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Actualité - Page 957

  • Le discours "culturellement incorrect" de l'archevêque de Rouen prononcé lors de l'inauguration de la "stèle républicaine" érigée en mémoire du Père Hamel

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    Inauguration de la stèle républicaine : Discours de Monseigneur Lebrun, archevêque de Rouen (source)

    Monseigneur Dominique Lebrun, archevêque de Rouen a prononcé un discours pour l’inauguration de la stèle républicaine pour la paix et la fraternité et à la mémoire du Père Jacques Hamel – Saint-Etienne du Rouvray.

    Monsieur le Président de la République,

    Monsieur le Premier ministre,

    Monsieur le Ministre d’État, ministre de l’intérieur,

    Monsieur le Ministre,

    Monsieur le Président du Conseil constitutionnel,

    Mesdames et messieurs les parlementaires,

    Madame la ministre,

    M. le député et M. le Maire,

    Mesdames et messieurs les hautes autorités civiles, judiciaires et militaires.

    Mesdames et messieurs les élus,

    Monsieur le directeur départemental de la sécurité publique,

    Mesdames et messieurs, habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray,

    Croyants ou non, d’une confession religieuse ou d’une autre.

    Chère Roseline et chère Chantal,

    Chères sœurs,

    Chers amis,

    La communauté catholique a beaucoup apprécié le désir de M. le maire, d’ériger un monument à la mémoire du Père Jacques Hamel en écho aux souhaits de nombreux Stéphanais et Stéphanaises. Elle est très sensible à votre présence, M. le Président, pour l’inaugurer.

    Ce monument prend la forme d’une très belle « stèle républicaine pour la paix et la fraternité, à la mémoire du père Jacques Hamel ». C’est une étape importante. Permettez-moi de dire quelques mots de cette étape avant d’accueillir avec vous le message de cette stèle.

    La famille, les témoins de l’assassinat du Père Jacques Hamel, la communauté paroissiale et bien d’autres poursuivent ce que nous appelons trop communément un chemin de deuil. Au fil de l’année, j’ai vu une succession d’ombres et de lumières. L’ombre de la disparition et de la tristesse, la lumière d’une présence jamais aussi forte ; l’ombre des regrets, inquiétudes, peurs, la lumière de l’affection qui fait vivre ; l’ombre du souvenir tenace de la violence, la lumière des amitiés consolantes ; l’ombre des soupçons et des accusations, la lumière du pardon toujours recherché ; l’ombre d’interrogations demeurant sans réponse, la lumière de la foi.

    La vie personnelle comme la vie commune est jalonnée par ces passages, de l’ombre à la lumière. Il ne serait pas responsable de tenir pour acquise la lumière. Saint-Etienne-du-Rouvray, pas plus que Jérusalem, New York, Djarkarta, Kinshasa, Alger, Rio de Janeiro, la Libye ou Rouen ne peuvent se dire une ville sans ombres ni … lumières ! Il n’est pas plus responsable et, encore moins chrétien, de penser être dans la lumière, et de juger et condamner les autres aux ténèbres. Pire encore, de penser que nos cœurs sont habités par la seule lumière tandis que d’autres, les autres, seraient les acteurs de l’ombre. C’est vrai dans une famille, dans une communauté, dans un pays, dans le monde.

    Des attentats, hier, la profanation de tombe ou de lieux de culte, aujourd’hui encore, même accomplie par des adolescents, sont une ombre pour toute notre société. Notre société qui ne sait plus où elle va après la mort, et se croit libre de faire tout ce que chaque individu souhaiterait, y compris abréger sa vie ou l’empêcher de naître ; c’est une ombre pour notre société qui met de côté des ressources spirituelles en chargeant la loi d’établir la morale alors que celle-ci, la loi, ne peut qu’être qu’une aide et que la morale, elle vient du profond de notre humanité.

    L’aide au développement, le secours des migrants, l’appui aux États du Moyen Orient qui redonne espoir aux chrétiens de pouvoir rester chez eux, comme dans la plaine de Ninive, sont, parmi d’autres, des lumières pour toute notre société qui sait qu’elle ne peut pas vivre bien à côté de ceux qui vivent mal. C’est l’honneur de la France d’être engagée largement sur cette voie. Comment ne pas relier ce que nous vivons, aujourd’hui à l’entrée dans Mossoul hier du Patriarche chaldéen accompagné de trois évêques de France et d’un prélat français ?

    Dans une ville, comme dans une église, nos cœurs n’en finissent pas de passer du côté de l’amour. Permettez-moi, au nom même de Jacques Hamel, de lancer cet appel à ceux qui hésitent encore : quittez l’ombre de la haine, passons ensemble vers la lumière de l’amour ! Quittez l’ombre de la division et passons ensemble à la lumière de l’unité ! Quittez l’ombre des mensonges, des égoïsmes et des égos, passons ensemble à la lumière de la vérité et de la fraternité ! Quittez l’ombre de la guerre, passons ensemble à la lumière de la paix !

    La stèle que nous inaugurons porte des figures qui semblent être un peu dans l’ombre. Elles semblent chercher la lumière. Puissions-nous nous retrouver tous parmi ceux qui passent de l’ombre à la lumière, de l’ombre de la mort, à la lumière de la vie. Comme le Père Jacques Hamel, je le crois, est passé définitivement de la mort à la vie, à la vie éternellement bienheureuse.

    La stèle porte un défi, celui – nous l’avons entendu – de l’universel où la lumière ne peut rejoindre quelques-uns au détriment des autres. Tel est le sens d’une déclaration universelle des droits de l’homme. Ayons l’ambition de la fraternité universelle inscrite dans le premier article de la déclaration de 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

    Les chrétiens ont une responsabilité immense. Pour eux, la fraternité n’est pas une option. Jésus a révélé le nom de « Père » comme le nom propre de Dieu. Qui sommes-nous alors, sinon des frères et des sœurs ? Pouvons-nous appeler Dieu « Père » sans regarder l’autre et tous les autres comme un frère, comme une sœur ? La famille humaine a brisé le lien fraternel lorsque Caïn tue son frère Abel, se séparant ainsi du grand projet divin. Jésus vient restaurer la fraternité, véritable dignité des êtres humains. Il l’a fait au prix de son sang qui crie plus fort que le sang d’Abel pour appeler à la fraternité. Le sang du Père Jacques Hamel est de la même composition que le sang de Jésus ; il crie avec tous les martyrs. Il appelle à la fraternité, sans exclusion, comme en témoigne le rassemblement de ce matin.

    Monsieur le Maire, Monsieur le député, M. le Président, chers amis non croyants ou croyants de diverses confessions, nous pouvons avancer ensemble, dans le respect de nos responsabilités, dans le respect de nos esprits et de nos âmes, si divers et si semblables, dans la fraternité !

    Le visage du Père Jacques Hamel, en bas de la stèle semble regarder vers l’article 18 de la déclaration universelle : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites) ».

    Ce regard du Père Jacques Hamel tourné vers l’article 18 de la déclaration universelle est-il un hasard ? Vous pouvez penser que je crois plus à la providence qu’au hasard ! Quoi qu’il en soit, c’est pour moi l’occasion de remercier tous ceux qui comprennent que la communauté catholique peut et veut participer à la vie commune, par ses membres et en tant que communauté. Elle n’a pas d’autre vocation, car elle croit que sa mission est sur terre comme au ciel, sur terre pour le ciel, où nous attend le Père Jacques Hamel. La communauté catholique est aujourd’hui fière de l’exemple donné par le Père Jacques Hamel, frère, oncle, citoyen et chrétien, prêtre catholique. Si l’un de ces aspects pouvait apparaître en premier selon les circonstances, il n’était jamais séparé des autres. L’hommage qui lui est rendu sur cette place et par ce monument en témoigne.

    Merci aux artistes Marie-Laure Bourgeois et Vincent Bécheau ; Merci de tout cœur M. le maire, – avec un « s » – pour votre geste, merci aussi pour votre amitié. Nous la devons au Père Jacques Hamel. Soyons-lui fidèles aussi en cela !

    Je vous remercie.

