Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Famille

  • Mgr Varden, après la rencontre sur Amoris Laetitia, plaide pour "l'exil sacramentel" des fidèles en situation irrégulière

    IMPRIMER

    D'InfoVatticana :

    Mgr Varden, après la rencontre sur Amoris Laetitia, plaide pour "l'exil sacramentel" des fidèles en situation irrégulière

    «C'est reconnu, pas relativisé.»

    Mgr Varden affirme que, d'après son expérience, les communautés catholiques gèrent généralement ces situations avec maturité. Pour les personnes vivant des relations non conventionnelles, soutient-il, il peut être libérateur de se trouver dans un environnement où cette situation est reconnue et non relativisée. Dans ce même environnement, elles sont accueillies avec une amitié chrétienne et peuvent contribuer à la vie communautaire.

    L’évêque cite en exemple de nombreux fidèles qu’il connaît et qui, « dimanche après dimanche », s’approchent pour recevoir une bénédiction au moment de la communion, « sachant qu’ils ne peuvent recevoir le sacrement, mais confiants en la miséricorde de Dieu à l’œuvre dans l’Église ». À ses yeux, cette fidélité fortifie la communauté et témoigne « du réalisme vivant du sacrement et de la vertu d’espérance ». Il conclut : « Un exil sacramentel vécu dans le temps peut préparer un joyeux retour à la maison ».

    Le Christ, écrit Mgr Varden, nous a donné ses « commandements rigoureux » pour nous éduquer et nous libérer de nous-mêmes. Son dessein, nous rappelle-t-il en citant la quatrième prière eucharistique, est que « nous ne vivions plus pour nous-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous ». L’objectif que tout homme doit viser, souligne-t-il, est toujours la vie nouvelle et divinisée, « et non une simple affirmation humaine, même si nous en avons tous besoin ».

    Une réunion axée sur la « fragilité »

    La réunion avait pour titre « Dix ans après Amoris Laetitia : Annoncer l’Évangile aux familles aujourd’hui ». Léon XIV l’a convoquée du 7 au 14 octobre avec les présidents des conférences épiscopales et les chefs des Églises orientales, et les participants ont travaillé en utilisant la « conversation dans l’Esprit », la méthode du Synode sur la synodalité.

    La session du lundi 12 a abordé la question des catholiques divorcés et remariés dans le contexte des situations familiales dites « fragiles ». Au cours de cette session, la théologienne Julie Hanlon Rubio a relaté le cas d'une femme âgée atteinte de démence qui refusait l'Eucharistie car son mari avait été remarié. Selon le magazine America , le cardinal Joseph Tobin a déclaré ce jour-là n'avoir entendu parler d'aucune personne souhaitant revenir aux pratiques antérieures à Amoris Laetitia .

    Le compte rendu de la réunion n'a pas été rendu public. Selon le père Giacomo Costa, c'est Léon XIV lui-même qui a demandé une rencontre privée pour examiner les documents et faire une déclaration après son hospitalisation.

    La controverse entourant l'exhortation du pape François s'est concentrée depuis 2016 sur la note 351. L'interprétation des évêques de la région pastorale de Buenos Aires a également joué un rôle, puisqu'ils ont admis l'accès à la Pénitence et à l'Eucharistie dans certains cas après une période de discernement accompagné. Familiaris Consortio , en revanche, a réaffirmé la pratique de ne pas admettre à la communion les catholiques divorcés et remariés.

    Le jour même de l'ouverture, Mgr Varden a publié sur son blog , Coram fratribus , des notes de lecture sur l'exhortation . Parmi elles figure le passage où François avertit que l'Église ne doit en aucun cas renoncer à proposer l'idéal plénier du mariage (n° 307). Dans son nouveau texte, il ne propose pas l'accès aux sacrements. Il décrit plutôt l'abstinence sacramentelle vécue comme un chemin de conversion et d'espérance.

  • Divorce et faible taux de natalité : il existe une corrélation, et cela écarte tout alibi

    IMPRIMER

    D'Andrea Zambrano sur la NBQ :

    Divorce et faible taux de natalité : il existe une corrélation, et cela écarte tout alibi.

    Les enfants adultes issus de familles divorcées ont un taux de fécondité plus faible et sont plus susceptibles de ne pas avoir d'enfants. Une étude inédite publiée par l'Université Bocconi démontre pour la première fois la corrélation entre le divorce et la baisse de la natalité. Elle réfute ainsi l'une des causes taboues du déclin démographique. 

    16/10/2026

    Au fil des ans, les conséquences du divorce ont été analysées sous de nombreux angles. La séparation a été étudiée à travers le prisme de la sociologie, de la psychologie et même de l'économie. Les effets de la fin d'un mariage sur le bien-être psychologique et physique des enfants, la situation économique des ex-conjoints, l'augmentation de la pauvreté et même la capacité à réfléchir à la volonté de vivre ont été explorés.

    Mais jusqu'à présent, aucune étude n'avait confirmé que le divorce figure parmi les principales causes du déclin de la natalité qui frappe les pays occidentaux. Cette absence s'explique par la difficulté de démontrer ce qui, d'un point de vue purement empirique, a toujours été une évidence. Prenons l'exemple de l'Italie : les données montrent une corrélation inverse frappante : lors de l'adoption de la loi sur le divorce, la courbe démographique a commencé à décliner tandis que le nombre de séparations explosait. Une tendance qui perdure depuis plus de 50 ans.

    Mais aujourd'hui, même ce dernier tabou est tombé. Et il est tombé grâce à une étude novatrice et unique, unique par l'ampleur des données et des techniques employées, qui établit un lien étroit entre l'impact du divorce et ses conséquences sur les projets de maternité des enfants. Cet impact, de l'aveu même des auteurs de l'étude, a traditionnellement été négligé.

    L’étude intitulée « Résultats reproductifs des enfants adultes de parents divorcés : résultats à partir de données démographiques » remet en cause toutes les certitudes et place le « droit » le plus important sur le banc des accusés comme cause principale de la baisse du taux de natalité, car c’est lui qui a inauguré l’ère du laisser-aller.

    Silvia Palmaccio, chercheuse au Centre de recherche sur la dynamique sociale et les politiques publiques de l'Université Bocconi de Milan, et ses collègues Deni Mazrekaj (Université d'Utrecht) et Kristof De Witte (KU Leuven, Belgique) ont mené une étude approfondie pour mettre au jour un problème majeur : la concomitance entre le premier des nouveaux droits et le premier état d'urgence nationale. Une corrélation presque scandaleuse qui, lorsqu'elle est constamment associée, frôle le blasphème « laïque ».

    Et pourtant, ils y sont parvenus. Grâce à un programme qui a consisté à étudier plus de 1,7 million de personnes, de la naissance à l'âge de 40 ans, aux Pays-Bas. 

    Un ensemble de données colossal , certes, mais cela ne suffisait pas. La singularité de la méthodologie employée réside également dans sa capacité à distinguer l'effet du divorce de celui d'autres facteurs familiaux invisibles, tels que les conflits, les caractéristiques socio-économiques ou les traits de personnalité héréditaires, afin d'obtenir un échantillon aussi précis que possible, exempt de facteurs contributifs susceptibles de fausser les données.

    Le résultat est surprenant et Bocconi l'a lui-même écrit noir sur blanc sur son site web , lors de la publication de l'étude en avril dernier, sans couverture médiatique adéquate de l'information, mais cela est une conséquence du désintérêt général de la presse traditionnelle pour la recherche des causes réelles d'un phénomène complexe tel que la baisse du taux de natalité, puisque le droit fondamental de l'homme nouveau est directement en jeu.

    « Grandir dans une famille divorcée est associé à une moindre probabilité d'avoir des enfants et à une réduction du nombre total d'enfants », indique l'article de présentation. « L'étude le résume clairement : les adultes issus de familles divorcées ont un taux de fécondité plus faible et sont plus susceptibles de ne pas avoir d'enfants. »

    Pour expliquer ce résultat, Palmaccio, Mazrekaj et De Witte ont exploré plusieurs mécanismes possibles, « mais l'un d'eux se distingue particulièrement : la durée des relations. Les personnes qui grandissent dans des familles divorcées ont tendance, en moyenne, à enchaîner les relations et à les quitter plus rapidement. Et ceci, à son tour, est associé à des différences dans les choix reproductifs. »

    Ainsi, le véritable enjeu ne réside pas tant dans le désir de parentalité ou sa vocation , qui varient également selon de nombreux autres facteurs, mais dans un accès réduit aux relations stables permettant d'avoir des enfants. C'est pourquoi la fertilité apparaît si étroitement liée à la stabilité des unions, et c'est un phénomène qui se transmet – c'est là la découverte essentielle – de père en fils, de mère en fille.

    L’étude dresse donc un tableau sombre, abordant le point sensible de cette société : « La crise démographique n’est pas seulement un problème économique ou culturel. Elle résulte aussi de dynamiques familiales qui se transmettent au fil du temps, souvent de manière invisible. »

    Tout le respect que je dois aux experts qui présentent la crise de la petite enfance comme un phénomène inévitable , une catastrophe tombée du ciel aux mécanismes impénétrables, ou pire encore, qui proposent des solutions de substitution, est discutable. Or, ils connaissent les noms et prénoms des responsables, ce qui discrédite toute excuse. L'attitude généralement bien ancrée des politiciens à l'égard du divorce, conjuguée à l'inquiétude récente concernant la baisse de la natalité, ne fait qu'occulter le problème, en cherchant des causes et des solutions insuffisantes ou inaccessibles

  • « Des accents différents », mais pas d'affrontements lors de la réunion « Amoris », affirment les organisateurs.

    IMPRIMER

    De Michelle La Rosa sur le Pillar :

    « Des accents différents », mais pas d'affrontements lors de la réunion « Amoris », affirment les organisateurs.

    « La miséricorde et la vérité ne sont pas incompatibles. »

    Les participants à la réunion du Vatican sur Amoris laetitia ont décrit un rassemblement axé sur la nécessité d'accompagner les familles dans une grande variété de situations de vulnérabilité, plutôt que sur les situations controversées incluses dans l'exhortation apostolique.

    « La miséricorde et la vérité ne sont pas en conflit, mais au contraire, à travers le regard de Jésus, elles peuvent être la source de cet accompagnement », a déclaré le père Giacomo Costa, SJ, consulteur du Secrétariat général du Synode, responsable de la méthodologie de la réunion.

    Alors que des questions se posaient quant à savoir si la réunion aborderait les controverses de l'exhortation apostolique – principalement liées à la réception des sacrements par les catholiques divorcés et remariés –, les participants ont indiqué que l'accent serait mis sur la reconnaissance des nombreuses manières dont les familles ont besoin d'accompagnement.

    Publié par le pape François, Amoris laetitia était un document long et exhaustif sur la vie familiale, abordant des sujets tels que la préparation au mariage, l'éducation des enfants et la spiritualité du mariage.

    Mais l’exhortation apostolique a suscité le plus d’attention – et de controverses – à cause d’une note de bas de page qui évoquait la réception des sacrements par les catholiques divorcés et remariés.

