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Débats - Page 457

  • L’Europe face aux convulsions du monde

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    Le texte suivant a inspiré M. Pierre DEFRAIGNE lors de sa conférence donnée le 10 octobre dernier dans le cadre des lunchs débats 2017 organisés à l’Université de Liège par le groupe Ethique sociale et l’Union des Etudiants Catholiques de Liège.IMG_8232.JPG

    Il présente ce texte comme une tentative de synthèse  européenne qui peut s’avérer utile pour chacun de nous. Il accueille avec gratitude toute réaction critique, y compris « musclée » à son adresse : pdefraigne@madariaga.org

    L’Europe face aux convulsions du monde :

    du marché à une communauté de destin

    par Pierre Defraigne[1]

    L’UE est paralysée par ses dissensions internes sur les réfugiés, sur la gouvernance de l’euro, sur la politique extérieure, voire sur la démocratie elle-même en Pologne et en Hongrie, alors même que les transformations du monde en appellent avec urgence à l’unité politique. Le monde change en effet d’échelle avec l’émergence des firmes globales qui se jouent des Etats et les mettent en concurrence, et avec la montée en puissance d’économies continentales face auxquelles nos Etats européens isolés ne comptent plus. En particulier la renaissance de la Chine bouleverse en profondeur l’équilibre géoéconomique et géopolitique du monde. Seule une Europe unie pourra s’imposer dans ce monde ‘multipolaire’. Mais le marché qui a jusqu’ici servi de principe fédérateur à l’Europe, fournit un ciment d’unité très friable. Il devient espace de rivalité entre Etats-membres et les forces centrifuges l’emportent sur les forces centripètes. L’unité de l’Europe est menacée par ses dérives internes.

    Il faut donc doubler l’Europe-marché d’une Europe-projet pour réaliser une véritable communauté de destin. Un pour tous, tous pour un ! La survie de la démocratie en Europe est en jeu.

    Une construction d’origine américaine, mais une ambition politique européenne

    L’Europe s’est construite, après la Libération, en vue de la reconstruction et en réponse à la menace soviétique, d’abord sous l’impulsion des Etats-Unis. Ces derniers ont fait d’un progrès vers la coopération entre Etats européens, une condition stricte de l’accès des Etats européens aux fonds indispensables du Plan Marshall (1947). La perspective de Jean Monnet et des autres pères fondateurs a été, dès 1950[2] celle d’une Europe politique, constituée d’une Communauté européenne de défense (la CED) et d’un embryon de Communauté politique européenne (CPE). Mais ce projet originel et ambitieux d’Europe politique échoua, malgré la signature du traité CED par les Six, en raison de sa non-ratification par l’Assemblée nationale   française. On se rabattit sur la CEE, une construction économique, avec l’espoir de parvenir à l’unité politique par le biais d’une union douanière et d’un marché commun.

    On ne dira jamais assez combien ce vote des gaullistes et des communistes contre la CED a pesé lourd dans le destin de l’Europe : fort logiquement elle a condamné l’Europe à la dépendance stratégique vis-à-vis des Etats-Unis, c qui n’était sans doute pas la préférence des adversaires de la CED. Plus grave cette dépendance a entretenu en Europe une immaturité stratégique, une psychologie de rente sécuritaire qui s’est étendue à tous les domaines : technologie, culture, pensée économique. Depuis cet échec, un profond tropisme atlantiste marque les élites politiques et économiques en Europe. Que ce soit hier la politique d’élargissement à l’Est et les relations avec la Russie, aujourd’hui l’accord de traité de commerce transatlantique (TTIP) –provisoirement sur l’étagère- ou demain la tentative à nouveau d’une défense commune politique, à chaque fois la même inhibition prévaut dans les chancelleries : qu’en dira Washington ? L’élection de Donald Trump suffira-t-elle à éveiller la responsabilité stratégique de l’Europe ? Federica Mogherini, la Haute Représentante pour la politique étrangère de l’UE a ici un rôle clé à jouer pour susciter la conscience d’une communauté stratégique de destin parmi les 27, après le départ des Britanniques et le distanciement des Américains.

    Sous cette contrainte de la dépendance stratégique vis-à-vis de Washington qui n’a cessé de peser sur l’unité politique de l’Europe, les débuts de la CEE qui coïncidèrent avec les ‘Trente glorieuses’ (1945 -1973) s’avérèrent prometteurs. Malgré les chocs pétroliers (1973-79) et la stagflation qui s’ensuivit, l’intégration se poursuivit avec le Système Monétaire Européen (1978), la reconnaissance mutuelle par la Cour de Justice (1979), le marché unique sans frontières (1992) et, avancée ultime, une monnaie unique, l’euro (1999).

    L’Europe a fait d’immenses progrès en soixante ans: le marché sans frontières, la libre-circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes, l’espace Schengen, l’euro, la politique d’environnement, REACH, Erasmus, l’ouverture des marchés et l’aide au développement. L’action diplomatique et -dans certains cas – militaire de l’UE contribue à la paix et à la sécurité mondiales. L’Europe des Six a étendu le bénéfice de son action à une vingtaine d’autres pays voisins. L’Europe a réussi son pari initial. Et pourtant, rien n’est encore acquis et tout peut être remis en question. L’Europe aborde encore en ordre trop dispersé les transformations du monde. Son marché unique n’est pas achevé et l’euro est une monnaie orpheline et bancale. Par sa carence sur l’harmonisation fiscale et sociale, et par son défaut de politique industrielle effective, elle met aujourd’hui son modèle social en danger. Elle y joue non seulement son unité, mais, fait infiniment plus grave, la capacité de préserver la démocratie en Europe face à la mondialisation.

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  • Touche pas à mon pape...

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    De Natalia Bottineau sur le site de France Catholique :

    Un leadership « courageux et théologiquement solide »

    Des théologiens apportent leur soutien au pape François 

    On peut s’étonner de la véhémence des attaques contre le successeur de Pierre. Mais aussi les relativiser si l’on se rappelle les levées de bouclier contre le bienheureux Paul VI ou que l’on a accusé saint Jean-Paul II de plus de cent hérésies. Et en même temps, on constate chaque jour, place Saint-Pierre, sur les sites en ligne et les réseaux sociaux, le long des rues pendant ses voyages, ou aux grandes célébrations, l’existence d’une majorité bruyante dont l’enthousiasme ne se dément pas au fil des années. Et jusqu’ici, le magistère du Pape étant perçu comme tellement limpide et évangélique, beaucoup ne se sont pas sentis appelés à se mobiliser pour faire taire les accusateurs : l’Évangile se défend lui-même. Cependant des théologiens viennent de prendre une initiative nouvelle, et c’est très intéressant.

