséricordes », malgré nos misères et nos faiblesses. L’âme qui fait un examen de conscience, découvre Dieu et commence un chemin de conversion et de transformation qui ne connaît aucune limite.

  • St Vincent de Paul, prêtre et fondateur (1581-1660)

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    Source : http://www.levangileauquotidien.org/

    St_Vincent_de_Paul.pngCe saint, dont le nom est devenu synonyme de charité, est l'une des plus pures gloires de la France et de l'humanité tout entière. Il naquit à Pouy, près de Dax (France), le 24 avril 1581. Ses parents faisaient valoir une petite ferme et vivaient du travail de leurs mains. Les premières années de Vincent se passèrent à la garde des troupeaux. Un jour qu'il avait ramassé jusqu'à trente sous, somme considérable pour lui, il la donna au malheureux qui lui parut le plus délaissé. Quand ses parents l'envoyaient au moulin, s'il rencontrait des pauvres sur sa route, il ouvrait le sac de farine et leur en donnait à discrétion.

     Son père, témoin de sa charité et devinant sa rare intelligence, résolut de s'imposer les plus durs sacrifices pour le faire étudier et le pousser au sacerdoce : « Il sera bon prêtre, disait-il, car il a le cœur tendre. »

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  • Saint Vincent de Paul, un véritable homme de foi (27 septembre)

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    Une homélie inédite du cardinal Joseph Ratzinger à la Cathédrale de Munich, le 26 avril 1981, traduite sur le site "Benoît et moi" (archive du 27/9/2014)

    A relire aussi: la méditation d'Angélus du 26 septembre 2010, à Castelgandolfo:

    « (...) nous célébrerons demain la mémoire liturgique de saint Vincent de Paul, patron des organisations caritatives catholiques, dont c'est le 350e anniversaire de la mort.
    Dans la France du XVIIe siècle, il a touché du doigt le fort contraste entre les plus riches et les plus pauvres. En effet, en tant que prêtre, il a pu fréquenter les milieux aristocratiques, les campagnes et les bas-fonds de Paris.

    Poussé par l'amour du Christ, Vincent de Paul a su organiser des formes stables de service aux exclus en donnant vie à ce qu'on a appelé les «Charités», c'est-à-dire des groupes de femmes qui mettaient leur temps et leurs biens à la disposition des personnes les plus marginalisées. Parmi ces bénévoles, certaines ont choisi de se consacrer totalement à Dieu et aux pauvres, et ainsi, avec sainte Louise de Marillac, saint Vincent fonda les «Filles de la Charité», première congrégation féminine à vivre la consécration «dans le monde» au milieu des personnes, avec les malades et les nécessiteux».

    LA VRAIE FORCE DE GUÉRISON - L’homme de Foi, St Vincent de Paul,

    Homélie du Cl Joseph Ratzinger à la Cathédrale de Munich, le 26 avril 1981

    Chers frères dans le Christ,

    “Ils se montraient assidus à l’enseignement des apôtres, fidèles à la communion, à la fraction du pain et aux prières” (Actes 2, 42). C’est ainsi que st Luc décrit la première communauté chrétienne dans la première lecture qu’on vient d’entendre. Il souhaite ainsi la donner en exemple pour l’Église de tous les temps. Il énumère les forces qui sous-tendent l’édifice de l’Église, et qui lui donneront toujours sa cohésion et son dynamisme.

    Ce que nous pouvons remarquer avant tout, c’est que cette Église prie ; elle ne s’éloigne pas de la maison du Seigneur, devenant elle-même un temps spirituel. Elle est au service de la gloire de Dieu dont elle tire sa joie. Elle nous apparaît comme un culte permanent rendu à Dieu sous la conduite des apôtres. Mais sa prière qui la tourne vers Dieu ne la détourne pas pour autant des hommes ; elle ne fuit pas dans un isolement idyllique devant les luttes parfois si dures qui jalonnent l’Histoire.

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  • Fulton Sheen : son passage par l'Université Catholique de Louvain l'a profondément marqué

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    Le passage de Fulton Sheen à l’Université catholique de Louvain a été l’un des moments formatifs les plus décisifs de sa vie intellectuelle, spirituelle et pastorale.

