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« C’est le grand rendez-vous d’Amour qui m’attend » : le testament spirituel du Père François Potez
Dans un texte dense et profondément marquant, le Père François Potez, décédé le 20 mai et dont les obsèques ont été célébrées le 26 mai à Saint-Sulpice, livre son testament spirituel. Il y évoque son chemin intérieur, ses combats, sa confiance en la miséricorde divine et son amour de l’Église, tout en adressant un ultime message d’espérance et d’exigence aux fidèles. Texte intégral.
Le Père François Potez, curé de Notre-Dame du Travail à Paris, est décédé le 20 mai 2026. Ses obsèques ont été célébrées le 26 mai en l'église Saint-Sulpice par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris.
Chers amis, Mes chers enfants,
Combien de fois ai-je raconté, à la fin d’une soirée dansante à Briançon, au dernier soir d’un camp ou au retour d’un pèlerinage puissant, le bonheur du retour au port après une période d’exercice éprouvante. Manque de sommeil, intensité de l’action et, comme c’est souvent le cas dans les hivers bretons, tempête et mouvements incessants du bateau : les organismes sont usés et l’âme fatiguée.
Je garde encore ce souvenir brûlant de la longue houle qui nous pousse enfin dans le Goulet puis à travers la rade de Brest, jusqu’à cet ordre libérateur tellement espéré : « Terminé, barre et machine ; les permissionnaires à l’appel ! ».
Pendant des années, j’aurai enseigné aux Jeunes de L’Eau Vive, comme à tant d’autres aussi, et bien au-delà, ces fondements de la vie : « Il y a un temps pour tout », dirait Qohèleth (Qo 3,1-8). « Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir. »
L’heure vient maintenant pour moi de rejoindre définitivement, non plus le port de Brest ou de Toulon, mais, cette fois, le Port de mon désir. C’est la Vierge Marie, mon unique voile, qui m’y conduira au moment qu’Elle voudra.
La carcasse roule et tangue encore, elle est usée, elle craque ici et là. Mais le calme s’établit peu à peu. On approche du but ! Cette fois, c’est le grand rendez-vous d’Amour qui m’attend, et je m’y prépare autant que je le puis, dans la joie, la paix et l’action de grâce. Oui, toujours et plus que jamais, c’est cette « grave allégresse » qui m’habite !
Mais je devrais dire plutôt que c’est la Vierge Marie qui m’y prépare, avec douceur et infinie tendresse.
J’ai vécu plusieurs conversions, mais j’ose dire un mot des deux dernières.
Perfectionniste comme je suis, j’aurais voulu que toutes mes affaires soient bien rangées, bien classées et bien ordonnées avant de partir. J’ai encore des centaines de fichiers, de dossiers, d’enregistrements, de photos et de vidéos que j’aurais aimé trier et classer. Cela m’a beaucoup retardé et je pensais ne pouvoir m’occuper vraiment des affaires du Seigneur que quand les miennes seraient bien en ordre.
Et puis j’ai compris que seul le Seigneur peut achever son œuvre. Car c’est la sienne ! Moi, il me prend au passage, comme les apôtres qu'il a appelés alors qu’ils étaient en train de laver leurs filets. Ils l’ont suivi « aussitôt ». Alors tant pis, mon atelier restera en plan, et Il trouvera mon établi avec son foutoir. Certains projets seront repris et poursuivis. D’autres seront tout simplement abandonnés : rien ne m’appartient !
La deuxième conversion est une vraie grâce.
J’ai été terrifié par mon péché et par mes fautes. Surtout mon orgueil. J’aurais tellement aimé être humble… En réalité, j’ai découvert que c’est terriblement humiliant d’être orgueilleux ! Peut-être que l’on pourra m’admirer pour certaines choses, mais on ne pourra en tout cas pas admirer mon humilité. Je me suis jugé très sévèrement moi-même.
Et puis peu à peu, s’est imposé à moi le visage du Père miséricordieux. Je me suis laissé retourner par l’immense émotion du Père qui serre son fils prodigue contre son cœur, sans lui laisser le temps de s’expliquer. Et je suis bouleversé par la joie de Jésus crucifié qui ouvre les portes du paradis à son compagnon d’infortune qui a accepté de lui ouvrir son cœur.
Serai-je assez ingrat pour refuser de me laisser embrasser par le Père ? Vais-je refuser le paradis sous prétexte que je n’en suis pas digne ? Non. Je me rappelle cette phrase qui m’a guidé depuis bien longtemps : « La joie du Seigneur est votre rempart » (Ne 8,10). Sa joie, c’est de faire miséricorde.
J’ai répété cette scène des dizaines de fois avec des personnes que j’accompagnais au seuil de la vie.
(Source) Augustin était prieur du monastère de Saint-André du Mont Coelius, l'une des sept collines de Rome quand le pape saint Grégoire le Grand vint le soustraire à la paix du cloître. Le pape se souciait fort du salut des Anglo-Saxons, ces barbares païens qui avaient envahi le brumeux pays des Bretons et que ces Bretons refusaient d'évangéliser. Pour eux, ils étaient leurs occupants envahisseurs. Avec quarante compagnons, moines comme lui, saint Augustin est envoyé par le pape en Angleterre, avec une escale à Lérins, une à Paris et d'autres encore, car la route est longue de Rome à Cantorbery.
