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Spiritualité

  • La très belle lettre que le Pape a adressée aux évêques d'Amérique Latine et des Caraïbes

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    LETTRE DU PAPE LEON XIV
    AUX ÉVEQUES D’AMERIQUE LATINE ET DES CARAÏBES
    A L’OCCASION DU TROISIEME CENTENAIRE
    DE LA CANONISATION DE SAINT TURIBE DE MOGROVEJO

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    Chers frères dans l’Épiscopat,

    en réponse à la requête des évêques péruviens et à l’occasion du troisième centenaire de la canonisation de saint Turibe de Mogrovejo, saint patron des évêques d’Amérique latine, je vous salue avec affection dans le Seigneur et vous remercie pour le service que vous rendez au quotidien. En vous adressant ces mots, mon cœur déborde de gratitude pour le privilège que j’ai eu d’exercer mon ministère épiscopal au Pérou. Là, j’ai connu la foi d’un peuple qui m’a tant donné et auprès duquel j’ai acquis une compréhension plus profonde de ce que signifie être pasteur. Cette expérience m’a rapproché de manière bien spéciale de saint Turibe, lui aussi arrivé d’ailleurs sur cette terre qu’il a fini par conquérir au moyen de sa charité pastorale.

    Mes prédécesseurs se sont longuement attardés sur la figure de cet« illustre métropolite de Lima », [1] rappelant son zèle évangélisateur, [2] son engagement pour l’édification et le renouveau de la vie ecclésiale, [3] sa proximité avec les plus pauvres et les plus vulnérables. [4] Sans revenir sur sa biographie, je voudrais plutôt contempler son ministère à la lumière d’un signe qui nous renvoie à l’origine même de notre mission : l’accueil de l’évêque dans sa cathédrale. [5] Un rite similaire est prévu pour la visite pastorale dans une communauté, [6] comme si l’Église souhaitait sans cesse reconduire le prélat à la signification de cette toute première entrée. Ce que la liturgie exprime en si peu de gestes, l’Apôtre des Andes l’a incarné durant tout son ministère pastoral. Le meilleur moyen d’honorer sa mémoire est donc de nous laisser interpeller par la manière dont il a vécu le ministère que nous avons reçu en partage et de l’imiter.

    Le rite s’ouvre devant la porte de la cathédrale. C’est là que le nouvel évêque est accueilli par l’Église à laquelle il a été envoyé. Il arrive dans une communauté qui le précède, qui a parcouru un chemin de foi et dans laquelle l’Esprit Saint est déjà à l’œuvre. En y franchissant le seuil, l’évêque entre dans une histoire qui ne débute pas avec lui et il se retrouve lié, par son ministère, à un peuple spécifique. Le saint Archevêque Turibe était arrivé dans un milieu dont il ne connaissait guère les peuples et les cultures. Pour paître le troupeau de Dieu, il lui fallait donc s’immerger dans la réalité du lieu et, pour cela, il le parcourut. Ses visites pastorales et son souci de voir l’Évangile proclamé dans les langues locales ont renforcé son lien avec cette terre et ses habitants. Il y a des réalités d’un diocèse qu’il est difficile d’appréhender depuis un bureau. Par conséquent, veillons à ce que la visite pastorale conserve toute sa force : allons personnellement à la rencontre de nos communautés, écoutons notre troupeau et recherchons ceux qui trouvent rarement l’occasion de s’adresser à l’évêque. Le ministère d’un successeur des apôtres exige qu’il vive le cœur tourné vers le ciel et les pieds sur terre.

    Toujours à la porte, l’évêque reçoit un crucifix qu’il embrasse. L’Église lui présente ainsi Celui qui aima les siens jusqu’au bout. Ce geste porte la promesse du don de soi. Le ministère pourra conduire l’évêque sur des chemins insoupçonnés et requérir de lui des sacrifices qu’il n’aurait jamais imaginés. La croix lui rappelle qu’il doit rester avec le troupeau dans les moments difficiles et que protéger les brebis peut comporter un coût pour le pasteur lui-même. Turibe a étendu son baiser au corps souffrant du Seigneur à travers ses voyages et son labeur, en défendant les peuples autochtones, en corrigeant les abus et en restant proche des pauvres et de ceux qui souffraient. Chers frères, il est nécessaire que nous fréquentions assidûment l’école de la croix. L’abandon du troupeau peut commencer bien longtemps avant la fuite visible, lorsque le confort, la peur ou l’intérêt personnel l’emportent sur le bien des fidèles. Le mercenaire calcule ce qu’il risque de perdre, tandis que le pasteur sait qu’il doit donner une part de lui-même pour rester fidèle (cf. Jn 10, 12-13).

    L’évêque reçoit alors l’eau bénite ; il s’asperge et asperge les personnes présentes. Ce geste le ramène à la source commune qu’est le baptême. Avant d’être pasteur, il est disciple ; avant de conduire le Peuple de Dieu, il se compte lui-même au nombre des baptisés, devenus enfants de Dieu dans le Christ. La sainteté du pasteur ne va pas de soi (cf. 1 Tm 4, 16). Saint Turibe pouvait exiger une vie ecclésiale plus fidèle à l’Évangile parce qu’il avait lui-même commencé à s’y soumettre. Qui a reçu la charge de sanctifier a toujours besoin d’être sanctifié ; qui proclame la miséricorde en a besoin lui aussi. Prenons donc soin de notre vie intérieure et gardons à l’esprit que nous sommes des disciples qui ont besoin de conversion.

    Le rite conduit ensuite l’évêque au Tabernacle où il s’agenouille dans un moment d’adoration. Avant d’entamer son ministère, il se tient en silence devant le Saint-Sacrement. Les évêques passent ; le Christ demeure (cf. He 13, 8). Les pasteurs changent, de nouveaux besoins apparaissent, et les projets se succèdent, mais l’Église vit toujours du Seigneur. C’est pourquoi je vous invite à faire de l’adoration eucharistique une priorité pastorale. L’amour de Turibe pour l’Eucharistie transparaissait dans son désir de rapprocher chacun de Jésus. Offrons à nos fidèles du temps et de l’espace pour qu’ils demeurent en sa présence ; encourageons l’adoration prolongée. Je suis convaincu que la sainte présence du Seigneur, accueillie et fidèlement adorée, soutient ce que nos seules forces ne parviennent pas à réaliser et ouvre des voies qu’aucune planification n’aurait pu prévoir. C’est son amour qui transformera nos diocèses.

    Après avoir revêtu ses ornements liturgiques, l’évêque s’approche de l’autel et le baise. C’est le même Seigneur devant lequel il vient de s’agenouiller qu’il contemple maintenant comme celui qui rassemble son Église autour de lui et en fait un seul corps (cf. 1 Co 10, 17). Le saint prélat Turibe a servi une Église vaste et plurielle, en s’efforçant de la maintenir unie. Il est également de notre responsabilité de veiller à ce que la diversité de nos diocèses trouve, dans le Christ, son unité. L’autel nous rappelle que la communion est au cœur même de notre mission.

    Puis il se dirige vers la cathèdre, et l’on lit les Lettres apostoliques – la bulle par laquelle le Pontife romain l’a nommé pasteur de cette Église particulière. L’évêque ne s’est pas octroyé cette mission ; il l’a reçue et l’exerce dans la communion de l’Église, uni au Successeur de Pierre et au Collège des évêques. L’enseignement qu’il dispense depuis sa cathèdre ne découle pas de vues personnelles qu’il tente d’imposer. Il a reçu la foi de l’Église et est appelé à « garder le bon dépôt », à l’approfondir et à le rendre intelligible à ceux qui lui sont confiés (cf. 2 Tm 1, 13-14). Saint Turibe a bien compris cette responsabilité. Son accueil du Concile de Trente, les conciles provinciaux, les synodes diocésains et son œuvre catéchétique témoignent de son désir de transmettre la foi dans son intégralité et de la rendre accessible à ses interlocuteurs. À une époque où de nombreuses voix tentent d’influencer la conscience des fidèles, il est de la responsabilité de l’évêque d’offrir un enseignement clair, patient, enraciné dans la communion, afin d’aider son peuple à reconnaître la voix de l’unique Pasteur.

    Le clergé et les fidèles s’approchent alors pour lui « témoigner obéissance et respect ». [7]La révérence reçue devient pour l’évêque une responsabilité ; l’obéissance offerte exige de lui qu’il fasse preuve de paternité. Celle-ci se manifeste particulièrement dans sa relation avec les prêtres qui lui sont unis de manière singulière dans l’unique sacerdoce et dans la mission confiée à l’Église particulière. Turibe veillait à leur formation, se montrait exigeant quant à l’admission aux ordres, rendait visite à ses prêtres et maintenait la discipline ecclésiastique, conscient que la vie du clergé a des répercussions sur celle du peuple. Chers frères, soyons proches de nos prêtres. Prenons soin tout particulièrement du séminaire et des premières années de ministère, favorisons une fraternité authentique et incitons les prêtres à s’adresser à leur évêque de manière régulière, et pas uniquement en cas de difficulté. La paternité épiscopale se manifeste bien des fois lorsque le prêtre sait qu’il peut frapper en toute confiance à la porte de la résidence épiscopale.

