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Histoire - Page 2

  • Quand Léon XIV célèbre « le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée »

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    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Place Saint-Pierre
    Mercredi 17 juin 2026

    Catéchèse. Le Voyage apostolique en Espagne

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    Aujourd’hui, je souhaite vous proposer quelques réflexions sur le voyage apostolique que j’ai effectué la semaine dernière en Espagne, visitant Madrid, Barcelone, l’abbaye de Montserrat et les îles Canaries.

    Après un long périple dans quatre pays africains, je me suis cette fois retrouvé plongé dans un pays européen doté d’une ancienne et très riche tradition catholique. Et il est apparu clairement que dans l’Espagne d’aujourd’hui, qui a connu de notables changements sociaux et culturels, le Pape a été accueilli partout avec enthousiasme et ouverture à l’écoute. J’en rends grâce à Dieu et à tout le peuple espagnol, au Roi et aux autorités civiles, aux évêques et aux communautés ecclésiales.

    Le peuple de Dieu m’a beaucoup réconforté par la manifestation joyeuse de sa foi et de son affection. À mon tour, j’ai confirmé les fidèles et, comme évêque de Rome, je les ai encouragés à surmonter toute forme de division et d’opposition en cultivant toujours la communion, le dialogue, l’unité dans la diversité. Tel est le service propre au Successeur de Pierre, service qui trouve une expression spécifique dans les voyages apostoliques, chaque fois adaptée aux situations ecclésiales et sociales des pays visités.

    En Espagne, j’ai pu constater avec joie à quel point les gens, de tous âges et de toutes conditions, attendaient la visite du Pape : partout, j’ai trouvé des foules venues m’accueillir avec une grande chaleur. Cela n’allait pas de soi, et cela mérite réflexion. Naturellement, cette participation exprime avant tout, comme je le disais, la foi du peuple espagnol ; en même temps, je pense qu’elle manifeste le besoin généralisé de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique. Ce fondement que seul le Christ, en dernière analyse, peut garantir, et que l’Évangile, à travers les « inculturations » nécessaires, peut transmettre dans la vie des peuples. Il le peut parce que son message répond pleinement à ces deux exigences : la recherche de la vérité et la soif de justice.

    À Madrid et à Barcelone, nous nous sommes rassemblés dans les grandes cathédrales ainsi que dans des stades ultramodernes. Nous avons prié le Saint Rosaire à l’abbaye de Montserrat. Nous avons célébré la messe à la Sagrada Familia, symbole majestueux, symphonie de pierre et de lumière qui parle à tous du mystère chrétien. Cette rencontre entre l’ancien et le moderne, entre la tradition catholique et la culture contemporaine, m’a fait percevoir de manière vive le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée. Il s’agit d’un patrimoine à préserver avec soin, afin de pouvoir l’investir dans le monde d’aujourd’hui avec ses défis historiques : la paix, l’écologie intégrale, le développement équitable et durable, le respect de la dignité humaine. Ce sont là des défis que le Concile Vatican II avait déjà clairement reconnus et sur lesquels le Magistère qui a suivi est revenu, jusqu’à ma récente encyclique Magnifica humanitas, qui vise à protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.

    J’ai perçu, à travers ces différentes rencontres, le besoin d’entendre dans la voix du Pape l’Évangile de l’espérance pour notre humanité d’aujourd’hui, durement éprouvée par les conséquences négatives d’un modèle de développement trompeur. Ce besoin, qui s’est exprimé à travers les nombreux témoignages que j’ai pu entendre – des témoignages tantôt émouvants, tantôt édifiants –, je l’ai reconnu aussi et surtout sur les visages des petits et des pauvres que j’ai rencontrés : celui de l’enfant qui m’a lu sa lettre à la paroisse ; celui de certaines victimes d’abus, qui demandent à être écoutées ; des détenus qui m’attendaient en prison ; des jeunes pleins d’inquiétude et de projets ; des migrants dans les centres d’accueil des Canaries.

    C’est précisément là, aux îles Canaries, dernière étape de notre itinéraire, qu’une clé de lecture globale m’a été offerte. Elle m’a été offerte, d’une part, par la situation géographique même de cet archipel ; et, d’autre part, par la réalité d’une Église locale qui accueille un grand nombre de migrants forcés, provenant surtout d’Afrique. Nous savons que le phénomène migratoire est complexe et qu’il exige des plans d’action cohérents et concertés. Mais cette clé de lecture ouvre une perspective différente et plus large : elle nous fait comprendre comment nous sommes appelés à relire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en échangeant les dons de nos cultures respectives, et en particulier les fruits produits en elles par la fécondité du message du Christ. Et l’un de ces fruits est précisément le dialogue entre les personnes et entre les peuples, la rencontre dans un esprit de fraternité, qui permet de découvrir et d’apprécier mutuellement les valeurs dont l’autre est porteur. Ce chemin n’est pas facile, il exige de la bonne volonté et l’aide de Dieu, mais c’est le chemin qui mène à la civilisation de l’amour.

    Chers frères et sœurs, la devise de ce voyage apostolique était “Alzad la mirada”, “Levez les yeux!” (cf. Jn 4, 35). Ce sont les paroles de Jésus, adressées à ses premiers disciples, pour leur apprendre à voir dans les personnes et dans les foules le désir de vie, de vérité, de plénitude. C’est à moi d’abord que le Seigneur répète ces paroles, et par sa grâce, j’en ai fait l’expérience également au cours de ce voyage. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous cette invitation : levons les yeux ! Apprenons de Jésus à regarder notre prochain, les gens, le monde «avec les yeux de Dieu», c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.

    Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont prié pour le bon déroulement de ce voyage apostolique, en particulier les communautés de moniales contemplatives, qui, en Espagne, grâce à Dieu, sont très nombreuses. Continuez à prier, afin que, par l’intercession de la Vierge Marie, les graines que j’ai semées portent des fruits abondants. Merci !

  • Chesterton et la crise de la civilisation occidentale

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    De Ruadhan Jones sur le Catholic Herald :

    Chesterton et la crise de la civilisation occidentale

    Un débat transatlantique persiste quant à la question de savoir si les États-Unis ou l'Europe sont plus riches. Il est surprenant d'observer ce phénomène, non pas parce que les arguments sont déraisonnables, mais parce qu'il illustre parfaitement une tendance à se focaliser sur les détails au détriment de l'essentiel. Les deux camps sont exceptionnellement riches ; pourtant, leurs citoyens semblent nourrir un profond mécontentement. Ils refusent d'avoir des enfants, la consommation de drogue explose et le discours politique et social est marqué par une violence et des manifestations croissantes, pour ne citer que quelques indicateurs. Ce constat a été relevé par Dan O'Brien, économiste en chef de l'Institut des affaires internationales et européennes, qui a suggéré que le décalage entre richesse financière et satisfaction des individus est dû à la consultation compulsive d'informations anxiogènes. J'estime, quant à moi, qu'en analysant les données de cette manière, O'Brien met involontairement en lumière l'une des caractéristiques clés du déclin civilisationnel, tel que décrit par G.K. Chesterton, journaliste et converti au catholicisme du XXe siècle.

    Dans son ouvrage « L'Homme éternel », Chesterton, analysant le déclin de l'Empire romain, affirme : « Le désespoir ne réside pas dans la lassitude de la souffrance, mais dans la lassitude de la joie. C'est lorsque, pour une raison ou une autre, les biens d'une société cessent d'être bénéfiques que la société commence à décliner. » Ceci explique comment il est possible que nous soyons, selon la plupart des critères modernes, heureux – c'est-à-dire matériellement prospères – et en même temps profondément déprimés. Le bienfait des sociétés occidentales modernes résidait dans un niveau de prospérité et de confort inimaginable pour nos ancêtres. Que ce soit à gauche ou à droite, socialistes ou libertariens, le confort économique et matériel a été au cœur de nos débats politiques. Or, ce critère essentiel n'est plus pertinent ; dans une société comme la nôtre, suggère Chesterton, il sera difficile de mesurer le déclin, car ce sont les biens qui se détériorent. C'est un peu comme admirer une récolte de pommes en apparence saine, sans savoir qu'elles pourrissent de l'intérieur.

    Mais pourquoi se sont-elles dégradées ? Qu'est-ce qui a provoqué le déclin d'une société forte et prospère, devenue en apparence toujours forte et prospère, mais profondément malheureuse ? Chesterton apporte une réponse convaincante : la mythologie de cette société, source de ses idéaux, est morte. Il en fut de même à Rome, où les mythes fondateurs de l'empire s'estompèrent peu à peu, à mesure que l'on comprit qu'il ne s'agissait pas d'une véritable religion ancrée dans la réalité, mais de mythes à rejeter ou à instrumentaliser à des fins personnelles.

    On pourrait dire la même chose, me semble-t-il, du mythe fondateur de notre époque : le libéralisme, avec sa promesse de libertés absolues et de bonheur humain pour la figure mythique de l’individu libéral. Le libéralisme promettait que nous pourrions poursuivre ce qui nous rendait heureux, car l’homme déterminerait ses propres fins, et que l’ordre politique garantirait un équilibre entre les besoins conflictuels sans préjugés.

    Mais cette situation a dégénéré – soudainement d'un point de vue laïque, inévitablement d'un point de vue de droit naturel – en une politique identitaire factionnelle. On a renoncé à jouer la carte de la neutralité et de l'équilibre, pour se tourner plutôt vers ce qui semblait être la promesse centrale du libéralisme : la liberté absolue d'assouvir nos désirs personnels. « Les hommes recherchent des péchés plus étranges ou des obscénités plus choquantes pour stimuler leurs sens blasés… ils tentent de se donner à cœur joie », écrivait Chesterton à propos de Rome. Il aurait tout aussi bien pu écrire à propos de Londres ou de Dublin en 2026, tant ces villes sont gangrenées par la toxicomanie, les perversions sexuelles, la corruption financière et la cupidité. Chesterton savait que la mort d'un mythe laisse un vide qu'il faut combler.

