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Société - Page 520

  • Quand un papa patriarche pudibond repenti se confesse

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    Une opinion de Joseph Junker parue sur le site de LaLibre.be :

    Confession d’un PPP (papa patriarche pudibond) repenti (OPINION)

    L’éducation sexuelle présentée par le site Sensoa à nos enfants propose une "bonne" pornographie d’Etat. Je n’avais pas compris, moi, l’horrible pudibond réactionnaire…

    C’est un papa repenti qui vous écrit. Oui, je dois vous l’avouer, j’ai été tout d’abord indigné et révulsé par le site explicite conseillé par Sensoa à des écoliers. J’ai passé une bonne heure à en discuter avec mon épouse et des amis inquiets dont l’enfant de 10 ans avait reçu le fascicule en question. Nous nous croyions capables de choisir nous-mêmes l’éducation à donner à nos enfants. Nous nous croyions autorisés à mieux savoir que Sensoa comment leur transmettre notre vision de la vie affective. Arrogants que nous étions ! Sensoa et le ministre Sven Gatz me l’ont bien expliqué, et je dois vous faire cette confidence : j’étais en fait tellement pudibond !

    Pudibond parce que…

    Pudibond, parce que je me suis permis si allègrement de faire l’impasse sur la distinction sibylline entre site "érotique" et "pornographique". Longtemps j’ai cherché l’once de subtilité qui pourrait faire mériter à cet étalage de sexe cru et explicite le qualificatif "érotique". N’avais-je donc pas compris que seule l’intention compte ?

    Pudibond parce qu’il me faut vous avouer que j’ai fait partie des "illusionnés" que la stratégie de Sensoa tracasse. Le raisonnement est pourtant limpide, bon sang ! Puisque nous ne parvenons pas à protéger nos jeunes de la "mauvaise" pornographie, puisqu’ils savent tous où la trouver en abondance, distribuons directement en classe une "bonne" pornographie d’Etat, revêtue de toute la légitimité éthique et morale qu’il reste encore à notre école ! Idée géniale n’est-ce pas, de combattre la pornographie… en permettant désormais à vos fils et aux miens d’en consommer de manière responsable, avec l’aval du corps professoral ! En guise de repentir, je ne saurais d’ailleurs que trop prier le ministre Gatz de montrer toute l’étendue de sa modernité en mettant sans tarder à la disponibilité de chaque école secondaire de Flandre une salle de shoot sécurisée dernier cri. Tant qu’à fumer, autant que ça soit de la bonne n’est-ce pas ?

    Quoi, vous êtes choqués par mon idée ? Arrêtez donc de vous "voiler la face", vils réactionnaires va !

    Feu d’artifice de positions

    Je suis le pire des obtus, je vous l’avoue, car dans toute ma pudibonderie patriarcale cisgenre, je n’avais pas compris qu’il existait, à côté de la "mauvaise" pornographie, une "bonne" pornographie. Grâce à Sensoa, je commence enfin à entrevoir ce qui permet de rendre la pornographie responsable. 1) Qu’elle soit dessinée; 2) qu’elle soit destinée aux mineurs et surtout; 3) qu’elle soit "diverse" : blanc sur noir sur jaune sur rouge sur blanc sur homme sur autre homme sous femme sur autre femme, à l’endroit ou à l’envers,… un feu d’artifice tellement beau qu’on leur pardonne même volontiers d’avoir omis de dessiner le sacro-saint préservatif ! (Ne cherchez pas d’autres différences, il n’y en a aucune, sinon une série d’explications mécaniques et d’histoires de sexes qui, à n’en pas douter, ne défigureraient pas les plus licencieuses publications du genre).

    Oui, mes amis, je suis un horrible pudibond réactionnaire. J’ai même cru naïvement et stupidement qu’alors que Twitter déborde de #metoo et autres #balancetonporc, qu’à l’heure où la majorité des femmes seront victimes au moins une fois dans leur vie d’agressions sexuelles, la priorité serait de trouver des moyens concrets pour éviter d’habituer nos garçons dès leur enfance à se repaître du corps d’une femme comme d’un objet. D’éviter que le porno n’asservisse leur cerveau, ne détruise leur vie sexuelle naissante ni ne pollue leur regard sur l’autre sexe. Je sais dorénavant que la priorité, c’est d’apprendre à regarder le corps de l’autre comme un objet, mais de manière responsable et consentie. Ce n’était pourtant pas bien compliqué de voir à quel point s’attaquer au porno pour de vrai serait prude (berk) et conservateur (pouah !).

    Je suis patriarche

    Mais aujourd’hui, grâce à Sensoa, j’ai compris qu’il n’est rien de tout cela. Car le vrai responsable, je suis amer de vous le dire car je viens d’en prendre conscience, n’est autre que l’humble vermisseau que je suis.

