Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Foi - Page 2

  • Fidélité ou unité ? Léon XIV parviendra-t-il à empêcher une nouvelle division au sein de l'Église ?

    IMPRIMER

    De Damien Wojciechowski sur Opoka :

    Fidélité ou unité ? Léon XIV parviendra-t-il à empêcher une nouvelle division au sein de l'Église ?

    Léon XIV pourra-t-il sauver l'Église comme son grand prédécesseur, Léon le Grand ? Il y a beaucoup de problèmes à résoudre, et il n'est plus possible de suivre la voie du « juste milieu », note frère Damien Wojciechowski, TJ.

    Si nous visitions les musées du Vatican, nous aurions l'occasion d'admirer une immense fresque de Raphaël, peinte vers 1513 dans la Stanza di Eliodoro du Palais apostolique, représentant la rencontre entre le pape Léon Ier (le Grand) et Attila, le chef victorieux des Huns, en 452. Grâce à cette rencontre, Attila empêcha la destruction de Rome et le pape sauva non seulement la Ville éternelle, mais aussi le Saint-Siège, centre de toute l'Église.

    Léon le Grand... avec le visage de Léon X

    Sur la fresque, Léon Ier, auquel Raphaël a donné les traits de Léon X (il avait commandé le tableau), calme et digne, chevauche vers Attila, terrifié par la vision de saint Pierre et saint Paul attaquant ses guerriers, l'épée à la main. En réalité, Léon était probablement moins sûr de lui, ou plutôt, il implorait la clémence d'Attila, qui, bien sûr, ne craignait personne. Malheureusement, Léon X ne sauva pas l'Église. Pape de la Renaissance, il fut mêlé à des intrigues politiques et à des affaires de richesse. Plusieurs cardinaux complotèrent même pour l'empoisonner, et après avoir découvert la conspiration, Léon X condamna l'un d'eux à mort. Pour financer ses dépenses, notamment la construction de la basilique Saint-Pierre, il décida de vendre des indulgences à grande échelle, ce qui provoqua l'indignation de Luther et une division au sein de l'Église qui perdure encore aujourd'hui.

    Depuis lors, chaque pape a été hanté par la crainte qu'une tragédie similaire ne se reproduise de son vivant. Empêcher une nouvelle division au sein de l'Église était sans aucun doute la préoccupation première de Léon XIV.  

    Premier défi : la Fraternité Saint-Pie X

    Les lefebvristes ont annoncé leur intention de procéder à des ordinations épiscopales le 1er juillet 2026. La raison est simple : les évêques ordonnés par Lefebvre lui-même atteignent l'âge de la retraite.

    En 1988, l'archevêque Marcel Lefebvre a consacré des évêques sans l'autorisation du Saint-Siège, s'excommuniant ainsi que les évêques nouvellement consacrés. Selon le droit canonique, tant ancien que nouveau (que la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X vénère tant), la consécration épiscopale requiert le consentement du Vatican ; à défaut, le consécrateur entre en schisme et est automatiquement excommunié.

    Le supérieur actuel de la Fraternité invoque un accord avec la Chine, selon lequel les évêques élus par les communistes chinois seraient approuvés par le Vatican. De même, la Fraternité souhaiterait choisir des candidats évêques en dehors de la Congrégation pour les évêques (dont était le chef le pape actuel), et le Vatican serait contraint de les reconnaître. Cet accord avec les communistes chinois était une des mauvaises idées de François, mais il était néanmoins motivé par la préoccupation pour les catholiques vivant en Chine, un État totalitaire qui ne valorise ni la liberté ni l'Église. Les relations avec la Fraternité sont cependant tout à fait différentes – nous n'allons tout de même pas exiger que le pape s'incline devant elle parce qu'elle recourt à la violence ?

    La Société fait référence à la Tradition, mais dans l'Église préconciliaire, personne n'en aurait discuté avec eux, on les aurait seulement réprimandés sévèrement (voir : Vieux-catholiques).

    L'Église, après le Concile, s'est montrée très conciliante, et tous les papes, même François, ont entretenu des relations excessivement proches de la Fraternité Saint-Pierre. À maintes reprises, des papes ont proposé divers compromis, y compris Benoît XVI, qu'on ne saurait soupçonner de progressisme – la Fraternité a systématiquement rejeté toutes ces propositions. Les lefebvristes pourraient coexister pacifiquement avec la Fraternité Saint-Pierre, catholique et traditionaliste, mais ils s'y refusent par simple entêtement et orgueil. Si le pape accepte que la Fraternité consacre ses propres évêques, alors demain, les évêques allemands ordonneront des femmes selon le même principe.