    Il y a eu naguère la lettre ouverte des « sages » musulmans, pour soutenir Benoît XVI au lendemain du discours de Ratisbonne, en 2006. Cette fois ce sont des théologiens et des personnalités internationales qui manifestent publiquement leur adhésion au magistère de Pierre – cum Petro et sub Petro –, à l’initiative de deux théologiens catholiques : Tomas Halik, 69 ans, un prêtre tchèque, grande figure de la résistance à l’occupant soviétique et Paul Zulehner, 77 ans, prêtre autrichien.

    « Nous partageons votre rêve », affirment les signataires sur le site www.pro-pope-francis.com, en anglais et en allemand, qui a recueilli près de 10 000 signatures en quelques jours.

    Ils veulent exprimer au pape François leur « gratitude » pour un « leadership papal courageux et théologiquement solide ».

    Les esprits prévenus, qui ne se sont pas interrogés quand le pape a déclaré que Amoris Laetitia c’était pétri de saint Thomas, d’Aquin, et qui savent ce que pense le pape avant qu’il ne parle et là où il conduit l’Église, mieux que l’Esprit Saint, ne seront pas convaincus. Mais déjà lors du premier synode sur la famille, avant même que le pape se soit exprimé, on avait prédit qu’il dirait des choses contraires à la saine doctrine catholique… Cela se voit : on n’a pas pris le temps de lire ce que Bergoglio avait écrit avant son élection.

    Ce n’est d’ailleurs pas à eux que la lettre ouverte s’adresse. Et au moment où Mgr Pascal Ide publie Puissance de la gratitude. Vers la vraie joie (Éditions de l’Emmanuel), on comprend bien que ce ne sont pas les accusateurs qui rayonneront le plus de joie… mais bien ceux qui font preuve de gratitude, d’accueil, de disponibilité : une attitude « mariale ».

    Mais il faut aussi immédiatement nuancer : son ami argentin, Luis Liberman, qu’il a encore reçu le 19 octobre, dit que le pape n’a aucune crainte des critiques, au contraire, il en fait du fruit, il les apprécie.

    Le pape a voulu s’entourer par deux fois des évêques du monde entier, en octobre 2014 et en octobre 2015 avant de nouer la gerbe de leur réflexion dans son « exhortation apostolique post-synodale », en 2016. On oublie trop souvent cela : le document Amoris laetitia est le fruit aussi de la communion et de la confrontation ecclésiale vécue en synode avec Pierre. Le Pape a tout fait pour que chacun, de tous les continents et réalités culturelles, ecclésiales et sociales, dise comment il lit la réalité, en vérité et liberté : n’est-ce pas le chemin nécessaire pour un vrai discernement voire une vraie conversion, que cette liberté devant Dieu et son Évangile, en Église ?

    « Vous avez réussi, disent les soutiens du Pape, à remodeler la culture pastorale de l’Église catholique romaine en accord avec son origine en Jésus. » Ils citent une expression du pape : « Vous voyez l’Église comme un hôpital de campagne. »

    En harmonie avec ce que le Pape dit dans une homélie à Sainte-Marthe, le 19 octobre, ils ajoutent : « Dans la rencontre avec les autres, c’est la compassion et non la loi qui aura le dernier mot. Dieu et la miséricorde de Dieu caractérisent la culture pastorale que vous attendez de l’Église. »

    Ils promettent leur prière, si souvent demandée par le Pape à tous les baptisés sous toutes les latitudes : « Nous vous demandons de ne pas vous écarter du chemin que vous avez emprunté et nous vous assurons de notre plein soutien et de notre constante prière. »

    L’initiateur de cette lettre ouverte, c’est le théologien tchèque Tomas Halik, 69 ans, qui a reçu le Prix Templeton en 2014. Il a risqué l’emprisonnement, après l’invasion soviétique de son pays, pour avoir revendiqué la liberté religieuse. Il est resté, au niveau international, un avocat du dialogue entre les différentes religions et entre croyants et non-croyants.

    Condamné, en 1972, comme « ennemi du régime », il a organisé pendant 20 ans des réseaux secrets dans les milieux intellectuels et religieux, luttant aussi pour la libération de personnalités comme Václav Havel ou le cardinal František Tomášek. Il a participé à la transition démocratique après la « révolution de velours » de 1989. Un courageux qui ne s’en laisse pas compter.

    Avec lui, Paul Zulehner, 77 ans, qui est aussi un prêtre catholique, théologien, né à Vienne (Autriche), professeur émérite en sociologie des religions et en théologie pastorale. Il a été doyen de la faculté de théologie catholique de l’université de Vienne, excusez du peu. Il est membre d’un groupe de réflexion sur l’avenir l’« Academia Superior ».

    On constate que le soutien au Pape surgit non pas de sa chère Amérique latine, mais de cette Europe qui a souffert des oppressions et des tragédies du XXe siècle et que l’on dit vieillie et que le pape a appelée à redevenir « mère » de nombreux enfants. Et leur nombre ne cesse d’augmenter d’heure en heure : théologiens, moines, personnalités de la culture ou de la politique, dans une diversité qui fait percevoir que la parole du pape et ses gestes suscitent une adhésion très « transversale » et rassemblent, en confiance.

    Tandis que les accusateurs divisent. Comme si Dieu n’était pas le Maître de l’histoire et des élections papales et comme si la première vertu d’un croyant pour réfuter le doute originel sur Dieu n’était pas exprimé dans la simple prière de Faustine Kowalska – justement, à la veille des tragédies qui allaient se déchaîner - : « Jésus j’ai confiance en toi ! Jezu Ufam Tobie. » Lorsqu’on laisse s’insinuer en nous un doute sur notre Pape, ne serait-ce pas une petite faille dans notre confiance dans Celui qui l’a envoyé ? Et une victoire concédée un peu facilement au grand Accusateur-Diviseur ? Enfin ! Des théologiens élèvent leur voix pour dénoncer cette manipulation du Peuple de Dieu et lui redonner sérénité. Car c’est d’abord au Peuple de Dieu que cette prise de position fera du bien.

  • Divorcés remariés : comment le cardinal Barbarin applique Amoris Laetitia sur le terrain

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    De Bénévent Tosseri sur le site du journal La Croix :

    Le cardinal Barbarin souhaite que les divorcés remariés retrouvent « leur place dans l’Église »

    Le cardinal Philippe Barbarin a présenté dimanche 15 octobre devant une cathédrale comble les « chemins de discernement » proposés par le pape François dans Amoris Laetitia.

    Après Rouen et Le Havre, Lyon est le troisième diocèse à organiser une telle rencontre, pour « concrètement mettre en œuvre » l’exhortation apostolique sur la famille.

    Catherine attend sur le parvis. Un livre sous le bras, elle guette le cardinal Philippe Barbarin. Voilà une heure que l’archevêque de Lyon s’attarde auprès de ces « personnes ayant vécu une rupture conjugale » qu’il a invitées, dimanche 15 octobre au soir, à venir échanger avec lui dans la Primatiale Saint Jean-Baptiste. La nuit est tombée, Catherine peut enfin lui tendre l’ouvrage. Une copie de La Joie de l’amour, l’exhortation apostolique sur la famille que cette auxiliaire de puériculture demande au cardinal de dédicacer. Avant d’engager la conversation.

