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Théologie - Page 3

  • Le diable : qui est Satan ? Comment agit-il ? Les explications d'un prêtre spécialisé en démonologie

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    De la chaîne youtube de Famille Chrétienne :

    Quel est l’objectif du Diable ? Comment agit-il dans nos vies ? Pourquoi nous veut-il tant de mal ? Quelle est l’étendue de ses pouvoirs ? Satan agit secrètement dans nos vies. Il est donc nécessaire de connaitre cet ennemi spirituel et d’apprendre à lui résister !

    Le père Jean-Baptiste Edard est théologien. Spécialiste de démonologie, il a récemment écrit Le Diable dans ses œuvres. Ce prêtre a précisément étudié l’action invisible du mal et les façons de s’en libérer. Il vient nous livrer ses incroyables conclusions.

  • Comment comprendre l'Avent ?

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    De Carl E. Olson sur le CWR :

    Accepter la difficulté de l'Avent

    L'Avent concerne en fin de compte la venue du Fils dans la gloire, lorsqu'il « jugera les vivants et les morts ».

    28 novembre 2025

    « On pourrait dire de l'Avent qu'il n'est pas fait pour les âmes sensibles. Pour saisir la profondeur de la condition humaine, il faut être prêt à entrer dans le pire. » — Fleming Rutledge 1

    « C'est certainement le verset le plus embarrassant de la Bible », a écrit C. S. Lewis. Cette phrase accrocheuse se trouve dans l'essai intitulé « The World's Last Night » (La dernière nuit du monde), publié pour la première fois en 1952. À quel verset le célèbre auteur et apologiste faisait-il référence ? À celui-ci :

    En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas avant que tout cela n'arrive. (Mt 24, 34)

    Lewis était apparemment déconcerté par une grande partie de ce qui précède ce verset dans Matthieu 24 — un passage qui, avec le chapitre 25, est connu sous le nom de Discours sur le mont des Oliviers et parfois appelé la « Petite Apocalypse » (cf. Marc 13 et Luc 21), par opposition à la Grande Apocalypse, ou le Livre de l'Apocalypse. Ces deux chapitres du premier évangile sont, pour dire le moins, difficiles à interpréter, car ils mêlent jugement cosmique, bouleversements historiques spécifiques (en particulier la destruction du temple de Jérusalem en 70 après J.-C.) et déclarations sur l'approche de la tribulation, la fin des temps et la venue du Fils de l'homme.

    Embrassez la Parole

    Il est regrettable que Lewis ait trouvé certains de ces chapitres « embarrassants », d'autant plus que, d'après mon expérience, le caractère apparemment obscur de certains passages des Écritures est une occasion de grandir à la fois dans la foi et dans l'humilité. Lorsque le Christ déclare, immédiatement après le « verset embarrassant », que « le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point », il ne se livre pas à une envolée lyrique, mais proclame prophétiquement, en tant que Fils de Dieu et Verbe incarné.

    Plutôt que de reculer, nous devrions méditer ces paroles. Plutôt que d'hésiter, nous devrions embrasser la Parole.

    Monseigneur Ronald Knox (1888-1957), né une décennie avant Lewis et qui avait été (comme Lewis) anglo-catholique – fils d'un évêque anglican ! – avant d'entrer dans l'Église catholique dans sa jeunesse, a certainement médité les Écritures, étant le dernier homme à avoir traduit seul l'intégralité de la Bible. À propos de Matthieu 24, 34, il a simplement écrit, dans son Commentaire sur les Évangiles : « « Toutes ces choses » doivent donc être comprises comme signifiant la chute de Jérusalem, mais pas du tout la seconde venue... » 2 Et il est sans doute important que nous considérions le contexte historique des remarques du Christ, qui ont été faites une génération avant les événements choquants et dévastateurs de 70 après J.-C.

    Le point essentiel est que les textes apocalyptiques ont pour but de révéler des vérités profondes et éternelles de manière surprenante et stimulante. Le mot grec apokalypsis signifie « dévoilement » ou « révélation ». Le dernier livre de la Bible, par exemple, a pour but de dévoiler, ou de révéler pleinement, Jésus-Christ ressuscité et triomphant, « le premier-né d'entre les morts et le souverain des rois de la terre » (Apoc 1, 5) . Les écrits apocalyptiques étaient populaires parmi les Juifs au cours des deux siècles qui ont précédé la naissance de Jésus, et la littérature chrétienne des deux ou trois siècles qui ont suivi la mort et la résurrection du Christ a parfois imité ces œuvres juives dans leur utilisation de visions, d'anges, de voyages au ciel et de prophéties sur l'avenir.

    Quel est le rapport avec l'Avent ?

    Le dernier verset de la lecture de l'Évangile du premier dimanche de l'Avent nous indique la voie : « C'est pourquoi, vous aussi, vous devez être prêts, car le Fils de l'homme viendra à l'heure où vous ne l'attendez pas » (Mt 24, 44).

    Le Christ ne dit pas : « Pensez à être prêts » ou « Réfléchissez à des moyens qui pourraient vous aider à être prêts », mais simplement : « Vous aussi, vous devez être prêts... ». Il est venu. Il reviendra. Et il vient maintenant.

    Cette ancienne trinité des venues divines a été magnifiquement exprimée il y a près d'un millénaire par le brillant moine cistercien saint Bernard de Clairvaux (1090-1153) :

    Lors de sa première venue, il a été vu sur terre, vivant parmi les hommes ; il témoigne lui-même qu'ils l'ont vu et qu'ils l'ont haï. Lors de sa venue finale, toute chair verra le salut de notre Dieu, et ils regarderont celui qu'ils ont transpercé. La venue intermédiaire est cachée ; seuls les élus voient le Seigneur en eux-mêmes, et ils sont sauvés. Lors de sa première venue, notre Seigneur est venu dans notre chair et dans notre faiblesse ; lors de cette venue intermédiaire, il vient en esprit et en puissance ; lors de la venue finale, il sera vu dans sa gloire et sa majesté. 3

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  • Fernández : Le terme « Co-Rédemptrice » est tabou dans les documents officiels du Vatican, mais autorisé dans la dévotion privée

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    De kath.net/news :

    Fernández : Le terme « Co-Rédemptrice » est tabou dans les documents officiels du Vatican, mais autorisé dans la dévotion privée.

