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BELGICATHO - Page 4

  • Tragédie éthiopienne

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    De Stephan Baier sur le Tagespost :

    Tragédie éthiopienne

    La guerre est de retour en Éthiopie, mais l’Occident ignore largement un conflit aux multiples facettes qui a déjà coûté la vie à des centaines de milliers de personnes et forcé des millions d’autres à fuir leur foyer.

    L’Éthiopie sombre dans le sang et les larmes. Bien en dessous du seuil de perception d’une opinion publique mondiale submergée chaque jour par les nouvelles choquantes provenant des fronts d’Ukraine et du Moyen-Orient, une guerre ethnique fait rage dans l’un des plus anciens pays chrétiens du monde, sans fin en vue. Au moins 600 000 personnes ont été tuées entre novembre 2020 et les deux années qui ont suivi, dans la [guerre civile] entre l’armée éthiopienne et le « Front de libération du peuple du Tigré » (TPLF) ; des millions d’autres ont été contraintes à la fuite.

    À présent, les combats flambent à nouveau. Et ils sont attisés de l’extérieur. L’Érythrée voisine, dirigée de manière dictatoriale, autrefois une province de l’Empire éthiopien et devenue indépendante en 1993 après des décennies de guerre, soutient le TPLF séparatiste. Les relations diplomatiques entre les États voisins s’effondrent en ces jours ; le Soudan s’en mêle également. Plus dramatique encore : l’État éthiopien tout entier menace de s’effondrer. Le chef du gouvernement éthiopien Abiy Ahmed, récompensé en 2019 – non seulement trop tôt, mais probablement à tort – par le prix Nobel de la paix, en porte une part de responsabilité. Depuis des années, il a lui-même attisé les tensions ethniques au lieu de les apaiser.

    À présent, la désintégration de l’État menace

    Tandis que le monde regarde, fasciné, le danger russe et le chaos au Moyen-Orient, s’effondre en Afrique le seul État qui, historiquement, a toujours su résister aux empiètements colonialistes. La résilience de l’Éthiopie reposait autrefois sur la [foi chrétienne] et la forte position de l’Église orthodoxe éthiopienne, sur la maison impériale traditionnelle et sur une conscience identitaire supranationale qui unissait cet État multiethnique. Depuis le putsch militaire de gauche contre la monarchie en 1974, tout cela a commencé à vaciller. À présent, les tensions ethniques menacent de plonger le pays dans une guerre civile sans fin.

    Comme si souvent en ce siècle, l’Occident néglige également dans ce cas une poudrière qui pourrait déclencher, bien au-delà de ses propres frontières, la guerre et des déplacements massifs de populations. La crise intérieure de l’Éthiopie plonge toute l’Afrique de l’Est dans la turbulence ; un effondrement de l’État, lui, déploierait ses ondes de choc bien au-delà.

  • Léon XIV : le début de la transition

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : le début de la transition

    La nomination du cardinal Mauro Gambetti comme archevêque de Chieti-Vasto représente le premier véritable changement de personnel du pontificat de Léon XIV.

    Gambetti était devenu archiprêtre de la basilique Saint-Pierre en 2021 et a achevé son mandat de cinq ans. Il aurait pu être reconduit. Il aurait pu être nommé à un autre poste au Vatican, mais cela n’a pas été le cas.

    Il est envoyé à la tête de l’archidiocèse de Chieti-Vasto, un diocèse mineur jusqu’ici dirigé par l’archevêque Bruno Forte.

    Il est ironique de penser qu’au début du pontificat du pape François, l’archevêque Forte semblait une étoile montante, secrétaire spécial du Synode sur la famille et auteur, entre autres, d’un texte controversé lors de la session synodale de 2014 qui ouvrait la porte à l’accueil des homosexuels.

    Forte incarnait le synode selon le pape François, et il y a douze ans, on lui prédisait une brillante carrière, avec un cardinalat tout proche. Forte a cependant été assez imprudent pour révéler des détails en coulisses du Synode qui, entre autres, mettaient en lumière une certaine ruse de la part du pape François. Il est donc resté à Chieti-Vasto, sans plus occuper de rôles de premier plan, à l’âge de 77 ans.

    Celui qui prend sa place est l’un des cardinaux qui, plus que tout autre, a incarné le modus gubernandi du pape François. Gambetti a été créé cardinal lors du consistoire de 2020, mais n’a occupé aucune charge jusqu’en février 2021, date à laquelle il est devenu archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, en remplacement du cardinal Angelo Comastri.

    Sous Gambetti, la basilique Saint-Pierre a cessé d’accueillir de multiples messes. On a plutôt encouragé la concélébration de messes communautaires. L’accès à la basilique a été divisé entre pèlerins et touristes. Divers consultants ont été engagés, y compris au sein de la Fabrique de Saint-Pierre, créant des disparités de traitement et de travail.

    Après cinq ans comme archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, et six ans comme cardinal, il était assez évident que le cardinal Gambetti serait nommé à un nouveau poste, même s’il n’était absolument pas acquis qu’il irait diriger un diocèse périphérique du centre de l’Italie, sans grande influence même au sein de la Conférence épiscopale italienne.

    C’est une nomination qui ne donne pas l’impression d’une promotion, même si elle ne ressemble pas non plus exactement à une sanction.

    La nomination de Gambetti à Chieti-Vasto a été annoncée le 3 octobre, mais dès le 2 octobre, il a convoqué le Chapitre de Saint-Pierre à 8 heures du matin pour l’annoncer. Ce geste inhabituel montre que très peu de choses, durant le mandat du cardinal Gambetti, ont été véritablement ordinaires.

    Léon XIV a également convoqué une réunion du Chapitre et des membres de la Fabrique de Saint-Pierre pour le 30 novembre à midi. Cela aussi est inhabituel et annonce peut-être de nouvelles nominations ou une nouvelle structure pour la basilique Saint-Pierre et sa Fabrique, avec tout son patrimoine. Il est toutefois frappant que le Pape n’ait pas nommé immédiatement le successeur de Gambetti comme archiprêtre de la basilique Saint-Pierre.

