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  • Réflexions sur le motu proprio Traditionis Custodes du pape François

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    Geffroy2.jpgLe point de vue de Christophe Geffroy, Fondateur et directeur du mensuel  « La Nef », publié ce jour sur le site web de la revue :

    « L’incompréhension est ce qui domine en lisant le motu proprio Traditionis Custodes et la lettre aux évêques qui l’accompagne. On ne comprend pas la justification ni la nécessité d’un tel texte, et ce d’autant plus que le pape a légiféré sur la base d’un argument incomplet et d’informations fausses.

    1/ L’argument incomplet. Affirmer que le motu proprio Ecclesia Dei de Jean-Paul II n’était motivé que pour « une raison ecclésiale de recomposer l’unité de l’Église » n’est pas exact. Certes, cela en était une raison majeure, mais il y en avait une autre omise par François : « tous les pasteurs et les autres fidèles doivent aussi avoir une conscience nouvelle non seulement de la légitimité mais aussi de la richesse que représente pour l’Église la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d’apostolat. Cette diversité constitue aussi la beauté de l’unité dans la variété : telle est la symphonie que, sous l’action de l’Esprit-Saint, l’Église terrestre fait monter vers le ciel » (Ecclesia Dei n. 5-a).

    2/ Les informations fausses. Le pape François affirme que la générosité de Jean-Paul II et Benoît XVI aurait été utilisée par les tradis pour s’opposer à la messe de Paul VI et au concile Vatican II en mettant en péril l’unité de l’Église. Il écrit en effet : « L’occasion offerte par saint Jean-Paul II et avec encore plus de magnanimité par Benoît XVI de restaurer l’unité du corps ecclésial, dans le respect des diverses sensibilités liturgiques, a été utilisée pour accroître les distances, durcir les différences et construire des oppositions qui blessent l’Église et entravent son progrès, l’exposant au risque de la division. […] Mais je suis également attristé par l’utilisation instrumentale du Missale Romanum de 1962, qui se caractérise de plus en plus par un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II, avec l’affirmation infondée et insoutenable qu’il a trahi la Tradition et la “vraie Église”. […] Il est de plus en plus évident, dans les paroles et les attitudes de beaucoup, qu’il existe une relation étroite entre le choix des célébrations selon les livres liturgiques antérieurs au Concile Vatican II et le rejet de l’Église et de ses institutions au nom de ce qu’ils considèrent être la “vraie Église”. Il s’agit d’un comportement qui contredit la communion, alimentant cette pulsion de division. »

    Le vocabulaire même utilisé par François est celui de la Fraternité Saint-Pie X : la « vraie Église » ! Aucun tradi fidèle à Rome ne l’emploie ! Donc, son constat est vrai si on se limite à la Fraternité Saint-Pie X. Mais il est faux si on l’applique à la mouvance « Ecclesia Dei » dans sa grande majorité ; qu’il existe des cas répondant à ce que dit le pape est vrai, mais ils sont très minoritaires : pourquoi appliquer une punition collective pour la faute de quelques-uns, n’aurait-il pas suffi de sévir contre ceux-là ? Visiblement, nous ne connaissons pas le même monde tradi que le pape ou ses conseillers, car cela ne correspond tout simplement pas à la réalité ; ils le voient comme un monde homogène qui serait en fait celui de la seule Fraternité Saint-Pie X ! Qui conseille et éclaire le pape sur ces sujets ?

    À partir d’informations biaisées sur la situation réelle, on fait croire que le pape répond à une demande qui n’est que celle d’une petite minorité qui a toujours été farouchement hostile à la forme extraordinaire.

    3/ L’objectif du pape… et ses conséquences dramatiques prévisibles : « C’est pour défendre l’unité du Corps du Christ que je suis obligé de révoquer la faculté accordée par mes Prédécesseurs. L’usage déformé qui en a été fait est contraire aux raisons qui les ont conduits à accorder la liberté de célébrer la messe avec le Missale Romanum de 1962. » En voulant défendre l’unité, ce motu proprio va apporter incompréhension, désarroi, drames et finalement attiser les divisions au lieu de les réduire : il va aboutir à l’inverse de son objectif ! En un coup de crayon, il balaie 35 années d’efforts de Jean-Paul II et Benoît XVI pour apaiser la situation et apporter une paix certes imparfaite mais réelle. Même la synthèse de la CEF, pourtant peu bienveillante à l’égard du monde tradi, reconnaissait que Summorum Pontificum avait conduit globalement à une « situation apaisée », ce que notre enquête a largement confirmé (cf. le dossier sur les « tradis » dans La Nef n°338 de juillet-août 2021).

    Il va réveiller la guerre liturgique, exacerber la résistance des tradis et, surtout, entraîner pas mal de départs vers la Fraternité Saint-Pie X (qui doit se réjouir de ce motu proprio qui va alimenter leurs troupes et confirmer ce qu’ils ne cessent de répéter depuis 1988, à savoir qu’on ne peut faire confiance à Rome, les confortant dans le refus de toute réconciliation) – ce que précisément Jean-Paul II et Benoît XVI avaient su éviter par leur attention à l’égard de ce monde tradi. Cela risque d’être un immense gâchis.

    Ajoutons une remarque importante d’un point de vue historique et psychologique : Paul VI était prêt à des concessions sur la messe si Mgr Lefebvre n’avait pas rejeté Vatican II (c’est la fameuse déclaration du 21 novembre 1974 contre la « Rome moderniste » du concile qui a fait difficulté) ; mais Jean-Paul II et Benoît XVI avaient compris que l’apaisement liturgique était la condition nécessaire pour que les tradis les plus réservés sur Vatican II puissent s’ouvrir au concile et se l’assimiler. En resserrant l’étau sur la messe, François va aboutir au résultat inverse à celui légitimement recherché.

    4/ Deux poids, deux mesures ? Le ton du motu proprio et de la lettre est d’une dureté et sévérité telles à l’encontre des tradis que l’on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a deux poids, deux mesures : alors que François insiste si souvent sur la miséricorde, la mansuétude, le pardon… alors qu’il est si patient avec l’Église d’Allemagne qui est au bord du schisme, lui, le Père commun, ne montre pas l’ombre d’un signe d’amour ou de compréhension pour ceux qui sont pourtant une petite partie de son troupeau ! À travers ces textes, les tradis apparaissent comme nuisibles, en étant juste tolérés dans des « réserves d’Indiens » le temps qu’ils rentrent dans le rang, l’objectif affiché étant de les faire disparaître (sans jamais s’interroger pour savoir s’ils pouvaient apporter quelque chose à l’Église, en termes de jeunesse, dynamisme, vocations…). Y a-t-il tant de catholiques pratiquants convaincus en Occident qu’il faille prioritairement limiter drastiquement une partie d’entre eux ?

    L’histoire récente a montré que mépriser ainsi les tradis, les persécuter n’aide pas à les faire évoluer ; au contraire, on attise la résistance des plus durs, ils deviennent plus rigides, cela va à l’encontre du but recherché de favoriser l’unité.

