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Les objectifs révolutionnaires du synode d’Allemagne dépassent ses frontières, comme on a pu le voir dans un précédent article de Settimo Cielo. Et ils n’ont rien de très original. Ils sont nés hors de l’Église et lui été imposé par la culture dominante en Occident.
C’est d’ailleurs ce que confirment clairement deux analyses très critiques de l’état actuel de l’Église, sorties ces derniers jours sous la plume d’observateurs externes très représentatifs : Danièle Hervieux-Léger, la doyenne des sociologues français dans « Le Monde », et James Carroll, dans « Politico Magazine ».
L’un et l’autre s’accordent pour pointer du doigt le « système clérical » comme état la source la plus profonde du désastre. Et pour démolir ce système, ils réclament des prêtres mariés, des femmes prêtres, une nouvelle morale sexuelle, un gouvernement démocratique de l’Église, c’est-à-dire les mêmes objectifs que le synode allemand a recopiés, en bon petit élève.
Ces deux analystes se disent déçus du Pape François. À leurs yeux, il a ouvert des brèches, mais il n’a pas eu le courage de faire ce que la modernité attendait de lui. Il a préféré « se replier sur une stratégie des petits pas ».
Et c’est vrai. François lui-même a déclaré à plusieurs reprises que l’important pour lui, c’est de lancer des processus, pas de les conclure, parce que « le temps est supérieur à l’espace ». Ce qui explique pourquoi il laisse aller les choses, parfois en ralentissant ou en faisant une pause, mais toujours en faisant miroiter un horizon de réforme parfois radicales, vers lequel on avance de toute manière. Quitte à brûler quelques ponts derrière lui.
Etats-Unis : mise en œuvre progressive de la décision de la Cour suprême
4 juillet 2022
Depuis l’annulation par la Cour suprême de l’arrêt Roe v. Wade, chaque Etat peut légiférer librement en matière d’avortement (cf. Etats-Unis : la Cour suprême met fin au “droit à l’avortement”). Pour l’instant treize Etats ont commencé à mettre en œuvre leurs lois dites de « déclenchement »[1] visant à interdire ou restreindre l’avortement, dans les 30 jours à compter de l’annulation de l’arrêt. Faisant parfois face à des recours en justice (cf. Avortement aux Etats-Unis : la bataille judiciaire est lancée).
L’avortement, un droit protégé par la Constitution étatique ?
En Floride, un juge de circuit du comté de Leon a suspendu une loi, soutenue par le gouverneur Ron DeSantis, interdisant les avortements après 15 semaines et entrée en vigueur le 1er juillet. Cela « violerait les dispositions sur la vie privée contenues dans la constitution de l’Etat », estime-t-il. La loi actuelle autorise les avortements jusqu’à 24 semaines et au-delà en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la santé de la mère (cf. Floride, Arizona, Virginie occidentale : vers un délai maximal de 15 semaines pour avorter).
A New York, le Sénat a voté vendredi dernier un amendement pour inscrire l’avortement et la contraception dans la Constitution de l’Etat. Avant d’entrer en vigueur, le texte doit être adopté par l’Assemblée puis soumis à un référendum populaire. D’autres Etats souhaitent suivre la même procédure comme le Vermont, le Maryland, la Californie et l’Etat Washington.
Quant au Kentucky, le juge de circuit du comté de Jefferson, Mitch Perry, a émis une ordonnance restrictive temporaire empêchant l’Etat d’appliquer une interdiction adoptée en 2019 et effective depuis la décision de la Cour suprême. Mais le procureur général, Daniel Cameron, a demandé la suspension de l’ordonnance.
Le 27 juin, la Cour suprême de l’Oklahoma a rejeté la demande des partisans de l’avortement qui refusaient l’application de la loi, entrée en vigueur en mai, et mettant en place « une interdiction quasi-totale de l’avortement » (cf. Oklahoma : le Parlement adopte une nouvelle loi interdisant l’avortement).
Interdiction ou restriction de l’avortement dans plusieurs Etats
Le procureur général de l’Arizona, Mark Brnovich, affirme qu’une « loi antérieure à la création de l’Etat et qui interdit l’avortement est applicable ». Pour cela, il a déposé une demande de suppression d’une injonction bloquant la loi depuis l’arrêt Roe v. Wade. Cette loi, adoptée en 1901, impose une peine de deux à cinq ans de prison pour « toute personne qui aide une femme enceinte à obtenir un avortement » sauf si elle est en danger. Pour le procureur, elle prévaut sur la loi interdisant les avortements après 15 semaines signée en mars par le gouverneur républicain Doug Ducey (cf. Arizona et Idaho : aux USA, deux gouverneurs signent des projets de loi en faveur de la vie à naître).
Au Texas, un juge s’est opposé à la mise en application de la loi (cf. Avortement : La Cour suprême des Etats-Unis rejette un recours contre la loi du Texas), en prenant une ordonnance permettant aux cliniques d’avortement de reprendre leur activité. Le procureur général, Ken Paxton, a déclaré qu’il faisait appel de la décision « erronée » du juge car, les lois antérieures à l’arrêt Roe v. Wade sont « en vigueur à 100% et constitutionnelles ». La Cour suprême de l’Etat a bloqué l’ordonnance permettant l’application de la loi de 2021.
Dans l’Ohio, l’injonction empêchant l’interdiction des avortements après six semaines de grossesse environ (cf. Heartbeat bill : l’Ohio restreint à son tour les délais pour un avortement) a été dissoute par un juge fédéral après la décision de la Cour suprême. Le gouverneur de l’Iowa, Kim Reynolds, souhaite demander le vote d’une loi similaire.
