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Spiritualité

  • « L’Eucharistie n’est pas un simple repas commémoratif »

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    De Mathilde de Robien sur Aleteia :

    Gaspard Craplet : « L’Eucharistie n’est pas un simple repas commémoratif »

    Pour les premiers chrétiens, la messe était vitale. Qu'en est-il aujourd'hui ? Dans son dernier livre, "La messe au cœur de nos vies", le père Gaspard Craplet invite à redécouvrir ce qui se joue à chaque célébration et à s'émerveiller du mystère de l'Eucharistie. Entretien.

    "Sine dominico non possumus." ("Sans la messe du dimanche, nous ne pouvons pas vivre.") Ce sont les paroles des martyrs d’Abitène, exécutés en 304, lancées au proconsul romain venu les arrêter lors d’une messe clandestine. Les premiers chrétiens considéraient la messe comme quelque chose de vital pour l’âme. Le père Gaspard Craplet, prêtre de la société Jean-Marie Vianney, chargé de la pastorale et enseignant au séminaire d’Ars, invite à se mettre à leur école. À travers son dernier livre, le prêtre rend le mystère de l'Eucharistie plus accessible et invite chacun à s’émerveiller devant le sacrifice de la messe.

    Lire l'interview du Père Craplet sur aleteia.org

  • L’opportunité de donner à Marie le titre de Corédemptrice

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

    L’opportunité de donner à Marie le titre de Corédemptrice

    Cet article est publié parallèlement par L’Homme Nouveau (dans son bimensuel du 10 octobre 2026, pp. 24-25, et sur son site : Les splendeurs de Marie corédemptrice).

    Les éditions Via Romana ont courageusement publié deux ouvrages traitant de la corédemption de la Vierge Marie, alors que l’étrange note doctrinale du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, Mater Populi fidelis, publiée le 4 novembre 2025, avait dénié l’opportunité d’appliquer à la Sainte Vierge le titre de corédemptrice de même que celle du titre équivalent de médiatrice de toutes les grâces.

    Le premier livre, de Guy Barrey, Marie Corédemptrice, Mère, Médiatrice et Avocate[1], avec une préface de Mgr Athanasius Schneider, est une entrée en matière précieuse sur ce sujet. Il fait une présentation théologique de ce titre qui exprime le mystère de la participation de la Mère de Dieu, avec et sous son divin Fils, à l’acquisition par la satisfaction de toutes et chacune des grâces de salut concédées aux hommes, par les mérites de congruo (fondés sur la charité) de sa Compassion, lesquels sont, par la volonté de Dieu, indissolublement unis aux mérites de condigno (fondés sur la justice) de la Passion du Christ.

    Guy Barrey attire notamment l’attention sur la dévotion aux Cœurs unis de Jésus et de Marie propagée par saint Jean Eudes, et à sa suite par saint Louis-Marie Grignion de Montfort, qui écrivait : « Le Cœur de cette glorieuse Marie a contribué à l’œuvre de notre rédemption, parce que Jésus […] est le fruit du Cœur de cette bienheureuse Vierge et que ce même Cœur est aussi le sacrificateur qui a offert cette divine hostie, et l’autel sur lequel elle a été offerte » (saint Jean Eudes, Le Cœur admirable de la très sacrée Mère de Dieu).

    Le second livre, sous la direction de Karen Darantière, rassemble les actes d’un colloque qui s’est tenu à Paris les 23 et 24 mai 2025 sous le titre : Les splendeurs de Marie corédemptrice[2]. L’ouvrage, qui contient notamment les contributions de Mgr Athanasius Schneider, du P. Manfred Hauke, de la faculté de théologie de Lugano, du P. Serafino Lanzetta, est agrémenté d’une série de photographies de tableaux commentés théologiquement, tel le triptyque du Buisson ardent de Nicolas Froment, ou la Vierge de l’Apocalypse de Miguel Cabrera.

    Le P. de Nadaï, op, membre de la Commission léonine[3], y montre le rattachement du titre de corédemptrice au fait que le Verbe a voulu assujettir son incarnation rédemptrice à la volonté de Marie. Elle a ainsi droit au titre de corédemptrice parce qu’elle a droit d’abord à celui de Mère de Dieu, qui est au reste d’une force bien plus grande.

    Roberto De Mattei traite de « la question mariale lors du Concile Vatican II ». Un schéma spécifique De Beata Maria Virgine avait été préparé, dans lequel le titre de médiatrice de toutes les grâces, comme associée au Christ dans leur acquisition, était clairement énoncé. En revanche, celui de corédemptrice avait été omis au motif qu’il pourrait « être mal compris des protestants ». Ajoutons que, tant dans ce schéma préparatoire que dans les autres, aucun canon de définition infaillible n’était prévu.

    Malgré sa prudence, le schéma rencontra une forte opposition devant le Concile, car il lui était reproché de faire obstacle à l’œcuménisme vis-à-vis des protestants. Il fut d’abord fondu dans celui sur l’Église, qui deviendra la constitution Lumen gentium. En outre, les Pères progressistes voulaient que l’on en ôtât le titre de Marie médiatrice de toutes les grâces. Selon un processus habituel lors de Vatican II, on trouva un compromis entre l’aile avancée et les évêques conservateurs : le titre fut inséré au milieu d’autres et privé du génitif « de toutes les grâces » : « La bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice » (n. 62).

    Roberto De Mattei remarque que, dans ce domaine comme en d’autres, la minorité progressiste l’emporta grâce aux concessions du front conservateur. Les mariologues de celui-ci tenteront ensuite désespérément de se référer à la mention de Lumen gentium, mais c’est bien la « réinterprétation » minimaliste de la mariologie par le Concile, celle de l’abbé René Laurentin, qui l’emporta.

    Dans ce colloque, nous étions pour notre part chargé de parler de « la doctrine de la corédemption dans l’école française de spiritualité », qui a mis en valeur le thème équivalent de Virgo Sacerdos, Vierge Prêtre, qui remonte au Pseudo-Épiphane de Salamine (Ve siècle), et qu’on retrouve ensuite de siècle en siècle jusqu’à Ippolito Marracci (1604-1675).  Pour l’école française de spiritualité, dont le cardinal de Bérulle fut le premier de cordée, et spécialement pour Jean-Jacques Olier, l’analogie établie entre la « prêtrise » de Marie et celle des prêtres servait à souligner l’éminence mystique du sacerdoce et à encourager le clergé à la sainteté de sa vie. Le formel du sacerdoce de Marie se trouve dans le fait qu’au pied de la Croix, elle coopérait à l’acte principal du sacerdoce de Jésus-Christ, en donnant, comme l’a voulu le plan divin, son consentement au sacrifice. « Son sexe seul la privait de l’usage et de la dignité de ce ministère, qui était réservé pour les hommes » (J.-J. Olier, L’esprit des cérémonies de la messe).

    La contribution de l’abbé Le Troadec rappelle les attestations pontificales de ce titre, et notamment celles répétées de Pie XI. « Le Rédempteur se devait, nécessairement, d’associer sa Mère à son œuvre. C’est pour cela que nous l’invoquons sous le titre de Corédemptrice » (allocution de 1933). L’association de Marie à la Passion rédemptrice était nécessaire, d’une nécessité de congruence bien sûr.

    La préparation de ce colloque eut lieu dans les derniers jours du pontificat du pape François. Au même moment, à Rome, se tint une réunion au Palais du Saint-Office pour traiter de l’inopportunité des titres mariaux de corédemptrice et de médiatrice de toutes les grâces, à laquelle participait le cardinal Prevost, auquel cette question tenait à cœur, réunion qui faisait le point sur les premiers travaux du Dicastère pour la Doctrine de la Foi qui allaient aboutir à la note Mater populi fidelis.

