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  • « L’Europe a besoin de missionnaires » : Un nouveau programme forme des responsables laïcs pour l’Église

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    De Martin Barillas pour EWTN News sur le CWR :

    « L’Europe a besoin de missionnaires » : Un nouveau programme forme des responsables laïcs pour l’Église

    21 juin 2026

    Des étudiants venus de toute l'Europe se préparent au service missionnaire grâce au Campus missionnaire européen qui allie formation spirituelle, vie communautaire et formation pratique au ministère.

    ANN ARBOR, Michigan — Niclas Eichmuller, 33 ans, a toujours ressenti l'appel du travail missionnaire, mais il désirait aussi fonder une famille. « European Mission Campus m'a montré comment concilier les deux », a-t-il confié à EWTN News.

     

    Le Campus de la Mission Européenne (EMC), basé à Vienne, en Autriche, s'inspire de la « vision de la vocation laïque, de la mission et de la sainteté » de saint Jean-Paul II, a déclaré le père Mark Thelen, originaire du Michigan, qui dirige ce projet en Europe.

    Dans une interview, Thelen a déclaré avoir emmené Eichmuller, 33 ans, et deux autres étudiants d'EMC aux États-Unis en décembre 2025 afin de leur faire découvrir les modèles américains d'évangélisation et de ministère laïc. Ils ont visité Renewal Ministries , Legatus , Encounter Ministries et la paroisse Christ the King dans le Michigan, ainsi que le camp d'été Damascus dans l'Ohio.

    « Ils ont été impressionnés par l'implication et le leadership des missionnaires laïcs. En Europe, le clergé est beaucoup plus présent, ce qui n'est pas un mal en soi, mais il n'est pas habitué à un tel leadership laïc », a déclaré Thelen.

    EMC, dirigée par Abby Randolph, également basée dans le Michigan, fait partie de Regnum Christi, un institut religieux clérical voué à imiter l'Église primitive et à former des individus animés par la mission, et à être une « fraternité vivante » pour renouveler l'Église par un soutien spirituel et humain aux missionnaires.

    « L’Europe a besoin de missionnaires », a déclaré Thelen lors d’une retraite en 2025. « Nous ne changerons pas l’Europe sans communauté, et nous ne pourrons nouer des relations enrichissantes sans une véritable communauté », a-t-il affirmé.

    L'EMC a été fondée en 2024 et a accueilli sa première promotion d'étudiants en septembre 2025. Cinq étudiants devraient la rejoindre d'ici la fin de l'année. L'enseignement est dispensé en ligne et en présentiel par des membres du clergé et des laïcs consacrés de la Légion du Christ, en collaboration avec le Centre Jean-Paul II de la Légion à Vienne.

    Les étudiants de l'EMC suivent une formation de trois ans au service missionnaire, que Thelen décrit comme un « MBA pastoral » destiné à les préparer au ministère laïc à plein temps. Les étudiants de l'EMC sont diplômés de l'université et ont pour la plupart moins de 30 ans.

    Anna Romero, une Espagnole de 24 ans, a confié à EWTN News qu'à l'âge de 8 ans, elle avait rejoint sa famille en mission sur le Chemin néocatéchuménal en Papouasie-Nouvelle-Guinée. À 18 ans, elle a ressenti un appel personnel du Christ à la conversion.

    « J’ai réalisé que je voulais faire plus de ma vie », se souvient-elle. « La vie ne se résume pas aux études et au travail. »

    Après avoir obtenu son diplôme universitaire, Romero a ressenti un appel. « J’ai décidé de consacrer ma vie à partager l’Évangile et ce que Dieu a fait pour moi », a-t-elle déclaré.

    L'an dernier, elle a intégré la première promotion d'EMC, dont le programme aborde des sujets allant des Écritures à la gestion du temps selon les principes de la foi. Un élément clé de ce programme est le « Renouveau de l'esprit », inspiré des enseignements de saint Jean-Paul II.

    Romero a déclaré que la formation EMC met l'accent sur « l'écoute de la voix de Dieu », le discernement de son plan et la réalisation de la vocation chrétienne en tant que « roi, prêtre et prophète », même en dehors de la vie ordonnée ou religieuse.

    Les participants aux EMC recherchent du soutien par le biais du « développement de partenariats missionnaires », qui consiste à constituer des équipes de coopérateurs engagés dans la prière et le soutien financier. La collecte de fonds et la dynamique de groupe font partie intégrante de la formation des EMC. Dans les pays européens, l'Église reçoit souvent des subventions publiques. Par conséquent, les missionnaires laïcs doivent généralement trouver leurs propres financements.

    Romero et les autres participants ont été impressionnés par la générosité des catholiques américains envers leurs paroisses et les missionnaires. À propos de ce voyage, elle a déclaré : « J’ai appris énormément de choses utiles. Il règne aux États-Unis un sentiment de confiance et de clarté quant à l’évangélisation. » Elle a constaté une foi plus vivante qu’en Espagne, où, « sans religieux, membres de l’Opus Dei ou du Chemin néocatéchuménal, la vie paroissiale est quasi inexistante ».

    « J’aimerais beaucoup lancer un programme en Espagne pour former les jeunes aux missions… Je veux éveiller un esprit missionnaire parmi les jeunes et tous les baptisés », a-t-elle déclaré.