    Rendons hommage ici à la Conférence des évêques de France pour leur communiqué du 17 juillet qui montre de l’estime pour les « tradis » : « Ils [les évêques] souhaitent manifester aux fidèles célébrant habituellement selon le missel de saint Jean XXIII et à leurs pasteurs, leur attention, l’estime qu’ils ont pour le zèle spirituel de ces fidèles, et leur détermination à poursuivre ensemble la mission, dans la communion de l’Église et selon les normes en vigueur. »

    5/ Le mépris pour la grande œuvre de Benoît XVI ! Ces deux textes du pape reviennent sans nuance aucune sur l’œuvre de réconciliation de Jean-Paul II et surtout de Benoît XVI à partir d’une analyse des faits qui est fausse, et vont jusqu’à annuler l’apport essentiel du pape émérite qui avait distingué les deux formes ordinaire et extraordinaire du même rite romain ; ce faisant, le pape supprime du même coup toute existence juridique à l’ancienne forme extraordinaire (comme si elle n’existait plus), replongeant ainsi l’Église dans une querelle liturgique sans fin sur le statut juridique de la messe de saint Pie V. On revient au régime de la tolérance selon des modalités plus sévères que celles de 1988, celui de la « parenthèse miséricordieuse »… qui n’est plus guère miséricordieuse ! Soit un recul de plus de trente ans par un seul geste de gouvernement.

    6/ Quelle stratégie de Rome peut-on lire en filigrane ? Les deux textes de François montrent très clairement que le pape veut éradiquer le monde tradi dans l’Église, faire en sorte que la messe de saint Pie V disparaisse : tout est fait pour empêcher que croisse cette mouvance (interdiction de tout nouveau groupe et parcours du combattant pour le prêtre diocésain qui voudrait célébrer avec l’ancien Ordo), ce motu proprio étant là le temps que les adeptes de la forme extraordinaire s’approprient le nouveau missel. Tout est fait pour qu’à terme la messe traditionnelle ne soit plus célébrée que dans la Fraternité Saint-Pie X et ses satellites. Il semble donc que la stratégie du pape est de pousser les récalcitrants vers la Fraternité Saint-Pie X, afin que tout le monde tradi s’y retrouve : ils seront ainsi parfaitement maîtrisés et isolés dans une réserve d’Indiens coupée de Rome et des diocèses mais avec laquelle on maintient un lien minimum pour éviter un schisme formel. Cela explique que le pape ne cherche plus de réconciliation avec la Fraternité Saint-Pie X, mais montre une grande générosité à son égard en leur reconnaissant la pleine validité des mariages et des confessions, en encourageant à les recevoir dans des églises lors de pèlerinages, etc. Tout cela est cohérent… et à l’exact opposé de tous les efforts passés de Jean-Paul II et Benoît XVI… pour l’unité de l’Église.

    7/ Exclusivisme liturgique ? Ce motu proprio n’est-il pas l’occasion, pour les instituts qui refusent de célébrer la forme ordinaire (qui, précisons-le, sont minoritaires au sein de la galaxie « Ecclesia Dei »), de s’interroger très sérieusement sur le bien-fondé liturgique, théologique et ecclésial de ce refus ? Depuis 1988, les papes invitent à ne pas refuser le principe même de la célébration du nouvel Ordo (il est vrai que les positions de la Commission Ecclesia Dei ont été plus fluctuantes sur le sujet, ne contribuant pas à l’éclairer), ce qui ne retire en rien le charisme propre de ces instituts pour l’ancienne messe. Benoît XVI avait été très explicite dans sa lettre aux évêques de 2007 et, à cet égard, force est de constater que les lignes n’ont guère bougé depuis. En obéissant au pape sur ce point névralgique, ces instituts ne démontreraient-ils pas, par leur exemple même, que François se trompe dans son analyse ?

    8/ Conclusion. Tout cela est triste car injuste, il est donc légitime de s’en plaindre, d’argumenter, de demander inlassablement une réforme de ce motu proprio ou une application la plus souple possible de ce texte, dans le respect de l’autorité et de la fonction du pape. Les évêques vont avoir un rôle essentiel à jouer, tout dépendra de la façon dont ils vont appliquer ce motu proprio – les premières réactions observées sont encourageantes, un grand merci à ces évêques soucieux de tout leur troupeau. C’est aussi à eux de faire remonter à Rome une information plus juste sur ce que sont réellement les tradis. L’histoire récente a montré qu’ils n’étaient pas habitués à se laisser faire sans réagir : espérons que la plupart ne retombent pas dans une « résistance » qui verse dans la révolte et la désobéissance ouverte : l’exemple à ne pas suivre est celui de Mgr Lefebvre et de la Fraternité Saint-Pie X, on voit où cela conduit… Il est dur de souffrir par l’Église, mais cela ne peut pas ne pas porter de fruits… »

    Christophe Geffroy

    Ref.Réflexions sur le motu proprio Traditionis Custodes du pape François

    Sur ce sujet, la rédaction de KTO vous propose l'édition spéciale que voici ce dimanche 18 juillet à 20h15: enjeux, débat et perspectives avec Mgr Olivier Leborgne, évêque d'Arras et vice-président de la Conférence des évêques de France (CEF), l'abbé Alexis Garnier, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre et Christophe Geffroy, directeur du magazine La Nef. L’émission est animée par Philippine de Saint Pierre: 

     

    A propos de CHRISTOPHE GEFFROY:

    Fondateur et directeur de La Nef, auteur notamment de Faut-il se libérer du libéralisme ? (avec Falk van Gaver, Pierre-Guillaume de Roux, 2015), Rome-Ecône : l’accord impossible ? (Artège, 2013), L’islam, un danger pour l’Europe ? (avec Annie Laurent, La Nef, 2009), Benoît XVI et la paix liturgique (Cerf, 2008).

    JPSC

  • Jésus, le vrai berger dont a besoin l’humanité déboussolée (16e dimanche B)

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    Homélie de l'abbé Christophe Cossement sur son blog  :

    Montrer le cœur du Père

    16e dimanche B, 18 juillet 2021

    Jésus, c’est lui le vrai berger. Il est le berger que le peuple d’Israël attendait. Il est le berger dont a besoin l’humanité déboussolée, l’humanité qui est soumise aux décisions de ceux qui cherchent surtout leur intérêt, celui de leur parti, de leur clan ou de leur multinationale. Jésus est le berger qui sait où il doit nous conduire et comment : il nous conduit vers le Père, il est le chemin, la vérité et la vie.

    Voici le but : notre Père, la source de notre vie, de notre joie, lui notre espérance, lui que nous cherchons. Aller vers Lui, c’est vivre. L’aimer, c’est trouver le bonheur. Lui unir notre vie, c’est avancer dans la paix, c’est avancer vers la victoire finale, quand il aura achevé son œuvre en nous, quand son amour nous aura rendus éternels, unis à Lui pour toujours.

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  • "Un texte offensant et violent"

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    D'Elisabeth Caillemer sur le site de Famille Chrétienne :

    « C’est un texte offensant et violent » : les tradis blessés par le motu proprio du pape François

    Tristesse, incompréhension, colère… Le motu proprio « Traditionis Custodes », promulgué par le Pape François le 16 juillet et restreignant l’usage du rite tridentin, a plongé les fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain dans une profonde affliction. « C’est un texte très offensant et très violent », estime l’abbé Paul-Joseph, supérieur du district de France de la Fraternité Saint Pierre (FSSP) qui rejette en bloc les accusations portées à l’encontre des communautés tradis, accusations sur lesquelles le pape semble s’être appuyé pour remettre en cause le motu proprio « summorum pontificum » de son prédécesseur libéralisant la messe traditionnelle. « Les motifs invoqués sont difficilement recevables, explique-t-il. On y parle d’une part de rejet du concile, or la Fraternité Saint Pierre n’a jamais rejeté le concile Vatican II. Pour nous, il ne présente pas de difficultés fondamentales mais uniquement des demandes de précisions sur certains points que nous interprétons à la lumière de la tradition de l’Eglise comme le préconise Benoit XVI. Le deuxième motif qui me semble démenti par les faits est celui de la division ce alors même que, comme plusieurs publications récentes l’ont démontré, les relations entre les diocèses et les communautés ecclesia dei se sont considérablement apaisées depuis une quinzaine d’années ».

