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  • Le battage moderne sur les « droits de l'homme » risque de sacrifier non seulement Dieu, mais aussi notre humanité même

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    D'Anthony McCarthy sur le Catholic Herald :

    Le battage moderne sur les « droits de l'homme » risque de sacrifier non seulement Dieu, mais aussi notre humanité même

    29 août 2024 à 3:00 pm

    L'avocat spécialiste des droits de l'homme qui est aujourd'hui le Premier ministre britannique a prononcé son premier discours à la Chambre des communes le 28 mai 2015. Dans ce discours, Keir Starmer a fait l'éloge de l'adoption par le gouvernement travailliste de la loi sur les droits de l'homme (1998), en se référant à la Magna Carta et en notant que « l'intérêt des droits de l'homme est qu'ils s'appliquent universellement à toutes les personnes partout dans le monde ».

    Mais que sont exactement les droits de l'homme et comment les catholiques doivent-ils les considérer ? Il semble en effet y avoir une tension entre la conception catholique de la loi naturelle et des droits naturels, et les « droits de l'homme » de la Déclaration française de 1789 qu'Edmund Burke a critiquée comme étant un « condensé d'anarchie ».

    Cette tension est de plus en plus évidente à notre époque, où un « discours sur les droits » toujours plus étendu est souvent utilisé pour saper l'idée même des droits de Dieu et des droits de l'homme dont il est la source.

    Une référence papale aux droits de l'homme remonte au tout début du 20e siècle.  Le 1er novembre 1900, le plus grand des papes, Léon XIII, a déclaré au monde : « Le monde a assez entendu parler des soi-disant “droits de l'homme”. Qu'il entende quelque chose des droits de Dieu ». (Tamesti Futura Prospicientibus 13.)

    Pourtant, plus tôt dans la même encyclique, le pape Léon notait que, grâce au sacrifice rédempteur du Christ, l'homme « s'est rendu compte qu'il était né pour des choses bien plus élevées et plus glorieuses que les objets fragiles et inconstants des sens qui avaient jusqu'alors constitué la fin de ses pensées et de ses préoccupations. Il a appris que le sens de la vie humaine, la loi suprême, la fin de toutes choses était la suivante : nous venons de Dieu et devons retourner à Lui.

    « À partir de ce premier principe, la conscience de la dignité humaine a été ravivée : le cœur des hommes a réalisé la fraternité universelle : en conséquence, les droits et les devoirs de l'homme ont été soit perfectionnés, soit même créés de nouveau, tandis que de toutes parts étaient évoquées des vertus insoupçonnées dans la philosophie païenne » (TFP 3).

    Léon XIII semble approuver le concept des droits de l'homme tout en mettant en garde contre les dangers et les distorsions, dans la mesure où l'invocation de ces droits peut revêtir une signification individualiste et antisociale. Le pape Pie XII a mis davantage l'accent sur le concept au milieu du totalitarisme et des horreurs de la Seconde Guerre mondiale, lors d'un célèbre message de Noël en 1942, en déclarant : « Le remède à cette situation devient possible : 

    « Le remède à cette situation devient possible lorsque nous réveillons à nouveau la conscience d'un ordre juridique reposant sur la domination suprême de Dieu et protégé de tous les caprices humains ; la conscience d'un ordre qui étend son bras, en protection ou en punition, sur les droits inoubliables de l'homme et les protège contre les attaques de toute puissance humaine.

    « De l'ordre juridique voulu par Dieu découle le droit inaliénable de l'homme à la sécurité juridique et, par là même, à une sphère définie de droits, à l'abri de toute atteinte arbitraire.

    « Les relations d'homme à homme, de l'individu à la société, à l'autorité, aux devoirs civils ; les relations de la société et de l'autorité à l'individu, devraient être placées sur une base juridique solide et être gardées, lorsque le besoin s'en fait sentir, par l'autorité des tribunaux ».

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  • En Ukraine, les Églises aussi sont en guerre. Mais pour elles, la paix est peut-être plus proche...

