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  • Cher Cardinal Sarah !

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    D'Edward Pentin sur le site du National Catholic Register (traduction par nos soins):

    Cardinal Robert Sarah attends the synod in Rome on Oct. 16, 2018.

    Le Cri de coeur du cardinal Sarah: L’Église catholique a perdu le sens du sacré

    Entretien exclusif avec le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

    Le cardinal Robert Sarah a déclaré que le synode des évêques de la région pan-amazonienne, en tant qu'assemblée régionale d'évêques, n'était pas le lieu de discussion sur le célibat des prêtres - un sujet «insupportable» pour le monde moderne, car «certains Occidentaux ne peuvent plus tolérer ce scandale de la croix.»

    Ce sujet est l’un des nombreux sujets traités par le préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements dans cet entretien exclusif du 13 septembre avec Edward Pentin, correspondant du National Catholic Register à Rome, et les raisons pour lesquelles il a décidé d'écrire son dernier livre, 'Le soir approche et déjà le jour baisse'.

    Il aborde la crise actuelle dans l'Eglise et la société et croit qu'elle est principalement motivée par l'athéisme, ne plaçant pas Dieu au centre de nos vies, ainsi que par le désir dominant d'imposer "l'opinion personnelle en tant que vérité". Ceux qui annoncent "des révolutions et des changements radicaux ", prévient-il," sont de faux prophètes qui "ne veillent pas sur le bien du troupeau ".

    Le cardinal guinéen explique également pourquoi la grâce de l'Afrique est de demeurer «en enfant de Dieu» et évoque les effets positifs et négatifs de la réforme liturgique, et dénonce un «démon» qui veut notre «mort spirituelle» en voulant interdire la messe dans la forme extraordinaire du rite romain. "Comment pouvons-nous ne pas être surpris et profondément choqués que ce qui a été la règle hier soit interdit aujourd'hui?", demande-t-il, et il exhorte à "un abandon des oppositions dialectiques".

    Quelle est la principale préoccupation que vous souhaitez transmettre aux lecteurs de votre livre?

    Ne vous méprenez pas sur ce livre. Je ne développe pas de thèses personnelles ni de recherches académiques. Ce livre est le cri de mon coeur en tant que prêtre et pasteur.

    Je souffre tellement de voir l'Église déchirée et dans une grande confusion. Je souffre tellement de voir que l'Évangile et la doctrine catholique ont été négligés, que l'Eucharistie a été ignorée ou profanée. Je souffre tellement de voir les prêtres abandonnés, découragés et de voir ceux dont la foi est devenue tiède.

    Le déclin de la foi en la présence réelle de Jésus l'Eucharistie est au cœur de la crise actuelle de l'Église et de son déclin, en particulier en Occident. Nous, évêques, prêtres et fidèles laïcs, sommes tous responsables de la crise de la foi, de la crise de l'Église, de la crise du sacerdoce et de la déchristianisation de l'Occident. Georges Bernanos écrivait avant la guerre:  « Nous répétons sans cesse, avec des larmes d’impuissance, de paresse ou d’orgueil, que le monde se déchristianise. Mais le monde n’a pas reçu le Christ – non pro mundo rogo – c’est nous qui l’avons reçu pour lui, c’est de nos cœurs que Dieu se retire, c’est nous qui nous déchristianisons, misérables ! » (Nous autres, Français  dans « Le scandale de la vérité », Points / Seuil, 1984).

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  • Quand Agnès Buzin trouve "daté" l'avis de l'Académie nationale (française) de médecine

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    Lu sur le site de l'Opinion :

    La chronique de Hakim El Karoui

    Hakim El Karoui 

    23 septembre 2019

    « Le gouvernement veut inventer des familles sans père. Cette question rentre-t-elle dans ses prérogatives ? La question se pose ​»

    L’Académie nationale de médecine vient de rendre un avis officiel, samedi 21 septembre, dans lequel elle dit que « la conception délibérée d’un enfant privé de père constitue une rupture anthropologique majeure » et n’est « pas sans risques » pour son « développement psychologique » et son « épanouissement ». A quoi la ministre de la santé Agnès Buzyn a répondu que « considérer qu’il y a un lien direct entre défaut de construction de l’enfant et famille monoparentale est faux », a-t-elle répondu, estimant que la prise de position de l’Académie est « en tous les cas peut-être datée ».

    Que penser de cet argument ? Remarquons d’abord que la ministre ne répond pas à l’objection formulée par l’Académie puisqu’elle parle de famille monoparentale (dont le parent peut-être un père ou une mère) et pas des familles dont les deux parents seraient des femmes. Les deux cas sont pourtant très différents : dans une famille monoparentale, le père ou la mère est absent. Il n’a pas jamais existé (ou n’a été réduit au sperme d’un donneur). L’enfant n’est pas né sans lui.

