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  • Que disent les évêques français au sujet des émeutes ?

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    De Luke Coppen sur the Pïllar :

    Que disent les évêques français au sujet des émeutes ?

    « Il est difficile de croire que la même ville qui a accueilli le pape Léon avec joie et harmonie ait pu devenir le théâtre des violences dont nous avons été témoins. »

    Sans surprise, ils ont condamné à l'unanimité les violences, mais la durée et le contenu de leurs interventions ont varié considérablement.

    Plusieurs ont cherché à établir une distinction entre les agissements des émeutiers et ce qu'ils considéraient comme les préoccupations légitimes de jeunes manifestants pacifiques. Nombre d'entre eux ont également évoqué la visite du pape Léon XIV en France du 25 au 28 septembre, y voyant un contrepoint saisissant aux scènes de pillages et de destructions.

    Plusieurs évêques ont également souligné leur solidarité avec les forces de l'ordre qui s'efforçaient de contenir les troubles, ainsi qu'avec les propriétaires des quelque 3 000 commerces endommagés ou pillés.

    Quel est le contexte des troubles qui ont secoué le pays et que les médias français appellent « les violences du 17 octobre » ? Et que disent exactement les évêques ?

    Quel est le contexte ?

    Les mouvements étudiants sont un élément incontournable de la vie publique française. Les plus célèbres ont eu lieu en mai 1968 , déclenchant un vaste mouvement de contestation sociale et une grève générale qui a plongé la France dans la crise. Ces manifestations sont devenues un symbole de transformation culturelle et politique révolutionnaire dans le monde occidental et ont marqué toute une génération de penseurs catholiques, parmi lesquels le futur pape Benoît XVI.

    En septembre 2026, des manifestations ont éclaté dans les lycées français – établissements équivalents aux lycées américains accueillant des élèves de 15 à 18 ans. Les élèves protestaient contre le manque d'enseignants, les classes surchargées, les bâtiments vétustes et les emplois du temps surchargés. Le mouvement s'est ensuite étendu aux universités.

    La police a réprimé violemment les manifestations, utilisant des gaz lacrymogènes et des matraques, et procédant à plus de 5 000 arrestations début octobre, selon Amnesty International. Les protestations ont notamment donné lieu à des blocages d’entrées de lycées , à l’occupation de bâtiments scolaires, ainsi qu’à des actes de vandalisme et d’incendie criminel.

    Le mouvement lycéen et étudiant a émergé dans un contexte politique délicat. Le second et dernier mandat du président français Emmanuel Macron doit s'achever en mai 2027. Parmi les favoris pour lui succéder figure Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national, parti politique souvent qualifié d'extrême droite, bien qu'il se présente comme un défenseur modéré de la souveraineté française.

    Plusieurs évêques français ont commenté l'essor du mouvement étudiant, insistant sur l'importance du dialogue avec les jeunes et condamnant ceux qui ont eu recours à la violence.

    Des organisations étudiantes, les principaux syndicats français et d'autres groupes militants ont appelé à une journée de mobilisation nationale le 17 octobre, présentée comme une protestation contre la hausse du coût de la vie, le prix des carburants et la dégradation des services publics. Leurs appels, largement relayés sur les réseaux sociaux, ont rassemblé plus de 500 000 personnes dans les rues pour participer à 110 marches, selon le ministère de l'Intérieur.

    Alors que les tensions s'intensifiaient, des milliers de personnes vêtues de noir et masquées ont participé à des émeutes dans plusieurs villes de France, notamment à Bordeaux, Lille, Limoges, Lyon, Marseille, Paris, Strasbourg et Rouen.

    Le cardinal Jean-Marc Aveline a signalé que des églises avaient été pillées dans son archidiocèse de Marseille, tandis que des manifestants déposaient des objets , notamment des drapeaux palestiniens, sur des statues de sainte Jeanne d'Arc, la patronne de la France.

    Ces troubles ont été qualifiés par certains observateurs de parmi les pires qu'ait connus la France depuis mai 1968 et de nouveau tournant potentiel pour la société française. Les violences ont ravivé des débats déjà houleux sur la polarisation politique, la jeunesse marginalisée, l'immigration et l'avenir de la France.

