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  • Béatification de Fulton Sheen (suite) : au-delà des cclichés, la leçon du « communicateur »

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    De Marie-Lucile Kubacki sur le site de l'Agence Fides :

    BÉATIFICATION DE FULTON SHEEN/II - Au-delà des clichés. La leçon du « communicateur » Fulton Sheen

    7 septembre 2026 
     

    Foundation Archbishop Fulton Sheen

    New York (Agence Fides) - Le futur bienheureux n’a pas conquis l’Amérique uniquement grâce à l’essor de la télévision. Sa popularité est née de la rencontre entre une formation théologique rigoureuse, un langage ancré dans la vie quotidienne et une attention portée aux questions concrètes d’un très large public.

    Lorsque Fulton J. Sheen fit sa première apparition à la télévision, le 12 février 1952, ce nouveau média faisait son entrée dans les foyers américains et commençait à modifier les habitudes et le rythme de vie des familles. Son émission, intitulée de manière significative *Life Is Worth Living* (« La vie vaut la peine d’être vécue »), était diffusée dans une tranche horaire très disputée, face à des émissions de divertissement animées par Milton Berle et Frank Sinatra.

    À première vue, le défi semblait démesuré : pas de variétés, pas de décors spectaculaires, pas de défilé d’invités. Juste un Évêque, un bureau, quelques livres, une statue de la Vierge à l’Enfant et, parfois, un tableau noir. Une austérité presque provocatrice.

    Et pourtant, comme le retrace Thomas Reeves dans *America's Bishop: The Life and Times of Fulton J. Sheen* (Encounter Books, San Francisco, 2001), en quelques semaines, l’émission devint un phénomène national. La chaîne DuMont recevait des milliers de lettres chaque semaine ; les demandes pour assister aux enregistrements dépassaient largement le nombre de places disponibles ; l’émission s’étendit rapidement à de nouvelles chaînes. En 1952, Sheen remporta l’Emmy de la personnalité télévisuelle de l’année, devançant des figures déjà bien établies du monde du spectacle américain. Dans son discours de remerciement, il lança : « Je tiens à remercier mes quatre auteurs : Matthieu, Marc, Luc et Jean », dit-il en citant les noms des quatre évangélistes.

    Le « phénomène Fulton Sheen » ne s’explique toutefois pas uniquement par le charme d’une personnalité naturellement « télévisuelle », par sa voix unique, par son regard dirigé vers la caméra ou par une présence scénique acquise au fil de décennies de prédication. Le média offrait une opportunité extraordinaire ; ce qui a rendu son succès durable, c’est la substance de ses propos.

    La simplicité n'est pas du simplisme, mais le fruit d'un travail intense

    Sheen n'a pas considéré la télévision comme un raccourci pour rendre le christianisme plus « à la mode ». Il l'a plutôt perçue comme un espace où la foi pouvait affronter, avec intelligence et sans crainte, les inquiétudes de la modernité.

    Si chacune de ses interventions semblait couler comme l'eau d'une rivière, c'était le fruit d'un travail constant. Pour les émissions de radio des années 1930, il estimait consacrer entre quarante et soixante heures de préparation, raconte Reeves ; pour chaque épisode télévisé, il en consacrait environ trente. « Être un bon orateur », expliquait-il, « c’est à dix pour cent de l’exposé et à quatre-vingt-dix pour cent de la réflexion, de l’étude, de l’effort et du travail acharné ». Il ne lisait pas de texte devant les caméras et ne recourait pas à des souffleurs : il élaborait de nombreux plans, les revoyait et les éliminait jusqu’à ce que la structure du sujet lui soit devenue familière au plus profond de lui-même. C’est de là que provenait ce naturel que de nombreux téléspectateurs prenaient pour de l’improvisation.

    Avant le petit écran, il y avait eu la radio. Sheen y fit ses débuts dès 1928 et, à partir de 1930, il devint une voix régulière de l’émission « Catholic Hour », une émission nationale diffusée aux États-Unis pour faire connaître la doctrine catholique et favoriser des relations plus cordiales entre les différentes communautés religieuses. Ses discours, préalablement soumis à l’examen des autorités ecclésiastiques, étaient brefs mais d’une grande densité. En 1933, l’émission était diffusée par 54 stations de la NBC ; elle recevait environ trois mille lettres par mois et plus de 1,3 million d’exemplaires imprimés des interventions avaient déjà été distribués. En 1940, le nombre de stations était passé à 106 et les rééditions des discours de l’intégralité de la série avaient atteint des millions d’exemplaires.

    Malheureusement, l’émission de radio de Sheen n’offrait ni évasion ni « divertissement » facile. Elle abordait la crise économique, la liberté, la dignité du travail, la guerre, la paix, la souffrance, le rapport entre foi et raison, ainsi que les idéologies de son époque. En examinant le fascisme et le communisme, par exemple, il mettait en lumière un trait commun : tous deux tendaient à absorber l’individu dans l’État et à le priver, progressivement, de sa liberté et de sa responsabilité. Ses propos pouvaient être vigoureux et reflétaient les polémiques de l’époque, mais le fil conducteur était la défense de l’homme en tant que créature appelée par Dieu, et non en tant que rouage d’un pouvoir politique ou économique.