Quant au Tennessee, une Cour d’appel fédérale a autorisé, le 28 juin, l’entrée en vigueur d’une loi interdisant les avortements après six semaines (cf. Deux nouveaux Etats américains votent une loi interdisant l’avortement dès que les battement du cœur du fœtus sont détectables). La loi a été adoptée en 2020 avec le soutien du gouverneur Bill Lee dans l’éventualité où la Cour suprême n’aurait pas complètement annulé Roe v. Wade. Elle interdit la pratique de l’avortement sauf lorsque la vie de la mère est en danger ou lorsqu’il y a « un risque sérieux d’altération substantielle et irréversible d’une fonction corporelle majeure ». Le procureur général, Herbert Slatery, a déposé vendredi 1er juillet une motion d’urgence pour permettre à l’Etat de commencer à appliquer l’interdiction des six semaines. La loi dite de « déclenchement » du Tennessee, qui doit entrer en vigueur 30 jours après l’annulation de l’arrêt Roe vs. Wade, interdirait tous les avortements. Mais, avant son entrée en vigueur, le procureur général doit certifier que Roe a été annulé, ce qu’il fera avant la mi-juillet.
Sources : AP news, Jonathan Mattise et Kimberlee Kruesi (28/06/2022) ; Reuters, Nate Raymond (29/06/2022) ; The Independent (30/06/2022) ; The Washington Post, Lori Rozsa (30/06/2022) ; Reuters, Nate Raymond et Joseph Ax (01/07/2022) ; Le Figaro (01/07/2022) ; La Presse, Paul Weber, Anthony Izaguirre et Stephen Groves (02/07/2022) ; Reuters, Nate Raymond et Brendan Pierson (02/07/2022)
Vatican, la course à la contraception et à la fécondation assistée commence
05-07-2022
La publication d'un volume rassemblant les actes d'un colloque organisé par l'Académie pontificale pour la vie, est l'occasion d'ouvrir un nouveau "processus" visant à modifier la morale catholique : dans le collimateur, la légitimation de la contraception et de l'assistance médicale à la procréation (AMP) homologue. Monseigneur Paglia : "C'est ainsi que nous faisons progresser la bioéthique théologique".
Au Vatican, les processus continuent d'être ouverts dans le sillage de la ligne inaugurée par Amoris Laetitia. Le volume 'Éthique théologique de la vie. Écriture, Tradition, Défis pratiques', publié par Libreria Editrice Vaticana, qui vient de paraître, rassemble les fruits d'un Séminaire interdisciplinaire de trois jours, promu par l'Académie Pontificale pour la Vie ; un Séminaire qui, selon son Président, Mgr Vincenzo Paglia, serait unique (voir ici), car il visait à "mettre en dialogue [...] des opinions différentes sur des sujets même controversés, en proposant de nombreux points de discussion. La perspective est donc celle de rendre un service au Magistère, d'ouvrir un espace de parole qui rende la recherche possible et l'encourage. C'est ainsi que nous interprétons le rôle de l'Académie". Tout cela, évidemment, dans un climat de liberté d'expression et, selon Paglia, "avec une procédure analogue aux quaestiones disputatae : proposer une thèse et l'ouvrir au débat". Et le débat peut permettre d'entrevoir de nouvelles voies, de faire progresser la "bioéthique théologique".
Et en effet, la bioéthique théologique progresse, mais il semblerait qu'elle se dirige vers le précipice. En effet, le 1er juillet, une première indiscrétion a fait surface (voir ici), qui allait révéler l'un des " objectifs " de la nouvelle édition des quaestiones disputatae médiévales : réviser la très détestée " interdiction " de la contraception. Le volume, que nous nous réservons de lire dès qu'il sera disponible, soutiendrait la thèse selon laquelle, dans " des conditions et des circonstances pratiques qui rendraient irresponsable le choix d'engendrer ", on pourrait recourir " avec un choix judicieux " à des techniques contraceptives, " excluant évidemment les techniques abortives ".
La nouvelle, qui n'a pas encore reçu de démenti, est en nette opposition avec l'enseignement de Humanae Vitae, rapporté dans le Catéchisme de l'Église catholique (§ 2370), qui définit comme "intrinsèquement mauvaise 'toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son accomplissement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se propose, comme but ou comme moyen, d'empêcher la procréation'". En effet, la contraception, sous toutes ses formes, contredit objectivement les deux significations intrinsèques de l'acte conjugal, à savoir l'ouverture à la vie et le don personnel dans sa totalité. Ce " progrès de la bioéthique théologique " va tout droit vers la relativisation des préceptes négatifs de la loi morale, exactement comme Amoris Laetitia l'avait déjà fait : l'absolu des préceptes négatifs est confiné à la théorie, afin de les relativiser - et donc de les nier comme absolus - dans le cas concret.
Cardinal Sarah : Nous allons voir un prêtre parce que nous cherchons Dieu, pas pour sauver la planète
Le cardinal Robert Sarah, préfet émérite de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, a déclaré que les gens vont voir un prêtre parce qu'ils cherchent Dieu et non pour sauver la planète. "Nous allons voir un prêtre parce que nous cherchons Dieu, pas parce que nous voulons sauver la planète", a déclaré le cardinal dans une interview accordée au quotidien français Le Figaro, à l'occasion de la publication de son nouveau livre "Catéchisme de la vie spirituelle".
