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  • La nostalgie du jeune blogueur

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    Nous publions cet extrait du texte, traduit sur le site « Benoît et moi »,  d’un  blog au titre un peu énigmatique « That the bones you have crushed may thrill » ‘qu'ils dansent, les os que tu as broyés’ (paraphrase du verset 10 du psaume de David pénitent : « et exultabunt ossa humiliata : et ils exulteront les os que tu as brisés). L'auteur est un jeune anglais, originaire de Brighton, converti au catholicisme en 2001 et « plutôt conservateur », note notre consoeur de "Benoît et moi".

    _DSC8420cover.jpg«  (…) Comme blogueurs catholiques, nous sommes souvent nostalgiques dans notre souvenir du règne de Benoît XVI, à cause de la sûreté avec laquelle Benoît gouvernait l'Église.  Sous Benoît XVI, il n'a jamais été envisageable qu'un article de foi ou de doctrine transmis par lui puisse être de quelque façon «peu sûrs».  La conviction claire de Benoît XVI, avant, pendant et après sa démission, était que la vérité allait gagner et que le Chef de l'Eglise catholique a été et est Notre Seigneur Jésus-Christ qui garde l'Eglise et sera avec l'Eglise jusqu'à la fin des temps, La nourrissant en temps de trouble et de persécution ou en temps de paix et de liberté. 

    Pourtant, l'amour et le respect de la Vérité n'étaient pas la seule raison pour laquelle Benoît XVI était admiré. Il y avait une douceur et une sainteté dans la personnalité de Benoît qui restent très attirantes pour ceux qui ont vécu son règne. La profondeur de sa connaissance des Écritures, son humilité personnelle, ses manières douces, sa courtoisie et son respect d'autrui, sa vie fervente de prière, sa prudence, sa sagesse, son obéissance à la sainte tradition de l'Eglise, son auto-effacement et sa sagesse spirituelle pénétrante. Benoît XVI était - et est - doué de nombreuses vertus célestes pour lesquelles nous pouvons sincèrement remercier le Seigneur. Son pontificat a été marqué par la construction de ponts vers ceux qui ont dévié ou qui se sont éloignés de la voie qui mène au salut. La vision liturgique de Benoît XVI était de manifester, mettre en avant - la beauté et l'attrait de Jésus-Christ et de son Évangile. Pour lui, tout était - est - centré sur le Christ. Contrairement à la croyance populaire, Benoît XVI n'allait pas expulser ceux du centre vers la périphérie, ou pousser ceux des périphéries hors de l'église, mais il allait ramener ceux des marges vers le centre pour découvrir la joie de l'adoration de Dieu et la découverte de Sa miséricorde et Sa vérité.

    (…) En quittant l'office de la papauté, Benoît XVI a identifié le «péché» comme la cause de la désunion au sein de l'Eglise, quand nous aurions peut-être imaginé qu'il allait utiliser le mot «erreur». Je me demande si nous avons vraiment accepté le message Bénédictin dans sa plénitude, car il me semble maintenant clair que le pape Benoît XVI n'a pas considéré que seule l'erreur pouvait être une menace pour l'Eglise, mais le péché lui-même, qui peut se manifester dans tant de différentes façons, dans ces péchés comme l'orgueil, la luxure, l'envie, la méchanceté, la cupidité, la calomnie, la médisance, et notre incapacité à «aimer tendrement, agir avec justice et marcher humblement avec notre Dieu».  Je pose la question - et je me la pose à moi - nous qui prétendons être les fils et filles spirituels fidèles de ce saint pape, avons-nous vraiment accepté le message complet de Benoît XVI ou l'avons-nous, nous aussi, rejeté? »

    Réf. : Bel hommage au Pape émérite, et message aux blogueurs qui se veulent ses héritiers (10/7/2014) et thatthebonesyouhavecrushedmaythrill.blogspot.co.uk

    Oui, sans être injustement critique à l’égard de son successeur, on peut être nostalgique de la « petite musique » profonde et limpide à la fois,  dont nous a enchantés, avec persévérance et un mépris complet du qu'en dira-t-on, ce Pontife ami des chats et de Mozart. Puisse-t-elle longtemps encore bercer notre souvenir, elle qui, à l'instar de la liturgie, « capte l'harmonie cachée de la Création, nous révélant le chant qui sommeille au fond des choses ». JPSC.

  • L'ordination de femmes évêques au menu du synode de l'Eglise anglicane d'Angleterre

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    Lu sur Radio Vatican :

    Le synode de l’Eglise d’Angleterre s'est ouvert ce vendredi et se tiendra pendant cinq jours à York. Il promet d’être historique, car lundi un vote sur l’ordination des femmes évêques sera de nouveau organisé. Après avoir été rejetée en 2012, à une majorité de six voix seulement, la motion devrait être approuvée. Même l’archevêque de Canterbury, Justin Welby, s’est prononcé en faveur de cette ordination.

