Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

International - Page 215

  • En Amazonie, le jeu dangereux du pape

    IMPRIMER

    pape bergoglio SIPA_SIPAUSA30185924_000021_0.jpg

    Sous la signature d’Edouard Husson, sur le site de « Valeurs actuelles », ce 3 novembre 2019 :

    « À force de mépriser les plus fidèles soutiens de l'Église, François prend le risque de voir se nouer une “ convergence des luttes ” au sein de laïcs catholiques plus fidèles au catholicisme qu'au Saint-Père lui-même, analyse Edouard Husson, historien.

    Le synode pour l'Amazonie s'est terminé le 27 octobre, au terme de trois semaines de débats sur un résultat prévisible. Les “ pères du synode ” ont voté en faveur de l'ordination d'hommes mariés, demandé au pape de rouvrir le dossier de l'ordination de femmes au diaconat, réclamé la création d'une liturgie amazonienne spécifique.

    Le document de travail préparatoire au synode avait inquiété par ses références néo païennes et son enracinement dans la vieille théologie marxiste dite “ de la libération ”. Le document final est plus soigné. On y a réintroduit du langage d'Église. On a remis la communion eucharistique au centre : le document préparatoire lui substituait un peu trop visiblement une très rousseauiste communion avec la nature. Le document n'est pas moins jargonnant pour autant. Mais c'est une caractéristique des documents ecclésiastiques depuis qu'existent des conférences épiscopales bureaucratisées. Et puis, rassurez-vous, il y a bien un peu de politique encore : on propose un fonds pour l'Amazonie, on suppose une taxe pour l'alimenter. Au total, même s'il y a eu des débats, plus nourris que prévu, dans la salle du synode, les promoteurs de la réunion, qui ont grandi dans le marxisme, avaient projeté d'utiliser les bonnes vieilles méthodes : suffisamment d'opposants pour qu'il y ait débat ; mais pas assez pour empêcher les points les plus controversés de passer à la majorité des deux tiers.

    Des provocations poussées trop loin ?

    À présent, c'est au pape de dire quelles conclusions il retient. Aussi progressiste soit-il, le Saint-Père sait que son prestige ne subsiste que parce que les catholiques modérés à travers le monde continuent à respecter l'autorité pontificale. François va donc faire en sorte d'apparaître comme un modéré par rapport aux propositions les plus audacieuses du synode : attendons-nous par exemple à ce que l'ordination d'hommes mariés soit limitée strictement à l'Amazonie, à titre d'expérimentation, dans l'exhortation apostolique à venir. Cela n'empêchera pas que les évêques d'Allemagne poussent à la multiplication des expériences. Libre à François de céder, un jour, à la pression de telle ou telle conférence épiscopale…

    Le pape s'adonne donc à son sport favori : rouler sur la ligne blanche, au milieu de la route. Régulièrement il fait lancer des ballons d'essai, puis il reprend la main en modérant la proposition qui lui a été faite, tout en morigénant les catholiques des générations Jean-Paul II et Benoît XVI. En trois semaines, François aura réussi à s'en prendre à trois reprises aux plus fidèles soutiens de l'Église : les opposants résolus au synode sur l'Amazonie auront été traités de « rigides », d'« élitistes » et de « pharisiens ». C'est à se demander si le pape ne roule pas de plus en plus à gauche de la ligne blanche, au risque d'une grave collision. Lui-même a eu du mal à se dépêtrer de l'image désastreuse laissée par la procession et l'exposition de statuettes d'une idole païenne, Pachamama, à Saint-Pierre de Rome puis à Santa Maria in Traspontina. Le 23 octobre, des catholiques fidèles au premier commandement ( « Tu n'auras pas d'autre Dieu que moi ») se sont emparés des Pachamama et les ont jetées dans le Tibre. Le pape s'est fendu d'un petit discours d'excuses vis-à-vis des sensibilités amazoniennes blessées, avant de se lancer dans un récit abracadabrantesque selon lequel les idoles avaient été repêchées dans le Tibre et les  carabinieri les protégeaient en attendant leur éventuelle procession lors de la messe de clôture du synode. Devant le lancement d'une pétition, sur LifeSiteNews.com, pour refuser un nouveau geste d'idolâtrie dans la basilique Saint-Pierre, le pape n'a pas insisté.

    François a-t-il poussé les provocations trop loin ? Au point de devoir se trouver pour la première fois devant une opposition laïque ? La vraie nouveauté des semaines du synode est en effet la “ convergence des luttes ”, sur les réseaux sociaux, entre des laïcs qui ont grandi dans le sillage de Jean-Paul II et Benoît XVI, et d'autres issus de la mouvance traditionaliste. Tous pensent que les évêques, même conservateurs, ne sont pas assez engagés pour admonester fraternellement le Saint-Père. Ils ont désormais un ennemi commun : le modernisme. Et un hashtag pour se retrouver : #unitetheclans. Parti d'Amérique du Nord, autour de personnalités comme John-Henry Westen, Taylor Marshall, Michael J. Matt, ce mouvement fait des émules en Amérique latine, où un certain nombre de catholiques apprécient peu un synode qui, disent-ils, va les affaiblir un peu plus face au succès des prédicateurs évangélistes, et en Europe, où la lecture des ouvrages du Canadien Michael O'Brien est en train de devenir un signe de ralliement : en particulier le roman  Père Elijah, publié en 2008, extraordinaire anticipation d'une apostasie dans l'Église. Sans mauvais jeu de mots, il se pourrait que François ait mangé son pain blanc. En effet, si son autorité sur la hiérarchie épiscopale semble inentamée, au-delà de quelques voix dissidentes, il lui sera beaucoup plus difficile de contrôler des laïcs, rebelles à son autorité au nom de la fidélité au catholicisme.