    Le véritable acteur de l'évangélisation n'est pas l'animateur vedette, mais le Saint-Esprit

    Ce choix a également marqué la télévision.

    « Life Is Worth Living » n’était pas conçu comme un cours de catéchisme destiné à un public déjà convaincu. Avant chaque intervention, il se posait deux questions : quel était le but de l’émission et quelle impression en retireraient les non-catholiques ? À la première, il répondait par les paroles de saint Paul : annoncer « le Christ, et le Christ crucifié ». Quant à la seconde, il y voyait une responsabilité culturelle précise : ne pas répondre aux caricatures du catholicisme par l’autodéfense, mais en montrer de l’intérieur la réalité et le bien-fondé.

    Sheen décrivait sa méthode en ces termes : « En partant de ce que le public et moi avions en commun, je passais progressivement du connu à l’inconnu, c’est-à-dire à la philosophie morale et chrétienne. » C’est pourquoi il ne cherchait pas à forcer les adhésions. « Il n’y a jamais eu de tentative de ce qu’on pourrait appeler du prosélytisme », observait-il ; il appartenait à l’auditeur de reconnaître si ce qu’il entendait correspondait à un manque, à une question, à un besoin présent dans sa propre existence. La lumière qui pouvait atteindre une personne, ajoutait-il, était l’œuvre de l’Esprit, et non de Sheen.

    Le point de départ était souvent étonnamment concret. Il parlait de la fatigue et de la manière de la surmonter ; de l’ennui au travail ; de l’éducation des adolescents ; de la solitude ; du caractère ; de la liberté ; de l’angoisse engendrée par la guerre et la menace atomique. Il commençait souvent par une anecdote ou une boutade, parfois délibérément simple, pour briser la distance entre l’Évêque et ceux qui étaient assis chez eux. Puis le discours changeait de ton : de l’ironie, il passait au diagnostic moral, de l’expérience quotidienne à la question du destin de l’homme, jusqu’à la proposition chrétienne. C’était une manière de reconnaître que l’annonce de l’Évangile s’adresse à des personnes qui ont chacune leur histoire et leurs propres questions. Face à ces questions, Sheen ne réduisait pas l’horizon de la foi à un répertoire de conseils psychologiques à la va-vite ; il prenait le temps d’écouter et montrait que les sacrements, la prière, la vie morale et la grâce sont au cœur d’une vie épanouie. Sa formule de conclusion, « God love you », après avoir évoqué les conflits, les échecs et les inquiétudes, laissait le spectateur dans une attitude de contemplation de la miséricorde de Dieu.

    Il est possible de toucher un large public en recourant à des références théologiques et culturelles élevées.

    Fulton Sheen avait reçu une formation complète. Professeur de philosophie à l’Université catholique d’Amérique, formé également à Louvain, il possédait une solide connaissance de la tradition thomiste. Sa réflexion s’inspirait de la métaphysique et de l’anthropologie chrétiennes, de la doctrine de la création, de la reconnaissance de la réalité du péché originel, de la liberté personnelle et de la vocation transcendante de l’homme. Dans ses ouvrages et ses émissions, Saint Thomas d’Aquin était la clé permettant de distinguer la raison du réductionnisme, la liberté de l’arbitraire, l’espérance de l’utopie politique.

    Mais sa culture ne se limitait pas au seul domaine théologique. Pour toucher un public diversifié, Sheen savait faire appel à une vaste constellation de références littéraires, historiques, philosophiques et scientifiques, avec une grande rigueur. Le rapprochement avec G. K. Chesterton, qui lui valut en Angleterre le surnom de « Chesterton américain », met en évidence l’une de ses affinités les plus manifestes : le goût du paradoxe, une apologétique capable d’émerveillement, la conviction que le christianisme ne restreint pas le réel mais le rend plus intelligible. Dans ses interventions figuraient également Platon et Aristote, Saint Augustin et Dante Alighieri, Blaise Pascal et John Henry Newman, Shakespeare et Charles Dickens, ainsi que des figures de la pensée moderne telles que Søren Kierkegaard ou Karl Gustav Jung. Lorsqu’il abordait les thèmes de la science, de la technique et de la guerre atomique, il n’hésitait pas à citer ou à évoquer Démocrite, Albert Einstein, Leo Szilard, le physicien et astronome James Jeans, le généticien Hermann J. Muller, Winston Churchill et même Alexandre le Grand…

    Cette richesse de références n'avait rien d'une démonstration érudite de « name dropping ». Sheen utilisait la culture comme un pont. Il faisait comprendre à son auditoire que la foi chrétienne pouvait dialoguer avec la philosophie antique, la littérature, la recherche scientifique et le drame politique du XXe siècle. Il partait du principe qu’un public populaire pouvait être initié à des questions complexes si le communicateur respectait son intelligence et trouvait les mots, les images et les passages capables de l’accompagner. Une approche diamétralement opposée à celle d’une communication soi-disant « moderne », façonnée par les réseaux sociaux, qui mise sur les slogans et les phrases chocs, et évalue le succès d’un article ou d’une émission au seul critère du nombre de clics. En effet, Sheen n’aimait pas les slogans ni les clichés.

