D'Olivier Roy (*) sur le site du Nouvel Obs :
Le croyant est-il un consommateur comme un autre ?
TRIBUNE. Après le temps de l’œcuménisme contre le virus, l’Eglise a fait de la réouverture des lieux de culte un casus belli avec l’Etat. Sauf qu’au lieu d’arguments théologiques, elle emploie une logique d’association de défense. Analyse du grand politiste.
Face au Covid, les grandes religions (christianisme, islam, judaïsme) ont réagi, en Europe du moins, de la même manière : les clergés et les institutions dominantes ont appelé les fidèles à suivre la normativité sanitaire imposée par les Etats séculiers, ce qui implique une quasi-interdiction de la pratique collective religieuse (messes, cultes, prières, pèlerinages, grandes fêtes religieuses comme Pâques, Pessah et Ramadan). L’argument avancé pour convaincre les fidèles est un principe d’éthique religieuse proclamé par les trois religions : il ne faut pas mettre en danger la vie d’autrui. C’est un argument qui n’est pas spécifiquement religieux, puisqu’il est évidemment partagé par les non-croyants. C’est donc un argument plus éthique que théologique.
Des personnalités religieuses minoritaires et conservatrices se sont opposées à cette suspension, soit en niant l’importance de l’épidémie, soit au contraire en y voyant un signe de la colère de Dieu qu’il faut entendre et non combattre. Dans la première catégorie, on trouve bien sûr les évangéliques à l’étranger (comme le pasteur Jerry Falwell Jr aux Etats-Unis, allié de Trump, et Jair Bolsonaro au Brésil), mais aussi des catholiques conservateurs (comme l’équipe du site Salon Beige en France) et jusqu’au ministre israélien de la Santé démissionnaire, le rabbin ultraorthodoxe Yaakov Litzman.
Le club des prophètes de malheur
Dans la seconde, se manifestent d’autres catholiques plus radicaux qui voient dans l’épidémie l’expression de la colère de Dieu contre, au choix, le mariage homosexuel ou la « dérive hérétique » du Pape François (à qui on reproche d’avoir laissé installer une statue de la déesse Pachamama dans une église de Rome, à l’occasion du synode sur l’Amazonie, en octobre dernier). Ce club des prophètes de malheur compte aussi des mollahs iraniens, des imams salafis et quelques rabbins. Tous considèrent que la pratique religieuse collective est la meilleure protection contre l’épidémie (argument avancé chez les Haredims juifs à Brooklyn comme à Jérusalem et chez des imams chi’ites de Qom à Mashhad).






Le Premier ministre français Edouard Philippe a dévoilé, devant les députés réunis ce mardi 28 avril, le plan de déconfinement établi par le gouvernement de la république. 