    Ref. En Amazonie, le jeu dangereux du pape

    JPSC

  • Retour sur "le pacte des catacombes"

    IMPRIMER

    Sur le site "Smart Reading Press", Aline Lizotte revient sur "le pacte des catacombes" :

    LE PACTE DES CATACOMBES

    31 Oct 2019

    Le 20 octobre, dans les catacombes de Sainte-Domitille, plusieurs dizaines de participants au synode sur l’Amazonie ont renouvelé le «Pacte des Catacombes» signé en 1965 par une quarantaine de participants au concile Vatican II, qui s’engageaient à changer de style de vie et de pastorale pour mieux évangéliser les pauvres. Quel est le contenu de ce nouveau pacte ? Aline Lizotte nous le présente, en le resituant dans le contexte ecclésial latino-américain.

    Le synode sur l’Amazonie s’est terminé le dimanche 27 octobre par la messe de clôture. Nous ne savons pas grand-chose de ce synode, excepté trois paragraphes du document final : les numéros 103, 111 et 119.

    Dans le numéro 103 est exprimé le souhait que le Saint-Père se prononce sur un ministère stable accordé aux femmes «dont le rôle fondamental […] dans l’Église de l’Amazonie et ses communautés a été reconnu et souligné» et «compte tenu des multiples services qu’elles fournissent». Cette reconnaissance ministérielle pourrait être «un diaconat permanent» ou un autre ministère stable. Le vote a été de 137 placet contre 30 non placet.

    Le vote du numéro 111 – le plus mal voté –, portant sur la possibilité d’ordonner à la prêtrise des diacres permanents, fait apparaître diverses tendances. «À cet égard, certains étaient favorables à une approche plus universelle du sujet et proposaient d’ordonner à la prêtrise des hommes appropriés et estimés de la communauté (viri probati). D’autres s’en tiennent à ceux qui ont eu un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate pour le sacerdoce, ayant une famille légitimement constituée et stable pour soutenir la vie de la communauté chrétienne à travers la prédication de la Parole et la célébration des sacrements dans les régions les plus reculées de la région amazonienne». Le vote étant de 128 placet contre 41 non placet – la majorité des 2/3 étant de 121 –, la proposition est passée sans que l’on sache si les votes négatifs sont une protestation par rapport au choix restrictif des diacres permanents ou par rapport au principe même d’ordonner des hommes mariés.

    Enfin, le numéro 119 porte sur la création et l’acception d’un rite amazonien : le nouvel organisme de l’Église en Amazonie doit constituer une commission compétente «pour étudier et dialoguer, selon les us et coutumes des peuples ancestraux, en vue de l’élaboration d’un rite amazonien, qui exprime le patrimoine liturgique, théologique, disciplinaire et spirituel amazonien, avec une référence spéciale à ce que Lumen gentium affirme pour les Églises orientales». Le vote exprime un large consensus : 140 placet contre 19 non placet.

    Lire la suite sur Smart Reading Press

  • Sauver des chrétiens persécutés au Pakistan

    IMPRIMER

    Sauvons les chrétiens persécutés au Pakistan

    50.447 personnes ont signé. Aidez-nous à augmenter ce nombre 100.000 signatures.
  • L'Association Médicale Mondiale (AMM) réaffirme son opposition à l'euthanasie et au suicide médicalement assisté

    IMPRIMER

    LES MÉDECINS DU MONDE CONFIRMENT LEUR OPPOSITION À L'EUTHANASIE ET AU SUICIDE ASSISTÉ

    28 octobre 2019

    Samedi 26 octobre, l'Association Médicale Mondiale (AMM) a réaffirmé son opposition constante à l'euthanasie et au suicide médicalement assisté (cf. L’association médicale mondiale toujours fermement opposée à l’euthanasie et au suicide assisté). Elle a indiqué dans un communiqué qu’elle réitérait « son ferme attachement aux principes de l'éthique médicale », mais aussi « que le plus grand respect doit être maintenu pour la vie humaine ». Par conséquent, l'AMM « est fermement opposée à l'euthanasie et au suicide médicalement assisté ». Cette déclaration, adoptée lors de son Assemblée annuelle à Tbilissi en Géorgie, est le fruit d’une enquête menée auprès de médecins et de non-médecins du monde entier.

    « Aucun médecin, souligne la nouvelle Déclaration, ne devrait être contraint de participer à l'euthanasie ou au suicide assisté, et aucun médecin ne devrait être obligé de prendre des décisions liées à cette fin ». Elle indique aussi, à propos du refus de l’acharnement thérapeutique, que « le médecin qui respecte le droit fondamental du patient de refuser un traitement médical n'agit pas de manière contraire à l'éthique en renonçant ou en refusant des soins non désirés, même si le respect d'un tel souhait entraîne la mort du patient ».

    La Déclaration révisée définit l'euthanasie comme étant l’acte d’« un médecin qui administre délibérément une substance mortelle ou qui intervient pour causer la mort d'un patient ayant la capacité de prendre des décisions » le concernant.

    Le suicide médicalement assisté correspond aux cas où, « à la demande volontaire d'un patient ayant une capacité de décision, un médecin permet délibérément à un patient de mettre fin à sa vie en lui prescrivant ou en lui fournissant des substances médicales dans l'intention d'entraîner la mort ».

    Pour le Dr Frank Ulrich Montgomery, Président de l'AMM : « Ayant tenu des conférences consultatives impliquant tous les continents du monde, nous pensons que cette formulation révisée est en accord avec les points de vue de la plupart des médecins du monde ».

  • Synode amazonien : un document conclusif sans surprise(s)

    IMPRIMER

    De Sandro Magister en traduction française sur diakonos.be :

    Les prêtres mariés passent difficilement.  Les femmes diacres recalées.  Les critiques d’un Père synodal

    Le Synode sur l’Amazonie a terminé ses travaux aujourd’hui 26 octobre avec le vote point par point du document conclusif.  Mais ce document n’a aucun effet normatif.  Il a été simplement remis au Pape François afin qu’il décide lui-même quoi faire et qu’il le mette par écrit dans une exhortation post-synodale.

    Les lecteurs trouveront ci-dessous une anthologie des points principaux du documents avec les votes respectifs pour et contre.

    Mais comme guide de lecture, il est conseillé de d’abord jeter un œil au bilan de ce synode publié hier en plusieurs langues – y compris en chinois – par « Asia News », l’Institut pontifical des missions étrangères.

