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À 94 ans, déjà en fauteuil roulant et en mauvaise santé, le cardinal Camillo Ruini s’est retrouvé à vivre le troisième conclave de sa vie de cardinal, cette fois-ci sans plus être cardinal électeur.
Personne ne lui en aurait voulu s’il avait choisi de ne pas y participer.
Ruini, cependant, estimait qu’il était de son devoir d’assurer sa présence, de faire entendre sa voix et de consacrer toute l’énergie qui lui restait aux congrégations générales — ces réunions préalables au conclave auxquelles participent tous les cardinaux, même non électeurs —, convaincu qu’ils étaient tous confrontés à une transition fondamentale pour l’Église.
« Meglio contestati che irrilevanti » était sa maxime – « Mieux vaut être contesté que d’être ignoré » – et il avait encore quelque chose à dire, d’autant plus que l’Église sortait du pontificat perturbateur et déconcertant de François pour entrer dans une nouvelle ère de direction qui devait, selon les propres mots du cardinal Ruini, restaurer une certaine unité au sein de l’Église et s’adresser à nouveau aux croyants.
C’était tout à fait lui.
Le cardinal Ruini est décédé le 16 juin à l’âge de 95 ans, plus d’un an après l’élection du pape Léon XIV, qui semblait répondre à son espoir d’un pape capable d’apporter l’unité, l’ordre et la tranquillité.
Nous ne savons pas encore quel genre de pape sera Léon XIV – les observateurs impartiaux s’accordent à dire que son pontificat est encore en train de se définir et que ses idées en matière de gouvernance restent à dévoiler –, mais nous connaissons l’héritage que Ruini a laissé derrière lui.
Ruini a été une figure clé d’une période complexe et importante pour l’Église italienne. En 1985, alors qu’il était jeune évêque auxiliaire de Reggio d’Émilie, il a rejoint le comité d’organisation du Congrès ecclésial de Loreto, où, aux côtés de Jean-Paul II, qui le soutenait, il a promu un engagement en faveur de la présence catholique dans la société.
L’« apostolat de présence » de l’Église dans la vie sociale, culturelle et politique italienne était incertain, en raison – peut-être paradoxalement – de l’émergence, après la guerre, de la Démocratie chrétienne, un parti politique qui reprenait déjà officiellement à son compte les préoccupations catholiques.
Jean-Paul II, cependant, souhaitait une Église plus engagée et trouva un allié fidèle en la personne du jeune évêque d’Émilie. En Italie, le secrétaire et le président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) sont nommés par le pape, qui est le primat d’Italie.
Jean-Paul II choisit Ruini comme secrétaire général de la CEI en 1986, puis le promut à la présidence en 1991, le nommant également son vicaire pour le diocèse de Rome et le créant cardinal.
En Italie, ce furent des années tumultueuses.
Un immense scandale de corruption impliquant pratiquement tous les grands partis politiques — connu sous le nom de « Tangentopoli » — avait balayé les piliers politiques de l’après-guerre, y compris les démocrates-chrétiens. Tangentopoli a brisé l’unité politique catholique et ouvert la voie à de nouveaux partis.
La mafia était engagée dans une guerre contre l’État, qui a conduit à l’assassinat des juges Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, ainsi que de deux bienheureux, le juge Rosario Livatino et le père Pino Puglisi.
Jean-Paul II, en déplacement en Sicile, après une rencontre avec les parents du juge Livatino, s’en est pris avec virulence aux mafieux, les exhortant à se convertir car le jugement de Dieu approchait. Les paroles de Jean-Paul II ont provoqué des représailles de la part de la mafia, qui a également posé des bombes devant la cathédrale Saint-Jean-de-Latran et l’église San Giorgio al Velabro.
Le cardinal Ruini a su naviguer dans cette période complexe, d’abord en continuant à rechercher un centre catholique unifié et en soutenant les partis qui avaient émergé après la dissolution de la Démocratie chrétienne.
Puis il s’est rendu compte que le moment était venu pour les catholiques de s’engager non pas auprès d’un seul parti, mais auprès de plusieurs partis. « Mieux vaut être contesté que hors de propos » est devenu le principe moteur du projet de présence politique et culturelle de Ruini.
À une époque où il n’y a ni parti, ni instance, ni gouvernement pour faire avancer les idées catholiques, Ruini a perçu l’urgence d’une culture d’inspiration chrétienne, capable d’imprégner la société et d’inspirer les responsables politiques, même ceux des camps opposés, à s’unir autour d’une vision commune pour le bien commun, même s’ils divergeaient sur la meilleure manière de le poursuivre et de l’atteindre.
Il s’agissait d’une approche plutôt révolutionnaire pour l’Italie, pays traditionnellement conservateur qui, pendant quarante ans après la Seconde Guerre mondiale, avait été gouverné par un parti catholique et qui avait également été reconstruit par des catholiques ayant combattu le fascisme pendant la guerre.
La vision de Ruini s’étendait également à la scène internationale, s’inscrivant dans la lignée de celle de Jean-Paul II, qui concevait l’Église avant tout comme une institution engagée en faveur de la culture.
Jean-Paul II avait développé cette conviction en Pologne, comprenant que la lutte contre le Parti communiste ne pouvait pas être un combat idéologique frontal, mais devait commencer par la culture elle-même. Le pape polonais envoya, par exemple, le cardinal Poupard, son envoyé en Union soviétique, pour prononcer des discours non pas sur la théologie mais sur la culture, brisant ainsi les vestiges de l’Empire soviétique.
Le grand héritage du cardinal Ruini réside donc précisément dans la force d’un engagement qui transcende les clivages politiques et touche à la culture. Le débat n’a jamais cessé. Benoît XVI a maintenu la ligne de Jean-Paul II, avec une approche moins interventionniste, mais en réfléchissant toujours à la nécessité de replacer le christianisme au cœur de la société.
Le pape François, quant à lui, a renversé la perspective : c’est à l’Église de prendre la parole là où cela s’impose, en adoptant son propre langage lorsque cela s’avère nécessaire. Avec Ruini, le débat portait sur des principes non négociables. Le pape François, qui a également tenu des propos enflammés sur des questions telles que l’avortement, a préféré dialoguer avec le monde par le biais du compromis, en négociant tant sur les enjeux que sur le langage, tout en veillant à transmettre un message chrétien.
Et Léon XIV ?
Dans ses discours, le thème est très précis. Léon XIV parle de principes et demande aux chrétiens de les appliquer. Si le discours adressé aux mouvements populaires au début de son pontificat semblait encore écrit à l’époque du pape François, tout comme la première exhortation, *Dilexi Te*, sur la pauvreté, Léon XIV a progressivement adopté un ton différent.
Ce n’est pas un appel à l’activisme politique, mais ce n’est pas non plus un compromis avec le monde : le langage de Léon XIV est celui de la vérité, même lorsqu’elle n’est pas comprise (il l’a dit dans son premier discours au corps diplomatique) ou lorsqu’on risque d’être méprisé (il l’a expliqué lors de la veillée de prière pour la paix du 11 avril 2026).
Léon XIV demande aux chrétiens de connaître les principes, de les appliquer et de leur donner vie.
