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  • Panique dans le landerneau progressiste et bien-pensant

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    De Francis Bergeron sur :

    Qui a peur de la liberté d’expression ? – Twitter libéré, Netflix en chute. Est-ce la fin de la dictature conformiste ?

    Le quotidien bruxellois Le Soir, chef-d’œuvre du politiquement correct, publiait mercredi, en page deux, un dessin de presse représentant le milliardaire américain Elon Musk ouvrant une cage à oiseaux. Et de cette cage s’envolaient couteaux, têtes de mort, bombes et croix gammées. Musk vient d’acheter l’entreprise Twitter (cf. Présent du 15 avril), et le dessin est censé illustrer l’indignation du « camp du bien » : le milliardaire prétend en effet supprimer la censure sur Twitter, rétablir la liberté. Rappelez-vous : le président Trump avait lui-même été chassé de Twitter, et ses 90 millions de « suiveurs » avec lui. Dorénavant, sous-entend donc Le Soir avec ce dessin de presse, les nazis vont pouvoir s’exprimer librement. L’achat de Twitter par Elon Musk indigne la gauche planétaire, car l’homme est pro-républicain et il a clairement dit qu’il entendait s’attaquer à cette censure de plus en plus insupportable. Compte tenu de la force de frappe financière qu’il représente, ce ne sont certainement pas les Sleeping Giants et autres structures gauchistes sponsorisées par Soros qui vont pouvoir faire taire le « Twitter libéré ».

    En Europe aussi, cette acquisition de Twitter a fait l’effet d’un coup de tonnerre. « L’extrême droite » va pouvoir parader partout, s’indignent les médias gauchistes et du service public. Mais, pour ce qui concerne la France, ils tentent néanmoins de rassurer leur public en expliquant que la suppression de la censure, des systèmes de filtrage, pilotés d’ailleurs par les médias sociaux eux-mêmes, par délégation de pouvoir du gouvernement, sera très difficile. Il n’empêche que la censure de Twitter va être plus difficile à pratiquer, car désormais contraire aux valeurs de l’entreprise.

    Pour Netflix, la reine d’Angleterre était noire, et la moitié de la cour aussi. Au XIXe siècle !

    Une seconde mauvaise nouvelle a secoué le monde des réseaux sociaux : Netflix, le diffuseur de séries et de films payants, connaît pour la première fois de son histoire un recul du nombre de ses utilisateurs et donc de son chiffre d’affaires. C’est Pierre Boisguilbert qui nous raconte cela sur le site de Polémia : 200 000 personnes se sont désabonnées, alors que le marché anticipait au contraire un gain de 2,5 millions d’inscrits. De ce fait, le cours de l’action a littéralement plongé : − 25 % ! Pourquoi cette dégringolade est-elle une bonne nouvelle ? Parce que les séries de cette chaîne sont honteusement truquées, la vérité historique bafouée, tout cela au nom d’un prétendu antiracisme, d’une prétendue lutte contre l’homophobie. Le politiquement correct qui est imposé dans les films historiques est spécialement grotesque. La cour d’Angleterre racontée dans La Chronique des Bridgerton, série historique se passant au XIXe siècle, tente par exemple de nous faire croire que la reine d’Angleterre était noire, que la moitié de la cour l’était aussi. La lutte contre les préjugés raciaux doit-elle vraiment passer par de tels trucages et anachronismes ? Pour lutter contre l’homophobie, les séries comportent toutes, désormais, des couples homosexuels, les hétéros deviennent l’exception. Favoriser la normalisation de ces pratiques, pourtant ultra-minoritaires, devient le principal objectif de ces films, et Netflix multiplie donc les scènes de sodomisation et autres. Ce qui choque les familles, et a suscité ce mouvement de retrait de la chaîne. Entre les films, les coupures publicitaires sont désormais, elles aussi, racialisées et mettent en scène de couples homos.