    Des accusations injustifiées

    Même sentiment d’injustice pour l’Abbé Mateusz Markiewicz, supérieur du district d’Europe de l’Institut du Bon Pasteur (IBP), qui qualifie ce texte d’« acte contre la charité parce que nous ne savons pas sur quoi s’appuient les accusations portées à notre encontre dans ces documents car rien de ce qui est écrit n’est conforme à la réalité ». Un écart confirmé par l’abbé Guy-Emmanuel Cariot, recteur de la basilique d’Argenteuil qui précise « ne pas célébrer habituellement selon l’ancien rite » : « Je ne comprends pas ce motu proprio, nous a-t-il confié. Ce qui est dit dans le discours du pape ne correspond en rien aux tradis que je connais. Cela semble plutôt s’adresser à des membres de la Fraternité Saint-Pie X. Je n’ai jamais entendu des membres de communautés ecclesia dei parler de « vraie Eglise » en parlant d’eux. Benoit XVI voulait que le concile Vatican II soit reconnu et je pense qu’un gros travail a été fait du côté des communautés ecclesia dei dans ce sens. Je ressens beaucoup de tristesse parce que ce texte semble balayer les efforts faits par Benoit XVI pour maintenir l’unité de l’Eglise et mépriser les efforts faits depuis quinze ans par les communautés traditionalistes. En outre, à une époque où on parle tant de synodalité, je suis étonné que choses semblent aussi définitives et méprisantes ».

    Après le calme, la tempête ? C’est ce que redoute l’abbé Timothée Pattyn, curé de la paroisse de la Trinité en Beaujolais. « Je pense que ce motu proprio va produire l’effet inverse de ce que désire le pape - l’unité et la communion - car cela va braquer les fidèles et les prêtres qui ne se sentent pas compris. Certains vont se diriger vers la Fraternité Saint Pie X, d’autres vont se remettre en porte à faux avec les évêques, des évêques vont rallumer des guerres là où il n’y en avait plus… Ce texte déchire les artisans d’unité qui célèbrent volontiers la forme extraordinaire, en adhérant au concile, à la forme ordinaire et au magistère des papes », regrette cet ancien prêtre de la FSSP qu’il a quittée pour célébrer la messe dans les deux formes du rite romain. « Au sein de ma paroisse où cohabitent les deux formes du rite romain il n’y a aucune querelle entre les fidèles : ils se fréquentent sans problème, oeuvrent ensemble dans les mêmes équipes d'évangélisation, et participent aux mêmes évènements paroissiaux. Mais, avec ce texte, certains ont désormais le sentiment d’être les vilains petits canards, et d’être surveillés de près. Le plus saisissant est de lire qu’on veillera à ce "qu’aucun nouveau groupe ne se forme" : quelle est la part laissée au discernement pour le bien des âmes et sur la volonté du Saint Esprit dans une telle affirmation ? », ajoute-t-il.

    « Nous sommes peu payés pour notre obéissance à Rome  »

    « Ces restrictions apportées par Rome me choquent énormément, fustige Gabrielle, 43 ans. On exige des tradis une communion sans faille qu’on ne demande à aucun autre fidèle dans l’Eglise. Vouloir discuter de l’interprétation de quelques passages du concile est quand même moins grave que de remettre en cause le célibat des prêtres, l’ordination sacerdotale des femmes ou la bénédiction des unions homosexuelles. Nous avons l’impression d’être continuellement dans le viseur pendant que d’autres peuvent se permettre de critiquer ouvertement le pape et la doctrine de l’Eglise ». Une impression de « deux poids, deux mesures » partagée par l’abbé Mateusz Markiewicz qui remarque qu’« on punit des prêtres et des fidèles attachés à une messe multiséculaire tandis que des évêques en Allemagne produisent quasiment un schisme ». Moins bien tolérées que la mouvance progressiste, les communautés ecclesia dei se retrouvent également moins bien loties que la Fraternité Saint Pie X.

    « Nous sommes peu payés pour notre obéissance à Romeobéissance qui est la pierre angulaire de notre fondation, souligne en effet l’abbé Paul-Joseph. La Fraternité Saint Pie X est finalement mieux traitée que nous, ce que je ne regrette pas pour eux, pour autant on ne peut pas s’empêcher d’avoir le sentiment du frère ainé de l’enfant prodigue qui lui est resté auprès de son père. Depuis notre création, nous avons essayé d’être dans cet esprit filial, avec le droit qui nous a été accordé de pouvoir émettre des critiques constructives mais il demeure chez certains une suspicion sur notre communion ecclésiale, notre état d’esprit, notre obéissance, notre reconnaissance de la validité et la fécondité du missel de Paul VI que nous n’avons jamais remise en cause ».

    Une volonté de supprimer le Missel de Saint-Pie V

    Que va-t-il advenir dans les mois prochains ? L’abbé Cariot se veut confiant : « Une grande liberté est laissée à nos évêques. Il faut espérer qu’ils auront à cœur de veiller à l’unité de leur peuple dont ces personnes attachées à la forme extraordinaire font partie. On ne peut pas nier du jour au lendemain ce qu’elles sont, ce qu’elles désirent, ni leur vitalité ».

    Pour l’abbé Paul-Joseph, en revanche, il fait aucun doute que ce motu proprio vise tout simplement à enterrer la messe dite de Saint Pie V. « L’avenir va être à géométrie variable car il va dépendre des évêques. Je crois que certains n’ont pas envie de partir dans des conflits car les choses sont paisibles dans leur diocèse et n’ont aucun intérêt à revenir en arrière. Mais il n’y aura plus de stabilité. Nous passons de la bienveillance à un régime de tolérance, illustré notamment par le fait que les messes traditionnelles ne sont plus censées être célébrées dans des églises paroissiales, qu’il n’y aura plus d’érection de paroisses personnelles et qu’on demande aux évêques de ne plus accepter de demande venant de nouveaux groupes. C’est l’acheminement vers l’unique missel de Paul VI. La bonté propre et la fécondité de la liturgie pré conciliaire n’est absolument pas reconnue et elle est même niée. Il s’agit donc d’un encadrement des dernières personnes attachées au missel de Saint Pie V que l’on accompagne de façon thérapeutique comme en soins palliatifs ». « Dans un contexte de déchristianisation, vouloir donner un tel coup d’arrêt à des communautés qui se développent et portent des fruits est incompréhensible », conclut l’abbé Mateusz Markiewicz. 

  • Les partisans de la messe traditionnelle réagissent avec désarroi aux nouvelles restrictions sévères du pape

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    D'Edward Pentin sur le National Catholic Register :

    Les partisans de la messe en latin réagissent avec désarroi aux nouvelles restrictions sévères du pape

    "Je prie pour que les fidèles ne cèdent pas au découragement qu'une telle sévérité engendre nécessairement, mais qu'ils persévèrent, avec l'aide de la grâce divine, dans leur amour de l'Église et de ses pasteurs", a déclaré le cardinal Raymond Burke au Register.

