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Famille - Page 63

  • Une lecture apaisée d'Amoris Laetitia

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    D'Antoine Pasquier sur le site de l'hebdomadaire "Famille Chrétienne" :

    Pour une interprétation positive d’Amoris Lætitia

    Dans un ouvrage (1) paru début septembre en France, trois professeurs de l’Institut pontifical Jean-Paul II offrent une lecture constructive et apaisée de l’exhortation apostolique Amoris Lætitia pour en dégager des pistes concrètes d’actions pastorales. Entretien avec l’un d’entre eux, le père José Granados.

    Qu’apporte Amoris Lætitia de nouveau pour la pastorale de la famille, et pour les acteurs de cette pastorale ?

    Je crois que la grande nouveauté d’Amoris Lætitia est son chapitre IV. La pastorale familiale naît de l’hymne à la charité de saint Paul, qui est le centre de la foi chrétienne. La pastorale avec les familles est le centre de la vie de l’Église, parce qu’au sein de la famille, on apprend à aimer et parce que l’amour est la vocation de l’homme.

    Cette nouveauté se complète d’une condamnation claire du « sentimentalisme », c’est-à-dire de l’assimilation du fait « d’être bon » avec un sentiment (cf. AL 145). Au contraire, l’amour est lié à la vérité, la charité « trouve sa joie dans la vérité » (1 Cor 13, 6). L’amour est vrai, selon le pape François, parce qu’il est capable de traverser toute la vie, tandis que le sentiment s’éteint en un instant. Cette dimension « narrative » de l’amour est une grande nouveauté d’Amoris Lætitia. C’est pourquoi le pape nous demande de préparer au mariage, mais aussi d’accompagner les jeunes familles, d’éduquer avec patience les enfants, et de se pardonner mutuellement quand l’amour diminue.

    Les conséquences sont très grandes pour la pastorale. Amoris Lætitia dit que le « sujet » de la pastorale familiale est, en premier lieu, la famille (AL 200). Elle est « sujet pastoral » et pas seulement « agent pastoral », parce que ce qui est fondamental n’est pas de « faire » des choses, mais « d’être » une famille. La mission principale de la pastorale familiale consiste à former des familles en Christ, qui édifient une famille de familles. Dans ce périmètre entre aussi l’accompagnement de ceux qui vivent un « amour blessé et égaré » (AL 291).

    L’exhortation fait l’objet de nombreuses critiques (cf. la correction filiale et les dubia). Ce n’est pas l’objet de votre ouvrage, mais quelle lecture faites-vous d’Amoris Lætitia ?

    On doit sans doute ces critiques aux différentes interprétations de l’exhortation. On voit des lectures d’Amoris Lætitia qui se centrent uniquement sur le chapitre VIII et sur les normes pour accéder aux sacrements. Il y a des réponses très variées, quelques-unes sont très problématiques, ou qui paraissent tendre vers une vision subjective des sacrements. Que répondre à cela ?

    Je crois qu’Amoris Lætitia doit être interprétée dans le grand courant de la tradition et du Magistère. C’est-à-dire que, si un texte présente une ambivalence, il faut alors l’interpréter à la lumière d’autres textes du magistère antérieur, plus clairs. Car Amoris Lætitia n’est pas un livre isolé, mais le chapitre d’un grand livre, comme l’indique très bien le chapitre III.

    Quelle est la spécificité de « l’accompagnement pastoral » proposé par le pape François ?

    En premier lieu, tout accompagnement de l’Église est de l’ordre d’un suivi. L’Église accompagne parce qu’elle suit quelqu’un, et ce quelqu’un est le Christ. Amoris Lætitia commence en nous parlant précisément de l’amour de Jésus selon la Bible et selon la tradition de l’Église. Saint Paul lui-même, dans son hymne à la charité, ne fait pas référence à un amour idéal, mais à l’amour de Jésus. Quand il dit : « l’amour rend service, l’amour ne se gonfle pas d’orgueil, l’amour prend patience. »

    L’accompagnement signifie qu’il y a, en plus, une communauté qui accompagne. Et cette communauté est une famille, une famille de familles. Pour accompagner, l’Église est appelée, en premier lieu, à prendre soin du climat au sein de chaque famille, pour que celle-ci s’édifie sur l’amour de Jésus. Que l’on puisse y vivre un amour vrai, fidèle, qui pardonne.

    L’accompagnement signifie, enfin, cheminement qui traverse les étapes de la vie avec patience. Le pape François est très sensible aux processus de maturation, tant en ce qui concerne la préparation au mariage que les premières années de l’éducation des enfants et aussi en vue de ramener à la vie ecclésiale ceux qui s’en sont éloignés.

    Quelle doit être le parcours à suivre pour des pasteurs qui souhaitent aider des personnes « en situation irrégulière » ?

    En premier lieu, il nous est demandé de ne pas condamner la personne qui vit un amour « blessé et égaré » (AL 291). Beaucoup de ces personnes sont victimes d’une société qui ne protège pas la famille. Il y a un premier temps pour l’accueil.

    La méthode adéquate est celle de Jésus avec la Samaritaine (AL 294). En toute personne il y a quelque chose de bon et le pape nous invite à fortifier cette bonté présente. Cette bonté reflète le désir d’amour vrai que Dieu a placé dans le cœur de chacun. À partir de là un chemin peut être initié qui aille pas à pas, sans jamais perdre de vue l’objectif final. Ce qui impliquera d’inviter les personnes à changer leurs désirs. C’est une régénération du désir, pour que nous désirions ce qui embellit et déploie notre vie. Rappelons-nous comment saint Paul dénonce ceux qui « s’entourent de maîtres à la mesure de leurs propres désirs » (2 Tim 4, 3).