    Nina Sole-Martino, 23 ans, étudiante à l'EMC, a reçu sa première formation missionnaire en tant que campeuse et membre du personnel au camp d'été de Damas à Centerburg, dans l'Ohio.

    « Je suis ouverte aux projets du Seigneur pour moi, et EMC m'aidera à discerner mon chemin », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté vouloir « aligner sa pensée et celle des autres sur celle de Dieu ». Cela signifie, par exemple, « changer notre façon de parler aux autres et même à nous-mêmes ».

    Citant le verset 21 du chapitre 18 des Proverbes, elle a déclaré : « La vie et la mort sont au pouvoir de la langue. »

    Romero a déclaré que la vocation religieuse est un don pour l'Église, mais que l'Église a aussi besoin des laïcs.

    « Les laïcs du monde entier sont appelés à collaborer avec l’Église », a-t-elle déclaré. « Ils sont aussi une lumière pour le monde, en tant que familles et personnes seules. Certains laïcs, mais pas tous, sont appelés à être missionnaires à plein temps. Nous avons également besoin de personnes saintes qui sont médecins, enseignants et travailleurs. Les prêtres et les religieux souhaitent et ont besoin de leur soutien. »

  • La protection de la maternité dans l'Union européenne

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    Du site de l'ECLJ (European Centre for Law & Justice) :

    La protection de la maternité dans l'Union européenne

    18 Juin 2026
    Le 15 octobre 2025, la Fédération européenne «One of Us» a organisé au Parlement européen une conférence intitulée «Real Choice means Real Support».

    Cet événement a rassemblé près de 300 participants: membres de la société civile, représentants d’associations et jeunes citoyens, venus de 17 États membres de l’Union européenne (UE). Huit députés européens appartenant aux groupes politiques PPE (Parti Populaire Européen) et ECR (Conservateurs et Réformistes Européens) ont également pris la parole lors de cette rencontre.

    L’objectif de cette conférence était de donner la parole à des femmes ayant vécu une grossesse difficile ou un avortement, afin de leur permettre de faire entendre leur voix et de mettre en lumière que derrière le recours à un acte banalisé se cache très souvent une situation de vulnérabilité sociale, matérielle ou psychologique susceptible d’influencer le parcours de grossesse. Les témoignages recueillis ont convergé vers un même constat : l’insuffisance des dispositifs d’aide psychologique, matérielle et médicale destinés aux femmes enceintes en situation de vulnérabilité conduit nombre d’entre elles à considérer l’avortement non comme un choix libre, mais comme une solutionpar défaut.

    Parmi les femmes ayant accepté de témoigner, Charlène, Française, a livré un récit poignant des pressions qu’elle a subies.

    À l’âge de 27 ans, Charlène est tombée enceinte de manière imprévue. Elle souhaitait la poursuivre, d’autant qu’elle est déjà mère. Son compagnon, lui, en revanche, exerça une pression constante pour qu’elle avorte. Cherchant un appui extérieur, elle a consulté un médecin en présence de son conjoint. Ce praticien lui opposa une incompréhension face à sa volonté de garder l’enfant. Charlène se heurta donc à un premier jugement moral, non à une aide professionnelle.

    Elle se tourne ensuite vers une psychologue, au sein d’un centre de conseil conjugal et familial affilié à la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF). Elle espérait y trouver un tiers neutre capable de faciliter le dialogue avec son compagnon et de l’éclairer sur ses options. Or, selon son témoignage, la prise en charge fut radicalement inverse : lorsqu’elle évoquait le « bébé à venir », les professionnels lui rétorquaient qu’il ne s’agissait que d’un « amas de cellules ». Un psychologue du centre prit même l’initiative de programmer une consultation en vue d’un avortement, « au cas où » elle céderait.

    Malgré ces pressions, Charlène résiste et refuse de prendre la pilule abortive préparatoire. Toutefois, la pression conjugale atteint son paroxysme lorsque son compagnon lui enfonce de force la pilule abortive dans la bouche. Légalement, nous sommes là face à un avortement forcé caractérisé.

    Les conséquences sur sa santé mentale furent sévères: rupture avec son compagnon, épisode dépressif profond, puis une longue reconstruction. Aujourd’hui mariée et mère de trois enfants, elle déclare: «On ne peut qu’apprendre à vivre avec», formule qui traduit les traces indélébiles laissées par cette expérience.

    Au Parlement européen, Charlène lance un message fort: «En Europe, une femme qui dit “je ne veux pas avorter” doit être protégée.»

    Cette déclaration met en évidence un paradoxe des politiques européennes de santé et de droits des femmes: alors que l’avortement est présenté comme un droit relevant de la liberté individuelle, les femmes qui souhaitent ne pas y recourir se trouvent souvent dépourvues d’un accompagnement adapté. L’absence de soutien matériel (logement, revenu, emploi) et psychologique (conseil non directif, écoute) peut, dans certaines situations, réduire concrètement la capacité des femmes à exercer un choix pleinement libre et éclairé.

    Le cas de Charlène n’est pas isolé. Selon l’enquête VIRAGE 2015 (Violences et Rapports de Genre) et l’enquête nationale Enveff 2000, des violences physiques sont constatées dans 3 à 8 % des grossesses. Ce taux serait trois à quatre fois supérieur en cas de grossesse non désirée par le partenaire.