    L’exhortation apostolique dit au paragraphe 305 qu’« un pasteur ne peut pas penser qu’il suffit d’appliquer des lois morales à ceux qui vivent dans des situations « irrégulières », comme s’il s’agissait de pierres à jeter sur la vie des gens ».

    Le paragraphe ajoute que « grâce à certaines formes de conditionnement et à des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui peut ne pas être subjectivement coupable, ou pas pleinement coupable – une personne puisse vivre dans la grâce de Dieu, aimer et progresser dans la vie de grâce et de charité, tout en recevant l’aide de l’Église à cette fin. »

    Une note de bas de page du paragraphe précise que cette aide « peut inclure l’aide des sacrements » et ajoute que l’Eucharistie « n’est pas une récompense pour les parfaits, mais un puissant remède et une nourriture pour les faibles ».

    Plus tard, les évêques de la région de Buenos Aires en Argentine ont publié une instruction à l'intention de leurs prêtres dans laquelle ils appelaient à un discernement mutuel au sein d'un couple en union irrégulière afin de déterminer s'ils pouvaient recevoir la communion et se confesser s'il était « reconnu, dans un cas concret, qu'il existe des limitations qui diminuent la responsabilité et la culpabilité ».

    « Amoris laetitia ouvre la porte à l’accès aux sacrements de la réconciliation et à l’Eucharistie », ont déclaré les évêques de Buenos Aires.

    Le pape François a déclaré par la suite qu'il n'existait pas d'autre interprétation du document, et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a affirmé en 2023 que le pape avait inclus l'instruction des évêques de Buenos Aires dans les Acta Apostolicae Sedis et qu'elle était donc considérée comme un « magistère authentique ».

    Les critiques du texte de Buenos Aires et de la formulation de la note de bas de page ont fait valoir qu'il semblait aller directement à l'encontre de la discipline sacramentelle de l'Église et de son enseignement sur le mariage.

    Alors que le pape avait prévu de jouer un rôle plus important lors de ce rassemblement, il a finalement été hospitalisé le 12 octobre, où il se trouve depuis. Il a subi une opération des poumons et on lui a diagnostiqué un cancer du poumon.

    En raison de l'hospitalisation du pape, le rapport de synthèse d' Amoris laetitia n'a pas été publié comme prévu initialement. Ce document lui sera présenté et pourra être rendu public ultérieurement.

    Le pape a toutefois eu l'occasion de prononcer un discours d'ouverture devant les fidèles réunis pour la rencontre Amoris laetitia avant son entrée à l'hôpital. Il n'a pas abordé directement les controverses suscitées par l'exhortation apostolique, mais a plutôt insisté sur le fait que l'Église doit trouver des moyens d'accompagner les familles en situation de fragilité.

    Cet appel a été repris à de nombreuses reprises lors de la conférence de presse de clôture.

    Costa a décrit « l’accompagnement » comme le thème central de la rencontre. Il a indiqué que la réunion était marquée par une volonté d’écouter et de comprendre les expériences et les obstacles auxquels les familles sont confrontées aujourd’hui.

    « Ce qui est ressorti, c’est l’importance de recevoir un soutien concret et spirituel pour accompagner ces personnes », a-t-il déclaré.

    Costa n'a pas abordé la situation des personnes divorcées et remariées. Il a plutôt évoqué les difficultés liées à la pauvreté, la guerre, l'abandon, la migration, la violence et les mauvais traitements.

    Mgr Philippe Bordeyne, président de l’Institut pontifical de théologie Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille, a déclaré que, même s’il peut y avoir une tendance à se concentrer sur les situations complexes ou compliquées, la « fragilité » s’applique également à de nombreuses autres circonstances.

    Bordeyne, qui coordonnait les différents « experts » participant à la réunion, a fait remarquer qu'Amoris laetitia , en italien, utilise le mot « fragilité » 18 fois. Dans la traduction anglaise, en revanche, ce mot n'apparaît que trois fois, le terme « faiblesse » lui étant fréquemment préféré.

    Tout au long de la semaine, a déclaré Bordeyne, le groupe a insisté sur le fait que la « fragilité » ne s'appliquait pas seulement aux personnes « dans des situations difficiles à intégrer », mais plus largement, comme une expérience humaine commune.

    Il a évoqué les obstacles posés par la cohabitation, la violence domestique, la guerre et les difficultés rencontrées par les couples durant les premières années de leur mariage.

    Bordeyne a également noté des modifications apportées à certains titres du document de travail du groupe.

    Il a notamment pointé du doigt une section intitulée « L’accompagnement dans les difficultés de la vie », qui a été modifiée en « L’accompagnement et le discernement dans les difficultés de la vie ».

    Il a indiqué qu'il y avait eu une certaine résistance à cette idée lors de la réunion, et qu'il avait été surpris de constater que le terme « discernement » avait finalement été accepté pour être intégré au texte.

    Costa a déclaré qu'il n'y avait pas eu de divergences de points de vue lors de la réunion, mais que les participants avaient apporté des « accents différents ». Il a ajouté que la nécessité de former les consciences était apparue comme un sujet de discussion.

    Il a également souligné l'importance de la participation des familles à la mission de l'Église, en témoignant de l'Évangile. Costa a indiqué que les participants ont discuté de l'idée d'une plus grande implication des familles dans la formation des prêtres, des diacres et des agents pastoraux.

    Le père Stanislaus Chu Ilo, prêtre nigérian et professeur de recherche principal en théologie et catholicisme mondial à l'université DePaul de Chicago, a déclaré qu'à son avis, cette rencontre témoigne d'une « Église où l'écoute devient le message ».

    Soulignant l'importance des récits dans la culture africaine, il a déclaré que cela lui rappelait l'expérience d'être assis sur une place de village africaine, à écouter d'autres personnes partager leurs histoires.

    « Lorsque nous écoutons les histoires des uns et des autres, lorsque nous laissons les histoires des autres devenir les nôtres », a-t-il déclaré, « nous assistons à une convergence soudaine de multiples histoires à travers lesquelles nous pouvons voir clairement les traces de Dieu. »

    Lire aussi : Le pape gèle les conclusions d'Amoris Laetitia : rien ne sera publié avant qu'il ne les ait lues.

  • « Le monde n'a pas d'avenir sans familles fortes » (Léon XIV)

    IMPRIMER

    SAINTE MESSE LORS DE LA CONCLUSION DE LA RENCONTRE MARQUANT LE 10E ANNIVERSAIRE DE LA PUBLICATION
    DE L'EXHORTATION APOSTOLIQUE AMORIS LAETITIA

    HOMÉLIE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV
    (lue par le cardinal Luis Antonio Tagle, doyen du Collège des cardinaux)

    Place Saint-Pierre, mercredi 14 octobre 2026

     ____________________________________

     Je vais maintenant lire l'homélie préparée par Sa Sainteté le pape Léon XIV.

    « La joie de l’amour vécue par les familles est aussi la joie de l’Église » (Pape François, Exhortation apostolique Amoris Laetitia , 19 mars 2016, p. 1). C’est par ces mots qu’il y a dix ans, le pape François commençait son Exhortation apostolique Amoris Laetitia .

    Aujourd'hui, alors que nous célébrons l'Eucharistie, nous offrons au Seigneur les fruits du travail que nous avons accompli sur ce document, et nous cherchons à en accueillir les richesses et à mettre en pratique ses conseils pastoraux.

    À cet égard, la liturgie d’aujourd’hui nous offre plusieurs pistes de réflexion. Dans la première lecture, nous avons entendu l’« hymne à l’amour » de saint Paul (cf. 1 Co 12, 31-13, 13). Au chapitre 4 de l’Exhortation apostolique, ce même texte sert de base à une riche méditation sur les vertus du mariage chrétien, union « affective, spirituelle et sacrificielle » (n° 120), et icône de l’amour de Dieu (cf. n° 121). En vivant ces valeurs, et avec le secours de la grâce, les époux grandissent ensemble jour après jour à l’image de la Trinité. Chacun mûrit à sa manière, et en même temps, ils se ressemblent de plus en plus par « l’engagement stable de partager et de construire ensemble toute leur vie » (n° 123). Ainsi, la véritable joie de l’amour réside dans un approfondissement progressif de l’union, où l’unicité de chacun s’épanouit par le don de soi et la présence de l’autre.

    De plus, l’Apôtre s’adressait à une communauté riche en dons et charismes (cf. 1 Co 12, 4-11), mais qui avait besoin de mûrir dans l’amour. Il rappelait aux Corinthiens que ceux qui sont dépourvus d’amour, malgré tous les talents qu’ils ont pu recevoir, sont comme « un gong bruyant ou une cymbale qui résonne » (13, 1), comme une voix sans amour, incapable de toucher le cœur, coupée des autres, distante, froide et impénétrable.

    Nous n’avons pas été créés pour vivre ainsi. Le psaume responsorial nous le rappelle en nous appelant le « peuple » et le « troupeau » d’un Dieu dont « la bonté demeure à jamais » et dont la fidélité s’étend « de génération en génération » ( Ps 100, 5). Il est un Seigneur qui aime sans réserve, qui ne cesse de nous chercher, de nous faire confiance et de renouveler son amitié.

    C’est cet amour qu’Amoris Laetitia nous invite à fonder nos familles. C’est ce véritable amour que nous sommes particulièrement appelés à enseigner aux jeunes gens qui se préparent au mariage, en les instruisant sur « l’importance des vertus », parmi lesquelles la chasteté occupe une place de choix, « inestimable pour la croissance authentique de l’amour entre les personnes » (n° 206). Les programmes de préparation au mariage, élaborés avec soin à cette fin dans les paroisses et les zones pastorales, sont louables. Toutefois, ces cours ne suffisent pas à eux seuls ; ils doivent être précédés et soutenus par une éducation à l’amour qui accompagne la croissance de la personne dès l’enfance. À ce propos, le pape François a observé qu’« apprendre à aimer quelqu’un ne se fait pas automatiquement, et cela ne peut s’enseigner dans un atelier juste avant la célébration du mariage » (n° 208). Il a expliqué : « Pour chaque couple, la préparation au mariage commence dès la naissance » ( ibid . ) et tout ce qu’un jeune vit au sein de sa famille devrait contribuer à le rendre capable d’un « engagement total et définitif » ( i bid . ).

    Ainsi, l’amour vécu au sein de la famille – avec ses moments de lutte, ses erreurs et ses échecs, mais aussi avec l’émerveillement de son quotidien imprévisible – devient la première école de l’affection humaine, le premier apprentissage précieux et irremplaçable de la joie d’aimer. C’est pourquoi nous devons reconnaître et soutenir les efforts de tant de familles qui vivent leur vocation et leur mission au quotidien, sans ostentation, mais parfois avec une fidélité héroïque. Elles offrent un témoignage généreux et convaincant des paroles de Jésus entendues dans l’Évangile : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais moi qui vous ai choisis. Je vous ai établis pour que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » ​​( Jn 15, 16). Par le témoignage des parents, des enfants, des grands-parents, des jeunes et des personnes âgées, le message de vérité et de plénitude de vie de l’Évangile rayonne dans le monde.