    Ce qui est absurde pour Rome, comme pour nous, c'est que notre civilisation actuelle se meurt au moment même où elle n'a jamais été aussi forte. La culture occidentale, grâce à l'hégémonie américaine dans ce domaine, est devenue la force dominante à travers le monde. Chacun aspire à la prospérité que nous avons atteinte. Même la Chine, pourrait-on dire, est plus occidentale qu'orientale dans sa vision du monde, ayant assimilé la doctrine de cette hérésie quasi-chrétienne qu'est le marxisme. Les parallèles avec la Rome de Chesterton sont, une fois de plus, frappants. « Il ne restait plus rien qui puisse conquérir Rome », écrit-il, avant d'ajouter : « mais il ne restait plus rien non plus qui puisse l'améliorer. »

    Autrement dit, rien de propre à la religion ne pouvait l'améliorer ; à moins d'y ajouter un nouvel ingrédient pour la renouveler. À cet égard, les Romains furent chanceux, car le Christ vint combler le vide avec une foi qui était, comme J.R.R. Tolkien l'expliquait à C.S. Lewis, un véritable mythe. Tandis que la plupart des religions faisaient un compromis avec Rome, offrant nominalement leur obéissance au divin César en échange de la liberté de culte, une petite secte commença à semer le trouble, refusant cette tolérance superficielle au profit de la vérité. Qu'obtinrent-ils en récompense ? D'abord la persécution, mais finalement la réhabilitation.

    Comme l'ont soutenu Chesterton, et après lui le célèbre historien Christopher Dawson, le christianisme possède un pouvoir de régénération unique. Dawson le considère comme la caractéristique essentielle de la culture occidentale, par opposition aux autres grandes civilisations : sa capacité à renaître et à se renouveler de l'intérieur, en équilibrant les forces statiques et dynamiques. Comment cela est-il possible ? Grâce à l'espoir qui réside en nous, « errant, extravagant, excessivement attaché à des chances fugaces », écrit Chesterton. Ainsi, tandis que le reste du monde se querelle au sujet du PIB, nous savons que les problèmes sont plus profonds et que la solution, elle aussi, ne réside pas dans l'économie, mais dans la foi. C'est seulement par un retour au Christ que l'Europe « renouvellera sa jeunesse comme l'aigle », comme elle l'a fait tant de fois déjà.

  • Saint Jean-François Régis : les greniers de Dieu sont toujours pleins

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    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    Jean-François Régis rappelle que les greniers de Dieu sont toujours pleins

    Mort en 1640 à Lalouvesc d’un refroidissement attrapé en parcourant en plein hiver les monts du Vivarais afin d’en ramener au catholicisme les paysans séduits par la Réforme protestante, le jeune jésuite Jean-François Régis est à bon droit vénéré comme l’apôtre de ces contrées désolées par les conflits religieux, les révoltes, les pestes et la disette. L’on oublie cependant souvent qu’en dehors des périodes de missions, il consacra une bonne partie de sa vie à sauver les femmes que la misère forçait à la prostitution. Cet apostolat décrié lui valut maints déboires et insultes, voire plusieurs tentatives de meurtre, mais aussi des grâces qui assurèrent, de son vivant, sa réputation de thaumaturge.

    Les raisons d'y croire

    • À dix-huit ans, alors qu’il sait depuis longtemps qu’il a la vocation, il acquiert la certitude, après une période de discernement, qu’il doit rejoindre la Compagnie de Jésus. Régis n’agit donc pas sur un coup de tête, mais fait preuve de prudence et de sagesse. Cependant, même si ce choix peut sembler normal, puisqu’il a été élevé chez les jésuites de Béziers, il ne les choisit point par facilité ou par sentimentalisme, mais parce qu’il admire leur capacité à se donner entièrement à Dieu.
    • Il devra maintes fois aller à l’encontre de son tempérament et de son éducation pour accomplir ce qu’il estime être les vues de Dieu sur lui. Il faut qu’il soit très sûr de sa vocation pour tenir dans un choix qui l’expose aux reproches de sa propre famille et des mondains qui tourneront sa sainteté en ridicule.
    • L’apostolat auprès des prostituées a mauvaise presse, car il expose aux tentations de la chair et provoque la colère des souteneurs et des clients qui deviennent facilement violents et menaçants. Au moins à trois reprises, il est victime de guet-apens et de tentatives d’attentats de la part d’hommes auxquels il a arraché une jeune fille et qui veulent le tuer. Se consacrer à cette œuvre est d’autant plus méritoire qu’elle donne peu de satisfactions et beaucoup d’ennuis. Régis le sait, car il va en expérimenter tous les désagréments, mais sans renoncer. « Ma vie est de gagner des âmes à Dieu ! », explique-t-il.
    • L’argent manque souvent, en raison de l’extrême misère de la région, ruinée par la guerre civile et les épidémies. Il faut parvenir à assurer le quotidien du Refuge, qu’il a fondé à l’intention des filles perdues, et du Bouillon, une soupe populaire qui nourrit des centaines de pauvres. Il est aidé par Marguerite Cornilhon. Un jour, celle-ci lui déclare qu’il n’y aura rien à manger, car les réserves de la maison sont totalement épuisées. Sans s’émouvoir, Régis lui déclare qu’elle a mal regardé et que le cellier regorge de provisions. Quand elle y va voir, non sans avoir dit qu’elle a bien vu ce qu’il en était, elle constate, stupéfaite, qu’il a dit vrai et que l’on ne manque de rien. Comme elle s’étonne, Régis répond : « Ma fille, les greniers de Dieu sont toujours pleins. »
    • En effet, sa réputation de thaumaturge est déjà très forte de son vivant. Les sources anciennes sur sa vie (notamment la biographie écrite par le jésuite Jean de La Broüe en 1644) rapportent des miracles de « connaissance des cœurs ». De nombreux pénitents expliquent que Régis leur rappelait avec précision des péchés qu’ils n’avaient pas mentionnés.
    • Régis possède aussi une réputation extraordinaire de convertisseur. Des ennemis de l’Église ou des personnes vivant publiquement dans le péché changent de vie après une seule rencontre avec lui. Ses contemporains sont frappés par l’effet immédiat de sa parole sur les consciences. L’extraordinaire fécondité de son apostolat et les conversions en masse qui accompagnaient ses missions sont dûment attestées.
    • Après sa mort, à Lalouvesc, son tombeau devient rapidement un centre de pèlerinage. De très nombreuses guérisons y sont rapportées pendant près d’un siècle. Ces récits alimentent son procès de béatification, puis de canonisation. Les archives ecclésiastiques mentionnent des guérisons de paralysies, de cécités et de maladies chroniques, toutes attribuées à son intercession. L’Église n’a pas accepté indistinctement tous les récits miraculeux, mais une sélection critique a été opérée : sur huit miracles proposés, le médecin pontifical Giovanni Maria Lancisi n’en a admis que deux comme réellement inexplicables, lesquels furent retenus pour la canonisation.

    En savoir plus

    Né à Fontcouverte, dans l’Aude, le 31 janvier 1597, Jean-François est le second fils de Jean Régis, un hobereau qui vit des terres familiales depuis qu’il a renoncé au métier des armes, et de Madeleine d’Arse. Rien, au contraire, ne le prédispose à choisir l’état religieux. Dans la famille, l’on est plus disposé à défendre les intérêts de l’Église les armes à la main que par la parole et la douceur évangélique. Pourtant, après ses études chez les jésuites de Béziers, il choisit de rejoindre la Compagnie de Jésus en 1617. Il est ordonné avec un an d’avance, en 1630, le dimanche de la Trinité.

    D’emblée, il ne cache pas être attiré par l’exemple héroïque de Louis de Gonzague, mort en soignant les pestiférés, et ceux des pères morts martyrs dans les missions lointaines en allant porter l’Évangile aux païens. Son rêve est de donner sa vie pour le Christ et le salut des âmes. Mais ses supérieurs refusent de le laisser devenir aumônier auprès des pestiférés de l’hôpital, comme il le demandait, et l’envoient occuper un poste d’enseignant au Puy. Obéissant, il l’accepte. On lui dit : « Le Vivarais sera votre Canada ! » ; et il décide de se donner pleinement à cette mission en apparence moins exaltante.

    Il se réjouit surtout de pouvoir ramener au catholicisme les populations du Vivarais, qu’il édifie par sa charité. Son zèle apostolique et sa témérité le poussent à s’aventurer en plein hiver dans des montagnes désolées malgré les loups, les brigands, les précipices et les dangers de toutes sortes... Si on lui reproche son imprudence, il affirme que Dieu le protégera aussi longtemps qu’il sera utile à son service. Il édifie ses contemporains par ses longues stations nocturnes dans des églises glaciales pour vénérer le saint sacrement. Très vite, l’on s’aperçoit qu’il possède des dons de thaumaturge, de lecture dans les âmes et de prédiction de l’avenir. Les foules accourent quand on annonce : « Voici le saint qui passe ! »

    Il est convaincu qu’il mourra jeune et s’en réjouit. C’est dans ces dispositions d’esprit et avec la certitude qu’il n’en reviendra pas qu’il part prêcher une mission dans les environs de Lalouvesc en décembre 1640. Une nuit passée à la belle étoile par un froid glacial porte un coup fatal à sa santé, déjà chancelante. Il refuse de se reposer et confesse jusqu’au bout dans une église glacée. Il meurt d’une pneumopathie le 31 décembre au terme d’une douloureuse semaine d’agonie, heureux car il voit Jésus et Marie venir au-devant de lui pour lui ouvrir le séjour du bonheur éternel.

    Son corps reste à Lalouvesc, qui lui élève une splendide basilique, malgré le désir des Jésuites de le ramener au Puy. Il est canonisé en 1737.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Aller plus loin

    Jean de La Broüe, La Vie, les vertus, les miracles du R.P. Jean-François Régis, Le Puy, 1650.


    En complément

  • Saint Jean-François Régis, le "marcheur de Dieu" (16 juin)

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    Du site des Jésuites de l'Europe Occidentale Francophone :

    Saint Jean-François Régis (1597-1640) : biographie par le sanctuaire de Lalouvesc 

    Le saint “marcheur de Dieu” 1597-1640

    Saint Régis

    Jésuite français né à Fontcouverte dans l’Aude, Jean-François Régis est le saint patron des jésuites de la Province de France. Sa vie témoigne de la vitalité des premiers jésuites “missionnaires de l’intérieur” qui parcourent montagnes et vallées pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume.

