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Judaïsme

  • La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche de Jérusalem

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    La réplique cinglante d’un éminent israélite à la lettre du patriarche de Jérusalem

    (s.m.) La dernière lettre pastorale du patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa – relayée dans le dernier article de Settimo Cielo – a suscité beaucoup d’intérêt, non seulement parmi les chrétiens mais également parmi les Juifs d’Israël et de la diaspora.

    Ce qui va suivre est le commentaire que nous a fait parvenir un Israélite parmi les plus éminents, Sergio Della Pergola (photo), professeur émérite à l’Hebrew University of Jérusalem et chercheur de renommée mondiale en démographie et en sociologie du judaïsme.

    Le professeur Della Pergola saisit pleinement et respecte le côté plus biblique et théologique que géopolitique de la lettre du cardinal.

    Il ne peut cependant pas s’empêcher de pointer du doigt, dans les dizaines de pages que compte le texte, des jugements de nature politique, en particulier quant à l’« événement » décisif qu’a été le massacre de civils juifs perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023.

    Et ce sont précisément les deux lignes où Pizzaballa mentionne que ce massacre, « pour les Palestiniens représente l’ultime étape dramatique d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes », qui font dire au professeur Della Pergola que ce seul jugement fondamentalement erroné suffit à « fermer la porte à toute possibilité de réflexion ou de dialogue commun futur entre catholiques et Juifs sur le 7 octobre, sur l’avant et sur l’après ».

    Les seules lueurs de dialogue – encore qu’elles soient incertaines – que le professeur Della Pergola voit émerger chez Pizzaballa concernent tout au plus la partie musulmane, et non les Juifs. Et en effet, le cardinal lui-même reconnaît, dans un passage de sa lettre, une difficulté de compréhension notamment avec le petit nombre de Juifs de confession catholique qui vivent en Israël, auxquels il promet davantage de moments de rencontre pour briser leur « solitude » dans « une Église qu’ils ne considèrent peut-être pas totalement comme la leur ».

    Sans parler des différents courants qui divisent le judaïsme, dont certains sont franchement hostiles aux chrétiens, parfois même violents, et totalement fermés à toute forme de dialogue. Un dialogue dont le concile Vatican II a posé les premières bases mais qui reste encore en grande partie à construire.

    *

    « Le cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre »

    par Sergio Della Pergola

    La lettre pastorale du cardinal Pierbattista Pizzaballa “Ils retournèrent à Jérusalem dans une grande joie » suscite certaines réflexions, du point de vue d’un Juif vivant en Israël.

    Le cardinal Pizzaballa est actuellement le patriarche latin de Jérusalem depuis novembre 2020, après avoir été administrateur apostolique de ce même patriarcat entre 2016 et 2020 et custode de Terre sainte entre 2004 et 2016. Auparavant, entre 1995 et 1999, il a été doctorant à l’Université de Jérusalem et, depuis 1990 – depuis son ordination presbytérale – il a étudié la théologie biblique au « Studium Biblicum Franciscanum » de Jérusalem. Le Cardinal vit donc à Jérusalem depuis plus de 36 ans, il parle correctement l’hébreu (ainsi que l’arabe) et il connaît comme personne la ville et la campagne environnante. Il est sans doute l’observateur catholique le plus ancien et le plus compétent de Jérusalem, d’Israël et de Palestine.  En tant que membre du Sacré-Collège des cardinaux depuis sa nomination par le pape François en 2023, c’est une personnalité influente de l’Église catholique apostolique romaine. Personne mieux que lui ne connaît ni n’est capable d’analyser les complexités du système politique de l’État d’Israël, ainsi que de la diaspora juive qui – qu’on le veuille ou non – est inextricablement impliquée dans les décisions et les dilemmes de l’État. C’est sur ces prémisses que se fondent les attentes des lecteurs.

    Un document tel que la lettre pastorale du patriarche de Terre sainte, aussi détaillé, fin et analytique, se démarque des documents diocésains destinés aux quelques milliers de fidèles de catholiques sur les 15 millions d’habitants que compte le territoire d’Israël et de Palestine (auxquels s’ajoutent 11,5 millions d’habitants en Jordanie et 1,5 million à Chypre) faisant l’objet de l’activité diocésaine du cardinal Pizzaballa. Il semble nettement plus plausible qu’il s’agisse en revanche d’une synthèse des impressions et des réflexions mûries au cours de plus de 35 ans d’activité pastorale, presque comme s’il s’agissait de laisser un testament ou un programme. « L’objectif – peut-on y lire – est d’aider chacun à s’interroger sur la manière de vivre aujourd’hui la foi chrétienne sur cette terre à la lumière de l’Évangile ».

    Ce document est explicitement un guide spirituel et non une analyse géopolitique. On ne peut cependant s’empêcher de se demander jusqu’à quel point ces deux dimensions peuvent rester déconnectées et jusqu’où on peut se désintéresser de la réalité concrète pour que le document conserve sa pertinence. La réalité, c’est que l’Église catholique – pour laisser un instant de côté la Jordanie et Chypre – œuvre dans l’État d’Israël, qui compte une majorité de Juifs, et en Cisjordanie et à Gaza, où vit une majorité d’Arabes musulmans. Les conditions juridiques, institutionnelles et politiques de ces endroits varient mais déterminent cependant la capacité d’action de l’Église et le destin des catholiques de la région.

    En lisant ce document, on a l’impression que Jérusalem serait l’endroit le plus important du monde pour la foi catholique, et on est en droit de se demander quel est alors le rôle de Rome dans ce cas. Pourquoi Jérusalem n’est-elle pas le siège central du catholicisme, avec la papauté et la Curie ? Si les lieux essentiels du passé se trouvent à Jérusalem et que l’avenir consiste à attendre que la nouvelle Jérusalem descende du ciel, alors pourquoi la capitale spirituelle ne s’y trouve-t-elle pas ?

    Il reste cependant clair que, comme dans la vision idéale qui nous est ici présentée, aucune autorité terrestre séculière ne compte et que seule l’utopie spirituelle préside à l’analyse et à la perspective des actions à mener. La ville de Jérusalem est définie comme étant « nôtre », en prélude à la véritable et définitive « polis », la Jérusalem céleste. Nulle trace dans cette lettre de l’État d’Israël ou de l’Autorité palestinienne. Le document ignore complètement ces entités sans même justifier la raison de leur omission. Dans le monde idéal qui nous est présenté, elles n’existent tout simplement pas et n’ont pas voix au chapitre, ou peut-être fait-il le choix politique d'être détaché du contexte terrestre, alors qu’il s’agit pourtant de la seule réalité quotidienne.

    Au début de la première partie de sa lettre, le cardinal affirme que « le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza ont représenté quelque chose de différent et de bouleversant pour chacun des deux peuples de cette terre. » Dans l’ordre suivant : « Pour les Palestiniens, cela représente l’ultime étape dramatique d’une longue histoire d’humiliations et d’exodes. Pour les Israéliens, en revanche, quelque chose d’inédit : des violences qui ont fait revivre les horreurs survenues en Europe il y a quatre-vingts ans. »

    C’est ici que sa lettre me tombe des mains, quand il décrit de cette manière des événements qui se sont déroulés dans un ordre dramatiquement inversé, et avec des acteurs différents. Si le 7 octobre est bien un tournant historique marquant la fin d’une époque, attention, il ne l’est pas pour les raisons décrites par le cardinal. Pour les Juifs, le 7 octobre constitue une brève réplique de la Shoah à quatre-vingts années de distance de la seule et véritable Shoah : un massacre barbare et monstrueux de civils dans leurs propres maisons. Mais pour les musulmans, il représente le choix d’une violence sans précédent pour affirmer leur propriété absolue et exclusive du territoire, pour effacer Israël et exiger un Califat islamique à la place. L’inversion de l’ordre des facteurs et le travestissement des faits constitue un choix narratif important. Puisqu’il existe plus de deux récits possibles, le choix ici de l’un exclut la possibilité du second. Le choix du cardinal ferme la porte à toute possibilité de réflexion ou de dialogue commun futur entre les catholiques et Juifs sur le 7 octobre, sur l’avant et l’après. » À moins qu’il ne vise, sans que nous le sachions, à ouvrir ou à chercher à établir de nouvelles perspectives de dialogue entre catholiques et musulmans.

    Le 7 octobre est un point de l’histoire qu’on ne peut pas ignorer. Mais le cardinal n’a pas compris ou ne veut pas comprendre. Avec pour résultat que la lecture de toutes les pages suivantes du document est littéralement décrédibilisée par cette monumentale erreur de parcours. Le 7 octobre est un critère incommensurable et irréversible. En lisant les pages suivantes du document, le lecteur sera inévitablement porté à chercher d’autres affirmations d’intérêt politique dans un texte qui, comme nous l’avons déjà noté, se veut éminemment théologique. Et peut-être en raison du soin particulier apporté à leur recherche, ces positions politiques finiront en effet par s’inscrire encore et toujours dans une seule et même direction : celle d’un récit unilatéralement critique à charge d’Israël et aussi, en filigrane, à charge du peuple juif. Il n’y a presque aucune référence, ni critique ni autre, adressée au monde musulman, qui est pourtant clairement prédominant au Moyen-Orient, et qui est également présent à l’intérieur du périmètre diocésain de Chypre-Israël-Palestine-Jordanie.

