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Théologie - Page 47

  • Synode en Amazonie : la marche sur Rome des théologiens de la libération

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    Amazonie 3367163792.jpgLu sur le site web « atlantico » cette salve d’Edouard Husson publiée le 6 octobre 2019 contre le document préparatoire du "synode amazonien ", le jour même ou le pape François ouvre les portes de cette assemblée à Rome:

    « Un texte d’une extrême indigence intellectuelle

    Ce n’est pas seulement le panthéisme naturaliste; ce n’est pas seulement la négation de l’élection d’Israël qui signent un texte non chrétien. C’est aussi son extrême indigence intellectuelle. Le christianisme est né au sein d’une des cultures les plus lettrées de l’Antiquité dans la zone la plus alphabétisée du Bassin méditerranéen, où l’on parlait quatre langues: l’hébreu, l’araméen, le grec et le latin. La religion du Christ s’est ensuite répandue autour du Bassin méditerranéen avec une grande rapidité, parce que les élites y adhéraient, nombreuses: c’est bien pourquoi la résistance du pouvoir romain et la persécution des chrétiens furent si marquées durant les trois premiers siècles de notre ère. Contrairement à ce que nous a raconté une exégèse allemande du XIXè siècle passablement antijuive, sinon antisémite (et colportée par Renan en France), les empereurs romains furent rapidement terrifiés non par une bande d’illuminés sectaires mais par le basculement massif des élites antiques vers une religion qui comblait leurs attentes.  

    Les premiers siècles du christianisme ont permis une extraordinaire floraison culturelle, en particulier, grâce à la rencontre de l’Evangile avec le corpus intellectuel et culturel gréco-romain. Tandis que la chrétienté orientale profitait de l’essor byzantin, qui dura onze siècles, le monde chrétien occidental conserva précieusement les trésors de la latinité après la chute de l’Empire romain. Et c’est en Europe puis dans l’ensemble de l’Occident, n’en déplaise aux auteurs de l’Instrumentum laboris, qu’eut lieu la plus formidable mutation politique, économique et technique de l’histoire humaine. A-t-on jamais égalé le jaillissement philosophique qui mène de saint Augustin (au Vè siècle de notre ère) au Bienheureux Jean Duns Scot (au XIVè siècle), en passant par Saint Anselme (XIè siècle), Saint Bonaventure (XIIè siècle) et Saint Thomas D’Aquin (XIIIè siècle)? Le bon gouvernement pensé par Aristote et Cicéron, mais aussi l’art, la culture, l’éducation devinrent, grâce au christianisme, progressivement accessibles à tous, hommes et femmes de toute condition sociale, et non plus uniquement, comme dans le monde antique, à une minorité de citoyens masculins. 

    Depuis ses origines - et contrairement au cliché répandu par l’époque des Lumières - le christianisme a passé alliance avec ce qu’il y a de meilleur dans l’esprit humain. Et c’est une réalité qui va bien au-delà des renaissances culturelles et artistiques successives qu’a connues l’Europe entre le IXè et le XVIè siècle. Au XIXè siècle, alors que la philosophie allemande s’obstinait, de Kant à Schopenhauer, à rogner les prérogatives de la raison, le Concile Vatican I a réaffirmé solennellement la puissance de l’intellect humain. Au XXè siècle, l’Eglise a été de tous les combats contre les totalitarismes, pour préserver la liberté et la dignité humaines. Aujourd’hui comme hier, on reconnaît un texte chrétien à ce qu’il veut hisser l’humanité au-dessus d’elle-même, lui donner espoir, la persuader qu’aucune situation n’est jamais totalement désespérée. Aucun doute, le Document de Travail du Synode, véritable attentat contre l’intelligence, n’éclaire rien; au contraire, il est fondé sur un pessimisme sombre concernant la civilisation. Il est rempli de jargon bureaucratique et de clichés affligeants. Le niveau de ses descriptions géographiques, sociologiques, anthropologiques ne conviendrait pas à un manuel scolaire. Il prône une régression intellectuelle et civilisationnelle profonde: alors que le monde doit faire face - et aurait besoin d’être guidé spirituellement - à l’ère digitale, au monde de l’intelligence artificielle, l’Instrumentum Laboris nous donne pour modèle un « paradis imaginaire » antérieur à toutes les cultures qui ont façonné et modèlent encore aujourd’hui les relations entre les hommes à l’échelle mondiale. Alors que nous avons besoin d’être guidés face aux progrès fulgurants des biotechnologies, le Document de Travail voudrait plonger les fidèles de l’Eglise catholique dans un regard infantilisant le monde. Au moment où les catholiques français attendent un soutien sur des sujets comme la PMA, on leur propose une phraséologie obscurantiste sur le « cri de la terre ».

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  • Ordonner des hommes mariés ? Une question épineuse...

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    De Samuel Pruvot, Hugues Lefèvre et Clotilde Hamon sur le site de Famille Chrétienne :

    En octobre, s’ouvre le synode sur l’Amazonie. L’un des paragraphes du document de préparation évoque la possibilité d’ordonner des hommes mariés, les viri probati. Eclairages avec Mgr Éric de Moulins-Beaufort.

    Rappelant que le célibat est un don pour l’Église, le document de préparation du synode demande que, « pour les zones les plus lointaines de la région, on étudie la possibilité de l’ordination sacerdotale pour des personnes mûres, de préférence indigènes, respectées et acceptées par leur communauté, même si elles ont déjà une famille constituée et stable, afin d’assurer les sacrements qui accompagnent et soutiennent la vie chrétienne ». Que dites-vous aux chrétiens qui pourraient être troublés par cette hypothèse ?