    Le nom de Régis reste lié à celui de Lalouvesc, petite ville d’Ardèche, où il est mort d’épuisement. Depuis les pèlerins ne cessent de venir…

    Qui était saint Jean-François Régis ?

    Régis naît à Fontcouverte en Languedoc en 1597. Son nom de famille va devenir grâce à lui un prénom. La France sort des Guerres de Religion et connaît un vrai printemps d’Église, avec des saints comme François de Sales ou Vincent de Paul.

    Avec “un visage épanoui, un abord gai, riant, franc et familier”, sans parler de son mètre 92, c’est une vraie force de la nature, ce qui lui permet d’intervenir, vigoureusement au besoin, pour fermer la bouche des blasphémateurs, pour défendre des prostituées du Puy contre leurs souteneurs, ou simplement pour parcourir sans relâche les montagnes du Vivarais, des Cévennes et du Velay. Sa ferveur mystique impressionnait : “On aurait dit qu’il respirait Dieu seul … “, de même la chaleur de son accueil pour les montagnards venus par temps de neige à sa rencontre : ” Venez, mes enfants, je vous porte tous dans mon cœur “.

    Au Puy, ” le père des pauvres ” n’arrête pas d’hôpital en prison, de taudis en soupe populaire, de lutte contre le chômage ou le marché noir en maison d’accueil … Et grâce à lui, parfois, la fille de rue devient dentellière!

    Il y laissera sa santé et sa vie. C’est dans ce pays de rude climat, pour apporter à ses “enfants” montagnards la parole de Dieu, qu’il mourut de froid et d’épuisement, un 31 décembre, à Lalouvesc où l’on vient aujourd’hui encore en pèlerinage.

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  • 13 juin 313 : promulgation de l'Edit de Milan

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    Le document qui a changé l'histoire du christianisme

    Une lecture de l'évènement, éventuellement sujette à discussion, est proposée par Zenit.org sous la signature de Mgr Vitaliano Mattioli :

    L’Edit de Milan, de 313, par lequel l’empereur Constantin (306-337) reconnut la liberté de culte à la religion chrétienne, fête ses 1700 ans cette année.

    Mais quelle est l'actualité de l'Edit de Milan? Explications de Mgr Vitaliano Mattioli, professeur à l’Université pontificale urbanienne et vice-président de l’Institut pontifical Saint-Apollinaire.

    « Selon les sources historiques, Jésus est probablement mort aux alentours de l’an 30 en Palestine qui, depuis l’an 64, était sous la protection de l’empire romain. Cette année-là, le gouverneur (représentant de l’empereur) était Ponce Pilate (26-36), qui signa la condamnation à mort de Jésus.

    Il était d’usage à l’époque que les gouverneurs envoient à Rome un rapport officiel sur ce qui se passait dans la région qui leur était confiée, comme le rapporte le tout premier historien du christianisme, Eusèbe de Césarée (260-340), dans son Histoire Ecclésiastique: « Pilate, En vertu d'une ancienne coutume, qui imposait aux gouverneurs des nations de transmettre les nouvelles au titulaire du pouvoir royal, pour qu’ils soient au courant de tout, a informé l’empereur Tibère… » (II, 2, 1).

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  • En Chine, les catholiques sont durement persécutés par le régime communiste

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    De Victoire Lemoigne sur le site de La Nef :

    En Chine, une Eglise souffrante et divisée

    Les catholiques chinois sont durement persécutés par le régime communiste depuis l’origine et cela ne s’estompe pas malgré « l’accord secret » de 2018. Explication de la situation avec un détour par l’histoire.

    Quand Mao Zedong proclame la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949, l’Église catholique compte un peu plus de 3,2 millions de fidèles et quelque 2600 prêtres chinois. À sa mort, en 1976, l’Osservatore romano dresse un bilan catastrophique : il n’en resterait plus que 500 ou 600. Entre-temps, le régime avait imposé à toutes les confessions le modèle des « trois autonomies », autonomie de gouvernement, de financement, d’apostolat. Traduction : couper chaque Église de ses racines étrangères, c’est-à-dire de Rome. Le 2 août 1957, l’Association patriotique catholique chinoise (APCC) voit officiellement le jour. Sa déclaration fondatrice exalte le « patriotisme comme devoir sacré et commandement de Dieu », dénonce le Vatican comme « traditionnellement anticommuniste, antipopulaire, antisocialiste » et proclame l’indépendance de l’Église de Chine vis-à-vis du Saint-Siège. Dès l’année suivante, l’APCC procède à des sacres épiscopaux sans mandat pontifical. Ces évêques, « validement ordonnés mais illégitimes », sont excommuniés ipso facto. Une ligne de partage s’établit pour des décennies : d’un côté l’Église « officielle », inféodée au Parti ; de l’autre, l’Église « clandestine », fidèle à Rome, acculée à la prison ou à la disparition.

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  • La dévotion au Sacré-Cœur : bref historique

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    De sur le NCR :

    La dévotion au Sacré-Cœur : un bref historique

    Découvrez cette dévotion si chère à nos cœurs.

    En un sens, la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus commence lorsque le cœur de notre Sauveur fut transpercé d'une lance et que du sang et de l'eau en jaillirent. Cependant, ce n'est qu'aux XIe et XIIe siècles que cette dévotion commença à se structurer et à se développer dans les monastères bénédictins et cisterciens, grâce à certains saints bien connus. 

    • Saint Bernard de Clairvaux a inspiré de nombreuses personnes à voir le Sacré-Cœur comme source de notre amour pour Dieu. Saint Bonaventure, saint François d'Assise et sainte Gertrude vouaient eux aussi une profonde dévotion au Sacré-Cœur.
    • Le XVIIe siècle marque le début d'un développement majeur de la dévotion au Sacré-Cœur. Saint François de Sales contribue à promouvoir cette dévotion par ses écrits spirituels centrés sur la relation intime entre Dieu et l'humanité, et en cofondant l'Ordre de la Visitation de Sainte Marie, la communauté religieuse à laquelle appartint plus tard sainte Marguerite-Marie Alacoque, « Apôtre du Sacré-Cœur ».
    • Saint Jean Eudes, fervent fondateur de la dévotion aux cœurs de Jésus et de Marie, a écrit le livre Le Sacré-Cœur de Jésus et a promu la première fête du Sacré-Cœur, célébrée à Rennes, en France, le 31 août 1670.
    • La dévotion se répandit dans toute l'Église lorsque Jésus apparut à sainte Marguerite-Marie Alacoque le 16 juin 1675, durant l'octave de la Fête-Dieu. Jésus demanda que la solennité du Sacré-Cœur soit célébrée le vendredi suivant l'octave de la Fête-Dieu « en réparation de l'ingratitude des hommes envers le sacrifice que le Christ a accompli pour eux ». Il fit également douze promesses concernant son Sacré-Cœur.
    • En 1856, le bienheureux Pie IX en fit une fête universelle pour l'Église et consacra le genre humain tout entier au Sacré-Cœur de Jésus. En 1899, Léon XIII exhorta chacun à la dévotion et à la consécration personnelle au Sacré-Cœur de Jésus dans son encyclique Annum Sacrum .
    • Depuis lors, les papes ont écrit des encycliques promouvant le Sacré-Cœur et la consécration universelle et individuelle, notamment Dilexit Nos du pape François en 2024.
     
  • Gaudí et le miracle de la Sagrada Família

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    De Marc McGinness sur le Catholic Herald :

    Gaudí et le miracle de la Sagrada Família

    Aujourd'hui, 10 juin, pour le centenaire de la mort d'Antoni Gaudí, le pape Léon XIV a célébré une messe solennelle et consacré la tour de Jésus-Christ, la dernière et la plus haute des 18 tours alvéolées de la basilique. Avec ses 172,5 mètres, elle fait de la Sagrada Família l'église la plus haute du monde.

    Le plus grand élément restant à réaliser est la Façade de la Gloire, qui racontera l'histoire de la Résurrection à travers 100 figures sculptées. Sa réalisation pourrait prendre jusqu'en 2035.

    Lors d'une messe célébrée un dimanche de 2023, Peter Stanford décrit la scène comme « baignée de couleurs, qui déferlaient de toutes parts… À l'est, où se dresse la façade de la Nativité, le vert symbolise la fertilité et le bleu la lumière du matin. À l'ouest, autour de la façade de la Passion, les teintes orangées et dorées sont traversées par le rouge du sang versé par Jésus… Et de la façade de la Gloire, encore inachevée, derrière nous, au sud de la nef, un blanc éclatant vient s'ajouter à cette palette. »

    Il avait résisté à toutes les tentatives de l'enrôler dans le processus politique, malgré de nombreuses provocations. Il parvint néanmoins à se faire arrêter – une fois – en septembre 1924. Alors qu'il se rendait à la messe commémorative des Catalans tués lors du siège de Barcelone (1713-1714), il fut interpellé par la Guardia Civil. Interrogé en espagnol, il répondit en catalan. On lui proposa la liberté s'il parlait espagnol, mais il refusa. C'est ainsi que cet homme de 72 ans fut arrêté. Il fut libéré à midi après que Mgr Gil Parés, de l'église, eut payé l'amende. Comme le dit Stanford, il n'en sortit pas victorieux. Il était anéanti.

    L'église avait été épargnée par les manifestants et les émeutiers durant les décennies troubles précédentes, mais en juin 1936, la foule l'envahit, « détruisant les maquettes de Gaudí et brûlant le moindre morceau de papier ». Se tournant ensuite vers la crypte, ils ouvrirent et dispersèrent les restes de l'esprit originel à l'origine de la future basilique, José María Bocabella. Puis ils renversèrent la pierre tombale de Gaudí. Par chance, son cercueil resta intact.

    Qui était cet homme que l'on qualifie aujourd'hui de star de l'architecture ? Né le 25 juin 1852 à Reus ou Riudoms, dans le quartier de Baix Camp, il était le benjamin des cinq enfants de Francesc Gaudí i Serra, chaudronnier, et de son épouse, Antònia Cornet i Bertran. Le lendemain, il fut baptisé Antoni Plàcid Guillem Gaudí i Cornet.

