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Europe

  • Le pape dénonce les excès de l’individualisme

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    Le pape Léon XIV a mis en garde mercredi contre un « paradoxe » dans les sociétés occidentales où une importance croissante accordée à la liberté individuelle coexiste avec une peur de plus en plus répandue d'être jugé.

    S’adressant à des évêques de différents pays amis du Mouvement des Focolari, le pape a mis en garde contre les effets de l’individualisme en Occident, « où les réseaux autrefois stables de la famille, de l’amitié et de la communauté cèdent la place à une fragmentation accrue ». (source)

    (...) Je pense aussi à la situation ici en Occident, désormais excessivement marquée par les effets de l’individualisme, là où les réseaux familiaux, amicaux et communautaires autrefois stables laissent place à une plus grande fragmentation, et où la liberté est de plus en plus présentée comme une autonomie absolue – la capacité à poursuivre le bonheur sans aucune limites morales, naturelles voire humaines (cf. Lettres encyclique Magnifica humanitas, n. 118).

    Nous observons pourtant un paradoxe. Malgré l’importance accordée à la liberté individuelle, les gens se sentent aujourd’hui moins libres d’être eux-mêmes ou de suivre leurs idéaux les plus élevés, en raison de leur peur dissimulée d’être jugés ou ne pas rentrer dans le moule. De plus, cette peur de s’ouvrir aux autres, qui accentue le sentiment de division, nous prive en ultime analyse du bonheur pour lequel nous avons été créés, étant donné que nous sommes créés à l’image du Dieu un et trine, qui est lui-même une communion de personnes – Père, Fils et Saint-Esprit. En révélant le cœur du Père, le Christ nous montre la signification la plus profonde de notre existence, de nos relations et de la voie vers le bonheur. À travers le don de l’Esprit, nous sommes devenus des enfants de Dieu, partageant la vie divine, et de cette communion avec Dieu découle notre communion les uns avec les autres en tant que frères et sœurs dans le Christ. Telle est l’Église, un mystère de communion (cf. Dicastère pour la Doctrine de la foi, Communionis Notio, n. 3), le signe et le levain d’unité pour votre monde. 

    (...)

  • Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

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    De Maurizio d’Orlando sur le blog d'Aldo Maria Valli :

    Dai frutti li riconoscerete. L’Italie catholique, soixante ans après le Concile

    Je ne suis pas théologien. Ma formation est statistico-économique et économétrique. Je n’entends donc pas juger le Concile Vatican II à travers une dispute entre écoles théologiques. Je me limite à faire ce que l’on fait lorsqu’il s’agit d’évaluer n’importe quelle grande réforme : je compare le point de départ avec le point d’arrivée.

    Le Concile s’est conclu le 8 décembre 1965. Soixante ans se sont écoulés. Le temps des prévisions est terminé. Nous pouvons regarder les résultats.

    Vers 1965, près de 99 % des Italiens se déclaraient catholiques. Plus de 98 % des mariages étaient célébrés à l’église. En 1965 naquirent 1 017 944 enfants ; le nombre moyen d’enfants par femme était de 2,66, largement supérieur au niveau nécessaire pour assurer la continuité des générations. Les décès furent d’environ 517 000 : les naissances les dépassèrent d’un demi-million.

    Les étrangers résidents étaient statistiquement quasi inexistants : 62 780 au recensement de 1961 et 121 116 à celui de 1971. Au milieu des deux recensements, l’année où se terminait Vatican II, il s’agissait donc d’environ une personne sur cinq cents.

    Telle était l’Italie livrée à l’après-Concile.

    Soixante ans plus tard, en 2025, seuls 355 000 enfants sont nés et 652 000 personnes sont mortes. La fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme. Le solde naturel a été négatif d’environ 296 000 habitants.

    La même année, le solde migratoire avec l’étranger a été positif de 296 000 personnes.

    Moins 296 000 pour le mouvement naturel. Plus 296 000 pour le mouvement migratoire.

    La correspondance est presque parfaite. Les Italiens qui ne naissent pas sont remplacés par des personnes venant de l’étranger.

    Ce n’est pas une expression inventée par la soi-disant extrême droite. En 2000, la Division de la population des Nations Unies a publié une étude intitulée « Replacement Migration: Is It a Solution to Declining and Ageing Populations? » : « Migration de remplacement : est-ce une solution au déclin et au vieillissement des populations ? ». L’expression désigne précisément l’immigration nécessaire pour compenser une population qui diminue et vieillit.

    Au début de 2026, les étrangers résidents en Italie étaient 5 560 000, soit 9,4 % des habitants. S’y ajoutent ceux qui ont déjà obtenu la citoyenneté italienne et leurs descendants.

    La grande majorité de cette population n’est pas catholique. Selon les estimations de la Fondation ISMU, au début de 2025, sur plus de cinq millions d’étrangers résidents, les catholiques étaient environ 900 000. Les musulmans avaient atteint 1,7 million ; les orthodoxes dépassaient le million et demi. Plus de quatre étrangers sur cinq appartenaient donc à d’autres confessions ou ne professaient aucune religion.

    Ce n’est pas un jugement sur la valeur des personnes. C’est un fait sur la transformation de l’Italie.

    Une Église qui ne transmet plus

    Dans le même laps de temps, la continuité religieuse s’est effondrée.

    Aujourd’hui, pas même un Italien sur trois ne se déclare catholique ? Non : une enquête de 2023 situe encore l’appartenance déclarée autour de 61 %. Mais seulement 17,9 % de la population fréquente hebdomadairement un lieu de culte.

    Le chiffre décisif concerne les enfants. En 1995, 70,3 % des enfants de six à treize ans participaient chaque semaine au culte. En 2023, seulement 32,4 %. Parmi les jeunes adultes, on n’atteint pas un sur dix.

    En 2024, à peine 38,7 % des mariages ont été religieux. En 1965, c’était plus de 98 %.

    Entre 2000 et 2024, les baptêmes ont diminué de 64,6 %, tandis que les naissances ont baissé de 31,9 %. Ce n’est donc pas seulement la dénatalité qui réduit les baptêmes : les enfants diminuent, mais la transmission de la foi diminue deux fois plus rapidement.

    Les séminaristes étaient 6 337 en 1970. En 2019, il en restait 2 103. Les ordinations sacerdotales sont passées de 527 en 2000 à 279 en 2024.

    Ce n’est pas un seul indicateur qui est tombé. Ce sont tombés ensemble l’appartenance, la pratique, les mariages religieux, les baptêmes, les vocations et les ordinations.

    Une coïncidence de soixante ans

    On objectera : post hoc non est propter hoc. Le fait que quelque chose arrive après quelque chose d’autre ne prouve pas que ce soit la conséquence.

    C’est vrai. Mais cela ne prouve pas non plus le contraire.

    Lorsqu’une grande réforme pastorale est suivie de l’aggravation concordante de tous les indicateurs qui auraient dû mesurer son succès, il n’est pas rationnel de proclamer qu’entre les deux faits il ne peut exister aucun rapport. La succession chronologique ne suffit pas à prouver la causalité ; elle suffit cependant à imposer la question.

    Et la question devient inévitable lorsque le Concile est présenté comme la réponse de l’Église à la modernité. On ne peut pas attribuer à la modernité l’échec de la réforme et, en même temps, célébrer comme providentielle la réforme conçue pour l’affronter.

    Peut-être la société italienne se serait-elle déchristianisée de toute façon. Peut-être la natalité se serait-elle effondrée de la même manière. Peut-être la famille se serait-elle dissoute avec la même rapidité et la population manquante aurait-elle été remplacée par la même immigration.

    Mais ce sont aussi des hypothèses. Les faits observables sont autres.

    En 1965, l’Italie était une nation presque entièrement catholique, célébrait à l’église presque tous les mariages, engendrait plus d’un million d’enfants par an et assurait largement sa propre continuité démographique.

    En 2025, la pratique religieuse est minoritaire, les mariages catholiques sont moins de quatre sur dix, la fécondité est tombée à 1,14 enfant par femme et le solde naturel négatif est presque exactement compensé par le solde migratoire. La population qui prend la relève est, en grande majorité, non catholique.

    Quelle est la probabilité que tout cela ne soit que pure coïncidence ? Il n’existe pas de formule honnête capable de la calculer. Mais il faut beaucoup plus de foi pour croire à la coïncidence que pour reconnaître au moins une relation.

    Après soixante ans, il ne suffit plus de répéter que le Concile doit encore être compris, mis en œuvre ou mené à son terme. Soixante ans, c’est plus de deux générations. Le temps de l’expérimentation est terminé. Est arrivé le temps du bilan.

    Les chiffres ne prononcent pas de sentences théologiques. Mais ils enregistrent les résultats.

    Et l’Évangile nous a laissé un critère que même un statisticien peut comprendre : « À leurs fruits vous les reconnaîtrez. »

  • Victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

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    De Tribune Chrétienne :

    Victoire d’Ulrich Siegmund et de l’AfD en Saxe-Anhalt : l’Église allemande face à la remise en cause de son puissant modèle de financement

    Avec 44 % des voix aux élections régionales du 6 septembre en Saxe-Anhalt, l’AfD emmenée par Ulrich Siegmund réalise un résultat historique sans obtenir la majorité absolue. Une victoire qui pourrait aussi ouvrir un affrontement majeur avec les Églises allemandes et leur puissant système de financement

    7 septembre 2026

    La victoire d’Ulrich Siegmund dépasse largement les frontières politiques de la Saxe-Anhalt. Elle pourrait également fragiliser un modèle très particulier de relations entre l’État et les Églises, alors que l’AfD entend remettre en cause plusieurs mécanismes dont bénéficient depuis des décennies les institutions catholiques et protestantes.

