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Structures ecclésiastiques

  • Léon XIV : l'équilibre des pouvoirs

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : l'équilibre des pouvoirs

    9 mars 2026

    Tout le monde attend que Léon XIV réforme la Curie romaine. Cinq chefs de département ont déjà plus de 75 ans, et ils seront six d'ici la fin de l'année. Les observateurs du Vatican gardent également un œil sur l'archevêque Edgar Peña Parra, le sostituto – sorte de « chef de cabinet du pape » – qui a connu un mandat controversé à son poste actuel et qui, selon les rumeurs, serait sur le point de partir pour occuper le poste de nonce en Italie.

    De grands changements s'annoncent ; en d'autres termes, la seule question est « quand ? » et la réponse dépend en grande partie du moment choisi.

    Cela dit, il s'est passé beaucoup de choses en coulisses – ou plutôt sous le radar – notamment certaines nominations cruciales qui montrent comment Léon XIV s'efforce de rééquilibrer le pouvoir au sein du Vatican.

    Un autre exemple de ces nominations moins visibles est la récente sélection d'Anton Kappler comme adjudant de la deuxième chambre (le valet personnel du pape, ou « homme de confiance », dans le jargon). Bien que cela puisse sembler mineur, cette décision est susceptible d'avoir un impact profond.

    Kappler a servi dans la Garde suisse pendant 25 ans, atteignant le grade de lieutenant, et parle couramment l'italien, le français et l'allemand. Il est relativement jeune et largement considéré comme une figure fiable. Il est probable qu'il se préparait à retourner en Suisse après un quart de siècle de service dans la Garde.

    Le contexte dans lequel s'inscrit le nouveau rôle de Kappler apparaît plus clairement lorsque l'on considère la décision du pape de le placer aux côtés de Piergiorgio Zanetti, l'aide de chambre de confiance du pape François.

    La présence d'un ancien garde suisse dans l'entourage papal revêt une importance considérable. Elle marque également un rééquilibrage des pouvoirs qui régissent les relations internes au Vatican. Zanetti était arrivé au palais en provenance de la gendarmerie – la police de la Cité du Vatican –, une organisation qui a acquis un pouvoir considérable pendant les années François.

    La Garde suisse a pour mission spécifique de défendre le pape et de garder le palais apostolique du Vatican. Au cours des années François, cependant, l'entourage papal et la Garde suisse semblaient de plus en plus distants, ne serait-ce qu'en raison de l'« allergie » du défunt pontife aux contextes ou cadres institutionnels.

    Léon XIV comble non seulement le fossé entre les institutions, mais intègre également un ancien garde dans sa maison papale, le met en binôme avec un majordome qui possède déjà une expérience considérable, et en fait un bureau appelé non seulement à être particulièrement efficace, mais aussi à œuvrer pour le bien de l'institution.

    La coopération mutuelle semble être un thème central pour Léon XIV.

    Cela apparaît clairement dans un autre détail. Le nouvel archevêque Petar Rajič, actuellement nonce en Italie et précédemment en Angola et dans les États baltes, devrait être nommé préfet de la Maison pontificale. Rajič, Canadien d'origine croate, possède une vaste expérience diplomatique. Au sein de la Préfecture de la Maison pontificale, il assurera la liaison entre la Secrétairerie d'État et l'appartement pontifical, agissant en tant que diplomate au sein de la famille du pape.

    Si le choix de Rajic comme préfet de la Maison pontificale était confirmé, cela démontrerait une fois de plus la préférence de Léon XIV pour les personnalités capables de créer des ponts plutôt que des distances, conformément à son désir de voir les institutions du Vatican collaborer entre elles.

    Certaines décisions gouvernementales reflètent cette même stratégie, illustrant encore davantage l'importance accordée à la collaboration.

    Par exemple, la décision d'annuler le mandat du pape François selon lequel tous les investissements du Vatican doivent passer par l'IOR (Institut pour les œuvres de religion, la « banque du Vatican ») avec un chirographe qui fait précisément référence au principe de « collaboration mutuelle » entre les dicastères.

    La course contre la montre de Léon XIV pour rétablir l'équilibre au sein du Vatican a conduit les différentes institutions à collaborer.

    Dans le cadre de ce rééquilibrage, rappelons l'audience accordée par le pape le 1er février aux Gentlemen de Sa Sainteté, aux huissiers d'antichambre et aux porteurs de la chaise pontificale. Rappelons également son message du 24 mai 2025 au personnel de la Curie et du gouvernorat : « Les papes passent, la Curie reste ».

    La sélection d'un aide de chambre parmi les gardes suisses n'est que la dernière d'une série de petites mesures prises par Léon XIV en vue d'harmoniser les ministères.

    Il ne s'agit pas de mesures bureaucratiques.

    Au contraire, elles contribuent à renforcer la vie communautaire, dans laquelle la méfiance entre les corps est surmontée grâce à la compréhension personnelle et au travail communautaire.

    En fin de compte, le pape reste un moine et croit profondément en la vie communautaire. À tel point qu'il dîne souvent dans la première loggia avec les augustins qui s'occupent de la sacristie de Saint-Pierre, entretenant ainsi un lien fort mais discret avec sa communauté, qui lui permet également de rester en contact direct avec la réalité.

    Les prochains voyages internationaux du pape nous en apprendront davantage. Le pape François n'a jamais emmené de secrétaires avec lui, mais seulement un aide de chambre, qui agissait essentiellement comme un « porteur de sacs ». Léon XIV pourrait, et devrait, emmener l'un de ses secrétaires avec lui, en particulier Mgr Edgard Rimaycuna, le premier secrétaire, rétablissant ainsi une sorte de normalité. Le secrétaire agira comme un filtre pour le pape, le soutenant lors des réunions et l'accompagnant à tout moment.

    Léon XIV n'est plus un pape seul aux commandes, il s'appuie désormais sur les personnes qui travaillent avec lui.

    Il a maintenu un profil clair dans ses nominations. Les nominations visibles et importantes suivent un critère : elles recherchent des personnes discrètes, compétentes dans leur travail et fidèles à l'institution. Elles n'ont pas besoin d'être considérées comme des amis du pape, elles doivent seulement être compétentes. Par exemple, l'archevêque Filippo Iannone, préfet du Dicastère des évêques, correspond à ce profil. Un autre exemple pourrait être Rajic, s'il est confirmé comme préfet de la Maison pontificale ou même, comme le bruit court, comme sostituto.

    Au niveau international, un choix similaire a été celui de Roland Hicks comme archevêque de New York.

    Léon XIV a toutefois également fait appel à des personnes en qui il savait pouvoir avoir pleinement confiance. L'une d'elles était le père Edgard Rimaycuna, qui n'avait aucune expérience au sein de la Curie. Un autre était le père Marco Billeri, son deuxième secrétaire, qui lui avait été recommandé par Mgr Paccosi, évêque de San Miniato. Léon XIV avait été missionnaire au Pérou avec Mgr Paccosi. Il y avait aussi tout un monde de personnes similaires autour du pape, de son cuisinier péruvien aux augustins de la sacristie.

    C'est ainsi que Léon XIV s'efforce de rétablir l'équilibre et de créer une nouvelle communion, comme il l'a souligné dès le début de son pontificat. Après le pontificat perturbateur du pape François, qui a creusé le fossé et s'est concentré sur la figure du pape, le moment est venu de trouver une nouvelle communion. Tous les dicastères se conformeront probablement à ce choix.

    Il se peut que d'autres ajustements mineurs soient apportés à la réforme de la Curie afin de faire avancer ce projet avant que les « grands changements » n'interviennent, mais, considérés sous le bon angle, ces petits changements sont déjà assez importants.

  • La novlangue synodale réécrit également la formation des prêtres

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    La novlangue synodale réécrit également la formation des prêtres.

    Publication du rapport final du groupe d'étude sur la Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis : à réviser, bien qu'il ne date que de 2016. La raison ? Le traduire en langage synodal.

    07_03_2026

    L'un des fruits du chantier permanent du Synode sur la synodalité, dont on connaît la date de début mais pas celle de fin et surtout pas où il mènera, a vu le jour ces derniers jours. Pour l'instant, le résultat le plus concret est que, quel que soit le sujet abordé, « nous ne pouvons pas ne pas nous dire synodaux ». C'est apparemment la raison pour laquelle l'un des dix groupes d'étude créés par le pape François à l'occasion du Synode a donné naissance à la « Proposition de document d'orientation pour la mise en œuvre de la Ratio Fundamentalis Institutionis Sacerdotalis et de la Ratio Nationalis dans une perspective synodale missionnaire » intitulée Former des prêtres dans une Église synodale missionnaire. L'objectif est la révision d'une Ratio qui – comme l'admettent les auteurs du rapport – « est relativement récente (2016) » et « est encore en phase d'acceptation » : déjà caduque après seulement dix ans ?  Pourtant, elle « offre de nouveaux accents importants dans la perspective de l'Église missionnaire et synodale », malgré le « défaut » non négligeable d'être « antérieure au processus synodal ».

    Le mystère est dévoilé : « même en ce qui concerne la formation au ministère sacerdotal, les demandes issues du processus synodal et rassemblées dans le document final de l'Assemblée ne peuvent être ignorées », parmi lesquelles « l'acquisition des compétences indispensables à une Église synodale » et il est donc nécessaire de mettre en œuvre la Ratio (universelle) et les Ratio (nationales) « en harmonie avec la conversion synodale missionnaire en cours », le fil rouge qui traverse les 24 pages du document – pas trop nombreuses, mais suffisantes pour susciter le même enthousiasme que certaines homélies verbeuses qui poussent à se distraire en regardant les fresques de la voûte et même les toiles d'araignée dans les coins les plus reculés de l'édifice sacré.