    La maladie lui fit perdre son enfance et, même après ses études, il passa la majeure partie de son service militaire en congé maladie. Cela lui permit néanmoins de poursuivre ses études. Il obtint son diplôme d'architecture en 1878. À l'Exposition universelle de Paris de la même année, il réalisa une vitrine pour le fabricant de gants Comella, qui impressionna tellement l'entrepreneur catalan Eusebi Güell que celui-ci lui commanda certaines de ses œuvres les plus remarquables : des caves à vin, un pavillon, le palais et le parc Güell, ainsi que la crypte de l'église de la Colònia Güell.

    En 1883, il fut chargé de la construction d'une église à Barcelone : le Temple Expiatori de la Sagrada Família (« Temple expiatoire de la Sainte Famille »). À son arrivée, il n'hérita que d'une crypte à moitié achevée et des plans de Francisco de Paula del Villar pour une grande église néo-gothique sans grand intérêt architectural. En 1887, la crypte était terminée et ouverte à la messe quotidienne. En 1914, le nonce apostolique Francesco Ragonesi vint visiter Gaudí et son église et la qualifia de « magnifique poème sculpté dans la pierre ». Gaudí répondit avec lyrisme : « Quel homme ne se sentirait pas poète avec l'église à ses côtés ? »

    Son travail sur la façade de la Nativité semble puiser son inspiration non seulement dans le modernisme – la version catalane de l'Art nouveau – mais aussi dans des éléments classiques, gothiques et baroques. Le souci du détail est extraordinaire : le veilleur de nuit, Josep, est inspiré de Judas Iscariote ; Ponce Pilate, d'un chevrier du coin ; la Vierge Marie, de la sœur d'un maçon. La même attention est portée aux figures animales. Gaudí confia à son premier biographe, Joan Bergós : « Chacun trouvera quelque chose dans l'église. Les paysans y voient des coqs et des poules, les scientifiques les signes du zodiaque, les théologiens la généalogie de Jésus, mais l'explication, la raison d'être de tout cela, seuls les érudits la connaîtront, et elle ne doit pas être divulguée. »

    Dans les années qui suivirent la fin de la Première Guerre mondiale, la principale contribution de Gaudí – outre la façade de la Nativité – fut la réalisation de maquettes complexes indiquant à quoi ressemblerait la basilique une fois achevée. À l'échelle 1/10 et 1/25, deux maquettes en plâtre furent finalement achevées à sa satisfaction en 1923. Les fonds arrivèrent toujours trop lentement pour concrétiser ses ambitions – jusqu'aux années 1980, où des financements internationaux, notamment japonais, commencèrent à affluer. Dès 1926, la construction fut confrontée à de graves difficultés financières. 

    Lorsqu'on lui demandait une date d'achèvement, Gaudí répondait : « Dieu est mon client et Il n'est pas pressé. » Pourtant, comme le souligne Stanford, Gaudí « croyait qu'il était voué à échouer au critère de perfection divin, de la même manière que Job… était condamné à souffrir tout au long de sa vie, quels que soient ses efforts, car il était mis à l'épreuve par son Seigneur, ne connaissant l'amour divin qu'au moment de rencontrer son créateur ».

    Et il connaissait la souffrance. Le jeune homme qui avait perdu sa mère et ses frères et sœurs survivants avant l'âge de vingt ans ; l'adulte qui ne s'était jamais marié ni n'avait connu de relation intime (son unique amour, Pepeta Moreu, avait rejeté le jeune Gaudí après qu'il eut finalement tenté de lui déclarer sa flamme par l'intermédiaire d'une tierce personne). Comme l'ajoute Stanford : « Il se brouillait régulièrement avec ses mécènes ; il était obsessionnel et intransigeant dans le monde de son imagination débordante, cherchant à satisfaire un Dieu exigeant. »

    Stanford brosse un tableau saisissant des derniers jours de Gaudí. Il partait chaque soir de son atelier (qui devint plus tard son domicile) près de la basilique. Jadis élégant, il portait désormais des vêtements usés, « à la fois négligés et délibérés ». Il enfilait de vieilles vestes, souvent rapiécées ou déchirées, les poches pleines de chapelets et de raisins secs ; ses chaussures étaient souvent rafistolées avec de la colle ou de la ficelle.

    Il se rendait à l'oratoire Saint-Philippe-Néri, près de la cathédrale gothique de Barcelone. Il devait assister à un office, puis passer un moment avec son confesseur, le père Lluís Maria de Valls i Riera, avant de retourner à son atelier et de se coucher. Le tramway numéro 30 vrombissait et tintait, s'éloignant de l'Arc de Triomf vers la Plaça de Catalunya. On disait que Gaudí pensait que les tramways devaient céder le passage aux piétons. Il s'est engagé sur sa voie et a perdu connaissance.

    Le conducteur du tramway crut avoir heurté un clochard et s'enfuit. Les trois premiers taxis hélés firent de même. Finalement, un quatrième le conduisit à l'hôpital, passant devant deux de ses créations, la Casa Milà et la Casa Batlló. Le patient inconnu reçut l'extrême-onction. Les jours suivants, entouré de son cousin Josep, de son ami le docteur Alfonso Trias et de quelques collègues de la Sagrada Família, il pouvait à peine parler, mais murmurait parfois : « Jésus, Déu meu . »

    Il mourut à 20h05 le 10 juin 1926 et fut enterré dans la crypte de son magnifique chef-d'œuvre inachevé, la Cathédrale des Mendiants.

    Un siècle plus tard, sa cathédrale est presque achevée. C'est presque miraculeux.

    Lire aussi : Visite guidée de la Sagrada Familia : 5 énigmes divines et trésors cachés

  • L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

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    D'Hélène de Lauzun sur The European Conservative :

    L'ONU, l'esclavage et l'amnésie sélective de l'histoire

    Pères de la Rédemption, tirés de Corsaires barbaresques  (New York : Putnam, 1902) Kelley, JD Jerrold (James Douglas Jerrold) (1847-1922), Auteur. Lane-Poole, Stanley (1854-1931), Auteur.

    La mémoire sélective ne rassemble pas les peuples, mais alimente les ressentiments mêmes qu'elle prétend apaiser.

    Le 25 mars, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution qualifiant la traite transatlantique des esclaves et l'esclavage des Africains de « crime le plus grave contre l'humanité ». Le texte a été adopté par 123 voix contre 3, avec 52 abstentions, dont la France, le Portugal, l'Espagne, le Royaume-Uni et la plupart des pays européens. Les États-Unis, Israël et l'Argentine ont voté contre.

    La portée symbolique de cette résolution est considérable. Nul ne saurait contester que la traite transatlantique des esclaves constitue l'une des plus grandes tragédies de l'histoire de l'humanité. Pendant plusieurs siècles, des millions d'Africains ont été déportés vers les Amériques dans des conditions épouvantables, réduits à l'état de marchandises et intégrés à un système économique fondé sur leur déshumanisation. La mémoire de ce crime mérite d'être reconnue et transmise.

    Mais c’est précisément parce que l’histoire de l’esclavage est trop grave pour être instrumentalisée qu’il nous faut questionner les présupposés idéologiques qui sous-tendent cette résolution. Car le caractère controversé du texte ne réside pas dans sa condamnation de la traite transatlantique, mais dans ce qu’il omet.

    En qualifiant la traite transatlantique des esclaves de « plus grave » des crimes contre l'humanité, l'ONU semble établir une hiérarchie morale entre les atrocités historiques, comme si certaines souffrances pouvaient être considérées comme supérieures à d'autres et comme si l'on pouvait mesurer objectivement l'horreur et déclarer qu'un crime surpasse tous les autres. Cette formulation explique en partie les nombreuses abstentions européennes, pour qui, pendant de longues années, l'Holocauste a été érigé en symbole ultime de la barbarie humaine. Indépendamment de la comparaison avec la Seconde Guerre mondiale, dont les motivations peuvent être suspectes, plusieurs États ont fait valoir qu'il n'appartenait pas à l'ONU d'établir une hiérarchie entre les crimes contre l'humanité. Devrions-nous placer Auschwitz et Kolyma, le génocide arménien et le génocide des Tutsis au Rwanda sur une échelle graduée, comme s'il s'agissait de classer les concurrents dans un concours macabre ?

    Mais la principale difficulté réside ailleurs. Cette résolution ignore complètement l'existence d'autres systèmes esclavagistes qui ont pourtant façonné l'histoire de l'Afrique et du monde pendant plus d'un millénaire.

    La traite négrière arabo-musulmane constitue, à cet égard, un angle mort particulièrement révélateur. Bien avant l'arrivée des Européens sur les côtes africaines, des réseaux de traite approvisionnaient déjà le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et certaines régions d'Asie. Les historiens estiment généralement que plusieurs millions d'Africains ont été déportés dans le cadre de ce commerce, qui a perduré du VIIe siècle jusqu'au XXe siècle dans certaines régions. Selon les estimations citées dans de nombreux ouvrages historiques, entre 10 et 17 millions d'esclaves auraient été concernés durant cette longue période.

    Ce commerce présentait également plusieurs particularités souvent négligées. Les femmes étaient majoritairement destinées aux harems ou aux travaux domestiques. Les hommes étaient fréquemment castrés avant d'être vendus, ce qui explique en partie l'absence de descendance significative dans les pays concernés et le manque de métissage – contrairement à ce qui s'est passé en Amérique, où le métissage, bien que souvent violent, a néanmoins eu lieu et a donné naissance aux sociétés diverses que nous connaissons aujourd'hui. Le déclin démographique des populations déportées était souvent bien plus marqué dans le monde arabo-musulman.

    À cette réalité s'ajoute une autre dimension longtemps négligée : la participation active de nombreuses puissances et royaumes africains à la capture et à la vente d'esclaves. L'histoire de la traite négrière ne saurait se réduire à une simple dichotomie entre Européens prédateurs et Africains victimes. De nombreux acteurs africains ont été impliqués dans ces systèmes, que ce soit dans le cadre de la traite transatlantique ou des traites orientales.