    28 novembre 2025

    Dans un dialogue avec la journaliste Diane Montagna, le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi explique que la note doctrinale « Mater populi fidelis » rejette le titre marial de « Co-Rédemptrice » uniquement pour un usage ecclésiastique officiel.

    Vatican (kath.net/pl) « Trois semaines après que l’encyclique « Mater Populi Fidelis » a suscité la polémique en déclarant que le titre marial de « Co-Rédemptrice » est « toujours inapproprié », le préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi a précisé que cette formulation ne constitue pas un rejet général du titre en lui-même. Le cardinal a expliqué que le mot « toujours » se réfère désormais uniquement à l’usage officiel de l’Église et non plus à tous les contextes dans lesquels le titre pourrait être employé. » C’est ce qu’écrit Diane Montagna sur son blog. Elle y retranscrit l’intégralité de son dialogue avec le cardinal Victor Manuel Fernández, qui a eu lieu lors d’une conférence de presse au Vatican. Cette Américaine est théologienne, journaliste catholique reconnue et spécialiste du Vatican.

    Fernandez a précisé que « Mater Populi Fidelis » « n’a pas pour but d’évaluer les déclarations antérieures des saints, des docteurs de l’Église et des papes, mais ne sera désormais employé ni dans la liturgie, c’est-à-dire dans les textes liturgiques, ni dans les documents officiels du Saint-Siège », poursuit Montagna. « Le cardinal Fernández a également souligné que la nouvelle restriction du titre de “Co-Rédemptrice” s’applique exclusivement à la langue officielle de l’Église. Il n’est pas demandé aux fidèles qui comprennent le sens traditionnel et subordonné de ce terme de l’abandonner dans leur dévotion privée ou dans les discussions éclairées. Cette décision établit une norme pour les textes magistériels et liturgiques, et non pour la piété personnelle. »

  • Le Pape en Turquie : un Credo sans Filioque pour préserver l’unité

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    D'Hortense Leger sur aleteia.org :

    Léon XIV en Turquie : un Credo sans Filioque pour préserver l’unité

     
    27/11/25

    Léon XIV doit se rendre ce 28 novembre sur les rives d’Iznik (Turquie) pour commémorer, avec une vingtaine de responsables chrétiens, les 1.700 ans du Concile de Nicée. Point d’orgue de cette cérémonie : la récitation du Credo dans sa version originelle, sans la mention “Filioque”. En renonçant à cet ajout théologique, le Pape et les responsables chrétiens présents souhaitent placer l’unité au-dessus des clivages historiques, le temps d’une profession de foi commune.

  • Un spécialiste en mariologie met en question la validité doctrinale de Mater Populi Fidelis

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    D'InfoVaticana :

    Le mariologue Salvatore M. Perrella remet en question la validité doctrinale de Mater Populi Fidelis.

    Le célèbre mariologue italien Salvatore M. Perrella, l'une des voix les plus influentes dans les études contemporaines sur la Vierge Marie, a proposé une lecture critique de la Note Mater Populi Fidelis , publiée par le Dicastère pour la Doctrine de la Foi. Dans un long entretien accordé à la RAI, la chaîne de télévision suisse, le théologien souligne que ce document interprète la mariologie selon un cadre « excessivement christologique » et est « trop dépendant » de la perspective du pape François, omettant ainsi des dimensions essentielles à la compréhension de la place de Marie dans l'économie du salut.

    Selon Perrella, la Note doctrinale « ouvre des débats nécessaires », mais révèle de graves déséquilibres internes. À son avis, le texte élimine pratiquement les dimensions ecclésiologiques, anthropologiques, trinitaires et symboliques de la mariologie, la traitant uniquement d’un point de vue fonctionnel au Christ. Cette lacune, affirme-t-il, appauvrit la compréhension de la tradition et empêche de proposer une vision globale de la foi.

    L'importance de la mémoire doctrinale : un vide qui affaiblit la Note

    Perrella souligne que l’explication magistérielle de la coopération de Marie à l’œuvre de rédemption devrait s’appuyer sur les développements doctrinaux survenus après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, par lequel théologiens et papes – de Léon XIII à Pie XII – ont reconnu en Marie un fruit de la miséricorde divine et un sujet de mission au sein du plan du salut. Il estime toutefois que le nouveau document ne reflète pas suffisamment cette évolution ni le contexte historique qui la sous-tend.

    Le titre « Co-Rédemptrice » : tradition, nuances et réductionnismes

    Un des points centraux de l'entretien est la critique de l'emploi du titre de « Co-Rédemptrice ». Perrella critique ce terme, tout en reconnaissant sa présence dans l'enseignement post-conciliaire, notamment sous saint Jean-Paul II, qui a utilisé à la fois ce titre et des expressions équivalentes. « En tant que théologien, je ne peux l'ignorer », affirme-t-il.

    Il condamne toutefois la manière dont Mater Populi Fidelis rejette ce titre en se fondant exclusivement sur des déclarations de François, sans tenir compte de la tradition théologique et magistérielle antérieure. Le mariologue rappelle que Lumen Gentium a opté pour une méthode intelligente : embrasser le vocabulaire précédent sans l’absolutiser ni le répudier. À son avis, la Note de la Doctrine de la Foi fait précisément l’inverse : elle stigmatise certaines expressions traditionnelles sans proposer d’alternatives doctrinalement plus solides.

