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Exposition sur le Linceul de Turin (présentation d’une copie grandeur réelle)
A l’église des Saints Jean et Etienne « aux Minimes » VENDREDIS 16 mars et 23 mars, de 16h30 à 19h30
Conférence sur le Linceul de Turin par Laurent Bouzoud, Membre-conférencier de l’association « Montre Nous Ton Visage » A la MAISON SAINT PAUL, FSSP Rue des Minimes, 27, 1000 Bruxelles
DIMANCHE 25 MARS : 16h : accueil 16h30 : Conférence
La popularité du pape François faiblit chez les catholiques
Cinq ans après son élection, 78 % des Français ont une bonne opinion du Saint-Père, contre 87 % en 2015.
SONDAGE - Cinq ans après son élection, 78 % des Français ont une bonne opinion du Saint-Père, contre 87 % en 2015. Une baisse plus notable encore chez les pratiquants, où une chute de 12 points est relevée selon notre sondage BVA.
Même si sa popularité est très élevée, avec 78 % de bonnes opinions - très au-dessus de tous les leaders politiques - le pape François connaît une érosion significative d'image depuis son élection en 2015, avec neuf points en moins dans l'opinion des Français. Et, surtout, 12 points perdus chez les catholiques pratiquants réguliers, et même 17 points chez les sympathisants du parti politique Les Républicains. Ce désenchantement, quoique très relatif, est le principal enseignement du sondage BVA-Le Figaro, lancé à l'occasion du cinquième anniversaire, ce mardi, de l'élection du pape François.
Une tendance qui n'est pas seulement française. Un sondage américain, publié le 6 mars 2018 à Washington par le Pew Research Center, confirme la même déception chez les catholiques d'outre-Atlantique: 24 % des catholiques pratiquants (contre seulement 15 % en 2015) le trouvent «trop naïf» quand 34 % le jugent «trop libéral», contre 19 % il y a cinq ans.
«Dans certains milieux, on comprend mal l'ouverture pastorale aux situations d'homosexualité ou au remariage»
Philippe Portier, directeur d'études à l'École pratique des hautes études
Philippe Portier, directeur d'études à l'École pratique des hautes études et titulaire de la chaire «Histoire et sociologie des laïcités» - l'une des principales références sociologiques du fait religieux en France (1) - explique: «La baisse est significative dans des catégories très intégrées au catholicisme et ordinairement les plus légitimistes (pratiquants réguliers, ruraux, les catégories supérieures, les plus âgés, Les Républicains). Tout en étant encore très favorables au Pape argentin, ces catégories témoignent là d'une certaine inquiétude, que révèlent aussi les enquêtes par entretiens».
Ce sociologue met en évidence deux motifs d'interrogation: «le discours du Pape semble en opposition avec la compréhension souvent traditionnelle de la morale familiale. Dans ces milieux, on comprend mal l'ouverture pastorale aux situations d'homosexualité ou au remariage». Philippe Portier relève un second lieu de questionnement: «On trouve dans ces catégories une vision volontiers identitaire de la nation, que le discours papal sur les migrants, et souvent sur les musulmans, vient troubler». Il pense aussi que «la dénonciation du libéralisme économique par le pape François peut susciter la critique dans toute une fraction du catholicisme français, qui n'a jamais accepté totalement la doctrine sociale de l'Église.»
Erwan Lestrohan, de l'institut BVA qui a piloté ce sondage, analyse pour sa part que «ce qui surprend, c'est que cette baisse affecte les populations les plus marquées par le catholicisme. On peut donc formuler l'hypothèse que le discours du Pape sur les migrants et sur l'homosexualité a joué. Mais l'importance de cette érosion a aussi du sens: avec 12 points de baisse chez les pratiquants, elle n'est pas due au hasard. Elle est significative parce qu'elle touche précisément des catégories de gens qui sont des “experts”, et donc des connaisseurs du pape François et de l'Église catholique. Le Pape est clivant dans son camp.»