  • L'Institut du Christ-Roi se développe

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    De Philippe Maxence sur le site du bi-mensuel « L’Homme Nouveau » (27 juillet)

    Mgr Wach.jpg« Mgr Gilles Wach (à gauche sur la photo) est le fondateur et le prieur général de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre (ICRSP) société de Vie Apostolique en forme canoniale de Droit Pontifical dont la principale mission est la formation de futurs prêtres en son séminaire de Gricigliano (Italie). Il a bien voulu répondre à nos questions sur le développement de cet institut et sur la portée du motu proprio Summorum Pontificum dont on a fêté le 7 juillet dernier les dix ans d'application.

     

    L'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) que vous dirigez a eu la grâce de plusieurs ordinations cette année encore. Les vocations ne se tarissent donc pas ?

    Notre Institut a effectivement depuis plusieurs années la grâce de nombreuses ordinations sacerdotales, 29 depuis 2015 dont 6 cette année. Nos maintenant 106 chanoines exercent leur ministère sur trois continents, dans treize pays. C'est S.E.R. le Cardinal Burke  qui cette année encore nous a fait l'honneur de venir ordonner nos prêtres, tandis que S.Exc.R. Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission Pontificale Ecclesia Dei est venu ordonner 13 diacres et sous-diacres pour notre Institut.
    Ces vocations viennent du monde entier, en particulier d'Europe et de France. Notre maison de formation, le séminaire international Saint-Philippe-Néri de Gricigliano, situé à côté de Florence en Italie, s'apprête à recevoir en septembre 2017 plus de 20 nouveaux séminaristes en première année de formation. A ceux-là s'ajoutent une quinzaine de jeunes hommes qui vont passer une année de discernement dans nos maisons aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France.
    Au total, c'est une centaine de vocations que nous accueillons actuellement pour les former au sacerdoce, dont 9 diacres.

    Notre Institut compte également des oblats, c'est à dire de jeunes hommes qui se sentent destinés à se consacrer au sacerdoce de Jésus Christ Souverain Prêtre par une vie de prière liturgique avec nos chanoines, et par le service rendu au ministère sacerdotal dans notre Institut, sans avoir vocation à devenir prêtres. Ils sont actuellement une dizaine dans notre Institut, et autant en formation dans nos différentes maisons. Ils représentent 10% de nos membres, ce qui est une part importante et souvent méconnue de notre Institut ; leur aide est pourtant précieuse dans nos apostolats ; grâce à Dieu, leur nombre aussi est en croissance.

    Je n'oublie pas nos sœurs Adoratrices, qui elles aussi attirent de nombreuses vocations, probablement cinq ou six nouvelles postulantes entreront dans les mois qui viennent. Cette branche féminine de notre Institut, présente dans trois pays, compte maintenant près de quarante religieuses. Elles apportent une grande aide à nos prêtres, d'abord dans la prière à leurs intentions, mais aussi en participant à divers labeurs apostoliques.

    Quelle est la spécificité de votre Institut qui explique l'attirance toujours nombreuse de jeunes hommes (ou de jeunes filles pour la branche féminine) en son sein ?

    Je constate tout d'abord que ces vocations viennent pour la plupart d'elles-mêmes frapper à notre porte ; il n'y a pas chez nous de communication "pastorale" particulière sur ce sujet. Plusieurs de nos prêtres et de nos séminaristes ont connu notre Institut seulement à travers nos sites internet ! Tous ces jeunes hommes sont attirés par le sens du Beau, principalement dans la liturgie. Bon nombre d'entre eux découvrent la forme extraordinaire tardivement, et ils y trouvent la réponse à cette soif intérieure qui les brûle.

    Notre vie canoniale, qui met à la première place la célébration du Saint Sacrifice de la Messe et le chant de l'Office Divin, est en quelque sorte le moyen voulu par la Providence pour l'épanouissement de ces vocations. C'est à travers cette liturgie soignée que nous participons dès ici-bas à la splendide liturgie de la Jérusalem céleste.

    Ces vocations, tout en restant résolument apostoliques, recherchent aussi une communauté pour éclore. A l'école de nos saints patrons, saint François de Sales pour sa spiritualité centrée sur la charité, saint Thomas d'Aquin pour les études et saint Benoît pour la liturgie, ces jeunes gens approfondissent au fur et à mesure et se nourrissent davantage du charisme propre de notre Institut.

    Il semble donc que la Providence continue de nous envoyer des vocations tant que nous demeurons fidèles à mettre Dieu à la première place par une vie liturgique soignée et par une observation fidèle de la forme canoniale de nos Constitutions telles qu'elles ont été reconnues par le Saint-Siège.

    Il en est de même pour nos sœurs Adoratrices qui "suivent le même esprit, prient pour la sanctification des prêtres, et particulièrement des membres de l’Institut, dont elles soutiennent l’apostolat."
     

    Institut international, vous venez d'ouvrir, je crois, un nouveau lieu d'apostolat en Angleterre, mais vous êtes aussi présent ailleurs ?

    Notre Institut est effectivement en plein extension, et à l'issue de notre Chapitre Général qui se tiendra fin août, nous pourrons annoncer notre implantation dans plusieurs nouveaux apostolats, aux États-Unis, en France, en Angleterre, etc. Nous essayons de répondre, partout où cela est compatible avec notre vie communautaire, aux demandes des évêques qui souhaitent dans leur diocèse avoir l'aide de chanoines de l'Institut et faire bénéficier leurs fidèles des richesses de la forme extraordinaire du rite romain.

    Le développement de notre apostolat en Angleterre est à ce titre en effet significatif. Deux évêques nous ont depuis plusieurs années accueillis avec une très grande bienveillance dans leurs diocèses, l'évêque de Shrewsbury, S.Exc.R. Mgr Davies, qui a conféré les Ordres mineurs à nos séminaristes cette année, et l'évêque de Lancaster, S.Exc.R. Mgr Campbell. Ils nous ont confié la charge de splendides sanctuaires dont l’un (New Brighton) était fermé au public, faute d’entretien suffisant. Nos sanctuaires ont la mission de promouvoir la dévotion Eucharistique et la célébration de tous les Sacrements dans la forme extraordinaire. Pour la rentrée prochaine, S.Exc.R. Mgr Campbell confie à notre Institut une nouvelle église à Preston, dédiée à Saint Thomas de Cantorbéry et aux Martyrs Anglais ; elle sera désormais desservie par l’Institut comme sanctuaire pour la dévotion aux Martyrs anglais (les catholiques, principalement des prêtres, qui furent martyrisés pour leur foi entre 1535 et 1679 - beaucoup provenant du comté du Lancashire, dont dépend Preston), dont l’église possède actuellement plusieurs reliques insignes. Mgr Campbell a aussi donné son accord à l'ouverture d'une école où nos chanoines œuvreront. Enfin, en novembre 2017, une maison de formation pour l’Institut sera aussi ouverte, où de jeunes hommes pourront apprendre le français et suivre une formation préparatoire à leur entrée éventuelle dans l’Institut (comme séminaristes ou comme oblats).

    D'un pays à l'autre, et même d'un continent à l'autre puisque nous sommes présents de l'île Maurice aux États-Unis, en passant par le Gabon et bien sûr la plus grande partie des pays d'Europe, les mentalités sont très différentes, mais il existe un point commun : les fidèles restent universellement assoiffés de Dieu. L'on mesure partout les immenses bienfaits que la présence d'un prêtre ou d'une communauté de prêtres peut apporter en ouvrant grand le trésor des sacrements : que ce soit dans les paroisses, églises, chapelles, écoles, hôpitaux ou toute autre œuvre qui nous est confiée.

    Le 7 juillet dernier, nous avons fêté les 10 ans du motu proprio Summorum Pontificum. Quel bilan en tirez-vous ?

    Le Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI avait pour objectif de permettre une diffusion aussi large et généreuse que possible de la forme extraordinaire du rite romain.
    Celui-ci a déjà porté de nombreux fruits sur ce plan là, et dans le monde entier nous avons pu assister à la multiplication des célébrations dans l'usus antiquior, aussi bien par des prêtres appartenant à des communautés dépendant d'Ecclesia Dei que par des religieux ou des prêtres diocésains : la Messe traditionnelle a en quelque sorte enfin retrouvé en pratique le droit d'exister, même si l'on peut regretter que l'application ait été bien parcimonieuse et réticente dans un certain nombre d'endroits où toutes les conditions sont pourtant remplies.