    Je dois vous le confesser, je suis le pire des patriarches. J’ai eu la faiblesse de défendre la transmission masculine du patronyme, qui me vaut encore aujourd’hui une rancune tenace mais j’en suis certain méritée de la part d’une partie du corps féministe. J’éprouve un malin plaisir à parler de madame "le" ministre en répétant à qui veut l’entendre qu’en français, le genre n’a pas de sexe. J’ai gardé un faible pour l’adorable mot "mademoiselle" et vante à longueur de journée la complémentarité homme-femme. En matière de galanterie, la liste de mes méfaits serait trop longue à détailler tant il m’arrive fréquemment aujourd’hui encore de leur tenir la porte, leur donner le bras avec condescendance ou pire en les complimentant sur leur robe. Je me complais volontiers dans le rôle du chevalier protecteur s’amusant à impressionner la racaille vespérale qui papillonne un peu trop près des dames dans le métro. Pire, j’ai honte de vous l’avouer, quand un individu un peu louche manque de respect à ma sœur, j’éprouve de manière quasi irrépressible l’envie protectrice et paternaliste à peine dissimulée de casser la figure de l’importun.

    Grâce à Sensoa, Sven Gatz et Cie, je puis désormais faire amende honorable et devenir un homme nouveau. Car je sais à présent que j’ai fait fausse route, et qu’en fait, le vrai problème, le vrai responsable de #metoo, c’est moi.

    Faire de mes fils des hommes

    Il me reste encore une étape ultime que je ne parviens pas encore à franchir. J’ai beau essayer par tous les moyens, je ne suis pas parvenu à renoncer à l’ambition de faire de mes 4 fils des hommes, des vrais. C’est-à-dire en faire des garçons qui savent regarder une femme dans les yeux, pour qui la vie affective ne se résume pas qu’au sexe et qui ne parlent de personne comme d’un objet comme je l’entends si souvent sans que cela n’émeuve personne; en faire des hommes qui sauront qu’enfiler les filles comme d’autres les perles n’est pas plus glorieux que de se repaître de la nudité de quelqu’un ou d’acheter le corps d’une prostituée; en faire des hommes qui auront appris à aimer en cœur, corps et âme. Bref, à tout faire pour qu’ils ne deviennent pas des porcs.

    Pauvre rêveur que je suis dans le monde d’aujourd’hui ! Quand j’aurai renoncé à cette folle chimère, quand je serai enfin prêt pour le monde libéré et radieux qu’annonce Sven Gatz, je pourrai confier l’éducation affective de mes fils à Sensoa, qui sait bien mieux que nous, pauvres parents, ce qui est mieux pour eux.

    Je n’aurais pas évité d’en faire des porcs. Mais au moins ils seront devenus des porcs responsables. Et pour ça, je pourrais remercier Sensoa jusqu’à la fin de mes jours.

  • Où en est-on par rapport au don d'ovocytes et de sperme en Belgique ?

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    Du Bulletin de l'IEB (10 novembre) :

    Où en est-on par rapport au don d'ovocytes et de sperme en Belgique ?

    Nouveau Dossier de l'IEB : En 2014, il y a eu 8.290 cycles d'insémination avec donneur et 8.759 cycles de FIV avec donneur.

    Ce dossier fait le point et donne les chiffres tout en posant les vraies questions.

    Alors que de plus en plus d’articles de presse et de forums promeuvent le don de gamètes comme l’espoir offert à toute personne qui le désire d’avoir un enfant, il est important de se demander si, réellement, il en va des gamètes comme de tout produit de consommation. En ce qu’elles permettent de donner naissance à une vie, sont-elles vraiment des cellules comme les autres ?

    Autrement dit, quelle importance donnons-nous à notre corps et à nos propres gènes ? Aujourd’hui, nombre d’enfants issus d’un don de gamètes réagissent et veulent savoir d’où ils viennent et qui ils sont. Quelle place a donc l’intérêt de l’enfant ici ?

    La législation belge, dans ce domaine, se veut très libérale. Quel est le régime dévolu au don de gamètes ? Si donner ses gamètes et faire appel à un donneur entraînent des conséquences non négligeables sur ceux qui y recourent ainsi que sur les enfants qui en sont issus, il appartient à toute la société d’évaluer les impacts de ces dons pas comme les autres.

    De même, la congélation d’ovules (social freezing) est de plus en plus usitée parce qu’elle permet de prolonger la période de fertilité de la femme pour lui permettre de concevoir quand elle le désire. Comment la Belgique aborde-t-elle cette technique ?

    Face à ces deux techniques qui utilisent la médecine, il nous est donc nécessaire de faire le point pour parvenir à en cerner tous les enjeux.