Une amélioration de l'image de l'Église
Autre enseignement de ce sondage, 31 % des Français estiment que le Pape a fait évoluer, «en bien», l'image de l'Église catholique dans la société française. Pour Erwan Lestrohan ce «regain de bienveillance ne va pas jusqu'au ré-enchantement», mais mérite l'attention «sans marquer pour autant un basculement». Car «dans ce domaine des convictions, politiques ou religieuses, les avis personnels sont très ancrés, très structurés, profondément cristallisés. Il faudrait un événement d'importance pour constater une évolution forte de ces convictions».
Philippe Portier estime quant à lui que «le Pape a réconcilié une partie de la société, souvent éloignée du christianisme, avec l'Église, sans doute en raison de son ouverture à ce qu'il appelle les “situations complexes” au plan moral. Et en raison de ses déclarations contre la pédophilie, où il apparaît en phase avec les attentes de la société actuelle. Sans oublier l'option écologique et son encouragement pour l'apostolat social en faveur du peuple des pauvres.»
Mais, conclut-il, «pour le moment, son action n'a pas inversé la tendance au déclin des indicateurs d'implantation du catholicisme français: vocations, pratiques, militances, croyances». De fait, tandis que 130 jeunes en moyenne entraient au séminaire en France chaque année, pendant les 8 ans du pontificat de Benoît XVI, ils sont à peine 100 par an en moyenne, depuis cinq ans, à choisir cette voie. Une tendance qui, aujourd'hui, s'annonce encore à la baisse.
(1) Religion et Politique. L'enjeu mondial, aux Presses de Sciences Po, 2017
Étude belge interpellante: comment le porno impacte le fonctionnement des jeunes
La pornographie est omniprésente. Elle influence la vision qu’ont les jeunes de la sexualité et de la femme. Une étude de l’ULiège donne des chiffres interpellant.
C’est à 12 ans (12,6 en moyenne) chez les garçons, 13 ans (13,7) chez les filles, qu’a lieu le premier contact avec la pornographie. Serge Garcet, professeur de criminologie de l’université de Liège (responsable de l’unité de victimologie) s’est demandé si cela avait un impact sur les pratiques sexuelles des jeunes et plus largement sur leur fonctionnement.
Il a mené une étude après de 115 jeunes des deux sexes de 12 à 18 ans.76% des jeunes avaient visionné des contenus pornographiques: 61% des filles et 91% des garçons.
Un impact sur les pratiques sexuelles
Il ressort de l’étude que pour les jeunes de la génération 2.0, le rapport à la pornographie est ambigu. S’ils admettent à plus de 80% qu’elle ne reflète pas la réalité, 22% d’entre eux reproduisent pourtant des pratiques pornographiques. «Ils sont confrontés à ces vidéos très jeunes, alors qu’ils n’ont pas encore de référentiel. Cela entraîne une perte de distance par rapport aux codes du genre. On observe chez les consommateurs de pornographie une augmentation de certaines pratiques comme le sexe oral, la sodomie, l’éjaculation sur le corps ou certaines pratiques violentes.»
Il faut dire que, pour ces jeunes, internet est la 1re source d’information pour 87% des jeunes. «Les questionnements évoluent en fonction de l’âge, constate le chercheur. Chez les plus jeunes, ce sont des questions de curiosité, sur la puberté, avec progressivement des questions sur les MST, sur la contraception, et aussi sur les pratiques sexuelles. Même la télévision et ses documentaires n’ont plus de succès: 80% n’y ont pas recours. Les livres? seuls 14% y pensent. 67% des jeunes ont un cours d’éducation sexuelle à l’école, mais ce n’est pas l’endroit où l’on pose facilement des questions. Il faudrait instaurer une éducation sur le respect et sur le consentement, car la notion est ambiguë chez les jeunes.»