    L’évangéliste Jean nous a transmis l’enseignement simple et clair que Jésus a prononcé à la fin de sa vie terrestre : « Voici mon commandement : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ( Jn 15, 12). Mettons-le en pratique afin de grandir en tant qu’Église, « famille de familles » ( Amoris Laetitia , n° 87), dans un climat de solidarité et d’entraide qui profitera à tous. Ainsi, les jeunes couples trouveront du réconfort au début de leur vie conjugale ; les parents seront soutenus face aux défis que représentent l’éducation des enfants et la gestion de la vie familiale ; et les personnes âgées seront reconnues et valorisées pour leur rôle de témoins de sagesse et de vertu, même lorsque leurs forces physiques déclinent. Les plus vulnérables, ceux qui traversent des épreuves et des crises, trouveront eux aussi soutien et encouragement, entourés d’affection et protégés des jugements et des préjugés. Rappelons-nous que « aussi blessée que puisse être la famille, elle peut toujours grandir en commençant par l’amour » ( XIVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, Relatio Finalis , 10 ).

    Les valeurs d’ouverture à la vie et de respect de la vie, de la conception à la mort naturelle, s’enracinent également dans cette charité, fondamentale à notre existence et à notre vie commune en tant qu’êtres humains. La famille est la première gardienne de ces valeurs, un phare pour le bien de l’humanité. À cet égard, le pape François a souligné qu’« aucune union temporaire ou fermée à la transmission de la vie ne peut assurer l’avenir de la société » ( Amoris Laetitia , 52). Le monde n’a pas d’avenir sans familles fortes, ouvertes au don des enfants et attentives à leur éducation et à leur épanouissement.

    Je voudrais rappeler une autre invitation importante de Jésus, dans les lectures que nous avons entendues : prier le Père « en mon nom » ( Jn 15, 16). Ces paroles nous rappellent que la famille est un lieu privilégié de prière. Malheureusement, dans de nombreuses régions du monde aujourd’hui, la pratique de la prière en famille – avant les repas, au début et à la fin de la journée, ou lors d’occasions spéciales – s’est perdue.  Amoris Laetitia nous rappelle qu’« il faut aussi souligner l’importance de la spiritualité familiale, de la prière et de la participation à l’Eucharistie dominicale » (n° 223). Elle recommande également aux familles de se réunir « régulièrement pour favoriser leur croissance spirituelle et leur solidarité face aux exigences concrètes de la vie » ( ibid .) . La prière commune et les sacrements jouent un rôle essentiel dans la vie familiale car ils ouvrent les cœurs à l’action de Dieu, permettant aux familles d’atteindre ensemble des dimensions qu’elles ne pourraient jamais atteindre seules. Ils sont en effet une nourriture solide et un remède salutaire. J’exhorte donc vivement chacun à redécouvrir et à encourager ces pratiques.

    Chers frères et sœurs, j'ai moi-même l'honneur de présider cette célébration par mandat spécial de Sa Sainteté le pape Léon XIV , afin de manifester publiquement la communion ecclésiastique qu'il a accordée à Sa Béatitude Paul III Nona, patriarche de Bagdad des Chaldéens, qui participe à cette Eucharistie.

    La communion d'un patriarche avec le successeur de Pierre rappelle une pratique ancienne qui affirmait l'unité de foi et de charité entre une Église patriarcale et le Siège de Rome – et, à cette époque, entre les Églises elles-mêmes. Il ne s'agit donc pas d'une simple formalité, mais d'une réalité vivante qui tire sa raison d'être de la communion eucharistique, source et sommet de l'unité de l'Église dans le Christ.

    Votre Béatitude, votre présence nous aide à mieux comprendre notre identité d’Église, qui est communion dans le Christ Seigneur des Églises de rites et de traditions divers, dans une unité qui s’exprime concrètement avec le Successeur de Pierre. Nous vous assurons de l’affection et des prières de toute l’Église catholique pour les fidèles confiés à votre charge pastorale, qui ont longtemps été mis à l’épreuve mais qui demeurent fermes et souvent héroïques dans leur témoignage de foi en Jésus au milieu de nombreuses adversités.

    Chers frères et sœurs, confions toutes les familles et toute l’Église à la Sainte Famille de Nazareth, reprenant la prière par laquelle le pape François a conclu Amoris Laetitia (n° 325) :

    Sainte Famille de Nazareth,

    accordons à nos familles aussi

    peuvent être des lieux de communion et de prière,

    écoles authentiques de l'Évangile

    et les petites églises domestiques…

    Puisse les familles ne plus jamais vivre une telle situation.

    violence, rejet et division ;

    que tous ceux qui ont été blessés ou scandalisés

    trouver réconfort et guérison…

    nous rendre à nouveau conscients

    du caractère sacré et inviolable de la famille,

    et sa beauté dans le plan de Dieu.

    Jésus, Marie et Joseph,

    Veuillez exaucer notre prière. Amen.

  • Reconnaître l’importance de la maternité en tant que travail précieux, significatif et porteur de sens

    IMPRIMER

    De didoc.be :

    Féminisme et maternité

    12 octobre 2026

    Erica Komisar — psychologue, psychanalyste et écrivain américaine — est l’auteur de « Being There. Why Prioritising Motherhood in the First Three Years Matters » (Être là. Pourquoi il est important de donner la priorité à la maternité pendant les trois premières années).

    (…)

    Vous dites que la maternité est « un amour sans pareil ». Cependant, selon des enquêtes menées dans différents pays, on observe aujourd’hui parmi les jeunes femmes un pourcentage plus élevé que dans n’importe quelle autre génération de femmes qui déclarent ne pas vouloir d’enfants. Quels facteurs, selon vous, sont à l’origine de ce phénomène ?

    Je pense que la société moderne a dévalorisé et minimisé l’importance de la maternité. Certes, des progrès ont été réalisés en matière de reconnaissance des capacités et des droits des femmes. Mais parfois, ces progrès ne tiennent pas compte d’aspects importants de nos traditions.

    Car souvent, au lieu de dire aux femmes : « Vous avez la possibilité de choisir », on leur a dit : « Vous ne valez rien si vous restez à la maison ».

    Cela a conduit les femmes à remettre en question leur instinct, leurs sentiments et leur désir de garder leur bébé pendant un certain temps. C’est pourquoi la majeure partie de mon travail clinique actuel, lorsque les mères — et aussi les pères — viennent me consulter, consiste à « leur donner la permission » d’écouter leur cœur et de le suivre : si elles ne veulent pas se séparer de leur bébé, elles ne devraient pas le faire. Car il n’y a rien de plus important.

    Freud disait que nous avons besoin d’amour et d’un travail significatif et qui ait du sens. Parfois, ce travail significatif se trouve à la maison. Et parfois, à l’extérieur. Mais l’amour passe toujours en premier. Car, en fin de compte, ce n’est pas une question d’argent ou de renommée ; c’est une question de la valeur de l’héritage laissé par vos relations affectives.

    Dans votre livre, vous expliquez que cette présence des parents est essentielle au développement physique et mental des enfants. À quels égards précisément ?

    Les trois premières années constituent ce que nous appelons la première période critique du développement socio-émotionnel, en raison de la maturation du cortex préfrontal et du système limbique, qui sont responsables, entre autres, de la régulation émotionnelle, de la capacité à gérer le stress à l’avenir, de la capacité à interpréter les signaux sociaux ou encore des fonctions exécutives.

    De plus, ce que nous savons grâce à la recherche, c’est que le développement de l’hémisphère droit — ou « cerveau émotionnel » — est très important en tant que base pour le développement de l’hémisphère gauche — ou « cerveau cognitif » —. Par conséquent, si nous n’apportons pas cette sécurité émotionnelle aux enfants, ils ne peuvent pas apprendre aussi efficacement. Les enfants anxieux, déprimés ou défavorisés n’apprennent pas aussi bien que ceux qui se sentent en sécurité sur le plan émotionnel.

    Mais, au-delà de ce que nous dit la science, il suffit de regarder votre bébé — incroyablement fragile d’un point de vue physique, neurologique et émotionnel — pour savoir qu’en tant que mère, vous n’êtes pas programmée pour l’abandonner. Si vous avez vous-même bénéficié de ce lien sain et de ce sentiment de sécurité et de protection de la part de votre propre mère, alors, lorsque vous regardez votre bébé, vous ressentez un élan, un élan instinctif : « C’est mon bébé, et c’est un petit être fragile qui a désespérément besoin de moi ».

    Certaines théories soutiennent que la période de gestation chez l’être humain devrait plutôt être de 18 mois, même si cela est biologiquement impossible. Ce n’est pas un hasard si, dans la majeure partie du monde, on a inventé des « poches marsupiales » pour que les mères puissent porter leurs bébés près d’elles.

    Vous soulignez également que les crèches ne constituent pas un bon substitut aux soins familiaux au cours de cette première étape du développement. Vous évoquez notamment le fait que l’environnement dans ces structures est souvent bruyant et hyperstimulant, tout le contraire de ce dont un bébé a besoin.

    Oui, c’est hyperstimulant, accablant. Cela provoque une augmentation de leur taux de cortisol, l’hormone du stress, ce qui n’est pas bon pour leur cerveau en développement. Les bébés doivent être protégés du stress pendant leurs premières années, dans la mesure du possible.

    Encore une fois, il y a quelque chose d’incroyablement contraire à l’instinct dans le fait de confier son bébé à des étrangers dans un environnement institutionnel, quand vous savez que ce bébé a besoin de votre corps. La mère est sa principale figure d’attachement. Ce bébé connaît la voix de sa mère, son odeur.

    Ce qui se passe dans notre société, c’est que nous renions notre humanité, la nature primitive de ce que nous sommes, celle qui nous a aidés à survivre pendant des milliers d’années. Je trouve toujours mystérieux de devoir expliquer aux parents ou à la société que les bébés naissent avec un besoin désespéré du réconfort, de la chaleur et de la sécurité que leur procure le corps de leur mère. Nous sommes tellement déconnectés de nos instincts, tant sur le plan émotionnel que physique, qu’il devient nécessaire de l’expliquer.

    Et qu’en est-il de la notion d’« alloparentalité », et de ce dicton selon lequel « il faut tout un village pour élever un enfant » ? Vous avez souligné l’importance de la coparentalité, mais aussi ses limites.

    Dans notre société, on assiste à une déformation et à une perversion du terme « alloparentalité ». Dans la véritable éducation partagée, la mère était sacro-sainte en tant que figure d’attachement principale, et son rôle était respecté au sein de la communauté. Lorsque le bébé était dans un état de bonheur ou d’homéostase émotionnelle, les mères pouvaient le laisser entre les mains de personnes de confiance ou de figures d’attachement de substitution, telles que les grands-mères, les grands-pères ou les frères et sœurs ; mais pas lorsque le bébé était en détresse : dans ce cas, l’autre personne rendait le bébé à sa mère.

    Les bébés ne peuvent établir des liens, explorer et prendre des risques que lorsqu’ils se sentent en sécurité. Et ils ne se sentent pas en sécurité lorsque la personne qui les tient dans ses bras ne les laisse pas retourner auprès de leur mère.

    La coparentalité ne consiste pas à laisser son bébé entre huit et douze heures par jour dans un environnement institutionnel avec une multitude d’inconnus qui vont et viennent et ne sont que de passage. Cette déformation du concept de coparentalité a été créée pour s’adapter à ce discours social moderne assez égocentrique, narcissique et adultocentrique.