    Ce dossier fait suite à celui déjà publié : " La procréation médicalement assistée en Belgique"

  • Ce "petit gris" qui tend la main aux musulmans de Jette

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    De Louis Colart sur le site de la RTBF :

    Noir Jaune Blues et après: ce "petit gris" qui tend la main aux musulmans de Jette

    pfe.jpgIl se mérite, en période de travaux, le prieuré Sainte Marie-Madeleine de Jette. L’imposant édifice centenaire est aujourd’hui séparé de la place du Miroir par les travaux du tram 9, qui va passer juste devant sa façade. C’est là que nous reçoit le père François-Emmanuel. "Avec mes six frères, nous sommes de nouveaux Jettois. La communauté de Saint-Jean, à laquelle j’appartiens, a repris le couvent en 2010", raconte le moine français de 60 ans.

    Un Belge, un Autrichien et pour le reste, des Français occupent aujourd’hui les lieux; organisent trois messes par jour, planifient des conférences et s’investissent dans la commune pour "aider les pauvres". "Nous avons été très bien accueillis à Bruxelles, se remémore François-Emmanuel. Mieux - même! - qu’à Marseille, où j’ai vécu un temps. Ce qui frappe chez les Belges, c’est la simplicité de l’accueil." En tant qu’homme d’Eglise, ce "petit gris" (le surnom des frères de Saint-Jean, en rapport avec leur habit) est aux premières loges pour observer la commune et ses fidèles: "Les Jettois ont les préoccupations de tout un chacun (le logement, le coût de la vie...). C’est une commune très mixte. Nous avons parfois deux tiers d’Africains ou de Belges d’origine africaine à nos messes. Bruxelles est un brassage de populations."

    L’enquête Noir Jaune Blues, publiée en début d’année, a montré une crispation autour de l’islam et des musulmans. "Tous les musulmans que je rencontre, ce sont des Belges. Ils le sont complètement, martèle François-Emmanuel. Ils vivent comme n’importe qui, ils aspirent à vivre comme tout le monde." Pourtant, il ne nie pas la difficulté de briser les murs entre communautés. "Les tensions, voire les guerres, partent du manque de dialogue. Il ne faut pas avoir peur d’aller vers les gens, de frapper à la porte, se parler." C’est l’objectif du groupe islamo-chrétien auquel il participe environ une fois par mois: cinq chrétiens et cinq musulmans se réunissent pour discuter d’un thème religieux, prier ensemble et partager un bon repas. "Il faut aller au cœur des gens. Le but, c’est d’écouter. Et parfois, sur certains points, nous nous retrouvons", s’enthousiasme le catholique. "Au fond il y a une seule question à se poser: cette diversité de Bruxelles, on l’accepte? Il y a plein de choses à faire ensemble!"

  • Vittorio Messori : le « discernement » situationiste du pape François favorise une société liquide

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    Lu sur le site de notre confrère « diakonos.be »:

    « De son célèbre Entretien sur la Foi avec le Cardinal Ratzinger en 1984 au livre-interview avec Jean-Paul II à l’occasion des quinze ans de son pontificat en passant par ses livres d’investigation sur l’historicité des évangiles et sur Marie, sans cesse réédités, Vittorio Messori est aujourd’hui l’un des auteurs catholiques les plus lus et les plus célèbres et, à ce titre, il a toujours eu un certain poids dans l’opinion publique des catholiques. Considéré comme un vaticaniste se tenant à bonne distance de la lutte doctrinale qui se joue entre les traditionnalistes critiques de Bergoglio et les « gardiens de la révolution » du Pape, il fait dans cet article publié dans la revue italienne Il Timone un constat sans concession sur l’état actuel de l’Eglise à partir de la théorie de la « société liquide » de Zygmunt Bauman.

    *

    Selon la célèbre formule du sociologue juif polonais Zygmunt Bauman, ce qui caractérise notre époque, que nous appelons post-moderne, c’est la création d’une « société liquide ». Autrement dit, une société dans laquelle tout est instable et changeant : pensons au travail qui a vu le « poste fixe » se muer en un inquiétant emploi précaire.  Pensons aux migrations des peuples avec souvent des unions sponsales entre ethnies différentes, à la famille qui a laissé la place aux unions sans liens légaux ni religieux, au changement rapide des habitudes sexuelles en vertus desquelles on voudrait entre autres aller jusqu’à rendre incertaine l’appartenance au sexe masculin ou féminin.  Pensons à la classe politique qui a renoncé aux plans et aux projets à long terme pour gouverner – quand ils y arrivent encore – à vue, si pas au jour le jour.