La femme comme un objet
L’impact de cette omniprésence de la pornographie ne se limite pas à la chambre à coucher. Elle touche directement la vision des jeunes, selon Serge Garcet. « La femme est vue comme un objet. La pornographie, c’est l’inégalité des sexes, une sexualité et un plaisir construits sur le rapport de force et la violence. Dans les questionnaires, il y a des jeunes filles qui admettent avoir des rapports non consentis. La violence peut se manifester sous forme d’une mise en scène violente… Et de nombreux jeunes garçons envoient des photos de leur sexe: c’est tout de même une forme d’agression sexuelle d’imposer le visionnage de son sexe en érection à une personne qui ne l’a pas demandé!»
Dans le cadre de sa fonction d’expert judiciaire, Serge Garcet a régulièrement expertisé des auteurs de viols «Un garçon de 18 ans qui n’avait pas compris le “stop” de sa partenaire expliquait: “Les filles disent non pour dire oui. Au début la femme est réticente, on va un peu la forcer, puis elle va se pâmer de jouissance.” » En plus de renforcer la vision inégalitaire des rapports de genres, la pornographie donne une légitimité à l’estompement des limites.
Les électeurs doivent être consultés par référendum en mai pour dire s'ils souhaitent ou non l'abrogation du huitième amendement de la Constitution, inscrit en 1983, qui consacre l'égalité du droit à la vie de la mère et du foetus. L'abroger reviendrait à permettre au parlement de légiférer en la matière.
Le gouvernement compte rédiger un projet de loi dans la lignée des recommandations faites par une commission parlementaire réunissant plusieurs partis, qui visent à autoriser l'avortement sans restrictions jusqu'à 12 semaines de grossesse.
A Dublin, le cortège des opposants à l'avortement, qui ont réussi leur plus grande mobilisation depuis le début de leur campagne, s'est échelonné sur plus d'un kilomètre dans les rues. La radio-télévision irlandaise RTE a estimé qu'ils étaient plusieurs dizaines de milliers à manifester.
"Si le huitième amendement est abrogé, l'Irlande sera anéantie", a estimé un participant de 50 ans, John O'Leary, qui brandissait un portrait de Saint Patrick, le saint patron de l'Irlande.
Deux sondages rendus publics en janvier ont montré que plus de 50% des électeurs étaient favorables à la proposition d'autoriser l'avortement jusqu'à 12 semaines de grossesse, tandis qu'un peu moins de 30% y étaient hostiles, les autres se disant indécis.
Ces enquêtes traduisent un profond fossé entre générations, une majorité nette d'électeurs de plus de 65 ans se disant opposés à tout assouplissement des règles sur l'avortement.
Du Soir de ce jour (p. 8) (via la revue de presse de l'archevêché), ces propos de journalistes, révélateurs de la perception que l'on a du pontificat actuel dans les médias et l'opinion publique :
La crise de la pédophilie affecte l’aura de François
Le 13 mars 2013, Jorge Bergoglio était élu pape. Cinq ans plus tard, l’état de grâce est passé. La popularité du souverain pontife est écornée par les scandales. Son élection a profondément changé l’image de l’Eglise. Pape superstar dans les premières années de son pontificat, François a rapidement séduit à travers le monde par sa simplicité et son attitude « anti-bling-bling », son apparente ouverture sur des questions comme l’homosexualité, sa volonté farouche de faire le ménage au sein de la Curie romaine et son franc-parler. Que reste-t-il de cet état de grâce des débuts ? Force est de constater qu’après cinq années au Vatican, l’évêque de Rome déçoit. Le dossier de la pédophilie commence en effet à sérieusement affecter le pontificat de l’Argentin. Depuis son voyage au Chili surtout, les associations de victimes ne décolèrent pas et de plus en plus de voix critiques se font entendre. Lors de ce périple latino-américain, il s’était en effet affiché plusieurs fois aux côtés de l’évêque Barros, accusé par les associations chiliennes d’avoir couvert plusieurs prêtres pédophiles. (Page complète) Une réforme difficile