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  • Léon XIV confie aux théologiens une réflexion sur la Tradition et la diversité des cultures

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    Léon XIV confie aux théologiens une réflexion sur la Tradition et la diversité des cultures

    La Commission théologique internationale devrait étudier ce qui constitue la Tradition apostolique et la manière dont la foi chrétienne s’exprime dans les cultures. L’enjeu : mieux distinguer le cœur transmis de la foi des formes historiques et locales qui peuvent évoluer.

    Selon l’annonce rapportée, le pape Léon XIV a nommé 24 nouveaux membres à la Commission théologique internationale pour un mandat de cinq ans. Les travaux de la Commission s’organiseraient autour de deux thèmes : la nature de la Tradition de l’Église et les formes culturelles par lesquelles la foi se transmet.

    La première réflexion chercherait notamment à préciser ce que désigne la Tradition avec un « T » majuscule, comment on la reconnaît et comment elle se distingue des usages propres à une époque ou à une région. La seconde porterait sur l’inculturation, la piété populaire et les langages employés pour exprimer la foi dans des contextes différents.

    Distinguer la Tradition des traditions

    Dans la théologie catholique, la Tradition apostolique désigne la transmission vivante de la foi reçue des apôtres. Elle ne se réduit pas à un ensemble de coutumes anciennes ou à la répétition immuable de formes héritées. Elle se transmet dans la vie de l’Église, notamment dans la liturgie, l’enseignement, la prière et le témoignage chrétien. La Commission théologique internationale souligne que cette transmission se déploie dans des langues et des cultures diverses, tout en gardant l’unité de la foi.

    Il faut ainsi distinguer la Tradition apostolique des traditions particulières : pratiques, dévotions ou manières de célébrer qui se sont développées dans une région ou à une époque donnée. Ces traditions peuvent exprimer fidèlement la foi, mais elles ne sont pas toutes de même portée ni nécessairement destinées à toute l’Église. Leur examen théologique vise à discerner ce qui transmet réellement la foi et ce qui relève d’une forme contingente, susceptible d’être renouvelée ou corrigée.

    Une tradition vivante, sans rupture avec la foi reçue

    Qualifier la Tradition de « vivante » ne signifie pas que le contenu de la foi pourrait être changé au gré des époques. Cela signifie que l’Église reçoit et transmet la foi dans l’histoire, avec une compréhension qui peut s’approfondir, tout en demeurant fidèle à ses origines apostoliques. La Commission théologique internationale présente cette croissance comme un développement de l’intelligence de la foi, et non comme son remplacement.

    Cette distinction permet d’éviter deux simplifications : considérer toute nouveauté comme une trahison, ou, à l’inverse, tenir toute adaptation pour légitime du seul fait qu’elle est nouvelle. Un texte du Saint-Siège met en garde contre l’identification de la Tradition à la seule conservation de pratiques anciennes : la fidélité ne consiste pas à figer toutes les formes historiques, mais à transmettre ce qui est essentiel en discernant les évolutions possibles.

    Transmettre la foi dans des cultures diverses

    Le second thème annoncé concerne les manières dont la foi prend forme dans les cultures. L’inculturation désigne le processus par lequel l’Évangile est exprimé dans une culture particulière, avec ses langues, ses symboles et ses pratiques. La Commission théologique internationale reconnaît que cette diversité peut produire des expressions propres à des Églises locales, à condition qu’elles restent fidèles à la foi apostolique et puissent s’inscrire dans la communion de l’Église.

    Ce discernement ne revient ni à rejeter les cultures ni à accepter automatiquement toutes leurs expressions. Une culture peut offrir des ressources précieuses pour transmettre la foi, mais certains de ses éléments peuvent aussi demander une purification ou une correction à la lumière de l’Évangile. La piété populaire, par exemple, peut soutenir la prière et la vie chrétienne ; elle doit toutefois être accompagnée pour conduire à une foi plus profonde et à la communion ecclésiale.