    Voilà pour ce qui est de la société. D’autre part, d’un point de vue religieux, le croyant s’inquiète du fait que même l’Eglise catholique – qui était un exemple millénaire de stabilité – semble elle aussi vouloir devenir « liquide ».  Au cours d’une interview déconcertante, le général des jésuites, le Sud-Américain Arturo Sosa, a « liquéfié » l’Evangile lui-même : il a en effet déclaré au cours d’un entretien que nous n’avions aucun enregistrement des paroles de Jésus sur cassette ou sur disque et que nous ne savons pas exactement ce qu’Il a dit.  On peut donc « adapter » l’Evangile au gré des époques, des besoins et des personnes.  Le même Sosa déclare qu’il n’aime pas le mot « doctrine » et donc les dogmes non plus parce que « ce sont des mots qui rappellent la dureté des pierres » tandis que la foi chrétienne doit être élastique et adaptable.  En fait elle doit elle aussi devenir « liquide ».  N’en déplaise au Christ qui a voulu que son Eglise soit fondée sur la pierre.  Mais un autre jésuite, sud-américain lui aussi, qui n’est nul autre que le pape en personne, a répété dans l’une des nombreuses interviews qu’il accorde aux personnes les plus diverses dans les lieux les plus divers – en avion, place Saint-Pierre ou en rue –  ce qui constitue l’un des pivots de sa stratégie d’enseignement et de gouvernement : « Il faut dépasser la tentation catholique de l’uniformité des règles, de leur rigidité, alors qu’il faut au contraire juger et se comporter au cas par cas ».  Le terme que le pape François emploie c’est « discernement » : il s’agit d’une vieille tradition de la Compagnie de Jésus qui cependant, jusqu’à aujourd’hui, n’allait pas jusqu’à « interpréter » librement le dogme lui-même en fonction des situations.  Comme cela s’est produit dans certains documents officiels signés par lui et qui ont suscité la perplexité (pour utiliser un euphémisme) même de certains cardinaux.

    Eh bien, avec toute l’humilité requise, il me semble qu’un pareil choix soit erroné pour l’Eglise et pour la foi. Il me semble en fait qu’il faudrait faire exactement le contraire.  Dans un monde « liquide » où tout devient incertain, précaire, provisoire, c’est justement de la stabilité et de la fermeté de l’Eglise catholique dont non seulement les croyants mais l’humanité toute entière auraient besoin.  Ces dogmes comme la pierre auxquels le Général de la Compagnie de jésus est allergique pourraient et devraient devenir pour beaucoup un havre sûr dans une société qui s’effrite et qui tend à se déliter dans le chaos.  Ce n’est pas un hasard si de tout temps mais plus particulièrement aujourd’hui, quand ils sont malmenés par les flots, les hommes cherchent un port sûr où les eaux sont tranquilles. C’est de certitudes réaffirmées et défendues dont nous avons besoin et non d’innombrables opinions changeantes.  L’un des symboles de l’Eglise catholique était un chêne vigoureux, solidement ancré dans le sol par de robustes racines.  Est-ce vraiment rendre service à la foi que de remplacer ce chêne par un roseau qui ploie dans tous les sens au moindre souffle de vent au gré des désirs et des modes humaines ?  Peut-être le moment est-il venu de redécouvrir et d’appliquer à toute l’Eglise l’ancienne et belle devise des chartreux : « Stat crux dum orbitur volvit », la croix demeure stable tandis que le monde change.  Plus que jamais, c’est de la clarté solide du catéchisme dont nous avons besoin plutôt que des innombrables et changeants « selon moi » et des opinions infinies dont le monde est rempli.  Le protestantisme a suivi cette route et l’histoire nous a montré où elle menait.  Mais malheureusement, comme toujours, l’histoire n’est pas magistra vitae.

    Un article de Vittorio Messori publié en italien dans la rubrique « Il Vivaio » de la revue Il Timone d’octobre-novembre 2017 et traduit avec l’autorisation de l’auteur."

    Ref. Une Eglise solide dans une société liquide

    JPSC

  • Belgique : bientôt un débat national sur l'euthanasie des malades psychiatriques ?

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    BELGIQUE : VERS DÉBAT NATIONAL SUR L’EUTHANASIE DES MALADES PSYCHIATRIQUES ?

     de genethique.org (7 novembre)

    Quarante-deux psychiatres, psychologues et universitaires ont publié une lettre ouverte la semaine dernière appelant à un « débat national sur l’euthanasie et la maladie mentale » en Belgique. « L’euthanasie comme réponse à une souffrance psychologique insupportable et inutile est véritablement problématique », écrivent-ils, « il s’agit de personnes qui ne sont pas en fin de vie et qui en principe, pourraient vivre encore longtemps et, par conséquent, il faut être extrêmement prudents à la fois sur le plan clinique et légal ». La loi actuelle ne définit pas précisément les critères exacts d’une souffrance psychologique intolérable, elle conduit à un « no man’s land légal ». La décision dépendrait ainsi « simplement de la manière dont un psychiatre interpréterait ou testerait les symptômes » du patient « en fonction de ses propres hypothèses ».

    Cette déclaration intervient alors que les « observateurs internationaux s’alarment de plus en plus de l’évolution de la situation » et qu’un conflit oppose sur ces questions Lieve Thienpont, psychiatre, qui a procédé à l’euthanasie de nombreux patients sur base de leur souffrance psychologique, et Wim Distelmans, Chef de la commission fédérale sur l’euthanasie et « un des médecins les plus éminents de l’euthanasie en Belgique ».

