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Persécutions antichrétiennes

  • Un témoin de la présence de Dieu : Edith Stein (9 août)

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    edith-stein.jpgSainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein)

    Carmélite déc., vierge, martyre, co-patronne de l'Europe (12 octobre1891 – 9 août 1942)

    Source : http://www.vatican.va/

    « Inclinons-nous profondément devant ce témoignage de vie et de mort livré par Edith Stein, cette remarquable fille d’Israël, qui fut en même temps fille du Carmel et sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, une personnalité qui réunit pathétiquement, au cours de sa vie si riche, les drames de notre siècle. Elle est la synthèse d’une histoire affligée de blessures profondes et encore douloureuses, pour la guérison desquelles s’engagent, aujourd’hui encore, des hommes et des femmes conscients de leurs responsabilités ; elle est en même temps la synthèse de la pleine vérité sur les hommes, par son cœur qui resta si longtemps inquiet et insatisfait, « jusqu’à ce qu’enfin il trouvât le repos dans le Seigneur » ». Ces paroles furent prononcées par le Pape Jean-Paul II à l’occasion de la béatification d’Edith Stein à Cologne, le 1er mai 1987.

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  • Saint Sixte II, le martyre d'un pape et de ses compagnons (7 août)

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    D'Ermes Dovico sur la NBQ :

    Saint Sixte II, le martyre d'un pape et de ses compagnons

     

    Aujourd'hui, nous célébrons la mémoire liturgique de saint Sixte II et de ses compagnons, martyrisés en 258 lors des persécutions de Valérien pour avoir refusé d'abjurer le Christ et d'offrir des sacrifices aux dieux païens. Nous lisons également la lettre de saint Cyprien et l'histoire de saint Jean Bosco.

    07/08/2026
    Sixte II (tableau de Sandro Botticelli, extrait)

    Pape et martyr : une association fréquente aux premiers siècles du christianisme. Sixte II, saint pape et martyr, est par exemple l'un des saints célébrés aujourd'hui. Il retourna à la maison du Père après moins d'un an de pontificat, précisément le 6 août 258, jour où il subit le martyre sous l'empereur Valérien. Le même jour, selon le Liber Pontificalis , six des sept diacres de Sixte II furent martyrisés : Agapitus et Felicissimus, Januarius, Magnus, Vincent et Étienne. La mémoire liturgique de ces six diacres, inscrite au calendrier romain général, est liée à celle de Sixte II et est célébrée aujourd'hui, le 7 août, au lendemain de leur martyre (elle ne coïncide donc pas avec la fête de la Transfiguration du Seigneur). Le 10 août de cette même année, le dernier diacre de l'Église de Rome encore vivant, et de loin le plus célèbre des sept, saint Laurent, supérieur du même collège de diacres, reçut la palme du martyre.

    Si ces traits essentiels sont effectivement inclus dans le Martyrologe romain (qui, outre celui du Pape, ne cite que les noms d’Agapitus et de Félicissime, mais parle néanmoins de quatre autres « diacres » martyrisés le 6 août), il faut dire que les sources ne s’accordent pas sur certains éléments, notamment sur les circonstances du martyre (pour une analyse critique, on peut consulter l’article rédigé par Francesco Scorza Barcellona et que Treccani, dans son Encyclopédie des papes, consacre à Sixte II).

    La plus ancienne source conservée est une lettre de saint Cyprien de Carthage (210-258), adressée à Successus, évêque d'Abbir Germaniciana. Ce document revêt une importance capitale, car il fut rédigé quelques jours après le martyre de Sixte II et de ses compagnons. Saint Cyprien y rapporte le retour de Rome de plusieurs hommes qu'il avait envoyés dans la Ville éternelle « afin qu'ils puissent s'enquérir de la vérité et nous la rapporter ». À quelle vérité faisait-il référence ? Plus précisément, au nouvel édit de Valérien contre les chrétiens, le second en l'espace d'un an. Dans le premier, en août 257, l'empereur avait interdit les rassemblements chrétiens, exigeant des évêques et des prêtres qu'ils abjurent leur foi sous peine d'exil. Le second édit, en 258, durcissait les mesures jusqu'à exiger la peine de mort pour les chrétiens qui refusaient d'abjurer. Saint Cyprien lui-même allait bientôt être victime de cette nouvelle persécution contre la foi, le 14 septembre 258. Dans cette lettre, écrite peu avant son martyre, il rapportait : « Valérien a envoyé un rescrit au Sénat dans lequel il a décidé que les évêques, les prêtres et les diacres soient immédiatement punis ( incontinenti animadvertantur ) ; que les sénateurs, les hommes de haut rang et les chevaliers romains perdent leur dignité et soient également privés de leurs biens ; et si, une fois privés de leurs biens, ils persistent à se déclarer chrétiens, ils doivent également perdre la tête ; que les matrones soient privées de leurs biens et envoyées en exil. » Etc.

    Poursuivant sa lettre, l'évêque de Carthage rapportait le martyre du pape : « Sixte a été martyrisé au cimetière le huitième jour des Ides d'août [c'est-à-dire le 6 août, ndlr ], avec quatre diacres. » Il est possible qu'en plus de ces quatre diacres martyrisés avec le pape et mentionnés par saint Cyprien, deux autres diacres aient également subi le martyre le même jour. Comme mentionné précédemment, parmi les diverses lectures, hagiographies et interprétations de l'événement, figure l'hypothèse retenue dans le Martyrologe, qui relate le 7 août : « Mémoire de saint Sixte II, pape, et de ses compagnons. Martyrs. Le pape Sixte, alors qu'il célébrait la messe et expliquait la loi divine aux fidèles, fut arrêté par des soldats et décapité sur-le-champ, conformément à l'édit de l'empereur Valérien, le 6 août. Quatre diacres subirent également le martyre avec lui et furent inhumés avec le pontife à Rome, au cimetière Saint-Calixte, sur la voie Appienne. Ce même jour, ses diacres, saints Agapit et Félicissime, furent également martyrisés au cimetière de Prétexte, où ils furent également inhumés. »

    Parmi les hagiographies du pape dont on se souvient aujourd'hui, celle de saint Jean Bosco mérite une mention particulière : Le Pontificat de saint Sixte II et les Gloires de saint Laurent le Martyr , publiée en 1860 par le fondateur des Salésiens. Ce texte, qui fait partie de la série de biographies des papes écrites par Don Bosco, présente le futur Sixte II comme un Grec de naissance (comme le décrit le Liber Pontificalis ), fils de Gentils et philosophe (cette dernière qualification a été contestée car elle est liée à un ouvrage, les Sententiae Sexti , un temps attribué à Sixte II mais plus tard jugé apocryphe par le Decretum Gelasianum ). Sixte, en quête de vérité, se serait converti puis serait arrivé à Rome, où il aurait fait de « grands progrès en doctrine et en vertu », au point d'acquérir une grande renommée auprès de tout le clergé romain. Un jour, sur le chemin du retour d'un concile à Tolède auquel il avait été envoyé par le pape, il fit halte dans ce qui est aujourd'hui Saragosse. Là, l'évêque Valère lui parla des vertus d'un jeune ecclésiastique nommé Lorenzo. Sixte fut tellement impressionné qu'il voulut le rencontrer et l'emmener avec lui à Rome.

    Après le martyre du pape Étienne Ier , le clergé choisit comme successeur au trône de Pierre le saint que nous célébrons aujourd'hui, prenant ainsi le nom de Sixte II. Le nouveau pontife, poussé par Denys d'Alexandrie, dut faire face à l'hérésie de Sabellius et à la question du baptême administré par les hérétiques, qui, sous le pontificat précédent, avait engendré des tensions entre le Saint-Siège et certaines Églises africaines et asiatiques. Par ailleurs, la persécution qui avait causé la mort de son prédécesseur s'intensifia, suite au second édit de Valérien. Don Bosco, se référant à une version qui semble différente de celle figurant actuellement dans le Martyrologe, rapporte que saint Sixte II reçut l'ordre de se présenter, avec le clergé, devant l'empereur. Avant de se rendre auprès de Valérien, le pape souhaita s'adresser ainsi à ses prêtres et diacres : « Mes frères et compagnons, le temps de la persécution est de retour ; nous devons être mis à l'épreuve. Mais n'ayez pas peur, ne soyez pas terrifiés par les maux qui nous menacent. Souvenons-nous de l'exemple des saints martyrs qui nous ont précédés. Leur courage leur a permis d'endurer toutes sortes de tourments pour obtenir la palme du martyre et la vie éternelle. Notre Seigneur Jésus-Christ, avant tout, nous en a donné un exemple éclatant ; il a souffert la Passion la plus douloureuse pour nous donner le courage de souffrir. »

    Peu après, poursuit Don Bosco, des gardes arrivèrent et ligotèrent le pape et les diacres Agapitus et Félicissime, avant de les conduire devant l'empereur. Ce dernier tenta à plusieurs reprises, et avec insistance, de persuader Sixte II d'offrir un sacrifice aux divinités païennes, mais en vain. Même la prison ne put briser le pontife qui, de fait, avec ses compagnons de martyre, avertit les bourreaux (dont Valérien) de leur sort éternel. Finalement, Sixte fut conduit dans une catacombe près du temple de Mars et y fut décapité.

    D'après les écrits de Don Bosco , saint Laurent fut arrêté le 6 août, après avoir exécuté l'ordre que lui avait donné Sixte II de distribuer les biens de l'Église aux pauvres. Quatre jours plus tard, il connut le « triomphe le plus glorieux » et, par conséquent, le « martyre le plus douloureux » que le pontife, consolant Laurent qui souhaitait partager son sort, avait prophétisé.

  • Les 200 martyrs du monastère de Cardena

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    Du site "1000 raisons de croire" :

    La terre de Cardena de souvient du martyr des 200 moines

    L’Espagne des IX et Xe siècles est en pleine expansion mahométane. Les razzias des troupes musulmanes d’Abd al-Rahman III, au service du tout nouveau califat de Cordoue, font rage et détruisent tout sur leur passage. C’est dans ce contexte que le monastère Saint-Pierre de Cardena, proche de Burgos, immense et florissant avec ses quelque deux cents moines, est ciblé. Si les historiens ne s’accordent pas sur l’année du massacre, ils confirment tous que le martyre eut bien lieu, un 6 août, dans le courant du IXe ou début Xe siècle. L’atrocité des faits marque considérablement les esprits, autant que le courage du père abbé, Étienne, qui, par son exemple de foi, procure aux autres moines le courage de rester fidèles jusqu’au bout. Un miracle surprenant s’ensuit : chaque année, au jour anniversaire, le sol du cloître où sont morts les martyrs se recouvre mystérieusement de sang frais, qui disparaît le lendemain. La reconnaissance de ce miracle, ainsi que la canonisation des moines par le pape Clément VIII en 1603, s’accompagne de la diffusion de leur culte et de leurs reliques dans toute l’Espagne. Aujourd’hui, des moines trappistes font rayonner ce lieu et sont témoins du retour à la foi de nombreux fidèles par leur intercession.