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    En Ukraine, les Églises aussi sont en guerre. Mais pour elles, la paix est peut-être plus proche

    Une loi vient d’être approuvée par le parlement ukrainien ce 20 août, avec 265 voix pour et seulement 29 voix contre, et le samedi 24, le président Volodymyr Zelensky l’a signée, malgré la seule protestation publique – pour le moment – du patriarche orthodoxe de Moscou Cyrille, qui n’a pas hésiter à la comparer à « la persécution de l’empire romain à l’époque de Néron et de Dioclétien » avant d’envoyer une lettre pour en appeler aux chefs des Églises chrétiennes et au pape, mais pas au patriarche œcuménique de Constantinople Bartholomée, qu’il a comparé aux grands prêtres Hanne et Caïphe, qui réclamèrent la crucifixion de Jésus, comme aujourd’hui « la crucifixion et la destruction de l’Église orthodoxe ukrainienne ».

    Mais, de manière inattendue, la protestation de Cyrille a été relayée dimanche 25 août par le Pape François, qui a prononcé ces paroles au terme de l’Angélus, non pas improvisées mais lues une à unes et clairement écrites de sa main :

    « Je continue de suivre avec douleur les combats en Ukraine et en Fédération de Russie et, en pensant aux normes légales récemment adoptées en Ukraine, il me vient une crainte pour la liberté de ceux qui prient, parce que celui qui prie vraiment prie toujours pour tout le monde. On ne commet par le mal parce qu’on prie. Si quelqu’un comment un mal contre son peuple, il en sera coupable, mais on ne peut pas avoir commis le mal parce qu’on a prié. Qu’on laisse donc prier ceux qui veulent prier dans ce qu’ils considèrent comme étant leur Église. S’il vous plaît, qu’aucune Église chrétienne ne soit abolie directement ou indirectement. On ne touche pas aux Églises ! ».

    Cette protestation du Pape a eu le don d’irriter les autorités de Kiev. L’ambassadeur ukrainien près le Saint-Siège l’a déclarée « déplacée par ce que la nouvelle loi n’interfère pas avec la possibilité de chacun de prier comme il l’entend ».

    Mais il a surtout contredit les chef des Églises chrétiennes présentes en Ukraine – à l’exclusion de celle qui a des liens historiques avec le patriarcat de Moscou mais en ce compris l’Église grecque catholique présidée par l’archevêque majeur de Kiev, Svitoslav Chevtchouk – qui, après une entrevue avec Zelensky le 16 août, avaient publié une déclaration conjointe de soutien à la mise hors-la-loi de toute organisation religieuse en Ukraine qui aurait son « centre » en Russie et qui « serait gouvernée » par la Russie.

    Parce c’est bien cela que vise la loi n°8371 votée le 20 août dernier, qui va encore plus loin, en se basant sur la simple « affiliation » à Moscou pour faire tomber la sanction.

    Cette même journée du 20 août, après en avoir parlé lors d’une rencontre avec l’ambassadeur italien à Kiev, voici comment, dans un communiqué, l’archevêque Chevtchouk a décrit le principe duquel s’inspire la nouvelle loi, non seulement à son opinion mais également selon celui du Conseil des Églises d’Ukraine : « le droit et le devoir de l’État de garantir la sécurité nationale, en réagissant à l’instrumentalisation possible des organisations religieuses de la part des États agresseurs ».

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  • Le plus long voyage de son pontificat commence pour François

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    De Nico Spuntoni sur la NBQ :

    Le plus long voyage de son pontificat commence pour François

    D'aujourd'hui jusqu'au 13 septembre, le Pape se rendra en Indonésie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Timor oriental et à Singapour. Un engagement onéreux à 87 ans mais pour Giovanni Maria Vian même la formule des voyages apostoliques est « fatiguée ».

    2 septembre 2024

    A quatre-vingt-sept ans, François s'apprête à entreprendre son plus long voyage apostolique, jusqu'au 13 septembre. L’Indonésie n’est que la première étape d’un programme qui se terminera à Singapour. Entre la Papouasie-Nouvelle-Guinée et le Timor-Leste. Depuis son élection, Bergoglio n'a jamais été aussi longtemps absent de Sainte Marthe.

    Pour un pape qui a placé le dialogue avec l'Islam au centre de son pontificat, une visite en Indonésie, le plus grand pays musulman au monde en nombre de fidèles, ne pouvait manquer dans son programme de voyage. Ce n'est pas un hasard si lors de son séjour à Jakarta, François se rendra à une rencontre interreligieuse à la mosquée Istiqlal (« Mosquée de l'Indépendance ») qui possède un soi-disant « tunnel de l'amitié » relié à la cathédrale catholique située de l'autre côté de la capitale.