C’est une synthèse entre l’idée d’un guerrier culturel et celle d’une présence quelque peu « tiers-mondiste ». Nous ne savons pas comment évoluera le grand héritage du cardinal Ruini, à savoir le projet culturel, qui s’est dilué au fil des ans, freiné en quelque sorte par des situations qui n’avaient pas grand-chose à voir avec le projet lui-même.
Ce qui est certain, c’est que l’héritage de Ruini est immense.
Certains lui reprochent d’avoir été trop politisé. Eh bien, il l’était parce que les temps l’exigeaient. Il est resté un prêtre épris de Dieu, un prêtre plein de foi qui a toujours considéré sa vie comme un service, même et surtout lorsqu’il était mis à l’épreuve.
Avec le temps, la vérité finit toujours par se manifester
22 juin 2017 : Saints John Fisher et Thomas More (Fr. Clément-Marie)
Ces deux saints anglais font partie des saints les plus attachants.
John Fisherest né en 1469. En 1504, il devient chancelier de l’université de Cambridge, puis est nommé la même année évêque de Rochester. C’était un homme très priant et très humble, à l’âme missionnaire. Il prit pour devise : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes (Mt 4, 19 – pêcheur se disant en anglais fisher). Le 11 avril 1534, il est convoqué à Londres avec tous les évêques du royaume pour prêter le serment déclarant le roi Henri VIII chef suprême de l’Église – reconnaissant ainsi également le remariage illégitime du roi avec Anne Boleyn. Là, un évêque prend la parole pour dire devant le roi que tous les évêques du royaume ont donné leur signature. Une voix s’élève, celle de l’évêque de Rochester : « Non, Monseigneur, pas moi ! Vous n’avez pas mon consentement sur ce point. » Peu après, il est incarcéré dans la tour de Londres, où il restera 14 mois. Le 20 mai 1535, le Pape Paul III, pour lui exprimer son soutien, le nomme cardinal. Henri VIII dira : « Nous enverrons sa tête à Rome pour recevoir le chapeau. » Les interrogatoires vont se multiplier pour faire céder ce dernier évêque (tous les évêques ont cédé, ainsi que toutes les universités – sauf celle de Rochester). Mais il résiste. Il est condamné à mort. Le 22 juin au matin, à 5 heures, on vient le chercher dans sa cellule. Il demande alors à quelle heure aura lieu l’exécution. On lui répond : « À 9 heures – Quelle heure est-il donc ? – 5 heures. » Alors l’évêque demanda calmement à dormir deux heures de plus. Puis il se revêtit de son plus bel habit, et fut décapité.
Thomas Moreest né en 1478. Pie XI l’a décrit lors de sa canonisation en disant : « Quel homme complet ! » C’est très juste… Il est considéré tout à la fois comme juriste, historien, philosophe, humaniste, théologien et homme politique. Mais il fut aussi un époux et un père de famille admirables. Après des études brillantes, il fait une longue retraite pour réfléchir à sa vocation. Puis il se marie en 1505 avec Jane Colt dont il aura trois filles et un fils. Il perd son épouse en 1511 et se remarie avec Alice Middleton, veuve et mère de deux enfants. Il fait donner à ses enfants (donc aussi, chose rare alors, à ses filles) une éducation intellectuelle de haut niveau. Il écrit cependant : « Que mes enfants mettent la vertu à la première place, et la science à la seconde. » Sa maison est un havre de paix et de bonne humeur, où l’on fait chaque jour la prière en famille. Thomas More est plein d’humour, et très agréable à vivre, tout en étant rigoureux dans sa foi et l’accomplissement de son devoir d’état. Il écrit dans L’utopie : « On me reproche de mêler boutades, facéties et joyeux propos aux sujets les plus graves. Avec Horace, j’estime qu’on peut dire la vérité en riant. Sans doute aussi convient-il mieux au laïc que je suis de transmettre sa pensée sur un mode allègre et enjoué, plutôt que sur le mode sérieux et solennel, à la façon des prédicateurs. » Il occupe des fonctions de plus en plus importantes, qu’il remplit avec désintéressement et dans un profond esprit de service. Au milieu de ses multiples activités, il mène une vie de prière très intense : il prie au moins trois heures par jour, se levant souvent pour cela à 3 ou 4 heures du matin. Quand il le peut, il consacre son vendredi à la méditation de la Passion dans un oratoire un peu retiré.
En 1529, il est nommé par le roi Henri VIII chancelier du royaume (l’équivalent de premier ministre). Il restera toujours très humble, allant toujours chanter à la chorale paroissiale en surplis… C’est alors que commencent les démêlés avec le roi, qui demande à Thomas More de signer une lettre pour que le Pape annule le mariage du roi. Il refuse. Les relations se compliquent. En 1532, Thomas More donne sa démission, prétextant des raisons de santé, et se retire. En 1533, son absence est très remarquée lors du couronnement d’Anne Boleyn, et le roi – comme cette dernière – en est extrêmement irrité. Thomas More reste toujours très mesuré et paisible.
En 1534, Thomas More est convoqué afin de donner son assentiment à l’acte de suprématie du roi. Il va mener un grand combat intérieur, réfléchissant à toutes les conséquences de son refus. Mais il choisit la fidélité à sa conscience. Devant son refus, il est emprisonné à la Tour de Londres en avril 1534. Là, il s’unit profondément à la Passion de Jésus, sur laquelle il écrira son dernier ouvrage. Sa grande souffrance sera l’insistance de son épouse, et de sa fille préférée qui le supplient de céder aux demandes du roi. Cela le plonge dans une profonde douleur intérieure… Son épouse vient le visiter en prison, et lui rappelle qu’il lui suffit de signer pour retrouver sa belle maison où il peut vivre si heureux. Mais il répond à son épouse sans se départir de son humour : « Dis-moi, cette maison [la prison] n’est-elle pas aussi proche du ciel que la mienne ? » Il est très humain, redoute la mort, et est inquiet à l’idée que sa fragilité pourrait, comme saint Pierre, le conduire à renier. Il demande dans la prière la force d’être fidèle à sa conscience.Le 6 juillet 1535, quelques jours après John Fisher, il est décapité, ayant pardonné de tout son cœur.
Il est canonisé en 1935, et déclaré en l’an 2000 par Jean-Paul II patron des hommes politiques. Fut ainsi confirmé le proverbe que Thomas More avait mis en exergue dans un de ses livres : « Avec le temps, la vérité finit toujours par se manifester. »
Le 15 juin 1520, Léon X signe la bulle Exsurge Domine contre Luther. Dès le 24, celui-ci rédige son Appel à la Noblesse chrétienne de la Nation Allemandepour l’amélioration de la Chrétienté. C’est une déclaration de guerre à la Papauté. Puis, il lance un violent réquisitoire contre l’Église et ses Sacrements, suivi de la revendication d’une totale liberté du chrétien par rapport à toute autorité ecclésiastique, et d’un appel à la libération des moines par rapport à leurs vœux. Le 10 décembre, à Wittemberg, il brûle la Bulle de l’Antéchrist !
Le Roi d’Angleterre a jugé de son devoir d’intervenir. Le 12 juillet 1521 paraît son Assertion des Sept Sacrements, en réponse au réquisitoire de Luther, et se voit décerner le titre de “Defensor fidei” par le pape Léon X.