    À ses côtés, son nouveau compagnon, Laurent. Ce technicien de maintenance a dû « quitter » sa paroisse, en même temps qu’il se séparait de sa femme. Comme Élodie, « mère célibataire », qui s’est jointe à l’échange. « Il a fallu nous faire accepter ailleurs », regrette-t-elle. « On sent que l’Église n’est plus figée sur ces questions, souligne Laurent, 52 ans. Catherine et moi sommes allés voir le prêtre fraîchement arrivé dans notre paroisse. Il nous a fait bon accueil. »

    A lire : Avec les prêtres de Lyon, le pape évoque longuement Amoris laetitia

    Veiller à « ne jamais utiliser le langage du permis et du défendu »

    Symboliquement assis parmi la foule au début de la rencontre, puis rencogné à l’ombre d’un pilier, le cardinal a applaudi à la fin des six témoignages de « catholiques séparés, divorcés ou divorcés remariés », livrés devant une cathédrale comble. Cela, un an et demi après la publication d’Amoris laetitia. Et dix jours après avoir rencontré le pape François, avec 80 prêtres du diocèse. « Quand j’ai demandé aux prêtres : Sur quel thème souhaitez-vous qu’il nous parle ?”, les réponses ont été unanimes :”Sur le chapitre 8 d’Amoris laetitia” visant à” accompagner, discerner et intégrer la fragilité” », rapporte le cardinal.

    Car c’est « un chemin difficile » qu’ouvre le pape, a commenté l’archevêque de Lyon. En partant des points sur lesquels François a insisté auprès de la délégation lyonnaise. D’abord « considérer avant tout les personnes » et non les situations maritales. Ensuite, veiller à « ne jamais utiliser le langage du permis et du défendu ».

    Un « chemin difficile », donc, que certains prêtres du diocèse ont emprunté. Comme le P. Franck Gacogne, curé de Saint-Benoît, à Bron, debout aux côtés de Florence et Georges. Ce sont eux qui parlent, d’une voix. Voilà douze ans qu’ils cherchaient à « reprendre contact avec l’Église », notamment lors du baptême de leurs trois enfants. Mais ils n’avaient longtemps reçu que des « réponses inadéquates », disent-ils pudiquement.

    Le cardinal a tenu à leur « demander pardon »

    D’autres témoins ne cachent pas les souffrances traversées. Certains disent s’être retrouvés pour échanger au sein d’un « club des parias ». « Ni jugée, ni écartée de la vie chrétienne », une autre personne confie néanmoins avoir été « confrontée à des positions contradictoires, indifférentes ou embarrassées de certains pasteurs ». Et le cardinal a tenu à leur « demander pardon », avant de remettre à chacun des témoins un exemplaire de l’exhortation apostolique.

    Finalement, Florence et Georges ont trouvé une oreille, en la personne du curé de Bron. « Êtes-vous en paix ? Ce fut sa première question », rapporte le couple de divorcés-remariés, qui a alors choisi de s’impliquer au sein de la communauté locale, en tenant des permanences d’accueil. Le début d’un long cheminement. Ils allaient désormais à la messe en famille. Mais se sentaient « esseulés sur leur banc » au moment de la communion. « Plus nous trouvions notre place, moins nous nous sentions le droit de l’avoir », résument-ils.

    Grâce aux chemins ouverts par Amoris laetitia, le prêtre leur a alors proposé un accompagnement, s’appuyant sur un parcours bâti par les Équipes Reliance, liées aux Équipes Notre-Dame. Puis ils ont préparé « une célébration avec une bénédiction de notre couple ». Lors de la messe dominicale suivante, ils retrouvaient le chemin de l’eucharistie. Et s’impliquaient encore plus dans la paroisse, notamment auprès couples divorcés-remariés, engagés à leur tour dans un chemin de discernement. Avant, « éventuellement », comme eux, un accès aux sacrements.

    Les groupes d’accueil sont encore rares

    Cette prudence rejoint celle du cardinal Barbarin, qui a longuement développé la question, rappelant que « l’accès à la communion a toujours été un problème délicat dans l’Église », et cela pour tous les chrétiens. Concernant les divorcés-remariés, certes, dit-il, « quand une personne ne supporte pas de ne pas pouvoir communier et finalement décide, à cause de cette brûlure intérieure, de ne plus venir à la messe, il serait absurde et inhumain de continuer à brandir devant elle un panneau d’interdiction ». « Pour certaines personnes, a répété le cardinal à plusieurs reprises, ce cheminement de la foi passera par le fait d’aller communier, pour d’autres de participer à la messe sans communier, comme Charles Péguy. »

    L’important aux yeux du cardinal est avant tout de permettre aux personnes « en situation de rupture » de « retrouver leur place dans l’Église ». Et, de ce point de vue, il reste encore du chemin à faire.

    Le parcours de Florence et Georges est un exemple rare d’accompagnement porté par une dynamique paroissiale. « Certains de mes confrères sont sensibilisés à la question, mais peut-être privilégient-ils un accompagnement personnel, évalue le père Franck Gacogne. Alors que la dimension ecclésiale me semble importante. » De fait, rares sont les paroisses du diocèse de Lyon à avoir pour l’heure mis en place un groupe d’accueil de personnes en rupture d’alliance.

    Ces dernières sont pour le moment invitées par Bénédicte et Édouard Michoud, délégués épiscopaux à la pastorale des familles, à « poursuivre avec (leur) communauté locale, (leur) paroisse ». Sans « chemin unique », insistent-ils, l’important étant de « dépasser d’éventuelles peurs ». De la part des personnes en rupture d’alliance, comme de la part des communautés locales.

    Bénévent Tosseri, à Lyon

  • Les points noirs de l'histoire de l'Eglise; pour en finir avec vingt siècles de polémiques

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    Les points noirs de l'histoire de l'Eglise

    Michael Hesemann

    Jean-Baptiste Valette (Traduction)

    Date de parution aux éditions Artège : 08.02.2017

    EAN : 9782360403578

    Nombre de pages : 424

    Catégorie : Histoire

    Présentation :

    L'Église catholique a 2000 ans d'histoire et sa part d'ombre. Mais de nombreux mythes, légendes et falsifications s'y sont ajoutés, assombrissant encore l'image d'une institution souvent qualifiée d'« obscurantiste ».

    Pie XII est-il le pape d'Hitler ? Les francs-maçons descendent-ils des Templiers ? L'Inquisition est-elle l'oeuvre de moines fanatiques ? Le procès Galilée condamne-t-il la science au nom de la foi ? Les croisades en Terre Sainte ou contre les Cathares sont-elles des agressions injustifiables ?

