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  • « Je suis la porte des brebis »

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    Du sur The Catholic Thing :

    Aujourd'hui, nous célébrons la Fête du Bon Pasteur. Cette fête nous rappelle l'une des plus belles et des plus familières descriptions de Dieu. Les prières de la messe le présentent comme le pasteur courageux et bienveillant. C'est pourquoi aujourd'hui est aussi la Journée mondiale de prière pour les vocations. En entendant parler de l'unique Bon Pasteur, nous devrions être incités à prier pour que davantage de pasteurs se conforment à son Cœur.

    Le problème, c'est que le Bon Pasteur n'est pas présent dans la messe d'aujourd'hui. Dans l'Évangile (Jean 10, 1-10), Jésus ne dit pas : « Je suis le Bon Pasteur », mais : « Je suis la porte des brebis ». Une image moins chaleureuse et accueillante. L'art chrétien abonde en représentations du Bon Pasteur, mais qu'en est-il de la Porte ? Et « Dimanche de la Porte » sonne moins bien que « Dimanche du Bon Pasteur ». Pourtant, cette image de la porte (et plus encore) saisit non seulement ce que le Christ est pour nous, mais aussi ce pour quoi nous devrions prier, ce que nous devrions cultiver et ce que nous devrions exiger des pasteurs de l'Église. 

    « Amen, amen, je vous le dis, je suis la porte des brebis. » Ce verset est l'une des plus grandes déclarations « Je suis » du Christ dans l'Évangile de Jean. Jésus la prononce pour la première fois lorsqu'il marche sur l'eau : « N'ayez pas peur. Je suis. » (Jn 6,20) Suit une série d'affirmations : Je suis… le pain de vie… la lumière du monde… le bon berger… le chemin, la vérité et la vie… le vrai cep . À chaque affirmation, Jésus révèle plus pleinement ce qui fut proclamé pour la première fois à Moïse sur le mont Sinaï : « Tu diras aux Israélites : “Celui qui est m'a envoyé vers vous.” » (Ex 3,14) Il révèle davantage ce que le Seigneur est pour son peuple. 

    « Amen, amen, je vous le dis, je suis la porte des brebis. » Il est essentiel de bien saisir l’analogie, car, comme les autres, il ne s’agit pas d’une simple image. Jésus n’est pas comme le pain ; le pain est à son image. Il n’est pas comme la lumière ; la lumière est à son image. De même, il n’est pas comme une porte ; une porte est à son image – et cela nous révèle la réalité de ce qu’il est pour nous. 

    Un détail éloquent du métier de berger au temps de Jésus est celui du berger qui rassemblait son troupeau dans la bergerie puis s'allongeait lui-même à l'entrée, devenant ainsi, en un sens, la porte des brebis. Jésus n'est pas seulement une porte ; il est la Porte que tous ces autres bergers ont montrée du doigt.

    Une porte protège. Un berger peut s'allonger, le corps appuyé contre un mur ou une clôture, pour empêcher d'entrer ce qui n'est pas du troupeau ou destiné à lui. De même que Jésus est la porte, il est le gardien et le garant des bons bergers. Il repousse les voleurs et les brigands. Cela nous rappelle qu'à travers l'histoire de l'Église, il y a toujours eu ces prétendus bergers qui ne souhaitent pas que le troupeau « ait la vie et qu'elle l'ait en abondance », mais qui ne sont venus que pour « voler, massacrer et détruire ». À chaque époque de l'Église, il y a eu des loups déguisés en bergers.

     

    Le Bon Pasteur , fresque du IIIe siècle [Nécropole d'Hisardere, Iznik, Turquie]

    Mais une porte s'ouvre aussi, donnant ainsi accès au troupeau à l'intérieur de la bergerie. C'est ainsi que les vrais bergers entrent : « Celui qui entre par la porte est le berger des brebis. » La porte est ouverte, mais comme un chemin que seuls ceux qui conduisent le troupeau avec sagesse peuvent emprunter.

