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Europe - Page 2

  • Les «valeurs» de l’Union européenne sont-elles celles du wokisme?

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    De Nicolas Bauer sur le site de l'ECLJ :

    Les «valeurs» de l’Union européenne sont-elles celles du wokisme?

    7 Mai 2026

    La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) a condamné la Hongrie pour non respect des valeurs de l'Union européenne. En cause: la loi protégeant les mineurs contre le wokisme. Par cette décision, la CJUE se pose en juge des lois et identités constitutionnelles nationales à l’aune d’une interprétation très idéologique des valeurs européennes.

    À propos de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne contre la Hongrie : Commission européenne c. Hongrie, aff. C-769/22, 21 avril 2026.

    Les valeurs de l’Union européenne (UE) sont listées à l’article 2 du Traité sur l’Union européenne (traité UE): respect de la dignité humaine, liberté, démocratie, égalité, État de droit, respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités. C’est notamment sur le fondement de cette disposition que la Commission européenne avait attaqué la Hongrie devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), par un recours en manquement introduit le 19 décembre 2022. La Commission européenne a été soutenue dans cette procédure par 16 États membres, dont la France.

    La législation hongroise litigieuse interdit d’exposer les enfants à des contenus qui banalisent certaines pratiques, comme le transgenrisme, le changement de sexe ou l’homosexualité. Ainsi, d’après l’article 6/A de la loi de 2021 sur la protection de l’enfance: «afin de garantir les [...] droits des enfants, il est interdit de mettre à [leur] disposition [...] des contenus pornographiques, ainsi que des contenus qui dépeignent la sexualité pour elle-même, ou qui promeuvent ou représentent la divergence par rapport à l’identité personnelle correspondant au sexe à la naissance, le changement de sexe ou l’homosexualité». D’autres lois hongroises contiennent des dispositions similaires, notamment la loi sur les médias, la loi sur la publicité et la loi sur l’éducation publique.

    Ces dispositions ont été jugées contraires au droit de l’UE par la CJUE, dans l’arrêt rendu le 21 avril 2026 en Assemblée plénière, c’est-à-dire la formation la plus solennelle de la Cour. Cet arrêt a donc une grande portée juridique, y compris pour l’avenir, et soulève au moins deux problèmes majeurs. Le premier relève de la relation entre le droit de l’UE et le droit national, y compris constitutionnel; le second touche à l’interprétation contestable des valeurs de l’UE par les juges. Cette actualité nous donne également un aperçu de la relation entre les institutions de l’UE et le futur gouvernement hongrois, dirigé par Péter Magyar.

    Le mépris de l’identité nationale et constitutionnelle hongroise

    Devant la Cour, la Hongrie avait rappelé que sa législation se fonde sur son identité nationale et constitutionnelle. En effet, l’article XVI § 1 de la Loi fondamentale de la Hongrie «protège le droit des enfants à s’identifier selon le sexe qui est le leur à la naissance, et garantit une éducation reposant sur des valeurs fondées sur l’identité constitutionnelle de notre patrie et sa culture chrétienne». Or, l’article 4§2 du traité UE dispose que «l’Union respecte l’égalité des États membres devant les traités ainsi que leur identité nationale, inhérente à leurs structures fondamentales politiques et constitutionnelles». La CJUE a écarté l’argument du gouvernement hongrois en indiquant que «cet article 4, paragraphe 2, ne protège qu’une conception des identités nationales [...] qui est conforme aux valeurs [de l’UE]» (§562).

    Ces valeurs de l’UE sont générales, voire abstraites, mais la CJUE en tire des conséquences juridiques concrètes. Elle les a même érigées pour la première fois en fondement autonome pour contrôler la compatibilité d’une loi nationale avec le droit de l’UE. Ces seules valeurs peuvent donc conduire les juges européens à déclarer une législation contraire au traité UE.

    Cette orientation de la jurisprudence était loin d’être une évidence. D’une part, d’autres textes européens suffisaient à considérer que la législation hongroise était incompatible avec le droit de l’UE. Il n’était donc pas nécessaire de développer un raisonnement distinct sur les valeurs de l’UE pour condamner la législation hongroise. D’autre part, une «valeur» renvoie habituellement à une source d’inspiration ou un objectif à atteindre. Elle se distingue d’un principe, qui s’impose comme une norme.

    En développant un raisonnement sur le terrain des valeurs de l’UE, les juges européens envoient un message à toute l’Europe. La CJUE s’érige en gardienne de ces valeurs morales, qu’elle interprétera et pourra utiliser pour apprécier les lois nationales et les Constitutions. Elle n’est pas qu’une juridiction, mais exerce une forme de magistère supra-constitutionnel et moral. La Cour s’octroie le pouvoir de juger toute législation reposant sur un choix de valeurs, c’est-à-dire politique.

    Une jurisprudence et un langage fondés sur l’idéologie woke

    D’après l’arrêt Commission européenne c. Hongrie, la législation hongroise «conduit [...] à la stigmatisation et à la marginalisation des personnes non cisgenres ou non hétérosexuelles, pour le seul motif de leur identité sexuelle ou de leur orientation sexuelle», ce qui revient «à établir, maintenir ou renforcer l’«invisibilité» sociale d’une partie des membres de la société» (§§ 554-555). C’est la première fois que la CJUE emploie ainsi le lexique woke, alors qu’il n’a aucun fondement juridique. La majorité, la normalité et la nature deviennent des catégories parmi d’autres, imposant ainsi de fausses équivalences.

    La CJUE oblige ainsi les États à autoriser des contenus banalisant auprès des enfants le transgenrisme, le changement de sexe et l’homosexualité, en se fondant sur les valeurs de l’UE. Un tel arrêt woke, s’il avait été publié avant les élections législatives hongroises, aurait probablement favorisé la campagne électorale de Viktor Orbán. Bien que ce soit les derniers jours de son mandat de Premier ministre, celui-ci a tenu à indiquer que son gouvernement n’exécutera pas cet arrêt de la CJUE.

    Son successeur Péter Magyar, qui sera investi Premier ministre le 9 mai 2026, a au contraire l’intention de s’y soumettre. Il prévoit d’abroger la législation litigieuse et de construire un pays où «personne n’est stigmatisé pour aimer autrement ou d’une manière différente de la majorité». Les enfants hongrois ne bénéficieront plus d’une protection légale contre la propagande woke et pourraient subir les mêmes lectures et spectacles que dans certaines écoles et médiathèques publiques européennes.

    Sur ce sujet, voir la dernière chronique de Nicolas Bauer dans la matinale de Frontières :

  • Non, l’Occident n’a pas emprunté à l’islam l’art de bâtir les cathédrales gothiques

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    Non, l’Occident n’a pas emprunté à l’islam l’art de bâtir les cathédrales gothiques. Cette idée, relayée par Jean-Luc Mélenchon (notamment en 2011, puis en juin 2025 et mars 2026), relève d’une simplification militante et historique inexacte, comme l’explique l’historien médiéviste Sylvain Gouguenheim dans un entretien au Figaro Histoire (avril 2026).

    Les affirmations de Mélenchon

    Mélenchon a déclaré, entre autres : « S’il n’y avait pas eu Saladin, vous ne sauriez pas bâtir des cathédrales, parce que c’est lui qui vous a appris comment on faisait. C’est lui qui vous a appris comment on faisait les vitraux et qui vous a appris les maths. » Ou encore, à Bondy en mars 2026 : les bâtisseurs ont « profité du savoir qu’ils avaient rapporté des musulmans et des croisades pour faire de la physique et des mathématiques, et faire de la chimie pour faire des vitraux, parce qu’ils n’étaient pas au courant, ils n’y connaissaient rien ». Il moque aussi l’idée que « les Goths » auraient inventé les arcs brisés.

    Ces propos visent à souligner une dette supposée majeure de l’Europe chrétienne envers le monde islamique médiéval, dans un contexte politique où l’on insiste sur les « apports » de l’islam à la civilisation occidentale.