    Rappeler ces faits ne revient évidemment pas à minimiser la responsabilité européenne. Il s'agit simplement de rétablir la complexité historique. Pourtant, depuis plusieurs décennies, toute tentative d'élargir la perspective pour englober toutes les formes de la traite négrière se heurte régulièrement à la suspicion. Des historiens, comme le chercheur français Olivier Pétré-Grenouilleau, ont payé un lourd tribut à leur carrière universitaire pour avoir mis en lumière ces faits historiques. Ceux qui évoquent la traite arabo-musulmane ou les responsabilités africaines sont fréquemment accusés de vouloir relativiser les crimes occidentaux, voire d'être animés par des motivations idéologiques cachées, semblables à celles de l'extrême droite.

    Cette réaction est devenue quasi automatique, comme si la simple mention d'une réalité historique indiscutable constituait en soi une prise de position politique suspecte. Dans les médias et chez les politiciens, certains récits sont jugés légitimes tandis que d'autres sont condamnés à l'invisibilité. La terrible histoire d'Henry Nowak, dans un tout autre contexte, vient d'en apporter une nouvelle illustration. La question n'est pas si éloignée : George Floyd a été érigé en icône parce qu'il était un descendant des esclaves de la traite transatlantique ; sa mort sous les balles d'un policier blanc a ainsi fait de lui un martyr. Le jeune Nowak, en revanche, appartient à la race des exploiteurs. Il aurait pu mourir en murmurant « Je ne peux pas respirer » sans que personne ne s'en émeuve.

    Cette situation alimente un malaise intellectuel croissant. L'histoire sérieuse ne devrait jamais fonctionner selon une logique de mémoires concurrentes.

    En mai, un débat houleux a eu lieu sur X entre Bally Bagayoko et Marion Maréchal au sujet de l'existence de la traite négrière. Marion Maréchal a rappelé qu'en 2021, des experts de l'ONU s'étaient alarmés de la persistance de formes d'esclavage héréditaire au Mali. Les rapporteurs de l'ONU avaient alors dénoncé les attaques répétées contre les personnes considérées comme « esclaves par descendance » et déploré l'inaction des autorités maliennes. Le nouveau maire de Saint-Denis s'est ainsi vu rappeler que ses origines maliennes de noble lignée, qu'il avait fièrement mises en avant dans les médias, ne constituaient pas un certificat d'innocence civilisationnelle. 

    Pourtant, ce simple rappel historique et contemporain suffit souvent à déclencher des accusations de révisionnisme ou de diversion. Or, les faits demeurent incontestables. L'esclavage n'a jamais été un phénomène exclusivement occidental. Il a existé sur tous les continents et sous des formes très diverses. Certaines de ces formes persistent encore aujourd'hui dans plusieurs régions du monde. 

    Au contraire, l'abolitionnisme, il s'avère, n'est pas universel. C'est précisément cette observation qui est au cœur du dernier essai de Ferghane Azihari, « L'Islam contre la modernité » . L'auteur y avance une thèse qui a suscité une vive controverse dans la presse française : l'abolition de l'esclavage constitue l'un des grands accomplissements moraux de la civilisation occidentale moderne . Azihari souligne que les mouvements abolitionnistes sont nés en Europe et en Amérique du Nord, souvent en contradiction avec des intérêts économiques considérables. Il met également en lumière le fait que de nombreux pays musulmans n'ont aboli l'esclavage que très tardivement, parfois sous la pression diplomatique occidentale. L'Arabie saoudite ne l'a aboli officiellement qu'en 1962, la Mauritanie en 1981. De plus, il observe qu'aucun mouvement de repentance d'envergure, comparable à ceux qui se sont développés en Occident, n'a véritablement émergé dans le monde musulman sur cette question. Azihari soulève une question fondamentale : pourquoi certaines civilisations ont-elles développé les ressources intellectuelles nécessaires pour remettre en cause l'esclavage alors que cette institution était considérée comme normale depuis l'Antiquité ?

    La résolution de l'ONU semble malheureusement s'inscrire dans une tendance inverse, une interprétation qui tend à faire de l'Occident le principal, voire l'unique, coupable de l'histoire de l'esclavage – alors que c'est précisément ce même Occident qui a libéré l'humanité du joug de l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est précisément ce que Philippe de Villiers a dénoncé dans les colonnes du Journal du Dimanche . À ses yeux, cette résolution relève d'une vision idéologique du passé où l'Occident devient le bouc émissaire de toutes les fautes historiques , tandis que d'autres responsabilités sont systématiquement passées sous silence.

    L'histoire de l'humanité est tragique. Chaque civilisation a son côté sombre. Aucune n'a le monopole de la barbarie, pas plus que celui de la vertu. Mais toutes n'ont pas contribué de la même manière au progrès moral de l'humanité, et l'Occident n'a rien à gagner à se mépriser pour le bien qu'il a accompli. En proclamant que la traite transatlantique des esclaves constitue « le crime le plus grave contre l'humanité », l'ONU pensait sans doute rendre justice à une mémoire longtemps négligée. Mais en ignorant d'autres formes de traite négrière et en suggérant une hiérarchie entre les atrocités, elle obtient l'effet inverse de celui recherché : la réconciliation par le souvenir. Or, une mémoire sélective ne réconcilie pas les peuples ; au contraire, elle alimente les ressentiments qu'elle prétend apaiser.

  • L'admirable discours du Pape au Parlement espagnol

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    Discours de Léon XIV au Congrès des députés, Madrid (Photo de groupe via AP via LaPresse)

    (Lettre du Figaro) Léon XIV a déclaré que la « dignité » de la personne « doit guider tout ordre juridique positif », lequel « ne peut être subordonné à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment ». Concrètement, il a défendu le secret de confession comme oasis d’humanité, la famille traditionnelle comme havre de paix essentiel, redit un « non » définitif à l’euthanasie, plaidé pour la liberté éducative et d’enseignement, pour la réciprocité nécessaire dans les migrations et la nécessité de la paix.

    « Ce n’est pas une rupture avec le pontificat argentin, encore moins une restauration conservatrice, mais c’est un retour clair et net aux fondamentaux classiques de l’Église catholique » analyse Jean-Marie Guénois. Les parlementaires ont tous applaudi debout et chaleureusement son propos pendant huit minutes !

    RENCONTRE AVEC LES MEMBRES DU PARLEMENT ESPAGNOL

    DISCOURS DU SAINT-PÈRE

    Congrès des députés (Madrid)
    Lundi 8 juin 2026

    Monsieur le Président du Gouvernement,

    Madame la Présidente du Congrès des Députés,
    Monsieur le Président du Sénat,
    Monsieur le Président de la Cour Constitutionnelle,
    Madame la Présidente de la Cour suprême et du Conseil Général du Pouvoir Judiciaire,
    Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs,
    Mesdames et Messieurs,

    je remercie Madame la Présidente pour ses aimables paroles, ainsi que pour l’invitation que le Siège Apostolique a reçue à l’occasion de mon voyage dans ce pays, et pour l’honneur qui m’est fait aujourd’hui d’être accueilli dans ce Palais historique du Congrès des Députés, lieu éminent de la vie institutionnelle, juridique et démocratique du Royaume d’Espagne. Je me présente devant vous tous en tant qu’évêque de Rome et pasteur de l’Église catholique, conscient que la mission confiée au Successeur de l’apôtre Pierre, en tant que principe et fondement de l’unité des évêques et des fidèles (cf. Lumen gentium, 23), place le Saint-Siège, d’une manière particulière, en dialogue avec les peuples et les États.

    Ma présence parmi vous se veut un geste de proximité envers l’Espagne, dans le cadre de notre coopération mutuelle, et un message inspiré par le service de la personne humaine. L’Église « chemine avec l’humanité », partage ses espoirs et ses blessures, écoute les interrogations de chaque époque et se laisse interpeller « par tout ce qui concerne l’existence des hommes et des femmes d’aujourd’hui ». C’est pourquoi, lorsqu’elle intervient dans la vie publique, elle le fait en respectant la mission propre des institutions et la responsabilité légitime de ceux qui ont reçu le mandat de légiférer. Elle reconnaît « l’autonomie des réalités terrestres » et « la distinction entre communauté ecclésiale et communauté politique » ; et, précisément à partir de cette conscience, elle apporte une réflexion née du désir de servir le bien commun et de rappeler ce qui rend véritablement humaine la vie en société (cf. Magnifica humanitas, nn. 18-19).

    Dans cet hémicycle, la vie en société prend une forme juridique. Ici, les divergences sont écoutées, mises en ordre et, lorsque cela est possible, se transforment en décision commune. C’est pourquoi, au-delà de la légitime diversité des positions, toute tâche législative finit par se confronter à une question décisive : quelle conception de la personne humaine inspire les lois et quel type de société ces lois construisent-elles ?

    Face à cette question, l’Espagne possède une mémoire particulièrement riche. Son identité géographique et politique s’est tissée au fil d’une histoire où la foi et la raison, l’art et le droit, la tradition et la pensée ont su se rencontrer de manière féconde. Dans ses cathédrales et ses universités, dans sa littérature immortelle, dans ses institutions juridiques et dans l’esprit même de son peuple, demeure vivant un héritage qui a façonné une manière de vivre la liberté, de pratiquer la justice et d’ordonner la vie commune.

    Depuis les pages universelles du Don Quichotte, où Cervantes proclamait que « la liberté […] est l’un des dons les plus précieux que le ciel ait fait aux hommes » (Don Quichotte de la Manche, II, 58), jusqu’à la profondeur spirituelle de sainte Thérèse d’Ávila, et de la grande tradition juridique espagnole à l’inquiétude métaphysique d’Unamuno, qui rappelait que l’homme « ne se résigne pas à mourir tout à fait » (Du sentiment tragique de la vie, I), l’Espagne a su considérer l’être humain comme bien plus qu’un simple rouage de l’ordre social, économique ou politique : elle l’a reconnu comme une créature ouverte à la vérité, dotée de liberté et animée par une soif d’éternité qu’aucune réalité temporelle ne parvient à éteindre ; en un mot, comme quelqu’un dont la dignité précède toute utilité et au service duquel l’action législative est soumise.