    Rien de nouveau, au fond, on tente de redessiner le prêtre depuis l'époque où Don Camillo vit arriver au presbytère « un jeune homme maigre, vêtu de gris, avec des lunettes d'intellectuel », c'est-à-dire Don Chichì, envoyé pour le mettre à jour et lui rappeler que « nous sommes en 1966, pas en 1666 » (c'est le dernier livre de Guareschi, Don Camillo et les jeunes d'aujourd'hui). Avant cela, il y avait eu l'épopée des prêtres-ouvriers, puis sont venus les prêtres influenceurs, mais ce qui semble indispensable, c'est que les prêtres soient synodaux et qu'ils ne restent pas figés dans l'avant-2021 (allez dire cela à Don Chichì qui pensait être en avance en 1966).

    Mais que devrait faire exactement le clergé à l'ère synodale ? « Dans une Église entièrement synodale, les prêtres occupent donc une place spécifique et unique », et on ne comprend pas bien où ils auraient dû se trouver auparavant. « Dans une Église synodale, les prêtres sont donc appelés à vivre leur service « dans une attitude de proximité avec les personnes, d'accueil et d'écoute de tous », comme si jusqu'à hier, on leur recommandait de se tenir à l'écart du troupeau, mais la tautologie est évidente dans les derniers mots de la phrase : en effet, « dans une Église synodale », ils doivent... « s'ouvrir à un style synodal ».

    À ce stade, le lecteur a déjà perdu le compte des répétitions des mots « synode », « synodal » et « synodalité ». Dans le document, le terme « synode » apparaît 37 fois, « synodalité » 22 fois, tandis que l'adjectif « synodal » apparaît 72 fois (en seulement 24 pages !). Un cas d'école, certes, mais linguistique. Ici, plus qu'il ne s'agit de redessiner tel ou tel aspect, il s'agit de réécrire la mentalité du monde catholique en reformulant chaque aspect de l'Église « dans une perspective synodale », au point de frôler cette autoréférentialité tant critiquée.

    Nous serions tentés de citer le comte Mascetti, mais nous nous limiterons à Orwell et à la novlangue décrite dans 1984, dont le but « est de restreindre au maximum le champ d'action de la pensée », au point que « chaque concept dont on pourrait avoir besoin sera exprimé par un seul mot, dont la signification aura été rigoureusement définie, dépourvu de toutes ses significations auxiliaires, qui auront été effacées et oubliées ». Par exemple, parmi les réalités effacées et oubliées de l'identité sacerdotale, il y a celle d'« être alter Christus », que Léon XIV a osé rappeler dans une récente lettre au clergé espagnol, faisant sursauter de sa chaise un évêque italien qui n'aurait plus voulu entendre ces mots. Peu adaptés à l'ère synodale ?

    Le fait est que la « conversion synodale » a réussi à dépasser même la « conversion écologique » qui faisait fureur depuis l'époque de Laudato si'. Mais elle aussi sera supplantée par la prochaine révolution des mots et qui sait quelle autre conversion nous sera prêchée.

  • Le secret des conclaves est-il mort – et est-ce important ?

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    D'Ed. Condon sur The Pillar :

    Le secret des conclaves est-il mort – et est-ce important ?

    Quel effet les révélations des conclaves ont-elles sur l'état de droit au sein de l'Église ?

    « L’élection du pape Léon XIV », publié le 1er mars, détaille les quatre tours de scrutin qui ont permis au cardinal Robert Prevost de succéder au pape François, ainsi que des exemples précis de ce processus étroitement gardé secret — notamment le moment où l’on a découvert qu’un cardinal âgé avait accidentellement laissé son téléphone portable dans sa poche lors des contrôles préalables à une session.

    Ce livre est le dernier d'une série d'ouvrages relatant les délibérations internes du processus d'élection papale, censé être protégé par les plus strictes règles de secret juridique prévues par le droit canonique.

    Des reportages similaires ont émergé après les conclaves de 2005 et 2013, souvent liés aux réunions et aux projets du soi-disant groupe de cardinaux de Saint-Gall qui se seraient opposés à l'élection de Joseph Ratzinger comme Benoît XVI et auraient finalement œuvré pour l'élection de Jorge Maria Bergoglio comme pape François.

    La fréquence à laquelle les comptes rendus a posteriori des votes papaux sont devenus monnaie courante contredit les exigences légales de secret absolu imposées par le droit canonique, et la rapidité et le niveau de détail avec lesquels ces comptes rendus paraissent après une élection semblent augmenter à chaque conclave.

    Les papes successifs, quant à eux, ont refusé de prendre la moindre mesure en réponse, que ce soit en avertissant ou en corrigeant spécifiquement des individus, ou de manière générale en rappelant les normes canoniques et les sanctions en vigueur concernant le secret du conclave.

    Avec Léon XIV, l'Église a désormais son premier pape canoniste depuis saint Paul VI. Mais s'engagera-t-il face à la « nouvelle norme » concernant le droit et la pratique du secret post-conclave ? Et s'il ne le fait pas, quel impact les révélations du conclave auront-elles sur le climat général du respect du droit canonique au sein de l'Église ?

    Le nouveau livre « L’élection du pape Léon XIV », écrit par deux journalistes du Vatican de longue date, est une publication remarquable tant par la relative rapidité avec laquelle il a été imprimé — moins d’un an après le conclave de 2025 — que par le détail avec lequel il prétend relater les résultats du scrutin de l’élection papale.

    Il s'agit, en ce sens, d'une sorte de bond en avant quantique dans le genre, dans la mesure où ses sources suggèrent une érosion croissante de la force, tant dans la lettre de la loi concernant les conclaves que dans la culture du respect de son observance.

    Ce livre n'est en aucun cas le seul élément de preuve de cette tendance. Dans les semaines qui ont suivi le conclave de l'année dernière, la télévision arabophone a diffusé une interview du patriarche chaldéen Raphaël Louis Sako, dans laquelle le cardinal évoquait le conclave et racontait l'anecdote d'un bulletin de vote vierge supplémentaire glissé par erreur dans l'un des tours de scrutin.

    L'interview fut d'abord accueillie sans grand enthousiasme, du moins à Rome, comme une révélation inhabituellement franche mais relativement inoffensive. Cependant, illustrant le caractère non universel de cette culture de l'indiscrétion acceptable, ce passage devint source d'une vive polémique en Irak, où le cardinal local fut perçu comme une sorte de disgrâce culturelle pour avoir violé le secret, en théorie absolu, du conclave.

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  • Abus, excommunication, miséricorde : l’éclairage d’un canoniste

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    D'Anne Van Merris sur zenit.org :

    Abus, excommunication, miséricorde : l’éclairage d’un spécialiste du droit canonique

    Interview de Mgr Patrick Valdrini : « Le droit canonique garantit la cohérence de l’action de l’Église dans le monde »

    3 mars 2026

    Zenit a rencontré à Rome Mgr Patrick Valdrini, grand spécialiste français du droit canonique. Professeur émérite à l’Université pontificale du Latran et chanoine de la basilique Saint-Jean-de-Latran, il a joué un rôle majeur dans l’enseignement et dans le rayonnement du droit canonique à l’international.

    Après avoir exercé la charge de doyen dans plusieurs facultés en France, il a été appelé à Rome en 2005, où il vit toujours. Tout en enseignant à l’Université du Latran, il a été conseiller culturel à l’ambassade de France, recteur à Saint-Louis-des-Français et pro-recteur du Latran.

    Il a également présidé la Société internationale des spécialistes du droit canonique, et depuis 2021, il est expert auprès de la Signature apostolique au Vatican.  

    Zenit : Quel rôle le droit canonique joue-t-il dans la vie de l’Église catholique ?

    Mgr Patrick Valdrini : L’Église possède une double dimension, à la fois humaine et spirituelle. Le droit canonique en régit la dimension visible et institutionnelle. À travers sa manière de vivre dans le monde et dans l’histoire, la communauté ecclésiale manifeste, par le droit et à travers le droit, ce qu’elle est spirituellement.

    On peut dire que le droit canonique garantit la « figure juste » de l’Église en tant qu’institution, qui doit vivre et agir dans le monde. Celle-ci doit être le lieu d’une « justice profonde », car elle est le visage du Christ qui agit par elle aujourd’hui dans l’histoire. « Juste », en ce sens, signifie correspondre à ce que le Christ est et veut pour la communauté qui le rend présent.

    Zenit : Comment a-t-il évolué au cours des dernières décennies ?

    Mgr P. Valdrini : Le droit canonique a évolué au fil de son histoire au gré de ce que l’Église a vécu. Au dernier Concile Vatican II, celle-ci a analysé et réévalué ce qu’elle était et ce qu’elle faisait. Le droit canonique a été emporté par cette grande « révision de vie » !

    Lorsque le pape Jean XXIII a annoncé en 1958 qu’il allait convoquer un Concile, il a également indiqué sa volonté de réformer le droit canonique. Dès les premières réunions, on a constaté qu’on ne pouvait pas le faire sans un discours sur l’Église repensé. C’est pourquoi les travaux ont commencé à la fin du Concile, s’inspirant de la Constitution Lumen Gentium de 1964, dans laquelle l’Église exprime ce qu’elle est.