À propos de son nouveau livre, le cardinal africain a déclaré qu'il l'avait écrit "pendant l'enfermement" dû au covid et a souligné un aspect de cette période. " Cela m'a frappé : on s'occupe de la vie des corps, mais on laisse mourir les âmes. La vie spirituelle est pourtant ce qu'il y a de plus intime en nous, ce que nous avons de plus précieux. C'est notre vie intérieure. C'est le lieu de notre rencontre avec Dieu. Nier la vie spirituelle, c'est nier ce qui fait notre dignité d'homme ou de femme". C'est pourquoi, a-t-il poursuivi, "le moment est venu pour l'Église de revenir à ce qu'on attend d'elle : parler de Dieu, de l'âme, de l'au-delà, de la mort et, surtout, de la vie éternelle".
"Nous passons trop de temps à parler des structures de l'Église - cela n'intéresse personne ! Ce qui compte vraiment, c'est notre vie éternelle, notre vie en amitié avec Dieu. L'Église existe pour être des saints. Le reste est secondaire", a-t-il poursuivi. Sans vie intérieure, s'interroge le préfet émérite, "que reste-t-il de grand dans notre vie ? Que reste-t-il qui échappe aux lois du marché et de la matière ? La vie spirituelle est le sanctuaire inviolable de notre liberté, le lieu secret où nous cherchons la vérité et l'amour, où nous sommes seuls devant le Tout-Autre, devant Dieu".
Le cardinal a ensuite rappelé qu'en 2013, au lendemain de son élection, le pape François a déclaré que "si l'Église cesse de chercher Dieu par la prière, elle court le risque de la trahison" et que le Seigneur se trouve dans les sacrements, administrés par les prêtres, comme le baptême et la confession.
Catéchisme de la vie spirituelle
Dans son livre, le cardinal Sarah affirme que "l'éclipse de Dieu dans nos sociétés post-modernes, la crise des valeurs humaines et morales fondamentales et ses répercussions également dans l'Église où règne la confusion au sujet de la vérité divinement révélée, la perte du sens authentique de la liturgie et l'obscurcissement de l'identité sacerdotale, exigeaient avec force qu'un véritable catéchisme de la vie spirituelle soit proposé à tous les fidèles".
Le cardinal africain a précisé qu'il n'a pas cherché "à écrire un résumé de la foi chrétienne, car nous avons déjà le Catéchisme de l'Église catholique et son compendium, qui sont des instruments irremplaçables pour l'enseignement et l'étude de la doctrine intégrale révélée par le Christ et prêchée par l'Église".
Son livre, a déclaré le cardinal Sarah, "est un catéchisme de la vie intérieure, qui vise à indiquer les principaux moyens d'entrer dans la vie spirituelle, dans une perspective pratique et non académique". Son catéchisme, a souligné le préfet émérite, est "organisé autour des sacrements, de l'ascèse, de la liturgie, tout cela pour faire prendre conscience à chacun que son baptême est le début d'une grande conversion, d'un grand retour au Père".
Homélie de Mgr Warin à l’ordination de Boris Houengnissou : « Le célibat est bien davantage qu’une obligation »
26 Juin 2022
Dans la première lecture, le passage du premier livre des Rois, le Seigneur dit au prophète Élie : « Tu consacreras Élisée, fils Shafath ». Mais alors qu’Élie a jeté vers lui son manteau, un geste qui reconnaissait une vocation prophétique semblable à la sienne, au grand dam d’Élie, Élisée regarde en arrière : « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère, puis je te suivrai ».
Dans l’Évangile, à celui qui dira : « je te suivrai Seigneur mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison », Jésus répondra : « quiconque met la main à la charrue puis regarde en arrière n’est pas fait pour le royaume de Dieu ». À l’exemple de son maître, le disciple ne s’appartient plus. Il accepte de se donner, et de se donner sans compter. Il fait sien le chemin du maître. Il prend avec lui le visage déterminé, la route de Jérusalem, conscient que le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête.
Ce dimanche 26 juin, en cette église cathédrale, j’ordonne un prêtre. Un seul. Certains disent : « n’y aurait-il pas davantage de candidats si l’on renonçait au célibat. Ne faudrait-il pas un autre type de prêtre ? » Permettez-moi de souligner que le célibat est bien davantage qu’une obligation. Se consacrer pour toujours, et exclusivement, à la cause divine, n’est-ce pas la réponse qui convient plutôt quand le Seigneur vous appelle ainsi : « Viens, laisse tout et suis-moi » ? Dans l’Évangile de Marc, au chapitre 10 verset 28, Pierre prend ainsi la parole : « Eh bien nous, nous avons tout laissé pour te suivre ! ». La radicalité est une caractéristique de la vocation des Douze. Il s’agit de s’en remettre en tout à Jésus. C’est ici que le célibat trouve ses racines évangéliques profondes.
J’ai devant moi aujourd’hui Patrick et Justin qui viennent de recevoir un petit ministère ainsi que Boris qui, dans un instant, sera ordonné prêtre. Je voudrais leur dire que le célibat consacré n’est pas un chemin facile. Dans Pastores dabo vobis, l’exhortation apostolique du saint pape Jean-Paul II sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles, il note que le charisme du célibat, même authentique et éprouvé, laisse intacte les inclinations de l’affectivité et les pulsions de l’instinct.
Cher amis futurs prêtres, ne vous effrayez pas si, à certaines heures, vous êtes tourmentés et si, à l’occasion, votre cœur saigne. Notre société, en même temps qu’elle la banalise, absolutise la relation amoureuse et sexuelle. Elle nous murmure : « impossible de vivre sans elle ! ». Nous vivons dans un monde très érotisé. Le célibat consacré, et il en va de même pour le mariage, implique une ascèse. On ne lit pas et on ne regarde pas n’importe quoi. Le prêtre doit éviter les apartés au clair de lune avec une jeune animatrice ou une maman catéchiste. Il doit s’arranger pour ne pas être là quand les enfants au camp se lavent, ou se changent. Il doit maintenir une saine distance, la distance d’une table, disait-on volontiers naguère. Des jeunes – ou des moins jeunes – vous balanceront peut-être un jour : « que vous soyez célibataire ou mariés, pour moi, cela ne change rien ». Il faut alors savoir s’accrocher mais ne croyez pas trop vite que le célibat n’est plus du tout un signe. Le célibat ne se comprend bien que dans la foi. Or, on assiste aujourd’hui à un crépuscule de la foi et de Dieu.