    La réponse de Gouguenheim

    Sylvain Gouguenheim, professeur émérite d’histoire médiévale à l’ENS de Lyon et auteur notamment d’Aristote au Mont Saint-Michel (2008, sur les racines grecques directes de l’Europe chrétienne), qualifie ces affirmations d’« erronées ou très approximatives » :

    • Chronologie : L’architecture gothique naît en Île-de-France dans les années 1130-1140 (basilique de Saint-Denis sous Suger, puis cathédrales de Sens, Noyon, Laon, etc.). Saladin ne prend le pouvoir qu’en 1174 et son règne (1174-1193) est postérieur aux premiers chefs-d’œuvre gothiques. Le lien direct avec lui est anachronique.
    • Mathématiques : La construction des cathédrales reposait sur une géométrie appliquée pratique, héritée de l’époque romane (règles de proportion, équerre, compas, savoir-faire empirique des maîtres maçons transmis sur les chantiers). Elle n’exigeait ni la géométrie grecque théorique avancée ni les développements algébriques arabo-persans. Les bâtisseurs médiévaux occidentaux maîtrisaient déjà les outils nécessaires.
    • Techniques spécifiques (vitraux, arcs, voûtes) : Les vitraux colorés relèvent d’un savoir-faire occidental ancien (verrerie romaine et carolingienne), perfectionné au XIIe siècle sans recours à une « chimie » importée des croisades. L’arc brisé (ou ogival) existait dans l’Antiquité tardive et l’architecture romane ; il n’est pas une invention islamique transmise miraculeusement.

    Gouguenheim insiste : ces thèses relèvent d’un « contexte militant » et d’un raccourci rhétorique, pas d’une analyse historique rigoureuse.

    Contexte historique plus large

    • Origines du gothique : Le style gothique (voûtes sur croisée d’ogives, arcs-boutants, élévation verticale, grandes baies) est une innovation franco-picarde du XIIe siècle. Il synthétise des éléments antérieurs : voûtes d’ogives anglo-normandes (Durham, Lessay), arcs-boutants bourguignons (Cluny), murs fins des basiliques paléochrétiennes d’Île-de-France. C’est un laboratoire technique occidental, porté par la vitalité économique, démographique et spirituelle de l’Europe capétienne (foi chrétienne, concurrence entre évêques et abbés, essor urbain).
    • Influences et échanges : Il existait des contacts (commerce, croisades, Sicile, Espagne de la Reconquista). Certains motifs décoratifs (arabesques, polylobés) ou techniques mineures ont pu circuler, comme dans l’art roman (ex. : certaines églises du sud). Mais l’architecture gothique n’est pas une copie ou un emprunt structurel à l’architecture islamique (mosquées à arcs brisés, coupoles, iwans). Le gothique exprime une théologie chrétienne de la lumière (Dieu comme Lux) et une aspiration verticale vers le ciel, très différente de l’esthétique islamique.
    • Transmission des savoirs : Gouguenheim a montré dans ses travaux que l’héritage grec (Aristote notamment) est parvenu en Occident via des voies directes (Byzance, traductions latines dès le XIe-XIIe siècle à Mont-Saint-Michel ou ailleurs) autant que via le monde arabo-musulman (Tolède, etc.). Ce dernier a préservé et commenté des textes, mais n’a pas été l’unique ni le principal vecteur. L’idée d’un Occident « ignorant » sauvé par l’islam est une caricature orientaliste inversée.

    Des auteurs comme Diana Darke (Stealing from the Saracens) ou Christopher Wren (XVIIe siècle, qui parlait de « style sarrasin » pour le gothique) défendent une influence plus forte, souvent en insistant sur des similarités formelles ou des transferts via les croisés. Ces thèses sont contestées par de nombreux historiens de l’art médiéval, qui y voient une surinterprétation (confusion entre motifs décoratifs et structure porteuse, ignorance des évolutions internes à l’Occident). Des critiques universitaires (Byng, Kinsella) relativisent fortement ces claims.

    Pourquoi cette polémique ?

    Elle s’inscrit dans un débat plus vaste sur les « racines » de l’Europe et la place de l’islam dans son histoire. Minimiser le génie propre de la chrétienté médiévale occidentale (son dynamisme technique, théologique et social) au profit d’un narratif de dette exclusive sert parfois un agenda politique contemporain. L’histoire réelle est plus nuancée : l’Europe médiévale a assimilé, transformé et innové à partir de multiples héritages (gréco-romain, chrétien, germanique, byzantin), sans être une tabula rasa sauvée par Bagdad ou Cordoue.

    Les cathédrales de Chartres, Reims, Amiens ou Notre-Dame de Paris restent avant tout le fruit du savoir-faire, de la foi et de l’organisation des sociétés chrétiennes occidentales du XIIe-XIIIe siècle. Elles témoignent d’un élan créateur autonome, pas d’un simple transfert technologique depuis le monde islamique. Gouguenheim a raison de le rappeler face aux approximations militantes.

    Synthèse obtenue avec l'IA

  • Sainte Catherine de Sienne, co-patronne de l'Europe (29 avril) (catéchèse de Benoît XVI)

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    Sainte-Catherine-de-Sienne_theme_image.jpgLors de l'audience générale du 24 novembre 2010, le pape Benoît XVI a consacré sa catéchèse à sainte Catherine de Sienne que l'on fête aujourd'hui :

    Chers frères et sœurs,

    Je voudrais aujourd’hui vous parler d’une femme qui a eu un rôle éminent dans l’histoire de l’Eglise. Il s’agit de sainte Catherine de Sienne. Le siècle auquel elle vécut — le XIVe — fut une époque tourmentée pour la vie de l’Eglise et de tout le tissu social en Italie et en Europe. Toutefois, même dans les moments de grandes difficultés, le Seigneur ne cesse de bénir son peuple, suscitant des saints et des saintes qui secouent les esprits et les cœurs provoquant la conversion et le renouveau. Catherine est l’une de celles-ci et, aujourd’hui encore, elle nous parle et nous incite à marcher avec courage vers la sainteté pour être toujours plus pleinement disciples du Seigneur.

    Née à Sienne, en 1347, au sein d’une famille très nombreuse, elle mourut dans sa ville natale en 1380. A l’âge de 16 ans, poussée par une vision de saint Dominique, elle entra dans le Tiers Ordre dominicain, dans la branche féminine dite des Mantellate. En demeurant dans sa famille, elle confirma le vœu de virginité qu’elle avait fait en privé alors qu’elle était encore adolescente, et se consacra à la prière, à la pénitence et aux œuvres de charité, surtout au bénéfice des malades.

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  • Le discours du pape aux membres du Parti Populaire Européen au Parlement Européen

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    DISCOURS DU PAPE LÉON XIV 
    AUX MEMBRES DU PARTI POPULAIRE EUROPÉEN AU PARLEMENT EUROPÉEN

    Salle Clémentine
    Samedi 25 avril 2026

    Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit

    La paix soit avec vous

    Illustres parlementaires,
    Mesdames et Messieurs,

    Je souhaite chaleureusement à tous la bienvenue à cette rencontre, en saluant tout particulier votre Chairman M. Manfred Weber et Mme Mairead McGuinness, envoyée spéciale de l’Union européenne responsable de la promotion de la liberté de religion ou de conviction en dehors de l’Union européenne

    Notre rencontre se place dans la continuité de celles qui ont eu lieu avec mes prédécesseurs saint Jean-Paul II et le Pape Benoît XVI et du message que le Pape François vous a adressé en juin 2023 parce qu’il ne pouvait vous recevoir personnellement en raison d’une hospitalisation. Je suis donc heureux de reprendre ce dialogue avec le Parti populaire Européen, qui tire son inspiration de personnalités comme Adenauer, De Gasperi et Schuman, unanimement reconnus comme les Pères fondateurs de l’Europe contemporaine.

    Comme  Benoît XVI il y a vingt ans, moi aussi «j’apprécie la reconnaissance accordée par votre groupe à l’héritage chrétien de l’Europe, qui offre de précieuses orientations éthiques dans la recherche d’un modèle social» [1]. Le projet européen, issu des cendres de la Seconde Guerre mondiale, naît certainement d’une nécessité pratique — éviter qu’un tel conflit ne se reproduise —, mais il est également empreint d’une perspective idéale, celle de la volonté de donner vie à une collaboration qui mette fin à des siècles de divisions et qui permette aux peuples du continent de redécouvrir le patrimoine humain, culturel et religieux qui les rassemble. Les Pères fondateurs étaient animés par leur foi personnelle et ils considéraient les principes chrétiens comme un facteur commun et unificateur, qui pouvait contribuer à mettre fin à l’esprit revanchard et conflictuel qui avait conduit à la Seconde Guerre mondiale.