    Contexte et réalisations académiques

    Après son ordination en 1919 et un an d’études à l’Université catholique d’Amérique (CUA), Sheen part en 1921 à Louvain, sur les conseils de son évêque (lui-même ancien élève de Louvain) et en accomplissement d’une prophétie de jeunesse du Mgr John Lancaster Spalding. Il y obtient son doctorat en philosophie en 1923 avec la plus haute distinction, puis le rare et prestigieux titre d’agrégé en philosophie (1925), devenant le premier Américain à le recevoir. Sa thèse, transformée en livre (God and Intelligence in Modern Philosophy, 1925, avec une préface de G.K. Chesterton), lui vaut aussi le prix Cardinal Mercier pour la philosophie internationale.

    Louvain était alors l’épicentre du renouveau néo-thomiste (grâce notamment au cardinal Désiré-Joseph Mercier et à l’Institut supérieur de philosophie). Sheen y est plongé dans saint Thomas d’Aquin, Aristote, la métaphysique, la psychologie rationnelle et expérimentale, etc., en français et en latin. Il rencontre Mercier après son agrégation et reçoit de lui des conseils d’enseignement qu’il fera siens toute sa vie : rester au courant de la pensée moderne tout en s’ancrant dans les classiques, et détruire ses notes de cours chaque année pour ne pas stagner.

    Témoignages de Sheen lui-même

    Dans son autobiographie Treasure in Clay, Sheen exprime une gratitude exceptionnelle :

    • « Quelle que soit la durée de ma vie, je ne pourrai jamais exprimer toute la profondeur de ma gratitude envers cette grande université pour la brillance de son enseignement, l’inspiration de sa direction et le développement qu’elle a donné à l’esprit humain. »
    • Ailleurs :  « Après Dieu, sur cette terre, je dois tout ce que je suis à l’Université de Louvain. »

    Il y a formé sa méthode : une philosophie thomiste rigoureuse, claire, capable de dialoguer avec le monde moderne (relativité, sciences, erreurs contemporaines) tout en restant ancrée dans la tradition. C’est cette formation qui lui permet d’être reconnu dès son retour comme l’un des meilleurs thomistes de son temps, d’enseigner 23 ans à la CUA, puis de devenir un prédicateur et catéchiste d’exception à la radio et à la télévision.

    Influence durable

    • Intellectuelle : base de tous ses livres, conférences et cours (philosophie de la religion, Dieu et la société, etc.).
    • Pédagogique : il applique les conseils de Mercier et développe une vision de l’éducation centrée sur la vérité, l’unité du savoir et la finalité divine de l’homme.
    • Spirituelle et apostolique : la clarté thomiste et l’ouverture au monde moderne nourrissent son style unique de communication, qui a touché des millions de personnes.

    En résumé, Louvain n’a pas seulement été un passage académique brillant : Sheen le considère comme le lieu qui a formé son esprit et auquel il doit « tout ce qu’il est » (après Dieu). C’est bien un tournant fondateur.

  • Les saints Côme et Damien (26 septembre)

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    Du site du Centre catholique des médecins français :

    La Décapitation de saints Côme et Damien, 1438 - 1440 - Fra Angelico

    SAINT COME ET SAINT DAMIEN

    Frères jumeaux, Côme et Damien étaient d'origine arabe. Ils étaient nés à Egée, en Cilicie (Asie Mineure), au IIIe siècle, et appartenaient à une famille noble et chrétienne. L'hagiographie conte qu'ils étaient "fort habiles dans l'art médical" et qu'ils parcouraient "villes et bourgades, guérissant les malades et délivrant, au nom de celui qu'on appelle le Christ, ceux qui sont possédés des esprits immondes". Or ils exerçaient leur art gratuitement: ils étaient ainsi devenus les Anargyres, "ceux qui repoussent l'argent". Battant en brèche l'autorité du proconsul Lysias, juge en la ville d'Egée, ils lui furent amenés. Après mille tortures qui ne parvinrent pas à les éprouver, ils subirent le martyre vers l'an 287. L'Église honore ces deux saints guérisseurs le 27 septembre; leurs noms sont inscrits parmi beaucoup d'autres dans les litanies des saints et, distinction plus rare et plus insigne, ils le sont aussi au canon de la messe.