    Après avoir quitté l'Indonésie, le Pape se rendra en Papouasie-Nouvelle-Guinée du 6 au 9 septembre. Ici, après la capitale Port Moresby, Bergoglio a voulu inclure Vanimo, la capitale d'une province du nord de l'île du Pacifique. Une "périphérie de la périphérie" probablement aussi choisie pour la présence du Père Martin Prado, missionnaire argentin de l'Institut du Verbe Incarné et désormais ami personnel du Pontife à qui il avait adressé une invitation un peu plaisante à venir lui rendre visite en Vanimo lors d'une audience à Rome avec une délégation de paroissiens. Cependant, François l'a pris au mot et a décidé d'inscrire cette étape inhabituelle à l'ordre du jour de ce très long voyage papal.

    Après la Papouasie-Nouvelle-Guinée, François se rendra au Timor oriental, l'un des pays ayant le pourcentage de catholiques le plus élevé au monde, juste derrière la Cité du Vatican. François a « récompensé » cette ancienne colonie portugaise en faisant l'archevêque métropolitain de Dili, le salésien Virgílio do Carmo da Silva, cardinal en 2022. Au Timor oriental, le pape trouvera un grand admirateur, l'ancien prix Nobel de la paix et actuel président José Ramos-Horta, qui, il y a deux ans, après sa réélection, souhaitait que le Parlement national adopte le document signé sur la fraternité humaine en 2019 par Bergoglio et l'imam d'Al-Azhar Ahmad Al-Tavveb à Abu Dhabi. Cependant, la visite est éclipsée par les récentes révélations d'un journal néerlandais selon lesquelles le co-lauréat du prix Nobel avec Horta, Mgr Carlos Filipe Ximenes Belo, est accusé d'abus sexuels depuis plus de 20 ans.

    Enfin, Francis s'envolera pour Singapour où le 12 septembre il célébrera la messe au Singapore Sports Hub. Un événement à guichets fermés qui a vu les 48 600 billets émis pour participer à l'événement se pulvériser en peu de temps. 

    Hier, comme d'habitude, le Pape s'est rendu à la Basilique de Santa Maria Maggiore et a prié devant l'icône de la Vierge Salus populi romani pour le succès de ce qui promet d'être l'un des voyages les plus fatiguants en onze années de pontificat et qui, selon l'ancien directeur de L'Osservatore Romano Giovanni Maria Vian "semble être une réplique du dernier de Paul VI". Dans un article sur Domani, le journaliste a également évoqué la lassitude du format des voyages apostoliques, affirmant que «la formule apparaît désormais répétitive – y compris les conférences de presse au retour qui finissent par éclipser les voyages eux-mêmes dans les médias – et il semble que le moment soit venu de repenser également cette manière d'exercer la papauté. »

  • Burkina Faso : des précisions sur le massacre du 25 août où de nombreux chrétiens ont trouvé la mort

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    ACN dénonce de nouveaux meurtres perpétrés par des terroristes islamistes au Burkina Faso

    Des djihadistes ont tué 26 personnes dans une église, dont de nombreux chrétiens.

    Des sources locales ont informé la fondation internationale Aid to the Church in Need (ACN) d’une nouvelle attaque extrémiste au Burkina Faso. L’attaque a eu lieu le 25 août dans la ville de Sanaba, dans le diocèse de Nouna, à l’ouest du pays. Un grand groupe d’insurgés a encerclé le village, rassemblé la population et ligoté tous les hommes de plus de 12 ans – chrétiens, adeptes du culte traditionnel et ceux qu’ils considéraient comme opposés à l’idéologie djihadiste – avant de les emmener dans l’église évangélique voisine. Là, ils ont égorgé 26 hommes au total, dont des catholiques.

    Vandalisme de l'église paroissiale dans le quartier de Zekuy-Doumbala, Burkina Faso
    Vandalisme de l’église paroissiale dans le quartier de Zekuy-Doumbala, Burkina Faso

    L’attaque est survenue un jour seulement après l’attaque du village de Barsalogho dans le diocèse de Kaya, où selon des sources locales consultées par ACN, le nombre de morts est supérieur à 250 – alors que le chiffre officiel est de 150 – et quelque 150 blessés graves.

    En outre, les mêmes sources ont fait état d’attaques contre trois paroisses proches de la frontière avec le Mali, également dans le diocèse de Nouna, ces derniers jours. « En conséquence, environ 5000 femmes et enfants ont trouvé refuge dans la ville de Nouna. Il n’y a pas un seul homme parmi eux. On ne sait pas où se trouve la population masculine, nous ne savons pas s’ils se sont échappés et se sont cachés ou s’ils ont été assassinés », explique la source.