Luther répond en lançant avec insolence et mainte grossièreté un défi au roi (…). Celui-ci ne peut décemment relever le défi sans déchoir : il en laisse le soin à son ami et conseiller l’honorable Sir Thomas More, qui, sans négliger aucune de ses charges publiques répond par un énorme pamphlet : l’Adversus Lutherum, sous le pseudonyme de Guilelmus Rosseus, le donneur de rossées. L’ouvrage parut en 1523. (…)
L’ADVERSUS LUTHERUM
Les sept premiers chapitres du Livre Premier nous apprennent beaucoup sur la personne de Luther. Pour y être vivement rossé, il n’en est pas moins fort exactement observé et critiqué. (…) More fustige l’incommensurable orgueil de ce Docteur. (…)
Mille détails le dépeignent dans sa pleine vérité, n’en déplaise à ses admirateurs. Thomas More lui reproche sa conduite vulgaire, nous le montrant écrivant ses livres dans la compagnie des buveurs de bière. Puis, plus sérieusement, il lui reproche, à lui qui n’est pas un saint et loin de là, de ne pas distinguer les vices répréhensibles des gens d’église de leurs fonctions toujours saintes et du dépôt de la doctrine et des sacrements qui sont choses divines.
More manie la langue verte, pour répondre à Luther en son propre langage, parce qu’il jugeait que l’autre le méritait.
Sur le fond doctrinal, More démontre l’absurdité d’un système selon lequel il ne faudrait rien tenir pour certain qui ne soit prouvé par un texte évident de l’Écriture. Et d’autant plus que Luther falsifie et truque les textes, les oublie ou leur fait dire le contraire de ce qu’ils signifient ! Avec force, More déclare qu’un tel principe autorise et provoque une destruction totale de l’Église, comme Magistère de vérité, Autorité législative, Dispensatrice des sacrements…
More défend la primauté et l’antériorité de la Tradition sur l’Écriture. (…) Là, il atteint la vérité la plus profonde : ce libre-examen fondé sur l’Écriture est une nouvelle forme de rationalisme !
Luther fait encore appel à « l’Église », mais « l’Église du Christ », qui n’est pas l’Église Catholique, devenue à ses yeux Babylone, la Synagogue de Satan. Son Église, c’est l’Église invisible, parce qu’elle doit être sans péché ? Mais, rétorque Thomas More, Luther veut une Église sans péché ? Mais pour lui toute œuvre bonne est péché et orgueil et damnation ; toute œuvre mauvaise au contraire est principe d’humiliation et de salut par la foi. La foi seule sauve, même sans confession ! Alors, l’Église romaine qui est saturée de péchés devrait être la vraie, dans la foi ! L’Église des Purs, selon Luther, n’en est que la diabolique caricature, pleine d’orgueil, qui n’a pas besoin de prier et ne peut avoir la foi ! L’Église romaine se sait pauvre et faible, elle croit, et elle prie…
La direction de la Fraternité Saint-Pie X contre les Écritures et la Tradition
COMMENTAIRE : Même si la Fraternité Saint-Pie X freine in extremis et ne commet pas d’actes schismatiques formels, le grave problème posé par la Fraternité Saint-Pie X persistera.
17 juin 2026
Le Saint-Siège a déclaré que, si la Fraternité Saint-Pie X (FSPX) procède à l’ordination d’évêques en juillet sans mandat papal, les personnes impliquées dans ces ordinations illicites seront automatiquement (latae sententiae) excommuniées — c’est-à-dire excommuniées de plein droit.
On peut, et on doit même espérer, que l’on n’en arrive pas là. Mais même si la FSSPX freine in extremis et ne commet pas formellement d’actes schismatiques, le grave problème posé par la FSSPX persistera.
Cela a été clairement mis en évidence par la « Déclaration de foi catholique adressée au pape Léon XIV » du 14 mai, dans laquelle la direction de la FSSPX déclare, consciemment ou non, qu’elle ne partage pas la foi de l’Église catholique.
Prenons la toute première phrase de la Déclaration, dans laquelle la Fraternité Saint-Pie X affirme que « Notre Seigneur Jésus-Christ […] a définitivement abrogé l’Ancienne Alliance ». Cela aurait choqué saint Paul qui, aux prises avec la question complexe de la relation entre l’élection d’Israël et la Nouvelle Alliance intégrant les païens dans le plan de salut de Dieu, a écrit, sous l’inspiration divine : « Ce sont eux les Israélites, et c’est à eux qu’appartiennent la filiation, la gloire, les alliances, la loi, le culte et les promesses » (Romains 9, 4). Non pas « appartenaient », mais « appartiennent ».
Deux chapitres plus loin, Paul insiste sur le fait que « quant à l’élection, ils [le peuple juif] sont aimés à cause de leurs pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Romains 11, 28-29). Dieu ne se repent pas de ses promesses, et l’Ancien et le Nouveau Testament forment une unité, comme l’Église l’affirme sans relâche depuis deux millénaires. La Déclaration de la FSSPX nie cela.
La Déclaration poursuit en affirmant que « tout homme doit être membre de l’Église catholique pour sauver son âme, et il n’y a qu’un seul baptême comme moyen d’y être incorporé. Cette nécessité concerne l’humanité tout entière sans exception et englobe sans distinction les chrétiens, les juifs, les musulmans, les païens et les athées. » L’enfer de la FSSPX est donc bien peuplé, et y figurent vos amis et proches luthériens, anglicans, juifs, musulmans et non-croyants.
Il s’agit là, cependant, précisément de la déformation extrême de l’ancienne maxime « extra ecclesiam nulla salus » (pas de salut en dehors de l’Église), pour laquelle le père Leonard Feeney fut excommunié en 1953, le fondement théologique de cette sanction ayant été établi par une déclaration du Saint-Office de 1949 approuvée par le pape Pie XII.
Ironiquement, la Déclaration de la FSSPX affirme que « le déni d’une seule vérité de la foi détruit la foi elle-même et rend radicalement impossible toute communion avec l’Église catholique ». Or, c’est précisément ce que fait la FSSPX en déclarant « définitivement nulles et non avenues » les promesses de Dieu au peuple juif et en donnant l’interprétation la plus extrême qui soit à l’expression « extra ecclesiam nulla salus ». La FSSPX contredit ainsi l’enseignement de géants tels que saint Augustin et saint Thomas d’Aquin, les condamnations papales du jansénisme, ainsi que l’enseignement du bienheureux Pie IX dans *Quanto Conficiamur Moerore* sur la disponibilité de la grâce en dehors des sacrements.
Il est évident depuis longtemps que le mouvement lancé par l’archevêque Marcel Lefebvre, qui se poursuit aujourd’hui au sein de la Fraternité Saint-Pie X (FSPX), ne trouvait pas simplement son origine dans le rejet par l’archevêque de la liturgie postconciliaire, mais dans un rejet de l’enseignement du Concile Vatican II sur l’Église, le salut, la liberté religieuse, les relations entre l’Église et l’État, ainsi que les relations de l’Église avec les autres religions. À cet égard, il convient de rappeler que Mgr Lefebvre était un partisan du maréchal Pétain et du régime collaborationniste de Vichy en France pendant la Seconde Guerre mondiale : un régime qui rejetait la modernité de fond en comble. Certains éléments du régime de Vichy ont fini par sombrer dans un antisémitisme meurtrier qui trouvait en partie son origine dans le rejet des chapitres 9 à 11 de l’Épître aux Romains, que la Déclaration de la Fraternité Saint-Pie X rejette également. Faire résonner ne serait-ce que le plus faible écho de cette histoire sordide au milieu des scandales antisémites d’aujourd’hui relève, pour employer un euphémisme, d’une obtusité effrayante.