    Wim Distelmans dit avoir été « choqué » du manque de respect des critères belges de l’euthanasie dont Lieve Thienpont a fait preuve envers ses patients atteints de troubles mentaux.

    Selon Ignaas Devisch, bioéthicien à l’université de Gand en Belgique, décider d’euthanasier une personne autrefois capable d’autodétermination et désormais « incapable d’articuler leur pensée d’une manière appropriée » révèle « un gigantesque problème ». Et une psychiatre raconte que « curieusement les personnes souffrant de troubles mentaux moins sévères et facilement traitables demandent plus l’euthanasie que les patients sérieusement malades. L’euthanasie est devenue un nouveau symptôme, souvent un appel à l’aide "Est-ce que je vaux encore la peine de vivre ou est-ce que tu m’abandonnes ?" … mais ce symptôme a des conséquences particulièrement dangereuses ». « Depuis la loi sur l’euthanasie, il y a comme une forme de folie dans notre travail : alors que nous avons toujours dû être vigilants aux menaces de suicide en tant que psychiatre, il y a maintenant la menace de l’euthanasie. »

    Dans un récent livre publié aux presses universitaires d’Oxford, Euthanasia and Assisted Suicide : Lessons from Belgium, David Albert Jones[1], Chris Gastmans[2] et Calum MacKellar[3] soulignent le manque de transparence du système : « Seize membres seulement supervisent des milliers de cas » d’euthanasie. Un seul cas a été référé à un procureur et ils estiment que « seulement la moitié de tous les cas sont signalés ». « La mort par euthanasie en Belgique n’est généralement plus regardée comme une exception, nécessitant un recourt juridique spécial. Elle est très souvent considérée comme une mort normale et même un avantage, qui ne doit pas être restreint par des justifications particulières ».

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    [1] Du centre d’Oxford Anscombe Bioethics en Angleterre.

    [2] De la faculté de médecine de la KU Leuven en Belgique.

    [3] Du conseil écossais de bioéthique humaine.

     
    Sources: Mercatornet, Michael Cook (07/11/2017)
  • Les jeunes allemands de plus en plus méfiants à l'égard de l'Eglise

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    De Delphine Nerbollier sur le site du journal La Croix :

    En Allemagne, la méfiance des jeunes envers l’Église s’accroît

    En Allemagne, les évêques constatent sans surprise un relâchement des liens entre les jeunes et l’Église. Les organisations de jeunesse aspirent, elles, à être entendues lors du synode qui se tiendra à Rome en octobre 2018.

    C’est un bilan critique que dresse la conférence épiscopale allemande (DBK) au sujet des relations qu’entretiennent les jeunes et l’Église catholique outre Rhin. Dans le cadre de la préparation au synode sur les jeunes et les vocations, les évêques ont rendu publique leur synthèse, réalisée sur la base de consultations menées dans les 27 diocèses du pays. Ils constatent un relâchement du lien entre les jeunes et l’Église et une méfiance envers l’institution catholique. « De nombreux jeunes perçoivent l’Église comme peu crédible en raison de sa manière de gérer ses finances et les scandales de mauvais traitements », expliquent-ils.

    D’après les évêques, les jeunes catholiques demandent à l’Église d’être « un partenaire de dialogue qui prenne leur réalité au sérieux ». « Ils attendent une liturgie et une pastorale pertinentes et adaptées à leur quotidien » ainsi qu’une« Église qui ne soit pas sur la défensive mais qui s’organise sur la base du développement scientifique et regarde vers l’avenir »« Nombre d’entre eux demandent aussi des changements concrets en matière de dogme », peut-on lire.

    Les jeunes attendent « une offre de sens »

    Les évêques constatent aussi « une distance évidente avec le message de l’Église »au sujet de la famille. « La communauté de vie avant le mariage est presque une réalité généralisée » en Allemagne, expliquent-ils. Les couples qui souhaitent se marier religieusement ont « presque tous vécu plusieurs années ensemble ».

    À LIRE : Les jeunes bousculent (déjà) le Synode

    Pour Mgr Stephan Oster, président de la commission de la jeunesse du DBK, les 8,8 millions de jeunes catholiques allemands (sur 23 millions au total) attendent« des valeurs, une offre de sens, une authenticité et une pertinence par rapport à la vie ». Il remarque aussi que malgré un fort engagement des prêtres, diacres et responsables pastoraux qui accompagnent ces jeunes spirituellement, l’institution catholique allemande « pourrait embaucher encore davantage de personnel ».