    Le cas personnel d’Ulrich Siegmund donne à cette confrontation une dimension particulière. Baptisé et élevé dans l’Église catholique, le dirigeant de l’AfD en Saxe-Anhalt a effectué en 2017 un « Kirchenaustritt », la procédure administrative permettant de déclarer officiellement sa sortie de l’Église. Il a pourtant expliqué ne pas avoir renoncé aux valeurs catholiques qu’il dit conserver « dans son cœur », mais contester l’institution ecclésiale allemande.

    Derrière cette démarche se trouve notamment le Kirchensteuer, l’impôt d’Église allemand. Un catholique enregistré comme tel acquitte généralement une contribution équivalente à 9 % du montant de son impôt sur le revenu – 8 % en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg – collectée par l’administration fiscale avant d’être reversée à l’Église. Pour échapper à cet impôt, il faut officiellement quitter l’Église. Mais cette décision administrative entraîne également de lourdes conséquences ecclésiales. Un décret adopté par la Conférence épiscopale allemande en 2012 prévoit notamment que la personne ayant effectué cette démarche ne peut normalement plus recevoir les sacrements de pénitence, d’Eucharistie, de confirmation ou d’onction des malades, sauf notamment en danger de mort. Elle ne peut plus être parrain ou marraine ni exercer certaines fonctions dans l’Église. Dans certaines circonstances, les funérailles religieuses peuvent également être refusées.

    Le résultat du 6 septembre remet aujourd’hui ce système sous les projecteurs. L’AfD veut s’attaquer aux « Staatsleistungen », qu’il faut distinguer du Kirchensteuer : il s’agit de versements publics historiques accordés aux Églises, notamment en compensation des grandes sécularisations de biens ecclésiastiques intervenues au début du XIXe siècle. Le parti entend également remettre en cause l’intervention de l’administration fiscale dans la collecte de l’impôt d’Église.

    Cette offensive intervient dans un contexte de confrontation croissante entre l’AfD et les responsables catholiques et protestants. Plusieurs évêques ont publiquement mis en garde les fidèles contre le parti, tandis que l’AfD accuse les grandes Églises de s’être transformées en acteurs politiques, notamment sur les questions migratoires.

    Mais le débat prend une dimension particulière au regard de la situation du catholicisme allemand. En 2025, l’Allemagne comptait encore 19,2 millions de catholiques, soit environ 23 % de la population. Pourtant, 307 117 personnes ont officiellement quitté l’Église au cours de cette seule année. Seulement 2 269 personnes y sont entrées et 5 443 anciens catholiques l’ont réintégrée.

    La pratique religieuse poursuit elle aussi son recul. Elle ne concerne plus qu’une faible proportion des catholiques et la crise des vocations devient spectaculaire : après seulement 29 ordinations sacerdotales en 2024, les chiffres ont encore reculé en 2025. La victoire d’Ulrich Siegmund ne signifie évidemment pas que le Kirchensteuer disparaîtra demain : une telle réforme dépasse les seules compétences d’un gouvernement régional. Mais avec près de 44 % des suffrages, une revendication longtemps périphérique vient de prendre une tout autre dimension politique.

    Pour l’Église allemande, la question dépasse donc largement l’AfD. Elle touche à la pérennité d’un modèle dans lequel une institution ecclésiale demeure financièrement très puissante alors que sa base démographique, la pratique religieuse et les vocations diminuent rapidement. Si demain une part croissante de ses ressources devait dépendre directement des dons volontaires des fidèles, l’Église catholique allemande serait confrontée à une réalité devenue impossible à contourner : celle du nombre de catholiques encore réellement engagés dans sa vie.

  • Les conférences épiscopales de l'UE attendent une décision concernant l'effacement des inscriptions de baptême

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    De Luke Coppen sur le Pillar :

    Les conférences épiscopales de l'UE attendent une décision concernant l'effacement des inscriptions de baptême

    La Cour de justice de l'Union européenne examine une affaire concernant le diocèse de Gand, en Belgique.

    4 septembre 2026

    Une décision imminente de la Cour de justice de l'Union européenne sur la question de savoir si un diocèse belge doit effacer les données de son registre de baptême sur demande pourrait avoir des conséquences importantes pour l'autonomie de l'Église et la liberté institutionnelle de religion.

    C’est ce qu’affirme un document de position publié le 4 septembre par la Commission des Conférences épiscopales de l’Union européenne (COMECE).

    Le document de 15 pages traitait d'une affaire actuellement pendante devant la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) concernant un différend entre le diocèse de Gand et l'Autorité belge de protection des données quant à savoir si le diocèse doit se conformer à la demande d'une personne non identifiée de supprimer son inscription au registre de baptême.

    « Le registre baptismal est la base fondamentale pour établir le statut juridique de la personne dans l’ordre juridique interne de l’Église », indique le document de position, préparé à la demande des conférences épiscopales membres de la COMECE et daté du 2 septembre.

    « Exiger de l’Église catholique qu’elle efface les données qu’elle contient, et donc intervenir directement dans son organisation, constituerait une atteinte grave à l’autonomie de l’Église et à la liberté institutionnelle de religion. »

    L'article a été publié moins d'un mois avant que l'avocat général, conseiller juridique indépendant de la CJUE, ne rende son avis formel sur l'affaire. Cet avis ne sera pas contraignant, mais pourrait donner une indication sur la manière dont la CJUE pourrait trancher dans son arrêt définitif, qui pourrait être rendu fin 2026 ou début 2027.

    L'affaire, connue sous le nom de C-12/25 Bisdom Gent , est née d'un différend concernant une pratique mise en place par les diocèses belges consistant à ajouter une note aux registres de baptême plutôt que de supprimer les inscriptions lorsque des personnes demandent leur « débaptême ».

    L'Église catholique enseigne que « le baptême marque le chrétien de la marque spirituelle indélébile de son appartenance au Christ ». Bien qu'une personne puisse s'éloigner de la pratique de la foi, voire y renoncer complètement, il est impossible d'annuler les effets du baptême.

    Le 25 mars 2021, une personne a demandé au diocèse de Gand de supprimer ses données de tous les fichiers, y compris le registre des baptêmes, en invoquant le Règlement général sur la protection des données (RGPD), une loi européenne de 2018 sur la protection des données.

    Le 2 avril 2021, le diocèse de Gand a ajouté une mention au registre de baptême, indiquant que la personne avait « quitté l’Église » à cette date. Deux traits diagonaux ont été tracés en travers de l’inscription de baptême.

    Lorsque les autorités diocésaines ont expliqué qu'une note avait été ajoutée à la fiche, la personne concernée a insisté sur la suppression de ses données et a porté plainte auprès de l'Autorité de protection des données.

    Le 19 décembre 2023, l'Autorité de protection des données a ordonné au diocèse de Gand de se conformer à la demande du plaignant.

    L'autorité chargée de la protection des données a indiqué que le diocèse soutenait qu'il était nécessaire de conserver les registres de baptême afin de prévenir d'éventuelles usurpations d'identité, par exemple si une personne déjà baptisée cherchait à recevoir le sacrement une seconde fois, en contravention de l'enseignement de l'Église.

    L'autorité de protection des données a reconnu les préoccupations de l'Église, mais a estimé que les intérêts du plaignant primaient sur ceux de l'Église. Le diocèse a interjeté appel de cette décision.

    Le 11 décembre 2024, la Cour d'appel de Bruxelles (Tribunal du marché) a déclaré que l'affaire soulevait des questions de droit de l'Union européenne qui devaient être examinées par la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Elle a posé cinq questions à la Cour de Luxembourg, notamment celle de savoir si le RGPD devait être interprété à la lumière du droit à la liberté de religion et si une mention indiquant qu'une personne a quitté l'Église constituait un effacement de ses données.

    Une fois que la CJUE aura rendu son arrêt, le tribunal du marché devrait appliquer cette décision au litige du diocèse de Gand.

    Le document de position de la COMECE notait que l'annotation du diocèse de Gand n'était « pas idéale » et « non représentative des annotations utilisées par l'Église dans les autres États membres de l'UE ».

    L'article mettait en garde contre le risque de considérer les registres de baptême comme des listes de membres de l'Église.

    Se référant à une audience de la CJUE du 30 juin 2026, il a été déclaré : « Au cours de l'audience dans cette affaire, il a été sous-entendu que les registres de baptême peuvent être considérés comme des "listes de membres", car l'annotation insérée dans leur marge dans l'affaire (à savoir que la personne avait "quitté l'Église" à une certaine date) semblait impliquer un sentiment d'"appartenance". »

    « Toutefois, quelle que soit la formulation concrète de ces annotations, aucune conclusion ne peut en être tirée quant au fait que, dans l’Église catholique, les registres de baptême sont des « listes de membres ». »

    L'article précise que les registres de baptême sont des documents relatant des événements historiques plutôt que des listes de membres, reprenant ainsi une note explicative de 2025 publiée par le Dicastère pour les textes législatifs du Vatican.

    La COMECE a également souligné l'impact que la suppression d'un acte de baptême aurait sur les tiers. Elle a constaté que ces actes contiennent également les données personnelles du ministre du baptême, des parents de l'enfant et des deux parrains et marraines.

    « Chacune de ces personnes a un intérêt indépendant et juridiquement protégé à préserver l’intégrité du registre, en tant que compte rendu permanent et authentique de sa participation à l’acte sacramentel », indique le texte.

    L'article soulignait également que la suppression d'un acte de baptême pouvait affecter la sécurité juridique quant à la validité d'un mariage.

    Il précisait : « Des cas ont été rapportés où un ancien catholique s'était marié civilement avec une personne non catholique, et qu'après la rupture du mariage, cette dernière avait souhaité se convertir au catholicisme et avait demandé à l'Église l'annulation de son précédent mariage civil. »

    « L'absence d'acte de baptême détruirait des preuves pertinentes et compromettrait les chances de la personne concernée de faire valoir ses droits. »

    L'article notait également que les actes de baptême peuvent être utilisés dans le cadre de procédures civiles, citant l'exemple de l'Irlande, où un certificat de baptême peut être accepté comme preuve de naissance en cas de destruction des registres, et celui de Chypre, où les registres de baptême servent de preuve pour régler des litiges fonciers familiaux.