    L’auteur est un missionnaire Uruguayen invité au synode par le Pape François, Martín Lasarte Topolanski, que les lecteurs de Settimo Cielo connaissent déjà et dont ils ont pu apprécier le précédent commentaire.

    Il dresse, pour ce synode, la liste des dix choses qui lui ont plu et des neuf choses qui lui ont déplu.

    On trouvera le texte intégral de ce double « vote » sur « Asia News ».  Nous reproduisons ci-dessous une synthèse abrégée de ses commentaires critiques :

    *

    Les neuf choses qui ne m’ont pas plu dans ce synode

    par Martín Lasarte

    1. Une énergie excessive gaspillée sur des problèmes intra-ecclésiaux, en particulier sur celui des « viri probati » et des « diaconesses ». Ce sujet, qui ne faisait pas totalement consensus, a consommé beaucoup de forces au détriment de la qualité des autres aspects qui eux faisaient consensus.
    2. Une auto-référentialité régionale. Synodalité avec ceux qui pensent comme moi.  Autonomie et pluralisme avec ceux qui pensent autrement, comme dans le cas des Églises sœurs en Asie, en Europe et en Afrique.  Je pense que le thème de la synodalité avec l’Église universelle aurait dû être davantage présent en ce qui concerne les ministères ordonnés.
    3. Il a manqué un plus sens plus profond d’autocritique ecclésial. Je fais référence à la faible incidence pastorale de ces cinquante dernières années dans les diverses réalités ecclésiales d’Amazonie.  Quelles sont les causes de cette pauvreté pastorale et de son infertilité ?  À mon avis, on n’a pas suffisamment abordé les thèmes de l’idéologisation sociale du ministère pastorale et du manque d’un témoignage crédible, cohérent et resplendissant de sainteté des ministres (phénomène de nombreux abandons de la vie religieuse et sacerdotale, ou de vue ambigüe).
    4. De nouvelles pièces sur un vieux vêtement. À mon avis, on n’a pas abordé les problèmes les plus profonds de l’évangélisation.  Quelles sont les nouveaux chemins proposés par le synode ?  Uniquement de nouvelles structures et les ordinations de « viri probati ».  Il me semble de ces nouveautés soient extrêmement pauvres.  De mon point de vue, les nouveaux vêtements que nous devrions endosser avec une nouvelle ferveur consistent en un problème de foi : revêtir le Christ.
    5. On parle d’un « rite amazonien » pour la liturgie. On risque de tomber dans une expérimentation théorique de laboratoire.  Il ne fait aucun doute que l’inculturation de l’Évangile dans la liturgie et dans la vie des communautés amazoniennes soit indispensable mais cela devrait être fait dans la vie concrète et petit à petit, avec une adaptation raisonnable et en prenant le temps de décanter ce qui est réellement authentique dans la culture et de ce qui est vraiment susceptible de transmettre le mystère chrétien avec des symboles et des expressions originales, en évitant une « folklorisation » superficielle et générique.
    6. La cléricalisation des laïcs. Il aurait été possible de résoudre le problème des éventuelles ordinations au sacerdoce des hommes mariés par les voies ordinaires déjà possibles et praticables dans l’Église.  Mais, malheureusement, « le » thème du synode a été l’ordination des hommes mariés, tandis que les autres thèmes sont restés dans l’ombre.
    7. Une vision sécularisée des ministères, en particulier de celui de femmes en tant que « diaconesses ordonnées. » Quand ce thème a été abordé, ce sont uniquement des motivations civiles qui sont mises en avant […] sous la forte pression de la culture dominante.  Il m’a semblé qu’’un certain sens parlementaire a été assez présent : « nous sommes les représentants des peuples d’Amazonie et nous devons porter leurs revendications ».
    8. Le danger d’une église transformée en ONG. On réduit le mystère, la vie et l’action de l’Église à des activités de « conseil » et de service social.  Cette réduction me semble être très présente dans la sensibilité de plusieurs participants au Synode.
    9. L’atmosphère du synode a été assez sereine, fraternelle et respectueuse, mais à la fin certains ont présenter les choses de façon assez clivante. D’une part un club de pharisiens qui serait attaché à la doctrine et effrayé par la nouveauté, et donc fermé à l’Esprit Saint et de l’autre ceux qui écoutent le « sensus fidei » du peuple, sans avoir peur, ouvert à la nouveauté et donc dociles à l’Esprit Saint.  Nous ne pouvons qu’admirer cet Esprit Saint venu si bien préparé et si bien organisé.

    Lire la suite

  • Le synode sur l’Amazonie, un sujet local à portée universelle ?

    IMPRIMER

    synode amazonie amoct1219-pope-synod-pan-amazon-antoine-mekary-aleteteia-am_6986.jpg

    Le site web « Aleteia » fait le point dans cet excellent « décryptage » :

    « Trois semaines après le début du synode sur l’Amazonie, les pères synodaux prendront connaissance ce samedi 26 octobre du document final résumant leurs travaux. « Le synode apparaît comme une synthèse du pontificat de François qui pose le paradoxe d’une vision locale, tout en prétendant avoir une vocation universelle », assure à Aleteia l’historien Christophe Dickès.

    Prêtrise et viri probati, femme et diaconat, dialogue interculturel et inculturation… Les sujets abordés par les évêques du monde entier lors du synode consacré au thème « L’Amazonie : de nouveaux chemins pour l’Église et pour une écologie intégrale » ont dépassé les frontières du Vatican. Journaliste, historien et auteur de plusieurs ouvrages dont Le Vatican, vérités et légendes et L’héritage de Benoît XVI, Christophe Dickès revient pour Aleteia sur cet événement.

    Aleteia : Que retenir de ces trois semaines de réflexion ?