    Le synode vu comme une chance

    Sur le terrain, l’annonce du synode de la jeunesse a trouvé un écho favorable et favorisé le dialogue. À Cologne, par exemple, les autorités religieuses ont profité de l’envoi du questionnaire préparé par le Vatican à destination des jeunes, pour y ajouter quelques questions sur la situation interne au diocèse. L’Union des jeunes catholiques allemands (BDKJ) a de son côté distribué 100 000 cartes postales dans des cafés, restaurants mais aussi dans des associations religieuses pour inciter les jeunes, catholiques ou non, à répondre à ce questionnaire. Pour le BDKJ – 17 organisations, 660 000 membres – ce synode est une chance.

    À LIRE : En France, le Synode sur les jeunes mobilise peu

    « Nous nous réjouissons que le pape François nous lance cet appel », explique son président, Thomas Andonie. « Nous espérons seulement que les résultats du questionnaire n’atterriront pas dans un tiroir mais qu’ils seront pris au sérieux. Les jeunes catholiques veulent être entendus », explique-t-il. Le BDKJ demande ainsi que les représentants des organisations de jeunesse soient représentées en octobre prochain à Rome, pour créer un « dialogue d’égal à égal ». « Ce synode ne doit pas être une simple rencontre entre évêques », estime-t-il.

  • Voici venu le temps des humains génétiquement modifiés

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    "DANS L’INDIFFÉRENCE GÉNÉRALE, VOICI VENU LE TEMPS DES HUMAINS GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS (HGM)"

     

    CRISPR-Cas9 a permis, ces cinq dernières années de franchir une nouvelle étape dans l’édition de « l’ADN d’une bactérie, d’une plante, d’un insecte, d’un animal ou d’un humain ». Trois chercheurs Alexandra Henrion-Caude[1], Catherine Bourgain[2] et Alain Privat[3] le décrivent comme « une combinaison hybride entre le ciseau, le Tipp-Ex et l’encre […] facile, rapide, efficace et peu coûteuse ».

    Cette technique « loin d’être arrivée à maturité » soulève cependant de nombreuses questions : « Modifier tel ou tel gène, c’est modifier le gène ciblé, mais aussi d’autres informations, mal connues ou inconnues. Les conséquences de ces changements sont imprévisibles. Nous ignorons jusqu’au moyen d’en assurer le suivi sur l’individu modifié, ainsi que sur les générations suivantes » (cf. CRISPR : des mutations « off-targets » nombreuses et inattendues chez l’homme).

    Une « inquiétude » latente au sein de la communauté scientifique puisqu’appliquer CRISPR « à des embryons humains issus de parents porteurs de mutation » reviendrait à « éliminer leurs embryons sains et, paradoxalement, à ne conserver que ceux porteurs de la mutation sur laquelle la technique serait mise au point ».

    En outre, cette inquiétude dépasse la « simple logique des soins » car à « souhaiter des enfants parfaits », « nous jouons en fait le jeu des promoteurs de l’eugénisme ». Ce « patrimoine le plus partagé entre tous les hommes, le plus ancien, le plus irréductible » est « l’intimité de notre humanité ». « En ce sens, ne devrait-il pas être considéré comme le plus précieux de tous nos patrimoines ? ».

    Les trois chercheurs lancent un « SOS à nos consciences » en rappelant que « le désir de connaître la nature du vivant et d’en dévoiler ses secrets » ne doit pas nous mener à « créer des variétés d’humains sélectionnés ».

    « Certains voient dans ces hommes génétiquement modifiés une évolution vers l’homme du futur. Nous y voyons la mise en place d’un programme d’anéantissement de l’homme dans son altérité, notamment par déni de notre complexité et de notre histoire génétique ».

    Pour aller plus loin :

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    [1] Généticienne, directrice de recherche à l’Inserm.

    [2] Généticienne, chargée de recherche à l’Inserm.

    [3] Neurologiste et membre correspondant de l’Académie de médecine.

     
    Sources: Le Figaro (26/10/2017)
  • ONU : quand le Comité des droits de l’homme révise la définition du ‘droit à la vie’

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    ONU : LE "DROIT À LA VIE" SUR LA SELLETTE

    Gènéthique vous informe

    Le Comité des droits de l’homme de l’ONU veut imposer la légalisation de l’avortement et de l’euthanasie à tous les pays.

    A l’ONU, le Comité des droits de l’homme révise actuellement la définition du ‘droit à la vie’ en droit international, mentionné dans le « Pacte international relatif aux droits civils et politiques », signé en 1966 par les Etats-parties. Par ce biais, et dans la plus grande discrétion, une minorité active veut imposer à tous les Etats la légalisation de l’avortement, du suicide assisté et de l’euthanasie au nom même du droit à la vie.

    L’interprétation du Comité a suscité l’inquiétude de nombreux observateurs qui ont envoyé leurs contributions. Elles feront l’objet d’une étude du Comité qui décidera ou non de les prendre en compte dans la déclaration finale qui doit être adoptée dans les prochains mois.

    Christophe Foltzenlogel, juriste à l’ECLJ[1], revient pour Gènéthique sur les enjeux majeurs de cette révision.