    Pour cette raison, lorsque l’on évoque aujourd’hui la personne humaine, ce souvenir nous conduit naturellement à Salamanque et à la pensée qui y a mûri. La présence symbolique dans cette salle des rois Isabelle et Ferdinand renvoie à ce moment où l’Espagne s’est trouvée confrontée à des responsabilités historiques d’une portée universelle ; quelques années plus tard, Salamanque allait assumer, avec une lucidité singulière, la réflexion morale et juridique qu’exigeait ce contexte. Dans cette université, il y a cinq cents ans, alors que s’ouvraient de nouveaux mondes et d’immenses possibilités dans les relations entre les peuples, certains maîtres ont compris que la raison ne pouvait être invoquée pour légitimer tout ce que la force ou l’intérêt présentaient comme opportun. Ils ont ainsi introduit dans la réflexion historique la question de la valeur irréductible de tout être humain et des limites morales du pouvoir. Il faut reconnaître que la société et l’Église elle-même n’ont pas toujours été à la hauteur des intuitions qui trouvaient un écho dans leur propre tradition chrétienne.

    Cependant, cette interrogation a ouvert un horizon intellectuel et moral qui a dépassé son propre contexte historique. L’intuition du totus orbis, d’une communauté humaine plus vaste que n’importe quel pouvoir particulier, permettait d’affirmer l’existence de liens juridiques et moraux entre les peuples. Depuis l’Espagne, la réflexion de l’École de Salamanque — et en particulier celle de frère Francisco de Vitoria, ainsi que d’autres dominicains et jésuites — a contribué à forger une conscience juridique et morale capable de rappeler que l’autorité s’accompagne toujours d’une responsabilité et que tout être humain doit être reconnu comme sujet de droits et de devoirs. Cette aspiration continue de résonner aujourd’hui encore : que la dignité, la justice et le bien commun soient la mesure des relations sociales, tant au niveau national qu’international.

    C’est là l’un des grands héritages de l’Espagne : avoir su unir l’action historique à la lucidité de la raison morale. Cette contribution, née sur les rives du Tormes, a transcendé les salles de classe et les bibliothèques, pour s’inscrire dans une conscience plus large, partagée par la communauté internationale qui continue de se demander comment construire la paix sur la reconnaissance de la personne et non sur l’imposition de la force. Cet héritage vit également au sein de ces Cortes, chaque fois que le législateur se demande comment faire en sorte que le possible soit juste, que le légal soit véritablement humain et que la volonté de la majorité préserve les biens qui appartiennent à tous et respecte ce qu’aucune majorité ne peut légitimement enfreindre.

    La question de Salamanque continue d’accompagner la tâche de ceux qui servent la vie publique. Aujourd’hui, les nouveaux mondes qui s’ouvrent à nous ne se dessinent plus sur les cartes : ils se déploient dans la technique, l’économie, la biomédecine et l’univers numérique, où le pouvoir humain touche des domaines de plus en plus sensibles de la vie personnelle et sociale.

    Le progrès offre des possibilités admirables, et nous le voyons aujourd’hui de manière singulière dans le développement de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies. Comme je l’ai rappelé dans ma récente Encyclique, la technologie en soi n’est pas neutre car elle prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la réglementent et l’utilisent (cf. Magnifica humanitas, n. 9) ; c’est pourquoi, face aux transformations de notre temps, notre discernement doit se concentrer sur la place qu’occupe la personne humaine dans nos décisions, et sur la manière dont se posent aujourd’hui, sous un jour nouveau, la dignité du travail, la solidarité, la politique sociale et le bien commun.

    Ce discernement part d’un postulat fondamental : toute société véritablement juste se fonde sur la reconnaissance de la dignité inviolable de la personne humaine. Cette dignité précède toute concession de l’État et ne peut être subordonnée à des consensus sociaux changeants ni aux aléas des majorités du moment (cf. Benoît XVI, Discours devant le Parlement fédéral allemand, 22 septembre 2011). Elle appartient à tout être humain du simple fait qu’il existe, et c’est pourquoi elle doit guider tout ordre juridique positif. La foi chrétienne la proclame à partir de la Révélation ; la raison humaine peut la reconnaître comme une exigence inscrite dans la vérité de l’homme (cf. ibid.). Lorsque cette conviction reste vivante, le droit devient une protection pour tous et une garantie face à l’imposition d’intérêts et d’agendas particuliers.

    Sur cette base, il m’appartient aujourd’hui de prononcer une parole sereine et ferme devant ceux qui ont la grave responsabilité d’organiser juridiquement la vie en société. Cette vie en société peut être menacée par la culture du rejet, comme l’a si souvent mis en garde le Pape François (cf. Discours à l’Assemblée plénière de l’Académie Pontificale pour la Vie, 27 septembre 2021). En ce sens, si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un objectif de civilisation. Toute vie humaine doit être reconnue et protégée depuis sa conception jusqu’à son déclin naturel, dans toutes les circonstances de son existence. Lorsque cette certitude s’estompe, les plus vulnérables sont les premières victimes et la loi perd son sens le plus profond : servir et protéger chaque personne. C’est pourquoi la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies qui traversent la plus grande fragilité.

    Le bien commun est, d'une certaine manière, “la forme sociale de la dignité humaine” (cf. Magnifica humanitas, n. 59). Il ne consiste pas en une simple somme d'intérêts particuliers, mais en « l'ensemble des conditions de la vie sociale qui permettent aux associations et à chacun de leurs membres d'atteindre plus pleinement et plus facilement leur propre perfection » (Gaudium et spes, n. 26). Lorsque le bien commun cesse d’être un horizon partagé, l’action publique risque de se fragmenter en intérêts partiels, incapables de préserver ce qui appartient à tous.

    Dans ce contexte, la famille revêt une importance particulière, en tant que première réalité humaine et fondement naturel de la communauté. C’est au sein du foyer que se côtoient les générations et que se transmet une mémoire vivante qui assure la continuité intérieure de la société. Là où la famille est soutenue, la stabilité spirituelle et sociale des nations s’en trouve également renforcée. La famille sera toujours la première école d’humanité où l’on apprend, avant tout autre lieu, la grammaire élémentaire de la vie en communauté : accueillir la vie, prendre soin de l’autre, pardonner, servir et appartenir.

    Les organismes éducatifs occupent eux aussi une place déterminante dans cette tâche. C’est là que les nouvelles générations peuvent apprendre à rechercher et à aimer la vérité, à s’interroger sur le sens de la vie et la dignité de chaque personne. C’est pourquoi de nombreux parents, désireux que leurs enfants apprennent à nouer des relations, à penser de manière critique et à acquérir des valeurs solides, placent en eux de grands espoirs, les considérant comme de précieux alliés dans l’éducation de leurs enfants. Cette collaboration doit toujours respecter le “droit premier et inaliénable” des parents de “choisir le type d’éducation et de formation que reçoivent leurs enfants, en cohérence avec leurs propres convictions morales, culturelles et religieuses” (cf. Magnifica humanitas, n. 143 ; cf. Pacte international relatif aux droits civils et politiques, art. 18. 4).

    L’affirmation de la dignité humaine ne peut rester abstraite alors que tant de personnes sont contraintes de tout quitter pour rechercher la paix, la sécurité et un avenir. Le drame tragique de la migration interpelle aujourd’hui la conscience des nations et les fondements éthiques de l’ordre international. De nombreux hommes, femmes et enfants sont contraints, par des circonstances souvent dramatiques, de quitter leurs communautés et de laisser derrière eux leurs proches, leur histoire et leurs liens. Cette réalité dépasse toute lecture purement démographique ou économique : elle constitue une question éminemment morale et juridique. Là où une personne est victime de discrimination en raison de son origine nationale, ethnique, religieuse ou linguistique, ou de sa condition économique ou sociale, le principe universel de l’égale dignité de tous les êtres humains est gravement bafoué.

    La situation des migrants et des réfugiés exige une réponse qui se concentre sur les personnes, s’attaque aux causes qui les obligent à partir et aille au-delà de la simple gestion des flux. Il en découle une double exigence de justice sociale : offrir des voies sûres et légales, un accueil respectueux et de réelles possibilités d’intégration ; et promouvoir, en même temps, le droit de rester sur sa propre terre, en œuvrant pour que personne ne soit contraint de quitter son foyer par manque de paix, de sécurité ou de conditions de vie dignes, en raison des inégalités économiques et des effets de la crise climatique (cf. Magnifica humanitas, n. 81).

    Ces dernières années, les itinéraires de plus en plus dangereux ont mis en évidence le coût extrêmement élevé de cette réalité si souvent occultée ou ignorée. De nombreuses personnes restent aux mains de trafiquants et de passeurs qui profitent de leur désespoir. Il est nécessaire de renforcer la prévention, le sauvetage et l’aide aux victimes, notamment dans le cadre d’une coopération régionale et multilatérale.

    Aucune nation ne peut relever seule un défi de cette ampleur. C’est pourquoi une réponse coordonnée, solidaire et efficace est indispensable, capable de garantir la protection, l’accueil et de réelles opportunités d’intégration à ceux qui émigrent. Lorsque la réponse institutionnelle est proche, juste et coordonnée, les frontières cessent d’être des lieux d’abandon et peuvent devenir des espaces de protection responsable de la dignité humaine.

    Mesdames et Messieurs,

    le monde traverse une profonde crise spirituelle et culturelle, qui se manifeste par de multiples formes de violence, de polarisation et de méfiance réciproque. Dans ce contexte, la paix apparaît comme une aspiration politique et, plus encore, comme une véritable exigence morale. Elle exige un discours public respectueux de ceux qui pensent différemment, des institutions au service de la rencontre, une mémoire historique en quête de vérité et de réconciliation, ainsi qu’une vie sociale capable de soutenir l’amitié civique et le respect mutuel au milieu des divergences.

    Sur le plan international, la paix exige du courage diplomatique, un sens des responsabilités éthiques et une vision d’avenir fondée sur le respect de l’identité de chaque peuple et sur l’obligation pour les États de régler leurs différends par les voies pacifiques qu’offre le droit international. Toute guerre constitue, en fin de compte, une douloureuse défaite de la capacité à négocier, mais aussi de cette conscience commune de l’humanité qui reconnaît les liens de justice entre les nations. Les armes peuvent imposer un silence temporaire, mais elles ne pourront jamais construire une paix authentique et durable.

