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BELGICATHO

  • Bahrein : la cathédrale Notre-Dame d'Arabie consacrée le 10 décembre

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    Welcome to the Cathedral of Our Lady of Arabia, Bahrain

    ASIE/BAHREIN - La cathédrale Notre-Dame d'Arabie sera consacrée le 10 décembre, le "rêve missionnaire" de l'Archevêque Ballin

    29 novembre 2021
     

    Manama (Agence Fides) - Elle sera dédiée à Notre-Dame d'Arabie et deviendra l'une des principales églises catholiques de la péninsule arabique, siège du Vicariat apostolique d'Arabie du Nord. La cathédrale du Royaume de Bahreïn, située dans la municipalité d'Awali, se prépare enfin à être consacrée et inaugurée dans les prochaines semaines, immédiatement après la fête liturgique de l'Immaculée Conception de la Vierge Marie. Le Cardinal Luis Antonio Tagle, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples, consacrera le lieu de culte le vendredi 10 décembre. La cérémonie de consécration ne sera suivie que par une représentation numériquement réduite de la communauté catholique locale, conformément aux règles établies par les autorités locales pour lutter contre la pandémie. La veille, l'inauguration civile du lieu de culte se fera en présence de Sa Majesté Hamad bin Isa al Kalifa, roi de Bahreïn.

    La nouvelle cathédrale de Bahreïn pourra accueillir 2 300 personnes. Son inauguration et sa consécration constituent l'aboutissement d'un long parcours, dont les différentes étapes sont emblématiques de la dynamique et des conditions dans lesquelles s'épanouit la vie ecclésiale de tant de communautés chrétiennes dans la péninsule arabique.

    En février 2013, c'est Mgr Camillo Ballin, Archevêque combonien et Vicaire Apostolique de l'Arabie du Nord, qui a annoncé à Fides que le roi de Bahreïn avait fait don au vicariat apostolique d'un terrain de 9 000 mètres carrés " où nous construirons la nouvelle église " (voir Fides 13/2/2013). Avec la délicate sensibilité spirituelle qui le caractérise, l'Archevêque a immédiatement remarqué que le document de la donation royale portait la date du 11 février, jour où l'Église catholique célèbre la fête de la Bienheureuse Vierge Marie de Lourdes. "Nos prières ont été entendues. Notre Dame d'Arabie est en effet capable de faire des miracles", écrivait alors Mgr Ballin. Le 19 mai 2014, lors de sa visite au pape François au Vatican, le roi Hamad bin Isa a lui-même offert au souverain pontife une maquette en plastique de la cathédrale en construction (voir photo).

    Environ 80 000 catholiques vivent à Bahreïn, pour la plupart des travailleurs venus d'Asie, notamment des Philippins (compatriotes du Cardinal Tagle, qui a été envoyé pour présider la cérémonie de consécration de la cathédrale) et des Indiens. Le territoire du Royaume de Bahreïn est constitué d'un archipel de 33 îles situé près de la côte occidentale du golfe Persique. La nation, dirigée par la famille royale al Khalifa, était auparavant un émirat, qui est devenu une monarchie constitutionnelle en 2002. La municipalité d'Awali, où se trouve la nouvelle église, est située sur une petite île au centre du Royaume et a été fondée dans les années 1930 par la Bahrain Petroleum Company. Il est principalement habité par des travailleurs immigrés de diverses nationalités, employés pour la plupart dans des usines de raffinage du pétrole. La consécration de la cathédrale Notre-Dame d'Arabie acquiert également de l'importance à la lumière du récent message par lequel le roi Ahmed bin Isa a officiellement invité le pape François à visiter le Bahreïn. L'invitation officielle du monarque - comme l'a également rapporté l'Agence Fides (voir Fides 26/11/2021) - a été remise au Souverain Pontife par le Cheikh Khalid bin Ahmed bin Mohammed Al Khalifa, Conseiller de Sa Majesté pour les affaires diplomatiques, reçu jeudi 25 novembre au Vatican par l'Évêque de Rome et le Cardinal Secrétaire d'État Pietro Parolin. Au cours de sa visite au Vatican, l'envoyé du monarque bahreïni a également transmis au pape les salutations et les vœux de bonne santé envoyés par le roi Ahmad, ainsi que son appréciation " du rôle fondamental et prépondérant joué par le pape François dans l'établissement et la promotion du dialogue interreligieux et de la compréhension entre les différentes cultures et civilisations, ainsi que dans la diffusion des valeurs de fraternité humaine et de coexistence entre tous ".

    L'Archevêque Camillo Ballin, qui a quitté ce monde le 12 avril 2020, à l'âge de 75 ans, ne sera pas présent lors de l'inauguration de la cathédrale. Le don d'une nouvelle église à Bahreïn, dédiée à Notre-Dame d'Arabie, sera cependant une joie pour lui aussi, qui a passé sa vie de missionnaire puis d'évêque, avec persévérance, patience et passion apostolique, au service des communautés chrétiennes présentes dans les pays arabes à majorité musulmane. (GV) (Agence Fides 29/11/2021)

  • France : mobilisation contre l'allongement de l'avortement légal jusqu'à 14 semaines

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    PETITION NATIONALE
    Stop à l’avortement à 14 semaines

    Il y a tout juste un an, en octobre 2020, la député Albane Gaillot présentait à l’Assemblée nationale une proposition de loi visant, au lendemain de la crise sanitaire, à allonger le délai de l’avortement de 12 à 14 semaines.

    « J’ai été alertée par de nombreuses femmes ainsi que par le Planning familial sur les difficiles conditions d’accès à l’IVG pendant l’épidémie de Covid-19 expliquait-elle à l’époque, nous nous sommes rendues compte que le problème n’était pas conjoncturel mais structurel ».

    Validée par l’Assemblée, cette proposition de loi avait ensuite été présentée par la socialiste Laurence Rossignol au Sénat avant d’être rejetée.

    Comme un train peut en cacher un autre, il en est de même pour les génies ou les barbares. L’ancien Ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, désormais chef de file de la majorité LREM à l’Assemblée nationale, encouragé par le Ministre de la Santé, Olivier Véran, vient d’annoncer l’inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale dans le cadre d’une niche parlementaire, d’une nouvelle proposition de loi pour allonger le délai de l’IVG.

    « En France, l’avortement n’est pas menacé en droit, mais il l’est dans la pratique », affirme t-il. Pourtant 222.000 avortements ont été réalisés en France en 2020 soit plus de 600 par jour ! Faut-il encore et toujours ajouter de la souffrance à la souffrance, de la mort à la mort ? N’y a-t-il pas meilleure idée pour protéger les femmes que les encourager à avorter de plus en en plus tard, quitte à ressentir dans leurs chairs la dissection d’un petit être vivant ?