    C’est la demande d’un nouveau dogme marial (par exemple par le cardinal Journet, le P. Réginald Garrigou-Lagrange, récemment par le cardinal Vithayathil, le Dr Mark Miravalle, président de Vox Populi Mariæ Mediatrici,) déclarant solennellement Marie corédemptrice et médiatrice de toutes les grâces, qui exaspère et a exaspéré le plus ceux que Roberto De Mattei qualifie de « minimalistes ». Ceux-ci tel le P. Yves Congar, se plaignaient de ce qu’ils considéraient comme une « inflation » des dogmes mariaux à l’époque contemporaine. En fait, la définition solennelle est demandée parce qu’elle rendrait définitive ce qu’enseigne déjà la doctrine pontificale ordinaire (saint Pie X, Benoît XV, Pie XI, Pie XII).

    En outre, il faut convenir que les dogmes mariaux ont eu une grande portée ecclésiale. La proclamation de l’Immaculée Conception en 1854 était en même temps une affirmation de l’infaillibilité personnelle du pape, que le premier concile du Vatican allait définir en 1870. La proclamation de l’Assomption en 1950 (l’année d’Humani generis, l’encyclique de Pie XII sur les erreurs contemporaines) avait une portée antimoderniste considérable en affirmant que l’entrée au ciel de la Sainte Vierge avait eu lieu non seulement avec son âme, mais aussi avec son corps, ce qui touche à la foi en la résurrection des corps. Et aujourd’hui, un dogme marial sur la corédemption et sur la médiation de toutes grâces correspondrait à une remise en selle de l’infaillibilité, écartée depuis Vatican II, avec d’immenses conséquences pour la proclamation et la défense de la foi catholique.


    [1][1] Via Romana, 2026.

    [2][2] Via Romana, 2026.

    [3][3] La Commission léonine est un groupe de chercheurs spécialisés, financé et organisé par l’ordre des Frères prêcheurs, sous l’autorité de son maître général, chargé de l’établissement d’une édition critique des œuvres de saint Thomas d’Aquin.

  • Si iniquitates observaveris (Introit du 28e dimanche du temps ordinaire)

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    Si iniquitates observaveris Domine,
    Domine quis sustinebit?
    Quia apud te propitiatio est, Deus Israel.
     
    Si vous examinez les iniquités, Seigneur,
    Seigneur, qui subsistera?
    Car près de vous est le pardon, Dieu d'Israël.
     
    Ps.  1
    De profundis clamavi ad te, Domine:
    Domine, exaudi vocem meam.
     
    Des profondeurs j’ai lancé vers vous mon appel, Seigneur:
    Seigneur, exaucez ma voix.
     
  • Tout est prêt, venez au repas des noces éternelles (28e dimanche du T.O.)

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    Homélie du Père Joseph-Marie Verlinde fsJ (Homelies.fr - Archive 2008)

    « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils » : voilà qui devrait nous rassurer quant aux intentions de Dieu à notre égard ! Conformément au protocole, ceux qui avaient eu l’honneur d’être « invités », sont avertis très officiellement par les serviteurs du roi que le grand jour est enfin arrivé. Stupéfaction : ils refusent de venir ! Chacun d’eux poursuit ses occupations comme si de rien n’était ; certains même passent leur mauvaise humeur sur les pauvres émissaires du roi, trahissant ainsi la vraie raison de leur refus : ils n’ont aucune envie de partager la joie d’un roi pour lequel ils nourrissent plutôt du mépris, du ressentiment, voire de la haine. Aussi la réponse ne se fait-elle pas attendre et les présomptueux vont payer très cher leur insoumission.

    On pourrait objecter que la réaction du roi ne fait qu’entretenir la spirale de la violence ; s’il représente Dieu nous avons intérêt à nous tenir à l’écart ! Mais cette interprétation ne respecterait pas le genre littéraire utilisé par Jésus : le sens d’une parabole ne se livre pas au terme d’une étude analytique ; il jaillit plutôt d’une saisie d’ensemble du récit, sur l’horizon annoncé par le narrateur. Dieu à vrai dire n’a pas besoin de sévir contre ceux qui lui résistent : en refusant d’entrer dans la fête en réponse à son invitation, ils choisissent eux-mêmes de demeurer sous « le voile de deuil qui les enveloppe et sous le linceul qui les couvre » ; car c’est à ce banquet de noces où il fait alliance avec son peuple, que « le Seigneur effacera l’humiliation de la mort, et essuiera les larmes sur tous les visages » (1ère lect.). Dieu est le Seigneur de la vie, et il désire la donner en partage à ceux qui s’approchent de lui pour la recevoir ; mais ceux qui refusent de répondre à son appel, s’enferment eux-mêmes dans les ténèbres de la mort.
    Cependant, cet échec ne décourage pas le roi, qui tient absolument à ce que la salle de noce soit bondée ! Puisque ceux qui étaient invités de longue date n’ont pas voulu répondre à l’appel, faisant eux-mêmes la preuve de leur indignité, il se tourne vers le tout-venant parmi ses sujets. Il envoie ses serviteurs « à la croisée des chemins », les chargeant d’inviter tous ceux qu’ils rencontreraient, sans faire de tri entre « les mauvais et les bons ». On devine sans peine la surprise de ceux-ci ! Le stratagème semble réussir puisque les serviteurs parviennent à remplir la salle de ces convives improvisés.

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  • Une conférence à Rome plaide en faveur de Marie comme « Co-Rédemptrice »

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    La conférence de Rome plaide en faveur de Marie comme « Co-Rédemptrice »

    Des théologiens et cardinaux de premier plan examinent la doctrine, la dévotion et l'histoire mariales, près d'un an après que le Vatican a qualifié ce titre d'inopportun dans l'usage officiel de manière controversée.

    9 octobre 2026

    Deux cardinaux, des théologiens de premier plan et d'autres érudits ont défendu le titre de « Co-Rédemptrice » pour la Bienheureuse Vierge Marie lors d'une conférence internationale à Rome, soulignant sa coopération unique dans la rédemption de l'humanité tout en rappelant que sa tâche est subordonnée au rôle salvateur du Christ.

    Le cardinal Raymond Burke et le cardinal Gerhard Müller ont affirmé ce titre marial au cours de la conférence des 7 et 8 octobre intitulée De Maria numquam satis (« De Marie, on ne dira jamais assez »). Le rassemblement a réuni plus de 400 érudits, religieux et laïcs du monde entier pour discuter des grandes questions dogmatiques qui sous-tendent la vénération de la Mère de Dieu et le rôle de Marie dans le culte, la dévotion et l'histoire.

    La défense du titre marial de dévotion par les cardinaux est intervenue près d'un an après la publication par le Vatican de Mater Populi Fidelis. Cette note doctrinale de 23 pages a été largement critiquée pour avoir déclaré que le titre de « Co-Rédemptrice » pour la Bienheureuse Vierge Marie est « toujours inapproprié » (ou « inopportun ») dans le langage officiel de l'Église et la liturgie, car il « risque d'obscurcir l'unique médiation salvatrice du Christ et peut donc créer de la confusion ».

    Dans son discours d'ouverture de la conférence, qui s'est tenue à l'Institut patristique Augustinianum de Rome, le cardinal Burke a déclaré que ce titre, lorsqu'il est correctement compris, ne place pas Marie au même niveau que le Christ. Le Christ seul est le Rédempteur, a-t-il dit, tandis que le rôle de Marie est entièrement dépendant de lui et lui est subordonné. S'appuyant sur l'Écriture Sainte, les Pères de la Église, Lumen Gentium, saint Jean-Paul II et les mariologues, il a souligné la participation singulière de Marie à l'accomplissement de la rédemption. Il a soutenu que Vatican II avait affirmé la substance de cet enseignement, même s'il avait évité le terme de « Co-Rédemptrice » en raison de malentendus possibles.