La mission romaine reçoit l'appui d'Ethelbert, roi du Kent dont la femme est chrétienne. Il les installe à Cantorbery. La ferveur et l'éloquence des moines romains impressionnent le roi qui demande, à son tour, le baptême. Saint Augustin échoua par contre auprès des Celtes chrétiens du pays de Galles par manque de tact selon saint Bède le Vénérable. Lorsqu'il convoqua leurs évêques pour les amener à le reconnaître comme primat nommé par le pape et à adopter la liturgie romaine, il crut bon de rester sur son siège au lieu d'aller à leur rencontre. Les clercs bretons, irrités par l'ingérence de ces moines romains dans leur pays, repartirent sans rien céder. Saint Augustin continua d'opérer de nombreuses conversions chez les Anglais et fonda le siège de Cantorbery dont il devient l'évêque. Il se dépense alors pour asseoir la jeune Église d'Angleterre et multiplie les tentatives pour réconcilier les chrétiens bretons et anglais. Il y faudra cent ans.
Je sais que le Dieu tout puissant, à cause de ton amour pour ce peuple qu’il a voulu choisir, a montré de grands miracles. Il est donc nécessaire que ce don céleste te donne de la joie en même temps que de la crainte, de la crainte en même temps que de la joie… Nous devons nous rappeler la réponse du Divin Maître à ses disciples qui revenaient tout joyeux de leur prédication : « Ne vous réjouissez pas de cela, mais de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel. »
Mémoire de saint Augustin, évêque de Cantorbéry en Angleterre. Envoyé avec d’autres moines romains par le pape saint Grégoire le Grand pour annoncer l’Évangile au peuple des Angles, il fut accueilli avec bienveillance par le roi du Kent, Éthelbert, et imitant la vie apostolique de l’Église primitive, il convertit à la foi chrétienne le roi lui-même et beaucoup de son peuple, et établit plusieurs sièges épiscopaux sur cette terre. Il mourut le 26 mai, vers 604. Martyrologe romain
Les citations de Magnifica Humanitas : à qui Léon XIV se réfère-t-il dans sa première encyclique ?
26 mai 2026
L’une des manières les plus révélatrices d’aborder un document magistériel est d’examiner son appareil critique. Les notes de bas de page d’une encyclique ne sont pas de simples ornements savants : elles indiquent la tradition à laquelle appartient le Pape, les auteurs qu’il reconnaît comme autorités, l’enseignement antérieur qu’il reprend à son compte et les références culturelles qu’il juge dignes d’être incluses dans un texte destiné à établir la doctrine. Nous avons analysé les 224 notes de bas de page de Magnifica Humanitas afin de proposer au lecteur une liste organisée des auteurs cités, du plus au moins fréquemment cité.
Le résultat nous permet de tirer quelques conclusions sur le profil intellectuel de la première encyclique de Léon XIV : une continuité claire avec le magistère de François, une présence moindre que prévu de son prédécesseur homonyme Léon XIII — dont le 135e anniversaire de Rerum novarum sert de cadre au document —, et un appareil de références culturelles non ecclésiastiques qui comprend des noms aussi divers que Hannah Arendt, J.R.R. Tolkien ou Platon.
Magistère pontifical
Francis — environ 35 citations. Il est de loin le plus cité. Evangelii GaudiumLaudato si', Fratelli tutti, Dilexit nos, Laudate Deum, et de nombreux discours et messages apparaissent.
Jean-Paul II — environ 25 citations. Centesimus annus, Sollicitudo rei socialis, Laborem exercens, Veritatis splendor, Redemptor hominis, Evangelium vitae, discours à l'ONU, entre autres.
Benoît XVI — environ 12 citations. Surtout Caritas in veritate, mais aussi Deus caritas est, Sacramentum caritatis et la catéchèse.
Paul VI — environ 10 citations. Populorum progressio, Octogesima adveniens, discours à l'ONU et à la FAO.
Léon XIII — 3 citations. Rerum novarum et In plurimis .
Pie XII — 3 citations. Menti Nostrae et messages radio de Noël.
Pie XI — 2 citations. Quadragesimo anno.
Jean XXIII — 2 citations. Mater et magistra et Pacem in terris .
Léon XIV lui-même — plusieurs autocitations tirées de ses discours de 2025.
Pères, médecins et théologiens
Saint Augustin — 5 citations. Confessions , La Cité de Dieu , Commentaires sur les Psaumes , Sermons .
Saint Thomas d'Aquin - 3 citations. Summa Theologiae et Super Boetium De Trinitate .
Pierre de Bérulle — 1 citation. Discours sur Jésus.
auteurs non ecclésiastiques
Hannah Arendt — 1 citation. Les origines du totalitarisme .
Viktor Frankl — 1 citation. La quête de sens chez l'homme .
Le déclin de l'ère moderne .
J.R.R. Tolkien — 1 citation. Le Seigneur des Anneaux .
Platon — 1 citation. Lettre VII .
Giorgio La Pira — 1 citation. Discours de 1962.
Documents judiciaires récents
Dicastère pour la Doctrine de la Foi / Dicastère pour la Culture et l'Éducation — plusieurs citations d' Antiqua et Nova (2025, sur IA) et de Dignitas infinita (2024).
Commission théologique internationale — Quo vadis, humanitas ? (2026) et Mémoire et réconciliation .
Quelques observations
François domine largement : il est plus cité que Jean-Paul II et Benoît XVI réunis. Magnifica Humanitas , en ce sens, se présente comme une continuation explicite des enseignements de son prédécesseur immédiat, notamment en matière de doctrine sociale, d’écologie intégrale et de critique du paradigme technocratique.
Il est frappant de constater que Léon XIII, bien qu'ayant inspiré l'anniversaire qui encadre l'encyclique, n'est cité que trois fois. La présence du fondateur de la doctrine sociale moderne de l'Église est donc plus symbolique qu'efficace dans l'analyse critique.