    En conclusion, l'article indique : « Cette affaire ne se limite pas à la question de savoir si certaines données personnelles doivent être conservées. Elle soulève également une question plus profonde : dans quelle mesure le droit européen de la protection des données peut-il contraindre une Église à modifier la manière dont elle exprime visiblement et juridiquement sa foi ? »

    « Ceci est particulièrement important en ce qui concerne le baptême. Pour l’Église, le baptême n’est pas simplement un événement historique qui s’est produit une fois et qui a été consigné par la suite. Son enregistrement exprime également un contenu de foi. »

    « Le baptême reflète l’alliance entre Dieu et la personne humaine et la fidélité inébranlable de Dieu. Le caractère permanent du baptême n’est donc pas seulement une question d’administration ou de droit canonique. Il est enraciné dans la foi et la compréhension sacramentelle de l’Église. »

    Le document ajoute : « Une obligation d’effacer les données des registres de baptême aurait donc des conséquences qui dépassent le simple cadre d’un système d’archivage. Elle pourrait affecter la manière dont l’Église exprime et préserve un élément central de sa foi sacramentelle. »

    « Il ne s’agit pas seulement d’un intérêt administratif pour un responsable du traitement des données. Il s’agit de la dimension institutionnelle de la liberté de religion et de la liberté de l’Église de vivre, de s’organiser et d’exprimer sa foi. »

    Lire également : Les évêques européens mettent en garde contre l'effacement de la « réalité théologique » des registres de baptême

  • Le cardinal Sarah et la crise de la bioéthique

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    De la Sœur Renée Mirkes, OSF, sur The Catholic Thing :

    Le cardinal Sarah et la crise de la bioéthique

    4 septembre 2026

    Le discours prononcé cet été par le cardinal Robert Sarah devant le Parlement européen met en évidence un problème fondamental du discours bioéthique contemporain : le fossé grandissant entre le langage et la réalité. Des mots qui, autrefois, véhiculaient des significations stables – « soins de santé », « droits », « dignité » – sont de plus en plus utilisés avec une flexibilité idéologique.

    Sarah met en garde contre le fait que cette instabilité linguistique constitue une « crise du logos ou de la raison », une rupture dans la relation entre les mots et les réalités qu’ils désignent. Le langage cesse de correspondre à la réalité ; la raison perd ses repères, et le jugement moral devient vulnérable au sentiment, à l’idéologie ou à la coercition politique.

    La thèse de Sarah repose sur trois principes philosophiques profondément enracinés dans la tradition intellectuelle catholique.

    Premièrement, le langage doit correspondre à la réalité. Pour Sarah, le langage n’est pas un outil neutre, mais un instrument de vérité. Les mots sont censés révéler la réalité, et non la dissimuler. Dès lors que le discours médical recourt à des euphémismes ou à une terminologie ambiguë, il devient difficile d’identifier la nature morale des actes médicaux. Lorsque des termes tels que « soins de santé », « choix » ou « aide médicale à mourir » dissimulent la réalité sous-jacente d’une mise à mort directe ou d’un meurtre, la perte de clarté linguistique engendre une perte de clarté morale.

    Deuxièmement, la raison est le fondement du jugement éthique. La critique de Sarah présuppose une conception classique et chrétienne de la raison, en tant que faculté capable de discerner la vérité. À son tour, le jugement éthique dépend directement de la capacité de la raison à appréhender la nature de la personne humaine et les biens propres à son épanouissement. Plutôt que de constituer une réflexion rationnelle sur les biens humains, de nombreux débats bioéthiques d’aujourd’hui se transforment en simples affrontements de sentiments ou de pouvoir politique.

    Troisièmement, la dignité humaine est objective et intrinsèque. Sarah insiste sur le fait que la dignité humaine ne dépend ni de l’« autonomie », ni de l’utilité, ni d’un consensus politique. Elle découle de la nature de la personne humaine en tant qu’imago Dei, être créé à l’image de Dieu.

    Les conséquences du mépris de ces principes sont particulièrement graves en bioéthique, où, comme le soutient Sarah, les enjeux concernent la vie humaine, l’incarnation et la dignité.

    C’est pourquoi la lectio de Sarah évalue de manière cohérente quatre grandes questions bioéthiques : l’avortement, la fécondation in vitro, l’idéologie transgenre et le suicide assisté par un médecin. Dans chaque cas, il démontre comment la distorsion linguistique sert de condition préalable à la confusion morale et à l’erreur politique.

    Qualifier l’avortement de « santé », par exemple, est une manipulation linguistique qui masque l’élimination d’une vie. Sarah cite des documents politiques américains, européens et internationaux dans lesquels l’expression « santé sexuelle et reproductive » est couramment utilisée pour inclure l’avortement. Elle soutient que ce « renversement flagrant du logos » présente l’interruption délibérée d’une vie humaine comme une forme de soins de santé, subordonne la dignité humaine au choix de la mère et traite l’enfant à naître comme un objet dont l’existence dépend d’une approbation extérieure.

    Sarah insiste sur le fait que la déformation linguistique des notions de « santé », de « choix » et de « droits » normalise l’avortement en l’intégrant dans le langage de la médecine et de la Constitution.

    Mais si l’avortement est décrit comme un « soin de santé », l’enfant à naître devient une pathologie, la réalité morale du meurtre direct est occultée, et la raison est subordonnée à l’opportunisme politique. Dans ce cadre conceptuel, prévient Sarah, il devient difficile – voire impossible – de reconnaître la gravité de l’acte d’avortement.

    Sarah soutient également que l’expression « droits reproductifs » justifie la fécondation in vitro, la cryoconservation d’embryons, la réduction sélective et l’élimination d’embryons. Alors que le terme « droits » est utilisé pour présenter le bébé et sa production en laboratoire comme des droits acquis, il occulte subrepticement les implications morales liées à la création et à la destruction d’êtres humains à leur stade embryonnaire.

    Et lorsque la FIV est présentée comme un « droit », l’enfant devient un produit de la technique plutôt que le fruit d’un acte d’amour conjugal unificateur. La genèse d’un nouvel être humain est déplacée de l’amour interpersonnel unificateur des parents vers l’expertise technique des embryologistes et des endocrinologues.

    Avec de tels artifices verbaux, la raison est supplantée par le positivisme technologique, tandis que la logique de la reproduction en laboratoire remplace la logique du don.

    L’idéologie transgenre, selon l’analyse de Sarah, dissocie l’« identité » du corps. Par des manœuvres linguistiques trompeuses – ce que le cardinal considère comme fondamental dans l’idéologie transgenre –, des termes tels que « identité de genre », « attribué à la naissance » et « prise en charge affirmante » dissocient l’identité de genre du sexe biologique et occultent complètement la réalité de l’incarnation.

    Comme le souligne Sarah, une fois l’identité dissociée du corps, la raison perd sa capacité à discerner le sens de l’incarnation. Le corps n’est plus révélateur ; il devient arbitraire. Plutôt qu’un don qui révèle l’identité personnelle, le corps est traité comme une toile au service de l’expression de soi.

    Et, issue de ce genre d’artifice verbal, la réflexion éthique sur l’idéologie transgenre en général, et sur la « transition vers le sexe opposé » en particulier, repose entièrement sur des sentiments ou des pensées subjectifs plutôt que sur une réflexion rationnelle sur la nature humaine.

    Sarah démontre comment des subterfuges verbaux – des termes tels que « aide médicale à mourir », « mort dans la dignité » et « choix compassionnel » – masquent la réalité du fait de tuer intentionnellement un patient. Ce glissement linguistique présente le meurtre d’un être humain comme un acte de « soins ».

    Comme le souligne Sarah, si le fait de tuer directement peut être redéfini comme de la compassion, alors la compassion perd tout son sens. Si le suicide peut être redéfini comme un acte de santé, alors les soins de santé perdent tout leur sens.

    Dans toute cette « crise du logos », Sarah montre comment la raison est privée des outils conceptuels nécessaires pour distinguer la guérison du préjudice. La personne malade devient un fardeau à éliminer plutôt qu’un prochain dont il faut prendre soin. La dignité humaine devient subordonnée à la fonctionnalité, et toute la vocation médicale est déformée à mesure que le rôle du médecin passe de celui de guérisseur à celui de bourreau.

    La thèse de Sarah lie l’avenir de la bioéthique à celui du langage. Lorsque nous perdons la capacité de parler en toute sincérité de la personne humaine, nous perdons la capacité de défendre la personne humaine et la vie humaine, la bios.

    La crise du logos, ou de la raison, est, selon Sarah, la crise de toute notre civilisation.

    Seul le retour à la raison permettra de restaurer la dignité humaine. Et seul le rétablissement de la dignité humaine permettra de redonner espoir en notre avenir et en celui de la bioéthique.

  • Une Europe sans Dieu courra à sa perte

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    De Guido Horst sur le Tagespost :

    Une Europe sans Dieu courra à sa perte

    Un continent sans âme : ce que le pape Benoît XVI a déclaré à Ratisbonne au sujet du « 11 septembre » et que l’Occident n’a pas voulu entendre.

    3 septembre 2026

    Les premiers jours de septembre marquent l’anniversaire de deux événements qui ne pourraient être plus différents, mais qui témoignent de la même évolution, qui a marqué le premier quart de ce XXIe siècle qui n’est plus si jeune : Le 11 septembre, il y a 25 ans, les États-Unis ont subi l’attaque terroriste la plus grave de leur histoire. Des kamikazes du réseau Al-Qaïda ont précipité deux avions sur les tours jumelles de New York, en ont fait s’écraser un troisième sur le Pentagone, tandis qu’un quatrième s’est écrasé au sol en Pennsylvanie après une lutte avec les passagers.