    On retrouvera donc la position critique relative à la discrimination et à la persécution dont on suppose que les Palestiniens font l’objet de la part d’Israël, sans la moindre mention du phénomène du terrorisme et des mouvements islamistes subversifs qui, par ailleurs, ne respectent même pas l’ordre établi par une partie des autorités des pays arabes. Pas la moindre allusion non plus à la persécution des communautés chrétiennes. Les peurs exprimées en d’autres occasions par ce même cardinal Pizzaballa envers les revendications des extrémistes islamistes sont ici ignorées. On trouve en revanche une petite insinuation, dans la nouvelle veine de la critique de la technologie, avec l’affirmation selon laquelle des gens sont morts à la guerre par décision d’un algorithme. Mais avec la même logique, on pourrait dire que la vie de nombreuses personnes a été épargnée par la décision d’un algorithme.

    En résumé, Israël est identifié à l’oppression, à la discrimination, à l’appropriation matérialiste, et comme le détenteur presque illégitime d’un bien universel, Jérusalem, censé être partagé avec toute l’humanité. Mais pourquoi, dans ce cas, ne pas imaginer un partage de la Cité du Vatican avec les Juifs et les musulmans ?

    On ne trouve nulle part mention du fait que sous le régime israélien, les communautés chrétiennes ont pu se développer numériquement alors que sous le régime palestinien, elles ont été largement réduites. Dans les territoires palestiniens, les villes historiquement à majorité chrétienne – légalement censés être dirigés par un maire chrétien – hébergent aujourd’hui une majorité musulmane.

    Sur le plan du dialogue interreligieux entre Juifs et chrétiens, aucun point de débat n’émerge, aucun point d’appui à partir duquel on pourrait développer une conversation possible sur des thématiques partagées. La partie juive est tout simplement ignorée. Jérusalem est bien une ville à partager, face à toutes les revendications opposées des Israéliens et des Palestiniens. La petite et vulnérable communauté chrétienne ne dispose d’aucun pouvoir militaire ni économique, mais elle finira par hériter de la terre. Le fait que quelqu’un d’autre puisse entretenir des idéaux d’héritage spirituel portant sur la même terre – et la manière de rendre ces deux idéaux compatibles – n’est même pas pris en considération. Il n’y a plus de frères aînés.

    — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Le silence de l’APCE face aux attaques et discriminations visant les chrétiens en Europe

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    De Thibault van den Bossche sur le site de l'ECLJ :

    L’APCE silencieuse face aux attaques et discriminations visant les chrétiens en Europe

    23 Avril 2026
    La résolution intitulée «Lutter contre la discrimination fondée sur la religion et protéger la liberté de religion ou de conviction en Europe» adoptée par l’APCE le 21 avril 2026 maintient un déséquilibre manifeste dans le traitement des différentes religions. Elle n’intègre pas pleinement la réalité des attaques et discriminations visant les chrétiens, pourtant largement documentées par l’ECLJ.

    Lors de sa session d’avril 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté une résolution intitulée «Lutter contre la discrimination fondée sur la religion et protéger la liberté de religion ou de conviction en Europe». Ce texte réaffirme des principes essentiels, mais maintient un déséquilibre dans la manière dont les institutions européennes traitent les atteintes visant les chrétiens. Ce déséquilibre n’est pas seulement rhétorique: il reflète une hiérarchisation implicite des formes d’intolérance religieuse et traduit une difficulté persistante à reconnaître pleinement les atteintes antichrétiennes.

    La résolution mentionne une «recrudescence significative de l’antisémitisme» et «une augmentation des incidents antisémites» replacées dans le contexte de «l’attentat terroriste du 7 octobre 2023 et du conflit à Gaza», ainsi qu’«une augmentation des incidents islamophobes» (§4). Elle renvoie également à deux résolutions spécifiques de 2022 sur la lutte contre l’antisémitisme et contre « l’islamophobie, ou racisme antimusulman » (§3), illustrant une nouvelle fois l’attention quasi exclusive des institutions européennes à ces phénomènes.

    Il faut remonter à 2015 pour que les chrétiens soient mentionnés, et encore de manière marginale, dans la résolution «Combattre l’intolérance et la discrimination en Europe, notamment lorsqu’elles visent des chrétiens». Cette absence de reconnaissance explicite s’inscrit dans la continuité du mandat actuel de la «Représentante spéciale […] sur l’antisémitisme, la haine antimusulmane et toutes les formes d’intolérance religieuse», qui ne cite pas les chrétiens. Sa titulaire a d’ailleurs pris part au Forum diplomatique d’Antalya, en Turquie, du 17 au 19 avril, pour y dénoncer la haine antimusulmane en ligne.

    Pourtant, les 2.211 actes antichrétiens recensés en Europe en 2024, selon l’Observatoire de l’Intolérance et de la Discrimination contre les Chrétiens en Europe (OIDAC), appellent une reconnaissance tout aussi explicite. L’ECLJ a d’ailleurs largement documenté ces attaques et discriminations dans son rapport 2025 sur La christianophobie et la haine antichrétienne en Europe. Un tel déséquilibre affaiblit la cohérence d’ensemble de la résolution et interroge sur l’égalité de traitement entre les différents groupes religieux.

    Une reconnaissance importante mais encore limitée des discriminations contre les chrétiens

    De manière bienvenue cependant, l’Assemblée reconnaît que «l’intolérance et la discrimination fondées sur la religion ou la conviction touchent tant les groupes religieux majoritaires que minoritaires en Europe» et que «l’expression de la foi est parfois limitée de manière injustifiée par la législation et les politiques nationales» (§10).

    Cette formulation mérite d’être soulignée. Elle introduit une reconnaissance implicite, mais réelle, des atteintes subies par les chrétiens, y compris dans des sociétés où ils restent numériquement majoritaires. Elle conforte également les analyses de l’ECLJ concernant certaines dérives de la laïcité, notamment en France, lorsque celle-ci conduit à restreindre de manière disproportionnée l’expression chrétienne.

    Une volonté louable d’améliorer la collecte des données

    La résolution invite les États à «collecter des données sur l’intolérance et la discrimination fondées sur la religion» (§14.1.1). L’ECLJ soutient pleinement cet objectif. Une documentation précise constitue une condition indispensable à toute politique efficace. Dans ce domaine, le travail d’organisations indépendantes, telles que l’OIDAC ou l’Observatorio para la Libertad Religiosa y de Conciencia (OLRC) en Espagne, joue un rôle déterminant.

    Cependant, trois limites persistent. Les victimes chrétiennes sous-déclarent les attaques qu’elles subissent, par autocensure, craignant de jouer la victimisation, de manquer de charité chrétienne ou d’attiser des tensions sociales. Les autorités publiques sous-comptabilisent les crimes antichrétiens, pour ne conserver que ceux avec une motivation politique clairement identifiée. Enfin, la transmission de ces données à des institutions internationales comme l’ODIHR de l’OSCE se fait de manière incomplète selon les États. Ces limites contribuent à invisibiliser une partie significative des violences et discriminations subies par les chrétiens en Europe.

    L’absence d’objection de conscience et de mesures pour protéger les lieux de culte

    Malgré ces avancées, deux omissions limitent la portée de la résolution. Elle ne mentionne à aucun moment le droit à l’objection de conscience, pourtant au cœur de nombreuses situations concrètes. Par exemple, une religieuse devra-t-elle pratiquer l’euthanasie dans un hôpital catholique? C’est la question qu’ont soulevée l’ECLJ et Sœur Agnès, médecin des Petites sœurs des pauvres, devant le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction à Genève.

    Aucune disposition spécifique ne concerne la protection des lieux de culte, alors même que les actes de vandalisme et les attaques contre les églises se multiplient en Europe. À titre d’exemple, la France a mobilisé près de 48 millions d’euros entre 2015 et 2025 pour sécuriser les sites religieux, notamment par l’installation de systèmes de vidéosurveillance et de dispositifs de protection renforcée.

    Une ouverture intéressante au dialogue avec la société civile

    L’APCE introduit une perspective encourageante en invitant à «renforcer la consultation et la communication avec les communautés religieuses et les organisations de la société civile lors de l’élaboration de la législation» (§14.3.2). L’ECLJ contribue déjà activement à ce dialogue auprès des institutions nationales, européennes et internationales, en mettant à disposition son expertise juridique. Nous poursuivrons activement notre engagement en faveur de la liberté de religion des chrétiens en Europe.

    Pour garantir une protection effective, les attaques et discriminations visant les chrétiens doivent être reconnues et traitées sans biais. La liberté de religion, protégée par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, ne peut être assurée sans le respect du principe de non-discrimination consacré à l’article 14. Cela implique une prise en compte équilibrée des atteintes subies par les chrétiens, ainsi que des réponses concrètes. À cet égard, l’ECLJ a saisi la Présidente de l’APCE par une pétition en ce sens, appelant à une réponse ferme contre les attaques et discriminations visant les chrétiens.

    Christianophobie : ça suffit !
    Lire le texte complet de la pétition
    9,443 SIGNATURES
  • Qu’est-ce qui alimente l’extrémisme anti-chrétien en Israël ?

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    De Michele Chabin sur le NCR :

    Qu’est-ce qui alimente l’extrémisme anti-chrétien en Israël ?

    Les experts affirment que l'éducation et l'application de la loi sont nécessaires pour endiguer de tels incidents.