    Nous rappelons que l’avortement à 14 semaines implique une dissection afin de faire sortir le bébé du ventre. L’enfant a un cœur qui bat dès six semaines ; à 14 semaines son visage est déjà bien dessiné, il a ses empreintes digitales… Il commence même à sucer son pouce !

    Le Syndicat national des gynécologues-obstrétriciens de France (Syngof), affirme pour justifier son opposition à cette proposition, que l’ossification de l’embryon à ce stade de la grossesse impose une dilacération des chairs.

    Ne les laissons pas faire !

    Signez, diffusez, faites tourner cette pétition pour ordonner le retrait (sans délai) de cette proposition de loi.

    Halte à la barbarie !

     

    Lire : Analyse : Proposition de loi n° 3879 relative au renforcement du droit à l’avortement

  • Un vaccin décisif pour nous guérir du virus qui contamine l'Eglise ?

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    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso, en traduction française sur Diakonos.be :

    Il y a un aussi un vaccin pour le virus qui contamine l’Église

    [Le texte qui suit est la retranscription de l’intervention de Sandro Magister au colloque d’études qui s’est tenu samedi 27 et dimanche 28 novembre 2021 à Anagni, dans la Sala della Ragione, à l’initiative de la Fondation Magna Carta, sur le thème : « L’Église et le siècle après la pandémie »].

    L’Église dans le monde ou dans l’ermitage

    de Sandro Magister

    Anagni, le 27 novembre 2021

    Entre l’Église et le siècle, après la pandémie, c’est le second qui gagne, comme le dit bien le mot « sécularisation », qui progresse inexorablement alors que les églises se vident de plus en plus. Mais cette vague remonte loin, au moins aux années du Concile Vatican II, en même temps que le déclin du paradigme conservateur dans tout l’Occident.

    La culture conservatrice prône le primat des devoirs sur celui des droits, ce sont les logiques supra-individuelles qui prévalent : la nation, la famille, la tradition, la religion, auxquelles l’individu doit s’adapter et parfois même se sacrifier. Il était inévitable que le déclin de cette culture ne bouleverse également l’Église, en tant que structure hiérarchique, faite de préceptes et de rites identitaires, coulée en bloc dans le « catholicisme romain » par les conciles de Trente et de Vatican I. En 1840 déjà, Alexis de Tocqueville voyait dans la croissance de la démocratie en Europe en impact sur les religions préceptives et rituelles, vouées à se réduire à « une bande de zélateurs fervents au milieu d’une multitude d’incrédules ».

    On dirait que cette prophétie de Tocqueville traverse cette « Benedict Option » qui a récemment été proposée aux chrétiens pour se différencier de l’esprit du monde, en ressuscitant le paradigme conservateur sous des formes nouvelles et alternatives. Mais la pandémie a désagrégé la compacité de ce catholicisme résistant et militant, entre no-vax et pro-vax, c’est une guerre sans merci, et la division ne porte pas sur un médicament mais touche à des questions capitales.

    Pour mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut remonter aux années de Vatican II, dans le sillage de la relecture qu’en a fait l’historien Roberto Pertici.

    *

    Ce Concile s’est déroulé alors même que le nouvel individualisme, surtout celui des femmes et des jeunes, faisait irruption dans l’Église et la désarticulait de l’intérieur. Paul VI n’a plus voulu écrire la moindre encyclique après qu’« Humanae vitae » ait été contestée et qualifiée de rétrograde par des épiscopats entiers. Ce n’est pas un hasard si, à partir de ce moment, l’agenda de l’Église ait été forcée d’inclure les thèmes imposés par la nouvelle culture et la nouvelle anthropologie : la contraception, le divorce, l’avortement, l’euthanasie, la condition homosexuelle, la femme et la question féministe, la nature du sacerdoce et le célibat ecclésiastique.

    Les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI se sont attelés à sauver les meilleurs fruits non seulement de Vatican II mais également ceux des Lumières, contre la dérive toujours plus individualiste, relativiste et enfin nihiliste de la nouvelle culture. Il y avait quelque chose de « kantien », en plus d’authentiquement chrétien, dans le caractère absolu des principes moraux et dans la centralité de la raison prêchée par Joseph Ratzinger.

    Il suffit de citer quelques lignes du discours qu’il a prononcé le 1er avril 2005 à Subiaco, dans le monastère de saint benoît, quelques jours avant d’être élu pape :

    « […] En ce sens, les Lumières sont d’origine chrétienne et ce n’est pas un hasard si elles sont nées justement et uniquement dans le contexte de la foi chrétienne, là où le christianisme, contre sa nature, s’était malheureusement mué en tradition et en religion d’État. […] Il faut reconnaître aux Lumières le mérite d’avoir réaffirmé les valeurs originales du christianisme et d’avoir rendu sa voix propre à la raison. Le Concile Vatican II, dans sa constitution sur l’Église dans le monde d’aujourd’hui, a de nouveau mis en évidence la correspondance entre christianisme et les Lumières, en cherchant à parvenir à une véritable réconciliation entre Église et modernité ».

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  • Des monastères à vendre au plus offrant

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    Dénonçant des pratiques choquantes dans l'Hexagone mais qui pourraient être présentes chez nous, un article intéressant et pertinent de François Lagrasse (même s'il est publié) sur le site de Golias :

    Au plus offrant Monastères à vendre

    Les 16 et 17 décembre 2021, un colloque sur le devenir des biens immobiliers des communautés religieuses doit se tenir au collège des Bernardins à Paris. L’intervention de José Rodriguez Carballo, secrétaire de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, et de l’abbé émérite d’En Calcat, Dom David d’Hamonville, était annoncée par un courrier en date du 22 juillet. Il était signé par les deux organisateurs : la Conférence des religieux et religieuses de France et la Fondation des monastères, respectivement présidées par Sœur Véronique Margron et Dom Guillaume Jedrezejckac. Dès lors, des questions se posent sur la personnalité sulfureuse du « monseigneur romain » chargé des transactions immobilières et sur le drame humain lié à un détournement de patrimoine.