    Preuves de la persistance actuelle de ces vieux mythes : le Da Vinci code de Dan Brown ou le film Amen de Costa-Gavras, avatars modernes de ces légendes. Leur point commun ? Des succès commerciaux planétaires et un souci du détail historique plus que discutable.

    Dans ce livre à la fois érudit et captivant, Michael Hesemann s'attache à déconstruire méthodiquement vingt des plus grands mythes sur l'Église, sans nier les dérives. Au fil des pages, l'auteur dévoile ainsi l'identité des véritables « obscurantistes » qui occultent la vérité historique. C'est ce que rappelle cet ouvrage essentiel.

    Traduit de l'allemand par Jean-Baptiste Valette

    Michael Hesemann, né en 1964, est historien, écrivain et journaliste. Spécialiste d'histoire ecclésiastique, il a aussi étudié l'anthropologie culturelle, la littérature et le journalisme à l'université de Göttingen en Basse-Saxe. Il vit aujourd'hui entre Rome et Düsseldorf.

  • Vous avez dit : "ménage" ?

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    De Jean-Michel Beaussant sur le site de l'Homme Nouveau :

    « Ménages » à un puis « à trois »…

    De la formule « ménage d’une personne »introduite dans une enquête de l’Insee en passant par « la famille monoparentale » et autres avatars on en est arrivé au « trouple » reconnu en Colombie. Une (r)évolution significative d’une dissolution des mœurs encouragée, destructrice de la personne et de la famille.

    Selon la dernière enquête de l’Insee sur les familles (2013) publiée récemment, ce sont désormais les « ménages » d’une personne (sic) qui sont les plus nombreux en France (35 %), suivis des ménages de deux personnes (33 %) et des ménages de trois personnes ou plus (32 %), la part des grands ménages de cinq personnes ou plus ne cessant de diminuer : 1 sur 16 contre 1 sur 5 en 1999 (comme les ménages d’une personne). Autre évolution notoire, l’augmentation des familles monoparentales : une sur cinq contre une sur dix en 1999.

    Le ménage n’est plus le couple avec la famille classique et la famille n’est plus classiquement le couple et ses enfants. On constate les manipulations sémantiques de l’Institut statistique, transformant les mots et les définitions selon l’évolution des mœurs et l’idéologie dominante.

    Dans une même résidence

    Un « ménage » est désormais formé de l’ensemble des personnes qui partagent la résidence principale, sans qu’elles soient nécessairement unies par des liens familiaux. Mais les personnes vivant en collectivités sont considérées comme vivant hors ménage (étudiants, personnes âgées en maison de retraite, religieux…). Un ménage se réduit à une seule personne lorsqu’elle vit seule : « célibataire, veuf ou veuve occupants à eux seuls un logement ». On aurait naguère plutôt parlé de « foyer ». Aucune femme ni aucun homme ne pouvant concevoir un enfant tout seul, on saisit bien en outre ce que le concept de « famille monoparentale », c’est-à-dire de « monoparent », a de nominaliste, c’est-à-dire de (dé)construction, donc d’(invention) idéologique.

    L’évolution des comportements va de pair avec l’évolution idéologique dans une interactivité troublante. Si le nombre desdits ménages augmente (28,5 millions en 1993, soit + 4,2 millions depuis 1999) ce n’est pas à cause principalement des mariages et de la démographie française (toujours déclinante avec un vieillissement de la population), mais cela est dû pour moitié à la réduction de la taille des « ménages » (avec une raréfaction des familles nombreuses) et pour moitié à la croissance de la population due surtout à l’apport migratoire (25 % des bébés nés en 2016 ont au moins un parent né à l’étranger). Cette augmentation est donc portée essentiellement par ce que Paul Valéry appelait « la multiplication des seuls », notamment des célibataires de plus en plus nombreux dans notre « dissociété familiale », par la multiplication des couples ou des paires sans ou avec un seul enfant, ainsi que par la multiplication des ruptures et des divorces…

    À cause de la soi-disant libération sexuelle, de moins en moins de personnes vivent en couple à 35 ans. Ainsi le nombre des « ménages à un » ou desdites « familles monoparentales », c’est-à-dire le plus souvent et plus exactement des « sans famille constituée », ne cesse de croître régulièrement : + 87 % en 23 ans. La tendance devrait d’autant moins s’inverser que les travaux de plus en plus forcés des femmes leur donnent une indépendance financière qui ne les contraint plus à vivre en couple et les incite aussi à avoir moins d’enfants et plus tardivement.

    La famille reniée

    Après le « mariage » homosexuel dit « pour tous », on peut aussi s’attendre à d’autres monstruosités sémantiques reflétant tout autant un déni de la réalité familiale et dissimulant la promotion idéologique et subversive de modèles contre-nature. Pourquoi pas, au nom de l’amour de soi, un « mariage » narcissique avec soi-­même, justifiant ontologiquement le « ménage à un » et la « filiation monoparentale » pour les onanistes atrabilaires, avec accès à la GPA ou à la PMA selon les cas ? Ou pourquoi pas un mariage à trois ou à plusieurs de même sexe ou non, au nom du polyamour ? C’est précisément cette configuration-là que vient de reconnaître la Colombie, selon le récit d’Europe1 :

    « Ils sont trois hommes, s’aiment, mais la loi ne reconnaissait pas leur famille. Leur situation a changé depuis que la Colombie a officiellement légalisé leur foyer. »

    Gabrielle Cluzel commente ironiquement cette nouvelle dans Boulevard Voltaire (septembre 2017) :

    « Ce “trouple”, qui réunit un acteur, un éducateur physique et un journaliste, est “une reconnaissance que d’autres familles existent”, selon German Rincon Perfetti, avocat de l’association LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, trans et intersexuels). Je sais, l’acronyme se rallonge, et ce n’est sans doute pas fini ; avec un peu d’imagination, on peut convoquer tout le clavier AZERTY : multisexuel, altrenativsexuel, polysexuel… »

  • Le sort des églises désertées

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    Lu sur InfoCatho, cet article d'un lecteur :

    Ces églises qui deviennent des mosquées

    Lorsque le diocese de Bourges a mis l’église St Eloi de Vierzon en vente, c’est une association islamique qui a fait une offre d’achat. Face à l’émotion provoquée, c’est ensuite une loge maçonnique qui s’est proposée d’acheter les locaux. Finalement, la ville a préempté : le maire communiste Nicolas Sansu a tenu promesse en signant en juin 2013 l’acte de vente de l’église Saint-Éloi, qu’il va transformer en salles d’activités sociales et sportives.