    Mais, rassurez-vous, cela ne risque ni de provoquer un schisme au sein de la communion anglicane ni de compliquer le dialogue avec l'Eglise catholique : 

    Christelle Pire a interrogé Rémy Bethmont, professeur d’histoire et civilisation britanniques à Paris VIII, en Seine-Saint-Denis, sur les conséquences d’un tel changement. Il écarte le risque d’un schisme interne à la communion et ne pense pas que le résultat du vote aura un impact négatif sur les rapports entre les anglicans et les catholiques. (audio sur Radio Vatican)

  • Québec : "Tuer n'est pas un soin"

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    La campagne de publicité "Tuer n'est pas un soin" bat actuellement son plein dans les grands médias québécois. Les organismes Vivre dans la Dignité et le Collectif de médecins du Refus Médical de l'Euthanasie ont joint leurs efforts afin de sensibiliser la population aux risques inhérents à une légalisation de la mort provoquée par un médecin. Le gouvernement du Québec prévoit actuellement de légaliser « l'aide médicale à mourir », ce qui n'est en réalité rien d'autre que l'euthanasie.

    Les 500 médecins et autres membres de ces deux regroupements expriment leur profond malaise face à l'éventualité d'un tel projet de loi. Ils affirment qu'avec les possibilités de la médecine moderne il n'y a aucun besoin d'euthanasie pour soulager les patients en fin de vie. L'expérience des pays où l'euthanasie est légale démontre également que des dérives graves sont inévitables et mettent en danger les personnes les plus vulnérables de notre société. www.vivredignite.com etwww.soignertoujours.com

    Signalé par @SDDFRANCE - Soigner dans la dignité (SDD) - via Liberté Politique

  • Espagne : soutien international au projet de loi restreignant l’IVG

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    Espagne : soutien international au projet de loi restreignant l’IVG

    Article rédigé par ECLJ (European Center for Law and Justice), le 07 juillet 2014, via Liberté Politique :

    Une conférence internationale de parlementaires pro-vie s’est réunie à Madrid pour étudier le projet de loi espagnol destiné à rééquilibrer les intérêts de la mère et de l’enfant.

    Les 3 et 4 juillet dernier se réunissaient dans l’enceinte du Parlement espagnol 150 représentants de 16 pays d’Europe et d’Amérique du Sud (Argentine, Arménie, Chili, Equateur, El Salvador, Slovaquie, Espagne, France, République fédérale de Yougoslavie Macédoine, Hongrie, Italie, Mexique, Pologne, Portugal, Royaume-Uni et République tchèque) en compagnie de députés espagnols à l’occasion d’une conférence organisée par L’Action mondiale des parlementaires et des gouvernants pour la vie et la famille et parrainée par le Parti populaire (Partido Popular-PP).

    Ses participants y discutaient du nouveau Projet de loi sur la protection de la vie de l’enfant à naître et des droits de la femme enceinte émis en décembre 2013 par le gouvernement espagnol et qui devrait être prochainement discuté par le Parlement. Celui-ci réforme la loi organique n° 2/2010 sur « la santé sexuelle et reproductive et l’interruption volontaire de grossesse », largement critiquée, en particulier lors des manifestations de 2009 où un million de personnes avaient exprimé leur désaccord.

    Après le discours introductif du député espagnol et secrétaire général de l’Action mondiale des parlementaires José Eugenio Azpiro, avec Angel Pintado, sénateur et président de cette organisation, le débat a fait intervenir divers professionnels. Un scientifique (Dr Nicolás Jouve), un médecin (Dr Ana Martin), un philosophe (Pr Christophe Tollefsen) et le juriste Grégor Puppinck se sont exprimés.

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  • «Une, sainte, catholique… et médiatique»?

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    De Grégory Solari (photo) sur le blog "Ecclesia" (« La Croix ») :

    gregory solari.jpg« Faudra-t-il bientôt ajouter «médiatique» aux «quatre notes» de l’Eglise définies par le Credo du concile de Nicée («une, sainte, catholique, apostolique») ? Je pose la question en souriant, mais le pontificat du pape François pourrait le donner à penser. On se souvient des motifs invoqués par Benoît XVI pour expliquer le geste de sa renonciation. Parmi ceux-ci, le pape émérite avait invoqué les moyens techniques de communication. Depuis lors, le pape François encourage l’Eglise à évangéliser les réseaux sociaux ; lui-même donne l’exemple. Avant – ou plutôt : en même temps que d’être doctrinale ou pastorale, sa parole s’impose d’abord à l’attention du monde (pas seulement catholique) par son caractère médiatique.

    Technique et évangélisation

    La salle de presse du Saint-Siège, plutôt que d’annoncer les événements, commente les propos – ou rectifie ceux qui ont été mal rapportés – que le Saint-Père répand autour de lui sur un mode (on pourrait dire : en haut débit) que les théologiens ont du mal à déterminer. Derrière le caractère sinon comique du moins inusité de cette situation, c’est encore une fois la question des moyens techniques d’évangélisation qui est posée. Sont-ils appropriés pour annoncer l’Evangile ? Provoquent-ils les mêmes effets ? Implantent-ils durablement la Parole dans le cœur de l’homme ?

