De Claire Lesegretain sur le site du journal La Croix :
Des artistes et intellectuels appellent à « sauver le patrimoine musical » de Notre-Dame de Paris
À la suite de l’annonce du licenciement du chef de chœur grégorien à la Maîtrise de Notre-Dame, près d’une trentaine d’écrivains, de médiévistes, de musiciens et de théologiens, ont publié dans Le Figaro du vendredi 27 décembre une tribune pour éviter cette « catastrophe cultuelle ».
27/12/2019
Depuis l’incendie du 15 avril, l’association Musique sacrée à Notre-Dame de Paris (MSNDP), qui gère la Maîtrise de Notre-Dame, connaît de graves difficultés financières. Le 17 décembre, la MSNDP annonçait le licenciement de cinq enseignants, dont Sylvain Dieudonné, chef de chœur grégorien et chef de département de musique sacrée médiévale.
La MSNDP avait justifié ces licenciements comme des mesures d’assainissement budgétaire indispensables, du fait de « la réduction substantielle » de la saison de concerts et de la perte « d’un quart » de son budget de fonctionnement. Mais l’association avait assuré que ces mesures « n’entraînent nullement l’arrêt de la pratique du chant grégorien et de la musique médiévale, ni de leur enseignement ».
Toutefois, l’annonce de ce licenciement a provoqué une vive émotion, tant parmi les chanteurs de la Maîtrise que dans les cercles universitaires, musicaux et médiévistes.
Ainsi, pour « sauver le patrimoine musical de Notre-Dame », un collectif « d’artistes et d’intellectuels » a publié, vendredi 27 décembre dans Le Figaro, une tribune pour demander le maintien de Sylvain Dieudonné.
Depuis plus de vingt-cinq ans
Le travail de ce « musicien érudit et musicologue » à la MSNDP, depuis plus de vingt-cinq ans, « représente un actif patrimonial, culturel et liturgique incomparable », indiquent les auteurs de cette tribune. « Il a mis à jour le patrimoine musical propre à la cathédrale, révélant une authentique école de Paris qui, du XIIe au XVIe siècles, a produit un répertoire d’une très haute valeur musicale. »
Parmi les signataires de cette tribune collective, on compte une dizaine d’intellectuels - dont Jean-Luc Marion et Michel Zink, de l’Académie française, et Anne-Marie Pelletier, théologienne -, quelques religieux - dont Hervé Courau, abbé de Notre-Dame de Triors, et Daniel Saulnier, moine de Solesmes - et une quinzaine de musiciens - Brigitte Lesne, directrice des ensembles Discantus et Alla Francesca ; Nicolas Bucher et Vincent Warnier, organistes ; Raphaël Picazos, professeur de polyphonies médiévales ; Rachid Safi, chanteur ; Dominique Visse, chef de l’ensemble Clément Janequin…
Tous rappellent qu’outre la messe en grégorien tous les dimanches matin (maintenant à Saint-Germain l’Auxerrois), chacun des concerts proposés par le chef de chœur grégorien de la Maîtrise était « un événement », avec instruments anciens restaurés et mise en scène valorisant la cathédrale. « Ils drainaient un public nombreux et fidèle et magnifiaient l’écrin de Notre-Dame. »
« Une décision aberrante »
« A-t-on besoin d’une énième chorale pour produire un Requiem de Mozart ou a-t-on besoin d’une maîtrise de Notre-Dame de Paris ? », interrogent les signataires qui n’hésitent pas à considérer que ce licenciement de Sylvain Dieudonné est « une décision aberrante d’un point de vue patrimonial, culturel et cultuel ».
Ils soulignent que la Maîtrise Notre-Dame de Paris est « une institution rendue possible par le dévouement des enfants et de leurs parents et une équipe professionnelle aujourd’hui humiliée par des décisions brutales ».
Les signataires souhaitent donc « alerter tous ceux qui sont attachés à la vie de la cathédrale, dans ses murs comme hors des murs et ceux pour qui le patrimoine musical médiéval et Renaissance constitue l’un des autres trésors de Notre-Dame ».
Ils demandent à l’archevêque de Paris et au chapitre cathédral de leur « assurer que le diocèse sait quoi faire de la cathédrale malgré l’incendie et l’incertitude créée ».
« Celui qui aujourd’hui veut entrer dans l’église de la Nativité de Jésus à Bethléem découvre que le portail, qui un temps était haut de cinq mètres et demi et à travers lequel les empereurs et les califes entraient dans l’édifice, a été en grande partie muré. Est demeurée seulement une ouverture basse d’un mètre et demi. L’intention était probablement de mieux protéger l’église contre d’éventuels assauts, mais surtout d’éviter qu’on entre à cheval dans la maison de Dieu. 

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Une provocation de plus dans l’agitation qui déstabilise l’Eglise universelle ? Jean-Marie Guénois, rédacteur en chef au Figaro, responsable des affaires religieuses, a suivi tout le synode sur l’Amazonie à Rome. Il témoigne pour le mensuel « La Nef » dans son numéro de décembre 2019 : 