    Après l’Évangile, l’évêque s’adresse pour la première fois à son peuple. Jusque-là la liturgie l’avait placé dans une attitude de réception et d’écoute, le maintenant en silence et en adoration. Ce n’est que maintenant qu’il prend la parole. Cet ordre simple est porteur d’un enseignement qu’il convient de garder à l’esprit en tout temps. Parmi les nombreuses responsabilités qui jalonnent nos journées, nous avons été envoyés pour proclamer la Bonne Nouvelle. À l’exemple des Apôtres, nous sommes appelés à persévérer « dans la prière et dans le ministère de la Parole » (Ac 6, 4). Saint Turibe avait fait de sa vie le prolongement de sa prédication ; et sa prédication était crédible parce qu’il avait laissé l’Évangile imprégner toute son existence. Qu’aucune urgence ni tâche pastorale, aussi nécessaire soit-elle, ne substitue la prière qui est l’antichambre de la prédication. Prenons toujours le temps nécessaire pour écouter la Parole de Dieu et pour préparer soigneusement la manière de la présenter à notre peuple.

    Une fois les rites de réception accomplis et la liturgie de la Parole célébrée, vient le moment de présenter l’offrande. Dans cette offrande, nous pouvons percevoir tout ce que l’évêque remettra, jour après jour, entre les mains du Seigneur : son travail, les projets qu’il entreprendra, les décisions qu’il devra prendre, le peuple qui lui a été confié avec ses préoccupations et espérances. Il y aura des moments où il verra clairement le chemin, et d’autres où il éprouvera sa propre petitesse : tout cela trouve place sur la patène. Il revient à l’évêque de s’offrir fidèlement, mais la fécondité, en dernier ressort, appartientà Dieu (cf. 1 Co 3, 6-7).

    La célébration elle-même révèle la source de cette fécondité. Dans la Sainte Messe, l’unique sacrifice du Christ pour le salut du monde s’actualise sacramentellement, tandis que le peuple est uni à l’offrande de son Seigneur. De ce Saint Sacrifice jaillit la grâce de laquelle l’Église vit et par laquelle le Christ continue de la rassembler et de la sanctifier à travers l’histoire. L’évêque, comme tout prêtre, prête sa voix et ses mains au Christ, le Prêtre suprême et éternel, qui agit à travers son ministère. Ce qu’il célèbre doit s’étendre à sa propre vie, chaque jour plus unie à l’offrande du Seigneur, jusqu’à ce que toute son existence devienne, dans le Christ, une offrande au Père.

    La géographie spirituelle de l’Église en Amérique latine est marquée par des pasteurs qui ont rendu visible cette union entre l’autel et la vie. La figure de saint Turibe n’est donc pas isolée. À travers les siècles et dans différentes régions du continent, s’est formée une véritable constellation d’évêques que l’Église vénère comme saints et bienheureux. Aux côtés du grand archevêque de Lima figurent, parmi d’autres illustres évêques, les saints Antoine Marie Claret, Ezéckiel Moreno, Raphael Guízar et Oscar Romero, et les bienheureux Jean de Palafox, Hyacinthe Vera, Mamert Esquiú, Henri Angelelli, Jesús Jaramillo et Edouard Pironio. Approfondissons le ministère et les écrits de ces pasteurs et faisons-les connaître dans nos Églises locales. Leur témoignage peut nous aider à mieux comprendre la mission de l’évêque et revêtir un intérêt particulier pour la formation des séminaristes et des prêtres. Leurs vies montrent comment une même mission peut prendre diverses formes selon les époques et les circonstances, de même qu’elles forment une école de pasteurs issus de notre histoire ecclésiale. Les saints continuent de former des saints (cf. He 13, 7).

    Confions à Notre-Dame de Guadalupe notre désir de vivre avec fidélité renouvelée la mission que nous avons reçue. À l’aube de l’évangélisation de ce continent bien-aimé, elle a voulu que saint Juan Diego portât sa requête à l’évêque, et que ce fût à ce dernier de discerner et d’accueillir ce que le Seigneur accomplissait par le biais d’un humble messager. Cette rencontre reste pour nous, pasteurs, une invitation à être attentifs à l’action de Dieu qui se manifeste souvent par des voies surprenantes, en engageant des personnes aux parcours singuliers. Par l’intercession de la Mère de Dieu, demandons la grâce de connaître, servir et aimer les Églises qui nous sont confiées, afin que, lorsque viendra le moment de rendre compte de notre ministère au Seigneur, nous nous entendions dire : « Très bien, serviteur bon et fidèle, [...] entre dans la joie de ton seigneur » (Mt 25, 21).

    Avec affection fraternelle, je vous bénis de tout cœur.

    Du Vatican, le 8 septembre 2026, Nativité de la Bienheureuse Vierge Marie.

     

    LÉON PP. XIV

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    [1] Pie XII, Message radiophonique au Ve Congrès International de l’Éducation Catholique, 12 janvier 1954.

    [2] Cf. Saint Jean Paul II, Rencontre avec les évêques péruviens, 2 février 1985.

    [3] Cf. Benoît XVI, Message à l’occasion du quatrième centenaire de la mort de saint Turibe, 23 mars 2006.

    [4] Cf. François, Rencontre avec les évêques à Lima, 21 janvier 2018.

    [5] Cf. Cérémonial des Évêques, pp. 1141-1144.

    [6] Cf. Ibid., p. 1180.

    [7] Ibid., p. 1143.

  • Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

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    D'Olivier Bonnassies sur 1000 Raisons de Croire :

    Saint Matthieu, apôtre, évangéliste et martyr (+61)

    Matthieu, aussi appelé Lévi dans l’Évangile ( Mt 9,9  10,3 ), a été appelé par Jésus alors qu’il était assis à son bureau de collecteur d’impôt, et il a fait partie de la deuxième fournée de six apôtres « choisis » ( Jn 6,70 ), « institués » ( Mc 3,14 ) et « établis » ( Mc 3,16 ) par le Christ Jésus « pour être avec lui » ( Mc 3,14 ) et le connaître au long de ses trois années de vie publique, afin qu’ils puissent être ses fiables « témoins » ( Lc 24,48 ) et le fondement de l’Église. On dit même qu’il a été appelé le dernier, et que tous les autres étaient relativement choqués de devoir accueillir parmi eux un collecteur d’impôts qui avait une si mauvaise réputation, mais Matthieu avait pris la décision de quitter sa vie passée et de s’ouvrir totalement au Christ.

    Ensuite, après la Pentecôte, étant parmi les plus lettrés des apôtres, il sera, selon saint Irénée et Eusèbe de Césarée, missionné par les Douze pour fixer par écrit, « dans la langue des Hébreux », c’est-à-dire dans sa langue maternelle, l'araméen , l’enseignement oral que les apôtres ont donné publiquement en Israël pour attester que Jésus est bien le Messie attendu, annoncé par l’Écriture et les prophètes. Plus tard, sur les traces de la tribu de Lévi, il partira évangéliser sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie, avant d’être martyrisé, selon la tradition, en 61, à Naddarer, dans le sud de l’Égypte, non loin de la frontière, dans ce qui est aujourd’hui le nord du Soudan.


    Les raisons d'y croire

    • Le processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu est de mieux en mieux connu aujourd’hui, de même que le contexte culturel, économique, linguistique, intellectuel, matériel et liturgique d’Israël au 1er siècle, et tout cela conduit à confirmer la rapidité et la fiabilité de la genèse des textes du Nouveau Testament.
    • Comme pour tous les apôtres, le changement de comportement de Matthieu entre le moment de la Passion, où tous sauf Jean ont abandonné le Christ, et le moment de l’évangélisation où ils ont tout donné pour lui, qui ne peut s’expliquer que par les « nombreuses preuves » ( Ac 1,3 ) données par Jésus de sa Résurrection et par le don de l'Esprit Saint à la Pentecôte ( Ac 2,1-47 ), est une grande raison de croire.
    • Matthieu est ainsi devenu comme tous les autres un témoin intrépide du Christ, que rien ni personne n’a pu faire renier, et il a, lui aussi, scellé son témoignage par le martyre.
    • Son Évangile est un témoignage crédible, remarquable et véridique du Christ, rédigé à l'attention des juifs, qui montre tout particulièrement à quel point Jésus accomplit les prophéties et l’attente d’Israël.
    • Les restes et reliques de saint Matthieu sont aujourd’hui dans la basilique qui porte son nom, à Salerne, en Italie, et de nombreux miracles et guérisons sont attestés en ce lieu.

    En savoir plus

    Les Évangiles sont nés dans le contexte de la naissance de l’Église après la Pentecôte, c’est-à-dire dans le monde juif du 1er siècle. À l’époque, la culture mésopotamienne, la plus ancienne du monde, domine la région : c’est dans cette culture que sont nés l’écriture, le commerce et les premiers savoirs scientifiques (cf. numéro n° 99 de L’Histoire). La langue parlée en Israël au temps du Christ est l’araméen de l’empire parthe, la grande langue commerciale d’échange utilisée dans tout l’Orient, des bords de la Méditerranée à l’Inde, et sur toutes les routescommerciales de l’Antiquité.L’hébreu n’est qu’une langue liturgique (un peu comme le latin pour nous), et le grec est une langue internationale, mais surtout en Méditerranée, de même que le latin et le phénicien, même si les conquêtes d’Alexandre l’ont fait connaître aussi en Orient.