    Dans toutes les Églises orientales participant à la communion catholique, il y a toujours eu des hommes mariés qui ont été ordonnés prêtres. Le Christ a laissé à ses apôtres le pouvoir de proclamer l’Évangile, de pardonner les péchés en son nom et de célébrer l’eucharistie, en laissant une très grande plasticité dans la mise en œuvre de ses dons. L’Église latine a fait le choix que tous les prêtres soient pris parmi ceux qui avaient choisi le célibat. Ce qui est constant dans l’Église d’Orient ou d’Occident, c’est aussi que les évêques sont toujours pris parmi ceux qui ne se sont pas mariés. Quand on a la grâce de pouvoir engendrer par les sacrements des fils et des filles de Dieu, on n’a pas besoin d’engendrer des enfants de la chair et du sang. Il faudra toujours des hommes pour recevoir l’appel de Dieu au célibat consacré pour avoir des évêques successeurs des Apôtres.

    ▶︎ À LIRE AUSSI : Un synode pour l’Amazonie en octobre 2019

    Pourquoi alors sortir de ce schéma  dans certaines situations ?

    Les missionnaires européens ont transporté le modèle latin dans tous les pays où ils sont allés. Ils avaient plus ou moins confiance en la capacité des indigènes à vivre ce modèle de sacerdoce et, dans certains cas, ils préféraient ne pas les appeler à la prêtrise.

    Avec la fondation de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples en 1622, le grand travail des papes a été d’insister auprès des grands ordres religieux pour qu’ils forment un clergé indigène. Ils estimaient alors que, partout dans le monde, des hommes étaient capables de vouer leur célibat à Dieu et de recevoir l’ordination.

    Peut-être que répandre partout le choix spirituel qui a été fait en Occident n’est pas opérant parce qu’on ne prend pas assez en compte un certain nombre de réalités, les différences culturelles par exemple.

    Du côté des chrétientés d’Orient, qui ont été assez vite submergées par des pouvoirs politiques musulmans, il s’est agi de survivre dans un environnement social où le christianisme n’était pas toujours bien toléré. On a un peu vite pensé que les peuples d’Amazonie étaient voués à devenir des Occidentaux, en oubliant une caractéristique locale : les distances à parcourir pour recevoir les sacrements.

    Cela veut dire qu’en Occident, la question ne se posera pas ? Et si demain la Creuse devient notre Amazonie ?

    Sincèrement, je n’en sais rien. Mais il serait illusoire de croire qu’ordonner des prêtres mariés serait une solution à la crise des vocations. Ces vocations sont toujours un don de Dieu. On peut trouver qu’aujourd’hui le cadeau est insuffisant, mais pouvons-nous refuser ce que Dieu nous donne ?

    Les diacres ne sont pas des prêtres au rabais, ils sont un don pour l'Église. C'est un souhait que d'appeler davantage d'hommes à devenir diacres permanents

    Quelle différence y a-t-il entre le « mariage des prêtres » et l’ordination d’hommes mariés ?

    Dans l’ordination, l’homme est saisi par le Seigneur dans son état de vie. Il y a donc un choix qui est posé, un consentement qui est constant. Cela vaut pour les diacres permanents. Si un diacre permanent qui est marié devient veuf, il ne pourra pas se remarier. Car le mariage ne doit pas venir compenser une insuffisance. Cela laisserait penser qu’être le prêtre du Seigneur ne comblerait pas notre humanité.

    Ne faudrait-il pas commencer par appeler plus de diacres permanents ?

    Quand j’étais à Paris, je disais aux paroisses : « Il faut qu’il y ait dix diacres permanents dans chaque paroisse !» Parce que le jour où il y en aura dix, alors on comprendra véritablement qu’ils ne sont pas des sous-prêtres. Non ! Les diacres ne sont pas des prêtres au rabais, ils sont un don pour l’Église. C’est un souhait que d’appeler davantage d’hommes à devenir diacres permanents. Il faut encourager des jeunes hommes et leurs épouses d’accepter de se préparer au diaconat. Cela nécessite un certain changement des mentalités.

  • De l'Amazonie à l'Allemagne et à son "complexe anti-romain"; une leçon du cardinal Brandmüller

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    De Sandro Magister en traduction française sur le site Diakonos.be :

    De l’Amazonie à l’Allemagne et son « complexe anti-romain ». La leçon du cardinal Brandmüller

    Ce n’est plus un mystère que derrière le synode sur l’Amazonie, désormais à notre porte, se profile un autre « chemin synodal » beaucoup plus en rupture, celui de l’Allemagne.

    Une rupture telle que l’archevêque de Cologne, le cardinal Rainer Maria Woelki n’a pas exclu qu’il pourrait aboutir à un « schisme » au sein de l’Église d’Allemagne et à la naissance d’une « Église nationale allemande » avec une grande autonomie par rapport à Rome.

    Et en effet, si l’on analyse son histoire, l’Église d’Allemagne s’est souvent distinguée par son « complexe anti-romain » qui a aujourd’hui retrouvé une nouvelle vigueur et que les responsables de la Conférence épiscopale allemande, avec à leur tête l’archevêque de Munich, le cardinal Reinhard Marx, voudrait étendre à l’Église universelle.

    Le cardinal Walter Brandmüller, 90 ans, allemand lui aussi, éminent historien de l’Église et président du Comité pontifical des sciences historiques de 1998 à 2009, a voulu reconstruire l’histoire de ce « particularisme national » typique de l’Église allemande pour en dénoncer le danger « autodestructeur ».