    Il semble que, avant de nommer un successeur, le Pape veuille que les finances de la basilique, du Chapitre et de la Fabrique soient examinées de près, car on murmure que la basilique, le Chapitre et la Fabrique se trouvent désormais en difficulté financière, et l’on raconte aussi que 22 millions auraient été perdus en seulement cinq ans.

    Concernant le nouvel archiprêtre et vicaire du Pape pour l’État de la Cité du Vatican, on évoque le nom de Mgr Corrado Sanguinetti, évêque de Pavie, ainsi que celui de l’ancien maître des cérémonies, Mgr Guido Marini, aujourd’hui à la tête du diocèse de Tortone. Cependant, la nomination prendra du temps.

    Léon XIV s’engage ainsi dans la réforme de l’une des administrations les plus controversées des dernières années du pontificat de François. La succession de Gambetti marque le début d’un nouveau chapitre et, probablement, un tournant dans le pontificat léonin.

    Le Pape doit envisager de remplacer plusieurs chefs de dicastères qui ont plus de 75 ans et approchent de l’âge de la retraite.

    L’un des dicastères clés est le Dicastère pour le Culte divin, dirigé par le cardinal Arthur Roche, aujourd’hui âgé de 77 ans. En tant que secrétaire puis préfet du Dicastère, Roche a renforcé et soutenu la « bataille » du pape François contre le monde traditionaliste. Son remplacement, et celui qui prendra sa place, ont également un poids idéologique. Son adjoint est l’archevêque Vittorio Viola, un autre considéré comme un ennemi de la tradition liturgique, même si, dans le diocèse de Tortone d’où il venait, il s’était distingué par une attention particulière à la liturgie.

    On murmure que Roche comme Viola s’apprêtent à partir.

    Roche pourrait être remplacé par l’archevêque Ravelli, actuellement maître des cérémonies pontificales, mais cette candidature ne semble pas avoir trouvé beaucoup d’écho. Ravelli figure cependant invariablement parmi ceux destinés à un nouveau poste, car Léon XIV pourrait vouloir un autre maître des cérémonies à ses côtés. Il est peut-être plus probable qu’il soit nommé secrétaire du dicastère, tandis que l’archevêque Viola semble destiné à une promotion au cardinalat, à savoir préfet du Dicastère pour les Causes des saints. Le préfet actuel, le cardinal Marcello Semeraro, a 78 ans et prendra bientôt sa retraite.

    On ne sait pas encore qui sera le nouveau préfet de la liturgie, et Léon XIV s’est jusqu’ici montré très habile à redistribuer les cartes. Les préfets choisis jusqu’à présent par Léon sont de deux types : les clercs sont en général des hommes laborieux, modestes et pas nécessairement charismatiques, mais reconnus comme honnêtes ; les laïcs ont jusqu’ici été toutes des femmes, de sœur Alessandra Smerilli à Maria Montserrat Alvarado, qui prendra ses fonctions de préfète du Dicastère pour la Communication en novembre.

    Le nouveau préfet instaurera-t-il enfin la paix liturgique ?

    On l’espère, étant donné que la fracture entre le monde traditionaliste et le Saint-Siège est aujourd’hui plus ouverte que jamais, à la suite du schisme des lefebvristes qui ont consacré de nouveaux évêques sans mandat papal.

    Certes, la question lefebvriste méritait un examen plus approfondi, et le décret du Dicastère pour la Doctrine de la foi présente plusieurs problèmes, puisqu’il déclare même nuls les sacrements de confession et de mariage administrés par les membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.

    Les prêtres de la FSSPX pouvaient validement entendre les confessions et absoudre les pénitents en vertu de certaines exceptions existantes et d’une permission explicite de l’époque de François, mais le mariage est différent. Les ministres du sacrement sont les époux eux-mêmes, et les clercs se contentent de recevoir les vœux des époux pour l’Église. C’est une affaire compliquée, et le décret du DDF n’a sans doute pas rendu justice à toute cette complexité.

    En tout cas, il n’est pas question, pour l’heure, d’un changement à la tête du Dicastère pour la Doctrine de la foi, où le cardinal Victor Manuel Fernández a encore deux ans de mandat. Léon XIV ne semble pas vouloir mettre en œuvre un système de dépouille radical, mais plutôt agir lorsque les mandats des nominations du pontificat précédent expirent.

    Une exception à ce raisonnement concerne le Secrétariat d’État.

    Des rumeurs suggèrent que le cardinal Pietro Parolin serait prêt à se retirer pour devenir grand maître de l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre. Parolin a 72 ans, avec encore trois ans avant la retraite, mais il a exercé les fonctions de secrétaire d’État pendant plus de deux mandats de cinq ans. Ce ne sont cependant que des rumeurs. Pour l’instant, le cardinal Parolin semble solidement en place.

    Le départ de Gambetti marque toutefois le moment où Léon XIV commence à assembler son équipe et à imprimer sa propre marque personnelle sur le pontificat. Le pape François a laissé de nombreuses questions en suspens, et jusqu’à présent, Léon XIV s’est principalement concentré sur les questions ecclésiastiques. Sur le plan économique, il a privilégié la continuité, tant en nommant le cardinal Reinhard Marx pour un troisième mandat à la présidence du Conseil pour l’économie qu’en nommant François Pauly président du Conseil de surveillance de l’IOR après de Franssu. Pour les ministères ecclésiastiques, il a maintenu un profil bas, recherchant la normalité. Pour les ministères plus opérationnels, comme les communications, il a recherché des profils plus opérationnels et managériaux.

    Ces tendances ne reflètent pas pleinement le caractère du pontificat, mais ne révèlent qu’un pape qui s’efforce de prendre des décisions prudentes.

    Il n’est ni François 2.0 ni un second François. C’est un pape avec ses propres caractéristiques, qui n’a rien contre le pontificat précédent, mais qui cherche néanmoins sa propre dimension dans le gouvernement de l’Église. On ne peut le définir ni comme progressiste ni comme conservateur. Il est, tout simplement, Léon. C’est une synthèse personnelle qui inclura des actions telles que le retrait de l’archiprêtre de la basilique Saint-Pierre, ou l’inaction dans d’autres situations.