    Qu’en est-il de la question de l’accès aux sacrements pour les personnes « en situation irrégulière » ? Peuvent-elles y avoir accès, et si oui, de quelle manière ?

    Amoris Lætitia aborde le sujet seul en une note de bas de page (note 351, Ndlr). Cette note est formulée au conditionnel de façon très vague. C’est pourquoi il ne me semble pas qu’il y ait de quoi fonder, sur cette note, un changement de discipline, alors que d’autres textes magistériels affirment cette même discipline de façon claire. Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous deux affirmé que cette discipline s’appuie sur des raisons doctrinales mais aussi sur les Écritures saintes elles-mêmes.

    Je crois qu’il est bon de saisir pleinement que la grâce de Dieu ne se limite pas aux sacrements. Dieu aide les personnes à cheminer de bien des façons ainsi qu’à participer à la vie de l’Église.

    En outre, les sacrements ne sont pas une union privée avec Dieu : à travers eux, nous nous incorporons à l’Église et nous rendons visible à la face du monde le modèle de vie que Jésus a vécue et qu’il nous a enseigné à vivre. Suivant une idée de saint Augustin, quand nous disons « Amen » avant de communier, nous ne disons pas seulement « oui, ceci est le corps du Christ. » Nous disons : « Oui, je veux vivre comme vivent les membres du corps du Christ. » C’est pourquoi il n’est possible de manger le corps du Christ que lorsque l’on est prêt à manger aussi ses paroles.

    Mais le chemin en lui-même est plus important que l’accès aux sacrements. Le petit pas en avant, comme dit le pape. Rappelons-nous que le sacrement de réconciliation est un sacrement qui traverse le temps. La réconciliation est entamée dès lors que le pécheur décide de revenir au Christ et amorce un chemin de retour. Dans ce cas on pourrait dire que celui qui se met en chemin est déjà sous l’influence du sacrement de réconciliation, bien que n’ayant pas encore reçu l’absolution. Ne pourrait-on pas inventer des itinéraires concrets de retour, avec des rites de passage, comme une catéchèse de la parole de Dieu focalisée sur le projet de Dieu pour la famille ?

    Certains affirment que l’exhortation relativise l’enseignement de l’Église sur le mariage. Le pape, au contraire, ne rappelle-t-il pas, l’importance du lien matrimonial et d’une bonne préparation au mariage ?

    L’exhortation est très claire en ce qui concerne le respect de la doctrine sur le lien indissoluble et sur le sacrement du mariage, qui prend racine dès la création. Si certains se sont plaints de ce qu’Amoris Lætitia change la doctrine, c’est à cause du sujet de l’accès aux sacrements. Si la célébration des sacrements changeait, cela aurait aussi des conséquences sur la doctrine, parce que la doctrine de l’Église n’est pas qu’une idée : c’est quelque chose qui se transmet au moyen de signes visibles que sont les sacrements. Saint Thomas, par exemple, disait que l’on ne peut accorder les sacrements à quelqu’un qui souhaite continuer à vivre dans le péché, parce que ce serait une « contrefaçon des signes sacramentels ». Ce serait comme si quelqu’un écrivait « pour toujours », mais en l’écrivant sur le sable de la plage ; nous nous méfierions de ce qu’il a écrit.

    Comme je l’ai déjà dit, Amoris Lætitia ne change pas la discipline eucharistique et, à ce titre, préserve la doctrine. Sa nouveauté est, plutôt, un changement de regard sur la famille et son cheminement, et un changement d’action pastorale pour accompagner toutes les familles.

    Le pape François a donné de nouvelles orientations à l’Institut Jean-Paul II. Leur objectif est-il de prendre mieux en compte cette action pastorale développée dans Amoris Lætitia ? Comment analysez-vous cette refondation ?

    Pour analyser la refondation, il me semble que la clé réside dans les paroles du grand chancelier Mgr Paglia et dans celles du président Mgr Sequeri. D’après eux, le pape François a voulu « mettre sa signature » au projet entrepris par Jean-Paul II, en conservant tout son héritage. C’est pourquoi le pape accorde toujours sa confiance à tous les professeurs et au travail qu’ils ont réalisé jusqu’à maintenant. La refondation ne signifie pas oubli du passé, mais élargissement du regard, surtout pour cultiver les sciences humaines. Au milieu de tant de discussions au sujet d’Amoris Lætitia, je crois que notre service à l’Église passe par la démonstration de la cohérence avec le magistère antérieur de Jean-Paul II.

    Antoine Pasquier

    (1) Amoris laetitia. Accompagner, discerner, intégrer. Vademecum pour une nouvelle pastorale familiale, Artège, 186 pages, 16 euros.

  • Hérétique, le pape ? Bien sûr que non !

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    D'Antoine Pasquier sur le site de l'hebdomadaire "Famille chrétienne" :

    Correction filiale : « les accusations d’hérésie ne sont pas fondées »

    Le texte (voir ici) a fait grand bruit. Dans une correction filiale adressée au pape François le 11 août, rendue publique le 24 septembre, un groupe de laïcs, de clercs et de théologiens l’accuse de propager sept hérésies avec son exhortation Amoris Lætitia. Ces accusations sont-elles fondées ? Amoris Lætitia porte-t-elle atteinte au magistère de l’Église ? Éléments de réponses du père Thomas Michelet op., professeur à l’Angelicum, l’Université Pontificale Saint-Thomas d’Aquin à Rome.

    La correction filiale affirme que le pape François a propagé sept hérésies. Il s’agit d’une accusation grave. Est-ce une première ?

    N’exagérons rien. Ce n’est pas la première fois que des chrétiens accusent le pape d’hérésie. C’est même habituel de la part de groupes schismatiques, ou en passe de le devenir, qui justifient ainsi leur rupture.