    La langue de la technique

    On sait comment la culture classique de saint Jérôme – le traducteur de la Vulgate –, l’empêcha longtemps, comme saint Augustin, de lire l’Ecriture. La langue de la Bible était trop simple pour leur goût de lettrés romains. Aujourd’hui,  nous sommes menacés non par un excès mais par un ersatz de culture ; ce que Heidegger appelait le langage de la technique formate notre langue – et ainsi formate à notre insu notre manière d’être. Dans cette configuration, ce n’est plus la simplicité de la Parole qui peut arrêter un lecteur « trop» cultivé: c’est son caractère vivant, organique, auquel l’homme est déshabitué par la technique. Or la Parole, nous dit Origène, est «le corps parfait et unique du Verbe »; c’est-à-dire un corps non pas médiatique (ni technique), mais eucharistique.

    L’eucharistie, média et Médiateur

    Faut-il donc opposer le médiatique au liturgique ? La question est mal posée ; demandons-nous plutôt si l’Eucharistie n’est pas dotée d’une dimension médiatique et reformulons la question sous la forme d’un syllogisme : les médias rendent présent un absent (une image, une voix située ailleurs que là où vous l’entendez) ; or l’eucharistie rend présent un Absent (ou un «hyper Présent» : le Christ invisible) ; donc l’eucharistie est une forme de médias. Avec cette différence qu’elle ne véhicule pas un message extérieur à son support, comme le font les instruments techniques ; comme la Parole elle-même, l’eucharistie ne véhicule pas le message du «parti» (ici catholique) : elle est le message et le Messager ; et comme le dit saint Augustin, recevoir l’eucharistie, c’est d’abord être reçu par le Christ lui-même – «qui mange ma chair demeure en moi (Jn 6). Autrement dit, il faut d’abord avoir été introduit dans ce qu’on appelle le «cercle herméneutique» (la communauté croyante) pour 1) reconnaître et 2) recevoir le Verbe fait chair.

    Donner le désir

    Voilà pourquoi, arrivés au moment de l’offertoire, les néophytes, les païens et les excommuniés étaient liturgiquement «renvoyés» de l’assemblée ; non par souci de cacher des choses, mais en raison de cette logique eucharistique que Louis Bouyer a très bien décrite dans Initiation chrétienne. Une pratique fort peu médiatique au demeurant, mais qui n’a pas empêché le succès de la première évangélisation du monde païen. Au contraire. Car en retirant «l’accès à l’information», c’est le désir que l’on avivait. Qu’implique cette logique eucharistique? Plusieurs choses. J’en retiens deux: d’abord un primat de la volonté sur la raison ; il faut vouloir connaître – et connaître non pas une information mais un Mystère. Ensuite, et la chose est liée, un primat de l’amour sur l’être.

    Habiter liturgiquement le monde

    Autrement dit, cette logique se démarque de ce qui caractérise l’accès à la vérité sous la forme de l’identification de la raison et de l’être (l’ontologie). Or c’est sur cette identification que repose le processus technicien, comme l’a vu Heidegger, à savoir sur le passage à l’effectivité de tout ce que cette identification – avec la maîtrise sur les choses qu’elle permet – rend possible. A ce processus, Heidegger a opposé ce qu’il appelle une «habitation poétique du monde». Que le philosophe de l’oubli de l’Être ait oublié que le christianisme avait commencé de proposer bien avant lui une «habitation liturgique» du monde ne doit pas nous empêcher de prendre au sérieux, et sa critique de la technique, et la réponse poétique qu’il apporte à celle-ci. Sans quoi, il est à craindre que de même que, comme le disait Bernanos hier, «les curés risquent d’être les derniers marxistes», demain ils soient les derniers à chanter les louanges de la technique.

    Ref. «Une, sainte, catholique… et médiatique»?

    A lire par les  nouveaux communicateurs qui peuplent aujourd’hui les couloirs du Siège apostolique. Grégory Solari est le fondateur et l’animateur d’une excellente maison d'édition catholique francophone, établie à Genève depuis les années 1990, puis à Paris rue Jacob, depuis décembre 2009,

    JPSC

  • Les oiseaux du Ciel

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    Dans cet entretien exclusif accordé à KTO, Jean-Baptiste de Franssu évoque la réorganisation actuellement mise en oeuvre de la gestion administrative et financière du Vatican et du Saint-Siège telle que l'a souhaitée le pape François. Ce spécialiste en conseil et stratégie dans la gestion des actifs a participé à l'audit conduit au Vatican d'août à décembre 2013. Le pape François l'a nommé membre du Conseil pour l'économie du Vatican en mars 2014. Et aujourd'hui, directeur de l' I.O.R. (l'institut des oeuvres de religion). JPSC.