    Le cardinal Brandmüller a publié cette leçon cinglante via l’agende catholique autrichienne Kath.Net :

    > “Ohne Juda, ohne Rom, bauen wir Germaniens Dom”

    Nous en reproduisons ci-dessosu la traduction intégrale

    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.

    *

    La cathédrale de la Germanie sera construite sans l’aide de Juda et de Rome

    par le card. Walter Brandmüller

    « Ohne Juda, ohne Rom, bauen wir Germaniens Dom » [La cathédrale de la Germanie sera construite sans l’aide de Juda et de Rome] : ce slogan de l’un des premiers maîtres à penser d’Hitler, George von Schönerer (1842-1921) exprime ce ressentiment germanique qui – en définitive – s’était exprimé lors de la Bataille de la forêt de Teutobourg. La défaite de Rome en l’an 9 de notre ère au cours de cette bataille d’Hermann (la bataille d’Arminius), a fait partie intégrante de la culture « Teutonique » de ces deux derniers siècles.

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  • Un cardinal proche du pape dénonce les dangers des synodes d’Amazonie et d’Allemagne

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    De Sandro Magister en traduction française sur le site diakonos.be :

    Même un cardinal proche du pape Bergoglio dénonce les dangers des synodes d’Amazonie et d’Allemagne

    A quelques jours de l’ouverture du synode sur l’Amazonie, un autre grand cardinal est sorti à découvert pour critiquer les lignes directrices de cette assise telles qu’exprimées dans son document de base, l’« Instrumentum laboris » et soutenues avec force par l’aile progressiste de l’Église, principalement germanophone ; des lignes directrices qui envisagent notamment l’extension du sacerdoce à des hommes mariés.

    Le cardinal en question, c’est Marc Ouellet, 75 ans, canadien, préfet de la Congrégation pour les évêques et président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine. Il l’a fait dans un livre qui, dès son titre, ne laisse aucun doute sur le camp dans lequel il se trouve concernant la controverse sur les prêtres mariés :

    > M. Ouellet, “Amici dello sposo. Per una visione rinnovata del celibato sacerdotale”, Cantagalli, Siena, 2019.

    Contrairement aux autres cardinaux qui ont publiquement contesté avant lui les orientations du synode – Brandmüller, Müller, Sarah, Burke, Urosa Savino – le cardinal Ouellet n’a jamais été classé parmi les opposants au Pape actuel, bien au contraire. Et cela rend son entrée en scène d’autant plus surprenante.

    En outre, on a assisté ces derniers jours à trois autres prises de position publiques elles aussi très critiques des orientations du synode.

    *

    La première provient des « Ratzinger Schülkreise », c’est-à-dire de l’ancien et du nouveau cercle des élèves du pape Benoît XVI à l’époque où il était professeur de théologie.

    Samedi 28 septembre, ces derniers ont organisé à Rome un symposium qui s’intitulait : « Défis actuels pour l’Ordre sacré », visant surtout à « comprendre à nouveau l’Ordre sacré dans une perspective sacramentelle » et pas dans celle purement fonctionnelle promue par ceux qui voudraient des prêtres mariés là où on en ressentirait le besoin, à commencer par l’Amazonie mais ensuite aussi dans des pays comme l’Allemagne.

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  • En bref : quatre propositions inacceptables de l'Instrumentum laboris du prochain synode

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    De l'abbé Claude Barthe sur le site de l'Homme Nouveau :

    Adresse au Synode : 4 propositions « inacceptables » de l’Instrumentum laboris

    Adresse au Synode : 4 propositions « inacceptables » <br>de l’Instrumentum laboris

    Un « Groupe de travail Coetus Internationalis Patrum » vient de faire son apparition discrète sur la scène romaine en diffusant une lettre au Pape et aux Pères synodaux pour l’Amazonie. Dans la Ville, où tout se sait, on parlait ces temps derniers de réunions de prélats et théologiens ouvertes à  d’autres que ceux qui se sont déjà fait connaître publiquement par leurs critiques de la préparation du Synode. Au sein du monde francophone, ont aussi circulé, entre certains évêques, des projets d’adresses. Il est perceptible que le mécontentement va croissant.

    Cette adresse a l’avantage d’être d’une brièveté bienvenue et aussi celui de remettre en honneur le procédé des « propositions », dont usaient jadis le magistère ou les instances universitaires catholiques lorsqu’elles voulaient condamner le contenu d’un texte, d’un livre, d’un sermon, etc. ce procédé consistait à résumer les propos visés dans texte concerné par des « propositions », des phrases qui reprenaient des termes du document, chacune des proposition étant ensuite qualifiée d’« hérétique », de « fausse », de « téméraire », de « scandaleuse », etc.

    Sans doute parce qu’ils ne se reconnaissent pas un pouvoir magistériel, les auteurs de cette dénonciation de l’Instrumentum Laboris les ont seulement – mais fortement – qualifiées d’« inacceptables en conscience ». 

    Au Pape et aux Pères synodaux,

    Nous, prélats, prêtres et fidèles catholiques nombreux et du monde entier, soulignons que l'Instrumentum Laboris préparé en vue de la prochaine assemblée du Synode pose de sérieuses questions et soulève des réserves gravissimes, du fait qu’il contredit non seulement des points particuliers de la doctrine catholique qui ont toujours été enseignés par l’Église, mais encore la foi dans le Seigneur Jésus, unique Sauveur de tous les hommes. 