    Dans le cas d’Amoris Lætitia, il y avait déjà eu en juin 2016 un texte de 45 signataires auquel celui-ci fait d’ailleurs référence. Il dressait une liste de 19 propositions assorties de censures : 11 jugées hérétiques et contraires à la Révélation (scandalosa, prava, perversa, perniciosa, impia, blasphema, etc.) ; d’autres tombant sous des qualificatifs moins graves (contraires à la foi, téméraires, ou simplement fausses). La presse s’en était fait un peu l’écho à l’époque, puis on n’en a plus du tout parlé. C’est retombé comme un soufflé.

    Le présent texte constitue une sorte de relance, 18 des premiers signataires étant les mêmes. Pour l’instant, il semble avoir plus de succès. Peut-être est-ce dû à un « choc de simplification » : de onze hérésies, on passe à seulement sept (excusez du peu !) Il y a la force du symbole, le chiffre sept ayant des résonances apocalyptiques. Sans doute aussi le fait qu’il s’agit d’une pétition que l’on peut signer sur un site internet dédié (233 signataires à ce jour). Mais souvenons-nous qu’une « supplique au pape François en vue du Synode » à l’initiative du cardinal Burke avait recueilli en 2015 près de 500 000 signatures…

    On pourrait se laisser impressionner par la qualité des signataires, souvent des autorités académiques ou civiles, ou des pasteurs. Mais à y regarder de plus près, il ne s’y trouve aucun théologien de renom, aucun évêque en poste. Les fameux dubia des quatre cardinaux étaient autrement plus sérieux, s’agissant de proches collaborateurs du pape. Accuser le pape d’hérésie, c’est évidemment grave. Mais ça le serait beaucoup plus si ces accusations étaient fondées ; ce qui n’est pas le cas.

    Le pape a-t-il « directement ou indirectement approuvé les croyances selon lesquelles l’obéissance à la loi de Dieu peut se trouver être impossible ou non souhaitable » comme le laisse entendre la correction ?

    L’Abbé Guillaume de Tanoüarn, de l’Institut du Bon Pasteur, déclarait récemment sur les ondes : « Tout cela me semble disproportionné et déplacé. Le pape est le pape […] Je n’ai jamais vu sous sa plume, ou entendu dans sa prédication, la moindre chose qui puisse ressembler à une hérésie. En réalité, on juge un silence. […] On peut contester les raisons pour lesquelles le pape garde le silence, mais on ne peut pas de ce silence tirer une hérésie. Cela ne me semble pas logique. »

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  • Les prochaines séances des "Samedis Philo" à Bruxelles

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    Pour s'inscrire : http://www.jeunespourlavie.org/accueil/samedis-philo-le-programme-du-premier-semestre-2017-2018

  • « Ne pas jeter le père ! » : tribune de Tugdual Derville dans Ouest France

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    « Ne pas jeter le père ! » : tribune de Tugdual Derville dans Ouest France (source)

    cliquer sur l'article pour l'agrandir

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  • Bénir une union homosexuelle ? Le débat est ouvert en Allemagne

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  • Et à présent, l'union sologame

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    LA PREMIÈRE ITALIENNE À SE MARIER AVEC ELLE-MÊME

    Laura Mesi est devenue, à 40 ans, la première mariée italienne à s'engager dans une union sologame.

    Un grand gâteau avec une seule figurine, à son effigie.

    Un grand gâteau avec une seule figurine, à son effigie. Image: Facebook/Laura Mesi

    Elle avait vu les choses en grand. Belle robe, grand gâteau, alliance et près de 70 invités... Laura Mesi avait tout ce qu'il fallait pour son mariage, sauf un mari.

    Selon La Repubblica, cette coach sportive de 40 ans est devenue la semaine dernière la première mariée italienne à s'engager dans une union sologame. «L'idée m'est venue il y a deux ans. J'avais dit à mes parents et à mes amis que si je ne trouvais pas l'âme sœur, je me marierai à mon quarantième anniversaire», explique-t-elle au quotidien italien.

    Elle a donc tenu parole en organisant le 21 septembre dernier à Milan son mariage avec elle-même. «J'ai dépensé un peu plus de 10 000 euros, le tout de ma poche. J'ai fait une petite folie pour la robe et la bague. Grâce aux cadeaux des 70 invités, j'ai pu couvrir les frais du repas. On m'a également offert ma lune de Miel», lors de laquelle elle est partie seule, évidemment.

  • Amoris Laetitia : derniers "rebondissements"

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  • Amoris Laetitia : du grand saint Thomas (d'Aquin)

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    Lu sur zenit.org :

    Amoris laetitia : une morale thomiste, affirme le pape François

    Dialogue avec les jésuites de Colombie

    Pour comprendre l’exhortation apostolique post-synodale sur la famille Amoris laetitia, il faut la lire en entier, de bout en bout, a expliqué le pape François. Et la théologie du document s’appuie sur « une morale thomiste, celle du grand Thomas », a-t-il affirmé lors d’une rencontre informelle avec des jésuites de Colombie, le 10 septembre 2017.

    Au cours de son voyage apostolique en Colombie (6-11 septembre), le pape François s’est rendu dans la ville de Cartagena, au sanctuaire de saint Pierre Claver, où il a rencontré en privé une délégation de la compagnie de Jésus composée de 65 religieux. Dans la Civilta Cattolica en français de septembre 2017, le p. Antonio Spadaro, directeur de la revue jésuite, retranscrit l’échange entre le pape argentin et ses confrères.