     

    Un berger authentique et digne de confiance est celui qui franchit la porte, qui s'approche du troupeau – non selon ses propres conditions, sa propre sagesse ou pour sa propre gloire – mais par le Christ lui-même. Un vrai berger se met à la hauteur de la porte.

    En effet, ce passage s'adresse davantage aux aspirants bergers qu'aux brebis. Jean remarque : « Bien que Jésus ait employé cette figure de style, les pharisiens n'ont pas compris ce qu'il voulait leur dire. » Autrement dit, Jésus ne parle pas tant à la foule – au troupeau – qu'à ceux qui prétendent guider le troupeau. 

    Bien évidemment, cela constitue aussi un examen de conscience pour nous, prêtres (ou peut-être suis-je simplement trop sensible). La tentation d'instrumentaliser les fidèles à des fins égoïstes – pour le gain matériel, le réconfort émotionnel ou la reconnaissance – peut s'insinuer lentement et imperceptiblement dans le cœur d'un prêtre. La question purificatrice pour un prêtre est la suivante : est-ce que j'entre dans la bergerie selon mes propres conditions et pour mon propre profit… ou par le Christ, la Porte ?

    Paître le troupeau du Christ, c'est entrer dans la bergerie par lui – c'est-à-dire le connaître, ne faire qu'un avec lui, revêtir son image. Ceux qui franchissent la porte sont disposés à connaître, à embrasser et à imiter l'humilité du Christ. Le véritable berger est celui « qui entre par le Christ, qui imite les souffrances du Christ, qui connaît l'humilité du Christ » (Saint Augustin). 

    « Amen, amen, je vous le dis, je suis la porte des brebis. » Notre Seigneur prononce ces paroles dans le Temple de Jérusalem. Il est intéressant de noter que l'une des principales entrées du Temple s'appelait la Porte des Brebis. C'est par cette porte que les brebis étaient amenées au Temple pour les sacrifices et le culte. Le Christ est la véritable Porte des Brebis. C'est par lui que nous passons pour offrir nos sacrifices au Père.  

  • En Algérie, le pape Léon XIV a ravivé l'espérance

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    De Constance Avenel sur le site de l'ECLJ :

    Léon XIV en Algérie ravive l’espérance

    24 Avril 2026

    Au lendemain de Pâques, le pape Léon XIV a posé les pieds sur le sol algérien. Quarante-huit heures intenses, historiques, qui ont braqué les projecteurs sur une réalité méconnue, à quelques heures de vol de Paris: celle des quelque 150 000 chrétiens d’Algérie, confrontés à une répression croissante, au sein d’un pays à 99 % musulman.

    Dès son élection, le 8 mai 2025, Léon XIV avait annoncé qu’il irait en Afrique, et plus précisément en Algérie, sur les traces de saint Augustin, dont il se proclame le «fils spirituel» en bon augustinien. Ce pèlerinage aux racines de la pensée chrétienne, dans un pays à très grande majorité musulmane, n'avait rien d'anodin. C'était un geste fort, mûrement réfléchi, chargé d'une double ambition: renouer avec une mémoire chrétienne enfouie et encourager le dialogue islamo-chrétien.

    Un contexte lourd: les chrétiens sous pression 

    C'est dans un contexte particulièrement tendu que Léon XIV s’est rendu en Algérie. La situation des chrétiens dans ce pays s’inscrit dans un contexte de réduction généralisée des libertés fondamentales. La suppression de la liberté de conscience de la Constitution en 2022 en est un symptôme particulièrement explicite. Dans un rapport publié le 8 avril dernier, l’ECLJ détaille plusieurs niveaux d'oppression des chrétiens.