Jorge Bergoglio a été élu pour réformer la Curie. Rapidement, il a créé un secrétariat de l’économie, chargé de mettre de l’ordre dans les comptes de l’OIR, la banque du Vatican. Et mis en place son « C9 », soit un conseil de neuf cardinaux, pour l’épauler. Reste que ladite réforme, toujours en gestation, traîne à aboutir. Le projet de révision de la constitution de la Curie a pris du retard, mais le travail serait achevé « aux trois quarts », selon le secrétaire du C9. Ces deux organes stratégiques sont par ailleurs fragilisés par la situation du cardinal Pell, accusé d’attouchements et suspendu de ses fonctions. Or, il était membre du C9 et secrétaire à l’économie.) Un synode peu concluant
Rapidement, François s’est illustré par un « ton » différent de ses prédécesseurs sur les questions de morale familiale et sexuelle. Les espoirs étaient donc grands, notamment chez de nombreux laïcs, pour que son synode sur la famille assouplisse la doctrine. Au final, ce grand synode a surtout révélé un clivage radical entre conservateurs et « progressistes » au sein de l’Eglise. Les propositions portant sur les divorcés remariés et les couples homosexuels n’ont pas été adoptées, faute de voix suffisantes. Un nouveau synode adressé à la jeunesse se tiendra en octobre 2018. Donnera-t-il plus de résultats ?
Benoît XVI réaffirme sa continuité théologique avec le Pape François
Le Pape émérite a écrit une lettre au préfet du Secrétariat pour la Communication, Mgr Dario Edoardo Viganò, à l’occasion de la présentation du recueil “La Théologie du Pape François”, édité par la LEV, la Librairie Éditrice Vaticane.
Une lettre personnelle de Benoît XVI sur la continuité avec le pontificat du Pape François : le préfet du Secrétariat pour la Communication, Mgr Dario Edoardo Viganò, l’a rendue publique à l’occasion de la présentation ce lundi de l’ouvrage collectif La Théologie du Pape François édité par la Librairie Éditrice Vaticane.
«J’applaudis cette initiative qui veut s’opposer et réagir au préjugé insensé selon lequel le Pape François serait un homme purement pratique, privé d’une formation théologique ou philosophique particulière, alors que moi j’aurais été uniquement un théoricien de la théologie qui n’aurait pas compris grand-chose de la vie concrète d’un chrétien aujourd’hui», affirme Benoît XVI dans cette lettre.
Le Pape émérite remercie pour avoir reçu en cadeau les 11 livres écrits par les théologiens de réputation internationale qui composent le recueil supervisé par don Roberto Repole, président de l’Association théologique italienne. «Les petits volumes, ajoute Benoît XVI, montrent à raison que le Pape François est un homme d’une profonde formation philosophique ou théologique, et aident donc à voir la continuité intérieure entre les deux pontificats, même avec toutes les différences de style et de tempérament».
Durant la conférence de présentation, le nouveau responsable de la Librairie Éditrice Vaticane, le frère Giulio Cesareo, OFM Cap, a précisé que des négociations sont en cours avec des éditeurs pour la diffusion de ce recueil. Pour le moment des accords ont été signés pour sa distribution en anglais, en espagnol, en français, en portugais, en polonais et en roumain.
«Le discours du Pape François sur l’immigration est très équilibré»
Entretien avec François Huguenin, l'auteur du "Pari chrétien"
Dans Le Pari chrétien (Editions Tallandier, 2018), l’historien des idées François Huguenin s’interroge sur les conditions nouvelles dans lesquelles les chrétiens affrontent leurs responsabilités politiques. Comment être une minorité créatrice, influente, dans un monde qui a cessé d’être chrétien ? La réponse tient dans ce paradoxe : c’est dans leur distance à l’égard du pouvoir que se trouve leur véritable puissance politique. Entretien.
Philippe de Saint-Germain. Dès l’origine, le christianisme s’est pensé comme une religion « dans le monde mais non pas du monde ». Comment ce monde en France a-t-il cessé d’être chrétien ?
