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BELGICATHO - Page 4

  • Un tiers des fabriques d'églises wallonnes seraient vouées à disparaître

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    Lu sur l'Echo du 28 février 2024, p. 8 :

    Rationalisation en vue dans les églises de Wallonie

    L’étape est symbolique, mais elle démontre une certaine maturité dans la gestion du patrimoine catholique de Wallonie. Ce mardi à Namur, le ministre des Pouvoirs locaux Christophe Collignon (PS) a signé avec Monseigneur Guy Harpigny, évêque de Tournai, une feuille de route ouvrant la voie à une rationalisation du nombre de fabriques d’église et de bâtiments voués au culte catholique en Wallonie.

    Il faut y voir une première étape car, à quelques mois des élections, le ministre n’aura pas le temps de faire passer les décrets. Les autres cultes, probablement moins impactés, doivent en outre encore être consultés. «Mais nous avons posé les jalons importants pour une future réforme. Il s’agit d’un point d’équilibre, une forme de gentleman agreement», se félicite-t-il en rappelant que la législation actuelle date du code Napoléon.

    Se basant sur une première note d’orientation rédigée par le ministre à l’intention du gouvernement il y a quelques mois, mais barrée par les libéraux, la feuille de route vise notamment à rationaliser le nombre de lieux de culte catholiques. Le principe de base est d’arriver à une fabrique d’église par 8.000 habitants en Wallonie. Cela revient à diminuer d’un tiers leur nombre, évalué à 1.800 aujourd’hui. «Mais il ne s’agit pas d’une base chiffrée. On tiendra compte de la réalité territoriale, de la démographie», insiste le ministre.

    Une évolution naturelle de la société

    Pour encadrer leur financement et les fusions, les fabriques devront déposer un plan financier pluriannuel en collaboration avec les communes. «Il faut faire évoluer le modèle vers un modèle uniforme. Aujourd’hui, les différentes représentations ne sont pas traitées de la même manière», insiste encore le ministre. À noter que la feuille de route n’évoque plus la question de plafonner cette intervention financière publique dans les dépenses du culte à hauteur de 30%. Elle souligne simplement que les modalités seront à définir par le législateur wallon par la suite.

    Pour Monseigneur Harpigny, tout ceci répond à une évolution naturelle. «La société a considérablement évolué, aussi au niveau du nombre de personnes qui se disent catholiques.» Cette érosion de paroissiens ne dispense pas pour autant l’église et son pouvoir subsidiant communal de financer la rénovation du patrimoine.

    Sans disposer d’un cadastre reprenant l’ensemble des biens immobiliers de l’église, le représentant du culte catholique parle de plus de 1.800 fabriques d’église, et à minima d’autant de paroisses. «Le culte reçoit beaucoup d’argent parce que justement, il y a tout ce patrimoine. L’argent vient des impôts, des communes. On connaît l’état des communes. On leur met beaucoup de charges, notamment avec cette législature fédérale», constate le représentant de l’église.

    L’accord conclu entre les autorités wallonnes et l’Église catholique entend encore fixer, de manière uniforme, la composition des organes de gestion des établissements locaux à minimum cinq membres, occupant des mandats de six ans. Une règle de mixité des genres est également dans les cartons. Enfin, les discussions menées permettent de confirmer l’indemnité de logement des ministres du culte comme principe de base.

    Le résumé

    Le gouvernement wallon et l’évêque de Tournai ont signé une feuille de route visant à rationaliser les bâtiments voués au culte catholique dans la région.
    Le principe de base est d’arriver à une fabrique d’église par 8.000 habitants en Wallonie.
    Cela revient à diminuer d’un tiers leur nombre.

    Lire également : Vers de nouvelles désacralisations d'églises en Wallonie

  • Un saint méconnu : Auguste Chapdelaine

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    Auguste Chapdelaine naît en 1814 au diocèse de Coutances dans une famille paysanne dont il est le 9e enfant. Il est ordonné prêtre en 1843 pour son diocèse. En 1851 il est agrégé à la société des Missions Étrangères de Paris et part pour la Chine. Après deux ans il quitte Hong-Kong pour le Kouang-si, une province qui n'avait plus de prêtre depuis un siècle et demi: "Au départ de cette mission, une ardeur de néophyte!" Récit du Père Chapdelaine: "Un habitant du Kouang-si venu au Kouei-tchéou pour affaires, rencontre par hasard un de ses parents nouvellement converti qui l'initie aux vérités de notre sainte religion; il renonce à ses idoles, adore le vrai Dieu et, de retour dans sa famille, se met à exercer l'apostolat auprès de ses parents et de ses amis. Quarante ou cinquante familles se convertissent. Le nouvel apôtre repart alors au Kouei-tchéou pour demander un chrétien qui pourra le seconder. Je viens moi-même d'arriver et je peux l'aider de mes conseils. Trois mois après, au terme d'un pénible voyage, je célèbre la sainte messe au milieu de ces néophytes.. Mais le démon ne tarde pas à nous susciter des obstacles." En effet, les chrétiens sont dénoncés et le Père est incarcéré avec six autres. Le mandarin est impressionné par la fière attitude du missionnaire et, la Providence aidant, ils sont tous relâchés. Pendant deux ans, le Père exerce librement son ministère dans le Kouang-si. Mais en 1856 il est de nouveau dénoncé. Malheureusement, c'est un nouveau mandarin qui dirige, animé d'une haine implacable contre les chrétiens. Le Père est pris. En tout 25 confesseurs de la foi sont arrêtés et frappés, dont la très jeune veuve Agnès (née en 1833) chargée de la formation des femmes catéchistes. Quant à Laurent Pé-mou, baptisé depuis 5 jours, il est le premier à comparaître à la barre du tribunal et à confesser sa foi. Le mandarin voulant lui faire abandonner le maître Ma (nom chinois du Père Chapdelaine), Laurent rétorque: "Je ne l'abandonnerai jamais!" Irrité d'une déclaration aussi ferme et du refus d'apostasier que lui oppose Laurent, le mandarin le fait décapiter. Puis c'est le tour de la jeune Agnès. Enfermée dans une cage, mutilée, consumée par la faim et la soif, elle meurt au bout de quatre jours. Le Père comparaît à son tour. Il répond aux premières questions, mais oppose le silence à des questions impertinentes qui s'ensuivent. Il reçoit 300 coups de rotin dans le dos sans proférer aucune plainte. Sa cruelle et longue agonie se termine par le supplice de la cage suspendue (strangulation lente). Le 29 février au matin, comme il respire encore, le mandarin le fait sortir de sa cage et ordonne à un satellite de le décapiter.

    Source : abbaye-saint-benoît

    Lire également : un musée chinois dénigre la mémoire de saint Auguste Chapdelaine, missionnaire et martyr

  • "En 2000 ans, nous n'avons jamais vu autant de personnes s'opposer à une déclaration romaine" (Mgr Mutsaerts)

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    De Javier Arias sur InfoVaticana :

    L'évêque Mutsaerts à InfoVaticana : "En 2000 ans, nous n'avons jamais vu autant de personnes s'opposer à une déclaration romaine".