    Et le 12 septembre, il y a 20 ans, dans le cadre de sa visite en Bavière, Benoît XVI a prononcé devant des universitaires, dans l’amphithéâtre de « son » ancienne université, un discours qui allait entrer dans les annales sous le nom de « Conférence de Ratisbonne ». La partie la plus controversée de son discours : une citation tirée d’un dialogue fictif entre l’empereur byzantin Manuel II Paléologue et un érudit persan de confession musulmane, qui abordait notamment le « djihad », la guerre sainte et la relation entre religion et violence, et dans laquelle le pape-professeur citait cette question de l’empereur qui, sortie de son contexte, allait ensuite semer le trouble dans le monde islamique : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu n’y trouveras que du mal et de l’inhumanité, comme le fait qu’il ait prescrit de propager par l’épée la foi qu’il prêchait. »

    Religion positive et religion détournée

    Les répercussions tant du « 11 septembre » que de la « conférence de Ratisbonne » ont été décrites à maintes reprises. S’ensuivirent la guerre en Afghanistan et celle contre l’Irak – et le Vatican lança une initiative de dialogue sans précédent avec le monde musulman. Les courants devenus militants au sein de l’islam sunnite (Al-Qaïda, le Hamas) et chiite (l’Iran, le Hezbollah) ont marqué, au tournant du siècle, le début d’une nouvelle ère qui continue aujourd’hui encore d’occuper la politique, les médias et les sociétés occidentales. Alors que le Turc musulman était autrefois très bien accueilli en tant que travailleur immigré, nombreux sont ceux qui voient aujourd’hui tout simplement un danger chez les migrants d’origine musulmane.

    Il n’est pas nécessaire d’apprécier l’ouvrage de Samuel Phillips Huntington publié en 1996 sur le futur « choc » ou « conflit des civilisations ». Mais le fait est que l’Occident se sent aujourd’hui menacé – notamment par un islam militant tel que celui des mollahs en Iran ou encore le wahhabisme et le salafisme. Or, comment l’Occident européen a-t-il réagi au défi islamiste que le pape Benoît XVI avait pris à bras-le-corps il y a exactement vingt ans, en le reliant à la relation entre religion et raison ainsi qu’à la juste compréhension de Dieu et de l’homme créé par Dieu ? En tout cas, pas en prenant conscience que le terrorisme à connotation religieuse touche également à la question de Dieu et qu’il faut – comme Benoît XVI – faire la distinction entre une religion égarée, qui provoque la haine et la violence, et une religion au service de l’homme. Une sorte de réaffirmation de soi aurait fait du bien aux Européens, sachant pertinemment que le « vieux » continent repose entièrement sur des fondements chrétiens qui ont créé les conditions indispensables à la vie de l’État libéral et laïc, sans que celui-ci puisse les garantir lui-même (Ernst-Wolfgang Böckenförde).

    Une communauté sans référence à Dieu

    Au lieu de cela, l’Union européenne est restée incapable de répondre à la question d’un Dieu bon et d’une religion bonne par une affirmation de sa propre identité : à savoir le christianisme. Lorsque la Convention européenne a élaboré en 2003 le projet de Constitution de l’Union européenne, elle n’est pas parvenue à ancrer une référence à Dieu dans le préambule, mais s’est contentée d’une vague allusion aux « traditions culturelles, religieuses et humanistes de l’Europe ». La Constitution européenne a ensuite échoué lors des référendums en France et aux Pays-Bas et n’a jamais acquis force de loi. Mais même le traité de Lisbonne, signé en 2007, ne mentionnait dans son préambule que « l’héritage culturel, religieux et humaniste de l’Europe », dont on puise l’inspiration, sans faire aucune référence au Dieu unique ni même au christianisme.

    Lorsque le pape Léon se rendra à Metz à l’issue de son voyage en France, notamment en mémoire de Robert Schuman, il rappellera sans doute, à l’instar de ses prédécesseurs, que pour les trois pères fondateurs de la Communauté européenne – Robert Schuman, Alcide de Gasperi et Konrad Adenauer –, catholiques convaincus, l’Union était une œuvre de paix et non pas seulement une entreprise économique. Mais l’Europe postmoderne a systématiquement remplacé cet héritage chrétien par une conception laïque d’elle-même. Le monopole de la réflexion sur la « vocation chrétienne » de l’Europe est désormais dévolu aux papes.

    L'interdiction de penser de manière laïque

    Depuis le Concile Vatican II, ils ont présenté une riche doctrine sur une communauté humaine fondée sur les principes de subsidiarité, de solidarité et de bien-être, qui s'inspire de la tradition chrétienne tout en restant ouverte à toutes les personnes de bonne volonté – qu'elles croient ou non en Dieu, et quel que soit le Dieu auquel elles croient. Il suffit de penser aux encycliques « Redemptoris missio » et « Centesimus annus » de Jean-Paul II ou à la riche œuvre de Joseph Ratzinger sur l’identité et l’avenir de l’Europe. Tout cela n’est ni discuté ni pris au sérieux au niveau de l’Union – même si la situation est encore différente dans certains États membres. En ce qui concerne les racines chrétiennes, un immense processus de refoulement s’est opéré précisément au plus haut niveau des instances de la Communauté européenne, comme s’il n’y avait eu avant la Révolution française qu’un immense trou noir. La pensée dans l’esprit de Schuman, de Gasperi ou d’Adenauer n’a plus sa place.

    Au lieu de cela, on érige des murs et on a peur de l’étranger. Or, sans une âme européenne, l’homme européen ne survivra pas à la postmodernité. Les djihadistes se sentent « appelés » à intégrer l’Europe à la Oumma. Si les Européens ne savent plus à quoi ils sont appelés, ils seront trop faibles pour protéger durablement l’Europe vidée de son âme qui subsistera alors.

  • Les Guides et Scouts d’Europe en Belgique : un scoutisme catholique traditionnel et européen

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    Les Guides et Scouts d’Europe en Belgique : un scoutisme catholique traditionnel et européen

    Guides et Scouts d'Europe Belgique / Europascouts en Gidsen - België | Uccle

    Les Guides et Scouts d’Europe – Belgique (GSE-B), également connus sous le nom néerlandophone d’Europascouts en Gidsen – België (ESG-B), constituent une association de scoutisme catholique unitaire présente dans l’ensemble du pays. Affiliée à l’Union Internationale des Guides et Scouts d’Europe – Fédération du Scoutisme Européen (UIGSE-FSE), elle se distingue des grandes fédérations belges reconnues par l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout (OMMS/WOSM) et l’Association Mondiale des Guides et Éclaireuses (AMGE/WAGGGS) par son attachement strict à la méthode de Baden-Powell, sa dimension confessionnelle catholique et son orientation explicitement européenne.

    Origines et histoire

    Le mouvement international naît en 1956 à Cologne (Allemagne), dans le contexte de la reconstruction européenne d’après-guerre. Un groupe de chefs scouts allemands et français, catholiques, protestants et orthodoxes, fonde la Fédération du Scoutisme Européen (FSE, devenue UIGSE-FSE). Leur ambition est de pratiquer le scoutisme de Baden-Powell sur des bases chrétiennes, dans un cadre européen fraternel, en réponse aux divisions et idéologies qui avaient déchiré le continent.

    En Belgique, l’implantation suit rapidement. En 1959, la troupe 1re Louvain du Vlaams Verbond van Katholieke Scouts participe au premier camp fédéral (Eurocamp) à Wasserfal (Allemagne). L’année suivante, en 1960, Norbert De Bruyn fonde l’Association Belge des Guides et Scouts d’Europe. Un camp fédéral se tient d’ailleurs en Belgique en 1962 à Botassart. En 1994, sous l’impulsion de Jean-François Godbille, les structures belges fusionnent pour former l’association actuelle.

    L’UIGSE-FSE a reçu la reconnaissance pontificale (association privée internationale de fidèles de droit pontifical, confirmée en 2008) et dispose d’un statut participatif auprès du Conseil de l’Europe. Elle regroupe aujourd’hui des associations dans une vingtaine de pays européens (et des structures en Amérique du Nord), avec environ 60 000 à 70 000 membres selon les sources.

    Effectifs et présence sur le territoire

    Les estimations récentes situent les effectifs belges entre environ 1 400 et 2 000 membres (jeunes et responsables confondus). Des sources plus précises mentionnent environ 1 391 jeunes et 320 responsables, ou « plus de 1 700 jeunes ». La majorité des groupes sont francophones ; on compte une minorité de groupes néerlandophones (environ 5 sur une vingtaine de groupes actifs).

    Les groupes sont répartis dans tout le pays : Anvers, Bruges, Gand, Nossegem (Halle-Vilvoorde) côté néerlandophone ; Bruxelles (plusieurs unités : Boitsfort, Woluwé, etc.), Arlon, Liège (Banneux), Mons, Namur, Fontaine-l’Évêque, et d’autres en Wallonie. Les unités masculines et féminines sont en principe séparées (sauf pour les plus jeunes, les Castors/Bevers). Une carte interactive et un catalogue des foulards sont disponibles sur le site officiel.

    Le siège se trouve à Uccle (Avenue Winston Churchill 35, « La Vigne »).

    Pédagogie et branches d’âge

    La pédagogie s’appuie fermement sur la méthode de Baden-Powell (santé, caractère, joie et sens du service – les « trois H ») enrichie par l’héritage du père Jacques Sevin, pionnier du scoutisme catholique. Elle vise le développement intégral de la personne, y compris dans sa dimension spirituelle chrétienne. Les activités privilégient le plein air, la responsabilité progressive (formation du jeune par le jeune), le service et la vie en petites unités homogènes d’âge.