    Ce Motu Proprio restera dans l'Histoire comme l'un des actes majeurs du Pontificat de Benoît XVI, sa portée ne se limite absolument pas aux groupes de fidèles, d'ailleurs de plus en plus nombreux, qui en bénéficient directement. La liturgie traditionnelle a été officiellement rendue à l’Église, et par le même fait, l’Église a été rendue à la liturgie. Comme le notait à l'époque le Cardinal Ratzinger, la crise dans l’Église provient d'abord de la crise dans la liturgie, et dans cette perspective, c'est seulement par une restauration de la liturgie qu'une solution à cette crise peut être espérée. La Providence suscitera certainement de grands liturges et hommes de prières comme furent Durand de Mende, Mgr Gromier ou ces deux fils de Saint Benoît : dom Guéranger au XIX° et le cardinal Schuster au XX°.

    Permettez-moi de vous citer quelques phrases que Dom Guéranger écrivait dans son Introduction à l'Année liturgique :

    Or, sur cette terre, c'est dans la sainte Église que réside ce divin Esprit. Il est descendu vers elle comme un souffle impétueux, en même temps qu'il apparaissait sous l'emblème expressif de langues enflammées. Depuis lors, il fait sa demeure dans cette heureuse Épouse; il est le principe de ses mouvements; il lui impose ses demandes, ses vœux, ses cantiques de louange, son enthousiasme et ses soupirs. De là vient que, depuis dix-huit siècles, elle ne se tait ni le jour, ni la nuit ; et sa voix est toujours mélodieuse, sa parole va toujours au cœur de l’Époux.
    Tantôt, sous l'impression de cet Esprit qui anima le divin Psalmiste et les Prophètes, elle puise dans les Livres de l'ancien Peuple le thème de ses chants ; tantôt, fille et sœur des saints Apôtres, elle entonne les cantiques insérés aux Livres de la Nouvelle Alliance ; tantôt enfin, se souvenant qu'elle aussi a reçu la trompette et la harpe, elle donne passage à l'Esprit qui l'anime, et chante à son tour un cantique nouveau ; de cette triple source émane l'élément divin qu'on nomme la Liturgie. La prière de l’Église est donc la plus agréable à l'oreille et au cœur de Dieu, et, partant, la plus puissante.
     

    La sainte liturgie est ce pont dressé vers le Ciel qui nous met en contact direct et immédiat avec le Seigneur. Œuvre d’amour par excellence, le culte divin constitue le renouvellement, l’actualisation, la continuation de la Passion du Christ ; et de découvrir à la médiocrité du siècle la miséricorde du Sauveur, et d’en dispenser les innombrables faveurs. Que ce soit dans la sainte Eucharistie – le Sacrement d’amour par antonomase -, la vie sacramentelle ou le chant de l’office divin, Notre-Seigneur continue à inonder le monde de ses grâces.

    Je suis convaincu que la grande richesse de la forme extraordinaire encourage et stimule ce contact de l'âme avec Dieu, que ce soit l'âme du prêtre qui célèbre le saint Sacrifice ou l'âme des fidèles qui y participent. Nos prédécesseurs dans la Foi ont pendant des siècles puisé dans ce réservoir comme à une fontaine d'eau vive, et le pape Benoît XVI a rouvert un accès facile à ce trésor : ne nous lassons pas de le faire découvrir !

    La liturgie romaine traditionnelle est essentiellement théocentrique. N'est ce pas ce qui manque terriblement à notre monde actuel : la présence de Dieu ?
    Si Dieu ne règne pas par sa présence, Il règne par son absence et c’est l’enfer. C’est un peu paraphraser ce que disait le grand Cardinal Pie, évêque de Poitiers au XIXe siècle :

    ‘de toute façon, Dieu règne toujours, soit par les malheurs dus à son absence, soit par les bienfaits de sa présence’.

    Donnons la primauté à Dieu en tout, et d'abord dans le culte qui lui est dû ; l’Église et l'humanité ne s'en trouveront que mieux ; voilà le vrai remède. Que l'Esprit Saint ouvre les cœurs et les esprits à ses ministres sacrés pour en faire des instruments humbles et fidèles à son service ».

    Ref. L'Institut du Christ-Roi se développe : notre entretien avec Mgr Wach

    JPSC

  • Emmanuel Macron : « Je veux remercier l’Église et les catholiques »

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    De Samuel Pruvot dans l’hebdomadaire « Famille chrétienne » 

    « Présent au premier anniversaire de l’assassinat du père Jacques Hamel à Saint-Étienne du Rouvray, le Président a remercié la communauté catholique pour sa foi et son apport à la France. Des paroles inédites qui l’engagent pour l’avenir.

    On croyait rêver un peu en entendant le Président à la tribune, ce matin, à Saint-Etienne du Rouvray. Non seulement Emmanuel Macron a remercié « l’Église de France, Monseigneur Lebrun, les catholiques de France, les Sœurs de Saint-Vincent de Paul (…) d’avoir trouvé dans leur foi et leur prière la force du pardon. » Mais son intervention faisait écho à celle de Mgr Lebrun qui, quelques minutes auparavant, avait insisté sur la nécessité d’éclairer les ténèbres de notre France postmoderne : « Notre société ne sait plus où elle va après la mort, et se croit libre de faire tout ce que chaque individu souhaite, y compris abréger sa vie ou l’empêcher de naitre. »

    « Celui qui a des oreilles, qu’il entende »

    Ce plaidoyer de Mgr Lebrun pour la vie – et cette condamnation explicite de toutes les formes d’atteinte à la vie humaine – n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Le Président écoutait attentivement l’archevêque, assis au premier rang, sur une place noire de monde. Un peu plus tôt, lors d’une liturgie eucharistique d’une simplicité désarmante, à l’image du père Jacques Hamel, Mgr Lebrun avait commencé son homélie par ces mots tirés de l’Evangile selon saint Matthieu : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ».

    « La République n’est pas le règne du relativisme. Au cœur de nos lois et de nos codes forgés par l’Histoire, il est une part qui ne se négocie pas, une part sur laquelle on ne porte pas la main, une part, j’ose le mot, sacrée. Cette part, c’est la vie d’autrui. »

    Emmanuel Macron

    Emmanuel Macron a entendu à sa façon. À l’extérieur de l’église après la messe, il a déclaré, lentement, en pesant chaque mot : « La République n’est pas le règne du relativisme. Au cœur de nos lois et de nos codes forgés par l’Histoire, il est une part qui ne se négocie pas, une part sur laquelle on ne porte pas la main, une part, j’ose le mot, sacrée. Cette part, c’est la vie d’autrui. » Certains y verront une tentative de récupération politique ; certains se souviendront de certaines déclarations de Nicolas Sarkozy. Mais d’autres y reconnaitront une (heureuse) ouverture à la dimension religieuse en ces circonstances graves.

    Les croyants, pas des citoyens de seconde zone

    Sur la stèle offerte par la mairie, on peut lire des extraits de la Déclaration universelle des Droits de l’homme de 1948. Cela a pu étonner pour un hommage à un martyr. « La stèle porte un défi, celui de l’universel où la lumière ne peut rejoindre quelques-uns au détriment des autres », explique Mgr Lebrun. Mais il faut lire le texte gravé sur le monument pour comprendre. Ce qui est en jeu ici n’est rien de moins que la liberté religieuse en France : « Le visage du père Hamel semble regarder vers l’article 18 de la déclaration universelle, poursuit l’archevêque : “Toute personne a droit à la liberté de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de manifester sa religion seul ou en commun”. Ce regard est-il un hasard ? Je crois plus à la providence. »

    Pour Mgr Lebrun, il était essentiel de rappeler que les croyants n’étaient pas des citoyens de seconde zone. « La communauté catholique veut participer à la vie commune, par ses membres et en tant que communauté. Elle croit que sa mission est sur la Terre comme au Ciel. » Le Président a bien entendu cette requête, secrète et légitime, qui monte du cœur de tous les catholiques affectés par l’assassinat du père Hamel. « Le visage de Jacques Hamel est devenu le visage de ce qui en nous refuse cette culture de mort et ce terrorisme arrogant. Dans sa vie humble toute offerte aux autres les Français ont reconnu une part d’eux-mêmes. »

    « Je suis Jacques Hamel » aurait pu ajouter Emmanuel Macron. Tant il est vrai que son sang est celui de la France. Mais bien au-delà, a conclu l’archevêque, « le sang du père Hamel est de la même composition que le sang de Jésus ; il crie avec tous les martyrs. Il appelle à la fraternité, sans exclusion. »

    Ref. Emmanuel Macron : « Je veux remercier l’Église et les catholiques »

    JPSC

     

  • L’ancien président du Sénat italien est-il un complotiste ?