    27 février 2024

    Beaucoup d'entre vous connaissent déjà Rob Mutsaerts, évêque auxiliaire de Bois-le-duc (Pays-Bas). Nous avons parlé de lui à plusieurs reprises dans ces pages.

    Mgr Mutsaerts défend sans peur et avec courage la doctrine catholique de l'Europe du Nord par le biais de son blog personnel. Ces derniers mois, cet évêque néerlandais a pris position contre Fiducia supplicans, a pris la défense de Mgr Strickland, démis de ses fonctions il y a quelques mois par le pape François, et a critiqué le développement du Synode de la synodalité.

    Sur ces questions et d'autres, Mgr Mutsaerts s'est exprimé à nouveau dans une interview avec InfoVaticana :

    Nous vivons des temps difficiles au sein de l'Église. Comment définiriez-vous les temps que l'Église vit actuellement ?

    Les temps sont extrêmement confus. L'une des principales tâches du pape est de créer de la clarté là où il y a de la confusion. Le pape François est sélectif dans ses réponses aux questions (certains "dubia" ne reçoivent jamais de réponse, d'autres en reçoivent rapidement) et, en outre, ses réponses sont souvent sujettes à de multiples interprétations, ce qui ne fait qu'accroître la confusion et la division. Prenons Amoris Laetitia : est-il permis à une personne qui n'est pas en état de grâce de recevoir la Sainte Communion ? La réponse sans équivoque de l'Église a toujours été un "non" retentissant. Amoris Laetitia contient de nombreuses déclarations dont l'imprécision ou l'ambiguïté permet des interprétations contraires à la foi ou à la morale, ou qui suggèrent une déclaration contraire à la foi et à la morale sans l'énoncer explicitement.

    Je n'exclus pas que le pape François adopte d'autres mesures dans la direction qu'il a prise.

    Dans votre blog, vous vous êtes exprimé très clairement contre la Fiducia supplians. Voyez-vous la possibilité qu'à l'avenir l'Eglise fasse un pas de plus dans cette direction ?

    Un prêtre peut-il bénir les pécheurs ? De toute évidence, oui. Peut-il bénir le péché ? De toute évidence, non. C'est sur ce point que FS passe à côté de l'essentiel. FS affirme que les unions homosexuelles peuvent être bénies. Il s'agit d'une doctrine contraire aux enseignements de l'Église catholique. FS a suscité une grande controverse. Le fait que le cardinal Fernandez fasse une distinction artificielle entre "couple" et "union" en réponse aux critiques n'a pas aidé. Un prêtre peut bénir le "couple" mais pas l'"union", ce qui n'a aucun sens. Après tout, il s'agit d'un couple parce qu'il y a union. Ce qui n'aide pas non plus, c'est l'affirmation du pape François selon laquelle les prêtres dans les prisons peuvent aussi bénir les plus grands criminels. Oui, ils le peuvent, mais nous ne bénissons pas leurs activités. Je peux bénir les voleurs, mais pas leurs activités. Je peux bénir les homosexuels, mais pas leur union. Je n'exclus pas que le pape François fasse d'autres pas dans la direction qu'il a prise. Mais nous savons aussi que là où il n'y a pas de continuité, il y a une rupture avec la tradition. Nous n'avons jamais vu cela en 2 000 ans. Le fait qu'il y ait une rupture avec la tradition peut être évident au vu de la résistance. En 2 000 ans, nous n'avons jamais vu autant de personnes - pas même un continent entier - s'opposer à une déclaration romaine.

    Vous avez également parlé de la révocation de l'évêque Strickland, pourquoi pensez-vous que le Vatican est si dur avec des évêques comme Strickland et que rien n'arrive aux Allemands qui s'expriment contre la doctrine et la moralité catholiques ?

    "Tout le monde, tout le monde, tout le monde", dit le pape François : tout le monde est le bienvenu. Tout le monde ? Il semble qu'une exception soit faite pour les traditionalistes. Le ton de Traditiones Custodes est dur, et combien de fois sont-ils qualifiés de rigides et de termes plus extravagants ? Demandez la messe traditionnelle et vous serez annulé. Un homme à la voix douce comme Mgr Strickland en est un exemple parmi tant d'autres. Les évêques allemands et belges qui plaident sans cesse en faveur de changements dans la doctrine et la morale de l'Église sont traités avec gentillesse. C'est la marque du pontificat actuel.

    Le Synode sur la synodalité s'achèvera en octobre prochain. Pensez-vous qu'il puisse en sortir quelque chose de bon ?

    Le Synode sur la synodalité se poursuit. La session précédente, qui a duré un mois entier, n'a rien produit de concret. Le document de plus de 40 pages présente une succession de généralités, un langage confus et des descriptions confuses sur l'accompagnement et les personnes qui luttent avec leur orientation sexuelle. Il ne pouvait en être autrement lorsqu'il n'y a pas d'ordre du jour, que tout est négociable et que nous ne sommes autorisés qu'à écouter. J'espère que la prochaine session aura un résultat similaire.

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  • Franc-maçonnerie, le double langage du président de l'Académie pontificale de théologie

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    De Riccardo Cascioli sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    Franc-maçonnerie, le double langage de Staglianò

    Pressé par l'article de Bussola, le président de l'Académie pontificale de théologie publie le discours qu'il a prononcé à la conférence de Milan sur l'Église et la franc-maçonnerie. Il devient ainsi encore plus clair qu'il indique la solution Fiducia Supplicans pour les francs-maçons.

    27_02_2024

    Il aura fallu un article de La Bussola pour que soit publiée l'intégralité du discours de Monseigneur Antonio Staglianò lors du séminaire "Eglise et franc-maçonnerie" organisé par le GRIS (Gruppo di Ricerca e Informazione Socio-religiosa) à Milan le 16 février dernier. Les révélations de la Bussola sur les ambiguïtés de Staglianò, président de l'Académie pontificale de théologie, ont dû provoquer quelques maux d'estomac au Vatican, au point qu'il convenait de prendre des mesures correctives. Une action intelligente, cependant : la mise en ligne, le 26 février, de la vidéo intégrale du discours a été précédée, le 24 février, d'une interview "commandée" aux médias du Vatican, dans laquelle Staglianò explique pourquoi l'Église et la franc-maçonnerie "sont profondément irréconciliables".

    Le but évident est de se montrer parfaitement en phase avec près de 300 ans de Magistère de l'Église sur la franc-maçonnerie et de réfuter ce qui a été publié par la Boussole, en comptant aussi sur le fait qu'après avoir lu la courte interview, très peu iront écouter les 46 minutes d'un discours enregistré. Mais dans l'interview, Staglianò ne fait que répéter certains des concepts exprimés lors de la conférence de Milan, laissant de côté les concepts les plus douteux, dont certains ont été rapportés par La Bussola (chacun peut vérifier l'exactitude de nos citations).