    • À Graulhet, en 2015, l’église a été transformée en mosquée. Elle s’appelle maintenant mosquée Al-Mohammadi, et appartient toujours à la mairie.
    • En 2015, Quai Malakoff, à Nantes, la chapelle Saint-Christophe a subi le même sort. Elle a été coiffée d’un minaret de 17 mètres de haut sous le nom de mosquée de Forqane.
    • Saint-Joseph de Clermont-Ferrand a été prêtée pendant 33 ans à la communauté musulmane de la ville qui a camouflé les symboles chrétiens derrière de nouvelles décorations. Devenue trop petite, les musulmans ont rendu les clefs en 2011 et ont construit une grande mosquée non loin.
    • A Lille la Chapelle des Sœurs Dominicaines est elle aussi devenue une mosquée après avoir été prêtée à titre gratuit en 1973 par l’Evêque de l’époque

    « ce qui arrive au Moyen Orient arrivera en Europe »

    Pour Isa Gürbüz, le responsable de l’Eglise orthodoxe syrienne en Suisse, « ce qui arrive au Moyen Orient arrivera en Europe », et il appelle les Chrétiens à la vigilance, car l’objectif de l’islam, c’est de prendre le pouvoir comme au Moyen Orient.

    Dans le journal zurichois Tages-Anzeiger, Isa Gürbüz qui parle en connaissance de cause, affirme que :

    « les musulmans sont en Europe pour prendre le pouvoir, comme au Moyen-Orient » et que « dans 20 ou 30 ans, il y aura en Europe une majorité de musulmans. La moitié des femmes européennes devra alors porter le hijab ».

    Gürbüz ajoute que c’est la version rigoriste et violente de l’islam qui s’exporte en Europe.

    « Ce que causent aujourd’hui les milliers de groupes terroristes de l’Etat islamique, des talibans ou d’al-Qaïda, est dans la continuité du génocide de 1915 » mené par l’Empire ottoman contre les minorités chrétiennes.

    A l’inverse, l’Eglise d’Allemagne demande que l’islam soit enseigné à l’école publique dans tout le pays afin d’éloigner les jeunes musulmans de la tentation fondamentaliste. L’évêque Heinrich Bedford-Strohm a déclaré au quotidien Heilbronner Stimme que l’enseignement de l’Islam dans les écoles donnerait aux jeunes musulmans une chance d’avoir une approche critique de leur religion.

    Dans la province hollandaise de Friesland, 250 des 720 églises ont été transformées ou fermées.

    En Allemagne entre 1990 et 2010, l’Eglise Évangélique a fermé 340 églises.

    L’an dernier, Dalil Boubakeur suggérait de convertir les églises vides en mosquées avant de se rétracter car il apportait des arguments contre les journalistes et intellectuels qui s’obstinent à nier qu’un remplacement est en cours.

    En janvier, la synagogue Or Torah de Marseille a été vendue à l’association musulmane Al Badr pour 400,000 euros. La synagogue était désertée en raison des agressions antisémites.

    • La mosquée Fatih Camii d’Amsterdam s’appelait encore Eglise Saint Ignatius en 1997.
    • Une synagogue de La Hague a été transformée en mosquée  Al Aqsa.
    • L’église St. Jacob, une des plus anciennes d’Utrecht, a été transformée en résidence de luxe.
    • A Maastricht, une bibliothèque a remplacé l’ancienne église des Dominicains.
    • La principale mosquée de Dublin est une ancienne église presbytérienne.
    • En Grande Bretagne, la cathédrale St Marks s’appelle maintenant « nouvelle mosquée de Peckham.
    • A Manchester, la mosquée de Disbury est une église méthodiste transformée.
    • Comme à Clitheroe, dans le Lancashire, où l’église anglicane Saint Pierre, a été transformée en mosquée.

    Et l’archevêque Jozef De Kesel encourage l’ouverture des écoles catholiques aux musulmans, car « la société occidentale n’a jamais été aussi laïque, mais en même temps la religion n’a jamais été aussi présente que maintenant. En partie grâce à l’islam, car celui-ci a favorisé le retour de la religion » explique l’archevêque belge, tout en ajoutant : « je sens cette peur [de l’islam] et je la comprends en partie, mais la peur est mauvaise conseillère. L’avenir est avec l’islam. »

    Répondant aux questions de Delphine de Mallevoüe pour Le Figaro, Maxime Cumunel, délégué de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR) expliquait en 2012 que « les campagnes comptent encore majoritairement des catholiques », mais sous la pression financière, les 5000 églises possédées par les diocèses de France construites au XXe siècle, seront « plus facilement vendables et transformables, car moins marquées religieusement dans leur architecture extérieure et intérieure ».

    En revanche, plus de 15 000 églises françaises sont classées au titre des monuments historiques, ce qui rend leur conversion impossible tant que la loi n’est pas modifiée.

    (Article envoyé par un lecteur)

  • Le sommaire (et les liens) du numéro de La Nef d'octobre 2017

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    Sommaire du n°296 d'octobre 2017
    SOMMAIRE DU N°296 D'OCTOBRE 2017

    ÉDITORIAUX
    Un monde sans Dieu, par Christophe Geffroy
    Faut pas prendre les enfants du bon Dieu…
    par Jacques de Guillebon

    ACTUALITÉ
    François en Colombie : pour la réconciliation, par Yves Chiron
    Un livre pour mieux connaître François, par Christophe Geffroy
    Les droites en France : mirages et réalités, par Michel Toda
    L’Église et internet, par Pierre Mayrant
    Géopolitique d’abord : La France comme langue (2/2)
    par Paul-Marie Coûteaux

    ENTRETIEN
    Abbaye de Chevetogne, un pont entre Orient et Occident,
    entretien avec le Père Lambert Vos

    DOSSIER : LAÏCITÉ, LE POIDS DE L'HISTOIRE, LE DÉFI DE L'ISLAM
    Petite histoire de la laïcité républicaine, par Michel Toda
    Les rapports Église-État, par l’abbé Hervé Benoît
    Laïcité : où en est-on ?, par Christophe Geffroy
    Une laïcité à deux vitesses, par Matthieu Baumier
    L’islam et l’Occident, par Annie Laurent
    Un germe totalitaire, par Jean-François Chemain

    VIE CHRÉTIENNE
    Saint Jean Chrysostome : nul ne peut nuire…, par Yves Daoudal
    Question de foi : Depuis 30 ans…, par l’abbé Hervé Benoît

    CULTURE
    Julien Freund : le politique et la décadence, par Gilles Banderier
    Notes de lecture, chroniques musique, cinéma, sortir, jeunes, internet
    Au fil des livres : Un automne divin, par Philippe Maxence 
    Un livre, un auteur, entretien avec Christophe Dickès
    Portrait : Charlotte d’Ornellas, par Marine Tertrais
    Débats : Avortement en Irlande : un référendum à risque
    par Tim O’Sullivan
    Débats : Loi travail : Quel code du travail ?, par Joseph Thouvenel

    BRÈVES
    Toutes les annonces en ligne
     
     

  • La "messe de Paul VI", une forme rituelle informe ?