    La Fraternité critique le « pluralisme doctrinal » de l'ère François et les déclarations étranges du cardinal Fernandez (préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi), mais elle exige la même chose : elle accepte tel point de l'enseignement de l'Église et en rejette tel autre, elle adhère à tel autre. La Fraternité souhaite créer une Église parallèle avec sa propre doctrine, des évêques indépendants de Rome, une liturgie différente, etc. C'est précisément ce que veulent les membres du Chemin synodal allemand. Dans les deux cas, le pape ne peut consentir à un tel séparatisme, car cela conduirait au chaos et à la division. Les lefebvristes se comportent comme un enfant capricieux qui n'obéit à ses parents que s'ils cèdent à tous ses caprices. Ils veulent une Église séparée où ils pourraient gouverner en toute indépendance, et en même temps, le pape leur accorderait une orthodoxie inconditionnelle et confirmerait la vertu d'obéissance. Ils usurpent l'infaillibilité papale, se placent au-dessus d'un concile validement convoqué, méprisent le droit canonique et l'autorité du Saint-Siège, et se présentent, par-dessus tout, comme de fidèles serviteurs de l'Église et les gardiens de la Tradition. Ils prétendent qu'il existe un état de nécessité (comme, par exemple, durant la Révolution mexicaine) et que les fidèles n'ont pas accès à des sacrements validement administrés (ce qui expliquerait pourquoi les évêques doivent être ordonnés sans l'accord du Vatican). En réalité, ils se comportent comme une secte qui rejette les sacrements administrés dans l'Église (à l'instar des docètes du christianisme primitif). Il vaudrait mieux pour eux qu'ils élisent leur propre pape, qui approuverait tout à leur place…

    Lire la suite

  • Martyrisés pour avoir défendu le dimanche

    IMPRIMER
    Sans nous réunir en assemblée le dimanche, nous ne pouvons pas vivre
    (Zenit.org - Anita BourdinL'héritage des martyrs d'Abitène

    Le martyrologe romain fait mémoire, le 12 février, des saints martyrs d’Abitène, saint Saturnin et ses compagnons, 31 hommes et 18 femmes, martyrs pour avoir défendu le dimanche. Le pape Benoit XVI a ainsi résumé leur message: "Sans nous réunir en assemblée le dimanche pour célébrer l'Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre." "Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre", disait en effet le prêtre Saturnin, d'Abitène, sur les bords de la Mjerda, en Tunisie, près de Carthage, tué en haine de la foi, en 304, sous l'empereur romain Dioclétien.

    Ils furent arrêtés par les magistrats de la colonie et les soldats de garde dans la maison d'un particulier où ils célébraient le Jour du Seigneur et l'Eucharistie, malgré l'interdiction du prince. Ils ont ensuite été conduits à Carthage et interrogés par le proconsul. Ils se proclamèrent tous chrétiens, même sous la torture, et déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas suspendre l'assemblée dominicale. Parmi eux se trouvaient des jeunes: Félix le jeune, fils de Saturnius, son frère Saturnius le Jeune, Marie, jeune consacrée, le petit Hilarius, une jeune femme, Victoria, que son frère, Fortianus, païen, voulait sauver malgré elle. Ils sont restés jusqu'au bout incroyablement solidaires.

    Lire la suite

  • "La vie en abondance" : la lettre du pape sur la valeur du sport adressée à l'occasion des Jeux Olympiques d'Hiver

    IMPRIMER

    LETTRE DE SA SAINTETÉ LE PAPE LÉON XIV

    LA VIE EN ABONDANCE

    SUR LA VALEUR DU SPORT

    Chers frères et sœurs!

    À l’occasion de la célébration des 25Jeux Olympiques d’hiver, qui se dérouleront entre Milan et Cortina d’Ampezzo du 6 au 22 février prochain, et des 14e Jeux Paralympiques, qui se dérouleront dans les mêmes localités du 6 au 15 mars, je désire saluer et adresser mes meilleurs vœux à toutes les personnes directement impliquées et saisir cette occasion pour proposer une réflexion destinée à tout le monde. La pratique sportive, nous le savons, peut être de nature professionnelle, hautement spécialisée : sous cette forme, elle correspond à une vocation réservée à quelques-uns suscitant l’admiration et l’enthousiasme dans le cœur de beaucoup d’autres, qui vibrent au rythme des victoires ou des défaites des athlètes. Mais la pratique sportive est une activité commune, ouverte à tous et salutaire pour le corps et l’esprit, au point de constituer une expression universelle de l’humain.