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    Lu sur le site de notre consoeur du site « Benoît et moi » cette traduction de l’interview de Marcelle Pera qui vient de paraître dans la « Fede Quotidiana » sous le titre « En cours, une pesante attaque contre Benoît XVI » :

    «Je n'aime pas les interprétations complotistes (la dietrologia), mais j'ai le sentiment qu'on est face à une attaque lourde contre le pape émérite»: ce sont les mots du sénateur et philosophe Marcello Pera - président émérite du Sénat, lié à Benoît XVI par une relation d'estime profonde et d'amitié -, dans cette interview avec La Fede Quotidiana. Pera commente les développements récents, après la publication du rapport de l'Église allemande sur les cas présumés d'abus sexuels dans le chœur de la cathédrale de Ratisbonne.

    - Pera, ce rapport est sorti presque en même temps que le message du Pape Émérite pour la mort du cardinal Meisner, une nécrologie qui a suscité pas mal de maux d'estomac. Qu'en pensez-vous?

    « Je n'aime pas, et je n'ai jamais aimé les interprétations complotistes, mais j'ai la sensation que commence, ou qu'a commencé et est déjà en acte une attaque lourde contre le pape émérite, une attaque qui prend pour cible son frère et le Cardinal Müller lui-même». 

    - Expliquez mieux ...

    « La cible, au moins en Allemagne, c'est le pape émérite. Et ce n'est pas quelque chose qui date d'aujourd'hui, que ce soit bien clair. Je n'exclus pas qu'un certain rapport puisse être utilisé comme instrument pour offenser Benoît XVI, pour maculer sa personnalité, en utilisant des personnes qui lui sont chères, ou qui sont proches de lui».

    - Tout part donc de l'Allemagne?

    « Une partie de l'Eglise allemande n'a jamais vraiment aimé Benoît XVI. Je pense à Kasper, qui a toujours été théologiquement un adversaire de Benoît XVI et est maintenant totalement aligné sur les positions de Bergoglio. D'un autre côté, la Curie romaine est elle aussi divisée intérieurement et il n'est pas exagéré de parler de luttes intestines».

    - Pourquoi, selon vous, pourrait-il y avoir une attaque contre le pape émérite?

    « Parce qu'il était et est le bastion de la doctrine catholique, celui qui a toujours essayé par tous les moyens de la faire connaître, et n'a jamais fait de compromis, comme c'est le cas aujourd'hui, avec l'esprit du temps. Vouloir ternir son image serait une victoire des milieux laïcistes, et peut-être protestants. L'Eglise d'aujourd'hui est en état de siège». 

    - Vous êtes critique envers Bergoglio, pourquoi?

    « J'ai beaucoup de réserves au sujet de son interprétation de la doctrine catholique et de son interprétation correcte. Il me semble qu'il va à l'encontre de la tradition juste et consolidée, et cligne de l'oeil à l'esprit mondain. Il en résulte une sorte d'humanisme philanthropique, et je nourris beaucoup d'inquiétude. Même en ce qui concerne l'islam et les immigrants, Bergoglio a une attitude de capitulation qui ne me plaît pas du tout, tout comme son alignement sur des positions doctrinales discutables. Il fait beaucoup de politique et il me semble complaisant tant sur les principes que sur l'islam ».

    - Vous parlez avec Benoît XVI. Est-il préoccupé par l'état de l'Eglise catholique?

    « Je préfère ne pas répondre».

    - Alors disons les choses autrement: pensez-vous que le pape émérite soit préoccupé?

    « Je pense qu'il l'est. Sa nécrologie pour la mort du cardinal Meisner le prouve. Elle prouve qu'il y a en lui une profonde inquiétude pour la situation actuelle de l'Eglise».

    Mise à jour

    Dans un post du 18 juillet, Giuseppe Rusconi revenait, sur l'«interview lucide et amère de Marcello Pera» (titre de son article), du 9 juillet à “Il Mattino” de Naples ( Marcello Pera contre le Pape), la qualifiant d' «extrêmement lucide, éclairante, à encadrer», et ajoutait un peu plus tard un post-scriptum:

    "Suite à notre article, le président émérite du Sénat italien nous a proposé une réflexion supplémentaire sur le sujet:

    «Je ne suis pas seulement amer, je suis aussi très préoccupés par notre avenir. Et encore plus par le conformisme qui dans l'Église (en particulier dans la hiérarchie) s'installe, et ne pense pas à cet avenir. Le jour où le christianisme sera réduit à une doctrine qui parle de justice sociale, de pauvres, d'immigrés, de travail, d'environnement, de syndicats, de constitutions politiques, etc., la Croix aura définitivement capitulé devant l'esprit du temps. Bien sûr, la belle épouse du Christ ne disparaîtra pas, mais il faudra attendre longtemps pour voir la fin des dégâts qui sont faits aujourd'hui». 

    Ref. Une pesante attaque contre Benoît est en cours

    L’Eglise des anges et des saints (on parlait dans le langage de jadis de l’Eglise « triomphante ») dont la tête est Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, ne saurait évidemment disparaître mais c’est le Christ lui-même qui a posé la question à ses disciples : lorsqu’il reviendra dans la gloire au jour du jugement de ce monde, le Fils de l’Homme y trouvera-t-il encore la foi ? Elle demeure posée à chacun d’entre nous et jusqu'à la consommation des siècles.

    JPSC

  • Changer la donne, à hauteur d'homme

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    Pour une société de bien commun (du blog de Denis Sureau "Chrétiens dans la Cité") :

    Le Courant pour une écologie humaine a été créé par trois catholiques, Gilles Hériard Dubreuil, Tugdual Derville et Pierre-Yves Gomez pour « mettre le bien de la personne humaine au cœur des orientations et des décisions de notre société », en s'appuyant« sur une proposition anthropologique et sur une vision de l’homme et de la société incluant une pacification des relations entre l’homme et la nature ». Il publie aujourd'hui un premier livre, La Société de Bien Commun : changer la donne, à hauteur d'homme, qui réunit 21 contributions sur des thèmes très différents : le transhumanisme, l'agriculture, la gestion publique de l'eau, l'urbanisme, l'interculturel, l'enfance menacée, les initiatives locales face au vieillissement, les soins palliatifs, le patronage, le financement participatif, le capitalisme d'entreprise, le métier de DRH, le service militaire adapté, la réforme de la justice, etc. On le voit, de nombreuses initiatives allant dans ce sens ne sont pas étrangères au souci de Chrétiens dans la Cité, même si ici l'inspiration n'est pas explicitement chrétienne. Une précision : ce livre peut être téléchargé gratuitement sur le site www.ecologiehumaine.eu où il est possible de faire part de ses réflexions et réactions.

  • Chine : la mauvaise stratégie du Vatican

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    Kerknet s'en fait l'écho mais nous n'avons trouvé, en français, que cet article paru ICI :

    Cardinal Joseph Zen, le Vatican soutient une « fausse » Église en Chine

    Par John-Henry Westen (SOURCE : Life Site News) :

    Le 14 juillet 2017 (LifeSiteNews) — Le Cardinal Joseph Zen, le premier Cardinal de Chine et un conseiller clé du Pape Benoît XVI en ce qui concerne les relations Sino-Vaticanaises, a dénoncé un nouvel accord du Vatican avec le gouvernement Communiste Chinois athée dans une interview avec le media Polonais Polonia Christiana. L'ancien Archevêque de Hong Kong a comparé la situation actuelle de l'Église en Chine avec les périodes de répression physique brutale au cours des années 1950 et 1960, affirmant que la situation est « pire » aujourd'hui.