    Le crucifix remplacé, photographié par les Forces de défense israéliennes
    Le crucifix remplacé, photographié par les Forces de défense israéliennes (photo : Forces de défense israéliennes via EWTN News)

    JÉRUSALEM — Une photo montrant un soldat des Forces de défense israéliennes (FDI) détruisant à coups de marteau une statue de Jésus dans un village du sud du Liban est rapidement devenue virale le 20 avril. Bien que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ait présenté ses excuses pour cet incident choquant et que l'armée israélienne ait remplacé la statue, cet épisode a suscité une difficile prise de conscience au sein de la société israélienne quant à la montée de l'intolérance religieuse dans un pays qui s'enorgueillit de ses valeurs démocratiques et juives.   

    Les détracteurs du gouvernement israélien de droite actuel accusent ses dirigeants d'alimenter l'extrémisme, notamment au sein de certaines communautés juives ultra-orthodoxes et ultranationalistes. Dans ces communautés repliées sur elles-mêmes, les écoles n'enseignent ni le pluralisme religieux, ni le respect mutuel, ni la coexistence.   

    Sur les 10,2 millions d'Israéliens, environ 185 000 sont chrétiens. La plupart vivent dans le nord du pays ou dans des villes multiconfessionnelles comme Jérusalem, Tel-Aviv-Jaffa et Ramla. On compte également 1,8 million de musulmans en Israël.    

    Bien que peu de juifs ultra-orthodoxes traditionnels servent dans l'armée israélienne, et que Tsahal tente d'éliminer les ultranationalistes religieux fervents lors du processus de sélection pour la conscription, deux ans et demi de guerre déclenchés par le massacre du Hamas du 7 octobre 2023 ont contraint l'armée à se démener pour trouver des soldats supplémentaires.       

    « Le soldat n’a pas brisé la statue de Jésus par accident, et son geste n’était pas isolé », a écrit Lazar Berman, correspondant diplomatique du Times of Israel , dans une tribune publiée par le journal. « Il a probablement appris, au cours de son éducation ou dans son milieu social, que les sanctuaires et les icônes chrétiennes ne doivent pas être respectés, voire qu’il faut les détruire. »  

    Bien que la « grande majorité » des Israéliens ne soutienne pas la persécution des minorités religieuses du pays, a déclaré Berman, « il y a suffisamment d'extrémistes et de fanatiques religieux dans le pays qui soutiennent de telles actions pour que le soldat dispose de nombreuses sources d'inspiration potentielles pour son crime. » 

    Tomer Persico, chercheur à l'Institut Shalom Hartman, reproche à Netanyahu d'avoir invité des extrémistes comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben-Gvir à entrer dans son gouvernement, entré en fonction en janvier 2023.  

    La composition du gouvernement, qui comprend non seulement des partis politiques d'extrême droite mais aussi des partis juifs ultra-orthodoxes, « influence considérablement les relations entre Juifs et non-Juifs en Israël et même plus largement », a déclaré Persico au Register. « Lorsqu'une guerre éclate, on constate comment leur ferveur religieuse et messianique imprègne leurs déclarations. »  

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  • Comment réagir face aux persécutions anti-chrétiennes ?

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    Une "opinion" de Benoit Lannoo, Historien de l’Église, spécialiste des chrétiens d’Orient et des relations interreligieuses publiée dans La Libre de ce 13 avril, pp. 26-27 :

    Persécutions anti-chrétiens : comment réagir ?

    L’idée que les chrétiens sont persécutés était taboue. Or, le 21 janvier, le Parlement européen a adopté un texte sur les droits de l’homme dans le monde, dans lequel apparaît pour la première fois la notion de la “christianophobie”. Les députés déplorent que “le christianisme reste aujourd’hui la religion la plus persécutée au monde, avec plus de 380 millions de personnes concernées”.

    Ce changement de cap a été accueilli avec enthousiasme. L’Observatoire sur l’intolérance et la discrimination à l’égard des chrétiens en Europe a remarqué que le Parlement “reconnaît non seulement l’ampleur mondiale de la persécution anti -chrétienne, mais met également en avant une asymétrie institutionnelle au sein de l’architecture anti-discrimination existante de l’Union européenne”. Et la Commission des évêques de la Communauté européenne (Comece) a réitéré son appel pour un coordinateur européen contre la “haine anti-chrétienne”. Mais le texte adopté n’est pas contraignant ; reste donc à voir si la Commission d’Ursula von der Leyen s’y conformera.

    Instrument pour diplomates

    Notons d’abord qu’il est bon de cartographier le phénomène, situé dans un angle mort. Parfait de veiller sur la situation précaire des Yézidis en Irak. Mais quand le soi-disant État islamique a attaqué ce peuple avec une violence génocidaire il y a dix ans, des milliers de chrétiens ont aussi été expulsés de la plaine de Ninive, avec moins d’attention internationale.

    Les maisons de chrétiens qui ont fui leur sont d’ailleurs encore toujours extorquées à des prix ridicules. Et quand récemment les Kurdes du nord-ouest de la Syrie ont été attaqués, presque personne n’a rapporté que leurs alliés chrétiens payaient également le prix de cette violence sunnite.

    Plus d’attention pour la persécution des chrétiens peut pousser les diplomates à l’évoquer d’office dans leurs contacts. Quand le président Erdogan va-t-il respecter les villages chrétiens victimes des attaques de la Turquie qui prétend ne viser que la résistance kurde à ses frontières ?

    On n’a d’ailleurs pas encore gagné quand on parvient à convaincre les gouvernements des droits des chrétiens. Un diplomate m’a confié que ses interlocuteurs pakistanais étaient tous d’accord que leurs lois antiblasphème ne peuvent être abusées pour exercer une pression sur des filles chrétiennes non mariées. Mais le gouvernement a-t-il de l’impact sur l’intérieur du pays ?

    Mais le concept de la “christianophobie” a ses limites. En effet, on court le risque d’accusation d’antisémitisme ou d’islamophobie. Ou d’être dit ne pas respecter la liberté d’expression ou autres droits de l’homme. Au Nicaragua, Daniel Ortega persécute l’Église catholique. Depuis 2018, des centaines de prêtres, religieuses et prélats ont été arrêtées ou forcés à l’exil. Les Sandinistes ont fermé la formation sacerdotale dans quatre diocèses, et la Semaine Sainte, les processions y étaient interdites. Mais personne ne s’en soucie. L’extrême gauche européenne continue même à soutenir cette dictature.

    Réciprocité ?

    Le Maroc a ratifié plusieurs traités sur la liberté religieuse et la liberté de conscience. Lors de la visite du pape François en 2019, le roi Mohammed VI a réaffirmé se porter “garant des Juifs marocains et des chrétiens étrangers vivant au Maroc”. Mais le droit pénal impose des peines à quiconque aide un musulman à se convertir à une autre religion. Il n’est donc pas permis d’y annoncer l’Évangile, comme dans tous pays islamiques. L’inverse l’est bien : un djihadiste en Irak vient de séduire une mineure chrétienne pour un mariage polygame. Les autorités locales et la mosquée détournent le regard.

    Le sionisme fanatique en Israël s’engage systématiquement dans la christianophobie. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, les chrétiens et leurs églises se font cracher dessus par des Juifs orthodoxes – ce que le ministre extrémiste Itamar Ben-Gvir qualifie de “coutume ancestrale”. Dans le Sud-Liban, Israël continue d’exiger l’évacuation de villages maronites, d’où le Hezbollah tirerait des roquettes. Les résidents chrétiens refusent, ce que le prêtre Boutros al-Raï de Qlayaa a déjà payé avec la vie. Le ministère de l’Éducation vient aussi d’interdire à 200 enseignants chrétiens de Cisjordanie d’enseigner dans des écoles chrétiennes à Jérusalem.

    Le patriarche latin de Jérusalem a été empêché par la police d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem le dimanche des Rameaux, alors qu’il respectait l’interdiction de rassembler plus de 50 personnes, tandis qu’un rabbin a tenu un Seder avec des milliers de juifs hassidiques au Vizhnitz Meor Haim au centre de la veille ville. De plus en plus nombreux sont d’ailleurs les colons qui déclarent ouvertement que “le christianisme est idolâtrie” et que la Torah les exige “de tuer les idolâtres dans tous les territoires que nous occupons et de détruire leurs lieux de culte”.

    Entre-temps, les Églises catholiques en Syrie ont annulé toute manifestation publique pendant la Semaine Sainte, car lors des attaques sunnites contre les chrétiens d’Al Suqaylabiyyah fin mars, les forces de sécurité syriennes ne sont pas intervenues.

    En Iran, ce ne sont pas que les ayatollahs et leurs fidèles chiites qui paient le prix de l’agression occidentale, mais les chrétiens et les juifs : Israël a bombardé la synagogue Rafi-Nia, la cathédrale russe-orthodoxe de Téhéran et deux églises arméniennes-apostoliques à Ispahan.

    Et au Haut-Karabagh, en 2023, après 1700 ans de présence chrétienne ininterrompue, les chrétiens y ont été expulsés par l’Azerbaïdjan.

    En Belgique

    L’antichristianisme existe aussi chez nous. La droite et l’extrême droite se sont emparées du thème, alors qu’ils ne soutiennent pas nécessairement le message chrétien du dialogue avec l’autre ou de l’hospitalité envers les étrangers. Les milieux chrétiens au centre ou à gauche hésitent dès lors à alerter, pour ne pas raviver des tendances islamophobes, homophobes voire antisémites. Le vandalisme contre des églises, la profanation de tombes et l’agression visant des symboles chrétiens, ne sont souvent que des “faits divers”.