    Pour l’instant, Netflix ne veut pas reconnaître d’où vient son problème de désabonnements, craignant que l’explication soit elle-même interprétée comme une marque d’homophobie ou de racisme…

    Article paru dans Présent daté du 28 avril 202

  • La Chrétienté serait-elle morte de s’être prise trop au sérieux ?

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    De sur le site de la revue Catholica :

    La fin de la Chrétienté, de Chantal Delsol

    30 Avr 2022

    Après dix ans d’une thèse d’État rédigée sous l’égide de Julien Freund – Tyrannie, dictature, despotisme : problèmes de la monocratie dans l’Antiquité –, Chantal Delsol a infléchi sa passion spéculative vers la pensée de la cité contemporaine, dans la lignée d’Hannah Arendt[1]. Elle en partage la dénonciation des systèmes totalitaires, et le goût des synthèses, sans en égaler la pertinence. Sa façon de tendre à la vérité et simultanément d’en redouter le prestige conduit cette « libérale-conservatrice », et s’affirmant telle, à trouver à l’agnosticisme relatif un charme inattendu, fauteur d’une sécurité bien incertaine.

    Ayant reçu une éducation catholique dans le sérail favorisé du lyonnais, cette observatrice de nos semblables et de leurs tropismes sera un soutien fidèle pour des choix de société cruciaux tels que le refus du mariage pour tous, ou la dénonciation de l’effondrement général du niveau scolaire. Sous l’influence d’un père biologiste et maurrassien, elle agrée le cadre religieux de sa formation, redoute les prométhéens, mais revendique une démiurgie d’esprit affranchi. La tenue intellectuelle de ses travaux et sa carrière enviable de professeur des universités lui vaudront d’être élue, en 2009, à l’Académie des sciences morales et politiques. Disposant d’un crédit notable auprès des milieux catholiques soucieux de le rester, l’académicienne ainsi distinguée peut-elle à bon droit conserver ce public sans quelque mise en garde de celui-ci ? L’excellente réception de cette fin de la Chrétienté est étonnante, et même assez choquante, si l’on considère que ce drame sociétal sans précédent est ici confirmé comme une sanction historique sans appel, tout autant que dédramatisé dans ses conséquences prévisibles. Qu’est-ce que la  Chrétienté ? « Il s’agit de la civilisation inspirée, ordonnée, guidée par l’Eglise ». Elle a duré seize siècles, de l’Édit de Milan à la dépénalisation de l’IVG. Elle est désormais défunte, pour avoir lassé les peuples qu’elle animait. Que s’est-il passé ? « Nous avons profané l’idée de vérité, à force de vouloir à tout prix identifier la Foi à un savoir » (p.125). Face à l’hybris, et la sanction immanente, ses yeux sont secs, et son cœur plus encore : « Renoncer à la Chrétienté n’est pas un sacrifice douloureux » (p. 170). Dont acte.

    En clair, la Chrétienté serait morte de s’être prise trop au sérieux. L’harmonie entre l’Église et la cité terrestre n’aurait pas survécu à la tyrannie de la vérité, aggravée du refus radical de la Modernité. Cette thèse choyée des novateurs pourrait suffire à repousser l’ouvrage, si n’était en question le sens de ce nouvel assaut de la part d’une érudite passant pour proche des milieux traditionnels. À vrai dire, si la thèse n’est pas neuve, il n’était pas d’usage qu’elle soit applaudie jusque par ces derniers.

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  • Tristes rites

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    De DON PIO PACE sur Res Novae :

    L’époque des rites tristes

    Manuel Belli, prêtre du diocèse de Bergame, enseignant en théologie sacramentaire, s’interroge dans L’epoca dei riti tristi[1]sur la désertion des assemblées eucharistiques, spécialement par les jeunes. Titre s’inspirant du livre de deux psychanalystes, Michel Benasayag et Gérard Schmit, Les passions tristes. Souffrance psychique et crise sociale[2] – en italien L’epoca delle passioni tristi[3] – à propos du nombre croissant de jeunes en souffrance psychique, au sein d’une époque submergée par une tristesse qui traverse toutes les couches sociales.