    Dans le diocèse de Nouna, un grand nombre de lieux de culte catholiques, protestants et animistes ont été détruits ou incendiés ces derniers mois. « À Zekuy, un catéchiste a été alerté de l’attaque lorsqu’il a entendu le bruit des motos et a réussi à sauver le Saint Sacrement de l’église paroissiale, s’enfuyant avec le reste de la population dans la forêt », a déclaré un témoin du diocèse à la fondation. « Par chance, ce jour-là, il n’y a pas eu de victimes, mais l’église a été vandalisée, ils ont cherché à profaner le tabernacle, cassé toutes les statues et défiguré par des inscriptions en arabe la fresque représentant le Sacré Cœur. »

    Le tabernacle a été profané lors du vandalisme de l'église
    Le tabernacle a été profané lors du vandalisme de l’église

    On estime qu’environ 100 chrétiens ont été tués dans la zone pastorale de Zekuy-Doumbala depuis mai 2024. D’autres ont été kidnappés, sans que l’on sache où ils se trouvent.

    La vague de violence au Burkina Faso s’inscrit dans une évolution alarmante qui a plongé le pays dans une crise de plus en plus grave depuis 2015. ACN appelle ses bienfaiteurs et amis à prier pour les victimes de la violence au Burkina Faso et pour le retour de la paix et de la sécurité.

  • Défendre la messe traditionnelle avec des arguments justes

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

    User d’arguments justes pour défendre la messe traditionnelle

    Ceux qui se consacrent à la défense des choses traditionnelles (liturgie, catéchisme, résistance à des doctrines délétères) hésitent souvent à dire qu’on se trouve présentement en face d’une situation ecclésiale atypique. Spécialement pour la liturgie. Même s’ils affirment que ce n’est pas pour des raisons de sensibilité mais de foi qu’ils célèbrent l’ancienne, ils pensent qu’ils peuvent efficacement défendre leur prise de position en face des tenants de la liturgie nouvelle comme un légitime libre choix. Il est vrai que des argumentations de ce type peuvent fonctionner assez bien auprès de l’opinion catholique en général, pour laquelle le libéralisme est devenu un horizon indépassable ; mais qu’il soit permis de profiter tactiquement de cet état d’esprit ne veut pas dire qu’on doive le justifier.

    Il leur arrive même paradoxalement de gauchir la doctrine traditionnelle pour la défendre. Nous pensons à la réduction à l’extrême de la doctrine de l’obéissance due aux autorités ecclésiastiques et à leurs enseignements. Puisqu’en bien des points, actuellement, la soumission aux autorités est intenable en conscience, ils en viennent pratiquement à affirmer que le libre examen était la doctrine commune de l’Église, chacun décidant de ce qui est catholique au nom de la « tradition » dont chacun est finalement le dépositaire. Ou bien encore ils procèdent à l’évidage de la doctrine de l’infaillibilité romaine en assurant que le Premier Siège a fréquemment émis des doctrines hétérodoxes. Autrement dit l’anormal de ce qui advient présentement est reporté sur l’Église de toujours[1]. Et les antimodernes deviennent des modernes.

    Nous ne voulons traiter ici que d’arguments concernant la défense de la messe traditionnelle. Spécialement, nous voudrions en considérer deux souvent utilisés pour justifier la libre option en faveur du missel traditionnel :

    1. L’invocation de la bulle Quo primum de 1570, en ce qu’elle porte que le missel qu’elle promulgue pourra être utilisé « à perpétuité ».
    2. Et la mise en avant du fait que l’Église a toujours reconnu la légitimité d’une diversité de rites.