    Nous avons donc formulé, selon la méthode classique, quatre propositions, sous forme de « thèses », exprimant des idées fondamentales de ce document. En conscience et avec une grande franchise, nous disons que l’enseignement qu’elles véhiculent est inacceptable.

    1. La diversité amazonienne, notamment religieuse, évoque une nouvelle Pentecôte (IL, n. 30) : la respecter c’est reconnaître qu’il y a d’autres chemins de salut, sans le réserver exclusivement à sa propre foi. Des groupes chrétiens non catholiques enseignent d’ailleurs d’autres façons d’être Église, sans censures, sans dogmatisme, sans disciplines rituelles : l’Église catholique devrait intégrer certains de ces modes ecclésiaux (IL, n. 138). Réserver exclusivement le salut à son propre Credo est destructeur du Credo lui-même (IL, n. 39).

    Cette dernière affirmation, contenue dans le n. 39, est particulièrement scandaleuse.

    Contra, inter alia Dominus Jesus, 14, 16.

    2. L'enseignement de la théologie pan-amazonienne, qui prend notamment en compte les mythes, les rituels et les célébrations des cultures d'origine de l’Amazonie, est requis dans toutes les institutions éducatives (IL, n. 98 c 3). Les rites et les célébrations non chrétiens sont proposés comme essentiels pour le salut intégral (IL, n. 87) et il est demandé d’adapter le rite eucharistique à ces cultures (IL, n. 126 d – sur les rites: IL, nn. 87, 126).

    Contra : Dominus Jesus 21.

    3. Parmi ses lieux théologiques [c’est-à-dire sources de la théologie, comme le Sainte Écriture, les Conciles, le Pères, la saine philosophie] se trouvent le territoire [d’Amazonie] et les cris de ses peuples (IL, nn. 18, 19, 94, 98 c. 3, 98 d 2, 144).

    Contra : inter alia Dei Verbum 4, 7, 10.

    4 – Il est suggéré de conférer l’ordination à des personnes d’âge mûr ayant une famille et de conférer des « ministères officiels » à des femmes. Une nouvelle vision du sacrement de l'ordre est proposé, laquelle ne proviendra pas de la révélation mais des usages culturels des peuples amazoniens (qui incluent, entre autres, une autorité tournante). Une séparation devrait alors être opérée entre le sacerdoce et le munus regendi (IL, nn. 129 a 2, 129 a 3, 129 c 2).

    Cette séparation sape les fondements eucharistiques du ministère de l'autorité dans l'Église.

    Contra : Lumen gentium 21, Presbyterorum ordinis 13, Sacerdotalis cælibatus integre et spec. 21, 26, Ordinatio sacerdotalis 1, 3, 4; Pastores dabo vobis 26, 29.

  • Pourquoi faut-il un père ? Réponse à une question d’actualité pour Occidentaux sans (re)pères

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    Le Père Olivier Bonnewijn, docteur en théologie, professeur à l’Institut d’études théologiques de Bruxelles, professeur à l’IKW vous répond :

    Ref. Pourquoi faut-il un père ? “La paternité dans la Bible”

    JPSC

  • Amazonie: Ratzinger et Rahner s’affrontent

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    Lu sur le site « Benoît et moi » cette traduction d’un article paru dans  La NBQ (Nuova Bussola Quotidiana) du 17 septembre :

    Le prochain synode de l’Amazonie veut une Église amazonienne alors qu’il ne parle pas d’une Amazonie chrétienne. Sur ce point, les perspectives théologiques de Joseph Ratzinger et de Karl Rahner s’opposent.

    Pour Ratzinger, il y a l’obligation d' »envoyer tous les peuples à l’école de Jésus, parce qu’il est la vérité en personne », pour Rahner au contraire, Dieu se communique lui-même et sa grâce est présente dans les autres religions.

    De la théologie de Rahner émergent les positions du pluralisme religieux et du relativisme religieux sur lesquelles l’Instruction Dominus Jesus (2000) a apporté ses mises au point. L’Instrumentum laboris du Synode ne parle jamais d’évangélisation mais seulement d’inculturation, il ne parle jamais d’enseigner mais seulement d’écouter, il ne parle jamais de poser des questions mais de se poser des questions, pas d’interroger mais de s’interroger. En d’autres termes, l’Église devrait devenir « amazonienne », dans le sens de se reformuler elle-même (« désapprendre, réapprendre, apprendre », dit le document). C’est exactement la position de Rahner, et pas celle de Ratzinger.

    Foi vérité tolérance 51QX8CA5FEL._SX310_BO1,204,203,200_.jpgDans le livre « Foi vérité tolérance. Le christianisme et les religions du monde » [en français: Foi, vérité, tolérance, Le christianisme et la rencontre des religions], Ratzinger dénonce l’impératif d’aujourd’hui: « ne violez pas les religions là où elles existent encore! » Mais il se demande si leur restauration est vraiment souhaitable, étant donné, par exemple, que les Aztèques « offraient aux dieux de la terre et de la végétation des hommes et des femmes à qui la peau était généralement arrachée ». Il ne faut pas voir dans toutes les religions – c’est sa thèse – des chemins de Dieu vers l’homme et de l’homme vers Dieu.

    Si l’on tient compte de cela, l’assurance excessive avec laquelle l’Instrumentum laboris exalte les cultures primitives s’avère problématique.

    Divers interprètes catholiques présentent naïvement la mentalité indigène comme porteuse absolue de ‘bonne vie’, passant sous silence les aspects de violence, de peur et de sujétion qui la caractérisent et que nous rappelle, quoique de façon extrême, l’exemple des Aztèques.