    Christophe Dickès : Pour pouvoir répondre pleinement à cette question, il faudra attendre l’exhortation apostolique du pape François qui complètera ce long processus. Mais, comme l’écrivait très bien Marie-Lucile Kubacki, le synode apparaît comme une synthèse du pontificat de François qui pose le paradoxe d’une vision locale, tout en prétendant avoir une vocation universelle. La question est de savoir si les décisions du synode puis du Pape, profondément ancrées dans une culture latino-américaine, doivent s’imposer aux églises européennes, africaines ou asiatiques sans qu’elles aient été consultées. De mon point de vue, le synode est représentatif du règne de François : de sa spécificité dans l’exercice du pouvoir, de ses aspirations idéologiques mais aussi de ses limites pratiques et culturelles. Voire donc de ses paradoxes. Sans chercher l’affrontement direct, le Pape et son entourage utilisent le synode pour développer une ecclésiologie inspirée d’une culture locale, ouvrir de nouveaux débats théologiques sans, à mon sens, en mesurer l’ensemble des conséquences. On le voit dans beaucoup d’autres dossiers comme la gestion des crimes de pédophilies ou des réformes financières : il existe des aspirations mais la mise en pratique pose de nombreuses difficultés d’applications, notamment sur le plan du droit canon.

     Lire aussi : Synode pour l’Amazonie : un défi anthropologique et spirituel

    En Amazonie comme ailleurs, « l’Évangile doit s’inculturer », a estimé le pape François. Il a ainsi mis en garde contre les dangers de nouvelles formes de colonisations. Dans cette région, les peuples doivent recevoir l’Évangile avec leur propre culture. Est-ce là le sens de la proposition de certains des groupes de travail du synode pour l’Amazonie de créer un rite amazonien ?


    L’inculturation est loin d’être un nouveau débat dans l’église. Que l’on pense au dominicain Bartholomeo Las Casas qui prit la défense des Indiens au tournant des XVe-XVI siècles ou encore à Mgr Lavigerie, archevêque d’Alger qui affirmait au XIXe siècle qu’il fallait éviter de transformer les populations africaines en « Européens à la peau noire ». Du point de vue du rite, contrairement aux idées reçues, le rite tridentin s’est imposé tardivement dans l’Église. Au XIXe siècle, il y avait par exemple encore en France un rite artésien, franc-comtois, etc. Il existe d’ailleurs toujours des spécificités rituelles dans l’église comme par exemple pour l’église melkite. La question est davantage de savoir si ce rite amazonien, s’il est créé, respecte la nature et la finalité du sacrement de l’eucharistie. S’il évite de sombrer dans le panthéisme et une désacralisation qui transpiraient dans le document préparatoire – l’instrumentum laboris– du synode. Cependant, et pour revenir à la question de l’inculturation, je ne vois pas comment enlever au christianisme sa part grecque. L’Évangile est un texte rédigé en grec dans une culture judaïque, avec une vocation universaliste. Le lien de la Foi et de la raison grecque, admirablement transposé dans l’encyclique de Jean Paul II et dans les textes majeurs du pontificat de Benoît XVI est indissociable du christianisme. L’apport romain juridique sera plus tardif mais, à la base, il y a bien une culture gréco-judaïque. Celle-ci est associée elle-même à la pensée européenne occidentale et orientale qu’il ne me semble pas possible d’écarter, au risque précisément de dénaturer l’Évangile et de lui faire dire des choses qu’il ne dit pas.

    Les « charismes » des laïcs, en particulier des femmes, pourraient être reconnus comme un « travail ministériel », ont espéré des participants au Synode pour l’Amazonie. Qu’est-ce que cela signifie ?


    Cheville ouvrière du Synode, l’évêque autrichien émigré au Brésil Mgr Erwin Kraütler n’a jamais caché sa volonté de voir un jour des femmes accéder au sacerdoce. Il ne parle même pas de Viri probati (mot masculin) mais de personae probatae parce que l’expression ne spécifie pas le sexe de la personne. Cependant, comme pour le synode sur la famille avec la publication mi-août 2015 du motu proprio Mitis Iudex Dominus Iesus sur les nullités de mariage, le Pape a tenté d’anticiper la demande en publiant le motu proprio Aperuit illis, juste avant le Synode sur l’Amazonie. Par ce texte, il crée un dimanche de la Parole de Dieu et évoque un ministère spécifique de proclamation de la parole ouvert aux femmes. Même si certains veulent aller plus loin, je ne pense pas que le pape travaillera dans ce sens. Faut-il le rappeler, dans l’Église antique, comme l’a montré notamment l’historienne Marie-Françoise Baslez, le ministère des femmes n’existait pas. Il est au mieux très localisé en Orient et encore, sur des communautés marginales et même hétérodoxes.

     Lire aussi : Pourquoi n’y a-t-il pas de femmes prêtres dans l’Église catholique ?

    Quant à l’ordination de laïcs mariés et à la création d’un ministère spécifique – qui ne serait qu’un ministère de sanctification alors que le prêtre a trois devoirs : celui de gouverner, d’enseigner et de sanctifier –, des voix se sont élevées pour mettre en garde contre les conséquences d’une telle décision : le père François Glory des Missions étrangères de Paris a expliqué par exemple que l’ordination d’hommes mariés pouvait « renforcer le cléricalisme » et créer l’effet inverse recherché, à savoir la cléricalisation des laïcs. Mgr Gerardo Anton, vicaire apostolique de San Ramon au Pérou, a dit quant à lui que ce n’était pas là le plus urgent. Quant au cardinal Sarah, il a rejeté l’idée « théologiquement absurde » de la création d’une « double classe de prêtres ». Or, comme on le sait, cette question a dominé les débats du synode. Dans les faits, une frange minoritaire portée par les évêques allemands, souhaite imposer un rythme idéologique qui n’est absolument pas représentatif de l’Église. Alors que le Pape lui-même disait à la veille du synode que cela ne devait pas être le point central du synode.

    Les décisions prises à l’issue du synode pour l’Amazonie ont-elles vocation, à moyen terme, à s’appliquer pour tous les pays ?