    Vous avez souligné que la stabilité émotionnelle du bébé dépend de celle de ses parents. Compte tenu de la détérioration de la santé mentale chez les « millenials » et les adultes de la génération Z, qui sont en âge d’élever des enfants, avons-nous un problème ?

    En psychologie, il existe le concept de « sentiments égodystoniques » : l’évaluation négative que fait le sujet de certaines de ses pensées, émotions ou autres aspects de sa vie sociale et intrapersonnelle, ce qui résulte souvent d’une perturbation du développement précoce du moi. En ce qui concerne l’éducation des enfants, cela signifie que si vous avez subi un traumatisme durant l’enfance (peut-être aviez-vous des parents très égocentriques), vous avez probablement développé des mécanismes de défense si puissants que vous ne ressentez plus la douleur aujourd’hui, et que vous ne cherchez donc pas d’aide pour devenir vous-même un meilleur parent.

    Il arrive souvent que les parents ne se tournent vers une aide clinique que lorsque leurs enfants traversent des difficultés, de véritables difficultés, telles que la dépression ou l’anxiété. Et cela, pour moi, est très triste.

    Il existe un lien entre le fait d’avoir subi de la négligence pendant l’enfance et le développement de traits narcissiques à l’âge adulte, ce qui, à son tour, peut entraîner une éducation négligente. Un enfant négligé a dû développer des mécanismes de défense inadaptés pour faire face à cette négligence. Ces mécanismes interfèrent dans ses relations et dans sa capacité future à éprouver de la satisfaction. Il s’agit notamment de l’incapacité à reconnaître les autres ou à être reconnu par eux.

    Nous devons éviter à tout prix l’éducation négligente, ce qui signifie aider les parents à être présents pour leurs enfants durant les premières années de leur vie.

    Il existe de plus en plus d’étiquettes et de modèles pour décrire l’éducation idéale : « parents hélicoptères », « mères tigres », « parents phares »… Sommes-nous en train de trop problématiser cette question et, par la même occasion, de mettre la pression sur les familles ?

    Si vous avez besoin d’un terme pour décrire une façon d’être parent, c’est probablement que celle-ci n’est pas saine. À la place, je vais vous expliquer les caractéristiques d’une éducation saine : sensible, empathique, à l’aise avec les limites, présente émotionnellement et physiquement.

    Les enfants ont besoin de certaines limites, d’une structure et de restrictions, mais celles-ci doivent leur être présentées avec sensibilité et empathie. Le plus important, c’est que vous soyez présent(e) physiquement et émotionnellement autant que possible. On ne peut pas être présent émotionnellement si l’on n’est pas présent physiquement, mais on peut être présent physiquement sans l’être émotionnellement.

    Votre livre « Being There » a suscité une vive controverse au sein du mouvement féministe, mais vous avez raconté que, parallèlement, de nombreuses mères sont venues vous remercier d’avoir mis en lumière et défendu leur choix de rester à la maison. Pensez-vous que le féminisme doive élargir sa perspective pour inclure ces femmes ?

    Bien sûr. Beaucoup de gens l’ignorent, mais aux débuts du féminisme, il existait un mouvement appelé « féminisme maternel ». Ce mouvement insistait sur la nécessité pour les femmes d’avoir des choix, des droits et de pouvoir voter, mais, en même temps, il mettait l’accent sur l’importance de la famille. Il ne rejetait pas la maternité. C’est la deuxième vague du féminisme qui a introduit ce rejet.

    Donc oui, je pense qu’il y a de la place dans le mouvement féministe pour les mères, mais nous avons encore un long chemin à parcourir. Quand j’ai écrit « Being There », il y a dix ans, c’est ce que je voulais dire : les femmes ont besoin de reconnaissance et de liberté. Il s’agit de reconnaître l’importance de la maternité en tant que travail précieux, significatif et porteur de sens. Et il s’agit de donner aux parents la permission d’écouter leur cœur et de dire : « Je vais faire une pause dans ma carrière », ou « Je vais consacrer ma vie à élever mes enfants », ou encore « Je peux faire ça maintenant, puis décider plus tard de la suite de ma vie ».

    Vous êtes vous-même un exemple de cette liberté que vous revendiquez. Vous avez raconté qu’au moment de choisir un secteur professionnel, l’une de vos exigences était qu’il vous laisse la flexibilité nécessaire pour fonder une famille.

    Quand j’étais jeune, je savais que je voulais me marier et avoir des enfants, et que c’était ce qu’il y avait de plus important dans la vie. Mais je voulais aussi avoir un travail qui donne vraiment un sens à ma vie. Alors je suis passée d’un stage à l’autre, comme s’il s’agissait d’un menu de dégustation, ce que les jeunes sont censés faire. J’ai essayé le droit. J’ai essayé la production télévisuelle. J’ai essayé les relations publiques. J’ai essayé toutes ces choses. Mais je ne trouvais pratiquement aucune femme heureuse. Et puis, en regardant ma psychothérapeute, je me suis dit : « C’est ça, le mieux : cette femme m’aide à devenir une meilleure personne, à mener une vie meilleure, à être plus heureuse. Et elle gagne beaucoup d’argent. Pourquoi ne pas me lancer là-dedans ? ».

    J’ai eu la grande chance de réaliser, très jeune, que l’amour et les relations sont ce qu’il y a de plus important dans la vie. Mais ce n’est pas ce que nous disons aux jeunes. Nous leur disons de ne pas faire confiance à l’amour, de ne pas tomber amoureux trop jeunes, de ne pas se marier trop jeunes. Nous leur parlons du divorce avant de leur parler de l’amour.

    Et puis il y a aussi le problème de la culture d’entreprise dans certains secteurs : il existe certaines professions, qui étaient traditionnellement des domaines masculins — que ce soit la banque, le droit ou la médecine —, qui ont eu — et continuent d’avoir — de grandes difficultés à s’adapter aux besoins des femmes et des enfants.

    Vous avez dit que nous envoyons des messages inappropriés aux femmes et aux enfants. Et aux hommes ? Pensez-vous que dans ce qu’on appelle la « crise de la masculinité » actuelle, il existe, outre les facteurs éducatifs ou professionnels connus, d’autres facteurs culturels ?

    Il y a une crise chez les garçons et les hommes, et elle est en grande partie liée, une fois de plus, au discours social moderne sur la masculinité toxique : les hommes et les garçons sont mauvais, les filles sont bonnes, il faut glorifier les filles et les femmes, et les garçons, eux, qu’ils aillent se faire voir ailleurs. Bien sûr, il y a des hommes qui se comportent mal. Mais l’idée que toute la masculinité est toxique, ou que les femmes n’ont pas besoin des hommes, est étrange et absurde. Et cela a eu pour effet d’aliéner les garçons et les hommes de la société.

    Du coup, aujourd’hui, ils ont honte. « Houston, nous avons un problème », car, oui, il était très important de valoriser les femmes, mais aujourd’hui, malheureusement, il est important de renforcer, de reconnaître et de valoriser les hommes.

    Nous devons nous débarrasser de ce discours. Nous avons besoin des hommes, nous avons besoin des femmes, nous avons besoin des mères, nous avons besoin des pères. Les pères sont importants pour les enfants, très importants. Nous devons sortir nos hommes de derrière leurs ordinateurs et de leurs communautés d’incels [célibataires involontaires] et les ramener à la lumière du jour.

    Un divorce est toujours une expérience traumatisante, et bien souvent, ce sont les enfants qui en pâtissent le plus. D’après votre expérience clinique, quelles sont les blessures les plus courantes chez eux ? Quels conseils donneriez-vous aux parents à cet égard ?

    Tout d’abord : ne divorcez pas avant que votre plus jeune enfant ait atteint l’âge de trois ans, sauf en cas de maltraitance grave mettant votre vie ou celle de votre enfant en danger.

    Autrefois, il existait ce qu’on appelait la « doctrine des premières années » : en cas de séparation, la garde des enfants était généralement accordée aux mères s’ils étaient encore en bas âge, car les mères étaient reconnues comme les principales figures d’attachement. Aujourd’hui, en raison du mouvement en faveur de la neutralité de genre, on considère que les hommes et les femmes sont interchangeables et qu’il n’existe pas de figure d’attachement principale, ce qui est ridicule, car ce sont les mères qui donnent naissance, allaitent, etc.

    Dans quel monde considère-t-on comme sain de prendre un bébé allaité, ou qui dort peut-être encore avec sa mère, et de l’éloigner brutalement d’elle trois jours par semaine ? Or, c’est exactement ce qui se passe à cause de ce mouvement et parce que les pères tombent dans la possessivité et le narcissisme. « L’enfant est à moi et j’ai droit à la moitié de lui. » Les bébés ne sont pas des objets, ce sont des personnes. Ils traversent des périodes de développement extrêmement critiques qu’il faut respecter.

    Aujourd’hui, beaucoup de gens optent pour des accords « deux-deux-trois » : deux jours avec la mère, puis deux jours avec le père, puis trois jours avec la mère ; et la semaine suivante, dans l’ordre inverse.

    Je peux vous dire que certains adultes, parmi mes patients, se sont plaints que leurs parents aient adopté ce genre d’arrangements lorsqu’ils étaient enfants. Comme si personne n’était prêt à faire le moindre sacrifice au nom de ce qui aurait été approprié ou juste pour eux.

    Les divorces ne sont pas justes. Il n’y a rien de juste dans le divorce. Mieux vaut que cela n’arrive pas, mais si cela arrive, on attend de vous que vous fassiez ce qu’il faut pour vos enfants et que vous vous sacrifiiez pour eux, même si cela signifie qu’à certaines périodes, vous passez moins de temps avec eux. Mais cela exige que vous maîtrisiez vos émotions et que vous soyez capable de vous sacrifier pour les autres.

    Vous avez également écrit un livre sur la manière d’élever des adolescents heureux et épanouis. Que recommanderiez-vous aux parents concernant l’exposition de leurs enfants aux écrans à cet âge ?

    Les moins de 16 ans ne devraient pas être autorisés à utiliser les réseaux sociaux, pour diverses raisons liées à leur développement. Les réseaux sociaux accentuent la tendance à se comparer aux autres, un phénomène typique de l’adolescence, car c’est une période de la vie marquée par une grande insécurité.

    Il faut donc, en premier lieu, écarter cette option, puis fixer des limites concrètes concernant la technologie, quelle qu’elle soit.

    Autre conseil : cherchez une communauté de parents qui partagent votre point de vue, car sinon, cela s’avère très difficile à mettre en pratique.

    Et si votre enfant a besoin d’un téléphone, ne lui achetez pas un smartphone, mais un modèle de base, très ennuyeux, sans jeux, qui ne serve qu’à appeler maman pour lui dire qu’il aura 20 minutes de retard.

    Source : https://www.aceprensa.com/familia/erica-komisar-la-mayor-parte-de-mi-trabajo-clinico-consiste-en-dar-permiso-a-los-padres-para-escuchar-su-corazon-y-seguirlo/. L’article a été publié sous le titre : Erica Komisar: « La plus grande partie de mon travail clinique consiste à “donner la permissionˮ aux parents d’écouter leur cœur et de le suivre ». Le texte a été traduit de l’espagnol par Stéphane Seminckx.