En mai, un éminent historien italien a fait remarquer, à propos des ordinations épiscopales que la Fraternité Saint-Pie X (SSPX) a l’intention de célébrer et des excommunications qui s’ensuivront automatiquement, que « ce qui va se passer en juillet ne sera pas la construction d’un pont, mais la création d’un nouveau fossé entre [le monde de la SSPX] et le Saint-Siège ». C’est tout à fait vrai. Cela ne se produira toutefois que si les plus de 700 prêtres, les plus de 200 séminaristes et les centaines de milliers de laïcs impliqués dans la FSSPX continuent d’accepter, à la manière d’une secte, l’hétérodoxie des dirigeants de la FSSPX, dont la prétention d’être les seuls vrais catholiques est ce qui fera voler en éclats les ponts ecclésiaux et créera les tristes fossés qui s’ensuivront. Les personnes qui trouvent une nourriture spirituelle dans les centres de messe de la FSSPX méritent mieux que cela.
George Weigel est éminent chercheur senior et titulaire de la chaire William E. Simon d’études catholiques à l’Ethics and Public Policy Center de Washington.
Julienne avait un don indiscutable. Elle était belle, une de ces dames qui peuvent faire perdre la tête aux hommes, quelle qu’en soit l’époque. Celle où vit Julienne est le Moyen Age et sa ville est la Florence de Dante Alighieri , dont elle est contemporaines. Une ville où en ce temps-là fait rage la lutte âpre entre Guelfes et Gibelins, lutte au sommet, entre la tiare et la couronne.
La jeune fille au manteau
Mais non seulement l’argent habite le palais Falconieri. Il y plane aussi une puissante richesse immatérielle, la foi chrétienne, qui a déjà porté un descendant de la famille à se dépouiller de tout pour se consacrer à Dieu. Alexis Falconieri, un des sept fondateurs des Servites de Marie , frère du papa de Julienne; elle est fascinée par le choix de vie de l’oncle, en dehors des schémas habituels d’une famille engagée à faire des sous. La jeune fille grandit insouciante de son charme, qui lui vaut de nombreuses demandes en mariage, mais ponctuellement et courtoisement rejetées. Julienne est attirée par la vie religieuse et préfère au look des femmes florentines de l’époque un manteau ample et obscur du type que porte son oncle. Le même vêtement que mettent sur leurs épaules les autres jeunes filles de la riche bourgeoisie qui suivent Julienne, plus enclines comme elle à servir les pauvres qu’à chercher à être respectées par eux.
Amour dans la Florence de haine
Les «Mantellates» : pour l’Eglise elles sont le rameau féminin des Servites de Marie. Femmes de contemplation à genou, de charité continue à travers les rues. Mercredi et vendredi elles ne touchent pas à aucune nourriture et le samedi elles sont seulement au pain et à l’eau. Florence apprend à les connaître, elles sont semeuses de concorde dans le réseau croisé de vengeances qui ensanglante la ville du Lys. Les sacrifices des Mantellates sont comme une offrande unique pour la fin de cet âge de haine. Julienne, par rapport à ses compagnes, a aussi quelque de chose de plus à offrir. Depuis quelque temps elle a commencé à souffrir à l’estomac. Des douleurs lancinantes, de ces douleurs qui usent même le tempérament le plus solide. Peu à peu la jeune fille au manteau, désormais femme et guide depuis dix ans de son couvent, ne peut rien avaler même pas ce peu de nourriture qui sert à subsister.
La «marque» violette
Ainsi le 19 juin 1341 semble le dénouement d’une histoire absurde. A cette femme de Dieu sur le point de s’éteindre est niée la possibilité de s’approcher de l’Eucharistie de peur qu’elle ne puisse déglutiner l’hostie consacrée. Julienne demande qu’on la lui pose sur la poitrine sur le cœur, comme on avait l’habitude de le faire à l’époque avec les malades pendant que le prêtre accompagne son geste d’une prière. Mais, raconte-t-on, avec Julienne arrive quelque chose d’incroyable . L’hostie disparaît. Julienne expire, et en arrangeant la dépouille les moniales découvrent sur son corps, au niveau de son cœur une tache violette aussi grande que l’hostie, qui est donc imprimée dans sur son corps. Encore aujourd’hui les Mantellates portent sur leur habit religieux cette marque en souvenir de la dernière prodigieuse communion de leur fondatrice. Clément XII la canonise en 1737.
Vingt nouveaux bienheureux dans l’Église, martyrs de la foi en 1936 en Espagne
Le Pape a autorisé la promulgation des décrets du dicastère pour les Causes des Saints relatifs au martyre de 20 prêtres des îles espagnoles d'Ibiza et de Formentera. De plus, grâce à la reconnaissance de leurs vertus héroïques, le prêtre Júlio Emílio Alberto De Lombaerde, et les religieuses Mère Clara Andreu y Malferit, Sœur Maria Petra Giordano, Mère Maria Teresa Tallon et Sœur Maria Agnese Tribbioli deviennent vénérables.
Lors de l'audience accordée jeudi 18 juin au préfet et cardinal Marcello Semeraro, le Pape Léon XIV a autorisé le dicastère des Causes des Saints à promulguer les décrets relatifs à la reconnaissance du martyre de Juan Torres Torres et de 19 de ses compagnons, prêtres diocésains des îles d’Ibiza et de Formentera, tués en haine de la foi en Espagne pendant la guerre civile des années 1930. Ils seront béatifiés. De plus, ont été déclarés vénérables en raison de la reconnaissance de leurs vertus héroïques, Mère Clara Andreu y Malferit, religieuse ayant vécu sur l’île de Majorque au tournant des XVIe et XVIIe siècles; Júlio Emílio Alberto De Lombaerde, prêtre et fondateur de plusieurs congrégations; Sœur Maria Petra Giordano, religieuse dominicaine au monastère de Santa Maria del Sasso à Bibbiena en Toscane; Mère Maria Teresa Tallon, fondatrice de la Congrégation des Visiteuses paroissiales de Marie Immaculée; et Mère Maria Agnese Tribbioli, fondatrice de la Congrégation des Pieuses Ouvrières de Saint-Joseph.
Juan Torres Torres et 19 compagnons tués pour leur foi
Au moment de leur martyre, survenu entre août et septembre 1936, ces prêtres représentaient environ la moitié du clergé local, qui traversait alors une période très difficile en raison des restrictions croissantes imposées à la liberté de culte à Ibiza. Ces circonstances avaient poussé le diocèse à suspendre les processions pour des raisons de sécurité. Malgré cette attitude prudente, les tensions sociales débouchèrent sur des actes d’hostilité ouverte, tels que la profanation de la paroisse de San Carlos en 1934 et les incendies criminels qui s’ensuivirent. La persécution visait à éradiquer totalement l’identité catholique des îles, allant jusqu’à supprimer le préfixe «San» (Saint en français) des noms des villages. Juan Torres Torres, chef de file de la cause et le plus jeune du groupe, était un jeune homme humble et généreux. La mémoire de son martyre et de celui de ses 19 compagnons est restée vivante toutes ces années au sein de l’Église locale.