    La vie de en Israël au temps du Christ est structurée autour de trois niveaux de la Torah : une pratique domestique quotidienne, comprenant des lectures et des prières ; la pratique à la synagogue où l’on se réunit surtout le jour du shabbat pour la prière, la lecture et les commentaires des Écritures (la Torah, divisée en 52 parties, permet une lecture continue tout le long des shabbat, de la Genèse au Deutéronome, en intégrant toutes les fêtes liturgiques juives) ; et une pratique liée au Temple, avec les six fêtes qui y sont célébrées sur le cycle d’hiver, d’octobre à juin, avec Rosh Hoshana, Yom Kippour, la fête des Tentes, la Dédicace du Temple, Pâques (Pessah) et Pentecôte (Shavouot), toutes liées aussi à des textes précis. Le cycle d’été, sans fête, est un peu l’équivalent de notre « temps ordinaire ». Chaque semaine, et pour chaque fête, une section de la Torah et un texte des prophètes sont proclamés. Il n’y a pas d’autres Écritures canoniques que la Torah, les prophètes et les psaumes.

    La prédication du Christ s’appuie sur la vie liturgique d’Israël parcourant la Torah. Il se positionne par rapport à ces textes de la Torah et des prophètes lus dans les synagogues ( Lc 4,15 ) et au Temple. Il les commente et leur donne un développement messianique, qui se met en place en lien avec des dates, des lieux et des événements significatifs et bien précis. Par exemple, le dernier jour de la fête des Tentes ( Jn 7,2 ), quand le Christ parle au Temple des « fleuves d’eau vive » qui couleront de son sein ( Jn 7,37-38 ), c’est un commentaire direct des textes de Zacharie ( Za 14,8 ) et Ezéchiel ( Ez 47,1-12 ) qui sont lus ce jour-là. Ou encore, à la Synagogue de Nazareth, « selon son habitude » Jésus fait la lecture du prophète Isaïe, et il commente avec un développement messianique : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » ( Lc 4,16-21 ).

    Après Jésus, les apôtres prêchent la Nouvelle Alliance dans un contexte juif.Tous les protagonistes sont israélites : les apôtres, les disciples, les convertis, les opposants, et tous vont à la synagogue en semaine et au Temple pour les fêtes, en participant aux mêmes offices. Les apôtres sont interrogés au tribunal suprême, le Sanhédrin, où Pierre et Jean donnent un témoignage juridiquement valable, et ils prêchent également sous la colonnade de Salomon, au Temple, ou en privé, oralement, de maître à disciple, selon l’exemple du Christ. Ils se concentrent sur cette prédication, comme « témoins » ( Ac 1,8 ) de tout ce qu’ils ont vu et entendu « depuis le baptême de Jean jusqu’au jour où Jésus a été enlevé » ( Ac 1,22 ). En fonction des temps liturgiques, ils sont amenés naturellement à rappeler les enseignements du Christ qui correspondent, et c’est ainsi que se fixe très rapidement une catéchèse naturelle, orale, adossée aux lectures des Écritures saintes d’Israël, qui demeurent les seuls « écrits ».

    L’enseignement des apôtres se met donc naturellement en place sur le rythme du calendrier synagogal pour, chaque dimanche, après chaque shabbat, rappeler les faits et gestes que le Christ avait posés en correspondances avec les lectures sabbatiques. Récemment, des chercheurs ont dit avoir montré que les Évangiles de Matthieu et de Luc sont en correspondance avec les textes synagogaux des huit mois du cycle d’hiver – l’Évangile de Marc pouvant, semble-t-il, être mis en correspondance avec les textes des quatre mois du cycle d’été –, ce qui induirait que les Évangiles synoptiques se sont constitués à partir des lectionnaires de la première Église – l’Évangile de Jean, structuré sur les fêtes du Temple, étant un enseignement complémentaire, destiné aux auditeurs déjà initiés. Ainsi, de même que Jésus enseignait aux foules en paraboles et expliquait tout en particulier à ses disciples ( Mt 4,34 ), et que Paul distingue les commençants à qui il faut donner « du lait » et ceux qui sont plus avancés, qui peuvent prendre « de la nourriture solide » ( 1Co 3,1-2 ), il y avait aussi naturellement de la part des apôtres un enseignement public général et un enseignement plus approfondi coordonné avec celui-ci (beaucoup ont bien noté qu’il y a clairement une répartition des récits : les Évangiles synoptiques ne parlent par exemple pas de la résurrection de Lazare, qui était un événement majeur, et l’Évangile de Jean ne dit rien de l’institution de l’Eucharistie, pourtant au cœur des événements de la Cène, rapportée par Jean avec de nombreux détails, ce qui montre que les deux enseignements sont bien coordonnés).

    C’est ainsi que, selon le témoignage de saint Irénée, vers 180, « Matthieu publia chez les Hébreux, dans leur propre langue, une forme écrite d’Évangile à l’époque où Pierre et Paul évangélisaient Rome et fondaient l’Église » (Contre les hérésies, III, 1,1). Eusèbe de Césarée (265 – 340) dans son Histoire ecclésiastique le confirme, ajoutant que, parmi les apôtres, « seuls Matthieu et Jean ont laissé des mémoires des enseignements du Seigneur. Et la tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité » (HE 3,24,5), c’est-à-dire que les apôtres privilégiaient l’enseignement oral, qui était la norme, mais que l’écrit pouvait suppléer en cas de nécessité (dispersion, départ en mission, persécution, etc.). « La Tradition rapporte qu’ils en vinrent à écrire par nécessité. Matthieu, en effet, prêcha d’abord aux Hébreux. Comme il devait aussi aller vers d’autres, il livra à l’écriture, dans sa langue maternelle, son Évangile, suppléant du reste à sa présence par le moyen de l’écriture, pour ceux dont il s’éloignait . Alors qu’après cela Luc et Marc éditaient un Évangile par écrit pour les causes que nous avons dites précédemment (ils s’éloignaient de leur communauté), Jean, à ce que l’on dit, continuait sa prédication tout le temps sans mise par écrit. Finalement, il en vint aussi à écrire, pour la raison suivante. Alors que les trois Évangiles écrits précédemment avaient déjà été transmis chez tous (les fidèles) et chez lui aussi, il les reçut, dit-on en rendant témoignage de leur vérité. Mais il manquait à leurs écrits le seul récit des choses faites par le Christ dans les premiers temps et au début de sa prédication » (HE 3,24,8). Eusèbe de Césarée rapporte aussi qu’on dit qu’un certain Panthène, « allé jusqu’en Inde […] trouva sa venue devancée par l’Évangile de Matthieu chez certains indigènes du pays qui connaissaient le Christ. À ces gens-là, Barthélémy, l’un des apôtres, aurait prêché et il leur aurait laissé l’ouvrage de Matthieu écrit en lettres hébraïques, qu’eux auraient conservé jusqu’au temps où nous parlons » (HE 10,2) et il y a plusieurs autres témoignages comparables.

    L’Évangile de Matthieu qui s’adresse aux juifs est donc certainement le premier Évangile composé et diffusé, comme l’enseignait déjà, en 1911, la Commission biblique du Vatican, en se prononçant sur des questions liées à ce sujet : « Faut-il considérer comme suffisamment fondée par la voie de la tradition l’opinion selon laquelle Mathieu a précédé dans sa rédaction les autres évangélistes et qu’il a composé le premier Évangile dans la langue maternelle alors utilisée par les juifs de Palestine ? Réponse : "oui", pour les deux parties » (Denzinger n°3562) ; et « s’agissant de l’ordre chronologique des Évangiles, est-il permis de s’éloigner de l’opinion corroborée par le témoignage à la fois très ancien et constant de la Tradition et qui atteste qu’après Mathieu qui, le premier de tous, composa son Évangile dans la langue maternelle, Marc a écrit le deuxième, et Luc le troisième. Ou faut-il d’un autre côté considérer comme contraire à cette conception l’opinion qui affirme que le deuxième et le troisième Évangile ont été composés avant la traduction grecque du premier Évangile ? Réponse : " non ", pour les deux parties ». La Commission précise aussi que l’Évangile de Matthieu « ne suit pas toujours l’ordre chronologique » (Denzinger n°3566), ce qui est logique caril est calé sur une seule année liturgique. Comme l’ont remarqué aussi plusieurs Pères de l’Église, il n’y a qu’une seule montée du Christ vers Pâques, alors qu’il y est allé bien sûr chaque année au cours des trois années de sa vie publique. Matthieu est aussi, naturellement l’Évangile qui s’adresse le plus aux juifs car, dans les premières années de la prédication, tous les protagonistes, apôtres, disciples, opposants, enseignants et auditeurs, sont tous juifs. Les apôtres suivent le commandement du Christ qui leur avait demandé d’être d’abord ses témoins « à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie » avant de l’être « jusqu’aux extrémités de la Terre » ( Ac 1,8 ).

    La meilleure compréhension que nous avons aujourd’hui du processus de composition, d’écriture et de publication de l’Évangile de Matthieu donne de nouveaux arguments sur la fiabilité et la rapidité de la genèse de ces textes. Il est clair qu’à chaque fois qu’un miracle ou un événement marquant se produisait, les disciples et les témoins le racontaient des dizaines de fois : « Alors, il a pris cinq pains et deux poissons et… » et tous ceux qui ont fait l’expérience de ce genre de transmission savent que, dans ces conditions, les récits se précisent et se fixent très vite. C’est encore plus vrai dans une culture orale, qui est celle du monde juif après l’Exil, bénéficiant des techniques mésopotamiennes de composition et de mémorisation des textes. Et le Christ lui-même veillait avec toute l’attention, le savoir-faire d’organisation, et la méthode du peuple juif (cf. tout l’Ancien Testament) à ce que la prédication soit précise. Ensuite, les apôtres ont répété cent fois tous les faits et gestes de Jésus dont ils avaient été témoins, « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé » ( Ac 1,21-22 ), et tous ces enseignements ont donc été naturellement et définitivement fixés très tôt, dès les premières années de prédication, à Jérusalem et en Israël, dans les années 30. Il s’agissait au début de commenter les Écritures tout au long de l’année liturgique, et ces récits n’ont été écrits et diffusés sous forme d’Évangile que plus tard, en fonction des besoins et des nécessités, quand les persécutions et les missions ont conduit les apôtres à se disperser et s’éloigner.