    16 juillet 2021

    Le pape François a émis des restrictions importantes à la célébration de la messe traditionnelle en latin, annulant les décrets papaux précédents qui avaient libéralisé la messe célébrée avant les réformes liturgiques du pape Paul VI en 1970, et exhortant à un "retour en temps voulu" à la liturgie instituée après le Concile Vatican II. 

    Les partisans de la messe en latin ont réagi avec inquiétude au nouveau document papal, affirmant qu'il s'en prend de manière injustifiée, rapide et sévère à la célébration de la sainte liturgie. 

    Dans une nouvelle lettre apostolique publiée motu proprio intitulée Traditionis Custodes (gardiens de la tradition) et signée le 16 juillet, en la fête de Notre-Dame du Mont Carmel, le pape a pris la "ferme décision" d'annuler immédiatement le motu proprio Summorum Pontificum de 2007 de Benoît XVI et le motu proprio Ecclesia Dei de 1988 du pape Jean-Paul II qui libéralisaient la disponibilité de la messe célébrée avant 1970. 

    L'un des éléments clés du Summorum Pontificum de Benoît XVI, qui affirmait que le Missel romain promulgué par Jean XXIII en 1962 n'a "jamais été abrogé en tant que forme extraordinaire de la liturgie de l'Église", était qu'il accordait que tout groupe stable de fidèles laïcs pouvait demander à un prêtre de célébrer cette forme de la messe (également appelée forme extraordinaire du rite romain), et qu'il n'avait besoin "d'aucune permission du Siège apostolique ou de son propre Ordinaire". 

    Mais selon le nouveau motu proprio de François, il sera désormais de la "compétence exclusive" de l'évêque diocésain "d'autoriser l'utilisation du Missel romain de 1962 dans son diocèse, selon les directives du Siège apostolique." L'évêque se verra également confier d'autres pouvoirs étendus, notamment celui d'accorder la permission aux prêtres qui souhaitent célébrer l'ancienne messe et à ceux qui le font déjà, et celui de mettre fin au droit des groupes de faire célébrer cette forme de messe dans les églises paroissiales. 

    François a déclaré qu'il apportait ces changements après avoir "soigneusement examiné" les résultats d'une enquête en neuf points envoyée par la CDF aux évêques l'année dernière pour évaluer la mise en œuvre de Summorum Pontificum, et "à la lumière de l'expérience qui a mûri au cours de ces années". 

    "Les réponses révèlent une situation qui me préoccupe et m'attriste, et me persuade de la nécessité d'intervenir", a écrit le pape dans une lettre d'accompagnement aux évêques publiée vendredi. 

    "Malheureusement, l'objectif pastoral de mes prédécesseurs, qui entendaient 'faire tout leur possible pour que tous ceux qui possédaient vraiment le désir de l'unité trouvent la possibilité de rester dans cette unité ou de la redécouvrir à nouveau', a souvent été sérieusement négligé", a-t-il déclaré. 

    Il a ajouté que les efforts de Jean-Paul II et de Benoît XVI pour "retrouver l'unité" après la rupture de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome en 1988 à cause des réformes liturgiques et doctrinales qui ont suivi Vatican II ont été "exploités pour élargir les fossés, renforcer les divergences et encourager les désaccords qui blessent l'Église, bloquent son chemin et l'exposent au péril de la division". 

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  • Communiqué d’Esprit de la liturgie sur le motu proprio Traditionis Custodes

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    Communiqué d’Esprit de la liturgie sur le motu proprio Traditionis Custodes

    La publication par le pape François du motu proprio Traditionis Custodes est une source de grande souffrance pour Esprit de la liturgie comme pour tous ceux, fidèles de l’une ou l’autre forme du rite romain, qui sont attachés à la pensée de Benoît XVI en matière de liturgie.

    Il n’est pas envisageable d’adhérer à la volonté explicite du Souverain Pontife de voir disparaître l’usage ancien au profit de l’usage réformé, tant que la situation de fait de cet usage réformé est celle d’une rupture avec la tradition liturgique latine.

    Cette rupture se fait selon trois axes : premièrement, une grande partie des éléments les plus antiques de la liturgie traditionnelle (oraisons, lectures, antiennes), est absente de la liturgie réformée ; deuxièmement, les options les plus couramment choisies dans la liturgie réformée ne correspondent pas à la tradition liturgique latine (abandon du grégorien, de l’orientation, plus généralement du hiératisme) ; troisièmement, même si les abus liturgiques au sens strict se font plus rares que par le passé, ils sont encore assez fréquents pour qu’on souhaite s’en prémunir.

    Cette rupture, Esprit de la liturgie a toujours voulu contribuer à la réduire, encouragée par l’appel de Benoît XVI à recevoir les usages nouveaux avec une herméneutique de réforme dans la continuité. Le Motu Proprio Traditionis Custodes, au contraire, entérine cette rupture.

    Dans la situation présente, la possibilité de célébrer la Messe, l’Office divin et les Sacrements selon l’usage ancien est un témoignage, ô combien vivant, de la tradition liturgique latine, qui doit continuer d’informer l’ars celebrandi de l’usage réformé et ses éventuelles réformes ultérieures.

    La généreuse liberté donnée par le pape Benoît XVI à tout fidèle du rite latin de bénéficier des livres liturgiques en usage en 1962 avait arrêté net la “guerre des missels” qui empoisonnait la vie de l’Église depuis les années 1970. C’est dans le cadre de cette coexistence, largement paisible, que notre association s’est proposée d’encourager une réflexion qui aille au-delà d’une prise de position pour l’un ou l’autre missel, et permette de promouvoir un vrai sens liturgique et traditionnel dans les célébrations de l’Église latine aujourd’hui. Elle était en cela encouragée par l’affirmation de l’égale dignité des deux formes du rite romain, affirmation que Traditionis Custodes répudie dès son premier article. Le motu proprio ramène ainsi la liturgie préconciliaire, et l‘Église avec lui, quarante ans en arrière, et déterre au passage la hache de guerre liturgique.

    L’association Esprit de la liturgie, son blog, son groupe Facebook et sa revue, continueront de promouvoir l’ars celebrandi traditionnel du rite romain, son esthétique, son chant et sa symbolique, dans l’usage ancien comme dans l’usage réformé, toujours convaincue de la profonde vérité de ces paroles de Benoît XVI dans la lettre accompagnant le motu proprio :

    “L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place.”

    Le comité d’Esprit de la liturgie

  • Le Motu Proprio du pape rouvre-t-il la guerre liturgique ?

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    D'Odon de Cacqueray sur le site de l'Homme Nouveau :

    Motu Proprio « Traditionis custodes »
    la guerre liturgique réouverte ?

    Après plusieurs semaines d’attente et de rumeurs, le pape François a publié le 16 juillet dernier sa Lettre apostolique « Traditionis custodes » (« gardiens de la Tradition ») sous forme de motu proprio (« de son propre mouvement »). Le pape insiste ainsi sur l’importance qu’il accorde personnellement à ce texte. Celui-ci abroge la lettre apostolique également sous forme de motu proprio de Benoit XVI : Summorum Pontificum, et apporte des restrictions à la célébration de la messe selon le missel de 1962, jusqu’alors communément appelée la Forme extraordinaire du Rite Romain (FERM) pour la différencier de la messe selon le missel de Paul VI appelée Forme ordinaire du Rite Romain (FORM). La Lettre apostolique est accompagnée d’une lettre à tous les évêques du monde qui vise à l’accompagner et l’expliciter. Le motu proprio du pape François publié le 16 juillet « Traditionis custodes », annule les normes jusqu'ici en vigueur pour la messe en Forme extraordinaire du Rite Romain. Le Souverain Pontife justifie son texte par le souci de l'unité. Le ton choisi, les arguments retenus ne vont-ils pas rouvrir de vieilles blessures ? 