    Les branches sont :

    • Castors / Bevers (6-8 ans) : découverte de la vie en communauté et efforts.
    • Louveteaux / Louvettes – Welpen / Welpinnen (8-12 ans) : inspirés du Livre de la Jungle et de saint François d’Assise.
    • Éclaireurs / Éclaireuses – Verkenners / Gidsen (12-17 ans) : vie en patrouille, responsabilités, aventure.
    • Routiers / Guides-Aînées – Voortrekkers / Voortreksters (à partir de 17 ans) : service, engagement et formation de leaders.

    L’uniforme est caractéristique : chemise bleu clair (ou beige pour les scouts/routiers), foulard de groupe, ceinturon avec la croix de l’UIGSE (croix de Malte à huit pointes et fleur de lys).

    Identité et place dans le paysage scout belge

    Les Guides et Scouts d’Europe se définissent comme un mouvement de scoutisme « authentique », catholique et européen. La promesse inclut le service de Dieu, de l’Église, du Roi, de la Patrie et de l’Europe. La loi scoute reprend les articles classiques, avec un accent sur la pureté, le service et la fraternité européenne.

    Ils ne font pas partie du Guidisme et Scoutisme en Belgique (GSB), la structure parapluie des fédérations reconnues par l’OMMS/WAGGGS (Les Scouts, Guides Catholiques de Belgique, Scouts en Gidsen Vlaanderen, FOS Open Scouting, Scouts et Guides Pluralistes). Ils constituent donc une alternative plus traditionnelle et explicitement confessionnelle au sein du paysage scout belge, très diversifié et majoritairement pluriel ou ouvert.

    Vie du mouvement

    Les unités organisent des réunions hebdomadaires, des camps d’été, des week-ends de formation (notamment les « routes-école » pour les aînés) et participent à des événements internationaux (Eurojam, Euromoot). Des pèlerinages (comme celui d’Avioth) et des activités de service font partie de la vie des Routiers. Le mouvement met l’accent sur la formation des chefs et le rayonnement dans les quatre coins du pays, en français et en néerlandais.

    Conclusion

    Présents en Belgique depuis plus de soixante ans, les Guides et Scouts d’Europe incarnent une forme de scoutisme qui allie fidélité à Baden-Powell, ancrage catholique et idéal européen. Bien que numériquement modestes par rapport aux grandes fédérations belges (qui totalisent plus de 150 000 membres), ils offrent une proposition pédagogique cohérente et structurée, reconnue par l’Église et présente dans les deux communautés linguistiques. Leur site officiel (scouts-europe.be) permet de localiser les groupes et de s’informer sur les activités.

    Sources principales : site officiel des Guides et Scouts d’Europe – Belgique, Scoutopedia, Wikipedia (pages UIGSE-FSE et scouting en Belgique), documents historiques de l’UIGSE-FSE.

  • Transition en Syrie: l’ECLJ organise une conférence à Bruxelles pour exiger des garanties constitutionnelles pour les chrétiens

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    Du site de l'ECLJ :

    Transition en Syrie: l’ECLJ organise une conférence à Bruxelles pour exiger des garanties constitutionnelles pour les chrétiens

    2 Septembre 2026

    Face à l’exclusion des communautés chrétiennes par les nouvelles autorités de Damas, l’ECLJ (European Centre for Law & Justice) coorganise une conférence de haut niveau au Parlement européen à Bruxelles le 8 septembre 2026. L’objectif: imposer la liberté religieuse et une gouvernance inclusive au cœur des négociations internationales sur la transition syrienne.

    Décideurs politiques européens, chefs religieux et représentants des communautés chrétiennes se réuniront au Parlement européen à Bruxelles le 8 septembre 2026 pour évoquer l’avenir des chrétiens en Syrie. Les chrétiens demandent des garanties concrètes en matière de liberté religieuse et une vraie représentation politique, alors que la Syrie connait une normalisation diplomatique rapide depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024 et la prise de pouvoir de l’ancien terroriste islamiste Ahmed al-Charaa.

    Accueilli par l’eurodéputé Bert-Jan Ruissen (ECR, Pays-Bas), coprésident de l’Intergroupe sur la liberté de religion, de conviction et de conscience, cet événement est coorganisé par le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), l’Union syriaque européenne (ESU), Syriac Cross Belgium, la Fondation Sallux ECPP ainsi que Jubilee Campaign Netherlands, et coordonné par Ruth Daskalopoulou.

    La conférence s’ouvrira par les allocutions de deux personnalités majeures de la diplomatie internationale: S.Ex. Mairead McGuinness, Envoyée spéciale de l’Union européenne pour la promotion de la liberté de religion ou de conviction auprès de la Commission européenne, et l’honorable Nadine Maenza, coprésidente de la table ronde sur la liberté religieuse internationale (IRF) à Washington, D.C., et ancienne présidente de la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF).

    Nous aborderons ensuite deux piliers essentiels à la survie des communautés chrétiennes:

    Panel 1 : Liberté religieuse, modéré par Thibault van den Bossche, ECLJ:

    • Mgr Georges Assadourian, évêque arménien catholique de Damas,
    • Mgr Georges Masri, archevêque métropolitain grec-melkite d’Alep,
    • Père Vasilios Khamis, Église orthodoxe d’Antioche,
    • Johannes de Jong, Sallux.

    Panel 2 : Représentation politique, modéré par Metin Rhawi, ESU:

    • Sanharib Barsom, Parti de l’Union Syriaque,
    • Waddah Al Khoury, Conseil National Levantin,
    • Ninous Icho, Parti Démocratique Assyrien,
    • Sarah Aphram, Syriac Cross Belgium.

    La conférence intervient à un tournant historique. Le 24 août 2026, les États-Unis ont officiellement retiré la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme, sur laquelle le pays figurait depuis 1979. Ils ont également retiré Hayat Tahrir al-Cham (HTC) – l’ancien Front al-Nosra, groupe islamiste qu’a dirigé Ahmed al-Charaa – de leur liste des principaux groupements et individus « terroristes » (« Specially Designated Global Terrorist, SDGT »). En juillet 2026, le président français Emmanuel Macron puis le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’étaient succédé en Syrie.

    De plus, le 25 août 2026, Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, a annoncé la dissolution officielle de son alliance militaire afin d’intégrer des dizaines de milliers de combattants au sein de l’armée centrale à Damas.

    Cependant, cette transition suscite de graves inquiétudes concernant les droits de l’homme et le risque d’une « justice des vainqueurs ». Si l’ouverture des premiers procès post-Assad — incluant la condamnation à mort par contumace de Bachar al-Assad et la condamnation à perpétuité de l’ex-grand mufti Ahmed Hassoun — suscite de l’espoir, elle révèle également un vide juridique critique. Les experts de l’ONU mettent en garde contre l’absence d’un cadre moderne de justice transitionnelle et la persistance de profondes violences communautaires.

    Pour les chrétiens de Syrie, les menaces existentielles s’intensifient de manière critique. Reflet de cette détérioration rapide, la Syrie s’est hissée à la 6e place de l’Index mondial de persécution des chrétiens 2026 de l’organisation Portes Ouvertes. La communauté reste profondément traumatisée par l’attentat-suicide de juin 2025 contre l’église grecque-orthodoxe Mar Elias à Damas, qui a coûté la vie à 25 fidèles. Les persécutions généralisées et l’émigration forcée ont réduit la population chrétienne, qui est passée de près de 1,5 million de personnes en 2011 à un nombre estimé aujourd’hui entre 300 000 et 500 000.

    La normalisation diplomatique initiée par l’UE et les puissances occidentales progresse beaucoup plus vite que la stabilisation réelle sur le terrain. Le nouveau pouvoir législatif, largement contrôlé par Ahmed al-Charaa, exclut totalement les organisations kurdes et assyriennes. Les pouvoirs clés restent ainsi concentrés au sein d’une nouvelle élite dirigeante issue de l’«idlibisation», une dérive que l’ECLJ avait dénoncée dans sa contribution du 16 juillet 2026 aux Nations unies pour l’Examen périodique universel de la Syrie.

    Nous pressons les institutions de l’UE et les États membres de traduire leurs engagements en actions politiques. Ils doivent placer la liberté de religion ainsi qu’une représentation politique réelle des différentes communautés religieuses et ethniques au cœur de la transition syrienne, conditionnant leurs relations futures à deux critères immédiats:

    • Droits fondamentaux, égalité citoyenne et protection: Les chrétiens et les autres communautés religieuses autochtones doivent bénéficier d’une pleine liberté de culte, d’une égale protection devant la loi et du droit à la propriété. Il est impératif qu’ils puissent préserver leur patrimoine matériel, sécuriser leurs biens et reconstruire leurs structures locales en toute sécurité, à l’abri de toute discrimination, représailles islamistes ou pressions confessionnelles.
    • Participation politique significative et gouvernance inclusive: Ces communautés sous-représentées doivent disposer d’un rôle direct, démocratique et non compromis dans la refonte de l’avenir du pays. Cela implique une voix souveraine dans la rédaction de la future constitution permanente de la Syrie, le façonnement de ses nouvelles institutions politiques et la gestion de l’administration locale décentralisée, en fondant cette gouvernance sur le principe d’une citoyenneté égale plutôt que sur des quotas confessionnels.

    S’appuyant sur la résolution du Parlement européen du 10 juillet 2025, l’ECLJ souligne que la survie et le maintien des communautés chrétiennes historiques sur leurs terres d’origine seront le baromètre du pluralisme et de la démocratie dans la nouvelle Syrie.