    Le cardinal Burke a ajouté que les apparitions de Guadalupe en 1531 sont une expression vivante de cette théologie. Les paroles de Marie à Juan Diego, a-t-il dit, l'identifient comme la Vierge Mère du vrai Dieu et révèlent sa mission maternelle d'apporter la miséricorde, la guérison et le salut du Christ à tous les peuples. Il a conclu que la dévotion à Notre-Dame de Guadalupe devrait renforcer la fidélité au Christ, encourager la consécration à Marie comme un chemin vers Lui, et inspirer les baptisés à unir la souffrance, le service et le témoignage au Christ pour le salut du monde.

    Dans son allocution du 8 octobre, le cardinal Gerhard Müller a qualifié le titre de « Co-Rédemptrice » pour la Bienheureuse Vierge Marie d'expression légitime de la foi catholique et non d'exagération trompeuse ou de remise en cause de la place unique du Christ en tant que seul Rédempteur et Médiateur. Le préfet émérite de la Congrégation pour la doctrine de la foi a déclaré que ce titre reconnaît la coopération singulière et subordonnée de Marie au salut, voulue « dans la liberté opérée par la grâce ». Sa coopération, a-t-il précisé, était « constitutive » de l'Incarnation et inséparablement liée à l'œuvre rédemptrice du Christ. « Si elle avait refusé son Fiat », a-t-il noté, « nous serions tous restés perdus pour toujours ».

    Le cardinal allemand a rejeté l'argument selon lequel le titre devrait être abandonné pour éviter les objections des protestants, soutenant que de telles préoccupations reflètent une théologie qui ne reconnaît pas adéquatement la libre coopération de l'humanité avec la grâce. Il a souligné que le titre de « Co-Rédemptrice » doit être compris de manière analogique, affirmant que le Christ seul rachète l'humanité au sens premier et parfait, tandis que le rôle de Marie dépend entièrement de sa grâce et en découle. Il a également soutenu que l'émergence plus tardive du titre en tant que formulation théologique n'en diminue pas la vérité exprimée, puisque l'Église donne souvent un langage précis à des réalités qu'elle croit depuis longtemps.

    La conférence de deux jours a proposé une série d'interventions de chercheurs catholiques approfondissant divers aspects de la théologie mariale. L'un des conférenciers invités, le père Manfred Hauke, professeur de théologie dogmatique à la Faculté de théologie de Lugano (Suisse), a parlé de la « Maternité divine » de Marie et a réfuté les théories historiques du XIXe siècle qui réduisaient ce dogme à un syncrétisme avec les cultes païens d'Artémis ou d'Isis. Il a démontré le solide fondement biblique et patristique de la Theotokos, rappelant que l'Incarnation requiert la coopération active de la créature et que Marie a exprimé son consentement lors de l'Annonciation au nom de toute la nature humaine.

    Le théologien pontifical, le père dominicain Wojciech Giertych, a présenté une communication intitulée « Le primat de l'amour virginal au sein de l'amour maternel de Marie », dans laquelle il a exposé une profonde distinction émotionnelle et spirituelle entre l'amour virginal — caractérisé par l'émerveillement, la vénération et une absence totale d'esprit de possession — et l'amour maternel. Ce dernier, s'il n'est pas purifié, risque de dégénérer en un attachement égoïste, alors qu'en Marie les deux dimensions fusionnent parfaitement, offrant à l'Église le modèle parfait de la fécondité spirituelle qui jaillit de la grâce et de la charité.

    Dans sa présentation, l'historien de l'Église et professeur Roberto de Mattei a déclaré que la perspective de la théologie de l'histoire de Fatima s'articule autour de deux pierres angulaires : « La Russie répandra ses erreurs à travers le monde » et « À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ». Il a expliqué que le triomphe du Cœur Immaculé de Marie manifestera la souveraineté maternelle de Marie, qui fut immaculée dès le premier instant. En tant que Co-Rédemptrice et Médiatrice universelle de toutes les grâces, elle prépare — par la conversion de l'humanité et la défaite de toutes les erreurs — la reconnaissance de sa royauté et de la royauté de Jésus-Christ sur l'humanité entière.

    La raison de notre espérance, a conclu de Mattei, « est la certitude que Dieu est fidèle à ses promesses car, comme l'enseigne toujours saint Augustin : Celui qui nous a conduits à espérer ne nous décevra pas ; il nous accordera l'accomplissement de ce que nous espérons. Cette espérance ne repose pas sur nos propres forces, mais elle est placée en Celle que Dieu a établie Mère de la divine espérance et victorieuse dans toutes les batailles. Elle est la source même de notre confiance et la racine de notre théologie de l'histoire. »

    La conférence s'est achevée par une table ronde sur le thème « Marie aujourd'hui : Foi, doctrine et dévotion dans le monde contemporain », à laquelle ont participé le père dominicain Lawrence Lew, Régis de Lassus, fondateur de Salve Corda (l'Alliance internationale pour les premiers samedis de Fatima), et Timothy Tindal Robertson, ancien président national de l'Apostolat mondial de Fatima en Angleterre et au Pays de Galles. Les remarques de clôture ont été prononcées par Virginia Coda Nunziante, qui a rappelé que la conférence n'est qu'une étape d'un voyage que les organisateurs ont l'intention de poursuivre « avec nos maigres forces et avec une confiance immense dans la promesse qui éclaire notre chemin : À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ».

    Dans un entretien accordé au Register avant le rassemblement, Nunziante a déclaré que l'intention de la conférence n'était pas « d'alimenter la polémique, mais de restaurer la clarté théologique ». La conférence, qui comprenait un temps d'adoration et un chapelet quotidien en la basilique San Giovanni Battista dei Fiorentini, a reçu plusieurs messages de soutien de la part de responsables de la Curie, notamment du cardinal Víctor Fernández, préfet du Dicastère pour la doctrine de la foi, qui a supervisé la rédaction de la note doctrinale Mater Populi Fidelis. Il a exprimé ses regrets de ne pouvoir assister à l'événement, mais a transmis ses « vœux les plus chaleureux et les plus sincères » et s'est uni par la prière au rassemblement.

    Edward Pentin est collaborateur principal pour le Register et analyste du Vatican pour EWTN News. Il a commencé à couvrir le Pape et le Vatican pour Radio Vatican avant de devenir correspondant à Rome pour le National Catholic Register d'EWTN. Il a également réalisé des reportages sur le Saint-Siège et l'Église catholique pour de nombreuses autres publications, dont Newsweek, Newsmax, Zenit, The Catholic Herald et The Holy Land Review, une publication franciscaine spécialisée dans l'Église et le Moyen-Orient. Edward est l'auteur de The Next Pope: The Leading Cardinal Candidates (Sophia Institute Press, 2020) et de The Rigging of a Vatican Synod? An Investigation into Alleged Manipulation at the Extraordinary Synod on the Family (Ignatius Press, 2015). Suivez-le sur Twitter à @edwardpentin.

  • Le « Pasteur d’Hermas » : quand un livre d’édification chrétienne faisait autorité dans l’Église primitive

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    De kath.net/news :

    Le « Pasteur d’Hermas » : quand un livre d’édification chrétienne faisait autorité dans l’Église primitive

    Dans les premiers siècles du christianisme, les Pères de l’Église tenaient le « Pasteur d’Hermas » en haute estime et le recommandaient comme une lecture précieuse. Cet ouvrage décrit notamment le rôle des anges gardiens et les suggestions des esprits mauvais, tout en proposant un enseignement concret sur le discernement spirituel.

    Au cours des trois premiers siècles de l’histoire de l’Église, de nombreuses lettres et divers écrits circulaient dans les communautés chrétiennes, bien avant que l’Église ne fixe définitivement le canon des Saintes Écritures. Parmi les textes les plus remarquables de cette époque figure le Pasteur d’Hermas, un ouvrage que plusieurs Pères de l’Église influents tenaient en très haute estime.