    A la suite de plusieurs tentatives de spoliation de monastères, ce colloque du collège des Bernardins, qui touche aux biens immobiliers des couvents, nous interpelle. Quel est son but ? Déjà, en 2016, sans avoir été ni consultées ni informées, les sœurs dominicaines contemplatives de Lourdes apprenaient, par un article de La Croix, que leur couvent allait être fermé. Décision prise à la demande de l’évêque de Tarbes et Lourdes en sa responsabilité de vigilance auprès des communautés religieuses de son diocèse. Nicolas Brouwet avait annoncé que « la Congrégation romaine pour les instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique avait nommé, à sa demande, un commissaire apostolique » chargé d’organiser ce départ. Le décret de nomination de ce commissaire était signé par José Rodriguez Carballo. Connues et appréciées dans la cité mariale, les moniales dominicaines recevaient l’appui d’un comité de soutien pour « s’opposer à la dilapidation des biens immobiliers » qui, selon le droit de notre pays, est propriété desdites religieuses.

    Les moniales, éternelles mineures

    Récemment, le vicaire du diocèse de Carcassonne-Narbonne annonçait, à la fin de la messe dominicale à Castelnaudary, que le monastère chaurien des Clarisses allait fermer. C’était aussitôt une levée de boucliers de la population mettant dans l’embarras l’évêque diocésain dans l’embarras qui en était à l’origine. Le nom de Carballo apparaît là aussidans la tentative de spoliation de ce couvent dont les sœurs sont propriétaires. Malheureusement, bien d’autres convents de sœurs dociles, abandonnant leurs biens « par obéissance », ont fermé. Après des années de fidélité à leur vocation, de vie fraternelle et de prière, elles sont douloureusement dispersées dans d’autres couvents, certaines en Ehpad.

    Ces tentatives de spoliation s’appuient sur un document romain publié le 15 mai 2018 : « Cor Orans », instruction d’application de la constitution apostolique « Vultum Dei quaerere » sur la vie contemplative féminine. Dès octobre 2019, Golias Hebdo, dans son numéro 594, avait tiré la sonnette d’alarme en dénonçant cette publication Le texte pontifical est analysé dans ses moindres détails et apporte un éclairage précis sur le but recherché par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique. « Seules les moniales reçoivent des directives du Saint-Siège sur la façon de gérer leur vie en matière de gouvernement, de formation, de recrutement, d’autonomie, etc. Les moines s’autogèrent et définissent leurs propres lois. C’est un reflet du statut de mineure qui, jusqu’à un passé récent, était celui de la femme. Force est de constater que l’Eglise na pas suivi l’évolution de la société en ce domaine. »

    « Le troupeau du Christ »

    Les moniales ont toujours eu droit, dans l’Eglise, à un traitement de faveur. Aujourd’hui, cette « part choisie du troupeau du Christ » fait l’objet d’attentions particulières et ciblées de la Congrégation pour la Vie Consacrée, et cette chasse à l’immobilier dure depuis des dizaines d’années. Périodiquement, un document est écrit pour ces femmes, par des ecclésiastiques (bien sûr tous des hommes) confortablement assis dans un bureau du Vatican. Ils n’ont aucune expérience de leur vie, et pour tout dire ce ne sont que des femmes… Il faut leur dire ce qu’elles doivent faire, sans se soucier de savoir si cela correspond à leur vocation profonde. Nous pouvons constater que les moines n’ont jamais de document romain qui leur tombe dessus : étant des hommes, ils savent comment se gérer et comment administrer leurs biens. Personne ne parle d’éradiquer de la carte de la vie religieuse les monastères masculins : ils possèdent pourtant des abbayes encore plus somptueuses que les monastères de moniales. Leur cession ne renflouerait-elle pas les caisses de l’Eglise ? Pourquoi s’acharner sur les moniales, alors qu’il fut un temps où une moniale âgée était considérée comme ayant acquis de l’expérience spirituelle. Actuellement, le profit piétine tout cela. Il est urgent de parquer ces femmes en Ehpad et de s’approprier leurs biens indûment, du moins en Frances. Peu importe la dimension spirituelle. Et la parité chère au droit français, que devient-elle dans cette affaire ?

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  • Les faiblesses qui fragilisent le rapport Sauvé

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    Le père Jean-Robert Armogathe, historien et théologien, est l’un des huit signataires d’un texte de membres de l’Académie catholique critiquant le rapport Sauvé. Il explique dans cette tribune pourquoi il est « nécessaire » de consacrer au rapport Sauvé « une lecture attentive, équitable et critique ».

    29/11/2021

    Toute violence commise sur un enfant est abominable. Elle l’est encore plus lorsqu’elle a pour auteur une personne en qui l’enfant a confiance : « Si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi… » (Matthieu 18,6). C’est pourquoi les évêques de France ont eu raison de demander à une commission indépendante un rapport sur les abus sexuels dans l’Église catholique. Ce volumineux rapport a engagé beaucoup de ressources, humaines et financières. Il s’ouvre sur des préconisations qui exigent de l’Église catholique des changements pastoraux et doctrinaux majeurs. La mise en œuvre de ces préconisations suppose une crédibilité sans faille du document et par conséquent une analyse approfondie des données recueillies et de leur interprétation.

    Un certain nombre de faiblesses

    Il est d’autant plus regrettable que cette enquête, si nécessaire, ait été fragilisée par un certain nombre de faiblesses. Elles sont de trois ordres : statistique, doctrinal et juridique. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans le détail : une première analyse détaillée, qui doit être poursuivie, a été établie par un groupe pluridisciplinaire de l’Académie catholique de France. Elle a été soumise aux autorités ecclésiastiques.

    Bornons-nous à le relever : il est fâcheux que sur les deux enquêtes menées (Inserm-EHESS et EPHE), une seule, la première, plus spectaculaire, ait été largement exploitée. Il aurait fallu alors insister sur la marge d’approximation induite par de très faibles pourcentages (ce qui donne une fourchette de 1 à 6) et le recours à une méthode d’access panel autorecruté (« un défi pour les statistiques officielles », comme la définit le spécialiste suédois Jörgen Svensson).La marge d’erreur qui subsiste dans ce type de sondage (liée à la représentativité, au choix de l’échantillon, à la formulation et à la séquence des questions) est supérieure aux résultats obtenus. Or ceci n’est pas un détail : c’est le chiffre de 330 000 victimes retenu et diffusé qui fonde l’accusation du « caractère systémique » de la pédocriminalité dans l’Église.