    Le  Pape François a inventé une belle et simple expression qui résume cette idée: «l’unité est supérieure au conflit» [2], parce que la recherche de l’unité donne le courage d’aller au-delà de la surface conflictuelle et d’apprécier les autres dans leur dignité la plus profonde [3], ce qui permet de créer quelque chose de nouveau et de constructif, alors que le conflit accentue les divergences, la recherche et l’affirmation du pouvoir, et conduit à la destruction.

    Le principal devoir de toute action politique est d’offrir une perspective idéale, parce que la politique suppose que l’on ait une vaste vision de l’avenir sans craindre, quand c’est nécessaire pour le bien commun, de faire des choix difficiles et même impopulaires. En ce sens elle est la «forme la plus haute de la charité» [4], parce qu’elle peut être entièrement consacrée à la construction du bien commun.

    Toutefois, poursuivre un idéal ne signifie pas glorifier une idéologie. Celle-ci, en effet, est toujours le fruit d’un détournement de la réalité et d’une violence faite à celle-ci. Toute idéologie déforme les idées et soumet l’homme à son projet, humiliant ses véritables aspirations, sa quête de la liberté, du bonheur et du bien-être personnel et social. L’Europe contemporaine naît vraiment de la constatation de l’échec des projets idéologiques qui l’ont détruite et divisée.

    Poursuivre un idéal signifie, pour citer De Gasperi, placer la personne humaine au centre «avec son ferment de fraternité évangélique, avec son culte du droit hérité de l’Antiquité, avec son culte de la beauté qui s’est affiné au cours des siècles, avec sa volonté de vérité et de justice aiguisée par une expérience millénaire» [5].

    Voilà la perspective dans laquelle on peut faire de la politique aujourd’hui et à laquelle on doit ramener l’activité politique. Vous vous appelez Parti Populaire Européen (European People’s Party). Le peuple est le centre de votre engagement et vous ne pouvez pas en faire abstraction. Le peuple n’est pas un sujet passif, destinataire des propositions et des décisions politiques. Il est avant tout appelé à être un sujet actif, co-participant à toute action politique. La présence au milieu des gens et son implication dans le processus politique est le meilleur antidote contre les populismes qui ne recherchent qu’un consensus facile et contre les élitismes qui tendent à agir sans consensus: deux tendances répandues dans le paysage politique actuel. Une politique « populaire » demande du temps, des projets partagés et l’amour de la vérité. 

    L’un des problèmes de la politique dans les années récentes est l’amoindrissement constant de l’harmonie, de la collaboration et de l’implication réciproque entre le peuple et ses représentants. Il faut recréer un tissu de « peuple », un contact personnel entre le citoyen et le député, pour pouvoir répondre efficacement, à la lumière de la perspective idéale, aux problèmes concrets des gens. Pour utiliser une métaphore, on pourrait dire qu’à l’ère du « triomphe digital », l’action politique authentiquement orientée vers le bien commun demande un retour à « l’analogique ».

    C’est peut-être là le vrai antidote à une politique souvent hurlée, faite seulement de slogans, incapable de répondre aux vrais besoins des gens. Pour vaincre une certaine désaffection envers la politique, il faut reconquérir les gens en allant les rencontrer personnellement et en reconstruisant un réseau de rapports sur le territoire, pour que tous puissent sentir intégrés dans une communauté et participer à son destin.

    Quel sens concret cela a-t-il pour ceux qui se rattachent, dans leur action, aux valeurs de la démocratie chrétienne? D’abord redécouvrir et s’approprier l’héritage chrétien dont vous provenez, mais sans oublier «la ligne de démarcation entre le témoignage religieux de nature prophétique — réservé à la communauté ecclésiale — et le témoignage chrétien qui agit au plan des choix politiques concrets» [6]. Être chrétien, en politique, ne signifie pas être confessionnel, mais laisser l’Évangile éclairer les décisions qui devront être prises, même celles qui ne semblent pas susciter un consensus facile. Cela signifie travailler pour que ne disparaisse pas le lien entre loi naturelle et loi positive, entre racines chrétiennes et action politique.

    Être chrétien engagé en politique exige d’avoir une vision réaliste, qui parte des problèmes concrets des personnes, qui se soucie avant tout de favoriser des conditions de travail dignes, propices à l’ingéniosité et à la créativité des individus face à un marché de plus en plus souvent déshumanisant et peu gratifiant; qui permette de vaincre la peur, apparemment très européenne, de fonder une famille et d’avoir des enfants, d’aborder les causes profondes de la migration, en prenant soin de ceux qui souffrent, mais aussi en tenant compte des possibilités réelles d’accueil et d’intégration des migrants dans la société. De même, cela exige d’aborder de manière non idéologique les autres grands défis qui se posent à notre époque, tels que la sauvegarde de la création et l’intelligence artificielle. Cette dernière offre de grandes opportunités mais est en même temps semée d’embûches.

    Être chrétien engagé en politique, c’est miser sur la liberté, non pas une liberté banalisée et réduite à un simple plaisir, mais une liberté ancrée dans la vérité, qui protège la liberté religieuse, de pensée et de conscience en tout lieu et dans toutes les conditions humaines, en évitant alimenter «un “court-circuit” des droits de l’homme» [7], qui finit par laisser place à la force et à l'oppression.

    Je vous laisse ces quelques réflexions, dans l’espoir qu’elles puissent servir de base de réflexion pour votre engagement et, tout en vous adressant mes meilleurs vœux pour votre service au service des peuples européens, je vous accorde volontiers la Bénédiction Apostolique. Merci!

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    [1] Benoît XVI, Discours aux participants au congrès organisé par le Parti Populaire Européen (30 mars 2006) : AAS 98 (2006), 344.

    [2] François, Exhort. ap.  Evangelii gaudium, 228 : AAS 105 (2013), 1113.

    [3] Cf. ibid.

    [4] Pie XI,  Audience aux dirigeants de la Fédération Universitaire Catholique (18 décembre 1927).

    [5] A. De Gasperi,  Notre patrie, l’Europe.  Discours à la Conférence parlementaire européenne, 21 avril 1954, dans :  Alcide De Gasperi et la politique internationale, Rome 1990, vol. III, 437-440.

    [6] Cf. Marialuisa L. Sergio dans : Alcide De Gasperi,  Journal 1930-1943, Bologne 2018, 24.

    [7]  Discours au Corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège (9 janvier 2026).

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    L'Osservatore Romano

  • La réunion du pape Léon XIV en octobre prochain sur le mariage et la famille revêt une importance accrue face à la baisse du taux de natalité en Occident

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    De sur OSV News :

    La réunion du pape Léon XIV en octobre sur le mariage et la famille revêt une importance accrue face à la baisse du taux de natalité en Occident.

    (OSV News) — Alors que la baisse des taux de natalité remodèle l'Occident, une conversation mondiale sur le mariage et la famille devient urgente à l'approche d'une réunion en octobre à Rome convoquée par le pape Léon XIV.

    De nouvelles données mettent en évidence cette tendance : les naissances aux États-Unis ont diminué de 1 % en 2025 pour atteindre environ 3,6 millions, tandis que les taux de fécondité en Europe restent bien en deçà des niveaux de remplacement.

    Le pape Léon XIV a convoqué les présidents des conférences épiscopales du monde entier à Rome pour renouveler et approfondir le débat de l'Église sur le mariage et la famille à la lumière d'« Amoris Laetitia », alors même que dans une grande partie du monde occidental, de moins en moins de gens se marient et ont des enfants – les experts catholiques soulignant qu'il s'agit d'une question urgente à traiter, l'Église, et en particulier les paroisses, ayant un rôle à jouer.

    Les taux de natalité chutent de façon spectaculaire

    Selon le rapport d'avril du Centre national des statistiques de santé, publié dans le cadre des estimations provisoires trimestrielles à publication rapide du Système national des statistiques de l'état civil, le nombre de naissances aux États-Unis en 2025 était d'environ 3,61 millions, soit une baisse de 1 % par rapport à 2024.

    Le taux général de fécondité était de 53,1 naissances pour 1 000 femmes âgées de 15 à 44 ans, ce qui représente également une baisse de 1 % par rapport à 2024.

    Dans l'Union européenne, le nombre de naissances en 2024 a presque doublé par rapport à il y a soixante ans, avec 3,55 millions d'enfants nés dans l'UE en 2024. Le taux brut de natalité, ou le nombre de naissances vivantes pour 1 000 habitants, était de 7,9 en 2024, contre 10,5 en 2000, 12,8 en 1985 et 16,4 en 1970.