Mère Clara et l’expérience mystique
C’est sur une autre île espagnole, Majorque, que vécut et mourut Mère Clara Andreu y Malferit. Née le 4 décembre 1596, elle fut conduite à l’âge de sept ans au monastère de Saint-Barthélemy à Inca, dans l’arrière-pays de l’île. Barbara Onofria, tel était son prénom, revêtit l’habit religieux à l’âge de douze ans et prononça ses vœux le 17 février 1613, peu après avoir fêté ses seize ans. Elle se consacra à l’accueil des hôtes et à l’infirmerie du monastère, développant une vie spirituelle profonde et vivant des expériences mystiques extraordinaires qui l’accompagneront tout au long de sa vie.
À cet égard, l’évêque de Majorque chargea un religieux carmélite de mener une enquête qui donna lieu à plusieurs mesures. La religieuse prit au sérieux les consignes reçues et s’y conforma. Le 16 juin 1628, elle fit savoir à son confesseur que sa maladie serait rapide et demanda à se confesser, comme si c’était la dernière fois. Une semaine plus tard, elle entra en agonie et reçut l’extrême-onction. Elle vécut de manière exemplaire la vertu d’obéissance, notamment lorsqu’elle fut soumise à des enquêtes en raison de ses expériences mystiques: elle accepta tout avec une profonde humilité, se soumettant aux décisions de l’autorité ecclésiastique. Sa réputation de sainteté fait encore aujourd’hui du monastère de Saint-Barthélemy un lieu de pèlerinage.
Sœur Maria Petra et la formation des novices
Originaire de Naples et ayant grandi dans une famille profondément dévouée à Notre-Dame de Pompéi et aux écrits de saint Bartolo Longo, Sœur Maria Petra Giordano est née dans la ville parthénopéenne le 4 juillet 1912. Après le déménagement de sa famille à Rome, en raison des divergences de son père avec le régime politique, la religieuse a fréquenté l’église de Santa Maria sopra Minerva, où elle comprit sa vocation à la vie religieuse et demanda à entrer au monastère dominicain de Santa Maria del Sasso, près de Bibbiena, en Toscane. Là, après avoir obtenu une dérogation du Saint-Siège en raison de son jeune âge, elle fut nommée maîtresse des novices, puis devint également prieure de la communauté. Sa mort ayant eu lieu le 21 juin 2006, la cause peut s’appuyer sur de nombreux témoignages de visu. La religieuse a vécu toute sa vie en s’inspirant de l’Évangile.
Mère Marie-Thérèse et le réconfort apporté aux migrants et aux malades
Mère Marie-Thérèse Tallon, fondatrice de la Congrégation des Visiteuses paroissiales de Marie Immaculée, était originaire du hameau de Hanover, près d’Utica, dans l’État de New York. Née le 6 mai 1867, fille d’immigrés irlandais, elle confia très jeune à sa mère son désir d'appartenir entièrement à Dieu. Malgré certaines réticences de la part de sa propre famille, elle fut accueillie au sein de la Congrégation des Sœurs de la Sainte-Croix et de Notre-Dame, dans l’État de l’Indiana. À San Francisco, où elle avait été affectée, une épidémie de diphtérie éclata, et la religieuse fut contaminée en s’occupant des malades. Même pendant son hospitalisation, elle continua à rendre visite aux autres patients et à les réconforter. Une fois guérie, elle reprit l’enseignement à la paroisse Saint-Paul à Manhattan. C’est précisément là que, en 1908, mûrit en elle l’appel à fonder une nouvelle communauté religieuse de femmes «contemplatives dans la rue»: les Visiteuses paroissiales de Marie Immaculée. En 1951, à l’âge de 84 ans, elle accepta avec obéissance de quitter la direction de la congrégation. Le 10 février 1954,une grave chute lui causa des infirmités qui l’emportèrent le 10 mars suivant. Toute l’existence de cette religieuse fut centrée sur Dieu et sur la mission d’instruire les enfants et les adultes les plus délaissés.
La mission de Júlio Emílio Alberto De Lombaerde
Originaire du village de Beveren-Leie, en Belgique, Júlio Emílio Alberto De Lombaerde était un prêtre ordonné de la Congrégation des Missionnaires de la Sainte Famille. Il est né le 7 janvier 1878. Il est le fondateur de la Congrégation des Filles du Cœur Immaculé de Marie, de la Congrégation des Missionnaires de Notre-Dame du Saint-Sacrement et de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Sacrement. Vers l’âge de dix-sept ans, en écoutant l’homélie d’un évêque africain, il mûrit le désir de devenir missionnaire, qu’il concrétisa en entrant comme postulant dans la Société des Missionnaires de Notre-Dame d’Afrique. Il partit alors pour Maison-Carrée, près d’Alger, puis revint en Belgique en 1910, où ses supérieurs lui confièrent la mission de fonder et de diriger l’École apostolique de Wakken. En septembre 1912, il s’embarqua pour le Brésil, où il s’installa pour se consacrer au ministère pastoral, à l’enseignement et à la catéchèse dans les régions les plus reculées de l’Amazonie. Le 19 août 1941, il reçut la nationalité brésilienne et, lors de la cérémonie, en présence des autorités civiles, il évoqua l’amour qu’il portait à ce pays. Le 24 décembre 1944, alors qu’il se rendait à Vargem Grande, il fut victime d’un grave accident de la route qui lui coûta la vie.
Mère Maria Agnese et la charité en pleine guerre
Enfin, l’histoire de Mère Maria Agnese Tribbioli, née à Florence le 20 avril 1879 sans être reconnue par son père biologique. En raison des difficultés économiques de sa famille, elle fut envoyée au Patrocinio di San Giuseppe, où sa vocation mûrit jusqu’à ce qu’elle prononce ses vœux religieux. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale et d’autres difficultés ont convaincu la religieuse de quitter l’œuvre et de fonder la Congrégation des Pieuses Ouvrières de Saint-Joseph, qui a été accueillie dans le diocèse d’Imola. De nombreuses initiatives caritatives ont été menées au cours de la Seconde Guerre mondiale, parmi lesquelles l’accueil d’un groupe de Juifs et l’affrontement qui s’ensuivit avec les soldats allemands. C’est pour cet engagement qu’elle sera reconnue, après sa mort, comme «Juste parmi les Nations». En 1958, elle commença à souffrir de problèmes cardiaques, qui l’emportèrent six ans plus tard, le 27 février 1965, à l’âge de 85 ans. La religieuse a vécu sa foi en la traduisant en de nombreuses œuvres de charité, s’inspirant notamment du style pauvre et simple de saint François d’Assise.
Le 21 juin c'est la fête de la musique, l'occasion de rendre hommage à un moine de Solesmes qui réforma la musique liturgique en réinventant le « Grégorien »: Dom Prosper Guéranger (1805-1875). En janvier 2025, à l'occasion des 150 ans de sa mort, le pape François, dans une lettre à l'actuel abbé de Solesmes, Dom Geoffroy Kemlin, soulignait son rôle dans le renouveau liturgique de l'Église et saluait sa « paternité spirituelle ». Dom Guéranger fut en effet l'initiateur du mouvement liturgique qui aboutit à l'Encyclique de Pie XII (Mediator Dei) et à la constitution dogmatique de Vatican II sur la liturgie (Sacrosanctum Concilium), il fut au XIXème siècle le prophète d'un renouveau de la liturgie qui depuis quatre siècles était en lente déconfiture.