  • Un « Apôtre » de courage

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    Montrant les préjugés auxquels doivent faire face les convertis de l’islam, L’Apôtre a été primé au festival du film du Vatican. Lu sur le site « Famille Chrétienne » :

    « Cheyenne-Marie Carron a vu son film L’Apôtre, récompensé le 3 juillet par la Capax Dei Foundation. Cette fondation, présidée par Liana Marabini, organise, sous le patronage du Conseil pontifical pour la culture, le festival de cinéma du Vatican Mirabile Dictu. C’est la cinquième année qu’a lieu ce festival. C’est aussi son cinquième film que réalise Cheyenne Carron. Le sujet en est brûlant, car il s’agit de la conversion d’un jeune musulman au christianisme. Le film ne cherche pas la polémique et évite tout prosélytisme déplacé. Le jeune Akim vit dans une famille française apparemment bien intégrée et tranquille. Lui et son frère Youssef se destinent à devenir imams. Ils participent régulièrement à la prière musulmane commune et suivent les enseignements islamiques.

    Un assassinat a lieu dans le quartier : la sœur d’un prêtre est poignardée par un voisin. Le prêtre décide de continuer de résider auprès de la famille de l’assassin car il sent que cela les aide à vivre. Akim est interloqué d’une décision si peu naturelle. Son admiration pour l’attitude du prêtre va être son chemin d’accès à la découverte du Christ. Mais si lui trouve normal d’avancer sur cette voie, qu’il découvre lumineuse et pacifique, son frère Youssef, et toute sa communauté, ne l’entendent pas ainsi. Karim va découvrir ce qu’il en coûte de vouloir quitter l’islam.

    L’Apôtre ne cherche nullement à dresser le christianisme contre l’islam. S’il montre l’attitude hostile des musulmans envers ceux d’entre eux qui veulent se convertir, c’est par un souci de vérité, dont Cheyenne-Marie Carron témoigne avec un évident courage. Mais elle le fait avec la volonté affichée de lutter contre les préjugés. Non pas d’abord les préjugés qu’on nous invite toujours à combattre, ceux que les Français de tradition chrétienne auraient à l’encontre des musulmans, mais bien ceux que les musulmans ont à l’encontre des chrétiens. Car c’est pour les musulmans que ce film est fait. Et s’il est douteux que la fin, trop irénique, les ébranle beaucoup, en tout cas la mise en relief de leurs a priori et de leur violence a de quoi les interpeller. Film de vérité et de justice, c’est aussi un film de courage et de paix.

    Édouard Huber »

    Ref : Un « Apôtre » de courage

    La conversion d’un proche est toujours déstabilisante pour un croyant sincère. Reste qu’une religion ne peut jamais être confondue avec une idéologie. Cela vaut pour les musulmans comme pour les chrétiens. Comme l’a justement dit saint Jean : c’est d’abord sur l’amour vrai que nous serons, en fin de compte, jugés par l’unique Seigneur de l’Univers. JPSC 


    L'APÔTRE - BANDE ANNONCE 1 - Un film de... par Che-Carr

  • William Cavanaugh : "le religieux est indissociable du politique"

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    54716_william-cavanaugh_440x260 (1).jpgPour « La Vie », Jean Mercier a interviewé William T. Cavanaugh théologien catholique enseignant à l’université DePaul à Chicago : un penseur membre du mouvement théologique Radical Orthodoxy (en français : Orthodoxie radicale). Une des caractéristiques clés du mouvement est de prendre au sérieux les premiers commandements du Décalogue jusque dans ses dernières conséquences. Déjà considéré comme l’un des plus grands de sa génération, Cavanaugh travaille la théologie sur trois fronts qu’il ne cesse de faire dialoguer : la politique, l’ecclésiologie et l’éthique économique. JPSC

     Pourquoi remettez-vous en cause la séparation entre le religieux et le politique, alors que cette séparation est pour les chrétiens un des acquis positifs de la modernité, qui évite la confusion du temporel et du spirituel ?

    Selon moi, le processus de sécularisation, commencé au XVIe siècle, est moins une séparation stricte entre le religieux et le politique qu’un déplacement de leurs frontières mutuelles. En fait, le sacré a progressivement migré de l’Église vers l’État : l’État moderne s’est constitué contre l’Église en absorbant ses prérogatives. Au fil des siècles, l’État s’est retrouvé toujours plus investi d’une dimension sacrée, surtout dans sa capacité à faire régner l’ordre et protéger socialement les citoyens, notamment par l’État providence, tandis que la religion a été progressivement reléguée vers l’espace intime, devenant de plus en plus inoffensive et insignifiante.

    Seriez-vous nostalgique de l’ère constantinienne ?

    Absolument pas ! Il est bon qu’on en soit sorti, et je n’ai aucune espèce de nostalgie pour l’alliance entre le trône et l’autel ! Mais je pense qu’il faut remettre en cause les termes mêmes de la division entre le religieux et le temporel. Je suis en faveur de la séparation entre l’État et l’Église, mais je m’oppose à une séparation entre le religieux et le politique. La distinction est cruciale.

    Comment les chrétiens doivent-ils donc s’engager dans l’arène politique ?

    Notre imagination s’est rétrécie en la matière. L’action politique n’est pas d’abord une stratégie d’influence pour faire pression sur ceux qui ont le pouvoir. Le lobbying ne doit pas être le premier réflexe du chrétien. Je ne dis pas que tout soit mauvais en la matière. Mais il faut une autre manière d’aborder les choses. Comme le dit Stanley Hauerwas, les chrétiens doivent désormais se penser comme des « résidents étrangers », comme des pèlerins conscients de leur vocation eschatologique et de leur appartenance au corps du Christ, qui est supérieure à leur citoyenneté terrestre. À cause de cela, ils doivent créer des ­communautés qui témoignent de cet autre ordre de valeurs auquel ils croient. Il faut que le corps du Christ se voie fortement à travers la vie radicalement différente de ses membres.