    Selon la Catholic Encyclopedia, ce livre jouissait d’une autorité considérable dans l’Église ancienne, au point d’être parfois placé presque au même rang que les Écritures. Eusèbe de Césarée, l’historien de l’Église, rapporte qu’il était lu publiquement dans les assemblées chrétiennes. Si certains le considéraient comme un écrit non canonique, d’autres le jugeaient « extrêmement nécessaire ».

    Saint Athanase lui-même mentionne le Pasteur aux côtés de la Didachè et des livres deutérocanoniques de l’Ancien Testament. Sans le considérer comme canonique au sens strict, il le présente parmi les ouvrages que les anciens recommandaient expressément pour l’instruction des catéchumènes, c’est-à-dire de ceux qui se préparaient au baptême. Le texte figure également dans certains anciens manuscrits du Nouveau Testament, notamment à la suite des Actes des Apôtres.

    Un ouvrage consacré à la vie chrétienne et au discernement spirituel

    Rédigé au IIᵉ siècle, le Pasteur d’Hermas demeure d’attribution incertaine : l’identité exacte de son auteur fait encore débat parmi les chercheurs. L’ouvrage se compose principalement d’une série de visions et accorde davantage de place à la conduite morale du chrétien qu’aux subtilités de la doctrine.

    Un passage mérite particulièrement l’attention. Consacré à l’observance des commandements de Dieu, il expose de manière détaillée l’action de deux anges qui influencent la vie intérieure de l’homme : l’un est appelé l’« ange de la justice », l’autre l’« ange de l’injustice », autrement dit l’ange mauvais.

    Le texte propose ainsi une véritable initiation au discernement des esprits, en décrivant les pensées et les dispositions intérieures par lesquelles se manifeste l’influence de chacun.

    L’ange de la justice est présenté comme doux, humble, paisible et vertueux. Lorsqu’il touche le cœur de l’homme, il lui inspire des pensées de pureté, de chasteté et de crainte de Dieu.

    L’ange de l’injustice, au contraire, se reconnaît à la colère, à l’amertume, au désir de luxe, aux débordements, à l’orgueil et aux convoitises impures. L’auteur exhorte avec insistance les fidèles à apprendre à reconnaître ces différentes inspirations, à discerner leurs fruits et à renoncer aux tentations suscitées par l’esprit mauvais.

    L’enseignement est concret : il invite le chrétien à ne pas considérer toutes ses pensées et toutes ses impulsions comme moralement équivalentes, mais à examiner leur origine et leur orientation. La vie spirituelle suppose donc une vigilance intérieure et un effort constant pour choisir le bien.

    Pourquoi le Pasteur d’Hermas n’a-t-il pas été retenu dans le canon biblique ?

    Bien que de nombreux chrétiens des premiers siècles aient considéré le Pasteur d’Hermas comme un écrit inspiré, le livre présentait certaines difficultés. Plusieurs passages soulevaient des interrogations théologiques et n’offraient pas toujours la même clarté doctrinale que les écrits finalement reconnus comme appartenant au Nouveau Testament. Des incertitudes subsistaient également quant à son origine apostolique et à l’identité de son auteur.

    Pour ces raisons, l’ouvrage ne fut finalement pas retenu dans le canon du Nouveau Testament, dont les contours se précisèrent progressivement au cours des premiers siècles et furent largement établis au IVᵉ siècle.

    Il serait toutefois réducteur d’en conclure que le Pasteur d’Hermas aurait été dépourvu de valeur spirituelle ou théologique. Son importance historique témoigne au contraire de l’intérêt que les premières communautés chrétiennes portaient à l’instruction morale, à la conversion personnelle et au combat intérieur du croyant.

    Le Pasteur d’Hermas demeure ainsi un témoignage particulièrement intéressant de la spiritualité chrétienne des origines. Il nous ouvre une fenêtre sur la manière dont les premiers chrétiens comprenaient la vie de foi, les tentations et la nécessité du discernement spirituel. Son histoire rappelle enfin une distinction essentielle : un écrit peut avoir été profondément estimé, lu dans les assemblées et recommandé pour l’édification des fidèles sans pour autant être reconnu comme faisant partie des Saintes Écritures.

  • Le pape en France : un signe d’espérance entre crise et soif de Dieu (Mgr Rey)

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Le pape en France : un signe d’espérance entre crise et soif de Dieu

    Entretien avec Mgr Dominique Rey

    L’évêque émérite de Fréjus-Toulon témoigne, auprès de La Bussola, d’un « véritable climat d’unité autour du Saint-Père » lors de sa visite pastorale en France. Léon XIV a exhorté les fidèles à témoigner de leur foi et à défendre la dignité humaine dans un pays qui légifère contre la vie, mais où germe également un profond désir de sacré, particulièrement chez les jeunes.

    Ecclesia, 10 octobre 2026

    Source : page Facebook de Mgr Dominique Rey

    Un véritable climat d’unité autour du Saint-Père, qui a encouragé l’Église à ne pas déserter l’espace public : c’est ce dont témoigne Mgr Dominique Rey, évêque émérite de Fréjus-Toulon, dans son entretien avec La Bussola, où il commente le voyage apostolique que Léon XIV a effectué en France du 25 au 28 septembre.

    Un signe d’espérance d’autant plus significatif dans un pays marqué par les crises et les lois contraires à la vie, mais aussi par un réveil inattendu de la foi, notamment chez les jeunes.

    — Que représente la visite pastorale de Léon XIV en France, à un moment aussi délicat de son histoire ?

    Je crois que cette visite a eu un impact significatif sur l’opinion publique, notamment en raison de l’affluence qu’elle a suscitée et de la présence nombreuse des jeunes. Elle s’est déroulée dans un climat paisible, sans incident lors des célébrations et des rassemblements publics. On a véritablement ressenti un climat d’unité autour du Saint-Père, comme l’a montré la rencontre avec les jeunes, au cours de laquelle des sensibilités spirituelles et liturgiques différentes ont pu se retrouver unies autour de sa personne.

    Cette visite est intervenue alors que la France traverse une période de turbulences économiques et politiques, dans un contexte de grande incertitude auquel s’ajoute la crise environnementale. Dans ces circonstances, la venue du Pape a constitué un grand moment d’espérance.

    En quelques jours, Léon XIV a pu rencontrer des responsables politiques, des représentants des institutions européennes à Metz, des associations engagées auprès des plus pauvres, mais aussi des évêques et des prêtres à Notre-Dame de Paris. À Lourdes, il a pris le temps d’exhorter les pèlerins à devenir des prophètes d’espérance et à s’engager sur un chemin de miséricorde et de conversion. Il a également rencontré plusieurs victimes d’abus commis au sein de l’Église.

    Je pense que cette visite a ainsi permis au Pape d’entrer en contact avec les différentes réalités de notre pays, en portant un message à la fois spirituel et concret. Elle nous rappelle qu’en période de fragilité et d’incertitude, l’Église est appelée à être un lieu d’espérance, de consolation et de vérité.

    — À Lourdes, le pape Léon a rappelé avec une extrême clarté la dignité de chaque personne. Il a souligné qu’une chose ne devient pas morale du seul fait qu’elle est légale. Qu’avez-vous pensé en entendant ces paroles si fortes ?

    J’ai trouvé les paroles du Saint-Père particulièrement stimulantes et courageuses, dans un contexte où notre pays a récemment inscrit dans sa Constitution le droit à l’avortement et où l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi portant notamment sur l’aide au suicide et l’euthanasie.

    La parole du Saint-Père est libre et courageuse : elle nous invite à ne pas renoncer à nos convictions lorsqu’elles touchent à la dignité de la personne humaine. Elle nous exhorte à adopter une attitude de résistance face aux ruptures anthropologiques susceptibles de porter atteinte à cette dignité, depuis la conception jusqu’au terme naturel de la vie, ainsi que face à toutes les formes de vulnérabilité.