Le chemin sur lequel s’engagent les mariés n’est pas non plus un chemin facile. Il m’est arrivé en célébrant un mariage, de dire : « vous réaliserez que, dans le mariage, il n’est pas possible de tout marier et vous aurez à en souffrir. Maintes fois, vous expérimenterez que le mariage est une concession à perpétuité ». Puis, tout de même, j’ai ajouté : « mais vous vérifierez surtout que, quand l’épreuve du temps fortifie l’union entre époux, le métal devient toujours plus précieux. Après les noces d’étain, ce sont les noces d’argent, ensuite les noces d’or, puis les noces de platine, après 70 ans de vie main dans la main ».
Chers futurs prêtres, le célibat consacré n’est pas un chemin facile, mais il n’est en soi un chemin triste. Prêtre depuis bientôt 50 ans, je voudrais vous dire que le célibat est possible et que le chemin du célibat en lui-même n’est pas un chemin qui rend amer. Le célibat du prêtre est une forme d’amour qui engage toutes les énergies dans une relation personnelle avec le Christ et dans la charité pastorale à l’égard de tous. Or, l’amitié intense avec le Christ ainsi que l’amour oblatif, sont sources d’épanouissement profond. C’est cet épanouissement profond que je vous souhaite de tout cœur aujourd’hui.
Le pape réitère son désir de se rendre à Kiev et dément les rumeurs de démission : "Cela ne m'a jamais traversé l'esprit".
Le Saint-Père a accordé une longue interview à l'agence de presse Reuters et a abordé un certain nombre de questions internationales.
4 juil. 2022
Le pape François a accordé une longue interview au correspondant de l'agence de presse Reuters, Phil Pullella. La réunion a duré environ 90 minutes. Un premier résumé a été publié par l'agence. Le Saint-Père a abordé plusieurs sujets liés à son pontificat : la décision de ne pas se rendre au Congo, son prochain voyage au Canada, l'arrêt de la Cour suprême des États-Unis sur l'avortement...
Le Saint-Père dément son intention de démissionner ("Cela ne m'a jamais traversé l'esprit, pas pour le moment") et dément également les rumeurs selon lesquelles il serait atteint d'un cancer. Il réitère son désir de se rendre en Russie et en Ukraine dès que possible, peut-être en septembre. Ce sont là quelques-uns des sujets de la longue interview de Phil Pullella avec François.
Comme on le sait, selon divers articles et commentaires dans les médias, certains événements récents ou prévus (du consistoire de la fin du mois d'août à la visite à L'Aquila où est enterré Célestin V, qui a démissionné en 1294) suggéreraient l'intention du pape de démissionner de la papauté. Mais François a démenti cette interprétation : "Toutes ces coïncidences ont conduit certains à penser que la même 'liturgie' aurait lieu. Mais ça ne m'a jamais traversé l'esprit. Pas pour le moment, pas pour le moment. Vraiment.
Le Pape, dans le même temps, comme il l'a fait plusieurs fois dans le passé, a expliqué qu'il étudiait la possibilité de démissionner, surtout après l'élection faite par Benoît XVI en 2013, au cas où la santé ne lui permettrait pas de continuer son ministère. Mais lorsqu'on lui demande quand cela pourrait se produire, il répond : "Nous ne savons pas. Dieu le dira", dans des termes similaires à ceux utilisés le vendredi 1er juillet dans une interview à l'agence de presse Telam.
Parlant de ses problèmes de genou, François a évoqué le report de son voyage en Afrique et le besoin de thérapie et de repos. Il a déclaré que la décision de report lui a causé "beaucoup de souffrance", d'autant plus qu'il souhaitait promouvoir la paix tant en République démocratique du Congo qu'au Sud-Soudan.
Le Pape, a noté l'enquêteur, utilise une canne pour entrer dans la salle de réception au rez-de-chaussée de la Casa Santa Marta. Il a ensuite donné des détails sur l'état de son genou, disant qu'il a subi "une petite fracture" lorsqu'il a fait un faux pas alors qu'un ligament était enflammé. "Je vais bien, je m'améliore petit à petit", a-t-il ajouté, expliquant que la fracture se résorbe, aidée par la thérapie au laser et à l'aimant.
François a ensuite démenti les rumeurs selon lesquelles un cancer lui avait été diagnostiqué il y a un an, lorsqu'il avait subi une opération de six heures pour retirer une partie de son côlon en raison d'une diverticulite, une affection courante chez les personnes âgées. "L'opération a été un grand succès", a déclaré le pape, ajoutant, sourire aux lèvres, qu'"on ne m'a rien dit" au sujet du prétendu cancer, qu'il a qualifié de "ragots de cour". Il a ensuite déclaré à Reuters qu'il ne voulait pas se faire opérer du genou parce que l'anesthésie générale de l'opération de l'année dernière avait eu des effets secondaires négatifs.