    N’y a-t-il pas un prophétisme vraiment spécifique des chrétiens, par exemple quand ils dénoncent certaines ruptures anthropologiques ?

    On peut toujours dénoncer… Ces derniers mois, les évêques américains ont été très en pointe sur le sujet. Ils ont fait campagne sur la liberté religieuse, contre la politique de santé d’Obama. Certes, le gouvernement n’a pas à nous imposer d’agir contre notre conscience. Mais je suis critique quand je vois comment la campagne a été menée, avec un discours apocalyptique sur la décadence de notre pays, sur fond d’exaltation nationaliste. Franchement, je pense qu’on irait mieux si les évêques se comportaient un peu moins comme des prophètes et un peu plus comme des pasteurs ! Quand on dénonce une situation, on doit toujours le faire dans une attitude prudentielle et déontologique. Il y a trop de rhétorique prophétique venant de l’Église, trop souvent sur la sexualité, alors qu’elle est trop réservée sur d’autres thèmes, comme la torture ou le traitement des immigrés de la frontière mexicaine.

    Les chrétiens sont-ils voués à lutter à contre-courant ?

    Les chrétiens peuvent avoir envie de se positionner en disant : nous rejetons la culture de mort, même si cela doit nous marginaliser car nous nous retrouvons minoritaires. Mais la marginalisation ne doit être acceptée que comme une conséquence de notre suivance du Christ, et non pas comme un but premier.

    Jusqu’où faut-il assumer ses choix ?

    Les catholiques américains qui sont montés à l’assaut d’Obama sur son programme de santé ont martelé le slogan selon lequel on n’a pas à choisir entre « être catholique » et « être américain ». Je crois au contraire que, si on a des convictions, on ne peut pas gagner sur tous les tableaux, et qu’il faut parfois choisir entre être un bon Américain et être un vrai catholique. Les évêques américains, souvent, ont choisi le patriotisme contre l’Évangile. Il est clair, par exemple, qu’au moment de la guerre en Irak, on ne pouvait pas être vraiment catholique – le pape avait sévèrement condamné la guerre – et passer pour un bon patriote aux yeux de tout le monde ! Si les catholiques avaient commencé par dire que ce n’était pas une juste guerre et qu’ils ne la feraient pas pour honorer la théorie catholique de la guerre juste, les choses auraient été différentes.

    Le christianisme doit-il être une contre-culture ?

    Non ! Car cela supposerait qu’il existe, en soi, un gros truc monolithique qui s’appelle la culture, et qu’il faudrait être soit pour, soit contre. Or, cette culture monolithique est un mythe. Dans la société, il y a des domaines dans lesquels les chrétiens sont contre-culturels, et d’autres pas. J’ai demandé un jour à un moine trappiste de venir faire une conférence sur le monachisme comme contre-culture. Il a beaucoup déçu mes étudiants en leur disant que c’était un non-sens ! Selon lui, la vie monastique n’est pas un refus, mais une affirmation. En tant que chrétien, vous serez toujours plus attirant en vivant concrètement ce que vous pensez, en étant un témoin. Je préférerais, par exemple, que les chrétiens créent des communautés économiques vraiment différentes, et pas seulement qu’ils manifestent devant la Banque mondiale !

    Vous insistez souvent sur la dimension politique de l’eucharistie. Pourquoi ?

    La liturgie incarne notre refus de la séparation entre la religion et la politique. Il y a quelque chose de très politique dans l’adoration du saint sacrement, par exemple : on n’a rien à faire, on a juste à être dans la présence de Dieu. C’est l’une des rares activités où l’on n’est pas en train de consommer ! C’est un acte politique. J’aimerais que ceux qui adorent l’eucharistie et ceux qui s’occupent de la justice sociale soient les mêmes.

    Le témoignage doit-il aller jusqu’au martyre ?

    Il y a aujourd’hui beaucoup de vrais martyrs, bien plus que sous l’Empire romain, et donc je ne voudrais pas en faire un concept métaphorique. Je parlerais plutôt de témoignage ascétique, notamment dans notre monde marqué par le consumérisme. L’idée de ne pas gratifier ses instincts est une idée subversive. Lorsque je fais mon cours sur l’Église et le consumérisme, je propose à mes étudiants non seulement de renoncer pendant trois semaines au portable, à l’Internet, au sexe, au tabac, à l’alcool, au sucre et aux ingrédients artificiels dans la nourriture, mais aussi de prier une partie de la journée en silence. Ils disent que cela les transforme. Cela peut rejoindre aussi les préoccupations que l’on peut avoir sur l’écologie. La racine du problème écologique est précisément que nous nous faisons nous-mêmes des dieux. Vivre l’humilité est un acte politique.