    Le phénomène est d’abord institutionnel, et social: les chrétiens subissent des discriminations au niveau administratif et civiles, ainsi que dans leur vie professionnelle. Plus encore, une ordonnance de 2006 empêche l’ouverture de tout nouveau lieu de culte — si bien que la quasi-totalité des églises protestantes sont aujourd'hui fermées. L’oppression est également pénale: quiconque célèbre un culte non autorisé, cherche à «ébranler la foi d'un musulman» ou se trouve accusé d'apostasie s'expose à de lourdes poursuites.

    Des pasteurs ont été condamnés à de la prison ferme pour avoir simplement réuni leurs fidèles. Les convertis sont particulièrement visés par les accusations de blasphème. 

    Et c’est dans ce climat que, dès le premier jour de la visite du pape Léon XIV, un double attentat a été commis. Deux terroristes kamikazes se sont fait exploser alors qu’ils étaient arrêtés par la police à Blida, à une quarantaine de kilomètres d'Alger. Le dernier acte terroriste de cette nature remontait à 2020. La visite s'est néanmoins poursuivie.

    Un soutien moral pour une Église discrète mais vivante

    En se rendant à Hippone, le pape a réactivé une mémoire chrétienne ancienne: avant sa conquête par les troupes arabo-islamiques, l'Algérie fut une terre profondément chrétienne, berceau de penseurs de l’Église latine, comme Saint Augustin. Il n’a donc pas manqué de se rendre sur les ruines d'Hippone, aujourd’hui à Annaba, où vécut et mourut l'évêque berbère au IVe siècle. Et celui qui venait en «pèlerin de la paix» y a planté un olivier.

    Mais au-delà d’un pèlerinage sur les traces de Saint Augustin, ce sont les chrétiens que le pape est venu visiter. L'Église catholique en Algérie compte quelques milliers de fidèles seulement, la plupart d’origine étrangère, répartis dans les diocèses d'Alger, Oran, Constantine et Laghouat. Discrète, tournée vers le service, elle évolue dans un environnement juridique et social particulièrement contraignant. Rappelons notamment la fermeture de Caritas par les autorités à la fin de l’année 2022. La venue du pape représentait donc bien plus qu'une escale diplomatique: c'était la visite d'un berger à ses brebis les plus isolées.

    À la basilique de Notre-Dame d'Afrique à Alger, Léon XIV a rencontré les fidèles et rendu hommage aux dix-neuf martyrs d’Algérie assassinés durant la décennie noire des années 1990. Au nombre de ces martyrs figurent des sœurs augustines. Le pape s’est également rendu à Bab El Oued pour honorer leur mémoire.

    Un catholique présent en Algérie à cette occasion résume l'ambiance d'un mot: «un succès total». Rien n'avait été laissé au hasard côté algérien — routes goudronnées de frais, murs repeints, le président Tebboune s’est lui-même impliqué dans l'organisation. L'accueil fut à la hauteur. Chez les chrétiens du pays, une forme d'espérance a semblé renaître. «Ravis et épuisés», résume-t-on dans les cercles catholiques locaux.

    La question protestante ne fut pas totalement oubliée

    S’il s’agissait avant tout d’une visite du chef de l’Église catholique, les autres confessions n’ont pas été en reste. À Notre-Dame d’Afrique, une jeune pentecôtiste a ainsi témoigné, tandis que la chorale réunissait des voix issues de différentes traditions. Mgr Vesco, archevêque d’Alger, a d’ailleurs tenu à souligner la présence des Églises protestantes et de la communauté juive, une diversité également mise en avant par le pape dans ses interventions.

    Léon XIV a insisté, plus largement, sur l’importance du dialogue interreligieux. Il s’est notamment rendu à la Grande mosquée d’Alger, où il a renouvelé son appel à promouvoir la paix et le pardon— un message déjà formulé lors de son passage au mémorial des martyrs, dédié aux victimes de la guerre d’indépendance.