    Les raisons d'y croire

    • Les faits sont suffisamment rares et d’une telle brutalité qu’ils ont marqué l’histoire chrétienne, ce qui exclut qu’ils soient le fruit de l’invention. Le nombre impressionnant de 200 moines (certaines sources parlent de 300) est connu grâce à un texte signé et paraphé par 204 moines à leur entrée au noviciat quelques années auparavant, à la Noël 921. Selon le Becerro (codex du monastère), il n’est en outre pas étonnant de constater autant de vocations dans le contexte de Reconquista de l’époque face à l’avancée de l’islam.
    • La première chronique chrétienne qui rapporte les faits vient du roi Alphonse X de Castille, en 1262. Il y est question de 300 moines massacrés : « Ils gisent tous ensevelis dans le cloître. » Deux pierres portant une épitaphe gravée en leur honneur y furent scellées.
    • Le miracle du sang est attesté à plusieurs reprises par les nombreux pèlerins qui viennent se recueillir au cloître du monastère, parmi lesquels le roi Henri IV de Castille. Dans un privilège royal (texte juridique), adressé en 1473 aux moines de San Pedro de Cardena, celui-ci confirme le miracle dans son préambule : « Par eux, chaque année, notre Seigneur fait un miracle, qu’au jour où ils furent égorgés, le sol du cloître où ils furent ensevelis apparaît de couleur de sang. » Ce prodige dure jusqu’à la fin du XVe siècle, jusqu’à l’expulsion des Arabes de la péninsule ibérique par les rois catholiques, ce qui augmente leur foi.
    • Le bref de canonisation émis par le pape Clément VIII en 1603 reconnaît la mort des 200 moines et le miracle du sang.
    • Plus tard, Francisco de Berganza, bénédictin et historien du XVIIIe, effectue un travail titanesque de recherches sur le monastère en écrivant Las antigüedades de España. Il insiste sur le caractère répété du signe : le cloître se couvre de ce liquide rouge le 6 août, jour de leur martyre, puis il sèche le lendemain, et ce chaque année.
    • On apprend par Berganza que le père abbé, prénommé Étienne, se sachant en danger, réunit ses moines pour une allocution émouvante, rapportée certainement par un survivant : « Réconfortés, les moines, par la doctrine et l’exemple du saint abbé, unanimes et conformes, attendirent les Maures pour recevoir la couronne du martyre. » C’est leur foi en Jésus-Christ, à la fois personnelle et commune, qui porte les moines à faire face à l’ennemi.
    • Du côté des Maures, on détient aussi un récit, publié en 1981, de Ibn Ḥayyan, grand historien musulman de Cordoue du Xe siècle, qui décrit les campagnes du calife Abd al-Rahman III, dont celle de 934 à Cardena. On prend la mesure del’horreur et de l’ampleur de l’attaque : les musulmans veulent piller des trésors qu’ils pensaient trouver là, mais le père abbé Étienne leur répond que le plus grand trésor est le cœur des moines. Cette réponse ne leur plaisant pas, « les moines furent criblés de flèches avec fureur et traversés par les alfanges, piétinés par les chevaux, le sang versé trempant le sol ».
    • Le Catéchisme de l’Église catholique explique que « le martyre est le suprême témoignage rendu à la vérité de la foi » (§ 2473). Suivre le Christ signifie le suivre également dans la douleur et accepter les persécutions par amour de l’Évangile (cf. Mt 24,9-14 Mc 13,9-13 Lc 21, 12-19 ) : « Vous serez détestés de tous à cause de mon nom » ( Mc 13, 13 Jn 15,21 ).
    • Il est également rapporté que le Cid, ce chevalier espagnol héros et figure de la Reconquista espagnole, venait se recueillir au monastère demander la force dans la prière à ces 200 saints.
    • Le père abbé de la communauté trappiste qui occupe aujourd’hui le monastère témoigne de l’impact du martyre sur l’ordre et sur ses moines, qui se sentent fortifiés et encouragés par leur exemple à offrir leur vie à Dieu sur le même lieu où l’ont fait les saints martyrs.

     

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  • La rébellion des Cristeros de 1926 constitue aujourd’hui un avertissement qui donne à réfléchir

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    Du Père Raymond J. de Souza sur le NCR :

    La rébellion des Cristeros de 1926 constitue aujourd’hui un avertissement qui donne à réfléchir

    COMMENTAIRE : Des horreurs sont possibles à notre époque, et dans des endroits qui ne sont pas si lointains.

    Le bienheureux Miguel Agustín Pro (1891–1927), photographié quelques instants avant son exécution par un peloton d'exécution, les bras tendus en forme de croix, est présenté à côté de l'image originale de la tilma de Notre-Dame de Guadalupe.
    Le bienheureux Miguel Agustín Pro (1891–1927), photographié quelques instants avant son exécution par un peloton d’exécution, les bras tendus en forme de croix, est représenté aux côtés de l’image originale de Notre-Dame de Guadalupe sur la tilma. (photo : Wikimedia Commons / Domaine public)

    4 août 2026

    Les catholiques du Canada et des États-Unis ont tendance à admirer la piété populaire du Mexique, dans l’attente du 500e anniversaire des apparitions de Guadalupe, qui aura lieu en 2031.

    Mais il y a 100 ans, le Mexique subissait une violente persécution anticatholique. L’administration des sacrements fut suspendue pendant trois ans, et les fidèles catholiques furent pourchassés et tués. 

    Le pape saint Jean-Paul II décida de célébrer la canonisation des martyrs mexicains lors du Grand Jubilé de l’an 2000 — une année où il se montra particulièrement sélectif quant au choix des saints à canoniser.

    La « Cristiada » ou « rébellion des Cristeros » fut l’une des nombreuses persécutions déplorables qui éclatèrent dans des pays à forte identité chrétienne après la Première Guerre mondiale — qui fut elle-même un échec cuisant de la civilisation chrétienne. Il est plausible que les grandes tendances sécularisantes du XXe siècle aient été en partie le résultat de la perte de crédibilité du christianisme pendant la Grande Guerre.

    Au lendemain de la Première Guerre mondiale, des persécutions antichrétiennes ont éclaté dans des contrées historiquement chrétiennes, notamment en Russie (communisme), en Italie (fascisme) et en Allemagne (nazisme). 

    On oublie souvent le Mexique. Jean-Paul II souhaitait que ce souvenir reste vivant au XXIe siècle.

    « Cristóbal Magallanes et ses vingt-quatre compagnons martyrs appartenaient [pour la plupart] au clergé séculier et trois d’entre eux étaient des laïcs profondément engagés à aider les prêtres », a déclaré Jean-Paul II lors de la canonisation en 2000. « Ils n’ont pas cessé d’exercer courageusement leur ministère lorsque la persécution religieuse s’est intensifiée sur la terre bien-aimée du Mexique, déchaînant la haine contre la religion catholique. Tous ont accepté librement et sereinement le martyre comme témoignage de leur foi, pardonnant explicitement à leurs persécuteurs. … Aujourd’hui, ils sont un exemple pour toute l’Église et pour la société mexicaine en particulier. »

    Que s’est-il passé au Mexique il y a exactement 100 ans ?

    La Révolution mexicaine (1910-1920) a mis fin à une dictature de longue date et a abouti à l’adoption d’une nouvelle Constitution en 1917. Cette Constitution prévoyait des restrictions explicites à la liberté religieuse, visant à réduire l’influence de l’Église catholique sur la société et la culture mexicaines. 

    Le droit de l’Église à enseigner la religion était restreint, ses biens étaient soumis à la disposition du gouvernement, aucun culte public n’était autorisé en dehors des lieux de culte (par exemple, les processions) et il était interdit aux prêtres de porter leur habit ecclésiastique en dehors des églises. (Cette dernière disposition était encore en vigueur lors de la visite de Jean-Paul II en 1979, mais le président mexicain avait symboliquement payé l’amende pour cette infraction.)

    Ces lois antireligieuses et anticatholiques ont causé une grande détresse aux catholiques mexicains et ont été vivement contestées par l’Église au Mexique. Mais les conflits et les crises ont été largement évités, car les dispositions constitutionnelles n’étaient tout simplement pas appliquées. 

    La situation changea avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau président mexicain en 1924, Plutarco Calles. Farouchement anticlérical, il choisit d’appliquer de plus en plus rigoureusement les restrictions constitutionnelles en matière de religion, signant finalement en juin 1926 la « loi Calles », qui imposait une application stricte des mesures anticatholiques à compter du mois suivant. 

    Les évêques mexicains protestèrent avec véhémence, mais en vain. Ils consultèrent le pape Pie XI et, avec son soutien, annoncèrent que la loi Calles rendrait impossibles le culte religieux, les sacrements et l’enseignement ; par conséquent, tous les services religieux nécessitant la présence d’un prêtre — y compris la Sainte Messe et les sacrements — seraient suspendus au Mexique par décret à compter du 31 juillet 1926. 

    C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais la logique était similaire à celle d’une excommunication. Il arrive parfois qu’une offense soit si grave qu’un catholique puisse se voir interdire purement et simplement de recevoir les sacrements, la sévérité de la sanction visant à souligner à quel point le repentir et la conversion sont urgents. Par analogie, les évêques mexicains, avec le soutien du pape, ont excommunié la nation tout entière pour souligner la gravité de l’offense commise par le gouvernement à l’encontre de la liberté religieuse et des droits des catholiques.

    On compare parfois la suspension prononcée par les évêques mexicains à une « grève » ou à une manifestation, mais il vaut mieux la considérer comme une sanction à l’échelle nationale visant à inciter le gouvernement à changer de cap. On pensait également que le mécontentement populaire exercerait une pression irrésistible sur le gouvernement pour qu’il revienne sur sa décision. Qui aurait pu imaginer un Mexique sans messes, sans baptêmes, sans mariages ni funérailles ?

    Ce jugement tactique s’est avéré erroné. Le gouvernement de Calles s’est encore davantage engagé sur cette voie et a intensifié sa persécution.

    Dans certaines régions du Mexique, l’opposition au gouvernement a pris la forme d’une rébellion armée, ce qui a conduit les forces fédérales mexicaines à traquer les rebelles et leurs sympathisants, parmi lesquels elles comptaient, par définition, tous les prêtres. Les prêtres — ainsi que ceux qui leur venaient en aide — ont été martyrisés dans leurs églises ou pendus sur la place publique. 

    Le plus célèbre d’entre eux fut le père jésuite Miguel Pro, fusillé en 1927 et béatifié en 1988.

    Les rebelles catholiques étaient appelés les « Cristeros ». Leur histoire a été racontée de manière saisissante par le romancier Graham Greene dans *Le Pouvoir et la Gloire* et dans le film *For Greater Glory*.

    La Cristiada débuta quelques jours après la suspension des sacrements, le 3 août 1926. Ni la rébellion ni la suspension n’ont conduit à une résolution rapide. En effet, la Cristiada s’est poursuivie pendant trois ans, jusqu’en 1929, et n’a trouvé une issue qu’après le départ de Calles du pouvoir. Les sacrements ont été rétablis la même année.