    Aux États-Unis, le taux de fécondité total se maintient autour de 1,6 enfant par femme, tandis que dans une grande partie de l'Europe, il est plus proche de 1,3. Les démographes notent qu'outre la diminution de la taille des familles, une part croissante d'adultes n'a aucun enfant.

    Baisse de la fertilité sans explications financières

    Catherine Pakaluk, économiste et professeure à l'Université catholique d'Amérique et directrice générale de l'Institut James Cardinal Gibbons pour l'écologie humaine, a déclaré à OSV News que la compréhension du déclin actuel de la fécondité exige d'aller au-delà des explications financières.

    « Le changement le plus important est peut-être structurel : nous avons discrètement démantelé les contextes dans lesquels ces raisons s’épanouissaient autrefois naturellement », a-t-elle déclaré. « Pendant la majeure partie de l’histoire humaine, les enfants arrivaient au sein d’un réseau communautaire, familial et d’attentes partagées », a-t-elle ajouté. « Le désir d’enfant n’avait pas besoin d’être justifié individuellement ; il était intrinsèquement lié à la manière dont on vivait. »

    Elle a expliqué que les changements technologiques et culturels avaient modifié ce cadre de référence. « Lorsque la contraception a rompu le lien naturel entre l’union sexuelle et les enfants, elle n’a pas simplement élargi le choix individuel ; elle a révélé une logique utilitariste qui était restée latente jusque-là », a-t-elle déclaré. « Dès lors que les couples doivent planifier l’avenir de leurs enfants plutôt que de s’organiser en fonction d’eux, un système opaque de calcul des coûts s’immisce dans la décision la plus intime qu’une famille puisse avoir à prendre. »

    Dans ce contexte, a-t-elle ajouté, « les enfants peinent à être pris en compte, car leur valeur est future et largement invisible ». Pakaluk a indiqué que l'hésitation face à la parentalité est répandue et ne doit pas être négligée. « Je prends cette hésitation au sérieux ; il ne s'agit pas simplement d'égoïsme ou de confusion », a-t-elle déclaré. « Nombreux sont ceux qui désirent sincèrement des enfants et se trouvent dans l'impossibilité d'y parvenir. »

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  • Quand enseigner la foi devient un crime en Islande

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    De Jennifer Roback Morse et Maura Eckels Scherber sur le NCR :

    Quand enseigner la foi devient un crime en Islande

    COMMENTAIRE : Un prêtre fait l'objet d'une enquête après avoir expliqué que les personnes en état de péché grave ne devraient pas recevoir la sainte communion.

    En mars, le père Jakob Rolland, prêtre catholique islandais, a fait l'objet d'une enquête après avoir déclaré lors d'une interview radio un enseignement de l'Église catholique concernant l'Eucharistie — plus précisément, que ceux qui ont conscience de péchés graves non confessés, y compris des actes homosexuels, ne devraient pas recevoir la sainte communion.

    Cela l'exposait à des poursuites pénales pour violation potentielle de l'interdiction des « thérapies de conversion » en Islande. Or, le père Rolland n'a en réalité rien fait de ce qui lui était reproché. Alors, quel est le véritable enjeu en Islande : un prêtre proposant des « thérapies de conversion » ou un gouvernement s'attaquant à une croyance qu'il juge intolérable ?

    Quelle est la loi ?

    La loi islandaise interdit les « thérapies de conversion ». L'interdiction des thérapies de conversion en Islande « interdit à quiconque d'obliger une personne, par la contrainte, la tromperie ou les menaces, à subir un traitement non éprouvé dans le but de supprimer ou de modifier son orientation sexuelle, son identité de genre ou son expression de genre, et expose les contrevenants à des amendes ou à des peines d'emprisonnement ».

    Rien de ce qu'a fait le père Rolland ne correspond à cette description.

    Ses propos n'avaient rien d'une thérapie. Ils n'ont exercé aucune pression, contrainte, menace ou pression sur quiconque pour l'obliger à suivre une « thérapie de conversion ». Il n'a pas non plus tenté de « convertir » l'orientation sexuelle de qui que ce soit.

    Il a simplement énoncé un enseignement moral de son Église : recevoir l’Eucharistie requiert un état de grâce. Ce principe s’applique universellement – ​​et non sélectivement – ​​à toute personne consciente d’un péché grave, qu’il soit lié à la sexualité, à la malhonnêteté, à la cupidité ou à toute autre chose.

    Assimiler la communication d'un enseignement religieux à une « thérapie de conversion » est non seulement manifestement inexact, mais aussi très suspect.

    Les mots ont une signification

    Le père Rolland n'empêchait personne de recevoir l'Eucharistie. Dire à quelqu'un qu'il ne devrait pas la recevoir n'équivaut pas à l'en empêcher . Le père Rolland n'a physiquement bloqué personne. Il n'a pas imposé le respect du droit canonique. En Islande, chacun restait pleinement libre d'agir comme il l'entendait.

    Le contexte général est le suivant : l’Islande est un pays traditionnellement luthérien qui s’est considérablement sécularisé ces dernières années. Le père Rolland est un prêtre missionnaire français installé en Islande depuis plusieurs années. L’immigration récente en provenance de pays traditionnellement catholiques comme la Pologne a contribué à porter le pourcentage de catholiques à 4 % de la population. On peut aussi interpréter la situation de manière plus bienveillante comme une occasion pour le père Rolland d’expliquer un point fondamental de l’enseignement catholique sur le péché grave à un public plus large qui, probablement, n’en avait jamais entendu parler auparavant.

    Si une personne choisit de recevoir l'Eucharistie en sachant qu'elle est en état de péché mortel non confessé, elle commet un autre péché grave : le sacrilège. Cet enseignement ne se limite pas à l'homosexualité, mais s'applique à tout péché grave. Chaque individu porte la responsabilité morale de sa décision. Le rôle d'un prêtre catholique est de former les consciences. Un prêtre ne prétend avoir aucune autorité pour contraindre qui que ce soit.

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  • Une dirigeante catholique prend la tête du Forum des droits des femmes de Strasbourg

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    De Tobias Teuscher sur The European Conservative :

    Une dirigeante catholique prend la tête du Forum des droits des femmes de Strasbourg

    Teresa Gerns, directrice du plaidoyer du Conseil de l'Europe pour la Fédération des associations familiales catholiques en Europe, dirigera un comité chargé d'examiner les obstacles rencontrés par les femmes lorsqu'elles tentent de concilier travail rémunéré et maternité.
    Teresa Gerns. Photo courtoisie de FAFCE

    Dans le bâtiment de l'Agora à Strasbourg, où le Conseil de l'Europe réunit les voix qui ne siègent ni au Parlement ni au Conseil des ministres, mais représentent la société civile organisée des organisations non gouvernementales internationales, Teresa Gerns a été élue le 16 avril coprésidente du comité « Défenseurs de l'égalité des genres et des droits des femmes » de la Conférence des organisations non gouvernementales internationales (CINGO). Un titre en apparence modeste, mais d'une grande importance : pour le mandat à venir, une fédération d'inspiration catholique occupera l'une des deux présidences d'un comité qui contribue à définir l'orientation de la participation de la société civile à l'élaboration des politiques relatives aux droits des femmes dans 46 États européens. Teresa Gerns est directrice des affaires publiques auprès du Conseil de l'Europe pour la Fédération des associations familiales catholiques en Europe (FAFCE).

    Le Conseil de l'Europe, fondé en 1949 et basé à Strasbourg, rassemble aujourd'hui 46 États membres représentant quelque 700 millions de personnes. Outre ses trois piliers les plus connus (le Comité des Ministres, où s'expriment les gouvernements ; l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE), où se réunissent les parlementaires nationaux élus ; et le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux), l'organisation a officiellement intégré, depuis 2005, un quatrième pilier consacré à la société civile : la Conférence des ONG internationales (CINGO). Son champ d'action couvre l'ensemble du continent, du Royaume-Uni au Caucase du Sud, bien au-delà des 27 États membres de l'Union européenne. Plus de trois cents ONG internationales bénéficient de ce statut. Elles se réunissent en sessions plénières à Strasbourg, généralement deux fois par an lors des sessions de l'APCE, et leurs travaux se concentrent sur des thèmes prioritaires, parmi lesquels le Comité sur l'égalité des genres et les droits des femmes, coprésidé par Teresa Gerns.