    Une réflexion théologique, pas une redéfinition annoncée

    La Commission théologique internationale assiste le Saint-Siège dans l’étude de questions doctrinales importantes. Le fait qu’elle examine la Tradition ne signifie donc pas, en soi, que l’Église s’apprête à en changer le contenu. Il s’agit plutôt de clarifier les critères permettant de distinguer la foi transmise des formes historiques par lesquelles elle s’exprime.

    Les conclusions éventuelles des travaux ne sont pas établies par l’annonce elle-même. La question centrale demeure celle du discernement : une pratique ou une expression culturelle transmet-elle fidèlement la foi apostolique, ou risque-t-elle de l’obscurcir ? C’est dans cet équilibre entre fidélité et adaptation que se situe la réflexion annoncée.

    (avec Magisterium.com)

  • Le pape Léon XIV vient-il de signaler un changement de cap dans l’approche du Vatican vis-à-vis de la liturgie ?

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    De Mark Lambert @sitsio sur X :

    Le pape Léon XIV vient-il de signaler un changement de cap dans l’approche du Vatican vis-à-vis de la liturgie ?

    Ses dernières nominations soulèvent des questions intéressantes, même si peut-être pas pour les raisons que certains pourraient imaginer. Plongeons dans le vif du sujet  L’archevêque Vittorio Viola, qui occupait depuis 2021 les fonctions de secrétaire du Dicastère pour le Culte divin, a été nommé archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, tandis que Mgr Aurelio García Macías, précédemment sous-secrétaire du Dicastère, a été promu pour lui succéder.

    À première vue, cela pourrait laisser penser à un changement significatif dans le leadership chargé de mettre en œuvre *Traditionis custodes* et de superviser la vie liturgique de l’Église. On murmure que Viola porte l’anneau de l’homme qui fut l’architecte du *Novus ordo* et qu’il fut qualifié de « violeur de la Tradition » par @RorateCaeli , qui déclara : « il est le principal clerc idéologiquement motivé et dangereux dont l’intention finale est d’interdire complètement la messe traditionnelle en latin » Mais il y a un détail important. García Macías n’est guère un nouveau venu. Il travaille au Dicastère depuis 2015 et a exercé les fonctions de sous-secrétaire durant la majeure partie du pontificat du pape François.

    Le cardinal Arthur Roche, quant à lui, demeure préfet malgré son 76e anniversaire le 6 mars. En d’autres termes, Léon a renouvelé le personnel au sommet sans modifier fondamentalement le leadership de l’institution. Cela rend cette nomination bien plus intéressante qu’une simple victoire ou défaite pour l’un ou l’autre camp du débat liturgique (celui qui veut la paix et celui qui veut la guerre).

    L’une des difficultés persistantes des dernières années a été la tendance à traiter les différences légitimes de sensibilité liturgique comme des preuves de déloyauté ecclésiale. Le résultat a été une atmosphère de plus en plus polarisée, dans laquelle des catholiques partageant la même foi et reconnaissant la même autorité ecclésiale peuvent néanmoins se considérer mutuellement avec une suspicion extraordinaire.

    Le pape Benoît XVI comprenait que la tradition liturgique de l’Église ne peut tout simplement être divisée en périodes acceptables et inacceptables de son histoire ; il a œuvré à combler les divisions du Concile et à assurer la continuité doctrinale et liturgique.

    Cependant, en même temps, nous devons reconnaître que la fidélité à la tradition ne signifie pas rejeter l’autorité de l’Église pour réguler sa vie liturgique. Le défi qui se pose donc au pape Léon XIV n’est pas seulement de savoir s’il doit assouplir des restrictions particulières, aussi importante que soit cette question. Il s’agit de savoir s’il peut restaurer un sentiment de confiance ecclésiale dans lequel la diversité liturgique légitime n’est plus considérée principalement comme une menace pour l’unité.