    Au fil du dialogue, « par justice et aussi par charité », le pape a évoqué les « commentaires — respectables, car exprimés par des fils de Dieu, mais erronés — à propos de l’Exhortation apostolique post-synodale » sur la famille : « Pour comprendre Amoris laetitia, il faut la lire de A à Z, a-t-il insisté. En commençant par le premier chapitre, en continuant par le deuxième et ainsi de suite… et réfléchir. Et lire ce qui s’est dit dans le Synode. »

    Face à ceux qui « soutiennent que derrière Amoris laetitia, il n’y a pas de morale catholique, ou, tout du moins, que ce n’est pas une morale sûre », le pape a affirmé « que la morale d’Amoris laetitia est une morale thomiste, celle du grand Thomas. Vous pouvez en parler avec un grand théologien, parmi les meilleurs aujourd’hui et parmi les plus matures, le cardinal Schönborn ».

    La morale en effet n’est pas « une pure casuistique », a-t-il ajouté : « le grand Thomas possède une très grande richesse, capable de nous inspirer encore aujourd’hui. Mais à genoux, toujours à genoux… »

    Dans cette même optique, la théologie et la philosophie ne doivent pas être « une réflexion de laboratoire », a souligné le pape : « nous avons vu quel préjudice a fini par causer la grande et brillante scolastique de Thomas quand elle a commencé à décliner, à décliner, à décliner…, elle est devenue une scolastique de manuel, sans vie, une simple idée, et elle s’est traduite en une proposition pastorale casuistique. »

    Les recherches doivent s’élaborer au contraire « dans la vie, dans le dialogue avec le réel », avec « les trois transcendantaux qui font l’unité » : la beauté, la bonté et la vérité. « On ne peut pas faire de philosophie avec une table logarithmique… Et cela est valable aussi pour la théologie, mais cela ne revient pas à ‘abâtardir’ la théologie, au contraire. La théologie de Jésus était la chose la plus réelle de toutes, elle partait de la réalité et s’élevait jusqu’au Père ».

    « Pour être un bon théologien, a estimé le pape François, en plus d’étudier, il faut avoir du dévouement, être vif et saisir la réalité ; il faut réfléchir à tout cela à genoux. Un homme qui ne prie pas, une femme qui ne prie pas, ne peuvent être théologien ou théologienne. Ils seront le volume de Denzinger personnifié, ils connaîtront toutes les doctrines existantes ou possibles, mais ils ne feront pas de théologie. Ils seront un compendium, un manuel où il y a tout. Mais aujourd’hui, la question est de savoir comment toi tu exprimes Dieu, comment tu exprimes qui est Dieu, comment se manifestent l’Esprit, les plaies du Christ, le mystère du Christ, à partir de l’Épître aux Philippins 2, 7 et après… Comment tu expliques ces mystères et comment tu vas les expliquer, et comment tu es en train d’enseigner cette rencontre qu’est la grâce. »

    © Editions Parole et Silence/Civiltà Cattolica, 2017 : http://www.paroleetsilence.com/La-Civilta-Cattolica-une-revue-de-pont-et-de-culture_news_279.html

    La réaction d'un dominicain : http://reinformation.tv/basil-cole-op-repond-morale-amoris-laetitia-thomiste-smits-75202-2/

  • « Amoris laetitia » : une exhortation toujours controversée

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     Dans la conférence  «La famille à la lumière de la miséricorde selon le pape François », qu’il a consacrée, voici plus d’un an,  à l’exhortation apostolique « amoris laetitia », l’évêque de Liège, Mgr Delville déclarait en préambule :

    «  Chers Amis,

    Vous le savez sans doute, le thème de la famille est très important dans notre foi puisque c’est dans la famille qu’on donne la vie et qu’on développe l’amour : un enfant naît dans une famille et il y trouve l’amour qui va lui permettre de se développer plus tard. Ces deux dimensions sont unies dans le mariage : celui-ci est à la fois don de la vie et amour échangé.

    Crise de la famille aujourd’hui

    Mais dans notre culture ces deux dimensions subissent de grandes mutations, au point qu’on peut parler d’une crise de la famille : tout ce qui tourne autour de la naissance de l’enfant est lié au développement de la technique, qui permet de contrôler les naissances, entre autres par médicaments, ou même d’avorter sous opération ou de donner la vie en laboratoire (in vitro). Et tout ce qui tourne autour de l’amour est sujet à des grands changements de mentalités : on a tendance de plus en plus à vivre l’amour du couple en-dehors du mariage, on divorce plus souvent et plus facilement qu’autrefois, on conteste aussi la fidélité pour la vie, on découvre aussi la spécificité des personnes homosexuelles et des couples qu’elles peuvent former entre elles. Un autre aspect du changement de mentalité, c’est la condition de la femme : la femme devient enfin l’égale de l’homme ; et dans le couple, elle n’est plus soumise au bon vouloir de son mari en matière de fécondité, par exemple. Il y a une beaucoup plus grande autonomie des partenaires dans la vie de couple et la vie de famille. Cette évolution sur ces deux points : le don de la vie et l’amour vécu, aboutit aussi au fait qu’on dissocie ces deux éléments du mariage l’un de l’autre : on dissocie la fécondité de l’amour. L’amour, dira-t-on, peut se vivre indépendamment de la fécondité, indépendamment des enfants et de la famille ; et la fécondité peut se vivre indépendamment de l’amour : il y a ainsi des mères porteuses, qui acceptent de vivre une grossesse pour d’autres personnes. Ainsi, on peut parler à juste titre de crise de la famille ou de mutations dans la famille.

    Réactions contradictoires dans l’Église

    Face à ces évolutions, il y a deux attitudes opposées dans l’Église : une attitude conservatrice et une attitude libérale. La première attitude a tendance à dire : nous avons une doctrine qui remonte à Jésus concernant le mariage et la famille ; on doit donc y rester fidèle intégralement. L’attitude libérale dira : on doit évoluer avec son temps, d’ailleurs Jésus lui-même s’opposait aux lois tatillonnes des pharisiens de son époque et il a tout résumé dans le commandement de l’amour.