    Premier fait anecdotique mais tout de même à relever, le document du pape a été originellement publié en anglais et en italien. Pas de latin ni de français. Outre le fait que notre langue a été très longtemps de rigueur dans les communications internationales, principalement diplomatiques, le contenu de la lettre touche particulièrement la France où la question liturgique entre les deux formes est toujours un sujet de débat houleux. 

    Le pape François a choisi de diviser sa lettre en huit articles, précédés d’un mot introductif conséquent et suivis d’une courte conclusion. L’introduction commence par rappeler le rôle d’unité qu’ont les évêques, citant Lumen Gentium (n°23) « Les évêques sont, chacun pour sa part, le principe et le fondement de l’unité dans leurs Églises particulières » et (n°27) « Chargés des Églises particulières qui leur sont confiées, les évêques les dirigent ». Très vite le pape rappelle le cadre dans lequel s’inscrivent les célébrations de la FERM « mes vénérables prédécesseurs, saint Jean-Paul II et Benoît XVI, ont accordé et réglementé la faculté d'utiliser le Missel romain édité par Jean XXIII en 1962 ». Dans Summorum Pontificum Benoit XVI parlait lui aussi, en mentionnant l’Indult Quattuor abhinc annos (1984), d’une faculté accordée « d’utiliser le Missel romain publié en 1962 » mais il précisait dans sa lettre qui accompagnait Summorum Pontificum « Quant à l’usage du Missel de 1962, comme Forma extraordinaria de la Liturgie de la Messe, je voudrais attirer l’attention sur le fait que ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé. » En conséquence l’Indult n’était pas nécessaire, pas plus que les deux motu proprio, celui de Benoit XVI et Ecclesia Dei de Jean-Paul II « On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l'édition typique de 1962 ». Pour autant ce qui va sans le dire, va mieux en le disant. Le rappel de la possibilité pour les prêtres de célébrer selon le missel de 1962 allait dans le sens de l’apaisement en donnant une base scripturaire sérieuse aux prêtres et aux fidèles qui souhaitaient en bénéficier. 

    Sont ensuite exposées les raisons qui ont conduit à l’écriture de cette lettre apostolique : le souci d’évaluer l’application et les fruits de Summorum Pontificum par une grande consultation de tous les évêques (voir Le club des Hommes en Noir sur le sujet), un avis de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et la volonté de toujours plus œuvrer pour l’unité de l’Église.

    Que disent les articles de ce motu proprio ?

    L’article premier annonce que les livres liturgiques promulgués par Paul VI et Jean-Paul II sont la seule et unique expression de la lex orandi du Rite Romain. Un miroir de l’article premier de Summorum Pontificum « Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la lex orandi de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par le Bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme expression extraordinaire de la même lex orandi  de l’Église ».

    L’article 2 donne à l’évêque le pouvoir d’autoriser ou non la célébration de la messe selon le missel de 1962 dans son diocèse. 

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  • Communiqué de Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, Lescar et Oloron, sur le Motu proprio du Pape François Traditionis custodes

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    Aillet 12-Mgr-Marc-Aillet.jpgVoici le texte de Mgr Aillet publié sur le site web du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron dont on voudrait espérer que l’exemple sera suivi par un grand nombre de ses confrères :

    « Chers frères et sœurs,

    Le Pape François a promulgué le vendredi 16 juillet 2021, en la mémoire de Notre-Dame du Mont Carmel, un Motu proprio, intitulé Traditionis Custodes - Gardiens de la Tradition -, sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la Réforme de 1970. Il va sans dire que nous accueillerons ce motu proprio avec le même sens de l’Eglise et la même communion avec le Successeur de Pierre que le Motu proprio Summorum Pontificum, promulgué par le Pape Benoît XVI, le 7 juillet 2007.

    Le Pape rappelle qu’en tant que « gardiens de la tradition, les évêques, en communion avec l’évêque de Rome, constituent le principe et le fondement visible de l’unité dans leurs Eglises particulières ». Aussi, comme le stipule l’art. 2 du Motu proprio, « En tant qu’il est le modérateur, le promoteur et le gardien de toute la vie liturgique dans l’Eglise particulière qui lui a été confiée, c’est à l’évêque diocésain qu’il appartient de régler les célébrations liturgiques dans son propre diocèse. Par conséquent, c’est sa compétence exclusive d’autoriser l’usage du Missel Romain de 1962 dans le diocèse, selon les orientations du Saint-Siège ».

    Dans la lettre adressée aux évêques pour accompagner ce motu proprio, le Pape François explique pourquoi il a été amené à prendre de nouvelles dispositions qui abrogent celles prises par ses vénérés prédécesseurs. Tout en saluant la sollicitude paternelle et la magnanimité de Saint Jean Paul II et du Pape émérite Benoît XVI, pour faciliter l’usage du Missel de 1962, en vue de promouvoir la communion au sein de l’Eglise, le Saint-Père dit sa tristesse de constater, au terme de l’enquête qu’il a diligentée auprès des évêques du monde entier, que la possibilité offerte par ses prédécesseurs « ait été utilisée pour augmenter les distances, durcir les différences, construire des oppositions qui blessent l’Eglise et en entravent la progression, en l’exposant au risque de divisions ».

    Conscient de possibles dérives induites ici ou là dans l’Eglise et toujours à corriger, j’atteste pour ma part que l’application loyale du Motu proprio Summorum Pontificum dans le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, a favorisé un climat de paix et de respect mutuel entre les prêtres et les fidèles attachés à ce que Benoît XVI désignait comme la forme ordinaire et la forme extraordinaire de l’unique rite romain. Il me semble pouvoir attester que les prêtres assurant dans le diocèse de Bayonne le service de la liturgie selon le Missel de 1962, adhèrent pleinement au Concile Vatican II, reconnaissent la légitimité du Missel de 1970, expression par excellence de la lex orandi de l’Eglise latine, et cultivent un sens aigu de la communion ecclésiale en participant activement aux manifestations et célébrations, comme aux orientations pastorales et missionnaires du diocèse. Je sais qu’ils ont le souci de faire grandir dans la foi, la vie chrétienne et le sens de la communion et de la mission, les fidèles qui participent habituellement ou occasionnellement aux célébrations liturgiques qu’ils président. Je constate d’ailleurs que leurs assemblées sont relativement jeunes et qu’on y trouve des familles très soucieuses de transmettre la foi à leurs enfants et de les éduquer à « sentire cum Ecclesia –  sentir avec l’Eglise ».

    Je veux leur redire ma confiance et les invite à poursuivre leurs efforts dans le même sens, dans l’esprit du nouveau Motu proprio Traditionis Custodes, dont je préciserai ultérieurement les modalités d’application. Et s’ils ressentent de l’incompréhension, je les invite à ne pas céder à la colère ni à des attitudes de fermeture ou de repli, mais bien plutôt, à l’instar de l’apôtre Thomas dans l’Evangile (cf. Jn 14, 5-6), à demander au Seigneur lui-même des explications, dans une prière d’abandon à sa volonté.

    Les prêtres qui célèbrent le Missel de 1962, en communion avec l’évêque, appartiennent pleinement au presbyterium du diocèse, au sein duquel ils entretiennent des relations fraternelles avec les autres prêtres et y assument des services diocésains appréciés. Je redis aux fidèles attachés au Missel de 1962 qu’ils sont membres à part entière de la communauté des fidèles qui constituent le diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron et je les invite à recevoir ce Motu proprio avec foi, confiance et sens de l’Eglise.