    C’est pourquoi il est préoccupant de voir, en divers endroits du monde, et aussi en Europe, le réarmement se présenter à nouveau comme une réponse presque inévitable face à la fragilité du contexte international. La véritable sécurité, en revanche, naît de la justice, du dialogue patient, du respect du droit international et d’une politique capable de faire passer la vie des peuples avant les intérêts qui tirent profit de la guerre. Le développement des nouvelles technologies et de l’intelligence artificielle dans le domaine militaire exige également une vigilance éthique rigoureuse, afin que les décisions concernant la vie et la mort ne soient jamais confiées à des automatismes ni soustraites à la responsabilité morale de la personne humaine (cf. Discours à l’Université « La Sapienza », 14 mai 2026).

    La communauté internationale est appelée à redécouvrir la valeur indispensable du dialogue comme voie patiente vers des accords justes et durables, fondés sur le respect des traités, sur la transparence de l’action diplomatique et sur la volonté sincère de faire passer la paix avant le recours à la force. C’est de là que naissent la confiance et l’espoir.

    Comme le rappelle la devise de l’Union Europeenne, In varietate concordia, la véritable unité n’uniformise pas, mais crée une cohésion dans la diversité, faisant des cultures, des sensibilités et des traditions une occasion d’enrichissement mutuel.

    Il est également urgent de construire une culture de la réciprocité au sein même des sociétés. La pluralité politique ne devrait pas dégénérer en une disqualification permanente de l’adversaire. Dans une coexistence mûre, même le conflit peut devenir un chemin vers la paix, lorsque les différences sont atténuées par l’écoute et orientées vers la reconnaissance des besoins, des aspirations et des capacités de chacun.

    Mais la paix n’est pas seulement une réalité politique ou institutionnelle. Elle naît aussi dans la conscience, là où la rancœur, l’indifférence et la haine cèdent la place à la réconciliation. C’est pourquoi elle s’instaure et se protège aussi à travers le langage. Les mots peuvent ouvrir des chemins ou les fermer ; ils peuvent éclairer la réalité ou la déformer jusqu’à rendre la rencontre impossible. Ceux qui exercent une responsabilité publique ont donc une obligation particulière de veiller sur la parole afin de « désarmer le langage » (Message pour le Carême 2026, 13 février 2026). La fermeté n’exige pas le mépris ; la divergence n’entraîne pas l’humiliation.

    De ce respect de l’autre découle également le devoir de préserver l’espace où mûrissent ses convictions, sa conscience et sa relation avec Dieu. L’attention portée à cette sphère intérieure permet de mieux comprendre une question décisive pour toute société véritablement démocratique : la liberté de pensée, de conscience et de religion, droit fondamental qui protège la sphère la plus intime des personnes. La liberté sur laquelle se fonde l’État contemporain, si elle est authentique, reconnaît la dimension religieuse de l’être humain, la respecte et la protège juridiquement ; elle évite que quiconque doive renoncer à contribuer à la société dans laquelle il vit en raison de sa foi.

    Sans confondre le plan juridique avec le plan moral, il convient également de rappeler que la liberté a besoin d’une pleine compréhension d’elle-même. Être libre ne signifie pas seulement être exempt de contraintes ou disposer de nombreuses possibilités de choix ; cela signifie pouvoir reconnaître le bien et y adhérer de manière responsable. C’est pourquoi toute société véritablement libre exige également une juste délimitation du pouvoir public, afin que la liberté des personnes, des communautés et des associations ne soit pas indûment restreinte (cf. Dignitatis humanae, n. 1). Dans cette perspective, l’autonomie légitime de l’ordre temporel ne doit jamais être interprétée comme une hostilité envers le phénomène religieux. La foi ne prétend pas s’imposer par des privilèges ou des contraintes ; cependant, elle ne peut pas non plus être reléguée au silence comme si elle était sans importance pour la vie publique.

    Dans ce contexte, le secret sacramentel de la confession revêt une importance particulière pour l’Église catholique. Il s’inscrit dans le cadre plus large de la liberté religieuse qui garantit aux communautés croyantes un espace propre de vie, d’organisation et de discipline interne (cf. Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe, Acte final d’Helsinki, 1er août 1975, Principe VII). Le protéger juridiquement, comme c’est le cas de manière analogue dans certaines professions, signifie préserver un espace sacré de liberté intérieure, où le croyant peut ouvrir son âme à Dieu sans craindre de pressions extérieures, comme le reconnaissent également les normes internationales (cf. Cour pénale internationale, Règlement de procédure et de preuve, règle 73. 3).

    Mesdames et Messieurs,

    permettez-moi de m’attarder un instant sur certaines images qui ornent cette Assemblée. Dans cette Salle des Séances, la lumière naturelle pénètre par la verrière qui surplombe la salle. Cette lumière venue d’en haut peut nous rappeler que la politique doit elle aussi reconnaître une dimension qui la précède et la dépasse.

    De même, les peintures qui évoquent, en haut du mur principal, la réception de l’Évangile et du Décalogue, rappellent quelque chose d’essentiel. Sans confondre l’ordre politique avec l’ordre religieux, ces signes invitent à reconnaître que la liberté moderne a également été préparée par une longue éducation de la conscience, profondément marquée par la tradition chrétienne. Dans cette école intérieure, les peuples ont appris que le droit doit servir le bien, que la justice impose des limites à la force, que le pouvoir a besoin de légitimité, que les pauvres font pleinement partie de la communauté, que l’étranger doit être accueilli conformément à sa dignité et que la vie humaine ne peut jamais être traitée comme une marchandise.

    Une loi n’atteint pas sa véritable grandeur par le simple fait d’avoir été formellement approuvée ; elle l’atteint lorsque, en plus d’être valide dans sa forme, elle peut se présenter devant la dignité de la personne et sortir de cet examen sans honte.

    Je vous invite donc à lever les yeux : non pas pour vous éloigner de la réalité, mais pour vous rappeler que toute décision des autorités publiques touche des personnes en chair et en os, en particulier celles qui ont le moins de force pour se faire entendre. Car la hauteur de vue consiste précisément à regarder avec plus de profondeur ce qui est en jeu dans chaque décision publique. C’est pourquoi, outre les réponses techniques et les réformes juridiques, un renouveau moral s’impose également.

    L’Espagne a beaucoup à offrir sur cette voie. Elle possède une langue qui unit les continents ; une tradition culturelle, juridique et spirituelle qui a su mettre en dialogue la foi et la raison, le droit et la conscience, l’unité et la pluralité. Cette expérience historique rappelle également la valeur de la concorde et de l’effort patient pour construire une coexistence pacifique et juste.

    Que cette noble nation ne perde jamais la mémoire de ses racines ni l’audace de regarder vers l’avenir. Que l’Espagne continue d’être une terre de rencontre, de culture, de solidarité et d’espoir. Et que sa vie publique sache toujours allier la fermeté des convictions à la noblesse du dialogue et à la grandeur du service.

    Que Dieu accorde la paix à toutes les nations de la terre, la concorde aux familles et la sérénité aux consciences. Et que, sur le Royaume d’Espagne, marqué par l’empreinte apostolique de saint Jacques et par la présence maternelle de la Virgen del Pilar, descendent des jours de prospérité, de justice et de paix durable. Merci beaucoup.

  • Dix choses à savoir sur l'Église catholique en Espagne avant la visite du pape Léon XIV

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    Dix choses à savoir sur l'Église catholique en Espagne avant la visite du pape Léon XIV

    Le pape Léon XIV se rendra en Espagne du 6 au 12 juin, et fera escale à Madrid, Barcelone, aux îles Canaries et à Tenerife.

    De gauche à droite : la basilique de la Sagrada Familia ; le roi Felipe VI d'Espagne avec le pape Léon XIV ; et Notre-Dame de l'Almudena.
    De gauche à droite : la basilique de la Sagrada Familia ; le roi Felipe VI d’Espagne avec le pape Léon XIV ; et Notre-Dame de l’Almudena. (Photo : Daniela Perez via Canva Pro ; Vatican Media ; Bernard Gagnon, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons)

    Le pape Léon XIV se rendra en Espagne du 6 au 12 juin, avec des étapes à Madrid, Barcelone, aux îles Canaries et à Tenerife. C'est la neuvième fois qu'un pape visite le pays. Jean-Paul II s'y est rendu cinq fois et Benoît XVI à trois reprises.

    Au cours de ce voyage, le pape Léon XIV participera à 20 événements officiels, parmi lesquels une grande veillée avec les jeunes, une messe en plein air pour la Fête-Dieu et une procession dans les rues de Madrid seront parmi les moments les plus attendus.

    Voici 10 choses à savoir sur l'Église en Espagne, avec un accent particulier sur les régions que le Saint-Père visitera.

    1. L'Espagne est le pays qui envoie le plus de missionnaires.

    L'Espagne est actuellement le premier pays au monde en termes d'envoi de missionnaires catholiques à l'étranger et figure parmi les principaux donateurs des Œuvres pontificales missionnaires. Selon le rapport 2024 de ces dernières, l'Espagne compte près de 10 000 missionnaires, dont environ 5 000 sont actifs ; plus de la moitié sont des femmes et la plupart œuvrent sur le continent américain.

    2. Le pape Jean-Paul II a appelé l'Espagne Tierra de María (« Terre de Marie »).

    Saint Jean-Paul II, lorsqu'il était pape, a souvent qualifié l'Espagne de « terre de Marie », notamment lors de ses visites de 1982 et 2003, soulignant ainsi la richesse du réseau de sanctuaires mariaux et de dévotions qui y règne. L'Espagne est littéralement parsemée de lieux de culte mariaux – des grandes basiliques aux minuscules ermitages perchés sur les collines – si bien que presque chaque région possède son propre titre marial, sa fête et son pèlerinage.