    La rébellion des Cristeros semble si étrangère à notre époque : l’Église suspendant ses propres sacrements, une persécution féroce de l’Église dans un pays catholique, le Mexique devenu le théâtre d’une persécution anticatholique. Pourtant, tout cela s’est produit il y a un siècle. Le Mexique des années 1920 nous rappelle la fragilité d’une culture catholique, et à quelle vitesse la paix et l’ordre peuvent être perdus au profit de la révolution, de la violence et du martyre.

    Le sang des martyrs a préservé l'intégrité de la foi et a porté ses fruits avec le renouveau de la piété mexicaine, mais les événements survenus il y a un siècle constituent toujours un avertissement saisissant. Des horreurs sont possibles à notre époque, et dans des lieux qui ne sont pas très éloignés.

  • Des survivants des persécutions espagnoles révèlent des histoires cachées de foi et de résistance.

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    De Victoria Cardiel pour EWTN News :

    Des survivants des persécutions espagnoles révèlent des histoires cachées de foi et de résistance.

    3 août 2026
    « Les martyrs qui n’en furent pas : survivants, catholiques clandestins, réfugiés, évadés et victimes de la persécution religieuse en Espagne (1936-1939) », par le prêtre et théologien Melchor Sánchez de Toca Alameda, publié par Didaskalos. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News
    Les violences antichrétiennes ont coûté la vie à de nombreux membres du clergé, religieux et laïcs catholiques en Espagne dans les années 1930, constituant ainsi l'un des chapitres les plus étudiés de l'histoire moderne de l'Église.Le souvenir de cette persécution religieuse s'est toutefois largement construit autour de ses martyrs, reléguant au second plan ceux qui ont enduré la même brutalité mais n'ont pas reçu la palme du martyre.Un nouveau livre du prêtre et théologien espagnol Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda met en lumière les histoires de catholiques qui ont survécu aux bouleversements et à la violence de ces années.Publié en espagnol par la maison d'édition Didaskalos sous le titre « Los mártires que no fueron. Salvados, clandestinos, refugiados, evadidos y muertos de la persecución religiosa en España (1936–1939) » (« Les martyrs qui n'ont pas été martyrisés : survivants, catholiques clandestins, réfugiés, évadés et victimes de la persécution religieuse en Espagne, 1936–1939 »), l'ouvrage relate les expériences de personnes qui ont échappé à la mort, vécu cachées, fui des zones dangereuses ou sont mortes pendant la guerre civile espagnole dans des circonstances qui ne répondaient pas aux critères du martyre définis par l'Église.Sánchez de Toca, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, a travaillé sur de nombreuses causes de martyre liées à la persécution religieuse des années 1930.Cette expérience, a-t-il confié à ACI Prensa, l'a incité à commencer à recueillir les histoires de ceux dont la vie avait reçu moins d'attention.« Ceux qui ont subi la persécution sans y mourir, ou qui sont morts pendant cette période sans avoir bénéficié du martyre, ont été quelque peu laissés dans l’ombre », a-t-il déclaré.

    martyrs en puissance

    Le livre présente un large éventail d'hommes et de femmes qui ont enduré la même épreuve que les martyrs, mais qui ont connu un destin différent.

    Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, lors de la présentation de son livre en février 2026 à l'ambassade d'Espagne près le Saint-Siège. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News
    Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, lors de la présentation de son livre en février 2026 à l'ambassade d'Espagne près le Saint-Siège. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News

    Certains ont échappé à la mort par des circonstances inattendues. D'autres sont restés cachés pendant des années, soutenant une Église contrainte à la clandestinité. Certains ont fui les zones les plus dangereuses, tandis que d'autres sont morts pendant la guerre sans que leur mort soit reconnue comme un martyre.« Tous les saints qui vivent une persécution religieuse n’atteignent pas la palme du martyre en mourant au cours de celle-ci, et tous ceux qui meurent pendant une persécution ne sont pas des martyrs », a expliqué Sánchez de Toca.Plutôt que de tenter un catalogue exhaustif, l'auteur a sélectionné des personnalités canonisées ou faisant actuellement l'objet de causes de béatification, offrant ainsi une perspective différente sur les événements marquants de cette période.Parmi les personnalités les plus connues figurent saint Maravillas de Jésus, saint Josémaria Escrivá, le bienheureux Álvaro del Portillo, le vénérable José María García Lahiguera, le bienheureux Père Tarrés, Isidoro Zorzano et la Servante de Dieu Carmen Hidalgo, co-fondatrice des Sœurs Oblates du Christ Prêtre.Le livre présente également des personnes moins connues dont la vie a été marquée par la persécution, notamment Ismael de Tomelloso, surnommé « le milicien saint » ; Antonio Rivera, appelé « l'ange de l'Alcázar » ; et le père jésuite Fernando Huidobro, aumônier de la Légion espagnole.Ces trois cas ont d'abord attiré l'attention de l'auteur. Bien que tous aient subi les conséquences de la guerre et que deux soient morts des suites de leurs blessures ou au front, aucun ne peut être considéré comme un martyr au sens strict.« On a tenté de les présenter comme des martyrs, notamment pendant la période d'après-guerre à travers la propagande franquiste », a déclaré Sánchez de Toca.

    On les décrivait parfois par une expression courante à l'époque : « tombés pour Dieu et pour l'Espagne ». Cependant, les circonstances de leur mort ne répondaient pas aux critères établis par l'Église pour la reconnaissance du martyre.

    L'Église souterraine

    L'une des sections les plus marquantes du livre reconstitue le quotidien des catholiques restés en territoire républicain et contraints de pratiquer leur foi clandestinement.Un chapitre consacré à « la clandestinité et à la prière à l’arrière » relate les expériences d’hommes et de femmes courageux qui ont organisé des réseaux secrets pour aider les prêtres cachés, permettre la célébration des sacrements et maintenir vivante la pratique religieuse catholique.« Ils ont créé des réseaux d’assistance qui ne détonneraient pas dans les meilleurs romans d’espionnage », a déclaré Sánchez de Toca.Isidoro Zorzano, le vénérable José María García Lahiguera et Mère Carmen Hidalgo ont organisé un réseau d'assistance financière pour les prêtres qui avaient survécu.« Ils leur ont fourni le matériel nécessaire pour célébrer la messe, puis ils ont redistribué la communion en la distribuant dans les foyers par l’intermédiaire d’agents clandestins », a-t-il expliqué.

    Franchir les lignes de front

    Un autre chapitre relate les histoires de catholiques qui ont franchi les lignes de front au cours d'opérations exceptionnellement dangereuses.

    Parmi eux figurent le bienheureux Álvaro del Portillo, qui traversa le front ; le serviteur de Dieu Tomás Alvira, qui accompagna saint Josémaria Escrivá à travers les Pyrénées ; et la vénérable sœur Justa Domínguez de Vidaurreta, supérieure des Filles de la Charité, qui s'échappa de Madrid après de nombreuses difficultés et finit par s'installer à Pampelune.

    Le fardeau de la survie

    Sánchez de Toca a également été touché par ce que l'on appelle communément la culpabilité du survivant, un phénomène psychologique vécu par de nombreuses personnes ayant échappé à la persécution.Bien qu'un chapitre consacré à ce sujet ait été supprimé pour des raisons éditoriales, l'auteur a déclaré que de nombreux survivants ont passé le reste de leur vie à se débattre avec une question troublante : pourquoi avaient-ils survécu alors que tant de leurs compagnons avaient été tués ?« Il n’est pas toujours facile de répondre à la question : “Pourquoi le Seigneur n’a-t-il pas voulu que je sois un martyr alors que tant de mes compagnons ont été tués ?” », a-t-il déclaré.

    Sauvé au dernier moment

    Certains des passages les plus poignants du livre relatent les expériences de personnes qui ont échappé à ce qui semblait être une mort certaine.L'un des récits les plus marquants concerne un frère augustin emprisonné à Madrid pendant la persécution.Selon Sánchez de Toca, les mains du frère étaient déjà liées et il s'apprêtait à être transporté à Paracuellos lorsqu'une personne inconnue coupa ses cordes et murmura : « Faites demi-tour et retournez dans votre cellule. Ne vous retournez pas. »

    Le moine obéit machinalement et survécut.« Il est retourné dans sa cellule et s’est mis à trembler et à convulser sous l’effet du choc post-traumatique avec une telle violence que plusieurs compagnons ont dû le maîtriser », a raconté Sánchez de Toca.D'autres ont survécu grâce à des erreurs dans les listes de prisonniers ou à l'intervention inattendue de personnes anonymes. Nombreux sont ceux qui ont interprété leur sauvetage comme un acte de la providence divine et qui ont passé le reste de leur vie à se demander pourquoi ils avaient été choisis pour survivre.L'auteur aborde également les crimes commis par les forces nationalistes. Le père Huidobro, par exemple, a dénoncé les exécutions sommaires de prisonniers dans des plaintes adressées au quartier général du général Francisco Franco.

    Une leçon pour aujourd'hui

    Au-delà de leur valeur historique, Sánchez de Toca estime que ces biographies offrent des leçons particulièrement pertinentes pour les chrétiens d'aujourd'hui.« Ils vivaient tous avec une vocation claire au martyre », a-t-il déclaré.Selon l'auteur, le martyre faisait partie de l'horizon spirituel de nombreux catholiques espagnols avant même le déclenchement de la guerre civile.

    « Cela transparaît dans leurs lettres, leurs homélies et leurs conversations, comme l’expression de leur volonté de donner leur vie pour le Christ si nécessaire », a-t-il déclaré.Sánchez de Toca a également souligné l'extraordinaire créativité apostolique dont les catholiques ont fait preuve dans des circonstances extrêmes.« Voici une autre leçon essentielle pour notre époque », a-t-il conclu. « L’Esprit Saint inspire la créativité apostolique dans les circonstances de vie de chacun. »

    Cet article a été initialement publié par ACI Prensa, le service affilié hispanophone d'EWTN News.

  • Le diocèse de Lokoja (Nigeria) pleure la mort d'un prêtre tué à la machette

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    De sur OSV News :

    Le diocèse du Nigeria pleure la mort d'un prêtre tué à la machette

    (OSV News) — La police du nord du Nigeria enquête sur le meurtre d'un prêtre tué dans ce qui semble être une embuscade en bord de route. 

    Le diocèse de Lokoja a annoncé le décès du père Samuel Opeyemi Oyetoro dans un communiqué publié sur Facebook le 30 juillet et a exhorté les catholiques à prier pour le prêtre assassiné.

    « Nous confions notre prêtre bien-aimé à la miséricorde infinie de Dieu, en le remerciant pour son ministère fidèle, son amour sacrificiel et son dévouement sans faille au peuple de Dieu », a déclaré le diocèse. 

    Selon un rapport du 3 août de Fides, l'agence de presse missionnaire du Vatican, un porte-parole du commandement de la police de l'État de Kogi a déclaré que la police avait été appelée le 29 juillet au sujet du « corps sans vie d'un homme non identifié » sur une route locale. 

    « Graves blessures à la machette à la tête »

    « Les policiers se sont immédiatement rendus sur les lieux, où ils ont découvert la victime, grièvement blessée à la tête par une machette », a déclaré le porte-parole. « Le corps a été transporté à l'hôpital ASCL, où un médecin a constaté le décès. Il a ensuite été transféré à la morgue pour une autopsie. »

    La victime, selon le communiqué, a été identifiée plus tard comme étant le père Opeyemi. 