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    Du site "paix liturgique" :

    LA MESSE DE PAUL VI, UNE FORME RITUELLE INFORME ?

    Élaborée dans le contexte théologique et des mentalités religieuses de la fin des années soixante, la réforme liturgique de Paul VI, n’a pas rempli, loin s’en faut, ses optimistes promesses. Mais si beaucoup conviennent aujourd’hui qu’elle a largement échoué, peu imaginent possible d'en dresser un bilan réaliste. Nous avons, pour notre part, ponctuellement procédé à l’analyse critique de certains des rituels de cette réforme : celui du baptême (voir notre lettre 413), celui de la confirmation (voir notre lettre 471), et celui des funérailles (voir notre lettre 443). 

    Nous voudrions appliquer ici notre examen au cœur de la réforme, à la messe promulguée par la constitution apostolique Missale romanum du 3 avril 1969. Bien d’autres l’ont fait avant nous, à commencer par les cardinaux Ottaviani et Bacci dans leur Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ, en 1969 (nouvelle édition, Renaissance catholique, 2004), mais contribuer à une réactualisation de ces analyses alors que cette réforme va bientôt avoir un demi-siècle nous a paru opportun. 

    Nous y consacrerons une série de trois lettres, considérant tant l’aspect rituel, ou pour mieux dire a-rituel du nouveau missel – c’est l’objet de cette première lettre –, que son contenu proprement dit. Car l’examen du nouveau missel fait en premier lieu apparaître un aspect cérémoniel tout à fait étonnant : en comparaison de celle qui l’a précédée et des autres liturgies catholiques (les liturgies orientales, la liturgie ambrosienne, etc.), la messe romaine nouvelle n’est plus véritablement un rite. Elle est comme une forme sans forme.

    L’ensemble rituel du catholicisme s’était organisé au cours l’Antiquité chrétienne à partir de l’ordre du Christ : « Faites ceci en mémoire de moi ! » et des cérémonies de fraction du pain des communautés apostoliques. Entre le VIe et le XIIe siècle, les ordines romani témoignent du développement considérable du monde cérémonial au cours de l’Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge, parallèle à celui du riche trésor de la catéchèse patristique des mêmes époques. Transmis par le Moyen Âge monastique et les cathédrales, cet héritage fut précieusement recueilli par la Rome de la Contre-Réforme. Ayant une conscience aigüe du fait que la liturgie, et très spécialement la liturgie romaine, véhicule une traduction concrète du dogme dans le domaine des sacrements et de la prière (lex orandi, lex credendi), une des spécificités de l'époque tridentine fut, dans le domaine du culte, la clarification et la canonisation de l’Ordo, soit, de l’ordonnancement des cérémonies.

    Au XXe siècle, un double mouvement de « retour aux sources » – c’est-à-dire d’une récupération supposée des formes liturgiques antiques par-delà les « ajouts » et « surcharges » postérieurs – et d’autre part d’adaptation aux temps présents s'en est pris au « fixisme » des règles liturgique, en même temps, d’ailleurs, qu’était attaqué le « fixisme » des formulations dogmatiques. Le soin méticuleux avec lequel les livres liturgiques traditionnels ordonnaient la liturgie dans leurs rubriques (indications concernant l’ordonnancement de la cérémonie imprimées en lettres rouges, rubræ) parut dès lors totalement désuet. L’explosion eut lieu en quelques années seulement. Dès les premières étapes de la réforme conciliaire de la messe, la créativité déborda : celle du sommet (la Commission pour l’Application de la constitution sur la liturgie) était surmultipliée par celle de la base comme l'illustraient parfaitement les fameux « nouveaux prêtres » de Michel de Saint-Pierre. Les modifications continues qui s’étagèrent de 1964 (instruction Inter oecumenici) à 1968 – pensons aux « rubriques de 1965 » tout de suite dépassées par celles de 1967 (instruction Tres abhinc annos) – donnèrent l’impression qu’en matière liturgique toutes les normes étaient évolutives. Sur quoi vint le missel de 1969, qui pulvérisa littéralement l’univers rituel ancien.

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  • Amoris Laetitia : beaucoup de bruit pour rien ?

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    "Publiée sous le pseudo de Tolkien, je lis sur le blog « Forum Catholique » cette réflexion un peu blasée sur la question de l’accès des divorcés civilement remariés à la communion sacramentelle : « Des « combats homériques » ont lieu en ce moment sur « le » sujet d’ Amoris Laetitia. Vraiment, concrètement, honnêtement, qu'est-ce que cela change ? -Pour les cathos convaincus : ils ne sont pas concernés par le sujet. -Pour les non cathos, cela ne les concernait pas plus avant que maintenant. -Reste le sujet pour des cathos 'moyens' qui se retrouveraient à vivre cette situation. En quoi cela change la situation des approches déjà menées au for particulier des confesseurs ? → soit les concernés ne changeaient déjà rien à leurs comportements préexistants à cette publication, et ils s'en trouveront renforcés dans leurs habitudes actuelles ; → soit les concernés avaient déjà prévu de vivre selon la règle préalablement établie, et donc cela ne changera rien de plus ; → reste effectivement ceux qui profiteront de "l'aubaine" pour se poser encore moins de questions. Objectivement, la situation est telle dans l'Eglise que je ne suis pas certain que faire de la pastorale aussi peu expliquée et aussi peu claire au niveau du pape facilite sa bonne réception. Et certaines critiques sont de ce fait parfaitement justifiées quand on voit les modalités de large application faite par certains. Mais à la rigueur, cela ne fait qu'accompagner la décrépitude du monde catholique (et j'inclus également les tradis, qui divorcent comme les autres, demandent des annulations de mariage comme les autres, trompent qui leur femme, qui leur mari, comme les autres) : juste un seul exemple pour illustrer mon propos : allez discuter avec des prêtres travaillant en officialité et demandez- leur qu'ils vous parlent des requêtes exponentielles reçues ces 15 dernières années pour des demandes de reconnaissance en nullité de mariage, qui sont dans bien des cas perçues comme un dû par les requérants, et vous aurez une toute petite idée de l'aperçu que cette approche d'AL n'est en fait qu'une tentative très maladroite de poser une emplâtre sur une jambe de bois... »"

    JPSC

  • Amoris Laetitia : et maintenant la version polonaise de l’interprétation du chapitre qui fâche.