    « Pourquoi ? Parce que l'Église a été affaiblie » a-t-il déclaré. « Je suis désolé de dire que le gouvernement n'a pas changé, mais le Saint-Siège adopte une mauvaise stratégie. Ils sont trop impatients de dialoguer, au point de vouloir dialoguer pour dire à tous de ne pas faire de bruit, d'accommoder, de faire des compromis, d'obéir au gouvernement. Maintenant, les choses périclitent bien bas ».

    Pour expliquer comment la situation intolérable a eu lieu, il suggère que le Pape François est naïf n'ayant connu que le Communisme en Amérique Latine qui n’est pas une forme totalitaire comme en Chine ou en Pologne. Ainsi, dit-il, les deux Papes Jean-Paul II et Benoît XVI ont compris la situation alors que le Pape François est confus.

    « À la surface » a-t-il déclaré sur le nouvel accord, il semble que « l'autorité du Pape est sûre parce qu'ils disent que le Pape a le dernier mot ».

    « Mais tout est faux. Ils donnent un pouvoir décisif au gouvernement ... comment l'initiative du choix des Évêques peut-elle être donnée à un gouvernement athée ? Incroyable. Incroyable ».


    En anglais. Durée : 29min 54 sec

    Le Cardinal de 85 ans, né à Shanghai, explique que, bien que le Pape François puisse croire que tout va bien avec l'accord parce que le gouvernement approuve « sur papier » les élections lors de la Conférence des Évêques et que le Pape ait le dernier mot. « Mais à la fois les élections et la Conférence des Évêques sont fausses » et le Pape ne peut pas toujours dire non aux Évêques suggérés.

    Zen dit qu'il n'y a pas de vraies élections en Chine. « Tout est réglé à l’avance ».

    « Je ne peux vraiment pas croire que le Saint-Siège ne sait pas qu'il n'y a pas de Conférence des Évêques ! Ce n’est qu'un nom. Ils n'ont jamais vraiment de discussion, ni de rencontres. Ils se rencontrent lorsqu'ils sont appelés par le gouvernement. Le gouvernement donne ses instructions. Ils obéissent. C'est du faux. »

    Le Cardinal Zen a rappelé que le Pape Benoît avait indiqué qu'il n'y avait pas de Conférence des Évêques légitime en Chine. Il y a des Évêques illégitimes dans cette Conférence et des Évêques clandestins légitimes qui n’y sont pas, a expliqué le Cardinal.

    Répondant à l'objection que certains peuvent suggérer que, historiquement, certains Rois ou Empereurs ont pu nommer des Évêques, le Cardinal Zen a déclaré : « Mais, au moins, ils étaient des Rois Chrétiens ou des Empereurs Chrétiens. Mais ceux-ci sont des Communistes athées. Ils veulent détruire l'Église ou, au moins s'ils ne peuvent pas la détruire, ils veulent affaiblir l'Église ».

  • Facebook censure-t-il des sites catholiques ?

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    De Kévin Boucaud-victoire sur le site aleteia.org :

    Des sites catholiques censurés par Facebook ?

    En moins de 24 heures, une vingtaine de sites catholiques au Brésil, aux États-Unis et en Afrique ont eu la mauvaise surprise d'être bloqués par le réseau social de Mark Zuckerberg. Certains administrateurs craignent une censure.

    Un peu plus de deux douzaines de pages catholiques ont été bloquées en moins de 24 heures sur Facebook, rapporte Catholic news agency (CNA), sans que le réseau social ne donne de motif. Le média recense plus exactement 25 sites : 21 brésiliens et 4 pages de langue anglaise administrées aux États-Unis ou en Afrique. Elles avaient toutes une audience relativement importante, allant de quelques centaines de milliers à six millions de fans.

    La plus suivie, « Catholique et fière » (« Catholic and Proud »), était basée au Nigéria. Kenneth Alimba, administrateur de la page a expliqué à CNA n’avoir reçu aucune justification. Même s’il n’est pas très « optimiste » quant à une éventuelle réponse, le Nigérian a quand même écrit à Facebook pour demander les raisons du blocage. Il a toutefois précisé que d’autres pages catholiques qu’il dirige, avec moins d’adeptes, sont toujours en ligne.

    De son côté, « Jésus et Marie » (« Jesus and Mary »), dont la photo principale représentait le cœur sacré de Jésus et Marie, comptait 1,7 million d’adeptes. Localisée au Ghana, la page a été désactivée ce lundi 17 juillet. L’administrateur, Godwin Delali Adadzie, déclare que vers 20h30 heure locale le réseau social lui a demandé de télécharger une photo de lui, parce que son compte personnel était « suspecté d’activités suspectes », sans plus de précision. Après quelques minutes, il a été autorisé à revenir dans son compte personnel. Une notification lui indiquant que « Jésus et Marie » avait été désactivée l’attendait. Selon lui, tous les éditeurs de la page ont été forcés de passer par le même processus. Le Ghanéen a déclaré à CNA qu’après examen des politiques de Facebook, il ne trouvait pas celle qu’il aurait « violée pour que [sa] page soit retirée ». Adadzie a passé deux coups de fils à Facebook, qui sont pour le moment restés sans réponse.

    Lire la suite sur aleteia.org

     

  • Choeur de Ratisbonne : deux poids, deux mesures

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    D'Anne Kurian sur zenit.org :

    Chœur de Ratisbonne: L’Osservatore Romano dénonce « deux poids deux mesures »

    Lucetta Scaraffia critique le traitement médiatique de l’affaire

    « Les médias et l’affaire de Ratisbonne. Deux poids deux mesures ». C’est le titre de l’éditorial de L’Osservatore Romano du 22 juillet 2017, signé de Lucetta Scaraffia, qui dénonce le traitement médiatique qui a entouré le rapport publié récemment sur le scandale des abus subis par les petits chanteurs du « Chœur de Ratisbonne » (Allemagne).

    En Une du quotidien, l’historienne italienne évoque l’histoire récemment publiée par un journal italien d’un homme abusé dans les années 80 au sein d’une caserne. Un cas non isolé, note-t-elle, qui n’a suscité « aucune indignation collective, aucune demande de dénonciation des violeurs ni de blâme de l’armée avec ouverture d’une enquête ».

    En revanche, s’étonne Lucetta Scaraffia « l’attention que les médias ont accordée à la triste affaire des petits chanteurs de Ratisbonne a été bien différente : large place et gros titres, dénonçant 547 cas de violence, ont souvent laissé entendre qu’il se serait agi de presque 600 viols, alors que les cas d’abus sexuels … ont été 67 ».

    Ainsi « il fallait approfondir pour comprendre qu’il s’agissait surtout d’interventions abusives déplorables — mais moins graves que des viols — de la part de professeurs… Et surtout pour comprendre que ce n’était pas un scoop, mais le résultat d’une enquête rigoureuse voulue par l’évêque du diocèse, donc par l’Eglise même », décidée à faire la lumière sur ce « scandale ».

    « Il ne fait aucun doute, souligne la chroniqueuse, qu’il s’agit d’actes ignobles et honteux, qui devaient être punis et surtout prévenus, mais le niveau de manipulation médiatique du cas, et la perception différente de l’opinion publique… sont frappants : d’une part tolérance vis-à-vis de la vie militaire … de l’autre extrême sévérité vis-à-vis de l’institution ecclésiastique ».

    « L’habitude de montrer l’Eglise catholique comme source de tous les maux fait désormais partie de l’expérience quotidienne », estime Lucetta Scaraffia. Et de fustiger « la vieille combine de faire porter la faute de tout à l’Eglise ».

    « Certes, conclut-elle, l’Eglise est une institution spéciale, et il lui est demandé à juste titre une exemplarité absolue, mais ce recours constant à ce deux poids deux mesures pour juger ses comportements et pour en attribuer les responsabilités ne profite à personne. Ce n’est pas bénéfique à la clarté des questions, et ce n’est pas bénéfique particulièrement lorsqu’on essaie d’éliminer les injustices, de punir les coupables de violence, d’empêcher qu’elles se répètent ».