    Préoccupation œcuménique disproportionnée et perte de la « sobriété » romaine

    Un autre aspect souligné par Perrella est la préoccupation œcuménique, qu'il juge légitime mais disproportionnée. Selon lui, la Note sacrifie la profondeur doctrinale pour éviter les tensions avec d'autres confessions chrétiennes, ce qu'il qualifie d'« erreur ». Il ajoute que le texte souffre d'une longueur excessive et d'un manque de sobrietas , caractéristique du magistère romain traditionnel.

    Un argument incohérent : des explications excessives ?

    Le théologien critique notamment le raisonnement du paragraphe 22, où le Dicastère soutient qu'un titre exigeant une trop grande explication catéchétique perd de son utilité. Perrella juge cette logique intenable, car, selon ce critère, des titres essentiels tels que « Mère de Dieu », « Immaculée » ou « Mère de l'Église », qui requièrent tous une élaboration théologique approfondie, devraient également être abandonnés. « C'est précisément le rôle de la théologie et de la catéchèse », affirme-t-il.

    La crise doctrinale actuelle : Marie comme clé pour retrouver la pleine foi

    Le mariologue avertit que le problème de fond n'est pas Marie, mais bien la crise doctrinale contemporaine elle-même. « Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui ne croient plus ni à la Trinité, ni à la divinité du Christ », souligne-t-il. Dans ce contexte, la figure de Marie « est seconde, mais non secondaire », comme l'a rappelé Benoît XVI, et une juste compréhension de son rôle contribuerait à restaurer la cohérence interne de la foi. Cependant, il reproche au document de proposer une vision « trop monophysite », incapable de soutenir cette entreprise.

    Manque de spécialistes pour la préparation du document

    Perrella déplore également le manque d'expertise dans la rédaction de la Note. Selon lui, un document de cette nature aurait dû faire appel à des spécialistes en mariologie, en dogmatique et en tradition magistérielle. Le résultat final, affirme-t-il, ne reflète pas la rigueur qui a historiquement caractérisé le Dicastère pour la Doctrine de la Foi.

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  • Mgr Mutsaerts interpelle le cardinal Fernández au sujet du débat sur Marie « co-rédemptrice »

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    Du Catholic Herald :

    20 novembre 2025

    Un évêque néerlandais interpelle le cardinal Fernández au sujet du débat sur la « co-rédemptrice ».

    L’évêque néerlandais Rob Mutsaerts a publié une critique acerbe du récent document de la DDF du cardinal Fernández sur le titre marial de Co-Rédemptrice, accusant le cardinal de semer la « confusion au sujet du titre marial de Co-Rédemptrice ».

    Dans un billet de blog, Mgr Mutsaerts, évêque auxiliaire du diocèse de Bois-le-Duc aux Pays-Bas, a écrit : « Il n’y a pas de vérité qui ne puisse être mal comprise. » Il a soutenu que le cardinal « a tort d’affirmer qu’il n’est plus conseillé d’utiliser le titre de “Co-Rédemptrice” pour Marie ».

    Selon l'évêque Mutsaerts, le problème ne réside pas dans le titre lui-même, mais dans la mauvaise interprétation qu'il suscite. « S'il craint que l'on confonde Marie et le Christ, le problème vient de lui, et non de Marie », a-t-il déclaré.

    Il a insisté sur le fait que la primauté du Christ demeure incontestable : « La position du Christ est si absolue qu'il est absurde d'imaginer que quiconque puisse lui faire de l'ombre. La coopération n'implique pas la rivalité. »

    Il affirmait que le rôle de Marie dans la rédemption s'inscrit dans le plan divin. « Le fait que Marie ait coopéré à notre rédemption n'est pas une invention humaine. Cela découle de la décision de Dieu d'agir par l'intermédiaire d'un être humain », écrivait-il. « Chaque étape de l'histoire du salut démontre que Dieu agit par l'intermédiaire de l'humanité, et non malgré elle. »

    Sa défense de ce terme s'appuie sur la longue tradition de son utilisation. « L'Église désigne Marie comme la Co-Rédemptrice – un terme employé avec soin et fréquemment par les saints et les papes – ce qui signifie qu'elle a participé d'une manière unique à l'œuvre du Christ », a-t-il déclaré.

    Il a évoqué l'usage papal, notant que Benoît XV avait décrit la souffrance de Marie sur la croix comme « presque égale » à celle du Christ — insistant sur la nuance : « presque, je le répète, pas réellement, et seul quelqu'un d'inattentif ne percevrait pas la différence ».

    Au vu de cela, il trouve « étrange que Fernández souhaite interdire un mot simplement parce qu’il pourrait être mal compris ».

    L'évêque Mutsaerts a insisté sur la nécessité de clarifier les choses plutôt que de les dissimuler. « On s'attendrait à ce qu'il commence par expliquer plutôt que par effacer », a-t-il écrit. Pour illustrer son propos, il a ajouté une analogie : « Si quelqu'un a du mal à comprendre une carte, apprenez-lui à la lire. Vous n'allez pas la déchirer en morceaux pour déclarer que la Terre est plate. »

    Il a poursuivi : « De même, si un terme théologique semble problématique, il peut être utile de préciser que “co” vient de “cum” – qui signifie “avec” – et n’implique pas l’égalité. » Il a ajouté : « Il n’y a jamais eu de réelle confusion à ce sujet. En réalité, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi met en doute le terme lui-même. »

    Il a ensuite demandé : « Si Dieu n'a pas eu peur de donner à une fille de Nazareth le titre de "Mère de Dieu", pourquoi aurions-nous peur de lui donner des titres moindres ? » Il a ajouté que le rôle marial renvoie à une vision catholique plus large.

    Le débat touche à un courant théologique ancien au sein de l'Église. Le titre de « Corédemptrice » apparaît dans le discours catholique depuis des siècles, comme en témoignent les écrits de saints tels que Bonaventure, qui parlait de Marie comme « œuvrant avec le Christ à la rédemption », et Bernardin de Sienne, qui louait sa « coopération ».