    Une partie doctrinale insuffisante

    Faute de spécialistes, la partie doctrinale reste insuffisante, en ecclésiologie, en exégèse (avec l’omission des Épîtres de Paul et de Pierre) et en théologie morale (la Commission n’a guère été mandatée pour ce domaine, et cependant c’est le « système », c’est-à-dire la « constitution » de l’Église qu’elle remet en cause dans plusieurs préconisations). Le soupçon répété sur « le choix d’englober l’ensemble de la sexualité humaine dans le seul sixième commandement du Décalogue » est une approche étrangère à l’anthropologie chrétienne. Le Catéchisme de l’Église catholique condamne « la corruption des jeunes » (§ 2 353) aussi bien que « le viol commis de la part d’éducateurs envers les enfants qui leur sont confiés » (§ 2 356). Surtout, le paragraphe 2389 condamne expressément « les abus sexuels perpétrés par des adultes sur des enfants ou des adolescents confiés à leur garde. La faute se double alors d’une atteinte scandaleuse portée à l’intégrité physique et morale des jeunes, qui en resteront marqués leur vie durant, et d’une violation de la responsabilité éducative ». On aurait aimé le rappel de ces textes.

    Enfin, la partie juridique n’est pas inattaquable, en particulier en matière de responsabilité civile. Comment s’assurer de la réalité des faits et de leur imputabilité à un clerc ? Le concept de responsabilité ne se confond pas avec celui de solidarité. S’il présuppose une personne qui l’assume, ce n’est pas seulement pour une raison de technique juridique ou de vocabulaire, c’est parce que la responsabilité ne saurait, sans perdre son sens, être anonyme et diluée dans un ensemble plus ou moins vaste, complètement indifférencié. Car dire que tous sont responsables de tout, cela revient en réalité à dire que personne n’est vraiment responsable de rien. Il y a lieu par conséquent de réfléchir à un principe d’attribution des réparations, qui reste fidèle aux faits et ne soit pas source de nouvelles injustices.

    De façon générale, et malgré quelques précautions, l’interprétation manque souvent d’objectivité scientifique, et les auteurs paraissent dépasser le champ de compétence que les évêques leur avaient confié. Ainsi tandis que la commission reconnaît qu’« il n’y a clairement pas de lien de causalité entre le célibat et les abus sexuels », elle consacre plusieurs paragraphes et une préconisation sur le célibat des prêtres.

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  • Saint André, apôtre (30 novembre)

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    francesco-duquesnoy-santandrea-roma-san-pietro-1640.jpg

    Nous publions ci-dessous le texte intégral de la catéchèse consacrée au premier apôtre appelé par le Christ prononcée par le pape Benoît XVI au cours de l’audience générale du mercredi 14 juin 2006 (source) :

    Chers frères et sœurs,


    Dans les deux dernières catéchèses, nous avons parlé de la figure de saint Pierre. A présent nous voulons, autant que les sources le permettent, connaître d'un peu plus près également les onze autres Apôtres. C'est pourquoi nous parlons aujourd'hui du frère de Simon Pierre, qui était lui aussi l'un des Douze. La première caractéristique qui frappe chez André est son nom: il n'est pas juif, comme on pouvait s'y attendre, mais grec, signe non négligeable d'une certaine ouverture culturelle de sa famille. Nous sommes en Galilée, où la langue et la culture grecques sont assez présentes. Dans les listes des Douze, André occupe la deuxième place, comme dans Matthieu (10, 1-4) et dans Luc (6, 13-16), ou bien la quatrième place comme dans Marc (3, 13-18) et dans les Actes (1, 13-14). Quoi qu'il en soit, il jouissait certainement d'un grand prestige au sein des premières communautés chrétiennes.

    Le lien de sang entre Pierre et André, ainsi que l'appel commun qui leur est adressé par Jésus, apparaissent explicitement dans les Evangiles. On y lit: « Comme il [Jésus] marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans le lac: c'était des pêcheurs. Jésus leur dit: “Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes” » (Mt 4, 18-19; Mc 1, 16-17). Dans le quatrième Evangile, nous trouvons un autre détail important: dans un premier temps, André était le disciple de Jean-Baptiste; et cela nous montre que c'était un homme qui cherchait, qui partageait l'espérance d'Israël, qui voulait connaître de plus près la parole du Seigneur, la réalité du Seigneur présent. C'était vraiment un homme de foi et d'espérance; et il entendit Jean-Baptiste un jour proclamer que Jésus était l'« agneau de Dieu » (Jn 1, 36); il se mit alors en marche et, avec un autre disciple qui n'est pas nommé, il suivit Jésus, Celui qui était appelé par Jean « Agneau de Dieu ». L'évangéliste rapporte: ils « virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là » (Jn 1, 37-39). André put donc profiter de précieux moments d'intimité avec Jésus. Le récit se poursuit par une annotation significative: « André, le frère de Simon Pierre, était l'un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d'abord son frère Simon et lui dit: “Nous avons trouvé le Messie (autrement dit: le Christ)”. André amena son frère à Jésus » (Jn 1, 40-43), démontrant immédiatement un esprit apostolique peu commun. André fut donc le premier des Apôtres à être appelé à suivre Jésus. C'est précisément sur cette base que la liturgie de l'Eglise byzantine l'honore par l'appellation de Protóklitos, qui signifie précisément « premier appelé ». Et il est certain que c'est également en raison du rapport fraternel entre Pierre et André que l'Eglise de Rome et l'Eglise de Constantinople se sentent de manière particulière Eglises-sœurs. Pour souligner cette relation, mon prédécesseur, le pape Paul VI, restitua en 1964 les nobles reliques de saint André, conservées jusqu'alors dans la Basilique vaticane, à l'évêque métropolite orthodoxe de la ville de Patras en Grèce, où selon la tradition, l'Apôtre fut crucifié.

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  • Saint André : une foi fondée sur la confiance

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    Homélie pour la fête de saint André, apôtre, du Père Joseph-Marie Verlinde (homelies.fr) :

    La liturgie de la fête de Saint André nous invite à faire une interruption dans notre lecture continue de Saint Luc, pour entendre l’appel des premiers disciples, dans l’Évangile de Matthieu.

    Saint Grégoire le Grand était frappé par le fait que ces hommes, Simon-Pierre et André son frère, puis Jacques et Jean, abandonnent leurs filets pour suivre Jésus dès le premier mot, sans avoir vu aucun miracle, ni entendu aucune promesse de récompense. Telle est la foi vigoureuse que Jésus attend de ses disciples : une foi qui ne se fonde pas sur des signes, mais sur la confiance absolue dans celui que nous reconnaissons, à la lumière de l’Esprit, comme notre Seigneur et Maître.