    Ahmed Usman Ododo, le gouverneur de l'État de Kogi, a condamné le meurtre comme un « acte barbare » et a assuré à l'Église catholique et à la famille du prêtre que « les auteurs de ce crime n'échapperont pas à la justice ».

    « Ododo a ordonné aux services de sécurité de mener une enquête minutieuse, professionnelle et exhaustive afin d'établir les faits entourant le meurtre et de veiller à ce que toutes les personnes impliquées soient punies avec toute la rigueur de la loi », a déclaré le bureau du gouverneur dans un communiqué publié le 31 juillet. 

    L’assassinat du père Opeyemi est le dernier d’une série d’attaques de plus en plus violentes contre des prêtres, des religieux et des laïcs catholiques dans le pays. 

    Sept hommes armés ont fait irruption dans l'église pendant la messe.

    Quatre jours après l'assassinat du prêtre, sept hommes armés ont fait irruption dans l'église Saint-Joseph d'Enugu, dans le sud-est du Nigeria, pendant la messe dominicale, rapporte l'agence Fides. Les assaillants ont enlevé trois personnes : un séminariste, un catéchiste et un paroissien.

    Selon l'agence Fides, le catéchiste a réussi à échapper à ses ravisseurs pendant que la police menait une opération de recherche. Cependant, le séminariste et le paroissien sont restés retenus en otages. 

    Selon l'Aide à l'Église en Détresse, le Nigéria est le pays qui compte le plus grand nombre de prêtres enlevés au monde. 

    En mars , la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a déclaré que le pays était confronté à « une crise terrifiante de violence religieuse » et a exprimé ses inquiétudes dans son rapport annuel 2026. 

    « Les Nigérians continuent de subir des violations de leur liberté religieuse et de vivre une crise de violence profondément tragique et persistante » aux mains de « militants non étatiques prônant une interprétation violente de l’islam », a déclaré Vicky Hartzler, alors présidente de l’USCIRF et ancienne membre républicaine de la Chambre des représentants du Missouri.

    « Le gouvernement nigérian a fait preuve de trop de négligence en ne s'attaquant pas sérieusement et directement à la violence et à ses causes sous-jacentes complexes », a-t-elle déclaré.

  • « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? »

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    De Matteo Matzuzzi sur Il Foglio :

    Un monde où Dieu n’a plus d’importance

    Dans la solitude dramatique de l’Occident sécularisé, on s’est bercé de l’illusion de pouvoir s’en passer. Mais le caractère limité de la vie pose toujours la question du sens, à laquelle il est impossible d’échapper. Entretien avec le cardinal Robert Sarah

    1er août 2026

    Sur la couverture de son dernier ouvrage paru en France, sous le titre 2050, figure une question : « Dans vingt-cinq ans, l’Église sera-t-elle encore un phare ou l’écho lointain d’une voix oubliée ? ». La question que pose le cardinal Robert Sarah est dramatique ; elle devrait empêcher de dormir les évêques du monde entier, bien plus que les réunions et les discussions autour des tables synodales sur le trafic de drogue et la délinquance juvénile. Et pourtant, il semble que le sujet soit tabou : on continue comme si de rien n’était, on élabore des plans diocésains et on prépare des campagnes pour atteindre les plus éloignés. Avec des résultats, en général, maigres. « Ce qui figure en couverture est justement une question, pas une affirmation, ni un vœu », explique Sarah dans cet entretien accordé au Foglio : « Il est certain que l’Église, du moins en Occident, traverse une période de grandes difficultés, voire de confusion, tant sur le plan doctrinal que sur les plans moral et disciplinaire. L’imbrication entre culture et foi n’est jamais sans importance ; au contraire, elle conditionne souvent de manière déterminante la transmission de la foi. Je pense qu’il ne fait aucun doute qu’on ne peut plus confier à la culture la transmission de la foi ; celle-ci ne peut être transmise aux nouvelles générations que par des expériences et des témoignages significatifs, qui placent au centre la prière, le silence, une liturgie bien célébrée, une fidélité fondamentale à l’Évangile et, par conséquent, une humanité renouvelée, ainsi qu’une manière plus humaine de vivre les relations. Ce sont là les communautés auxquelles Benoît XVI faisait référence, et dont nous voyons déjà poindre l’aube. L’Église, au fil des siècles, a traversé bien des tempêtes, mais nous ne devons jamais oublier qu’elle est divine, et qu’elle ne disparaîtra donc jamais. Oui, l’Église sera toujours un phare, car elle est le Corps mystique du Christ, et le Christ est la Lumière. »

    Et pourtant, comme l’indique clairement l’ouvrage, le discours dominant s’est concentré exclusivement sur d’autres questions : du changement climatique à l’écologie, des migrations au dialogue culturel. Des thèmes sur lesquels il n’y a pas de critique a priori : le cardinal lui-même les qualifie d’importants. Le problème, comme le souligne l’ouvrage, survient lorsque ces questions relèguent au second plan la place centrale de Dieu. Mais pourquoi cela s’est-il produit ? Pourquoi entend-on de plus en plus souvent, dans les homélies, parler d’urgence climatique plutôt que des thèmes profonds de notre foi ? « D’une part, comme je le disais, la culture dominante a imprégné même les milieux ecclésiaux, et même les prédicateurs ne sont pas à l’abri de cette influence. D’autre part, il peut y avoir la tentation de vouloir à tout prix plaire, d’être acceptable aux yeux de l’auditoire, et donc de céder à ces sujets qui font recette parce qu’ils sont plus à la mode. Il en résulte une prédication banale, totalement hors de propos, qui ne répond pas aux désirs profonds de l’homme. L’homme, y compris l’homme contemporain, a absolument besoin de Dieu, d’entendre parler de l’Évangile, de la vie éternelle, de la spiritualité. Il n’est jamais licite de réduire l’Évangile à des thèmes sociaux et horizontaux, aussi pertinents soient-ils, car cela revient à trahir la volonté même du Christ, qui nous a envoyés prêcher le salut éternel, et non la rédemption sociale. »

    Ce que dit le cardinal Sarah, et ce n’est pas nouveau, est évident en Occident et – pour restreindre encore davantage le champ – en Europe. Lorsqu’on s’entretient avec un évêque ou un prêtre du Vieux Continent, des pays qui en constituent le cœur, on perçoit que le problème n’est plus l’athéisme, qui supposait tout de même un débat – plus ou moins approfondi – sur l’existence de Dieu. Non, la question est désormais tout autre : Dieu n’est pas une évidence. On ne se pose plus la question de sa présence dans la vie de chacun et dans la société. Selon le cardinal Sarah, qui a publié en 2024 Dieu existe-t-il ? (Cantagalli), « on peut constater qu’en Occident, d’un point de vue culturel, beaucoup vivent comme si Dieu n’existait pas. Dieu n’est plus au centre des préoccupations des gens, nous n’en avons pas besoin. Le thème de Dieu est devenu sans importance, même si le thème religieux, lui, ne l’est pas, car l’homme est naturellement religieux, et le sens religieux humain fait partie de la structure anthropologique de l’homme et revêt de toute façon une importance universelle. Probablement, en Occident, prévaut une idée déformée de Dieu, qui entre en conflit avec la liberté entendue comme autonomie radicale. L’illusion de la domination par la technoscience favorise cette position de l’homme vis-à-vis de la création et du Créateur. Mais c’est une illusion, car le caractère limité de la vie pose toujours le problème du sens, auquel il est impossible d’échapper. Il faut avoir le courage de proposer avec force le Christ comme seule source permettant de connaître véritablement l’homme, sa destinée, son sens profond. Et cela notamment à travers des expériences de foi communautaires, qui permettent aux personnes de se sentir appartenir à une réalité commune, surmontant ainsi la solitude dramatique de l’Occident sécularisé. La question reste, aujourd’hui comme toujours, anthropologique : qui est l’homme, quel est le sens de sa vie, quelles relations comblent véritablement son besoin profond d’amour ? Cet amour qui est Dieu lui-même.

    On oppose souvent à la torpeur de l’Europe sécularisée – même s’il existe des îlots de bonheur, comme la Norvège de Mgr Erik Varden, ou le nombre record de baptêmes en France – la vivacité de l’Église en Afrique. Mais n’y a-t-il pas un risque de mettre trop l’accent sur cette grande expression de la foi africaine sans tenir compte des dangers d’une foi « jeune », comme le soulignait déjà Benoît XVI il y a de nombreuses années ? Le pape Ratzinger parlait de l’Afrique comme d’un « immense poumon spirituel », mais il ajoutait que les poumons peuvent tomber malades. « Certes – répond le cardinal Robert Sarah, Guinéen –, l’Afrique est un poumon spirituel ; mieux encore, comme le disait le pape Paul VI : nova patria Christi, la nouvelle patrie du Christ, c’est l’Afrique. On peut le dire à la fois, bien sûr, sur le plan démographique, et parce que le christianisme est en expansion constante. Mais, comme toutes les réalités jeunes, elle est fragile, elle a besoin de soutien, et l’Europe, forte de sa longue expérience théologique, liturgique et monastique, dans ce qu’elle a de meilleur – sur le plan culturel, de la foi et à travers ses plusieurs siècles d’histoire –, peut encore offrir ce soutien. Parfois, les prêtres africains qui viennent étudier en Europe ne saisissent pas toute la grandeur et la force de la foi chrétienne bimillénaire, car l’Europe aussi est fragile, distraite, incapable de transmettre sa propre identité profonde. « Je pense qu’il peut y avoir une réciprocité entre l’Afrique et l’Europe : l’Afrique, avec son apport d’une foi jeune, fraîche, enthousiaste, ouverte au martyre, et l’Europe, avec sa force bimillénaire de sainteté et de doctrine. Un équilibre difficile, mais pas impossible. »

    Et quand on parle de l’Afrique, on ne peut s’empêcher d’évoquer la persécution des chrétiens, même si ce sujet ne passionne guère ceux qui organisent les débats télévisés sous nos latitudes. Le pape François disait que les persécutés étaient « plus nombreux aujourd’hui qu’aux premiers siècles de l’Église ». Souvent, en revanche, on a tendance à dire qu’il n’y a pas de persécution, mais qu’il s’agit seulement d’affrontements pour le contrôle des ressources naturelles. Et, si l’on se tourne vers l’Orient, la situation n’est pas meilleure en Chine. « Le drame de la persécution n’est pas fortuit dans le christianisme, mais il fait partie intégrante de l’identité chrétienne elle-même. Le Christ lui-même a été persécuté et est mort sur la croix pour nous ; on pourrait donc dire que la dimension du martyre est essentielle au christianisme ; il n’y a pas de christianisme sans martyre. Si, dans certaines parties du monde, pendant un certain temps, on ne fait pas l’expérience de la persécution, le risque est que la foi devienne tiède, nonchalante, incapable d’un véritable témoignage. Cela étant dit, il est tout à fait évident que l’information est sélective : surtout lorsque la persécution a lieu dans des pays en développement, la valeur de ces vies n’est absolument pas prise en compte, et souvent, les médias occidentaux ignorent complètement le phénomène. Je pense que l’Europe a terriblement peur de reconnaître qu’une persécution antichrétienne, et souvent, plus généralement, antireligieuse, est en cours. Mais la persécution est plus cruelle en Europe. La foi est marginalisée, les valeurs morales et chrétiennes sont combattues. L’Occident a tué Dieu, ou plutôt, il l’a méprisé, voire combattu ouvertement. L’admettre signifierait adopter des positions cohérentes, ce que l’Europe n’a probablement pas la force de faire. Pourtant, les chrétiens doivent être protégés, surtout là où ils sont minoritaires, comme toutes les minorités. La question de la Chine est très complexe, et il faut espérer que cet accord secret vise uniquement à favoriser l’évangélisation, et non à faire des compromis avec un gouvernement qui est, de fait, intrinsèquement antireligieux. »