    La tactique est toujours la même : les mots disent que la doctrine ne change pas, mais il y a la vie, qui est toujours plus grande que la doctrine. C'est exactement le sens du discours de Staglianò à Milan.
    Nous trouvons donc d'une part l'affirmation de la profonde diversité entre le Dieu chrétien et la conception maçonnique du Grand Architecte, mais d'autre part le dépassement de l'obstacle doctrinal avec le concept d'amour et de miséricorde, qui englobe tout.

    Mais avant tout, il faut considérer le contexte du discours de Monseigneur Staglianò. Il s'exprimait lors d'une conférence avec les Grands Maîtres des trois principales loges italiennes, accompagnés de dizaines d'autres "frères". Les dirigeants francs-maçons, avec des nuances différentes, ont tous affirmé deux choses en particulier : premièrement, qu'il peut y avoir compatibilité entre l'Église et la franc-maçonnerie ; deuxièmement, ils ont demandé explicitement de ne plus considérer l'appartenance à la franc-maçonnerie comme un obstacle à l'accès aux sacrements ; et dans un premier temps (le Grand Maître de la Grande Loge Régulière d'Italie, Fabio Venzi, l'a dit), il faut faire une distinction entre les loges, en reconnaissant au moins celles qui sont fondées sur des rites chrétiens.

    Quelle a été la réponse de Staglianò ? En ce qui concerne la doctrine, il n'y a pas grand-chose à faire, la différence entre l'Église et la franc-maçonnerie est trop évidente. Mais il y a la vie et surtout la miséricorde de Dieu, dont la bénédiction "tombe sur les justes et les injustes" : c'est alors que Dieu jugera en dernier ressort de la manière dont nous l'avons reçue. Ce n'est pas pour rien que le Grand Maître du Grand Orient d'Italie, Stefano Bisi, avait évoqué l'ouverture aux couples homosexuels et aux divorcés remariés ; et Staglianò a pris l'exemple de Fiducia Supplicans avec la bénédiction des couples homosexuels pour expliquer la question de la Miséricorde qui s'applique à tous.

    D'autre part, il faut dire que d'un point de vue logique, le discours de Bisi ne fait pas un pli : si nous sommes tous pécheurs et que tous doivent être accueillis dans l'Église avec tous les droits, pourquoi les couples irréguliers sont-ils oui et les francs-maçons non ? Comme pour les unions homosexuelles, on pourrait toujours dire que ce n'est pas la franc-maçonnerie qui est bénie mais les francs-maçons individuellement. En fait, Staglianò ne défend pas cette discrimination, mais prépare le terrain pour la surmonter. Y compris l'invocation finale d'une "saine théologie sapientielle" qui va au-delà de l'approche doctrinale dont est encore imprégné le dernier document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi publié en novembre dernier.

    Si l'on a la patience - et la volonté de se sacrifier - d'écouter l'intégralité du discours de Mgr Staglianò et de le contextualiser, on ne manquera pas de remarquer l'importante ouverture faite, qui culmine avec la proposition du cardinal Coccopalmerio de créer une "table permanente" Église-Maçonnerie. En bref, le schéma désormais familier se répète : l'idéologie du genre est condamnée, mais des groupes organisés de gays et de transsexuels sont chez eux au Vatican ; le diaconat des femmes est rejeté, mais des commissions sont créées pour l'étudier et aucune mesure n'est prise dans les pays européens où les femmes sont également curées ; l'importance du maintien du célibat des prêtres est affirmée, mais il est ensuite convenu d'en discuter. Et ainsi de suite.

    C'est maintenant au tour de la franc-maçonnerie. C'est ici que Staglianò devrait donner une explication convaincante : s'il croit vraiment que l'Église et la franc-maçonnerie "sont profondément irréconciliables", pourquoi s'est-il engagé depuis des années dans ce dialogue, qu'il voudrait même maintenant élever à un niveau supérieur ? Quel est l'intérêt de continuer à organiser des conférences et même une "table permanente" pour se dire que nous sommes irréconciliables et que l'Église a raison de condamner la franc-maçonnerie ?

  • Bénédictions : pourquoi Rome a-t-elle recouru à la technique du fait accompli ?

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    Une tribune de Jean-François Chiron, théologien, sur le site du journal La Croix :

    Bénédiction des couples homosexuels : « Pourquoi Rome a voulu mettre devant le fait accompli »

    Le théologien Jean-François Chiron revient sur le texte Fiducia supplicans, qui autorise la bénédiction des couples homosexuels. Il s’interroge sur les circonstances de sa publication surprise, et sur ce qu’elle dit de la pratique du pouvoir de François dans un contexte de Synode.

    Qu’ajouter à tout ce qui est dit sur la déclaration Fiducia supplicans ? Il reste possible de s’interroger sur la façon dont le document vient perturber le jeu de la synodalité, voire le « fragiliser », comme l’a écrit La Croix. La synodalité, c’est la valorisation du rôle, dans l’Église, à tous les niveaux, des « quelques-uns » par rapport au « un seul ». Comment la prise de position d’« un seul », le pape, s’insère-t-elle dans l’action de « quelques-uns », les évêques ?

    Reconnaissons que les circonstances de la publication n’honorent pas le b.a.-ba de la démarche synodale : pas même de consultation du dicastère romain concerné, ni des autres dicastères de la Curie… Sans doute a-t-on voulu éviter les fuites, inévitables sur un sujet aussi sensible. Mais cette préoccupation ne suffit pas à justifier un tel procédé. Comment, du moins, l’expliquer ?

    Rappelons un élément fondamental : en catholicisme, la dialectique synodale se joue à trois termes, « un seul »- « quelques-uns »- « tous ». On ne peut faire l’impasse sur le « un seul », en l’occurrence le rôle du pape, faute de quoi on sortirait de la tradition catholique. Mais c’est aussi une question de tempérament. Le théologien Yves Congar l’avait dit en son temps : « Je pense qu’une théorie assez monarchique pratiquée par Jean XXIII serait très collégiale, tandis qu’une théorie collégiale pratiquée par Pie X ou Pie XI serait très monarchique. » La synodalité mise en œuvre par un pape François aura toujours, reconnaissons-le, quelque chose de « monarchique »…

    Devant le fait accompli

    Il est vraisemblable, aussi, que les instances romaines aient voulu évacuer une question qui pouvait parasiter les débats lors de la session d’octobre 2024, comme cela avait été le cas pour l’ordination d’hommes mariés lors du Synode sur l’Amazonie : l’arbre d’une question particulière en était venu à cacher la forêt de la synodalité.