    La communication de masse et la rencontre avec l'individu

    Le succès de Sheen reposait également sur le dialogue et la rencontre. À l’époque de « Catholic Hour », l’émission prévoyait un long créneau réservé aux questions posées par les auditeurs présents en studio et aux réponses données à brûle-pourpoint. Les lettres arrivaient, contenant des demandes d’éclaircissements, des questions personnelles, des interrogations sur la foi et des appels à l’aide. Dans les années 1940, l’énorme volume de correspondance nécessitait des secrétaires et du personnel dédié ; Sheen dictait chaque jour des centaines de réponses. Il consacrait du temps personnel aux personnes qui demandaient une instruction religieuse, souvent pendant des dizaines d’heures. À ses yeux, la communication de masse ne remplaçait pas la rencontre avec l’individu. Bien au contraire. Elle partait de la rencontre avec l’individu, et c’est précisément cette rencontre qui touchait la masse grâce au charme qui se dégageait de l’authenticité de ces rencontres singulières, c’est-à-dire de son expérience médiatique et pastorale.

    Toute son œuvre et ses activités trouvaient leur source dans une véritable vie de prière et d’intimité avec Dieu. Avant de passer à l’antenne, Sheen s’arrêtait en silence pour prier. Puis il entrait en scène avec une discipline presque théâtrale : des temps maîtrisés, des gestes sobres, des pauses étudiées, l’emploi de la voix, le regard tourné directement vers la caméra. Pour lui, la caméra était le seuil d’une maison, et donc d’une conscience. Sa capacité à « s’adresser à tous » découlait de son choix de n’humilier personne par des formules toutes faites ou des oppositions identitaires. Parce qu’il avait une haute considération de la mission, il estimait que le communicateur chrétien ne vend pas un produit ni ne travaille pour sa propre gloire, mais annonce le Christ… ce qui implique d’être encore plus exigeant envers soi-même afin de ne pas entraver la force d’attraction du Ressuscité.

    Les recettes et la visibilité des émissions étaient liées au soutien des œuvres missionnaires par le biais de l’Œuvre Pontificale pour la Propagation de la Foi (Society for the Propagation of the Faith).
    L’essor de la télévision a permis à Fulton Sheen d’entrer dans des millions de foyers. Mais ce n’est pas la technologie, à elle seule, qui lui a valu d’être écouté. Sa voix a trouvé un écho parce qu’il ne traitait pas le public comme une audience à conquérir ni comme une masse à laquelle il suffisait de lancer quelques formules toutes faites, mais comme un ensemble de personnes et de visages à prendre au sérieux : prêts à se laisser interroger, marqués par des questions authentiques, ouverts à la vérité

    C’est peut-être dans cette alliance entre rigueur intellectuelle, charisme personnel, foi vécue et attention portée aux inquiétudes du cœur humain que réside la raison la plus profonde de son succès médiatique hors du commun. (Agence Fides (07/09/2026)

    Lire également : Béatifié et « inspirant » : pourquoi les catholiques de la génération Z succombent au charme de Fulton Sheen

  • 10 ans après Amoris Laetitia : en revenir au magistère

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

    Revenir au magistère

    Il y a dix ans, le sabordage de l’enseignement moral

    Humanæ vitæ, en 1968, avait représenté un événement insolite au milieu du climat libéral établi par Vatican II. Il souleva d’ailleurs une contestation intense. Alors que ce concile, présidé par Paul VI, avait ouvert l’ecclésiologie au catholicisme libéral (œcuménisme, liberté religieuse, dialogue avec les religions), le même Paul VI, à l’étonnement général, s’était refusé à libéraliser la doctrine du mariage et avait condamné la contraception. Ce qu’on a appelé la « restauration » des pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI, selon le terme employé par Joseph Ratzinger dans son Entretien sur la foi, qui était une tentative d’interprétation modérée du Concile, s’est ainsi cristallisée sur cette relative résistance de l’enseignement moral (Veritatis splendor en 1993). Résistance fragile, qui se croyait obligée de lâcher du lest (la théologie du corps de Jean-Paul II) et surtout qui se refusait à s’appuyer sur le magistère infaillible : malgré des requêtes répétées, jamais l’enseignement d’Humanæ vitæ n’a été donné comme définitif, l’horizon « pastoral » du Concile restant indépassable.

    Quoi qu’il en soit, Amoris lætitia, en 2016, a fait sauter ce barrage moral et s’est ouverte une nouvelle phase du post-Concile. Ce qui comporte d’ailleurs un aspect positif : le temps des demi-mesures est passé.