    On comprend que le droit canonique que nous connaissons aujourd’hui se distingue, d’une manière importante, de celui qui était en vigueur avant le Concile Vatican II. Celui de l’après-Concile a bien plus de force du point de vue ecclésiologique.

    Zenit : En quoi le droit canonique n’est-il justement pas un droit comme les autres ?

    Mgr P. Valdrini : Dans le droit canonique, il y a une dimension profondément communautaire : l’Église n’est pas le résultat de la volonté conjointe des croyants ; c’est le Christ qui crée une communion entre les personnes. En conséquence, dans l’Église, tout acte de recherche de justice aura toujours une perspective communautaire : il n’y aura ni vainqueur ni vaincu.

    À cet égard, le terme « excommunication », l’une des sanctions de l’Église, est ambigu, car il donne à penser qu’une personne peut être définitivement exclue de la communion. Ce n’est pas cela en réalité. Autrefois, on appelait cette sanction une « peine médicinale ». Aujourd’hui, on dit une censure. En termes juridiques modernes, on évoquerait une forme de « justice restaurative ».

    Quand on excommunie quelqu’un, on prive la personne d’éléments essentiels à la vie de l’Église, comme la participation à l’Eucharistie et aux sacrements, afin qu’elle revienne à la communion. On l’éloigne de la communion de l’Église, ou bien l’on constate qu’elle s’en est éloignée, afin qu’elle puisse s’amender et réparer les dommages et le scandale qu’elle a créés.

    Cette dimension de miséricorde implique qu’une personne n’est pas définitivement exclue de la communion de l’Église, même si elle ne peut revenir que sous certaines conditions et exigences précisées par le droit. C’est la parabole de l’enfant prodigue, parabole de référence lorsque l’on parle de justice et de miséricorde.

    Zenit : Dans ce désir de miséricorde, n’est-ce pas aussi important pour l’Église de garder l’objectivité face aux faits commis ?

    Mgr P. Valdrini : En Italie, on appelle « buonismo » le fait d’être bon avec tout le monde, sans discernement. Or, le discernement est fondamental. Il n’y a pas d’autre voie que de réfléchir et d’évaluer si ce qu’on va décider est juste. L’un des éléments importants d’évaluation, c’est le scandale qu’une décision peut susciter. Le scandale est une notion, elle aussi, communautaire, nécessaire comme « expression d’une communauté ». On constate que des personnes peuvent se rebeller face à certaines décisions de l’Église si elles jugent l’acte injuste, notamment pour ceux qui ont subi des dommages.

    Pour aborder la question de la « justice et de la miséricorde », il faut donc avoir pour élément de référence cette perspective communautaire, c’est-à-dire le fait que l’Église est une communion où, certes, tout le monde a sa place, y compris ceux qui ont fauté ; mais ces derniers doivent réparer leur lien de communion avec l’Église, c’est-à-dire avec la communauté, car ils ont blessé. En premier lieu, ce sont des personnes qu’ils ont blessées, et rendre justice à ces dernières est un devoir. En second lieu, toute l’Église est blessée.

    Le scandale, il est vrai, n’est pas une chose définie par des critères, il se discerne. Une décision qui s’inscrit dans une logique d’accueil de la personne peut provoquer un scandale au sein de la communauté. Celle-ci a un droit de « réception » des décisions prises par une autorité ecclésiastique. C’est une catégorie traditionnelle du droit canonique que nous dirions aujourd’hui être une expression de synodalité et de participation. Il est donc opportun de déterminer quelle décision serait la plus juste pour la communauté et pour les personnes.  

    Zenit : N’y a-t-il pas aussi un discernement à faire par l’Église quant aux nominations de prêtres ayant commis des actes d’abus graves, ou des abus avec récidives ?

    Mgr P. Valdrini : Aux prêtres qui ont commis de tels actes, s’ils n’ont pas perdu l’état clérical, on n’interdit pas toujours de célébrer la messe, mais on leur interdit au moins de la célébrer en public. Par son sacerdoce, le prêtre a une grande responsabilité : il est une expression visible du Corps du Christ, dans sa vie personnelle comme dans la charge qu’on lui confie.

    Or, l’Église catholique est contrainte par l’obligation d’être, disons, « symbolique » dans son action, car elle est le « symbole » qui manifeste la présence du Christ dans l’histoire : un modèle concret de communion et de respect des personnes, au nom de Dieu lui-même. C’est pourquoi il y a le Christ accueillant et le Christ exigeant. 

    Ainsi, l’Église catholique doit chercher, dans les situations concrètes, à être un exemple de justice et de miséricorde qui ne se fait pas à n’importe quel prix. Il est normal de bien discerner avant de confier à une paroisse un prêtre ayant commis des abus.

    La justice, ici, est donc liée à la justesse du discernement dans les nominations. Et ce n’est pas seulement faire un jeu de mots entre « justice » et « justesse » ! Il est important que l’Église évalue chacune de ses décisions. « Mettre ce prêtre dans cette charge » : est-ce être dans la justesse ? « Vouloir être bon avec lui » n’est pas forcément juste, et de plus, cela choque la communauté, qui ne voit pas d’acte de justice.

    Zenit : Finalement, quel est le plus important pour vous, en termes de justice dans l’Église ?

    Mgr P. Valdrini : Nous devons revenir à ce qui est le fondement même de l’existence de l’Église dans les sociétés. C’est ce que le pape Léon XIV rappelle souvent dans une perspective augustinienne : nous sommes le Corps du Christ. Le droit canonique doit traduire, en termes organisationnels et relationnels, ce qu’est le Corps du Christ aujourd’hui. On ne doit pas prendre pour premier modèle l’idée d’une société qui fonctionne bien ; on doit prendre pour modèle le Christ, en particulier ce qu’il est et ce qu’il fait dans les Évangiles.

    L’équilibre de la justice dans l’Église dépend aussi de chaque personne, en particulier de sa cohérence personnelle vis-à-vis de la communauté ecclésiale. Pour être suivis et compris par ceux qui ne partagent pas notre foi, nous devons être fidèles aux devoirs qui nous incombent par notre appartenance à l’Église catholique. Je crois vraiment que le droit canonique garantit, à sa manière, la cohérence de l’action de l’Église catholique dans le monde, c’est-à-dire la cohérence de la visibilité du Corps du Christ dans la société.

    Abus, excommunication, miséricorde : l’éclairage d’un spécialiste du droit canonique | ZENIT - Français

  • Le Pape est entré dans une période de nominations

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV : Période de nomination

    La semaine dernière, des rumeurs ont circulé concernant l'avenir de l'archevêque Edgar Pena Parra, Substitut du Secrétariat d'État, certaines affirmant que le « chef de cabinet » papal de longue date deviendrait le prochain nonce apostolique du pape en Italie.

    Si elle est confirmée, cette décision marquerait le début d'un vaste effet domino touchant les nominations au Vatican, du Secrétariat d'État à la Préfecture de la Maison papale, soit une véritable refonte de l'équipe gouvernementale.

    Un élément clé, cependant, resterait : le cardinal Pietro Parolin au poste de secrétaire d'État.

    Procédons dans l'ordre.

    Depuis l'élection de Léon XIV, la rumeur court que le pape remplacerait le Secrétariat d'État. Le Sostituto – une fonction influente au sein de la Curie romaine, exigeant sans doute les contacts et la collaboration les plus étroits au quotidien avec le pape – gère les affaires courantes et rédige les réponses autographes du pape aux différentes questions.

    En résumé, tout passe par le sostituto, qui est d'ailleurs le seul haut fonctionnaire habilité à rencontrer le pape sans rendez-vous.

    Il est donc logique que le pape Léon XIV ait souhaité que quelqu'un qu'il connaissait et en qui il avait confiance occupe ce poste, quelqu'un qui n'était pas un héritier du règne de son prédécesseur immédiat.

    Léon décida cependant de ne pas nommer immédiatement de successeur à Pena Parra. Il y avait au moins deux bonnes raisons à cela. Premièrement, Léon XIV souhaitait une passation de pouvoir complète et voulait donc comprendre tous les dossiers et affaires traités par le substitué avant de procéder à un changement de direction.

    Deuxièmement, le remplacement de Pena Parra dans ses fonctions de substitut n'est pas chose aisée, car la seule véritable promotion est celle de cardinal. C'est pourquoi un poste de chef du dicastère était également envisagé.

    L'idée de le nommer nonce américano-vénézuélien – autrement dit, de le réintégrer au service diplomatique actif – a gagné du terrain. Certains ont évoqué le prestigieux poste de nonciature aux États-Unis, mais la nomination d'un ambassadeur vénézuélien à Washington aurait probablement posé des problèmes.

    La nonciature en Italie est prestigieuse, mais plus éloignée des cercles du pouvoir vatican que ne le laisse supposer sa situation géographique. Pena Parra serait le troisième non-Italien consécutif à occuper ce poste, après que le pape François, en nommant l'archevêque Tscherrig (devenu cardinal par la suite) à cette fonction en 2017, a rompu avec la règle non écrite établie de longue date, selon laquelle la nonciature en Italie devait être dirigée par un Italien.

    Si Pena Parra devient nonce en Italie, cela signifie que le nonce actuel, l'archevêque Peter Rajic, est destiné à une nouvelle affectation.

    Le nouveau poste serait celui de préfet de la Maison pontificale, comme le laissaient entendre les premières rumeurs. Léon XIV retrouverait ainsi le rôle de chef de sa « famille », tandis qu'il est possible qu'un nouveau poste soit créé pour l'actuel régent, Monseigneur Leonardo Sapienza, qui serait remplacé par l'actuel vice-régent, le père Eduard Daniang Daleng OSA.