    Comme l'a fait remarquer Mgr Mutsaerts, des papes tels que Léon XIII, Pie X et Benoît XV ont explicitement utilisé ou approuvé l'idée de l'union unique de Marie avec le Christ dans l'œuvre du salut. 

    Le débat sur la Co-Rédemptrice a été un point de discorde pendant le Concile. De nombreux évêques et théologiens conservateurs ont fait pression pour que Marie soit proclamée Co-Rédemptrice, Médiatrice et Avocate comme cinquième dogme marial. Des pétitions en faveur d'une telle définition auraient recueilli les signatures des évêques présents, mais à l'issue d'un vote serré, le Concile a décidé d'intégrer l'enseignement marial dans la Constitution dogmatique sur l'Église (Lumen Gentium) plutôt que de publier un schéma séparé sur Marie.

    Lumen Gentium l'a finalement appelée Médiatrice, reconnaissant son intercession maternelle et sa coopération à l'œuvre salvifique du Christ, mais a évité le titre plus fort de Co-Rédemptrice, que de nombreux pères conciliaires craignaient de voir obscurcir le rôle rédempteur unique du Christ et compliquer le dialogue œcuménique. Cela a marqué une modération délibérée de l'enthousiasme préconciliaire pour la définition du titre comme dogme.

    Dans l'enseignement papal moderne, la question a été traitée avec prudence. Le pape Jean-Paul II a utilisé le terme « Co-Rédemptrice » à plusieurs reprises dans les années 1990, suscitant l'espoir parmi ses partisans, mais son successeur, alors cardinal Ratzinger, a averti que ce terme était « trop éloigné des Écritures » et risquait de semer la confusion parmi les fidèles. Le pape François a également déclaré que « le Christ est le seul Rédempteur » et a décrit Marie comme donnée à l'Église « en tant que mère, et non en tant que... corédemptrice ».

    Les préoccupations œcuméniques continuent de décourager toute définition officielle, car de nombreux théologiens craignent que la promotion d'un nouveau dogme marial ne nuise aux relations avec les communautés orthodoxes et protestantes.

  • Mechtilde de Hackeborn (19 novembre)

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    Klostertrachten1.jpgLe 29 septembre 2010, Benoît XVI a consacré sa catéchèse hebdomadaire à cette grande mystique, proche de Gertrude de Hefta, fêtée aujourd'hui :

    "Je voudrais vous parler aujourd’hui de sainte Mechtilde de Hackeborn, l’une des grandes figures du monastère de Helfta, ayant vécu au XIIIe siècle. Sa consœur, sainte Gertrude la Grande, dans le vie livre de l’œuvre Liber specialis gratiae (le livre de la grâce spéciale), dans lequel sont relatées les grâces spéciales que Dieu a données à sainte Mechtilde, affirme: «Ce que nous avons écrit est bien peu au regard de ce que nous avons omis. Nous publions ces choses uniquement pour la gloire de Dieu et au bénéfice de notre prochain, car il nous semblerait injuste de garder le silence sur les si nombreuses grâces que Mechtilde reçut de Dieu, moins pour elle-même, à notre avis, que pour nous et pour ceux qui viendront après nous» (Mechtilde de Hackeborn, Liber specialis gratiae, VI, 1).

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  • Co-Rédemptrice : les fidèles font pression en faveur du dogme

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    Co-Rédemptrice, les fidèles font pression en faveur du dogme

    Non seulement le titre marial auquel s'oppose désormais la DDF a été enseigné par des papes et des saints, mais le Saint-Siège a également reçu d'innombrables demandes concernant sa définition dogmatique. Étrange cas du titre Mediatrix gratiarum : même Léon XIV l'utilise, mais Fernández le conteste. La Bussola s'entretient avec le mariologue Mark Miravalle.

    8/11/2025

    Le fait qu'un titre nécessite une explication ne signifie pas qu'il faille le rejeter, surtout lorsqu'il a été utilisé par divers papes, saints et docteurs de l'Église, et lorsqu'un sensus fidelium a déjà été exprimé dans de nombreuses pétitions adressées au Saint-Siège. C'est ce que souligne le théologien Mark Miravalle, titulaire de la chaire Saint Jean-Paul II de mariologie à l'Université franciscaine de Steubenville (Ohio), où il enseigne depuis 1986. Conférencier, auteur et éditeur de plus de vingt ouvrages sur la mariologie et la théologie spirituelle, Miravalle est président de Vox Populi Mariae Mediatrici, un mouvement qui milite pour la reconnaissance dogmatique de Marie comme Mère spirituelle de l'humanité par la définition conjointe des titres de Corédemptrice, Médiatrice et Avocate.

    La Nuova Bussola a interviewé Miravalle au sujet de Mater populi fidelis, la note doctrinale publiée le 4 novembre 2025, dans laquelle le Dicastère pour la Doctrine de la Foi exprime son opinion critique sur l'utilisation du titre de Corédemptrice et Médiatrice de toutes les grâces.

    Professeur Miravalle, le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) a publié une note doctrinale affirmant qu’« il est toujours inapproprié d’utiliser le titre de Corédemptrice » car « ce titre risque d’occulter la médiation unique du salut par le Christ ». Vous avez abordé cette objection, ainsi que d’autres, dans un essai que vous avez publié en 2001. Parler de Corédemptrice revient-il à assimiler Marie à Jésus ou à occulter le Rédempteur ?

    Je tiens tout d’abord à saluer le document du DDF pour son engagement à garantir la primauté absolue et infinie de Jésus-Christ comme notre seul Rédempteur et Médiateur divin, mais il convient également de reconnaître et d’honorer la participation humaine incomparable de Marie, Mère de Jésus, à la réalisation historique de la Rédemption.