    Les chrétiens ont appris à vivre avec la parodie ; mais démolir à coups de marteaux des statues de Jésus et Marie, comme l’ont récemment fait les présentateurs de Studio Brussel, est-ce vraiment drôle ? Ils ne se réalisent pas combien de personnes ils blessent. Et le Samedi Saint, Opera Ballet Vlaanderen a mis en scène des femmes avec une coiffe de nonne se faisant percer les tétons… comme dans un club SM privé.

    Pourquoi quand les chrétiens font l’objet d’insultes vulgaires, ce “n’est pas un sujet” ? “Nous n’y avons tout simplement pas trop réfléchi”, dit-on chez Studio Brussel. J’appelle dès lors les académiques, la société civile, les responsables d’Églises et tout homme et femme de foi, à chercher le narratif adéquat pour défendre les chrétiens.

    Espérance ?

    “Faut-il au fond se défendre ?” L’évêque d’Anvers vient, dans une carte blanche, de soulever la question. “Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera et qu’on dira faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux” (Matthieu 5,11-12a).

    En ce temps pascal, il est bon de s’accrocher à l’espérance qui a propulsé les chrétiens depuis la Résurrection. Les insultes que nous subissons ne sont pas grand-chose à côté des persécutions d’innombrables chrétiens, qui n’ont pas peur d’être “témoins” de leur espérance.

  • Aucun historien sérieux ne peut qualifier Pie XII de « pape d’Hitler »

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    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Selon un expert de Pie XII : Aucun historien sérieux ne peut le qualifier de « pape d’Hitler ».

    À l'occasion du 150e anniversaire de la naissance de Pie XII, Emilio Artiglieri rend hommage au défunt pape en temps de guerre et dénonce une campagne de diffamation de longue date, notamment à travers un nouveau film Netflix.

    Le pape Pie XII en prière, photo non datée.
    Le pape Pie XII en prière (photo non datée). (Photo : Vatican Media)

    Le 2 mars marque le 150e anniversaire de la naissance d'Eugenio Pacelli, devenu le pape Pie XII, dont la vie et le pontificat restent parmi les plus étudiés et les plus débattus de la papauté moderne. 

    Pour marquer l'occasion, le Register s'est entretenu le 27 février avec Emilio Artiglieri , président du Comité Pape Pacelli – Association Pie XII, qui organise depuis de nombreuses années des événements culturels à Rome pour encourager les discussions historiques à son sujet et mettre en lumière ses enseignements variés sur la théologie, la morale, la société et la bioéthique.

    Artiglieri aborde également la question de savoir si la « légende noire » qui a cherché à salir la réputation du défunt pontife pendant de nombreuses années a réussi ; un nouveau film qui tente encore davantage de ternir son nom ; comment Pie XII aurait pu gérer le conflit actuel entre la FSSPX et le Saint-Siège ; et pourquoi le défunt pontife continue d'inspirer à la fois dévotion et intérêt académique. 

    Monsieur Artiglieri, croyez-vous que la campagne de diffamation lancée par les Soviétiques contre Pie XII ait réussi et qu'il sera toujours présenté sous un jour négatif par rapport aux nazis ?

    Je crois que, concernant la « légende noire » qui entoure la figure de Pie XII, il faut faire une distinction entre deux niveaux : le niveau scientifique et celui de la diffusion populaire.

    D'un point de vue scientifique, des études et des recherches approfondies ont été menées depuis l'époque de Paul VI, telles que celles menées par le père Pierre Blet, avec le père Angelo Martini, le père Burkhart Schneider et le père Robert A. Graham, qui ont abouti au célèbre ouvrage Actes et Documents du Saint -Siège relatif à la Seconde Guerre mondiale .

    Suite à la décision du pape François d'accorder l'accès aux archives du Vatican relatives à la période du pontificat d'Eugenio Pacelli, d'autres études précieuses ont été réalisées, telles que celles du professeur Johan Ickx ( Pie XII et les Juifs ), du professeur Matteo Luigi Napolitano ( Le siècle de Pie XII ) et du professeur Pier Luigi Guiducci ( Pie XII et la Shoah. Quels « silences » ? ).

    Au vu de l'abondante documentation, aucun historien ne pourrait sérieusement parler de « pape d'Hitler ».

    Des membres du 22e Régiment royal canadien, en audience avec le pape Pie XII, après la libération de Rome en 1944.
    Des membres du 22e Régiment royal canadien en audience avec le pape Pie XII, après la libération de Rome en 1944. (Photo : Ministère de la Défense nationale du Canada)

    Malheureusement, il est vrai que des traces de la campagne de diffamation contre le pape Pacelli persistent dans l'imaginaire collectif, et c'est précisément à ce niveau de diffusion qu'il nous faut agir pour rétablir une vérité historique partagée. À cet égard, un effort accru est indispensable de la part des médias.

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  • La sainteté de Pie XII; de son amour pour Marie à son aide aux Juifs

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    La sainteté de Pie XII; de son amour pour Marie à son aide aux Juifs

    Sa contribution à la mariologie ; les origines de la légende noire, par opposition à la vérité historique qui atteste du dévouement de Pie XII au salut d’innombrables Juifs ; son attachement à la liturgie. À l’occasion du 150e anniversaire de la naissance d’Eugenio Pacelli, La Bussola s’entretient avec Monseigneur Nicola Bux.

    03/03/2026

    Hier, le 2 mars, on célébrait le 150e anniversaire de la naissance d'Eugenio Pacelli (1876-1958), élu pape sous le nom de Pie XII le jour même de son anniversaire (2 mars 1939). Pape d'une sainteté incontestable, il a vu ses vertus héroïques reconnues par l'Église, qui l'a déclaré Vénérable en 2009. Pour revenir sur les moments clés de l'héritage de Pie XII, La Nuova Bussola a interviewé Monseigneur Nicola Bux.

    Pie XII est le pape qui a proclamé le dogme de l'Assomption de Marie (1950), mais il a également apporté une contribution majeure à la mariologie et à la dévotion mariale. Que nous enseigne son enseignement à l'heure où un certain minimalisme marial refait surface au sein de la Curie romaine (voir la note DDF, Mater populi fidelis ) ? L'enseignement marial de Pie XII était l'aboutissement d'une réflexion séculaire qui avait trouvé son expression, pour citer l'événement le plus important ayant précédé le dogme de l'Assomption, dans la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception (1854) par le bienheureux Pie IX. Ce dogme avait lui-même été précédé par les apparitions de la Vierge Marie à sainte Catherine Labouré rue du Bac en 1830, puis suivi en 1858 par les apparitions de Lourdes. Ainsi, la ferveur de l'Église envers Marie était sans équivoque. Le dogme de l'Immaculée Conception et celui de l'Assomption avaient tous deux été précédés d'une consultation des évêques du monde entier, dont l'immense majorité avait soutenu la décision papale. Naturellement, la définition dogmatique par le pape – d'abord Pie IX, puis Pie XII – constituait l'aboutissement d'une prise de conscience ecclésiale concernant la participation de la Mère de Dieu à l'œuvre de rédemption du Christ.

    C’est-à-dire la corédemption mariale. Pie XII est également celui qui a institué la fête de Marie Reine et du Cœur Immaculé de Marie dans toute l’Église.
    Il a aussi proclamé l’Année mariale en 1954, un siècle après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. Le pape Pacelli a simplement repris le flambeau et l’a relancé. On pourrait dire que lui, à l’instar de saint Jean-Paul II, plus que tout autre pontife, a manifesté le lien étroit entre « le principe marial et le principe pétrinien », pour reprendre une expression chère à Hans Urs von Balthasar, qui soutenait que l’Église est fortifiée par ces deux principes qui s’influencent mutuellement. Même saint Jean Bosco, d’un point de vue purement pastoral, exhortait à toujours se tourner vers le Pape, vers la Vierge Marie et, bien sûr, vers l’Eucharistie. Cette influence réciproque entre Pierre et Marie rappelle le lien de grâce qui existe depuis le temps de Jésus-Christ entre le chef visible de l’Église et Marie, à qui le Fils a confié une mission particulière de maternité spirituelle envers le collège apostolique. Il ne s'agit pas seulement d'une expression de dévotion filiale, qui existe évidemment, mais nous sommes au cœur même de l'ecclésiologie catholique.

    Une légende noire tenace circule au sujet de Pie XII, née de la propagande communiste de l'Union soviétique de l'époque, selon laquelle il serait resté indifférent au génocide des Juifs. Pouvez-vous vous rappeler comment cette légende est née ? Et quelle est la vérité historique concernant les relations de Pie XII avec les Juifs ?
    Cette légende est née après la pièce de 1963, « Le Député » , écrite par le dramaturge allemand autoproclamé Rolf Hochhuth, qui, comme l'ont affirmé certains éminents chercheurs, souhaitait faire payer à Pie XII son anticommunisme et a donc tenté de créer cette légende par le biais de sa brochure.

    Dans son ouvrage *Pie XII et les Juifs* , Johan Ickx, archiviste du Saint-Siège , révèle, à partir de documents d'archives, de nombreux éléments sur le rôle du pape Pacelli dans l'aide aux Juifs. Un document en particulier est très intéressant : une lettre officielle datée du 9 février 1916, signée par le cardinal Pietro Gasparri, alors secrétaire d'État, qui corrobore les opinions d'Eugenio Pacelli sur les Juifs.