    Sport et construction de la paix

    À l’occasion des Jeux Olympiques passés, mes prédécesseurs ont souligné combien le sport peut jouer un rôle important pour le bien de l’humanité, en particulier pour la promotion de la paix. Par exemple, en 1984, saint Jean-Paul II, s’adressant à de jeunes athlètes venus du monde entier, cita la Charte olympique[1] qui considère le sport comme un facteur « de meilleure compréhension mutuelle et d’amitié, afin de construire un monde meilleur et plus pacifique ». Il encouragea les participants en ces termes : « Faites que vos rencontres soient un signe emblématique pour toute la société et un prélude à cette nouvelle ère où « jamais nation contre nation ne lèvera l’épée » (Is 2, 4) ».[2]

    C’est dans cette optique que s’inscrit la Trêve olympique qui, dans la Grèce antique, était un accord visant à suspendre les hostilités avant, pendant et après les Jeux Olympiques, afin que les athlètes et les spectateurs puissent voyager librement et que les compétitions se déroulent sans interruption. L’institution de la Trêve découle de la conviction que la participation à des compétitions réglementées (agones) constitue un cheminement individuel et collectif vers la vertu et l’excellence (aretē). Lorsque le sport est pratiqué dans cet esprit et dans ces conditions, il favorise l’approfondissement de la cohésion communautaire et du bien commun.

    La guerre, au contraire, naît d’une radicalisation du désaccord et du refus de coopérer les uns avec les autres. L’adversaire est alors considéré comme un ennemi mortel, à isoler et si possible à éliminer. Les preuves tragiques de cette culture de la mort sont sous nos yeux : vies brisées, rêves anéantis, traumatismes des survivants, villes détruites, comme si la coexistence humaine était réduite superficiellement au scénario d’un jeu vidéo. Mais cela ne doit jamais nous faire oublier que l’agressivité, la violence et la guerre sont « toujours une défaite de l’humanité ».[3]

    La Trêve olympique a été récemment proposée opportunément à nouveau par le Comité International Olympique et l’Assemblée Générale des Nations Unies. Dans un monde assoiffé de paix, nous avons besoin d’instruments qui mettent « fin à la prévarication, à l’étalage de la force et à l’indifférence envers le droit ».[4] J’encourage vivement toutes les nations, à l’occasion des prochains Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver, à redécouvrir et à respecter cet instrument d’espérance qu’est la Trêve olympique, symbole et prophétie d’un monde réconcilié.

    La valeur éducative du sport

    « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10, 10). Ces paroles de Jésus nous aident à comprendre l’intérêt de l’Église pour le sport et la manière dont le chrétien l’aborde. Jésus a toujours placé les personnes au centre, il en a pris soin désirant pour chacune d’elles la plénitude de la vie. C’est pourquoi, comme l’a affirmé Saint Jean-Paul II, la personne humaine « est la première route que l’Église doit parcourir en accomplissement de sa mission ».[5] Selon la vision chrétienne, la personne doit donc toujours rester au centre du sport dans toutes ses expressions, y compris dans celles de l’excellence compétitive et professionnelle.

    À bien y regarder, on trouve une base solide à cette prise de conscience dans les écrits de saint Paul, connu comme l’Apôtre des gentils. À l’époque où il écrivait, les Grecs avaient déjà depuis longtemps des traditions athlétiques. Par exemple, la ville de Corinthe parrainait les jeux isthmiques tous les deux ans depuis le début du VIe siècle avant J.-C. C’est pourquoi, écrivant aux Corinthiens, Paul a utilisé des images sportives pour les initier à la vie chrétienne : « Vous savez bien que, dans le stade, tous les coureurs participent à la course, mais un seul reçoit le prix. Alors, vous, courez de manière à l’emporter. Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas » (1 Co 9, 24-25).

    Lire la suite

  • Le physicien italien Antonino Zichichi, figure clé du dialogue avec la science de Jean-Paul II, est décédé à 96 ans.

    IMPRIMER

    D'Edward Pentin sur le NCR :

    Le physicien italien Antonino Zichichi, figure clé du Dialogue avec la science de Jean-Paul II, est décédé à 96 ans.

    Dans des paroles prophétiques pour l'ère actuelle de l'IA, en 2014, il exhortait l'Église et le monde politique à se souvenir que les êtres humains peuvent périr en faisant un mauvais usage de la technologie, mais jamais en découvrant la vérité — un écho de la confiance de Jean-Paul II dans la compatibilité de la science authentique et de l'espérance chrétienne.

    Antonino « Nino » Zichichi, décédé à l'âge de 96 ans, était non seulement l'un des physiciens expérimentaux les plus éminents d'Italie, mais aussi l'un des interlocuteurs les plus respectés du Saint-Siège dans le dialogue exigeant entre science et foi. 