    Suivent, chez M. Belli, de chapitre en chapitre, une série de constats très pessimistes : la logique du manger minimal au fast food ou au contraire de la boulimie inconsidérée qui déteint sur l’Eucharistie ; il y a une crise de la festivité dominicale ; le rituel catholique a perdu la bataille devant les sorcières d’Halloween ; la liturgie est perçue d’abord comme une satisfaction de soi, un moyen de développement personnel ; la piètre musique liturgique est seulement consommée ; les discussions sur la présence publique de crèches de Noël et de crucifix montrent qu’ils sont réduits à des systèmes de valeurs ; et ainsi de suite, avec un chapitre sur l’application Tinder (application de rencontre amoureuses) comparée à la conception chrétienne de l’amour.

    L’auteur se risque à des « notes provisoires » pour rendre les rituels plus heureux. Le moins qu’on puisse dire est qu’il est peu convaincant : de petites recettes données au fil des chapitres, comme par exemple, dans une messe pour enfants, fabriquer avec eux le pain, leur faire inventer un cantique ; ou encore, capter la bougeotte de la génération présente en retrouvant le sens de la procession. L’auteur caresse le projet mal définit d’une « catéchèse expérientielle », qui dépasserait la pure doctrine sans cependant l’oublier…

    Manuel Belli avait d’entrée écarté les « extrêmes », les messes dont le prêtre se pare d’un nez de clown, ou le retour à la messe en latin. Notons au passage que, si M. Belli constate que les jeunes sont peu attirés par les rites de la messe de leur paroisse, les évêques de France, dans leurs réponses à l’enquête de la CDF sur la messe traditionnelle, remarquent au contraire – sans plaisir – que les jeunes sont très attirés (« fascinés ») par cette liturgie ancienne.

    Avec Manuel Belli, on est au pays des anthropologues néo-bugninistes, au degré zéro de la science liturgique, On ne trouvera dans ses propos ni réflexion systématique sur la nature du rite liturgique, ni sur sa fonction comme voile et manifestation du divin, ou encore sur son histoire et son caractère intrinsèquement traditionnel : il est ressenti par les fidèles comme véhiculant ce qui a été reçu depuis le commencement. Ses propos sont en revanche très intéressants par le constat qu’ils établissent : le rituel catholique aujourd’hui, et surtout d’aujourd’hui, ne « fonctionne » plus : il est considéré comme ennuyeux, imprégné qu’il est de l’ennui universel.

    Mais le critère même de Manuel Belli, celui de la tristesse à écarter, est très significatif de l’impasse dans laquelle se trouvent ceux qui comme lui veulent revivifier la réforme. Pourquoi d’ailleurs le rite devrait-il être « joyeux » ? La mort, le sacrifice, la pénitence, sont tristes par nature, et la joie surnaturelle se dégage en fait du tragique de la Croix.

    Mais il est bien vrai que nous sommes à l’époque des « passions tristes », que l’offre liturgique contemporaine n’arrive pas à concurrencer : Manuel Belli dresse un bilan parmi tant d’autres de l’échec de la réforme liturgique. Il ne songe cependant pas une seconde à s’en évader, démontrant, par le constat qu’il fait, qu’elle souffre d’être trop moderne, et par les solutions qu’il propose, qu’il ne sait imaginer que des bricolages internes à la modernité pour y remédier. Plus tristes encore que les rites, et même désespérants, sont ainsi les enseignements de liturgie, qui se donnent, comme le fait Manuel Belli, dans les séminaires et les athénées pontificaux.

    Don Pio Pace


    [1] Queriniana, 2021.
    [2] La Découverte, 2006.
    [3] Feltrinelli, 2013.