    Que dit cette lettre ?
    En réponse à une demande du Comité juif de New York, qui avait sollicité l’intervention du Saint-Siège en faveur des Juifs persécutés et assassinés sur le front de l’Est, le cardinal Gasparri écrivit, entre autres, que « le Pape, en tant que chef de l’Église catholique, fidèle à sa doctrine divine et à ses traditions éternelles, considère tous les hommes comme des frères et leur enseigne à s’aimer les uns les autres. C’est pourquoi il ne cessera d’inculquer aux individus et aux nations le respect des droits naturels de chacun et de désapprouver toute violation de ces droits. » Il ajouta ensuite : « Ces droits doivent être respectés non seulement pour les enfants d’Israël, mais pour tous les hommes sans distinction, car la justice et la religion elles-mêmes ne permettent aucune discrimination entre les différentes confessions religieuses. »

    Comme l'explique Ickx, s'appuyant sur des documents d'archives, Eugenio Pacelli, alors secrétaire d'État, a inspiré, voire rédigé personnellement, la lettre du cardinal Gasparri. Le dossier correspondant est conservé aux archives historiques de l'époque. Ickx ajoute une autre observation : « Une lecture attentive révèle que cette lettre aurait même pu servir de brouillon à un document du concile Vatican II, Nostra Aetate . » N'oublions pas que Pie XII avait un camarade d'école et ami juif, Guido Mendes, et qu'il était convaincu que le principe de charité devait primer sur tout. De plus, le nombre considérable de Juifs sauvés grâce à la prudence de Pie XII a été largement démontré. N'oublions pas non plus que la légende noire est née dans les années 1960, car à la mort de Pie XII, le 9 octobre 1958, le deuil et les témoignages de gratitude, y compris de la part des Juifs, furent unanimes.

    Un travail remarquable a été accompli à cet égard par Dominiek Oversteyns, membre de la famille religieuse « L'Opera », institution située Via Boccea à Rome qui abrite un petit musée consacré à Pie XII. Ce musée a été fondé grâce à l'aide de sœur Pascalina Lehnert, qui fut en quelque sorte la première collaboratrice du pape Pacelli pour coordonner l'aide aux Juifs et leur accueil dans les monastères. Oversteyns a notamment documenté comment les émissions de Radio Vatican, également reprises par la BBC, montrent que Pie XII a constamment exprimé sa profonde compassion pour les Juifs persécutés dans ses messages radiophoniques.

    Le pape Pie XII accorda également une grande importance à la liturgie. Dans l'encyclique Mediator Dei, il définit la liturgie sacrée comme « le culte public que notre Rédempteur offre au Père, comme Chef de l'Église, et le culte que la communauté des fidèles offre à son Chef et, par Lui, au Père Éternel : c'est, en somme, le culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire du Chef et de ses membres » . Pourquoi serait-il pertinent de raviver son enseignement en la matière ?
    Là encore, Pie XII reprenait, en un sens, le flambeau de tout le grand mouvement liturgique qui l'avait précédé, en conservant ce qu'il avait de meilleur. Il rejeta ce qui était discutable ; par exemple, dans Mediator Dei , il mit en garde contre ce qu'il appelait l'archéologie, c'est-à-dire la manie de vouloir tout ramener au monde antique, en oubliant les développements ultérieurs. Le grand amour que le pape Pacelli manifestait pour la liturgie s'inscrivait dans la continuité des mouvements qui s'étaient développés au sein de l'Église, car c'est là le point crucial : si un certain type de mouvement émerge dans l'Église et porte de bons fruits, le pape ne peut ni le rejeter ni le nier, comme ce fut le cas avec le pape François et le mouvement dit de la messe traditionnelle. Car ces bons fruits proviennent de l'Esprit Saint, indépendamment de tout extrémisme, quel que soit le contexte. Les réformes introduites par Pie XII – telles que la Semaine sainte et l'instauration de la messe du soir – furent mises en œuvre sans susciter d'objections, ce qui témoigne de sa prudence et de son attention, même dans le domaine liturgique.

    Pie XII n'était pas un homme prétentieux, comme en témoigne le procès canonique qui a conduit à sa vénérabilité. Il ne reste plus qu'à obtenir la reconnaissance du miracle pour sa béatification, mais il convient de rappeler que le postulateur de sa cause, le père jésuite espagnol Pascual Cebollada – assisté du vice-postulateur, l'avocat Emilio Artiglieri, qui a œuvré sans relâche pendant des années avec le Comité Pape Pacelli – explique que le postulateur de la Compagnie de Jésus reçoit constamment des demandes d'images pieuses de Pie XII et d'attestations de grâces reçues par l'intercession de Pacelli. N'oublions pas que le 8 décembre 1958, deux mois seulement après sa mort, la première prière demandant sa canonisation fut publiée. Ainsi, Pie XII mourut auréolé d'une réputation de sainteté.

  • Israël : les chrétiens sont attaqués; nouvelles violences de colons en Cisjordanie

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    De Nicola Scopelliti sur la NBQ :

    Israël : les chrétiens sont attaqués. Nouvelles violences de colons en Cisjordanie.

    L'église de la Visitation à Aïn Karem a été vandalisée et couverte de graffitis antichrétiens. En Cisjordanie, l'entrée d'une mosquée a été incendiée. Les colons agissaient en toute impunité et l'armée israélienne a rasé d'autres maisons palestiniennes. Les institutions internationales sont restées silencieuses.

    24 février 2026

    La mosquée Abu Bakr al-Siddiq, 23 février 2026 (AP via LaPresse)

    Les chrétiens continuent d'être pris pour cible. De nouveaux actes de vandalisme ont frappé l'un des sites les plus importants de la tradition chrétienne en Terre sainte. Ces derniers jours, des graffitis sont apparus sur le mur extérieur de l'église de la Visitation à Aïn Karem, un quartier de l'ouest de Jérusalem, à quelques kilomètres de Yad Vashem. Les phrases en hébreu : « Chrétiens dehors », « Vengeance », « David, roi d'Israël, vit et demeure » ​​et « Le Messie est là », écrites à la peinture rouge pendant la nuit, ont été remarquées au matin par des habitants et des pèlerins qui les ont immédiatement signalées aux autorités. Ces graffitis offensants ont suscité l'indignation de la communauté locale et des responsables du sanctuaire, qui attire chaque année des milliers de fidèles du monde entier.

    L'église de la Visitation , construite sur le site traditionnellement identifié comme la demeure d'Élisabeth et de Zacharie et liée au récit évangélique de la rencontre entre Marie et son cousin, constitue l'un des principaux édifices spirituels du quartier d'Aïn Karem, situé sur une colline. « Israël est le seul pays du Moyen-Orient où les chrétiens peuvent pratiquer leur foi en toute liberté et avec tous leurs droits », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu la veille de Noël l'année dernière, dans un message vidéo adressé aux citoyens israéliens et à la communauté internationale. Cependant, le récent incident a ravivé les inquiétudes concernant la sécurité des lieux de culte à Jérusalem, où, ces dernières semaines, d'autres cas de dégradation d'édifices sacrés appartenant à différentes confessions ont été signalés.

    Suite à l'attaque perpétrée par des colons extrémistes contre la communauté de Taybeh, unique centre entièrement chrétien de Palestine, les responsables des Églises de Jérusalem ont récemment publié un document. « Ces actes constituent une menace directe et délibérée, qui vise avant tout notre communauté locale, mais aussi l'héritage historique et religieux de nos ancêtres et les lieux saints », peut-on lire dans le document. « Face à de telles menaces, le plus grand acte de courage est de continuer à considérer ce lieu comme notre foyer . » En Terre sainte, la communauté chrétienne a toujours été minoritaire, une présence certes modeste, mais animée d'une profonde ferveur et jamais absente du paysage historique et social de la région. Malgré de nombreuses difficultés et transformations, les chrétiens sont aujourd'hui appelés à jouer un rôle de premier plan : témoigner authentiquement de leur foi, maintenir une présence dynamique, attachés à leurs racines et à leurs convictions.

    Les colons agissent désormais en toute impunité, profitant du silence complet du gouvernement dirigé par Netanyahu. Hier matin, lundi 23 février , un nouvel épisode de violence a secoué la Cisjordanie : la mosquée Abou Bakr al-Siddiq, située dans le village de Tell, au sud de Naplouse, a été incendiée et profanée par des graffitis menaçants en hébreu. Selon les premières informations, l’attaque a été perpétrée par des colons israéliens extrémistes. Des images diffusées par les médias palestiniens montrent l’entrée de la mosquée entièrement calcinée, tandis que des messages de « vengeance » sans équivoque sont visibles sur les murs. Le ministère des Biens religieux de l’Autorité palestinienne a fermement condamné l’attaque, soulignant dans un communiqué que « la tentative d’incendie de la mosquée démontre clairement la barbarie à laquelle se livre l’incitation raciste d’Israël contre les lieux saints musulmans et chrétiens en Palestine ».