    Réf : Pour William Cavanaugh, "le religieux est indissociable du politique"

  • 11 juillet : fête de saint Benoît

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    250px-HeisterbachDialogusDetail.jpgLa fête de saint Benoît, célébrée le 11 juillet, est celle de la translation de ses reliques. Le corps de saint Benoît reposa d’abord au Mont Cassin qui, après le passage des Lombards, resta vide de moines. En 672, l’abbé de Fleury, Mummolus, envoya au Mont Cassin une troupe de moines, sous la conduite d’Aigulphe, pour récupérer les reliques de saint Benoît. Petronax ayant restauré le Mont Cassin, le pape Zacharie, en 750, demanda la restitution du corps de saint Benoît dont l’abbé de Fleury ne rendit qu’une part, entre 755 et 757.

    La fête de saint Benoît ne devrait pas être pour nous un simple fait d'une histoire fort ancienne, tant l’esprit de saint Benoît est toujours présent et à l'œuvre dans l'Eglise. La Règle qu'il nous a laissée et dont on a pu dire qu'elle nous donnait un reflet particulièrement pur de l'Evangile, comme le témoignage de sa vie sont pleinement actuels non seulement pour ses fils et ses filles, les moines et les moniales, mais aussi pour tous les fidèles. C'est, pour chacun d'entre nous une invitation à la prière, à la médiation des textes saints et à la charité fraternelle.

    Prologue de la règle de St Benoît

    «… Avant tout, demande à Dieu par une très instante prière qu'il mène à bonne fin tout bien que tu entreprends. Ainsi, celui qui a déjà daigné nous admettre au nombre de ses enfants n'aura pas sujet, un jour, de s'affliger de notre mauvaise conduite. Car, en tout temps, il faut avoir un tel soin d'employer à son service les biens qu'il a mis en nous, que non seulement il n'ait pas lieu, comme un père offensé, de priver ses fils de leur héritage, mais encore qu'il ne soit pas obligé, comme un maître redoutable et irrité de nos méfaits, de nous livrer à la punition éternelle, tels de très mauvais serviteurs qui n'auraient pas voulu le suivre pour entrer dans la gloire. Levons-nous donc enfin, l'Écriture nous y invite : l'heure est venue, dit-elle, de sortir de notre sommeil. Ouvrons les yeux à la lumière qui divinise. Ayons les oreilles attentives à l'avertissement que Dieu nous adresse chaque jour : Si vous entendez aujourd'hui sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs, et ailleurs : Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises. Et que dit-il ? Venez, mes fils, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Courez, pendant que vous avez la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne vous saisissent.

    Le Seigneur, cherchant son ouvrier dans la multitude du peuple à laquelle il fait entendre ces appels, dit encore : Quel est celui qui désire la vie et souhaite voir des jours heureux ? Que si, à cette demande, tu lui réponds : « C'est moi », Dieu te réplique: Si tu veux jouir de la vie véritable et éternelle, garde ta langue du mal et tes lèvres de toute parole trompeuse ; détourne-toi du mal et fais le bien; recherche la paix et poursuis-la. Et lorsque vous agirez de la sorte, mes yeux veilleront sur vous et mes oreilles seront attentives à vos prières, et avant méme que vous ne m'invoquiez, je vous dirai : Me voici. Quoi de plus doux, frères très chers, que cette voix du Seigneur qui nous invite ; Voyez comme le Seigneur lui-même, dans sa bonté, nous montre le chemin de la vie. Ceignons donc nos reins par la foi et la pratique des bonnes œuvres; sous la conduite de l'Évangile, avançons dans ses chemins, afin de mériter de voir un jour Celui qui nous a appelés dans son royaume. Si nous voulons habiter dans le tabernacle de ce royaume, sachons qu'on n'y parvient que si l'on y court par les bonnes actions.

    Comme il y a un zèle amer, mauvais, qui sépare de Dieu et conduit en enfer, de même il y a un bon zèle qui éloigne des vices, et conduit à Dieu et à la vie éternelle. C'est ce zèle que les moines doivent pratiquer avec une ardente charité, c'est-à-dire : Ils s'honoreront mutuellement de leurs prévenances. Ils supporteront très patiemment les infirmités d'autrui, tant celles du corps que celles de l'esprit. Ils s'obéiront à l'envi les uns aux autres. Nul ne recherchera ce qu'il juge utile pour soi, mais bien plutôt ce qui l'est pour autrui. Ils se rendront chastement les devoirs de la charité fraternelle. Ils auront pour Dieu une crainte inspirée par l'amour : ils auront pour leur abbé un amour humble et sincère. Ils ne préféreront absolument rien au Christ, qui veut nous conduire tous ensemble à la vie éternelle.

     Réf : Saint Benoît

    JPSC

  • Mgr Guy Gaucher : in memoriam

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    auteur188 (1).jpgMgr Gaucher est une haute figure de la spiritualité carmélitaine en France. Né le 5 mars 1930, il est mort à Carpentras le 3 juillet 2014. Après avoir été vicaire de la paroisse Sainte-Claire à Paris de 1962 à 1964, Mgr Guy Gaucher fut aumônier d’étudiants de La Sorbonne au Centre Richelieu jusqu’en 1967, date à laquelle il entra au Noviciat des Pères Carmes où il fit profession religieuse le 1er octobre 1972. Il a été professeur de spiritualité au Séminaire d’Orléans de 1980 à 1984 et chargé de cours à l’Institut Catholique de Paris, tout en étant maître des étudiants Carmes de 1985 à 1986.