    Cette mise en avant du dialogue s’inscrit dans un contexte de progression rapide du christianisme évangélique, portée notamment par des conversions parmi des Algériens d’origine musulmane, ce qui alimente la nervosité des autorités. L’évangélisme, avec ses structures plus souples et sa capacité à fonctionner en petits groupes, s'adapte mieux à un environnement restrictif, sans pour autant échapper à la répression. Si le pape n’a pas évoqué ce sujet publiquement, il l’aurait néanmoins abordé en privé lors de sa rencontre avec le président Tebboune. Selon certaines sources protestantes, les fermetures d’églises ainsi que les poursuites pénales visant des pasteurs auraient été présents dans leurs échanges.

    Au-delà des chrétiens, ce séjour a également été l’occasion d’évoquer d’autres sujets sensibles. Le pape a ainsi été interpellé sur le sort du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis 2024. Au reporter de Paris Match qui l’interrogeait, il s’est contenté d’indiquer qu’il était au courant.

    Cette visite met le sujet sur la table et crée un espoir de réformes

    La réalité historique de la présence chrétienne en Algérie, ressuscitée pour l’occasion, le pouvoir algérien ne l'ignore pas, lui qui la convoque à l’envie, au gré des circonstances politiques. En 2001 déjà, au lendemain de la guerre civile, le président Bouteflika avait organisé à Alger un colloque international consacré à saint Augustin, entendant ériger cette figure en symbole d'une «Algérie nouvelle». Le futur pape, alors prieur général de l'ordre des Augustins, y avait d’ailleurs participé. Mais l'accalmie démocratique de l'époque s'était révélée de courte durée.

    Or l’on peut également voir dans ce voyage du pape une opportunité pour Alger de tenter de redorer un blason démocratique terni. Dans cette perspective, l’Algérie accueille à la fin du mois d’avril un nouveau colloque international consacré à saint Augustin. Une initiative annoncée par le ministère de la Culture et des Arts, qui entend «consolider la place de l’Algérie en tant que trait d’union naturel et civilisationnel entre le continent africain et l’espace méditerranéen».

    Sur cette terre au carrefour de cultures et de civilisations, Léon XIV a plaidé pour une «culture de la rencontre», une justice plus équitable et un engagement plus fort dans la construction d'un monde solidaire. Il a dénoncé les «violations constantes du droit international». Ce voyage a, selon plusieurs observateurs, «réveillé des oppositions plus ou moins polies» au sein de la société algérienne.

    Le Saint-Père a surtout contribué à placer le sujet des minorités religieuses sur la table des préoccupations internationales. Les plus optimistes croient à des changements «par glissements»: non pas une révolution soudaine, mais des petits gestes d'amitié, des discours qui changent de ton, des chantiers juridiques qui pourraient être ouverts. «Je ne crois pas à un changement radicalement positif et subit», nous confie un observateur présent en Algérie lors de cette visite, «mais à des glissements progressifs, des attitudes nouvelles.» 

    On peut regretter que les églises protestantes, pas plus que Caritas, n’aient été rouvertes à cette occasion. Espérons néanmoins que ces quarante-huit heures auront permis d’entrouvrir une brèche qui ne se refermera pas de sitôt. Pour les chrétiens d'Algérie, catholiques et évangéliques, témoins discrets d'une foi souvent invisible, ce voyage papal apparaît déjà comme un signe encourageant.

    Pétition de soutien aux chrétiens d’Algérie
    Lire le texte complet de la pétition
  • Quand enseigner la foi devient un crime en Islande

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    De Jennifer Roback Morse et Maura Eckels Scherber sur le NCR :

    Quand enseigner la foi devient un crime en Islande

    COMMENTAIRE : Un prêtre fait l'objet d'une enquête après avoir expliqué que les personnes en état de péché grave ne devraient pas recevoir la sainte communion.

    En mars, le père Jakob Rolland, prêtre catholique islandais, a fait l'objet d'une enquête après avoir déclaré lors d'une interview radio un enseignement de l'Église catholique concernant l'Eucharistie — plus précisément, que ceux qui ont conscience de péchés graves non confessés, y compris des actes homosexuels, ne devraient pas recevoir la sainte communion.