L'élément le plus original de ce document est la présence d'auteurs non ecclésiastiques. Tolkien, Arendt, Frankl, Guardini et Platon côtoient les grands Pères et Docteurs de l'Église dans leurs notes de bas de page. Cette vaste référence culturelle inscrit le texte dans un dialogue avec un large éventail de traditions intellectuelles.
Enfin, l'absence quasi totale de théologiens du XXe siècle est frappante. Hormis Romano Guardini, ni Joseph Ratzinger le théologien – seul Ratzinger le pape, Benoît XVI – ni Hans Urs von Balthasar, Henri de Lubac, Yves Congar, ni Karl Rahner ne figurent dans l'appareil critique. L'encyclique préfère fonder son cadre doctrinal sur l'enseignement pontifical récent et les grands classiques – Augustin, Thomas d'Aquin – sans faire appel à la grande théologie du XXe siècle qui a précédé ou prolongé le Concile.
Magnifica Humanitas brise le silence sur la doctrine sociale
Seule la grâce élève l'homme au-delà de l'humain : telle est la réponse du pape au transhumanisme inhérent à la révolution de l'intelligence artificielle. Un défi si vaste qu'il requiert toute la sagesse de la doctrine sociale de l'Église, que Léon XIV remet en lumière après la pause imposée par son prédécesseur. Et c'est déjà une excellente nouvelle.
26/05/2026
Magnifica Humanitas, la nouvelle encyclique du pape Léon XIV, présentée hier, 25 mai, au Vatican et signée le 15 du même mois (date de signature de Rerum Novarum ), est clairement une encyclique « sociale ». Il convient de le souligner car, après la pause imposée à la doctrine sociale de l'Église, telle qu'elle était formellement comprise, durant le pontificat de François, un nouveau départ s'ouvre. Et c'est déjà une excellente nouvelle.
Cette nouvelle encyclique sociale mérite une grande attention car elle remplit deux objectifs étroitement liés. Le premier est de présenter un nouveau cadre pour la doctrine sociale de l'Église : sa nature, ses fondements et ses principes. Deux chapitres, soit une part importante du texte, y sont consacrés. Objectivement, cela était nécessaire. De plus, le lien avec Léon XIII, établi par le pape actuel jusque dans son appellation, rendait la reprise de la tradition de l'enseignement social de Pierre le Grand à la fois nécessaire et prévisible. Il sera temps d'examiner sereinement la continuité de la nouvelle présentation de la Doctrine sociale avec celle de Léon, mais cette continuité organique doit assurément être accueillie avec enthousiasme.
La seconde étape consiste à aborder la question de l'intelligence artificielle (IA) non comme un sujet thématique limité, une sphère particulière de la vie sociale contemporaine, mais comme l'expression d'une tendance qui prétend « recréer » l'humanité, un projet de palingénèse. Le mot « gnose » n'apparaît pas dans l'encyclique, mais cette appréciation globale et la volonté déclarée de créer un monde nouveau l'évoquent. L'encyclique illustre cette dimension, notamment dans les paragraphes consacrés au transhumanisme et au posthumanisme de l'humanité « désincarnée » (n° 115-117), mais aussi ailleurs. Elle indique clairement que l'IA ne doit pas être perçue comme une réforme, mais comme une révolution qui vise à remplacer définitivement Dieu par l'humanité. Qu'elle implique une refonte de l'humanité ressort clairement de l'analyse, dans l'encyclique, de toutes ses conséquences dans les différents domaines de la vie, sans exception. Aucun aspect ne sera épargné. C’est pourquoi, selon le pape Léon XIV, il faut l’aborder avec une sagesse capable d’éclairer les choses sous tous leurs angles, et non pas seulement par des prescriptions pratiques ou même éthiques.
C’est ici que convergent les deux approches de l’encyclique. La nouvelle sagesse supposée de l’IA, qui, à l’instar d’une religion gnostique, tend à se développer de manière excessive et sans aboutir à rien, est mesurée à l’aune de « l’héritage de sagesse » de la doctrine sociale de l’Église, lequel « naît de la foi et de sa compréhension du réel » (deux belles expressions tirées de l’encyclique). Le nouveau défi, semble dire Léon XIV, est si radical et si global, si alternatif au dessein de Dieu, qu’il exige un saut qualitatif de l’humanité, non seulement sur le plan éthique, mais aussi spirituel.
Cette dimension du problème. Ce que nous appelons spirituel et religieux au sens chrétien est abondamment présent dans l'encyclique, notamment dans l'introduction et la conclusion. Dans l'introduction, la tour de Babel et la construction des murailles de Jérusalem, telles que relatées dans le livre de Néhémie, symbolisent le défi lancé par l'homme à Dieu et l'édification de l'humanité selon Dieu. Dans la conclusion, l'incarnation de Dieu rend l'humanité « magnifique », comme un mystère de miséricorde. Dans l'encyclique, la centralité du Dieu de Jésus-Christ est d'une clarté limpide : « La vérité que nous ne devons pas perdre est la vérité sur Dieu et sur l'être humain, telle que le Christ nous l'a révélée » (n° 237). Face aux désirs idolâtres d'autonomisation de l'homme, l'encyclique affirme que seule la grâce rend l'homme « plus qu'humain » (n° 127).
Ailleurs, l'encyclique fait quelques concessions à une vision existentielle de la doctrine sociale. Aux numéros 25, 26 et 27, la doctrine sociale est expliquée comme un discernement communautaire. Voir le passage suivant : « Comprendre la vérité comme un don à partager et non comme une possession à revendiquer libère l’Église de la tentation de rechercher des formes de présence fondées sur le pouvoir. » Léon XIII aurait sans doute des objections à formuler, ou du moins des éclaircissements à demander. Ici, plus que Léon XIII ou Léon XIV, c’est le pape François qui semble s’exprimer, et Magnifica Humanitas s’efforce de l’inscrire dans la continuité de l’histoire de la doctrine sociale de l’Église.