    Ce n’est pas surprenant. Ce n’est qu’une transition lente.

  • Marie Faustine Kowalska : une apôtre de la Miséricorde divine morte à 33 ans (5 octobre)

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    faustina-a6.jpgMARIE FAUSTINE KOWALSKA

    1905-1938

    Nous reproduisons la notice figurant sur le site du Vatican : http://www.vatican.va/

    Soeur MARIE FAUSTINE, apôtre de la Miséricorde Divine, compte aujourd'hui parmi les Saints les plus célèbres de l'Eglise. Par son intermédiaire, le Seigneur Jésus transmet au monde entier Son grand message de la Miséricorde Divine et montre un modèle de perfection chrétienne fondée sur la confiance en Dieu et sur une attitude miséricordieuse envers le prochain.

    Elle est née le 25 août 1905, troisième des dix enfants de Marianna et Stanisław Kowalski, agriculteurs dans le village de Głogowiec. Au baptême, dans l'église paroissiale de Świnice Warckie, elle a reçu le prénom d'Hélène. Depuis son enfance, elle se distingua par l'amour de la prière, l'assiduité, l'obéissance et par une grande sensibilité à la misère des hommes. A neuf ans, elle a fait sa Première Communion qu'elle a profondément vécue, consciente de la présence de l'Hôte Divin dans son âme. Elle a fréquenté l'école pendant moins de trois ans. Adolescente, elle a quitté la maison familiale pour gagner sa vie et pour aider ses parents comme servante dans des familles aisées à Aleksandrów, Łódź et Ostrówek.

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  • Les révélations faites à sainte Faustine Kowalska (5 octobre)

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    De Seraphim, le blog de Marc-Elie :

    Révélations à Sainte Faustine (Kowalska)

    Fin octobre 1936, Sœur Faustine dut descendre en enfer, lieu d’horreur, afin d’en rendre compte. Elle écrit dans son journal :

    << Aujourd’hui, un ange m’a conduite dans les abîmes de l’enfer. C’est un lieu de grande souffrance, d’une étendue affreusement grande. Les différents tourments que j’y ai vus sont les suivants :

    le premier tourment, qui constitue l’enfer, c’est la perte de Dieu ;
    le deuxième, les reproches permanents de la conscience ;
    le troisième, le fait que cet état soit immuable ;
    le quatrième est le feu qui dévore l’âme sans la détruire ; c’est un tourment épouvantable, un feu allumé par la colère de Dieu ;
    le cinquième tourment, c’est l’obscurité permanente et une puanteur abominable ; bien qu’il fasse nuit, les démons et les âmes damnées se voient les uns les autres ; ils voient la méchanceté des autres et aussi leur propre méchanceté ;
    le sixième tourment est la compagnie incessante de Satan ;
    le septième, le désespoir épouvantable, la haine envers Dieu, les médisances, malédictions et outrages.

    Ce sont les tourments que tous les damnés endurent en commun, mais ce n’est pas tout. Il y a aussi les tourments particuliers des sens. Ce avec quoi une âme a péché, c’est par là qu’elle est torturée de manière épouvantable et indescriptible. Il existe des cavités affreuses et des abîmes de la torture où chaque tourment diffère des autres.

    Au vu de cette souffrance abominable, je serais morte si la toute-puissance du Seigneur ne m’avait soutenue. Que le pécheur sache que c’est avec l’organe des sens, par lequel il a péché, qu’il sera torturé pendant toute l’éternité. J’écris cela sur ordre du Seigneur, afin qu’aucune âme ne puisse s’excuser en prétendant qu’il n’y a pas d’enfer, ou bien que personne n’y est allé et que l’on ne sait pas ce qui s’y trouve.

    Moi, Sœur Faustine, je me suis trouvée dans l’abîme de l’enfer sur ordre du Seigneur afin de témoigner que l’enfer existe. Je ne peux pas en parler maintenant, car l’ordre du Seigneur est que je fasse une déposition écrite. Les démons étaient remplis de haine à mon égard mais, à cause de l’ordre du Seigneur, ils durent m’obéir. Ce que j’ai écrit n’est qu’un faible reflet de ce que j’ai vu. J’ai pu remarqué que la plupart des âmes qui s’y trouvent sont celles qui n’ont pas cru à l’enfer.

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  • La rencontre de François d'Assise et du sultan ou l'exploitation abusive d'un joli mythe

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    On ne cesse de nous présenter la rencontre de François d'Assise avec le sultan d’Égypte Al-Malik al-Kâmil comme un précédent emblématique du dialogue interreligieux et en particulier de celui entre le christianisme et l'islam actualisé par la rencontre entre le pape et le grand imam d'Al-Azhar qui a débouché sur la déclaration commune d'Abou Dhabi. Cette récupération d'un évènement historique - consistant pour François d'Assise non à rechercher un dialogue avec l'Islam mais visant à obtenir la conversion du sultan - pour justifier la ligne de conduite adoptée par le pape François est pourtant abusive et ne correspond pas à la réalité historique comme l'a démontré l'historien John Tolan (Le saint chez le sultan (Seuil, Paris, 2007) :

    Un si joli mythe (Témoignage chrétien (Philippe Clanché), 31 octobre 2019)

    La célèbre rencontre entre François d’Assise et le sultan d’Égypte, en 1219, a-t-elle été le premier dialogue entre chrétiens et musulmans ? Pour l’historien John Tolan*, rien n’est moins sûr.

    On célèbre cette année le huit centième anniversaire de la rencontre de François d’Assise et du sultan d’Égypte Al-Malik al-Kâmil ? Qu’en sait-on historiquement ?

    La scène se déroule durant la cinquième croisade. En 1219, les croisés étaient alors ensablés devant la ville portuaire de Damiette, en Égypte, que le sultan défendait avec succès. Deux chroniqueurs de l’époque racontent que François est arrivé dans le camp des croisés et qu’il est passé voir le sultan, avec un compagnon nommé Illuminé, lors d’une période de trêve et de négociation de paix. On sait que certains parmi leurs proches les ont prévenus du danger et ont tenté de les décourager. Les récits rapportent que François et Illuminé sont revenus quelques jours plus tard, sains et saufs.