    L’accord avec la Chine est l’un des points marquants du pontificat de François qui, quelle que soit la manière dont on le considère et l’évalue, a été source de divisions, y compris dans le débat « laïc ». Lors des congrégations générales qui ont précédé le conclave, la recherche de l’unité était évidente. Comment peut-on aider, dans cette œuvre, un pape comme Léon qui a fait de l’unité sa devise et son style de gouvernement ? « La première façon d’aider le pape est de le soutenir quotidiennement par nos prières, afin qu’il se laisse véritablement éclairer par le Saint-Esprit, sans suivre ses propres pensées ni se laisser influencer par un groupe de personnes, mais en écoutant ce que Dieu dit à son Église. Certes, le pape Léon, au cours de cette première année de pontificat, a fait preuve d’un grand équilibre, d’une grande capacité d’écoute et d’une volonté concrète d’apaiser même les tensions qui s’étaient créées. Sa prudence, son calme et sa sympathie humaine nous confortent dans l’idée qu’il est réellement possible d’avancer dans cette direction. Nous pouvons en outre l’aider dans son discernement, en lui présentant les différentes situations de l’Église et du monde, en proposant des pistes de solution possibles, mais surtout en lui fournissant le plus d’éléments possible afin qu’il puisse procéder à une évaluation attentive et prendre les décisions qui s’imposent. Je suis convaincu que le Saint-Père Léon sait très bien quel est le but à atteindre et qu’il cherche, notamment avec l’aide des cardinaux, les voies les plus praticables pour y parvenir. « Nous rendons grâce au Seigneur pour le don que représente le pape Léon ».

    Parler d’unité lorsqu’on aborde la question liturgique semble compliqué. C’est un sujet qui divise, il y a deux camps opposés. D’un côté, ceux qui revendiquent l’usage du vetus ordo comme s’il s’agissait d’une conquête ; de l’autre, une réalité idéologique qui considère presque ces catholiques comme une « secte » à éradiquer. Le Pape a déclaré vouloir bien comprendre la situation, échanger et dialoguer avec tous. Selon le cardinal Robert Sarah, « c’est un drame, voire un véritable péché, qu’il y ait une sorte de guerre sur un sujet aussi essentiel que la liturgie. La liturgie est la source de la communion de l’Église et il est inconcevable que, sur des questions liturgiques – voire, dirais-je, rituelles –, il y ait une telle confrontation et des oppositions aussi féroces. Personne n’a d’autorité sur les rites, qui sont issus de l’histoire séculaire de l’Église. Les rites ne peuvent être arbitrairement abolis, et personne ne peut affirmer qu’un rite n’existe plus, du jour au lendemain. Je pense qu’il faut prendre cette question très au sérieux, en revenant à la position équilibrée, pastorale et théologiquement fondée de Benoît XVI, qui a permis aux deux formes du rite latin de coexister, de s’enrichir mutuellement, d’être connues du peuple saint de Dieu qui, au fil des décennies, pourra choisir la forme qui correspond le mieux à son besoin de foi, de silence et de spiritualité.  Certains excès de ceux qui sont attachés à la forme extraordinaire sont, en partie, justifiés par les abus dramatiques et généralisés de la liturgie de la forme ordinaire, qui, à ce jour, n’est souvent pas célébrée comme le Concile l’aurait souhaité et comme le suggère la réforme liturgique elle-même. La liturgie n’est pas la propriété du célébrant, quel qu’il soit, prêtre, évêque ou cardinal. La liturgie appartient à Dieu ; on y entre et personne n’en est le maître. » Peut-être, cependant, le problème est-il encore plus profond. Regardons la qualité des homélies, souvent mal préparées et rarement capables de laisser une trace dans le cœur et l’esprit des fidèles. Sans parler des célébrations, où les références au transcendant sont souvent réduites à de simples parenthèses. Que faire ? « J’y ai déjà répondu en partie. La clé, c’est la formation liturgique, la formation, et encore la formation. Tant des évêques que des prêtres et des laïcs. Le retour au sens du sacré, dans une société sécularisée qui a chassé Dieu, ne peut se faire qu’à travers l’annonce de la vérité, une catéchèse convaincue et constante, et des expériences concrètes de silence et de spiritualité au sein de la célébration liturgique. Le respect dû à Dieu et l’humilité de sa propre personne sont des éléments fondamentaux pour retrouver le sens du sacré et la fidélité à la célébration telle que l’Église la veut. D’ailleurs, personne ne se permettrait d’entrer dans la chapelle Sixtine pour corriger le Jugement dernier de Michel-Ange.  « Voilà, le missel est bien plus important, bien plus ancien et bien plus contraignant que le Jugement dernier de Michel-Ange ; par conséquent, personne ne peut corriger, supprimer, ajouter ou modifier quoi que ce soit au rite tel que l’Église le présente aux fidèles. Et les fidèles ont le droit sacro-saint de participer à des messes célébrées selon les prescriptions de l’Église, et non selon l’arbitraire ou le caprice d’un prêtre en particulier. »

    Matteo Matzuzzi : Originaire du Frioul, il est né en 1986. Diplômé en politique internationale et diplomatie à Padoue avec un mémoire sur les Turcs et les Américains, il a été arbitre de football. Au Foglio depuis 2011, il s’occupe de l’Église, des papes, des religions et des livres. Son auteur préféré : Joseph Roth (mais tout ce qui concerne la « finis Austriae » lui convient). Il est rédacteur en chef depuis 2020.

  • Syrie (Maaloula) : le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

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    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    REPORTAGE

    Maaloula : Le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

    Maaloula, ancien village chrétien des montagnes syriennes, a été occupé par des djihadistes entre 2013 et 2014. Aujourd'hui, alors que les djihadistes contrôlent tout le pays, la population revit le cauchemar des massacres et des enlèvements de cette époque. Le père Fadi témoigne. 

    30 juillet 2026

    Maaloula

    Le jour de la rencontre entre  le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et le président de la « nouvelle Syrie », Ahmed al-Shaara, dans un Damas bouclé – trois semaines seulement après la visite du président français Macron,  l'explosion de deux bombes près de son hôtel  avait tué une personne et en avait blessé des dizaines – nous quittons la capitale pour Maaloula, dans les monts Qalamoun, au nord-est de Damas, près de la frontière libanaise.

    Maaloula est un ancien village chrétien aux maisons accrochées à la roche à 1 400 mètres d'altitude. C'est l'un des rares endroits au monde – entre la Syrie, l'Irak et la Turquie – où l'araméen, la langue parlée au temps de Jésus, est encore parlé. Au-delà de cette image de carte postale, Maaloula est peut-être aussi le lieu qui témoigne le mieux de la violence, des atrocités et des contradictions de près de quinze années de guerre en Syrie. Entre septembre 2013 et avril 2014, le village a été le théâtre de violents affrontements entre l'armée d'Assad et les djihadistes d'Al-Nosra, qui ont fait des dizaines de victimes civiles (entre vingt et soixante-dix morts selon les sources,  dont trois exécutés  par  les extrémistes  pour avoir refusé de se convertir à l'islam).

    Maaloula raconte l'histoire de douze religieuses orthodoxes du couvent Mar Takla, enlevées en décembre 2013 par les mêmes djihadistes et libérées en mars suivant dans le cadre d'un échange de prisonniers avec le gouvernement syrien. Elle relate également la libération du village des militants d'al-Nosra par l'armée syrienne, avec l'aide du Hezbollah et du  Parti social nationaliste syrien  (PSNS), alliés d'Assad. Maaloula évoque aussi une autre histoire, plus récente et inimaginable il y a encore quelques années : le retour des extrémistes djihadistes qui menacent les habitants chrétiens. Comme on le sait – ou peut-être pas –, le groupe armé qui a pris le pouvoir en Syrie fin 2024, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), est affilié directement à al-Nosra. Officiellement dissous début 2025, HTS est la pierre angulaire de l'actuel « gouvernement de transition » à Damas et contrôle ses institutions civiles et militaires.

    Fin 2024, dans l'euphorie qui suivit la formation du nouveau gouvernement HTS, des groupes d'islamistes armés, principalement des jeunes, atteignirent Maaloula, désireux de « reconquérir » le bastion chrétien dont ils avaient été chassés. La population locale, accusée de collaboration avec l'ancien régime – une accusation très en vogue en Syrie à l'époque, et applicable à toutes sortes d'adversaires, politiques, religieux et personnels – se retrouva plongée dans les cauchemars du passé :  le meurtre d'un musulman lors d'une fusillade dans une ferme chrétienne  où il s'était introduit par effraction pour voler raviva la haine sectaire et poussa de nombreuses familles chrétiennes à fuir le pays par crainte de représailles.

    La situation semble désormais plus calme, et c'est précisément de ce présent dont nous allons parler avec le père Fadi Barghil, prêtre de l'Ordre basilien du Très Saint Sauveur et curé de l'église-monastère catholique melkite des Saints Serge et Bacchus à Maaloula. Nous arrivons au village dans un minibus branlant, à travers les pittoresques montagnes du Qalamoun. À l'entrée du village, la police nous demande, à nous dix passagers, nos passeports pour « vérifier qui entre ». L'église-monastère des Saints Serge et Bacchus, vieille de 1 700 ans, est le plus haut bâtiment du village ; elle se dresse sur un petit plateau dominant le village et la vallée en contrebas. Les rochers qui enserrent Maaloula dans leur étreinte calcaire sont marqués de symboles chrétiens : des croix taguées sur les murs, une statue du saint libanais Mar Charbel, une statue de la Vierge bénissant le village (une réplique de celle détruite par les djihadistes en 2013). En gravissant la colline, on découvre de nombreux clochers, ainsi que deux mosquées : l’une à l’abandon, l’autre en cours de rénovation. Sur le toit de l’un des édifices, en contraste saisissant avec le paysage environnant, flottent le drapeau de la nouvelle Syrie et la Shahada – la profession de foi de l’islam – est inscrite en noir sur fond blanc.