  • La réunion "Amoris laetitia" examine les raisons de la réticence des jeunes à se marier.

    IMPRIMER

    De Victoria Cardiel (ACI Prensa) sur EWTN News :

    La réunion "Amoris laetitia" examine les raisons de la réticence des jeunes à se marier.

    Lors d'un rassemblement marquant le 10e anniversaire d'Amoris Laetitia, les responsables de l'Église ont souligné l'évolution des mentalités à l'égard de la sexualité, la fréquence des divorces et la précarité économique comme autant d'obstacles au mariage.

    9 octobre 2026

    Pourquoi de moins en moins de jeunes choisissent-ils de se marier dans l'Église catholique, et comment la société contemporaine comprend-elle la relation entre sexualité, procréation et sacrement de mariage ?

    Ces questions figurent parmi celles qui seront abordées lors d'une rencontre internationale sur la famille au Vatican, qui se déroule à huis clos jusqu'au 14 octobre avec la participation des présidents des conférences épiscopales du monde entier.

    L’archevêque Timothy Costelloe, président de la Conférence des évêques catholiques australiens, a déclaré dans sa présentation du vendredi 9 octobre que dans son pays, et peut-être dans beaucoup d’autres, « le concept d’un lien nécessaire entre l’activité sexuelle et la procréation, et l’importance de ce lien dans le mariage chrétien ne sont plus largement compris ni acceptés ».

    Pour illustrer le problème, il a cité les observations d'un directeur de l'éducation religieuse en Australie-Occidentale, marié et père d'adolescents.

    « Beaucoup de nos jeunes ont hérité de conceptions culturelles de la sexualité qui diffèrent sensiblement de celles de l'Église ; ils comprennent peut-être la position de l'Église, mais ils ont du mal à l'adopter », lui a expliqué l'éducateur.

    Costelloe a déclaré que cela reflète une tension entre l'enseignement de l'Église et les attitudes culturelles dominantes, renforcées par les médias sociaux, le divertissement, la culture des pairs et les influenceurs en ligne, qui promeuvent fréquemment des relations qui privilégient « l'épanouissement personnel, l'autonomie et le bonheur immédiat plutôt que la permanence, le sacrifice et l'alliance ».

    Les défaillances morales des dirigeants de l'Église

    Pour aggraver le problème, a déclaré Costelloe, de nombreux jeunes ont vécu des situations douloureuses, notamment des mariages brisés dans leurs propres familles, des violences conjugales, des inégalités entre les hommes et les femmes et les manquements moraux des dirigeants de l'Église dont la crédibilité a été entachée.

    « Nous sommes en concurrence avec de nombreuses autres conceptions du mariage », a-t-il reconnu.

    Malgré ces difficultés, l'archevêque a souligné que de nombreux jeunes continuent de rechercher des relations durables qui révèlent leurs meilleures qualités et leur offrent une base solide pour un avenir prometteur.

    Il a plaidé pour le soutien de ces aspirations et l'accompagnement des jeunes dans leur quête de relations stables.

    Dans le même temps, Costelloe a observé que la fréquence des divorces et des échecs relationnels a amené de nombreux jeunes à se demander « si un engagement à vie est possible, voire souhaitable ».

    Dans ce contexte, il a souligné l'importance de l'exemple donné par les mariages et les familles stables.

    Comme un couple marié le lui a confié : « L’argument le plus convaincant en faveur du mariage chrétien est souvent celui d’un couple marié qui le vit pleinement. »

    Costelloe a suggéré que les paroisses et les diocèses devraient trouver des moyens de rendre ces exemples plus visibles, notamment par le biais de programmes de préparation au mariage et d'écoles catholiques.

    Il préconisait également de présenter l’enseignement de l’Église sur l’intimité conjugale de manière positive, comme un idéal à poursuivre plutôt que comme un simple ensemble de règles et d’interdictions.

    Comprendre pourquoi les jeunes rejettent le mariage

    Le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a averti les participants que les taux de mariage sont en baisse dans le monde entier, tant pour les mariages civils que pour ceux célébrés à l'église.

    « Nous ne pouvons ignorer le fait que le nombre de mariages est actuellement en baisse dans le monde entier, qu’il s’agisse de mariages civils ou religieux », a-t-il déclaré. « Nous chercherons à interpréter ce phénomène, en tenant compte de la question de savoir si ses causes sont les mêmes partout. »

    Ce rassemblement marque le 10e anniversaire d’ Amoris Laetitia , l’exhortation apostolique publiée par le pape François en 2016 à la suite de deux synodes marqués par d’intenses débats sur l’approche pastorale de l’Église envers les familles.

    Les propositions du document visant à accompagner les jeunes mariés et les couples rencontrant des difficultés conjugales ont été en partie éclipsées par la controverse concernant ses implications pour les catholiques divorcés et remariés civilement.

    Les évêques de la région pastorale de Buenos Aires ont interprété le document comme autorisant certains catholiques divorcés et remariés civilement à recevoir les sacrements de la réconciliation et l'Eucharistie à la suite d'un processus de discernement pastoral accompagné, y compris dans les cas où une personne estime que l'abstinence de relations sexuelles causerait un préjudice supplémentaire aux enfants de la nouvelle union.

    En 2023, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a confirmé que cette interprétation fait partie du magistère authentique, ayant été publiée dans les Acta Apostolicae Sedis , le recueil officiel du Saint-Siège.

    Farrell a fait remarquer que les prêtres ne sont pas les seuls à s'inquiéter de la réticence des jeunes à se marier. De nombreux parents chrétiens partagent cette préoccupation en voyant leurs enfants aux prises avec la solitude et l'incertitude quant aux engagements à vie.

    « Les pasteurs ne sont pas les seuls à être confrontés à cette préoccupation. Elle est ressentie en premier lieu par de nombreux parents chrétiens dont les enfants souffrent de solitude, hésitent encore à prendre un engagement durable ou rejettent catégoriquement la voie que leurs parents eux-mêmes avaient embrassée avec joie », a-t-il déclaré.

    Parmi les facteurs contribuant à cette tendance, Farrell a cité le divorce, les différentes formes de cohabitation et les attitudes culturelles dominantes.

    « Mais à un niveau plus profond, on pourrait se demander si Dieu n’a pas cessé de parler au cœur des jeunes, de susciter en eux le désir du mariage », a-t-il déclaré.

    Le cardinal a déclaré que les participants seraient à la recherche de signes d'espoir et examineraient les initiatives, les personnes et les circonstances susceptibles d'ouvrir de nouvelles voies vers le mariage.

    « Nous examinerons également dans quelle mesure nos communautés sont attentives au témoignage de ceux qui, malgré tout, choisissent le mariage – que ce soit tôt dans la vie ou plus tard – et comment leur expérience peut nous aider à comprendre et à présenter plus efficacement la vocation au mariage. »

    Que recherchent les jeunes lorsqu'ils parlent d'amour ?

    L’évêque auxiliaire Stephen Fernandes de Bombay, en Inde, a fait valoir que le principal défi de l’Église n’est pas simplement de se demander pourquoi les jeunes hésitent à se marier, mais de comprendre ce qu’ils recherchent dans les relations.

    « Le défi qui se pose à l’Église n’est donc pas de commencer par se demander pourquoi les jeunes n’acceptent pas le mariage, mais plutôt ce qu’ils recherchent lorsqu’ils parlent d’amour, de liberté, de dignité et de leur avenir », a-t-il déclaré.

    Fernandes a expliqué que les jeunes vivent leurs relations dans un environnement culturel très différent de celui des générations précédentes.

    « La culture de l’immédiateté et du choix continu peut s’immiscer dans leur expérience de l’intimité, tandis que le mariage exige patience, présence, pardon et persévérance », a-t-il observé.

    Il a également souligné l'insécurité économique comme un obstacle important au mariage, citant les difficultés d'emploi, le coût du logement, la migration et l'instabilité sociale.

    « Pour certains, reporter le mariage n’est donc pas simplement un rejet du mariage. Cela peut refléter une crise de confiance dans la possibilité de construire une vie stable et durable avec une autre personne », a-t-il déclaré.

    Fernandes a souligné que de nombreux jeunes n'ont pas renoncé au désir d'un amour durable, même s'ils doutent de plus en plus de sa possibilité.

    « Les jeunes n’ont pas cessé d’avoir soif d’amour. Ce qui s’est affaibli chez beaucoup, c’est la confiance en la pérennité de l’amour », a-t-il déclaré.

    Il a exhorté l’Église à être plus attentive aux expériences des jeunes et à présenter le mariage non pas simplement comme une obligation ou une institution sociale, mais comme une vocation fondée sur la liberté, la fidélité et le don mutuel de soi.

  • Le Pape Léon lors de la réunion Amoris laetitia : l'Église doit proclamer l'enseignement de l'Évangile dans les situations de fragilité

    IMPRIMER

    De Michelle La Rosa sur The Pillar :

    Le Pape Léon lors de la réunion Amoris laetitia : l'Église doit proclamer l'enseignement de l'Évangile dans les situations de fragilité

    « L'Esprit Saint parle souvent à travers les situations mêmes qui nous interpellent. »

    7 octobre  2026

    Le pape Léon XIV a invité les participants à un rassemblement mondial à réfléchir sur la manière dont l'Église peut proclamer la plénitude de son enseignement sur le mariage et la famille aux personnes vivant dans des situations de fragilité.

    « La fragilité mérite une attention particulière, car elle peut profondément façonner la façon dont les gens se voient eux-mêmes, voient leur avenir, et même leur relation avec Dieu et avec l'Église », a déclaré le pape dans son allocution d'ouverture mercredi.

    L'expérience de la fragilité soulève la question de savoir si nous sommes capables de rester proches les uns des autres lorsque la vie ne correspond plus à ce que l'on avait espéré, et si nous pouvons reconnaître l'œuvre de la grâce même dans des situations marquées par les limites, les blessures et les échecs apparents.

    Le pape a prononcé ce discours le 7 octobre au début d'un rassemblement d'une semaine réunissant des évêques du monde entier, convoqué pour faire le point sur l'exhortation apostolique Amoris laetitia de 2016. Promulguée par le pape François, Amoris laetitia était un document vaste et détaillé sur la vie de famille, abordant des sujets tels que la préparation au mariage, l'éducation des enfants et la spiritualité conjugale.

    Mais l'exhortation apostolique a suscité le plus d'attention – et de controverses – à cause d'une note de bas de page qui abordait l'accès aux sacrements pour les catholiques divorcés et remariés.
    L'exhortation apostolique affirme au paragraphe 305 qu'un pasteur ne peut pas se sentir satisfait de l'application pure et simple de lois morales à ceux qui vivent dans des situations « irrégulières », comme s'il s'agissait de pierres à lancer contre la vie des gens. Le paragraphe ajoute qu'en raison des conditionnements et des facteurs atténuants, il est possible que dans une situation objective de péché – qui n'est pas subjectivement coupable, ou qui ne l'est pas pleinement – une personne vive dans la grâce de Dieu, puisse aimer et puisse également grandir dans la vie de grâce et de charité, tout en recevant à cet effet l'aide de l'Église.