L'entretien a ensuite porté sur les questions internationales. Abordant la situation en Ukraine, François a noté qu'il y avait eu des contacts entre le secrétaire d'État Pietro Parolin et le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov au sujet d'un éventuel voyage à Moscou. Les premiers signaux n'étaient pas bons. L'éventualité d'un voyage a été évoquée pour la première fois il y a plusieurs mois, a déclaré le pape, expliquant que Moscou avait répondu que ce n'était pas le bon moment. Cependant, il a laissé entendre que quelque chose pourrait avoir changé maintenant. "Je voudrais aller en Ukraine, et d'abord je voulais aller à Moscou. Nous avons échangé des messages à ce sujet, car je pensais que si le président russe me donnait une petite fenêtre pour servir la cause de la paix... Et maintenant il est possible qu'après mon retour du Canada, je puisse aller en Ukraine. La première chose à faire est d'aller en Russie pour essayer d'aider d'une manière ou d'une autre, mais j'aimerais me rendre dans les deux capitales".
Enfin, dans l'interview accordée à Phil Pullella, le pape a abordé la question de la décision de la Cour suprême des États-Unis annulant l'arrêt historique Roe v. Wade qui établissait le droit des femmes à l'avortement. François a déclaré qu'il respectait cette décision mais qu'il ne disposait pas d'informations suffisantes pour en parler d'un point de vue juridique. Mais il a aussi fermement condamné l'avortement, le comparant - comme il l'avait déjà fait à maintes reprises - à "l'embauche d'un tueur à gages". "Je demande : est-il légitime, est-il juste, d'éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ?" a-t-il demandé.
Le pape a également été invité à commenter le débat en cours aux États-Unis sur la question de savoir si un homme politique catholique, qui s'oppose personnellement à l'avortement mais soutient le droit des autres à choisir, peut recevoir la communion. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, par exemple, n'est pas autorisée à recevoir l'Eucharistie par l'archevêque de son diocèse, San Francisco, mais elle communie régulièrement dans une paroisse de Washington et, la semaine dernière, elle a reçu la communion d'un prêtre pendant la messe à Saint-Pierre présidée par le Pontife. "Quand l'Église perd sa nature pastorale, quand un évêque perd sa nature pastorale, cela provoque un problème politique", a commenté le pape. "C'est tout ce que je peux dire."
François-Xavier Putallaz : « La nature ne se laisse pas manipuler »
30 Juin, 2022
Alors que l’écologie, le climat, l’environnement sont au cœur de l’actualité, la notion de nature est souvent mal comprise. Le philosophe François-Xavier Putallaz, professeur à l’Université de Fribourg et auteur de Qu’est-ce que la nature ?, a accepté de répondre aux questions de Gènéthique.
Gènéthique : En quoi la bioéthique est-elle influencée par la question de la nature ?
François-Xavier Putallaz : Aujourd’hui la bioéthique oscille entre deux extrêmes : la raison débarrassée de la nature, ou l’utilitarisme avec son calcul visant à maximiser le plaisir. Ayant rejeté la possibilité de toute connaissance en profondeur des choses naturelles, il ne restait à la pensée de Kant que la pure raison, ce qu’on appelle « l’impératif catégorique » : la raison dicte de manière rigide les comportements. A l’autre extrême, l’utilitarisme évalue une technique biomédicale en fonction des seules conséquences, avantages et souffrances qu’elle implique : la bioéthique se réduit à une mise en balance des intérêts. Dans les deux cas, la nature est écartée.
Pour éviter ces deux positions extrêmes, nous invitons à reconsidérer en profondeur la nature des choses et surtout la nature humaine, car celle-ci fournit les normes adéquates pour le comportement et pour la technique. C’est une forme d’écologie intégrale à laquelle tout le monde aspire actuellement. Ce livre prétend offrir quelques clarifications indispensables.
G : Quelles sont les conséquences sur la bioéthique de l’opposition caractéristique de la pensée actuelle entre liberté et nature ?
FXP : L’opposition est en effet radicale aujourd’hui entre liberté et nature : ou bien, dit-on, il faut respecter les processus naturels sans que les humains y interviennent ; ou bien, on absolutise la liberté individuelle, qui se prétend souveraine : selon la formule de Descartes, on rendrait l’homme « comme maître et possesseur de la nature ». La conséquence en est une arrogance outrancière, où l’individu se met au centre, au point de détruire les ressources naturelles : la crise écologique est manifeste. En bioéthique cette même déviance s’exprime dans la prétention à « l’autonomie reproductive » pour le début de la vie : toute technique devrait être mise à disposition de la liberté individuelle de réaliser tous ses désirs. Une femme ne peut porter d’enfant ? Alors la Grossesse pour Autrui (GPA) est aussitôt réclamée, sans qu’on s’inquiète de la « nature » ni de la servitude que cela impose à des femmes exploitées dans leur corps. De même pour la fin de vie : puisque la liberté individuelle est absolutisée, elle se prétend maîtresse de la vie comme de la mort. Et cela est si ancré dans nos mentalités depuis 300 ans, qu’on ne voit même plus ce qui pourrait poser problème.
Or problème il y a dans les deux cas : par nature, on ne peut sans dégât majeur arracher un enfant à une femme qui l’a porté durant 9 mois ; par nature, on peut difficilement revendiquer un « droit de mourir », comme si nous maîtrisions tout. Si on comprend certes les souffrances et les aspirations de chacun, euthanasie et GPA ne trouvent pourtant aucun fondement naturel et rationnel.
G : Comment trouver le chemin d’une réconciliation entre l’homme et la nature qui soit normative, une éthique applicable en bioéthique ?