    Allons plus loin, et risquons une hypothèse : Rome a voulu mettre devant le fait accompli. Car il était prévisible qu’un débat aurait empêché l’évolution souhaitée sur cette question par le pape. C’est encore la controverse sur l’ordination d’hommes mariés lors du Synode sur l’Amazonie qui a pu constituer un précédent : l’opposition catégorique de quelques-uns avait interdit tout consensus, et donc toute évolution. Alors qu’on aime rappeler l’adage « seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », force est de reconnaître qu’être ensemble peut empêcher d’avancer…

    Déminer le terrain

    Sans doute les instances romaines pensaient-elles avoir suffisamment « déminé le terrain » en distinguant entre bénédictions, en soulignant que le mariage n’était pas en cause. Cela n’aura pas suffi à endiguer la diversité des réactions, et parfois leur virulence. Sur le mode du « cachez ce couple que je ne saurais voir », des évêques auront, en France, déclaré s’en tenir à la bénédiction des individus, récusant ainsi ce qu’autorise un document romain à dimension normative (qu’en sera-t-il si des prêtres suivent Rome plutôt que leur évêque ?).

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  • Ratzinger invoqué pour justifier Fiducia Supplicans

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    D'Andrea Tornielli* sur Vatican News :

    Fiducia supplicans, les bénédictions et la distinction de Joseph Ratzinger

    Une instruction publiée en 2000 par le préfet de la congrégation pour la Doctrine de la foi de l'époque distinguait les prières de guérison, rituelles et incluses dans les livres liturgiques, des prières pastorales ou spontanées. Le même critère est utilisé aujourd'hui pour admettre la possibilité de bénir les couples irréguliers.

    La déclaration Fiducia supplicans, publiée par le dicastère pour la Doctrine de la Foi en décembre dernier, de fait et comme beaucoup l'ont souligné, ne change pas la doctrine traditionnelle sur le mariage qui prévoit la bénédiction nuptiale uniquement dans le cas d’un homme et d’une femme qui se marient. Ce qui est approfondi par le document, qui admet la possibilité de simples bénédictions spontanées également pour les couples irréguliers ou de même sexe sans que cela signifie bénir leur union ou approuver leur conduite de vie, c'est plutôt la nature des bénédictions. Fiducia supplicans distingue en effet les bénédictions liturgiques ou rituelles des bénédictions spontanées ou pastorales. En ce qui concerne les premières, les bénédictions liturgiques, il y a deux façons de les comprendre: un sens large, qui considère toute prière faite par un ministre ordonné comme "liturgique", même si elle est donnée sans forme rituelle et sans suivre un texte officiel; et un sens plus étroit, selon lequel une prière ou une invocation sur des personnes n'est "liturgique" que lorsqu'elle est accomplie "rituellement", et plus précisément lorsqu'elle se base sur un texte approuvé par l'autorité ecclésiastique.

    Certains des critiques qui ont remis en question la récente déclaration ne considèrent en fait licite que le sens large et ne retiennent donc pas comme acceptable la distinction entre les prières ou bénédictions "rituelles" et "liturgiques", et les prières ou bénédictions "pastorales" et "spontanées". Prenons en exemple certaines objections défendant que la liturgie a également une importance pastorale. Mais à cet égard, il convient de noter que Fiducia supplicans attribue au mot "pastoral" un sens spécifique: celui d'une attention particulièrement orientée vers l'accompagnement de ceux à qui la bénédiction est offerte; à l'image du "bon pasteur" qui ne se tranquillise pas tant qu'il n'a pas retrouvé tous ceux qui se sont égarés. D'autres objections soutiennent que toutes les prières seraient "liturgiques" et qu'elles seraient donc toutes soumises aux exigences de la liturgie de l'Église. Le Pape François lui-même a répondu à cette objection dans son discours aux participants à l'assemblée plénière du dicastère pour la Doctrine de la foi, le 26 janvier, en insistant sur l'existence de bénédictions pastorales ou spontanées qui, «en dehors de tout contexte et de forme de caractère liturgique», expliquait-il, «n’exigent pas une perfection morale pour être reçues». Les paroles du Souverain pontife confirment ainsi l'orientation qui consiste à considérer le sens le plus strict des bénédictions liturgiques.

    Un précédent important, à propos de la distinction entre ce qui est liturgique et ce qui ne l'est pas, peut-être trouvé dans une instruction de l'année 2000, publiée par l'alors congrégation pour la Doctrine de la foi, signée par le cardinal Joseph Ratzinger et approuvée par Jean-Paul II.

    Cette instruction porte sur les prières pour obtenir de Dieu la guérison. Au point numéro deux de la première partie du document, il est rappelé que «le De benedictionibus du Rituale Romanum comporte un Ordo benedictionis infirmorum, dans lequel se trouvent divers textes de prières qui implorent la guérison». Dans la dernière partie de l'instruction, consacrée aux dispositions disciplinaires, il y a ensuite un article (2) qui dit ceci: «Les prières de guérison sont considérées comme liturgiques, si elles se trouvent dans les livres liturgiques approuvés par l'autorité compétente de l'Eglise; autrement, elles sont non-liturgiques». Il y a donc des prières de guérison liturgiques ou rituelles, et d'autres qui ne le sont pas, mais qui sont légitimement permises. L'article suivant rappelle que celles qui sont «liturgiques se célèbrent selon le rite prescrit et avec les vêtements sacrés indiqués dans l'Ordo benedictionis infirmorum du Rituel romain». Ces citations du texte signé par le cardinal Joseph Ratzinger et approuvé par le Pape Karol Wojtyla montrent que le sens du terme "liturgique" utilisé dans Fiducia supplicans pour définir les bénédictions rituelles, différentes des bénédictions pastorales, représente certes une évolution, mais qui s’insère dans le sillon du magistère de ces dernières décennies.

    Il existe également d'autres distinctions entre les bénédictions: certaines représentent des consécrations, ou le scellement du sacrement célébré par le couple (dans le cas de la bénédiction nuptiale); d'autres représentent des prières d'invocation qui, d’en bas, s'élèvent vers Dieu; d'autres encore (dans le cas des exorcismes) sont destinées à conjurer le mal. Fiducia supplicans précise à plusieurs reprises que le fait de donner une bénédiction pastorale ou spontanée -sans aucun élément nuptial- à un couple "irrégulier" qui s'adresse à un prêtre ou à un diacre ne signifie pas et ne peut en aucun cas représenter une forme d'approbation de l'union entre les deux. Elle ne peut, selon le document, «offrir une forme de légitimité morale à une union qui se présente comme un mariage ou à une pratique sexuelle extra maritale». La bénédiction pastorale ou spontanée représente une invocation à Dieu pour qu'il permette aux semences du bien de croître dans la direction qu’il désire.

    *Directeur éditorial des médias du Vatican

  • Troubles et divisions dans l’Église

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    Lu cet éditorial de la revue mensuelle « La Nef » de février 2024 :

     « La Déclaration portant sur la bénédiction des « couples en situation irrégulière » a fait couler beaucoup d’encre. Pire, elle a semé troubles et divisions dans l’Église, créant une situation sans beaucoup de précédents. Ce qui ne laisse pas de nous étonner – et nous attriste –, c’est, face à ces réactions honnêtes venues d’une large partie du troupeau, la désinvolture qui semble régner en maître à la tête de l’Église.