    De son côté, Matthieu, qui était probablement de la tribu de Lévi, est, selon la tradition, parti prêcher sur la route de l’encens, vers l’Arabie et l’Éthiopie. Au temps du Christ, le peuple juif comptait, selon les estimations, entre 4 et 8 millions de personnes, qui se répartissaient en gros pour moitié en Israël et pour moitié dans une diaspora gigantesque et unique au monde, présente dans toutes les régions du monde antique, de la Chine à l’Angleterre, avec des communautés particulièrement importantes à Rome, en Égypte et en Mésopotamie. On estime que les Juifs représentaient entre 5 à 10 % de l’Empire romain, ce qui en faisait une communauté importante et influente. De grandes routes commerciales traversaient le monde antiqueautour d’Israël, qui occupe une position centrale sur les « routes de la soie » notamment, de la Méditerranée à la Chine, mais aussi sur les « routes de l’encens » vers la péninsule Arabique et l’Afrique, et sur la « route de l’étain » vers l’Espagne, l’Europe occidentale et l’Angleterre. Les Juifs en sont les principaux organisateurs : ils font fonctionner le commerce de la Chine à l’Espagne en s’appuyant sur leur diaspora. Leurs circuits commerciaux antiques étaient très organisés et permettaient l’échange et le commerce d’épices, de textiles, de pierres précieuses, de métaux précieux, de technologies et le partage d’idées religieuses et philosophiques, et les apôtres se servent de ces connexions pour la diffusion de l’Évangile.

    Finalement Matthieu donnera le témoignage du martyr, en 61, à Naddarer, au sud de l’Égypte. Selon la vénérable tradition que rapporte le martyrologe romain, les Virtutes Apostolorum (VIe siècle) et La Légende dorée (XIIIe siècle), il fut secondé en Éthiopie par l’eunuque de Candace, la reine d’Éthiopie, dont parlent les Actes des Apôtres ( Ac 8,26-39 ). Deux sorciers, Zaroès et Arfaxar, annoncèrent au roi qu’ils ne pouvaient sauver son fils Euphranor, mourant, mais l’eunuque amena à la cour Matthieu, qui parvint à le sauver. Le roi et sa famille se convertirent, favorisant la christianisation du pays. Le roi suivant, Hyrtaque, voulut se marier à Iphigénie, vierge consacrée au Christ, mais Matthieu refusa. Après 23 ans de mission en Éthiopie, il mourut martyr à Naddarer, en 61, après que le roi eut envoyé un de ses soldats passer l’apôtre au fil de l’épée. Son corps fut transféré à Salerne, en Italie, où une basilique qui porte son nom fut érigée autour de ses reliques : c’est aujourd’hui un important lieu de pèlerinage, et de nombreux miracles et guérisons y sont recensés. En 2014, le pape François a ordonné une étude scientifique des reliques pour confirmer leur authenticité. Les résultats de l’étude n’ont pas été rendus publics, mais le pape François a confirmé que les reliques étaient bien authentiques.

    Matthieu a été célébré par le Caravage qui, dans son tableau très connu (cf. notre illustration), fait bien comprendre à quel point est surprenant le choix de Matthieu, le publicain, par le Christ pour être un de ses plus proches – un des Douze –, et c’est pourquoi le thème de la miséricorde est aussi si fort et si présent dans tout l’Évangile de Matthieu : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : "Je veux la miséricorde, non le sacrifice." En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (cf. Mt 9,9-13 ).

    Olivier Bonnassies


    Au delà

    L’Évangile de Matthieu est, comme tous les Évangiles, à lire et à méditer car la parole de Dieu parle d’elle-même. Comme le dit le Christ, ses brebis « reconnaissent sa voix » ( Jn 10,26-27 ).


    Aller plus loin

    Le film Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli, qui retrace magnifiquement le parcours du Christ à partir de l’Évangile de Matthieu notamment.


    En complément

  • "Le publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu"

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    Saint Matthieu du Caravage... - Secret World

    Benoît XVI, lors de l'audience générale du mercredi 30 août 2006, a consacré sa catéchèse à l'apôtre et évangéliste Matthieu (source):

    Chers frères et soeurs,

    En poursuivant la série de portraits des douze Apôtres, que nous avons commencée il y a quelques semaines, nous nous arrêtons aujourd'hui sur Matthieu. En vérité, décrire entièrement sa figure est presque impossible, car les informations qui le concernent sont peu nombreuses et fragmentaires. Cependant, ce que nous pouvons faire n'est pas tant de retracer sa biographie, mais plutôt d'en établir le profil que l'Evangile nous transmet.

    Pour commencer, il est toujours présent dans les listes des Douze choisis par Jésus (cf. Mt 10, 3; Mc 3, 18; Lc 6, 15; Ac 1, 13). Son nom juif signifie "don de Dieu". Le premier Evangile canonique, qui porte son nom, nous le présente dans la liste des Douze avec une qualification bien précise:  "le publicain" (Mt 10, 3). De cette façon, il est identifié avec l'homme assis à son bureau de publicain, que Jésus appelle à sa suite:  "Jésus, sortant de Capharnaüm, vit un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de publicain. Il lui dit:  "Suis-moi". L'homme se leva et le suivit" (Mt 9, 9). Marc (cf. 2, 13-17) et Luc (cf. 5, 27-30) racontent eux aussi l'appel de l'homme assis à son bureau de publicain, mais ils l'appellent "Levi". Pour imaginer la scène décrite dans Mt 9, 9, il suffit de se rappeler le magnifique tableau du Caravage, conservé ici, à Rome, dans l'église Saint-Louis-des-Français. Dans les Evangiles, un détail biographique supplémentaire apparaît:  dans le passage qui précède immédiatement le récit de l'appel, nous est rapporté un miracle accompli par Jésus à Capharnaüm (cf. Mt 9, 1-8; Mc 2, 1-12) et l'on mentionne la proximité de la mer de Galilée, c'est-à-dire du Lac de Tibériade (cf. Mc 2, 13-14). On peut déduire de cela que Matthieu exerçait la fonction de percepteur à Capharnaüm, ville située précisément "au bord du lac" (Mt 4, 13), où Jésus était un hôte permanent dans la maison de Pierre.

    Sur la base de ces simples constatations, qui apparaissent dans l'Evangile, nous pouvons effectuer deux réflexions. La première est que Jésus accueille dans le groupe de ses proches un homme qui, selon les conceptions en vigueur à l'époque en Israël, était considéré comme un pécheur public. En effet, Matthieu manipulait non seulement de l'argent considéré impur en raison de sa provenance de personnes étrangères au peuple de Dieu, mais il collaborait également avec une autorité étrangère odieusement avide, dont les impôts pouvaient également être déterminés de manière arbitraire. C'est pour ces motifs que, plus d'une fois, les Evangiles parlent à la fois de "publicains et pécheurs" (Mt 9, 10; Lc 15, 1), de "publicains et de prostituées" (Mt 21, 31). En outre, ils voient chez les publicains un exemple de mesquinerie (cf. Mt 5, 46:  ils aiment seulement ceux qui les aiment) et ils mentionnent l'un d'eux, Zachée, comme le "chef des collecteurs d'impôts et [...] quelqu'un de riche" (Lc 19, 2), alors que l'opinion populaire les associait aux "voleurs, injustes, adultères" (Lc 18, 11). Sur la base de ces éléments, un premier fait saute aux yeux:  Jésus n'exclut personne de son amitié. Au contraire, alors qu'il se trouve à table dans la maison de Matthieu-Levi, en réponse à ceux qui trouvaient scandaleux le fait qu'il fréquentât des compagnies peu recommandables, il prononce cette déclaration importante:  "Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs" (Mc 2, 17).

    La bonne annonce de l'Evangile consiste précisément en cela:  dans l'offrande de la grâce de Dieu au pécheur! Ailleurs, dans la célèbre parabole du pharisien et du publicain montés au Temple pour prier, Jésus indique même un publicain anonyme comme exemple appréciable d'humble confiance dans la miséricorde divine:  alors que le pharisien se vante de sa propre perfection morale, "le publicain... n'osait même pas lever les yeux vers le ciel, mais il se frappait la poitrine en disant:  "Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis!"". Et Jésus commente:  "Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste. Qui s'élève sera abaissé; qui s'abaisse sera élevé" (Lc 18, 13-14). Dans la figure de Matthieu, les Evangiles nous proposent donc un véritable paradoxe:  celui qui est apparemment le plus éloigné de la sainteté peut même devenir un modèle d'accueil de la miséricorde de Dieu et en laisser entrevoir les merveilleux effets dans sa propre existence. A ce propos, saint Jean Chrysostome formule une remarque significative:  il observe que c'est seulement dans le récit de certains appels qu'est mentionné le travail que les appelés effectuaient. Pierre, André, Jacques et Jean sont appelés alors qu'ils pêchent, Matthieu précisément alors qu'il lève l'impôt. Il s'agit de fonctions peu importantes - commente Jean Chrysostome - "car il n'y a rien de plus détestable que le percepteur d'impôt et rien de plus commun que la pêche" (In Matth. Hom.:  PL 57, 363). L'appel de Jésus parvient donc également à des personnes de basse extraction sociale, alors qu'elles effectuent un travail ordinaire.