    Une note de bas de page rattachée à ce paragraphe précise que cette aide peut inclure le secours des sacrements et ajoute que l'Eucharistie « n'est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ».

    Plus tard, les évêques de la région de Buenos Aires en Argentine ont publié une instruction pour leurs prêtres dans laquelle ils appelaient à un discernement mutuel, avec un couple en union irrégulière, sur la possibilité de recevoir la communion et la sienne confession s'il est reconnu, dans un cas concret, qu'il existe des limitations qui diminuent la responsabilité et la culpabilité. « Amoris laetitia ouvre la voie à l'accès aux sacrements de la réconciliation et de l'Eucharistie », ont déclaré les évêques de Buenos Aires.

    Le pape François a déclaré plus tard qu'il n'y avait pas d'autre interprétation possible du document, et le Dicastère pour la Doctrine de la Foi a indiqué en 2023 que le pape avait inclus l'instruction des évêques de Buenos Aires dans les Acta Apostolicae Sedis et qu'elle était donc considérée comme un magistère authentique.

    Les critiques du texte de Buenos Aires et de la formulation de la note de bas de page ont fait valoir qu'elle semblait aller directement à l'encontre de la discipline sacramentelle de l'Église et de son enseignement sur le mariage.

    En mars 2026, le pape Léon a appelé à un rassemblement mondial d'évêques pour réfléchir au dixième anniversaire d' Amoris laetitia. Ce rassemblement, qui se tient du 7 au 14 octobre au Vatican, s'intitule : Dix ans après Amoris laetitia : proclamer l'Évangile avec les familles d'aujourd'hui.

    L'ensemble des 115 conférences épiscopales du monde entier y sont représentées, ainsi que les 15 Églises catholiques orientales sui iuris (de droit propre). À leurs côtés participent 11 couples ou familles, ainsi que 26 experts et 16 facilitateurs.

    Des questions s'étaient posées avant la réunion sur la question de savoir si elle porterait sur les controverses d' Amoris laetitia. Les remarques liminaires du pape Léon n'ont pas abordé directement les sujets polémiques du document. Mais le pape a parlé de la nécessité d'offrir la plénitude de l'enseignement de l'Évangile sur la famille aux personnes en situation de fragilité.

    « Quel genre d'Église les gens rencontrent-ils donc précisément lorsqu'ils sont le plus fragiles ? Nos communautés les aident-elles à découvrir qu'ils ont encore une place, une responsabilité et des dons à offrir ? », s'est-il interrogé.

    Il a appelé à des manières renouvelées de proclamer l'Évangile, d'offrir les grâces sacramentelles, d'accompagner les familles et de rendre visible la tendresse avec laquelle le Christ continue de marcher parmi son peuple.

    « En tant que pasteurs, nous avons reçu la responsabilité, à temps et contre temps, de proclamer la beauté du plan de Dieu pour le mariage et la famille, ainsi que son appel à l'amour et à la tendresse », a-t-il déclaré. « Cela nous met au défi d'accompagner les gens alors qu'ils cherchent à vivre leur vocation dans les circonstances concrètes de leur vie. »

    Le pape a comparé cette réunion aux récits scripturaires des Apôtres se réunissant périodiquement pour rendre compte de tout ce que Dieu avait accompli par eux. Il a encouragé les personnes présentes à partager leurs expériences de la dernière décennie depuis la publication d' Amoris laetitia, et à affronter les questions difficiles avec courage.

    Dans de nombreux contextes, une distance croissante est apparue entre la façon dont la sexualité et l'intimité sont vécues et la vision chrétienne du mariage. Les jeunes continuent de désirer l'amour, la fidélité et le sentiment d'appartenance, mais beaucoup ont du mal à concevoir comment une telle vision de l'amour peut prendre forme dans leur propre vie ou à croire qu'un engagement à vie soit la condition pour atteindre ce qu'ils désirent.

    L'insécurité économique, la migration, la violence, la solitude et d'autres formes de fragilité émotionnelle façonnent également les choix que font les gens et les perspectives qu'ils peuvent imaginer pour leur avenir, a-t-il déclaré.

    Il a également demandé aux participants d'écouter les expériences vécues par les familles et de s'enrichir de la sagesse qu'elles ont à partager.

    « L'Esprit Saint parle souvent à travers les situations mêmes qui nous interpellent, et nous éclaire pour que nous puissions découvrir comment la miséricorde de Dieu et la grâce salvatrice du Christ peuvent atteindre nos familles aujourd'hui, en particulier dans leur faiblesse et leur résilience, dans leurs espoirs et leurs déceptions, dans leur désir de communion et leur recherche de sens », a-t-il déclaré.

     
    Dans son message de bienvenue aux participants, le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, a cité le message du pape Léon du 19 mars annonçant la réunion d'octobre, dans lequel le pape affirmait que Familiaris consortio de Jean-Paul II et Amoris laetitia ont toutes deux renforcé l'engagement doctrinal et pastoral de l'Église au service des jeunes, des couples mariés et des familles.

    « Le moment est venu de réfléchir au chemin que nous avons parcouru dans nos Églises, de regarder en avant vers les défis qui nous attendent et de nous demander ce qui pourrait rendre la proclamation de l'Évangile plus pertinente pour les familles, afin qu'elles redécouvrent et vivent leur vocation chrétienne avec une plus grande conscience », a-t-il déclaré.

    « Nous vivons une époque de transformations culturelles et sociales rapides, qui ont profondément façonné la réalité de la famille au cours des 10 dernières années », a poursuivi le cardinal Farrell, en pointant du doigt la sécularisation, l'individualisme et la technologie parmi les moteurs de ce changement social. « Parallèlement, les gens font l'expérience de nouvelles questions sur le sens de la vie et... un désir de relations authentiques, durables et fructueuses. »

    La catéchèse, essentielle à la formation chrétienne, demeure indispensable, mais dans de nombreux contextes, elle ne peut plus soutenir à elle seule la transmission de la foi et le développement d'une relation personnelle avec Dieu chez les jeunes générations. En effet, nous ne pouvons plus tenir pour acquise la famille et l'ambiance sociale qui, autrefois, contribuaient presque naturellement à préserver la vie chrétienne au sein du foyer.

     
    Dans une méditation d'ouverture proposée aux participants, sœur Helen Alford (OP), doyenne des sciences sociales à l'Université pontificale Saint-Thomas à Rome, a également mis en avant ce qu'elle a décrit comme une continuité entre Familiaris consortio et Amoris laetitia.

    Les deux documents, a-t-elle expliqué, cherchent à la fois à maintenir l'idéal – la loi étant un don de Dieu qui indique la voie – et à reconnaître que beaucoup ne sont pas en mesure de comprendre pleinement, d'apprécier ou... de mettre en pratique les exigences objectives de la loi.

    Trente-cinq ans séparent ces deux documents, durant lesquels la situation concrète de la vie familiale chrétienne a connu de nombreux développements nouveaux. Comme dans d'autres domaines, par exemple dans l'enseignement social de l'Église, lorsque les situations sociales sont turbulentes et changent rapidement, il peut s'avérer nécessaire de trouver de nouvelles manières de conjuguer à la fois les exigences objectives de la loi (AL 295) et la loi de la gradualité (FC 34) que beaucoup expérimentent en tentant d'y entrer, a-t-elle déclaré. Tant Familiaris consortio que Amoris laetitia tentent de le faire dans leurs contextes historiques respectifs.

    Sœur Alford a également réfléchi au fait que les familles sont à la fois évangélisatrices et en besoin d'évangélisation.

    « Les familles sont souvent le premier lieu où les gens reçoivent la proclamation de l'Évangile », a-t-elle observé. « En même temps, de nombreuses familles en situation de souffrance et de besoin pourraient tirer une aide immense pour affronter leurs épreuves en entendant la Bonne Nouvelle leur être proclamée, en recevant la nouvelle perspective que l'Évangile nous donne sur la vie et, par là même, la grâce des sacrements », a-t-elle ajouté.

    Les tensions, les pressions et les ruptures mêmes de la vie familiale peuvent être portées avec plus de vaillance et avec l'espoir de les surmonter en les unissant aux souffrances du Christ.

    Réitérant l'insistance du pape Léon sur la nécessité d'accompagner les familles dans les moments de fragilité, sœur Alford a souligné que « la beauté de la vocation au mariage se trouve à travers, avec et dans sa fragilité, notamment parce que la faiblesse peut réveiller la confiance en Dieu, et que la confiance en Dieu éveille le désir de sainteté ».

    Elle a cité l'histoire de la Samaritaine dans l'Évangile de Jean comme exemple d'une proclamation de l'Évangile adressée à – et à travers – une personne vivant une situation familiale fragile.

    « L'évangélisation doit commencer par une rencontre qui éveille un désir chez l'autre », a-t-elle déclaré. « Vient ensuite la phase que nous aimerions éviter : faire face à la brisure et à la faiblesse de notre interlocuteur, puisque nous aussi, nous savons combien nous avons besoin de la miséricorde de Dieu », a-t-elle poursuivi.

    Pourtant, selon ce modèle, il est nécessaire de le faire, non pas pour condamner, mais pour rendre la rencontre plus réelle et le besoin d'aide plus pressant. « Ce n'est qu'alors que nous sommes appelés, dans ce modèle, à partager ce que nous avons à enseigner », a-t-elle précisé, notant que ce processus amène la personne qui a été évangélisée à devenir à son tour évangélisatrice pour les autres.

    À la suite de la réflexion de sœur Alford, les participants à la réunion ont entamé des discussions en petits groupes, qui se poursuivront pendant plusieurs jours, en se penchant sur les thèmes proposés :
    • les familles aujourd'hui : réalité, beauté et défis ;
    • les jeunes et la découverte de la vocation au mariage ;
    • les premières années de mariage : un temps décisif ;
    • dans les difficultés de la vie : accompagner et soutenir ;
    • et les familles chrétiennes en tant que sujets de la mission de l'Église.
    Chaque groupe présentera un bref rapport à l'assemblée, suivi d'un temps d'échanges en séance plénière.
    Les discussions menées durant ces cinq journées thématiques seront synthétisées dans un rapport récapitulatif. Une commission comprenant des représentants de l'assemblée veillera à ce que le rapport reflète fidèlement les échanges.
    Le dernier jour, le mercredi 14 octobre, le pape Léon XIV célébrera une messe sur la place Saint-Pierre. L'assemblée discutera ensuite du rapport récapitulatif avant de le confier au pape, qui prononcera un discours de conclusion. Ce résumé sera rendu public en tant que document de travail, et non comme un texte destiné à remplacer Amoris laetitia.
  • Dix ans après Amoris Laetitia : que peut-on attendre de la réunion de Rome ?

    IMPRIMER

    Dix ans après Amoris Laetitia : que peut-on attendre de la réunion de Rome ?

    Depuis le 7 octobre 2026 et jusqu’au 14, le Vatican accueille une réunion importante convoquée par le pape Léon XIV à l’occasion du dixième anniversaire de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia. Intitulée « Dix ans après Amoris Laetitia : annoncer l’Évangile avec les familles aujourd’hui », elle rassemble les chefs des Églises orientales catholiques, les présidents des conférences épiscopales, une vingtaine d’invités personnels du pape, des experts et une dizaine de couples venus des cinq continents. Environ 187 participants sont attendus pour une semaine d’écoute, de partage d’expériences et de discernement en style synodal.