    Pendant de nombreuses décennies, et particulièrement durant le pontificat du pape saint Jean-Paul II, il a aidé le Vatican à s'adresser avec crédibilité au monde scientifique, démontrant que la rigueur de la physique et la force de la foi catholique peuvent s'éclairer mutuellement.  

    Parallèlement, il n'hésitait pas à critiquer des théories telles que l'évolution darwinienne et le changement climatique anthropique, qu'il jugeait dépourvues de rigueur scientifique.

    Dans un hommage publié en ligne, la Première ministre italienne Giorgia Meloni l'a qualifié de « géant de notre temps » qui « a toujours affirmé que la raison et la foi ne sont pas ennemies, mais alliées — "deux ailes", pour reprendre les mots de saint Jean-Paul II, "avec lesquelles l'esprit humain s'élève vers la contemplation de la vérité". »

    Né dans la ville sicilienne de Trapani le 15 octobre 1929, le jeune Nino étudia la physique à l'Université de Palerme et s'orienta rapidement vers le monde émergent de la physique des particules à haute énergie, travaillant dans les grands laboratoires d'Europe et des États-Unis. 

    Dans les années 1960, il travailla au CERN, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire près de Genève, où des scientifiques étudient les constituants fondamentaux de la matière et les forces de l'univers, puis au Fermilab, le laboratoire national américain de référence pour la physique des particules, situé à l'ouest de Chicago. En 1965, il dirigea l'équipe qui observa pour la première fois un minuscule fragment d'antimatière composé de deux antiparticules, les antiparticules du proton et du neutron.

    « C’était un grand scientifique et un catholique fervent », a déclaré au Register le père Paul Haffner, auteur de * La tiare et l’éprouvette : les papes et la science du Moyen Âge à nos jours* . « De nombreux projets majeurs en physique internationale portent son nom. » 

    Zichichi appartenait à une génération de scientifiques qui avaient grandi dans un monde marqué par la guerre et l'angoisse nucléaire et qui, par conséquent, ressentaient profondément que la science portait une grave responsabilité morale – un thème qui allait plus tard résonner profondément dans ses conversations avec les papes et dans son long service en tant que membre de l'Académie pontificale des sciences. 

    De plus, cela l'incita, en 1962 – alors âgé d'une trentaine d'années seulement – ​​à fonder la Fondation et le Centre de culture scientifique « Ettore Majorana » , également connu sous le nom de « Centre Erice », dont l'objectif était de donner un nouveau sens à la science et à sa culture. Ce centre devint également un lieu où des personnalités éminentes de tous les domaines scientifiques pouvaient rencontrer de jeunes gens sélectionnés dans le monde entier, sans barrières idéologiques, politiques, géographiques ou raciales.

    En 1965, il fut appelé à l'Université de Bologne, où il occupa une chaire de physique supérieure pendant des décennies, mais son regard était déjà tourné vers un horizon plus large, où les universités, les laboratoires internationaux et l'Église pourraient collaborer pour le bien de l'humanité.

    Lire la suite

  • Le type de prêtres dont toute l’Église a besoin en ce temps-ci : la lettre remarquable que le pape a adressée au presbyterium de l'archidiocèse de Madrid

    IMPRIMER

    LETTRE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
    AU PRESBYTÈRIUM DE L'ARCHIDIOCÈSE DE MADRID
    À L'OCCASION DE L'ASSEMBLÉE PRESBYTÉRALE « CONVIVIUM »

    ____________________________________________

    Chers fils,

    J’ai le plaisir de vous adresser cette lettre à l’occasion de votre assemblée presbytérale, et je le fais avec un désir sincère de fraternité et d’unité. Je remercie votre archevêque et, du fond du cœur, chacun d’entre vous, pour votre volonté de vous réunir en presbyterium, non seulement pour discuter de questions communes, mais aussi pour vous soutenir mutuellement dans la mission que vous partagez.

    J’apprécie l’engagement avec lequel vous vivez et exercez votre sacerdoce dans les paroisses, les ministères et les réalités diverses. Je sais que ce ministère se déploie souvent dans la fatigue, face à des situations complexes, et dans un dévouement silencieux dont seul Dieu est témoin. C’est précisément pour cette raison que j’espère que ces mots vous parviennent comme un geste de proximité et d’encouragement, et que cette rencontre favorise un climat d’écoute sincère, de communion véritable et d’ouverture confiante à l’action de l’Esprit Saint, qui ne cesse d’œuvrer dans votre vie et votre mission.