  • "Amoris laetitia" est-elle pleinement orthodoxe ? Le pape lui-même en aurait douté...

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    De Jeanne Smits sur le site "Réinformation TV" :

    Et si le pape François avait lui-même des « Dubia » sur « Amoris laetitia » ?

    On en apprend un peu plus sur la conférence donnée par le cardinal Schönborn en Irlande lors de la réunion de préparation de la prochaine Rencontre mondiale des familles qui se déroulera à Dublin en 2018. Selon Austen Ivereigh, un inconditionnel du pape François, celui-ci aurait demandé à Schönborn si celui-ci jugeait l’exhortation post-synodale Amoris laetitia « orthodoxe ». Comme si le pape lui-même avait des doutes, à la manière des « Dubia » des quatre cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et feu Joachim Meisner… Mais le pape, à la différence de Schönborn, n’a jamais répondu à leurs questions.

    Selon Austen Ivereigh, c’est donc Christoph Schönborn lui-même qui a révélé son échange avec le Saint-Père : « Schönborn a révéle que lorsqu’il a rencontré le pape peu après la présentation d’Amoris, François l’a remercié, et lui a demandé si le document était orthodoxe. « « J’ai dit : ‘Saint-Père, il est pleinement orthodoxe’, » voilà les propos que Schönborn nous a affirmé avoir tenus en répondant au pape, ajoutant que quelques jours plus tard, il avait reçu une petit mot de François disant simplement : « Merci pour ces paroles. Elles m’ont réconforté ».

    Le pape François a exprimé ses dubia sur « Amoris laetitia »

    Cela est proprement ahurissant, et ce d’autant que le pape François a désigné explicitement le cardinal Schönborn comme « interprète faisant autorité » de l’exhortation Amoris laetitia. On sait que le cardinal de Vienne a plusieurs fois plaidé pour une ouverture de la communion aux divorcés « remariés » notamment.

    C’est tellement ahurissant qu’on pourrait être tenté de ne pas y croire, mais quelle raison y aurait-il de mettre en doute l’anecdote dès lors qu’elle est racontée par l’un des deux protagonistes de la conversation ? Il faut donc s’y résoudre : « Le successeur de saint Pierre – l’homme chargé du devoir sacré de garder le dépôt de la foi – a demandé à un autre prélat si son propre enseignement était orthodoxe. Et il était réconforté d’entendre une réponse positive », commente Phil Lawler sur catholicculture.org.

    Il relève également ce qui saute aux yeux : le pape, qui semble avoir eu des doutes, a exposé ces « Dubia » au cardinal Schönborn, un de ses proches conseillers, après la publication du document. On peut imaginer en effet que même un souverain pontife puisse hésiter sur tel ou tel point. Mais sa position l’oblige alors à consulter avant de publier ! Ici, le nihil obstat et l’imprimatur – auxquels le pape n’est évidemment pas soumis – ne sont pas seulement sollicités, fût-ce de manière informelle, mais sollicités après la diffusion d’un enseignement que le pape a imaginé pouvoir être hérétique… Et qui plus est, son proche collaborateur s’autorise à étaler cela sur la place publique…

    La consultation du cardinal Schönborn a eu lieu après la publication d' »Amoris laetitia »

    Que le texte d’Amoris laetitia ait été soumis à la relecture avant publication eût été parfaitement normal, et d’ailleurs cela a été fait. On sait même que la Congrégation pour la Doctrine de la foi a fait des dizaines d’observations et d’amendements dont il n’a été tenu aucun compte.

    Aujourd’hui, il semblerait donc que le pape François ait pu « aller de l’avant » (c’est l’une de ses expressions favorites) en pensant très sérieusement que son texte était problématique, comme cela avait d’ailleurs été signalé par la Congrégation pour la Doctrine de la foi. A croire qu’il prévoyait les Dubia.

    Le pape François a choisi son maître en orthodoxie à dessein

    A-t-il vraiment été « soulagé » par la réponse de Schönborn ? Cela me laisse dubitative, car la véritable révolution pastorale et donc doctrinale introduite par les ouvertures d’Amoris laetitia aux divorcés « remariés » et aux autres couples en « situation dite irrégulière » a été manifestement préparée de très longue date, et que l’avis de Schönborn sur la question ne devait pas précisément être un secret pour le pape. Si doutes il y avait, ils ne portaient sûrement pas sur la réponse du cardinal.

    Mais l’échange prouve pour le moins que l’orthodoxie d’Amoris laetitia est discutable même du point de vue de ceux qui l’ont écrit.

  • Procession à Ekaterinbourg : 60.000 personnes ont commémoré le martyre du Tsar Nicolas II et de sa famille dans la nuit du 16 au 17 juillet 1917

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    JPSC

  • Le recours à l’euthanasie s'imposera-t-il demain comme nouveau régulateur démographique ?

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    A L’HORIZON 2050, UNE POPULATION FRANÇAISE VIEILLISSANTE, UN ÉQUILIBRE PRÉCAIRE ENTRE LES GÉNÉRATIONS

    Gènéthique vous informe

    L’Insee vient de publier les résultats d’une enquête prospective qui évalue la population française à l’horizon 2050.

    Dans l’hypothèse de la continuité des tendances démographiques actuelles, la population française devrait croître pour atteindre les 74 millions d’habitant soit 8,2 millions de plus qu’en 2013. Mais selon l’Insee, « l’arrivée aux âges de forte mortalité de générations nombreuses du baby-boom »entraînerait une forte hausse des décès dans les années à venir, jusqu’à dépasser le nombre de naissances pour la plupart des régions, donnant lieu à un important vieillissement de la population. Le solde naturel ne serait plus positif en 2050 que dans quatre régions.

    La classe d’âge des séniors de plus de 65 ans sera celle, à l’échelle nationale, dont la croissance resterait la plus importante : de + 2,5% en moyenne annuelle entre 2013 et 2020 à +0,6% entre 2040 et 2050. La proportion des séniors atteindrait 27,2% soit 9,7% de plus qu’en 2013. Le nombre de personnes âgées de 75 ans ou plus représentera 16 ,4% de la population française en 2050 contre 9,0% en 2013…

    Un vieillissement qui s’explique d’abord par « une baisse du reste de la population » alors même que la croissance du nombre de séniors serait « parmi les plus faibles du pays ». En 2050, seule une personne sur deux compterait parmi les 20-64 ans : soit une diminution de 7,3% par rapport à 2013. Les moins de 20 ans, quant à eux représenteraient 22,3% de la population, soit 2,3 points de moins qu’en 2013. L’Insee précise : «  A l’échelle nationale, il s’établirait en 2050 à 122 personnes de 65 ans ou plus (« seniors ») pour 100 personnes de moins de 20 ans (« jeunes »). En 2013, ce ratio était de 71 séniors pour 100 jeunes ».

    Un scénario alarmant alors que le ministère des solidarités et de la santé vient de publier les chiffres concernant les résidents en établissements d’hébergement[1]. Ils montrent que les personnes accueillies en 2015 sont de plus en plus âgées et plus dépendantes qu’en 2011.

    Ainsi après avoir limé la natalité par l’avortement, il est à craindre que la voie de l’euthanasie ne soit utilisée comme nouveau régulateur démographique, pour rétablir l’équilibre des classes d’âges et limiter les charges financières liées à une population entrée pour moitié dans les troisième et quatrième âges, n’érode la durée de vie... Un calcul cynique et de mauvais aloi qui, sous prétexte de préserver la qualité de vie, ne serait que le constat de notre inhumanité croissante.