    Avec cette analogie maladroite, Agnès Buzyn évite donc la question de la « rupture anthropologique fondamentale » soulevée par l’Académie de médecine. Cette question est pourtant majeure : le gouvernement veut inventer des familles sans père. Cette question rentre-t-elle dans ses prérogatives ? La question se pose. L’Académie rappelle au passage une évidence quand elle « estime que, de plus en plus malmenée par les évolutions sociétales, la figure du père reste pourtant fondatrice pour la personnalité de l’enfant comme le rappellent des pédopsychiatres, pédiatres et psychologues ».

    Deuxième argument souvent entendu : les études scientifiques prouvent que les enfants ne subissent pas de dommages particuliers suite à leur engendrement hors normes. L’Académie nationale de médecine ne peut être suspecte d’arguments anti-scientifiques, c’est même son objet que de défendre la science. Or, que dit-elle ? Que les études brandies par les partisans de la PMA pour toutes « se fondent sur certaines évaluations, essentiellement dans quelques pays anglo-saxons [1] et européens, faisant état de l’absence d’impact avéré sur le devenir de l’enfant. [Elle] ne juge pas très convaincantes ces données au plan méthodologique, en nombre de cas et en durée d’observation sur des enfants n’ayant pas toujours atteint l’âge des questions existentielles ».

    « La limite des droits des lesbiennes (et des gays) désireuses d’avoir des enfants… ce sont les droits de leurs enfants eux-mêmes ​»

    Troisième argument, le droit à l’enfant pour les femmes homosexuelles désirant en avoir. A cet argument, l’Académie répond qu’elle « reconnaît la légitimité du désir de maternité chez toute femme quelle que soit sa situation », mais juge qu’« il faut aussi au titre de la même égalité des droits tenir compte du droit de tout enfant à avoir un père et une mère dans la mesure du possible ». On ne saurait mieux dire. La limite des droits des lesbiennes (et des gays) désireuses d’avoir des enfants… ce sont les droits de leurs enfants eux-mêmes.

    Quatrième argument, le plus affligeant de tous, celui de la modernité. Entendre la ministre de la Santé dire qu’avoir un père serait « daté » laisse sans voix ou plutôt sans mots. L’imaginerait-on dire qu’un enfant n’a pas besoin d’une mère ?

    Ne faisons pas de lois qui changent les principes fondamentaux de la société pour répondre aux demandes d’une minorité.

    [1] voir https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/09/21/les-enfants-eleves-par-un-couple-de-femmes-se-portent-aussi-bien-que-les-autres_6012498_3232.html qui évoque un suivi réalisé sur… 76 enfants

  • Soif d'Amélie Nothomb ou le christianisme vidé de son essence

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    De Gabrielle Périer sur Causeur.fr :

    « Soif » d’Amélie Nothomb: ce que notre époque a retenu du christianisme

    Jésus-Christ, narrateur à la première personne


    Soif, le dernier opus d’Amélie Nothomb, est en lice pour le prix Goncourt. La romancière se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion sur le ton du monologue intérieur. Mais les considérations du Christ virent très vite à la bêtise… 


    Le dernier roman d’Amélie Nothomb figure, comme d’habitude, en tête des ventes de la rentrée littéraire. Et comme d’habitude, je l’ai acheté quelques jours après sa sortie, d’autant plus intriguée que l’auteur s’était exclamé à la radio : « C’est tout simplement le livre de ma vie ! »

    J’aime beaucoup Amélie Nothomb – j’ai rarement été autant bouleversée par un roman que par Frappe-toi le cœur. A mon sens, elle est une expression de ce que l’époque peut produire de plus remarquable : une intériorité foisonnante, une finesse psychologique exceptionnelle ; ceci assorti dans son écriture d’un extrême resserrement sur les personnages, avec une « histoire » quasi inexistante, qui n’est qu’un décor minimaliste pour mettre en scène les relations entre les individus. Revers de la médaille : quand elle tente de sauter à l’échelle du politique, c’est raté (comme par exemple dans Acide sulfurique), car tout est toujours ramené au personnel, au psychologique, à l’intime.

    Un monologue christique mais moderne

    Ramener Jésus-Christ à l’intime : voilà le projet de Soif. Le récit de Nothomb prend la forme d’un monologue intérieur, qui commence au procès de Jésus et se termine dans une période indéterminée après la résurrection. Pari quelque peu osé, qu’ont déjà tenté à leur manière Eric-Emmanuel Schmitt ou Jean d’Ormesson ; et, comme chez eux, le résultat est franchement douteux (quoique l’Evangile selon Pilate ait de très bonnes pages).