Dom Guéranger - Une coproduction KTO/CAT PRODUCTIONS 2025 - Réalisée par Cyril Lepeigneux et Adrien Pierre
Aujourd’hui, je souhaite vous proposer quelques réflexions sur le voyage apostolique que j’ai effectué la semaine dernière en Espagne, visitant Madrid, Barcelone, l’abbaye de Montserrat et les îles Canaries.
Après un long périple dans quatre pays africains, je me suis cette fois retrouvé plongé dans un pays européen doté d’une ancienne et très riche tradition catholique. Et il est apparu clairement que dans l’Espagne d’aujourd’hui, qui a connu de notables changements sociaux et culturels, le Pape a été accueilli partout avec enthousiasme et ouverture à l’écoute. J’en rends grâce à Dieu et à tout le peuple espagnol, au Roi et aux autorités civiles, aux évêques et aux communautés ecclésiales.
Le peuple de Dieu m’a beaucoup réconforté par la manifestation joyeuse de sa foi et de son affection. À mon tour, j’ai confirmé les fidèles et, comme évêque de Rome, je les ai encouragés à surmonter toute forme de division et d’opposition en cultivant toujours la communion, le dialogue, l’unité dans la diversité. Tel est le service propre au Successeur de Pierre, service qui trouve une expression spécifique dans les voyages apostoliques, chaque fois adaptée aux situations ecclésiales et sociales des pays visités.
En Espagne, j’ai pu constater avec joie à quel point les gens, de tous âges et de toutes conditions, attendaient la visite du Pape : partout, j’ai trouvé des foules venues m’accueillir avec une grande chaleur. Cela n’allait pas de soi, et cela mérite réflexion. Naturellement, cette participation exprime avant tout, comme je le disais, la foi du peuple espagnol ; en même temps, je pense qu’elle manifeste le besoin généralisé de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique. Ce fondement que seul le Christ, en dernière analyse, peut garantir, et que l’Évangile, à travers les « inculturations » nécessaires, peut transmettre dans la vie des peuples. Il le peut parce que son message répond pleinement à ces deux exigences : la recherche de la vérité et la soif de justice.
À Madrid et à Barcelone, nous nous sommes rassemblés dans les grandes cathédrales ainsi que dans des stades ultramodernes. Nous avons prié le Saint Rosaire à l’abbaye de Montserrat. Nous avons célébré la messe à la Sagrada Familia, symbole majestueux, symphonie de pierre et de lumière qui parle à tous du mystère chrétien. Cette rencontre entre l’ancien et le moderne, entre la tradition catholique et la culture contemporaine, m’a fait percevoir de manière vive le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée. Il s’agit d’un patrimoine à préserver avec soin, afin de pouvoir l’investir dans le monde d’aujourd’hui avec ses défis historiques : la paix, l’écologie intégrale, le développement équitable et durable, le respect de la dignité humaine. Ce sont là des défis que le Concile Vatican II avait déjà clairement reconnus et sur lesquels le Magistère qui a suivi est revenu, jusqu’à ma récente encyclique Magnifica humanitas, qui vise à protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.
J’ai perçu, à travers ces différentes rencontres, le besoin d’entendre dans la voix du Pape l’Évangile de l’espérance pour notre humanité d’aujourd’hui, durement éprouvée par les conséquences négatives d’un modèle de développement trompeur. Ce besoin, qui s’est exprimé à travers les nombreux témoignages que j’ai pu entendre – des témoignages tantôt émouvants, tantôt édifiants –, je l’ai reconnu aussi et surtout sur les visages des petits et des pauvres que j’ai rencontrés : celui de l’enfant qui m’a lu sa lettre à la paroisse ; celui de certaines victimes d’abus, qui demandent à être écoutées ; des détenus qui m’attendaient en prison ; des jeunes pleins d’inquiétude et de projets ; des migrants dans les centres d’accueil des Canaries.
C’est précisément là, aux îles Canaries, dernière étape de notre itinéraire, qu’une clé de lecture globale m’a été offerte. Elle m’a été offerte, d’une part, par la situation géographique même de cet archipel ; et, d’autre part, par la réalité d’une Église locale qui accueille un grand nombre de migrants forcés, provenant surtout d’Afrique. Nous savons que le phénomène migratoire est complexe et qu’il exige des plans d’action cohérents et concertés. Mais cette clé de lecture ouvre une perspective différente et plus large : elle nous fait comprendre comment nous sommes appelés à relire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en échangeant les dons de nos cultures respectives, et en particulier les fruits produits en elles par la fécondité du message du Christ. Et l’un de ces fruits est précisément le dialogue entre les personnes et entre les peuples, la rencontre dans un esprit de fraternité, qui permet de découvrir et d’apprécier mutuellement les valeurs dont l’autre est porteur. Ce chemin n’est pas facile, il exige de la bonne volonté et l’aide de Dieu, mais c’est le chemin qui mène à la civilisation de l’amour.
Chers frères et sœurs, la devise de ce voyage apostolique était “Alzad la mirada”, “Levez les yeux!” (cf. Jn 4, 35). Ce sont les paroles de Jésus, adressées à ses premiers disciples, pour leur apprendre à voir dans les personnes et dans les foules le désir de vie, de vérité, de plénitude. C’est à moi d’abord que le Seigneur répète ces paroles, et par sa grâce, j’en ai fait l’expérience également au cours de ce voyage. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous cette invitation : levons les yeux ! Apprenons de Jésus à regarder notre prochain, les gens, le monde «avec les yeux de Dieu», c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.
Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont prié pour le bon déroulement de ce voyage apostolique, en particulier les communautés de moniales contemplatives, qui, en Espagne, grâce à Dieu, sont très nombreuses. Continuez à prier, afin que, par l’intercession de la Vierge Marie, les graines que j’ai semées portent des fruits abondants. Merci !
Chesterton et la crise de la civilisation occidentale
Un débat transatlantique persiste quant à la question de savoir si les États-Unis ou l'Europe sont plus riches. Il est surprenant d'observer ce phénomène, non pas parce que les arguments sont déraisonnables, mais parce qu'il illustre parfaitement une tendance à se focaliser sur les détails au détriment de l'essentiel. Les deux camps sont exceptionnellement riches ; pourtant, leurs citoyens semblent nourrir un profond mécontentement. Ils refusent d'avoir des enfants, la consommation de drogue explose et le discours politique et social est marqué par une violence et des manifestations croissantes, pour ne citer que quelques indicateurs. Ce constat a été relevé par Dan O'Brien, économiste en chef de l'Institut des affaires internationales et européennes, qui a suggéré que le décalage entre richesse financière et satisfaction des individus est dû à la consultation compulsive d'informations anxiogènes. J'estime, quant à moi, qu'en analysant les données de cette manière, O'Brien met involontairement en lumière l'une des caractéristiques clés du déclin civilisationnel, tel que décrit par G.K. Chesterton, journaliste et converti au catholicisme du XXe siècle.