    L’époque que traverse l’Église nous invite à un temps de recueillement et de réflexion sincère. Non pas tant pour nous attarder sur les diagnostics immédiats ou les mesures d’urgence, mais pour apprendre à comprendre profondément le moment présent, en reconnaissant, à la lumière de la foi, les défis et les possibilités que le Seigneur nous offre. Sur ce chemin, il devient de plus en plus nécessaire de cultiver notre vision et d’exercer notre discernement, afin de percevoir plus clairement ce que Dieu accomplit déjà, souvent silencieusement et discrètement, parmi nous et dans nos communautés.

    Cette lecture du présent ne saurait ignorer le cadre culturel et social dans lequel la foi est vécue et exprimée aujourd'hui. Dans de nombreux milieux, on observe une sécularisation avancée, une polarisation croissante du discours public et une tendance à simplifier à l'extrême la complexité de la personne humaine, en l'interprétant à travers des idéologies ou des catégories partielles et insuffisantes. Dans ce contexte, la foi risque d'être instrumentalisée, banalisée ou reléguée au rang d'accessoire, tandis que des formes de coexistence qui s'affranchissent de toute référence transcendante se consolident.

    À cela s'ajoute un profond bouleversement culturel qu'il est impossible d'ignorer : la disparition progressive des repères communs. Longtemps, la semence chrétienne a trouvé un terrain largement fertile, car le langage moral, les grandes questions sur le sens de la vie et certaines notions fondamentales étaient, au moins en partie, partagés. Aujourd'hui, ce terrain d'entente s'est considérablement affaibli. Nombre des présupposés conceptuels qui, pendant des siècles, ont facilité la transmission du message chrétien ne sont plus évidents et, dans bien des cas, même compréhensibles. L'Évangile se heurte non seulement à l'indifférence, mais aussi à un paysage culturel différent, où les mots n'ont plus la même signification et où la proclamation initiale ne va plus de soi.

    Cependant, cette description ne rend pas pleinement compte de la réalité. J'en suis convaincu – et je sais que nombre d'entre vous le perçoivent dans l'exercice quotidien de votre ministère – qu'un malaise nouveau s'installe dans le cœur de beaucoup, surtout chez les jeunes. La quête absolue du bien-être n'a pas apporté le bonheur escompté ; la liberté déconnectée de la vérité n'a pas engendré l'épanouissement promis ; et le progrès matériel, à lui seul, n'a pas su combler l'aspiration la plus profonde du cœur humain.

    En effet, les propositions dominantes, ainsi que certaines interprétations herméneutiques et philosophiques du destin de l’humanité, loin d’apporter une réponse satisfaisante, ont souvent engendré un profond sentiment de lassitude et de vide. C’est précisément pour cette raison que l’on observe que beaucoup s’ouvrent à une recherche plus sincère et authentique, une recherche qui, empreinte de patience et de respect, les ramène à la rencontre du Christ. Cela nous rappelle que, pour le prêtre, ce n’est pas un temps de retrait ni de résignation, mais de présence fidèle et de disponibilité généreuse. Tout cela découle de la reconnaissance que l’initiative appartient toujours au Seigneur, qui est déjà à l’œuvre et nous précède par sa grâce.

    Voilà comment se précise aujourd’hui le type de prêtres dont Madrid – et toute l’Église – a besoin en ce temps-ci. Non pas des hommes définis par une multitude de tâches ou la pression des résultats, mais des hommes configurés au Christ, capables de nourrir leur ministère d’une relation vivante avec Lui, nourris par l’Eucharistie et exprimés dans une charité pastorale marquée par le don sincère de soi. Il ne s’agit pas d’inventer de nouveaux modèles ni de redéfinir l’identité reçue, mais de proposer à nouveau, avec une ferveur renouvelée, le sacerdoce dans son essence la plus authentique – être alter Christus – en Le laissant façonner nos vies, unifier nos cœurs et donner forme à un ministère vécu dans l’intimité avec Dieu, la fidélité à l’Église et le service concret du peuple qui nous est confié.

    Mes chers fils, permettez-moi aujourd'hui de vous parler du sacerdoce à travers une image qui vous est familière : votre cathédrale. Non pas pour décrire un édifice, mais pour en tirer un enseignement. Car les cathédrales, comme tout lieu sacré, existent, à l'instar du sacerdoce, pour nous conduire à la rencontre de Dieu et à la réconciliation avec nos frères et sœurs, et leurs éléments recèlent une leçon pour notre vie et notre ministère.