    Que se sont dit François et Al-Kâmil ?

    On pense que le dialogue fut plutôt paisible et respectueux. Sur son contenu, les versions divergent. L’hagiographie franciscaine avance que François a cherché activement le martyr, ou du moins qu’il était prêt à cette éventualité. D’autres récits mettent l’accent sur son désir de convertir son hôte musulman. La première raison n’exclut pas l’autre. En créant ce qui allait devenir l’ordre franciscain, François cherchait à recréer une vie apostolique, en prenant pour modèle les apôtres et leur désir de pauvreté et d’humilité. Ceux-ci ont tous prêché l’évangile aux infidèles et tous ont été martyrisés. Il est logique que François ait vu ainsi son destin, mais il a fait preuve d’humilité et de respect envers le sultan. Ce dernier, qui vivait entouré de chrétiens et de juifs, ne voulait pas se convertir, mais ne voulait aucun mal à un visiteur comme François. L’épisode, événement mineur dans la Croisade, est passé presque inaperçu sur le moment. Certains chroniqueurs ne le mentionnent pas.

    Comment l’événement s’est-il intégré dans l’histoire franciscaine ?

    L’épisode fait débat dès les premières hagiographies. À partir du XIVe siècle, la mémoire de François fait l’objet d’une tension au sein de l’ordre entre deux courants : les spiritualistes et les conventuels. Un des biographes du saint a écrit que François était prêt à convertir le sultan, mais que la division des siens l’a obligé à abandonner la mission en Égypte.

    À partir de quand le geste de François est-il devenu un symbole du dialogue interreligieux ?

    Au XXe siècle, de nombreux auteurs et théologiens ont voulu faire de François un apôtre du dialogue avec les musulmans. Cette relecture historique s’est renforcée avec le concile Vatican II, et plus encore après les attentats de 2001. Giulio F. Basetti-Sani (1912-2001), frère franciscain, a affirmé que François avait pour but, à Damiette, d’entreprendre un dialogue pour la paix. Selon lui, le saint d’Assise avait compris que la croisade était contraire à l’amour prêché par l’Évangile et aurait tout fait pour l’en empêcher. Ne pouvant convaincre les papes, François aurait d’abord cherché à rejoindre un mouvement pacifiste en France, puis serait parti dans les rangs des croisés pour les enjoindre de renoncer. De nombreux franciscains ont suivi cette théorie. Des auteurs littéraires ont également défendu cette vision de François. Le romancier grec Níkos Kazantzákis, dans Le Pauvre d’Assise, présente un François initialement favorable à la croisade qui change d’avis en voyant les tueries et les pillages commis par les soldats chrétiens lors du siège de Damiette. Dans Frère François, Julien Green raconte que le saint a tenté d’éviter l’assaut des croisés et qu’en désespoir de cause il est allé chez le sultan. Selon lui, en échangeant avec cet homme érudit et agréable, François a acquis une très bonne image de l’islam. En réalité, rien n’indique cela. N’oublions pas le contexte de l’événement, un temps de violence.

    Comment vos travaux sont-ils reçus par les héritiers de François ?

    Les franciscains, très impliqués dans le dialogue interreligieux, et particulièrement avec les musulmans, m’invitent régulièrement. Je leur dis que l’image de François homme de dialogue est un joli mythe, mais pas la réalité. Je suis entendu par beaucoup, mais certains n’arrivent pas à accepter ma thèse.

    Qu’en est-il dans le monde arabo-musulman ?

    L’épisode y est très peu connu. Je n’ai quasiment rien trouvé dans les sources ou auprès de mes collègues. D’un point de vue arabe, on regarde aujourd’hui les croisades moins dans leur dimension religieuse que comme un phénomène précurseur du colonialisme européen.

    Propos recueillis par Philippe Clanché.

    * Professeur d’histoire à l’université de Nantes, spécialiste des études médiévales, auteur de Le Saint chez le Sultan. La rencontre de François d’Assise et de l’Islam. Huit siècles d’interprétation (Seuil, 2007).

    On peut aussi lire - avec la prudence qui s'impose - cette étude parue ICI.

  • La joie parfaite selon saint François d'Assise

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    Comment Saint François, cheminant avec frère Léon, lui exposa ce qu'est la joie parfaite :

    saint François 220px-StFrancis_part.jpgComme saint François allait de Pérouse à Sainte Marie des Anges avec frère Léon, au temps d'hiver, et que le froid très vif le faisait beaucoup souffrir, il appela frère Léon qui marchait un peu en avant, et parla ainsi : « O frère Léon, alors même que les frères Mineurs donneraient en tout pays un grand exemple de sainteté et de bonne édification, néanmoins écris et note avec soin que là n'est pas point la joie parfaite. »

    Et saint François allant plus loin l'appela une seconde fois : « O frère Léon, quand même le frère Mineur ferait voir les aveugles, redresserait les contrefaits, chasserait les démons, rendrait l'ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, la parole aux muets et, ce qui est un plus grand miracle, ressusciterait des morts de quatre jours, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

    Marchant encore un peu, saint François s'écria d'une voix forte : « O frère Léon, si le frère Mineur savait toutes les langues et toutes les sciences et toutes les Écritures, en sorte qu'il saurait prophétiser et révéler non seulement les choses futures, mais même les secrets des consciences et des âmes, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

    Allant un peu plus loin, saint François appela encore d'une voix forte : « O frère Léon, petite brebis de Dieu, quand même le frère parlerait la langue des Anges et saurait le cours des astres et les vertus des herbes, et que lui seraient révélés tous les trésors de la terre, et qu'il connaîtrait les vertus des oiseaux et des poissons, de tous les animaux et des hommes, des arbres et des pierres, des racines et des eaux, écris qu'en cela n'est point la joie parfaite. »

    Et faisant encore un peu de chemin, saint François appela d'une voix forte : « O frère Léon, quand même le frère Mineur saurait si bien prêcher qu'il convertirait tous les fidèles à la foi du Christ, écris que là n'est point la joie parfaite. »

    Et comme de tels propos avaient bien duré pendant deux milles, frère Léon, fort étonné, l'interrogea et dit : « Père, je te prie, de la part de Dieu, de me dire où est la joie parfaite. » et saint François lui répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu'il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres ; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu'il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu'à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d'injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

    Et si nous persistons à frapper, et qu'il sorte en colère, et qu'il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d'ici misérables petits voleurs, allez à l'hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

    Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l'amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu'il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s'il sort avec un bâton noueux, et qu'il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les noeuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu'en cela est la joie parfaite.