    Si l’on en croit Mgr Overbeck, évêque d’Essen, « le synode pour l’Amazonie sera un tournant pour l’Église. » Certains, oui, le souhaitent. Plusieurs évêques allemands veulent résolument tourner la page des pontificats de Jean Paul II et Benoît XVI en imposant, sans concertation et comme l’a montré leur volonté de créer leur propre structure synodale, les mêmes réformes que les protestants. Incapables de répondre à la crise que vit l’Église nationale allemande, ils veulent changer les structures, réformer l’ecclésiologie et même la théologie. Et ils font mine de ne pas savoir que la crise du protestantisme perdure en dépit de ces réformes… Si vous me permettez l’expression, on nous rejoue le « concile des médias » ou encore « l’esprit du concile » ; on évoque « la tradition revivifiée de Vatican II » avec une course à l’innovation sous le prétexte qu’il est « urgent de trouver de nouveaux chemins » comme l’a dit un responsable de la DBK, la conférence des évêques allemands. Mais on ne voit pas pourquoi l’Église allemande donnerait des leçons à l’Église occidentale dans son ensemble. En la visitant, Benoît XVI a dit aux évêques allemands que ce ne sont pas de réformes structurelles dont l’Église a besoin, mais de saints. Ce que le pape François a répété partiellement en disant qu’il ne fallait pas que « les réformes soient déconnectées de la spiritualité sans visée évangélisatrice. »

    Qu’est-ce que ce synode pourrait changer à la notion d’Église universelle ?
    Votre question engage l’avenir et pose en filigrane celle du pouvoir des conférences épiscopales qui, je le rappelle, à la différence de l’épiscopat, n’a pas de fondement évangélique. Cela revient à se demander si, demain, ces dernières vont pouvoir légiférer elles-mêmes, quitte à prendre des libertés vis-à-vis du dogme, du droit canon et de la tradition comme le fait l’Église allemande sur les divorcés remariés. Dernièrement, le cardinal Ouellet a retoqué les évêques allemands sur la question d’un synode national en soulignant que leur positionnement portait précisément atteinte à l’universalité de l’Église.

    Dans l’Histoire, là encore, le rôle des églises nationales est loin d’être inexistant. Que l’on songe au gallicanisme en France, à l’anglicanisme en Angleterre ou au joséphisme en Autriche. Les églises nationales ont aussi un rôle essentiel par exemple dans l’orthodoxie. Il y a naturellement un risque dans ces aspirations. Et ce risque à un nom : celui du schisme et/ou de la division. Ce que, là encore, le pape François a critiqué : « Chaque fois que la communauté ecclésiale a essayé de résoudre ses problèmes seule, faisant confiance à ses forces ou à ses méthodes, à son intelligence, à sa volonté ou à son prestige, elle finissait par accroître les maux qu’elle tentait de résoudre. » D’autant que l’Église possède un principe, celui de subsidiarité, qui a pour vocation de donner un pouvoir à l’Église locale. Tant il est vrai que Rome ne peut tout gérer seule.

     Lire aussi : Qu’est-ce que l’infaillibilité pontificale ? »

    Ref. Le synode sur l’Amazonie, un sujet local à portée universelle ?

    Vers une confusion grandissante dans l’indifférence générale? Un pronostic qui reste à confirmer après avoir pris connaissance du texte conclusif des travaux de cette assemblée (consultative) "ad hoc" qui suivra sans aucun doute, à la majorité requise des deux tiers, les volontés de son maître.

    JPSC

  • Le déclin du christianisme aux USA

    IMPRIMER

    Du Salon Beige (Michel Janva) :

    Déclin du christianisme aux États-Unis

    Déclin du christianisme aux États-Unis

    Selon une nouvelle étude du centre de recherche américain PEW, commentée par Gregory Roose :

    • 65% des adultes américains se déclarent chrétiens, une baisse de 12 points au cours de la dernière décennie.
    • la proportion de la population qui se définit comme athée, agnostique ou «non-croyante», s’élève à 26%, en hausse de 17%.
    • 43% des adultes américains s’identifient au protestantisme, en baisse de 51% par rapport à 2009
    • environ un adulte sur cinq se dit catholique, en baisse de 23% par rapport à 2009.
    • les non-croyants croissent plus vite chez les démocrates que chez les républicains.
    • il y a maintenant environ 167 millions d’adultes chrétiens aux États-Unis, avec une limite inférieure de 164 millions et une limite supérieure de 169 millions, compte tenu de la marge d’erreur de l’enquête.
    • Information surprenante, les catholiques ne constituent plus la majorité de la population hispanique américaine. 47% des Hispaniques se disent catholiques, contre 57% il y a dix ans.
  • Asie : une triple menace pour les chrétiens

    IMPRIMER

    Du site de l'Aide à l'Eglise en Détresse :

    Asie: Triple menace pour les chrétiens

    Publié le 24 octobre 2019

    Dans un Rapport consacré à l’oppression des chrétiens que l’AED va sortir en novembre en français, l’association pointe du doigt la situation de plus en plus préoccupante que vivent les chrétiens d’Asie, et plus particulièrement ceux d’Asie du sud et de l’est.

    C’est aujourd’hui en Asie du sud et de l’est que la situation des chrétiens s’est le plus détériorée sur les deux précédentes années, analyse le prochain Rapport de l’AED sur les chrétiens en détresse « Persécutés et Oubliés ? ». Les derniers attentats de 2019 au Sri Lanka et aux Philippines démontrent qu’ils sont désormais confrontés à une triade de menaces: l’extrémisme musulman, le nationalisme agressif et les régimes autoritaires.

    Chrétiens asphyxiés

    Au cours de ces deux dernières années, les attaques les plus graves commises contre des chrétiens ont été perpétrées par des milices islamistes. L’attentat du 27 janvier 2019 aux Philippines a fait 20 morts et plus de 100 blessés et celui du dimanche de Pâques, le 21 avril 2019, au Sri Lanka a tué 258 personnes et blessés plus de 500 autres. Dans ces deux cas, les attaques ont été revendiquées par l’État islamique. D’autres groupes comme les Talibans, sont aussi à l’origine d’attentats au Pakistan (attentat contre l’église à Quetta en décembre 2017, 9 morts et 50 blessés).

    Outre la violence islamiste, l’ultranationalisme menace le christianisme. En Inde, il s’agit de l’ « hindutva », qui prône un ultranationalisme hindou. Plus de 100 attaques contre les chrétiens ont été signalées entre 2017 et fin mars 2019. Selon Mgr Paulsamy, évêque de Dindigul, le BJP (Bharatija Janata Party), parti au pouvoir, « soutient les fondamentalistes » et s’oppose à la liberté religieuse.