Dans son ouvrage « L'Homme éternel », Chesterton, analysant le déclin de l'Empire romain, affirme : « Le désespoir ne réside pas dans la lassitude de la souffrance, mais dans la lassitude de la joie. C'est lorsque, pour une raison ou une autre, les biens d'une société cessent d'être bénéfiques que la société commence à décliner. » Ceci explique comment il est possible que nous soyons, selon la plupart des critères modernes, heureux – c'est-à-dire matériellement prospères – et en même temps profondément déprimés. Le bienfait des sociétés occidentales modernes résidait dans un niveau de prospérité et de confort inimaginable pour nos ancêtres. Que ce soit à gauche ou à droite, socialistes ou libertariens, le confort économique et matériel a été au cœur de nos débats politiques. Or, ce critère essentiel n'est plus pertinent ; dans une société comme la nôtre, suggère Chesterton, il sera difficile de mesurer le déclin, car ce sont les biens qui se détériorent. C'est un peu comme admirer une récolte de pommes en apparence saine, sans savoir qu'elles pourrissent de l'intérieur.
Mais pourquoi se sont-elles dégradées ? Qu'est-ce qui a provoqué le déclin d'une société forte et prospère, devenue en apparence toujours forte et prospère, mais profondément malheureuse ? Chesterton apporte une réponse convaincante : la mythologie de cette société, source de ses idéaux, est morte. Il en fut de même à Rome, où les mythes fondateurs de l'empire s'estompèrent peu à peu, à mesure que l'on comprit qu'il ne s'agissait pas d'une véritable religion ancrée dans la réalité, mais de mythes à rejeter ou à instrumentaliser à des fins personnelles.
On pourrait dire la même chose, me semble-t-il, du mythe fondateur de notre époque : le libéralisme, avec sa promesse de libertés absolues et de bonheur humain pour la figure mythique de l’individu libéral. Le libéralisme promettait que nous pourrions poursuivre ce qui nous rendait heureux, car l’homme déterminerait ses propres fins, et que l’ordre politique garantirait un équilibre entre les besoins conflictuels sans préjugés.
Mais cette situation a dégénéré – soudainement d'un point de vue laïque, inévitablement d'un point de vue de droit naturel – en une politique identitaire factionnelle. On a renoncé à jouer la carte de la neutralité et de l'équilibre, pour se tourner plutôt vers ce qui semblait être la promesse centrale du libéralisme : la liberté absolue d'assouvir nos désirs personnels. « Les hommes recherchent des péchés plus étranges ou des obscénités plus choquantes pour stimuler leurs sens blasés… ils tentent de se donner à cœur joie », écrivait Chesterton à propos de Rome. Il aurait tout aussi bien pu écrire à propos de Londres ou de Dublin en 2026, tant ces villes sont gangrenées par la toxicomanie, les perversions sexuelles, la corruption financière et la cupidité. Chesterton savait que la mort d'un mythe laisse un vide qu'il faut combler.
Ce qui est absurde pour Rome, comme pour nous, c'est que notre civilisation actuelle se meurt au moment même où elle n'a jamais été aussi forte. La culture occidentale, grâce à l'hégémonie américaine dans ce domaine, est devenue la force dominante à travers le monde. Chacun aspire à la prospérité que nous avons atteinte. Même la Chine, pourrait-on dire, est plus occidentale qu'orientale dans sa vision du monde, ayant assimilé la doctrine de cette hérésie quasi-chrétienne qu'est le marxisme. Les parallèles avec la Rome de Chesterton sont, une fois de plus, frappants. « Il ne restait plus rien qui puisse conquérir Rome », écrit-il, avant d'ajouter : « mais il ne restait plus rien non plus qui puisse l'améliorer. »
Autrement dit, rien de propre à la religion ne pouvait l'améliorer ; à moins d'y ajouter un nouvel ingrédient pour la renouveler. À cet égard, les Romains furent chanceux, car le Christ vint combler le vide avec une foi qui était, comme J.R.R. Tolkien l'expliquait à C.S. Lewis, un véritable mythe. Tandis que la plupart des religions faisaient un compromis avec Rome, offrant nominalement leur obéissance au divin César en échange de la liberté de culte, une petite secte commença à semer le trouble, refusant cette tolérance superficielle au profit de la vérité. Qu'obtinrent-ils en récompense ? D'abord la persécution, mais finalement la réhabilitation.
Comme l'ont soutenu Chesterton, et après lui le célèbre historien Christopher Dawson, le christianisme possède un pouvoir de régénération unique. Dawson le considère comme la caractéristique essentielle de la culture occidentale, par opposition aux autres grandes civilisations : sa capacité à renaître et à se renouveler de l'intérieur, en équilibrant les forces statiques et dynamiques. Comment cela est-il possible ? Grâce à l'espoir qui réside en nous, « errant, extravagant, excessivement attaché à des chances fugaces », écrit Chesterton. Ainsi, tandis que le reste du monde se querelle au sujet du PIB, nous savons que les problèmes sont plus profonds et que la solution, elle aussi, ne réside pas dans l'économie, mais dans la foi. C'est seulement par un retour au Christ que l'Europe « renouvellera sa jeunesse comme l'aigle », comme elle l'a fait tant de fois déjà.
Jean-François Régis rappelle que les greniers de Dieu sont toujours pleins
Mort en 1640 à Lalouvesc d’un refroidissement attrapé en parcourant en plein hiver les monts du Vivarais afin d’en ramener au catholicisme les paysans séduits par la Réforme protestante, le jeune jésuite Jean-François Régis est à bon droit vénéré comme l’apôtre de ces contrées désolées par les conflits religieux, les révoltes, les pestes et la disette. L’on oublie cependant souvent qu’en dehors des périodes de missions, il consacra une bonne partie de sa vie à sauver les femmes que la misère forçait à la prostitution. Cet apostolat décrié lui valut maints déboires et insultes, voire plusieurs tentatives de meurtre, mais aussi des grâces qui assurèrent, de son vivant, sa réputation de thaumaturge.
Les raisons d'y croire
À dix-huit ans, alors qu’il sait depuis longtemps qu’il a la vocation, il acquiert la certitude, après une période de discernement, qu’il doit rejoindre la Compagnie de Jésus. Régis n’agit donc pas sur un coup de tête, mais fait preuve de prudence et de sagesse. Cependant, même si ce choix peut sembler normal, puisqu’il a été élevé chez les jésuites de Béziers, il ne les choisit point par facilité ou par sentimentalisme, mais parce qu’il admire leur capacité à se donner entièrement à Dieu.
Il devra maintes fois aller à l’encontre de son tempérament et de son éducation pour accomplir ce qu’il estime être les vues de Dieu sur lui. Il faut qu’il soit très sûr de sa vocation pour tenir dans un choix qui l’expose aux reproches de sa propre famille et des mondains qui tourneront sa sainteté en ridicule.
L’apostolat auprès des prostituées a mauvaise presse, car il expose aux tentations de la chair et provoque la colère des souteneurs et des clients qui deviennent facilement violents et menaçants. Au moins à trois reprises, il est victime de guet-apens et de tentatives d’attentats de la part d’hommes auxquels il a arraché une jeune fille et qui veulent le tuer. Se consacrer à cette œuvre est d’autant plus méritoire qu’elle donne peu de satisfactions et beaucoup d’ennuis. Régis le sait, car il va en expérimenter tous les désagréments, mais sans renoncer. « Ma vie est de gagner des âmes à Dieu !», explique-t-il.