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  • Traditionis Custodes du Pape François : cinq conséquences du nouveau Motu Proprio réduisant la Messe en latin

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    Du Père  Raymond J. de Souza sur le National Catholic Register :

    Traditionis Custodes du Pape François : Cinq conséquences du nouveau Motu Proprio réduisant la Messe en latin

    Le pape espère favoriser l'unité de l'Église par sa décision, mais il est peu probable que cela se produise immédiatement dans le sillage de la répression de la célébration de la forme extraordinaire de la messe par le Saint-Père.

    A Catholic priest celebrating the traditional Latin Mass in the Church of St. Pancratius, Rome.
    Un prêtre catholique célèbre la messe traditionnelle en latin dans l'église de Saint-Pancrace, à Rome. (photo : Shutterstock)

    16 juillet 2021

    Là où il y a de l'encens, il y a du feu, du moins lorsqu'il s'agit de catholiques qui s'affrontent au sujet de la liturgie. Il y a de nombreux affrontements aujourd'hui, le pape François ayant aboli la principale initiative liturgique de son prédécesseur, Benoît XVI. Le pape François entend qu'il y ait un peu moins d'encens, du moins de type extraordinaire.

    Le pape François a pris "la ferme décision d'abroger toutes les normes, instructions, permissions et coutumes" émises par saint Jean-Paul II et Benoît XVI concernant la "forme extraordinaire du rite romain", souvent appelée "messe latine traditionnelle", en utilisant le Missel romain de 1962 promulgué par saint Jean XXIII.

    Le pape François espère favoriser l'unité de l'Église par cette décision. Il est peu probable que cela se produise immédiatement, car ceux qui étaient reconnaissants à Benoît XVI d'avoir permis à tout prêtre de célébrer la forme extraordinaire dans son motu proprio Summorum Pontificum en 2007, seront déçus, probablement gravement, que le pape François ait complètement inversé la législation liturgique de Benoît XVI. 

    Le tremblement de terre provoqué par le motu proprio d'aujourd'hui peut expliquer, rétrospectivement pourquoi les observations du Vatican concernant le récent 70e anniversaire de l'ordination sacerdotale du pape émérite Benoît XVI ont été si discrètes, alors qu'un tel anniversaire n'avait jamais eu lieu dans toute l'histoire de l'Église. Il est impossible que cette décision soit autre chose qu'une pilule amère à avaler pour Benoît XVI.

    L'importance de la décision du Saint-Père, exprimée dans le motu proprio Traditionis Custodes (gardiens de la tradition) du 16 juillet 2021, est indéniable. 

    Le pape François juge que beaucoup de ceux qui sont attachés à la forme extraordinaire expriment en "paroles et en attitudes... [un] rejet de l'Église et de ses institutions au nom de ce qu'on appelle la "vraie Église". On a affaire ici à des comportements qui contredisent la communion et nourrissent la tendance à la division".

    Il est possible que ceux qui sont enclins à de telles tendances intensifient leur "rejet de l'Église" maintenant que leur expression liturgique préférée a été restreinte. Le pape François en est certainement conscient, mais il estime que ces catholiques "doivent revenir en temps voulu au rite romain promulgué par les saints Paul VI et Jean-Paul II". 

    À partir de maintenant, toutes les célébrations de la forme extraordinaire requièrent l'autorisation explicite de l'évêque diocésain, qui est chargé de "désigner un ou plusieurs lieux" où elle peut être célébrée, mais il ne doit pas s'agir d'"églises paroissiales" et il n'est pas permis d'"ériger de nouvelles paroisses personnelles".

    Il y aura beaucoup de réactions à examiner dans les jours à venir, mais cinq questions initiales émergent.

    Benoît XVI contre François ?

    Le Pape François a explicitement, délibérément et dramatiquement révoqué les permissions et la législation données par ses prédécesseurs. Il a rejeté sans ambiguïté l'argument de Benoît XVI selon lequel les deux formes du rite romain - extraordinaire et ordinaire - ne favoriseront pas la division. C'est précisément en raison des divisions qu'il a identifiées - après une enquête auprès des évêques du monde entier - qu'il juge que la forme extraordinaire doit être réduite.

    Rome accroît son autorité

    Alors que Summorum Pontificum donnait aux prêtres le droit de célébrer la forme extraordinaire sans avoir besoin de la permission de leurs évêques, le pape François a décidé d'aller dans le sens d'une centralisation. L'évêque seul doit réglementer "exclusivement" la forme extraordinaire dans son diocèse, mais Rome limitera la manière dont il peut réglementer. Les réglementations plus permissives sont interdites ; les plus restrictives sont encouragées. 

    En effet, pour tous les prêtres nouvellement ordonnés, l'évêque ne peut pas leur accorder la permission de célébrer la forme extraordinaire sans consulter au préalable le Saint-Siège. Traditionis Custodes renforce l'autorité de l'évêque sur ses prêtres, et renforce l'autorité du Pape François sur les évêques.

    Il s'agit d'un développement liturgique inattendu, dans la mesure où le pape François avait auparavant transféré l'autorité sur les questions liturgiques, en particulier les traductions, aux conférences épiscopales, dénonçant un trop grand contrôle romain. 

    Enquête sociologique

    Traditionis Custodes ne remet pas en cause "la dignité et la grandeur du [Missel de Saint Pie V]". Les arguments en faveur de sa réduction sont plus sociologiques que théologiques, à savoir qu'ils sont fondés sur un jugement concernant les types de personnes qui ont tendance à préférer l'ancienne tradition.

    Ce n'est pas entièrement nouveau ; Benoît XVI lui-même a fait appel à ses propres impressions sociologiques sur les communautés florissantes attirées par l'ancienne forme. Le motu proprio du Pape François fait peser sur l'évêque local la charge de déterminer si leurs communautés de forme extraordinaire "exposent [l'Eglise] au péril de la division" et "rejettent l'Eglise". 

    Si c'est le cas, alors le pape François a clairement l'intention que l'évêque les supprime, et plus tôt que tard, plus sévèrement que moins. Mais si la communauté locale ne se conforme pas à cette impression sociologique, alors l'évêque local devrait-il les laisser continuer, voire prospérer ?

    Prêtres ou laïcs ?

    Le Pape François demande aux évêques de "mettre fin à l'érection de nouvelles paroisses personnelles liées davantage au désir et aux souhaits de certains prêtres qu'aux besoins réels du "peuple saint de Dieu"". L'implication claire est que la Forme Extraordinaire est quelque chose de désiré par les prêtres que les fidèles laïcs subissent à leur tour - un type de cléricalisme liturgique.

    Le Summorum Pontificum de Benoît XVI a adopté l'approche inverse, à savoir que ce sont les prêtres qui doivent répondre généreusement aux groupes de fidèles qui désirent les anciennes formes. 

    Et si les fidèles étaient les initiateurs et que les prêtres répondaient ? Les nouvelles restrictions ne seraient-elles pas une autre forme de cléricalisme liturgique ?

    Fraternité Saint-Pie X

    Le pape François écrit que les décisions prises par saint Jean-Paul II et Benoît XVI de rendre le Missel de 1962 plus accessible étaient "avant tout motivées par le désir de favoriser la guérison du schisme avec le mouvement de [l'archevêque Marcel] Lefebvre", qui a créé la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). La FSSPX conserve un statut canonique irrégulier.