    Informations pratiques:

    • Titre : « L’avenir des chrétiens en Syrie : liberté religieuse, représentation politique et avenir commun »
    • Date et heure : Mardi 8 septembre 2026 | 10h00 – 12h00
    • Lieu : Salle SPAAK 1A2, Parlement européen, Bruxelles
    • Inscription
  • Le droit d’éduquer nos enfants devrait être la règle, pas l’exception

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    Du site de l'European Centre for Law & Justice (ECLJ) (Catalina Henriquez) :

    Le droit d’éduquer nos enfants devrait être la règle, pas l’exception

    31 Août 2026

    L’enseignement à domicile fait aujourd’hui l’objet de réglementations très opposées en Europe. Certains pays s’efforcent de restreindre le droit premier des parents d’éduquer leurs enfants, tandis que d’autres ont adopté des mesures plus libérales. La société doit concilier les devoirs parentaux avec l’intérêt supérieur de l’enfant en matière d’éducation. L’État est garant du droit à l’éducation des enfants, mais pas le dépositaire des enfants.

    Le droit préférentiel des parents: définition et implications

    Le droit des parents de diriger l’éducation morale et religieuse de leurs enfants est un principe largement reconnu dans le droit international des droits de l’homme. Trois raisons principales sous-tendent ce principe.

    1. La famille est la cellule fondamentale de la société et doit, à ce titre, être préservée et protégée.
    2. Les parents sont les principaux responsables et exercent l’autorité sur l’enfant, assumant la responsabilité première de son éducation et de son développement.
    3. Le principe de subsidiarité, qui exige que l’État n’intervienne que lorsque les instances inférieures sont incapables de remplir leurs devoirs.

    Il ne s’agit pas d’une question d’opinion; ce principe est consacré dans le droit international des droits de l’homme, et la plupart des États occidentaux l’ont inscrit dans leur propre législation nationale. L’article 13, paragraphe 3, du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, l’article 14, paragraphe 3, de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et l’article 2 du Protocole n°1 à la Convention européenne des droits de l’homme le reconnaissent tous. Ce droit comporte deux dimensions: celle d’orienter l’éducation morale et religieuse de l’enfant, et celle de choisir librement le type et la forme d’enseignement dispensé, que ce soit dans un établissement privé ou public, ou à domicile, que l’enseignement soit assuré par les parents eux-mêmes ou par des tuteurs. Cette dernière option est ce que l’on appelle l’instruction en famille ou l’école à la maison.

    L’instruction en famille n’exige pas des parents qu’ils enseignent eux-mêmes toutes les matières. Elle signifie surtout qu’ils restent les principaux responsables de l’éducation de leur enfant, libres de l’adapter en fonction des besoins de celui-ci et de leurs propres convictions. Comme le souligne la Home School Legal Defense Association: «l’éducation primaire se déroule dans le cadre du foyer», même lorsque les familles font appel à des groupes d’enseignement à domicile, à des tuteurs ou à des cours en ligne pour la compléter[1].

    Un aperçu comparatif à travers l’Europe

    Dans plusieurs pays européens, l’enseignement à domicile survit à peine. Les restrictions sont suffisamment sévères pour rendre cette pratique inapplicable dans la réalité, ce qui revient à une interdiction de facto. L’Allemagne applique la scolarité obligatoire (Schulpflicht) de manière si stricte que l’enseignement à domicile pour des raisons religieuses, philosophiques ou pédagogiques n’est tout simplement pas autorisé. Les parents peuvent choisir entre les écoles publiques et les établissements privés ou confessionnels agréés, mais l’enseignement doit s’inscrire dans le cadre du système scolaire officiel. Les rares exceptions concernent les cas de nécessité médicale, et même dans ces cas-là, elles impliquent généralement un enseignement à distance agréé par l’État plutôt qu’un enseignement dispensé par les parents[2].

    La Hongrie a emprunté la même voie sous Viktor Orbán. Les parents pouvaient autrefois scolariser leurs enfants en dehors du système scolaire en les inscrivant en tant qu’«élèves privés». Mais un amendement législatif de 2019 a de fait mis fin à cette option, la remplaçant par une procédure d’autorisation ministérielle. Ce qui n’était autrefois qu’une simple déclaration est devenu une dérogation sous forme de «programme d’apprentissage individuel» accordée uniquement en cas de problèmes de santé graves, de besoins particuliers ou d’engagements sportifs ou artistiques de haut niveau[3].

    Le Portugal et l’Autriche montrent qu’un autre équilibre est possible. En vertu du décret-loi n° 70/2021 du Portugal, les parents qualifiés peuvent enseigner à leurs enfants à domicile, sous réserve d’une nouvelle demande chaque année, d’un contrôle par le ministère de l’Éducation et d’examens nationaux à la fin de chaque cycle scolaire[4]. Il s’agit d’un véritable droit, même s’il fait l’objet d’une surveillance étroite.

    L’Autriche est encore plus libérale. Il suffit aux parents d’informer chaque année les autorités que leur enfant suivra un enseignement à domicile. Aucune autorisation préalable n’est requise, et l’enseignement à domicile y est légal depuis des décennies. L’intervention de l’État se limite à vérifier, par le biais d’examens annuels, que l’apprentissage de l’enfant est équivalent à celui de ses camarades scolarisés dans le public. Il ne prescrit pas de programmes scolaires et n’effectue pas d’inspections à domicile[5]. En Autriche, l’État contrôle les résultats, tandis qu’en Allemagne et en Hongrie, il contrôle le processus.

    - ( NdB) En Belgique, les parents ont le droit de scolariser (ou plutôt d’instruire) leurs enfants à la maison.

    C’est même un droit constitutionnel (article 24 de la Constitution belge : liberté d’enseignement). L’obligation qui existe est une obligation d’instruction (de 5 à 18 ans), pas une obligation d’aller à l’école.

    Concrètement :

    • Vous pouvez enseigner vous-même à vos enfants à domicile.
    • Vous pouvez aussi les confier à un précepteur ou les inscrire dans une école privée non reconnue/subventionnée (cela est assimilé à de l’enseignement à domicile).
    • Il suffit de faire une déclaration annuelle auprès de la Communauté compétente (flamande, française ou germanophone) et de respecter les contrôles et examens prévus.

    Il n’y a donc pas besoin d’autorisation préalable stricte : c’est un droit que l’on exerce par déclaration, sous réserve de garantir un niveau d’instruction équivalent. - (fin de la note de belgicatho)

    Le vent tourne

    À l’inverse, d’autres pays ont progressé. Certains sont plus modestes que d’autres, mais chacun mérite d’être souligné. La Lituanie est un bon exemple: après avoir purement et simplement interdit l’enseignement à domicile en 2012, elle a fait marche arrière en 2020, après des années de plaidoyer de la part de l’Association lituanienne pour l’enseignement à domicile, rétablissant ainsi le droit des familles de scolariser leurs enfants à la maison pour tous les niveaux scolaires. Ce droit reste toutefois soumis à des conditions strictes: il est principalement réservé aux enfants qui ne peuvent pas fréquenter l’école pour des raisons médicales, et le programme scolaire national reste applicable[6]. Il s’agit d’un pas en avant, mais limité.

    La Pologne est allée plus loin. L’enseignement à domicile y est désormais pleinement légal et, depuis 2021, nettement plus accessible: les parents n’ont plus besoin de l’autorisation d’une école de leur propre province, mais peuvent s’adresser à n’importe quelle école du pays[7]. Ce qui était autrefois un processus local et discrétionnaire est devenu un véritable droit national. Même la Croatie, qui figurait historiquement parmi les États les plus restrictifs sur cette question, a connu un changement. Depuis 2022, l’«Association croate pour l’enseignement à domicile» milite en faveur d’un projet de loi visant à doter pour la première fois l’enseignement à domicile d’un véritable fondement juridique, inspiré du modèle slovène, dans le cadre duquel les élèves restent officiellement inscrits dans une école locale et passent des examens annuels pour valider leurs progrès, tout en étant scolarisés à domicile[8]. L’issue n’est pas encore certaine, mais le fait même que ce débat ait lieu marque un véritable changement dans un pays où l’enseignement à domicile a longtemps été considéré comme une anomalie plutôt que comme un droit.

    Cet élan n’est cependant pas une garantie et la France prouve que la libéralisation peut connaître un revirement brutal. La loi n° 2021-1109 du 24 août 2021, «Confortant le respect des principes de la République», a remplacé un simple régime déclaratif par un système strictement encadré d’autorisation préalable. Des familles qui exerçaient ce droit depuis des années, sans incident, se sont soudainement retrouvées dans l’obligation d’obtenir l’autorisation de l’État pour continuer.

    Les conséquences ont été immédiates et radicales: au cours de l’année scolaire 2021–2022, 72 400 enfants et adolescents suivaient un enseignement à domicile en France. L’année dernière, en 2025–2026, seuls 28 810 enfants ont été autorisés à suivre un enseignement à domicile[9].

    Telle est la leçon que l’Europe ne peut se permettre d’ignorer. Un droit reconnu en principe, protégé par des instruments internationaux, et même en développement dans un pays, peut néanmoins être rapidement et légalement démantelé, dès lors qu’un gouvernement décide de traiter les droits parents comme un problème plutôt que de les soutenir.

    C’est pourquoi l’ECLJ s’engage à défendre les droits parentaux devant les juridictions nationales et internationales. Nous avons introduit des recours exigeant que les juridictions internationales appliquent les principes mêmes qu’elles sont censées défendre. Vous pouvez vous joindre à nous dès aujourd’hui: soutenez notre action ou contactez-nous si vos droits parentaux ont été bafoués.