    La promptitude, la générosité, bref la liberté avec laquelle ces simples pêcheurs répondent à l’appel de Dieu devrait nous donner honte de notre tiédeur, remarque le prédicateur qui précise : « En suivant le Seigneur, ils ont abandonné tout ce qu’ils auraient pu désirer en ne le suivant pas. Il n’y a pas ici de prix fixé ; mais le Royaume de Dieu te coûte ni plus ni moins que ce que tu possèdes. Il coûta ainsi à Zachée la moitié de ses biens, puisqu’il se réserva l’autre moitié pour rembourser au quadruple ce qu’il avait pris injustement (cf. Lc 19,8). Il coûta à Pierre et à André l’abandon de leurs filets et de leur barque. Il coûta deux piécettes à la veuve (cf. Lc 21,2), et un verre d’eau fraîche à tel autre (cf. Mt 10,42). Oui, comme nous l’avons dit, le Royaume de Dieu te coûte ni plus ni moins que ce que tu possèdes ».

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  • RDC : il faut maintenant récupérer l’argent détourné et les biens mal acquis

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    jean-claude-mputu_0.jpgJean-Claude Mputu (politologue congolais issu de l’Université de Liège et porte-parole de la campagne CNPAV : le Congo n’est pas à vendre) a été interviewé par Christophe Rigaud – Journaliste, directeur du site Afrikarabia consacré à l'actualité en République démocratique du Congo (RDC) et en Afrique centrale :

    Afrikarabia : La corruption endémique qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) n’est malheureusement pas un phénomène nouveau. Qu’apportent de plus les révélations de  « Congo Hold-up » ?

    Jean-Claude Mputu : Il y a tout d’abord l’étendue des révélations. Elles sont énormes. Et ensuite, il y a la précision dans les faits dénoncés. Les documents que révèlent « Congo Hold-up » montrent clairement l’importance d’un détournement organisé et systématisé par la famille de Joseph Kabila avec les moyens de l’Etat. Cela permet de retracer le circuit de certaines sommes d’argent qu’on soupçonnait avoir été détournées, mais pour lesquelles on n’avait pas tous les éléments et toutes les certitudes. Avec « Congo Hold-up » nous avons maintenant l’exactitude des faits. Nous pouvons maintenant dire qu’à telle date, telle somme a été retirée de tel compte et a été récupérée par telle personne dans telle banque. Cela nous permet de dire aujourd’hui aux autorités qu’elles n’ont plus d’autres choix que d’agir.

    Afrikarabia : Qu’est-ce que nous apprend « Congo Hold-up » par rapport au système de détournement d’argent public mis en place dans le passé par Mobutu ?

    Jean-Claude Mputu : Cette question est importante parce que les partisans de Joseph Kabila disaient « Mobutu a volé, Mobutu a pillé, pourquoi cela devient un problème pour Kabila ? » Pour moi, Mobutu était « un voleur de caisse ». Il prenait directement l’argent dans les caisses de l’Etat. Joseph Kabila est allé au-delà : il a privatisé les moyens de l’Etat. Il s’est approprié nos terres, nos mines, nos entreprises, nos dividendes et les a partagés avec sa famille. L’exemple le plus parlant, c’est le dossier Gertler, sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années. Les actifs de la Gécamines ont été cédés à Dan Gertler, qui est très proche de Joseph Kabila. Gertler touche plus de 200.000 dollars par jour, et cet argent aurait dû être touché pour la Gécamines, donc par l’Etat congolais.

    Afrikarabia : Pourquoi n’y a-t-il pas eu de contrôle des institutions congolaises, mais aussi des bailleurs internationaux, comme les Nations-unies ? On apprend dans « Congo Hold-up » que l’argent versé par l’ONU aux casques bleus congolais qui intervenait en Centrafrique a été détourné.

    Jean-Claude Mputu : Au niveau de la RDC, évidemment, toutes les institutions étaient contrôlées par Joseph Kabila. Les gens avaient peur. La répression était systématique et brutale. De ce côté-là, il y a des « excuses ». Au niveau international, ce n’est qu’à la fin du mandat de Joseph Kabila que les bailleurs ont commencé à s’intéresser à l’homme, alors qu’avant, il était complètement « accompagné » par cette même communauté internationale. A un moment donné, Joseph Kabila a dû rompre avec la communauté internationale pour pouvoir développer son système de prédation. Il a même fini par refuser tous les contrôles exigés par les bailleurs.

    Afrikarabia : Qu’attendez-vous de ces révélations ?

    Jean-Claude Mputu : Nous attendons d’abord que le gouvernement, comme il l’a annoncé, puisse ouvrir des enquêtes, identifier les coupables, les poursuivre et les punir. Nous attendons aussi la récupération des biens détournés. Il y a bien eu quelques procès par le passé, mais nous n’avons jamais récupéré les biens. « Congo Hold-up » nous permet d’identifier certains biens, comme des bateaux, des immeubles, ou des entreprises achetés avec de l’argent public. Ces biens doivent revenir à l’Etat congolais. Nous comptons mettre en place un collectif d’avocats, avec « Le Congo n’est pas à vendre », afin de poursuivre ces personnes en justice et demander la restitution des biens mal acquis. Enfin, nous espérons que ces révélations permettront à la population congolaise une prise de conscience et d’exiger de nos responsables une certaine redevabilité. Il faut une fois pour toute, briser la chaîne de l’impunité et de la corruption des dirigeants politiques.

    Afrikarabia : La BGFI, la banque au coeur du scandale, a promis de rendre 43 millions de dollars. C’est un premier pas significatif selon vous ?

    Jean-Claude Mputu : C’est un premier pas malheureusement très insuffisant. Il faut d’abord qu’elle le fasse effectivement. Mais le problème, c’est que les autres co-auteurs de ce détournement de 43 millions de dollars, la Banque centrale (BCC) ou la société Egal, sont, comme par magie, exemptées des conséquences de leurs actes. C’est une solution trop facile. On rend 43 millions et on oublie tout le reste. Des centaines de millions de dollars sont en jeu. On veut une vraie justice, car c’est de l’argent des Congolais dont il s’agit.

    Afrikarabia : Le parquet vient d’ouvrir une information judiciaire. Joseph Kabila peut-il être mis en cause, ou seulement ses proches ?

    Jean-Claude Mputu : Beaucoup de ses proches sont impliqués, mais certaines des sociétés qui apparaissent dans « Congo Hold-up » ont pour principal actionnaire Joseph Kabila et ses deux enfants, comme « Egal » ou « Port de Fisher ». Sa responsabilité directe est engagée. Mais un problème juridique se pose avec la loi sur les anciens chefs de l’Etat, que Joseph Kabila lui-même a fait adopter à la fin de son mandat. Nos avocats vont d’ailleurs travailler sur ce sujet, mais de nombreux acteurs de la société civile demandent au parlement de réviser cette loi. C’est un bon indice pour voir si le pouvoir actuel a la volonté de mettre véritablement fin à l’impunité.