    La déclaration du Dicastère pour la Doctrine de la foi, Fiducia supplicans, « sur la signification pastorale des bénédictions », publiée le 18 décembre dernier, a choqué un grand nombre de chrétiens et ne cesse, depuis, de semer un trouble certain dans l’Église, malgré les précisions du 4 janvier de ce même Dicastère qui n’éclairent pas grand-chose. Jamais un texte romain n’avait soulevé une telle opposition, particulièrement de nombreux évêques et de conférences épiscopales entières.

    Bergoglio images (28).jpgOn sait que le pape François porte en lui le souci d’aller aux « périphéries existentielles », afin de toucher les âmes éloignées du message évangélique. Quand on observe la sociologie du catholicisme français, dont les forces vives résident aujourd’hui principalement dans une bourgeoisie relativement aisée – honneur à elle d’avoir su conserver le flambeau et le transmettre –, on comprend l’urgence de s’adresser aux classes populaires et à cette « France périphérique » si délaissée par nos élites parisiennes. Il est en effet anormal que l’Église, qui honore tant la figure du pauvre, ne parvienne pas en France à toucher davantage les milieux les plus défavorisés, exception faite, il est vrai, de nombreux Antillais et Africains catholiques particulièrement fervents.

    Corollaire de ce souci, le pape veut manifester l’amour inconditionnel de Dieu pour chaque homme, et ainsi donner la priorité au témoignage d’amour et de miséricorde de Dieu pour tous, et plus particulièrement pour les pécheurs – que nous sommes tous – comme le Christ en a lui-même montré l’exemple. Cette double préoccupation nous semble prophétique dans un monde qui a largement rejeté Dieu – ainsi beaucoup de nos contemporains sont indifférents à la question religieuse plus par ignorance que par une hostilité consciente et raisonnée envers le christianisme.

    Amour, miséricorde et vérité

    Dans l’Évangile, néanmoins, l’amour et la miséricorde infinis du Christ touchent le pécheur, mais jamais pour le conforter dans le péché, toujours pour l’en délivrer et le conduire vers une voie de sainteté. Approcher le pécheur avec amour et miséricorde est nécessaire, mais est-ce amour et miséricorde que de ne pas lui expliquer son péché ? La vérité n’est-elle pas la première des charités ? Et le monde lui-même, n’attend-il pas de l’Église cette parole de vérité ?

    Or, si de bons théologiens peuvent sauver la rectitude doctrinale de Fiducia supplicans au prix de subtiles arguties, il est clair que le commun des mortels comme les grands médias ont compris que, dé­sormais, l’Église permettait la bénédiction des « couples homosexuels » ou « divorcés remariés », leur conférant ainsi une légitimité de fait. Car la grande faiblesse de ce texte est son ambiguïté, son manque de clarté pourtant indispensable sur un sujet aussi controversé. Certes, la déclaration romaine affirme la stricte continuité de la doctrine catholique sur le mariage, mais n’explique pas deux points fondamentaux : comment passe-t-on d’une bénédiction de personnes homosexuelles ou divorcées remariées (qui se pratique déjà et ne pose aucun problème, nul besoin d’un texte pour cela) à une bénédiction du « couple » en tant que tel ? Et comment définir la différence entre une « union », qu’il n’est pas possible de bénir quand elle est irrégulière, et un « couple », tout aussi irrégulier, qui pourrait recevoir, lui, cette bénédiction ?

    Ambiguïté et désinvolture

    En n’ayant pas répondu à ces deux questions clés, Rome entretient une ambiguïté délétère qui sème troubles et divisions dans l’Église. Et c’est là sans doute le plus choquant : malgré le désarroi d’un grand nombre, bien que cette problématique ne concerne dans les faits que l’Occident déchristianisé, Rome n’explicite pas davantage son propos, et poursuit ainsi sa route avec une désinvolture désarmante, malgré les dégâts occasionnés, révélant au passage une certaine condescendance envers les Africains qui ne seraient pas encore parvenus au niveau de sophistication de la culture occidentale pro-LGBT. François, qui impose ses vues particulières avec autoritarisme (loin de l’esprit « synodal »), semble se moquer de ses opposants lorsqu’il affirme que, « dans la plupart des cas, quand on n’accepte pas les décisions, c’est parce que l’on ne connaît pas » (1), comme si ceux qui critiquent Fiducia supplicans ne l’avaient pas lue et n’y avaient pas réfléchi. Cette désinvolture à la tête de l’Église est une pratique qui nous attriste. C’était déjà le cas avec Amoris laetitia (2016), lorsque le pape a refusé de répondre aux dubia de quatre cardinaux, ou encore avec Traditionis custodes (2021), qui punit sévèrement toute une mouvance dynamique pour la déviance d’une minorité. De telles attitudes sont difficilement compréhensibles, alors que le pape est notre père, gardien de l’unité (Jn 17, 21) et chargé d’affermir la foi des fidèles (Lc 22, 32) »

    Christophe Geffroy

    (1) Cité par Jean-Marie Guénois, site du Figaro, le 4 janvier 2024.

     

     Bref, on conclut sans conclure :

    « Rome entretient une ambiguïté délétère qui sème troubles et divisions dans l’Église. De telles attitudes sont difficilement compréhensibles, alors que le pape est notre père, gardien de l’unité (Jn 17, 21) et chargé d’affermir la foi des fidèles (Lc 22, 32) »

     Mais alors ? (NdRed).

  • Controverses : pourquoi la guerre d'Israël contre le Hamas serait-elle "proportionnée" ?

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (Diakonos.be) :

    Questions controversées. La guerre d’Israël contre le Hamas est-elle « proportionnée » ? Voici les raisons du oui.

    (s.m.) L’article du professeur Pietro De Marco sur la guerre entre Israël et le Hamas, publiée aujourd’hui par Settimo Cielo, dénote clairement par rapport à l’opinion générale, y compris au sein de l’Église.

    Mais même ceux qui ne sont pas d’accord ne peuvent pas se priver d’y prêter attention. Parce que De Marco met précisément le doigt sur ce qui échappe au plus grand nombre, c’est-à-dire la nature très particulière de la « guerre moderne » mise en œuvre par le Hamas, non seulement aujourd’hui mais depuis des années, et dont la logique est très éloignée, si pas opposée, à cet engagement en faveur des populations palestiniennes affligées, exilées, réfugiées, qui anime en revanche les cultures politiques et religieuses de l’Occident et qui fonde le jugement répandu sur la « disproportionnalité » de la réaction armée d’Israël à Gaza.