    Consacré évêque de Meaux le 19 octobre 1986, des difficultés  avec l’équipe  locale minèrent très vite sa santé. Nommé alors, le 7 mai 1987, évêque auxiliaire de Bayeux et Lisieux, il le resta jusqu’à sa retraite en 2005.

    Mgr Gaucher est connu également comme écrivain spirituel, grand connaisseur de Bernanos et de la figure et spiritualité de Sainte Thérèse de Lisieux. Ses obsèques ont été célébrées dans la basilique de Lisieux jeudi 10 juillet, en présence de huit cents fidèles. Le site web de France Catholique lui consacre cet hommage:

    « Monseigneur Guy Gaucher est entré dans la vie, fort des mêmes sentiments et de la même foi que Thérèse de Lisieux, qui fut l’étoile de son sacerdoce ministériel et épiscopal. Néanmoins, avec la séparation, il nous faut dire notre peine qui est à la mesure de notre amitié. Amitié qu’il portait à notre journal, où il se retrouvait pleinement. Amitié qui se révélait à chaque rencontre, singulièrement à Lisieux, lors des belles années où il fut présent aux sanctuaires, éclairant les pèlerins sur le message de celle qu’il contribua avec tant de persévérance à faire proclamer docteur de l’Église. Sanctuaires dont il sortait souvent, pour accompagner les reliques de Thérèse sur les chemins du monde. Parfois ces chemins passaient par Paris. Et un jour même, non loin de l’appartement de François Mitterrand dans ses derniers mois, Mgr Gaucher fut témoin de la scène mémorable où le vieux président vénéra la chasse thérésienne. Un photographe enregistra les clichés qui se trouvent aux archives de Lisieux avec le récit circonstancié de l’événement. Mais ce n’était qu’un épisode de l’étonnant pèlerinage où la petite carmélite toucha d’innombrables cœurs. Avant cela, n’avait-elle pas touché celui de Georges Bernanos, au point d’inspirer toute son œuvre ? Un des premiers écrits de Guy Gaucher fut consacré précisément à décrypter la présence de Thérèse dans la Chantal de Clergerie de La joie, et l’une de ses dernières publications reprenait les entretiens d’une retraite qu’il avait prêchée à des carmélites : Retraite avec Georges Bernanos dans la lumière de sainte Thérèse de Lisieux (Cerf).

    Tant de connivence avec la sainte de Lisieux explique la vocation religieuse de Guy Gaucher qui fit profession dans l’ordre des Carmes déchaux en 1968, cinq ans après son ordination sacerdotale. Entretemps, il avait accompagné le jeune abbé Jean-Marie Lustiger à l’aumônerie de la Sorbonne et c’est ce dernier qui le consacrera, en 1986, évêque de Meaux, où il ne resta que quelques mois. Ce fut un moment douloureux, dont le Cardinal fut lui-même meurtri. Heureusement, la vocation du nouvel évêque le portait irrésistiblement vers Lisieux, où il fut affecté comme auxiliaire, aux côtés de Mgr Badré, évêque de Bayeux et Lisieux. C’est dans le cimetière de la ville, au milieu de ses frères carmes, et non loin de la tombe éphémère de Thérèse qu’il a été inhumé après les obsèques célébrées d’abord à Venasque dans le Vaucluse (où il résida ses dernières années dans la proximité du père Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus) puis dans la basilique sous la présidence de Mgr Boulanger.

    Avec ses proches, nous rendrons grâce pour tout le ministère fécond de Guy Gaucher et nous continuerons à nous nourrir de son œuvre, qui pourrait être définie tout entière comme une pédagogie de la sainteté pour tous. »

    Ref. Mgr Guy Gaucher

    JPSC

  • France : Un ancien ministre sur le chemin de Compostelle

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    Jean-Pierre Raffarin, vice-président du Sénat et ancien Premier ministre, livre à « Famille chrétienne » son expérience de l’amitié vécue sur le Camino.:raffarin-a-lourdes-2009_article.jpg

    « C’est lors de l’été 2005 que ma femme et moi avons pris la décision, avec un couple d’amis, de partir en pèlerinage. Nous avions passé la journée à marcher tous les quatre dans le massif du Mont-Blanc, nous étions en train de dîner à Combloux, au restaurant “Le Coin savoyard”. Je ne sais plus qui a lancé “Et si on allait à Compostelle ?”. Ce qui est sûr, c’est que si nous avions su ce qui nous attendait sur le plan physique, nous qui pensions avoir les aptitudes de marcheur à force de crapahuter en montagne, on ne serait peut-être pas lancé un tel défi ! En revanche, ce soir-là, il y a une chose que nous savions, c’est qu’on n’allait pas à Compostelle seulement pour marcher… Catholiques, nous voulions vivre la dimension religieuse. Mais comment faire place au spirituel sur le Chemin ? Pour nous y aider j’ai appelé Matthieu Rougé, l’aumônier parlementaire, et je lui ai demandé si cela l’intéressait de vivre cette aventure avec nous. Je le connaissais seulement un peu mais aujourd’hui, grâce à ces huit années de Chemin ensemble, il est devenu un ami. J’apprécie sa culture, sa marche allègre, légère, et aussi sa foi, à l’image de l’Église sur le Chemin, présente et discrète à la fois.