    Cela l'exposait à des poursuites pénales pour violation potentielle de l'interdiction des « thérapies de conversion » en Islande. Or, le père Rolland n'a en réalité rien fait de ce qui lui était reproché. Alors, quel est le véritable enjeu en Islande : un prêtre proposant des « thérapies de conversion » ou un gouvernement s'attaquant à une croyance qu'il juge intolérable ?

    Quelle est la loi ?

    La loi islandaise interdit les « thérapies de conversion ». L'interdiction des thérapies de conversion en Islande « interdit à quiconque d'obliger une personne, par la contrainte, la tromperie ou les menaces, à subir un traitement non éprouvé dans le but de supprimer ou de modifier son orientation sexuelle, son identité de genre ou son expression de genre, et expose les contrevenants à des amendes ou à des peines d'emprisonnement ».

    Rien de ce qu'a fait le père Rolland ne correspond à cette description.

    Ses propos n'avaient rien d'une thérapie. Ils n'ont exercé aucune pression, contrainte, menace ou pression sur quiconque pour l'obliger à suivre une « thérapie de conversion ». Il n'a pas non plus tenté de « convertir » l'orientation sexuelle de qui que ce soit.

    Il a simplement énoncé un enseignement moral de son Église : recevoir l’Eucharistie requiert un état de grâce. Ce principe s’applique universellement – ​​et non sélectivement – ​​à toute personne consciente d’un péché grave, qu’il soit lié à la sexualité, à la malhonnêteté, à la cupidité ou à toute autre chose.

    Assimiler la communication d'un enseignement religieux à une « thérapie de conversion » est non seulement manifestement inexact, mais aussi très suspect.

    Les mots ont une signification

    Le père Rolland n'empêchait personne de recevoir l'Eucharistie. Dire à quelqu'un qu'il ne devrait pas la recevoir n'équivaut pas à l'en empêcher . Le père Rolland n'a physiquement bloqué personne. Il n'a pas imposé le respect du droit canonique. En Islande, chacun restait pleinement libre d'agir comme il l'entendait.

    Le contexte général est le suivant : l’Islande est un pays traditionnellement luthérien qui s’est considérablement sécularisé ces dernières années. Le père Rolland est un prêtre missionnaire français installé en Islande depuis plusieurs années. L’immigration récente en provenance de pays traditionnellement catholiques comme la Pologne a contribué à porter le pourcentage de catholiques à 4 % de la population. On peut aussi interpréter la situation de manière plus bienveillante comme une occasion pour le père Rolland d’expliquer un point fondamental de l’enseignement catholique sur le péché grave à un public plus large qui, probablement, n’en avait jamais entendu parler auparavant.

    Si une personne choisit de recevoir l'Eucharistie en sachant qu'elle est en état de péché mortel non confessé, elle commet un autre péché grave : le sacrilège. Cet enseignement ne se limite pas à l'homosexualité, mais s'applique à tout péché grave. Chaque individu porte la responsabilité morale de sa décision. Le rôle d'un prêtre catholique est de former les consciences. Un prêtre ne prétend avoir aucune autorité pour contraindre qui que ce soit.

    Le père Rolland ne faisait que suivre sa vocation : offrir un accompagnement moral et pastoral conforme à la doctrine catholique. Mais assimiler cet accompagnement moral à de la coercition revient à transformer la parole ordinaire en un acte de violence. Ce glissement de perspective ouvre la porte à ce que toute divergence d'opinion avec les idées dominantes soit qualifiée de « préjudice ».

    Alors, si le père Rolland, prêtre d'une communauté religieuse minoritaire, ne menaçait personne et ne pratiquait aucune « thérapie de conversion », quel est le véritable problème ? De quoi s'agit-il réellement ?