    La question de l’avenir politique des Palestiniens est en effet une question qui devrait être éclaircie. La solution « deux peuples, deux États » énoncée avec une cadence quasi rituelle par les chancelleries, n’est en réalité partagée ni par l’écrasante majorité des Juifs israéliens et encore moins par le Hamas, comme l’a reconnu Aluf Benn, directeur du principal quotidien d’opposition au gouvernement de Benjamin Netanyahu, « Haaretz », dans un important essai publié dans « Foreign Affairs » du 7 février intégralement traduit et publié en italien par la revue « Il Regno ».

    La solution souhaitée par M. Benn pour le conflit doit être recherchée dans l’avertissement lancé par Moshe Dayan après le meurtre en 1956 d’un jeune Juif par un Palestinien : « Ne jetons pas la faute sur les assassins. Pendant huit ans, ils sont restés dans les camps de réfugiés de Gaza pendant que sous leurs yeux nous avons accaparé les terres et les villages où eux et leurs pères habitaient ».

    Dayan faisait allusion à la « nakba », la « carastrophe », c’est-à-dire l’éviction de leurs terres à laquelle les Palestiniens ont été contraint après avoir perdu la guerre de 1948 contre l’État d’Israël qui venait de naître. Sauf que ces réfugiés qui étaient à l’origine sept cent mille sont aujourd’hui plus de cinq millions, toujours classés comme « réfugiés », financée par les Nations Unies, et qu’ils continuent à revendiquer le droit de retourner dans leurs lieux d’origine, délégitimant par la même occasion l’existence même de l’État d’Israël.

    L’historien Ernesto Galli della Loggia a rédigé un éditorial très éclairant dans le « Corriere della Sera » du 18 février pour expliquer comment cette revendication du retour des « réfugiés » palestiniens rend inapplicable la solution « deux peuples, deux États », à moins de garanties préalables concertées dont on ne voit pas la trace aujourd’hui.

    Mais laissons la parole au professeur De Marco, ancien professeur de sociologie de la religion à l’Université de Florence et à la Faculté théologique d’Italie centrale.

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  • Le cardinal Sarah met en garde contre la désunion des chrétiens, qu'il considère comme un contre-témoignage

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    De Catholic News Agency :

    Le cardinal Sarah met en garde contre la désunion des chrétiens, qu'il considère comme un contre-témoignage

    26 février 2024

    La désunion entre les disciples du Christ est contre-productive pour la mission de témoignage du message évangélique et d'évangélisation, a récemment déclaré le cardinal Robert Sarah lors d'un symposium au Kenya. 

    Le cardinal Sarah, qui a été préfet du Dicastère pour le culte divin et la discipline des sacrements de 2014 à 2021, a prononcé le discours principal lors du Symposium théologique 2024 organisé par l'École de théologie du Tangaza University College (TUC), basé au Kenya, et a averti que les divisions entre les chrétiens les exposaient à l'"exploitation".

    "Si nous ne sommes pas un, si nous sommes divisés, alors notre témoignage du Christ est divisé et le monde ne croira pas en l'Évangile", a déclaré Sarah le 22 février, le premier jour de cet événement de deux jours.

    Sarah a exhorté les disciples de Jésus-Christ en Afrique à donner la priorité à leur adhésion au message de l'Évangile, en permettant aux principes de la foi chrétienne de l'emporter sur toutes les autres identités, y compris la tribu, la nationalité et la race, entre autres affiliations.

    Cherchez l'unité d'abord dans la foi chrétienne, puis avec nos compatriotes et nos frères africains", a-t-il déclaré dans son discours intitulé "Faites de toutes les nations des disciples" : Le mandat missionnaire du Christ".

    Pour souligner la nécessité de l'unité entre les disciples de Jésus-Christ, le cardinal de 78 ans, d'origine guinéenne, a mis en garde contre les divisions qui rendent les chrétiens "vulnérables à l'exploitation".

    "Si nous ne nous efforçons pas de parvenir à l'unité dans le Christ, notre situation sera encore pire. Les divisions entre nous - religieuses, ethniques et politiques - sont vulnérables à l'exploitation ; elles peuvent être exploitées par des politiciens corrompus ou même par des puissances étrangères", a-t-il déclaré. 

    Sarah a déjà exprimé son opposition à Fiducia Supplicans, la déclaration du Dicastère du Vatican pour la Doctrine de la Foi (DDF) qui a suscité des réactions mitigées et de profondes divisions au sein du peuple de Dieu en général et des évêques catholiques du monde entier en particulier depuis sa publication le 18 décembre 2023.

    Dans une réflexion du 6 janvier qu'il a partagée avec Settimo Cielo, un blog italien, Sarah a maintenu sa position précédente de ne pas s'opposer au Saint-Père.

    "Nous ne nous opposons pas au pape François, mais nous nous opposons fermement et radicalement à une hérésie qui mine gravement l'Église, le corps du Christ", a déclaré Mgr Sarah, précisant son opposition aux recommandations de Fiducia Supplicans, qui autorisent les membres du clergé à bénir les "couples de même sexe" et les couples se trouvant dans d'autres "situations irrégulières".

    Les personnes pratiquant l'homosexualité sont "dans la prison" du péché et ont besoin de la vérité de "la parole de Dieu" pour les libérer, a-t-il ajouté : "La vérité est la première des miséricordes que Jésus offre au pécheur".

    "La liberté que nous devons offrir aux personnes vivant dans des unions homosexuelles réside dans la vérité de la parole de Dieu", a-t-il déclaré. "Comment oserions-nous leur faire croire qu'il serait bon et voulu par Dieu qu'elles restent dans la prison de leur péché ? 

    Le manque de clarté de la déclaration du DDF "n'a fait qu'amplifier la confusion qui règne dans les cœurs, et certains s'en sont même emparés pour appuyer leur tentative de manipulation", a écrit Sarah dans sa réflexion du 6 janvier, faisant référence aux divisions causées par les recommandations de Fiducia Supplicans.

    Dans son discours du 22 février au Kenya, Sarah a établi un lien entre l'unité des disciples de Jésus-Christ et le progrès. "Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons prospérer", a-t-il déclaré.

    Selon lui, les défis qui entravent la mission de témoignage du message de l'Évangile et le ministère d'évangélisation peuvent être relevés "en se tournant vers Dieu dans la prière et le jeûne".

    "En nous tournant vers le Seigneur dans la prière et le jeûne, Dieu nous élève. Il nous libère de l'égoïsme et de l'étroitesse et se révèle à nous d'une manière ou d'une autre. Il nous discipline afin que nous ne laissions pas de légères différences nous empêcher de travailler ensemble de toutes les manières possibles", a-t-il déclaré. 

    Le cardinal a ensuite souligné la nécessité de combiner la prière et le jeûne, deux des trois piliers du Carême, avec la charité par l'aumône. 

    "L'évangélisation doit impliquer la prière et le jeûne ensemble, même avec ceux d'autres traditions religieuses, en réponse à des maux que nous reconnaissons ensemble. En priant et en jeûnant, les obstacles à l'évangélisation seront surmontés", a déclaré Sarah.