    Une autre réflexion, qui apparaît dans le récit évangélique, est que Matthieu répond immédiatement à l'appel de Jésus:  "il se leva et le suivit". La concision de la phrase met clairement en évidence la rapidité de Matthieu à répondre à l'appel. Cela signifiait pour lui l'abandon de toute chose, en particulier de ce qui lui garantissait une source de revenus sûrs, même si souvent injuste et peu honorable. De toute évidence, Matthieu comprit qu'être proche de Jésus ne lui permettait pas de poursuivre des activités désapprouvées par Dieu. On peut facilement appliquer cela au présent:  aujourd'hui aussi, il n'est pas admissible de rester attachés à des choses incompatibles avec la "sequela" de Jésus, comme c'est le cas des richesses malhonnêtes. A un moment, Il dit sans détour:  "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi" (Mt 19, 21). C'est précisément ce que fit Matthieu:  il se leva et le suivit! Dans cette action de "se lever", il est légitime de lire le détachement d'une situation de péché et, en même temps, l'adhésion consciente à une nouvelle existence, honnête, dans la communion avec Jésus.

    Rappelons enfin que la tradition de l'Eglise antique s'accorde de façon unanime à attribuer à Matthieu la paternité du premier Evangile. Cela est déjà le cas à partir de Papia, Evêque de Hiérapolis en Phrygie, autour de l'an 130. Il écrit:  "Matthieu recueillit les paroles (du Seigneur) en langue hébraïque, et chacun les interpréta comme il le pouvait" (in Eusèbe de Césarée, Hist. eccl. III, 39, 16). L'historien Eusèbe ajoute cette information:  "Matthieu, qui avait tout  d'abord prêché parmi les juifs, lorsqu'il décida de se rendre également auprès d'autres peuples, écrivit dans sa langue maternelle l'Evangile qu'il avait annoncé; il chercha ainsi à remplacer par un écrit, auprès de ceux dont il se séparait, ce que ces derniers perdaient avec son départ" (Ibid., III, 24, 6). Nous ne possédons plus l'Evangile écrit par Matthieu en hébreu ou en araméen, mais, dans l'Evangile grec que nous possédons, nous continuons à entendre encore, d'une certaine façon, la voix persuasive du publicain Matthieu qui, devenu Apôtre, continue à nous annoncer la miséricorde salvatrice de Dieu et écoutons ce message de saint Matthieu, méditons-le toujours à nouveau pour apprendre nous aussi à nous lever et à suivre Jésus de façon décidée.

  • La méthode scientifique est-elle objective?

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    De Jean-Pierre Snyers :

    La méthode scientifique est-elle objective?

    On le sait, la méthode scientifique repose sur des axiomes (qui, par définition, sont indémontrables). Voilà qui ressemble étrangement à un acte de foi et qui semble bien manquer d'objectivité. Contrairement à ce postulat de départ, un esprit neutre ne dira pas "oui" ou "non" avant son examen et cela, parce qu'il sait que ce n'est qu'après celui-ci qu'il pourra éventuellement se prononcer. Un exemple me revient à l'esprit. Il y a quelques années, j'ai lu un livre qui avait pour but de montrer la fausseté des apparitions mariales. Seulement voilà, avant celui-ci, il en avait écrit un autre dans lequel il affirmait que le Christ n'a jamais existé.  Problème: s'il part du fait que Jésus-Christ n'a pas existé, comment une apparition de sa mère pourrait-elle avoir lieu? Il est résulte qu'à la base, tout est faussé et que sa conclusion était déjà présente avant sa recherche. Donc, aucune objectivité n'existe dans son cas. Dans le même sens, quand il examinait un miracle dans l'Evangile, Jean-Paul Sartre "savait" d'avance que le miracle est impossible et cela prouve le caractère on ne peut plus partial de son étude. 

    Par ailleurs, Emmanuel Kant a soutenu que nous ne connaissons jamais le noumène (les objets tels qu'ils sont indépendamment de nous), mais uniquement le phénomène (c'est à dire ce qu'ils sont tels qu'ils nous apparaissent à travers nos filtres mentaux). Donc, prétendre que la science décrit la réalité telle qu'elle est, s'avère intellectuellement indigent, très peu crédible. Cela dit, fort heureusement, il existe d'autres moyens de connaissances. Parmi ceux-ci: la philosophie (dont fait partie la métaphysique), la logique, le degré de probabilités, la mystique ou encore l'intuition.

    A propos de l'intuition, permettez-moi de vous faire part d'un fait qui m'est arrivé. Il y a une vingtaine d'années, mon collègue de travail a fait une crise cardiaque. Transporté d'urgence (dans le coma) à l'hôpital universitaire de Leuven, son état était particulièrement alarmant. Durant les jours qui suivirent, j'avais de ses nouvelles grâce à sa femme à qui je téléphonais. Cependant, plus le temps passait, pire c'était et cela au point où son épouse a fini par me dire que les médecins de voyaient plus qu'une seule solution: tout débrancher et le laisser mourir. Ayant marqué son accord, elle a ajouté que ses funérailles sont prêtes et que sa tombe est déjà creusée. Très bouleversé par cette triste nouvelle, j'étais dans mon bureau où se trouvaient 3000 livres philosophiques et religieux. Moins d'une minute après, j'ai pris, je ne sais pas pourquoi, un tout petit livre (que j'avais complètement oublié et que je n'avais jamais lu). Il avait trait à une apparition de la Vierge à Turzovka (en Slovaquie) vue par garde-forestier. Sans l'avoir feuilleté, je suis immédiatement tombé sur un court passage ayant trait à une dame qui avait une amie (que j'appellerai Simone) qui était dans le coma. Pensant à elle, elle fit cette prière: "Au nom de Notre-Dame de Turzovka, réveille-toi Simone" Contre toute attente, le même jour son amie s'est réveillée et fut entièrement guérie. Juste après avoir lu cela, j'ai fait la même prière en utilisant le prénom (Corneille) de mon collègue. Deux heures après, sa femme me téléphone en me disant: "Jean-Pierre, tu ne me croiras pas, Corneille s'est réveillé et, non seulement c'est le cas, mais il parle, il mange et veut se lever". 6 jours plus tard, il est sorti de l'hôpital sans aucune séquelle et vécu encore de nombreuses années en parfaite santé. Qu'en pensez-vous et qu'en pense la science actuelle? Qu'il s'agit d'un simple hasard ou d'une intervention d'un monde au-delà du matériel qui, à travers les postulats du monde scientifique, se voit refusé d'emblée?...

    Jean-Pierre Snyers (Adresse du blog : jpsnyers.blogspot.com )
  • 25e dimanche "ordinaire" : les travailleurs de la onzième heure

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    A5558.jpgRembrandt : les travailleurs de le onzième heure

    http://www.homelies.fr/homelie,ferie,2880.html

    Le maître du domaine sort au petit jour pour embaucher des ouvriers à sa vigne. Il propose un salaire, généreux pour l’époque, de un denier d’argent pour la journée. Voilà pour la mise en situation. Viennent ensuite deux mouvements dans le récit, d’ampleurs égales. Tout d’abord l’embauche successive d’autres ouvriers. L’information pourrait n’être qu’une anecdote, mais un suspens est créé à cause de la négociation du salaire. Nous ne savons pas combien ils seront payés : « je vous donnerai ce qui est juste » dit seulement le maître. Quel est le salaire juste ?

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  • Salus populi ego sum (introit du 25e dimanche du temps ordinaire)

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    Introitus Introït
    Ps 30,7-8  
    SALUS pópuli ego sum, dicit Dóminus: de quacúmque tribulatióne clamáverint ad me, exáudiam eos: et ero illórum Dóminus in perpétuum. Ps. 77, 1 Atténdite, pópule meus, legem meam: inclináte aurem vestram in verba oris mei. V/. Glória Patri. Moi Je suis le salut du peuple, dit le Seigneur ; en quelque tribulation qu’ils crient vers Moi, Je les exaucerai, et Je serai leur Seigneur pour toujours. Ps.Mon peuple, soyez attentif à ma loi, prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche. V/. Gloire au Père.
  • Allez vous aussi à ma vigne (25e dimanche du T.O.)

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    Lors de l'Angelus du dimanche 21 septembre 2008, à Castelgandolfo, Benoît XVI a commenté l'évangile de ce jour sur les ouvriers de la dernière heure :

    ... dans l'Evangile d'aujourd'hui (cf. Mt 20, 1-16a), Jésus raconte précisément la parabole du patron de la vigne qui appelle des ouvriers à travailler dans sa vigne, à différentes heures du jour. Le soir venu, il donne à tous le même salaire, une pièce d'argent, suscitant les protestations des ouvriers de la première heure. Il est clair que cette pièce d'argent représente la vie éternelle, don que Dieu réserve à tous. Et ceux qui sont considérés les "derniers", s'ils l'acceptent, deviennent même les "premiers", alors que les "premiers" peuvent risquer de devenir les "derniers". Un premier message de cette parabole est que le patron ne tolère pas, d'une certaine manière, l'inactivité:  il veut que tous soient engagés dans sa vigne. Et, en réalité, le fait d'être appelés est déjà la première récompense:  pouvoir travailler dans la vigne du Seigneur, se mettre à son service, collaborer à son œuvre, constitue en soi une récompense inestimable, qui compense toutes les peines. Mais seul celui qui aime le Seigneur et son Royaume le comprend; celui qui travaille en revanche uniquement pour son salaire, ne comprendra jamais la valeur de ce trésor inestimable.