    Afrikarabia : De nouvelles révélations peuvent-elles toucher le pouvoir actuel ?

    Jean-Claude Mputu : C’est notre plus grand espoir. Il faut que le cycle de l’impunité soit brisé. La corruption qui continue aujourd’hui est tout aussi injustifiable que celle d’hier. On espère qu’il y aura des éléments, des preuves, notamment sur le dossier des « 100 jours ». On a vu que la justice était « imparfaite » sur cette affaire. Le temps est notre meilleur allié, et le temps va devenir le cauchemar de tous les corrompus de la République.

    Afrikarabia : Au vu de l’étendue des révélations de « Congo Hold-up », la justice peut-elle reculer ?

    Jean-Claude Mputu : Non, mais il faut faire attention avec la justice congolaise si les actes ne suivent pas. Il y a eu l’affaire des 15 millions, il y a eu le dossier des « 100 jours », il y a eu le dossier Covid. On assiste pour l’instant à une justice qui semble manipulée pour endormir le peuple. On se rappelle que dans l’affaire des 15 millions, un activiste a été menacé d’arrestation parce qu’il demandait des comptes au procureur pour savoir où en était le dossier ! La justice congolaise ne devrait pas reculer, mais cela fait des années qu’on demande qu’elle se comporte normalement… sans résultats. »

    Ref RDC : il faut maintenant récupérer l’argent détourné et les biens mal acquis

  • Du péché originel

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    De l'abbé Guillaume de Tanoüarn sur MetaBlog :

    Le péché originel

     "Je ne fais pas le bien que j'aime et je fais le mal que je déteste" disait saint Paul aux Romains (7), pointant par là comme un déséquilibre fondamental dans la nature humaine. 

    "Le bien est ce que toutes choses désirent" disait de son côté, comme en contre-pied, Aristote : quel optimisme. 

    Mais il se trouve, pour donner raison à saint Paul, que le mal, c'est de suivre sa pente. Simplement. Et que cette facilité du mal, cette puissance du mal sur nos destinées, on aurait eu du... mal à dire que c'était couru d'avance. Comment un Dieu bon a-t-il pu créer un univers si fragile, si accessible au mal ? 

    En même temps, il y a en chacun d'entre nous un désir du bien, "la loi écrite sur les tablettes de notre coeur" disait aussi saint Paul (Rom. 2, 15). On ne comprend rien à l'homme si l'on écarte cet attrait gratuit pour le bien, qui est aussi en lui.

    En substance, le dilemme apparent entre intention de bien et réalisation du mal n'en est pas un : les deux branches du dilemme sont vrais dans l'homme : il est capable de choisir le bien en allant contre ses propres intérêts, parce que c'est profondément son désir. Il est capable par exemple de souffrir pour celle qu'il a décidé d'aimer. Et en même temps, il peut se rendre coupable, envers elle, de tous les laisser aller, des infidélités les plus crasses : le mal est tellement facile pour lui. 

    C'est dans ces termes que se pose la question du péché originel, c'est cette contradiction au sein de la nature que ce concept entend décrire. Pascal a très bien dit que c'était la question la plus difficile du monde et en même temps la plus essentielle d'une certaine façon, celle qui porte  sur la réalité de notre condition.  Voici, sur ce sujet, un fragment célèbre des Pensées : "Le péché originel est folie devant les hommes, mais on le donne pour tel. Vous ne me devez donc pas reprocher le défaut de raison en cette doctrine, puisque je la donne pour être sans raison ; Mais cette folie est plus sage que toute la sagesse des hommes. Car sans cela que dira-t-on qu'est l'homme ? Tout son état dépend de ce point imperceptible. Et comment s'en fut-il aperçu par sa raison puisque c'est une chose contre sa raison, et que la raison, bien loin de l'inventer par ses voies, s'en détourne quand on la lui présente ?"

    Point imperceptible ? dit Pascal, et il me semble en un double sens : le péché originel ne correspond à aucun savoir inné mais à une révélation divine. C'est dans les premiers chapitres de la Genèse (le troisième en particulier) que cette doctrine se découvre, et elle se découvre sous une forme symbolique. Il est clair qu'aucun témoin n'a assisté à cette scène qui est une recomposition imagée de ce que l'on pourrait appeler la scène primitive de l'humanité, celle que nous cache depuis toujours ce que les philosophes nomment le voile d'ignorance. La discussion entre Eve et le serpent est toute symbolique ; comme disait Cajétan au XVIème siècle dans son Commentaire de la Genèse : On n'a jamais vu un serpent parler. Attention : ce n'est pas parce que c'est symbolique que c'est enfantin. Il s'agit de rien moins que de l'origine du mal.

    Aussi ce "point imperceptible" dans l'histoire que constitue le péché originel, "tout l'état de l'homme en dépend". Il est facile à chacun d'identifier la difficulté de sa condition, facile de saisir que des contradictions le traversent. La doctrine du péché originelle est l'unique explication que l'on puisse donner à cette contradiction, sans la supprimer, sans rationaliser la contradiction, sans se saisir d'une partie de la vérité parce que l'on a voulu oublier l'autre. Cet oubli volontaire de la contradiction où s'établit la nature humaine peut nous mener loin, jusque dans l'horreur...

    On peut admettre par exemple que la nature est bonne et prendre totalement au sérieux la formule de Montaigne : "Nature est pour moi doux guide". A force de suivre ses impulsions, on en augmente la force. Ses désirs ne viennent-ils pas de la nature ? Alors tout est bon. C'est le marquis de Sade qui a poussé le plus loin le mépris pour la petite voix de sa conscience, en adoptant l'attitude perverse d'un désir en liberté comme "venant de la nature" et donc bon par hypothèse. Il est devenu ce grand seigneur méchant homme qui fait penser parfois à un Gilles de Rais (même si l'élite germanopratine trouve toujours très excitantes ses imaginations - voir l'exposition il y a quelques années au Musée d'Orsay).

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  • Le père Jean Pierre, homme de paix et prophète de l'avenir

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    De Mgr Giovanni D'Ercole* sur le site de la Nuova Bussola Quotidiana :

    Le père Jean Pierre, homme de paix et prophète de l'avenir

    29-11-2021

    La mort et les funérailles au Maroc du moine trappiste de 97 ans qui avait échappé au massacre de Tibhirine (Algérie) en 1996 ont montré comment l'amitié entre chrétiens et musulmans peut naître lorsque la foi est vécue dans la fidélité quotidienne à l'Évangile, sans compromis, même au prix de sa vie. L'étreinte des chrétiens et des musulmans autour de sa tombe était le miracle d'une amitié possible lorsque la recherche sincère de Dieu habite le cœur humain. 