    Gènéthique : Le Comité des droits de l’homme de l’ONU révise actuellement sa définition internationale du « droit à la vie ». Quel est le contenu de ce nouveau texte ? En quoi est-il problématique ?

    Christophe Foltzenlogel : Ce Comité, qui rassemble 18 experts, est chargé de rédiger une interprétation officielle des dispositions du « Pacte international relatif aux droits civils et politiques ». De manière cyclique, il publie des « observations générales » sur les différents articles du Pacte et prépare donc actuellement ses observations sur l’article 6, celui concernant le droit à la vie. Dans cette version du projet, le Comité parle notamment de l’usage des armes létales, circoncit l’usage de la peine de mort pour les États ne l’ayant pas abolie, et parle des obligations positives des États de protéger la vie, etc. Le grand problème de ce texte, c’est qu’il introduit un droit à l’avortement et à l’euthanasie au nom du droit à la vie. L’article 6 du Pacte est très clair : « Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie ». Pourtant, le Comité considère qu’il faut permettre l’avortement pour que les femmes y aient recours de manière « sûre » et invite les États à légaliser l’euthanasie afin de garantir un droit à une « vie digne ».

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  • Euthanasie aux Pays-Bas : l'efficacité de la réglementation mise en doute

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    EUTHANASIE : L’EFFICACITÉ DE LA RÉGLEMENTATION NÉERLANDAISE MISE EN DOUTE

     de genethique.org (06 novembre 2017)

    Une étude menée par le National Institutes of Health (NIH) suggère que les comités néerlandais chargés d’évaluer les cas d’euthanasie (RTE) se concentreraient essentiellement sur le respect de la procédure, « sans vérifier si le patient était véritablement admissible à une euthanasie ».

    David Miller et le docteur Scott Kim, tous deux du département de bioéthique du NIH, ont analysé trente-trois cas entre 2012 et 2016 où des comités RTE ont estimé que les critères n’avaient pas été respectés. 

    Les auteurs écrivent que « même lorsque les critères de fond étaient remis en cause, les RTE ne vérifiaient pas si le médecin avait posé un "jugement correct" » : leur objectif était focalisé sur le respect des critères du processus d’assistance au suicide.

    Dans vingt-deux cas, les médecins n’auraient pas respecté les critères de rigueur de procédure en vigueur[1] alors que ce sont des critères dont le mode opératoire est clairement identifié ; dans quatorze cas, les médecins n’avaient pas suivi les soins médicaux nécessaires, et avaient utilisé de façon incorrecte les médicaments (en posologie, administration ou ordre d’administration) ; et pour six patients, le médecin n’avait pas été assez rigoureux dans l’application du critère de "souffrance insupportable".

    Pour aller plus loin :

    [1] Critères qui incluent les soins médicaux appropriés et la consultation d’un médecin indépendant.

    Sources: BioEdge, Xavier Symons (04/11/2017)

  • Quand Disney plonge les enfants dans les délices de la famille homoparentale...

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    Via CitizenGo :

    Cela devait arriver et... c'est arrivé. 

    Disney vient de lancer son premier dessin animé racontant les aventures d'une famille dont les enfants ont "la chance" d'avoir deux mamans et pas de papa...

  • Cardinal Müller : le pape n’est pas un monarque absolu

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    Muller Homme Nouveau .jpgL’ancien préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, éconduit par le pape François au terme de son premier mandat, remet les choses à leur juste place, dans une interview accordée au bi-mensuel « L’Homme Nouveau ». Extraits lus sur le blog « salon beige » :   

    "Nous ne croyons pas des choses simplement parce qu’un pape nous les enseigne, mais parce que ces vérités sont contenues dans la Révélation"

    L'Homme nouveau a publié dans son dernier numéro un entretien avec le cardinal Gerhard Ludwig Müller, ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. C'est une traduction de l'entretien accordé au journaliste américain Edward Pentin, correspondant à Rome du National Catholic Register. En voici quelques courts extraits (pour lire l'intégralité, il est utile de s'abonner à L'Homme Nouveau) :

    "[...] J’ai entendu dire que le Pape était proche de certains théologiens mais ces derniers ne peuvent pas prétendre être les interprètes autorisés du Pape. Si, par exemple, l’archevêque Fernández [recteur de l’Université catholique pontificale d’Argentine à Buenos Aires] fait une déclaration, c’est seulement à titre privé. Elle n’a pas plus de poids que la déclaration d’un autre évêque – et assurément pour l’Église dans son ensemble, il n’a pas d’autorité magistérielle –, et donc cela n’a pas plus d’autorité pour moi que n’importe quelle autre voix théologique. [...]

    [J]e crains qu’il n’y ait plus une idée très claire sur le statut ecclésiologique de l’Église romaine sous la forme de la Congrégation des cardinaux et de la Curie romaine. Certains pensent que le Pape peut à titre personnel faire tout ce qu’il veut car il est le souverain absolu, mais ce n’est pas vrai. [...]