    La FAFCE est une organisation faîtière fondée en 1997 et enregistrée à Strasbourg. Ses origines remontent à une charte commune signée en 1991 par des associations familiales catholiques autrichiennes, italiennes, françaises et allemandes après la chute du mur de Berlin. Elle regroupe aujourd'hui 33 associations membres réparties dans 20 pays européens et son secrétariat général est basé à Bruxelles depuis 2009. Son action s'appuie sur la doctrine sociale de l'Église catholique et ses priorités stratégiques actuelles incluent la famille comme investissement, les enjeux démographiques, l'équilibre entre vie familiale et vie professionnelle, la protection des enfants en ligne, la dignité de la vie humaine et l'écologie intégrale.

    La Fédération bénéficie d'une solide assise institutionnelle. Le Conseil de l'Europe lui a accordé le statut de participant en 2001 et, un an plus tard, l'a autorisée à déposer des plaintes collectives au titre de la Charte sociale européenne. Au niveau de l'Union européenne, la FAFCE assure depuis de nombreuses années le secrétariat de l'intergroupe Famille du Parlement européen. Aux Nations Unies, elle est candidate au statut consultatif auprès du Conseil économique et social (ECOSOC). 

    Le concept au cœur des travaux de la sous-commission n'est pas improvisé. Il s'appuie sur un livre blanc de 2021, « Protéger les femmes du harcèlement maternel », publié par New Women for Europe en collaboration avec FAFCE et Femina Europa, qui demeure à ce jour la tentative la plus systématique de définir précisément ce phénomène.

    S’inspirant du psychologue du travail suédois Heinz Leymann, qui, dans les années 1980, décrivait le « harcèlement moral » comme un comportement hostile et persistant au travail, préjudiciable à la santé, cet article applique ce terme spécifiquement à la maternité. Le harcèlement maternel cible trois groupes qui se recoupent : les femmes qui souhaitent avoir des enfants, les femmes enceintes et les femmes ayant récemment accouché. Il prend des formes reconnaissables : réticence à recruter des candidates soupçonnées de devenir mères ; mesures dissuasives à la maternité, telles que la congélation d’ovocytes financée par l’employeur ; rétrogradation informelle au retour de congé maternité ; surcharge de travail ou harcèlement dès l’annonce d’une grossesse ; et non-renouvellement des contrats à durée déterminée.

    Ces chiffres sont alarmants. Dans l'Union européenne, près d'une femme sur trois n'a pas droit au congé parental ; seuls quatre États membres garantissent un accès universel. Au Royaume-Uni, six mères sur dix se sentent marginalisées dès qu'elles annoncent leur grossesse.  

    Le mandat triennal de la sous-commission, qui court jusqu'en 2027, vise à documenter systématiquement ces pratiques et à identifier les recours juridiques et institutionnels en collaboration avec les organes du Conseil de l'Europe. Parmi ceux-ci figure le Comité gouvernemental de la Charte sociale européenne, auprès duquel des plaintes collectives peuvent être déposées. Une conclusion motivée établissant que le harcèlement moral des mères constitue une violation des obligations de la Charte en matière de travail, de vie familiale et de non-discrimination serait une première en Europe.

    Le contexte politique confère à ce mandat toute sa force. Le taux de fécondité en Europe s'est stabilisé bien en dessous du seuil de renouvellement des générations depuis une génération, et le Conseil de l'Europe lui-même a commencé à considérer la résilience démographique comme une question de droits humains. Un comité axé sur les droits des femmes, qui prend au sérieux les obstacles rencontrés par celles qui souhaitent concilier travail rémunéré et maternité en raison de la discrimination liée à la maternité, s'inscrit naturellement dans ce débat émergent.

    Elle s'inscrit également dans un contexte pluraliste, parfois conflictuel. Une fédération d'inspiration catholique, coprésidente du comité des droits des femmes de la plateforme de la société civile du Conseil de l'Europe, devra œuvrer en coalition, instaurer la confiance par-delà les clivages idéologiques et démontrer qu'une conception des droits des femmes centrée sur la famille peut être substantielle, fondée sur des données probantes et attentive au vécu des mères actives. C'est là à la fois l'opportunité et le défi.

    Tobias Teuscher est un rédacteur pour  europeanconservative.com et possède une vaste expérience professionnelle au Parlement européen.
  • Le silence de l’APCE face aux attaques et discriminations visant les chrétiens en Europe

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    De Thibault van den Bossche sur le site de l'ECLJ :

    L’APCE silencieuse face aux attaques et discriminations visant les chrétiens en Europe

    23 Avril 2026
    La résolution intitulée «Lutter contre la discrimination fondée sur la religion et protéger la liberté de religion ou de conviction en Europe» adoptée par l’APCE le 21 avril 2026 maintient un déséquilibre manifeste dans le traitement des différentes religions. Elle n’intègre pas pleinement la réalité des attaques et discriminations visant les chrétiens, pourtant largement documentées par l’ECLJ.

    Lors de sa session d’avril 2026, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté une résolution intitulée «Lutter contre la discrimination fondée sur la religion et protéger la liberté de religion ou de conviction en Europe». Ce texte réaffirme des principes essentiels, mais maintient un déséquilibre dans la manière dont les institutions européennes traitent les atteintes visant les chrétiens. Ce déséquilibre n’est pas seulement rhétorique: il reflète une hiérarchisation implicite des formes d’intolérance religieuse et traduit une difficulté persistante à reconnaître pleinement les atteintes antichrétiennes.

    La résolution mentionne une «recrudescence significative de l’antisémitisme» et «une augmentation des incidents antisémites» replacées dans le contexte de «l’attentat terroriste du 7 octobre 2023 et du conflit à Gaza», ainsi qu’«une augmentation des incidents islamophobes» (§4). Elle renvoie également à deux résolutions spécifiques de 2022 sur la lutte contre l’antisémitisme et contre « l’islamophobie, ou racisme antimusulman » (§3), illustrant une nouvelle fois l’attention quasi exclusive des institutions européennes à ces phénomènes.

    Il faut remonter à 2015 pour que les chrétiens soient mentionnés, et encore de manière marginale, dans la résolution «Combattre l’intolérance et la discrimination en Europe, notamment lorsqu’elles visent des chrétiens». Cette absence de reconnaissance explicite s’inscrit dans la continuité du mandat actuel de la «Représentante spéciale […] sur l’antisémitisme, la haine antimusulmane et toutes les formes d’intolérance religieuse», qui ne cite pas les chrétiens. Sa titulaire a d’ailleurs pris part au Forum diplomatique d’Antalya, en Turquie, du 17 au 19 avril, pour y dénoncer la haine antimusulmane en ligne.

    Pourtant, les 2.211 actes antichrétiens recensés en Europe en 2024, selon l’Observatoire de l’Intolérance et de la Discrimination contre les Chrétiens en Europe (OIDAC), appellent une reconnaissance tout aussi explicite. L’ECLJ a d’ailleurs largement documenté ces attaques et discriminations dans son rapport 2025 sur La christianophobie et la haine antichrétienne en Europe. Un tel déséquilibre affaiblit la cohérence d’ensemble de la résolution et interroge sur l’égalité de traitement entre les différents groupes religieux.

    Une reconnaissance importante mais encore limitée des discriminations contre les chrétiens

    De manière bienvenue cependant, l’Assemblée reconnaît que «l’intolérance et la discrimination fondées sur la religion ou la conviction touchent tant les groupes religieux majoritaires que minoritaires en Europe» et que «l’expression de la foi est parfois limitée de manière injustifiée par la législation et les politiques nationales» (§10).

    Cette formulation mérite d’être soulignée. Elle introduit une reconnaissance implicite, mais réelle, des atteintes subies par les chrétiens, y compris dans des sociétés où ils restent numériquement majoritaires. Elle conforte également les analyses de l’ECLJ concernant certaines dérives de la laïcité, notamment en France, lorsque celle-ci conduit à restreindre de manière disproportionnée l’expression chrétienne.

    Une volonté louable d’améliorer la collecte des données

    La résolution invite les États à «collecter des données sur l’intolérance et la discrimination fondées sur la religion» (§14.1.1). L’ECLJ soutient pleinement cet objectif. Une documentation précise constitue une condition indispensable à toute politique efficace. Dans ce domaine, le travail d’organisations indépendantes, telles que l’OIDAC ou l’Observatorio para la Libertad Religiosa y de Conciencia (OLRC) en Espagne, joue un rôle déterminant.