    Il ne s'agit pas seulement d'attaques contre des chrétiens et des musulmans , mais aussi de l'effacement lent et chirurgical d'un hypothétique État palestinien. Au cœur du nord de la Cisjordanie, la vie de centaines de familles palestiniennes a été bouleversée par une nouvelle opération militaire. À Nur Shams, un camp de réfugiés situé près de Tulkarem, l'armée israélienne a rasé vingt-cinq immeubles d'habitation. Ces maisons démolies abritaient des dizaines de familles, déjà déplacées par le passé, pour qui un retour à la normale semble désormais un mirage de plus en plus lointain. Les bulldozers des forces israéliennes ont rasé un quartier entier, effaçant non seulement les bâtiments, mais aussi la mémoire collective de toute une communauté. Souvenirs, histoires et liens ont été emportés avec les maisons, ne laissant derrière eux que des décombres et un vide difficile à combler. Cette tragédie se déroule dans le silence des institutions internationales et des gouvernements européens, qui restent passifs, tandis que la situation sur le terrain s'aggrave de jour en jour. Malgré les manifestations en cours et les demandes des habitants de rentrer chez eux, l'accès aux camps de Tulkarem et de Nur Shams reste interdit, bloqué par des monticules de terre qui empêchent tout retour. Cette situation risque d'aggraver une crise humanitaire déjà existante.

    Mais ce n'est pas tout . Au cœur du quartier palestinien de Jabal Jalles, à Hébron, ville importante du sud de la Cisjordanie, les tensions s'exacerbent après qu'un groupe de colons s'est emparé de cinq bâtiments appartenant à des Palestiniens, déclarant unilatéralement la création d'une nouvelle colonie. Selon des témoignages recueillis auprès des habitants, la veille de l'occupation a été marquée par une opération militaire des forces israéliennes (Tsahal) contre les résidents du quartier, au cours de laquelle des dizaines de personnes ont été arrêtées. Un climat de peur et d'incertitude s'est installé parmi la population civile, placée sous le contrôle direct des autorités militaires israéliennes. L'organisation anti-occupation, La Paix Maintenant , a déclaré qu'il est actuellement difficile de déterminer si l'occupation a été officiellement autorisée et a souligné que des incidents similaires se sont déjà produits par le passé : des groupes de colons sont entrés dans plusieurs maisons à Hébron sans permis, avant même le début des procédures d'enregistrement, et parfois en falsifiant des documents. Ainsi, au milieu de la poussière des maisons démolies et du faible espoir qui persiste malgré tout, se déroule le drame d'un peuple contraint de vivre dans l'incertitude, attendant un avenir qui paraît chaque jour plus incertain.

  • La leçon du protomartyr Etienne et de l’apôtre Paul pour un véritable dialogue entre Juifs et chrétiens

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (enfrançais sur diakonos.be) :

    La leçon du protomartyr Etienne et de l’apôtre Paul pour un véritable dialogue entre Juifs et chrétiens

    Le changement intervenu ces derniers temps dans les relations entre l’Église catholique et les juifs réside dans la volonté déclarée, des deux côtés, de raviver un dialogue devenu compliqué et stérile, voire conflictuel ? Et comment ? En repartant de « Nostra ætate », ce texte de Vatican II qui a marqué un tournant capital dans les relations entre chrétiens et juifs, ainsi que du document explicatif de 2015 intitulé « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables ».

    Les juifs eux-mêmes ont reconnu la valeur de ces deux documents, en particulier dans la note « Tra Gerusalemme e Roma » signée en 2017 par la Conférence des rabbins d’Europe, par le Conseil rabbinique d’Amérique et par le Grand rabbinat de l’État d’Israël, dans laquelle il se réjouissaient principalement deux points clés affirmés par l’Église catholique : « le fait que les juifs également aient part au salut de Dieu » et la décision de « ne pas mener ni encourager aucune mission institutionnelle visant spécifiquement les juifs ».

    Et en effet, après des siècles d’antijudaïsme et de conversions forcées, ces deux points constituent sans aucun doute des avancées importantes dans les relations entre l’Église et les juifs. Des avancées certes importantes mais pas décisives. Benoît XVI lui-même, le pape qui s’est impliqué dans le dialogue plus que nul autre, les définissait déjà dans un de ses écrits de 2017 retranscrit dans un livre, comme « insuffisants à exprimer de manière adéquate la grandeur de la réalité ».

    Concernant le premier point, ce même document du Vatican de 2015 s’arrête devant le mystère : « Le fait que les juifs aient part au salut de Dieu est théologiquement indiscutable, quant à savoir comment cela est possible sans une confession explicite du Christ, cela reste et demeure un mystère divin insondable ».

    Tandis qu’en ce qui concerne le second point, on peut lire : « Toute en maintenant le refus – par principe – d’une mission institutionnelle visant les juifs, les chrétiens sont appelés à témoigner de leur foi en Jésus Christ même devant les juifs, ils doivent cependant le faire avec humilité et sensibilité ».

    Et c’est précisément à propos de ces deux points qu’un éminent spécialiste du christianisme des origines, le professeur Leonardo Lugaresi, que les lecteurs de Settimo Cielo ont déjà eu l’occasion d’apprécier à plusieurs reprises, vient de publier un article le 29 décembre intitulé « Santo Stefano, la Chiesa e gli ebrei ».

    Dans ses réflexions, le professeur Lugaresi se laisse guider par le livre des Actes des Apôtres, du « cas sérieux » initial à Jérusalem du protomartyr Etienne jusqu’à l’énigmatique page finale où l’on retrouve l’apôtre Paul à Rome.

    *

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  • 7 témoins de la foi qui ont affronté l'horreur du camp de concentration d'Auschwitz

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    De Diego López Marina sur ACI Prensa :

    7 témoins de la foi qui ont affronté l'horreur du camp de concentration d'Auschwitz

    Saint Maximilien KolbeMonument et musée Saint Maximilien Kolbe à Auschwitz-Birkenau, camp de concentration nazi. | Crédit : Mateusz Kuca - Eric Bery - Shutterstock

    Ce 27 janvier marquait l'anniversaire de la libération du camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau en Pologne, où plus d'un million de personnes ont été assassinées dans le cadre du génocide perpétré par le régime nazi.

    Dans ce contexte, le pape Léon XIV a écrit sur les réseaux sociaux : « Aujourd’hui, jour de commémoration, je tiens à rappeler que l’Église reste fidèle à la position ferme de la Déclaration Nostra Aetate contre toutes les formes d’antisémitisme et rejette toute discrimination ou harcèlement fondé sur l’origine ethnique, la langue, la nationalité ou la religion. »

    Parmi les victimes des persécutions nazies figuraient aussi des catholiques qui, guidés par leur foi, ont offert leur vie et leur témoignage au milieu de l'horreur. Nous rappelons ci-dessous les histoires de certains d'entre eux, dont l'exemple continue d'éclairer la mémoire de l'Église et du monde.

    1. Saint Maximilien Kolbe

    Saint Maximilien Kolbe. Crédit : Vatican News
    Saint Maximilien Kolbe. Crédit : Vatican News

    Maximilien Kolbe naquit le 8 janvier 1894 à Zduńska Wola, alors sous occupation russe. Durant ses études à Rome, il fonda la Milice de l'Immaculée, dont le but était de promouvoir la dévotion à la Vierge Marie et la conversion des âmes. De retour en Pologne, il lança la revue « Le Chevalier de l'Immaculée » et, en 1929, fonda la Cité de l'Immaculée à Niepokalanów, près de Varsovie. Il partit ensuite comme missionnaire au Japon.

    Durant la Seconde Guerre mondiale, il fut arrêté à plusieurs reprises avant d'être finalement déporté au camp de concentration d'Auschwitz. En juillet 1941, après l'évasion d'un prisonnier, les nazis condamnèrent dix hommes à mourir de faim. L'un d'eux, le sergent Franciszek Gajowniczek, implora grâce pour sa femme et ses enfants. Le père Kolbe proposa alors de prendre sa place.

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  • Un livre, une fiche. Dans le dialogue entre l’Église et les juifs, la « terre d’Israël » n’est plus un tabou

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Un livre, une fiche. Dans le dialogue entre l’Église et les juifs, la « terre d’Israël » n’est plus un tabou

    Le soixantième anniversaire de la déclaration conciliaire « Nostra aetate » sur les relations avec les autres religions, et principalement avec le judaïsme, promulguée le 28 octobre 1964, n’est pas resté sans effet. Il a marqué la reprise du dialogue entre l’Église et les juifs, qui à cette époque avait souffert de « malentendus, de difficultés et de conflits », aggravés par « les circonstances politiques et les injustices de certains », comme l’a reconnu le pape Léon XIV lors des célébrations de cet événement.

    Et en effet, la déclaration « Nostra aetate » a constitué un tournant dans l’histoire millénaire des relations entre chrétiens et juifs. L’Église catholique a reconnu que « les Juifs restent encore très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance », irrévocables et que, par conséquent, l’Église aussi « se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage », où l’olivier franc représente les juifs et l’olivier sauvage les autres nations qui reconnaissent en Jésus le messie, comme le dit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains.

    Mais ces dernières années, le dialogue entre les deux « oliviers » s’était quelque peu asséché, et les deux parties l’avaient d’ailleurs admis à plusieurs reprises, et notamment le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, dans un livre récent présenté par Settimo Cielo.

    Pour repartir du bon pied, le pape Léon a voulu au moins nettoyer l’Église de l’aversion majeure dont beaucoup font encore preuve envers les juifs. Il a cité « Nostra aetate » qui dit que l’Église, « ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. » Et il a ajouté « Depuis lors, tous mes prédécesseurs ont condamné l’antisémitisme en des termes clairs. C’est pourquoi je confirme moi aussi que l’Église ne tolère pas l’antisémitisme et qu’elle le combat, à cause de l’Évangile lui-même ».