    La perspective de Rahner est très différente de celle de Ratzinger. Pour lui, « partout où se déroule une histoire individuelle et collective de l’humanité, se déroule non seulement une histoire du salut, mais aussi une histoire de la révélation au sens propre du terme ».
    Dans l’homme en situation, dans l’homme historique, Dieu se communique non pas avec des informations et des contenus de vérité mais avec l’ouverture de l’existence même à l’avenir et à l’espérance. Si l’on voit les choses selon ce point de vue, il n’est plus possible de croire que l’Église et les missionnaires ont des vérités à proposer aux peuples indigènes, comme si la réalité terrestre [qu’ils représentent] était privée de la révélation divine et l’attendait des missionnaires. Du reste, si la situation historique et culturelle des peuples autochtones est déjà une histoire de salut, est déjà une révélation, elle doit être laissée telle quelle et ne doit pas faire l’objet d’une annonce particulière et nouvelle. Elle doit être comprise et accompagnée, en se laissant problématiser par ses provocations qui libèrent l’Église de l’idéologie de la doctrine, c’est-à-dire de la prétention d’avoir un système bien construit de vérité à diffuser à tous.

    Il y a cependant un autre point du Synode de l’Amazonie où l’opposition Ratzinger-Rahner est évidente. Dans le livre « Foi Vérité Tolérance… » Ratzinger dit que la doctrine rahnérienne de « l’inclusivisme » [concept théologique de certaines églises chrétiennes, selon laquelle, à la suite du théologien Karl Rahner, tout homme est un chrétien anonyme que l’on peut considérer comme ayant une foi chrétienne implicite, wikipedia], c’est-à-dire l’inclusion de toutes les religions dans l’histoire du salut et dans la révélation de Dieu, constitue une « mystique » qui à son tour devient une autre religion. Une mystique unirait au fond toutes les religions, du bouddhisme à l’hindouisme en passant par le christianisme. La référence commune à la mystique de la Mère Terre est aujourd’hui un exemple de cette nouvelle perspective au-delà des religions. Mais – c’est là le point de différenciation – pour Ratzinger « le concept d’un christianisme sans religion est contradictoire et irréaliste ».

    Ref. Amazonie: Ratzinger et Rahner s’affrontent

    "Le Christianisme n’est pas comparable aux autres religions:c’est une réalité complètement différente. Il appartient à une histoire qui commence avec Abraham, dans laquelle Dieu montre son visage. Dieu se révèle comme une personne qui sait parler  et répondre, entre dans l’histoire. Et ce visage de Dieu, un Dieu qui est une personne et agit dans l’histoire, trouve son accomplissement dans cet instant où Dieu lui-même, se faisant homme Lui-même, entre dans le temps. Donc, même historiquement, on ne peut pas assimiler Jésus-Christ aux différentes figures religieuses ou aux visions mythologiques, orientales ou autres ".(Joseph Ratzinger, en réponse aux questions du journaliste Antonio Socci, en 2003) . 

    JPSC

  • Rome : La dénaturation de l’Institut Jean-Paul II

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    De Thibaud Collin sur le site web du bimensuel « L’Homme Nouveau » (18 septembre 2019) :

    Ou-en-est-l-heritage-de-Jean-Paul-II_visuel.jpg

    « Entre licenciements injustifiés, nominations surprenantes et réforme des statuts, le tournant pris par l'Institut Jean-Paul II pour le mariage et la famille (Rome) suscite une vive polémique. Un nouvel institut se substitue au premier, dans lequel l'héritage du pape Jean-Paul II semble mis à mal.

    L’Institut Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille, voulu par le saint Pape polonais en 1981 dans la continuité de l’exhortation apostolique Familiaris consortio et fondé par Mgr Carlo Caffarra, est l’objet depuis trois ans d’une telle transformation que l’on peut légitimement se demander s’il n’a pas changé d’identité. Ce qui arrive à cette institution universitaire de haut niveau ne pourrait-il pas être perçu comme le symbole du « changement de paradigme », en matière morale, proposé par le cardinal Kasper et insufflé par le pape François au moment du lancement du processus synodal sur la famille en 2014 ? 

    Genèse d'une transformation

    Revenons sur les étapes clefs de cette transformation. Rappelons tout d’abord qu’étrangement, aucun membre de l’institut n’avait été choisi par le Pape comme expert aux synodes sur la famille de 2014 et 2015, signe révélateur que leur manière d’aborder ces questions lui apparaissait inappropriée. Il y a eu également la nomination en août 2016 de Mgr Paglia comme grand chancelier (auparavant c’était le cardinal-vicaire du pape pour le diocèse de Rome) et le remplacement du président Mgr Melina par Mgr Sequeri, théologien spécialiste… d’esthétique. Puis, l’année suivante, deux jours après la mort du cardinal Caffarra, un motu proprio du Pape changeant le nom (on passe des « études » aux « sciences ») de l’institut mais surtout appelant à la création de nouveaux statuts. Enfin, après deux ans de statu quo extérieur, l’imposition cet été des nouveaux statuts sans concertation réelle avec le corps professoral et, étape décisive, le licenciement pur et simple d’une partie de l’équipe des professeurs, procédé inédit dans le monde universitaire. Une dizaine de professeurs sont concernés dont les deux professeurs de théologie morale, Mgr Melina (morale fondamentale) et le professeur Noriega (morale spéciale), ainsi que Stanislaw Grygiel, professeur d’anthropologie philosophique, ancien étudiant et ami de saint Jean-Paul II. 