    Ce qui semble absolument clair, c’est que ce énorme désordre a été créé et laissé par son prédécesseur. García Macías occupe désormais une position depuis laquelle il peut aider à façonner l’application pratique de cette vision, si le pape choisit de la poursuivre. Bien que de nombreux traditionalistes poussent un soupir de soulagement à l’idée que Viola ne soit plus à la tête du DDW, le véritable test de ces nominations ne résidera pas dans les biographies des hommes impliqués, mais dans les décisions qui suivront.

    Rome abordera-t-elle les questions liturgiques avec une plus grande générosité, une cohérence accrue et un respect pour la tradition légitime ?

    Parviendra-t-elle à distinguer la véritable désobéissance des catholiques fidèles qui cherchent à adorer selon des formes profondément enracinées dans l’histoire de l’Église ?

    Ce sont les questions que je suis attentivement. Pour l’instant, les nominations suggèrent une continuité dans le personnel plutôt qu’un changement évident de politique. Mais la continuité du personnel ne signifie pas nécessairement une continuité d’approche, particulièrement sous un nouveau pape.

    Le départ de Viola laisse au DDW l’espace pour adoucir son approche ou même changer de cap une fois que Roche quittera enfin ses fonctions. Ce qui compte, c’est de savoir si les décisions futures du Dicastère contribueront à guérir les divisions des dernières années ou si elles ne feront que les perpétuer.

  • « Le saint donne une nouvelle orientation à l'Histoire » (cardinal Semeraro)

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    D'Alessandro Di Bussolo sur Vatican News :

    Le saint donne une nouvelle orientation à l'Histoire, affirme le cardinal Semeraro

    Le dicastère des Causes des Saints est à l’initiative d’un colloque autour de «La sainteté dans l’histoire». Son préfet a assuré à son ouverture ce lundi que la recherche historique «nous fait reconnaître comment la grâce agit dans la liberté d’une personne, dans les conditions et même dans les contradictions de son époque». Mercredi matin, les participants seront reçus en audience par le Pape.

    «La sainteté n’efface pas l’humanité de la personne, elle l’assume, elle la transfigure. Elle n’élimine pas l’histoire, mais la traverse, en lui imprimant une nouvelle orientation. C’est ce qui rend nécessaire le travail de l’historien», selon le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère des Causes des Saints, qui a introduit ce 19 octobre, les travaux du colloque 2026 sur le thème «La sainteté dans l’histoire , à l’Institut pontifical patristique Augustinianum. L’historien, dans ses recherches, «ne peut se contenter, selon le cardinal Semeraro, de reproduire une image déjà consolidée par la dévotion, mais doit reconstituer les faits concrets, interroger les sources d’un œil critique, distinguer les événements des interprétations ultérieures et comprendre le contexte dans lequel une expérience spirituelle donnée a mûri».

    Jusqu’au 21 octobre après-midi, les experts convoqués par le dicastère analyseront l’importance de la contribution des études historiques aux causes des saints, qui s’est accrue au fil des ans pour devenir partie intégrante de toutes les causes de béatification et de canonisation, comme le prescrivent la constitution apostolique Divinus perfectionis magister (1983) de saint Jean-Paul II et l’instruction Sanctorum Mater. Mercredi 21 octobre, avant l’audience générale, le Pape recevra les participants aux travaux du colloque, qui s’inscrit dans la lignée de ceux qui, au fil des ans, ont abordé ces différents thèmes: «La sainteté aujourd’hui», «Dimension communautaire de la sainteté», «Martyre et offrande de la vie» et «La mystique. Les phénomènes mystiques et la sainteté».