L’argent manque souvent, en raison de l’extrême misère de la région, ruinée par la guerre civile et les épidémies. Il faut parvenir à assurer le quotidien du Refuge, qu’il a fondé à l’intention des filles perdues, et du Bouillon, une soupe populaire qui nourrit des centaines de pauvres. Il est aidé par Marguerite Cornilhon. Un jour, celle-ci lui déclare qu’il n’y aura rien à manger, car les réserves de la maison sont totalement épuisées. Sans s’émouvoir, Régis lui déclare qu’elle a mal regardé et que le cellier regorge de provisions. Quand elle y va voir, non sans avoir dit qu’elle a bien vu ce qu’il en était, elle constate, stupéfaite, qu’il a dit vrai et que l’on ne manque de rien. Comme elle s’étonne, Régis répond : « Ma fille, les greniers de Dieu sont toujours pleins.»
En effet, sa réputation de thaumaturge est déjà très forte de son vivant. Les sources anciennes sur sa vie (notamment la biographie écrite par le jésuite Jean de La Broüe en 1644) rapportent des miracles de « connaissance des cœurs ». De nombreux pénitents expliquent que Régis leur rappelait avec précision des péchés qu’ils n’avaient pas mentionnés.
Régis possède aussi une réputation extraordinaire de convertisseur. Des ennemis de l’Église ou des personnes vivant publiquement dans le péché changent de vie après une seule rencontre avec lui. Ses contemporains sont frappés par l’effet immédiat de sa parole sur les consciences. L’extraordinaire fécondité de son apostolat et les conversions en masse qui accompagnaient ses missions sont dûment attestées.
Après sa mort, à Lalouvesc, son tombeau devient rapidement un centre de pèlerinage. De très nombreuses guérisons y sont rapportées pendant près d’un siècle. Ces récits alimentent son procès de béatification, puis de canonisation. Les archives ecclésiastiques mentionnent des guérisons de paralysies, de cécités et de maladies chroniques, toutes attribuées à son intercession. L’Église n’a pas accepté indistinctement tous les récits miraculeux, mais une sélection critique a été opérée : sur huit miracles proposés, le médecin pontifical Giovanni Maria Lancisi n’en a admis que deux comme réellement inexplicables, lesquels furent retenus pour la canonisation.
En savoir plus
Né à Fontcouverte, dans l’Aude, le 31 janvier 1597, Jean-François est le second fils de Jean Régis, un hobereau qui vit des terres familiales depuis qu’il a renoncé au métier des armes, et de Madeleine d’Arse. Rien, au contraire, ne le prédispose à choisir l’état religieux. Dans la famille, l’on est plus disposé à défendre les intérêts de l’Église les armes à la main que par la parole et la douceur évangélique. Pourtant, après ses études chez les jésuites de Béziers, il choisit de rejoindre la Compagnie de Jésus en 1617. Il est ordonné avec un an d’avance, en 1630, le dimanche de la Trinité.
D’emblée, il ne cache pas être attiré par l’exemple héroïque de Louis de Gonzague, mort en soignant les pestiférés, et ceux des pères morts martyrs dans les missions lointaines en allant porter l’Évangile aux païens. Son rêve est de donner sa vie pour le Christ et le salut des âmes. Mais ses supérieurs refusent de le laisser devenir aumônier auprès des pestiférés de l’hôpital, comme il le demandait, et l’envoient occuper un poste d’enseignant au Puy. Obéissant, il l’accepte. On lui dit : « Le Vivarais sera votre Canada ! » ; et il décide de se donner pleinement à cette mission en apparence moins exaltante.
Il se réjouit surtout de pouvoir ramener au catholicisme les populations du Vivarais, qu’il édifie par sa charité. Son zèle apostolique et sa témérité le poussent à s’aventurer en plein hiver dans des montagnes désolées malgré les loups, les brigands, les précipices et les dangers de toutes sortes... Si on lui reproche son imprudence, il affirme que Dieu le protégera aussi longtemps qu’il sera utile à son service. Il édifie ses contemporains par ses longues stations nocturnes dans des églises glaciales pour vénérer le saint sacrement. Très vite, l’on s’aperçoit qu’il possède des dons de thaumaturge, de lecture dans les âmes et de prédiction de l’avenir. Les foules accourent quand on annonce : « Voici le saint qui passe ! »
Il est convaincu qu’il mourra jeune et s’en réjouit. C’est dans ces dispositions d’esprit et avec la certitude qu’il n’en reviendra pas qu’il part prêcher une mission dans les environs de Lalouvesc en décembre 1640. Une nuit passée à la belle étoile par un froid glacial porte un coup fatal à sa santé, déjà chancelante. Il refuse de se reposer et confesse jusqu’au bout dans une église glacée. Il meurt d’une pneumopathie le 31 décembre au terme d’une douloureuse semaine d’agonie, heureux car il voit Jésus et Marie venir au-devant de lui pour lui ouvrir le séjour du bonheur éternel.
Son corps reste à Lalouvesc, qui lui élève une splendide basilique, malgré le désir des Jésuites de le ramener au Puy. Il est canonisé en 1737.
Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.
Aller plus loin
Jean de La Broüe, La Vie, les vertus, les miracles du R.P. Jean-François Régis, Le Puy, 1650.
Saint Jean-François Régis (1597-1640) : biographie par le sanctuaire de Lalouvesc
Le saint “marcheur de Dieu” 1597-1640
Saint Régis
Jésuite français né à Fontcouverte dans l’Aude, Jean-François Régis est le saint patron des jésuites de la Province de France. Sa vie témoigne de la vitalité des premiers jésuites “missionnaires de l’intérieur” qui parcourent montagnes et vallées pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume.
Le nom de Régis reste lié à celui de Lalouvesc, petite ville d’Ardèche, où il est mort d’épuisement. Depuis les pèlerins ne cessent de venir…
Qui était saint Jean-François Régis ?
Régis naît à Fontcouverte en Languedoc en 1597. Son nom de famille va devenir grâce à lui un prénom. La France sort des Guerres de Religion et connaît un vrai printemps d’Église, avec des saints comme François de Sales ou Vincent de Paul.
Avec “un visage épanoui, un abord gai, riant, franc et familier”, sans parler de son mètre 92, c’est une vraie force de la nature, ce qui lui permet d’intervenir, vigoureusement au besoin, pour fermer la bouche des blasphémateurs, pour défendre des prostituées du Puy contre leurs souteneurs, ou simplement pour parcourir sans relâche les montagnes du Vivarais, des Cévennes et du Velay. Sa ferveur mystique impressionnait : “On aurait dit qu’il respirait Dieu seul … “, de même la chaleur de son accueil pour les montagnards venus par temps de neige à sa rencontre : ” Venez, mes enfants, je vous porte tous dans mon cœur “.
Au Puy, ” le père des pauvres ” n’arrête pas d’hôpital en prison, de taudis en soupe populaire, de lutte contre le chômage ou le marché noir en maison d’accueil … Et grâce à lui, parfois, la fille de rue devient dentellière!
Il y laissera sa santé et sa vie. C’est dans ce pays de rude climat, pour apporter à ses “enfants” montagnards la parole de Dieu, qu’il mourut de froid et d’épuisement, un 31 décembre, à Lalouvesc où l’on vient aujourd’hui encore en pèlerinage.