    Ils ont dans leur principe toute leur pertinence, mais à condition d’éviter d’en user comme si les circonstances qui commandent leur emploi habituel étaient celles d’aujourd’hui :

    « Ce missel [le missel tridentin] pourra être suivi […] à perpétuité » (bulle Quo primum)

    Il faut replacer la prescription de saint Pie V dans son contexte. Ses deux bulles concernant le bréviaire et le missel prises en application des volontés du Concile de Trente, visaient à établir la prééminence des livres de la Curie romaine sur tous les usages particuliers du monde latin, lesquels pouvaient cependant subsister s’ils pouvaient prouver une ancienneté de 200 ans. « À perpétuité », tout clerc romain devait utiliser le missel et le bréviaire romain promulgué par le pape. Ou, s’il se trouvait dans Église locale au sein de laquelle, depuis deux cents ans au moins et de manière continue, un missel ou un bréviaire particuliers avait été utilisés, il pouvait cependant « à perpétuité » utiliser le livre romain (avec cette précision, pour l’Office, s’il devait être psalmodié au chœur, qu’il fallait évidemment qu’une règle commune soit fixée par l’évêque et les chanoines).

    De fait, la plupart des diocèses et des congrégations du monde latin pouvait établir que leurs livres propres, notamment dans les cathédrales et collégiales, remontaient au-delà du XIVe siècle. Cependant, évêques et chapitres préférèrent pour la plupart s’aligner sur le bréviaire et le missel, et ce en partie pour des raisons d’économie et de commodité de librairie, car il était difficile et onéreux de faire éditer des livres diocésains. On adopta donc généralement les livres romains y compris dans un premier temps en France (ce n’est que dans le dernier tiers du XVIIe siècle qu’on invoqua le droit à des livres diocésains particuliers, qualifiés plus tard de « néo-gallicans », à commencer par le bréviaire de Vienne en 1678).

    Pouvait-on d’ailleurs, en dehors du rite wisigothique ou mozarabe, conservé en quelques lieux d’Espagne, parler véritablement, à propos des églises diocésaines ou religieuses qui conservèrent leurs usages, de rites latins non romains ? Seul le rite ambrosien, bien que très proche du romain, avait des particularités suffisamment importantes pour être qualifié de rite spécifique. Ce n’était pas le cas des rites lyonnais[2], chartreux, dominicain, prémontré. Pas plus que les usages de beaucoup de cathédrales, de sanctuaires, d’Ordres religieux qui avaient un certain nombre de messes, de préfaces, d’hymnes, de séquences propres.

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  • Garde en moi un coeur pur (22e dimanche du temps ordinaire)

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    L'homélie du Père Joseph-Marie Verlinde fsJ pour le 22e dimanche du temps ordinaire (homelies.fr) :

    Les pratiques rituelles qui font l’objet du litige entre Jésus et les pharisiens, sont issues de la « tradition des anciens », c’est-à-dire de l’interprétation orale de la Torah transmise de génération en génération, et ayant acquis au fil des années, une valeur normative. Cette tradition contient un ensemble de prescriptions, qui veulent incarner dans la vie quotidienne les préceptes généraux de la Loi en matière de pureté rituelle. Ainsi l’aspersion « au retour du marché » était un geste symbolique de mise à distance par rapport à toute personne n’appartenant pas au peuple élu - peuple sacerdotal qui doit impérativement se garder « pur » pour pouvoir offrir à Dieu un sacrifice qui lui plaise. Sous couvert de rites religieux, ces pratiques relevaient avant tout du souci de sauvegarder une identité juive au milieu des nations païennes.

    Se faisant l’écho du prophète Isaïe, Jésus dénonce l’ambiguïté d’une telle attitude : derrière des explications se référant à la Thora, les doctrines enseignées par les pharisiens « ne sont que des préceptes humains ». Comme leur nom l’indique, les rituels « religieux » devraient avoir pour but de « relier » à Dieu ceux qui les accomplissent pieusement. Tel n’est plus le cas pour ces pratiques traditionnelles qui se sont réduites au fil des années, à des signes identitaires permettant de tracer la frontière entre le juif et le non-juif. Notre-Seigneur condamne l'hypocrisie de ces comportements pseudo-religieux, qui sacralisent une séparation entre les personnes alors que le Père a tout au contraire envoyé son Fils pour « rassembler ses enfants dispersés » (Jn 11, 52). Refusant toute forme de ségrégation, Jésus s’adresse directement à la foule bigarrée qui l’entoure, et au sein de laquelle les règles de pureté ne devaient pas être particulièrement observées. « Ecoutez-moi tous - sous-entendu : quelle que soit votre appartenance raciale, sociale ou nationale - prêtez attention à mes paroles et non aux vains discours de ces soi-disant docteurs de la Loi qui se sont éloignés des chemins de la sagesse. La pureté n’est pas un attribut des aliments ou des ustensiles. Seul le cœur peut être qualifié de pur ou d’impur, selon qu’il est digne de servir de Temple à Dieu ou pas. »