    En Chine, la situation des droits de l’homme s’est également détériorée pour les chrétiens et les autres minorités ces deux dernières années, le pays ayant la volonté de « siniser » les croyances religieuses. Concrètement, cela se traduit par une forte répression des expressions religieuses non autorisées par l’État (destruction d’églises, interdiction de la vente en ligne de bibles etc.)

    En Corée du Nord, le régime autoritaire rend la situation toujours aussi dramatique pour les chrétiens – et tout autre croyants-, les nord-coréens devant manifester une dévotion totale à la dynastie Kim au pouvoir et au régime.

    Forte présente de l’AED

    L’AED reste extrêmement présente dans ces pays d’Asie du sud et de l’est pour subvenir aux besoins des chrétiens sur place. Rien qu’au Sri Lanka, la fondation a envoyé depuis 2003 plus 8 millions d’euros. Au Pakistan, l’association soutenu 60 projets en 2018 (construction d’églises, soutien aux religieux, formation des prêtres etc.). Quant à l’Inde, il demeure le premier pays bénéficiaire des aides de l’AED.

  • Toujours moins de religieux, de prêtres et de vocations...

    IMPRIMER

    D'I.Media via aleteia.org :

    Après trois années de baisse, le nombre de catholiques croît en Europe

    I.Media | 21 octobre 2019

    Le nombre de fidèles catholiques a augmenté dans le monde, y compris en Europe, après trois années consécutives de diminution, a indiqué un rapport de l'agence Fides le 19 octobre 2019.

    A l’occasion de la 93e Journée missionnaire mondiale, l’agence Fides a publié un rapport sur les statistiques de fidèles catholiques à travers le monde. Ainsi, au 31 décembre 2017, sur plus de 7.4 milliards de personnes dans le monde, quelque 1.3 millards étaient catholiques, c’est-à-dire un peu moins d’un habitant sur cinq. On compte ainsi 14.219.000 baptisés supplémentaires, soit une augmentation de 11% par rapport à l’année précédente. Une croissance ”presque identique” à celle observée l’année précédente, peut-on lire dans le communiqué. Cette augmentation s’inscrit dans le cadre d’une croissance globale de la population mondiale de 7%.

    Sans surprise, les continents africain et américain totalisent les augmentations les plus significatives de fidèles avec respectivement 5.600.000 fidèles et 6.083.000 fidèles supplémentaires. Suivent l’Asie et l’Océanie. Après trois années consécutives de baisse, l’Europe affiche une croissance avec 259.000 fidèles supplémentaires. Un chiffre à mettre toutefois en perspective avec une augmentation globale de sa population (+1.059.000 par rapport à l’année précédente).

    Une diminution du nombre de prêtres et de séminaristes

    Une fois de plus, le nombre de prêtres – diocésains ou religieux – a cependant diminué dans le monde avec 414.582 pasteurs, soit 387 de moins qu’au 31 décembre 2016. C’est en Europe que cette baisse est la plus considérable avec près de 3.000 prêtres en moins. L’Océanie affiche quant à elle une perte de 97 prêtres. En revanche, le nombre de pasteurs a augmenté en Afrique (+ 1.200), en Amérique et enfin en Asie.

    Le rapport fait encore état d’une diminution générale du nombre de séminaristes dans le monde, qu’il soient diocésains et religieux. Avec un total de 115.328, on compte 832 séminaristes de moins dans le monde. On relève également une baisse du nombre de ”petits séminaristes” (835 unités de moins sur un total de 100.781 au total).

    Les diacres et les missionnaires en croissance

    Le document fait état en revanche d’une augmentation du nombre de diacres permanents dans le monde : ceux-ci s’élèvent à 46.894. Avec 408 diacres supplémentaires, c’est le continent américain qui a vu son nombre de diacres le plus augmenter. Suivent l’Europe (+142), l’Asie (+28), et l’Océanie (+11). Enfin, l’Afrique est marquée par une très légère diminution (-7). A noter encore : sur la totalité des diacres dans le monde, on compte seulement 702 diacres religieux connaissant une certaine stabilité.

    Ont également augmenté le nombre de missionnaires laïcs dans le monde (355.800), note le rapport : ils sont ainsi 1.057 à s’être engagés dans cette tâche par rapport à l’année précédente. C’est en Europe que cette tendance demeure la plus forte (+836). Notons en revanche une diminution de leur nombre en Afrique (-947).

    Pour la cinquième année consécutive, l’agence Fides relève encore une baisse du nombre de religieux non prêtres (- 1090), celui-ci s’élevant à 51.535. A l’exception de l’Afrique (+48), on enregistre ainsi des diminutions partout dans le monde. Cette baisse reste particulièrement importante en Europe (-525). Se confirme également une diminution du nombre de religieuses. Au nombre de 648.910, elles sont ainsi 10.535 de moins par rapport à l’année précédente. Sans surprise, on note néanmoins des augmentations en Asie et en Afrique.

  • Eugenio Pacelli avant Pie XII

    IMPRIMER

    De KTO :

    Depuis la pièce de théâtre Le Vicaire (1963) de l’Allemand Rolf Hochhuth, Pie XII est la cible d’attaques régulières. Accusé au mieux de naïveté, au pire d’antisémitisme, on lui reproche de ne pas avoir condamné publiquement la Solution finale. Il aurait été ainsi un « pion » au service d’Hitler. Invité de l’émission « Au risque de l’histoire », Marie Levant et Frédéric Le Moal proposent de saisir cette personnalité complexe avant son élection sur le trône pontifical, en 1939. Qui était Eugenio Pacelli ? Comment vécut-il la Grande Guerre de 1914-1918 auprès du pape Benoît XV ? Quel a été son rôle diplomatique à Munich entre les deux Guerres mondiales ? Comment enfin était-il considéré par les chancelleries à la veille de son élection ? Eloignée d’une vision binaire, cette émission vise à comprendre comment Eugenio Pacelli s’est battu contre les totalitarismes dès avant 1939. Deuxième opus de 7 rendez-vous de 52 minutes. Une émission KTO animée par Christophe Dickès, en partenariat avec StoriaVoce.