    L’Église a le devoir de faire entendre une voix critique sur ces questions d’actualité, non pour imposer une vision, mais pour rappeler que tout ce qui est légal n’est pas nécessairement juste et que la dignité de la personne humaine ne saurait dépendre uniquement de ce que la loi autorise.

    — Devant le président Macron, le Pape a également rappelé que l’Europe n’existerait pas sans le christianisme. Et il vous a demandé, à vous les évêques, de défendre la place de l’Église dans l’espace public.

    J’ai reçu ces paroles comme un encouragement à ne pas déserter l’espace public et, en particulier, le domaine de l’éducation. L’un des grands défis auxquels la France est aujourd’hui confrontée concerne en effet la transmission de repères éthiques et anthropologiques aux jeunes générations.

    Nous sommes parfois tentés d’ériger la liberté individuelle en valeur absolue, comme si être libre signifiait ne rencontrer aucune limite. Pourtant, comme le disait Hölderlin, « les rives sont ce qui permet au fleuve de ne pas devenir un marécage ». La limite n’est pas nécessairement l’ennemie de la liberté ; au contraire, elle peut lui permettre de s’exercer de manière véritablement humaine. Pour conduire notre vie, nous avons besoin d’une sorte de « code de la route » qui nous aide à éviter le pire.

    Au cours des prochains mois, la question de la transmission de ces repères éthiques et anthropologiques, notamment dans les établissements catholiques, sera décisive. Elle concerne directement notre mission d’évangélisation et d’éducation. L’intervention du Pape nous encourage donc à rester fermes, librement et sans crainte, en assumant notre responsabilité éducative et notre présence dans la société.

    — Le moment qui a peut-être le plus marqué les esprits a été la veillée de prière du Pape avec les jeunes. Le spectacle offert a réussi, de manière extraordinaire, à conjuguer tradition et nouveauté, histoire et actualité, dans l’éternelle actualité de la sainteté. Quel message ces jeunes ont-ils adressé à l’Église ?

    Cette soirée a réussi à associer une expérience particulièrement vivante et festive à des moments de recueillement et aux exhortations du Saint-Père. Léon XIV a invité les jeunes à vivre leur foi avec courage et liberté, à rechercher une véritable cohérence de vie et à prendre des initiatives missionnaires.

    Car seule une vie convertie est capable de convertir les autres.

    La présence de ces jeunes, et en particulier des nouvelles générations de catéchumènes et de néophytes, constitue un véritable motif d’espérance pour nos communautés chrétiennes, souvent vieillissantes dans un contexte de « déculturation » du christianisme. Encore faut-il que nous sachions les accompagner et leur permettre d’incarner leur foi dans la vie quotidienne, grâce à une véritable formation catéchétique et apologétique.

    — Pensez-vous que leur exemple puisse ouvrir la voie à une véritable pacification, y compris face aux tensions internes à l’Église — je pense notamment à celles qui opposent les « traditionalistes » aux « modernistes » ?

    Ces jeunes peuvent profondément renouveler nos communautés, à condition que celles-ci mettent en place de nouvelles initiatives pastorales d’intégration et de transmission, afin de leur permettre de trouver leur place et d’être en première ligne dans l’évangélisation.

    On constate que ces jeunes sont beaucoup moins enfermés dans les catégories auxquelles nous sommes parfois habitués. Leur approche est plus transversale : certains peuvent participer à un rassemblement charismatique tout en fréquentant des liturgies plus traditionnelles. Beaucoup expriment une véritable soif d’intériorité et de sacré.

    Le défi consiste donc à éviter les tensions identitaires, mais aussi à savoir accueillir et discerner ces différentes quêtes spirituelles. Peut-être ces jeunes nous rappellent-ils que l’unité de l’Église ne se construit pas en uniformisant les sensibilités, mais en les faisant converger vers le Christ.

    — L’Italie, et je crois aussi le reste de l’Europe, regardent avec un étonnement mêlé d’espérance l’incroyable vague de jeunes qui demandent le baptême et la confirmation en France. Dans un entretien accordé au quotidien Avvenire, le cardinal Aveline a reconnu, avec beaucoup de réalisme et d’humilité, « que les chemins empruntés par ces jeunes pour arriver jusqu’à nous ne sont pas ceux que nous avions préparés pour eux. Nous avions aménagé le parcours pour qu’ils arrivent jusqu’à la porte, mais ils sont entrés par la fenêtre ». Par quelles fenêtres ces jeunes entrent-ils ?

    Je crois que, tout d’abord, beaucoup de ces jeunes éprouvent une véritable soif d’intériorité. Dans une société caractérisée par l’immédiateté et le bruit, ils ressentent le besoin de retrouver le silence, un sens à leur existence et une vie intérieure.

    Ils recherchent également des lieux où faire l’expérience de la fraternité. Ils ne veulent pas seulement recevoir un enseignement sur la foi : ils cherchent une communauté, des relations authentiques, des lieux où leur quête spirituelle puisse être accueillie et accompagnée.

    On observe aussi chez eux un désir renouvelé de sacré. Certains découvrent la liturgie, le silence, la beauté et l’adoration, parfois au terme de parcours que nous n’avions pas nécessairement imaginés. Ils peuvent passer d’une expérience charismatique à une liturgie plus classique sans y voir nécessairement la moindre contradiction.

    Ces jeunes entrent donc parfois par des « fenêtres » que nous n’avions pas prévues : une rencontre, un témoignage, une liturgie, un pèlerinage, les réseaux sociaux, une amitié, une expérience de service ou, tout simplement, la rencontre avec quelqu’un dont la vie témoigne de l’Évangile.

    C’est peut-être là que réside le plus grand défi pour l’Église : savoir reconnaître ce que l’Esprit Saint fait naître, même lorsque cela ne correspond pas aux parcours pastoraux que nous avions préparés.

    Notre responsabilité consiste à leur ouvrir la porte, en leur offrant une formation solide et en les accompagnant dans la durée.

  • L'émoi autour de l'utilisation par la soeur Alford du terme "flirt" lors de la réunion sur Amoris laetitia est-il justifié ?

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    Oui, une certaine réserve ou un malaise est compréhensible, mais l’« émoi » (surtout dans sa version la plus virulente) paraît excessif si l’on regarde le contexte exact et le sens de l’intervention.

    Ce qui s’est passé

    Le 7 octobre 2026, lors de l’ouverture de la rencontre vaticane pour les 10 ans d’Amoris laetitia (en présence de Léon XIV), sœur Helen Alford, O.P., présidente de l’Académie pontificale des sciences sociales, a commenté la rencontre de Jésus et de la Samaritaine (Jn 4). Elle a repris une lecture d’un confrère dominicain (le P. Michał Paluch) qui présente quatre étapes de cette conversation comme paradigme d’évangélisation. La première étape est appelée, « de façon quelque peu provocatrice », un « flirt » : conversation entre un homme et une femme seuls près d’un puits, avec une ambiguïté initiale. Jésus reprend ensuite progressivement le dialogue, la confronte à sa situation (les cinq maris), et la conduit à la vérité et à l’annonce. Sœur Alford a explicitement qualifié le terme de « provocation utile ».

    Ce n’est donc pas une affirmation qu’« Jésus flirtait » au sens romantique ou séducteur moderne, mais une image pédagogique pour souligner le caractère initialement ouvert, relationnel et non moralisateur de l’approche, avant le passage à la vérité.

    Pourquoi cela choque

    • Le terme « flirt » est familier, contemporain et connoté de séduction légère. L’employer pour Jésus dans un cadre solennel (salle Paul-VI, devant le pape et des évêques) peut heurter le sens du sacré et de la révérence due au Christ.
    • Certains y voient une banalisation ou un risque d’anthropomorphisme excessif, surtout dans un climat déjà sensible autour d’Amoris laetitia et de la « loi de gradualité ».
    • Des sources traditionalistes ou critiques (LifeSite, certains blogs et comptes) ont amplifié en parlant de « blasphème » ou d’irrévérence grave.