    Le pape François a été généreux avec la FSSPX, accordant à ses prêtres la faculté d'entendre les confessions et d'être témoins de mariages. Leurs messes sont valides. 

    Les restrictions sur la forme extraordinaire, combinées au traitement plus généreux de la FSSPX par le Saint-Père, pourraient-elles signifier que les catholiques qui préfèrent l'ancienne forme ont tendance à fréquenter les chapelles de la FSSPX, la forme extraordinaire devenant moins disponible dans leurs diocèses ? C'est peut-être une conséquence involontaire possible.

  • Dernière à l'échafaud

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    17 juillet : les Bienheureuses Charlotte et ses compagnes, carmélites de Compiègne, martyres (†1794) (source : Evangile au Quotidien)

    En 1790, il y avait 21 sœurs au Carmel de Compiègne dont la plus âgée avait 75 ans et la plus jeune 26 ans. Chassées de leur Carmel en 1792, elles s'installèrent dans 3 maisons voisines. Lors d'une perquisition des révolutionnaires, ceux-ci trouvèrent des images du Sacré-Cœur (emblème vendéen et royaliste) ainsi que des lettres destinées à des prêtres réfractaires. Arrêtées, elles furent escortées jusqu'à Paris et là, jugées sommairement et guillotinées sur la Place du Trône (aujourd'hui, Place de la Nation).

    En montant sur l'échafaud, elles chantaient le Veni Creator et la mère supérieure donna la bénédiction à chacune avant d'être elle-même guillotinée. Seule une sœur en réchappa, absente le jour de l'arrestation, et publia un récit en 1836, basé sur de nombreux témoignages.

    Elles furent béatifiées le 27 mai 1906 par Pie X.

    Noms, dates et lieux de naissances des seize Martyres :

     1 -  Mère Thérèse de St. Augustin : Madeleine-Claudine Lidoine, 1752, Paris, St Sulpice
     2 -  Sœur Saint Louis : Marie-Anne-Françoise Brideau, 1751, Belfort
     3 -  Sœur de Jésus Crucifié : Marie-Amie Piedcourt,1715, Paris, St. Innocents
     4 -  Sœur Charlotte de la Résurrection : Anne-Marie-Madeleine-Françoise Thouret, 1715, Mouy (Oise)
     5 -  Sœur Euphrasie de l’Immaculée Conception : Marie-Claude-Cyprienne Brard, 1736, Bourth (Eure)
     6 -  Mère Henriette de Jésus : Marie-Françoise de Croissy, 1745, Paris, St. Roch
     7 -  Soeur Thérèse du Cœur de Marie : Marie-Anne Hanisset, 1742, Reims
     8 -  Sœur Thérèse de St. Ignace : Marie-Gabrielle Trézel, 1743, Compiègne, St. Jacques
     9 -  Sœur Julie-Louise de Jésus : Rose Crétien de Neuville, 1741, Évreux (Eure)
    10 - Sœur Marie-Henriette de la Providence : Anne Pelras, 1760 Cajarc (Lot)
    11 - Sœur Constance de Jésus : Marie-Geneviêve Meunier, 1765, St. Denis
    12 - Sœur Marie du Saint-Ésprit : Angélique Roussel, 1742, Fresne-Mazancourt (Somme)
    13 - Sœur Ste Marthe : Marie Dufour, 1741, Bannes (Sarthe)
    14 - Sœur St. François-Xavier : Elisabeth-Juliue Verolot, 1764, Lignières (Aube)
    15 - Sœur Catherine : Marie-Anne Soiron, 1742, Compiègne, St. Jacques
    16 - Sœur Thérèse : Marie-Thérêse Soiron, 1748, Compiègne, St. Jacques

    Le seize Martyres de Compiègne furent béatifiées le 13 mai 1906 par saint Pie X (Giuseppe Sarto, 1903-1914).

  • Grillo : un des inspirateurs de la suppression de Summorum Pontificum

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    De "Paix Liturgique" (lettre n°807) :

    ANDREA GRILLO, UN DES PENSEURS DE LA SUPPRESSION DE SUMMORUM PONTIFICUM

    ENQUETE SUR LES ENNEMIS DE LA PAIX DANS L'EGLISE

    Dans notre lettre 805 du 28 Juin 2021, nous évoquions l’offensive contre Summorum Pontificum, menée par un groupe de pression œuvrant au sein de la Curie et de l’épiscopat italien, auquel un intellectuel engagé s’employait à donner des munitions, Andrea Grillo, professeur de liturgie à l’Université romaine Saint-Anselme. Nous citions un important article de cet auteur, « Il peccato dell’Ecclesia Dei si chiama Summorum Pontificum », Le péché d’Ecclesia Dei se nomme Summorum Pontificum ( http://www.cittadellaeditrice.com/munera/il-peccato-dellecclesia-dei-si-chiama-summorum-pontificum/ ), qu’il nous a paru utile de reproduire, car il éclaire parfaitement les motifs de ceux qui tentent aujourd’hui, en une ou plusieurs étapes, d’anéantir l’esprit et la lettre du motu proprio Summorum Pontificum.

    Qui est Andrea Grillo ?

    Ce laïc de soixante ans, marié et père de deux enfants, docteur en droit de l’Université de Gênes, docteur en théologie de l’Institut de Liturgie de Padoue, très en phase avec le monde épiscopal italien progressiste, a fait partie de la Commission de la Conférence des Évêques d’Italie chargée de traduire et d’adapter le nouveau rite du sacrement du mariage. Il s’est d’ailleurs beaucoup investi dans le soutien de la novation intervenue dans la morale de la famille à l’occasion des assemblées du Synode sur la Famille et de l’exhortation Amoris laetitia (sa trouvaille est que beaucoup d’ouvertures peuvent être obtenues si on prend soin de distinguer le mariage et la famille…)

    Il est professeur de théologie sacramentaire à l’Université pontificale Saint-Anselme, située sur l’Aventin, professeur de théologie à l’Institut de Liturgie pastorale de Padoue et à l’Institut théologique d’Ancône. Dans le petit monde extrêmement bugninien de l’enseignement de la liturgie en Italie, c’est une personnalité de poids (il est vice-président de l’Association des professeurs de liturgie), même s’il a par ailleurs une réputation d’intellectuel un peu répétitif. Son blog Come se non, est hébergé par Munera, « Revue européenne de Culture » : Andrea Grillo ( cittadellaeditrice.com ). On dit qu’il a l’oreille du pape.

    Un article-programme

    L’article que nous reproduisons ici, du 21 janvier 2019, très militant, comme tous ceux de Grillo, commente à chaud la suppression de la Commission Ecclesia Dei, intervenue quelques jours auparavant, le 17 janvier 2019, absorbée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Il y développe un thème martelé depuis l’élection du pape Francois au sein de la Curie et de l’épiscopat italien, celui du scandale représenté par cette Commission : elle protégeait l’existence d’un monde liturgique et doctrinal parallèle à l’Eglise rénovée par le Concile.

    Mais, à la différence des ecclésiastiques qui n’osaient pas s’en prendre directement à l’œuvre de Benoît XVI, A. Grillo se livre à une attaque frontale de Summorum Pontificum. Attaque qui a ensuite prospérée et qui a abouti aux projets actuellement sur la table.