    Padre jean Pierre

    Le père Jean Pierre Schumacheur repose, enterré à même la terre comme le veut la tradition des trappistes, dans le cimetière du monastère de Notre Dame de l'Atlas à Midelt, au Maroc, aux côtés de six sœurs franciscaines missionnaires de Marie qui ont consacré toute leur vie aux peuples du Maghreb. Jean Pierre est le premier trappiste à reposer dans ce cimetière. Il a lui-même souhaité reposer dans ce cimetière parce qu'il se trouve à quelques mètres seulement du cimetière de ses frères musulmans, avec lesquels il a toujours recherché une entente non pas fondée sur un dialogue théologique mais sur une amitié humaine capable de dépasser les barrières et les préjugés. Et d'assister à son enterrement, immédiatement après la célébration eucharistique présidée par l'archevêque de Rabat Card. Cristobal Lopez, en fin de matinée du 23 novembre, ce sont eux, ses amis musulmans, qui le traitaient comme un père et le vénéraient déjà comme un saint.

    Pourquoi ? Qu'a fait cet humble trappiste qui a échappé au massacre de 1996 à Tibhirine, en Algérie, où sept moines, déclarés bienheureux en 2008, ont été martyrisés ? Les nombreux messages qui continuent d'arriver de toutes les parties du monde montrent que la vie de ce prêtre de 97 ans, devenu trappiste après plusieurs années d'appartenance à la congrégation des Pères Maristes, a été un témoignage de paix et une "prophétie de l'avenir". C'est ainsi que je définirais sa mort et ses rites funéraires.

    Un "homme de paix", c'est ce qu'écrivent et disent de lui tous ceux qui, dans toutes les parties du monde, commentent sa mort au monastère de Notre Dame d'Atlas, lieu solitaire de présence chrétienne au milieu d'un territoire habité par des Berbères, islamisé par l'occupation des Arabes.

    Jean Pierre Flachaire, qui est en France pour un traitement médical, et cela m'a donné l'occasion de respirer l'atmosphère de soins que les cinq moines, plus un ermite, ont entretenu pour leur frère âgé, dont la santé était de plus en plus fragile mais dont le tempérament était celui d'un chef sur le champ de bataille jusqu'à la fin.
    Son apostolat était un dialogue par correspondance : il recevait et répondait toujours personnellement aux milliers de lettres d'amis et de connaissances avec lesquels il maintenait un contact spirituel constant. Il m'a dit un jour, en me montrant un paquet de lettres : "Je suis en correspondance régulière avec ces personnes depuis 17 ans, même si je ne les connais pas et ne les ai jamais vues. Ma mission est d'écouter, de prier et de consoler. Mais maintenant, je ne peux plus le faire.  

    C'est vrai, malgré lui, il a dû finir par s'y résoudre, car il ne pouvait même plus écrire, et son seul engagement était la prière. Il était à mes côtés dans le chœur et je l'ai souvent surpris dans l'obscurité de la chapelle en pleine contemplation silencieuse. Il était de plus en plus faible, on sentait la fatigue et la faiblesse de l'âge, mais de son visage transparaissait la paix intérieure qui l'habitait et qu'il était capable de communiquer à tous. Oui, c'était son charisme : vivre dans la paix et la transmettre à tous ceux qu'il rencontrait.

    Le mardi 16 novembre, je me suis absenté pour participer à une session de formation pour le clergé du diocèse de Rabat, et je suis rentré tard dans la soirée du samedi 20 novembre. "Les frères ont été très gentils avec moi", c'est ce qu'il m'a dit quand je suis allé dans ma cellule pour lui dire au revoir, et ce sont ses derniers mots car pendant la nuit il a accéléré son voyage vers la rencontre avec Dieu. Il semblait qu'il nous attendait car il a immédiatement commencé à partir sans gémir ni haleter, sans les halètements de l'agonie. Il lui restait un léger sourire sur le visage, qui devenait progressivement de plus en plus absent, semblant déjà plongé dans un autre monde illuminé par le mystère de la Vie. Il est décédé alors que le moine infirmier récitait le chapelet, une dévotion mariale qui lui était très chère.

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  • Pourquoi il est urgent de reprendre le Catéchisme et de l'enseigner à nouveau

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    Du Cardinal Sarah* sur le site de la Nuova Bussola Quotidiana :

    Le catéchisme nous prépare à la rencontre avec Jésus

    28-11-2021

    Il est urgent de reprendre le Catéchisme et de l'enseigner à nouveau, car trop souvent aujourd'hui, la foi est réduite à un sentiment personnel. Dire "je crois" signifie s'ouvrir, sous l'influence de la grâce, au contenu objectif que Dieu révèle et auquel nous donnons notre assentiment. Aujourd'hui, l'enseignement est considéré comme le contraire de l'expérience, mais il est impossible de faire l'expérience de Dieu autrement que par l'enseignement.

    Dans nombre de mes contributions, et dans mes livres, je n'ai cessé de dire que la crise actuelle qui affecte l'Eglise et le monde est radicalement une crise spirituelle, c'est-à-dire une crise de la foi. Le monde moderne a renié le Christ. Nous vivons le mystère de la trahison, le mystère de Judas. Par-dessus tout, nous, les catholiques, avons retiré Dieu de notre vie. Nous avons abandonné la prière, la doctrine catholique est remise en question. Le relativisme qui règne dans le monde est entré en force dans l'Église.

    La célébration du dimanche, jour de l'Eucharistie du Seigneur, précepte moral qui nous oblige à rendre à Dieu un culte extérieur, visible, public et régulier en souvenir de sa bienveillance universelle envers les hommes (CC 2176-2177) est très négligée ou célébrée de manière théâtrale et superficielle.

    La réponse à cette situation ne consiste pas à prendre les choses en main ou à essayer de purifier l'Église par nos propres forces. Nous réformons l'Église quand nous commençons par nous changer nous-mêmes. Jésus a soif d'unité. Et l'unité de l'Église a sa source dans le cœur de Jésus-Christ. Nous devons rester proches de lui, en lui.   

    Comme je l'ai déjà écrit dans Le jour est maintenant passé, l'unité de l'Église repose sur quatre colonnes : La prière, la doctrine catholique, l'amour de Pierre et la charité mutuelle. Sans la prière, sans l'union avec Dieu, toute tentative de renforcer l'Église et la foi sera vaine. Mais, alors que la Nuova Bussola Quotidiana introduit cette nouvelle initiative de leçons de catéchisme, je voudrais m'arrêter sur le sens de la doctrine catholique.