    Au VIIIe siècle, un diplôme de Charlemagne donnant l'église de Luzarches à l'Abbaye de Saint-Denis nous apprend qu'elle était déjà placée sous le vocable de Saint-Côme et Saint-Damien. Au XIIe siècle, Jean de Beaumont, seigneur de Luzarches qui avait été parmi les premiers à se croiser, reçut, lors de son retour par Rome, des reliques des saints Côme et Damien pour prix de ses hauts faits en faveur de la chrétienté. Il en fit deux parts, une pour Luzarches et une pour Paris. A Luzarches, ces reliques furent d'abord déposées dans une collégiale dont la construction commença en 1180 et dont seuls subsistent à l'heure actuelle quelques vestiges. Puis en 1320 elles furent transférées en l'église paroissiale au cours d'une procession solennelle dont la chronique a gardé le souvenir: "Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe V le Long, vient à Luzarches le jeudi 23 octobre 1320 honorer les reliques des deux martyrs. La translation de ces reliques dans des châsses d'argent donne lieu à l'évêque de Paris et au chapitre de Luzarches de mander de la capitale des chirurgiens pour faire leur rapport de ces saintes reliques ".

    Les chirurgiens, dont la corporation est l'une des plus anciennes de France, s'étaient alors constitués en confrérie en se choisissant pour saints patrons Côme et Damien. Une confrérie de simple piété aurait d'abord été fondée à Luzarches au XIIIe siècle, puis une confrérie franchement professionnelle serait apparue à Paris. Les deux fusionnèrent lors de l'événement de 1320. C'était pour les chirurgiens, dont l'activité n'était pas considérée comme un "métier" et ne donnait pas accès à l'Université, la meilleure manière d'affirmer indépendance et dignité, et ils se placèrent sous la protection de l'Official (juridiction ecclésiastique dépendant de l'évêque). Ils furent alors à l'origine de l'une des plus anciennes et des plus durables traditions de cette région de l'Ile-de-France: celle des pèlerinages médicaux à Luzarches.

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  • Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

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    Léon XIV à Paris : une parole catholique qui ne s’excuse pas d’être catholique

    Il y avait quelque chose d’assez inhabituel dans les paroles de Léon XIV à Paris : le pape n’a pas semblé éprouver le besoin de demander pardon au monde d’être catholique.

    Pas de christianisme réduit à quelques bons sentiments. Pas de foi transformée en simple supplément d’âme humanitaire. Pas de dilution du message chrétien dans le vocabulaire convenu du moment. Léon XIV a parlé au monde contemporain, mais il ne lui a pas abandonné, pour autant, les catégories propres de la foi catholique.

    C’est une distinction essentielle : dialoguer avec son époque ne signifie pas nécessairement lui donner raison sur tout. Écouter les interrogations du monde ne signifie pas que l’Église doive renoncer à ses propres réponses.

    Et c’est sans doute ce qui frappe le plus dans les paroles prononcées à Paris : sur plusieurs sujets décisifs — la vie humaine, la bioéthique, le droit international, la laïcité, l’éducation et la foi — Léon XIV a réaffirmé une vision de l’homme qui ne se confond pas avec les catégories dominantes de la culture contemporaine.

    La vie humaine : un droit qui précède tous les autres

    C’est probablement sur la question de la vie que le contraste apparaît avec le plus de netteté.

    Devant les autorités françaises, Léon XIV a déclaré que « la protection du droit à la vie constitue le fondement incontournable de tout autre droit humain ». Il a également appelé à « accueillir la vie sans condition », à « soutenir la fragilité avec tendresse » et à défendre « ceux qui n’ont pas de voix ».

    La formule est capitale. Le pape ne place pas la vie parmi une liste de droits concurrents : il la présente comme le fondement des autres droits.

    Il faut être précis : dans ce discours, Léon XIV ne prononce pas explicitement le mot « avortement ». Mais le principe qu’il pose est sans ambiguïté : la vie humaine doit être accueillie et protégée sans condition.

    Cette affirmation entre nécessairement en tension avec l’évolution récente du droit français. Depuis mars 2024, la Constitution garantit à la femme une liberté de recourir à l’interruption volontaire de grossesse.

    Il ne s’agit pas de prétendre que ces deux formulations répondent exactement à la même question juridique. Mais elles révèlent deux points de départ anthropologiques différents.

    D'un côté, la liberté de recourir à l'IVG est constitutionnellement garantie ; de l'autre, le pape rappelle que le droit à la vie constitue le fondement même de tous les autres droits.