Un certain langage, dicté par la synodalité moderne, s’est également immiscé dans ce passage : « La doctrine sociale de l’Église apparaît sous sa forme la plus authentique non comme un manuel de principes et de normes à appliquer, mais comme un chemin de discernement communautaire » (n° 27). Cela ne signifie toutefois pas qu’elle n’exprime pas de vérités intimes et spécifiques qui ne surgissent pas « des questions » de l’histoire, même si elle doit entrer en relation avec ces questions pour évangéliser. La définition de la doctrine sociale de l’Église comme « théologie de la communion dans l’histoire » nous semble, à notre avis, manquer de clarté.
L’application des principes de la doctrine sociale à la vie de l’Église et à la question de l’intelligence artificielle (résumée au n° 109) est particulièrement précieuse, de même que la redécouverte de la théologie de la création, notamment à travers les paragraphes consacrés à l’acceptation des limites humaines (n° 118 et suivants), dont l’abandon avait été dénoncé par Benoît XVI. Il est toutefois regrettable que l’encyclique n’aborde pas explicitement le droit naturel et la loi naturelle (concepts sous-jacents à celui de la création), même parmi les fondements de la doctrine sociale (n° 48-50).
Les chapitres quatre et cinq, quant à eux, traitent de questions plus profanes.et des suggestions d’approches pratiques : démocratie, écologie, alliance éducative, place centrale de l’école, danger du contrôle social, nouvelles formes d’esclavage, armes et guerre, désordre mondial, dignité du travail face aux fléaux du chômage, autant de thèmes largement repris et développés par Jean-Paul II (n° 151-156). Ce sont là les thèmes sur lesquels la presse insistera le plus, mais ce sont aussi ceux où les tensions doctrinales et religieuses doivent composer avec la contingence des situations et l’immensité du travail à accomplir pour contrer, ou du moins atténuer, les tendances inquiétantes en cours. Ces suggestions ouvrent des perspectives, mais indiquent aussi que nous ne pourrons peut-être pas y parvenir seuls.
Ceci explique l’imbrication, même dans les derniers chapitres, censés être plus pratiques, mais présente tout au long du texte, entre les considérations éthiques et opérationnelles nécessaires pour maîtriser le phénomène après l’avoir cru maîtrisable, et l’idée qu’une force supérieure est à l’œuvre, dont la résolution exige cette fois plus qu’une simple intervention humaine.
Démographie et famille en Europe: Léon XIV appelle à un «nouveau souffle»
Le Pape a reçu ce lundi 25 mai les membres de l’Intergroupe du Parlement européen sur la démographie. Il les a exhortés à affronter sans attendre la crise démographique qui touche le continent. Défendant le rôle central de la famille et la solidarité entre générations, Léon XIV a dénoncé une «stérilité dramatique» de l’Europe contemporaine et plaidé pour des politiques fondées sur la dignité humaine et le bien commun.
Devant les responsables politiques européens, Léon XIV a souligné l’importance d’un engagement politique commun face au déclin démographique qui frappe l’Europe. Il a rappelé que cette question représente «un défi urgent ayant des implications pratiques pour des millions de personnes et leurs familles». Citant son prédécesseur immédiat, il a évoqué «le Vieux Continent, non plus en raison de sa glorieuse histoire, mais de son âge avancé».
Au-delà des chiffres, le Pape a insisté sur la dimension profondément humaine des données démographiques indiquant que les données démographiques «ne sont pas seulement des statistiques, mais elles parlent de paternité, de maternité et d’enfants… les enfants, c’est l’avenir!», a-t-il fait remarquer en mettant en garde contre les conséquences sociales du vieillissement et de la baisse des naissances. Le Saint-Père a également évoqué notamment «la pandémie de la solitude» qui touche de nombreuses sociétés européennes.
La solidarité entre générations au cœur de l’avenir européen
Tout projet d’avenir pour l’Europe, a souligné le Saint-Père, devrait reposer sur une véritable solidarité intergénérationnelle. Or, a-t-il expliqué, évoquant la doctrine sociale de l’Église, «parler d’avenirimplique un développement intégral et durable, qui se heurte à de sérieux obstacles en l’absence de solidarité entre les générations».
Le Pape a en outre déploré le fait que le rejet de l’inspiration chrétienne des pères fondateurs des institutions de l’Union européenne ait conduit à «une période de stérilité dramatique». Cette stérilité, a-t-il précisé, ne concerne pas seulement la natalité, mais aussi «l’échec à transmettre les outils matériels et culturels dont les jeunes ont besoin pour affronter l’avenir».
Le Saint-Père a ainsi dénoncé des contradictions dans certaines politiques contemporaines, évoquant des mesures «prétendument favorables aux familles, qui, dans le même temps, encouragent la discrimination à l’égard de la maternité, exaltent l’avortement comme un droit et sapent les fondements mêmes du désir de fonder une famille».
La famille, «première école de la vie en société»
La famille, a encore expliqué Léon XIV, joue un rôle fondamental dans la construction sociale et politique de l’Europe. Citant saint Jean-Paul II, il a rappelé que la famille est «la première et irremplaçable école de la vie en société». Il a également réaffirmé l’enseignement de l’Église selon lequel la famille est fondée sur «le mariage entre un homme et une femme», une réalité qui unit «la dimension personnelle et la dimension publique». L’évêque de Rome a encouragé les responsables politiques à promouvoir davantage la responsabilité et la participation active des familles dans la vie sociale, culturelle et politique.