    Et enfin, écoute la conclusion, frère Léon : au-dessus de toutes les grâces et dons de l'Esprit-Saint que le Christ accorde à ses amis, il y a celui de se vaincre soi-même, et de supporter volontiers pour l'amour du Christ les peines, les injures, les opprobres et les incommodités ; car de tous les autres dons de Dieu nous ne pouvons nous glorifier, puisqu'ils ne viennent pas de nous, mais de Dieu, selon ce que dit l'Apôtre : « Qu'as-tu que tu ne l'aies reçu de Dieu ? et si tu l'as reçu de lui, pourquoi t'en glorifies-tu comme si tu l'avais de toi-même ? ». Mais dans la croix de la tribulation et de l'affliction, nous pouvons nous glorifier parce que cela est à nous, c'est pourquoi l'Apôtre dit « Je ne veux point me glorifier si ce n'est dans la croix de Notre-Seigneur Jésus Christ. » : à qui soit toujours honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen.

    (Thomas de Celano, biographie de saint François d’Assise)

    Ref. la joie parfaite selon saint François d’Assise

    Le pape Benoît XVI a écrit : « En disant que la souffrance est une face intérieure de l’amour nous comprenons pourquoi il est si important d’apprendre à souffrir et, inversement, pourquoi éviter à tout prix la souffrance rend l’homme inapte à la vie : il connaîtrait le vide de l’existence qui ne peut entraîner qu’amertume et refus, et non acceptation et maturation : celui qui a intérieurement accepté la souffrance mûrit et devient compréhensif envers les autres et plus humain. Celui qui a toujours évité la souffrance ne comprend pas les autres : il devient dur et égoïste ». En ce sens, nous pouvons répéter cette parole si mal comprise de saint Josémaria Escriva : « bénie soit la douleur, aimée soit la douleur, sanctifiée soit la douleur » (Chemin, n° 108) qui accomplit en nous l’Homme nouveau. Car depuis le matin de Pâques, nous le savons : sa croix et ses plaies sont devenues glorieuses. Alleluia.

    JPSC

  • François d'Assise et le sultan : "l'Amour n'est pas aimé"

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    Saint François avait déjà essayé par deux fois de se rendre en Terre Sainte pour faire connaître le Christ aux Musulmans, mais à chaque tentative, il tombait malade en cours de route et était obligé d'abandonner son projet. En 1219, la guerre fait rage entre les Croisés et l'Islam. Les deux armées se faisaient face. Le sultan al-Kamil avait même publié un décret promettant une forte récompense en or à quiconque apporterait la tête d'un chrétien. Les Croisés commandés par Pélage essayaient de prendre le port de Damiette avec l'intention de conquérir l'Égypte.

    C'est dans ces circonstances de conflit que Saint François avec son compagnon frère Illuminé, décident d'aller prêcher l'Evangile chez les Musulmans. En réalité, leur objectif c'est d'aller voir le Sultan lui-même (pas moins) pour lui parler du Christ! Dans le camps des Croisés on les prend pour des fous. On essaye de les empêcher de partir car on est sûr qu'ils se feront massacrer. Mais face à la détermination de Saint François, ils les laissent partir. Après avoir prié, ils s'en vont en chantant: "Si j'ai à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi." Après quelques heures de marche ils rencontrent deux brebis; à leur vue François dit à son compagnon: "Aie confiance dans le Seigneur, frère, car voici accompli pour nous cet avertissement de l'Évangile : "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups."

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  • François d'Assise (4 octobre)

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    Du pape BENOÎT XVI, lors de l'AUDIENCE GÉNÉRALE du mercredi 27 janvier 2010, cette catéchèse consacrée à saint François d’Assise :

    Chers frères et sœurs,

    Dans une récente catéchèse, j'ai déjà illustré le rôle providentiel que l'Ordre des frères mineurs et l'Ordre des frères prêcheurs, fondés respectivement par saint François d'Assise et par saint Dominique Guzman, eurent dans le renouveau de l'Eglise de leur temps. Je voudrais aujourd'hui vous présenter la figure de François, un authentique « géant » de sainteté, qui continue à fasciner de très nombreuses personnes de tous âges et de toutes religions.