    En fait de monologue intérieur de Jésus, on obtient en effet un discours aux senteurs tout à fait contemporaines – pour ne pas dire bien-pensantes. Sous la plume de Nothomb, Jésus, en révolte contre son Père, s’offusque par exemple que celui-ci ne supporte pas « les révélations différentes », et que « les hommes des antipodes ou d’à-côté vivent la verticalité d’une autre façon ».

    « Le corps, c’est bien ; l’esprit, c’est pas bien »

    Mais le cœur du livre n’est pas là : il s’agit en fait d’une démonstration autour de la notion de corps. En substance, Jésus explique que le corps, c’est bien, alors que l’esprit, c’est pas bien : et que donc, toute la tradition chrétienne s’est trompée, de Dieu le Père (qui lui n’a pas de corps donc n’y comprend rien) à tous ceux qui ont façonné et perpétué l’Église. La crucifixion est une « bévue »« nuisible jusqu’à l’épouvante », parce que « des théories d’hommes vont choisir le martyre à cause de [cet] exemple imbécile ». Au contraire de ce « mépris du corps », Jésus est Jésus parce qu’il est l’être « le plus incarné des humains » ; et d’ailleurs, Judas trahit parce qu’il est « très peu incarné ». Car oui, comme tout bon antirationaliste le sait, « Le mal trouve toujours son origine dans l’esprit. Sans le garde-fou du corps, la nuisance spirituelle va pouvoir commencer ».

    D’où le titre du livre : la soif, pur besoin du corps, est à cultiver. Parce que « l’instant ineffable où l’assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. […] Ce n’est pas la métaphore de Dieu, […] l’amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée d’eau, c’est Dieu ». Pour Amélie Nothomb, Dieu est donc la jouissance consécutive à la satisfaction de ses désirs. Curieuse théologie (que ne renie cependant pas La Croix, enthousiaste, qui évoque « une belle méditation sur ce que signifie avoir un corps » : il est loin le temps où les frères assomptionnistes de Bayard combattaient pour la pureté du dogme).

    A ce stade, on ne s’étonnera donc pas que Jésus vive une passion merveilleuse avec Marie-Madeleine, et qu’il proclame : « les plus grandes joies de ma vie, je les ai connues par le corps ». Ceci tout en se déclarant angoissé par le sacrement du mariage (Jésus a peur du sacré). Le Christ d’Amélie Nothomb cite Epicure ; sur le plan philosophique, il paraît plutôt héritier des discours post-foucaldiens.

    Le christianisme vidé de son essence

    Soif est finalement une expression quasi-achevée de ce que la postmodernité a conservé du christianisme : un vague mythe que, comme la tragédie classique le faisait en son temps, on peut réinvestir des élucubrations les moins originales – en l’occurrence, une célébration hédoniste de la jouissance en même temps qu’un anathème jeté sur la tradition ascétique et rationaliste occidentale. D’un manque de subtilité, d’ailleurs, assez atterrant chez Amélie Nothomb, qui tombe même dans le bébête (voir la conversation confondante entre Jésus et Judas après la mort). Évidemment, toutes les considérations qui ont préoccupé les croyants pendant toute l’histoire du christianisme, comme le salut ou le jugement dernier, ont totalement disparu : car tout le monde sait, désormais, que l’enfer et le diable n’existent pas. Évidemment, l’espérance chrétienne est balayée d’un revers de main par le Jésus de Nothomb : « Croire en Dieu, croire que Dieu s’est fait homme, avoir la foi en la résurrection, cela sonne bancal. […] On ne quitte pas le ras des pâquerettes, comme dans le pari de Pascal : croire en Dieu revient à miser ses jetons sur lui ». Non, ce qu’il faut désormais, c’est croire de façon « intransitive » ; croire tout court. Sans objet. Seul compte l’élan – seul compte le désir.