    Un objectif pastoral, pas doctrinal

    La rencontre n’est pas un synode des évêques. Elle ne vise pas à réécrire le magistère. Son but officiel est de discerner, dans l’écoute mutuelle, les étapes concrètes à franchir pour annoncer l’Évangile avec et aux familles d’aujourd’hui, à la lumière d’Amoris Laetitia et de ce qui se fait déjà dans les Églises locales. Cinq thèmes structurent les travaux : la réalité des familles contemporaines, la vocation des jeunes au mariage, les premières années de la vie conjugale, l’accompagnement des situations complexes, et le rôle missionnaire des familles chrétiennes.

    Du positif peut en sortir. L’échange d’expériences concrètes, la présence de couples et de représentants de réalités très diverses (Afrique, Asie, Amérique latine, Europe sécularisée…) peut permettre d’identifier de bonnes pratiques pastorales, de mieux mesurer la crise du mariage et de la transmission de la foi, et de relancer une attention réelle aux familles comme acteurs de l’évangélisation. Une synthèse sera remise au pape le 14 octobre, jour où il présidera une messe sur la place Saint-Pierre.

    Les risques pour la doctrine traditionnelle

    Pourtant, de nombreuses voix s’inquiètent. La doctrine classique de l’Église sur le mariage – indissoluble, exclusif, entre un homme et une femme, total, fidèle et ouvert à la vie – n’est pas formellement remise en cause. Léon XIV a lui-même, dans d’autres interventions, réaffirmé des formulations fortes (« le mariage n’est pas un idéal, mais le canon du véritable amour »).

    Le vrai enjeu se situe ailleurs. Amoris Laetitia, surtout dans son chapitre 8, a ouvert la porte, via le discernement et l’accompagnement, à la possibilité d’accès aux sacrements pour certaines personnes en situation « irrégulière ». Cette interprétation a été confirmée comme magistère authentique. Dix ans plus tard, en prenant ce document comme horizon incontestable et en privilégiant « l’expérience vécue », la réunion risque de consolider une pratique pastorale où la norme objective s’efface progressivement derrière les cas particuliers. Sans clarification doctrinale claire, les divergences entre diocèses et conférences épiscopales peuvent s’accentuer.

    Le choix des invités : un signal net

    C’est ici que le choix des 22 invités personnels du pape devient révélateur. Parmi eux figurent de manière très visible des figures marquantes de l’aile progressiste associée au pontificat de François : les cardinaux Blase Cupich (Chicago), Robert McElroy (Washington), Joseph Tobin (Newark), José Cobo Cano (Madrid), Jean-Claude Hollerich, Víctor Manuel Fernández (préfet de la Doctrine de la Foi), Luis Antonio Tagle ou encore Pablo Virgilio David. Les États-Unis sont nettement surreprésentés.

    Aucun des critiques historiques d’Amoris Laetitia – signataires des dubia de 2016 ou figures comme les cardinaux Burke, Brandmüller, Sarah ou Zen – n’a été invité personnellement. Dans l’Église, le choix des personnes est déjà une orientation. En sélectionnant précisément ceux qui ont porté et élargi la lecture « pastorale » et souple du document, Léon XIV indique clairement une préférence pour la continuité avec l’approche de François plutôt qu’un recentrage doctrinal.

    Conclusion

    Cette réunion peut produire des fruits pastoraux utiles : un regard plus réaliste sur les défis des familles, un partage d’expériences et peut-être un regain d’attention à la mission des foyers chrétiens. Mais sa composition et son cadre laissent peu de doute sur son orientation probable. Elle s’inscrit dans la ligne de continuité avec Amoris Laetitia telle qu’elle a été reçue et appliquée depuis dix ans, avec le risque d’une érosion progressive, par la pratique, de la clarté de la doctrine traditionnelle sur le mariage et la famille.

    Ce qui sortira de la synthèse finale et de la façon dont elle sera reçue localement sera déterminant. Pour l’instant, les signaux envoyés par Rome pointent davantage vers une consolidation de l’approche « libérale-pastorale » que vers un rééquilibrage.

    (avec l'IA)

  • Amoris Laetitia : Le Vatican commémore le dixième anniversaire du chambardement moral

    IMPRIMER

    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    Amoris Laetitia : Le Vatican commémore le dixième anniversaire du chambardement moral

    La réunion de l'épiscopat s'ouvre aujourd'hui, dix ans après l'exhortation apostolique controversée du pape François qui rejetait Veritatis Splendor et fixait les critères d'une nouvelle synodalité. Ce changement nous oblige à reconsidérer le document et ses conséquences, à commencer par le refus de proclamer pleinement l'Évangile sur la famille.

    7/10/2026

    Aujourd'hui, 7 octobre, débute au Vatican la réunion internationale convoquée par Léon XIV, intitulée « Dix ans après Amoris Laetitia : Annoncer l'Évangile aux familles aujourd'hui » . Les présidents des Conférences épiscopales du monde entier, ainsi que les responsables des Églises orientales, y ont été invités. Cette assemblée vise à évaluer le chemin parcouru et les réalisations accomplies au cours de ces dix années en matière d'annonce de l'Évangile aux familles. L'interprétation du titre suggère que l'exhortation Amoris Laetitia en tant que telle ne sera pas évaluée, mais considérée comme un point de départ incontestable. Cela a également été clairement indiqué par le Secrétariat général du Synode, par la voix de son conseiller et directeur de l'organisation, le jésuite Giacomo Costa. La réunion se poursuivra jusqu'au 14 octobre, se tiendra à huis clos, suivra la méthode synodale et ses conclusions seront rendues publiques à l'issue de la réunion.

    Il va sans dire que cet événement est très attendu. Amoris Laetitia est sans aucun doute l'événement le plus marquant du pontificat de François, celui qui résume le mieux ses intentions et sa manière de gouverner l'Église, celui qui a suscité espoirs et profondes déceptions, un tournant décisif sur des questions essentielles à la foi et à la morale, une rupture radicale avec la tradition, non pas le début d'une « ère de changement », mais un véritable « changement d'ère ». D'où la question que tous, sans exception, se sont posée : quelle sera la position de Léon XIV ? Il ne s'agissait pas d'« attendre », comme on dit, car les enjeux pour la foi sont nombreux et profonds. L'attente, en l'occurrence, n'est pas une simple curiosité partisane, mais une attente sincère et motivée.

    L'exhortation Amoris Laetitia a rejeté Veritatis Splendor de Jean-Paul II et la structure de théologie morale qu'il enseignait, non seulement sur le mariage et la famille, mais aussi sur toute la vie morale du chrétien. La norme morale a été jugée insuffisante et a nécessité d'être complétée par les réalités de la vie. L’adultère ne doit pas être considéré comme un acte intrinsèquement mauvais, car un jugement moral et religieux à son égard doit tenir compte de la situation particulière des concubins. C’est ainsi qu’est né le concept renouvelé de « discernement ». Après une période de discernement, les personnes divorcées et remariées peuvent décider de communier ou non. Dès lors, leur décision devient normative et s’inscrit pleinement dans la doctrine.

    Ce changement a eu des conséquences considérables. Il est difficile d'évaluer cette dernière – comme le fait la réunion qui débute aujourd'hui – sans s'y référer. C'est en effet de là que provient l'ouverture, non seulement pastorale mais aussi doctrinale, à toutes les formes de cohabitation : la cohabitation prénuptiale, celle des couples divorcés remariés, la cohabitation homosexuelle ou d'autres formes de cohabitation, qualifiées de familles « complexes » ou « fragiles ».

    Il est très difficile d'affirmer que ces nouvelles attitudes ont été bénéfiques à nos familles et ont contribué à leur annoncer l'Évangile de leur salut. Les évêques qui avaient soumis leurs Dubia à François avaient anticipé ces évolutions problématiques et avaient demandé au Magistère suprême de clarifier si, selon la doctrine catholique, l'activité sexuelle est licite même hors mariage et si l'adultère cesse d'être un acte intrinsèquement mauvais. Mais ils n'ont reçu aucune réponse. Qui sait si les évêques invités à la réunion qui débute aujourd'hui examineront également cet aspect des dix dernières années : le renoncement du Magistère à son enseignement ? S’ils le font, ils devraient toutefois évaluer le changement induit par Amoris Laetitia , et non seulement ses conséquences.

    Amoris Laetitia, ainsi que le Synode sur la famille qui l’a précédé en 2014 et 2015, ont inauguré la nouvelle synodalité. François souhaitait que le document final de ce synode conserve les positions rejetées en assemblée car jugées doctrinalement incorrectes et pastoralement nuisibles, comme ce fut le cas récemment, sous Léon XIV, avec le fameux rapport du Groupe 9 concluant le Synode sur la synodalité. L’ouverture aux situations existentielles comme norme, inaugurée selon les nouveaux critères d’ Amoris Laetitia , est devenue le critère principal de l’agenda de la nouvelle synodalité. La participation aux temps d’assemblée et aux « conversations dans l’Esprit » doit être ouverte au souffle nouveau qui vient d’en bas plutôt qu’à des vérités doctrinales considérées comme abstraites ; elle doit viser la conformitas mentis et vitae .

    Sur ce point également, on peut se demander si les évêques participant à la Rencontre au Vatican seront capables d’évaluer la décennie sans examiner aussi l’Exhortation qui la sous-tend, non seulement comme point de départ, mais aussi comme principe. Comme indiqué précédemment, les organisateurs ont veillé à ce que la rencontre se déroule selon une méthode synodale, incluant des « conversations dans l’Esprit ». Il est également à noter que le Pape a invité à présider cet événement certains des cardinaux et évêques les plus en vue dans la conduite de la nouvelle synodalité, des noms dont la simple mention évoque immédiatement les aspirations les plus extrêmes et subversives du processus synodal.

    Il semble logique que l'examen de la décennie écoulée à l'aune de la nouvelle synodalité confirme implicitement Amoris Laetitia, et donc l'évalue sans que cela soit explicitement formulé. Prétendre vouloir examiner la décennie issue d' Amoris Laetitia tout en s'abstenant d'évaluer Amoris Laetitia relève d'un exercice verbal impossible.

  • L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

    IMPRIMER

    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    L’extraordinaire homélie que Benoît XVI consacra au synode sur la famille, restée inconnue pendant dix ans

    Du 7 au 14 octobre, Léon XIV a convoqué au Vatican les chefs des Églises orientales et les présidents des conférences épiscopales du monde entier, pour une rencontre à l’occasion du dixième anniversaire d’« Amoris laetitia », l’exhortation apostolique par laquelle son prédécesseur François avait conclu le synode de 2014 – 2015 sur la famille.

    Ce fut un synode très polémique, surtout sur une question qui divisait verticalement la hiérarchie catholique : fallait-il accorder ou non la communion eucharistique aux divorcés remariés, ce qui avait jusqu’alors toujours été interdit par le magistère de l’Église.