    Pourquoi la polémique paraît disproportionnée

    • Le contexte biblique lui-même : les scènes de puits dans l’Ancien Testament (Isaac/Rébecca, Jacob/Rachel, Moïse/Séphora) sont souvent des scènes de fiançailles ou de rencontre matrimoniale. La tradition chrétienne lit souvent Jésus comme l’Époux qui vient rencontrer l’humanité (et l’Église). François lui-même a parlé du puits en termes de « fiançailles » symboliques. L’image n’est donc pas absurde ; elle joue sur une ambiguïté littéraire et théologique réelle.
    • Sœur Alford l’a présentée comme provocation utile et non comme affirmation littérale. Le reste de sa méditation est centré sur l’évangélisation progressive, la fragilité des situations familiales, la continuité entre Familiaris consortio et Amoris laetitia, et l’appel à accompagner sans diluer la loi. Rien d’hétérodoxe dans le fond.
    • Le terme sert à illustrer précisément la « gradualité » : commencer là où les gens sont (désir, relation, ambiguïté) pour les conduire vers la vérité, plutôt que de commencer par la confrontation morale.

    Conclusion

    Un jugement de goût ou de prudence pastorale (« un autre mot aurait été préférable dans ce cadre ») est légitime. Le terme est trop moderne et trop chargé pour certains, et une religieuse de haut rang aurait pu anticiper la réaction. En revanche, parler de scandale théologique majeur, de blasphème ou d’attaque contre la dignité du Christ est excessif. Il s’agit d’une image pédagogique (assumée comme provocatrice) dans une méditation orthodoxe sur l’approche relationnelle du Christ et la gradualité de l’évangélisation, en lien direct avec les thèmes d’Amoris laetitia.

    L’émoi révèle davantage les tensions préexistantes autour de ce document et du langage contemporain dans l’Église que d’une réelle dérive doctrinale de sœur Alford.

    (avec le concours de l'IA; voir aussi le débat sur le Forum Catholique)

  • « Il existe, au cœur du monde visible, une vie cachée » (Mgr Erik Varden)

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    De sue Aleteia :

    Mgr Erik Varden : « Il existe, au cœur du monde visible, une vie cachée »

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    Mgr Erik Varden

    Moine cistercien et évêque de Trondheim, en Norvège, Mgr Erik Varden vient de publier deux ouvrages qui illustrent chacun à leur manière la fécondité de la vie cachée. Il revient pour Aleteia sur sa conversion au catholicisme, le réveil spirituel de la Norvège et la puissance de la vie intérieure.

    Un éloge de la vie cachée. À contre-courant de la tendance actuelle où tout est exposé au vu et au su de tous, Mgr Erik Varden, moine cistercien et évêque de Trondheim, en Norvège, rend hommage à ce qui est dissimulé. Hymne à la vie monastique, qui a contribué au rayonnement de l’Europe, mais aussi à la vie intérieure, lieu incontournable pour asseoir sa pensée et écouter la voix de Dieu. Son dernier ouvrage, Introduction à la vie cachée (Fayard), est une conversation avec Nicolas Diat basée sur le discours de Benoît XVI au collège des Bernardins en 2008 sur les fondements monastiques de la civilisation européenne. Le second livre, Illuminés d’une gloire cachée (Artège), réunit les méditations spirituelles qu’il a prêchées devant Léon XIV et la curie cette année pour la retraite de carême.

    Lire l'interview sur aleteia.org

  • John Henry Newman et la mission de l'Église

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    Une dépêche de l'Agence Fides (Marie Symington) :

    John Henry Newman et la mission de l'Église

    6 novembre 2025
     

    Rome (Agence Fides) - Saint John Henry Newman a récemment été proclamé Docteur de l'Église, puis nommé saint patron de l'Université Pontificale Urbanienne, qui fait partie intégrante du Dicastère pour l'évangélisation.

    En tant que Docteur de l'Église et saint patron de cette université, on attend naturellement de Newman qu'il soit à la hauteur de ces distinctions.

    En effet, la recherche de la Vérité a guidé Newman tout au long de sa vie, depuis ses années d'anglicanisme fervent à l'université d'Oxford jusqu'à celles qui ont suivi sa conversion au catholicisme en 1845. La révélation de la Vérité anime de la même manière l'Église dans sa mission de proclamation de l'Évangile. Comme l'explique Newman dans son discours « The Salvation of the Hearer the Motive of the Preacher » (Le salut de l'auditeur est la motivation du prédicateur) : « Mes chers frères, si nous sommes certains que le Très Saint Rédempteur a versé son sang pour tous les hommes, il s'ensuit clairement et simplement que nous, ses serviteurs, ses frères, ses prêtres, ne devrions pas être disposés à voir ce sang versé en vain [...] Quelle incitation à la prédication est plus puissante que la ferme conviction qu'il s'agit de la prédication de la vérité ? [...] Quelle plus grande persuasion pour amener les hommes à l'Église que la conviction qu'elle est le moyen spécial par lequel Dieu opère le salut de ceux que le monde éduque au péché et à l'incrédulité ? ».

    Aussi décourageant que cela puisse paraître pour les catholiques, la conversion des cœurs est au cœur de la mission de l'Église, comme le démontrent à la fois la Tradition et la dynamique même du catholicisme.

    Dans son discours « Prospects of the Catholic Missioner » (Perspectives du missionnaire catholique), Newman souligne le grand héritage que les catholiques ont reçu depuis l'époque de saint Pierre – une histoire qui a résisté à toutes les épreuves au cours des siècles – pour encourager les fidèles dans leur vocation : « Nous sommes confiants, zélés et inflexibles, car nous sommes les héritiers de saint Pierre, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire le Grand et tous les autres saints et fidèles qui, en leur temps, par leurs paroles, leurs actions ou leurs prières, ont promu la cause catholique ». Tout comme les Anglo-Saxons païens à l'époque du pape Grégoire Ier ont connu la joie de la Bonne Nouvelle lorsqu'il a envoyé des missionnaires en Grande-Bretagne, les catholiques d'aujourd'hui sont également appelés à partager cette même joie en diffusant la Parole.

    L'annonce de l'Évangile reste la mission essentielle de l'Église. En effet, l'appel universel à diffuser la Parole dans le monde entier est conforme à la nature même de l'Église catholique (kataholos, en grec, signifie « selon le tout » ou « universel »).

    Comme le rappelait Newman, « Nous agissons selon notre nom ; les catholiques sont chez eux en tout temps et en tout lieu, dans tous les états de la société, dans toutes les classes de la communauté, à tous les stades de la culture ».

    Cela dit, le grand zèle qui pousse les missionnaires catholiques à défendre la Vérité ne devrait jamais prendre le pas sur la gentillesse et la compassion avec lesquelles ils sont appelés à prêcher. L'amour de Dieu englobe l'amour pour Sa création, pour l'humanité, même dans sa faiblesse.

    Newman a réfléchi à cette vertu de la compassion dans son sermon « St. Paul’s Gift of Sympathy » (Le don de la compassion de saint Paul), la décrivant comme un don possédé par les saints, fondé « sur une expérience intime de ce qu'est réellement la nature humaine, dans son irritabilité et sa sensibilité, dans son découragement et sa versatilité, dans sa maladie, dans son aveuglement et dans son impuissance ». Cet amour pour l'humanité cherche à refléter l'amour infini de Dieu pour son peuple. Comme l'explique Newman, « Tout comme Dieu Tout-Puissant lui-même a la compassion d'un père envers ses enfants, car il connaît notre nature, il se souvient que nous sommes poussière ; ainsi, suivant son exemple, nous sommes appelés à aimer la vertu de l'humanité, comme on pourrait l'appeler. Une vertu qui découle de sa grâce surnaturelle et qui est cultivée pour son amour, bien que son objet soit la nature humaine vue en elle-même, dans son intelligence, ses affections et son histoire ».