Un engagement commun pour le bien commun
Le Pape a enfin insisté sur la nécessité d’une coopération entre institutions politiques, universitaires, sociales et religieuses afin de répondre efficacement à la crise démographique. Il a salué la collaboration entre l’Intergroupe du Parlement européen sur la démographie, la Fédération des associations familiales catholiques en Europe (Fafce) et la Commission des conférences épiscopales de l’Union européenne (Comece), qu’il a présentée comme «un excellent exemple» de coopération au service du bien commun. Les politiques, a-t-il affirmé, doivent prendre en compte la personne humaine dans sa globalité et promouvoir toujours la dignité des êtres humains». «Seul un nouveau souffle printanier pourra transformer la froideur hivernale de nos populations vieillissantes!», a-t-il conclu.
Une importante communauté protestante perd son sanctuaire à la suite d'une opération longuement préparée par les autorités.
La police entre dans Yayáng. Photo fournie par des chrétiens locaux.
Lorsque « Bitter Winter » a rendu compte en décembre dernier de l’opération policière de cinq jours à Wenzhou, il était déjà clair que l’église Yayáng – également connue localement sous le nom d’église Yazhong – était devenue la cible d’une campagne d’une détermination inhabituelle. À cette époque, des dizaines de fidèles avaient été arrêtés lors de raids coordonnés menés à l’aube les 14 et 15 décembre, le bâtiment de l’église avait été saisi et le quartier environnant était soumis à un niveau de surveillance habituellement réservé aux situations d’urgence politique. Des chrétiens locaux ont déclaré à « Bitter Winter » que les policiers avaient occupé les lieux, bloqué les voies d’accès et interdit aux habitants de parler à des personnes extérieures. L’atmosphère était celle d’un siège qui se resserrait progressivement.
Ces événements antérieurs, relatés par « Bitter Winter » et cités par la suite par « Le Monde » dans son article et son reportage vidéo (qui cite notre magazine comme source), semblent désormais avoir été le prélude à l’acte final. Ces derniers jours, des informations provenant de chrétiens locaux confirment la démolition de l’église. Des engins de chantier ont été acheminés après des semaines d’accès restreint à la zone, des points de contrôle et des postes de garde étant apparemment positionnés à près d’un kilomètre du site. Des témoins ont décrit des véhicules de chantier pénétrant par des passages contrôlés et commençant à démanteler la structure à plusieurs niveaux, des étages supérieurs vers le bas. Au matin du 19 mai, il ne restait plus rien du sanctuaire orné, si ce n’est un champ de décombres.
La démolition s'est déroulée dans le même climat d'opacité que les raids de décembre. Les familles des fidèles détenus auraient reçu l'ordre de garder le silence, et ceux qui tentaient de documenter la scène ont été refoulés. Plusieurs autres membres de la congrégation ont été arrêtés pendant la démolition, rejoignant ainsi le groupe déjà détenu depuis l'année précédente. Selon des chrétiens locaux, la croix qui surmontait l'édifice avait été recouverte d'un tissu noir les jours précédant l'arrivée des engins de démolition, un geste que beaucoup ont interprété comme un symbole du sort que les autorités avaient déjà réservé à l'église.
La destruction de l'église Yayáng marque l'aboutissement d'une campagne que les autorités s'étaient engagées à mener à son terme. Ce qui avait commencé par une opération d'arrestations massives et soudaines a abouti à la disparition physique de l'une des communautés protestantes non enregistrées les plus visibles de Wenzhou. Ce scénario est récurrent dans le Zhejiang, où l'hostilité de longue date des autorités envers les activités chrétiennes indépendantes s'est souvent traduite par des actions architecturales. Toutefois, l'ampleur de l'opération, la durée du confinement et la volonté d'isoler le site du regard du public témoignent d'une détermination accrue à empêcher tout examen.
Pour les fidèles de l'église Yayáng, la destruction de leur édifice n'est qu'un aspect d'une épreuve bien plus vaste, marquée par des détentions, des interrogatoires et des pressions constantes sur leurs familles. Pour les observateurs de la politique religieuse en Chine, cette démolition rappelle une fois de plus que les campagnes contre les églises non enregistrées continuent de s'intensifier, même lorsque l'attention internationale se tourne brièvement vers le dialogue.
He Yuyan Utilise un pseudonyme pour des raisons de sécurité.
La sainteté étonnante de Philippe Neri, ce prêtre italien décédé en 1595, lui a valu de la part de Goethe le titre de « Saint humoristique ». Or ce saint de la joie a vécu à une époque des plus sombres de l’Histoire de l’Église. En effet, il a vécu non seulement durant le terrible schisme qui a engendré en peu de temps au XVIe siècle le protestantisme luthérien et toutes sortes d’autres « réformes » qui ont divisé aujourd’hui les chrétiens issus du catholicisme en plus de 30,000 Églises ou sectes différentes. Non seulement cela, mais il a aussi vécu au temps la réforme de l’Église catholique qui impose une stricte discipline en mettant en place le Saint Office et l’Index des livres proscrits, en resserrant de plus la sévérité de l’Inquisition. Or voilà donc que surgit grâce à l’Esprit ce saint de la joie, des excentricités, des tours pendables et surtout de la foi profonde.
Saint Philippe Neri jaillit comme une lumière dans la nuit. Il y a aussi au XVIe siècle beaucoup d’autres saints merveilleux comme Thomas More, autre saint de l’humour, et Ignace de Loyola, Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, François Xavier et François de Borgia et je ne sais trop combien d’autres.