    On parle également d'une nouvelle affectation pour l'archevêque Paul Richard Gallagher, ministre du Vatican pour les relations avec les États, qui pourrait quitter la politique étrangère du Vatican pour prendre la tête d'un dicastère acurial . Ce poste ne serait plus, comme le laissaient entendre les rumeurs précédentes, celui de préfet du Dicastère pour le développement humain intégral, qui serait confié au cardinal Jean-Claude Hollerich, appelé du Luxembourg.

    Le bureau du Sostituto resterait alors vacant.

    Cela ouvrirait la voie à un poste pour Mgr Gabriele Caccia, actuellement observateur du Saint-Siège auprès des Nations Unies. Mgr Caccia était assesseur au Secrétariat d'État lorsque Mgr Parolin était sous-secrétaire d'État aux Relations avec les États. Il a été ordonné évêque et nommé nonce apostolique pour la première fois en même temps que l'actuel secrétaire d'État en 2009.

    Le grand retour de Caccia à Rome n'est cependant pas une évidence.

    Caccia est également considéré comme un candidat de premier plan pour devenir nonce à Washington, et dans les deux cas, il bénéficierait du soutien indéfectible du cardinal Parolin, qui pourrait collaborer avec un ami à Rome ou s'appuyer sur une personne de confiance pour gérer les relations avec les États-Unis, à un moment particulièrement délicat de l'histoire.

    Dans tous ces scénarios, le cardinal Parolin apparaît comme le grand vainqueur.

    Tout le monde s'attendait à ce que Léon XIV remplace le secrétaire d'État, mais non seulement ce changement n'a pas eu lieu, mais il semble même très improbable . Alors qu'au moins cinq chefs de département devront être remplacés pour cause de départ à la retraite – Czerny, Semeraro, Roche, Koch, Farrell (sans oublier You, qui aura 75 ans en novembre) – même un changement de secrétaire d'État ou du reste de l'équipe créerait un vide de pouvoir trop important et un défi de gestion encore plus grand.

    Parolin demeure ainsi l'homme de la continuité.

    Si Rajic est nommé préfet de la Maison pontificale, la demande du Secrétariat d'État, qui a toujours préféré un diplomate à la tête de la famille papale, sera exaucée. Il convient de rappeler que c'est la Préfecture de la Maison pontificale, et non le Bureau du protocole du Secrétariat d'État, qui gère les audiences officielles que le pape accorde aux chefs d'État et de gouvernement.

    Si Caccia devenait député ou nonce, Parolin collaborerait avec un homme de confiance. Si Pena Parra était effectivement nommé nonce en Italie, Parolin serait la seule personne ayant une influence significative au sein du Palais apostolique, tandis que son remplaçant recevrait une mutation sans promotion, ce qui aurait des allures de sanction.

    On a souvent surnommé le pape François « le pape des surprises », mais le pontificat de Léon XIV a déjà prouvé à quel point il pouvait être imprévisible. Aussi, peut-être, pour le poste de successeur, peut-on s'attendre à ce que Léon XIV choisisse parmi les diplomates du Vatican un homme de confiance, extérieur au Secrétariat d'État, ou du moins affranchi de tout préjugé.

    Cela démontrerait la volonté et la capacité du Pape de discerner entre les choix gouvernementaux qu'il peut déléguer et ceux où les relations personnelles et la confiance doivent primer.

    Les nominations de Léon XIV révèlent assurément une approche et une conception de la gestion des problèmes différentes de celles du pontificat précédent. Tandis que François aimait diviser, créer des asymétries au sein du gouvernement et remanier les pouvoirs, Léon XIV privilégie l'union, la cohésion et s'appuie sur ceux qui connaissent bien le terrain et les procédures.

    Les préférences de Léon XIV en la matière sont également illustrées par sa nomination, la semaine dernière, de quatre nouveaux auxiliaires du diocèse de Rome, tous des prêtres romains – un choix qui va à l’encontre de la tendance instaurée par le pape François, qui a appelé des évêques diocésains de l’extérieur.

    Cela est également démontré par le choix de l'archevêque Filippo Iannone comme préfet du dicastère pour les évêques.

    Cela se manifeste par le choix de ses secrétaires personnels, tous deux jeunes et sans aucune expérience de la Curie.

    Si telle est la ligne générale du Pape, il faut s'attendre à des surprises à des postes clés. Le changement générationnel sera probablement progressif, mais il pourrait aussi donner naissance à un nouveau visage à la gouvernance de l'Église.
    Le cas échéant, nous cesserons de rechercher la continuité et la rupture avec le pontificat précédent.

    Ce sera tout simplement le pontificat de Léon XIV.

  • Une place pour les “trados” dans l'Eglise ?

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    De l'abbé Pierre Amar en tribune sur le site du journal La Croix via le Forum Catholique :

    Fraternité Saint-Pie-X : « Dans l’Église, pourquoi n’y aurait-il pas aussi une place pour les “trados” ? »

    Père Pierre Amar, prêtre dans les Yvelines, auteur de "Si tu veux je suis là" (Artège, 2025)

    Fraternité Saint-Pie X : cette blessure qui affaiblit l'Église

    25/02/2026

    Connaissez-vous le compte Instagram « Catholic trash » ? N’y allez pas : c’est une machine à vous précipiter dans les bras de la Fraternité Saint-Pie X ! Animé par des catholiques italiens, il recense – preuves à l’appui – ce qu’on peut (vraiment) faire de pire en liturgie. Iconographies douteuses, objets pieux kitsch, produits de marketing religieux extrêmes, décors d’églises hideux, tenues de célébrants scandaleuses… Bref, on y trouve l’incarnation de ce que Benoit XVI dénonçait un jour comme une « créativité [qui] a souvent porté à des déformations de la liturgie à la limite du supportable ».

    Voilà bien tout le problème. Car le mouvement initié par Mgr Lefebvre n’est pas né de rien : il trouve son fondement dans les abus et la brutalité avec laquelle certains ont appliqué la réforme liturgique au lendemain du Concile Vatican II. Pourquoi y a-t-il, par exemple, bien moins de prieurés de la Fraternité Saint-Pie X en Pologne qu’en France ? Parce que là-bas, la réforme liturgique promulguée par le pape saint Paul VI s’est effectuée paisiblement, sans volonté de tout détruire. Si bien qu’aujourd’hui, dans ce pays encore profondément croyant, on peut célébrer la messe dos au peuple (par exemple à Czestochowa, « le » sanctuaire national), porter la soutane et entonner un cantique en latin sans se faire traiter d’intégriste.

    EXAMEN DE CONSCIENCE

    Et si nous commencions par un examen de conscience ecclésial ? Hier comme aujourd’hui, les déformations arbitraires de la liturgie blessent profondément des personnes enracinées dans la foi de l’Église. En d’autres termes, ne sommes-nous pas nous-mêmes les propres responsables de notre malheur ? Tel Frankenstein, nous avons fabriqué notre propre monstre. Le malaise est d’autant plus intense que cette créature vient de notre famille. Comme hier avec Luther, fabriqué par les évêques corrompus du XVIe siècle, nous ne sommes pas pour rien dans l’avènement de Marcel Lefebvre. Le malaise liturgique de l’après-concile a été alimenté par les mesquineries, les manques de charité, les innovations malheureuses. Et aussi par un « esprit du Concile » qui n’était tout simplement pas le Concile.

    Le résultat ? Une histoire dont on n’arrive pas à se défaire, un peu comme le sparadrap du capitaine Haddock. Et une histoire douloureuse, car elle concerne non plus l’unité entre chrétiens - qui est déjà un dossier à lui tout seul - mais l’unité entre catholiques.

    Bien sûr, comme dans toute querelle familiale, les torts sont partagés. Par exemple, ces récents propos de l'abbé Davide Pagliarani, supérieur de la FSSPX Actualités : Fraternité Saint-Pie X , sont particulièrement blessants : « C’est un fait, dans une paroisse ordinaire, les fidèles ne trouvent plus les moyens nécessaires pour assurer leur salut éternel. » Après une telle affirmation, il est tentant de reconnaître qu’on n’a vraiment plus rien à se dire et que la déchirure est actée.

    Le problème, c’est que la Fraternité Saint-Pie X n’a pas tort lorsqu’elle dénonce, en plus des innovations liturgiques, une certaine confusion doctrinale qui érode la clarté du message de la foi. On a même le sentiment d’un « deux poids deux mesures » : pourquoi faudrait-il donc être particulièrement sévères avec la Fraternité Saint-Pie X alors qu’on montre, de mon point de vue, une étonnante patience avec le chemin synodal allemand ou l'Association patriotique des catholiques chinois ? À une époque où l’on accepte tout ou presque, pourquoi n’y aurait-il pas de la place, dans la famille, pour des frères et sœurs - certes forts turbulents - mais frères et sœurs quand même ?

    DEUX PISTES

    La première consiste à cheminer ensemble. Ne pourrait-on pas faire preuve d’une générosité historique, en permettant au moins une intégration partielle de la Fraternité dans la vie de l’Église sans que la question doctrinale ne devienne le premier et principal obstacle ? Un évêque faisait récemment remarquer combien l’expérience de l’histoire montre que les processus de réconciliation et d’intégration ne commencent pas toujours par une résolution doctrinale complète. Ils peuvent au contraire progresser de manière graduelle, en favorisant d’abord la communion visible et en laissant place à un dialogue théologique ultérieur plus serein et fructueux.