    Compte tenu des nombreux exemples de papes, de saints, de bienheureux, de théologiens et de mystiques qui ont utilisé le titre de Corédemptrice pendant près d'un millénaire pour exprimer avec justesse le rôle subordonné et unique de la Vierge Marie auprès de Jésus dans la Rédemption, la qualification de ce titre comme « inapproprié » a suscité une grande confusion, notamment parmi les fidèles. S'il est toujours important de définir clairement les vérités concernant Marie, le titre de Corédemptrice n'a jamais été utilisé dans la tradition catholique ni dans l'enseignement pontifical pour placer Marie au même niveau que la divinité de Jésus. Une telle affirmation serait hérétique et blasphématoire.

    Nous ne pouvons affirmer que les sept utilisations de ce titre par le pape saint Jean-Paul II, par exemple, étaient inappropriées, sans parler des utilisations par saint Pio de Pietrelcina, sainte Thérèse de Calcutta, saint John Henry Newman, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, sainte Gemma Galgani, saint Maximilien Kolbe, sœur Lucie de Fatima, et tant d'autres saints et mystiques contemporains.

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  • Le bienheureux Jean Duns Scot, champion de l'Immaculée (8 novembre)

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    Le mercredi 7 juillet 2010, lors de l'audience générale, Benoît XVI a consacré sa catéchèse à ce théologien médiéval :

    Chers frères et sœurs,

    Ce matin — après plusieurs catéchèses sur de nombreux grands théologiens — je veux vous présenter une autre figure importante dans l'histoire de la théologie: il s'agit du bienheureux Jean Duns Scot, qui vécut à la fin du XIIIe siècle. Une antique inscription sur sa tombe résume les points de référence géographiques de sa biographie : «L’Angleterre l'accueillit; la France l'instruisit; Cologne, en Allemagne, en conserve la dépouille; c'est en Ecosse qu'il naquit». Nous ne pouvons pas négliger ces informations, notamment parce que nous possédons très peu d'éléments sur la vie de Duns Scot. Il naquit probablement en 1266 dans un village qui s'appelait précisément Duns, non loin d’Edimbourg. Attiré par le charisme de saint François d'Assise, il entra dans la Famille des Frères mineurs et, en 1291, il fut ordonné prêtre. Doué d'une intelligence brillante et porté à la spéculation — cette intelligence qui lui valut de la tradition le titre de Doctor subtilis, «Docteur subtil» — Duns Scot fut dirigé vers des études de philosophie et de théologie auprès des célèbres universités d'Oxford et de Paris. Après avoir conclu avec succès sa formation, il entreprit l'enseignement de la théologie dans les universités d'Oxford et de Cambridge, puis de Paris, en commençant à commenter, comme tous les Maîtres de ce temps, les Sentences de Pierre Lombard. Les principales œuvres de Duns Scot représentent précisément le fruit mûr de ces leçons, et prennent le titre des lieux où il les professa: Ordinatio (appélée dans le passé Opus Oxoniense — Oxford),Reportatio Cantabrigiensis (Cambridge), Reportata Parisiensia (Paris). A celles-ci il faut ajouter au moins les Quodlibeta (ou Quaestiones quodlibetales), œuvre très importante formée de 21 questions sur divers thèmes théologiques. Lorsqu’un grave conflit éclata entre le roi Philippe IV le Bel et le Pape Boniface VIII, Duns Scot s’éloigna de Paris et préféra l'exil volontaire, plutôt que de signer un document hostile au Souverain Pontife, ainsi que le roi l'avait imposé à tous les religieux. De cette manière — par amour pour le Siège de Pierre —, avec les Frères franciscains, il quitta le pays.

    Chers frères et sœurs, ce fait nous invite à rappeler combien de fois, dans l’histoire de l'Eglise, les croyants ont rencontré l'hostilité et même subi des persécutions à cause de leur fidélité et de leur dévotion à l'égard du Christ, de l'Eglise et du Pape. Nous tous regardons avec admiration ces chrétiens qui nous enseignent à conserver comme un bien précieux la foi dans le Christ et la communion avec le Successeur de Pierre et, ainsi, avec l'Eglise universelle.

    Toutefois, les rapports entre le roi de France et le successeur de Boniface VIII redevinrent rapidement des rapports d'amitié, et en 1305, Duns Scot put rentrer à Paris pour y enseigner la théologie sous le titre de Magister regens, nous dirions aujourd'hui professeur titulaire. Par la suite, ses supérieurs l'envoyèrent à Cologne comme professeur du Studium de théologie franciscain, mais il mourut le 8 novembre 1308, à 43 ans à peine, laissant toutefois un nombre d’œuvres important.

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  • Une co-rédemption « inconvenante » ? Alors, il faut réprimander les saints et les docteurs...

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Une co-rédemption « inconvenante » ? Réprimandez les saints et les docteurs.

    Pour le directeur de la Société mariologique allemande, le titre de « Co-rédemptrice » ne prête pas à confusion quant à la médiation unique du salut par le Christ. Si tel était le cas, il conviendrait de se référer aux écrits de Newman et de Jean-Paul II.

    6/11/2025

    Nous avons sollicité l'avis du Père Manfred Hauke, professeur de dogmatique à la Faculté de théologie de Lugano, membre de l'Académie pontificale mariale internationale et directeur de la Société mariologique allemande, sur certains points critiques de la Note doctrinale Mater Populi Fidelis.

    Cette note semble principalement souligner que certains titres mariaux, tels que Co-Rédemptrice et Médiatrice de toutes les grâces, occultent l'unicité de la médiation salvifique du Christ. À votre avis, ce risque est-il réel ?