    C'est saint Matthieu, apôtre et évangéliste - dont c'est d'ailleurs aujourd'hui la fête liturgique -, qui raconte la parabole. Il me plaît de souligner que Matthieu a personnellement fait cette expérience (cf. Mt 9, 9). Avant que Jésus l'appelle, il exerçait en effet le métier de publicain et était par conséquent considéré comme un pécheur, exclu de la "vigne du Seigneur". Mais tout change quand Jésus, en passant près de sa table des impôts, le regarde et lui dit:  "Suis-moi". Matthieu se leva et le suivit. Le publicain se transforma immédiatement en disciple du Christ. Il était le "dernier" et se retrouva le "premier", grâce à la logique de Dieu qui, - heureusement pour nous! - est différente de celle du monde. "Vos pensées ne sont pas mes pensées - dit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe - et mes voies ne sont pas vos voies" (Is 55, 8). Saint Paul, dont nous célébrons une année jubilaire particulière, a lui aussi connu la joie de se sentir appeler par le Seigneur à travailler dans sa vigne. Et quel travail il a accompli! Mais, comme il le confesse lui-même, c'est la grâce de Dieu qui a agi en lui, cette grâce qui a transformé le persécuteur de l'Eglise en apôtre des nations. Au point de lui faire dire:  "Pour moi, certes, la Vie, c'est le Christ, et mourir représente un gain". Mais il ajoute immédiatement:  "Cependant, si la vie dans cette chair doit me permettre encore un fructueux travail, j'hésite à faire un choix" (Ph 1, 21-22). Paul a bien compris que travailler pour le Seigneur est déjà sur cette terre, une récompense.

    La Vierge Marie, que j'ai eu la joie de vénérer à Lourdes il y a une semaine, est le sarment parfait de la vigne du Seigneur. En Elle a germé le fruit béni de l'amour divin:  Jésus, notre Sauveur. Qu'Elle nous aide à toujours répondre avec joie à l'appel du Seigneur, et à trouver notre bonheur dans le fait de pouvoir travailler généreusement pour le Royaume des cieux.

  • Les ouvriers de la onzième heure (25e dimanche du temps ordinaire)

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    Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 20,1-16a.

    En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. 
    Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée : un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent, et il les envoya à sa vigne. 
    Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire. 
    Et à ceux-là, il dit : “Allez à ma vigne, vous aussi, et je vous donnerai ce qui est juste.” 
    Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. 
    Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : “Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?” 
    Ils lui répondirent : “Parce que personne ne nous a embauchés.” Il leur dit : “Allez à ma vigne, vous aussi.” 
    Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : “Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.” 
    Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’un denier. 
    Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier. 
    En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : 
    “Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !” 
    Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : “Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? 
    Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : 
    n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ?” 
    C’est ainsi que les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. » 

    Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris 

    Les ouvriers de la onzième heure, homélie du Père Simon Noël osb (source)

    Lambert Jacobsz, mort en 1637

    La parabole que nous venons d'entendre est une parabole plutôt déroutante, car le Seigneur nous semble ne pas être juste selon nos catégories humaines habituelles. Si un ouvrier travaille pour moi deux heures et un autre seulement une heure, je paierai le premier deux fois plus que le second.

    Il est évident que cette parabole n'est pas à prendre au pied de la lettre et cela nous invite à en rechercher le sens spirituel.

    Les différentes heures du jour dont on nous parle représentent les âges de la vie ou les différentes périodes de l'histoire religieuse de l'humanité. Certains sont chrétiens et servent Dieu depuis leur plus tendre enfance. D'autres se convertissent dans leur jeunesse, ou leur âge mûr ou enfin sur le tard. Certains même ne se convertissent qu'au moment de la mort. Tous recevront la même récompense. Le denier que le maître de la vigne paie à tous ceux qui ont travaillé pour lui symbolise la récompense éternelle du paradis, accordée à tous ceux qui meurent en état de grâce, quel que soit le moment où ils se sont convertis. Le paradis est un don de la miséricorde divine. Personne de toute manière n'y a droit et Dieu n'est pas injuste en traitant tous les sauvés avec une identique miséricorde. Mais la justice de Dieu sera quand même satisfaite. Car Dieu donnera un degré de bonheur éternel en proportion de nos mérites. Prenons une comparaison. Si on demande à des gens de venir avec un verre, pour qu'on le remplisse d'eau fraîche, ceux qui viennent avec de grands verres recevront plus d'eau que ceux qui viennent avec des verres de moindre contenance. Il en sera de même, quand nous entrerons dans la vie éternelle et que le Seigneur nous dira : Entre dans la joie de ton maître. Selon la grandeur de notre cœur, ou de notre capacité d'amour, nous recevrons une vie et une joie plus ou moins grandes. Voici ce que disait à ce sujet le curé d'Ars : Il faut bien savoir et se persuader que Dieu n'opère dans nos âmes que selon le degré de nos opérations, de nos désirs, de nos actes intérieurs produits à cette fin. Un vase prend de l'eau à une fontaine selon sa capacité.

    Par contre tous les saints, les petits comme les grands, connaîtront un bonheur parfait, à la mesure de leur degré d'amour et de sainteté. Cela doit donc nous inciter à nous sanctifier de plus en plus tout au long de notre vie, à croître sans cesse dans l'amour. Et cela n'a rien à voir avec le moment de notre conversion. Un âme qui se convertit à la dernière heure peut mourir avec une telle perfection de contrition et d'amour qu'elle aura un ciel plus beau que celle qui aura servi Dieu toute se vie mais dans la tiédeur et la médiocrité.

    Il y a donc le mérite de l'homme. Certes personne ne mérite le ciel. Je le rappelle c'est un don gratuit de la divine miséricorde. Ce qui est premier c'est toujours la grâce de Dieu. Mais il y faut la collaboration libre de l'homme et c'est en cela que consiste le mérite. Une préface que l'on dit à la messe des saints le dit à merveille : Lorsque tu couronnes les mérites, tu couronnes tes propres dons.
     
    Les premiers seront les derniers et les derniers premiers. Un autre sens de la parabole, c'est que à tous les âges de l'histoire le salut et la conversion sont possibles. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, nous dit saint Paul. Divers peuples sont entrés les uns après les autres dans le salut de Dieu. Le peuple juif a été le premier appelé, mais, selon beaucoup de commentateurs, il sera finalement le dernier à reconnaître en Jésus, le Messie de Dieu et le seul Sauveur. Et lorsqu'il le fera en tant que peuple, alors le monde sera prêt pour le retour en gloire de Notre-Seigneur, qui viendra rendre à chacun le salaire promis. 
  • La puissance évangélisatrice de Rome

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    De Jayd Henricks sur le CWR :

    La puissance évangélisatrice de Rome

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie.

    18 septembre 2026

    Au cours des siècles passés, les grands missionnaires de l’Église — dont beaucoup sont aujourd’hui canonisés — se rendaient aux confins du monde pour y porter le Christ à ceux que l’Église appelait autrefois les païens. Les dangers n’avaient rien d’exagéré. Il fallait des mois pour traverser les océans, avec un risque bien réel de naufrage, de maladie et de famine, risques qui étaient toujours possibles, voire probables. Et lorsqu’un missionnaire parvenait jusqu’à sa destination, la perspective d’un martyre atroce n’était jamais très éloignée. Survivre ne garantissait nullement le succès. Il fallait d’abord passer des années à apprendre une langue étrangère et à s’adapter à une culture inconnue ; ce n’est qu’une fois la confiance gagnée que l’œuvre d’évangélisation pouvait véritablement commencer.

    Les résultats furent contrastés. Saint François Xavier aurait baptisé des centaines de milliers de personnes, mais les pays qu’il évangélisa demeurèrent en grande partie non chrétiens. Les martyrs de l’Amérique du Nord ne connurent presque aucun fruit immédiat ; pourtant, leur sang devint une semence féconde pour des convertis ultérieurs tels que sainte Kateri Tekakwitha — des exceptions importantes, mais rares. Ailleurs, notamment dans une grande partie de l’Afrique, la foi finit par s’enraciner et devint la religion dominante des populations. Le Mexique et l’Amérique du Sud la reçurent eux aussi en masse, même si nous voyons aujourd’hui la sécularisation éroder ce qui avait été conquis.

    Ce qui poussait des hommes et des femmes à tout abandonner pour évangéliser un peuple étranger, c’était la conviction que la foi au Christ n’était pas un chemin parmi d’autres, mais le chemin nécessaire, qui valait tous les sacrifices. Le salut d’une seule âme justifiait le renoncement au confort terrestre, voire à la vie elle-même. Pour ces missionnaires, risquer tout pour avoir une chance de gagner une seule âme au Christ comptait parmi les vocations les plus élevées qu’une personne puisse recevoir.