    [1] Cf. 728 000 résidents en établissements d’hébergement pour personnes âgées en 2015

  • La mort de Max Gallo, laïc, républicain... et catholique

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    De Laurent Grzybowski sur le site de l'hebdomadaire "La Vie" :

    Max Gallo : “Pourquoi je prie“

    « La France a besoin de retrouver ses racines chrétiennes ! » Qui l’affirme ? Max Gallo, ardent défenseur des valeurs républicaines et laïques, écrivain de son état. Après les biographies de Napoléon, de De Gaulle et de Victor Hugo, l’ancien porte-parole de François Mitterrand, soutien de Jean-Pierre Chevènement durant la présidentielle [de 2002], s’attaque [à l'époque], via une trilogie romanesque, à l’histoire des premiers chrétiens. L’occasion pour lui, dans un étonnant prologue dont nous publions quelques extraits, de confesser sa foi en Dieu.

    Pourrait-on qualifier de conversion l’expérience que vous décrivez dans le prologue de votre roman

    Le mot me paraît beaucoup trop fort. Je me suis toujours défini comme catholique, même si je ne suis pas pratiquant. J’ai été baptisé dans une famille qui était laïquement catholique. Cette rencontre avec un événement inattendu, à l’église Saint-Sulpice, m’a brusquement obligé à réfléchir sur la place du christianisme, dans nos sociétés occidentales. C’est ce qui m’a décidé à écrire cette nouvelle grande fresque historique autour des trois personnages qui ont marqué l’histoire de notre pays : Martin de Tours, Clovis et Bernard de Clairvaux.

    Il y a tout de même ce cri du cœur : « Je suis croyant ! » Aviez-vous déjà eu l’occasion d’exprimer cette conviction ?

    Il m’est arrivé de le dire, mais jamais de manière aussi précise. Peut-être parce que quelque chose s’est déclenché en moi qui m’a incité à le manifester. Peut-être aussi parce que les questions religieuses, liées aux événements du 11 septembre, et l’attitude d’une religion comme l’islam me conduisent aujourd’hui à affirmer ma propre appartenance avec plus de force. Non pas pour afficher je ne sais quelle supériorité, mais pour exprimer une identité autrement que par un creux ou par une absence.

    Mon travail d’écrivain consiste précisément à essayer de donner une image la plus complète possible de la diversité de notre histoire nationale. 

    Mais la laïcité républicaine que vous défendez si chèrement ne peut-elle tenir lieu d’identité ?

    Cela n’est pas contradictoire. Laïc et républicain, je suis également catholique. Ce serait une imbécillité que de vouloir opposer ces deux appartenances. Ceux qui refusent de vibrer au souvenir de Reims et ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ne comprendront jamais l’histoire de France. Mon travail d’écrivain, depuis quelques années, consiste précisément à essayer de donner une image la plus complète possible de la diversité de notre histoire nationale. Les Chrétiens s’inscrivent dans le droit fil d’une biographie de Napoléon, de De Gaulle ou de Victor Hugo. Tout cela tourne en fait autour d’une interrogation sur les fondations de notre collectivité nationale et de l’identité française.

    À sa manière, votre démarche ne rejoint-elle pas celle de Régis Debray, chargé par l’Éducation nationale de réfléchir au problème de la culture religieuse à l’école ?

    De fait, alors qu’il n’y a eu aucune concertation entre nous, je constate que nos démarches convergent. Il nous faut revisiter notre histoire. La France n’est pas née en 1789. Elle est d’abord la fille aînée de l’Église. Si on ne prend pas en compte cette dimension, on ne peut rien comprendre à notre passé. Bien qu’il soit laïc, et qu’il ait été parfois anticlérical, le modèle républicain français doit beaucoup à la tradition catholique. On ne peut absolument pas séparer ces deux réalités, même si on peut comprendre qu’il y ait pu y avoir des oppositions liées à des périodes de tension. Tel est le paradoxe de notre histoire. Un travail doit être mené au plan intellectuel pour réconcilier les Français avec leur histoire, avec toute leur histoire, et pour ne pas laisser s’interrompre le fil de la mémoire. Car l’amnésie est une tragédie pour l’individu comme pour la collectivité.

    Pourquoi avoir choisi, pour votre nouveau roman, Martin de Tours, Clovis et Bernard de Clairvaux ?

    Ces trois personnages correspondent à trois moments clés de notre histoire. Martin, le premier évangélisateur des Gaules, est celui qui, à la fin du IVe siècle, a contribué à populariser le christianisme qui, jusque-là, était plutôt le fait des élites et des fonctionnaires. Cet homme a tellement marqué notre histoire que son prénom est le plus porté en France, soit comme nom de famille, soit comme nom de commune. Clovis, lui, fut le chef de la tribu des Francs qui donnèrent leur nom à la France. Son baptême, en 499, fait entrer notre pays dans une nouvelle ère. Cinq cents ans plus tard, avec saint Bernard, nous découvrons l’avènement d’une Europe chrétienne à travers la construction de quelque deux cents abbayes en moins de 50 ans. Ces trois figures m’ont permis d’explorer les fondements de notre nation.

    (...)

    En 2009, Max Gallo témoigne dans La Vie de ce qu'être Français veut dire pour lui

    Les Français ont-ils besoin de retrouver leurs racines ?

    La France souffre d’un très grand déficit de sens. Elle ne sait plus où elle va, ni même ce qu’elle est, peut-être parce qu’elle ne sait plus d’où elle vient. Le XXe siècle, ses guerres et ses totalitarismes, n’a épargné personne. Mais là où d’autres ont su trouver un nouvel élan, qu’il s’agisse des États-Unis, de la Chine, de l’Angleterre ou de l’Allemagne réunifiée, notre pays semble être resté en rade. De toutes les grandes nations, nous sommes la plus blessée symboliquement. Nous n’avons plus de grand dessein. Le problème de la France aujourd’hui ne se résume pas à la question des retraites ou de la sécurité, mais à celle de notre identité. À quelle communauté appartenons-nous ? Quel est notre projet collectif ? Ces questions méritent aussi une réponse spirituelle.

    J'ai redécouvert le sens de la prière, celle que je pratiquais durant mon enfance.

    Cette prise de conscience a-t-elle changé quelque chose dans votre existence ?

    Curieusement, j’ai redécouvert le sens de la prière, celle que je pratiquais durant mon enfance. Elle est pour moi un moment d’apaisement personnel. On a tous des tensions dans une journée, le soir, le matin et le fait de prier m’apaise. Plus profondément, face à tous les fanatismes et à toutes les tentations sectaires, il me paraît nécessaire de prendre le temps de nous arrêter pour nous poser quelques questions fondamentales, spirituelles, qui touchent au sens de la vie. À cet égard, le christianisme est une religion qui, me semble-t-il, essaie d’éviter les fermetures tout en prenant en compte la demande de spiritualité très forte de nos contemporains. Cette religion s’appuie sur une conviction très forte et très novatrice : il y a du divin et du sacré dans chaque homme. Cette conviction est aussi la mienne.

    Extraits : Le jour où tout a basculé…

    Dans ces passages, Max Gallo raconte un événement spirituel qui a inauguré une nouvelle étape de sa vie. Extraits du prologue des Chrétiens, volume 1, le Manteau du soldat.

    « J’attendais sur les marches de l’église Saint-Sulpice, ce samedi 20 octobre 2001. Le baptême d’Antoine, le fils de Rémi et d’Angela, avait été fixé à seize heures. J’avais accompagné les parents et le nouveau-né et j’avais échangé quelques mots avec le père V., dominicain, qui s’apprêtait à officier. C’était un homme imposant, au visage énergique, au regard voilé. Il m’avait pris par le bras et m’avait entraîné dans une marche autour du baptistère octogonal.

    – Je connais vos livres, m’avait-il dit. Vous êtes en chemin. Vous recherchez l’unité. Pourquoi n’entreprendriez-vous pas un grand livre sur les chrétiens ? La manière dont la Gaule a été évangélisée, est devenue la France, reste mal connue, mystérieuse, opaque même pour la plupart des Français. Qui connaît la vie de saint Martin, les circonstances du baptême de Clovis, ou l’œuvre de pierres et de mots de Bernard de Clairvaux ? Voilà les trois colonnes qui soutiennent l’édifice de la foi dans notre pays. Pensez-y !