    Cette réalité apparaît également dans les données disponibles. Selon une enquête IFOP (Institut français d’opinion publique) réalisée pour le Planning familial en septembre 2024, 29% des femmes ayant eu recours à une interruption volontaire de grossesse déclarent avoir ressenti une forme de pression en faveur de cette décision lors de leurs échanges avec un professionnel de santé.

    Ces données révèlent aussi l’ampleur d’une réalité ignorée: la grossesse est une période de vulnérabilité accrue face aux violences conjugales, et les femmes qui souhaitent poursuivre une grossesse contre la volonté de leur partenaire sont exposées à un risque spécifique.

    Ce constat donne toute sa portée au droit européen en vigueur. La directive (UE) 2024/1385 du Parlement européen et du Conseil sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, adoptée sur le fondement des articles 82, paragraphe 2, et 83, paragraphe 1, du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), énumère explicitement l’avortement forcé parmi les comportements criminels constitutifs d’une violence à l’égard des femmes, aux côtés du viol, de la stérilisation forcée et des mutilations génitales féminines.

    Le considérant (3) de cette directive rappelle que ces actes constituent «une violation des droits fondamentaux tels que le droit à la dignité humaine, le droit à la vie et à l’intégrité de la personne». La reconnaissance de l’avortement forcé comme forme de violence à l’égard des femmes met l’accent sur l’importance de développer des mécanismes de prévention et d’accompagnement adaptés pour les femmes susceptibles d’être confrontées à de telles pressions.

    Cest pourquoi Charlène a déposé en janvier 2026 une pétition au Parlement européen enregistrée sous le numéro 0194/2026. La pétition déposée par Charlène poursuit un triple objectif.

    Premièrement, elle invite la Commission européenne à examiner la faisabilité de programmes pilotes ou d’initiatives ciblées destinés à renforcer le soutien médical, psychologique et social aux femmes enceintes, en particulier celles en situation vulnérable ou à haut risque. Cette demande s’inscrit dans le cadre des objectifs posés à l’article 33 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, qui dispose que «La protection de la famille est assurée sur le plan juridique, économique et social». Bien que la Charte ne fonde pas de compétence autonome pour l’Union, elle doit guider l’action de la Commission dans le déploiement de ses programmes existants. Concrètement, de telles initiatives pourraient prendre la forme d’aides au logement, de services de conseil en maternité, de lignes d’écoute spécifiques ou de financements pour les associations d’accompagnement à la naissance.

    Deuxièmement, la pétition demande à la Commission européenne de procéder à un réexamen des instruments de financement et des communications politiques existants (notamment le Fonds social européen plus (FSE+) et le programme EU4Health), afin de s’assurer qu’ils priorisent effectivement le soutien à la maternité. Leur mise en œuvre ne doit pas générer des pressions indirectes poussant les femmes à recourir à l’avortement. Il faut évaluer dans quelle mesure ces instruments prennent effectivement en compte les besoins des femmes souhaitant poursuivre leur grossesse, notamment lorsqu’elles se trouvent en situation de vulnérabilité sociale ou économique.

    Troisièmement, la pétition réaffirme le principe de neutralité de l’Union dans ses actions et ses priorités de financement, en cohérence avec le principe de subsidiarité. Conformément à ce principe, l’Union européenne doit veiller à préserver une approche équilibrée et non directive dans l’utilisation de ses instruments financiers lorsqu’ils concernent des domaines relevant principalement de la compétence des États membres, en l’occurrence l’avortement. En revanche, il lui incombe de garantir un environnement favorable à l’exercice de tous les droits, y compris celui de mener une grossesse à terme.

    La pétition n°0194/2026 a été déclarée recevable par la commission des pétitions du Parlement européen. Elle bénéficie du soutien de plusieurs groupes politiques, notamment le PPE, ECR, PfE et ESN.

    Lors d’une réunion de la commission des pétitions le 23 juin 2026, Charlène sera auditionnée par les députés et la pétition sera examinée. Celle-ci devrait ensuite être transmise aux commissions compétentes, notamment la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) et la commission des droits des femmes et de l’égalité des genres (FEMM).

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  • Léon XIV et l’héritage du cardinal Ruini

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV et l’héritage du cardinal Ruini

    22 juin 2026

    À 94 ans, déjà en fauteuil roulant et en mauvaise santé, le cardinal Camillo Ruini s’est retrouvé à vivre le troisième conclave de sa vie de cardinal, cette fois-ci sans plus être cardinal électeur.

    Personne ne lui en aurait voulu s’il avait choisi de ne pas y participer.

    Ruini, cependant, estimait qu’il était de son devoir d’assurer sa présence, de faire entendre sa voix et de consacrer toute l’énergie qui lui restait aux congrégations générales — ces réunions préalables au conclave auxquelles participent tous les cardinaux, même non électeurs —, convaincu qu’ils étaient tous confrontés à une transition fondamentale pour l’Église.

    « Meglio contestati che irrilevanti » était sa maxime – « Mieux vaut être contesté que d’être ignoré » – et il avait encore quelque chose à dire, d’autant plus que l’Église sortait du pontificat perturbateur et déconcertant de François pour entrer dans une nouvelle ère de direction qui devait, selon les propres mots du cardinal Ruini, restaurer une certaine unité au sein de l’Église et s’adresser à nouveau aux croyants.