    Cependant, trois limites persistent. Les victimes chrétiennes sous-déclarent les attaques qu’elles subissent, par autocensure, craignant de jouer la victimisation, de manquer de charité chrétienne ou d’attiser des tensions sociales. Les autorités publiques sous-comptabilisent les crimes antichrétiens, pour ne conserver que ceux avec une motivation politique clairement identifiée. Enfin, la transmission de ces données à des institutions internationales comme l’ODIHR de l’OSCE se fait de manière incomplète selon les États. Ces limites contribuent à invisibiliser une partie significative des violences et discriminations subies par les chrétiens en Europe.

    L’absence d’objection de conscience et de mesures pour protéger les lieux de culte

    Malgré ces avancées, deux omissions limitent la portée de la résolution. Elle ne mentionne à aucun moment le droit à l’objection de conscience, pourtant au cœur de nombreuses situations concrètes. Par exemple, une religieuse devra-t-elle pratiquer l’euthanasie dans un hôpital catholique? C’est la question qu’ont soulevée l’ECLJ et Sœur Agnès, médecin des Petites sœurs des pauvres, devant le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté de religion ou de conviction à Genève.

    Aucune disposition spécifique ne concerne la protection des lieux de culte, alors même que les actes de vandalisme et les attaques contre les églises se multiplient en Europe. À titre d’exemple, la France a mobilisé près de 48 millions d’euros entre 2015 et 2025 pour sécuriser les sites religieux, notamment par l’installation de systèmes de vidéosurveillance et de dispositifs de protection renforcée.

    Une ouverture intéressante au dialogue avec la société civile

    L’APCE introduit une perspective encourageante en invitant à «renforcer la consultation et la communication avec les communautés religieuses et les organisations de la société civile lors de l’élaboration de la législation» (§14.3.2). L’ECLJ contribue déjà activement à ce dialogue auprès des institutions nationales, européennes et internationales, en mettant à disposition son expertise juridique. Nous poursuivrons activement notre engagement en faveur de la liberté de religion des chrétiens en Europe.

    Pour garantir une protection effective, les attaques et discriminations visant les chrétiens doivent être reconnues et traitées sans biais. La liberté de religion, protégée par l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, ne peut être assurée sans le respect du principe de non-discrimination consacré à l’article 14. Cela implique une prise en compte équilibrée des atteintes subies par les chrétiens, ainsi que des réponses concrètes. À cet égard, l’ECLJ a saisi la Présidente de l’APCE par une pétition en ce sens, appelant à une réponse ferme contre les attaques et discriminations visant les chrétiens.

    Christianophobie : ça suffit !
    Lire le texte complet de la pétition
    9,443 SIGNATURES
  • Les conséquences de la sécularisation et les actuelles fractures chrétiennes

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    Du site de La Nef :

    Les conséquences de la sécularisation et les actuelles fractures chrétiennes

    Yann Raison du Cleuziou est reconnu comme étant parmi les meilleurs sociologues du catholicisme, et un de ses plus fins observateurs. Nous avons eu le privilège de l’interroger sur les conséquences de la sécularisation et les fractures qui traversent les catholiques français aujourd’hui.

    La Nef – Le contexte historique général dans lequel se meut le catholicisme en France aujourd’hui est celui de la « sécularisation » : pouvez-vous nous expliquer ce concept ?

    Yann Raison du Cleuziou – Pour un sociologue ou un historien la contextualisation est indispensable à l’analyse. Or le catholicisme français est actuellement traversé et transformé par un processus que les sociologues qualifient de « sécularisation ». Trois transformations de la religion permettent de le décrire. Tout d’abord il y a un déclin quantitatif de l’affiliation religieuse : moins de croyants et qui partagent moins de croyances. Ensuite, il y a une sectorisation de la religion : la foi est tendanciellement une ressource légitime dans de moins en moins de secteurs de l’activité sociale. Initialement ressource de sens en politique, en économie, dans l’organisation du travail… elle est progressivement limitée à la vie privée. Isolée de la culture, il n’en reste bientôt plus que le « cultuel », une activité spécialisée qui concerne les prêtres et les dévots et dans une temporalité de plus en plus limitée aux rituels. Courtes parenthèses dans le temps ordinaire. Enfin, les autorités religieuses se trouvent déclassées car la sécularisation fait déchoir la religion du statut de vérité dominante à celui d’opinion parmi d’autres. La parole même des clercs devient problématique car leur autorité ne dépend plus de la vérité à laquelle ils s’adossent mais de la reconnaissance que les fidèles veulent bien leur accorder, et qui se trouve nécessairement mise en rivalité avec d’autres autorités sociales dont ils dépendent. Observer la sécularisation de la société française ce n’est pas seulement penser la marginalisation du catholicisme, c’est aussi réfléchir à sa transformation.

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  • Les catholiques conservateurs européens ne peuvent tolérer les attaques de Trump contre le pape

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    De Rafael Pinto Borges sur The European Conservative :

    Les catholiques conservateurs européens ne peuvent tolérer les attaques de Trump contre le pape.

    Dans le bras de fer entre la Maison Blanche et le Vatican, il est déjà clair que la grande majorité des catholiques préféreront se ranger du côté de leur pape plutôt que du président des États-Unis.

    Le Saint-Siège est habitué aux querelles avec les princes laïques. La plus célèbre d'entre elles fut sans doute le conflit acharné qui opposa la papauté médiévale et l'empereur du Saint-Empire romain germanique pour la primauté de l'un sur l'autre. La dispute actuelle entre le pape Léon XIV et le président américain Donald Trump, figure qui se rapproche le plus d'un empereur séculier dans l'Occident moderne, rappelle étrangement ces controverses antiques. À l'instar de la lutte entre les Guelfes (pro-pape) et les Gibelins (pro-empereur), l'Occident est, une fois de plus, divisé.

    À l'instar de ses prédécesseurs, Léon XIV a adopté une position de principe et inflexible contre la guerre. Le pape saint Jean-Paul II avait rejeté les tentatives du président George W. Bush de lui faire approuver l'invasion de l'Irak ; son célèbre discours « Non à la guerre ! » devant le corps diplomatique a marqué l'apogée des efforts du Vatican pour empêcher le désastre qui s'ensuivit. Benoît XVI, citant Benoît XV, avait qualifié la guerre de « massacre inutile » et d'« échec de l'humanité ». Le pape François a déclaré : « Plus jamais la guerre ! Avec la guerre, tout est perdu ! La guerre est toujours une défaite ! » 

    Le Catéchisme de l'Église catholique affirme que « tous les citoyens et tous les gouvernements sont tenus d'œuvrer pour éviter la guerre » (CEC 2308) ; il soutient que la guerre n'est un instrument acceptable pour les États qu'en cas de légitime défense ; et il impose des limites strictes à l'usage des armes, même lorsque la guerre, de par sa nature défensive, est jugée juste . Selon la doctrine catholique, pour qu'une guerre soit juste , le dommage infligé par l'agresseur doit être « durable, grave et certain » ; « tous les autres moyens d'y mettre fin doivent s'être révélés impraticables ou inefficaces » ; « il doit exister de sérieuses perspectives de succès » ; et « l'usage des armes ne doit pas produire de maux et de désordres plus graves que le mal à éliminer » (CEC 2309). Quelles que soient les opinions personnelles que l'on puisse avoir sur les événements qui se sont récemment déroulés au Moyen-Orient, il serait difficile de soutenir que ces conditions ont été remplies de manière convaincante.

    Le conflit entre l'Église et Trump s'est intensifié suite aux déclarations répétées du secrétaire américain à la Guerre, Pete Hegseth, qui affirmait que la guerre au Moyen-Orient bénéficiait d'une autorisation divine. Le 25 mars, lors d'un office religieux au Pentagone, Hegseth a prié pour « une action d'une violence irrésistible contre ceux qui ne méritent aucune pitié » et pour que « chaque balle atteigne sa cible contre les ennemis de la justice ». Le 31 mars, cependant, le pape a exhorté le président Trump à « trouver une issue » et à mettre fin à la guerre. Le 10 avril, Léon XIV i a ajouté que « Dieu ne bénit aucun conflit ». Le 12 avril, Trump a répliqué par une image grotesque et profondément insultante, générée par une intelligence artificielle, dans laquelle il se représentait en Christ. Le lundi 13, Trump a également affirmé de manière absurde que le pontife romain était « laxiste face à la criminalité » et « catastrophique en matière de politique étrangère ». On ignore toujours pourquoi le président des États-Unis parle de l'évêque de Rome et vicaire du Christ comme s'il s'agissait d'un gouverneur démocrate.