FXP : Le problème vient que la notion de « nature », que je viens d’employer, est comprise de manière inadéquate. On réduit hélas la « nature » à l’ensemble des phénomènes physiques et biologiques du monde qui nous entoure et du corps humain. Dans ce sens, évidemment, la nature n’est pas normative : une paire de lunettes n’est pas naturelle. Mais il faut entendre le terme « nature » dans un sens bien plus riche et plus large : c’est l’essence d’une chose, aspirant à se réaliser pleinement. « Par nature » les yeux sont faits pour voir : la technique (lunettes ou opérations au laser) est justifiée parce qu’elle contribue à la réalisation de cette finalité. Les lunettes sont en ce sens naturelles : elles vont dans la direction indiquée par la nature.
Par nature un enfant est destiné à naître dans une famille avec un père et une mère. Une technique (GPA) qui dissocie la parentalité ne va pas dans le sens de la nature.
Mais ce langage est inaudible actuellement, car il heurte une liberté absolutisée et la volonté de réaliser ses désirs à n’importe quel prix dans une société de consommation déviante. Ce que nous défendons au contraire, c’est une liberté qui, au lieu de porter atteinte à la nature extérieure (source de la crise écologique), au lieu de brimer la nature humaine (comme si le corps humain était un bien de consommation), discerne la finalité inscrite de la nature et développe des moyens techniques qui la respectent et la perfectionnent. Nous prônons une amitié de la liberté et de la technique avec la nature. Car la technique n’est pas auto-normative : elle n’a de sens que si elle est au service de l’humain, et notamment des plus faibles.
G : La nature peut-elle remettre en cause les choix qui ont été faits ces dernières décennies en matière de bioéthique ?
FXP : L’avenir le dira. Mais de même que, sous nos yeux, la nature environnante réagit avec force à la violence d’une exploitation exagérée, de même la nature humaine réagira aux exagérations dans l’utilisation des techniques qui ne respectent pas sa finalité. A qui fera-t-on croire qu’une « mère porteuse » sort indemne de cette aventure ? Croit-on vraiment que les proches ne seront pas impactés à long terme par un suicide médicalement assisté ?
La nature ne se laisse pas manipuler : elle est si imprégnée de finalités qu’elle finira par s’imposer à toute liberté qui ne se résout pas à la respecter.
C’est le sens de ce livre : la nature n’est pas figée dans un passé derrière nous (ça c’est le natif), mais elle est devant nous, comme accomplissement que l’homme réalise librement (ça c’est le naturel). Il est urgent que la bioéthique retrouve l’amitié de la nature humaine, car c’est à cette « écologie intégrale » qu’aspire notre humanité.
L’Esprit des Lettres de juin 2022 : P. François Euvé, René Écochard, P. François Potez
01/07/2022
Jean-Marie Guénois a choisi pour vous des lectures de vacances plus exigeantes que beaucoup de ses confrères. Mais l’été n’est-il pas l’occasion de méditer sur l’essentiel ? Le père François Euvé, aiguillonné par des publications récentes proposant des preuves de l’existence de Dieu, enrichit le débat, de sa plume alerte (La science, l’épreuve de Dieu? chez Salvator). René Écochard fait un remarquable travail de compilation des découvertes et savoirs sur la différence homme-femme, aujourd’hui souvent relativisée. Il nous offre Homme, femme... ce que nous disent les neurosciences chez Artège. Enfin, le père François Potez, dans « La grave allégresse » - être prêtre aujourd’hui, chez Mame, délivre une réflexion sur le sacerdoce fondée sur des années de ministère et d’accompagnement. UNE COPRODUCTION KTO-JDS-LA PROC.
« Ne plus enseigner le latin et le grec, c’est nous couper de nos racines culturelles »
Le Figaro. — Seuls 535 candidats (sur plus de 380 000) ont présenté la spécialité « littérature, langues et cultures de l’antiquité - Latin » au bac 2022, et 237 en « littérature, langues et cultures de l’antiquité - Grec ancien ». Et seuls 3 % des lycéens ont suivi l’option latin en 2021-2022. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Andrea MARCOLONGO. — Je suis bouleversée par ces chiffres et réellement préoccupée. On parle désormais d’une toute petite minorité qui étudie le grec et le latin en France. Je le dis d’abord en tant qu’helléniste, mais aussi en tant qu’italienne, pays où les chiffres sont tout de même différents. Pour moi, c’est très grave. Si on laisse les choses se dérouler ainsi, dans quelques années, il n’y aura plus d’élèves ou d’étudiants français qui suivront des cours de langues anciennes.
— Quelles en sont les raisons ?
— Cette situation nous la devons d’abord à un conformisme de la classe politique et intellectuelle. On ne peut pas reprocher aux élèves et étudiants français de ne pas faire du latin et du grec car ces langues, et les références à ces langues, ont entièrement disparu du débat public. Lors de la dernière campagne électorale, je ne me rappelle pas en avoir entendu parler. Par ailleurs, depuis une dizaine d’années, on a commencé à juger la culture avec un paramètre d’utilité. On a pensé que ces langues n’étaient plus utiles et que le but de l’école était de former des travailleurs. Dans cette perspective, l’enseignement du grec et du latin était inefficient. Il n’y a même pas de débat intellectuel à ce sujet. Le conformisme à l’état pur, c’est de dire que l’on passe à autre chose et que ce n’est pas important.
— La paresse intellectuelle est-elle l’une des raisons de ce déclin ?
— Oui, c’est une paresse intellectuelle généralisée. Cela ne concerne pas que les élèves.
— Il est très rare de voir quelqu’un, issu de la classe politique ou intellectuelle, parler de L’Odyssée, de L’Iliade, d’Homère, des classiques ou des humanités. Les jeunes élèves de 14 ans ne se mettront pas au latin ou au grec seuls. Il faut assumer une responsabilité et pour moi elle est très claire : c’est d’abord celle de la classe politique et intellectuelle.