    Selon moi, ce risque est inexistant dans un contexte catéchétique et théologique sain. Qui pourrait accuser, par exemple, saint Jean-Paul II, qui a employé à plusieurs reprises les deux titres mentionnés, d'être déséquilibré ? La Note elle-même rappelle qu'il a utilisé le titre de « Co-Rédemptrice » « à au moins sept reprises » (n° 18). Faut-il déchoir le cardinal John Henry Newman, proclamé docteur de l'Église par le pape Léon XIV le 1er novembre dernier, de son titre, car ce converti anglais a défendu le titre de « Co-Rédemptrice » contre l'anglican Edward Pusey ? Devrions-nous intervenir contre les écrits de saint Alphonse de Liguori, lui aussi docteur de l'Église ? Devrions-nous nous opposer à de nombreux saints, dont sainte Edith Stein et sainte Thérèse de Calcutta ? Les titres mariaux de « seconde Ève », « mère de la vie » et « Mère de Dieu », selon Newman, sont bien plus puissants que le titre critiqué (Lettre à Pusey) ? Ou bien devrions-nous blâmer le pape Léon XIII, loué par le Souverain Pontife régnant pour le choix de son nom pontifical, d'avoir accordé une indulgence à une prière utilisant le titre marial (en italien) de « Co-Rédemptrice du Monde » ( Acta Sanctæ Sedis 18, 93) ?

    Les malentendus sont plus susceptibles de surgir dans le monde protestant, qui nie la coopération de l'homme au salut par le principe de la sola gratia. C'est pourquoi la Commission théologique de Vatican II a omis « certaines expressions et certains termes employés par les Souverains Pontifes qui, bien que tout à fait vrais en eux-mêmes, ne pouvaient qu'être difficiles à comprendre pour les frères séparés (en l'occurrence, les protestants). Parmi ces termes… “Co-Rédemptrice du genre humain” » ( Acta synodalia , I, 99). Est-il juste de sacrifier une expression qui, en soi, est « tout à fait vraie » pour des raisons œcuméniques ? Quoi qu'il en soit, pour les protestants, se pose non seulement le problème du terme, mais aussi celui de la doctrine enseignée par Vatican II sur la coopération singulière de Marie à la rédemption. Un faux œcuménisme peut nuire à la doctrine catholique, qui doit être professée dans toute sa richesse. Si l'Église devait supprimer toutes les expressions qui déplaisent aux protestants, elle devrait également supprimer le titre de Mère de Dieu (Theotokos). Comme mentionné dans la Note (n° 9, 11, 15), ce titre pourrait prêter à confusion, notamment chez les personnes peu catéchisées.

    Aujourd'hui, presque tous les journaux, y compris catholiques, titrent que Marie n'est pas corédemptrice. Il est donc surprenant de constater que la Note déclare soudainement « inapproprié » et « inconvenant » un titre comme celui de corédemptrice, pourtant entré dans le vocabulaire théologique et l'enseignement des papes.

    Le titre de « corédemptrice » est l'expression la plus concise pour exprimer la coopération unique de Marie à la rédemption. Le risque de mettre Marie sur le même plan que Jésus est évité en précisant que sa coopération dépend entièrement du Christ et lui est subordonnée. Interdire un titre aussi bref, qui exprime une vérité centrale clairement exposée par Vatican II, serait une tâche ardue. Prenons toutefois en compte la précision apportée par le cardinal Fernández lors de la présentation initiale : « Il ne s’agit pas de corriger la piété du peuple fidèle de Dieu… ». Parmi les croyants, les expressions « Co-Rédemptrice du genre humain » sont répandues (par exemple dans les Appels au message de Fatima  de la Servante de Dieu, sœur Lucie) et plus encore « Médiatrice de toutes les grâces » ; cette dernière invocation reprend le titre de la fête liturgique instituée par le pape Benoît XV en 1921 et a même été utilisée par les papes Benoît XVI (Lettre du 10 janvier 2013 à l’archevêque Sigismondo Zimowski) et François : « L’un des titres anciens par lesquels les chrétiens ont invoqué la Vierge Marie est précisément “Médiatrice de toutes les grâces”. Confiez-lui vos aspirations et les bonnes intentions qui vous sont chères ; « Puisse-t-elle vous imprégner de la joie de suivre le Christ et de le servir avec humilité et docilité au sein de l’Église… » (Message à Mgr Gian Franco Saba, archevêque de Sassari, Sardaigne, 13 mai 2023).

    Selon vous, la Note visait-elle uniquement à rejeter le titre de Corédemptrice ou également des aspects importants de la coopération singulière de Marie à l’œuvre de Rédemption ?

    Malgré les observations critiques formulées à l’égard des deux titres, la Note rapporte la doctrine du magistère conciliaire et pontifical (n° 4-15), notamment concernant la « coopération singulière de Marie au plan du salut » (n° 3 ; voir aussi n° 36 et 42). Le document cite également le texte le plus clair sur ce point, la catéchèse mariale de saint Jean-Paul II du 9 avril 1997, qui distingue la participation de Marie à la rédemption objective accomplie par le Christ sur terre de notre coopération au processus de salut (n° 3, 37b).

    Saint Pie X ( Ad diem illum ) enseignait que la Vierge Marie, en vertu de sa sainteté singulière et de son association à l'œuvre de Rédemption, « nous obtient par mérite de convenance ( de congruo comme on le dit, ce que le Christ nous a acquis par le mérite de la justice ( de condigno ). Dans la Note, il semble y avoir un ralentissement, voire un revirement, à cet égard, lorsqu'il est affirmé que « seuls les mérites de Jésus-Christ […] sont appliqués à notre justification » (n° 47). Qu'en pensez-vous ?

    L'importante distinction de Pie X n'est pas citée, mais il semble y avoir une allusion – malheureusement presque voilée – à la distinction entre le mérite de la justice du Christ et celui de la justice de Marie (n° 47 et suivants). Pour parler d'une extension universelle de la médiation maternelle de Marie dans le Christ, une référence à ce type de mérite est essentielle.