    Les saints, aussi contestataires des idées dominantes

    Pour le préfet, la recherche historique «n’appauvrit pas la sainteté, n’en remet pas en cause la signification spirituelle», au contraire, elle contribue à la ramener à la vérité humaine, «en nous permettant de reconnaître comment la grâce agit dans la liberté d’une personne, dans les conditions et même dans les contradictions de son époque» ; et c’est précisément dans cette rencontre entre le caractère concret de l’histoire et l’œuvre de la grâce que s’ouvrent des espaces de réflexion pour les participants au colloque. Un sujet qui présente un grand intérêt tant pour la recherche historique que pour l’approfondissement théologique. La sainteté, en effet, rappelle le cardinal Semeraro, «n’est pas un idéal abstrait, séparé des événements humains, ni une perfection que l’on atteint en dehors des conditions concrètes de la vie». Elle prend corps chez des hommes et des femmes «qui ont réellement existé, ancrés dans des époques déterminées, appartenant à des communautés, à des cultures, à des institutions, qui ont influencé leurs choix, ont favorisé leur témoignage, ou, dans certains cas, ont même rendu leur chemin plus difficile». Les saints sont des fils et des filles de l’Église qui ont parlé le langage de leur époque, «en ont, dans une certaine mesure, assimilé les orientations, et même, bien souvent, ont profondément contesté les idées dominantes de la société dans laquelle ils vivaient».

    L’exemple de saint Louis de Gonzague

     

    Par exemple, saint Louis de Gonzague n’est pas seulement le jeune homme tenant un lys à la main tel que le dépeignent les hagiographies, mais l’homme qui prend sur ses épaules le poids d’un malade atteint de la peste et le transporte à l’hôpital, au risque d’être lui-même contaminé. Il ne s’agit donc pas, selon le cardinal, d’une figure hors de son temps, «comme si sa perfection spirituelle l’avait soustrait aux inquiétudes, aux tensions et aux choix liés à sa condition humaine». C’est pourquoi, pour l’historien, il ne suffit pas de «recueillir des témoignages qui alimentent une renommée déjà bien établie, il ne suffit pas de répéter des images transmises par la dévotion». Il faut «remonter aux événements concrets vécus par les personnes», examiner les sources, les distinguer des interprétations qui se sont superposées au fil du temps, «reconstruire le contexte dans lequel une expérience spirituelle donnée a pris forme et s’est manifestée».

    L’enseignement de saint Augustin

    À ce stade, le préfet se demande dans quelle mesure «les outils de la recherche historique permettent de comprendre la sainteté» et, d’autre part, «comment la théologie peut-elle en approfondir la signification sans perdre de vue l’intégralité de l’expérience humaine dans laquelle elle s’est réalisée ?». En s’inspirant de l’enseignement de saint Augustin dans La Cité de Dieu, il est possible de concilier «la rigueur de la recherche historique et la spécificité du regard théologique». En effet, le saint ne se soustrait pas «aux tensions et aux contradictions de son temps», mais il peut, en aimant Dieu jusqu’au mépris de soi, transformer la grâce et «orienter progressivement sa vie selon la logique de l’amour de Dieu». La sainteté se développe dans des conditions concrètes «et, dans la mesure où elle se laisse façonner par la charité, elle peut transformer les relations, les communautés et la manière même de reconnaître le bien».

    Le travail de l’historien et du théologien

    C’est pourquoi l’historien peut retracer l’origine d’une sainteté, en suivre le développement, étudier ses rapports avec le contexte social, en documenter les transformations, tandis que le théologien, «sans se substituer à cette recherche, y reconnaît une autre dimension: la possibilité que la charité, par l’œuvre du Saint-Esprit, édifie la communion chrétienne et rende présente dans l’histoire la vie même du Christ».

    L’historiographie et la compréhension de la sainteté

    Après l'introduction du préfet, l'historien du christianisme Roberto Rusconi a prononcé son discours d'ouverture sur «la contribution de l'historiographie à la compréhension et à l'approfondissement de la sainteté». Il a rappelé les paroles de Léon XIV: «Les saints font l’histoire», pour souligner que la sainteté «ne peut être appréhendée en dehors des personnes et ne peut être considérée de manière abstraite par rapport à des personnages qui vivent immergés dans l’histoire. Ne pas tenir compte de ces aspects réduit les saints à de simples images de dévotion». Il a également repris une réflexion d’Albino Luciani, avant qu’il ne devienne Jean-Paul Ier: «La sainteté vécue est bien plus vaste que la sainteté canonisée». Ce sont les «saints d’à côté» du Pape François.