    « Surgit au monde un soleil ». A travers ces paroles, dans la Divine Comédie (Paradis, chant XI), le plus grand poète italien Dante Alighieri évoque la naissance de François, survenue à la fin de 1181 ou au début de 1182, à Assise. Appartenant à une riche famille – son père était marchand drapier –, François passa son adolescence et sa jeunesse dans l'insouciance, cultivant les idéaux chevaleresques de l'époque. A l'âge de vingt ans, il participa à une campagne militaire, et fut fait prisonnier. Il tomba malade et fut libéré. De retour à Assise, commença en lui un lent processus de conversion spirituelle, qui le conduisit à abandonner progressivement le style de vie mondain qu'il avait mené jusqu'alors. C'est à cette époque que remontent les célèbres épisodes de la rencontre avec le lépreux, auquel François, descendu de cheval, donna le baiser de la paix, et du message du Crucifié dans la petite église de saint Damien. Par trois fois, le Christ en croix s'anima, et lui dit: « Va, François, et répare mon église en ruine ». Ce simple événement de la parole du Seigneur entendue dans l'église de Saint-Damien renferme un symbolisme profond. Immédiatement, saint François est appelé à réparer cette petite église, mais l'état de délabrement de cet édifice est le symbole de la situation dramatique et préoccupante de l'Eglise elle-même à cette époque, avec une foi superficielle qui ne forme ni ne transforme la vie, avec un clergé peu zélé, avec un refroidissement de l'amour; une destruction intérieure de l'Eglise qui comporte également une décomposition de l'unité, avec la naissance de mouvements hérétiques. Toutefois, au centre de cette église en ruines se trouve le crucifié, et il parle: il appelle au renouveau, appelle François à un travail manuel pour réparer de façon concrète la petite église de Saint-Damien, symbole de l'appel plus profond à renouveler l'Eglise même du Christ, avec la radicalité de sa foi et l'enthousiasme de son amour pour le Christ. Cet événement qui a probablement eu lieu en 1205, fait penser à un autre événement semblable qui a eu lieu en 1207: le rêve du Pape Innocent III. Celui-ci voit en rêve que la Basilique Saint-Jean-de-Latran, l'église mère de toutes les églises, s'écroule et un religieux petit et insignifiant la soutient de ses épaules afin qu'elle ne tombe pas. Il est intéressant de noter, d'une part, que ce n'est pas le Pape qui apporte son aide afin que l'église ne s'écroule pas, mais un religieux petit et insignifiant, dans lequel le Pape reconnaît François qui lui rend visite. Innocent III était un Pape puissant, d'une grande culture théologique, et d'un grand pouvoir politique, toutefois, ce n'est pas lui qui renouvelle l'église, mais le religieux petit et insignifiant: c'est saint François, appelé par Dieu. Mais d'autre part, il est intéressant de noter que saint François ne renouvelle pas l'Eglise sans ou contre le Pape, mais seulement en communion avec lui. Les deux réalités vont de pair: le Successeur de Pierre, les évêques, l'Eglise fondée sur la succession des apôtres et le charisme nouveau que l'Esprit Saint crée en ce moment pour renouveler l'Eglise. C'est ensemble que se développe le véritable renouveau.

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  • Devant le mal, réalisme et espérance (homélie du 27e dimanche A)

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    De l'abbé Christophe Cossement sur son blog :

    Devant le mal, réalisme et espérance

    homélie du 27e dimanche A (archive du 8 octobre 2017)

    Aujourd’hui nous avons en quelque sorte accès au problème de Dieu confronté au mal, à l’injustice sous toutes ses formes. Plusieurs possibilités s’offrent à lui. La première, qui n’est pas envisagée ici, serait qu’il déclare : j’oublie tout le mal qui est fait, je passe l’éponge, et je vous demande de faire pareil. Cette façon de faire, qui déclare que le mal n’est finalement pas si grave, est un faux pardon, qui méprise celui qui a enduré l’injustice au plus profond de son être. Et même celui qui fait le mal n’est pas respecté par ce coup d’éponge céleste, car c’est comme si son agir avait peu de valeur et de poids.

    Une autre solution s’offre à Dieu, que nous voyons esquissée dans l’avertissement du prophète Isaïe. Le prophète met dans les possibilités qui s’offrent à Dieu ce dessein : puisque vous commettez l’injustice je vais vous dévaster, vous mettre au pas en faisant retomber sur vous le mal que vous avez commis. Cette attitude, nous la voyons monter en nous aussi lorsque nous voudrions que le coupable paie jusqu’au bout le méfait commis. Nous le faisons payer en le mettant en prison, en l’ignorant dans notre famille, ou par d’autres représailles dont nous avons le secret.

    La troisième solution est évoquée par Jésus dans la parabole des vignerons assassins. Il parle des prophètes que Dieu a envoyé à son peuple inlassablement pour le ramener sur le chemin de la vérité et de la justice. Tous ces prophètes ont été ignorés ou exclus d’une manière ou d’une autre. Jésus parle alors de ce projet fou de Dieu : je vais envoyer mon Fils, ils respecteront mon Fils ! Et il suggère à l’avance la manière dont il mourra, lui le Fils : mis à mort hors de Jérusalem avec préméditation.

    La mise à mort de Jésus pourrait passer pour un échec de plus. Mais Jésus annonce ce qu’il fera par sa mort, en citant le psaume 117 : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Lui, le Fils, l’innocent, il ne fait pas que mourir injustement, il prend sur lui le pouvoir du mal, il le noie dans son amour d’homme-Dieu. Ce que le mal abîme, ce que le mal détruit, il s’en charge en se laissant rejeter et clouer sur une croix, lui le Dieu d’Israël, lui par qui tout a été fait (Col 1,16 et le Credo).

    On dit qu’il nous a « rachetés », et on parle de rédemption. J’aime beaucoup ces mots, à une époque ou se réveille le désir de faire payer le coupable. C’est lui, le Christ, qui a vraiment payé tout ce que le mal détruit, et quand nous contemplons la croix nous le comprenons de plus en plus. Un jour, Jésus a dit que nous devions pardonner comme lui, mais nous nous demandons : comment vais-je faire ? Comment en suis-je capable ? Maintenant nous voyons le chemin. Nous irons près du Christ en croix, nous lui dirons : tu nous as racheté, lui mon agresseur et moi qui suis aussi un pécheur, tu as tout payé pour nous. Donne-moi la force de pardonner ! Toi, la pierre rejetée qui est devenue la pierre angulaire, je viens poser ma vie près de la tienne pour construire ensemble l’Église et le monde.

    Voici 20 ans que je suis prêtre, et je découvre de plus en plus combien le Christ est le chemin d’avenir de l’humanité. Les réponses qu’il apporte, par son enseignement et surtout par sa vie, par sa mort sur la croix et sa résurrection, ces réponses sont exactement ce dont nous avons besoin pour affronter le problème du mal et de la mort avec réalisme et espérance. Ce n’est pas que tout est facile à la suite du Christ, mais tout s’éclaire, chemin faisant. Et quand nous restons fidèles ou que nous le redevenons, notre vie devient belle et féconde.