    Les dirigeants laïcs d'Islande tiennent ces idées pour acquises :

    • On naît homosexuel.
    • Personne ne peut changer ses schémas de désirs et de comportements.
    • Ces désirs et comportements constituent l'identité d'un individu.
    • L'activité homoérotique est parfaitement saine et normale.
    • Suggérer que les gens peuvent ou devraient changer leur est intrinsèquement nuisible.

    Aucune de ces idées n'est incontestablement vraie. Toutes peuvent être et ont été contestées. L'Église catholique et le père Rolland remettent en cause l'ensemble de ces présupposés. Par conséquent, selon cette vision gouvernementale, il faut les faire taire.

    Le véritable « délit » du père Rolland a été d'exprimer un enseignement moral en opposition directe avec cette croyance culturelle profondément ancrée. Il ne s'agit pas ici de thérapie, mais de dissidence. Et lorsque la dissidence est perçue comme un préjudice, il devient plus facile de justifier sa répression. De plus, lorsqu'un camp considère sa position comme incontestable, le désaccord n'est plus toléré ; il est criminalisé.

    Un précédent à suivre

    Cette situation crée un dangereux précédent. Si un prêtre peut faire l'objet de poursuites pénales pour avoir exposé l'enseignement de son Église, c'est tout le monde qui est en danger.

    Aujourd'hui, c'est un prêtre qui explique qui doit recevoir la communion. Demain, ce sera quiconque remet en question l'idée que chaque choix de vie doive être approuvé.

    La question n'est plus de savoir si le père Rolland a pratiqué des « thérapies de conversion ». Il est évident qu'il ne l'a pas fait. La véritable question est de savoir si certaines idées et croyances deviennent si intolérables que le simple fait de les exprimer est considéré comme un péché.

    Appelons un chat un chat : il s'agit de persécution des catholiques. C'est une atteinte à la liberté d'expression, à la liberté de religion et, en fin de compte, à la liberté de pensée elle-même.

    Quelles que soient vos convictions personnelles, nous devrions tous être concernés. Aucune dissidence n'est à l'abri.

    Jennifer Roback Morse et Maura Eckels Scherber sont respectivement la présidente et la responsable des médias sociaux du Ruth Institute. Le Ruth Institute a récemment publié une étude basée sur son enquête « Leaving Pride Behind », portant sur le parcours des répondants au sein et en dehors de l’identité LGBT.

  • Misericordia Domini plena est terra (Introit du 4ème dimanche de Pâques)

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  • La vraie liberté qui nous est donnée (4e dimanche de Pâques)

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    Du frère Jean-Philippe Revel de la paroisse Saint-Jean de Malte à Aix-en-Provence (archive 2014) :

    homélie pour le 4e dimanche de Pâques (Jean, chap. 10, vv. 1-10)

    Dimanche, Jésus nous disait : "Je suis le Bon Pasteur" et Il définissait le bon pasteur comme celui"qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent", et plus encore comme celui "qui donne sa vie pour ses brebis, afin qu'elles aient la vie en abondance." Aujourd'hui, ce thème du bon pasteur est repris. Jésus parle de "ceux qui entrent par la porte et ceux qui sautent par-dessus la clôture et qui ne sont que des pillards et des brigands". Il définit le bon pasteur comme celui"qui appelle ses brebis une à une, chacune par son nom", comme celui "qui conduit les brebis et qu'elles suivent parce qu'elles connaissent la voix." 

           Mais en même temps, Jésus introduit une autre image, contradictoire ou complémentaire Il n'est pas seulement le berger, le bon berger, Il est aussi "la porte, la porte des brebis". La porte par où entre le vrai berger, la porte aussi par laquelle les brebis peuvent entrer et sortir. "Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé, il entrera et sortira et trouvera sa pâture." Et un peu avant il disait que le berger conduisait ses brebis et les emmenait dehors. 