    Dans les derniers paragraphes de la Note, un thème très controversé est de nouveau abordé : Marie, la Très Sainte, selon les paroles du pape François, « est plus disciple que mère » (n° 73). Quelle est la part de vérité dans cette affirmation et quels en sont les écueils ?

    Selon saint Augustin, Marie a conçu le Verbe de Dieu d'abord dans son cœur, puis dans son sein ( Sermon 215, 4). Par ailleurs, il est impossible de dissocier sa qualité de disciple de son ministère de Mère de Dieu, ainsi que de « Mère du peuple des fidèles ». La dignité spécifique de Marie découle précisément de sa mission de Mère de Dieu, qui a donné naissance à la nature humaine du Sauveur. C'est là aussi le fondement de toute son œuvre de salut.

  • "Sensus fidei", infaillibilité et synodalité

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    De l'abbé Claude Barthe sur Res Novae :

    Infaillibilité et synodalité

    Dans sa catéchèse du 27 septembre, le pape Léon XIV a tenu ces propos : « Les petits ont de l’intuition. Ils ont un sensus fidei, qui est comme un “sixième sens” des personnes simples pour les choses de Dieu. Dieu est simple et se révèle aux simples. Voilà pourquoi il y a une infaillibilité de la foi du Peuple de Dieu, dont l’infaillibilité du Pape est l’expression [c’est nous qui soulignons] et le service. » Quelle portée donner à ces paroles ?

    Il convient de jeter un regard dans le rétroviseur théologique sur ce qui était classiquement enseigné à propos des différentes instances de l’infaillibilité et aussi de considérer le contexte actuel de synodalité.

    L’infaillibilité de l’Église enseignante et de l’Église enseignée

    Les théologiens distinguaient traditionnellement l’Église enseignante (pape et évêques), Ecclesia docens, qui bénéficie d’une infaillibilité active, et l’Église enseignée (l’ensemble du peuple chrétien), Ecclesia discens, préservée de l’erreur par une infaillibilité dite passive : l’ensemble du peuple chrétien adhère à la doctrine que lui délivrent les successeurs des Apôtres sous la motion du même Esprit-Saint qui anime leur enseignement. Cette infaillibilité est dite in credendo, l’Église ne pouvant tomber dans l’erreur en croyant1.

    Cette infaillibilité de réception est souvent explicitée par le concept de sensus fidelium, instinct de foi des fidèles, ou bien, si on considère chaque croyant, de sensus fidei, instinct, flair quant à la foi de chaque fidèle, qui accompagne la vertu de foi. Toutes les vertus en effet procurent à l’âme une espèce d’instinct connaturel (par exemple un instinct de réserve et de pudeur, qui accompagne la chasteté) ; celui produit par la foi incline le croyant à poser des actes d’adhésion à la vérité révélée2.

    On peut dire aussi que l’usage du sensus fidei relève de la croissance de la foi dans celui qui l’a reçue : il porte le fidèle à croire, par développement de ce qui lui a été enseigné, au-delà même de ce qu’il est tenu de croire, par exemple l’Immaculée Conception a été crue bien avant que le dogme n’en soit proclamé. Mais justement c’est le dogme qui tranche : l’infaillibilité du peuple de Dieu est soumise au magistère du pape et des évêques.

    Sensus fidei et synodalité

    Le pape François a fondé sa doctrine de la synodalité sur le sensus fidei, sur lequel sa première encyclique, Evangelii Gaudium, du 24 novembre 2013, s’étendait largement. Il insistait sur le fait que le troupeau possède un « odorat » qui aide l’Église à trouver de « nouveaux chemins ».

    Puis, dans un discours du 17 octobre 2015, il allait plus loin : « Le sensus fidei empêche une séparation rigide entre Ecclesia docens [Église enseignante] et Ecclesia discens [Église apprenante], puisque le troupeau possède aussi son propre “flair” pour discerner les nouvelles routes que le Seigneur ouvre à l’Église. »3

    La séparation classique entre Église enseignante et Église enseignée est ainsi relativisée à partir de la vocation « pastorale » de l’ensemble du peuple de Dieu. Par le fait, implicitement, cela relativise la distinction entre pasteurs et troupeau, l’ensemble des fidèles, pasteurs compris, étant placé sous le sensus fidelium/fidei. Et le pape François expliquait à sa manière imagée, que l’évêque pouvait parfaitement se trouver en avant de son troupeau, ou bien au milieu, et même encore derrière, à le suivre.

    Le document de la Commission théologique internationale (CTI) de 2014, « Le sensus fidei dans la vie de l’Église »4, lui avait préparé le terrain, notamment en citant les papes Pie IX et Pie XII déclarant qu’avant de proclamer respectivement les dogmes de l’Immaculée Conception et de l’Assomption, ils s’étaient enquis de la piété des fidèles sur ces points et avaient conclu à un « accord remarquable des évêques catholiques et des fidèles ». À noter qu’ils parlaient d’un accord des évêques et des fidèles. D’ailleurs la CTI prenait soin de préciser que la constitution Pastor Aeternus du premier concile du Vatican affirme que les définitions doctrinales ex cathedra du pape en matière de foi et de mœurs sont irréformables « par elles-mêmes et non en vertu du consentement de l’Église », ce qui ne rend pas le consensus Ecclesiæ superflu, mais ce qui exclut, disait la CTI, « la théorie selon laquelle une telle définition réclamerait ce consentement, antécédent ou conséquent, comme condition pour faire autorité ».

    Un apport du pape Léon ?

    Peut-on considérer la petite phrase de Léon XIV – « l’infaillibilité du Pape est l’expression et le service [de l’infaillibilité du peuple de Dieu] » – comme un pas supplémentaire ? Il pourrait ne s’agir que d’une expression malheureuse à imputer au rédacteur de la catéchèse, et en tout cas il serait exagéré de l’assimiler à la proposition condamnée par le décret du Saint-Office, Lamentabili, du 3 juillet 1907 : « Dans la définition des vérités, l’Église enseignée et l’Église enseignante collaborent de telle façon qu’il ne reste à l’Église enseignante qu’à sanctionner les conceptions communes de l’Église enseignée » (Dz 3406).