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    A quoi peut donc bien servir un document dont les interprétations sont aussi diverses ? Au lendemain de son intronisation, le pape actuel invitait les catholiques à bousculer avec lui les douanes de l’Eglise pour « semer la pagaille » sur tous les sujets qui « fâchent ». C’est une pleine réussite. De Mario Tosatti dans la nuova bussola quotidiana (traduction de notre consoeur du site Benoît et moi) :

    La Conférence épiscopale polonaise s'est réunie à Lublin ces jours-ci pour discuter et rédiger un document sur les lignes directrices pour lire l'exhortation apostolique Amoris Laetitia. Le nonce Salvatore Pennacchio, qui depuis un peu plus d'un an représente le Pontife auprès de l'Église polonaise, était également présent à la réunion. On ignore quand le document rédigé par les évêques polonais sera publié; mais nous sommes en mesure d'en anticiper quelques points, quoique succincts, qui sont cependant centraux et qui sont révélateurs de la lecture que l'épiscopat a faite de l'exhortation. Une lecture qui est totalement en ligne avec "Familiaris Consortio" de Jean-Paul II.
    Il est clair que lorsque les lignes directrices approuvées à Lublin seront rendues publiques, la confusion créée par Amoris Laetitia, et surtout ses interprétations "ouverturistes", seront encore plus évidentes. Et il deviendra de plus en plus évident à quel point le silence obstiné du Pontife face aux demandes d'éclaircissements est embarrassant et source de nouvelle confusion.

    Selon des indiscrétions d'excellente source, nous pouvons dire que les évêques polonais refusent la possibilité d'accès à la communion aux couples qui vivent "more uxorio", c'est-à-dire sans être unis par le sacrement du mariage. Il est évident que la même chose s'applique aux couples qui cohabitent. Naturellement, cette décision s'applique aussi aux couples de personnes remariés divorcées, pour lesquels la première union est toujours valide pour l'Église. Ils ne peuvent avoir accès à la communion sacramentelle, ni à la communion spirituelle, tant qu'ils se trouvent dans une situation existentielle en contradiction ouverte avec l'Eucharistie, qui représente le lien conjugal du Seigneur avec son Église fidèle, un lien indissoluble et fécond.

    Les évêques soulignent cependant avec force que l'Église n'a pas l'intention de rejeter ou encore moins de discriminer les personnes. Tous les moyens de salut possibles doivent leur être offerts et présentés (Parole, retraites, formation, adoration, participation aux messes). Leur situation publique les empêche cependant de recevoir l'Eucharistie. Et pour eux, l'interdiction de devenir parrains et marraines au baptême est maintenue; tout comme ils ne peuvent pas, dans les cas où cela est accordé aux laïcs, distribuer la communion. Et ils ne peuvent pas non plus enseigner la doctrine, c'est-à-dire le catéchisme.

    Aux prêtres, il est demandé d'exercer un pastorale d'accompagnement de ces couples et de ces familles, en les aidant à résoudre les obstacles objectifs de leur situation par la prière, la pénitence et l'espérance.

    Le document lit Amoris Laetitia dans le contexte de l'enseignement pluriséculaire de l'Église, et du Magistère plus récent. En ce sens, beaucoup d'attention et d'importance ont été accordées aux approches établies par "Familiaris Consortio" de saint Jean Paul II, au décret de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 1994 [cf. Lettre aux évêques de l'Église Catholique sur l'accès à la communion eucharistique de la part des fidèles divorcés-remariés: www.vatican.va] et à ce qui a été enseigné et expliqué par le Catéchisme de l'Église catholique.

    Une dernière remarque: l'Université Catholique de Lublin, "Jean-Paul II", après la session plénière des évêques, a annoncé l'attribution d'un doctorat honoris causa au Cardinal Gerhard Müller pour son oeuvre de "timonier de la juste doctrine".

    Ref. Amoris laetitia : les évêques polonais stoppent les fuites en avant

    JPSC

  • Cette logique qui déstructure nos sociétés et qu'il importe de bien diagnostiquer

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    Ce constat de Joël Hautebert, sur le site de l'Homme Nouveau, vaut évidemment autant pour la Belgique que pour la France, notre pays ayant largement anticipé toutes les dérives dénoncées par l'auteur :

    La logique « sociétale » à l’œuvre

    L’annonce de l’ouverture de la PMA aux femmes célibataires et aux « couples » de lesbiennes met en évidence une extension mortifère des lois dites « sociétales », véritable greffon du libéralisme philosophique émancipant l’homme de Dieu et de l’ordre naturel. Après l’asservissement contraceptif, un nouvel exemple du rejet de tout ordre moral que l’État laïque ne fait qu’entériner par ses lois permissives.

    Le mois de septembre a été riche en déclarations « sociétales ». La médiatisation/revendication du suicide assisté de l’écrivain Anne Bert, ainsi que l’annonce d’une ouverture prochaine de la PMA aux femmes célibataires et aux duos de lesbiennes ont rappelé que si les élections passent, la logique « sociétale » demeure, inexorablement. De fait, les promoteurs de la culture de vie ont perdu tous les combats qu’ils ont menés depuis cinquante ans. Un tel constat n’est pas du défaitisme mais du réalisme. Il convient de s’interroger sur les raisons de cette progression mortifère qu’aucune opposition n’arrive à briser ; progression qui d’ailleurs avait été annoncée et prévue dès le début par ceux qui s’y opposaient.

    Une suite prévisible

    Car n’en doutons pas, après la contraception, l’avortement, la PMA pour les couples stériles, le divorce par consentement mutuel et « le mariage pour tous », « la PMA pour toutes » sera votée, ainsi que quelque temps plus tard « la GPA pour tous » ; et l’euthanasie suivra ; le « polyamour » et le statut de « travailleur du sexe » aussi. La résistance souvent nombreuse et pleine de créativité a bien combattu, surtout en 2012 et 2013. Espérons qu’elle le fera de nouveau l’an prochain, de façon encore plus percutante et massive. Mais à vues humaines, la victoire semble inaccessible. L’enjeu serait-il de seulement sauver l’honneur du peuple français et de notre civilisation ? De témoigner de la permanence d’un ordre humain qu’aucune loi inique ne pourra éradiquer définitivement de la conscience humaine ?

    Certes mais cela ne suffit pas car comme membre de notre société nous ne pouvons nous satisfaire d’être spectateur de notre propre déroute. Maigre consolation que de compenser l’ineffectivité pratique par la lucidité de l’analyse ! Il s’agit au contraire de mettre l’intelligence au service d’un combat toujours à reprendre. Tant que le Christ n’est pas revenu sur terre, le temps du chrétien est le temps du combat. Seule une recherche des causes de ce processus semblant inexorable permet de garder l’espérance car rien dans le monde humain n’est irréversible. En effet, la société a pour trame la multitude des actes posés par ses membres, actes qui engendrent des structures, soit bénéfiques soit maléfiques. La spirale vicieuse des structures de péché et des idéologies du mal ne peut être renversée que par des actes vertueux posés par des sujets ayant une haute conscience des processus à l’œuvre. Ce n’est donc qu’en établissant un diagnostic le plus complet et le plus radical possible que nous pourrons cultiver les ressources permettant de créer une spirale vertueuse et des structures de vie bonne.