    C’était tout à fait lui.

    Le cardinal Ruini est décédé le 16 juin à l’âge de 95 ans, plus d’un an après l’élection du pape Léon XIV, qui semblait répondre à son espoir d’un pape capable d’apporter l’unité, l’ordre et la tranquillité.

    Nous ne savons pas encore quel genre de pape sera Léon XIV – les observateurs impartiaux s’accordent à dire que son pontificat est encore en train de se définir et que ses idées en matière de gouvernance restent à dévoiler –, mais nous connaissons l’héritage que Ruini a laissé derrière lui.

    Ruini a été une figure clé d’une période complexe et importante pour l’Église italienne. En 1985, alors qu’il était jeune évêque auxiliaire de Reggio d’Émilie, il a rejoint le comité d’organisation du Congrès ecclésial de Loreto, où, aux côtés de Jean-Paul II, qui le soutenait, il a promu un engagement en faveur de la présence catholique dans la société.

    L’« apostolat de présence » de l’Église dans la vie sociale, culturelle et politique italienne était incertain, en raison – peut-être paradoxalement – de l’émergence, après la guerre, de la Démocratie chrétienne, un parti politique qui reprenait déjà officiellement à son compte les préoccupations catholiques.

    Jean-Paul II, cependant, souhaitait une Église plus engagée et trouva un allié fidèle en la personne du jeune évêque d’Émilie. En Italie, le secrétaire et le président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) sont nommés par le pape, qui est le primat d’Italie.

    Jean-Paul II choisit Ruini comme secrétaire général de la CEI en 1986, puis le promut à la présidence en 1991, le nommant également son vicaire pour le diocèse de Rome et le créant cardinal.

    En Italie, ce furent des années tumultueuses.

    Un immense scandale de corruption impliquant pratiquement tous les grands partis politiques — connu sous le nom de « Tangentopoli » — avait balayé les piliers politiques de l’après-guerre, y compris les démocrates-chrétiens. Tangentopoli a brisé l’unité politique catholique et ouvert la voie à de nouveaux partis.

    La mafia était engagée dans une guerre contre l’État, qui a conduit à l’assassinat des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, ainsi que de deux bienheureux, le juge Rosario Livatino et le père Pino Puglisi.

    Jean-Paul II, en déplacement en Sicile, après une rencontre avec les parents du juge Livatino, s’en est pris avec virulence aux mafieux, les exhortant à se convertir car le jugement de Dieu approchait. Les paroles de Jean-Paul II ont provoqué des représailles de la part de la mafia, qui a également posé des bombes devant la cathédrale Saint-Jean-de-Latran et l’église San Giorgio al Velabro.

    Le cardinal Ruini a su naviguer dans cette période complexe, d’abord en continuant à rechercher un centre catholique unifié et en soutenant les partis qui avaient émergé après la dissolution de la Démocratie chrétienne.

    Puis il s’est rendu compte que le moment était venu pour les catholiques de s’engager non pas auprès d’un seul parti, mais auprès de plusieurs partis. « Mieux vaut être contesté que hors de propos » est devenu le principe moteur du projet de présence politique et culturelle de Ruini.

    À une époque où il n’y a ni parti, ni instance, ni gouvernement pour faire avancer les idées catholiques, Ruini a perçu l’urgence d’une culture d’inspiration chrétienne, capable d’imprégner la société et d’inspirer les responsables politiques, même ceux des camps opposés, à s’unir autour d’une vision commune pour le bien commun, même s’ils divergeaient sur la meilleure manière de le poursuivre et de l’atteindre.

    Il s’agissait d’une approche plutôt révolutionnaire pour l’Italie, pays traditionnellement conservateur qui, pendant quarante ans après la Seconde Guerre mondiale, avait été gouverné par un parti catholique et qui avait également été reconstruit par des catholiques ayant combattu le fascisme pendant la guerre.

    La vision de Ruini s’étendait également à la scène internationale, s’inscrivant dans la lignée de celle de Jean-Paul II, qui concevait l’Église avant tout comme une institution engagée en faveur de la culture.

    Jean-Paul II avait développé cette conviction en Pologne, comprenant que la lutte contre le Parti communiste ne pouvait pas être un combat idéologique frontal, mais devait commencer par la culture elle-même. Le pape polonais envoya, par exemple, le cardinal Poupard, son envoyé en Union soviétique, pour prononcer des discours non pas sur la théologie mais sur la culture, brisant ainsi les vestiges de l’Empire soviétique.

    Le grand héritage du cardinal Ruini réside donc précisément dans la force d’un engagement qui transcende les clivages politiques et touche à la culture. Le débat n’a jamais cessé. Benoît XVI a maintenu la ligne de Jean-Paul II, avec une approche moins interventionniste, mais en réfléchissant toujours à la nécessité de replacer le christianisme au cœur de la société.