    ______________________

    [1] Home School Legal Defense Association, https://hslda.org/

    [2] Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne. https://www.gesetze-im-internet.de/englisch_gg/englisch_gg.html#p0033

    [3] HSLA, Les familles pratiquant l’enseignement à domicile en Hongrie envisagent de créer une organisation nationale, 23 novembre 2021. https://hslda.org/post/homeschoolers-in-hungary-look-to-launch-national-organization#:~:text=fréquentation%20scolaire%20régulière%2C%20y%20compris%20les%20élèves,pour%20des%20activités%20telles%20que%20le%20sport

    [4] Enseignement individuel et enseignement à domicile https://www.dge.mec.pt/ensino-individual-e-ensino-domestico

    [5] Loi sur l'obligation scolaire (Schulpflichtgesetz), paragraphe §11 https://www.homeschoolers.at/gesetzliche-vorgaben/#: ~:text=Die%20allgemeine%20Schulpflicht%20kann%20%E2%80%93,ohne%20%C3%96ffentlichkeitsrecht%20erf%C3%BCllt%20werden%2C

    [6] HSLA, Le gouvernement lituanien met enfin en œuvre l'enseignement à domicile, 13 octobre 2021. https://hslda.org/post/lithuanian-government-finally-implements-home-education

    [7] Loi du 25 février 2021 modifiant la loi sur l'éducation et certaines autres lois https://isap.sejm.gov.pl/isap.nsf/DocDetails.xsp?id=WDU20210000619

    [8] Homeschooling Hrvatska https://homeschooling.hr/zakonski-prijedlog/#

    [9] Question écrite n° 13422 : Régime d'autorisation préalable de l'instruction en famille, https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE13422

  • Garçons en difficulté : l’Europe face à une inversion des inégalités de genre

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    Garçons en difficulté : l’Europe face à une inversion des inégalités de genre

    Pendant des siècles, les sociétés européennes ont privilégié les fils. Aujourd’hui, une tendance inverse se dessine : de plus en plus de parents expriment une préférence pour une fille, tandis que les données montrent que les garçons et les jeunes hommes accumulent des retards dans plusieurs domaines clés. Entre « gender disappointment » et indicateurs scolaires, sanitaires et sociaux alarmants, l’Europe découvre un angle mort de l’égalité.

    Une préférence inversée pour les filles

    Le phénomène du gender disappointment – la déception ressentie lorsque le sexe de l’enfant ne correspond pas aux attentes – a longtemps été associé à la préférence pour les garçons dans les sociétés patriarcales. Dans les pays riches d’Europe et d’Occident, la tendance s’inverse. Des psychologues cliniciens en Australie, au Royaume-Uni, en Allemagne et en France rapportent une hausse des cas de détresse parentale à l’annonce d’un fils. Les raisons avancées vont des stéréotypes (« les garçons sont plus turbulents, moins affectueux ») aux craintes contemporaines d’élever un « masculiniste » ou un jeune influencé par la manosphère.

    Des articles dans Elle, Le Point ou la Süddeutsche Zeitung documentent des témoignages de mères en larmes à l’échographie bleue. Dans les pays où la sélection de sexe était temporairement autorisée ou dans les statistiques d’adoption, la préférence pour les filles s’affirme. Cette évolution culturelle coïncide avec un constat plus large : les garçons peinent davantage dans plusieurs indicateurs de réussite et de bien-être.

    L’école, premier terrain de décrochage

    Les évaluations internationales sont sans ambiguïté. Selon PISA 2022, les filles surpassent les garçons en lecture dans tous les pays participants, avec un écart moyen de 24 points dans l’OCDE. Les garçons conservent un léger avantage en mathématiques dans la plupart des pays, mais cela ne compense pas les écarts globaux. Dans l’Union européenne, les jeunes hommes restent plus nombreux parmi les sortants précoces de l’éducation et de la formation (environ 10,6 % contre 7,5 % pour les jeunes femmes en 2025).

    À l’université, les jeunes femmes sont désormais majoritaires dans la quasi-totalité des pays européens. Des analyses britanniques évoquent des « missing men » : plusieurs centaines de milliers de jeunes hommes en moins dans l’enseignement supérieur sur une décennie. L’UNESCO, dans son rapport mondial de 2022 Leave no child behind, alerte sur le désengagement des garçons de l’éducation dans de nombreux pays, y compris en Europe. Redoublements plus fréquents, moindre motivation scolaire et normes de masculinité qui valorisent peu la réussite académique figurent parmi les facteurs identifiés.

    Santé mentale et solitude

    Les hommes se suicident trois à quatre fois plus que les femmes en Europe (parfois jusqu’à sept fois dans certains pays d’Europe de l’Est). Sur les quelque 47 000 suicides recensés chaque année sur le continent, une large majorité concerne des hommes. Les jeunes hommes sont particulièrement touchés par l’isolement et la solitude, des phénomènes que le Centre commun de recherche de la Commission européenne considère désormais comme un enjeu de santé publique.

    Si les jeunes femmes déclarent davantage d’anxiété et de dépression, les hommes externalisent davantage leur souffrance, avec des conséquences plus souvent mortelles (suicides, overdoses). La pandémie a aggravé ces tendances chez les 15-29 ans.

    Emploi et transition vers l’âge adulte

    Le taux de jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) reste élevé dans plusieurs pays, notamment du Sud de l’Europe. Les jeunes hommes peu qualifiés sont surreprésentés dans les situations de décrochage prolongé. Les secteurs traditionnellement masculins (industrie, construction) ont reculé, tandis que les métiers en croissance (santé, éducation, services) sont plus féminisés. Cette mutation laisse une partie des hommes peu diplômés sans trajectoire claire.

    Dans certains pays comme le Royaume-Uni, les autorités parlent déjà d’une « génération perdue » de jeunes, avec une hausse des problèmes de santé mentale comme frein à l’insertion.

    Un écart politique qui se creuse

    Les données électorales confirment une polarisation de genre chez les jeunes. Lors des élections européennes de 2024, le soutien aux partis de droite radicale était nettement plus élevé chez les jeunes hommes que chez les jeunes femmes, avec un écart parfois deux fois plus important que dans les générations plus âgées. Ce fossé reflète, selon plusieurs analyses, un sentiment de perte de statut et d’avenir économique incertain.

    Ni guerre des sexes, ni fatalité

    Ces tendances ne signifient pas que les filles et les femmes n’ont plus de combats à mener. Les inégalités salariales, les violences sexistes et les obstacles à la carrière persistent. Elles indiquent en revanche que certaines politiques et certains discours, concentrés presque exclusivement sur les filles, ont laissé des angles morts pour les garçons, surtout ceux issus de milieux défavorisés.

    Des experts insistent : soutenir les garçons en difficulté ne se fait pas au détriment des filles. C’est même une condition de la cohésion sociale et de l’égalité réelle. Des pistes existent : adapter davantage l’école aux styles d’apprentissage des garçons, multiplier les modèles masculins positifs, investir dans la santé mentale des hommes et lutter contre les stéréotypes qui découragent les uns comme les autres.

    L’Europe a su corriger des injustices historiques envers les filles. Elle doit maintenant regarder en face celles qui touchent une partie de ses garçons. Ignorer ces données ne les fera pas disparaître.

  • La course effrénée du catholicisme allemand vers le précipice : le cas révélateur du diocèse de Spire

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    De George Weigel sur First Things :

    La descente aux enfers à Spire

    12 août 2026

    Spire est une charmante ville située sur la rive ouest du Rhin. Son splendide centre médiéval est dominé par une magnifique cathédrale du XIe siècle, lieu de repos des empereurs allemands pendant trois cents ans et l’un des plus beaux exemples d’architecture romane en Europe. (Pour les amateurs de la royauté britannique, le futur roi Édouard VII fit la connaissance de sa future épouse, Alexandra, dans la cathédrale de Spire (Dom zu Speyer) en 1861 ; c’est sa sœur, la princesse héritière Victoria de Prusse [« Vicky »], qui joua le rôle d’entremetteuse pour « Bertie ».) Spire fut érigée en diocèse à un moment donné au IVe siècle, un évêque catholique local étant mentionné pour la première fois dans des documents écrits en 346.

    Je vous demande un peu de patience pour quelques instants de statistiques fastidieuses, mais révélatrices.

    Selon la dernière édition de l’annuaire du Vatican, l’Annuario Pontificio, le diocèse de Spire compte 504 210 catholiques, ce qui, je suppose, signifie que 504 210 personnes résidant sur le territoire du diocèse se déclarent catholiques en cochant la case correspondant à la « Kirchensteuer » (impôt ecclésiastique) sur leur déclaration d’impôts allemande. Le diocèse compte 239 prêtres diocésains et vingt-six prêtres appartenant à des ordres religieux résidant sur son territoire ; il abrite également soixante-cinq diacres permanents, 304 membres d’ordres religieux masculins et 312 membres de communautés religieuses féminines. Aucune ordination sacerdotale n’a eu lieu dans le diocèse en 2024, et à cette date, Spire comptait quatre séminaristes. La fréquentation moyenne des messes dominicales représente 5,1 % des catholiques inscrits.

    En juin, le diocèse a annoncé une restructuration majeure, visant à réduire le nombre de ses soixante-dix paroisses de 87 %, pour n’en conserver que neuf. Ces nouvelles « paroisses », qui remplaceront les doyennés diocésains actuels, seront dirigées par un « conseil synodal » et un « comité exécutif à temps plein », les finances paroissiales étant gérées par un « conseil administratif ». Les neuf nouvelles paroisses comprendront des « équipes communautaires » en tant que « lieux de proximité pastorale et de foi vécue ». Tout cela avait été annoncé à l’automne dernier lorsqu’un processus synodal au sein du diocèse avait publié une proposition de réforme structurelle intitulée « Vous serez une bénédiction » — un titre curieux, étant donné que le vicaire général du diocèse avait admis qu’« une grande incertitude et parfois même une certaine résignation étaient palpables » au cours de ce processus consultatif.