    Le chapitre VIII d’Amoris lætitia

    Avec Amoris lætitia, du 19 mars 2016, le pape Bergoglio a en quelque sorte dépénalisé l’adultère, les relations propres au mariage avec un autre que son conjoint, sous certaines conditions. Le VIIIème chapitre de l’exhortation apostolique, « Accompagner, discerner et intégrer la fragilité », traite concrètement de la « fragilité » de ceux qui brisent le lien matrimonial et contractent un second mariage. Le pape François y procédait en trois étapes :

    • Il invitait à une pastorale d’« accompagnement » des divorcés remariés fondée sur la gradualité, distinguant l’idéal que représente la norme morale et ce que peuvent concrètement accomplir nombre de chrétiens et qu’il faut prendre en charge par un itinéraire d’accompagnement et de discernement qui « oriente ces fidèles à la prise de conscience de leur situation devant Dieu » [1]. Cet accompagnement se met en place par un « colloque avec le prêtre, dans le for interne, [qui] concourt à la formation d’un jugement correct sur ce qui entrave la possibilité d’une participation plus entière à la vie de l’Église et sur les étapes à accomplir pour la favoriser et la faire grandir » (n. 300).
    • Le pape François exposait ensuite sa proposition doctrinale nouvelle : « Il n’est plus possible de dire que tous ceux qui se trouvent dans une certaine situation dite “irrégulière” vivent dans une situation de péché mortel, privés de la grâce sanctifiante. Les limites n’ont pas à voir uniquement avec une éventuelle méconnaissance de la norme. Un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les “valeurs comprises dans la norme” ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute » (n. 301). C’est le cœur de la nouvelle doctrine morale, qui s’oppose frontalement à l’adage de saint Augustin (Confessions, l. X, c. 29) qu’avait repris le concile de Trente (Dz 1536) : « Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas », adage qui signifie que Dieu donne toujours la grâce nécessaire pour accomplir ce qu’il demande, en l’espèce la fidélité dans le mariage.
    • Le pape François tirait les conséquences de cette affirmation en ce qui concerne la pratique sacramentelle : la fameuse communion accordée aux divorcés remariés, objet de toutes les pressions de la gauche théologique. « À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église » (n. 305).

    Sur quoi une note (la note 351) précise que, tout en restant dans l’adultère, on peut éventuellement recevoir l’absolution sacramentelle et l’Eucharistie : « Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, “aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur” (Evangelii gaudium, n. 44). Je souligne également que l’Eucharistie “n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles” (ibid., n. 47). » 

    Questions de foi sans réponse  

    Quatre cardinaux – Raymond L. Burke, Walter Brandmüller, Carlo Caffara et Joachim Meisner[2] – ont alors présenté au pape François cinq dubia, des questions adressées aux autorités romaines, jadis rédigées de telle sorte qu’elles aient à répondre par oui ou par non, positive ou negative – « que votre oui soit oui et votre non soit non » (Matthieu 5, 37) – quitte à donner une explication sur la réponse. Le principal dubium des cardinaux était : « Après Amoris lætitia n. 301, est-il encore possible d’affirmer qu’une personne qui vit habituellement en contradiction avec un commandement de la loi de Dieu, comme par exemple celui qui interdit l’adultère (cf. Mt 19, 3-9), se trouve dans une situation objective de péché grave habituel (cf. Conseil pontifical pour les textes législatifs, Déclaration du 24 juin 2000) ? »

    La Déclaration du Conseil pour les Textes législatifs visée par les cardinaux disait en effet : « Recevoir le Corps du Christ en étant publiquement indigne constitue un dommage objectif pour la communion ecclésiale ; c’est un comportement qui attente aux droits de l’Église et de tous les fidèles à vivre en cohérence avec les exigences de cette communion. Dans le cas concret de l’admission à la sainte communion des fidèles divorcés remariés, le scandale, entendu comme une action qui pousse les autres vers le mal, concerne à la fois le sacrement de l’Eucharistie et l’indissolubilité du mariage. […] Le ministre de la distribution de la communion doit se refuser de la donner à qui en est publiquement indigne. »

    Auparavant, alors que le pontificat bergoglien avait commencé et que se dessinait un retournement doctrinal, nous avions posé la même question, mais concernant le sacrement de pénitence, à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi : « Un confesseur peut-il donner l’absolution à un pénitent qui, ayant été marié religieusement, a contracté une seconde union après divorce ? » Il s’agissait de permettre à la Congrégation (dont le Préfet était le cardinal Müller et le Secrétaire Mgr Ladaria) d’affirmer que l’enseignement de Familiaris consortio, que nous citerons plus bas, était toujours valable. La Congrégation nous avait répondu le 22 octobre 2014 : « On ne peut absoudre validement un divorcé remarié qui ne prend pas la ferme résolution de ne plus “pécher à l’avenir” et donc de s’abstenir des actes propres aux conjoints, et en faisant dans ce sens tout ce qui est en son pouvoir. »

    Mais après Amoris lætitia, ni le pape, ni la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n’ont jugé utile de répondre aux interrogations des cardinaux concernant le retournement opéré.