— Cette baisse de l’enseignement des langues anciennes en France fait écho à la décision de l’université de Princeton en avril 2021 de supprimer de son cursus de lettres classiques l’obligation d’un enseignement du latin et du grec. Les langues anciennes sont-elles rejetées par l’occident ?
— Il faut même parler ici de renoncement intellectuel. Ce n’est plus une remise en cause ou un rejet, c’est un effacement. Pourtant, les classiques servent à réfléchir. Italo Calvino disait que l’enseignement classique est fait pour se définir en rapport, être pour ou contre. Il faut toujours remettre en cause, la discussion avec l’enseignement classique est essentielle, mais pour cela il faut qu’il existe… Sinon, le risque est celui d’un véritable monologue intellectuel. «Je ne suis pas d’accord avec cela, donc la seule solution est d’effacer et supprimer» : c’est très grave de fonctionner comme cela. On forme une génération habituée au monologue et non pas au dialogue. Pour apprendre le dialogue avec l’autre, il faut connaître, et les classiques servent à cela.
Dans le cadre de la programmation spéciale autour de la venue du pape François au Congo et au Soudan du sud, Régis Burnet réunit deux experts de l’Eglise en Afrique pour évoquer non seulement l’histoire de l’évangélisation mais aussi ses enjeux aujourd’hui. L’annulation, ou plutôt le report du voyage du Pape, n’empêche pas KTO de proposer cette fois ci, pour les francophones d’Europe mais aussi pour les centaines de milliers d’Africains qui attendent avec beaucoup d’espoir cette visite, ce complément à notre programmation. Le bibliste Régis Burnet reçoit Jean Pirotte et Mathieu Zana.
« Au milieu de chants, d'applaudissements et de danses sur de la musique congolaise traditionnelle, le pape François a célébré ce dimanche l'utilisation au Zaïre de la forme ordinaire du rite romain dans la basilique Saint-Pierre.
Le pape a commencé son homélie le 3 juillet par le mot esengo , qui signifie « joie » en lingala, le créole d'origine bantoue parlé dans certaines parties de la République démocratique du Congo et par plus de 40 millions de locuteurs à travers l'Afrique centrale.
Le pape François a célébré la messe pour la communauté congolaise de Rome le jour où il devait offrir la messe à Kinshasa avant que son voyage en Afrique ne soit annulé à la demande de ses médecins.
Le pape, dont la mobilité a été limitée en raison d'une blessure au genou, est resté assis tout au long de la messe. François a présidé la liturgie de la Parole et a prononcé l'homélie. Mgr Richard Gallagher a offert la Liturgie de l'Eucharistie.
"Aujourd'hui, chers frères et sœurs, prions pour la paix et la réconciliation dans votre patrie, dans la République démocratique du Congo blessée et exploitée", a déclaré le pape François.
« Nous nous joignons aux messes célébrées dans le pays selon cette intention et prions pour que les chrétiens soient des témoins de paix, capables de surmonter tout sentiment de ressentiment, tout sentiment de vengeance, de surmonter la tentation que la réconciliation n'est pas possible, tout attachement malsain à leur propre groupe qui conduit à mépriser les autres.
Le pape a souligné que le Seigneur appelle tous les chrétiens à être des "ambassadeurs de la paix".
La République démocratique du Congo a connu une vague de violence ces dernières années. On pense que des dizaines de groupes armés opèrent dans la région orientale de la RD Congo malgré la présence de plus de 16 000 casques bleus de l'ONU. Les évêques catholiques locaux ont appelé à plusieurs reprises à la fin de l'effusion de sang.
"Frère, soeur, la paix commence par nous", a déclaré le pape François.
"Si vous vivez dans sa paix, Jésus arrive, et votre famille, votre société change. Ils changent si votre cœur n'est pas en guerre en premier lieu ; il n'est pas armé de ressentiment et de colère ; il n'est pas divisé ; il n'est pas double ; ce n'est pas faux. Mettre la paix et l'ordre dans son cœur, désamorcer la cupidité, éteindre la haine et le ressentiment, fuir la corruption, fuir la tricherie et la ruse : c'est là que commence la paix.
La paix devait être un thème clé du voyage annulé du Pape en Afrique. Le pape François prévoyait de passer du 2 au 5 juillet dans les villes congolaises de Kinshasa et Goma et du 5 au 7 juillet dans la capitale sud-soudanaise Juba.
Après que le Vatican a annoncé que le voyage était reporté en raison du traitement médical en cours pour la douleur au genou du pape, le pape Franics a déclaré le 13 juin : « Nous amènerons Kinshasa à Saint-Pierre, et là nous célébrerons avec tous les Congolais à Rome, il y en a beaucoup. »
Environ 2 000 personnes étaient présentes à la messe inculturée dans la basilique Saint-Pierre le premier dimanche de juillet.
Des femmes vêtues de robes traditionnelles aux couleurs vives ont chanté et dansé en priant le Gloria. Les gens ont applaudi et crié alors que l'archevêque Gallagher encensait l'autel principal.
Les cadeaux ont été apportés à l'autel dans une procession dansante. Les sœurs religieuses sur les bancs se sont déplacées d'un côté à l'autre au rythme de la musique.
A la fin de la messe, le pape François a salué quelques membres de la communauté congolaise locale depuis son fauteuil roulant.
« Que le Seigneur nous aide à être missionnaires aujourd'hui, en compagnie de frère et sœur ; ayant sur ses lèvres la paix et la proximité de Dieu ; portant dans le cœur la douceur et la bonté de Jésus, l'Agneau qui enlève les péchés du monde », a déclaré le Pape.