    En observant simplement sa façade, nous apprenons l'essentiel. C'est la première chose que nous voyons, et pourtant elle ne dit pas tout : elle indique, suggère, invite. De même, le prêtre ne vit pas pour se mettre en valeur, mais il ne vit pas non plus pour se cacher. Sa vie est appelée à être visible, cohérente et reconnaissable, même si elle n'est pas toujours comprise. La façade n'existe pas pour elle-même : elle conduit à l'intérieur. De même, le prêtre n'est jamais une fin en soi. Toute sa vie est appelée à témoigner de Dieu et à accompagner le chemin vers le Mystère, sans usurper la place de Dieu.

    Une fois le seuil franchi, nous comprenons que tout ne saurait y entrer, car il s’agit d’un espace sacré. Le seuil marque un passage, une séparation nécessaire. Avant d’entrer, quelque chose demeure à l’extérieur. Le sacerdoce, lui aussi, se vit ainsi : être dans le monde, mais non du monde (cf. Jn 17, 14). À ce carrefour se trouvent le célibat, la pauvreté et l’obéissance ; non comme un renoncement à la vie, mais comme les moyens concrets par lesquels le prêtre peut appartenir pleinement à Dieu tout en cheminant parmi les hommes.

    La cathédrale est aussi une maison commune, où chacun a sa place. C’est ainsi que l’Église est appelée à être, particulièrement envers ses prêtres : une maison qui accueille, protège et n’abandonne jamais. Et c’est ainsi que doit se vivre la fraternité sacerdotale : comme l’expérience concrète de se sentir chez soi, responsable les uns des autres, attentif à la vie de ses frères et sœurs, et prêt à s’entraider. Mes fils, nul ne doit se sentir exposé ou seul dans l’exercice du ministère : résistez ensemble à l’individualisme qui appauvrit le cœur et affaiblit la mission !

    En parcourant le temple, nous constatons que tout repose sur les colonnes qui soutiennent l’ensemble. L’Église y a reconnu l’image des Apôtres (cf. Éph 2, 20). De même, la vie sacerdotale ne se suffit pas à elle-même, mais s’appuie sur le témoignage apostolique reçu et transmis dans la Tradition vivante de l’Église, et préservé par le Magistère (cf. 1 Co 11, 2 ; 2 Tm 1, 13-14). Lorsque le prêtre demeure enraciné sur ce fondement, il évite de bâtir sur le sable des interprétations partielles ou des accents circonstanciels, et s’appuie plutôt sur le roc solide qui le précède et le surpasse (cf. Mt 7, 24-27).

    Avant d'atteindre le sanctuaire, la cathédrale nous révèle des lieux discrets mais essentiels : aux fonts baptismaux, le Peuple de Dieu naît ; au confessionnal, il se renouvelle sans cesse. Dans les sacrements, la grâce se révèle comme la force la plus réelle et la plus efficace du ministère sacerdotal. Aussi, chers fils, célébrez-vous les sacrements avec dignité et foi, conscients que ce qui s'y produit est la véritable puissance qui édifie l'Église et qu'ils sont la fin ultime vers laquelle tend tout notre ministère. Mais n'oubliez pas que vous n'êtes pas la source, mais le canal, et que vous aussi avez besoin de vous abreuver à cette eau. Aussi, ne négligez-vous pas la confession, en revenant toujours à la miséricorde que vous proclamez.

    Plusieurs chapelles s'ouvrent autour de l'espace central. Chacune a sa propre histoire et sa propre dédicace. Bien que différentes par leur style et leur composition, elles partagent toutes la même orientation : aucune n'est repliée sur elle-même, aucune ne perturbe l'harmonie de l'ensemble. Il en va de même dans l'Église, avec les divers charismes et spiritualités par lesquels le Seigneur enrichit et soutient votre vocation. Chacune reçoit une manière particulière d'exprimer sa foi et de nourrir sa vie intérieure, mais toutes restent orientées vers le même centre.

    Mes chers fils, regardons au cœur de tout cela : c’est là que se révèle ce qui donne sens à vos actions quotidiennes et d’où jaillit votre ministère. Sur l’autel, par vos mains, le sacrifice du Christ est rendu présent dans l’acte le plus sacré confié à l’homme ; dans le tabernacle, Celui que vous avez offert demeure, de nouveau confié à votre garde. Soyez des adorateurs, des personnes ferventes dans la prière, et enseignez à votre peuple à faire de même.

    Au terme de ce cheminement, afin que vous soyez les prêtres dont l’Église a besoin aujourd’hui, je vous confie le même conseil que votre saint compatriote, saint Jean d’Avila : « Soyez tout à lui » ( Sermon 57). Soyez saints ! Je vous confie à Notre-Dame d’Almudena et, le cœur plein de gratitude, je vous accorde la Bénédiction apostolique, que j’étends à tous ceux qui sont confiés à votre charge pastorale.