    Et on a également constaté des signaux d’une volonté de renouer le dialogue du côté juif. Il suffit de constater la participation de nombreuses personnalités juives aux événements organisés à Rome en mémoire de « Nostra aetate », avec la présence active du pape en personne.

    L’un de ces événements, organisé par la Communauté de Sant’Egidio, s’est tenu le 28 octobre au Colisée, où l’on a pu assister à un chaleureux échange de salutations entre le pape Léon et le rabbin Di Segni, puis le rabbin David Rosen, directeur du département des affaires interreligieuses de l’American Jewish Committee, et avec le rabbin Pinchas Goldschmidt (voir photo), président des rabbins européens et ancien grand rabbin de Moscou, qui avait choisi de s’exiler volontairement de Russie en 2022 en raison de l’agression contre l’Ukraine.

    Certes, l’une des principales difficultés du dialogue entre l’Église et les juifs tient aux divergences sur l’interprétation des Écritures, où pour les chrétiens, c’est le messie Jésus qui est au cœur de tout, alors que pour les juifs le thème central est la promesse de la terre à la descendance des patriarches. À la suite de « Nostra aetate », les choses ont changé mais pendant des siècles, la conviction des chrétiens a été que les juifs ne pourraient retourner sur leur terre qu’après avoir reconnu comme messie Jésus, qu’ils avaient tué.

    D’où réticence dont l’Église a longtemps fait preuve envers le sionisme et la naissance de l’État d’Israël, qu’elle n’a acceptée qu’en 1994 avec l’ouverture de relations diplomatiques avec le Saint-Siège, toujours dans une optique n’ayant rien de religieux et reposant sur les principes communs du droit international.

    Même le grand rabbin de Milan, Alfonso Arbib, s’exprimant le 31 octobre à l’occasion d’une manifestation à Rome contre la haine antisémite, a reconnu que « le nœud le plus complexe » dans le dialogue entre l’Église et le judaïsme restait « le rapport avec Israël et avec la terre d’Israël ». Si « les relations avec le Vatican ont longtemps été à ce point problématiques, ce qu’elles sont encore en partie », c’est justement parce qu’« on ne reconnaît pas pleinement le lien indissoluble entre le peuple juif et sa terre ».

    Aujourd’hui, personne ne s’attend à ce que les deux parties ne tombent d’accord sur l’interprétation des Écritures, mais les juifs s’attendent certainement à ce que l’Église reconnaisse leur lien essentiel, y compris religieux, avec la terre que Dieu a offerte à Israël.

    Et c’est précisément ce lien que décrit le texte que nous reproduisons ci-dessous.
    Il est extrait de l’une des « Seize fiches pour connaître le judaïsme », publiées cette année en italien et en anglais sur initiative conjointe de la Conférence épiscopale italienne et de l’Union des communautés juives italiennes.

    Ce livre qui contient ces seize fiches – et dont le texte intégral est accessible gratuitement sur le web – est principalement destiné aux écoles, dans le but de promouvoir « la culture et la connaissance comme antidote à toute forme d’antisémitisme ». Et il tombe à point nommé l’époque actuelle où la guerre de Gaza à la suite du pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 a échauffé les esprits de nombreux jeunes contre les juifs.

    Le 5 novembre, l’ambassade d’Italie près le Saint-Siège accueillera une présentation du libre assortie de discours, tant du président de Conférence épiscopale, le cardinal Matteo Zuppi, que du président de l’Union des communautés juives italiennes, Noemi Di Segni.

    Voici les intitulés de chacune des fiches :

    1. La Bible hébraïque
    2. La Torah écrite et la Torah orale
    3. Le nom de Dieu
    4. L’élection d’Israël
    5. Justice et miséricorde
    6. Préceptes et valeurs
    7. Le calendrier juif et le cycle des fêtes
    8. Le cycle de la vie
    9. Prêtres, rabbins et… prêtres cohanims
    10. Les femmes dans la culture juive
    11. Le peuple d’Israël et la terre d’Israël
    12. Jésus/Yeshua juif
    13. Paul/Shaul juif
    14. Aperçu de l’histoire des Juifs italiens
    15. Le dialogue judéo-chrétien du Concile Vatican II à nos jours
    16. Description de la signification correcte de certains termes

    Et voici donc ce que dit la onzième fiche.

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    Peuple d’Israël et Terre d’Israël
    « Eretz Israël », la terre d’Israël, a été le point central des rêves et des aspirations des juifs depuis les temps bibliques. Le Seigneur dit à Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté, la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai » (Gn 12, 1) et c’est là qu’Abraham partit, creusa des puits, prit soin de ses troupeaux, se comportant avec droiture envers tous. Et c’est aussi la terre que Dieu a promise aux descendants d’Abraham, qui allaient y retourner après une longue période d’exil et d’esclavage.

    Dans la Torah, la terre d’Israël est appelée terre de Canaan, avec une référence particulière à la terre située à l’Ouest du Jourdain. Le territoire situé à l’Est du Jourdain étant le plus souvent appelé terre de Galaad dans la Torah.

    La terre de Canaan est l’objet de la promesse que le Seigneur a faite aux patriarches : « À toi et à ta descendance après toi je donnerai le pays où tu résides, tout le pays de Canaan en propriété perpétuelle, et je serai leur Dieu. » (Gn 17, 8). Ailleurs dans la Torah, la terre d’Israël est appelée « la terre », sans autre qualification, étant entendu qu’il s’agit d’une terre spéciale.

    Les livres prophétiques utilisent, en plus de la terre de Canaan, le terme « terre d’Israël », qui sera par la suite utilisé de panière prédominante, avec le terme « terre », par les maîtres de la tradition rabbinique, par opposition aux autres terres, appelées « hus la-hares » (hors de la terre ») ou « eretz ha-ammim » (terre des peuples). Parfois, la voix divine l’appelle « ma terre ».

    Un autre nom traditionnellement attribué à Israël est « Eretz ḥemdah » (terre du désir), pour indiquer qu’Abraham, Isaac et Jacob y aspiraient, à un point tel qu’Abraham acheta la grotte de Makpéla pour enterrer sa femme Sarah, que le Seigneur empêcha Isaac de quitter Israël et que Jacob demanda à ne pas être enterré en Égypte, mais bien en terre d’Israël.

    On ne rencontre que très rarement l’expression « terre sainte » dans la Bible, mais néanmoins, la terre est considérée comme un don divin à Israël. Dieu veille de manière spéciale sur cette terre et sur ce qui s’y passe (Dt 11, 12). Elle est, en fait, la propriété exclusive de l’Éternel, et son usage est conditionné au respect de ses lois. Le don fait à Israël n’est pas gratuit. Le Seigneur a fait trois bons dons à Israël : la Torah, la terre d’Israël et le monde à venir, et aucun d’entre eux n’a été donné autrement qu’à travers bien des souffrances (Berakhot 5a).

    Le caractère central d’« Eretz Yisrael » a toujours été au centre du culte et de la conscience juive. Lorsque nous prions, nous nous tournons vers la terre d’Israël, en particulier vers Jérusalem et le lieu où se trouvait le sanctuaire, et la relation avec cette dernière perdure à travers l’observance des fêtes religieuses, qui sont presque toutes liées aux saisons agricoles de la terre d’Israël, et par l’étude des lois concernant l’usage sacré du territoire.

    Ce puissant lien spirituel, mais également physique, est devenu la composante d’une identité collective idéale. L’espérance d’un retour à la terre fait quotidiennement l’objet de nos prières et a suscité le développement d’une immense littérature liturgique et mystique en plus de la prescription de divers préceptes, qui ne sont pas liés exclusivement à la vie agricole. L’application du droit pénal, par exemple, ne peut pas être pratiqué en dehors d’Israël, et même en Israël, certains préceptes requièrent des conditions préalables telles que la souveraineté de l’ensemble du peuple juif sur sa propre terre.

    Au cours de l’histoire, le rapport entre terre, peuple et Torah a exercé une influence décisive dans toutes les communautés juives, et la nostalgie de la patrie perdue a poussé les juifs sur la route du retour. À l’époque où le sionisme politique envoie en Palestine les premières vagues d’immigration, une communauté juive existait déjà dans les antiques villes saintes de Jérusalem, Tibériade, Safed et Chevron, depuis l’Antiquité.

    Le sionisme est le mouvement pour l’autodétermination politique du peuple juif, qui a abouti en 1948 à la naissance de l’État d’Israël. Est-ce que critiquer une décision du gouvernement israélien revient à être sioniste ? Bien sûr que non. En revanche, c’est le cas si on ne reconnaît pas le droit du peuple juif à avoir sa propre existence nationale.

    Avant la naissance de l’État d’Israël, il y avait des juifs sionistes et des juifs antisionistes, il s’agissait d’options légitimes. Être antisioniste aujourd’hui revient à souhaiter la destruction d’un État, certes imparfait, mais démocratique, comptant neuf millions de citoyens.

    Les autorités ecclésiastiques étaient pour la plupart opposées au sionisme et à la naissance de l’État d’Israël, d’abord pour des raisons religieuses liées à la non-reconnaissance de la nature messianique de Jésus, mais depuis 1994, des relations diplomatiques régulières ont été établies entre Israël et le Saint-Siège, avec l’ouverture d’une nonciature en Israël et d’une ambassade israélienne à Rome.