    Une occasion de poser à nouveau la question va se présenter. Le 19 mars 2026, dixième anniversaire de l’exhortation apostolique, le pape Léon XIV a tenu à célébrer le « message lumineux d’espérance concernant l’amour conjugal et familial » constitué par l’exhortation apostolique, et à « rendre grâce au Seigneur pour l’élan donné à l’étude et à la conversion pastorale de l’Église » apporté par elle, lui demandant « le courage de poursuivre le chemin, en accueillant toujours à nouveau l’Évangile. » Et il a annoncé qu’il allait réunir du 7 au 14 octobre les Présidents des Conférences épiscopales du monde entier « afin de procéder, dans l’écoute réciproque, à un discernement synodal sur les mesures à prendre pour annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui, à la lumière d’Amoris lætitia et en tenant compte de ce qui se réalise dans les Églises locales. »

    Pour préparer les travaux de l’assemblée, un parcours thématique a été publié le 6 juillet dernier par le Secrétariat du Synode et le Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie dont le quatrième point (« Face aux difficultés de la vie : accompagner et soutenir ; cheminer avec les familles dans des situations complexes ») recoupe le sujet du chapitre VIII d’Amoris lætitia. Selon toutes les apparences il avalise le changement doctrinal opéré par l’Exhortation: « Une attention particulière est portée aux couples et aux familles qui rencontrent, à toutes les étapes de la vie conjugale, des situations de difficulté relationnelle, sociale ou spirituelle […]. Quelles démarches ont été entreprises pour soutenir ceux qui vivent des situations de fragilité ou de difficulté ? Quelles résistances apparaissent ? Comment bâtir des communautés chrétiennes où ceux qui ont fait l’expérience de la souffrance, de l’abandon, de la séparation et du divorce puissent se sentir réellement écoutés, pleinement intégrés et coresponsables ? Quelles expériences concrètes révèlent, dès aujourd’hui, le visage d’une Église toujours plus capable de proximité, de discernement, d’accompagnement et de valorisation, aidant les personnes et les familles à retrouver confiance, à se reconnaître membres de la communauté et à faire l’expérience de la miséricorde de Dieu ? »

    Le texte aussi peu limpide que possible évoque bien ceux « qui ont fait l’expérience du divorce », qui doivent « se sentir réellement écoutés » dans une Église « plus capable » d’aider à « faire l’expérience de la miséricorde ».  On remarquera qu’il est question par euphémisme de « situations de fragilité » pour éviter le mot péché (comme le fait d’ailleurs l’encyclique Magnifica humanitas).

    Une thèse irrecevable

    On s’apprête assurément à une reconduction de la nouvelle doctrine, en insistant sur l’accueil dans l’Église des personnes divorcées remariées, accueil qui, au reste, n’a jamais été remis en cause : on a toujours dit qu’un pécheur faisait toujours partie de l’Église, mais qui dans la pastorale nouvelle devient un accueil sacramentel.

    Cette réunion pourrait cependant être une occasion providentielle pour un certain nombre de pasteurs courageux de faire souligner le dommage considérable causé par l’exhortation apostolique à la morale naturelle et catholique, et par le fait au salut des âmes. Il est au reste plus facile de contester Amoris lætitia que tel ou tel texte problématique du Concile.

    • D’une part, en effet, on peut en effet s’appuyer ici sur l’enseignement d’un pape postconciliaire, Jean-Paul II, qui a maintenu sur ce point la doctrine pérenne :
      • Sur la pénitence : « La réconciliation par le sacrement de pénitence – qui ouvrirait la voie au sacrement de l’Eucharistie – ne peut être accordée qu’à ceux qui se sont repentis d’avoir violé le signe de l’Alliance et de la fidélité au Christ, et sont sincèrement disposés à une forme de vie qui ne soit plus en contradiction avec l’indissolubilité du mariage (Familiaris consortio, n. 84).
      • Sur la communion : « L’Église, cependant, réaffirme sa discipline, fondée sur l’Écriture Sainte, selon laquelle elle ne peut admettre à la communion eucharistique les divorcés remariés. Ils se sont rendus eux-mêmes incapables d’y être admis car leur état et leur condition de vie est en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie. » (ibid.)

    À moins que les personnes en cette situation irrégulière « prennent l’engagement de vivre en complète continence, c’est-à-dire en s’abstenant des actes réservés aux époux[3] », et tout scandale étant écarté auprès de ceux qui les voient communier.

    • D’autre part, les ruptures dans l’enseignement moral sont plus aisément appréhendables par tous que celles intervenues dans l’ecclésiologie. En l’espèce, le retournement opéré par Amoris lætitia est saisissant. Aux termes du n. 301, des « conditions concrètes » (un nouveau « mariage », l’existence d’enfants de cette nouvelle union) feraient que la rupture de cette nouvelle union – se séparer de ce conjoint illégitime ou vivre avec lui comme frère et sœur – pourrait être « une nouvelle faute », on suppose en raison du dommage causé à la seconde épouse, et aux éventuels enfants de la seconde union. (Bien entendu, il n’est pas contestable que les conséquences de l’adultère doivent être assumées, notamment en ce qui concerne les enfants nés de cette union illégitime, mais sans préjudice de ce qui doit être rendu en justice à l’épouse légitime et aux enfants de l’union légitime, que l’Exhortation n’envisage pas). Ainsi le raisonnement d’Amoris lætitia va jusqu’au bout de sa logique : dans le cas où rester dans l’adultère public n’est pas pécher, quitter cette situation devient une faute. Il est des cas, selon Amoris lætitia où l’adultère est méritoire !