    Certes pas à n’importe quel prix bien sûr. Et c’est à Rome d’en fixer les minima. Mais pas, non plus, sans miser sur le temps long et sur la grâce de l’Esprit-Saint.

    La deuxième piste consiste à favoriser une alternative. Ce fut l’œuvre audacieuse de saint Jean Paul II, un peu mise à mal ensuite par François. Il existe ainsi des lieux où la liturgie traditionnelle est célébrée paisiblement, en communion avec l’évêque. C’est par exemple le cas dans mon Diocèse de Versailles, sereinement, loin des projecteurs et des communiqués. Beaucoup de jeunes de nos paroisses naviguent aussi volontiers d’un missel à l’autre. Certains même découvrent la foi à la faveur d’une messe en latin. À l’église Saint-Georges dans le Diocèse de Lyon où l’on célèbre quotidiennement la messe de saint Pie V, il y a actuellement soixante-trois catéchumènes ! Dans certains diocèses de France, les seuls jeunes prêtres ou presque sont ceux qui célèbrent la messe traditionnelle latine. Nous ne pouvons pas ignorer cette réalité. N’est-il pas temps de faire la paix avec ce monde traditionnaliste qui accepte le concile Vatican II ? Et si le pape François disait lui-même qu’il y a une place pour tous dans l’Église (« todos… todos ! ») pourquoi n’y en aurait-il pas une aussi pour les « trados » ?

    Parce que ces divisons sont du temps perdu sur le vrai travail qui attend tous les baptisés depuis la Pentecôte : l’évangélisation.

    https://www.la-croix.com/a-vif/fraternite-saint-pie-x-dans-l-eglise-pourquoi-ny-aurait-il-pas-aussi-une-place-pour-les-trados-20260225

  • L'Allemagne : laboratoire de l'autodestruction ecclésiale

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    De Miguel Escrivá sur InfoVaticana :

    Allemagne : laboratoire de l'autodestruction ecclésiale

    Allemagne : laboratoire de l'autodestruction ecclésiale

    En Allemagne, l'Église catholique possède l'une des structures économiques les plus solides au monde, et pourtant, elle affiche l'un des taux de fréquentation des sacrements les plus faibles. Le chiffre officiel de 6,6 % des catholiques inscrits à la messe dominicale ne laisse guère présager d'espoir. Plus de 93 % de ceux qui se disent catholiques ne communient pas régulièrement. Dès lors, le pourcentage de fidèles conscients de la nécessité de se confesser et de demeurer en état de grâce peut être réduit, même parmi les catholiques eux-mêmes, à un chiffre négligeable, inférieur à 1 %.

    Nous ne sommes pas confrontés à une simple perte de ferveur. Nous sommes confrontés à une rupture profonde avec le cœur sacramentel . Lorsque la messe dominicale cesse d'être l'acte structurant de la communauté et devient une pratique minoritaire, l'Église cesse de s'organiser autour de l'autel et devient une institution culturelle dotée d'un point de référence chrétien. À proprement parler, une communauté où seulement un fidèle sur quinze assiste régulièrement à la messe cesse d'être sociologiquement fonctionnelle en tant qu'Église vivante et met objectivement les âmes en danger.

    Vocations : effondrement structurel, et non crise conjoncturelle

    Le paysage de la formation religieuse confirme ce constat avec une précision arithmétique. Avec environ 150 séminaristes diocésains à l'échelle nationale et à peine 28 ordinations par an pour près de vingt millions de catholiques, le ratio est le plus faible au monde. Il ne s'agit pas simplement d'un taux de remplacement insuffisant ; il s'agit d'une base de formation incapable d'assurer sa propre pérennité.

    Une Église de cette taille démographique, qui forme moins de trente prêtres par an, est inévitablement vouée à une réduction drastique de son réseau paroissial, au regroupement forcé des communautés et à une dépendance structurelle vis-à-vis du clergé étranger. Ces statistiques ne décrivent pas une difficulté passagère ; elles révèlent une impossibilité mathématique de continuité dans les conditions actuelles.

    Le contraste est d'autant plus frappant que, sur un même territoire, des communautés comme la Fraternité Saint-Pie-X (FSSP) et la Fraternité Saint-Pierre (SSP) comptent, à elles deux, un nombre de séminaristes comparable à celui de tous les diocèses allemands réunis. Et ce, malgré le fait que l'Allemagne ne soit pas, historiquement, un bastion du traditionalisme. Or, là où la liturgie demeure stable, où la doctrine n'est pas compromise et où l'identité sacerdotale est clairement affirmée, les vocations existent. C'est un fait avéré.

    Abus liturgiques et laxisme sacramentel : une érosion de l’intérieur

    Au déclin démographique s'ajoute une détérioration qualitative qu'il est impossible d'ignorer. La propagation des abus liturgiques, la banalisation du sens sacrificiel de la messe, le relâchement de la discipline sacramentelle et une réinterprétation progressive de la morale catholique ont engendré un climat d'ambiguïté persistante. Lorsque la liturgie perd son caractère sacré et que la pratique sacramentelle est relativisée, la transmission de la foi s'en trouve inévitablement affectée.

    Les statistiques ne sont pas une cause, mais une conséquence. Des décennies d'adaptation progressive, de redéfinition du langage doctrinal et d'érosion symbolique ont produit un résultat vérifiable : le vide.

    Le synodisme comme aboutissement du paradigme

    Le processus synodal allemand, tel qu'on le prétend, n'émane pas d'une Église forte et expérimentée, mais d'une Église statistiquement épuisée. La proposition d'un modèle de plus en plus sécularisé, délibératif et doctrinalement défaillant est présentée comme une réponse à la crise. Or, les données suggèrent que nous ne sommes pas face à la solution, mais plutôt à l'étape finale d'un processus.

    Repenser l'autorité ne suscite pas la foi et contredit le Magistère sur l'ordre. Redistribuer les responsabilités n'accroît pas les vocations. La réorganisation institutionnelle ne remplace pas la vie sacramentelle. Si la fréquentation dominicale n'est que de 6,6 % et que le nombre de vocations est infime, le problème n'est pas un problème de gouvernance, mais un problème d'identité.

    État de nécessité et question de l'obéissance

    Face à ce constat, la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) a maintes fois invoqué la notion d’ état de nécessité , s’appuyant sur le principe suprême du salut des âmes , loi suprême de l’Église. L’analyse de cas particuliers, comme celui de l’Allemagne, soulève une question qui dépasse le cadre émotionnel pour entrer dans le domaine moral et juridique : lorsqu’une structure ecclésiale semble objectivement vouée à l’autodétruire, la théorie classique de l’obéissance peut-elle s’appliquer en théorie si son effet concret est l’extinction ?

    Dans une Église qui semble sur le point de disparaître, l’évaluation morale ne se limite pas au respect formel des procédures administratives ou synodales. Elle s’envisage à l’aune de la finalité ultime : la préservation de la foi et la transmission de la grâce. Si l’obéissance devient un instrument d’érosion doctrinale ou de vide sacramentel, le débat cesse d’être disciplinaire et se déplace vers celui de la survie de l’Église.

    Rome est confrontée à une décision inévitable

    L'Allemagne est devenue le paradigme contemporain de la voie moderniste : des ressources abondantes, une « sophistication » institutionnelle et, simultanément, une pratique sacramentelle minimale et des vocations à un niveau historiquement bas. Les statistiques ne sont pas hostiles ; elles sont objectives. Et ce qu'elles décrivent, c'est une Église qui, si cette tendance se poursuit, se réduira à une minorité résiduelle maintenue par des structures formelles.

    Le moment synodal place Rome face à un dilemme historique. Soit elle accepte passivement un processus qui, concrètement, équivaut à l'euthanasie institutionnelle d'une Église nationale, soit elle opère une transformation doctrinale et disciplinaire immédiate qui restaure la centralité sacramentelle et l'identité catholique.

  • Qui est le nouveau chef des évêques allemands ?

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    Qui est le nouveau chef des évêques allemands ?

    Qui est l'évêque Wilmer ? Et pourquoi a-t-il été choisi pour succéder à l'évêque controversé Georg Bätzing ?

    Mardi, lors de son premier discours public en tant que président de la Conférence des évêques allemands, l'évêque Heiner Wilmer a prononcé les mots suivants : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

    L'évêque Heiner Wilmer, nouveau président de la conférence épiscopale allemande, assiste à une conférence de presse le 24 février 2026 à Würzburg. Crédit : Deutsche Bischofskonferenz / Marko Orlovic.

    Jetant un coup d'œil à un message sur son smartphone, il remarqua que la phrase était tirée du Gloria récité lors de la messe.

    « Ces versets de l'Évangile selon Luc transmettent un double message : se tourner vers Dieu et se tourner vers les autres », dit -il . « Dieu au centre, la paix pour le monde et la justice comme mission. »

    Wilmer, l'évêque de Hildesheim, dans le nord de l'Allemagne, âgé de 64 ans, présentait en réalité son programme pour les six prochaines années à la tête de l'un des corps épiscopaux les plus influents au monde.

    Il est le premier membre d'un ordre religieux à prendre la tête du vaste appareil épiscopal allemand. Son discours d'ouverture laisse présager qu'il apportera à ses nouvelles fonctions exigeantes une spiritualité singulière, forgée par sa formation au sein de l'ordre déhonien.

    Qui est l'évêque Wilmer ? Comment a-t-il dirigé le diocèse de Hildesheim ? Et pourquoi a-t-il été choisi pour succéder à l'évêque controversé Georg Bätzing ?