    Par conséquent, la défense de la Vérité ne doit jamais être caractérisée par l'arrogance ou le jugement, mais fondée sur l'humilité et la compassion, dans la reconnaissance de notre nature humaine commune et imparfaite. Newman a fait remarquer que l'on peut considérer l'apôtre Paul comme un exemple, car il était « pleinement conscient d'être un homme [...] il est pour lui-même simplement un homme fragile qui parle à des hommes fragiles, et il est tendre envers les faibles parce qu'il a conscience de sa propre faiblesse ».

    Les missionnaires catholiques peuvent faire de même, en plaçant leur foi dans la grâce de Dieu comme source de force.

    Au-delà de la compréhension des faiblesses communes à tous les êtres humains, Newman reconnaissait que chaque personne est façonnée par un passé unique et des dispositions distinctes. Bien que la proclamation de l'Évangile reste la mission universelle de l'Église, elle est avant tout enracinée dans une relation personnelle avec Dieu qui embrasse l'individualité de chaque personne.
    Newman était profondément conscient de cette dimension intime. Dans sa conférence intitulée Logical Inconsistency of the Protestant View (Incohérence logique de la vision protestante), il a souligné que l'Église se répand « à travers les conversions individuelles, l'exercice du jugement privé, la communication entre les esprits à travers le conflit d'opinions, le zèle des convertis et au milieu de la persécution ; non pas à travers un plan d'action général ou un mouvement politique ». De plus, tout comme recevoir l'Évangile est un acte profondément personnel, le proclamer l'est également. La mission de chaque catholique est façonnée par son histoire et son caractère ; il n'existe pas deux vocations identiques.

    Dans ses « Méditations sur la doctrine chrétienne », Newman réfléchit à la vocation unique que Dieu lui a confiée, suggérant que chaque personne est appelée par Dieu à une mission qui lui est propre : « J'ai été créé pour faire quelque chose ou pour être quelque chose pour lequel personne d'autre n'a été créé ; J'ai une place dans les conseils de Dieu, dans le monde de Dieu, que personne d'autre n'a ; que je sois riche ou pauvre, méprisé ou estimé par les hommes, Dieu me connaît et m'appelle par mon nom [...] Dieu m'a créé pour lui rendre un service précis ; il m'a confié une tâche qu'il n'a confiée à personne d'autre. J'ai ma mission ».

    La devise épiscopale de Saint John Henry Newman, « Cor ad cor loquitur » (Le cœur parle au cœur), résume magnifiquement l'essence de la mission catholique : avant toute autre chose, la conversion commence par une rencontre sincère entre deux personnes. C'est à travers cette rencontre que Dieu peut toucher et convertir le cœur de Ses créatures. (Agence Fides 6/11/2025)

  • Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal

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    Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal.

    Proclamé Docteur de l’Église le 1er novembre 2025 par le pape Léon XIV lors de la messe de la solennité de la Toussaint, dans le cadre du Jubilé du monde de l’éducation, saint John Henry Newman (1801-1890) a rejoint le cercle restreint des 38 Docteurs de l’Église. Il a également été nommé co-patron de l’éducation catholique aux côtés de saint Thomas d’Aquin. Cette reconnaissance solennelle souligne l’influence durable de ce convertisseur anglican devenu cardinal sur la théologie contemporaine, particulièrement en matière de conscience, d’autorité ecclésiale et d’évolution des dogmes.

    La 36e Académie théologique internationale d’été, organisée du 31 août au 2 septembre 2026 à Haag (Basse-Autriche, diocèse de Saint-Pölten), et non à La Haye aux Pays-Bas, a précisément été consacrée à ce nouveau Docteur. Dirigée par Helmut Prader, théologien moral et directeur de l’académie, cette rencontre de trois jours a rassemblé une soixantaine de participants sur place (dont l’archevêque Mieczysław Mokrzycki de Lviv, président de la Conférence des évêques d’Ukraine, et l’évêque auxiliaire suisse émérite Marian Eleganti) et autant en ligne. Le changement de lieu, après des décennies à Aigen im Mühlkreis, s’explique par de meilleures liaisons, des coûts plus modérés et la disponibilité d’une salle paroissiale. Elle s’est tenue en collaboration avec la Société Cardinal Scheffczyk.

    Une biographie marquée par la quête de vérité

    Né à Londres le 21 février 1801, Newman connaît une première conversion religieuse à 15 ans. Étudiant brillant à Oxford, il devient fellow d’Oriel College à 21 ans, est ordonné prêtre anglican et joue un rôle central dans le Mouvement d’Oxford à partir de 1833. Son étude approfondie des Pères de l’Église et de l’histoire de la doctrine le conduit progressivement à la conviction que l’Église catholique est la véritable continuation de l’Église apostolique. « Ce sont les Pères qui m’ont fait catholique », résumait-il. Il se convertit en 1845, perd ses fonctions anglicanes et une grande partie de son statut social et universitaire. Ordonné prêtre catholique, il fonde l’Oratoire de Birmingham, tente de créer une université catholique à Dublin (expérience qui inspire ses conférences de 1852 sur The Idea of a University), et est créé cardinal par Léon XIII en 1879. Il meurt le 11 août 1890 à Edgbaston. Canonisé en 2019 par le pape François, il est aujourd’hui célébré pour l’unité de son œuvre, anglicane puis catholique.

    Sœur Birgit Dechant, du centre international de la Newman Society à Littlemore près d’Oxford, a rappelé lors de l’académie que « l’appel de la conscience était plus fort » que les attachements personnels. Cette trajectoire illustre le lien intime, chez Newman, entre recherche théologique de la vérité et décisions de conscience personnelles.

    La conscience : « vicaire aborigène du Christ »

    Helmut Prader a souligné que la conception newmanienne de la conscience est celle qui a été reprise et consacrée dans Gaudium et spes (n. 16) au concile Vatican II : au plus profond de sa conscience, l’homme découvre une loi qu’il ne se donne pas lui-même, mais à laquelle il doit obéir ; cette voix l’appelle à aimer le bien et à fuir le mal. Pour Newman, la conscience n’est ni pure subjectivité ni simple sentiment, mais « la voix de Dieu dans la nature et le cœur de l’homme », « le témoin interne de l’existence et de la loi de Dieu », le « vicaire aborigène du Christ ».

    Dans sa célèbre Lettre au duc de Norfolk (1875), répondant aux critiques de Gladstone sur l’infaillibilité pontificale, Newman écrit : « Je boirai à la santé du Pape, si vous voulez, mais à la conscience d’abord, et au Pape ensuite. » Cette formule, souvent détournée pour justifier un subjectivisme, signifie en réalité le contraire. La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs : elle est appelée à être formée, éclairée par la Révélation et le Magistère. Newman refuse absolument de l’opposer à l’autorité de l’Église. La conscience bien formée et le Magistère convergent vers la même vérité objective. Cette tension féconde entre conviction personnelle et autorité demeure d’une actualité brûlante dans les débats contemporains sur la liberté religieuse, la morale et le discernement.

    Le développement des dogmes

    Autre pilier de sa pensée, l’Essay on the Development of Christian Doctrine (1845) explique comment la doctrine peut croître organiquement sans se corrompre, à la manière d’un germe qui se déploie. Newman propose sept « notes » pour distinguer un développement légitime d’une corruption : préservation du type, continuité des principes, pouvoir d’assimilation, anticipation anticipée, séquence logique, action conservatrice sur le passé, et vigueur chronique. Cette théorie a profondément marqué la théologie du XXe siècle et le concile Vatican II. Le père Johannes Nebel a insisté lors de l’académie sur le fait que la tradition est un développement continu, mais toujours dans la continuité de l’Écriture et de la tradition apostolique, et non selon l’opportunisme social.