Saint Philippe Neri, lui, est un simple prêtre séculier, originaire de Florence, qui vit durant de longues années presque sans bouger en plein cœur de Rome. Rien de si fantastique si ce n’est qu’il convertit des milliers de gens. Si bien qu’on décerne bientôt à Philippe le titre de « Réformateur de Rome ». L’illustre Henri Bremond en rajoute : « Philippe était l’un des grands créateurs de la Contre-Réforme, peut-être le plus grand de tous, aucun autre n’ayant sans doute travaillé avec autant de succès à modifier le visage de la Ville Éternelle en une époque totalement désespérée ». Cela dérange ses contemporains (les saints dérangent et irritent bien des gens) au point que saint Philippe est jalousé, calomnié et très souvent menacé de diverses condamnations, même par des papes. Mais il ne se décourage jamais tant son amour pour Dieu est immense. Voilà un exemple pour tous ceux que « l'Église fait souffrir » comme on dit souvent. Oui, il arrive trop souvent que ce que l'on appelle « l'Église » nous fasse souffrir. Heureusement les saints persécutés savent demeurer fidèles à l’Église, qui est l’Église des saints comme l’affirmait si bien Georges Bernanos*. C’est vraiment l’Église fondée par Jésus-Christ lui-même comme le découvrent de nos jours de nombreux pasteurs protestants, dans le monde entier, qui écoutent « The Journey Home », ou Le Retour à la Maison », à la télévision ou par l’internet, diffusé par EWTN, fondé par Mother Angelica. Ce sont de magnifiques entrevues menées par un ancien pasteur presbytérien, Marcus Grodi.
"Comme saint Philippe Néri en son temps, nous sommes aujourd'hui confrontés à une crise du christianisme"
27 mai 2022
Le pape François s'engage courageusement "pour la vie, le mariage et la famille, la dignité de l'être humain en tant qu'homme ou femme". Homélie solennelle à Vérone pour le 400e anniversaire de la canonisation de saint Philippe Neri. Par Gerhard Card. Müller
Vérone (kath.net) Personne n'a besoin de faire de la publicité pour saint Philippe Neri (1515-1595). Le petit Florentin a réussi à devenir le "deuxième apôtre de Rome" grâce à sa sérénité rayonnante et à son zèle apostolique. C'est un saint sympathique qui n'éveille même pas l'aversion des ennemis invétérés de l'Eglise.
Pourtant, il n'a pas du tout parlé aux hommes en fonction de leur bouche et flatté leur vanité. Mais il n'a pas non plus heurté les pauvres pécheurs ni offensé les athées imbus d'eux-mêmes. Avec son humour inné, il a su ouvrir les cœurs et faire réfléchir les gens.
Notre foi en Dieu et l'imitation du Christ ne sont pas de lourds poids qui nous rendent encore plus difficiles le fait de porter le poids de la vie et de supporter tant de souffrances, mais plutôt des ailes qui nous élèvent vers notre dignité et nous rapprochent du but glorieux de la vie.
Si saint Philippe Neri s'est gravé dans la mémoire de l'Église comme un saint sympathique qui, par le biais des affects, a ouvert les cœurs des hommes à Dieu, il me vient à l'esprit saint Thomas d'Aquin, que notre "Pippo buono" a tant apprécié.
Dans sa Somme contre les païens, ce maître angélique, Doctor angelicus, évoque les affects et les passions de Dieu et nous éclaire sur les malentendus évidents sur lesquels nous pourrions trébucher.
En effet, nous avons souvent des problèmes lorsque nous lisons dans les Écritures que Dieu s'est "mis en colère" à cause de l'apostasie de son peuple, qu'il s'est "repenti" d'avoir créé les hommes, qu'il s'est "attristé" à cause des pécheurs perdus.
Il est clair pour tout croyant qui réfléchit que ces attributs ne peuvent être que métaphoriques, car Dieu "est esprit et vérité" (Jn 4, 24). Il ne faut pas le confondre avec un homme surdimensionné que notre imagination imagine se trouvant dans le ciel comme dans un espace tridimensionnel.
Au sens propre, métaphysique, il n'y a en Dieu que deux affects qui coïncident avec son essence et qui, dans l'acte de création, débordent directement sur les créatures douées d'esprit et les imprègnent de l'intérieur.
L'un de ces attributs est l'amour (amor, caritas), qui fonde et soutient toute chose. L'autre qualité est la joie (gaudium, delectatio), que Dieu est dans sa vie trinitaire et dont il nous remplit.
Le pape Léon XIV déclare lors d'une conférence de presse au Vatican que l'IA doit être « désarmée » pour le bien de l'humanité.
25 mai 2026
Le pape Léon XIV assiste à la présentation de « Magnifica Humanitas » dans la salle synodale du Vatican le 25 mai 2026. Il s’agit de la première encyclique de son pontificat, consacrée à l’essor de l’intelligence artificielle. (Photo OSV News/Simone Risoluti, Vatican Media)
CITÉ DU VATICAN (OSV News) — Le pape Léon XIV a appelé à la vigilance lors de la conférence de presse du Vatican le 25 mai, à l'occasion de la présentation de sa première encyclique sur l'intelligence artificielle. Il a déclaré que ses conversations avec des dirigeants du secteur — y compris des « voix très inquiétantes » qui ont mis en garde contre les systèmes d'armes autonomes échappant à toute gouvernance humaine efficace — l'avaient amené à la conviction que l'IA « doit être désarmée ».
« “Magnifica Humanitas” est née de l’écoute », a-t-il déclaré dans la salle synodale du Vatican.
Le pape Léon a décrit comment, au cours de l'année écoulée, il avait écouté des dirigeants enthousiastes du secteur technologique, ainsi que « des parents et des enseignants profondément préoccupés par l'avenir des jeunes générations ».
« D’autres voix très inquiétantes me sont également parvenues concernant des systèmes d’armes de plus en plus autonomes, pratiquement hors de portée de tout contrôle humain », a-t-il déclaré.