    Qui est l'évêque Wilmer ?

    Heinrich Theodor Wilmer est né le 9 avril 1961 à Emsland, un district du nord-ouest de l'Allemagne frontalier des Pays-Bas.

    Contrairement à de nombreux dignitaires catholiques, généralement citadins, Wilmer a grandi à la ferme. Aujourd'hui encore, il sait conduire un tracteur Supporter de toujours le modeste club de football FC 27 Schapen (actuellement bon dernier du championnat régional ), il parle couramment le bas allemand ( Plattdeutsch ), un dialecte régional réputé plus rustique et direct que l'allemand standard.

    Wilmer a fréquenté un lycée local géré par les Déhoniens, un ordre fondé à la fin du XIXe siècle en France par le prêtre Léon Dehon, dont la cause de béatification a été suspendue en 2005 en raison d'accusations d'antisémitisme. (*)

    La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus est au cœur de la spiritualité déhonienne. Les membres de l'ordre sont encouragés à être des « prophètes de l'amour », à cultiver un esprit de réparation et à œuvrer comme « serviteurs de la réconciliation ».

    Après avoir quitté l'école en 1980, Wilmer entra au noviciat déhonien de Fribourg-en-Brisgau, dans le sud-ouest de l'Allemagne. Il prononça ses vœux perpétuels en 1985 et fut ordonné prêtre en 1987. Il poursuivit ses études à l'Université pontificale grégorienne de Rome et obtint finalement un doctorat à Fribourg-en-Brisgau avec une thèse primée sur le philosophe français Maurice Blondel .

    Wilmer a enseigné dans des lycées en Allemagne avant de s'installer aux États-Unis en 1997, où il a passé deux ans à enseigner l'allemand et l'histoire à la Fordham Preparatory School, dans le Bronx, à New York.

    Il est retourné en Allemagne pour occuper le poste de proviseur de lycée. Puis, en 2007, il a été élu à la tête de la province allemande des Déhoniens, poste qu'il a occupé jusqu'à sa nomination comme supérieur général de l'ordre mondial en 2015. Cette fonction basée à Rome l'a mis en contact avec des responsables de l'Église du monde entier et l'a initié aux pratiques du Vatican.

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  • Léon XIV rétablit la hiérarchie épiscopale à Rome

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    D'Andrea Gagliarducci sur le National Catholic Register :

    Léon XIV rétablit la hiérarchie épiscopale à Rome

    ANALYSE : Quatre nouveaux évêques auxiliaires devraient être nommés au diocèse de Rome, à la suite d’une prochaine rencontre entre le pape et les prélats diocésains.

    Les nominations d'évêques, dont la nomination par le pape Léon XIV fait l'objet de rumeurs, pourraient définir la nature des relations entre le diocèse de Rome et le siège de Pierre à l'avenir, rompant potentiellement avec la tradition établie par ses prédécesseurs.

    Quatre nouveaux évêques auxiliaires devraient être nommés au diocèse de Rome à l'issue d'une prochaine rencontre entre le pape et les prélats diocésains. 

    Cette mesure interviendrait après la décision du pape Léon XIV de rétablir le secteur central du diocèse de Rome, que le pape François avait aboli, mettant ainsi fin à une longue vacance dans certains secteurs territoriaux de la ville.

    Ayant exercé les fonctions de vicaires épiscopaux ces dernières années, les pères Stefano Sparapani, Alessandro Zenobbi, Andrea Carlevale et Marco Valenti sont les quatre prêtres pressentis pour une promotion. Si les rumeurs se confirment, Léon XIV aura une fois de plus fait preuve de prudence dans ses nominations. 

    La décision de maintenir en poste les vicaires épiscopaux qui ont jusqu'à présent supervisé les différents secteurs territoriaux de la ville témoigne également d'une attention particulière portée au territoire de Rome, puisqu'il s'agit tous de prêtres romains ou de personnes ayant une vaste expérience dans les paroisses romaines qui seront promus à l'épiscopat.

    Pour l'instant, la position de l'évêque auxiliaire Renato Tarantelli Baccari, qui est également vicaire du diocèse de Rome, reste inchangée.

    Ces nominations étaient attendues de longue date. Le diocèse de Rome était traditionnellement divisé en cinq secteurs territoriaux : nord, sud, est, ouest et le centre historique. Il y avait donc cinq évêques auxiliaires pour le diocèse de Rome. Avec le pape François, leur nombre était passé à huit, certains ayant des responsabilités spécifiques. Le pape François a ensuite aboli ces secteurs par un motu proprio le 3 octobre 2024, soulignant qu’il ne devait y avoir aucun secteur « privilégié ».

    Toutefois, depuis 2024, on observe une sorte d’« exode » des évêques auxiliaires du diocèse. Actuellement, le seul autre évêque auxiliaire est Mgr Michele Di Tolve, nommé par le pape François en 2023 recteur du séminaire de Rome.

    En janvier 2025, Mgr Paolo Ricciardi, évêque auxiliaire de Rome depuis 2017, a été nommé évêque de Jesi. En juin 2025, Mgr Benoni Ambarus, évêque auxiliaire de Rome depuis 2021, a été nommé archevêque de Matera-Irsina. En 2024, deux autres évêques auxiliaires du diocèse de Rome ont été mutés : Mgr Daniele Salera a été nommé évêque d’Ivrée, dans le nord de l’Italie, tandis que Mgr Dario Gervasi a été nommé secrétaire adjoint du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie au Vatican.

    Avec ces nouvelles nominations d'évêques, Léon XIV aura rétabli la hiérarchie épiscopale dans le diocèse de Rome. 

    Bien qu'aucun bouleversement majeur ne soit à prévoir au sein du diocèse de Rome, ces nominations pourraient avoir des répercussions en chaîne dont les conséquences restent à déterminer. Le mandat de cinq ans du cardinal Mauro Gambetti en tant qu'archiprêtre de la basilique Saint-Pierre expire également le 25 février.

    Certaines rumeurs laissaient même présager un avenir pour le cardinal Gambetti comme archevêque de Chieti-Vasto, en Italie centrale. Jusqu'à présent, l'archidiocèse était dirigé par l'archevêque Bruno Forte, qui vient d'avoir 76 ans et a donc dépassé l'âge de la retraite. L'archidiocèse a également été dirigé par le cardinal Loris Capovilla, secrétaire de longue date de Jean XXIII, mais il n'a jamais constitué un cardinalat.

    D'autres rumeurs laissent entendre que le cardinal Gambetti pourrait devenir archevêque de Bénévent. Il semble toutefois plus probable que ce soit l'évêque Di Tolve qui soit nommé à ce poste.

    Bien que les discussions autour des nominations italiennes puissent paraître obscures au lecteur, il convient de rappeler que le pape est avant tout l'évêque de Rome ; et, par conséquent, la manière dont se déroulent les nominations des auxiliaires doit être suivie de près pour comprendre comment le pape entend agir.

    L’Église en Italie traverse actuellement une importante mutation générationnelle. Treize évêques italiens atteindront l’âge de 75 ans en 2026, dont l’archevêque Mario Delpini de Milan, tandis que d’autres ont déjà franchi ce cap.

    Avec les nominations à venir des auxiliaires de Rome, Léon XIV démontre avant tout qu'il veut mettre fin aux exceptions qui consistent à laisser les vicaires épiscopaux diriger les secteurs de Rome, à ordonner de nouveaux évêques et à demander, en effet, une plus grande collégialité du gouvernement.

    Est-ce là la direction que le pape souhaite donner à l'Église universelle ?

  • L'évêque Athanase Schneider adresse un appel fraternel au pape Léon XIV pour établir un pont avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X

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    Du Forum Catholique :

    Appel fraternel au pape Léon XIV pour établir un pont avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X
    par l'évêque Athanase Schneider


    La situation actuelle concernant les consécrations épiscopales au sein de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) a soudainement suscité une vive émotion dans toute l'Église. Peu de temps après l'annonce, le 2 février, de la décision de la FSSPX de procéder à ces consécrations, un débat intense et souvent passionné a émergé dans de nombreux milieux catholiques. Les opinions exprimées dans ce débat vont de la compréhension, la bienveillance, l'observation neutre et le bon sens au rejet irrationnel, à la condamnation péremptoire, voire à la haine ouverte. Bien qu'il y ait des raisons d'espérer – et cet espoir n'est en rien irréaliste – que le pape Léon XIV puisse effectivement approuver ces consécrations épiscopales, des propositions de texte pour une bulle d'excommunication de la FSSPX circulent déjà en ligne.

    Les réactions négatives, bien que souvent bien intentionnées, révèlent que le cœur du problème n'a pas encore été appréhendé avec suffisamment d'honnêteté et de clarté. On a tendance à rester en surface. Les priorités au sein de la vie de l'Église sont inversées, érigeant la dimension canonique et juridique – autrement dit, un certain positivisme juridique – en critère suprême. De plus, on constate parfois un manque de connaissance historique concernant la pratique de l'Église en matière d'ordinations épiscopales. La désobéissance est ainsi trop facilement assimilée au schisme. Les critères de communion épiscopale avec le Pape, et par conséquent la compréhension de ce qui constitue véritablement un schisme, sont envisagés de manière excessivement unilatérale par rapport à la pratique et à la conception que l'Église avait d'elle-même à l'époque patristique, au temps des Pères de l'Église.