    L’Église d’aujourd’hui, cependant, agit trop rarement comme si elle partageait cette conviction. Il y a peu d’urgence à conduire les non-chrétiens au Christ, et à peine davantage à catéchiser ceux qui sont déjà baptisés. Des prêtres suivis par des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes enseignent de plus en plus que la loi morale est négociable, ou que la conversion au Christ constitue certes un bel idéal, mais guère une nécessité. Il ne fait aucun doute que d’autres continuent à poursuivre héroïquement l’évangélisation, parfois au prix de véritables risques personnels, y compris à travers les médias modernes. Les « pères Walter Ciszek » de notre époque ne sont généralement pas présents sur les réseaux sociaux, mais ils existent, et nous ferions bien de nous en souvenir. L’Église, quelles que soient les habitudes concrètes de ses membres, demeure par nature une Église évangélisatrice, et elle devrait agir comme telle avec davantage de constance.

    La technologie a transformé la manière dont chacun, y compris l’Église, entre en relation avec le monde, et certains catholiques excellent remarquablement dans l’évangélisation en ligne. Le Vatican, en revanche, n’en fait pas partie. Depuis Jean-Paul II, le Saint-Siège n’a plus disposé d’une voix véritablement puissante, mondiale et évangélisatrice. La nouvelle préfète pour la communication du Vatican, Montse Alvarado, dispose d’une formidable occasion d’aligner les efforts médiatiques du Vatican sur la mission évangélisatrice de l’Église. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une nouvelle stratégie médiatique du Vatican pour le XXIe siècle. Cela demandera un travail considérable, mais une possibilité beaucoup plus simple et évidente se trouve sous nos yeux, une possibilité que l’Église néglige depuis très longtemps.

    Rome est constamment l’une des villes les plus visitées au monde, et l’année dernière l’a démontré de manière éclatante : les responsables du Vatican et de Rome estiment qu’environ 33,5 millions de pèlerins et de visiteurs ont traversé la ville au cours du seul Jubilé de 2025, un record pour une année — soit plus de 90 000 personnes par jour. À la différence des siècles passés, lorsque les grands missionnaires se rendaient aux confins de la terre à la recherche des âmes, au péril de leur vie, ce sont désormais des millions d’âmes qui arrivent d’elles-mêmes à la porte du Vatican. Imaginons que le Saint-Siège prenne cela au sérieux : non pas seulement comme une source de revenus grâce aux billets des Musées du Vatican, mais comme une occasion permanente d’enseigner et d’évangéliser. Ce ne serait pas difficile et cela permettrait peut-être à l’Église de remplir sa mission davantage que presque tout ce que fait aujourd’hui le Vatican.

    Si j’étais pape — exercice d’imagination comparable au fameux « si j’étais Spider-Man » — je ferais de cette question une priorité absolue : je confierais à une communauté religieuse la mission de former des historiens de l’Église et de l’art qui proposeraient ensuite des visites gratuites des principales églises et des grands sites historiques de Rome. Il faudrait plusieurs années pour former convenablement ces guides, mais certainement pas des décennies, comme c’est si souvent le cas pour les grandes initiatives.

    Ce n’est pas une utopie. Les parcs nationaux forment des gardes forestiers afin qu’ils proposent gratuitement aux visiteurs des visites historiques et pédagogiques, à des personnes qui n’avaient pas demandé de conférence et qui repartent pourtant reconnaissantes de l’avoir reçue. Gettysburg, par exemple, prend vie grâce à l’intervention d’un spécialiste de la guerre de Sécession. Des guides bénévoles accompagnent déjà les visiteurs à Notre-Dame de Paris et à la cathédrale de Canterbury, en expliquant les vitraux et l’architecture sans susciter de controverse. Après tout, c’est l’Église qui a inventé l’idée de communautés religieuses constituées autour d’une mission particulière : prêcher, enseigner ou prendre soin des pauvres. Rien n’empêcherait de créer une nouvelle communauté, ou de réorienter une communauté existante, afin qu’elle remplisse précisément cette mission : former des historiens et des catéchistes dont la vocation serait d’accompagner les pèlerins à travers Rome. La matière ne manque pas : elle est d’une extraordinaire richesse historique et théologique.

    Passez quinze minutes à Saint-Pierre, au Latran, au Panthéon ou dans n’importe lequel des hauts lieux touristiques de Rome, et écoutez les conversations. Le manque de connaissances et de compréhension dont témoignent des millions de visiteurs est profondément attristant. Ils savent qu’ils contemplent quelque chose d’important, mais ils ignorent ce que c’est et pourquoi cela l’est. Ils sont ouverts à une certaine forme d’éclairage, mais on ne leur en donne que des bribes. Plus probablement, ils se contentent de « cocher une case » entre une pizza et une glace, alors que leur curiosité pourrait ouvrir sur tellement davantage ! Ils regardent, mais ne voient pas.

    Je ne leur en fais pas le reproche. Ils savent que Rome est un lieu particulier et ont donc réservé un voyage coûteux dans la Ville éternelle. Malheureusement, la plupart repartent sans avoir véritablement compris ce qu’ils ont vu. Certains font appel à des guides touristiques laïques, mais ces visites sont largement dépourvues de profondeur spirituelle ou de toute véritable appréciation des sacrifices consentis pour faire de Rome le grand sanctuaire de la chrétienté, seulement dépassé par la Terre sainte elle-même.

    Les visiteurs n’apprennent rien du sang des martyrs des Ier, IIe et IIIe siècles, qui furent la semence de l’Église. Ils n’apprennent pas la signification théologique de l’architecture, qui exprime quelque chose de plus sublime que la seule beauté. Ils ne découvrent pas véritablement les saints, car on leur parle souvent davantage des génies artistiques ou des techniques employées dans les chefs-d’œuvre que de l’histoire des personnages représentés. Ils ignorent le scandale lié à la manière dont certains de ces édifices et de ces œuvres d’art ont été financés — un scandale que leurs commanditaires justifiaient précisément par le fait que ces œuvres étaient destinées à rendre sensible le divin. C’est pourtant là l’occasion d’une réflexion honnête sur la manière dont Dieu agit à travers notre faiblesse humaine.

    Ces touristes quittent probablement Rome sans véritablement comprendre ce que sont les clés du Royaume confiées à Pierre, ni la succession ininterrompue de ses successeurs jusqu’au pape Léon XIV aujourd’hui. Il n’est pas excessif de dire que Rome ne peut être comprise indépendamment de la papauté. Si la ville existe sous une forme proche de celle que nous lui connaissons aujourd’hui, c’est en raison de la mission confiée par le Christ à Pierre et du martyre de Pierre sur le lieu même où se dresse aujourd’hui la basilique Saint-Pierre. Combien de visiteurs de Rome comprennent tout cela ? Si Rome ne peut être comprise sans Pierre, pourquoi l’Église n’enseigne-t-elle pas à ceux qui viennent à Rome qui est Pierre, et qui est le Seigneur de Pierre ? Pourquoi n’utilise-t-elle pas les édifices et les œuvres d’art pour évangéliser ?

    Des siècles de sang, de sueur et de larmes ont été investis dans des dizaines de lieux saints, édifiés grâce au travail de pauvres catholiques croyants qui comprenaient l’importance de l’espace sacré et de l’art sacré. Ce trésor matériel et spirituel est aujourd’hui gaspillé par ce qui semble être un péché d’omission, c’est-à-dire le fait de ne pas accomplir le bien que l’on pourrait faire. Une seule âme vaut davantage que toutes les œuvres d’art du Vatican réunies, et pourtant on constate bien peu d’urgence à utiliser ce trésor pour la conversion des âmes.

    Les confessionnaux constituent un témoignage de la vie sacramentelle de l’Église, et ils sont accessibles parce que l’infrastructure existe déjà : il n’y a rien à construire, il suffit de les pourvoir en personnel. Heureusement, de nombreuses églises de Rome offrent chaque jour la confession, dans les confessionnaux traditionnels, visibles de tous — ce qui mériterait d’être imité chaque fois que de nouvelles églises sont construites. Le voyant rouge ou vert placé au-dessus de la « boîte » suscite certainement la curiosité des touristes, mais aucune catéchèse ne vient répondre à cette curiosité. Imaginons un simple dépliant ou un moine en habit présent sur place pour expliquer le sacrement à nos païens contemporains venus en touristes. Je soupçonne que le fruit d’une telle initiative serait éternel pour certains.

    Prenons encore la place Saint-Pierre, où passent chaque jour des dizaines de milliers de touristes largement dépourvus de catéchèse. Des religieux en habit pourraient proposer gratuitement d’expliquer la signification de la façade de la basilique et des saints qui dominent la place, l’histoire du lieu — du martyre de Pierre sous l’empire romain à la conversion de Constantin et à la construction de la basilique primitive, de la contribution de l’Église aux arts et aux sciences au Moyen Âge à la construction de la nouvelle basilique et aux controverses qui l’entourèrent, jusqu’à une présentation honnête du rôle du Saint-Siège durant la Seconde Guerre mondiale, et au-delà.

    Tout cela constitue une matière extraordinairement riche pour les esprits spirituellement curieux qui visitent le Vatican. Les Musées du Vatican eux-mêmes représentent, selon la même logique, une immense occasion manquée. Elizabeth Lev montre depuis des années qu’une visite guidée de la Rome chrétienne peut être substantielle, captivante et véritablement évangélisatrice ; ses visites prouvent qu’il existe à la fois une demande et une matière abondante. Mais ses visites sont payantes et ne touchent que ceux qui savent déjà qu’ils peuvent s’adresser à elle. Pourquoi ne pas reprendre ce qu’elle a déjà démontré comme efficace et en proposer gratuitement une version, par l’intermédiaire d’une communauté religieuse créée précisément à cette fin, aux millions de personnes qui se promènent dans le Vatican ?