    Toutes ces lois sociétales sont portées par deux principes immanents à la démocratie libérale contemporaine, l’un concernant le contenu – la libre disposition de l’individu par lui-même –, l’autre concernant la forme – la neutralité éthique de l’État dans un contexte de polythéisme des valeurs. L’articulation de ces deux principes donne une très grande puissance rhétorique à toute revendication sachant s’y greffer.

    La légalisation de la contraception en 1967

    La mère des batailles « sociétales » a été la légalisation de la contraception en 1967 par De Gaulle. En effet, ce qui se noue dans la mentalité contraceptive est un certain rapport de la personne à son corps sexué. Celui-ci est-il un matériau qui lui appartient et qu’elle peut utiliser comme bon lui semble ? Ou bien son corps est-il le signe qu’elle se reçoit d’un ordre naturel et divin dont le respect lui permettra de se réaliser ? Dans le premier cas, la technique lui permet d’objectiver son corps pour en disposer à volonté. Dans le second cas,

    « l’homme n’est que l’usufruitier, non le possesseur indépendant et le propriétaire de son corps et de tout ce que le Créateur lui a donné pour qu’il en use conformément à la nature ». (Pie XII, Allocution aux participants du VIIIe Congrès international des médecins à Rome, le 30 septembre 1954.)

    La conception de l’autonomie de l’individu remonte aux sources du libéralisme philosophique (dès 1689 John Locke affirme que « l’homme est maître de lui-même, et propriétaire de sa propre personne ») mais elle a trouvé dans le progrès scientifique et technique de quoi rendre effective cette négation d’un ordre de la nature immanent à la personne humaine.

    Au nom de quoi l’État laïque ­pourrait-il interdire la libre disposition de soi fondée sur la souveraineté de la volonté individuelle ? Ni Dieu réduit à être l’objet d’une croyance personnel­le, ni la nature malléable et muette ne peuvent être invoqués pour empêcher des individus de vivre comme ils l’entendent. La logique permissive des lois « sociétales » est un élément essentiel de leur force. Ces lois n’interdisent pas, elles offrent davantage de possibilités aux individus doués d’une liberté indéterminée. Ceux qui s’y opposent apparaissent ainsi comme des gens voulant imposer à tous leur propre conception du bien humain. Et c’est là que la forme vient au secours du contenu afin de rendre la revendication irrépressible.

    La tolérance en éthique

    La tolérance, appliquée à l’origine au champ religieux, a été étendue au champ « éthique ». De même que l’État libéral se déclare incompétent quant à la vraie religion, il se déclare incompétent quant à la bonne manière de vivre sa vie humaine. Il ne se préoccupe que de l’ordre public, garanti par les lois votées selon le critère quantitatif de la majorité et le critère qualitatif des « droits de l’homme ». Mais comme les contenus de ces droits sont relatifs à la manière dont on conçoit l’être humain, ceux-ci sont extensibles au gré des revendications et de la nécessaire prise en compte de la diversité des croyances et des systèmes de valeurs.

    Le mot sociétal a précisément été inventé pour qualifier le débat médiatique et législatif entre partisans de conceptions rivales touchant les mœurs. Ce débat ne peut se tenir que si tous les débatteurs respectent les principes le rendant possible. Or ces principes apparemment formels et abstraits orientent subrepticement l’issue du débat qui, elle, sera bien concrète. En effet, liberté et égalité des individus, neutralité éthique des institutions, refus de l’intolérance, etc. toutes ces « valeurs de la République » disposent la mentalité commune à valider ce qui se présente comme augmentant les droits et la liberté des individus ayant à se déterminer eux-mêmes sans avoir à subir le diktat d’un « ordre moral » vestige de l’ancien temps.

  • Les religions - et le christianisme en particulier - sont-elles responsables du sexisme ?

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    De Kévin Boucaud-Victoire sur aleteia.org, cet article dont le titre mériterait d'être débattu (le christianisme, hier, menaçait-il la femme ?) :

    Eugénie Bastié répond à Sophia Aram : « Aujourd’hui, le christianisme ne menace pas la femme »

    En plein débat sur le harcèlement sexuel, l'humoriste Sophia Aram a accusé lundi « les religions » d'être responsables du sexisme. La chroniqueuse de France Inter s'en est également prise à la journaliste Eugénie Bastié.

    Réagissant à l’affaire Harvey Weinstein et à la création du hashtag #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux, Sophia Aram désigne « les religions » comme les seules responsables du machisme et du sexisme. « Comment les hommes en viennent à considérer les femmes comme leur butin, comme une extension de leur propriété, de leur pouvoir ? », s’interroge-t-elle dans sa chronique du 16 octobre sur France inter.

    Selon elle, christianisme, judaïsme et islam reposent sur un principe énoncé deux fois par l’apôtre Paul : « Dieu est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme » (1 Corinthien 11, 3 et Éphésiens 5, 23). Ainsi, pour acheter la soumission des hommes, les religieux ont offert la domination de la femme. « Ce qui fait de la religion la plus vaste entreprise de proxénétisme de l’histoire de l’humanité », estime l’humoriste. Sophia Aram s’en prend également à la journaliste Eugénie Bastié. Selon elle, la journaliste du Figaro et de la revue Limite est coupable d’expliquer dans son essai Adieu mademoiselle : la défaite des femmes, publié en 2016 aux éditions du Cerf, que « le christianisme a inventé le féminisme et le féminisme a gagné ». Deux affirmations que la chroniqueuse juge grotesques. Pour Aleteia, Eugénie Bastié répond à l’humoriste point par point.

    Aleteia : Selon Sophia Aram, « les trois monothéismes sont au moins d’accord sur une chose, exprimée le plus simplement possible par saint Paul : “Dieu est le chef de l’homme et l’homme est le chef de la femme ” ». Les trois religions monothéistes sont-elles effectivement misogynes ?

    Eugénie Bastié : D’abord, je ne vois pas le rapport entre l’affaire Weinstein et les religions qui auraient modelé l’histoire de l’humanité. Au contraire, nous vivons une période de recul du christianisme et des religions, pourtant ce genre d’actes existe toujours, voire progresse. Nous le saurions si Harvey Weinstein, producteur hollywoodien et proche des démocrates, avait trop lu saint Paul. Elle va nous dire que Bertrand Cantat est trop allé à la messe aussi ? Sophia Aram nous ressort son athéisme militant daté, qui consiste à affirmer que la religion est la source de tous les maux de l’humanité. Ces gens ne conçoivent pas qu’il puisse exister un mal sur terre qui ne provienne pas des religions. Ensuite, mettre toute les religions à égalité est problématique. C’est la nuit de l’équivalence, le relativisme absolu, de dire que toutes les religions sont patriarcales de la même manière. Au contraire, l’Occident chrétien est le lieu où est né le féminisme. Et c’est d’ailleurs de là que Sophia Aram peut diffuser sa chronique en toute liberté.

     

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