    L’idée d’université

    Wolfgang Klausnitzer a présenté la vision newmanienne de l’université : elle ne doit pas se réduire à une formation professionnelle utilitaire, mais offrir une éducation libérale complète, favorisant le dialogue entre les disciplines et empêchant qu’aucune science ne s’érige en vérité unique. L’université forme l’esprit à une « habitude philosophique » : curiosité, capacité de penser au-delà des frontières disciplinaires, ouverture. Oxford représentait pour Newman l’idéal de cette culture intellectuelle. Ses conférences de Dublin restent parmi les textes les plus importants sur le sujet.

    Une actualité qui ne se dément pas

    Newman n’était pas un théologien systématique, mais un auteur d’essais, de sermons et d’une correspondance abondante. Sa force réside précisément dans cette approche existentielle et historique de la vérité. Dans un monde marqué par le relativisme, le subjectivisme et les tensions entre conscience individuelle et institutions, sa pensée offre des ressources précieuses pour articuler fidélité à la tradition et ouverture au développement authentique, autorité et liberté responsable, foi et raison.

    L’académie de 2027 portera sur la pertinence de Jésus-Christ pour la société, en lien avec le centenaire de la naissance de Joseph Ratzinger (grand admirateur de Newman). En attendant, la proclamation de Newman comme Docteur de l’Église confirme ce que l’académie de Haag a mis en lumière : sa théologie de la conscience et du développement doctrinal reste un guide sûr pour l’Église et pour tout chercheur de vérité.

    source

  • L’Église est en crise — mais ce ne sont pas ses funérailles (Mgr Rob Mutsaerts)

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    Via le Forum Catholique :

    Traduction de l’article de Mgr Rob Mutsaerts paru le 7 octobre 2026 sur The Remnant sous le titre : « The Catholic Response to a (Synodal) Church in Crisis | Bishop Mutsaerts CIC 2026 »
    -------------------------------
    Dans une allocution ayant suscité la plus longue ovation debout de l'histoire de la Catholic Identity Conference, Mgr Rob Mutsaerts, évêque néerlandais, remet en question l'obsession moderne pour une réforme permanente, s'interroge sur la réalité des fruits du projet synodal, met en garde contre la confusion entre miséricorde et simple approbation, défend le caractère sacré de la liturgie et explique pourquoi les jeunes catholiques recherchent souvent précisément ce que l'Église a été tentée d'abandonner : la vérité, le sacrifice, le respect sacré, la doctrine, la confession, la beauté et une foi surnaturelle. Vous trouverez ci-dessous la transcription de son intervention.

    L’Église est en crise — mais ce ne sont pas ses funérailles


    Lorsqu’on est invité à s’adresser à une vaste assemblée de catholiques traditionalistes au sujet de « la crise dans l’Église », il y a au moins un avantage : je n’ai pas besoin de consacrer beaucoup de temps à convaincre l’auditoire qu’une crise existe bel et bien.

    En effet, si je commençais par dire : « Mes chers amis, tout va à merveille », je soupçonne que certains d’entre vous vérifieraient immédiatement si je n’ai pas été remplacé par un employé du service de communication.

    Et c’est peut-être là notre première petite difficulté. Les catholiques d’aujourd’hui semblent se diviser en deux groupes : ceux qui pensent que l’Église connaît un printemps sans précédent, et ceux qui ont réellement consulté les statistiques.

    Toutefois, il faut rester prudent. Les catholiques traditionalistes ont eux aussi leurs tentations. Nous pouvons parfois donner l’impression que la foi était parfaite jusqu’en 1962 environ, que chaque prêtre parlait alors le latin comme Cicéron, que chaque enfant connaissait le catéchisme par cœur et que chaque chorale paroissiale chantait comme celle de Solesmes.

    Quiconque a étudié l’histoire de l’Église sait qu’il n’en est rien.

    L’Église n’a jamais connu d’âge d’or où tout le monde se conduisait parfaitement. Les Apôtres eux-mêmes ont réussi, en un laps de temps remarquablement court, à se disputer pour des questions de préséance, à mal comprendre Notre-Seigneur, à s’endormir pendant son agonie, à s’enfuir lors de son arrestation et — au plus haut niveau de la hiérarchie ecclésiastique — à le renier trois fois avant le petit-déjeuner.

    Et pourtant, c’est sur ces hommes que Notre-Seigneur a fondé l’Église.

    Cela devrait apporter une consolation considérable aux évêques.

    Cela en apporte certainement une à l’évêque qui vous parle.

    Le sujet que nous abordons est sérieux. Il règne une confusion doctrinale. L’autorité est incertaine. Certaines pratiques pastorales semblent parfois contredire ce que l’Église continue d’enseigner officiellement. On observe un appauvrissement liturgique. Il existe une tentation de gouverner dans l’ambiguïté, car la clarté pourrait s’avérer gênante.

    Mais je ne souhaite pas m’exprimer cet après-midi comme si nous assistions aux funérailles du catholicisme.

    Ce n’est pas le cas. Rappelons-nous que le tombeau est vide. Le Christ n’a pas dit à Pierre : « Sur cette pierre, je bâtirai mon Église – à condition que les évêques procèdent à des nominations judicieuses, que la Curie romaine ne produise jamais de document incompréhensible et que tout le monde se conduise bien. »

    Remarquez que Notre-Seigneur n'a pas promis que les portes de l'enfer ne feraient jamais un bruit impressionnant. C'est souvent le cas. La question n'est donc pas de savoir si l'Église peut survivre à cette crise. Elle y survivra. La question la plus importante est de savoir si nous resterons des catholiques fidèles alors qu'elle traverse ces épreuves.

    Et pour cela, aussi étrange que cela puisse paraître, nous n'avons besoin ni de panique ni de nostalgie. Nous avons besoin de foi, de doctrine, de courage, d'humour, de prière – et peut-être de redécouvrir cette très ancienne habitude catholique qui consiste à appeler les choses par leur nom.

    Ainsi, cet après-midi, je voudrais examiner non seulement ce qui a mal tourné, mais aussi quelque chose de bien plus important : que nous dit la Tradition catholique elle-même de faire lorsque l'Église entre dans une période de confusion ? Car la réponse à une crise catholique ne peut consister en une diminution du catholicisme. Elle exige au contraire davantage de catholicisme.

    L’Église en crise — et comment NE PAS la sauver

    J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour vous. La mauvaise, c’est que l’Église catholique traverse une crise. La bonne, c’est qu’elle a déjà connu pareille situation. En fait, quiconque possède ne serait-ce qu’une connaissance modeste de l’histoire de l’Église a parfois l’impression que la crise est l’une des rares traditions catholiques véritablement pérennes.

    Nous avons connu des papes corrompus, des évêques mondains, des hérésies, des schismes, des révolutions, des persécutions et des commissions liturgiques. Et pourtant, nous sommes toujours là.

    Ce dernier fait me semble être, avant tout, un argument en faveur de l’origine divine de l’Église. Une organisation purement humaine, dirigée comme l’Église l’a parfois été, aurait probablement fait faillite aux alentours du IVe siècle.

    Et pourtant, la situation est grave. Non pas parce que l’Église manque de popularité. Non pas parce que sa part de marché diminue. Non pas parce qu’elle ne parvient pas à séduire le consommateur moderne.

    La crise est grave parce qu’il règne, au sein même de l’Église, une incertitude sur les points précis où elle devrait offrir des certitudes : qu’est-ce que la vérité ? Qu’est-ce que le péché ? Qu’est-ce que le mariage ? Qu’est-ce que le sacerdoce ? Qu’est-ce que la liturgie ? Qu’est-ce que l’obéissance ? Que signifie la miséricorde ? Qu’est-ce que le Christ a confié exactement à son Église ?

    Et, peut-être plus fondamentalement encore : croyons-nous toujours vraiment que l’Église a reçu du Christ quelque chose qu’elle n’a pas l’autorité de modifier ? C’est là le cœur du problème.

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