    Le pape François, quant à lui, a renversé la perspective : c’est à l’Église de prendre la parole là où cela s’impose, en adoptant son propre langage lorsque cela s’avère nécessaire. Avec Ruini, le débat portait sur des principes non négociables. Le pape François, qui a également tenu des propos enflammés sur des questions telles que l’avortement, a préféré dialoguer avec le monde par le biais du compromis, en négociant tant sur les enjeux que sur le langage, tout en veillant à transmettre un message chrétien.

    Et Léon XIV ?

    Dans ses discours, le thème est très précis. Léon XIV parle de principes et demande aux chrétiens de les appliquer. Si le discours adressé aux mouvements populaires au début de son pontificat semblait encore écrit à l’époque du pape François, tout comme la première exhortation, *Dilexi Te*, sur la pauvreté, Léon XIV a progressivement adopté un ton différent.

    Ce n’est pas un appel à l’activisme politique, mais ce n’est pas non plus un compromis avec le monde : le langage de Léon XIV est celui de la vérité, même lorsqu’elle n’est pas comprise (il l’a dit dans son premier discours au corps diplomatique) ou lorsqu’on risque d’être méprisé (il l’a expliqué lors de la veillée de prière pour la paix du 11 avril 2026).

    Léon XIV demande aux chrétiens de connaître les principes, de les appliquer et de leur donner vie.

    C’est une synthèse entre l’idée d’un guerrier culturel et celle d’une présence quelque peu « tiers-mondiste ». Nous ne savons pas comment évoluera le grand héritage du cardinal Ruini, à savoir le projet culturel, qui s’est dilué au fil des ans, freiné en quelque sorte par des situations qui n’avaient pas grand-chose à voir avec le projet lui-même.

    Ce qui est certain, c’est que l’héritage de Ruini est immense.

    Certains lui reprochent d’avoir été trop politisé. Eh bien, il l’était parce que les temps l’exigeaient. Il est resté un prêtre épris de Dieu, un prêtre plein de foi qui a toujours considéré sa vie comme un service, même et surtout lorsqu’il était mis à l’épreuve.

    L’important était de ne pas rester en marge.

  • Que le Pape redonne à l’Église le véritable Institut Jean-Paul II

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    De Tommaso Scandroglio sur la NBQ :

    Que le Pape redonne à l’Église le véritable Institut Jean-Paul II

    Le commentaire de Mgr Melina sur l’interview dans laquelle Mgr Paglia raconte comment il a démantelé l’Institut sur le mariage et la famille, explique l’importance pour l’Église tout entière de ramener l’Institut à sa vocation d’origine.

    22/06/2026

    En mai dernier, Mgr Vincenzo Paglia a vendu la mèche. Nous en avions parlé à l’époque. L’ancien président de l’Académie pontificale pour la vie et grand chancelier de l’Institut théologique pontifical Jean-Paul II pour les sciences du mariage et de la famille a été interviewé par le site Settimana News il y a tout juste un mois. Dans cette interview, Paglia a révélé qu’il avait été chargé par le pape François de démanteler l’Institut Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille afin de reconstruire, sur ses ruines, le nouvel institut. Il ne s’agissait pas d’une opération purement cosmétique, mais d’une transformation en profondeur. Il était nécessaire, explique Paglia, d’ériger un nouvel institut car un nouveau paradigme moral avait été introduit par le pontificat de François.

    Mgr Livio Melina, directeur de l’ancien Institut Jean-Paul II, a publié simultanément dans notre journal et dans le Catholic World Report un commentaire critique sur cette manœuvre de Paglia visant non seulement à détruire l’Institut présidé par Melina, mais aussi à révolutionner l’anthropologie et la morale catholiques. En relisant l’intervention de Mgr Melina, on est amené à confirmer une fois de plus que l’approche de Paglia – et donc, en amont, celle de François – a consisté en la conception d’une foi sans transcendance et d’une morale sans métaphysique.

    L’orientation philosophique de Paglia, qui ne peut en aucune manière être rattachée au patrimoine culturel et doctrinal catholique, réside en substance et en définitive dans l’empirisme anglais. « Le bien et le mal sont des noms qui désignent nos appétits et nos aversions », écrivait Thomas Hobbes au milieu du XVIIe siècle (Leviathan, chap. XV). Le critère moral de Hobbes, tout comme celui de Paglia, est de nature empirique, phénoménologique et s’articule selon la conscience de l’individu. Ainsi, en dernière instance, le bien, s’il n’a qu’une nature empirique, ne peut que coïncider avec le plaisir et l’utile. Une vision anthropologique dans laquelle le plan métaphysique est absent ne peut que générer une philosophie morale hédoniste et proportionnaliste.

    Si le plan horizontal de l’existence est la seule perspective à travers laquelle on considère l’homme, alors, sur le plan éthique également, la seule morale sera celle qui est immanente. La réalité, privée de son axe vertical, est ainsi réduite au singulier ; par conséquent, chaque singulier – chaque homme dans cette circonstance spécifique et unique – devient une source morale. Voilà qui explique l’insistance de Francesco et de Paglia sur la casuistique jésuite et sur le discernement au cas par cas.

    D’où la guerre déclarée à tout ce qui est général ou absolu, car précisément dissocié, affirme-t-on, du cas concret : les normes, les principes, la doctrine, les dogmes. Toute une théologie morale, a affirmé Paglia, très « théorique ».