François Huguenin. C’est une longue histoire, à l’évolution complexe, et qui remonte au moins au XVIIe siècle. Ce qui est entièrement nouveau, c’est que la déchristianisation va de pair aujourd’hui avec la perte des valeurs communes. Non seulement la société n’est plus chrétienne, mais la morale — qui n’est pas religieuse en elle-même — n’est plus universelle au sens où elle constitue plus un point de rencontre entre chrétiens et non-chrétiens. Pendant des générations, la pratique religieuse a diminué, mais la conscience collective restait de « marque » chrétienne, pour reprendre l’expression de Pierre Manent. De nos jours, les chrétiens pratiquants ne représentent guère plus de 4 à 5% de la population, et la majorité des Français qui persistent à se dire catholiques ne vit plus comme dans une société moralement ou culturellement chrétienne.
En quoi cette situation modifie le rapport que les chrétiens peuvent avoir avec la politique ?
Je pense que cela rend obsolète les postures de domination qui ont longtemps formaté les chrétiens, et plus profondément leur relation au pouvoir. Pourtant, les réflexes demeurent : à droite, la tendance est de confondre christianisme et chrétienté, autrement dit d’attribuer à l’autorité le pouvoir de « faire la norme » ; à gauche, la tentation est de rejoindre le monde en diluant son message au prétexte de rejoindre ses préoccupations. Dans les deux cas, nous restons dans une logique de pouvoir. Or même si le christianisme s’est développé dans le cadre d’une société chrétienne, son existence n’est pas liée à cet état des mœurs ni conditionnée par une forme de pouvoir politique où il tiendrait plus ou moins le manche. Les chrétiens ont d’abord besoin d’une société qui garantisse la liberté religieuse : Vatican II l’a dit clairement, mais les premiers chrétiens le disaient aussi entre le IIe et le IVe siècle !
Le fil d’Ariane des cinq ans du pontificat de François
Un aspect du pontificat a jusqu’à présent été plus discret, mais bien présent : celui de la réforme spirituelle souhaitée par le pape François. Décapante !
Lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires, le cardinal Jorge Mario Bergoglio avait la réputation d’une certaine austérité de vie, qui contraste avec l’image planétaire d’un Pape embrassant les bébés et n’aimant rien tant que le contact avec la foule.
Sauf que… Cette austérité, on la retrouve lorsque le 266e successeur de Pierre célèbre la messe. Visage fermé, pas de sourire, concentration extrême sur ce qu’il est en train de faire : faire descendre le Christ sur la terre. Sur ce moment essentiel qu’est l’Eucharistie, un des nombreux aphorismes du Pape argentin a fait florès : halte aux téléphones portables pendant la messe pour prendre des photos, car « la messe n’est pas un spectacle ! ». C’est au contraire aller « à la rencontre de la Passion et de la Résurrection du Seigneur »…
Une suggestion du cardinal Sarah
Au passage, c’est un point sur lequel le souverain pontife se retrouve avec le cardinal Robert Sarah, son « ministre » en charge du Culte divin au Vatican, et très sensible au respect de la liturgie. Plusieurs sources à Rome ont d’ailleurs confirmé que ce même prélat a suggéré au Pape de faire un cycle de catéchèses sur ce sujet, lors de son audience générale du mercredi. C’est chose faite depuis novembre dernier.
Intelligence artificielle : Terminator au travail ?
Jusqu’où l’intelligence artificielle va-t-elle remplacer l’homme ? Va-t-elle l’aider ou en faire un assisté ? Quels modèles de société dessine-t-elle ?
Pour beaucoup de nos contemporains, l’Intelligence artificielle (en abrégé, I.A.) fait penser à Terminator et cette image dystopique révèle une peur sourde : celle d’être dominés, remplacés, voire anéantis. C’est l’ancestrale peur du loup, mais aussi celle de l’autre, différent et puissant. Cela traduit aussi la conscience que la machine travaille pour l’homme sans relâche ni gratification et qu’un jour, le robot pourrait se libérer de sa servitude.