  • Synode Amazonien : un laboratoire pour dénaturer le catholicisme ?

    IMPRIMER

    Du National Catholic Register :

    Synode Amazonien : n'imposez pas d'anciens agenda au Nouveau Monde

    ÉDITORIAL: Cette tentative qui consiste à imposer à l'Amazonie des concepts d'Eglise controversés et discrédités du fait des Européens et des Nord-Américains n'est rien de moins qu'un colonialisme théologique.

    Dans une interview accordée le 7 octobre au Corriere della Sera, journal italien, le cardinal Robert Sarah a déploré les efforts de certains membres de l'Église pour utiliser le synode des évêques de la région panamazonienne comme un laboratoire pour modifier profondément le catholicisme.

    Le cardinal africain faisait référence à certains des thèmes centraux de la discussion synodale, tels que l’ordination des hommes mariés, les ministères «ordonnés» pour les femmes et une interprétation radicale de l’inculturation et du syncrétisme. «Ces points touchent la structure de l'Église universelle», a déclaré le cardinal Sarah.

    "En profiter pour mettre en avant des schémas idéologiques serait une manipulation indigne, une tromperie malhonnête, une insulte à Dieu, qui guide son Église et lui confie son plan de salut."

    Cette tentative d'imposition de concepts d'Eglise controversés et discrédités sur l'Amazonie par les Européens et les Nord-Américains peut être caractérisée d'une autre manière : comme un colonialisme théologique.

    Des efforts à peine voilés sont en cours pour inscrire leurs programmes idéologiques dans une région appauvrie du monde, prétendument par nécessité, puis, comme l'a souligné le cardinal Sarah, pour les exporter à travers l'Église universelle.

    La crainte que des idéologies théologiquement hétérodoxes puissent être élaborées dans le synode, qui se clôturera le 27 octobre, a été prédominante depuis la publication du document de travail (instrumentum laboris) en juin par les organisateurs du synode. Le document comprenait une liste exhaustive de propositions, dont certaines font depuis longtemps partie de l'agenda pour modifier l'enseignement fondamental de l'Église. Plusieurs cardinaux, dont le cardinal Gerhard Müller, ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ont alors sonné l'alarme que le document de travail offrait un «faux enseignement».

    Le secrétaire général du synode, le cardinal Lorenzo Baldiserri, a écarté les inquiétudes suscitées par l’instrumentum laboris, en rappelant à la presse réunie le 3 octobre, avant le début du synode, que le document n’avait aucun poids magistral.

    Cela a été suivi à l’ouverture même du rassemblement international par la déclaration du pape François du 7 octobre selon laquelle l’instrumentum devait être considéré comme «un texte martyr» qui devait être détruit pour que le synode puisse accomplir son travail.

    Tout cela aurait été plus rassurant si le Saint-Père n'avait pas été suivi quelques minutes plus tard par le responsable qu'il avait désigné pour diriger les débats, le cardinal brésilien Claudio Hummes, âgé de 85 ans. L'ancien fonctionnaire du Vatican a prononcé un discours liminaire dans lequel il a fermement mis en avant les viri probati (ordination au sacerdoce de «hommes d'une vertu éprouvée») comme sujet à débattre.

    Il a été suivi, lors de conférences de presse synodales tout au long de la semaine d'ouverture, par plusieurs évêques qui ont plaidé en faveur de l'ordination des diacres mariés.

    L’évêque émérite Erwin Kräutler, ancien évêque de Xingu (Brésil), emblématique de cet effort persistant en faveur du colonialisme théologique et de la conformité à l’opinion publique, est censé être l’auteur principal de l’instrumentum laboris et milite depuis longtemps pour mettre fin au célibat ecclésiastique. Lors d’une conférence de presse au Bureau de presse du Saint-Siège, Mgr Kräutler a déclaré: «Il n’ya pas d’autre option» que d’ordonner des hommes mariés en Amazonie, en déclarant que «les peuples autochtones ne comprennent pas le célibat». Il a ensuite défendu l'idée de femmes diacres en déclarant: «Nous avons besoin de solutions concrètes. Je pense donc au diaconat féminin.» Il a ensuite confié au Register qu'il aimerait voir les femmes finalement ordonnées prêtres et que le synode «peut être une étape» pour atteindre cet objectif.

    Tout cela a été discuté en dépit du fait que le pape François a déclaré catégoriquement à plusieurs reprises que l'ordination des femmes est une porte fermée.

    Néanmoins, les projets sur lesquels le cardinal Sarah et d'autres ont mis en garde existent depuis un certain temps. Des groupes catholiques, dont certains opèrent sous l'égide des évêques allemands, financent des projets de justice sociale et d'aide en Amazonie depuis de nombreuses années.

    Par exemple, le groupe le plus important dans l'organisation et la gestion du synode, le Réseau ecclésial panamazonien (REPAM), décrit son objectif premier en tant que défenseur des droits et de la dignité des peuples autochtones d'Amazonie. Il est étroitement soutenu par les conférences épiscopales de la région, présidée par le cardinal Hummes. Mais il collabore également étroitement avec Adveniat, l'organisation de secours des évêques allemands en Amérique latine, qui a fourni en 2016 seulement 3,2 millions d'euros pour financer divers projets en Amazonie.

    Misereor, une deuxième organisation d'aide allemande gérée par les évêques allemands, a consacré plus de 52 millions d'euros au financement de 337 projets en Amérique latine et dans les Caraïbes. Adveniat et Misereor ont tous deux organisé des événements mettant en valeur la spiritualité amazonienne tout au long du synode, ainsi que le CIDSE, un réseau d'organisations de justice sociale catholiques européennes et nord-américaines ayant leur siège à Bruxelles.

    Ce lien financier étroit est alarmant, car au moment précis où le processus synodal panamazonien est en cours, l'Église allemande avance malgré l'opposition publique des hauts responsables du Vatican, avec son propre «chemin synodal» qui entend de même discuter d'éventuels changements. dans les domaines du célibat ecclésiastique, des ministères ordonnés pour les femmes et des enseignements de l'Église concernant la moralité sexuelle. Ce timing simultané n'est sûrement pas une simple coïncidence.