    Création d'un nouvel institut

    Ce qui était resté feutré apparaît donc en pleine lumière : la démolition de l’institut existant pour en créer un nouveau. Non plus un lieu où l’approche morale et anthropologique de saint Jean-Paul II, enracinée dans saint Thomas d’Aquin, soit étudiée et diffusée mais un lieu de recherche et de dialogue avec le monde contemporain tel qu’il est décrit par les sciences humaines et sociales, le tout en vue d’accompagner par le discernement le chemin de croissance des personnes. Ce choix présuppose que l’ancien institut a été perçu comme un obstacle à cette nouvelle stratégie, une sorte de forteresse qu’il faut détruire. 

    C’est bien sûr la réception de l’exhortation Amoris laetitia qui a cristallisé cette divergence quant à la manière d’annoncer la bonne nouvelle du mariage et de la famille. L’équipe des professeurs de l’institut a été en pointe pour donner une interprétation « continuiste » du chapitre VIII de l’exhortation sur les personnes en situation irrégulière, notamment du point délicat de l’accès aux sacrements de certains fidèles divorcés et remariés civilement. D’aucuns ont considéré que cette approche niait le changement apporté par le pape François au magistère de saint Jean-Paul II. Toute la difficulté est de savoir comment lire cette nouveauté comme un développement homogène et non pas comme une rupture. Le Pape ayant choisi l’interprétation des évêques de la région de Buenos Aires comme l’unique possible, il devenait inéluctable que ceux qui critiquent celle-ci soient sanctionnés. La question demeure entière : comment lire ce chapitre VIII dans la continuité du magistère, c’est-à-dire comme apportant une nouveauté mais une nouveauté qui explicite et ne nie pas ce qui était déjà enseigné ? Il ne suffit pas de l’affirmer pour que cette lecture soit faite. Il ne suffit pas de limoger les théologiens critiques pour répondre à cette question. La raison et l’intelligence de la foi sont imperméables à l’arbitraire, fût-il ecclésiastique. 

    La crise de la théologie morale perdure

    Pour saisir les enjeux de cette affaire, il est nécessaire de la resituer dans le temps long de la crise de la théologie morale initiée par la révolution technique moderne. Il faut au moins remonter aux années 1950 pour saisir le sens profond de ces événements. En pleine euphorie progressiste, certains théologiens et évêques ont considéré que l’heure était venue d’adapter la morale catholique aux critères du monde. Cela passait par la valorisation de l’autonomie de la conscience d’un baptisé considéré enfin comme un « adulte ». Cette question s’est cristallisée sur la légitimation de la contraception comme moyen de régulation des naissances au service de l’épanouissement « personnaliste » du mariage. L’encyclique Humanæ vitæ de saint Paul VI (1968) déclarant la contraception comme toujours illégitime fut l’objet d’une critique très virulente. On peut dire que Veritatis splendor (1993) est la réponse fondamentale de saint Jean-Paul II à tous les systèmes moraux refusant l’encyclique de saint Paul VI. 

    Il est manifeste que la plupart des arguments développés en amont et en aval des deux synodes sur la famille soient les mêmes que ceux des critiques d’Humanæ vitæ. Le changement de paradigme réclamé par le cardinal Kasper, opposant majeur à saint Jean-Paul II sur ce sujet, permet de court-circuiter la notion d’acte intrinsèquement mauvais, c’est-à-dire qui ne peut jamais être perçu comme objet d’un discernement légitime et donc conseillé par un pasteur digne de ce nom. Les critères de l’accompagnement et de la gradualité permettent de changer de regard sur des personnes en situation objective de péché. Ainsi nombre de théologiens vont chercher à valoriser ce qu’il y a de positif dans la stabilité et la fidélité d’un couple homosexuel ; ou chercher à faire admettre que certains divorcés remariés vivant more uxorio ne peuvent être dits en état d’adultère et qu’ils peuvent ainsi recevoir l’absolution et la communion. 

    Le choix de tourner le dos à l’enseignement authentique de saint Jean-Paul II signifie le refus du personnalisme réaliste qu’il promouvait pour lui substituer une version subjectiviste et ultimement relativiste. C’est le lien entre acte et personne, le lien entre subjectivité et vérité sur le bien à faire qui sont falsifiés dans cette nouvelle approche. Bref, les simples fidèles espèrent toujours que la Congrégation pour la doctrine de la foi leur explique en quoi Amoris laetitia peut être lue comme développement homogène de Veritatis splendor. »

    Ref. L’Institut Jean-Paul II dans la tourmente

    JPSC

  • Synode sur l'Amazonie : le document préparatoire crée l'émoi dans l'Eglise

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    De Côme de Prévigny sur Renaissance Catholique :

    Le document préparatoire du Synode sur L’Amazonie crée l’émoi dans l’Église

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  • Le document préparatoire du synode amazonien contient des erreurs théologiques et même des hérésies

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    Synode sur l'Amazonie : des erreurs et des hérésies dénoncées par le cardinal Burke et Mgr Schneider (source)

    Synode sur l'Amazonie : des erreurs et des hérésies <br>dénoncées par le cardinal Burke et Mgr Schneider

    Du 6 au 27 octobre, se déroulera le synode des évêques sur l'Amazonie. La publication de l'Instrumentum Laboris, le document préparatoire de ce synode, a suscité des craintes et des réactions chez plusieurs théologiens, clercs et fidèles laïcs. Ce texte avait déjà fait l'objet de vivre critiques par la cardinal Müller et le cardinal Brandmüller. Le cardinal Burke (déjà auteur d'une lettre à destination des cardinaux et pointant du doigt les erreurs de l'Instrumentum Laboris) et Mgr Schneider ont choisi de présenter à l'ensemble des fidèles catholiques, six sujets gravement problématiques ressortant du texte préparatoire. Ils invitent à "une croisade de prière et de jeûne afin d'implorer Dieu pour que l'erreur et l'hérésie ne pervertissent pas la prochaine assemblée extraordinaire du synode des évêques sur l'Amazonie". Voici une traduction de leur lettre ouverte.