Ces cauchemars peuvent détourner notre attention d’enjeux concrets, auxquels ils font pourtant écho : l’utilisation généralisée de l’I.A. va probablement « terminer » un modèle socio-économique et contribuer à l’avènement d’un nouveau. Reste à savoir qui sera éliminé ou remplacé, victime de cette autre forme de Terminator.
L’intelligence artificielle, Terminator du plein emploi ?
L’un des lieux de fracture majeurs concerne l’emploi. Certes, E. Brynjolfsson and A. McAfee affirment avec raison que l’homme ne connaîtra pas la même obsolescence que le cheval. Pourtant, les métiers répétitifs sont en cours d’automatisation et la machine se révèle déjà plus habile que l’homme dans de nombreux domaines d’expertise allant de l’interprétation de données à l’organisation. Outre les chauffeurs et manutentionnaires, l’I.A. remplacera donc aussi des radiologues, des analystes et de nombreux managers. Vu la vitesse du phénomène, il est difficile d’imaginer que de nouveaux métiers naîtront assez vite pour les occuper. Il nous faut donc abandonner le rêve d’un plein emploi numérique pour penser, dans les pays les plus développés, une société de la rareté du travail.
Les domaines où l’homme sera le moins susceptible d’être remplacé par une intelligence artificielle sont ceux impliquant la créativité et une aptitude à la relation humaine. Avec de tels critères d’employabilité, nos économies risquent de devenir plus inégalitaires. Comment, dès lors, préserver le lien social ? Certes, il existera des fonctions simples pour lesquelles l’emploi d’un humain restera plus rentable. C’est actuellement le cas de la manutention dans certains entrepôts de vente par correspondance. Mais c’est un ordinateur qui définit alors en détails les tâches à accomplir. Certaines machines travaillent pour des hommes ; certains hommes travaillent déjà pour des machines.
En outre, si la perspective de voir disparaître des tâches pénibles est réjouissante, le travail joue un rôle aux différents niveaux de la pyramide de Maslow : il constitue un lieu de socialisation et une source de dignité autant que de revenus. Si le recours généralisé à l’I.A. apporte le développement économique attendu, faut-il que cette manne soit simplement partagée pour permettre à chaque citoyen de rester un consommateur solvable ?
Une réflexion pourrait être entamée sur la façon de rétribuer des actions socialement utiles pour lesquelles il n’existe pas de modèle économique : sera-t-on un jour payé pour s’occuper de ses enfants, avoir une activité artistique ou visiter ses voisins âgés ? Il faudrait pour cela abandonner la notion de travail, au sens économique du terme, pour celle d’activité. La machine viendrait alors en complément de l’humain, à l’échelle de la société.
Remplacer ou compléter l’humain ?
Il serait cependant dommageable que cela se fasse au prix d’une perte de qualification dans des domaines professionnels ou personnels, comme la conduite automobile, les relations sociales ou les choix de vie. Dans un futur proche, nous serons de plus en plus assistés. L’intelligence artificielle va-t-elle rendre l’homme plus ou moins intelligent ? Certains, comme Joi Ito (https://joi.ito.com ) font le pari d’une interaction humain-machine : en développant le concept de society in the loop, le directeur du MIT Média Lab tente de créer un cercle vertueux d’apprentissage réciproque et une collaboration de deux formes d’intelligence. Encore faut-il que cette approche puisse s’imposer dans un contexte souvent régi par une philosophie utilitariste pour laquelle seuls importent les résultats chiffrés.
Finalement, ces décisions seront entre les mains des propriétaires de l’intelligence artificielle. Or, les ressources nécessaires à son développement sont possédées par un petit nombre d’acteurs privés, essentiellement Nord-Américains. Certains pays d’Asie ont choisi de compenser ce fait par un investissement public massif. Quelles seront les décisions de l’Europe ?