Le pape a ajouté avoir également entendu des témoignages inquiétants concernant des algorithmes capables de bloquer l'accès aux soins de santé, à l'emploi et à la sécurité sur la base de « données entachées de préjugés et d'injustices ».
« De cette écoute est née une conviction troublante, exprimée dans l’encyclique 'Magnifica Humanitas' : l’intelligence artificielle doit être désarmée », a déclaré le pape Léon XIV.
Il faut « freiner la course aux armements technologiques ».
Le pape a comparé l'intelligence artificielle à l'énergie nucléaire, affirmant que toutes deux devaient servir le bien commun et non devenir des instruments de domination. Il a cité la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens : « Ne dormons pas comme les autres, mais veillons », comme un appel à la vigilance.
Le pape Léon XIV a consacré le dernier chapitre de son encyclique « Magnifica Humanitas » à l’intelligence artificielle dans la guerre et à la nécessité d’imposer les contraintes éthiques les plus rigoureuses et de mener une action proactive pour la consolidation de la paix afin d’endiguer la course aux armements technologiques. Dans ce chapitre, il écrit : « Aujourd’hui plus que jamais, sans préjudice du droit à la légitime défense au sens le plus strict, il est important de réaffirmer que la théorie de la “guerre juste”, trop souvent utilisée pour justifier toute forme de guerre, est désormais dépassée. »
La présence du pape à la conférence de presse du Vatican présentant l'encyclique était une nouveauté, tout comme celle de Christopher Olah , dirigeant d'entreprise spécialisé dans l'intelligence artificielle et cofondateur d' Anthropic , la société de recherche et développement en IA à l'origine de l'assistant Claude AI.
Olah a averti qu’« il existe une réelle possibilité que l’IA remplace le travail humain à très grande échelle ». Il a souligné l’importance que des personnes sans les intérêts financiers des dirigeants du secteur technologique suivent de près le développement de l’IA en tant que « critiques sérieux et réfléchis ».
Le pape a remercié Olah d'avoir accepté l'invitation du Vatican à participer au lancement de l'encyclique.
« Quel formidable signe d’espoir que, malgré nos différences, nous puissions nous écouter les uns les autres », a déclaré le pape Léon XIV, ajoutant qu’un tel échange « témoigne clairement de la gravité du moment ».
Un choix crucial
Le pape Léon XIV a souligné que désarmer l'IA ne suffit pas, mais qu'« il faut construire ». Il a mis en avant la première phrase de son encyclique dans laquelle il écrit que l'humanité est aujourd'hui confrontée à « un choix crucial : soit construire une nouvelle tour de Babel, soit bâtir la cité où Dieu et l'humanité vivent ensemble ».
Lors de la conférence de presse, le pape a évoqué son expérience missionnaire au Pérou, rappelant les inondations de 2017 qui ont dévasté des communautés du nord du pays et le travail de reconstruction laborieux qui a suivi.
Le pape Léon XIV prend la parole lors de la présentation de « Magnifica Humanitas » dans la salle synodale du Vatican le 25 mai 2026. Il s’agit de la première encyclique de son pontificat, consacrée à l’essor de l’intelligence artificielle. (Photo OSV News/Simone Risoluti, Vatican Media)
« Reconstruire ne signifie pas simplement remplacer ce qui a été détruit », a déclaré le pape. « Cela signifie réparer les liens, restaurer la confiance et raviver l’espoir en l’avenir. »
Il a conclu en invitant les catholiques et le grand public à s'engager sérieusement face aux défis posés par l'IA, affirmant que l'Église apporte « une sagesse concernant l'humain dont notre époque a désespérément besoin ».
« Chaque personne est unique et irremplaçable », a-t-il déclaré, « un sujet libre et intelligent doté d’une conscience, capable de chercher Dieu, de se servir les uns les autres, de prendre soin de notre maison commune. »
Entretien avec Monseigneur Rey : « Je suis plein d'espoir pour l'avenir de l'Église en France »
23 mai 2026
L'ancien évêque de Fréjus-Toulon, Dominique Rey, s'exprime sans détour sur la sécularisation en France, la hausse des baptêmes d'adultes, Traditionis Custodes, la FSSPX, l'évangélisation et explique pourquoi il reste optimiste quant à l'avenir de l'Église en France.
Dominique Rey a été évêque du diocèse de Fréjus-Toulon, dans le sud-est de la France, de 2000 à 2025. Nommé par le pape Jean-Paul II, il a servi sous trois pontificats et a supervisé une croissance importante de son diocèse, qu’il a décrit comme « un jardin aux nombreuses fleurs ».
Cette croissance s'est traduite par une augmentation substantielle de la vie religieuse, avec plus de 50 communautés religieuses désormais installées à Fréjus-Toulon, ainsi qu'un séminaire florissant.
Membre de la Communauté Emmanuel, Mgr Rey ne serait pas habituellement associé au courant traditionaliste de l'Église. Pourtant, il a fait preuve d'une bienveillance et d'une hospitalité exceptionnelles envers ceux qui sont attachés aux rites les plus anciens. Son ministère se caractérise par une volonté de cultiver différents charismes qui prennent la foi au sérieux et peuvent enrichir l'Église. Dans cet entretien, il nous éclaire sur les motivations de cette démarche et nous livre une analyse particulièrement pertinente de l'Église en France.
AD : Monseigneur, à une époque où de nombreux médias traditionnels ignorent ou déforment l’enseignement de l’Église, le besoin de médias catholiques indépendants et fidèles, capables d’informer les fidèles sans compromis, se fait de plus en plus sentir. Selon vous, pourquoi la création de nouvelles plateformes médiatiques catholiques est-elle urgente aujourd’hui, et quel rôle jouent-elles dans la défense du dépôt de la foi ?