    Dans mes fonctions comme préfet de la Congrégation, j’ai fait plusieurs interventions dans lesquelles j’ai expliqué que la seule vraie et juste interprétation d’Amoris Lætitia – qui est globalement très bonne et en faveur du mariage – est l’interprétation orthodoxe, et par là nous voulons dire qu’elle est dans le droit fil de la Sainte Écriture, de la tradition apostolique et des décisions définitives du magistère papal et épiscopal, qui est ininterrompu jusqu’à présent. Il n’est nulle part exigé des fidèles dans Amoris Lætitia de croire quoi que ce soit de contraire au dogme, car l’indissolubilité du mariage est une chose évidente. [...]

    N’est-il pas problématique que le Pape donne sa propre interprétation qui semble être en désaccord avec l’interprétation orthodoxe que vous faites vôtre, comme, par exemple, dans sa lettre à des évêques argentins et son éloge des évêques de Malte ?

    Dans le cas de la lettre à des évêques argentins, si le Pape écrit une lettre privée et personnelle, ce n’est pas un document doctrinal officiel.

    Elle a été mise en ligne sur le site Internet du Vatican.

    Le site Internet du Vatican a un certain poids, mais il n’a pas d’autorité magistérielle et si vous lisez ce que disent ces évêques argentins dans leur directive, vous pouvez l’interpréter de manière orthodoxe. [...]

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  • Dernières nouvelles de l'homme (et de la femme aussi) : chroniques d'une disparition annoncée

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    De Benjamin Fayet sur Aleteia.org :

    Fabrice Hadjadj : « Être humain, c’est se tourner vers le mystère de Dieu ou vers la vie sexuelle des mouches »

    Le philosophe Fabrice Hadjadj publie aux éditions Tallandier, "Dernières nouvelles de l'homme (et de la femme aussi) : chroniques d'une disparition annoncée". Dans cette compilation de deux années de chroniques pour la revue italienne Avvenire, également publiés en France par la revue Limite, il s'attaque avec son style enlevé et plein d'humour aux dogmes du progrès, du technicisme et du consumérisme.

    Aleteia : L’emprise technologique au cœur de la réflexion de votre livre est-elle la principale raison de l’effondrement spirituel de notre monde ?

    Fabrice Hadjadj : Elle est plutôt la cause d’un effondrement charnel : nous nous voyons de plus en plus comme des individualités libres indépendantes du corps donné par la naissance. Voilà pourquoi nous pouvons passer nos journées tassés sur un siège à regarder des écrans, réduire notre intelligence à des algorithmes qui n’ont plus rien à voir avec l’activité de nos mains, fantasmer le transfert de notre conscience sur des « supports non-biologiques ». Votre question elle-même est marquée par cet état des choses. Elle présuppose que l’essentiel est du côté du spirituel. Mais que faut-il entendre par « spirituel », catégorie moderne et fourre-tout ? Le démon n’est-il pas lui-même un esprit – un pur esprit impur, pour ainsi dire ? Et le Verbe, au contraire, ne s’est-il pas fait chair, de sorte que depuis l’Ascension, la chair, dans son animalité même, est devenue une réalité invisible et divine ?

    Le christianisme est peut-être une spiritualité, mais c’est alors une spiritualité de l’Incarnation. Insister trop sur le spirituel, en oubliant la chair, c’est conforter à la fois l’hybridation de l’homme avec la machine, mais aussi la rupture de l’homme avec les autres vivants. C’est être encore sous l’influence du paradigme technocratique, sans s’en apercevoir.

    Car ce paradigme affecte aussi notre rapport au religieux : qu’il s’agisse de la mindfulness, où la méditation s’éloigne de la prière pour devenir une technique de bien-être ; du jihadisme où l’on prétend atteindre le paradis en appuyant sur un détonateur ; ou même de ce mélange de psychologisme et de pseudo-pentecôtisme où l’Esprit saint ressemble à un logiciel qui se télécharge quasi instantanément et vous confère le repos ; dans tous ces cas, on reste dans une mentalité technologique, où l’on a perdu la patience propre à la culture — cette lenteur de la pousse des plantes, que Jésus propose comme la bonne vitesse, dans la parabole du semeur.

    Cette dénonciation du paradigme technocratique semble s’harmoniser parfaitement avec l’encyclique Laudato Si’ du pape François. Est-il pour vous une source d’inspiration et a-t-il joué un rôle dans votre évolution intellectuelle au cours de ces deux années de chroniques hebdomadaires ?

    Lire la suite sur aleteia.org

    Dernières nouvelles de l’homme (et de la femme aussi) : chroniques d’une disparition annoncée, par Fabrice Hadjadj, Tallandier, octobre 2017, 336 p., 18, 90 euros.