    Derrière la controverse juridique se trouve donc une question beaucoup plus profonde : qu'est-ce qui doit être placé au premier plan lorsque la liberté d'une personne entre en tension avec la vie d'un autre être humain ?

    Léon XIV, lui, ne contourne pas la question.

    L’aide à mourir : quand la mort devient une réponse sociale

    Le contraste est encore plus direct concernant la fin de vie.

    La France a désormais institué un droit à l'aide à mourir dans certaines circonstances. Le dispositif permet, sous des conditions précises, le recours à une substance létale.

    Or, devant les autorités françaises, Léon XIV a dénoncé « l'offre d'une mort programmée ».

    La formule est particulièrement forte, précisément parce qu'elle intervient dans un pays qui vient de franchir une nouvelle étape législative sur cette question.

    Le pape pose ici une limite fondamentale : la souffrance humaine ne saurait transformer la mort provoquée en solution médicale ordinaire.

    Il ne s'agit pas simplement d'une divergence sur les garanties entourant l'aide à mourir. C'est une différence concernant la signification même du soin.

    La logique catholique consiste à accompagner la personne souffrante, à soulager sa douleur, à entourer sa fragilité et à ne jamais considérer que la dépendance ou la souffrance lui fait perdre sa dignité.

    Léon XIV parle précisément de « soutenir la fragilité avec tendresse ».

    La formule mérite d'être méditée dans une société où l'autonomie est devenue une valeur centrale. Car que devient la dignité lorsque l'homme n'est plus autonome ? Que vaut une vie lorsqu'elle est devenue entièrement dépendante des autres ?

    La réponse chrétienne est radicale : elle vaut toujours autant.

    La personne âgée, malade, handicapée ou mourante ne possède pas une dignité diminuée. Elle possède la même dignité humaine que lorsqu'elle était jeune, forte, autonome et productive.

    L’homme n’est pas une matière disponible

    Léon XIV élargit d'ailleurs son propos à d'autres questions bioéthiques : il évoque notamment « les manipulations génétiques, la gestation pour autrui, l'achat d'organes », auxquels il associe « l'offre d'une mort programmée ».

    Ce rapprochement révèle la cohérence de sa pensée.

    Dans tous ces domaines apparaît la même question : l'être humain peut-il devenir un objet disponible entre les mains de la technique, du marché ou de la volonté individuelle ?

    Ce qui est techniquement possible n'est pas nécessairement humainement souhaitable.

    La science donne à l'homme des possibilités extraordinaires. Mais elle ne lui fournit pas, à elle seule, le critère permettant de déterminer ce qu'il doit faire de ces possibilités.

    C'est précisément pourquoi Léon XIV rappelle la nécessité d'une conscience morale capable de discerner le bien.

    La liberté n’est pas l’unique mesure du bien

    On retrouve ici l'un des points fondamentaux du message pontifical.

    La culture contemporaine tend souvent à penser la dignité humaine à partir de l'autonomie : je suis libre, donc je dois pouvoir décider.

    Le christianisme part d'un autre principe : je suis une personne, donc ma dignité ne dépend pas de ma capacité à décider, à produire, à être autonome ou à exercer un contrôle sur ma propre existence.

    Cette différence explique une grande partie des tensions actuelles sur l'avortement, l'euthanasie, la procréation ou les manipulations génétiques.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas livré une simple critique circonstancielle de telle ou telle loi française. Il a placé devant la France une question beaucoup plus fondamentale :

    Jusqu'où une société peut-elle étendre le domaine de la liberté individuelle lorsqu'est en jeu la vie d'un autre être humain — l'enfant à naître — ou la vie de celui qui, devenu vulnérable, demande qu'on mette fin à ses souffrances ?

    Face à une culture qui tend à définir certains choix en termes de droits — droit à l'IVG, droit à l'aide à mourir — le pape rappelle un principe antérieur à ces droits : la vie humaine elle-même mérite protection, indépendamment de sa force, de son autonomie ou de son utilité.

    La laïcité n’est pas l’effacement du religieux

    Autre sujet particulièrement sensible en France : la laïcité.

    Léon XIV n'a évidemment pas réclamé un retour à une quelconque confusion entre l'Église et l'État. Mais il a rappelé devant les autorités françaises les « riches racines chrétiennes » de la France et la contribution du christianisme à son histoire intellectuelle, culturelle et spirituelle.