    En effet. Mais quelle est la cause de cette incertitude ? Réfléchissons à ceci :
    Peu avant l’annonce de cette transformation radicale — certains diront même de cette déconstruction — d’un diocèse historique fondé un siècle avant le pontificat du pape saint Léon le Grand, Mgr Georg Bätzing, évêque de Limbourg, a soutenu avec détermination la bénédiction des couples de même sexe en tant que couples, déclarant publiquement que cela se ferait « dans un cadre responsable. « Cela sert les fidèles et, à mon sens, ne met pas en danger l’unité de l’Église. » L’ancien président de la Conférence épiscopale allemande a tenu ces propos juste après que le pape Léon, s’exprimant lors de son vol de retour de Guinée équatoriale, eut critiqué de telles pratiques et déclaré que l’Église « n’approuve pas les bénédictions formelles des couples de même sexe ». Parallèlement, la présidente du Comité central des catholiques allemands, Irme Stetter-Karp, a déclaré qu’elle espérait que « les cérémonies de bénédiction continueront d’être utilisées dans le plus grand nombre d’endroits possible pour bénir les couples de même sexe et les couples se trouvant dans des situations dites irrégulières ».

    La course effrénée du catholicisme allemand vers le précipice de l’oubli ecclésiastique comporte de nombreux aspects extrêmement exaspérants ; parmi les plus troublants, en raison de leur malhonnêteté, figure l’affirmation selon laquelle les abus sexuels commis par des membres du clergé obligeraient l’Église à repenser son éthique de l’amour humain et son engagement séculaire en faveur du célibat des prêtres. Il n’existe absolument aucune preuve empirique que les prédateurs sexuels du clergé aient été en quelque sorte transformés en monstres par le sixième commandement et par la conception qu’a l’Église catholique de la manière dont le respect de ce commandement contribue au bonheur et à l’épanouissement de l’être humain. Quant à l’idée selon laquelle le mariage serait une sorte de programme de prévention de la criminalité, de sorte qu’un clergé marié serait moins enclin aux agressions sexuelles, il s’agit à la fois d’une insulte flagrante au sacrement du mariage et d’une affirmation démentie par les graves problèmes d’abus sexuels au sein des confessions chrétiennes où le ministère est exercé par des personnes mariées.

    Comme je l’ai déjà souligné dans ces pages, la crise allemande trouve sa source dans l’apostasie : un rejet sans vergogne de ce que l’Église catholique croit et enseigne comme étant la vérité. Le diocèse de Spire n’est pas en train de mourir pour des « raisons financières et de personnel », contrairement à ce qu’affirment les responsables diocésains. Le catholicisme allemand nage dans l’argent grâce à l’impôt ecclésiastique, et 265 prêtres devraient largement suffire pour desservir soixante-dix paroisses. Ce râle d’agonie est dû à l’incapacité de prêcher, d’enseigner et de vivre, avec joie et compassion, l’Évangile dans son intégralité : « la foi qui a été transmise une fois pour toutes aux saints » (Jude 1, 3).

    C’est ce qui explique le taux de fréquentation de la messe dominicale de 5,1 %. Et c’est ce qui a provoqué la tragédie de la spirale mortelle de Spire.
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    La chronique de George Weigel intitulée « The Catholic Difference » est diffusée par le Denver Catholic, la publication officielle de l’archidiocèse de Denver.

  • La France perdrait un édifice religieux chaque semaine

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    De Corrie Douglas-Young sur le Catholic Herald :

    La guerre contre la France catholique

    L'Église de France souffre de toutes parts. La faible fréquentation entraîne la fermeture d'églises dans tout le pays. Les attaques de plus en plus fréquentes contre ses bâtiments frappent les paroisses qui restent ouvertes. Là où elle connaît une croissance, notamment dans les formes traditionnelles du catholicisme, celle-ci témoigne d'un rejet catégorique de la nouvelle France, où l'Église semble de plus en plus indésirable.

    Ce mois-ci, trois églises ont été vandalisées dans l'archidiocèse de Tours. Ce n'était pas la première fois : en novembre 2024, quatre églises avaient été prises pour cible. La semaine dernière, cependant, la profanation du Saint-Sacrement a suscité une réaction qui a dépassé toute forme de résignation face aux atrocités que subissent régulièrement les églises du pays.

    Les bâtiments ont été pillés, des objets profanés et le tabernacle forcé avant la profanation. L’archidiocèse a déclaré que ces « événements douloureux et choquants » révèlent à quel point la société française est « imprégnée de violences, d’un manque de culture et d’un inquiétant manque de civilité ». Des messes de réparation ont été célébrées en réponse.

    Le maire de Chambray-lès-Tours, Michel Lamy, a déclaré que l'incident avait suscité une « profonde indignation » et l'a qualifié d'attaque contre « notre patrimoine ».

    Le patrimoine catholique de la France est bel et bien menacé. Un rapport publié en mai par le ministère de l'Intérieur français constate une augmentation des actes antichrétiens depuis plus de 15 ans. En 2025, on a dénombré 817 incidents anticatholiques, dont près de 90 % visaient des biens de l'Église.

    Ces attaques véhiculent un message implicite : l'Église est indésirable au sein d'une minorité non négligeable de la société française. Parfois, elles véhiculent également un message explicite. En décembre 2025, l'église Sainte-Marie-Madeleine, dans le diocèse de Marseille, a été vandalisée. On pouvait y lire, à travers un graffiti : « La seule église qui brille est celle qui brûle ».

    Ce même mois, une étude de l'Observatoire du patrimoine religieux a révélé que la France perd un édifice religieux chaque semaine, et que les deux tiers des incendies présentent des signes d'acte criminel.

    L’Observatoire de l’intolérance et de la discrimination envers les chrétiens (OIDAC) a indiqué que le pays continue d’enregistrer le plus grand nombre d’incidents de ce type en Europe. Derrière ces actes de vandalisme se cachent divers motifs, notamment le laïcisme militant et l’islamisme.

    Ce phénomène ne se limite pas à la France. L’OIDAC a relevé, dans son rapport sur les crimes de haine antichrétiens en Europe : « De façon alarmante, 94 incendies criminels ont été recensés, soit près du double du total de l’année précédente. Un tiers de ces actes ont eu lieu en Allemagne, où la Conférence des évêques a récemment averti que “tous les tabous ont été brisés” concernant le vandalisme d’églises. »

    Le texte poursuivait : « Les pays les plus touchés en 2024 étaient la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne. En novembre, un moine de 76 ans a été tué et plusieurs autres blessés lors d’une attaque contre un monastère espagnol. En janvier, un homme a été abattu lors d’une attaque liée à l’État islamique pendant la messe dominicale dans une église catholique d’Istanbul. En septembre, une église historique de Saint-Omer, en France, a été presque entièrement détruite par un incendie criminel. »

    Le rapport conclut à une « sous-déclaration importante » des agressions contre le clergé en Pologne et en Espagne. Près de la moitié des prêtres interrogés en Pologne ont déclaré avoir subi des agressions au cours de l'année écoulée, mais plus de 8 % n'ont pas porté plainte auprès de la police.

    Thibault van den Bossche, du Centre européen pour le droit et la justice, déclarait l'an dernier à Europe1 que les chrétiens « n'osent pas se plaindre. Ne pas porter plainte signifie qu'il n'y a pas de suite, les autorités ne peuvent pas intervenir et, par conséquent, ce phénomène, pourtant bien réel, dangereux et tragique, reste invisible ».

     « La difficulté réside dans le fait que les statistiques policières ne sont pas établies de manière homogène. Par exemple, en Allemagne, seuls les actes à motivation politique sont pris en compte, et non les actes à motivation religieuse. Cela fausse les statistiques produites par l'État », a-t-il déclaré.

    Il a souligné l'importance des attaques physiques islamistes ainsi que la contribution d'un « laïcisme exacerbé » qui vise non seulement la neutralité de l'État en matière de religion, mais aussi en matière d'espace public. Cette position laïque entre en conflit direct avec les racines chrétiennes de la France, un fait que van den Bossche a qualifié d'« indéniable ».

    « La traque des symboles chrétiens dans l’espace public contribue à alimenter le climat anti-chrétien », a-t-il déclaré.

    On a déjà remarqué l'existence de deux Frances. La distinction entre elles – l'ancienne France catholique et la nouvelle France laïque – n'a pas toujours été aussi nette qu'on pourrait le croire, mais elle est profondément ancrée dans la société, l'histoire et la conception même de la France. La laïcité française a été pionnière en la matière et dans sa rigueur. Elle est née du radicalisme de la Révolution française, qui visait à réduire l'influence de l'Église autant que possible. Elle subsiste aujourd'hui sous une forme atténuée et aseptisée.

    Une loi de 2004, présentée par le ministre de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche afin de « réaffirmer le principe de laïcité » dans les écoles publiques, interdisait le « port de signes ou de vêtements permettant aux élèves de manifester ostensiblement une appartenance religieuse ». Elle n'autorisait que la possibilité de signes « discrets » d'appartenance religieuse.

    Le gouvernement français rappelle que si les fonctionnaires sont libres de pratiquer leur religion « à titre privé », ils sont tenus à une obligation de neutralité. Conformément à cette obligation, il leur est interdit d'afficher leurs convictions religieuses.

    Pourtant, l'ardeur avec laquelle la France revendique la laïcité est indissociable, comme le soulignait van den Bossche, de ses profondes racines catholiques. Ce sont ces racines qui engendrent la nécessité d'une neutralité religieuse absolue. Si la France perd tant d'églises, c'est en partie parce qu'elle en possède une telle profusion, un patrimoine architectural fruit de siècles de labeur et de dévotion.

    À mesure que les églises disparaissent, la France montre l'exemple à l'Europe, perdant peu à peu la mémoire culturelle de ce qui la définissait autrefois : la foi catholique. Face à ce processus, l'Église se retrouve dans la situation douloureuse de subir des abus tout en se demandant s'il est possible d'y mettre un terme.