    La source de notre unité nous précède et nous est offerte : c'est la Révélation que nous avons reçue et qui se lit comme suit : "Les frères étaient assidus à l'écoute de l'enseignement des Apôtres et à l'union fraternelle, à la fraction du pain et aux prières" ( Att. 2,42). Nous devons y être fidèles et le peuple chrétien a droit à un enseignement clair, ferme et sûr. L'unité de la foi présuppose l'unité du Magistère dans le temps et dans l'espace. Quand un nouvel enseignement nous est donné, il doit toujours être interprété en cohérence avec l'enseignement antérieur.

    La foi est à la fois un acte intime, personnel, intérieur et une adhésion à un contenu objectif que nous n'avons pas choisi. Par la foi, nous posons personnellement un acte par lequel nous décidons de nous en remettre totalement à Dieu en toute liberté. Je crois : par cet acte, le cœur, sanctuaire authentique de la personne, s'ouvre sous l'influence de la grâce au contenu objectif que Dieu révèle, auquel nous donnons notre assentiment. La foi s'épanouit dans le témoignage public, car notre croyance ne peut jamais rester purement privée. La foi ne peut être professée que dans l'Église, avec l'Église, qui nous transmet la connaissance intégrale du mystère, des contenus qu'il faut connaître et croire.

    Malheureusement, le relativisme qui domine le monde est entré profondément dans l'Église. Mais faire de la foi un sentiment purement personnel la rend incommunicable, la coupe de l'Église et, surtout, la vide de tout contenu. Il est donc urgent d'insister sur l'enseignement du catéchisme tant aux adultes qu'aux enfants. L'enseignement du catéchisme est plus qu'une connaissance intellectuelle de son contenu. Il favorise une véritable rencontre avec Jésus, qui nous a révélé ces vérités. Tant que nous n'avons pas rencontré Jésus physiquement, nous ne sommes pas vraiment chrétiens. 

    Aujourd'hui, certains opposent enseignement et expérience. Mais l'expérience de Dieu ne peut se faire que par l'enseignement : "Comment croire en lui... sans prédicateur ?", demande saint Paul (Rm 10,14-15). Cet échec du catéchisme conduit un grand nombre de chrétiens à soutenir une sorte de flou concernant la foi. Certains choisissent de croire un article du Credo et d'en rejeter un autre. Certains vont jusqu'à faire des sondages sur l'adhésion des catholiques à la foi chrétienne. La foi n'est pas l'étal d'un marchand où nous allons choisir les fruits et légumes qui nous plaisent. En la recevant, nous recevons Dieu tout entier et entier, sa Parole, sa Doctrine, son Enseignement. 

    Aimons notre catéchisme. Si nous le recevons non seulement avec nos lèvres mais avec notre cœur, alors, à travers les formules de la foi, nous entrerons vraiment en communion avec Dieu. Il est temps d'arracher les chrétiens au relativisme ambiant qui anesthésie les cœurs et endort l'amour. Henri de Lubac ajoutait : "Si les hérétiques ne nous font plus horreur aujourd'hui, comme autrefois nos ancêtres, est-il certain que c'est parce qu'il y a plus de charité dans nos cœurs ? Ou bien ne serait-ce pas trop souvent, sans que nous osions le dire, parce que la pomme de discorde, c'est-à-dire la substance même de notre foi, ne nous intéresse plus ? Par conséquent, l'hérésie ne nous choque plus ; du moins, elle ne nous convulse plus comme quelque chose qui cherche à nous arracher l'âme de nos âmes... Ce n'est pas toujours la charité, hélas, qui a grandi, ou qui s'est éclairée ; c'est souvent la foi, le goût des choses de l'éternité, qui a diminué".

    Il est temps que la foi devienne pour les chrétiens leur trésor le plus intime, le plus précieux. Pensez à tous les martyrs qui sont morts pour la pureté de leur foi au moment de la crise arienne : parce qu'ils ont professé que le Fils n'est pas seulement semblable au Père mais qu'il est d'une seule substance avec lui, combien d'évêques, de prêtres, de moines, de simples croyants ont souffert la torture et la mort ! Ce qui est en jeu, c'est notre relation avec Dieu, et pas seulement quelques querelles théologiques. On peut mesurer à notre apathie face aux déviations doctrinales la tiédeur qui s'est installée parmi nous.

    Nous devons brûler d'amour pour notre foi. Nous ne devons pas la ternir ou la diluer dans des compromis mondains. Nous ne devons pas la falsifier ou la corrompre. Il s'agit du salut des âmes : les nôtres et celles de nos frères.

    * Cardinal, Préfet émérite de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements

  • Liturgie : l’Avent, un temps de pénitence

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    ExtraConverti 33.pngits de l’homélie de Dom Jean Pateau, Père abbé de l’abbaye de Fontgombault (photo) pour l’ouverture du temps de l’Avent (archive 1er décembre 2013) :

    L'heure est venue de nous réveiller, notre salut est proche (cf. Rm 13, 11). Mettons-nous dès maintenant en chemin vers la crèche, ne différons pas. Le temps de l'Avent est un temps de préparation. Il s'achèvera quand au soir de Noël nous pousserons avec les bergers la porte de l'étable de Bethléem.6a00d83451619c69e20168ebeb95e0970c-320wi.jpg

    Deux éléments remarquables de la Messe de ce jour peuvent nous aider à discerner les dispositions que nous devons acquérir afin d'entrer dans la sainte étable : les ornements violets, signes d'un temps de pénitence, et le rite de bénédiction de l'eau et d'aspersion des lieux.

    L'Église use des ornements violets principalement durant les temps de pénitence que sont l'Avent et le Carême. Mais pourquoi faut-il faire pénitence sur le chemin de la crèche ? L'homme n'aurait-il pas le droit d'entrer triomphant dans l'étable et de s'unir tout simplement aux chœurs angéliques pour chanter l'Enfant-Dieu ? Quelques raisons lui refuseraient-elles de franchir le seuil du petit paradis où Marie et Joseph veillent l'Enfant Jésus ? (…)

    En entrouvrant la porte, l'homme ne peut qu'être inquiet. La crèche est un lieu d'intimité avec le Dieu qui se fait l'un des nôtres, Emmanuel, ''Dieu avec nous''. Ce désir de rencontrer Dieu, l'homme depuis toujours le possède en son cœur. Saint Augustin en résume la raison en quelques mots : « Vous nous avez faits pour vous, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il se repose en vous. » (Confessions, I, 1)

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