    Divers prélats et commentateurs fidèles laïcs, ainsi que des institutions laïques, ont mis en garde sur le fait que les auteurs de l'Instrumentum Laboris, publié par le secrétariat du Synode de Evêques pour servir de base pour la discussion durant la prochaine assemblée extraordinaire sur l'Amazonie, ont inséré de graves erreurs théologiques et des hérésies dans le document.

    Nous invitons le clergé catholique et les fidèles à participer à une croisade de prière et de jeûne afin d'implorer Notre Seigneur et Sauveur, par l'intercession de la Sainte Vierge sa Mère, pour les intentions suivantes :

    • Que les erreurs théologiques et les hérésies insérées dans l'Instrumentum Laboris ne soient pas approuvées durant l'assemblée synodale.
    • Qu'en particulier le Pape François, dans l'exercice de son ministère pétrinien, puisse confirmer ses frères dans la foi par un rejet sans ambiguïté des erreurs de l'Instrumentum Laboris, et qu'il ne consente pas à l'abolition du célibat sacerdotal dans l'Eglise latine en introduisant la pratique de l'ordination d'hommes mariés, les dits « viri probati », pour le sacerdoce sacré.

    Nous proposons une croisade de quarante jours de prière et de jeûne à commencer le 17 septembre et à terminer le 26 octobre 2019, le jour précédant la conclusion de l'assemblée extraordinaire du Synode des Evêques sur l'Amazonie. Quiconque serait informé de la croisade après la date officielle de son commencement pourrait bien sûr s’y joindre à n’importe quel moment.

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  • Synode : avis de tempête

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    De l'abbé Claude Barthe sur le site de l'Homme Nouveau :

    Tension maximale à l’approche du Synode sur l’Amazonie

    Tension maximale à l’approche du Synode <br>sur l’Amazonie

    Le Pape a profité des conférences de presse qu’il a tenues dans l’avion qui l’amenait, le 4 septembre, puis le ramenait, le 10, de l’Océan indien pour désigner très durement les opposants à la ligne doctrinale de son pontificat, et notamment à celle que l’assemblée synodale paraît devoir adopter. Il l’a fait en recevant l’hommage par Nicolas Senèze, journaliste à La Croix, de son dernier livre : Comment l’Amérique veut changer de pape (Bayard, août 2019). 

    Dans cet ouvrage, complotiste à l’extrême, Nicolas Senèze relie l’opposition d’une part non négligeable, voire majoritaire, de l’épiscopat et de l’Église américaine aux orientations de l’actuel pontificat, avec des puissances financières catholiques, spécialement les Chevaliers de Colomb, « à mi-chemin entre le Rotary et une franc-maçonnerie », déversant leur manne sur la Conférence des évêques, plusieurs diocèses, la Marche pour la Vie, le réseau de télévision Eternal World Television Network, l’hebdomadaire National Catholic Register, Timothy Busch, fondateur du Napa Institute, etc. 

    Nicolas Senèze décrit l’épreuve de force entre le Pape et la Conférence des évêques américains, notamment lors de sa réunion de novembre 2018, où fut retiré par Rome aux évêques le pouvoir de voter les textes qu’ils avaient préparés pour tenter de remédier à la crise provoquée par les affaires d’abus sexuels. Le 2 janvier 2019, il leur envoya une lettre que Nicolas Senèze résume ainsi : « Les divisions qui affligent l’Église d’Amérique sont d’essence diabolique »

    Mais le principal personnage de son livre est en fait Mgr Carlo Maria Viganó, appuyé, selon lui, par les réseaux financiers américains. Il le nomme rien moins que « l’Adversaire » (Satan), le présente comme un escroc vis-à-vis de sa famille et comme homme extrêmement riche, « emblématique de cette caste à laquelle François se heurte ». En août 2018, Mgr Viganó lança ce que Nicolas Senèze appelle son « putsch » : une dénonciation des abus du cardinal américain McCarrick, du soutien que lui a apporté François, assortie et d’une demande de démission de ce dernier. « Dans cette affaire, écrit Nicolas Senèze avec le plus grand sérieux, Mgr Viganó aura en quelque sorte joué le rôle tenu en 1981 en Espagne par le lieutenant-colonel Antonio Tejero, lors de sa tentative manquée de putsch contre la Chambre des députés : un officier vindicatif travaillant pour de plus hautes instances qui voulaient créer un vide institutionnel dans lequel s’engouffrer »

    Dans le vol aller du 4 septembre vers l’Océan indien, le pape François s’était écrié, à propos de livre : « C’est un honneur que les Américains m’attaquent ». Dans le vol retour, sur le même sujet, il a n’a pas hésité à reprendre à son compte l’un des thèmes de l’auteur : « Vers un schisme américain ? », affirmant – de manière, par ailleurs, fort peu œcuménique – que lorsque « la doctrine ruisselle d’idéologie, il y a la possibilité d’un schisme ». Et de répondre aux accusations de progressisme social qui lui seraient faites : « Les choses sociales que je dis sont les mêmes que celles qu’avaient dites Jean-Paul II. Je le copie ! ». En quoi il joue sur du velours, car sa dénonciation du capitalisme ravageur est la part de sa pensée la plus en continuité avec la doctrine de l’Église. 