    Les trente ans de l’Aiscca, qui étudie la sainteté en Italie

    Dans son analyse, Roberto Rusconi a approfondi trois éléments. Le premier concerne la manière dont, au fil du temps, «l’approche historico-critique à l’égard des saints et de la sainteté a évolué». Le deuxième porte sur «les répercussions, sur le travail historique, des modifications apportées aux procédures de reconnaissance de la sainteté». Et le troisième concerne les perspectives de recherche les plus significatives apparues à l’époque contemporaine et ces dernières années. Il rappelle également que, dans deux jours, s’ouvrira un colloque organisé à l’occasion du 30e anniversaire de la fondation de l’Association italienne pour l’étude de la sainteté, du culte et de l’hagiographie (Aiscca), sur le thème: «Famille et sainteté de l’Antiquité à nos jours».

    Depuis la fin du XIXe siècle, le rôle de la sociologie et de l’anthropologie

    L’historien souligne que, depuis un siècle et demi, c’est-à-dire depuis la fin du XIXe siècle, l’application de la méthode historico-critique aux documents du premier millénaire chrétien – non seulement aux textes strictement hagiographiques, mais aussi aux sources liturgiques – a «enrichi une approche qui se limitait exclusivement à la dimension théologique et dévotionnelle». Et depuis les dernières décennies du XXe siècle, d’autres sciences humaines, telles que la sociologie et l’anthropologie, «ont également fait leur apparition» dans la méthodologie de recherche, et sont utilisées non seulement pour l’analyse de la sainteté à l’époque moderne.

    Les innovations dans les procédures de reconnaissance de la sainteté

    Roberto Rusconi a ensuite retracé les innovations dans les procédures de reconnaissance de la sainteté, depuis la réserve papale de 1234 sous Grégoire IX jusqu’au décret de non cultu d’Urbain VIII en 1600, qui  interdisait toute forme de reconnaissance dévotionnelle de la sainteté, en particulier de la part des fidèles, soustraite à un contrôle préalable de la part de l’autorité hiérarchique». Si, sous le Pape Benoît XIV, au milieu du XVIIIe siècle, on introduit la vérification médicale des miracles de guérison, avec la constitution Divinus Perfectionis Magister de 1983, le Pape Jean-Paul II instaure une réduction drastique du délai prévu pour l’ouverture d’une cause en vue de la reconnaissance de la sainteté, qui passe de 50 à 5 ans (avec des exceptions notables). Cela déplace la genèse de la documentation disponible «vers le rôle prépondérant des témoins directs (et donc aussi des personnes ayant bénéficié d’un miracle) – exacerbant ainsi le caractère procédural de la procédure». Avec l’utilisation directe du matériel biographique et chronique. De plus, la norme «selon laquelle le martyre dispense de la vérification du seul miracle requis» revêt une grande importance.

    Schuman, De Gasperi et saint Carlo Acutis

    Enfin, l’historien a analysé dans son discours d’ouverture l’évolution des modèles de sainteté, notamment l’émergence de la question d’une «politique des canonisations» au cours des premières décennies du XIVe siècle, pendant le transfert du Pape et de la Curie à Avignon. La canonisation des fondateurs et d’autres figures des ordres mendiants dans la première moitié du XIIIe siècle, ainsi que celle des ordres de clercs réguliers au début du XVIIe siècle, «constituait à la fois la reconnaissance et la promotion d’un rôle au sein de l’Église», selon l’intervenant. En analysant ensuite l’évolution du rôle des écrits des saints, Roberto Rusconi en vient à des personnalités politiques telles que le Français Robert Schuman et l’Italien Alcide De Gasperi, pour lesquels la recherche historique menée jusqu’à présent n’a pas tenu «particulièrement compte de la composante religieuse de leur personnalité». Enfin, l’historien évoque l’utilisation de la photographie comme source historiographique, jusqu’à l’utilisation actuelle de l’intelligence artificielle. Il ne fait qu’une brève allusion au phénomène hagiographique à l’ère du web, avec «les formes et les thèmes de la religion numérique», en citant un «phénomène sous les yeux de tous» comme celui de saint Carlo Acutis.