    (...) J’aime la place Saint-Sulpice, qui s’étend devant le lieu de culte comme un vaste parvis, un immense carré de lumière. (...) Une partie de ma vie (...) s’était déroulée là, dans l’un des immeubles d’angle (...). Et c’est là (...) qu’un après-midi d’une sinistre année, il y a trente ans, on vint m’annoncer le suicide de ma fille de seize ans. (...) Sans réfléchir, comme par instinct, je m’étais précipité dans l’église, m’y étais agenouillé.

    J’avais récité les prières de mon enfance que j’avais cru oubliées et qui, à cet instant, me revenaient en mémoire comme les seules paroles capables non pas d’atténuer la douleur, mais de me faire accepter ce qui m’apparaissait inconcevable. J’avais eu le désir de m’allonger sur les dalles de la nef, devant l’autel, bras en croix, et de rester là, immobile. J’avais alors pensé – depuis lors, cette brûlure n’a jamais cessé d’être vive – que je n’avais pas fait baptiser ma fille, qui était née sans que sa mère ni moi souhaitions sa venue au monde. Nous avions même plusieurs fois évoqué l’idée que nous pouvions – que nous devions – interrompre cette grossesse survenue trop tôt, alors que nous n’étions encore que des étudiants tout juste sortis de l’adolescence. Mais, en ce temps-là, l’avortement était une aventure qui par ailleurs nous révulsait. Et nous avions renoncé à la courir.

    Pourtant, dans cette église Saint-Sulpice, le jour de la mort de ma fille, j’ai su – j’ai cru – que Dieu nous l’avait reprise parce que nous ne l’avions pas assez désirée pour être heureux de sa naissance, et que nous avions négligé de la faire baptiser.

    Au moment où j’allais m’abattre sur les pierres de la nef, un ami qui m’avait suivi depuis le bureau m’avait entouré les épaules et soutenu, me guidant hors de l’église. J’avais été ébloui par l’insolente lumière de cette journée d’un juvénile été. Et j’étais longuement resté sur les marches, face à la place, incapable de faire un pas, de retourner dans la vie après cette mort.

    Et je me retrouvais là, trente ans plus tard, sur le seuil de cette même église, avec encore cette blessure, cette faille qui me déchirait. Mais dont je m’étais lâchement et habilement accommodé tout au long de ces années. (...) J’avais dissimulé le suicide de ma fille ; le sentiment de culpabilité qui m’avait frappé, là, dans cette nef, avait fait resurgir en moi tout ce que j’avais conservé de croyance, mais, au fil des années, si j’avais gardé cette plaie ouverte, j’avais à nouveau chassé Dieu de mes pensées, repris par les combats et les débats à ras de terre qui emplissent nos vies de bruits et de fureurs.

    J’avais écrit livre après livre comme on élève un parapet. Je ne me souvenais plus d’avoir jamais délibérément évoqué la foi, la religion de tant d’hommes, ou dessiné la figure de Dieu. Mon ciel était vide. Et mes amis d’alors – ceux que je reconnaissais, ce jour d’octobre, s’engouffrant dans l’église Saint-Sulpice – avaient oublié eux aussi leur attachement à la religion de leurs origines. (...)

    L’avenir, nous en étions persuadés, ne pouvait plus appartenir aux vieilles religions qui dépérissaient. Et d’abord à la nôtre, la catholique. Nous ne la pleurions pas, bien au contraire. Qu’elle soit ensevelie sous ses compromissions avec les pouvoirs, que les églises vides soient transformées en salles de bal ou de conférences ! Et que les prêtres se marient, deviennent aussi gris que la foule ! Amen!

    Nous ricanions quand quelqu’un rappelait la prétendue prophétie de Malraux selon laquelle le XXIe siècle serait spirituel ou ne serait pas.

    En ce samedi 20 octobre 2001, alors que les commentateurs évoquaient les prémices d’une guerre de religions, proclamée déjà, organisée par les terroristes islamistes, Rémi, celui que nous considérions comme le plus rigoureux d’entre nous, qui avait aussi pris le plus de risques personnels, allait présenter son fils au père V. afin que celui-ci traçât sur le front d’Antoine le signe de croix, puis l’aspergeât par trois fois d’eau bénite. Ainsi vont les vies.

    Dehors, j’ai vu arriver les derniers invités, Gisèle, Claude, Sami. Ils m’ont salué d’un geste timide de la main comme pour s’excuser d’être là, eux aussi. Gisèle s’est approchée.

    – Je n’ai jamais assisté à un baptême, m’a-t-elle soufflé. Puis elle a interrogé d’une voix teintée d’inquiétude :

    – Tu n’entres pas ? (...)

    Elle imaginait peut-être que j’incarnais à cette place une sorte de protestation, une présence amicale doublée d’une posture anticléricale, comme celle de ces farouches athées qui accompagnent le cercueil d’un ami défunt jusqu’à l’entrée de l’église, mais refusent de mettre le pied dans la nef. J’ai deviné que Gisèle hésitait, tentée de se joindre à moi.

    – Je viens, lui ai-je dit. Je suis croyant.

    Elle a paru décontenancée, a secoué la tête, ri trop fort, puis s’est éloignée en répétant :

    – Toi alors, comme Rémi... Il y avait un brin de mépris, de l’étonnement et même un peu d’affolement dans sa voix. J’ai détourné la tête. J’ai pensé à tous ceux qui ne viendraient pas. Et je me suis soudain souvenu d’une pensée de saint Augustin (...) Je l’ai murmurée, ému aux larmes. Elle me parlait de ma fille, mais aussi de Nikos, de Pierre, de Louis, nos amis qui ne viendraient pas assister au baptême d’Antoine.

    Nikos s’était suicidé dans les années 70, comme s’il avait découvert avant tous les autres la faillite de ce siècle, le nôtre. Pierre avait été assassiné, mais avait tant de fois provoqué les tueurs que sa mort était annoncée ; sans doute même l’avait-il souhaitée. Quant à Louis, qui avait tenté de penser notre monde, sa tête avait fini par éclater, il était devenu fou et criminel. Manquaient aussi à ce baptême ceux qui avaient choisi de se perdre dans les méandres des pouvoirs exercés sur les hommes et les choses, de n’être plus que des ambitieux, des possédants aveugles et sourds, des avides.

    J’ai commencé à remonter les marches en me récitant cette pensée de saint Augustin: " Voyez ces générations d’hommes sur la terre comme les feuilles sur les arbres, ces arbres, l’olivier et le laurier, qui conservent toujours leurs feuilles. La terre porte les humains comme des feuilles. Les uns poussent tandis que d’autres meurent. Cet arbre-là non plus ne dépouille jamais son vert manteau. Regarde dessous, tu marches sur un tapis de feuilles mortes."

    Je suis entré. Le père V. avait commencé d’officier. À ma vue, il s’est interrompu un bref instant. Il m’a semblé qu’il ne s’adressait plus qu’à moi, disant que nous devions tous méditer le sermon de saint Bernard. Sa voix était assurée, il détachait chaque mot, et j’eus l’impression qu’il avait posé sa main sur ma nuque, qu’il me forçait à baisser la tête.

    – " Le Verbe est venu en moi, et souvent. Souvent il est entré en moi et je ne me suis pas aperçu de son arrivée, mais j’ai perçu qu’il était là, et je me souviens de sa présence. Même quand j’ai pu pressentir son entrée, je n’ai jamais pu en avoir la sensation, non plus que de son départ. D’où est-il venu dans mon âme? Où est-il allé en la quittant ? "

    J’ai levé les yeux. Je n’ai manqué aucun des gestes du père V. Et j’ai laissé, sans essayer de les masquer, les larmes envahir mes yeux, puis glisser sur mon visage.

    Je suis sorti le premier du baptistère et suis resté dans la pénombre de la nef.

    Le père V. (...) est venu à moi. (...)

    Nous avons parlé jusqu’à ce que la nuit, percée çà et là par les flammes oscillantes des cierges, envahisse l’église. (...) Oui, l’heure était maintenant venue de renouer les fils à l’intérieur de soi, de chacun de nous, et aussi pour les autres. (...) Puis il s’est levé et nous nous sommes approchés de l’autel. (...) Le père V. s’est agenouillé et je l’ai imité.

    Peut-être n’avais-je plus prié, vraiment prié, depuis la mort de ma fille. »