    Mais il a élargi son attaque à la « rigidité » doctrinale. Les critiques contre lui, a-t-il expliqué, ne viennent pas seulement des Américains mais « d’un peu partout et aussi dans la Curie ». Cette critique non constructive, émane de « petits groupes fermés qui ne veulent pas entendre la réponse » et poursuivent une idée fixe : « changer de pape, changer de style, faire un schisme ». Faire un schisme. Thème qu’il a ensuite assez longuement développé, répétant plusieurs fois qu’il n’avait « pas peur du schisme ».

    Il est probable que cette dramatisation des oppositions a été mûrement pesée. C’est notamment une réponse aux critiques véhémentes par les cardinaux Müller, Brandmüller et Burke du document préparatoire, l’Instrumentum laboris, de l’assemblée du Synode sur l’Amazonie qui va se tenir en octobre, accusant ce document de pencher vers l’hérésie et même l’apostasie. Ces critiques sont en effet très lourdes : elles portent sur la partie du document traitant d’une évolution institutionnelle brouillant les frontières entre ministères sacramentels et laïcat, et surtout sur sa partie concernant la conjugaison du substrat religieux amérindien avec le message de l’Évangile. Les « intuitions » de Nostra Ætate, un des documents conciliaires les plus importants, traitant du dialogue avec les religions non-chrétiennes, reviennent ainsi au centre du débat ecclésial dans un contexte que le Pape entend donc dramatiser à l’extrême.

    Lire aussi : http://www.benoit-et-moi.fr/2020/2019/09/12/le-pape-botte-en-touche/

  • "On peut tout à fait critiquer le pape et son action : il n’y a pas de pensée unique dans l’Église”

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    pape sadresse-journalistes-avion-retour-Madagascar_0_729_486.jpgLors de la conférence de presse organisée dans l’avion qui le ramenait à Rome après son voyage en Afrique de l’Est, le pape François, parlant de schisme, a réagi avec vigueur à l’égard de certains qui contestent des actes de son gouvernement.

    En réplique, le site web du « Salon beige » reproduit, sous la signature de Philippe Carhon,  ces extraits de l’interview accordée à Anne-Bénédicte Hoffner, pour le journal « La Croix », par le père Sylvain Brison, ecclésiologue, maître assistant à la faculté de théologie de l’Institut catholique de Paris à propos de ce qu’est un schisme pour la théologie catholique :

    • « Est-on schismatique lorsque l’on critique le pape ? Ou lorsque l’on écrit au pape ses dubia (doutes), comme l’ont fait quatre cardinaux après le synode sur la famille ?
    • « Père Sylvain Brison : Dans sa conférence de presse donnée dans l’avion qui le ramenait de Madagascar, le pape rappelle bien que le schisme est une atteinte à l’unité du peuple de Dieu, pas seulement à sa hiérarchie. On peut tout à fait critiquer le pape et son action : il n’y a pas de pensée unique dans l’Église. Celui qui dit que le pape est « communiste » n’est pas à proprement parler schismatique. De même que ces cardinaux qui ont exprimé au pape leurs dubia, tant qu’ils restent avec lui dans un dialogue ouvert (…)
    • « Qu’est-ce qu’un schisme pour la théologie catholique ?
    • « Père Sylvain Brison : Le schisme est une rupture de communion avec l’Église. Cette définition est à la fois la plus simple et la plus traditionnelle. Les pères de l’Église, qui ont été très tôt confrontés à ce problème, étaient particulièrement sensibles aux ruptures de communion sur le contenu de la foi. À leur époque, tout schisme est une hérésie et toute hérésie est un schisme. Ceci tient au fait que l’unité de l’Église repose sur l’unité de la foi et non l’unité de la pratique. Les catholiques croient tous la même chose mais ils ne pratiquent pas tous de la même façon partout (…)
    • « À quel moment les critiques deviennent-elles dangereuses pour la communion de l’Église ?
    • « Père Sylvain Brison : Le problème surgit lorsqu’elles en viennent à porter atteinte à l’unité du peuple de Dieu et donc de la foi. Autrement dit, mettre en cause de manière continue et répétée l’autorité du pape, l’accuser d’hérésie peut déboucher sur un schisme. Au fond, et comme le dit le pape, le problème n’est pas tant la critique mais l’attitude qui est derrière : s’agit-il de construire l’unité ou de diviser ? Aujourd’hui, il y a incontestablement entre le pape et certains courants catholiques – américains, allemands ou autres – des différences doctrinales, disciplinaires et idéologiques. Ces différences d’appréciations sont normales, et on ne considère pas qu’il y a un schisme dès lors qu’un groupe entre en résistance contre le pape… sinon, il y en aurait eu beaucoup dans l’histoire de l’Église ! (…) Le devoir du pape mais aussi de tout chrétien est de préserver l’unité de la foi, coûte que coûte parce que nous croyons qu’il n’y a pas de Salut en dehors de la communion de l’Église. Un schisme est donc toujours un échec, des deux côtés. »

    Ref. On peut tout à fait critiquer le pape et son action : il n’y a pas de pensée unique dans l’Église

     Mais que chacun s’examine loyalement: de part et d'autre.

    JPSC