    Des visites similaires pourraient être proposées dans les trois autres basiliques majeures, à la Chiesa Nuova, au Gesù, ou même sur des sites tels que le Panthéon et le Colisée — chacun de ces lieux constituant une occasion d’évangéliser le monde au moment même où celui-ci traverse la Ville éternelle.

    Rien de tout cela ne nécessite une approche autoritaire ou pesante. Un touriste présent place Saint-Pierre n’est pas venu écouter un sermon, et le traiter comme un public captif produirait l’effet inverse de celui recherché. Mais il existe un vaste espace entre le silence et la démarche commerciale agressive. Un guide bien formé qui se contente de dire la vérité sur la signification d’un édifice et sur les raisons de sa construction ne fait pas du prosélytisme. Il enseigne, et l’enseignement constitue en lui-même une forme de témoignage.

    Certains craindront que l’institutionnalisation d’une telle démarche ne banalise les lieux, transformant l’espace sacré en une étape touristique supplémentaire accompagnée d’un discours préfabriqué. Mais le risque inverse est précisément celui dans lequel nous vivons aujourd’hui : ces lieux fonctionnent déjà comme des produits de consommation, avec billets d’entrée, photographies et absence d’interprétation, ce qui constitue en soi une forme de banalisation. Expliquer ce que signifie un lieu ne le transforme pas en marchandise ; c’est le laisser muet qui le fait. De courts fascicules pourraient être proposés aux visiteurs, avec l’adresse d’un site Internet bien conçu pour ceux qui souhaiteraient approfondir, avant ou après leur voyage. Les possibilités de créativité sont presque infinies, et le coût, rapporté à ce que l’Église dépense déjà pour entretenir ces édifices, serait faible.

    Plutôt que de risquer leur vie et leur intégrité physique, les missionnaires de l’Église peuvent laisser le monde venir à eux. Trente-trois millions de personnes n’ont pas eu besoin d’être recherchées, poursuivies ou transportées à travers un océan au cours de cette seule année. Elles sont venues d’elles-mêmes, ont payé leur voyage et ont franchi la porte. Le moins que l’Église puisse faire est de les accueillir avec autre chose que le silence. Ce serait un effort digne d’être entrepris en hommage à ceux qui, autrefois, ont donné leur vie pour porter le message de Jésus à toutes les parties du monde.

    Mais, plus important encore, c’est la bonne chose à faire si nous croyons au Credo.

  • Léon XIV fera une halte discrète à la chapelle des Carmes à Paris

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    D' sur le site de France Catholique :

    Léon XIV pèlerin à la chapelle des Carmes

     
     

    Un raccourci saisissant. Le samedi 26 septembre au matin, au cours de son voyage en France, le pape Léon XIV fera une halte discrète à la chapelle des Carmes à Paris. Là, il se recueillera devant les reliques des 115 prêtres martyrs de la Révolution, à proximité de la tombe de Frédéric Ozanam qui, lui, a amplement contribué au renouveau de l’intelligence de la foi.

    Dans cette crypte de l’église, le Pape aura ainsi devant les yeux le pire et le meilleur. Le pire, c’est-à-dire une idéologie – celle initiée par les « Lumières » – qui avait « perverti les esprits et corrompu les mœurs, et rempli avant tout la France de meurtres et de ruines », comme le souligna le décret pontifical de 1926 actant le martyre des victimes de la Révolution, et donc leur béatification.

    Relèvement de la foi

    Le meilleur, c’est la surprenante fécondité de ce même martyre. Car à peine 50 ans après ce sanglant épisode, un brillant intellectuel, Frédéric Ozanam, reprend le flambeau de la foi qui semble alors moribonde. Prenant acte du rationalisme de la Sorbonne, Ozanam crée la première chaire de littérature comparée, et s’attache à y réconcilier foi et raison, en montrant l’apport du christianisme à la civilisation. Mais il veut également nourrir intellectuellement les catholiques, et les rendre fiers de leur histoire. Il lance les fameuses conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, qui ont un succès considérable ! Sa vision du combat culturel à mener est claire, et elle est résolument positive ! «J’apprends, écrit-il, à ne pas désespérer de mon siècle en voyant quels périls a traversés cette société chrétienne dont nous sommes des disciples, dont nous saurons au besoin être les soldats.» Et il joint le geste à la parole, devenant un apôtre de la charité et visitant les pauvres du quartier Mouffetard à Paris.

    En sera-t-il de même dans les années à venir, à observer le changement générationnel à l’œuvre chez les catholiques, avec certes une minorité – de celles qui changent le monde – de jeunes qui ont soif, et sont prêts à agir à contre-courant. Ce tournant pour l’Église en France serait-il un des enjeux sous-jacents de la venue de Léon XIV ?

    Pour cela, il faudra retenir une autre leçon d’Ozanam, celle qui lui faisait opposer «l’esprit de jouissance» à «l’esprit de sacrifice». C’est une autre dimension du personnage, méconnue, celle qui lui faisait dire, lui qui fut fauché à 40 ans par la tuberculose : « Je pense souvent à la mort mais non plus pour en avoir peur. (…) Qu’est-ce qu’un jour de moins dans l’avenir, quand l’avenir est éternel?» Ces mots, criants de vérité, sont d’un chrétien qui sait que son âme est immortelle !

    Et c’est la même inspiration qui guidait les martyrs de la Révolution, dont un des tortionnaires ne put s’empêcher de constater le courage : « Je m’abîme d’étonnement, vos prêtres allaient à la mort avec la même joie et la même allégresse que s’ils fussent allés aux noces. »

    Ainsi, lorsque le Pape, poursuivant son pèlerinage en France, se recueillera devant la Sainte Tunique d’Argenteuil au Stade de France, après avoir vénéré la Couronne d’épines à Notre-Dame, il pourra saisir quelque chose de cet esprit français dans ce qu’il a de meilleur, quand il ne se résout pas au défaitisme et au déclin !

  • 19 septembre : il y a 180 ans, à La Salette, la Vierge est apparue à Mélanie et Maximin

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    D'Aleteia.org :

    Il y a 180 ans, le 19 septembre 1846, Marie apparaissait à deux enfants, Mélanie et Maximin, sur la montagne de La Salette. Le véritable "secret" de la Vierge reste un mystère, l'Église ne reconnaissant pas son ton apocalyptique. On y parle de guerres, de tremblements de terre et de démons sur Terre.

    19 septembre 1846, sud-est de la France. Dans les alpages du petit village de La Salette, la Vierge Marie apparaît à deux enfants venus y faire paître leurs vaches : Mélanie Calvat (14 ans) et Maximin Giraud (11 ans). La Vierge est en pleurs, assise sur un gros caillou. Elle est habillée comme les femmes du village : une robe qui descend jusqu’aux pieds, un fichu sur les épaules, une coiffe sur la tête, et un tablier autour de la taille. La coiffe, le fichu et ses pieds sont ornés de guirlandes de roses. Près des roses du fichu, une lourde chaîne. La Vierge porte sur sa poitrine un crucifix avec, de chaque côté, une paire de tenailles et un marteau. Un halo de lumière émane du crucifix.

    Lire la suite sur Aleteia.org

  • Un protecteur pour ceux qui présentent des examens

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    Saint Joseph de Cupertino, céleste protecteur de ceux qui passent des examens.(18 septembre) (blogue du Mesnil-Marie)

    La vie de Saint Joseph de Cupertino est assurément l’une des plus extraordinaires et des plus déroutantes de l’hagiographie, mais le fait que son procès de canonisation se soit déroulé en plein « siècle des lumières« , sous les yeux – peut-on dire – des hyper-critiques qui cherchaient à discréditer le catholicisme par tous les moyens, est déjà une garantie : l’Eglise en face de tant de contradicteurs s’est posé toutes les questions qu’on était en droit d’attendre en pareil cas et a fait preuve de circonspection, accumulant les plus certains des témoignages sur ce « phénomène » vraiment déconcertant pour les esprits rationalistes.
    Joseph Désa naquit dans une famille pauvre de biens matériels mais riche de foi et de vertus chrétiennes, le 17 juin 1603. C’était à Cupertino, dans le diocèse de Nardo, au Royaume de Naples.Joseph passa toute son enfance dans cette petite ville, auprès de son père, menuisier, et  de sa mère, Françoise Zanara, femme laborieuse et énergique… La famille était profondément chrétienne et on raconte que dès l’âge de cinq ans le petit Joseph donna des signes de grande piété et vertu…Néanmoins, s’il était précoce en vertu, il était naturellement maladroit – c’est un euphémisme! – d’une maladresse aussi bien manuelle qu’intellectuelle, au point qu’on le considéra bien vite comme le « simplet » du village… Atteint d’une étrange maladie, dont il fut guéri en recourant avec ferveur à la Très Sainte Vierge, il résolut de consacrer sa vie à Dieu et s’imposa dès lors de grandes mortifications comme on en pratique dans les ordres religieux les plus austères.A dix-sept ans, comme deux de ses oncles étaient franciscains conventuels, il se présenta dans leur Ordre où il fut refusé pour insuffisance intellectuelle.

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