    3. C'est un lieu de témoins et de martyrs chrétiens.

    La guerre civile espagnole a laissé l'une des plus importantes « empreintes de martyre », selon l'historien espagnol Monseigneur Vicente Carcel Orti, dans l'histoire moderne de l'Église, et elle a profondément marqué le panthéon des saints et bienheureux d'Espagne. Durant la guerre et la période de persécution qui suivit, environ 6 832 évêques, prêtres, religieux et religieuses furent tués pour leur foi, ainsi que des milliers de laïcs catholiques qui risquèrent leur vie pour protéger le clergé et les religieux.

    De cette persécution massive est née une reconnaissance progressive par l'Église d'un très grand nombre de martyrs : en 2007, la béatification de 498 martyrs sous le pontificat de Benoît XVI, en octobre, fut la plus importante cérémonie de béatification jamais organisée. À la fin des années 2000, près de 1 000 martyrs de la guerre civile espagnole avaient été béatifiés ou canonisés.

    4. La cathédrale de Madrid a été consacrée par un pape.

    L'un des monuments catholiques les plus importants de Madrid est la cathédrale Notre-Dame de l'Almudena, consacrée par le pape Jean-Paul II en 1993. De telles consécrations papales sont relativement rares en dehors de Rome, ce qui confère à la cathédrale une importance particulière dans la vie catholique espagnole. L'édifice demeure un lieu central pour les grandes célébrations religieuses de la capitale espagnole.

    La construction de la cathédrale de l'Almudena a débuté en 1883 et ne s'est achevée qu'en 1993. Ce projet centenaire témoigne de l'importance durable du catholicisme en Espagne et de l'évolution architecturale de l'époque moderne. Aujourd'hui, la cathédrale se dresse face au Palais royal de Madrid, symbolisant le lien historique entre l'Église et la Couronne.

    5. La patronne mariale de Madrid était « cachée dans les murs ».

    La sainte patronne de Madrid est la Vierge de l'Almudena, dont l'image est liée à une tradition séculaire remontant au Moyen Âge espagnol. Selon la tradition, lors de l'invasion maure de la région en 712, les Madrilènes cachèrent secrètement leur statue de la Vierge Marie dans les épais remparts de la forteresse, y laissant deux bougies allumées. En 1085, après la reconquête de Madrid par le roi Alphonse VI, les chrétiens se mirent à la recherche de la statue. Alors qu'ils arpentaient les remparts, une section s'effondra miraculeusement, révélant la statue parfaitement conservée, les bougies brûlant encore après des siècles.

    Cette même image vénérable sera portée en procession dans le stade Santiago Bernabéu lors de la rencontre du Saint-Père avec la communauté diocésaine de Madrid le 8 juin.

    6. La famille royale espagnole entretient des liens étroits avec l'Église.

    La famille royale espagnole entretient des liens étroits avec l'Église catholique, comme en témoigne le mariage, en 2004, du prince Felipe avec Letizia Ortiz à la cathédrale de l'Almudena à Madrid. Cette cérémonie a mis en lumière le rôle continu des traditions catholiques dans les grands événements nationaux.

    7. L'église la plus célèbre de Barcelone est une catéchèse en pierre.

    La basilique de la Sagrada Família est bien plus qu'un chef-d'œuvre architectural : elle fut construite comme un instrument d'évangélisation. Ses fondateurs imaginaient une église qui communiquerait la foi chrétienne à travers l'art, le symbolisme et l'architecture, faisant d'elle l'une des expressions les plus singulières de la foi catholique au monde.

    Les visiteurs de la Sagrada Família découvrent une représentation visuelle du récit central du christianisme. Les principales façades de la basilique illustrent la Nativité, la Passion et la gloire du Christ, et célèbrent la gloire, l'ascension et la vie éternelle de Dieu.

    La Sagrada Família est devenue l'édifice religieux le plus haut du monde, culminant à 172 mètres. Malgré ses dimensions immenses, la basilique a été conçue pour orienter l'attention vers Dieu plutôt que vers les réalisations humaines.

    La célèbre basilique fut initialement conçue par Francisco de Paula del Villar en 1882. Cependant, l'architecte catalan Antoni Gaudí reprit le projet en 1883 et transforma complètement le dessin en un mélange de styles gothique et Art nouveau, supervisant sa construction jusqu'à sa mort en 1926. Après son décès, plusieurs autres architectes ont poursuivi son œuvre dans le but de réaliser sa vision originale.

    Gaudí a délibérément conçu la Sagrada Família de manière à ce qu'elle reste légèrement plus basse que la colline de Montjuïc, située à proximité de Barcelone, car il estimait qu'aucune œuvre humaine ne devait surpasser la création divine.

    8. L'architecte de la Sagrada Família sera peut-être un jour canonisé.

    Antoni Gaudí était connu pour sa foi profonde et son dévouement à la construction de la Sagrada Família. Le Vatican a annoncé le 14 avril 2025 que le pape François avait officiellement reconnu la « vertu héroïque » de Gaudí, une étape cruciale du processus de canonisation. Deux miracles attribués à son intercession sont désormais requis pour sa canonisation.

    9. Le grand sanctuaire marial de Tenerife est le site de pèlerinage le plus important des îles Canaries.

    La basilique Notre-Dame de Candelaria à Tenerife est le plus important lieu de pèlerinage catholique des îles Canaries. Depuis des générations, elle est le cœur spirituel de l'archipel et demeure une destination majeure pour les pèlerins et les visiteurs, attirant environ deux millions de personnes par an.

    La basilique est dédiée à la sainte patronne des îles Canaries, la Vierge de Candelaria. La tradition veut que l'image de la Vierge de Candelaria ait été vénérée par le peuple autochtone guanche avant même la conquête de Tenerife par l'Espagne. La Vierge de Candelaria est souvent associée à la tradition des Vierges noires, ces images de Marie à la peau sombre vénérées dans différentes parties du monde.

    10. Les îles Canaries furent un des premiers avant-postes catholiques.

    Les îles Canaries sont divisées en deux diocèses catholiques : l’un centré à Las Palmas et l’autre à San Cristóbal de La Laguna, sur l’île de Tenerife. Établis au début du XVe siècle, plusieurs décennies avant l’évangélisation d’une grande partie des Amériques, ces diocèses ont fait des îles une frontière importante de l’expansion catholique durant une période charnière de l’histoire mondiale.

    De par leur situation stratégique dans l'Atlantique, les îles Canaries devinrent une étape incontournable pour les explorateurs, les missionnaires et les colons voyageant entre l'Europe et les Amériques. De ce fait, elles jouèrent un rôle important dans la diffusion du catholicisme à travers le Nouveau Monde.

  • Pologne : béatification de neuf prêtres salésiens assassinés

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    Du Père Łukasz Bankowski sur Vatican News :

    Les neuf salésiens martyrs qui seront béatifiés.Les neuf salésiens martyrs qui seront béatifiés. 
    Neuf religieux tués par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale seront béatifiés le 6 juin au sanctuaire Saint-Jean-Paul II de Cracovie. Le lieu de la cérémonie n’est pas le fruit du hasard: enfant, le futur Jean-Paul II avait assisté à l’arrestation de certains d’entre eux, et leur témoignage l’avait profondément marqué.

    Les pères Jan Świerc, Ignacy Antonowicz, Karol Golda, Włodzimierz Szembek, Franciszek Harazim, Ludwik Mroczek, Ignacy Dobiasz, Kazimierz Wojciechowski et Franciszek Miśka. Tels sont les noms des neuf prêtres salésiens tués dans les camps de concentration nazis allemands d’Auschwitz et de Dachau entre 1941 et 1942. Après que Léon XIV eut approuvé le décret sur leur martyre le 24 octobre 2025, l’heure est venue pour leur béatification. Samedi à 10 heures, heure de Cracovie, le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère des Causes des saints, présidera la messe solennelle au sanctuaire Saint-Jean-Paul II de la ville polonaise.

    Le courage face à la persécution

    Les futurs bienheureux étaient engagés dans des activités pastorales et éducatives, mais après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, ils furent arrêtés au seul motif qu’ils étaient prêtres catholiques. Ils n’avaient pris part à aucune activité politique ou militaire, et pourtant, le régime nazi considérait leur ministère comme une menace. Même enfermés dans les camps de concentration, les neuf salésiens sont restés fidèles à leur vocation, résistant à la faim, aux humiliations et à la torture, continuant à soutenir leurs compagnons de captivité, à prier et à témoigner de leur foi. Leur martyre a été reconnu par l’Église comme une mort in odium fidei, par haine de la foi.

    Un lieu lié à Jean-Paul II

    La béatification au sanctuaire de saint Jean-Paul II, dans le quartier Mer Blanche de Cracovie, revêt une profonde signification historique et spirituelle. Le jeune Karol Wojtyła, qui vécut à Cracovie dans le quartier de Dębniki pendant la guerre, fut témoin de l’arrestation de six des neuf salésiens. Les Allemands les déportèrent au camp de concentration de Dachau et cette expérience marqua la vie du futur Pape, devenant l’un des événements qui influencèrent son choix de devenir prêtre. «Je crois fermement que la vocation sacerdotale de saint Jean-Paul II est également née de leur martyre», a déclaré le cardinal métropolite de Cracovie, Grzegorz Ryś. Pour le cardinal, le jeune Wojtyła a compris à ce moment-là ce que signifiait le manque de prêtres et l’immense perte que représentait, pour la communauté de l’Église, le fait de priver les fidèles de leurs pasteurs. «Cette béatification – soulignent les organisateurs de la cérémonie – est une reconnaissance publique de leur dévouement à Dieu, qui s’est révélé plus fort que la violence, la peur et la mort. Dans la réalité de la haine totalitaire, ils sont restés fidèles au Christ, à l’Église et à leur vocation salésienne jusqu’à la fin».

    Prière pour les nouvelles vocations

    Le métropolite de Cracovie a souhaité que cette béatification ne soit pas seulement une célébration des héros de la foi, mais aussi une prière pour les nouvelles vocations sacerdotales et religieuses: «Qu'elle devienne notre grande prière pour les vocations sacerdotales et religieuses, nous en avons tant besoin aujourd'hui! Ce serait merveilleux de savoir que le témoignage de ces neuf martyrs soit une invitation pour d'autres à les suivre.»