    Sur le fond, A. Grillo pointe ce qui est la force et la faiblesse de Summorum Pontificum, à savoir son affirmation que deux formes rituelles (fondées sur deux états doctrinaux notoirement hétérogènes) étaient deux expressions d’une identique lex orandi. Du coup la communion ecclésiale, remarque Grillo, n’est plus fondée sur une expression unique de la foi catholique vécue au moyen de la liturgie.

    En un sens il a raison. C’était même tout le pari de Benoît XVI : d’une part, avec ce compromis, il assurait la paix de l’Église ; et d’autre part, il espérait qu’à terme cette coexistence de deux rites successifs, qualifiées de « formes » parallèles, contribuerait à raccrocher le rite nouveau à la tradition de l’Église par le biais de l’enrichissement réciproque » (un zeste de nouveauté dans la forme traditionnelle, préfaces, fêtes ; une infusion massive de tradition dans la forme nouvelle, sens de la célébration, communion, etc.) Sur le deuxième point, Benoît XVI était manifestement irénique. Sur le premier – la pacification – il avait obtenu un évident résultat.

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  • Que reproche le pape aux traditionalistes ?

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    D'Antoine Pasquier sur le site de Famille Chrétienne :

    Motu proprio Traditionis Custodes : ce que le pape François reproche aux tradis

    Le pape en exercice l’explique longuement dans sa lettre accompagnant son décret. Treize ans après la publication de Summorum pontificum par Benoît XVI, François a décidé en 2020 de charger la Congrégation pour la Doctrine de la Foi d’adresser aux évêques un questionnaire sur l'application du motu proprio. « Les réponses reçues ont révélé une situation qui m'angoisse et m'inquiète, confirmant la nécessité d'intervenir », écrit le Pontife, estimant que « l'intention pastorale de mes prédécesseurs, qui avaient entendu « tout mettre en œuvre pour que tous ceux qui désirent vraiment l'unité puissent rester dans cette unité ou la retrouver », a souvent été sérieusement négligée ». Le pape François considère que le geste envers les fidèles du missel de 1962 « a été utilisé pour augmenter les distances, durcir les différences, construire des contrastes qui blessent l'Église et entravent sa progression, l'exposant au risque de divisions ».

    Le successeur de Pierre ne mâche pas ses mots, se disant « attristé par une utilisation instrumentale du missel de 1962, de plus en plus caractérisée par un rejet croissant non seulement de la réforme liturgique, mais du Concile Vatican II, avec l'affirmation infondée et insoutenable qu'il a trahi la Tradition et « la vraie Église »". Le choix « des célébrations selon les livres liturgiques précédant le Concile Vatican II » et le rejet de l'Église et de ses institutions vont de pair, estime-t-il. « C'est un comportement qui contredit la communion, nourrissant cette pulsion de division (…). C'est pour défendre l'unité du Corps du Christ que je suis contraint de révoquer la faculté accordée par mes prédécesseurs ».

    De précédentes critiques

    Ce n’est pas la première fois que le pape François dénonce « les paroles et les attitudes » des prêtres et des fidèles attachés à la tradition. Le 23 juin dernier, lors de sa catéchèse du mercredi, il avait ainsi fustigé ceux qui « affirment avec force que le vrai christianisme est celui auquel ils sont attachés, souvent identifié avec certaines formes du passé ». Ces chrétiens, qu’il n’avait pas explicitement nommé, pensent « que la solution aux crises actuelles est de revenir en arrière pour ne pas perdre l’authenticité de la foi ». Il existe chez eux, avait-il ajouté, « la tentation de se refermer sur certaines certitudes acquises dans des traditions passées ».

    Rétrospectivement, l'épisode du renvoi de la Fraternité Saint-Pierre du diocèse de Dijon préfigurait déjà la direction prise par le pape François à l'encontre des communautés traditionnelles. L'évêque Mgr Roland Minnerath n'avait d'ailleurs pas caché aux fidèles venus manifester devant son évêché que Rome allait prochainement donner un sérieux tour de vis. Parallèlement, la Conférence des évêques de France avait décidé de mettre en place une instance de dialogue avec les principales communautés traditionnelles. Une manière d'anticiper la réception du document pontifical dans les milieux traditionnels ?

  • Le pape François s’en va-t-en guerre contre l’oeuvre liturgique de son prédécesseur Benoît XVI

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    De Jean-Marie Guénois, ce jour sur le site web du « Figaro » (extraits) :

    Bergoglio 7d7c4294e36933a020aa376ba5a15b07bcb1f807e183c061d5779576c2c46daa.jpg"Par le Motu Proprio «Traditionis Custodes» publié ce 16 juillet  2021 (en traduction française ICI), le pape François annule les effets du Motu Proprio «Summorum Pontificum» de Benoît XVI qui avait donné en 2007 un statut de rite «extraordinaire» à la messe selon le rite de Saint Pie V, pour en faciliter l'usage.

    À LIRE AUSSI :Liturgie: le pape François veut remettre en cause le motu proprio de Benoit XVI

    Il permettait aux fidèles qui désiraient la messe selon le rite tridentin, en usage avant le Concile Vatican II et communément appelé «messe en latin», de pouvoir en bénéficier à condition de représenter un groupe stable. Il suffisait de le demander au curé de la paroisse qui devait accepter ou trouver une solution pour satisfaire cette demande. En cas de conflit, l'évêque devait donner raison aux fidèles.

    Des conditions très strictes

    Dans son Motu Proprio, François rappelle que «l'unique expression» du rituel de messe latine est celle du Concile Vatican II. Il donne aux seuls «évêques» locaux, par «compétence exclusive», l'autorisation de célébrer selon l'ancien rite avec des conditions très strictes:

    – que le «groupe» en question «n'exclue pas la validité et la légitimité» de la réforme liturgique du Concile Vatican II, du concile Vatican II et du magistère des Papes.

    -qu'un lieu ou plusieurs soient définis dans le diocèse pour cette messe selon l'ancien rite mais «pas dans les églises paroissiales et sans ériger de nouvelles paroisses personnelles».

    – que les lectures de ces messes soit lues en langue vernaculaire, celle du pays et non en latin, selon les traductions établies par la conférence épiscopale.

    -qu'un prêtre, soit nommé par l'évêque, comme «délégué de l'évêque» pour ces célébrations et pour le «soin des fidèles».

    -qu'un contrôle soit réalisé par l'évêque dans toutes les paroisses personnelles (paroisses spéciales déjà constituées avec autorisation de célébrer le rite préconciliaire) pour «évaluer si elle seront maintenues ou pas».

    – que l'évêque «aura soin de ne pas autoriser la constitution de nouveaux groupes».

    À LIRE AUSSI :La méthode François déroute jusque dans son propre camp

     Le pape François demande aussi aux prêtres ordonnés «après la publication » de ce motu proprio et qui veulent célébrer selon l'ancien rite, «de faire une demande formelle à l'évêque» qui «avant de donner l'autorisation consultera le Siège Apostolique» donc Rome. Quant aux prêtres qui célèbrent déjà dans cette forme, ils devront «demander à l'évêque l'autorisation pour continuer ».

    Par ailleurs le pape supprime le bureau spécialisé au Vatican en charge de cette question «traditionnaliste» dans l'Église qui s'appelait «Ecclesia Dei» et confie aux différents ministères concernées du Vatican le soin de régler les éventuels problèmes.

    Ref. Le pape François réduit fortement l'usage de la messe en latin

    Un texte et un geste peu élégants, par lesquels le pape François rallume avec brutalité la guerre des deux messes, apaisée voici 14 ans (7 juillet 2007) par son prédécesseur le pape émérite Benoit XVI: toujours en vie…

    JPSC