    Indépendamment de leurs convictions politiques, les catholiques romains sont tenus de témoigner respect, obéissance et révérence à leur pape. Il n'est donc pas surprenant que tant de commentateurs catholiques américains aient dénoncé les propos du président . De même, il n'est pas étonnant qu'une grande partie de la droite européenne, longtemps alliée à Trump, se retourne désormais ouvertement contre lui. 

    Il n'existe pas d'exemple plus frappant de cette dynamique que le fossé grandissant entre la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le président américain. À l'instar de l' immense majorité de ses compatriotes , Mme Meloni a critiqué la guerre au Moyen-Orient. Le 31 mars, Rome a interdit à l'armée de l'air américaine d'utiliser une base aérienne en Sicile pour soutenir l'effort de guerre. Et, face aux diatribes incohérentes de Trump contre le Saint-Père, elle a elle aussi défendu l'honneur du pape, qualifiant les attaques de Trump contre Léon XIV d'« inacceptables ». Trump n'a pas tardé à manifester sa fureur contre Mme Meloni, le président américain accusant la dirigeante italienne de manquer de courage et menaçant son pays de représailles.

    D'autres figures de la droite populiste européenne ont depuis exprimé leur solidarité avec Meloni : son partenaire de coalition et allié de Trump, Matteo Salvini, a déclaré : « S'attaquer au pape n'est ni utile ni intelligent. » Et, en Espagne, les nationalistes pro-Trump de VOX ont convenu que les positions du président américain sont « difficiles à comprendre ».

    Comme c'est le cas pour la plupart des catholiques américains , la majorité de leurs coreligionnaires européens ont été tout aussi surpris, voire déçus, par le regrettable manquement du vice-président catholique J.D. Vance à défendre l'honneur du pape. Comme l'explique saint Thomas d'Aquin dans son ouvrage De Regno , les lourdes responsabilités du pouvoir politique n'exemptent pas les catholiques de leurs devoirs de chrétiens ; pour eux, Dieu est la finalité ultime de l'action politique. Les catholiques ont un devoir de loyauté envers leur pape : si Vance est certainement en droit de ne pas être d'accord avec Léon XIV sur les questions temporelles lorsqu'elles ne contreviennent pas explicitement à la doctrine catholique, il est inadmissible que le vice-président ne condamne pas les insultes proférées par son supérieur à l'encontre de l'évêque de Rome. L'affirmation de Vance selon laquelle Léon XIV devrait être « plus prudent » dans les débats théologiques ou que le vicaire du Christ devrait être instruit sur la théorie de la guerre juste par le vice-président des États-Unis est, hélas, honteuse et indéfendable. 

    Alors que le président américain a accusé le pape d'être « désastreux en matière de politique étrangère », ce sont les faux pas de Trump dans la gestion de l'Europe, de la crise du Groenland à cette dernière controverse, qui l'éloignent de nombreux alliés de longue date. Dans le bras de fer entre la Maison-Blanche et le Vatican, il est déjà clair que la grande majorité des catholiques préféreront se ranger du côté de leur pape plutôt que de celui du président des États-Unis. Le parti guelfe de la droite catholique l'emportera. Si Donald Trump souhaite enrayer l'érosion de son influence – et, par conséquent, de celle des États-Unis – auprès des catholiques européens, il serait bien avisé de changer de cap. S'il ne le fait pas, les conséquences ne seront probablement pas seulement culturelles, mais aussi géopolitiques. 

    Rafael Pinto Borges est le fondateur et président de Nova Portugalidade, un think tank conservateur et patriotique basé à Lisbonne. Politologue et historien, il a collaboré à de nombreuses publications nationales et internationales. Vous pouvez le retrouver sur X sous le pseudo @rpintoborges.
  • La 6e Marche pour la vie de Munich envoie un message fort en faveur du droit à la vie.

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    De kath.net/news :

    La 6e Marche pour la vie de Munich envoie un message fort en faveur du droit à la vie.

    20 avril 2026

    7000 participants ont manifesté dans les rues de Munich pour la protection de la vie de la conception à sa fin naturelle. À la fin de la manifestation, l'évêque auxiliaire Dr. Josef Graf de Ratisbonne a donné sa bénédiction épiscopale aux participants.

    Munich (kath.net/Marche pour la Vie de Munich) Jamais auparavant la Marche pour la Vie de Munich n'avait rassemblé autant de participants que cette année : près de 7 000 personnes ont manifesté pacifiquement et avec force leur soutien à la protection et à la dignité de toute vie humaine lors de la 6e Marche munichoise, le samedi 18 avril 2026.

    L'association organisatrice, La Voix du Silence, voit dans cette forte mobilisation une réaction aux revendications de plus en plus pressantes des partisans de l'avortement et de l'euthanasie. Parmi ces revendications figurent notamment les efforts politiques visant à légaliser davantage l'avortement ou à rendre obligatoire sa pratique dans les cliniques. Face à cette situation, les organisateurs ont souligné l'actualité politique de leur cause : la protection de la vie prénatale en Allemagne est plus menacée que jamais. Il est donc d'autant plus important que les défenseurs du droit à la vie prennent position clairement en faveur de la dignité inconditionnelle de la vie humaine.

    Silja Fichtner, présidente de l'association « La Voix des Silencieux », a expliqué : « Nous sommes plus forts que les partisans de l'avortement. Nous défendons la protection inconditionnelle de la vie, de la conception à sa fin naturelle. Avant tout, nous sommes solidaires des femmes enceintes et des familles dans le besoin. »

    La cérémonie d'ouverture s'est déroulée dans une atmosphère positive et porteuse d'espoir, et a été marquée par des messages clairs et percutants. En préambule, les salutations de personnalités catholiques ont été lues. L'archevêque Nikola Eterović a remercié les participants, au nom du pape Léon XIV, d'avoir donné la parole aux sans-voix, et plus particulièrement aux personnes en fin de vie et à l'enfant à naître. Dans un message vidéo poignant, l'évêque Robert Barron, au nom des évêques américains, a encouragé les participants à maintenir leur engagement indéfectible en faveur de la protection de la vie. L'évêque orthodoxe Hiob Bandmann a également remercié personnellement les participants pour leur dévouement. Le cardinal Rainer Maria Woelki et l'évêque Stefan Oster ont également adressé leurs salutations, chaleureusement accueillies par les organisateurs et les participants. 

    Les orateurs principaux ont prononcé des discours percutants et passionnés : le publiciste catholique Mathias von Gersdorff et le chercheur nigérian en sciences biomédicales Obianuju Ekeocha ont plaidé avec ferveur pour une culture de vie et de solidarité afin de soutenir les femmes et les familles confrontées à des situations difficiles. Dans une allocution vibrante, Ekeocha a motivé les participants et expliqué comment les États occidentaux exercent des pressions sur les gouvernements africains pour libéraliser l’avortement, tandis que de nombreux pays africains s’y opposent délibérément.

    Lors de l'événement, les participants ont pu s'informer sur le travail de diverses organisations pro-vie grâce à de nombreux stands d'information. Ces organisations offrent un soutien concret aux personnes en difficulté, notamment aux femmes enceintes et à leurs familles.

    La marche à travers la capitale bavaroise a été perturbée à plusieurs reprises par des militants pro-avortement. Leurs cris, leurs slogans haineux et leurs tentatives de bloquer la marche par des sit-in contrastaient fortement avec l'atmosphère pacifique et joyeuse des participants à la Marche pour la Vie de Munich. La marche a dû être interrompue et temporairement divisée pendant environ 45 minutes sur la Schellingstrasse en raison d'un blocage par des contre-manifestants. Dans ce contexte, les participants ont critiqué la conception de la démocratie des contre-manifestants.

    À la fin de la marche, l'évêque auxiliaire de Ratisbonne, Mgr Josef Graf, a donné sa bénédiction épiscopale aux participants.

    La Marche pour la Vie de Munich a une fois de plus souligné son importance en tant que voix nationale du mouvement pro-vie en Allemagne.

    Perspectives :
    Le deuxième samedi après Pâques restera le samedi pro-vie à Munich : la 7e Marche pour la vie de Munich aura lieu le samedi 10 avril 2027, à partir de 13 h sur la Königsplatz à Munich.