    La phrase de Léon XIV évoque l’infaillibilité du pape : mais n’est-elle pas aujourd’hui en pause, le « magistère authentique » ou « pastoral » non infaillible (Lumen Gentium, n. 25 §1) ayant concrètement remplacé le magistère ordinaire et universel infaillible ? Qui peut penser par exemple que le chapitre 8 d’Amoris Laetitia, qui répugne au sensus fidei/fidelium, relève du magistère infaillible ? Et il est vrai que ce sensus presse, pour ainsi dire, le magistère infaillible du pape d’intervenir.

    _____________

    1. Jean-Marie Hervé, Manuale theologiæ dogmaticæ, Berche, Paris, 1957, vol. 1, n. 465.

    2. Saint Thomas, Somme théologique, IIa IIæ, q. 2, a. 3, ad. 2.

    3. Discours pour la Commémoration du 50e anniversaire de l’institution du Synode des Évêques.

    4. Sensus fidei nella vita della Chiesa (2014).

  • Marie, Mère du peuple fidèle, et non co-rédemptrice

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    De Vatican News :

    Note doctrinale sur les titres mariaux: Mère du peuple fidèle, et non co-rédemptrice

    Le document du dicastère pour la Doctrine de la foi approuvé par Léon XIV clarifie les titres à utiliser pour la Vierge Marie. Une attention particulière est également requise pour le titre «Médiatrice de toutes grâces».

    «Mater populi fidelis» est le titre de la note doctrinale publiée ce mardi 4 novembre, par le dicastère pour la Doctrine de la foi. Signée par le préfet, le cardinal Víctor Manuel Fernández, et par le secrétaire de la section doctrinale, Mgr Armando Matteo, la note a été approuvée par le Pape le 23 juin dernier. Elle est le fruit d'un long et minutieux travail collégial. Il s'agit d'un document doctrinal sur la dévotion mariale, centré sur la figure de Marie associée à l'œuvre du Christ en tant que Mère des croyants. La note fournit une base biblique significative pour la dévotion à Marie, en plus de rassembler différentes contributions des Pères, des Docteurs de l'Église, des éléments de la tradition orientale et de la pensée des derniers Papes.

    Dans ce cadre, le texte doctrinal analyse un certain nombre de titres mariaux; il en valorise certains et met en garde contre l'utilisation d'autres. Des titres tels que «Mère des croyants»«Mère spirituelle»«Mère du peuple fidèle», sont particulièrement appréciés, lit-on dans la note. En revanche, le titre de «co-rédemptrice» est considéré comme inapproprié et inconvenant. Le titre de «médiatrice» est considéré comme inacceptable lorsqu'il revêt une signification exclusive à Jésus-Christ, mais il est considéré comme précieux s'il exprime une médiation inclusive et participative, qui glorifie la puissance du Christ. Les titres de «Mère de la grâce» et «Médiatrice de toutes grâces» sont considérés comme acceptables dans certains sens très précis, mais une explication particulièrement large des significations qui peuvent présenter des risques est proposée.

    En substance, la note réaffirme la doctrine catholique qui a toujours bien mis en évidence que tout en Marie est orienté vers la centralité du Christ et son action salvifique. C'est pourquoi, même si certains titres mariaux peuvent être expliqués par une exégèse correcte, il est préférable de les éviter. Dans sa présentation, le cardinal Fernández valorise la dévotion populaire, mais met en garde contre les groupes et les publications qui proposent un certain développement dogmatique et suscitent des doutes parmi les fidèles, notamment à travers les réseaux sociaux. «Le principal problème dans l’interprétation de ces titres appliqués à la Vierge Marie est de comprendre comment Marie est associée à l’œuvre rédemptrice du Christ» (3).

    Co-rédemptrice

    En ce qui concerne le titre «co-rédemptrice», la note rappelle que certains Papes «ont utilisé ce titre sans trop s’attarder à l’expliquer. D’une manière générale, ils l’ont présenté de deux manières précises: par rapport à la maternité divine, dans la mesure où Marie, en tant que mère, a rendu possible la Rédemption accomplie dans le Christ, ou en référence à son union avec le Christ près de la Croix rédemptrice. Le Concile Vatican II a évité d’utiliser le titre de co-rédemptrice pour des raisons dogmatiques, pastorales et œcuméniques. Saint Jean-Paul II l’a utilisé à sept reprises au moins, en le rapportant en particulier à la valeur salvifique de nos souffrances offertes avec celles du Christ à qui Marie est unie avant tout sur la Croix» (18).

    Le document cite une discussion interne de l'ancienne Congrégation pour la doctrine de la foi qui, en février 1996, avait examiné la demande de proclamer un nouveau dogme sur Marie «co-rédemptrice ou médiatrice de toutes grâces». L'avis du cardinal Ratzinger n’était pas favorable: «La signification précise des titres n’est pas claire et la doctrine qu’ils contiennent n’est pas mûre. […] On ne voit pas clairement comment la doctrine exprimée dans les titres est présente dans l’Écriture et dans la tradition apostolique». Plus tard, en 2002, le futur Benoît XVI s'était également exprimé publiquement dans le même sens: «La formule “co-rédemptrice” est trop éloignée du langage de l’Écriture et de la patristique et provoque ainsi des malentendus... Tout procède de Lui, comme le disent surtout les Lettres aux Éphésiens et aux Colossiens. Marie est ce qu’elle est grâce à Lui». Le cardinal Ratzinger, précise la note, ne niait pas qu'il y avait de bonnes intentions et des aspects précieux dans la proposition d'utiliser ce titre, mais il soutenait qu'il s'agissait d'un «terme erroné» (19).

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