           Je pense que ces harmoniques de ce thème du berger ou de la porte nous invitent à comprendre que Jésus est celui qui nous donne notre liberté. Il est la porte par laquelle on peut entrer et aussi sortir."Je suis la porte, celui qui entre par moi pourra entrer et il pourra sortir et trouver son pâturage." Dans ce va-et-vient des brebis, c'est-à-dire de nous-mêmes à travers le cœur du Christ qui est la porte d'entrée du Père, il y a l'image de cette liberté des enfants de Dieu qui nous est acquise par le Christ. 

           Sainte Catherine de Sienne disait de saint Dominique, son père, "sa religion est une religion parfumée." Je crois que la religion du Christ est une religion parfumée, c'est-à-dire que ce n'est pas une religion de contrainte. Ce que le Christ nous a apporté, ce ne sont pas directives, ce ne sont pas des obligations à remplir, ce n'est pas une religion du "devoir". Le Christ n'est pas venu pour nous rogner les ailes, pour nous contraindre à passer par un chemin obligatoire. Le Christ est venu pour nous donner la liberté, c'est-à-dire pour réveiller au plus profond de nous cette capacité d'être véritablement le maître de notre vie, de nos démarches. Non pas une fausse liberté comme celle à laquelle aspirent les hommes et qui serait la liberté de faire n'importe quoi. Ce n'est pas la liberté, cela, c'est du désordre, c'est du hasard, c'est du laisser-aller, c'est une sorte de décomposition de l'être qui s'éparpille, qui se distend. La vraie liberté c'est au contraire de pouvoir prendre en main tout son être pour en faire comme un bouquet, de pouvoir en faire quelque chose de beau, de grand, de vrai. C'est de pouvoir aller dans le chemin de la lumière, de la vie, c'est de pouvoir réaliser tout ce que Dieu a semé de grandeur, de beauté, au fond de notre être, de l'amener à sa vérité à travers des échecs, des grandeurs, des souffrances des nuits, mais pour aller à la lumière. Car le but de la vie ce n'est pas la nuit, c'est la lumière ; le but de notre vie ce n'est pas de souffrir, c'est de nous accomplir. Et si le chemin de l'accomplissement est un chemin exigeant, un chemin qui nous oblige à prendre sur nous-même, c'est pour plus de liberté, c'est pour plus de vie, c'est pour plus de lumière, c'est pour plus de joie. La religion du Christ est une religion de liberté, c'est une religion de beauté, c'est une religion de lumière, c'est une religion positive, c'est une religion parfumée. 

           Etre chrétien c'est être des témoins de la vraie liberté, des hommes et des femmes qui ne sont pas assujettis, non seulement aux contraintes extérieures de je ne sais quelle discipline, mais même nos contraintes intérieures, nos passions qui nous tiraillent dans un sens ou dans un autre, des hasards qui nous guident un peu à vau l'eau. C'est être témoin d'une liberté véritable c'est-à-dire d'une vraie grandeur intérieure qui n'est pas conquise par nos propres forces mais parce qu'elle est le fruit de l'unique force qui est cet amour du Christ qui remplit notre cœur à ras bord, cet amour du Christ qui veut nous investir de fond en comble et nous rendre, par le fait même, libres de toutes les autres contraintes, quelles qu'elles soient, même celles qui s'imposeront à nous du dehors, les contraintes des événements, de la santé, peut-être de la persécution. Rien ne peut entamer la vraie liberté de celui qui aime, s'il est véritablement rempli et investi par cet amour. 

           C'est pourquoi saint Paul pouvait nous dire : "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ ? Rien, ni le présent, ni l'avenir, ni les anges, ni les principautés, ni la vie, ni la mort, ni les abîmes, ni aucune créature. Rien ne peut nous arracher à l'amour de Dieu qui s'est manifesté pour nous en Jésus-Christ." Nous sommes vainqueurs par l'amour de Dieu qui nous est donné et qui nous rend libres à l'égard de tout. Laissons-nous aimer. Laissons-nous habiter par cet amour. Laissons-nous libérer par cet amour. Soyons des chrétiens debout, des chrétiens joyeux. 

           AMEN