    Nous trouvons le père Fadi affairé dans le jardin – l’église produit et vend des conserves, des confitures, des sirops et des liqueurs, ainsi que des articles religieux et de l’artisanat. Malgré sa discrétion et le sourire en coin avec lequel il nous accueille, le père Fadi est une figure bien connue à Qalamoun : durant les mois de tension qui ont suivi la chute de Bachar el-Assad,  il a joué à plusieurs reprises le rôle de médiateur entre chrétiens et islamistes  pour éviter de nouveaux bains de sang, à Maaloula et ailleurs. Le père Fadi nous accompagne dans l’église – une merveille taillée dans la roche il y a près de deux mille ans – et nous montre les icônes qui ont survécu aux djihadistes, même si les visages de la Vierge et des saints ont été effacés par les fanatiques d’al-Nosra ; les autres, volées par les miliciens, ont été remplacées par des reproductions afin que leur mémoire ne soit pas oubliée. Nous pénétrons ensuite dans le complexe monastique, désormais dépourvu de communauté monastique, où règne un ordre parfait et où tous ceux que nous rencontrons sont occupés à une activité quelconque : certains font sécher des fruits au soleil, d'autres tiennent ouverte la petite boutique de souvenirs du musée, d'autres encore s'occupent de la cafétéria, d'autres enfin entretiennent les espaces.

    Le père Fadi nous invite dans la salle de réception et accepte de répondre à quelques-unes de nos questions, brièvement toutefois — peut-être par modestie, certainement pas par peur : il a publiquement exprimé à plusieurs reprises le droit des chrétiens de Maaloula de vivre en paix sur la terre qu'ils habitent depuis près de deux millénaires.

    Père Fadi, combien de chrétiens vivent encore à Maaloula aujourd'hui ?

    Environ trois cents familles habitent actuellement le village, soit près de mille personnes au total. Avant 2013, on en comptait environ neuf cents.

    Y a-t-il des musulmans qui vivent en permanence à Maaloula ?

    Après 2014, il n'y en avait plus aucun ; aujourd'hui, oui, certains sont revenus. Soyons clairs : nous n'avons rien contre eux. Nous aimons les musulmans, mais nous n'aimons pas les djihadistes.

    Comment est-il possible, selon vous, que les Syriens soient plus pauvres que jamais, maintenant que les sanctions économiques ont été levées et que leur gouvernement a été officiellement accueilli au sein de la communauté internationale ?

    Demandez à Ahmed al-Shaara.

    Où sont passés les millions d'aide humanitaire alloués par les pays et institutions occidentaux à la Syrie ?

    Posez-lui toujours la question.

    L'avez-vous déjà vu en personne ?

    Seulement en photos.

    N'est-ce pas lui qui a enlevé les religieuses de Mar Takla en 2013 ?

    Non, c'était Abou Malik, qui était à l'époque le commandant d'al-Nosra pour la région de Qalamoun.

    Le père Fadi nous montre une photo sur son téléphone portable d'Abou Malik al-Talli, alias Jamal Zeini, l'une des figures de proue du groupe pendant la guerre en Syrie. Il s'était retiré à Idlib après l'expulsion d'al-Nosra de la région du Qalamoun. Après des années d'absence, Zeini  a refait surface soudainement dans la région  il y a un peu plus d'un mois, accompagné d'une suite de partisans, pour une « visite de reconnaissance » des villages frontaliers du Liban. Coïncidence – ou peut-être pas, difficile à dire –  son retour a coïncidé avec les appels répétés de Donald Trump à al-Charia pour qu'elle  intervienne au Liban afin de combattre le Hezbollah. Tandis que nous parlons, le père Fadi sourit, avec l'air de quelqu'un qui aurait beaucoup à dire mais qui garde le silence par charité chrétienne. Nous nous tournons à nouveau vers lui.

    Comment se fait-il, selon vous, que les institutions occidentales qui ont légitimé le nouveau gouvernement d'al-Shaara – l'ONU en premier lieu – ne réagissent pas à la recrudescence des persécutions contre les chrétiens en Syrie ? Après tout, elles sont composées d'une coalition de pays comptant une forte, voire très forte, proportion de chrétiens.

    À mon avis, la responsabilité de ce phénomène incombe aux dirigeants de nos Églises syriennes – tous sans exception – qui refusent d'attirer l'attention sur la situation des chrétiens dans ce pays.

    Pourquoi pensez-vous cela ? Par peur ?

    Je ne le crois pas : c’est plutôt parce qu’ils veulent conclure des accords, ou plutôt « collaborer », avec le nouveau gouvernement.

    Nous continuons à méditer sur ces dernières paroles du Père Fadi tandis qu'après avoir fait nos adieux à saint Serge et à Bacchus, nous nous hâtons vers le bus du retour – encore plus branlant, si possible, que le premier – croisant en chemin plusieurs femmes voilées.

    La Syrie ne manque pas de prélats courageux comme l'archevêque Yacoub Murad, archevêque syriaque catholique respecté de Homs, qui, il y a à peine une semaine,  a demandé à la communauté internationale de protéger les chrétiens syriens , déconseillant aux Syriens expatriés de retourner dans leur pays d'origine en raison du danger et de l'extrême pauvreté qui y règnent. Pourtant, dans notre partie du monde, nous refusons de les écouter.

  • "L'Espagne a cessé d'être chrétienne !"

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    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    1936-1939

    Ils prouvent que l’Espagne est toujours chrétienne

    En 1933, le président du conseil espagnol déclare aux Cortès : « L’Espagne a cessé d’être chrétienne ! » Cette phrase se traduit aussitôt par des actes et des décisions politiques : imposition d’une laïcité absolue, interdiction faite aux ordres religieux d’enseigner, se livrer à des activités commerciales ou industrielles alors qu’elles les font vivre, interdiction du crucifix dans les lieux publics, obligation du mariage civil, introduction du divorce, etc. Dès lors, deux conceptions de l’avenir de l’Espagne se font face, prêtes à en découdre. Pendant deux ans, jusqu’à la victoire des nationalistes, les catholiques espagnols entament un épouvantable chemin de croix qui fera au bas mot 7 500 martyrs, et probablement beaucoup plus.


    Les raisons d'y croire

    • Même si, quatre-vingt-dix ans après les événements, les événements de cette période déchaînent toujours des passions politiques violentes et opposées, nous sommes parfaitement documentés sur ce qui s’est passé, tant par la presse internationale que par les témoins des deux bords. À cela s’ajoutent les récits circonstanciés de quelques rescapés, ainsi que par l’importante documentation rassemblée afin d’instruire les causes de béatification des martyres. Nous savons parfaitement ce qui est advenu ; les épisodes de massacres et d’atrocités sont avérés. Nous ne sommes pas dans l’imaginaire.
    • Consciente d’être accusée de s’ingérer dans les conflits politiques espagnols et leurs retombées actuelle, l’Église a pris toutes les précautions, comme elle le fait d’ailleurs toujours, pour que les dossiers retenus n’impliquent pas des personnes connues pour leurs engagements politiques mais seulement des catholiques assassinés exclusivement en haine de la foi.
    • En effet, la volonté d’éradiquer tous les prêtres était patente. Quelques survivants qui ont réussi à s’enfuir ou ont été laissés pour morts dans les fosses communes raconteront qu’on leur a dit qu’ils devaient mourir simplement en raison de leur état clérical. De nombreux témoignages font état de chasses aux prêtres impitoyables, souvent avec des chiens, et des exécutons sans jugement qui suivaient aussitôt les arrestations.
    • D’éducation chrétienne, les bourreaux, comme en Vendée pendant la Terreur, vont souvent s’amuser en mettre en scène dans des versions modernisées les supplices endurés par les martyrs de l’Antiquité. Ainsi verra-t-on des catholiques jetés aux bêtes dans les cages du zoo de Madrid, ou livrés dans l’arène à des taureaux de combat, certains ont été châtrés, énucléés, coupés en morceaux à coups de hache, attachés à l’arrière du tramway, torturés de mille façons plus atroces les unes que les autres. À Santander, on les jette dans le port un bloc de béton aux pieds. Aucun d’entre eux n’a apostasié.
    • Si mourir pour une conviction n'est pas exceptionnel dans l'histoire, ce qui l’est est de pardonner à ses bourreaux avant d'être exécuté. C’est le cas des martyrs d’Espagne qui sont morts sans haine, en renonçant à toute vengeance et en manifestant de la compassion pour ceux qui les tuaient. Ces hommes et ces femmes ordinaires, confrontés à la torture et à une mort imminente, ont trouvé la force non seulement de demeurer fidèles à leur foi, mais encore d’aimer ceux qui les tuent. C’est qu’ils ne puisent pas cette capacité en eux-mêmes, mais dans une grâce reçue du Christ vivant.
    • On peut donner en exemple ce prêtre qui, épargné par les balles du peloton d’exécution, voyant que l’un des soldats adverses a été blessé par erreur, se relève pour lui donner l’absolution.
    • L’on estime la création de nombreuses œuvres catholiques par la suite tel les Cursillos le fruit des persécutions, en vertu de l‘adage indémodable de Tertullien : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens. »

    En savoir plus

    L’encyclique Dilectissima nobis de Pie XI du 3 juin provoque un sursaut au sein du peuple espagnol qui n’entend pas se laisser dépouiller de sa foi mais aussi la réaction violente des partis de gauche qui entendent en finir avec le christianisme. Des massacres de prêtres et de religieuses dans les Asturies en juillet 1934 par des groupes anarchistes donnent le ton mais c’est l’assassinat du député monarchiste Calvo Sotelo le 14 juillet 1936 qui met le feu aux poudres.

    La guerre civile espagnole a été impitoyable, d’un côté comme de l’autre. Des exactions ont été commises par les nationalistes. Ces réactions sont inadmissibles d’un point de vue chrétien, comme le dénonçait déjà Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune, elles sont cependant compréhensibles.

    Du côté de l’Église espagnole, le nombre de victimes est hallucinant puisque l’on comptabilise 13 évêques, 4 184, prêtres, 2 965 religieux, 283 religieuses, auxquels il faut ajouter un nombre encore indéterminé de laïcs. 7 500 martyrs est une estimation certaine, mais basse. 2 127 ont été aujourd’hui béatifiés, 11 canonisés et 2 000 dossiers sont encore en d’étude.

    Dans leur volonté d’écarter toute influence cléricale sur le peuple, les prêtres les plus engagés dans l’action sociale et caritative ont été particulièrement ciblés : les enseignants, les aumôniers de prisons, d’hôpitaux, de léproseries, d’hospices de vieillards. L’on estime que 40 % du clergé espagnol a été tué en quelques mois, certains diocèses, tel celui de Malaga, approchent 80 ou 90 % de prêtres massacrés.

    Il est manifeste qu’une haine anti-chrétienne quasiment satanique s’est déchaînée contre l’Église espagnole qui, à travers ses membres voulait atteindre le Christ lui-même. La destruction sur la Colline des Anges du monument au Sacré Cœur dont la statue a été fusillée avant d’être dynamitée l’illustre tristement. Le pardon a pourtant été le maître mot des victimes.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Aller plus loin

    Antonio Montero Moreno, Historia de la persecución religiosa en España, 1936-1939, Madrid, Biblioteca de Autores Cristianos (BAC), 1961 (nombreuses rééd.).