    Ces deux attitudes opposées créent des tensions dans l’Église et des oppositions, qui risquent de déboucher sur des blocages, des contradictions et des exclusions mutuelles. Cela pose aussi beaucoup de problèmes concrets : les personnes divorcées remariées, par exemple, quelle place auront-elles dans l’Église et dans ses institutions ? ou les couples non mariés ? Cette situation engendre aussi une tension entre la théorie et la pratique, entre la réalité vécue et la doctrine. En plus de tout cela, il ne faudrait pas oublier le vécu quotidien des familles et des couples. Même dans des situations régulières, la vie familiale cause des tas de problèmes, en même temps qu’elle est source de grandes joies et de grand bonheur.

    Chaque famille, même la plus classique, est un peu une « histoire sacrée », parfois même un roman, avec la croissance des enfants, les aventures des adolescents, les hauts et les bas des parents, la présence des grands-parents, etc. Comment accompagner cette réalité quotidienne fondamentale pour tous ? Ce sont les problèmes classiques de la vie de famille, qui s’ajoutent aux nouveaux problèmes.

    A propos du chapitre 8 de cette Exhortation, qui suscite aujourd’hui encore d’âpres controverses, Mgr Delville rappelle qu’un jugement négatif sur une situation objective donnée n’infère pas a priori le même sur la culpabilité de la personne. Un double regard est évidemment légitime. A condition de ne pas tomber dans les travers casuistiques dénoncés par Pascal. D’où l’importance  d’une formation adéquate des pasteurs, des confesseurs ou des juges ecclésiastiques dans les sociétés post ou anti chrétiennes :

    « Le chapitre 8, qui est le plus original, s’intitule Accompagner, discerner et intégrer la fragilité (291-312). Le pape y parle en “je” régulièrement. Il s’agit dans ce chapitre de mettre en valeur une morale en situation, sur le terrain concret, une morale ancrée dans l’histoire humaine. Cette capacité de cerner les cas de conscience, qu’on appelle aussi la casuistique, est une spécialité des jésuites et manifestement, un terrain favori du pape. Il insiste sur la gradualité en pastorale, qui est une notion déjà développée par Jean-Paul II (295). Il montre que beaucoup de situations pratiques sont loin de l’idéal. Il insiste donc sur le discernement dans les situations appelées irrégulières. C’est le lieu de la pédagogie divine, dont parlait le synode (297). Les divorcés qui vivent une nouvelle union, par exemple, peuvent se trouver dans des situations très diverses, qui ne doivent pas être cataloguées ou renfermées dans des affirmations trop rigides (298). La logique de l’intégration est la clé de leur accompagnement pastoral (299).

    Un double langage ?

    Grâce à la rencontre pastorale concrète entre une personne et un pasteur, on évite le risque qu’un certain discernement porte à penser que l’Église soutiendrait une double morale (300) : le pape introduit donc ici la réponse à une objection et il valorise un élément qui lui est cher : la conversation et le dialogue comme base du comportement.

    Les circonstances atténuantes

    L’Église possède une solide réflexion sur les conditionnements et les circonstances atténuantes (301). Un sujet, tout en connaissant bien la norme, peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir autrement ou de prendre d’autres décisions sans commettre une nouvelle faute (301). C’est pourquoi un jugement négatif sur une situation objective n’implique pas un jugement sur l’imputabilité ou sur la culpabilité de la personne impliquée (302). Le pape se base sur saint Thomas d’Aquin, qui montre que, quand on passe du général au particulier, il règne toujours une certaine indétermination (304). Il est possible que, dans une situation objective de péché, qui n’est pas subjectivement coupable ou pas totalement, on puisse vivre dans la grâce de Dieu, on puisse aimer et on puisse grandir dans la vie de grâce et de charité (305).

    Le blanc et le noir, ou ne pas juger

    Le pape insiste sur la nécessité de dépasser une analyse manichéenne. En croyant que tout est blanc ou noir, parfois nous enfermons le chemin de la grâce et de la croissance et nous décourageons des parcours de sanctification (305). Dans n’importe quelle circonstance, face à ceux qui ont de la difficulté à vivre pleinement la loi divine, doit résonner l’invitation à parcourir la via caritatis. La charité fraternelle est la première loi des chrétiens (306).

    La prise en compte de la fragilité

    Le pape réfléchit sur la notion de fragilité : Je crois sincèrement que Jésus veut une Église attentive au bien que l’Esprit répand au milieu de la fragilité (308). Les pasteurs qui proposent l’idéal de l’évangile et la doctrine de l’Église aux fidèles doivent aussi les aider à assumer la logique de la compassion envers les personnes fragiles et éviter les persécutions ou les jugements trop durs et impatients. L’évangile lui-même nous demande de ne pas juger et de ne pas condamner (cf. Mt 7,1) (308). Nous sommes appelés à vivre de miséricorde (…). Ce n’est pas une proposition romantique ou une réponse faible face à l’amour de Dieu, qui toujours veut promouvoir les personnes, parce que la poutre qui soutient la vie de l’Église est la miséricorde (310).