    Ce rappel est loin d'être anodin.

    La laïcité peut être comprise comme la neutralité de l'État à l'égard des religions et comme la garantie de la liberté de conscience. Elle ne devrait pas nécessairement signifier que les convictions religieuses doivent disparaître de l'espace public.

    La neutralité de l'État n'exige pas la neutralisation des croyants.

    Les catholiques sont des citoyens comme les autres. Ils ont donc le droit de participer au débat public à partir de leur foi, de leur conception de la personne humaine et de leur vision du bien commun.

    Léon XIV semble ainsi rappeler une distinction devenue essentielle : respecter la laïcité ne signifie pas renoncer à la vérité ; respecter la liberté de conscience ne signifie pas renoncer à annoncer l'Évangile.

    Une autre conception de l’éducation

    À l'UNESCO, le pape a prolongé cette réflexion sur le terrain de l'éducation.

    Face aux promesses de l'intelligence artificielle et du progrès technologique, il a rappelé que la machine peut établir des corrélations mais qu'elle ne peut répondre aux questions fondamentales concernant « le sens de la vie humaine ».

    Et cette formule particulièrement heureuse : « Le sens est l'oxygène de l'esprit. »

    Éduquer ne consiste donc pas seulement à transmettre des compétences, à préparer à un métier ou à apprendre à maîtriser les nouvelles technologies.

    Éduquer, c'est aussi apprendre à rechercher la vérité, à discerner le bien et à donner un sens à son existence.

    Léon XIV va jusqu'à affirmer que « la recherche de la vérité » est une question de « justice sociale ».

    Dans une époque où la vérité est souvent réduite à une opinion personnelle, cette affirmation n'est pas secondaire.

    Et surtout : annoncer le Christ

    Mais toutes ces questions — la vie, la dignité, la liberté, l'éducation, la paix, la société — ne constituent finalement que les conséquences d'une affirmation plus fondamentale.

    L'Église est là pour annoncer le Christ.

    Au Stade de France, devant des dizaines de milliers de jeunes, Léon XIV n'a pas présenté le christianisme comme une simple tradition culturelle française ou comme une source de valeurs humanistes parmi d'autres. Il leur a parlé de Jésus-Christ, de l'Esprit Saint, du salut, de l'espérance et de la vie éternelle.

    C'est peut-être là le véritable fil conducteur de son séjour parisien.

    À l'Élysée : la dignité de l'homme et le droit à la vie.

    À l'UNESCO : la vérité et le sens de l'existence.

    À Notre-Dame : la foi et l'espérance chrétiennes.

    Au Stade de France : le Christ et la vie éternelle.

    Tout se tient.

    Léon XIV semble rappeler que l'Église n'a pas seulement une histoire à conserver, des œuvres sociales à accomplir ou un patrimoine à défendre. Elle a une foi à transmettre et un Évangile à annoncer.

    Et c'est peut-être précisément ce qui donne à ses paroles leur tonalité particulière.

    Il ne s'agit pas d'une Église qui chercherait à être « moderne » en épousant les catégories du moment. Il s'agit d'une Église qui accepte de dialoguer avec le monde sans devenir le miroir du monde.

    Écouter sans se soumettre.
    Dialoguer sans se diluer.
    Respecter la laïcité sans accepter l'effacement du religieux.
    Défendre la liberté sans oublier les devoirs envers les plus vulnérables.
    Accompagner la souffrance sans faire de la mort une solution.
    Accueillir la modernité sans faire de la technique le critère ultime du bien.
    Et surtout, parler au monde du Christ sans avoir honte de parler comme l'Église.

    À Paris, Léon XIV n'a donc pas simplement commenté l'évolution de la société française.

    Il lui a proposé une autre conception de l'homme.

    Et c'est probablement là que se trouve la portée la plus profonde de son message : dans une société qui proclame de nouveaux droits, le pape rappelle qu'il existe quelque chose qui les précède tous — la dignité inviolable de la personne humaine et, avec elle, le droit à la vie.

    Une Église qui ne rougit pas de son message n'est pas nécessairement une Église fermée au monde.

    Elle peut être, au contraire, une Église qui a encore quelque chose à lui dire.

    (avec l'IA)