    La théologie et le magistère aimaient jadis condenser leurs propos en thèses ou en propositions claires et ramassées, notamment quand il s’agissait de les condamner (les 85 propositions issues du synode de Pistoie, condamnées par la bulle Auctorem fidei de Pie VI en 1794). La thèse irrecevable d’Amoris lætitia pourrait ainsi se formuler : Certains de ceux qui vivent dans l’adultère public, alors même qu’ils connaissent la norme qu’ils transgressent, peuvent n’être pas considérés comme étant en état de péché mortel. Cette proposition est-elle ou non condamnable au regard de la foi catholique ? Ou inversement, le fait de tenir cette thèse pour irrecevable est-il condamnable ?

    Fermer la parenthèse de l’enseignement « pastoral »

    Il est de la fonction du pape et des évêques de répondre à des questions sur la foi et les mœurs que se posent et leur posent les fidèles du Christ. Leur rôle premier est de dire la foi, de transmettre le message l’Évangile. « Les évêques, rappelle Lumen Gentium (n. 25), sont, en effet, les hérauts de la foi, amenant au Christ de nouveaux disciples, et les docteurs authentiques, c’est-à-dire pourvus de l’autorité du Christ, prêchant au peuple qui leur est confié la foi qui doit régler leur pensée et leur conduite, faisant rayonner cette foi sous la lumière de l’Esprit Saint, dégageant du trésor de la Révélation le neuf et l’ancien (cf. Mt 13, 52), faisant fructifier la foi, attentifs à écarter toutes les erreurs qui menacent leur troupeau (cf. 2 Tm 4, 1-4). »

    Quant au pontife romain, il est d’abord le suprême docteur de la foi. Il se distingue des autres évêques non par un pouvoir sacramentel supérieur mais par une juridiction plénière et souveraine sur toute l’Église, d’abord en ce qui touche l’enseignement de la foi et des mœurs (Vatican I, Pastor Æternus, Dz 3064).

    Ce que l’Église attend donc aujourd’hui de ses pasteurs, c’est qu’ils sortent du « pastoral » au sens nouveau donné à ce terme, celui d’un enseignement de seconde qualité déconnecté du rapport à la tradition, pour revenir au pastoral au sens évangélique, au soin que les pasteurs doivent déployer pour conduire au salut les âmes des brebis, en premier lieu par l’annonce de la vérité.

    En l’espèce, l’Église attend qu’ils rappellent le commandement : « Tu ne commettras point d’adultère » (Exode 20, 14 ; Deutéronome 5, 18 ; Matthieu 5, 27), qu’ils prêchent avec patience la pénitence aux pécheurs en les guidant dans la voie du repentir envers Dieu et de la réparation envers l’époux ou l’épouse trahi, et envers les enfants profondément malmenés, sans oublier bien sûr d’assumer les conséquences de la faute commise, notamment vis-à-vis des enfants de la seconde union. 

    Au fond, l’Église attend un retour au magistère comme tel ou comme référence directe de son discours.


    [1] Cette notion de gradualité avait été mise en avant pour contourner la doctrine d’Humanæ vitæ réprouvant la contraception. Jean-Paul II, dans Familiaris consortio (22 novembre 1981, n. 34) avait tenté de colmater la brèche en faisant une distinction hasardeuse : la « loi de gradualité », celle de l’agir humain, qui surmonte graduellement les difficultés pour arriver à observer les commandements, est légitime, mais pas la « gradualité de la loi », qui veut que le commandement divin soit seulement un idéal vers lequel on doit tendre. Amoris lætitia, dans son n. 295, parle d’une « gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres » de la part de sujets qui ne « sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. » En un mot, si on ne peut pas observer la loi, on fait ce qu’on peut…

    [2] Un cinquième cardinal, le néerlandais Willem Jacobus Eijk, archevêque d’Utrecht, a publiquement soutenu et rejoint la démarche des quatre premiers. Un autre haut prélat a signé les dubia adressés au pape, mais n’a pas voulu que soit divulgué son nom dans le public.

    [3] Jean-Paul II, homélie à la messe de clôture du VIe Synode des Évêques, 25 octobre 1980.

  • Le critère d’embarras renforce la crédibilité historique des Évangiles

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    De Matthieu Lavagna sur 1000 raisons de croire :

    Le critère d’embarras prouve que les Évangiles ne peuvent pas être un mensonge

    Nous avons établi dans les articles précédents que les Évangiles sont précis et exacts quant aux informations objectives rapportées au sujet de la Palestine du Ier siècle. Face aux données historiques, topographiques,   archéologiques et onomastiques , on peut conclure que les évangélistes étaient suffisamment informés pour produire un récit historiquement fiable. En revanche, pouvons-nous être sûrs qu’ils n’ont pas menti délibérément pour que leur propagande religieuse se développe, tout en truffant leur récit de détails historico-géographiques exacts ? Le critère d’embarras, cher aux historiens, suffit à réduire cette thèse à néant. Lorsque l’on invente une histoire, on évite en général de s’auto-ridiculiser en relatant des détails gênants pour soi-même. Or, les évangélistes font exactement le contraire : ils racontent un bon nombre d’événements embarrassants qu’ils n’auraient sûrement pas mentionnés s’ils mentaient.