  • L'avortement : un "luxe" que l'Europe ne peut se permettre ?

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    De sur The European Conservative :

    L'avortement est un luxe que l'Europe ne peut se permettre.

     

    Le 4 avril, le gouverneur de la région de Novgorod, en Russie, a fait une déclaration surprenante lors d'un événement consacré à la relance de la natalité. « Nous avons enregistré de petites victoires, mais ce n'est pas suffisant », a déclaré Gleb Nitkin , évoquant une baisse de 30 % du taux d'avortement. « La situation démographique de notre pays est critique, et autoriser les avortements de convenance est un luxe trop important. Notre mission est de prévenir ces cas, non pas par des interdictions, mais par un travail de qualité, des soins attentifs et une grande responsabilité. » 

    Les cyniques pourraient à juste titre souligner que le besoin démographique urgent de la Russie découle en partie des pertes effroyables qu'elle subit sur le front ukrainien, pertes qui, selon certaines estimations, avoisinent 1,2 million de morts . Néanmoins, Nitkin a raison : l'avortement est un luxe que les pays occidentaux ne peuvent se permettre s'ils veulent assurer la survie de leur civilisation (une question à aborder ultérieurement). Rares sont les conservateurs à l'affirmer ouvertement, de peur de ressembler au dictateur roumain Nicolae Ceaușescu, qui signa le décret 770 en 1967, restreignant l'avortement et la contraception afin de stimuler la natalité. C'est pourtant indéniablement vrai.

    Considérons ces chiffres effroyables. Alors que l'Occident traverse une période de profond déclin démographique, l'avortement était la première cause de mortalité dans le monde en 2025, avec environ 73 millions de bébés tués dans le ventre de leur mère. Le taux d'avortement en Angleterre et au Pays de Galles a grimpé jusqu'à 30 % des conceptions enregistrées . Annabel Denham a presque mis le doigt sur le problème dans le Telegraph le mois dernier , en soulignant que l'avortement est devenu « un phénomène de masse ».

    Au moment même où nous nous inquiétons des conséquences économiques et sociales d'une natalité trop faible, nous sommes également confrontés à des taux d'avortement historiquement élevés. Si les chiffres de 2023 avaient été comparables à ceux de 2015, on aurait pu enregistrer environ 15 % de naissances supplémentaires. Il ne s'agit pas d'une simple erreur d'arrondi ; c'est un fait démographique aux répercussions à long terme.

    Bien entendu, elle s'est empressée d'ajouter : « Il ne s'agit en aucun cas de s'opposer au droit à l'avortement. Le principe de l'autonomie corporelle – jusqu'à la limite actuelle de 24 semaines – est, à mon sens, irréfutable. » Un petit garçon né prématurément à 21 semaines dans l'Iowa en 2024 a survécu hors de l'utérus et a fêté son premier anniversaire en juillet dernier.

    En France, on compte plus de 250 000 avortements par an. Aux Pays-Bas, près de 40 000. En Allemagne et en Espagne, plus de 100 000 dans chaque pays. En Europe, le bilan annuel moyen des avortements se situe entre 3 et 3,5 millions, soit plus que la population cumulée de huit pays de l’UE. Seulement 5 % des bébés du monde devraient naître en Europe en 2026. La crise de la natalité est, sans aucun doute, un fléau aux multiples têtes ; mais il est tout aussi vrai que l’avortement met fin à la vie de millions d’êtres humains avant même leur naissance.

    Les politiciens progressistes sont déterminés à augmenter ces chiffres. Malgré les progrès technologiques qui repoussent sans cesse l'âge de la viabilité fœtale, le Danemark et la Norvège ont récemment relevé leurs limites en matière d'avortement. La France et le Luxembourg ont inscrit l'avortement dans la Constitution. Le Royaume-Uni a dépénalisé l'avortement jusqu'à la naissance l'année dernière ; le vote à Westminster s'est soldé par 379 voix contre 137. Cela a, au moins, semblé réveiller certains Britanniques ; un député a qualifié le Parti travailliste de « parti des assassins d'enfants ». Andrew Lilico, du Telegraph , a été sans détour : « Nous avons voté pour tuer nos aînés, nos malades et nos nourrissons. Nous méritons bien ce qui nous attend. »

    Ce qui nous attend est sombre. Louise Perry, qui se décrit comme « agnostique avec une certaine appréhension » quant à l’avortement mais opposée à sa criminalisation, a observé dans un essai de 2024 que notre décision collective d’abandonner la procréation est « le bouton d’autodestruction de la modernité », et

    Les populations dont dépend la modernité ne parviennent pas à se reproduire, ce qui signifie que la modernité elle-même ne parvient pas à se reproduire. La plupart des électeurs n'ont pas conscience de ce phénomène. La plupart des politiciens non plus. Pourtant, il est bien réel, et nous en subissons les prémices à travers diverses crises politiques dans le monde moderne.

    Il est incroyablement frustrant de voir tant de personnes à droite s'obséder sur ces crises qui se multiplient tout en évitant obstinément la question de l'avortement. Migrations massives ; islamisation ; systèmes de protection sociale déjà sous tension, croulant sous le poids d'une population vieillissante soutenue par un nombre toujours plus restreint de jeunes ; propositions inévitables d'euthanasie visant cyniquement à réduire les générations trop nombreuses : tout cela découle, en partie, du fait que nous ne faisons pas d'enfants. Pire encore, nous tuons des millions de bébés chaque année. Un infanticide de luxe.

    Les politiciens de droite insistent sur le fait que des majorités en Europe soutiennent le droit à l'avortement. La Hongrie, cependant, offre un modèle convaincant de la manière dont les dirigeants peuvent, malgré ce contexte, faire évoluer les mentalités sur l'avortement et réduire le taux d'avortement. La Hongrie n'est pas encore prête à instaurer une protection générale des enfants à naître, mais le gouvernement s'y est préparé. En 2012, le gouvernement Fidesz a adopté une nouvelle constitution reconnaissant que le droit à la vie commence dès la conception, tout en maintenant le délai légal de 12 semaines pour l'avortement en Hongrie, jetant ainsi les bases d'une restriction de l'avortement.

    De plus, la pilule abortive est illégale en Hongrie et, en septembre 2022, le gouvernement a exigé que les femmes souhaitant avorter entendent les battements du cœur du fœtus avant l'intervention, les médecins devant fournir une attestation. Conjuguée à une série de mesures en faveur du mariage et de l'enfance, qui constituent l'un des principaux axes du gouvernement, cette politique a permis de réduire de moitié le taux d'avortement depuis 2003. Viktor Orbán est arrivé au pouvoir en 2011 ; si le taux d'avortement était resté au niveau de 2010, environ 300 000 bébés de moins seraient nés. Autrement dit, environ 300 000 bébés de plus auraient été avortés.

    Les critiques pourraient à juste titre rétorquer que la protection des enfants à naître dans le ventre de leur mère ne suffira pas, à elle seule, à faire augmenter le taux de natalité. De fait, des pays dotés de régimes pro-vie comme la Pologne (qui subit les attaques incessantes et illégales de Donald Tusk ) et Malte (qui a récemment rejeté les tentatives d'abrogation des lois pro-vie ) affichent toujours des taux de natalité bien inférieurs au seuil de renouvellement des générations. Cependant, les lois pro-vie – ainsi que les efforts déployés pour construire consciemment une culture pro-vie – sauvent des centaines de milliers de vies. L'effet cumulatif de ces efforts – et de ces vies – constitue un puissant levier culturel qu'il ne faut pas sous-estimer.

    Il existe une autre raison, plus solennelle, pour laquelle l'avortement est un luxe que nous ne pouvons nous permettre. Autrefois, les bébés étaient perçus, à juste titre, comme une bénédiction divine. Cette conception a incité les générations précédentes à accueillir la vie malgré des conditions économiques et sociales bien plus sombres que celles aujourd'hui invoquées comme principales causes de la recrudescence des infanticides prénataux au Royaume-Uni et ailleurs. Mais lorsque nous rejetons ces enfants – lorsque nous gravons « Retour à l'envoyeur » sur leurs frêles corps et les renvoyons à l'éternité – nous provoquons la colère divine et ne pouvons espérer prospérer.

    Une civilisation sans enfants n'a pas d'avenir. Une civilisation qui tue ses propres enfants n'en mérite pas.