    Selon Mgr Melina, cette approche a été choisie non pas parce qu’on était intimement convaincu de sa validité théorique, mais parce qu’elle constituait un instrument nécessaire pour éviter d’appliquer concrètement les exigences élevées du mariage, de la sexualité et de l’amour, exigences qui, dans la perspective erronée de Paglia, débouchaient sur une impossibilité morale, sur un idéal doctrinal impraticable.

    Mgr Melina critique cette approche car elle est contraire à la raison et à la foi, et donc contraire à la doctrine catholique ; il apporte en outre des éclaircissements sur certains points très intéressants. Paglia reprochait à l’ancien Institut Jean-Paul II d’enseigner un naturalisme mécaniste. À partir des principes du droit naturel, on en déduirait de manière géométrique des règles de conduite spécifiques (cf. F. Gentile, Filosofia del diritto, CEDAM, Padoue 2006). De cette manière, les situations spécifiques seraient en quelque sorte supprimées, uniformisées entre elles et intégrées aux principes de rang supérieur.
    En réalité, cette approche était propre à une partie de la néo-scolastique et du rationalisme des Lumières françaises, mais elle n’a jamais fait partie du patrimoine culturel catholique.

    La théorie de l’action morale est bien plus complexe et prévoit, s’appuyant sur l’enseignement thomiste, l’intervention au moins de la conscience et de la vertu de prudence pour décliner concrètement les principes de la loi naturelle, ou plutôt pour décliner concrètement l’orientation téléologique de la nature qui aspire constamment au bien.

    Melina, outre qu’il évoque ce point, souligne ensuite un aspect important, qui n’a mûri dans la réflexion magistérielle que depuis relativement peu de temps. L’avant-dernier paradigme permettant d’évaluer la moralité d’une action est celui de la dignité personnelle, c’est-à-dire de la valeur intrinsèque de la personne (le paradigme ultime étant Dieu). C’est là la pierre de touche qui, mieux que tout autre terme, exprime l’orientation de la nature humaine vers sa fin et qui, par conséquent, traduit au mieux, sur le plan anthropologique, les principes de la loi naturelle.

    Ce paradigme explique de manière très valable l’existence d’absolus moraux, c’est-à-dire de comportements qui, en toute circonstance et au-delà de toute intention, même bonne, sont mauvais précisément parce qu’ils contredisent toujours et en tout état de cause la dignité personnelle, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas conformes à celle-ci.
    Dans la réflexion de Jean-Paul II, et surtout dans ses catéchèses sur l’amour humain dans le plan divin, explique Melina, l’approfondissement de la valeur inestimable de chaque homme conduit à un approfondissement de la morale et de la foi. On pourrait dire que plus la morale est humaine, plus elle est divine.

    Il ne s’agit pas là d’humanisme intégral, mais d’une connaissance intégrale de l’homme. Lorsque la dignité personnelle habite une famille, elle se traduit par l’amour, c’est-à-dire par le don total de soi à l’autre et par l’acceptation totale de l’autre pour ce qu’il est. Cette approche, rappelle Melina à Paglia, élimine le légalisme stérile et, de même, est étrangère aux dérives historicistes et phénoménologiques. Ce n’est pas un juste milieu, un compromis, mais c’est l’approche correcte car elle répond à la vérité sur l’homme.

    Cela dit, on est en droit de se demander : pourquoi Mgr Melina a-t-il tenu à publier ce commentaire ? Non pas simplement parce qu’il voulait se débarrasser d’un poids sur le cœur, lui qui avait été écarté par François en son temps lorsqu’on lui avait retiré la direction de l’Institut. En réalité, il nous semble que Mgr Melina a lancé une bouteille à la mer, confiée aux eaux du Tibre. En d’autres termes, cette lecture rétrospective de l’œuvre de Paglia est soumise à l’appréciation du pape Léon XIV afin que celui-ci réoriente l’orientation de l’actuel Institut Jean-Paul II selon sa vocation originelle et, par conséquent, modifie son personnel.

    Le Pape en sera-t-il jamais capable ? Il apparaît de plus en plus évident pour beaucoup que l’actuel Souverain Pontife a été élu avant tout dans le but de rétablir l’unité au sein de l’Église. Mais l’unité ne peut faire abstraction de la vérité, sinon elle est compromise, et le compromis ne génère qu’un simple consensus opportuniste, perpétuant ainsi les fractures existantes, même si celles-ci sont dissimulées sous le voile de l’accommodement. En somme, il ne peut y avoir de véritable unité sans vérité. L’article de Melina devient donc l’occasion de demander au Pape de ramener l’Institut Jean-Paul II sur la voie de la vérité, en bannissant les solutions hybrides qui, dans leur intention, visent à satisfaire tout le monde, mais qui, dans la pratique, mécontentent tout le monde. Il faut faire preuve de courage dans la gouvernance afin que la famille et le mariage, tels qu’ils ont été conçus par Dieu, ne soient pas sacrifiés sur l’autel de l’unité.

  • Saint John Fisher et saint Thomas More; "avec le temps, la vérité finit toujours par se manifester"

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    Du blog de la Famille Missionnaire de Notre Dame (Blog Domini) :

    Avec le temps, la vérité finit toujours par se manifester

    22 juin 2017 : Saints John Fisher et Thomas More (Fr. Clément-Marie)

    Ces deux saints anglais font partie des saints les plus attachants.