    Cité du Vatican, 28 janvier 2026. Mémoire de saint Thomas d'Aquin, prêtre et docteur de l'Église.

    LEÓN PP. XIV

  • Message du pape Léon XIV à l'occasion de la 34e Journée Mondiale du Malade 2026 (11 février)

    IMPRIMER

    MESSAGE DU SAINT-PÈRE LÉON XIV
    À l'OCCASION DE LA 34e JOURNÉE MONDIALE DU MALADE 2026

    11 février 2026

    La compassion du Samaritain : aimer en portant la douleur de l’autre 

    Chers frères et sœurs,

    la 34e Journée Mondiale du Malade sera célébrée solennellement à Chiclayo, au Pérou, le 11 février 2026. C’est pourquoi j’ai voulu reproposer l’image du bon Samaritain, toujours actuelle et nécessaire pour redécouvrir la beauté de la charité et la dimension sociale de la compassion, afin d’attirer l’attention sur les nécessiteux et les personnes qui souffrent, comme sont les malades.

    Nous avons tous entendu et lu ce texte émouvant de saint Luc (cf. Lc 10, 25-37). Un docteur de la Loi demande à Jésus qui est le prochain à aimer.  Celui-ci répond en racontant une histoire : un homme qui voyageait de Jérusalem à Jéricho fut attaqué par des voleurs et laissé pour mort. Un prêtre et un lévite passèrent leur chemin, mais un Samaritain eut pitié de lui, banda ses blessures, l’emmena dans une auberge et paya pour qu’on s’occupe de lui. J’ai souhaité proposer une réflexion sur ce passage biblique, avec la clé herméneutique de l’Encyclique Fratelli tutti de mon cher prédécesseur le Pape François, où la compassion et la miséricorde envers les nécessiteux ne se réduisent pas à un simple effort individuel mais se mettent en œuvre dans la relation avec le frère nécessiteux, avec ceux dont on ne s’occupe pas et, à la base, avec Dieu qui nous donne son amour.

    1 - Le don de la rencontre : la joie d’offrir la proximité et la présence.

    Nous vivons immergés dans une culture de l’instantanéité, de l’immédiateté, de la précipitation, mais aussi du rejet et de l’indifférence qui nous empêche de nous approcher et de nous arrêter en chemin pour regarder les besoins et les souffrances autour de nous. La parabole raconte que le Samaritain, en voyant le blessé, ne “passa pas outre”, mais porta sur lui un regard ouvert et attentif, le regard de Jésus qui le conduisit à une proximité humaine et solidaire. Le Samaritain « s’est arrêté, lui a fait le don de la proximité, a personnellement pris soin de lui, a également payé de sa poche et s’est occupé de lui. Surtout, […] il lui a donné son temps ». [1] Jésus n’enseigne pas qui est le prochain, mais comment devenir le prochain, c’est-à-dire comment nous rendre proches. [2] À cet égard, nous pouvons affirmer avec saint Augustin que le Seigneur n'a pas voulu enseigner qui était le prochain de cet homme, mais de qui il devait se faire le prochain. En effet, personne n'est le prochain d'un autre tant qu'il ne s'en approche pas volontairement. C'est pourquoi celui qui a fait preuve de miséricorde est devenu son prochain. [3]

    L’amour n’est pas passif, il va à la rencontre de l’autre ; être prochain ne dépend pas de la proximité physique ou sociale, mais de la décision d’aimer. C’est pourquoi le chrétien devient le prochain de celui qui souffre, suivant l’exemple du Christ, le véritable Samaritain divin qui s’est approché de l’humanité blessée. Il ne s’agit pas de simples gestes de philanthropie, mais de signes qui permettent de percevoir que la participation personnelle aux souffrances de l’autre implique de se donner soi-même. Cela suppose d’aller au-delà de la satisfaction des besoins pour que notre personne fasse partie du don. [4] Cette charité se nourrit nécessairement de la rencontre avec le Christ qui s’est donné pour nous par amour. Saint François l’expliquait très bien lorsqu’il disait, en parlant de sa rencontre avec les lépreux : «  Le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux », [5] parce qu’il avait découvert à travers eux la douce joie d’aimer.

    Le don de la rencontre naît du lien avec Jésus-Christ que nous identifions comme le bon Samaritain qui nous a apporté le salut éternel et que nous rendons présent lorsque nous nous penchons sur notre frère blessé. Saint Ambroise disait : « Puis donc que nul n’est plus notre prochain que Celui qui a guéri nos blessures, aimons-Le comme Seigneur, aimons-Le aussi comme proche : car rien n’est si proche que la tête pour les membres. Aimons aussi celui qui imite le Christ ; aimons celui qui compatit à l’indigence d’autrui de par l’unité du corps ». [6] Être un dans l’Un, dans la proximité, dans la présence, dans l’amour reçu et partagé, et jouir ainsi, comme saint François, de la douceur de l’avoir trouvé.