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    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.

    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Nostra Aetate : un anniversaire opportun

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    De George Weigel sur le CWR :

    Un anniversaire opportun

    L'antisémitisme est une trahison du christianisme, car la haine des Juifs est une haine du Christ.

    Il y a soixante ans, le 28 octobre 1965, le concile Vatican II adoptait, et le pape Paul VI promulguait, la Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes, connue sous le nom de  Nostra Aetate  (De notre temps) dans le texte latin officiel. Je retrace le parcours parfois tumultueux de Nostra Aetate au sein de Vatican II dans mon ouvrage Sanctifier le monde : L’héritage essentiel de Vatican II .

    Il suffit de noter ici que le refus obstiné de certains États arabes de reconnaître la réalité et la permanence d'Israël en tant qu'État juif s'est immiscé dans les débats du Concile, engendrant des difficultés. Néanmoins, et en grande partie grâce au travail inlassable de l'ancien confesseur du pape Pie XII, le cardinal Augustin Bea, SJ, bibliste allemand,  la déclaration Nostra Aetate  a finalement été adoptée par le Concile – et Dieu merci, compte tenu de la résurgence actuelle du fléau culturel qu'est l'antisémitisme.

    Lors de la cérémonie commémorative de Charlie Kirk, Tucker Carlson a poursuivi sa descente aux enfers en attribuant la mort de Jésus aux « mangeurs de houmous ». Heureusement, l’Église catholique a solennellement déclaré, dans  Nostra Aetate, que « ni tous les Juifs sans distinction » au temps du Christ, « ni les Juifs d’aujourd’hui, ne peuvent être accusés des crimes commis pendant [la] Passion » – et a affirmé sans équivoque que l’Église « déplore toutes les haines, persécutions et manifestations d’antisémitisme, d’où qu’elles viennent et à quelque époque que ce soit, dirigées contre les Juifs ».

    Tout aussi important, nous avons la reconnaissance par le Concile de la dette religieuse que le catholicisme a envers le judaïsme :

    L’Église du Christ reconnaît que… les fondements de sa foi et de son élection se trouvent déjà parmi les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle professe que tous ceux qui croient en Christ — les fils d’Abraham selon la foi (cf. Galates 3, 7) — sont inclus dans l’appel du même patriarche, et que le salut de l’Église est mystérieusement préfiguré par l’exode du peuple élu hors du pays d’esclavage. L’Église ne peut donc oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par le peuple avec lequel Dieu, dans son ineffable miséricorde, a conclu l’Ancienne Alliance. Elle ne peut oublier non plus qu’elle puise sa nourriture à la racine de cet olivier cultivé sur lequel ont été greffés les rejetons sauvages, les païens (cf. Romains 11, 17-24).

    L’Église garde toujours à l’esprit les paroles de l’Apôtre concernant ses frères : « à eux appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la loi, le culte et les promesses… » (Romains 9, 4-5)… Elle rappelle également que les Apôtres, piliers et fondements de l’Église, ainsi que la plupart des premiers disciples qui ont proclamé l’Évangile du Christ au monde, étaient issus du peuple juif.

    En compagnie des Prophètes et de saint Paul, l’Église attend ce jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples s’adresseront au Seigneur d’une seule voix…

    Comme je l'ai dit lors d'une conférence le mois dernier à l'Université du Colorado à Boulder, l'antisémitisme est une trahison du christianisme, car la haine des Juifs est une haine du Christ.

    Pourquoi ? Parce que Jésus de Nazareth n'a aucun sens sans le comprendre comme il se comprenait lui-même : comme un fils de l'alliance de Dieu avec le peuple juif qui, depuis la Croix, a évoqué le Psaume 22 et son affirmation triomphante que « la domination appartient au Seigneur », qui « règne sur les nations » et devant qui « tous les orgueilleux de la terre se prosternent ».

    De plus, le christianisme est incompréhensible sans son fondement juif, tout comme le Nouveau Testament chrétien est incompréhensible sans la Bible hébraïque. Sans son ancrage dans le judaïsme, le christianisme n'aurait été qu'un culte à mystères éphémère de l'Antiquité, avec Jésus de Nazareth comme version galiléenne thaumaturge du néopythagoricien Apollonius de Tyane, lui aussi thaumaturge au premier siècle. Les premiers chrétiens l'avaient compris. Ainsi, dès ses débuts, historiquement parlant, le catholicisme a rejeté avec fermeté l'hérésie du marcionisme, qui méprisait l'Ancien Testament et proposait une caricature répugnante du Dieu de la Bible hébraïque.

    L’antisémitisme est un fléau pour la société. Tout au long de l’histoire politique moderne, sa montée a été un signe indéniable de déclin culturel. Et comme la politique est le reflet de la culture, les conséquences publiques de ce déclin peuvent être draconiennes, comme l’histoire nous l’enseigne : des passions déchaînées lors de l’affaire Dreyfus sous la Troisième République française, à l’effondrement culturel de l’Allemagne de Weimar et ses conséquences politiques génocidaires, jusqu’à la barbarie démente du Hamas le 7 octobre 2023.

    Si nous imaginons le monde occidental du XXIe siècle immunisé contre ces passions politiques, nous nous leurrons et nous ne prêtons pas attention.

    Alors, célébrons le 60e anniversaire de  Nostra Aetate  en faisant taire, puis en clouant, la fenêtre d'Overton qui s'élargit sur l'antisémitisme.

    George Weigel est chercheur émérite au Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont * Témoin de l'espérance : Biographie du pape Jean-Paul II* (1999), *La fin et le commencement : Jean-Paul II – La victoire de la liberté, les dernières années, l'héritage* (2010) et *L'ironie de l'histoire catholique moderne : Comment l'Église s'est redécouverte et a interpellé le monde moderne sur la réforme *. Ses publications les plus récentes sont *Le prochain pape : Le ministère de Pierre et une Église en mission* (2020), *Inoubliables : Élégies et souvenirs d'une multitude de personnages, pour la plupart admirables* (Ignatius, 2021) et *Sanctifier le monde : L'héritage essentiel de Vatican II* (Basic Books, 2022).
  • Une « nouvelle direction » dans les relations entre catholiques et juifs ?

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    À quoi pourrait ressembler une « nouvelle direction » dans les relations entre catholiques et juifs ?

    S'exprimant à la veille du deuxième anniversaire de l'attaque du 7 octobre menée par le Hamas contre Israël, le patriarche latin de Jérusalem a suggéré qu'une nouvelle impulsion était nécessaire, non seulement concernant le peuple juif mais aussi l'État israélien.

    « En tant que catholiques, nous devons aussi comprendre que pour le peuple juif, l'État d'Israël n'est pas un État parmi d'autres. C'est une référence importante », a-t-il déclaré .

    Pourquoi Pizzaballa croit-il qu’il est nécessaire de changer les relations entre catholiques et juifs et comment l’envisage-t-il ?

    Le problème

    Le cardinal Pizzaballa estime que les relations entre catholiques et juifs se sont détériorées depuis l'attaque du 7 octobre 2023 contre Israël, au cours de laquelle plus de 1 000 civils et membres des forces de sécurité ont été tués.

    Il n'est pas le seul à penser cela. C'est d'ailleurs un point de vue commun des deux côtés.

    Après l'attaque du 7 octobre, Israël a lancé une invasion de Gaza, la bande de terre entre Israël et la mer Méditerranée contrôlée par le Hamas, que les États-Unis et d'autres pays occidentaux ont désignée comme groupe terroriste. Plus de 67 000 Palestiniens ont été tués dans cette guerre à ce jour, selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas.

    Fin octobre 2023, le pape François aurait eu une conversation téléphonique « tendue » avec le président israélien Isaac Herzog. Selon le Washington Post, le pape aurait déclaré qu'il était « interdit de répondre au terrorisme par le terrorisme ». Herzog aurait répondu que l'invasion de Gaza était nécessaire pour défendre le peuple israélien.

    Le 22 novembre 2023, le pape François a rencontré séparément au Vatican les proches d'otages israéliens détenus par le Hamas et les familles palestiniennes touchées par la guerre de Gaza. Lors d'une audience générale plus tard dans la journée, le pape a déclaré avoir entendu les souffrances de ces deux groupes.

    « Ce n’est pas une guerre, c’est du terrorisme », a-t-il déclaré.

    Dans un discours de l'Angélus du 17 décembre 2023 , le pape François a condamné le meurtre d'une mère et de sa fille dans l'enceinte de la seule église catholique de Gaza - un acte attribué à des tireurs d'élite israéliens par le Patriarcat latin mais nié par les Forces de défense israéliennes.

    « Certains disent : "C'est du terrorisme et de la guerre" », a déclaré le pape. « Oui, c'est la guerre, c'est du terrorisme. »

    Dans une lettre adressée aux catholiques du Moyen-Orient à l'occasion du premier anniversaire des attentats du 7 octobre, le pape François a exprimé sa solidarité avec le peuple de Gaza, mais a été critiqué pour ne pas avoir fait référence au peuple juif ou à Israël.

    Dans un livre publié en novembre 2024, le pape a déclaré que les allégations selon lesquelles Israël commettait un génocide à Gaza devraient faire l’objet d’une « enquête approfondie », suscitant des critiques de la part des responsables israéliens.

    Le pape François est resté en contact quasi quotidien avec la paroisse de la Sainte Famille de Gaza jusqu'à sa mort le 21 avril 2025.

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