    John Fisher est né en 1469. En 1504, il devient chancelier de l’université de Cambridge, puis est nommé la même année évêque de Rochester. C’était un homme très priant et très humble, à l’âme missionnaire. Il prit pour devise : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (Mt 4, 19 – pêcheur se disant en anglais fisher). Le 11 avril 1534, il est convoqué à Londres avec tous les évêques du royaume pour prêter le serment déclarant le roi Henri VIII chef suprême de l’Église – reconnaissant ainsi également le remariage illégitime du roi avec Anne Boleyn. Là, un évêque prend la parole pour dire devant le roi que tous les évêques du royaume ont donné leur signature. Une voix s’élève, celle de l’évêque de Rochester : « Non, Monseigneur, pas moi ! Vous n’avez pas mon consentement sur ce point. » Peu après, il est incarcéré dans la tour de Londres, où il restera 14 mois. Le 20 mai 1535, le Pape Paul III, pour lui exprimer son soutien, le nomme cardinal. Henri VIII dira : « Nous enverrons sa tête à Rome pour recevoir le chapeau. » Les interrogatoires vont se multiplier pour faire céder ce dernier évêque (tous les évêques ont cédé, ainsi que toutes les universités – sauf celle de Rochester). Mais il résiste. Il est condamné à mort. Le 22 juin au matin, à 5 heures, on vient le chercher dans sa cellule. Il demande alors à quelle heure aura lieu l’exécution. On lui répond : « À 9 heures – Quelle heure est-il donc ? – 5 heures. » Alors l’évêque demanda calmement à dormir deux heures de plus. Puis il se revêtit de son plus bel habit, et fut décapité.

    Thomas More est né en 1478. Pie XI l’a décrit lors de sa canonisation en disant : « Quel homme complet ! » C’est très juste… Il est considéré tout à la fois comme juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique. Mais il fut aussi un époux et un père de famille admirables. Après des études brillantes, il fait une longue retraite pour réfléchir à sa vocation. Puis il se marie en 1505 avec Jane Colt dont il aura trois filles et un fils. Il perd son épouse en 1511 et se remarie avec Alice Middleton, veuve et mère de deux enfants. Il fait donner à ses enfants (donc aussi, chose rare alors, à ses filles) une éducation intellectuelle de haut niveau. Il écrit cependant : « Que mes enfants mettent la vertu à la première place, et la science à la seconde. » Sa maison est un havre de paix et de bonne humeur, où l’on fait chaque jour la prière en famille. Thomas More est plein d’humour, et très agréable à vivre, tout en étant rigoureux dans sa foi et l’accomplissement de son devoir d’état. Il écrit dans L’utopie : « On me reproche de mêler boutades, facéties et joyeux propos aux sujets les plus graves. Avec Horace, j’estime qu’on peut dire la vérité en riant. Sans doute aussi convient-il mieux au laïc que je suis de transmettre sa pensée sur un mode allègre et enjoué, plutôt que sur le mode sérieux et solennel, à la façon des prédicateurs. » Il occupe des fonctions de plus en plus importantes, qu’il remplit avec désintéressement et dans un profond esprit de service. Au milieu de ses multiples activités, il mène une vie de prière très intense : il prie au moins trois heures par jour, se levant souvent pour cela à 3 ou 4 heures du matin. Quand il le peut, il consacre son vendredi à la méditation de la Passion dans un oratoire un peu retiré.

    En 1529, il est nommé par le roi Henri VIII chancelier du royaume (l’équivalent de premier ministre). Il restera toujours très humble, allant toujours chanter à la chorale paroissiale en surplis… C’est alors que commencent les démêlés avec le roi, qui demande à Thomas More de signer une lettre pour que le Pape annule le mariage du roi. Il refuse. Les relations se compliquent. En 1532, Thomas More donne sa démission, prétextant des raisons de santé, et se retire. En 1533, son absence est très remarquée lors du couronnement d’Anne Boleyn, et le roi – comme cette dernière – en est extrêmement irrité. Thomas More reste toujours très mesuré et paisible.

    En 1534, Thomas More est convoqué afin de donner son assentiment à l’acte de suprématie du roi. Il va mener un grand combat intérieur, réfléchissant à toutes les conséquences de son refus. Mais il choisit la fidélité à sa conscience. Devant son refus, il est emprisonné à la Tour de Londres en avril 1534. Là, il s’unit profondément à la Passion de Jésus, sur laquelle il écrira son dernier ouvrage. Sa grande souffrance sera l’insistance de son épouse, et de sa fille préférée qui le supplient de céder aux demandes du roi. Cela le plonge dans une profonde douleur intérieure… Son épouse vient le visiter en prison, et lui rappelle qu’il lui suffit de signer pour retrouver sa belle maison où il peut vivre si heureux. Mais il répond à son épouse sans se départir de son humour : « Dis-moi, cette maison [la prison] n’est-elle pas aussi proche du ciel que la mienne ? » Il est très humain, redoute la mort, et est inquiet à l’idée que sa fragilité pourrait, comme saint Pierre, le conduire à renier. Il demande dans la prière la force d’être fidèle à sa conscience. Le 6 juillet 1535, quelques jours après John Fisher, il est décapité, ayant pardonné de tout son cœur.