    Dans ce débat, de nouveaux quasi-dogmes, absents du Dépôt de la foi, sont établis . Ces quasi-dogmes affirment que le consentement du pape à la consécration d'un évêque est de droit divin et qu'une consécration effectuée sans ce consentement, voire contre une interdiction papale, constitue en soi un acte schismatique. Or, la pratique et la compréhension de l'Église, tant à l'époque des Pères de l'Église que pendant une longue période ultérieure, s'opposent à cette conception. De plus, il n'existe pas d'opinion unanime sur ce point parmi les théologiens reconnus de la tradition bimillénaire de l'Église. Des siècles de pratique ecclésiale, ainsi que le droit canonique traditionnel, s'opposent également à de telles affirmations absolutisantes. Selon le Code de droit canonique de 1917, une consécration épiscopale effectuée contre la volonté du pape n'était pas punie d'excommunication, mais seulement de suspension. Par là, l'Église a clairement manifesté qu'elle ne considérait pas un tel acte comme schismatique.

    L'acceptation de la primauté papale comme vérité révélée est souvent confondue avec les formes concrètes – qui ont évolué au fil de l'histoire – par lesquelles un évêque exprime son unité hiérarchique avec le pape. Croire en la primauté papale, reconnaître le pape actuel, adhérer à l'enseignement infaillible et définitif de l'Église et observer la validité de la liturgie sacramentelle relèvent du droit divin. Cependant, une conception réductrice qui assimile la désobéissance à un ordre papal à un schisme – même en cas de consécration d'un évêque contre son gré – était étrangère aux Pères de l'Église et au droit canonique traditionnel. Par exemple, en 357, saint Athanase désobéit à l'ordre du pape Libère, qui lui enjoignait d'entrer en communion hiérarchique avec l'immense majorité de l'épiscopat, laquelle était en réalité arienne ou semi-arienne. Il fut alors excommunié. Dans ce cas précis, saint Athanase a désobéi par amour pour l'Église et pour l'honneur du Siège apostolique, cherchant précisément à préserver la pureté de la doctrine de tout soupçon d'ambiguïté.

    Au cours du premier millénaire de l'histoire de l'Église, les consécrations épiscopales se faisaient généralement sans autorisation papale formelle, et les candidats n'étaient pas tenus d'obtenir l'approbation du pape. Le premier règlement canonique sur les consécrations épiscopales, édicté par un concile œcuménique, fut celui de Nicée en 325, qui exigeait qu'un nouvel évêque soit consacré avec le consentement de la majorité des évêques de la province. Peu avant sa mort, durant une période de confusion doctrinale, saint Athanase choisit et consacra personnellement son successeur, saint Pierre d'Alexandrie, afin de s'assurer qu'aucun candidat inapte ou faible n'accède à l'épiscopat. De même, en 1977, le Serviteur de Dieu, le cardinal Iosif Slipyj, consacra secrètement trois évêques à Rome sans l'approbation du pape Paul VI, pleinement conscient que ce dernier ne le permettrait pas en raison de l'Ostpolitik alors en vigueur au Vatican. Lorsque Rome eut connaissance de ces consécrations secrètes, la peine d'excommunication ne fut cependant pas appliquée.

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  • Sacres épiscopaux : le cardinal Sarah exprime son inquiétude et sa profonde tristesse

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    Le Cardinal Sarah sur X :

    « Aussi je veux dire ma vive inquiétude et ma tristesse profonde en apprenant l'annonce par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefebvre, de procéder à des ordinations épiscopales sans mandat pontifical. »

    Le texte de la tribune publiée par le Cardinal Sarah sur le Journal du Dimanche est relayé par le site InfoVaticana :

    Avant qu'il ne soit trop tard ! L'appel à l'unité du cardinal Robert Sarah 

    « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Par ces mots, Pierre, interrogé par le Maître sur sa foi en Lui, exprime succinctement l’héritage que l’Église, par la succession apostolique, a sauvegardé, approfondi et transmis pendant deux mille ans : Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant, c’est-à-dire l’unique Sauveur. « Ces paroles claires du pape Léon XIV sur la foi de Pierre, le lendemain de son élection, résonnent encore en moi. » Le Saint-Père résume ainsi le mystère de la foi que les évêques, successeurs des apôtres, ne doivent jamais cesser de proclamer. Or, où trouver Jésus-Christ, l’unique Rédempteur ? Saint Augustin nous répond clairement : « Là où est l’Église, là est le Christ. » Dès lors, notre souci du salut des âmes se traduit par notre engagement à les conduire à l’unique source, qui est le Christ, qui se donne lui-même dans son Église. Seule l’Église est le chemin ordinaire du salut. C’est donc le seul lieu où la foi est transmise dans son intégralité. C’est le seul lieu où la vie de grâce nous est pleinement donnée par les sacrements. Dans l’Église, il existe un centre, un point de repère incontournable : l’Église de Rome, gouvernée par le Successeur de Pierre, le Pape. « Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (Mt 16, 18).

    Abandonner la barque de Pierre, c'est se rendre aux vagues de la tempête.

    Je tiens à exprimer ma profonde inquiétude et ma profonde tristesse en apprenant l'annonce de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, fondée par l'archevêque Lefebvre, de procéder aux ordinations épiscopales sans mandat pontifical.

    On nous dit que cette décision, qui enfreindrait le droit canonique, est motivée par la loi suprême du salut des âmes : « suprema lex, salus animarum » . Or, le salut est le Christ, et il ne se donne que dans l’Église. Comment peut-on prétendre conduire les âmes au salut par d’autres voies que celles qu’il nous a lui-même montrées ? Chercher le salut des âmes, est-ce déchirer le Corps mystique du Christ d’une manière potentiellement irréversible ? Combien d’âmes risquent d’être perdues à cause de cette nouvelle rupture ?

    On nous dit que cet acte vise à défendre la Tradition et la foi. Je sais combien le dépôt de la foi est parfois méprisé aujourd'hui par ceux qui ont pour mission de le défendre. Je sais que certains oublient que seule la chaîne ininterrompue de la vie de l'Église, la proclamation de la foi et la célébration des sacrements, que nous appelons Tradition, nous garantissent que ce que nous croyons est le message originel du Christ transmis par les apôtres. Mais je sais aussi, et je crois fermement, qu'au cœur de la foi catholique se trouve notre mission de suivre le Christ, qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort. Pouvons-nous vraiment nous passer de suivre le Christ dans son humilité jusqu'à la Croix ? N'est-ce pas trahir la Tradition que de se réfugier dans des moyens humains pour maintenir nos œuvres, même si elles sont bonnes ?

    Notre foi surnaturelle en l'indéfectibilité de l'Église peut nous amener à dire avec le Christ : « Mon âme est accablée de tristesse jusqu'à la mort » (Mt 26, 38), lorsque nous constatons la lâcheté de chrétiens, voire de prélats, qui renoncent à l'enseignement du dépôt de la foi et préfèrent leurs opinions personnelles en matière de doctrine et de morale. Mais la foi ne saurait jamais nous conduire à désobéir à l'Église. Sainte Catherine de Sienne, qui n'hésitait pas à exhorter les cardinaux et même le Pape, s'écriait : « Obéissez toujours au pasteur de l'Église, car il est le guide que le Christ a établi pour conduire les âmes à lui. » Le salut des âmes ne saurait jamais se faire au prix d'une désobéissance délibérée, car il est une réalité surnaturelle. Ne réduisons pas le salut à un jeu mondain de pression médiatique.

    Qui peut nous assurer que nous sommes véritablement en contact avec la source du salut ? Qui peut garantir que nous ne prenons pas nos propres opinions pour la vérité ? Qui peut nous protéger du subjectivisme ? Qui peut garantir que nous demeurons nourris par l’unique Tradition qui nous vient du Christ ? Qui peut nous assurer que nous n’anticipons pas la Providence et que nous continuons de suivre sa voie ? À ces questions lancinantes, il n’y a qu’une seule réponse, donnée par le Christ aux apôtres : « Celui qui vous écoute m’écoute. Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés ; ceux à qui vous ne les pardonnerez pas, ils ne leur seront pas pardonnés » (Lc 10, 16 ; Jn 20, 23). Comment pouvons-nous supporter la responsabilité de nous éloigner de cette unique certitude ?

    On nous dit que cela se fait par fidélité au Magistère précédent, mais qui peut le garantir sinon le Successeur de Pierre lui-même ? C’est là une question de foi. « Quiconque désobéit au Pape, représentant du Christ sur terre, ne participera pas au sang du Fils de Dieu », disait aussi sainte Catherine de Sienne. Il ne s’agit pas d’une fidélité terrestre à un homme et à ses idées personnelles. Il ne s’agit pas d’un culte de la personnalité autour du Pape. Il ne s’agit pas d’obéir au Pape lorsqu’il exprime ses propres idées ou opinions. Il s’agit d’obéir au Pape lorsqu’il dit, comme Jésus : « Mon enseignement ne vient pas de moi, mais de celui qui m’a envoyé » (Jn 7, 16).

    Il s'agit d'une perspective surnaturelle sur l'obéissance canonique, qui garantit notre lien avec le Christ lui-même. C'est la seule garantie que notre combat pour la foi, la morale catholique et la Tradition liturgique ne se détournera pas vers l'idéologie. Le Christ ne nous a donné aucun autre signe certain. Abandonner la Barque de Pierre et s'organiser de manière autonome et repliée sur soi revient à se laisser submerger par la tempête.