    Dès le consistoire préliminaire des cardinaux de février 2014, François a manifesté un penchant très clair pour le oui. Mais l’opposition de nombreux cardinaux et évêques a été telle que, en tirant les conclusions du synode dans « Amoris laetitia », il s’est limité à formuler un oui allusif dans deux notes de bas de page seulement, les n° 336 et 351, dans lesquelles il envisageait pour les divorcés remariés « aussi l’aide des sacrements » et en particulier de l’eucharistie, qui « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ».

    Ce qui eut pour effet que l’affrontement entre les deux camps du oui et du non se poursuivit, jusqu’à ce que François ne décide d’y mettre un terme à sa manière, en septembre 2016, en rédigeant une lettre d’éloge aux évêques argentins et à leur interprétation d’« Amoris laetitia » en faveur de la communion pour les divorcés remariés, qualifiée par François de seule interprétation correcte parce que « no hay otras », il n’y en a pas d’autres : une lettre qui sera ensuite publiée dans les « Acta Apostolicae Sedis » sous la qualification de « magisterium autenticum ».

    Une abondante documentation, tant officielle que journalistique, est à la disposition de tous sur ce synode sur la famille et sur le vif débat qui l’a animé.

    À celle-ci, il faudrait toutefois ajouter une intervention d’une grande profondeur et d’une très haute autorité, qui n’a pourtant jamais été prise en considération jusqu’à présent, notamment parce qu’elle est restée inconnue pendant une dizaine d’années. Il s’agit de l’homélie prononcée par Benoît XVI – qui avait déjà démissionné depuis 2013 mais qui était à l’époque encore actif par la parole et par l’écrit – le dimanche d’ouverture de la seconde et dernière session du synode sur la famille, le 4 octobre 2015.

    Ce dimanche-là, le missel romain – par une coïncidence fortuite mais parfaite – proposait comme passage évangélique le début du chapitre 10 de l’Évangile de Marc, celui-là même où « des pharisiens abordèrent Jésus et lui demandèrent s’il est permis à un mari de répudier sa femme ». Et avec Jésus qui leur répondait : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

    Il se fait que, dans l’homélie qu’il a prononcée ce jour-là dans son ermitage du Vatican, devant une douzaine de personnes tout au plus – et qui est restée inédite jusqu’en décembre 2025 –, Benoît XVI a commencé par faire remarquer que « la liturgie nous propose cet Évangile précisément le jour où s’ouvre le synode », tout en ajoutant aussitôt qu’il ne voulait pas aborder des « questions aujourd’hui tant discutées », mais plutôt leur « fondement », c’est-à-dire « ce qu’est l’homme », créé par Dieu homme et femme, comme « être en relation » et, pour cela même, « image de Dieu ». Sans compter, dans la dernière partie de cette même homélie, une réflexion originale sur le sens profond du célibat ecclésiastique.

    On se souviendra que ce même dimanche d’octobre, jour de l’ouverture de la seconde session du synode, le pape François a lui aussi prononcé une homélie. Et lui non plus n’a pas fait allusion à la communion pour les divorcés remariés, qui ne trouvait effectivement aucun soutien dans le passage évangélique du jour (à moins d’étendre au temps de l’Église cette condescendance de Dieu envers la « dureté du cœur » de son peuple, en vertu de laquelle le divorce était accordé à l’époque de Moïse, comme l’a notamment soutenu le patrologue et bibliste Innocenzo Gargano, bénédictin camaldule du monastère de San Gregorio al Celio et professeur à l’Institut biblique pontifical).

    Toujours est-il que personne n’a pu prendre connaissance de l’homélie prononcée ce jour-là par Benoît XVI dans son ermitage sur les collines du Vatican, afin de la méditer et le mettre à profit dans le débat synodal.

    C’est le cadeau qui nous est offert par Settimo Cielo, à la veille du sommet convoqué par le pape Léon pour le dixième anniversaire d’« Amoris laetitia ». Nous la reproduisons dans son intégralité avec la permission du dicastère pour la Communication et de la Librairie éditrice du Vatican qui en détient les droits d’auteur.

    L’homélie est tirée des pages 310 – 315 du volume « Dio è la vera realtà. Omelie inedite 2005 – 2017 », Libreria Editrice Vaticana, 2025.

    Lire la suite

  • Amoris laetitia : le temps du bilan est venu

    IMPRIMER

    Dix ans après Amoris laetitia, Léon XIV ne veut ni tourner la page François ni écrire un « Amoris laetitia II ». Mais il veut regarder les faits en face : qu’a produit, dans les diocèses du monde entier, l’exhortation qui devait renouveler le regard de l’Église sur le mariage et la famille ?

    C’est tout l’enjeu de la réunion convoquée à Rome. Officiellement, il ne s’agit ni d’un Synode ni d’une révision doctrinale. Amoris laetitia ne sera pas réécrite. Mais, derrière cette prudence institutionnelle, la question est redoutablement concrète : que s’est-il passé depuis dix ans ?

    Car un sujet reste inévitablement au cœur des discussions : le fameux chapitre VIII, consacré aux situations matrimoniales complexes et au triptyque devenu emblématique du pontificat de François : accompagner, discerner, intégrer.

    C’est autour de ce chapitre que se sont cristallisées les controverses sur les divorcés engagés dans une nouvelle union, la conscience, le discernement et l’accès aux sacrements. Le texte de François avait ouvert une voie pastorale nouvelle, mais sa réception a donné lieu à des interprétations différentes selon les pays et les diocèses.

    Léon XIV ne semble pas vouloir reprendre cette querelle à coups de condamnations ou de permissions générales. Sa question est plus embarrassante : le discernement a-t-il vraiment été un chemin de conversion et de rapprochement avec le Christ, ou a-t-il parfois été réduit à une procédure permettant de trouver une exception à la règle ?

    La question de la communion des divorcés-remariés sera forcément présente en arrière-plan. Mais le véritable problème est désormais celui de la cohérence du discernement. Comment prendre au sérieux les situations personnelles sans relativiser l’indissolubilité du mariage ? Comment accompagner une personne sans transformer la miséricorde en simple validation de sa situation ? Et comment éviter qu’un même cas reçoive des réponses différentes selon le diocèse dans lequel on se trouve ?

    Sur ce terrain, Léon XIV ne rompt pas avec François. Il reprend explicitement le vocabulaire de l’accompagnement et du discernement. Mais il semble vouloir déplacer le regard.

    Car Amoris laetitia a parfois été enfermée dans une seule question : que faire des mariages qui ont échoué ? Léon XIV veut manifestement en poser une autre, plus en amont : comment donner aux jeunes le désir et les moyens de construire un mariage chrétien ?

    Ce déplacement n’est pas anodin. Le programme de la rencontre ne se limite pas aux situations dites « irrégulières ». Il s’intéresse aux jeunes, aux premières années du mariage, aux familles en difficulté, mais aussi à leur rôle dans l’évangélisation. Les familles ne sont plus seulement celles que l’Église doit accompagner : elles sont aussi appelées à devenir des acteurs de sa mission.

    C’est peut-être là que se trouve la marque propre du nouveau pape.

    Léon XIV ne semble pas vouloir déconstruire l’héritage pastoral de François. Il veut plutôt vérifier ce qui, dans cet héritage, a porté du fruit. Sa méthode est révélatrice : écouter les expériences venues des différents continents, confronter les pratiques, faire apparaître les convergences comme les difficultés, puis en tirer un bilan.

    Autrement dit, il ne demande pas seulement : « Que dit Amoris laetitia ? » Il demande : « Qu’avons-nous appris en la mettant en œuvre ? »

    Cette différence de méthode peut être décisive.

    Après dix années de débats souvent passionnés autour du chapitre VIII, le pape pourrait chercher à sortir d’une opposition devenue stérile entre les tenants d’une « ouverture » sans cesse élargie et ceux qui redoutent que le discernement finisse par vider la norme de sa substance.

    Il ne s’agit pas pour autant de revenir en arrière. Rien, dans les documents préparatoires, ne permet de parler d’un détricotage de Amoris laetitia. Mais il est possible de percevoir une volonté de rééquilibrage : conserver l’accompagnement des personnes blessées tout en redonnant davantage de place à la beauté du mariage, à la fidélité, à la transmission de la foi et à l’appel à la sainteté.

    C’est une manière de reprendre l’héritage de François sans en faire un héritage figé.

    La question de fond devient alors beaucoup plus large que celle des divorcés-remariés : quelle pastorale familiale l’Église veut-elle pour les dix prochaines années ? Une pastorale principalement tournée vers la gestion des situations déjà fragilisées, ou une pastorale capable également de proposer aux nouvelles générations un idéal chrétien suffisamment clair pour donner envie de s’y engager ?

    C’est là que la réunion romaine pourrait devenir intéressante.

    Il n’y aura probablement ni coup de théâtre ni nouveau texte doctrinal spectaculaire. Mais il pourrait y avoir quelque chose de plus discret et, à terme, de plus important : un changement de centre de gravité.

    François avait placé au premier plan l’accompagnement des réalités complexes. Léon XIV semble vouloir conserver cette attention tout en réaffirmant avec davantage de force ce vers quoi l’accompagnement doit conduire : le mariage chrétien, la fidélité, la famille comme lieu de transmission de la foi et la sainteté comme horizon.

    Ce ne serait donc ni une rupture avec François ni une simple continuation.

    Ce serait une réception critique de son héritage : conserver, approfondir, corriger éventuellement certaines pratiques — mais surtout regarder ce que dix années d’Amoris laetitia ont réellement produit.

    Et c’est peut-être la question la plus simple, mais aussi la plus redoutable, que Léon XIV puisse poser : après dix ans de discernement, quels sont les fruits ?

    (avec l'IA)

  • 26-27 septembre 2026 : 32e pèlerinage familial de tradition à Foy-Notre-Dame

    IMPRIMER

    2026_09_23_08_31_12_Greenshot.png

    Chers amis,

    Nous avons la joie de vous inviter au 32e pèlerinage familial de tradition à Foy-Notre-Dame (Dinant, Belgique), qui se tiendra les :
            • Samedi 26 septembre 2026 : pèlerinage des jeunes Namur–Leffe, avec messe à 9h00 à la chapelle Saint-Materne de Namur (rue Notre-Dame), puis départ à 10h00 vers Leffe. Marche, enseignements et messe, pour former la jeunesse à une foi joyeuse et enracinée.
            • Dimanche 27 septembre 2026 : pèlerinage des familles, départ à 10h30 de l’église de Leffe. À 16h00, messe solennelle en latin selon le missel de 1962 au sanctuaire de Notre-Dame de Foy, protectrice des pèlerins depuis le XVIIe siècle.

    Thème 2026 : Notre-Dame de la Mission — « Allez, de toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19).

    Ce pèlerinage est :
            • profondément enraciné dans la Tradition liturgique et spirituelle de l’Église ;
            • soutenu par les autorités diocésaines ;
            • ouvert à tous, avec un prix volontairement très accessible, afin que jeunes, familles nombreuses et fidèles attachés à la liturgie traditionnelle puissent y participer largement ;
            • marqué par une atmosphère joyeuse, fervente et familiale.

    Toutes les informations (programme, inscriptions, photos des éditions précédentes) : https://www.pelefoy.be