    Quant à moi, je resterai « au ras des pâquerettes », en citant une phrase que j’aime de l’évangile de Jean : « Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde. »

  • L'inquisition : mythes et réalités

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    De KTO :

    La légende noire de l´inquisition / Au risque de l'histoire

    Dans l´histoire de l´Eglise, l´Inquisition fait figure d'épouvantail. Née au XIIIe siècle, cette juridiction d´exception avait pour objectif d´éradiquer l´hérésie de la société chrétienne. Au fil des siècles, Elle est devenue le symbole de l´obscurantisme religieux, du fanatisme et de la cruauté. Dans cette émission, les deux médiévistes André Vauchez et Laurent Albaret font la part de l´Histoire et de la légende : comment définissait-on l´hérésie et comment se déroulait une procédure inquisitoriale? Qui étaient les inquisiteurs ? Existait-il des contre-pouvoirs à ces procédures ? A-t-on aussi une idée du nombre de condamnation au bûcher et l´inquisition était-elle une fin en soi ? Autant de questions qui seront abordées à l´occasion de ce premier volet de l´émission « Au risque de l´histoire ». Premier opus de 7 rendez-vous de 52 minutes. Une émission KTO animée par Christophe Dickès, en partenariat avec StoriaVoce.

  • A qui profitent les ombres chinoises de l’accord secret entre Rome et Pékin ?

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    En Chine, l’Eglise catholique ne représente pas grand’chose (dix à quinze millions de membres sur plus d’un milliard trois cent millions de citoyens chinois) et demain sans doute moins encore si elle devait  troquer le rôle prophétique d’Antigone contre celui d’Ismène face au pouvoir du roi Créon. Sur le site du bimensuel « L’Homme Nouveau », l’historien Yves Chiron, interviewé par Odon de Cacqueray (23 septembre 2019), remet en perspective une situation qui n’a jamais été simple (JPSC):

     « Le 22 septembre 2018, le Saint-Siège annonçait la signature d'un accord provisoire avec le pouvoir communiste chinois. Aujourd'hui encore, nous ne connaissons pas les modalités exactes de cet accord. Nous savons qu'il contient des dispositions sur les procédures de nominations d'évêques. Pour certains cet accord signe la mort de l'Église clandestine, pour d'autres c'est un grand pas vers la réconciliation de tous les catholiques chinois. Yves Chiron, historien spécialiste de l'histoire de l'Église a signé chez Artège La longue marche des catholiques de Chine, un livre qui retrace l'histoire de l'évangélisation de la Chine et permet de comprendre la situation actuelle. Nous avons pu avoir un entretien téléphonique avec lui. 

    Comment l’évangélisation de la Chine a-t-elle débuté ? 

    Il y a une tradition solidement ancrée, qui indique que l’apôtre Saint Thomas, évangélisateur de l’Inde comme chacun sait et les historiens sont presque tous d’accord sur le sujet, serait allé jusqu’en Chine avant de repartir en Inde où il est mort. De cela on a des traces dans des textes liturgiques postérieurs, et peut-être, mais c’est un sujet controversé, des traces archéologiques avec une frise sculptée, mise à jour sur les côtes chinoises… C’est une tradition qui est solidement ancrée, défendue par certains auteurs, et qui demanderait confirmation et vérification par différentes sources, archéologiques, littéraires, etc. De façon plus établie, pour une évangélisation sur une longue durée avec des traces incontestables, il faut remonter au VIIe siècle, avec un missionnaire d’origine perse, Alopen. Il arrive dans l’ancienne capitale de la Chine, Xi’an, en 635 et il va pouvoir, avec l’accord de l’empereur de l’époque, répandre la religion chrétienne. 

    De cette première activité missionnaire, on a un témoignage archéologique solide et très important historiquement, une stèle datée du VIIIe siècle, mise à jour par les jésuites et qui a depuis été étudiée, décryptée. Elle atteste, de façon précise, d’une expansion missionnaire chrétienne dans la Chine du VIIe-VIIIe siècle. 

    Le christianisme que professe Alopen et ceux qui l’ont suivi se rattache au christianisme syriaque. C’est d’ailleurs le patriarche syriaque oriental qui va créer un archevêché dont dépendront les autres diocèses et évêchés créés à cette époque. L’archevêque et les évêques qui sont présents dans ces VIIe et VIIIe siècles sont des Syriaques, ce ne sont pas des Chinois. 

    De quand date l’apparition d’un clergé chinois ? 

    Les évènements sont difficiles à établir de façon certaine, parce qu’on a une deuxième vague missionnaire très importante au XIIIe siècle et dans la première moitié du XIVe, avec les franciscains cette fois, venus d’Italie. Eux aussi vont avoir un grand rayonnement, ils vont toucher plus largement les populations au-delà des Chinois. Il y avait là encore des évêques et des archevêques, est-ce qu’ils ont pu aller jusqu’à ordonner des prêtres chinois ? La chose n’est pas établie, sans être impossible. Ils ont rempli une action de formation, dès le plus jeune âge, à l’intention des Mongols et des Chinois, peut-être que certains des jeunes « séminaristes » sont allés jusqu’au sacerdoce… Le doute demeure.

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