    Les raisons d'y croire

    Parmi les exemples qui remplissent le critère d’embarras, on peut citer :

    • La mort du Christ sur la croix, qui n’aurait pas pu être inventée par les évangélistes ; en particulier s’ils cherchaient à faire valoir leur religion auprès des Juifs et des païens.
    • Le discrédit total du témoignage des femmes à l’époque dans le contexte de la découverte du tombeau vide. Il aurait été parfaitement absurde de la part des premiers chrétiens d’inventer que les premiers témoins du tombeau vide de Jésus étaient des femmes (en particulier une pécheresse comme Marie-Madeleine). Cela ne pouvait que les décrédibiliser aux yeux des Juifs. Si les évangélistes voulaient mentir et inventer leur propre récit, ils auraient choisi de mettre en scène des hommes comme les apôtres afin de renforcer la crédibilité de leur fiction.
    • Le portrait ridicule de Pierre, chef des apôtres, qui se fait réprimander sévèrement par Jésus et qui le renie à plusieurs reprises. Si les Évangiles étaient un récit monté de toutes pièces dans l’unique but de faire valoir la religion chrétienne, jamais les premiers chrétiens n’auraient eu l’idée de dévaloriser leur chef ainsi.
    • Les nombreux détails embarrassants rapportés à l’égard des disciples : ils fuient devant les difficultés, ils doutent ( Mt 28,17 ) et ne comprennent pas toujours ce que dit Jésus ( Lc 24,11  ; Mt 16,23  ; Jn 14,9 ), etc. Cela n’aurait pas de sens que les disciples de Jésus ou les évangélistes aient inventé ces éléments embarrassants. Ces détails apparaissent dans les Évangiles parce que leurs auteurs ont été soucieux de rapporter ce qui s’était réellement passé.
    • Il est donc impossible de considérer que les Évangiles sont un tissu de mensonges conçus de toutes pièces. Ces écrits sont trop gênants pour les disciples et « contreproductifs » pour qu’il s’agisse de mensonges.

    En savoir plus

    Avez-vous déjà menti pour sauvegarder votre image ou votre réputation ? C’est possible. En revanche, avez-vous déjà menti en faisant exprès d’entacher votre réputation aux yeux des autres ? Certainement non ! En effet, l’être humain n’aime pas se dénigrer lui-même par plaisir. S’il relate un fait gênant à son égard, c’est parce que ce fait lui est vraiment arrivé.

    Il en est de même lorsqu’on analyse les faits embarrassants présents dans les Évangiles. Les évangélistes présentent les leaders de l'Église comme ayant souvent l'air impulsifs, incompétents, vantards ou stupides. L’Évangile de Marc décrit les disciples comme étant parfaitement incrédules, si bien qu’à de nombreuses reprises, Jésus les accuse de manquer de foi ( Mc 9,17-19 ). Ils paniquent lorsqu'ils sont confrontés à une tempête sur le lac de Tibériade ( Mc 4,35-41 ), ils sont extrêmement lents à comprendre le véritable sens des paroles de Jésus ( Mc 4,13  ; 7,18 ). Lors des moments difficiles, ils agissent comme des couards et des incrédules apeurés. Au lieu de prier avec Jésus en vue de préparer sa passion, ils s’endorment ( Mc 14,37-42 ). Et, quand le Christ se fait arrêter par les grands prêtres, ils prennent la fuite ( Mc 14,50 ).

    L’Évangile est particulièrement humiliant à l’égard de Pierre, le chef de l’Église primitive , mentionnant ainsi que celui-ci se fait sévèrement réprimander par Jésus lorsqu’il s’oppose à sa future mise à mort. Quand Pierre dit au Christ « Cela ne t’arrivera pas, Seigneur ! » ( Mt 16,22 ) Jésus répond : « Passe derrière moi, Satan. Tu m'es en scandale ; car tes pensées ne sont pas les pensées de Dieu, mais celles des hommes »( Mt 16,23 ). Pire encore, Pierre affirme fièrement qu’il ne reniera jamais le Christ – « Quand il me faudra mourir avec toi, je ne te renierai pas » ( Mt 26,35 ) –, et les évangiles rapportent qu’il finira par le renier trois fois. Rien de plus humiliant pour le chef des apôtres ! Jamais les chrétiens n’auraient inventé un tel événement.