    En outre, comme le signalait le Register le 17 octobre, la Fondation Ford - qui compte depuis longtemps des groupes de financement qui promeuvent l'avortement, l'idéologie du genre et le plaidoyer «LGBT» - a octroyé des millions de dollars au Conseil missionnaire des évêques brésiliens pour les Peuples autochtones (CIMI) et à deux autres organisations qui, comme le CIMI, sont membres du REPAM et participent donc activement au processus synodal panamazonien.

    Il y a d'autres voix dans la salle Paul VI du synode qui demandent un renouveau complet du zèle pour l'évangélisation et des solutions créatives pour favoriser les vocations qui n'exigent pas en même temps l'abandon de l'ancienne tradition de l'Église, notamment la discipline du célibat ou l'enseignement de l'Église sur l'ordination des femmes. Ils sont rejoints par certains des plus éminents dirigeants de l'Église, tels que le cardinal Sarah, le cardinal Peter Turkson, préfet du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral, et le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques qui a écrit un nouveau livre plaidant en faveur du célibat ecclésiastique.

    La cardinal Sarah comprend bien les dangers du colonialisme théologique. Dans son entretien avec le Corriere della Sera, il a averti que s’il s’agissait réellement d’utiliser le synode pour transformer l’Église amazonienne en un laboratoire, «ce serait malhonnête et trompeur». Il a également expliqué comment tous les catholiques devraient réagir. à toute déformation de l'Évangile, en particulier dans les parties du monde qui ont le plus besoin d'évangélisation.

    En ce qui concerne l’Amazonie, il est «choqué et indigné que la détresse spirituelle des pauvres en Amazonie soit utilisée comme une excuse pour soutenir des projets typiques d'un christianisme bourgeois et mondain. C'est abominable.

  • Infanticide et euthanasie sont des composantes du "bien vivre" amazonien...

    IMPRIMER

    De Sandro Magister en traduction française sur le site Diakonos.be :

    De l’infanticide à l’euthanasie. Le « buen vivir » en Amazonie passe aussi par là

    Marcia María de Oliveira, une Brésilienne, figure parmi les 25 collaborateurs des deux secrétaires spéciaux du synode sur l’Amazonie : le jésuite Michael Czerny, créé cardinal par le Pape François le 5 octobre dernier, et le dominicain David Martínez de Aguirre Guinea, évêque de Puerto Maldonado au Pérou.

    Mme de Oliveira est une spécialiste des sociétés et des cultures amazoniennes et elle a été appelée à collaborer en tant qu’expert, en compagnie entre autres de l’Argentin Carlos María Galli, théoricien de la « théologie du peuple et de l’allemand Paulo Suess, professeur de théologie « inculturée » et coauteur du document de base du synode, le controversé « Instrumentum laboris ».

    C’est à ce titre que Mme de Oliveria a participé à la conférence de presse synodale du mardi 15 octobre. Au cours de celle-ci, en répondant à une question, elle est revenue sur les infanticides pratiqués dans certains tribus amazoniennes, en précisant qu’il s’agissait de questions « très complexes » qui devaient être analysés « sous diverses perspectives », particulièrement en ce qui concerne leur rapport avec le sacré.

    Voici ci-dessous la transcription textuelle de la réponse qu’elle a faite à ce propos, prononcée en langue portugaise avec des traductions simultanées dans d’autres langues.

    Cette transcription est issue de l’enregistrement vidéo de la conférence de presse, de la minute 47’18’’ à la minute 48’17’’.

    « Moi personnellement, je n’ai suivi aucune communauté qui adoptait cette pratique comme une question rituelle ou politique. Il y a certaines communautés qui mettent en place certaines procédures ou certaines initiatives collectives de contrôle des naissances. Tout cela est en lien avec la dimension de la famille et de la taille des groupes. Tout se base sur la conservation, la survie, l’alimentation, le nombre de personnes qui composent le groupe… C’est également très lié aux relations internes, jusqu’à quel point cet enfant, ce vieillard, cette personne adulte est en mesure de suivre le groupe dans ce que sont ses propres mouvements internes. »

    *

    Jusque-là, les déclarations de Marcia María de Oliveira, experte en culture amazonienne, correspondent assez mal avec les éloges appuyés et enthousiastes – avant et pendant le synode – de ce « buen vivir » de ces tribus, qui est décrit dans l’« Instrumentum laboris » comme « harmonie avec soi-même, avec la nature, avec les êtres humains et avec l’être suprême, car il existe une interrelation entre tous les éléments du cosmos, où personne n’exclut personne et dans lequel il est possible de forger entre tous un projet de vie en plénitude »

    Mais ce n’est pas tout. Dans la réponse de Mme de Oliveira, il y a un allusion à l’élimination sélective non seulement des enfants mais également des vieillards, c’est-à-dire à l’objet de la question qui lui avait été posée en conférence de presse par le journaliste suisse Giuseppe Rusconi.

    Quelques jours auparavant, en effet, au cours d’une autre conférence de presse synodale, samedi 12 octobre, Mgr Félix Adriano Ciocca Vasino, l’évêque de São Félix do Araguaia – et successeur de l’ultra-indigéniste Pedro Casaldaliga aujourd’hui âgé de 91 ans – avait déclaré : « Mes indios me disent que les blancs sont cruels parce qu’ils laissent vivre les vieux qui ne sont plus autosuffisants. Et qu’ainsi ils contraignent l’esprit des vieux à rester enchaîné à leur corps. Et leur esprit, ainsi enchaîné, ne peut pas répandre ses bienfaits sur le reste de la famille ».

    Tout cela prononcé avec un détachement imperturbable et sans le moindre jugement de valeur. En poussant jusqu’à l’extrême ce conseil donné par François dans son discours d’ouverture du synode : « Rapprochons-nous des peuples amazoniens sur la pointe des pieds, en respectant leur culture et leur style de ‘buen vivir ‘ ».

    Un article de Sandro Magister, vaticaniste à L’Espresso.