    Cela fait aussi 20 ans que je sers le Christ dans son Église. Et je remarque ceci : il y a beaucoup d’imperfection dans l’Église, beaucoup de choses qui ne vont pas comme nous trouvons qu’elles devraient aller, mais l’Église réussit sa mission avec l’aide de l’Esprit Saint. Sa mission, c’est de transmettre le Christ, c’est de faire que l’amour du Christ s’allume dans le cœur des gens d’aujourd’hui. Et l’Église réussit sa mission avec toutes les sortes de personnes que nous sommes, ensemble. Elle est un miracle de transmission, qui permet à chacun d’apporter sa pierre. Les saints, bien sûr, mais aussi les médiocres parviennent à porter un peu de fruit pour l’avenir, bien que ce soit au milieu des souffrances. C’est la grandeur de l’Église de réussir cette mission de transmission avec tous, sans être un club de personnes excellentes. Donc, si vous voulez me faire un beau cadeau d’anniversaire, soyez fidèles au Christ et soyez le dans son Église.

  • 27e dimanche ordinaire : "Une allégorie touchante de l'alliance de Dieu avec son peuple"

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    193__400x300_01-worker-vineyard_0.jpg27e dimanche ordinaire : homélie prononcée par Benoît XVI le 5 octobre 2008 lors de la messe d'ouverture de la XIIe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques :

    La première Lecture, tirée du livre du prophète Isaïe, tout comme la page de l'Evangile selon Matthieu, ont proposé à notre assemblée liturgique une image allégorique suggestive des Saintes Ecritures:  l'image de la vigne, dont nous avons déjà entendu parler les dimanches précédents. La péricope initiale du récit évangélique fait référence au "cantique de la vigne" que nous trouvons dans Isaïe. Il s'agit d'un chant situé dans le contexte automnal de la vendange:  un petit chef-d'œuvre de la poésie juive, qui devait être très familier aux auditeurs de Jésus et à partir duquel, ainsi qu'à partir d'autres références des prophètes (cf. Os 10, 1; Jr 2, 21; Ez 17, 3-10; 19, 10-14; Ps 79, 9-17), on comprenait bien que la vigne désignait Israël. A sa vigne, au peuple qu'il s'est choisi, Dieu réserve les mêmes soins qu'un époux fidèle prodigue à son épouse (cf. Ez 16, 1-14; Ep 5, 25-33).

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  • L'introit "in voluntate tua" du 27ème dimanche du temps ordinaire

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    Introitus

    In voluntate tua, Domine, universa sunt posita,
    et non est qui possit resistere voluntati tuae:
    tu enim fecisti omnia, caelum et terram,
    et universa quae caeli ambitu continentur:
    Dominus universorum tu es.
     
    En votre volonté, Seigneur, toutes choses sont placées,
    et il n’est personne qui puisse résister à votre volonté:
    car c’est vous qui avez tout créé, le ciel et la terre,
    et tout ce qui est contenu sous la voûte du ciel:
    le Seigneur de toutes choses, c’est vous.
     
    Ps.  1
    Beati immaculati in via:
    qui ambulant in lege Domini.
     
    Heureux les immaculés sur la voie:
    ceux qui marchent dans la loi du Seigneur !
  • Le pape Léon en France : la guillotine et la cathédrale (Mgr Mutsaerts)

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    De Mgr Rob Mutsaerts sur son blog :

    27 septembre 2026

    Le pape Léon en France : la guillotine et la cathédrale

    La Révolution française a offert au monde trois mots magnifiques : liberté, égalité et fraternité. Il est difficile de s’opposer à de tels mots. Le problème n’est apparu que lorsque les révolutionnaires ont décidé d’expliquer ce qu’ils entendaient par là.

    La liberté signifiait, par exemple, qu’un prêtre était parfaitement libre de prêter serment au nouvel État. Et s’il ne le faisait pas, l’État l’accompagnait aimablement jusqu’à la guillotine. L’égalité signifiait que tous étaient égaux devant la loi, à ceci près que certains devaient d’abord être éliminés. Et la fraternité finit par tourner au fratricide.

    Le tragique des révolutions, c’est qu’elles commencent souvent par une indignation parfaitement légitime et s’achèvent par une solution parfaitement insensée. L’Église française de l’Ancien Régime avait elle aussi ses défauts. Elle possédait des richesses, des privilèges et entretenait parfois avec le pouvoir des relations par trop confortables. Une réforme était urgente. Mais les révolutionnaires ont généralement une curieuse façon de résoudre le problème d’un toit qui fuit : ils mettent le feu à la maison.

    À partir de 1789, les biens de l’Église furent confisqués — évidemment sans indemnisation ; les ordres religieux furent supprimés et, en 1790, la Constitution civile du clergé soumit l’Église à une organisation étatique tyrannique. La radicalisation qui suivit déboucha sur la déchristianisation de 1792-1794 : les églises furent fermées ou désacralisées et les membres du clergé comptèrent parmi les victimes de la violence révolutionnaire.

    On voulait libérer la France de la superstition. Et, pour démontrer à quel point on était devenu rationnel, on inventa ensuite un nouveau calendrier, de nouvelles fêtes, de nouveaux cultes et même un Culte de la Raison. Il n’y avait évidemment plus de place pour Noël ni pour Pâques dans ce nouveau calendrier.

    Il est difficile d’imaginer meilleure satire de l’athéisme que des athées construisant un autel à la Raison. Car l’homme se révèle être un animal obstinément religieux. Dès qu’il chasse Dieu du temple, il se met curieusement à construire des temples pour des abstractions.

    Regardez notre époque, où certains embrassent l’absurde culture woke. Il y a quelque chose de touchant dans une époque qui a supprimé Dieu et se met aussitôt à chercher un remplaçant. L’homme libéral progressiste a quitté l’Église parce qu’il estimait qu’elle parlait trop du péché, de la culpabilité, de la conversion et de la vérité. Il a ensuite inventé le wokisme, qui parle essentiellement de péché, de culpabilité, de conversion et de vérité. Mais sans pardon, sans grâce et sans humour.

    Et voici maintenant la partie véritablement comique de l’histoire.

    Plus de deux siècles plus tard, un pape traverse Paris. Pas en cachette, pas dans une voiture fermée, pas entouré de dix personnes de l’amicale des retraités. Non : ce week-end, les Champs-Élysées étaient remplis pour Léon XIV. Selon Reuters, le Vatican a estimé à environ 700 000 personnes l’assistance à la messe en plein air. Quelques jours auparavant, 80 000 jeunes avaient rempli le Stade de France pour une veillée de prière avec le pape.