    Je sais pertinemment que souvent, même au sein de l'Église, des loups se déguisent en brebis. Le Christ lui-même ne nous a-t-il pas mis en garde contre cela ? Mais le meilleur rempart contre l'erreur demeure notre lien canonique avec le Successeur de Pierre. « C'est le Christ lui-même qui veut que nous restions unis et que, même blessés par les scandales des mauvais pasteurs, nous n'abandonnions pas l'Église », nous dit saint Augustin. Comment rester insensibles à la prière angoissée de Jésus : « Père, qu'ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17, 22) ? Comment continuer à déchirer son Corps sous prétexte de sauver des âmes ? N'est-ce pas lui, Jésus, qui sauve ? Sommes-nous, avec nos institutions, ceux qui sauvent les âmes ? N'est-ce pas par notre unité que le monde croira et sera sauvé ? Cette unité est avant tout celle de la foi catholique ; elle est aussi celle de la charité ; et elle est, enfin, celle de l'obéissance.

    Je voudrais rappeler que saint Padre Pio de Pietrelcina fut injustement condamné par les hommes d'Église de son vivant. Dieu lui avait accordé une grâce particulière pour secourir les âmes des pécheurs, mais il lui fut interdit d'entendre les confessions pendant douze ans. Qu'a-t-il fait ? A-t-il désobéi au nom du salut des âmes ? S'est-il rebellé au nom de la fidélité à Dieu ? Non ; il est resté silencieux. Il a embrassé une obéissance rigoureuse, certain que son humilité serait plus fructueuse que sa rébellion. Il a écrit : « Le Dieu bon m'a fait comprendre que l'obéissance est la seule chose qui lui plaise ; c'est pour moi le seul moyen d'espérer le salut et de chanter la victoire. »

    Nous pouvons affirmer que le meilleur moyen de défendre la foi, la Tradition et la liturgie authentique sera toujours de suivre le Christ en lui obéissant. Le Christ ne nous commandera jamais de rompre l’unité de l’Église.

     

  • Léon XIV, entre nuances et nouvelles orientations

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    D'Andrea Gagliarducci sur Monday Vatican :

    Léon XIV, entre nuances et nouvelles orientations

    23 février 2026

    Le 18 février dernier, les échafaudages à l'intérieur des appartements pontificaux du Palais apostolique au Vatican ont été démontés, signe que la résidence pontificale traditionnelle est prête à accueillir le pape Léon.

    La nouvelle a circulé dans les couloirs du Vatican, suscitant une certaine inquiétude.

    L'emménagement de Léon XIV au Palais apostolique marquera en effet symboliquement la fin d'une transition. D'une certaine manière, cela représente un retour à la normale, en accord avec l'usage habituel que fait Léon d'autres attributs de la fonction papale, comme la mozzetta, que le pape François avait toujours refusé de porter.

    Le retour au Palais apostolique ne doit toutefois pas être interprété comme la fin de la parenthèse du pape François.

    Il représente peut-être quelque chose de différent, le début d'un pontificat lié au passé mais pas déconnecté de celui qui l'a précédé. Léon XIV ne sera pas un pontife de rupture, ni de restauration, et il ne sera probablement même pas un pontife de transition. Il sera plutôt un pontife appelé à rétablir l'ordre et l'harmonie.

    Léon sera un bâtisseur, non pas de ponts, mais de leurs fondations, car, en fin de compte, en cette période de crise de la foi, un héritage culturel et éducatif de très haut niveau a été gaspillé.

    Qu'est-ce qui m'amène à ces conclusions ? Essentiellement, trois événements survenus la semaine dernière, tous trois révélateurs d'une certaine manière, dont le premier est la publication de l'itinéraire du voyage papal.

    Le pape passera le premier anniversaire de son pontificat, le 8 mai, à Pompéi pour prier la Vierge Marie, puis à Naples pour rencontrer la population locale.

    Le 23 mai, à la veille du 11e anniversaire de la promulgation de Laudato Si, Léon XIV sera à Acerra, dans les « terres de feu » italiennes, où le « feu » fait référence aux déchets brûlés et à la pollution qui causent des tumeurs et des maladies.

    L'après-midi du 20 juin, Léon XIV sera à Pavie, où repose saint Augustin, l'inspirateur de l'ordre religieux auquel il appartient.

    Le 4 juillet, jour du 250e anniversaire de l'indépendance des États-Unis, Leo XIV se rendra à Lampedusa, ce qui est un signe symbolique très fort : le pape, qui est originaire des États-Unis et qui ne retournera pas dans son pays pour célébrer le quart de millénaire de son nation, célébrera le 4 juillet dans un lieu où débarquent les migrants, alors que le gouvernement de son pays natal mène une politique d'expulsion agressive.

    Le 6 août, Léon XIV retourne à Assise pour célébrer le 800e anniversaire de la mort de saint François, et le 22 août, il sera à Rimini pour participer au Rimini Meeting, un événement majeur organisé chaque année par Communion et Libération.

    Ces voyages annoncés sont autant de petits signaux.

    L'accent mis sur le thème écologique développé par le pape François demeure, mais il y a également une place importante pour la dévotion populaire. Le pape envoie un message « politique » avec sa visite à Lampedusa, qui était le premier voyage du pape François, mais en même temps, il décide d'assister à un événement de Communion et Libération, un mouvement considéré comme conservateur et actuellement trop étroitement aligné sur une faction politique.

    En bref, le pape ne dénigre pas le pontificat précédent, mais ajoute et enrichit son héritage avec nuance, cherche à élargir la perspective et engage le dialogue, même avec ceux qui semblaient en être exclus.

    Le deuxième événement est un non-événement.

    Le 19 février, Léon XIV a rencontré, comme le font toujours les papes au début du Carême, le clergé du diocèse de Rome, dont il est l'évêque. La nomination de nouveaux auxiliaires de Rome était attendue, mais cette nomination n'a pas été annoncée. Cela ne signifie pas qu'elle n'aura pas lieu à l'avenir. Mais cela montre à quel point le pape est imprévisible à cet égard.

    La nomination d'auxiliaires est nécessaire. Le pape François a non seulement supprimé le secteur du centre historique du diocèse de Rome, qui a ensuite été rétabli par Léon XIV, mais il a également transféré tous les évêques auxiliaires. Presque tous les secteurs dans lesquels le diocèse de Rome est divisé ont été confiés, au cours de l'année dernière, à des vicaires épiscopaux, et au total, trois évêques actifs servent dans le diocèse de Rome, dont le cardinal vicaire Baldassarre Reina.

    C'est un fait intéressant, étant donné que le pape François avait nommé jusqu'à huit évêques auxiliaires pour son diocèse.

    Léon XIV ne devrait pas procéder à des bouleversements majeurs, tels que la promotion des vicaires épiscopaux actuels au rang d'évêque. Cette décision témoigne de sa prudence, mais aussi de son désir de maintenir un lien avec le territoire, puisque tous les vicaires épiscopaux sont romains. Nous observons ici un renversement de tendance : le pape François, quant à lui, a fait venir à Rome des auxiliaires d'autres diocèses, presque comme pour rompre avec un schéma préétabli.

    Le fait que Léon XIV n'ait pas fait cette annonce montre également que le pape n'a pas l'intention de procéder à un remaniement, mais souhaite normaliser et harmoniser une situation qui est exceptionnelle depuis plus d'un an.

    Le troisième événement concerne le dialogue avec les lefebvristes, et c'est là que la complexité de l'héritage laissé par le pape François est la plus évidente.

    Comme on pouvait s'y attendre, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a rejeté les conditions préalables au dialogue théologique proposées par le Dicastère pour la doctrine de la foi, à savoir l'acceptation du Concile et un dialogue sur certains sujets, à condition de ne pas procéder aux nominations épiscopales déjà annoncées.

    Mais, en réponse au Vatican, la FSSPX a également renversé la question. Elle a fait remarquer que le pontificat précédent avait toujours parlé d'un droit canonique et pastoral, ainsi que du droit d'être entendu, et que, par conséquent, plutôt que de menacer de schisme ou de sanctions sévères, on pouvait agir conformément à la charité, en comprenant que le seul but de la Fraternité était de prendre soin des âmes.

    En outre, la Fraternité a fait remarquer que la demande d'un dialogue sur les principes fondamentaux de la foi afin de parvenir à une réconciliation entre traditionalistes et catholiques ne peut même pas être prise en considération, simplement parce que la tradition de l'Église n'est pas négociable.

    Cette réponse met en évidence les difficultés créées pendant le pontificat du pape François. La synodalité représente aujourd'hui une arme entre les mains du monde traditionaliste, que le pape François avait initialement flatté et avec lequel il a brusquement coupé toute possibilité de dialogue en 2017, comme le raconte également le supérieur de la Fraternité, le père Davide Pagliarani, dans la lettre envoyée au cardinal Fernández.

    Il est bien connu que la gestion de la crise traditionaliste est le premier test important pour Léon XIV. Dans le même temps, la prudence dans le choix des nouveaux évêques, ainsi que les messages envoyés par son choix de voyages en Italie, démontrent que Léon XIV ne veut pas abandonner tout l'héritage du pape François. Il y a une continuité, qui est la continuité par laquelle vit l'Église.

    Le grand défi consiste désormais à trouver une cohérence et à mettre en œuvre les décisions, tant sur le plan pastoral que sur celui de la gouvernance.

    La transition entre l'ère François et l'ère Léon semble interminable, et peut-être ne prendra-t-elle jamais vraiment fin, ou du moins sans signe perceptible. La continuité semble parfois être l'objectif du pontife régnant.

    Ce n'est que lorsque Léon XIV aura clairement défini la transition qu'il sera possible de comprendre la véritable nature de ce pontificat.