    Pas une réflexion en chambre, mais une morale en conversation

    Le pape fournit la clé herméneutique de son approche en écrivant : Ceci fournit un cadre et un climat qui nous empêchent de développer une morale froide de bureau quand nous traitons les thèmes les plus délicats ; c’est un cadre qui nous place plutôt dans un contexte de discernement pastoral chargé d’amour miséricordieux, toujours disposé à comprendre, à pardonner, à accompagner, à espérer et surtout à intégrer (312). J’invite les fidèles qui vivent des situations complexes à s’approcher avec confiance dans une conversation avec leurs pasteurs ou avec des laïcs qui vivent dédiés au Seigneur (…). Et j’invite les pasteurs à écouter avec attention et sérénité, avec le désir sincère d’entrer dans le cœur du drame des personnes et de comprendre leur point de vue, pour les aider à vivre mieux et à reconnaître leur place dans l’Église (312). ».

    Ref. Liège à Lourdes

    JPSC

  • Quand le pape François veut élargir la vision de la famille

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    De Nicolas Senèze sur le site du journal La Croix :

    Le pape confirme sa vision large de la famille

    En refondant l’Institut Jean-Paul II, le pape François veut élargir son approche du mariage et de la famille. Un pari risqué alors que les opposants au pape sur ces sujets ne désarment pas.

    En choisissant de faire évoluer l’Institut Jean-Paul-II sur le mariage et la famille, François savait qu’il touchait à l’héritage du pape polonais en matière de famille. Cet institut, voulu par Jean-Paul II en 1981 pour promouvoir la recherche théologique sur le mariage et la famille, s’était transformé en conservatoire de la pensée wojtylienne, quitte à refuser toute autre vision.

    En pleine continuité avec son discours d’octobre 2016 où il l’invitait à renouveler son regard sur la sexualité et la famille pour prendre en compte la complexité de l’existence et les situations concrètes, François le transforme donc en un Institut pontifical théologique pour les sciences du mariage et de la famille qui devra élargir ses perspectives. (lire ci-dessous).

    Une vision élargie de la famille

    « On y étudiera l’histoire et le droit de la famille, sujets qui ne sont pas actuellement présents de manière assez robuste dans l’Institut », explique ainsi son chancelier, Mgr Vincenzo Paglia, qui souligne aussi l’apparition de nouveaux champs d’études : « Toutes les questions du genre, du soin de la Création confiée à l’homme et à la femme, les relations entre les générations, les questions de paternité et de maternité… »

    Des thèmes peu acceptables pour les opposants du pape sur ces sujets. Ceux-ci n’ont pas désarmé depuis le Synode sur la famille auquel l’institut n’avait pas réussi à fournir une réflexion crédible, tandis que plusieurs de ses professeurs critiquaient vertement l’exhortation apostolique Amoris laetitia.

    Une véritable guérilla

    Dans certains pays, comme aux États-Unis, c’est même une véritable guérilla qui est menée contre tous ceux qui entendent se placer dans cette vision élargie de la famille promue par le pape. Récemment, le jésuite James Martin, pourtant consulteur du Secrétariat pour la communication, a vu annulées plusieurs de ses conférences sur son livre appelant à Bâtir un pont avec les homosexuels, à la suite d’une campagne sur Internet. L’ouvrage avait pourtant reçu l’appui du cardinal Kevin Farrell, préfet du dicastère pour la famille, les laïcs et la vie.

    De son côté, Rebecca Bratten Weiss, fondatrice du New Pro-Life Movement, qui essaye d’aborder les questions pro-vie au-delà de la seule question de l’avortement, a été licenciée de la très conservatrice Université franciscaine de Steubenville (Ohio) après une campagne similaire.

    « Aux États-Unis, les catholiques conservateurs ne sont pas du tout ouverts à la compréhension dynamique de François, explique le théologien Massimo Faggioli, professeur à l’Université Villanova, près de Philadelphie. Pour eux, il y a un bloc composé du Catéchisme de l’Église catholique, de l’enseignement de Jean-Paul II et des décisions des années 1980-1990 de la Congrégation pour la doctrine de la foi en matière morale. Et tout changement dans les structures héritées de Jean-Paul II est inacceptable. »

    Une vision relayée par des médias très puissants

    Cette vision intangible est relayée par des médias très puissants qui rendent parfois compte de manière biaisée de l’enseignement de François. « Ici, nous sommes très focalisés sur le monde anglo-saxon. Tout ce qui n’est pas écrit en anglais est ignoré, explique Massimo Faggioli. Pour eux, François est un étranger qu’ils ne comprennent pas, et dont la légitimité est mise en doute. »

    Ce qui explique le succès dans ces milieux des « dubias », les doutes émis l’année dernière par quatre cardinaux, dont l’Américain Raymond Burke et l’Italien Carlo Caffarra, mort il y a quelques jours et président-fondateur de l’Institut Jean-Paul-II. Le fait que le motu proprio Summa familiae cura de François ait été publié un an jour pour jour après la lettre des cardinaux au pape apparaît ainsi clairement comme une réponse du pape. Dans son texte, il prend d’ailleurs grand soin d’expliquer longuement la continuité de sa vision de la famille avec celle de Jean-Paul II, qu’il refuse de voir érigée en système clos.

    Pour Mgr Paglia, s’il n’y a pas de « prise de distance avec les inspirations de Jean-Paul II », François « élargit la perspective, d’une focalisation seulement sur la théologie morale et sacramentelle à une vision biblique, dogmatique et historique qui tient compte des défis contemporains ». Pour le pape, ajoute-t-il, « la famille n’est pas un idéal abstrait mais une réalité majeure de la société : toutes les familles, sans distinction doivent être aidées et accompagnées pour redécouvrir leur mission historique, que ce soit dans l’Église ou dans la société ».