    On peut aussi ajouter que l’événement humiliant de la crucifixion n’a pas pu être inventé par les disciples. En clair, si vous pensez qu’un homme est le Messie, ou du moins si vous voulez le faire croire aux gens, il paraît tout à fait stupide de le faire crucifier et de l’humilier comme un moins que rien. Les Juifs de l’époque s’attendaient à un Messie fort et vaillant : l’idée d’une crucifixion était impensable pour eux. Pourquoi revendiquer haut et fort que Jésus est Dieu, et créer un scénario dans lequel ce dernier meurt lamentablement à coups de clous ? Au niveau de la crédibilité, il est difficile de faire pire si vous voulez convaincre les gens de la vérité de votre religion. D’ailleurs, au IIe siècle, le polémiste antichrétien Celse prenait un malin plaisir à ridiculiser les chrétiens à cause de ce fait même : « Vous nous donnez pour Dieu un personnage qui termina par une mort misérable une vie infâme » (Discours véritable contre les chrétiens).

    Enfin, les Évangiles affirment que ce sont les femmes qui ont retrouvé le tombeau vide. Or, le témoignage des femmes, à l’époque, n’avait aucune valeur devant les tribunaux juifs. Il n’était même pas recevable dans une affaire judiciaire. C’est typiquement le genre d’élément narratif qu’un récit inventé se voulant convaincant aurait préféré éviter car, dans la société de l’époque, rapporter un tel détail revenait à exposer son propre récit à la dérision et à la moquerie.

    En conséquence, si la découverte du tombeau vide était une légende, ceux qui auraient inventé une telle histoire auraient choisi de faire en sorte que les premiers témoins de la résurrection soient des hommes. Ils auraient ainsi évité d’ébranler la crédibilité de leur histoire auprès de cette culture largement patriarcale. C’est pourquoi l’historien N. T. Wright remarque : « En tant qu’historiens, nous sommes obligés de dire que, si ces histoires avaient été inventées cinq ans plus tard, [leurs auteurs] n’auraient jamais attribué la découverte du tombeau vide à Marie Madeleine. Pour des apologistes chrétiens, vouloir expliquer à un public sceptique que Jésus est ressuscité en invoquant des femmes serait comme se tirer une balle dans le pied. Mais pour nous, historiens, c’est le genre d’information en or. Les chrétiens n’auraient jamais pu inventer une telle chose » (cité dans Antony Flew, There is a God, HarperCollins, 2009, p. 207).

    En somme, les Évangiles contiennent des événements tellement embarrassants que leurs auteurs n’auraient jamais eu l’idée d’inventer de telles choses pour promouvoir leur religion et aller évangéliser les nations. Ils couraient le risque permanent de se ridiculiser aux yeux des Juifs et des païens. Ces faits ne nous sont connus que parce que les évangélistes ont fait preuve d’honnêteté et qu’ils ont voulu retranscrire méticuleusement les événements de la vie de Jésus, en dépit des conséquences humiliantes à leur égard.

    Bref, l’hypothèse d’un mensonge est intenable. Cela supposerait en outre que les apôtres eussent été des imposteurs masochistes, prêts à se rabaisser pour des choses qu’ils savaient fausses. La moindre des choses que nous pouvons leur accorder, c’est qu’ils étaient honnêtes et avaient l’intention de rapporter des faits exacts concernant la vie du Christ.

    Le critère d’embarras permet donc de renforcer la crédibilité historique des Évangiles, et constitue en cela une solide raison de croire au christianisme.

    Matthieu Lavagna, auteur de Soyez rationnel, devenez catholique !


    Aller plus loin

    Craig L. Blomberg, The Historical Reliability of the New Testament, 2016.

  • Saint Pierre Claver (9 septembre)

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    Du site des Jésuites de la Province de France :

    Pierre Claver naquit à Verdu, en Espagne, en 1580. Il étudia les lettres et les arts à l'université de Barcelone à partir de 1596 et entra dans la Compagnie en 1602. Spécialement encouragé par saint Alphonse Rodriguez, portier du collège de la Compagnie à Majorque, il répondit à la vocation missionnaire qu'il entendit alors.

    Ordonné prêtre en 1616 dans la mission de Colombie, c'est là que, jusqu'à sa mort, il exerça son apostolat parmi les Noirs réduits en esclavage, devenu par un vou spécial " esclave des Nègres pour toujours ". Epuisé, il mourut à Carthagène, en Colombie, le 8 septembre 1654. il fut canonisé en 1888 par Léon XIII.

    Lettre de saint Pierre Claver

    Annoncer l'Evangile aux pauvres, guérir les coeurs blessés ; annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres.

    Hier, 30 mai 1627, jour de la Sainte Trinité, débarquèrent d'un énorme navire un très grand nombre de Noirs enlevés des bords de l'Afrique. Nous sommes accourus portant dans deux corbeilles des oranges, des citrons, des gâteaux et je ne sais quoi d'autre encore. Nous sommes entrés dans leurs cases. Nous avions l'impression de pénétrer dans une nouvelle Guinée ! Il nous fallut faire notre chemin à travers les groupes pour arriver jusqu'aux malades. Le nombre de ceux-ci était considérable ; ils étaient étendus sur un sol humide et boueux, bien qu'on eût pensé, pour limiter l'humidité, à dresser un remblai en y mêlant des morceaux de tuiles et de briques ; tel était le lit sur lequel ils gisaient, lit d'autant plus incommode qu'ils étaient nus, sans la protection d'aucun vêtement.

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