    Si l’on regarde l’histoire du Chemin, c’était la destination qui mobilisait le pèlerin, alors qu’aujourd’hui c’est le parcours. Comment veiller à ce qu’il reste fertile ? Garder l’équilibre entre la fatigue, le divertissement, la religion, l’amitié ? On s’est organisés pour effectuer le premier tronçon depuis Le Puy-en-Velay l’année suivante, en 2006. Pour arriver à Saint-Jacques-de-Compostelle en 2013. Nous avons constitué un groupe de quatre couples plus l’aumônier, d’une alchimie parfaite. Le Père Rougé avait déjà effectué quelques étapes par le passé, mais c’est avec nous qu’il est arrivé jusqu’au bout pour la première fois ! Nous étions neuf et pourtant, chacun a pu bénéficier de moments face à soi-même.

    Chacun a le Chemin qui lui parle.

    Contrairement à ce qu’écrit Jean-Christophe Rufin, il n’y a pas qu’une façon de faire le chemin. On n’est pas nécessairement obligé d’être seul, ni de le faire d’un seul tenant. Chacun a le Chemin qui lui parle. La marche est personnelle. Le Chemin est collectif. Pour moi, par exemple, il y a une grande saveur de se retrouver sac à dos et pieds enflammés d’ampoules (atroce, vraiment !), pèlerins parmi d’autres, sans hiérarchie, avec pour une fois dans les yeux de ceux que je croisais une présomption de sincérité. Toute l’année, l’homme politique est suspecté d’être insincère, de favoriser son parti, ses copains… Le pèlerin, lui, est présumé sincère. Résultat, sur le Chemin, j’avais des qualités de relation exceptionnelles avec les gens. Personne ne m’a jamais importuné. C’est l’extrême tolérance, comme l’Église, encore une fois, l’est sur le pèlerinage : sans pression, sans prosélytisme, là subtilement. Chaque jour Matthieu Rougé nous disait la messe, dans un champ, une chapelle…

    Le Chemin ? Une société de l’amitié

    Nous étions neuf le premier jour, à la fin, 90. D’autres passaient sans s’arrêter. Jamais le Chemin n’impose, ne s’impose. Le Chemin est bienveillant. Une des plus grandes libertés aussi de la marche, c’est qu’on peut discuter à deux, à trois, changer d’interlocuteur, en fonction du rythme de chacun. C’est une société de l’amitié. Le marcheur d’à-côté ne se méfie pas de son voisin. On se parle, on se questionne, on s’écoute. Je me souviens de cet homme qui m’a confié qu’il avait promis, s’il guérissait de son cancer, qu’il ferait le Chemin, et a tenu sa parole, tellement reconnaissant. De ces jeunes marchant ensemble, me confiant leur projet de mariage. De notre couple d’amis marqués par la mort de leur enfant et qui ont tenté de trouver en marchant la force de faire front. Celui qui souffre en chemin reçoit compassion, aide, encouragement. L’échange va de la banalité à la densité, du temporel au spirituel, naturellement.

    Le Chemin est affectif, on lui fait confiance.

    La première fois qu’on se voit, on salue l’égalité : tu es là, tu es comme moi, tu as mal aux pieds. La deuxième fois, on se reconnaît, on sait qu’on a traversé les mêmes difficultés, on est amis. La troisième, on est frères. De se retrouver le soir dans les mêmes étapes crée des liens, encourage la confidence, la relation authentique. C’est la société de l’égalité la plus parfaite, nulle pression de l’argent, du milieu, du statut. On se donne des coups de main, ce peut être un fruit sec, ce peuvent être des bandes de micropore pour nos pieds ensanglantés, ce peut être chasser un chien errant qui nous collait d’un peu trop près. Et puis, il y a ces pommes, ces oranges laissées par des habitants sur un muret au bord du chemin ou ce thermos de café. Le Chemin est affectif, on lui fait confiance. Nous effectuions en moyenne une trentaine de kilomètres par jour, il y a des moments où j’ai crû que j’y n’y arriverai pas, mais quand je me suis retrouvé à Burgos, j’ai eu la certitude que j’irai jusqu’au bout, et là, la peur s’est envolée !

    Quelle émotion, quelle joie à l’arrivée ! Décuplée parce que partagée. Au retour, grâce aux technologies modernes, je suis resté en relation avec beaucoup. Comme un militaire revenu d’une bataille ou un sportif des JO, on reconnaît celui qui a vécu le même évènement. Complices. On a une sorte de petit trésor partagé entre nous. »

    Ref. Ici : Un ancien ministre sur le chemin de Compostelle

    JPSC