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    « Regarder avec un sage réalisme la réalité de la famille »

    « Le changement culturel et anthropologique qui influence aujourd’hui tous les aspects de la vie et demande une approche analytique et diversifiée impose de ne pas nous limiter à des pratiques pastorales et missionnaires reflétant des formes et des modèles du passé. Nous devons être des interprètes conscients et passionnés de la sagesse de la foi dans un contexte où les individus sont moins soutenus que par le passé par les structures sociales dans leur vie affective et familiale. Dans la proposition si limpide de rester fidèles à l’enseignement du Christ, nous devons donc regarder avec une intelligence pleine d’amour et un sage réalisme la réalité de la famille aujourd’hui, dans toute sa complexité avec ses parts d’ombre et de lumière. »

    Extrait du motu proprio Summa familiae cura du pape François.

  • "Amoris laetitia" au vent des orientations pastorales des conférences épiscopales ?

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    Du site "Présence - Information religieuse" (Canada) :

    Besoin «urgent» d'orientations pastorales sur Amoris laetitia 

    Le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques et ex-archevêque de Québec, a demandé hier aux évêques canadiens de faire connaître sans délai leur réaction commune à l’exhortation apostolique Amoris laetitia sur la famille et le mariage et d’émettre des orientations sur les applications pastorales qu’entraînent ce texte rédigé par le pape François il y a plus d’un an.

    Rendu public en avril 2016 après deux rencontres synodales sur la famille et l’Église, le contenu d’Amoris laetitia est toujours débattu dans plusieurs cercles catholiques, principalement en raison de son chapitre 8 consacré à la question des situations «irrégulières», dont celle des divorcés-remariés et de leur accès aux sacrements.

    «Plusieurs conférences épiscopales ont déjà publié des orientations plus précises pour leur contexte, par souci de clarté et d'inculturation», a dit le cardinal Ouellet à tous les évêques du Canada présents à Cornwall, en Ontario, pour l’assemblée plénière annuelle de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC).

    «Un tel exercice m'apparait nécessaire et urgent au Canada où l'on constate un écart béant entre l'enseignement officiel de l'Église et le vécu des couples et des familles», a ajouté le cardinal au début de sa conférence.

    Il a par la suite dressé un sombre portrait de la société canadienne, estimant que cet écart «s'est élargi progressivement après le concile Vatican II sous l'influence d'une culture de la contraception, du divorce et de l'avortement, à telle enseigne que notre pays se signale mondialement par ses législations sur l'avortement sans restriction, l'euthanasie, le pseudo-mariage de personnes de même sexe, le suicide assisté, et que sais-je encore, qui reflète ce que saint Jean-Paul II a déploré comme la culture de mort».

    Le cardinal, né en 1944 dans le village de La Motte, au Québec, a déploré que les précédentes «interventions magistérielles sur la famille (ndlr: l’encyclique Humanae vitae et l’exhortation apostolique Familiaris consortio) ont reçu un accueil mitigé, voire passivement dissident de la part de théologiens et de pasteurs, ce qui n'a pas favorisé leur mise en œuvre pastorale».

    Le chapitre 8

    Le cardinal Marc Ouellet s’est ensuite longuement attardé au contenu d’Amoris laetitia, un texte qui compte 325 paragraphes et près de 400 notes de bas de page. Il reconnaît que c’est par un chapitre, le huitième, que cette exhortation apostolique s’est «d’abord imposée à l’attention du public, réjouissant les uns, inquiétant les autres, mais ne laissant personne indifférent».

    Dans ce chapitre intitulé Accompagner, discerner et intégrer la fragilité, «certains y ont vu enfin la bonne nouvelle d’une ouverture, si minime soit-elle, vers un accès aux sacrements pour les personnes divorcées et remariées. D’autres ont regretté une telle ouverture qui risque, selon eux, d’instaurer une rupture avec la doctrine et la discipline traditionnelles de l’Église catholique.»

    Mais «toute interprétation alarmiste dénonçant un bris de continuité avec la tradition, ou bien laxiste célébrant un accès enfin concédé aux sacrements pour les divorcés remariés, est infidèle au texte et à l’intention du pape», a affirmé le cardinal Ouellet.

    Le pape François propose plutôt une nouvelle méthode pastorale, qui ne se limite pas aux familles en situation irrégulière. Cette méthode se résume dans «les trois verbes accompagner, discerner, intégrer».

    Accompagner les couples et les familles, c’est «avoir confiance en la grâce à l’œuvre dans la vie des personnes». S’il faut, dit le cardinal «garder bien en vue l’idéal chrétien», il faut aussi intervenir «en ayant aussi en tête le principe de la gradualité, qui ne signifie pas la 'gradualité de la loi', mais la gradualité de l’assimilation de ses valeurs par les sujets».

    Discerner les situations irrégulières est un art qui fait «appel à des principes qui permettent de définir les situations et leurs causes, les circonstances atténuantes, les changements possibles selon la conscience morale des personnes et les cas d’exceptions compte tenu de la distance entre la norme générale et les situations particulières». Ce discernement va jusqu’à reconnaître «la possibilité de vivre subjectivement en grâce dans une situation objective de péché», une notion d’Amoris laetitia qui est fortement contestée par des théologiens conservateurs.

    Une telle attitude pastorale «peut ouvrir à recevoir l’aide des sacrements de pénitence et d’eucharistie dans certains cas», admet le cardinal. Mais cet accès aux sacrements, qu’il ne faut ni généraliser ou banaliser, doit être «discerné soigneusement dans une logique de miséricorde pastorale».

    Il est donc erroné de voir ces exceptions comme «un changement de la doctrine ou de la discipline sacramentelle», a dit le cardinal. Il s'agit d'une «une application plus différenciée et adaptée aux circonstances concrètes et au bien des personnes».

    Conversion du regard

    Pour l’ancien archevêque de Québec, Amoris laetitia oblige dorénavant les pasteurs «à une conversion du regard et à une attitude d’accueil».