    Ce dernier chiffre est peut-être encore plus étonnant. Car pendant des années, on nous a assuré que le christianisme allait disparaître. Voltaire était convaincu que, cent ans après la Révolution française, plus personne ne parlerait du christianisme. L’avenir serait séculier. Les églises deviendraient des musées. La religion disparaîtrait dès lors que la population serait enfin « éclairée ».

    Et puis voilà que quatre-vingt mille jeunes se présentent. C’est plutôt gênant pour la théorie.

    Plus gênants encore sont les chiffres des baptêmes. En France, selon les chiffres de l’Église française, plus de 13 000 adultes ont été baptisés à Pâques dernier. C’est plus de trois fois le chiffre enregistré dix ans auparavant.

    Il ne faut évidemment pas en conclure immédiatement que la France redeviendra demain la France de saint Louis. L’Europe continue de se séculariser fortement, la pratique religieuse reste faible dans de nombreux endroits et l’Église catholique porte en outre de profondes blessures, notamment en raison des scandales d’abus sexuels auxquels le pape Léon a de nouveau été confronté précisément au cours de ce voyage.

    Mais c’est justement ce qui rend la situation intéressante. Le christianisme ne revient pas parce que les circonstances lui seraient particulièrement favorables. Il revient alors que presque personne, dans la culture dominante, ne s’y attendait.

    Et peut-être est-ce précisément ainsi que le christianisme revient habituellement.

    Après tout, il a commencé un jour dans une étable, avec douze hommes plutôt mal choisis et avec le fils d’un charpentier crucifié. Le christianisme possède cette habitude irritante d’être enterré juste avant de ressusciter.

    La Révolution française pensait pouvoir remplacer l’Église par la Raison. Mais l’homme ne demande pas seulement : Comment fonctionne le monde ? Il demande aussi : Pourquoi est-ce que j’existe ? Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi dois-je être bon ? Pourquoi la culpabilité fait-elle souffrir ? Pourquoi désirons-nous un amour qui survive à la mort ?

    Et lorsqu’une civilisation sécularisée a jeté toutes les réponses à ces questions, elle ne devrait pas s’étonner de voir un jour ses enfants monter au grenier à la recherche des caisses laissées par leurs grands-parents.

    Ils y découvrent soudain un crucifix, un chapelet, Thomas d’Aquin, Augustin, un chant grégorien, une cathédrale.

    Et surtout une affirmation pour le moins singulière : l’univers n’est pas indifférent, le bien et le mal existent réellement, chaque être humain possède une dignité inaliénable et Dieu n’est pas resté à distance, mais s’est lui-même fait homme.

    Pour quelqu’un qui a grandi avec le message selon lequel il n’est qu’un assemblage fortuit d’atomes autorisé à consommer pendant quelques décennies avant que la lumière ne s’éteigne, cette nouvelle peut avoir quelque chose d’étonnamment rafraîchissant.

    C’est peut-être là qu’il faut chercher une part de l’attrait exercé sur les jeunes. Non pas parce qu’ils seraient soudainement tous devenus réactionnaires, mais parce que la rébellion change de direction lorsque l’ordre établi change lui-même.

    En 1968, il était rebelle de contredire le curé. En 2026, il peut être presque rebelle de l’écouter.

    Lorsque tout le monde affirme que la liberté consiste à n’être lié à rien, un jeune peut découvrir que l’amour signifie précisément accepter de se lier. Lorsque tout le monde affirme que la vérité est personnelle, il devient aventureux de soupçonner que la vérité est peut-être une réalité objective, valable pour tous. Lorsque tout le monde affirme que la tradition est étouffante, une Église vieille de deux mille ans peut soudain paraître plus exotique que la énième tendance TikTok, déjà ringarde le jeudi suivant.

    Et c’est là que se trouve une magnifique ironie de l’histoire.

    Les révolutionnaires avaient voulu faire disparaître les croix. La France les a remises en place.

    Ils avaient fermé les monastères. Il existe toujours des monastères.

    Ils avaient voulu rendre la foi inutile. Plus de deux siècles plus tard, des jeunes font la queue pendant des heures pour voir un pape.

    Ils avaient même changé le calendrier pour montrer clairement qu’une nouvelle ère avait commencé. Et aujourd’hui, personne ne demande : « Quel jour sommes-nous dans le mois de Thermidor ? »

    Même la République française utilise de nouveau le calendrier qui compte les années à partir de la naissance de Jésus.

    Ce n’est pas un si mauvais résultat pour une foi dont on a annoncé la mort à plusieurs reprises.

    Il existe une conviction moderne tenace selon laquelle la sécularisation serait une sorte de loi naturelle : plus une société devient moderne, plus Dieu disparaît naturellement.

    Peut-être la réalité est-elle plus complexe.

    Peut-être une civilisation peut-elle perdre sa mémoire religieuse sans perdre pour autant sa faim de religion. On peut retirer le menu à un homme ; cela ne suffit pas à lui faire perdre l’appétit.

    Et voilà donc qu’au cœur de Paris se rassemble une foule immense. À quelques kilomètres seulement des lieux où des révolutionnaires pensaient avoir définitivement réglé son compte à l’ancienne foi.

    La guillotine a disparu.

    Et voici maintenant qu’apparaît un homme vêtu de blanc, brandissant fièrement la croix.

    Cela ne prouve pas que toutes les périodes de l’histoire de l’Église aient été glorieuses ni que l’Europe soit à la veille d’une conversion générale.

    Mais, comme image historique, il est difficile d’y résister.

    La Révolution promettait la liberté, l’égalité et la fraternité. Elle découvrit qu’il n’était pas particulièrement convaincant de défendre ces idéaux en coupant la tête de ceux qui pensaient autrement.

    L’Église, pendant ce temps, annonçait quelque chose de très différent : la foi, l’espérance et la charité.

    Deux siècles plus tard, les arrière-petits-enfants de la Révolution se retrouvent à nouveau devant une cathédrale.

    Le monde a déjà organisé à de nombreuses reprises les funérailles du christianisme.

    La seule chose étrange, c’est que le défunt se présente chaque fois à nouveau.

    + Rob Mutsaerts