L'utilisation au Zaïre de la forme ordinaire du rite romain est une messe inculturée formellement approuvée en 1988 pour les diocèses de ce qui était alors connu sous le nom de République du Zaïre, aujourd'hui République démocratique du Congo.
Seule célébration eucharistique inculturée approuvée après le Concile Vatican II, elle s'est développée suite à un appel à l'adaptation de la liturgie dans Sacrosanctum Concilium , Constitution de Vatican II sur la Sainte Liturgie.
Dans un message vidéo en 2020, le pape François a déclaré : "L'expérience du rite congolais de la célébration de la messe peut servir d'exemple et de modèle pour d'autres cultures".
Très bien. Ayant vécu et participé à bien des messes au Congo, je comprends la signification du rite « zaïrois », forme locale du rite romain qui comporte, avec l’usage abondant des encensoirs, des gestes processionnaux sacralisés en cadence, l’invocation eschatologique des ancêtres basantu, l’aspersion d'eau bénite, la préparation pénitentielle et le rite de paix (réconciliation) placés à la fin de la messe des catéchumènes, juste avant l'offertoire et, autre caractéristique de la foi d’un monde spontané, un dialogue vigoureux de la parole entre célébrants et fidèles, comme au temps de saint Augustin en Afrique du Nord…et sans oublier les chants latins restés populaires dans la culture héritée des missionnaires (voir ici les gamins devant la cathédrale Notre-Dame de la Paix à Bukavu :)
Mais alors je ne comprends pas pourquoi le pape actuel refuse d’accepter dans nos régions des formes rituelles issues de la tradition qui font partie du patrimoine tridentin occidental : a fortiori lorsqu’on ne lui conteste nullement la légitimité, en soi, du missel conciliaire de 1970. La querelle obstinée que soulève à cet égard le pape François -là où, c'est un fait, son prédécesseur ne voyait aucune difficulté à l’idée à faire coexister deux formes du rite- me semble un mystère…
"ON NE SORT PAS D'UNE CRISE PAR NOUS-MÊMES : NOUS DEVONS PRENDRE DES RISQUES ET PRENDRE LA MAIN DE L'AUTRE"
par Bernarda Llorente
01.07.2022
Dehors, le soleil de plomb ne semble pas décourager les milliers de touristes qui, en plein soleil, partagent des files interminables pour entrer dans la Cité du Vatican. À quelques mètres de là, à la Casa Santa Marta, malgré son emploi du temps chargé, il avance pas à pas. Des mouvements étranges annoncent son arrivée.
François, sa Sainteté, le pape argentin, l'un des leaders qui fixent l'agenda social et politique du monde, s'avance vers moi avec un sourire radieux sur le visage. Il a l'air complètement remis. Conscient de toutes les transformations mises en place pendant ses neuf années de papauté et avec une vision à long terme concernant l'avenir de l'humanité, la foi et le besoin de nouvelles réponses. Alors que nous entrons ensemble dans la salle où aura lieu, pendant une heure et demie, la conversation exclusive avec Télam (l'agence de presse nationale argentine), je sais que ce 20 juin est un jour exceptionnel et unique pour moi.
- François, vous avez été l'une des voix les plus importantes dans un moment d'extrême solitude et de peur dans le monde, pendant la pandémie. Vous l'avez définie comme les limites d'un monde en crise économique, sociale et politique. Et vous avez ajouté : "Nous ne sortons pas d'une crise comme avant. Nous en sortons soit meilleurs, soit pires". Dans quel sens pensez-vous que nous sortons de cette crise ? Où allons-nous ?
- Je ne l'apprécie pas particulièrement. Nous avons progressé sur certains aspects, mais, en général, je n'aime pas ça parce que c'est devenu sélectif. Le simple fait que l'Afrique ne dispose pas de nombreux vaccins ou d'un nombre minimum de doses signifie que le salut contre la maladie a été rationné par d'autres intérêts. Le fait que l'Afrique ait besoin de vaccins indique que quelque chose n'a pas bien fonctionné.
Quand je dis que nous ne sortons jamais d'une crise comme avant, c'est parce que la crise nous change nécessairement. Plus encore, les crises sont des moments de la vie où l'on fait un pas en avant. Il y a la crise de l'adolescence, la crise du passage à l'âge adulte, la crise de la quarantaine. Une crise vous fait bouger, vous fait danser. Nous devons apprendre à prendre nos responsabilités, car si nous ne le faisons pas, elles deviennent un conflit. Et le conflit est une chose fermée, le conflit cherche la réponse en lui-même, il se détruit. Au contraire, une crise est nécessairement ouverte, elle vous fait grandir. Une des choses les plus sérieuses dans la vie, c'est de savoir traverser une crise, pas avec de l'amertume. Comment avons-nous vécu cette crise ?
Chaque personne a fait ce qu'elle pouvait. Il y a eu des héros. Je peux parler de ce qui était le plus proche de moi : des médecins, des infirmières, des prêtres, des religieuses, des laïcs qui ont donné leur vie. Certains d'entre eux sont morts. Je crois que plus de soixante d'entre eux sont morts en Italie. L'une des choses que nous avons vues pendant cette crise, ce sont des gens qui ont donné leur vie. Les prêtres ont également fait un excellent travail, en général, parce que les églises étaient fermées, mais ils appelaient les gens par téléphone. Les jeunes prêtres demandaient aux personnes âgées ce dont elles avaient besoin au marché ou leur achetaient des produits d'épicerie. Je veux dire que les crises vous font faire preuve de solidarité, parce que tout le monde traverse la même crise. Et nous grandissons à partir de cela.