    Nous n’avons guère d’illusion à nous faire : depuis que nous nous sommes éloignés de Dieu par le péché, notre cœur est une caverne remplie de « pensées perverses ; inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchanceté, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure ». Nous en avons tous fait la triste expérience. A quoi bon purifier indéfiniment les ustensiles de cuisine pour éviter une impureté orale, alors que nous nourrissons des pensées coupables ? A quoi bon multiplier les ablutions corporelles extérieures, si notre cœur est maculé de pensées inavouables ? Les rites de purifications n’ont de sens que dans la mesure où ils sont l’expression d’une sincère conversion intérieure. Car Dieu seul peut nous purifier d’une eau lustrale qui soit spirituellement « efficace » : l’eau jaillie du côté transpercé de son Christ. C’est à cette eau qu’il pensait lorsqu’il annonçait par son prophète : « Je verserai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. De toutes vos souillures, de toutes vos idoles je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’enlèverai votre cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36, 25-26).

    Le « cœur de chair » - qui correspond au « cœur pur » - est précisément un « cœur de pierre » qui s’est laissé purifier par la grâce divine, sans lui opposer d’obstacle. Hélas chaque fois que nous désobéissons à « la Parole de vérité » (2nd lect.), nous résistons concrètement à l’action purificatrice de l’Esprit Saint ; nous sommes en contradiction avec notre engagement baptismal. L’homme « intelligent » et « sage », celui qui vit dans la proximité de son Dieu (cf. 1ère lect.), est tout au contraire celui qui se laisse instruire, qui « écoute les commandements et les décrets que le Seigneur lui enseigne ; qui garde ses ordres tels que le Seigneur son Dieu les a prescris, sans rien y ajouter et rien y retrancher, car la Loi du Seigneur est juste et ses paroles sont vraies » (cf. 1ère lect.). La conclusion logique nous vient sous forme d’exhortation de la plume de saint Jacques : « Accueillez donc humblement la parole de Dieu semée en vous » (2nd lect.).

    Bien sûr il ne s’agit pas d’en rester à de pieuses considérations : la Parole de Dieu « est capable de nous sauver » dans la mesure où nous la mettons en application. Car après la purification dans les eaux de notre baptême, nous avons aussi été vivifiés par le Sang jailli de la même Source. Nous vivons désormais de la vie de l’Esprit, c'est-à-dire de la vie du Christ ressuscité. Dès lors, ce sont nos œuvres de charité qui « prouvent » l’authenticité de notre conversion et qui plaident pour nous. Car « devant Dieu notre Père, la manière pure et irréprochable de pratiquer la religion, c’est de venir en aide aux orphelins et aux veuves dans leur malheur, et de se garder propre au milieu du monde » (2nd lect.).

    C’est donc à un sérieux examen de conscience que l’Eglise nous invite sur la nature des pensées qui habitent habituellement notre cœur : pensées perverses, cupides, malveillantes ; ou pensées de paix, d’amour, de bienveillance ? Le « glaive à deux tranchants » de la Parole fait-il partie des armes dont nous nous servons pour mener le beau combat contre nos complicités avec l’esprit des ténèbres ? Notre conversion est-elle simplement « idéologique », sans changer vraiment nos comportements, ou bien la parole est-elle semée dans une terre accueillante qui lui permet de porter son fruit de charité ?
    Les textes de la liturgie de ce jour viennent à point nommé en ce temps de reprise : puissent-ils nous aider à nous recentrer sur la finalité surnaturelle de nos engagements telle que nous la révèle « la Parole de Dieu semée en nous » (2nd lect.), afin d’agir en « peuple sage et intelligent » dont « le Seigneur notre Dieu est proche chaque fois qu’il l’invoque » (1ère lect.).

    « “Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? Celui qui se conduit parfaitement, qui agit avec justice et dit la vérité selon son cœur” (Ps 14). Puissions-nous tout au long de cette année qui commence, nous laisser guider par ta “parole de vérité qui nous donne la vie”, afin de te plaire en toutes choses, et d’être de vrais témoins de ton amour. “Père de toutes les lumières”, fais descendre d’en haut “les dons les meilleurs, les présents merveilleux” (2nd lect.) sur tes enfants, pour qu’ils se convertissent et trouvent en toi le bonheur pour lequel tu les as créés. »

    Père Joseph-Marie