    En complément

    • The 498 Spanish Martyrs, Rome Reports : Court documentaire réalisé à l'occasion de la béatification des 498 martyrs en 2007.
    • Un Dios prohibido, 2013 : film historique consacré aux cinquante-et-un martyrs clarétains de Barbastro.
    • Dicastère pour les Causes des Saints, « Causes des martyrs espagnols », Cité du Vatican, https ://www.causesanti.va .

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    Auteur :

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.

  • Saint Titus Brandsma : témoin de la vérité, martyr de l'amour

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    Avec, maheureusement, un jour de retard...

    De Donald Jacob Uitvlugt sur le CWR :

    Saint Titus Brandsma : Témoin de la vérité, martyr de l'amour

    « Même si le nouveau paganisme ne veut plus d’amour, nous, forts de notre expérience historique, vaincrons ce paganisme par l’amour... »

    Saint Titus Brandsma, carme néerlandais martyrisé au camp de concentration de Dachau, est représenté sur une photo non datée. Il a été canonisé à Rome le 15 mai 2022. (Photo CNS/avec l'aimable autorisation de l'Institut Titus Brandsma)
    Beaucoup connaissent sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, la carmélite martyre du nazisme, du moins sous son nom d'Edith Stein. Cependant, elle était loin d'être la seule carmélite victime du national-socialisme. Le 27 juillet, les diocèses des Pays-Bas et la famille carmélite célèbrent la fête de saint Titus Brandsma, OCarm, mort à Dachau le 26 juillet 1942, après avoir reçu une injection létale dans le cadre des « expérimentations médicales » menées dans le camp de concentration.

    Saint Titus né Anno Sjoerd Brandsma en 1881 dans une petite ville de Frise, aux Pays-Bas, était l'avant-dernier d'une fratrie de six enfants issus d'une famille d'éleveurs laitiers. Ses parents, et surtout son père, lui transmirent l'amour de la culture et du patrimoine frisons. Plus important encore, ils étaient de fervents catholiques, une pratique rare dans le nord des Pays-Bas, majoritairement calviniste. Cinq de ses six frères et sœurs entrèrent dans les ordres. Anno devint carme à l'adolescence. Signe peut-être de sa proximité avec sa famille, il prit le même nom que son père, Titus, lors de sa profession religieuse.

    Il fut ordonné prêtre en 1905 et obtint un doctorat à l'Université pontificale grégorienne de Rome en 1909. Bien que son diplôme fût en philosophie et qu'il ait enseigné cette discipline, la plupart des écrits de saint Titus traitent de spiritualité, et plus particulièrement de mysticisme. Parmi ces écrits figurent une anthologie de textes de sainte Thérèse d'Avila, qu'il a compilée et traduite en néerlandais, des articles sur des auteurs spirituels néerlandais et des articles sur l'histoire du carmel. On peut considérer ces travaux intellectuels comme s'inscrivant dans le renouveau du catholicisme aux Pays-Bas au début du XXe siècle.

    Symbole de ce renouveau, le père Brandsma fut, en 1923, parmi les membres fondateurs de l'Université catholique de Nimègue, offrant ainsi aux catholiques néerlandais un accès à l'enseignement supérieur qu'ils n'avaient plus connu depuis la Réforme. Il occupa même la fonction de recteur (équivalent, dans le système américain, d'un président ou d'un chancelier) de cette université. Il acquit une renommée proverbiale pour sa disponibilité envers ses étudiants, soucieux autant de leur bien-être spirituel que de leur réussite scolaire. Il voyageait occasionnellement pour donner des conférences, notamment sur la théologie mystique, et effectua notamment une tournée de conférences aux États-Unis et au Canada en 1935.

    Le père Brandsma s'est également investi dans le journalisme catholique entre les deux guerres mondiales. Il a fondé et dirigé pendant de nombreuses années une revue sur la spiritualité et l'histoire carmélites destinée à un large public catholique. Il a travaillé sans relâche à la rédaction d'articles pour des publications catholiques et laïques ; l'institut préparant l'édition des œuvres complètes de saint Titus recense plus de 700 articles publiés de son vivant. En 1935, peu après sa tournée de conférences, il a été nommé conseiller ecclésiastique auprès de l'association des journalistes catholiques néerlandais.

    Ses activités, tant comme journaliste que comme éducateur, allaient lui causer des ennuis. L'Allemagne nazie envahit les Pays-Bas le 10 mai 1940. En moins d'une semaine, l'armée capitule et les nazis prennent le contrôle du pays. Catholique fervent et engagé, le père Brandsma allait tôt ou tard se heurter au régime. Il avait toujours été un ardent défenseur de la paix entre les nations. Il s'intéressait au dialogue œcuménique et soutenait même le mouvement espérantiste comme moyen de communication entre les peuples. Même sous l'occupation nazie, il plaida pour la liberté de la presse et la liberté d'éducation pour les catholiques comme pour les juifs.

    Le 31 décembre 1941, le père Brandsma rencontra l'archevêque d'Utrecht, chef de la Conférence des évêques catholiques des Pays-Bas, et reçut de lui une lettre, probablement rédigée avec son aide. Cette lettre enjoignait les rédacteurs des publications catholiques du pays de refuser de publier toute publicité ou propagande nazie, sous peine de perdre leur appartenance à l'Église catholique. Un tel document ne pouvant être confié à la poste à cette époque, les évêques en confièrent des copies au père Brandsma afin qu'il les remette en main propre. Il avait déjà rencontré quatorze rédacteurs avant que sa mission ne soit divulguée aux nazis, et il fut arrêté le 19 janvier 1942.

    Pendant sept semaines, les nazis le détenèrent dans une prison néerlandaise. Malgré des conditions de détention spartiates, il conservait son bréviaire et trouvait du réconfort dans les prières de l'Église. Interrogé à plusieurs reprises, d'abord avec courtoisie, les nazis cherchaient à en savoir plus sur l'opposition de la hiérarchie catholique néerlandaise au nazisme. Il répondait toujours aux questions en exposant clairement la vérité catholique.

    En mars, les nazis le transférèrent dans une nouvelle prison aux Pays-Bas et l'habillèrent d'un uniforme de soldat usagé, marqué d'un triangle rouge qui le désignait comme prisonnier politique. Bien que toute manifestation extérieure de religion fût interdite dans ce camp, le père Brandsma trouva le moyen de bénir et d'encourager les autres détenus, notamment en organisant une méditation improvisée le Vendredi saint, le 3 avril, où il s'efforça d'aider ses compagnons d'infortune à percevoir un lien entre leur situation et les souffrances du Christ.

    En mai, il fut déporté en Allemagne, d'abord au camp de prisonniers de Clèves, puis à Dachau en juin. Même dans cet enfer, le père Brandsma s'efforçait de garder le moral, encourageant ses compagnons d'infortune, jusqu'à ce que le travail et les conditions de vie inhumaines l'épuisent. Vers la fin du mois, il s'effondra et fut conduit à l'« hôpital » du camp, tristement célèbre pour les expériences médicales pratiquées sur les détenus. Là encore, il pria pour ses geôliers, assurant à l'infirmière qui allait lui administrer l'injection létale qu'il prierait pour elle. Il lui confia son chapelet avant de mourir le 26 juillet. Trois jours plus tard, son corps fut incinéré au crématorium du camp.

    La femme qui avait été sa nourrice se repentit par la suite et témoigna anonymement lors du procès de canonisation de saint Titus. Le pape Jean-Paul II le béatifia le 3 novembre 1985, soulignant notamment dans son homélie que toute sa vie, depuis son enfance dans un foyer catholique aimant jusqu'à sa vie carmélite, marquée par un ardent mélange de contemplation et d'action, l'avait préparé à son ultime témoignage, même au sein d'un camp de concentration nazi. « Au milieu des assauts de la haine, il sut aimer – tous, y compris ses bourreaux : “Eux aussi sont enfants du Dieu bon”, disait-il, “et qui sait s'il reste quelque chose en eux…” » Le pape François le canonisa avec neuf autres saints (dont saint Charles de Foucauld et saint Devasahayam Pillai) le 15 mai 2022.

    Parce qu'il est un saint qui a exercé le journalisme au sens moderne du terme (et non pas seulement un auteur spirituel comme saint François de Sales), certains journalistes catholiques souhaitent que saint Titus Brandsma soit proclamé saint patron des journalistes. Pourtant, je pense que sa vie recèle de nombreux enseignements, même pour un journaliste. Le plus important, peut-être, est d'inviter les chrétiens à vivre une vie harmonieuse. Notre monde, plus encore que celui de saint Titus, tend à la fragmentation. Nous avons tendance à séparer ce qui se passe à l'église le dimanche de ce qui se passe au travail le lundi et de nos loisirs le samedi. Prêtre carme et éducateur, journaliste et martyr, saint Titus remet en question cette tendance. En lui, l'amour de Dieu et l'amour du prochain – même l'amour de ses ennemis – étaient indissociables.

    L'une des deux options pour la Liturgie des Heures carmélites en la fête de saint Titus Brandsma inclut un sermon qu'il a prononcé le 16 juillet 1939, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, à l'occasion d'un pèlerinage national en l'honneur des saints Boniface et Willibrord. Dans ce sermon, il établit de nombreux parallèles entre le paganisme de l'époque de ces saints et le néo-paganisme de son temps. Avant même le début de la Seconde Guerre mondiale, quelle était la réponse de saint Titus aux nazis ? « Notre époque n'est pas celle des tièdes ; ce dont nous avons surtout besoin aujourd'hui, ce ne sont pas les paroles, mais les actes qui les mettent en pratique, qui leur donnent vie. » Nos vies doivent être en accord avec nos convictions. Nous devons vivre d'un véritable amour chrétien, où l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont que deux expressions d'une même charité.

    Même si le néo-paganisme rejette l'amour, forts de notre expérience historique, nous le vaincrons par l'amour et ne laisserons pas le nôtre s'éteindre. L'amour nous permettra de reconquérir le cœur des païens. La nature transcende les dogmes. Que la théorie rejette et condamne l'amour, le qualifiant de faiblesse, la pratique de la vie en fera toujours une force capable de conquérir les cœurs et de les captiver. « Voyez comme ils s'aiment ! » Ces paroles des païens à propos des premiers chrétiens, les néo-païens doivent les prononcer à notre sujet. Alors, nous triompherons du monde.

    Que saint Titus Brandsma prie pour nous, afin que nous devenions tous de tels apôtres et, si besoin est, des martyrs de l'amour.

  • Le Pakistan, ce pays où la justice protège ceux qui brûlent des chrétiens

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    Le Pakistan, où la justice protège ceux qui brûlent des chrétiens

    Les assassins d'un jeune couple de chrétiens pakistanais, accusés à tort de blasphème et brûlés vifs dans la briqueterie où ils travaillaient à Lahore, ont été acquittés. Zarish Neno décrit la réalité quotidienne de la persécution.

    28/07/2026
    Des manifestations ont lieu au Pakistan contre la loi sur le blasphème (AP)

    Le 17 juillet, on apprenait que les meurtriers d'un jeune couple de chrétiens pakistanais, accusés à tort de blasphème et brûlés vifs dans la briqueterie où ils travaillaient à Lahore, au Pakistan, avaient été acquittés. Cet incident est d'autant plus troublant que le Pakistan aspire à devenir un acteur majeur sur la scène internationale : on peut notamment citer le rôle de médiateur du Premier ministre pakistanais dans le conflit entre les États-Unis et l'Iran.