+DR : Les médias exercent une influence considérable sur la société. Il est important que les institutions catholiques soient présentes et que des prêtres y contribuent. On observe, par exemple en France et en Europe, une nouvelle génération de catholiques qui développent des plateformes et des podcasts. Parfois libres et indépendants, ils restent néanmoins fidèles à l’enseignement de l’Église. Il est essentiel d’encourager ces initiatives.
AD : Monseigneur, compte tenu de la profonde sécularisation en Europe et en France, et du nombre important de personnes qui ont quitté l’Église, quelle est votre évaluation de l’urgence de la nouvelle évangélisation telle que développée par le pape Jean-Paul II, et quels sont les éléments essentiels nécessaires pour qu’elle porte du fruit aujourd’hui ?
+DR : Dans notre contexte européen, marqué par une forte sécularisation et le départ de nombreuses personnes de l’Église, il est essentiel de développer un nouveau sens de l’évangélisation à travers les médias, différentes initiatives et les mouvements charismatiques.
Parallèlement, il est essentiel de se rappeler que l'évangélisation commence par nous. Les plus grands évangélisateurs du monde furent les saints. C'est la personne totalement transformée par la grâce de Notre Seigneur qui est le premier vecteur d'évangélisation. L'évangélisation est indissociable de la sanctification.
Deuxièmement, il est essentiel, dans le processus d'évangélisation, de cultiver un esprit de communion. Mon travail a été guidé par un profond sentiment de communion, une communion fondée sur la doctrine catholique, mais qui s'exprime à travers diverses dimensions, sensibilités et spiritualités.
AD : La Fraternité Saint-Pie-X continue de faire la une des journaux suite à l’annonce de la consécration épiscopale de juillet. Compte tenu des initiatives prises sous les papes Benoît XVI et François, quelle est votre évaluation actuelle de cette annonce et quelles mesures concrètes souhaiteriez-vous voir se concrétiser dans les mois ou les années à venir ?
+DR : La communion doctrinale est primordiale. Ma position est d’être clair avec la Fraternité sur ce qui est nécessaire, mais aussi de maintenir le dialogue avec elle, non pas sur des questions de foi, mais parce que l’Église se doit d’être ouverte à ses opinions, à son expression de fraternité et à ses projets.
L'Église doit être disposée à intégrer les traditionalistes en son sein. La position de Benoît XVI a toujours été celle d'une Église ouverte, fidèle à l'ancienne tradition de médiation. Aujourd'hui, cette position est plus importante que jamais.
AD : Traditionis Custodes et le rescrit qui a suivi ont profondément marqué les communautés attachées à la messe traditionnelle en latin. Plusieurs années plus tard, et alors que le pape Léon XIV rencontre des membres du clergé pro-la messe en latin, quel est votre avis sur la situation actuelle ?
+DR : Si le pape Léon XIV rencontre ces groupes, je pense que c’est une bonne chose. C’est une excellente initiative qui permet à tous les fidèles de trouver cette expression de leur foi au sein de l’Église. Une nouvelle génération de jeunes est en quête de sacré, de spiritualité et de silence dans la liturgie traditionnelle. Il est essentiel de leur être ouvert et d’accueillir ces nouvelles aspirations.
AD : Depuis votre retraite du siège de Fréjus-Toulon, vous avez continué à servir l’Église de diverses manières. Comment avez-vous vécu ces années de retraite, tant sur le plan personnel que spirituel ? Pensez-vous que le pape François ait eu raison de vous demander de démissionner ?
+DR : J’ai accepté par obéissance au Saint-Père. J’ai accepté la décision du Pape, mais pas la raison invoquée. Un an auparavant, il m’avait répété à plusieurs reprises : « Reste dans le diocèse. Nous avons besoin de toi. » Un an plus tard, il m’a demandé de démissionner.
Ma situation engendre une tentation de révolte, de refus de l'accepter. Ma mission ne s'est pas arrêtée à ma démission du diocèse de Fréjus-Toulon. Je donne de nombreuses conférences et maintiens des liens avec divers charismes au sein de l'Église.
Je suis en paix car je n'ai d'autre solution que d'accepter la décision de notre Saint-Père et, en même temps, de poursuivre ce à quoi j'ai consacré ma vie : la mission, l'évangélisation, la communion entre les différentes expressions de la foi et le service du Christ jusqu'à ma mort.
AD : Enfin, Monseigneur, comment évaluez-vous l’état actuel de l’Église en France, et observe-t-on des signes de renouveau malgré la profonde sécularisation du pays ?
+DR : En France, nous avons connu de nombreuses crises. Mais une caractéristique de l’histoire de la France est qu’après une crise survient un temps de purification. Si l’on considère l’histoire de la France et de l’Église en France, on constate qu’elle a souvent progressé à travers des périodes de crise, suivies de mouvements de renouveau.
Aujourd'hui, du fait de la sécularisation, beaucoup de personnes n'ont plus aucun contact avec l'Église et sont privées de culture chrétienne. Pourtant, une nouvelle génération aspire au baptême. C'est incroyable ! En dix ans, le nombre de baptêmes d'adultes a augmenté de 160 % en France. Dans chaque paroisse, la demande de découvrir ou de redécouvrir la foi ne cesse de croître. C'est pourquoi je suis plein d'espoir pour l'avenir.
L’histoire de France est aussi une histoire de patrimoine, et au sein de ce patrimoine se trouve l’Église. Redécouvrir nos racines, nos traditions et notre patrimoine peut nous aider à découvrir un christianisme nouveau. Cela vaut non seulement pour la France, mais pour l’Europe, car la France a souvent été à l’avant-garde de nombreuses transformations sur le continent.