    Il est canonisé en 1935, et déclaré en l’an 2000 par Jean-Paul II patron des hommes politiques. Fut ainsi confirmé le proverbe que Thomas More avait mis en exergue dans un de ses livres : « Avec le temps, la vérité finit toujours par se manifester. »

  • Thomas More : patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques

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    22 juin : fête de saint Thomas More

    LETTRE APOSTOLIQUE EN FORME DE MOTU PROPRIO
    POUR LA PROCLAMATION DE SAINT THOMAS MORE
    COMME PATRON DES RESPONSABLES DE GOUVERNEMENT
    ET DES HOMMES POLITIQUES

    JEAN-PAUL II
    EN PERPÉTUELLE MÉMOIRE

    http://www.vatican.va/ 

    1. De la vie et du martyre de saint Thomas More se dégage un message qui traverse les siècles et qui parle aux hommes de tous temps de la dignité inaliénable de la conscience, dans laquelle, comme le rappelle le Concile Vatican II, réside «le centre le plus secret de l’homme et le sanctuaire où il est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime» (Gaudium et spes, n. 16). Quand l’homme et la femme écoutent le rappel de la vérité, la conscience oriente avec sûreté leurs actes vers le bien. C’est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu’à l’effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l’Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d’inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine.

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  • Thomas More, champion de la Contre-Réforme

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    Saint Thomas More

    Saint Thomas More (source)

    Le 15 juin 1520, Léon X signe la bulle Exsurge Domine contre Luther. Dès le 24, celui-ci rédige son Appel à la Noblesse chrétienne de la Nation Allemande pour l’amélioration de la Chrétienté. C’est une déclaration de guerre à la Papauté. Puis, il lance un violent réquisitoire contre l’Église et ses Sacrements, suivi de la revendication d’une totale liberté du chrétien par rapport à toute autorité ecclésiastique, et d’un appel à la libération des moines par rapport à leurs vœux. Le 10 décembre, à Wittemberg, il brûle la Bulle de l’Antéchrist  !

    Le Roi d’Angleterre a jugé de son devoir d’intervenir. Le 12 juillet 1521 paraît son Assertion des Sept Sacrements, en réponse au réquisitoire de Luther, et se voit décerner le titre de “Defensor fidei” par le pape Léon X.

    Luther répond en lançant avec insolence et mainte grossièreté un défi au roi (…). Celui-ci ne peut décemment relever le défi sans déchoir  : il en laisse le soin à son ami et conseiller l’honorable Sir Thomas More, qui, sans négliger aucune de ses charges publiques répond par un énorme pamphlet  : l’Adversus Lutherum, sous le pseudonyme de Guilelmus Rosseus, le donneur de rossées. L’ouvrage parut en 1523. (…)

    L’ADVERSUS LUTHERUM

    Les sept premiers chapitres du Livre Premier nous apprennent beaucoup sur la personne de Luther. Pour y être vivement rossé, il n’en est pas moins fort exactement observé et critiqué. (…) More fustige l’incommensurable orgueil de ce Docteur. (…)

    Mille détails le dépeignent dans sa pleine vérité, n’en déplaise à ses admirateurs. Thomas More lui reproche sa conduite vulgaire, nous le montrant écrivant ses livres dans la compagnie des buveurs de bière. Puis, plus sérieusement, il lui reproche, à lui qui n’est pas un saint et loin de là, de ne pas distinguer les vices répréhensibles des gens d’église de leurs fonctions toujours saintes et du dépôt de la doctrine et des sacrements qui sont choses divines.

    More manie la langue verte, pour répondre à Luther en son propre langage, parce qu’il jugeait que l’autre le méritait.

    Sur le fond doctrinal, More démontre l’absurdité d’un système selon lequel il ne faudrait rien tenir pour certain qui ne soit prouvé par un texte évident de l’Écriture. Et d’autant plus que Luther falsifie et truque les textes, les oublie ou leur fait dire le contraire de ce qu’ils signifient  ! Avec force, More déclare qu’un tel principe autorise et provoque une destruction totale de l’Église, comme Magistère de vérité, Autorité législative, Dispensatrice des sacrements…

    More défend la primauté et l’antériorité de la Tradition sur l’Écriture. (…) Là, il atteint la vérité la plus profonde  : ce libre-examen fondé sur l’Écriture est une nouvelle forme de rationalisme  !

    Luther fait encore appel à «  l’Église  », mais «  l’Église du Christ  », qui n’est pas l’Église Catholique, devenue à ses yeux Babylone, la Synagogue de Satan. Son Église, c’est l’Église invisible, parce qu’elle doit être sans péché  ? Mais, rétorque Thomas More, Luther veut une Église sans péché  ? Mais pour lui toute œuvre bonne est péché et orgueil et damnation  ; toute œuvre mauvaise au contraire est principe d’humiliation et de salut par la foi. La foi seule sauve, même sans confession  ! Alors, l’Église romaine qui est saturée de péchés devrait être la vraie, dans la foi  ! L’Église des Purs, selon Luther, n’en est que la diabolique caricature, pleine d’orgueil, qui n’a pas besoin de prier et ne peut avoir la foi  ! L’Église romaine se sait pauvre et faible, elle croit, et elle prie…

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