    La Nuova Bussola Quotidiana a discuté de ce grave épisode d'intolérance religieuse avec ZarishImelda Neno, écrivaine et éducatrice catholique pakistanaise née à Karachi et vivant en Italie. Depuis des années, Neno donne la parole aux chrétiens persécutés au Pakistan à travers des conférences, des articles et des actions de terrain. Elle a fondé le Jeremiah Education Centre à Faisalabad, qui soutient les enfants issus des familles les plus vulnérables, et est l'auteure du livre Una Piccola Penna – Vita di una Donna Cristiana in Pakistan (Une petite fille chrétienne au Pakistan) .

    Madame Neno, pourriez-vous retracer cette histoire pour nos lecteurs ?

    Shama Bibi et Shahzad Masih étaient un jeune couple chrétien qui travaillait dans une briqueterie à Kot Radha Kishan, au Pendjab. Ils étaient esclaves de la dette, une réalité qui perdure au Pakistan au XXIe siècle. Ils avaient contracté une dette auprès du propriétaire de la briqueterie et, comme pour des milliers de familles pauvres, cette dette était devenue un fardeau quotidien, sans espoir de s’en libérer. Ils étaient parents de quatre enfants. Shama était enceinte de leur cinquième. Le 4 novembre 2014, ils furent accusés d’avoir brûlé des pages du Coran. Une accusation qui ne fut jamais prouvée. Pourtant, cette rumeur suffit à mobiliser la population grâce aux haut-parleurs des mosquées. Une foule enragée les captura. Ils furent battus, torturés et traînés devant des milliers de personnes. Puis, ils furent jetés vivants dans le four où ils avaient travaillé pendant des années. Shama mourut avec l’enfant qu’elle portait. Quatre enfants perdirent leurs deux parents le même jour. Quand je repense à cette histoire, je ne vois pas seulement deux victimes. Je vois quatre enfants orphelins. Je vois un enfant qui n'est jamais né. Je vois la foule qui a été témoin de cette horreur. Et aujourd'hui, je vois aussi un système judiciaire qui, après tant d'années, n'a pas été en mesure de leur rendre justice. C'est pourquoi cet acquittement ne se résume pas à une simple sentence. Il s'agit du message qu'il envoie à tout le pays : même un crime d'une telle ampleur peut rester impuni.

    Vous attendiez-vous à ce que les coupables soient acquittés ?

    Malheureusement, oui. Et le fait que cela ne me surprenne pas est peut-être l’aspect le plus tragique de toute cette affaire. Ce n’est pas seulement l’acquittement des meurtriers de Shama et Shahzad qui me peine. C’est le fait que cela semble être le sort réservé à presque tous les cas impliquant des minorités religieuses au Pakistan. À chaque fois, le monde s’indigne. À chaque fois, des enquêtes, des arrestations, la justice sont promises. Puis le temps passe. L’attention internationale s’estompe. Et les responsables reprennent le cours de leur vie, tandis que les victimes restent dans la tombe et que leurs familles continuent de vivre avec une douleur qu’aucun tribunal n’a jamais reconnue. Prenons l’exemple de Jaranwala. En août 2023, plus de vingt églises ont été incendiées, des centaines de maisons chrétiennes détruites et des milliers de personnes contraintes de fuir. Le monde a parlé de Jaranwala pendant quelques jours. Puis le silence. Aujourd’hui, je me demande : où est cette justice promise ? Combien de ceux qui ont dévasté une communauté entière purgent réellement une peine ? C’est une question qui s’applique à d’innombrables autres cas. Pour les enlèvements de jeunes filles chrétiennes. Pour les conversions forcées. Pour les fausses accusations de blasphème. Pour les meurtres. Voilà d'où vient ma colère : au Pakistan, le problème n'est pas seulement que ces crimes se produisent. Le problème, c'est que ceux qui les commettent ont compris qu'ils ne seront probablement jamais punis. Et tant qu'un pays ne démontrera pas que tuer, persécuter ou incendier la maison d'un chrétien entraîne de véritables conséquences, ces crimes continueront. Non pas parce qu'ils sont inévitables, mais parce qu'ils sont tolérés en toute impunité.

    Ce grave incident s'inscrit dans un contexte de persécution croissante des chrétiens au Pakistan. À votre avis, quelle est la raison de cette escalade ?

    Je crois que la réponse est simple, bien que douloureuse : les criminels restent impunis. La protection des minorités religieuses au Pakistan demeure insuffisante. Ceux qui persécutent les chrétiens savent, trop souvent, qu'ils ont de fortes chances de rester impunis. Et la communauté internationale exerce très peu de pression pour que le Pakistan garantisse véritablement les droits fondamentaux de ses minorités. Il est révoltant de penser qu'en 2026, au lieu de constater une diminution de la persécution, nous entendons encore parler de nouvelles victimes, de nouvelles accusations de blasphème, de nouvelles jeunes filles enlevées, de nouvelles conversions forcées, de nouvelles églises attaquées. À chaque fois, nous nous disons : « Espérons que ce soit le dernier cas. » Et pourtant, un autre arrive. Puis un autre. Et encore un autre. Nous, chrétiens pakistanais, continuons d'espérer. Nous continuons de prier. Nous continuons de croire que notre pays peut changer. Mais il serait malhonnête de dire que l'espoir n'est pas mis à rude épreuve quand on lit presque chaque jour un nouveau récit de persécution. La persécution ne persiste pas parce qu'elle est inévitable. Elle persiste parce que ceux qui devraient y mettre fin n'en font pas assez.

    Ces derniers temps, Islamabad s'efforce de jouer un rôle important sur la scène internationale. Pensez-vous que les États avec lesquels le Pakistan entretient des relations ignorent les violations des droits humains qui se produisent dans le pays ou font semblant de ne pas les connaître ?

    Je ne crois pas qu'il s'agisse d'un manque d'information. Il est impossible de l'ignorer. Les organisations internationales reçoivent des rapports. Les gouvernements reçoivent des rapports. Les ambassades reçoivent des rapports. Des cas sont documentés chaque année. Pourtant, la persécution persiste. Cela me porte à croire que, trop souvent, il est plus commode de détourner le regard. Cela me peine de le dire, mais il semble parfois que la vie d'un chrétien persécuté au Pakistan n'ait pas la même importance que celle d'autres victimes à travers le monde. J'aimerais voir la même indignation, la même pression diplomatique et la même détermination que celles dont fait preuve la communauté internationale face à d'autres violations des droits humains. Car la liberté religieuse n'est pas un droit de second ordre. Et la souffrance des chrétiens pakistanais ne devrait pas être une tragédie dont on se souvient seulement lorsqu'elle fait la une des journaux.

    Enfin, en tant que Pakistanais et chrétien catholique, pensez-vous que la coexistence entre les différentes religions, entre chrétiens et musulmans, soit impossible dans le pays ?

    Absolument pas. Si chrétiens et musulmans ne pouvaient coexister, nous, chrétiens, n’existerions plus au Pakistan aujourd’hui. Notre présence même témoigne que des millions de musulmans et de chrétiens vivent, travaillent et étudient ensemble, et se respectent mutuellement au quotidien. J’ai moi-même grandi entouré d’amis musulmans que je considère comme ma famille. Il serait profondément injuste de blâmer toute une communauté pour les extrémistes. Mais précisément parce que je crois en la coexistence, je crois aussi que parler de dialogue ne suffit pas. Nous devons avoir le courage de faire taire ceux qui instrumentalisent la religion pour justifier la violence. Nous devons avoir le courage de protéger les membres des minorités. Nous devons avoir le courage de punir ceux qui incendient une église, ceux qui kidnappent un enfant, ceux qui tuent au nom de la religion. Car la tolérance ne se mesure pas aux discours. Elle se mesure à la volonté d’un État de défendre ses citoyens les plus vulnérables. Et le jour où un chrétien pakistanais saura qu'il est protégé par la loi au même titre que tout autre citoyen, ce jour-là nous pourrons enfin dire que la coexistence n'est pas seulement possible : elle est devenue une réalité.

  • 7 bienheureuses martyres espagnoles victimes des "Rouges" en 1936 (27 juillet)

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    D'Evangile au Quotidien :

    BBses Raymonde Fossas Romans et consœurs

    MARTYRES († 1936)

    Fête Le 27 Juillet

    BBses Ramona Fossas Románs, Adelfa Soro Bo,
    Reginalda Picas Planas,Teresa Prats Martí,
    Ramona Perramón Vila, Rosa Jutglar Gallart,
    Otilia Alonso González. Martyres le 27 juillet 1936

    Le 28 octobre 2007, le card. José Saraiva Martins, Préfet de la Congrégation pour les Causes des Saints, représentant le Pape Benoît XVI, a présidé, à Rome, la Messe de béatification de 498 martyrs des “persécutions religieuses” de la guerre civile espagnole. Ces catholiques ont été tués dans diverses circonstances en 1934, 1936 ou 1937 ; parmi eux il y avait deux évêques, vingt-quatre prêtres, quatre cent soixante-deux religieux, trois diacres ou séminaristes et sept laïcs qui « versèrent leur sang pour rendre témoignage de l'Evangile de Jésus Christ…soient dorénavant appelés du nom de bienheureux et que leur fête soit célébrée chaque année le 6 novembre dans les lieux et selon les modalités établies par le droit. » (>>> Lettre du Pape Benoît XVI).

     Commémoration propre à l’Ordre en date du 26 juillet

    Ramona Fossas Románs, naît à Ripoll (Gérone) le 1er novembre 1881. Elle fréquente le collège des Carmélites de la Charité. À 19 ans elle perd son père, et étant l’aînée de 4, elle aide sa mère dans son travail de modiste. Elle visite les pauvres et les malades, chez eux ou à l’hôpital. Elle entre chez les Dominicaines de l’Anunciata le 6 juillet 1903. Elle appartient aux communautés de Vic, Villanueva de Castellón (Valencia), Valencia, Sant Viçens de Castellet (Barcelone), Játiva (Valencia), Castell del Remei (Lérida), Gérone, Pineda de Mar, Canet de Mar, monastère de Montserrat, et Barcelone-Trafalgar, comme prieure dans les trois derniers.

    Le 27 juillet 1936 les persécuteurs ordonnent aux sœurs Ramona Fossas, Adelfa Soro, Teresa Prats, Otilia Alonso et Ramona Perramón de sortir de leur couvent de la rue de Trafalgar, pour interrogatoires. Ils déployèrent la plus grande insistance pour qu’elles apostasient leur foi, abandonnent la profession religieuse et accèdent à leurs propositions malhonnêtes, mais elles répondirent avec une sérénité et une foi invincibles. Sous prétexte de les ramener au couvent, ils les firent monter dans un camion, qui prit la direction de la montagne du Tibidabo. Passé le village de Vallvidrera, ils les firent descendre du véhicule et les fusillèrent une à une. Mais deux d’entre elles survécurent quelques heures et purent raconter leur « passion ». La sœur Fossas avait 54 ans.

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