    Les prêtres et les évêques doivent «s’efforce[r] de valoriser le bien déjà existant dans la vie des personnes et de les accompagner progressivement vers une réponse plus complète au dessein de Dieu sur leur vie».

    Plutôt que de condamner les couples en situations difficiles, ils doivent «voir les valeurs concrètement vécues dans la diversité des situations et accompagner les personnes dans leur recherche de vérité et leurs choix moraux correspondants».

    Il revient aussi aux pasteurs «de discerner les pas à faire pour vivre en plénitude le sacrement déjà reçu, ou pour cheminer peu à peu vers sa réception consciente et fructueuse, ou encore pour régulariser une situation objectivement irrégulière, mais pas toujours moralement imputable».

    Il résume ainsi cette conversion du regard. Cela «consiste à voir non seulement la norme plus ou moins parfaitement vécue, mais la personne concrète dans sa tension vers le bien, de valoriser ce qu’elle vit et de l’accompagner dans le discernement progressif des choix possibles pour une sainteté plus grande ou une intégration plus pleine à la communauté ecclésiale».

    Peu importe leur «statut public de fidèle bien en règle, de catéchumène en chemin, de baptisé distant, de concubin ou de divorcé remarié», tous méritent d’être accueillis par l’Église qui doit mener, au lendemain de la publication d’Amoris laetitia, une «salutaire réaction d’autocritique».

  • Pourquoi je ne signe pas la lettre de correction fraternelle adressée au pape

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    Contrairement à Stéphane Mercier qui a signé la "Correction fraternelle", Arnaud Dumouch n'y apposera pas sa signature :

    Pourquoi je ne signe pas la lettre de correction fraternelle adressée au pape François. 

    Cette lettre porte sept questions, sept reproches présentés comme de possibles hérésies du pape François. En voici le résumé :

    http://www.belgicatho.be/archive/2017/09/24/les-sept-heresies-d-amoris-laetitia-5982773.html

    RAPPEL : Le pape soutiendrait ces 7 propositions :

    1. Certains commandements du Seigneur sont inaccessibles à certains hommes, même avec la grâce de Dieu.
    2. La vie sexuelle des chrétiens divorcés remariés n’est pas obligatoirement un état de péché mortel et peut parfois coexister avec la grâce.
    3. Un chrétien pourrait volontairement choisir de la violer une loi divine connue de lui sans commettre un péché mortel.
    4. Il pourrait arriver qu’une personne pèche en en obéissant à la loi divine.
    5. Un chrétien divorcé pourrait juger en conscience qu’il est des cas où une vie conjugale dans un nouveau mariage civil serait bonne.
    6. Il n’y aurait pas d’interdits négatifs et d’actes qui par soi, seraient toujours gravement illicites.
    7. Il serait possible de changer la pastorale des divorcés remariés en les autorisant à recevoir les sacrements.

    Je ne pense pas qu’il s’agit là d’"hérésies" du pape François car je pense qu’il ne soutient aucune de ces sept propositions (sauf peut-être la septième). Pour les personnes qui désirent approfondir, je propose cette vidéo dont les 9 premières minutes me semblent suffire à expliquer que le pape n’a aucune intention de soutenir une nouvelle doctrine universelle.

    Mais voici, pour résumer :

    L’intention du pape est simplement PASTORALE. Il se situe au niveau d’histoires concrètes qu’il a rencontré comme pasteur de terrain, et dont il demande aux pasteurs de tenir compte.

    Voici un exemple très simple qui permet de comprendre la différence entre "Doctrine universelle" et "cas particulier'".

    VOICI UNE DOCTRINE UNIVERSELLE : "Tuer de manière préméditée un innocent est-il TOUJOURS un acte gravissime ?" REPONSE : Oui, toujours.

    ET VOICI UN CAS PARTICULIER QUI SEMBLE LA CONTREDIRE : "Franck fait de l'alpinisme en cordée. Sa cordée dévisse et reste suspendue avec ses trois compagnons par un unique piton qui ne peut supporter que trois personnes et qui va se détacher incessamment. Il coupe la corde en dessous de lui et le quatrième homme tombe et se tue. A-t-il commis un péché mortel commettant volontairement cet acte ? REPONSE : Bien sûr que non. A-t-il commis un acte gravissime qui le maquera toute sa vie : Bien sûr que oui.

    Que prouve cet exemple ? Que la doctrine universelle est essentielle comme la lumière du soleil mais qu’elle ne peut suffire à résoudre le réel concret de nos vies.

    Je trouve pourtant matière à critiquer le silence du pape face à ces doutes qui lui sont envoyés.

    La confiance qu’il accorde aux pasteurs de terrain face à ces cas particuliers est un risque terrible et le pape semble ignorer la gravité de la crise théologique que connaît l’Occident. Les fumées de Satan dénoncées par Paul VI se manifestent de nouveau partout car elles n’attendaient que cette liberté pour surgir. Ainsi en est-il de la décision catastrophique prise en Belgique par l’association des frères de la Charité qui aboutit à introduire l’euthanasie des handicapés. Pour se justifier, les tenants de cette décision se font même « Magistère universel » et écrivent au pape : « Absolutiser une proposition universelle, à savoir la défense de la vie de sa conception à sa mort naturelle, est une forme d’idolâtrie car seul Dieu est absolu ». Ainsi, le pape est déclaré idolâtre par des gens qui ne voient même plus qu’ils mettent gravement en danger la vie des pauvres.

    Nous sommes face à un vrai risque de relativisme et certains sont prêts, au nom de cette souplesse de la pastorale du terrain, à tout autoriser, y compris les plus grandes folies individuelles.

    Tel n’est pas l’évangile du Christ qui se reconnaît toujours de la façon suivante : « En lui, vérité et amour s’unissent, justice et paix s’embrassent ».