    Ce récit a d'abord été publiée par ACI Africa, le partenaire d'information de CNA en Afrique, et a été adaptée par CNA.

    ACI Africa (www.aciafricanews.com) est un service de EWTN News Inc. (www.ewtnnews.com) et de Catholic News Agency. Elle a été officiellement inaugurée le 17 août 2019 en tant qu'agence de presse catholique continentale au service de l'Église en Afrique. Basé dans la capitale du Kenya, Nairobi, cet apostolat médiatique s'efforcera de raconter les nouvelles de l'Afrique en fournissant une couverture médiatique des événements catholiques sur le continent africain et en donnant de la visibilité aux activités de l'Église à travers l'Afrique. Le rédacteur en chef d'ACI Africa est le père Don Bosco Onyalla.

  • Euthanasie en Belgique : vérifier la volonté du patient serait seulement « formel » ?

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    Une synthèse de presse de gènéthique.org :

    Euthanasie en Belgique : vérifier la volonté du patient serait seulement « formel » ?

    26 février 2024

    Le 14 février, le Parlement belge a voté en première lecture en commission de la Justice un nouveau système de sanctions en cas de violation de la loi sur l’euthanasie. Cette refonte du système actuel fait suite à l’arrêt rendu par la Cour constitutionnelle le 20 octobre 2022 après l’affaire Tine Nys (cf. Belgique : aucun dommage et intérêt contre le médecin qui a euthanasié Tine Nys).

    Un régime à « triple vitesse »

    Outre la suppression de l’anonymat du document d’enregistrement rempli par le médecin qui la pratique pour répondre à l’arrêt Mortier c. Belgique rendu par la Cour européenne en octobre 2022 (cf. Euthanasie : Une première condamnation de la Belgique par une juridiction internationale), le texte instaure un régime à « triple vitesse » en distinguant trois types de conditions : « de base », « procédurales » ou « formelles ». Ces dernières n’entrainant aucune sanction pénale (cf. Belgique : un système de sanctions « graduel » en cas de non-respect de la loi sur l’euthanasie).

    Les conditions définies comme « de base » correspondent aux critères relatifs à l’état du patient. Il doit être « capable et conscient au moment de sa demande » et « dans une situation médicale sans issue et avec une souffrance physique ou psychique constante, insupportable et inapaisable, qui résulte d’une affection grave et incurable »[1]. Les violer peut entrainer une peine de prison allant de 10 à 15 ans.

    Le non-respect des conditions « procédurales » est, lui, seulement passible de huit jours à trois ans de prison, et d’une amende de 26 euros à 1.000 euros. Il s’agit ici de vérifier qu’un second médecin a été consulté [2]. Si l’euthanasie doit être effectuée sur la base d’une déclaration anticipée, l’avis d’un médecin « indépendant » doit être recueilli quant au caractère « irréversible » de la situation du patient. En outre, la personne de confiance doit être informée. Si cela concerne un mineur, « la consultation d’un pédopsychiatre ou d’un psychologue, la prise de connaissance du dossier médical, la vérification de la capacité de discernement du mineur et l’entretien avec ses représentants légaux » sont requis.

    Plus aucune sanction pénale dans certains cas

    La dernière catégorie de critères, les conditions « formelles », pourront être violées sans conséquences sur le plan pénal.

    Ainsi, le médecin pratiquant l’euthanasie n’encourra qu’une sanction civile ou disciplinaire s’il omet de vérifier que « la demande est formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée, et qu’elle ne résulte pas d’une pression extérieure », ou encore s’il n’a pas « inform[é] le patient de son état de santé et de son espérance de vie, [ne s’est pas] concert[é] avec le patient sur sa demande d’euthanasie et [n’a pas] évoqu[é] avec lui les possibilités thérapeutiques encore envisageables ainsi que les possibilités qu’offrent les soins palliatifs et leurs conséquences »[3].

    « Il semble pourtant évident que le non-respect d’une – ou, a fortiori, plusieurs – de ces conditions (telles que l’information concernant les soins palliatifs, le délai d’exécution de l’euthanasie, la concertation avec l’équipe soignante, …) ont une influence directe sur le respect des conditions « de fond » de la loi, en particulier la volonté libre, répétée et réfléchie du patient qu’un médecin mette fin à ses jours », relève l’Institut européen de bioéthique. La nécessité pour le médecin de vérifier que « la demande est formulée de manière volontaire, réfléchie et répétée, et qu’elle ne résulte pas d’une pression extérieure » avait d’ailleurs été incluse par la Cour  constitutionnelle parmi les conditions fondamentales.

    Par ailleurs, le médecin sollicité pour rendre un avis sur la demande d’euthanasie ne serait plus passible d’aucune sanction.

    La Chambre des représentants doit se prononcer sur ces dispositions « prochainement » en séance plénière.

    ------------------

    [1] « Sont également visées les conditions supplémentaires concernant l’euthanasie des mineurs (capacité de discernement, souffrance physique, décès à brève échéance) et l’euthanasie effectuée sur la base d’une déclaration anticipée (« situation irréversible selon l’état actuel de la science ») ».

    [2] « indépendant du patient et du premier médecin, et compétent en la matière – quant au caractère grave et incurable de l’affection, voire d’un troisième médecin en cas de décès non attendu à brève échéance »

    [3] Les autres conditions formelles sont les suivantes :

    • « arriver, avec le patient, à la conviction qu’il n’y a aucune autre solution raisonnable dans sa situation et que la demande du patient est entièrement volontaire » ;
    • « s’assurer de la persistance de la souffrance physique ou psychique du patient et de sa volonté réitérée », et mener à cette fin « plusieurs entretiens avec le patient, espacés d’un délai raisonnable » ;
    • « s’il existe une équipe soignante en contact régulier avec le patient, s’entretenir de la demande du patient avec l’équipe ou des membres de celle-ci » ;
    • « si telle est la volonté du patient, s’entretenir de sa demande avec les proches que celui-ci désigne » ;
    • « s‘assurer que le patient a eu l’occasion de s’entretenir de sa demande avec les personnes qu’il souhaitait rencontrer »;
    • en cas de décès non attendu à brève échéance,  « laisser s’écouler au moins un mois entre la demande écrite du patient et l’euthanasie » ;
    • en cas d’euthanasie pratiquée sur la base d’une déclaration anticipée, « si la déclaration désigne une personne de confiance, s’entretenir avec elle de la volonté du patient » et « du contenu de la déclaration anticipée » ;
    • consigner « l’ensemble des demandes formulées par le patient, ainsi que les démarches du médecin traitant et leur résultat » dans le dossier médical du patient ;
    • remettre « dans les quatre jours ouvrables, le document d’enregistrement […] à la Commission fédérale de contrôle et d’évaluation ».

    Source : Institut européen de bioéthique, Euthanasie – Le Parlement belge envisage de ne plus sanctionner pénalement la violation de certaines conditions de la loi (23/02/2024)

  • Grégoire de Narek, un saint arménien, docteur de l'Eglise (27 février)

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    téléchargement.jpgSaint Grégoire de Narek, moine et prêtre arménien du Xº siècle (mort vers 1005) a reçu le titre de Docteur (et non Père) de l'Eglise.

    Saint Grégoire de Narek (source)

    C'est l'un des grands poètes spirituels de la littérature universelle. Son oeuvre principale "Le Livre des Prières" est un ouvrage d'environ 20 000 vers, composé vers l'an mille.

    Grégoire naquit en Arménie, près du Lac de Van en 944. Tout petit, il perd sa mère et son père, entre dans un couvent. Grégoire sera élevé par un oncle maternel au monastère de Narek ; il y passera toute sa vie. Le jeune moine est passionné par l'étude des Pères de l'Eglise, tant Arméniens que Grecs. Reconnu comme maitre spirituel, il est chargé de former les novices de son couvent et chose délicate ! de réformer les monastères voisins.

    Des moines jaloux de son influence et de ses qualités vont le dénoncer coupable d'hérésie ; il est mis à l'écart et rejeté dans l'ombre. On lui rendra quand même justice, à cause de son humilité. Saint Grégoire de Narek reprendra son oeuvre d'écrivain en de nombreux ouvrages. Il entre dans la Vision de Dieu en 1010. Ses Elégies sacrées (poèmes lyriques), où s'exprime son expérience mystique, constitue encore de nos jours le principal Livres de prières de l'Eglise Arménienne.

    Le pape Jean Paul II a rendu hommage à ce grand mystique le 2 février 2001 à l'occasion du 1700ème anniversaire du baptême du peuple arménien : "Parmi les figures illlustres, je désire rappeler ici saint Grégoire de Narek, qui a sondé les profondeurs ténébreuses du désespoir humain et qui a entrevu la lumière fulgurante de la grâce qui en celui-ci resplendit également pour le croyant, et saint Nerses Shnorhali, le Catholicos qui allia un amour extraordinaire pour son peuple et pour sa tradition, à une ouverture clairvoyante aux autres Eglises, dans un effort exemplaire de recherche de la communion dans la pleine unité."

    Rédacteur : Frère Bernard Pineau, OP

  • Les fidèles qui adhèrent aux loges maçonniques sont en état de péché grave et ne peuvent absolument pas avoir accès à la communion

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    De Federico Piana sur Vatican News :

    26 février 2024

    Mgr Staglianò: Église et franc-maçonnerie sont profondément inconciliables

    Dans une interview accordée aux médias du Vatican, le président de l'Académie pontificale de théologie réitère les raisons de l'incompatibilité entre la foi catholique et la pensée maçonnique. Mgr Antonio Staglianò, souligne que «notre idée de Dieu n'est pas dictée par la raison humaine, mais par la révélation». «Les fidèles qui adhèrent aux loges sont en état de péché grave: ils ne peuvent pas recevoir la communion», a-t-il affirmé.

    «L'hérésie maçonnique est une hérésie fondamentalement alignée sur l'hérésie arienne». C’est ce qu’a laissé entendre le président de l'Académie pontificale de théologie, évoquant clairement aux médias du Vatican l'inconciliabilité entre l'Église catholique et la franc-maçonnerie. «Après tout, a déclaré Mgr Antonio Staglianò, c'est précisément Arius qui s’imaginait que Jésus était un "Grand Architecte de l'Univers", (comme la franc-maçonnerie considère l'Être Suprême, ndlr), niant la divinité du Christ». C'est pourquoi «le Concile de Nicée, dont nous célébrerons bientôt le 1700e anniversaire, affirme avec force la vérité sur Jésus qui est engendré, non pas créé, il est Dieu né de Dieu, Lumière née de Lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu».

    «Le Grand Architecte de l'Univers»

    Et c'est précisément l'idée de «l'Architecte de l'Univers» ou du grand «Horloger» défendue par la franc-maçonnerie qui est incompatible avec l'idée catholique de Dieu. «Cette idée, a expliqué Mgr Staglianò, est le fruit d'un raisonnement humain qui tente d'imaginer un dieu, alors que le Dieu des catholiques est le fruit de la révélation même de Dieu dans le Christ Jésus». Il s'agit essentiellement du fruit d'un événement historique, a-t-il ajouté, au cours duquel Dieu s'est fait chair, s'est approché des hommes, a parlé à tous les êtres humains et les a destinés à son salut.

    Les distances sidérales

    «Même le concept de fraternité exprimé par la franc-maçonnerie est à des années-lumière de celui de la foi catholique». Le président de l'Académie pontificale de théologie soutient que «notre fraternité est établie sur le sacrement de l'amour de Dieu en Jésus; elle est établie sur l'Eucharistie, et pas seulement sur l'idée générique d'être frères». Le même raisonnement, a ajouté l'évêque, peut être appliqué à la charité chrétienne qui «n'a rien à voir avec la philanthropie maçonnique». La charité chrétienne correspond à l'événement historique «d'un Dieu mort et ressuscité pour nous, et qui demande à ses enfants de ne pas être simplement philanthropes mais d'être, éventuellement, crucifiés par amour».

    Le chrétien aime la vraie lumière

    Le président de l'Académie pontificale de théologie a souligné l'incompatibilité totale entre être catholique et adhérer à la franc-maçonnerie, en rappelant «qu’au sein de la franc-maçonnerie se développent des intrigues de pouvoir occulte qui sont en contradiction avec l'action chrétienne». En somme, «lorsque nous parlons d'inconciliabilité, nous nous référons à des contradictions profondes. On ne peut même pas faire appel à l'opposition polaire du théologien Romano Guardini pour dire qu'ils peuvent être ensemble».

    Mystère et ésotérisme

    L'ésotérisme -constitué de doctrines spirituelles très souvent secrètes et réservées aux initiés- qui imprègne l'enseignement maçonnique constitue un autre élément important de la distance entre catholiques et franc-maçons. «Même dans le catholicisme, précise Mgr Staglianò, on parle de Mystère. Cependant les Évangiles nous disent que le Mystère caché au cours des siècles ne cesse pas d'être Mystère, mais qu'il cesse d'être caché. Car le Mystère caché au cours des siècles a été révélé».

    La condamnation constante de l'Église

    Retraçant la condamnation constante de la franc-maçonnerie par l'Église au cours des siècles, l'évêque a tenu à rappeler la dernière réponse du dicastère pour la Doctrine de la foi à un évêque des Philippines, datant du 13 novembre 2023 et approuvée par le Pape François, dans laquelle il réaffirme que l'adhésion active reste interdite. «Les fidèles qui adhèrent aux loges sont en état de péché grave et ne peuvent absolument pas avoir accès à la communion», a-t-il conclu.