    2 - La mission partagée dans le soin des malades.

    Saint Luc poursuit en disant que le Samaritain “fut ému”. Avoir de la compassion implique une émotion profonde qui pousse à l’action. C’est un sentiment qui jaillit de l’intérieur et conduit à s’engager envers la souffrance d’autrui. Dans cette parabole, la compassion est la caractéristique distinctive de l’amour actif. Elle n’est ni théorique ni sentimentale, elle se traduit par des gestes concrets : le Samaritain s’approchesoigneprend en charge et s’en occupe. Mais attention, il ne le fait pas seul, individuellement ; « Le Samaritain a cherché un hôte qui pouvait prendre soin de cet homme ; nous aussi, nous sommes invités à nous mobiliser et à nous retrouver dans un ‘‘nous’’ qui soit plus fort que la somme de petites individualités ». [7] J’ai moi-même constaté, dans mon expérience de missionnaire et d’évêque au Pérou, combien de personnes font preuve de miséricorde et de compassion à l’exemple du Samaritain et de l’aubergiste. Les proches, les voisins, les professionnels de santé, les agents de la pastorale de la santé et tant d’autres qui s’arrêtent, s’approchent, soignent, portent, accompagnent et offrent ce qu’ils ont, donnent à la compassion une dimension sociale. Cette expérience, qui s’inscrit dans un réseau de relations, dépasse le simple engagement individuel. Ainsi, dans la Lettre apostolique Dilexi te, je n’ai pas seulement fait référence aux soins aux malades comme une “partie importante” de la mission de l’Église, mais comme une véritable « action ecclésiale » (n. 49). Je citais saint Cyprien pour montrer comment nous pouvons vérifier la santé de notre société à cette dimension : « Cette épidémie, qui semble si horrible et fatale, met à l’épreuve la justice de chaque individu et jauge l’esprit des hommes, vérifiant si les bien-portants se mettent au service des infirmes, si les parents s’aiment sincèrement, si les maîtres ont pitié de la souffrance de leurs serviteurs, si les médecins n’abandonnent pas les malades qui les supplient ». [8]

    Être un dans l’Un signifie nous sentir véritablement membres d’un corps dans lequel nous portons, selon notre propre vocation, la compassion du Seigneur pour la souffrance de tous les hommes. [9] De plus, la douleur qui nous touche n’est pas une douleur étrangère ; c’est la douleur d’un membre de notre propre corps auquel notre Tête nous demande de venir en aide pour le bien de tous. En ce sens, elle s’identifie à la douleur du Christ et, offerte de manière chrétienne, elle accélère l’accomplissement de la prière du Sauveur lui-même pour l’unité de tous. [10]

    3 - Animés par l’amour de Dieu, pour nous retrouver nous-mêmes et retrouver notre frère.

    Dans le double commandement : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même » ( Lc 10, 27), nous pouvons reconnaître la primauté de l’amour de Dieu et sa conséquence directe sur la manière d’aimer et d’entrer en relation de l’homme dans toutes ses dimensions. « L’amour du prochain est la preuve tangible de l’authenticité de l’amour de Dieu, comme l’affirme l’apôtre Jean : “Dieu, personne ne l’a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, en nous son amour est accompli. […] Dieu est Amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui” ( 1 Jn 4, 12.16) ». [11] Même si l’objet de cet amour est différent : Dieu, le prochain, soi-même, et que nous pouvons les comprendre comme des amours distincts, ceux-ci sont toujours inséparables. [12] La primauté de l’amour divin implique que l’action de l’homme soit accomplie sans intérêt personnel ni récompense, mais comme manifestation d’un amour qui transcende les normes rituelles et se traduit par un culte authentique : servir le prochain, c’est aimer Dieu dans la pratique. [13]

    Cette dimension nous permet également de remettre en cause ce que signifie s’aimer soi-même, ce qui implique de nous détourner de l’intérêt porté à l’estime de nous-même ou au sentiment de notre propre dignité fondés sur des stéréotypes de réussite, de carrière, de position ou de lignée, [14] et de retrouver notre vraie position devant Dieu et devant notre frère. Benoît XVI disait que « La créature humaine, qui est de nature spirituelle, se réalise dans les relations interpersonnelles. Plus elle les vit de manière authentique, plus son identité personnelle mûrit également. Ce n’est pas en s’isolant que l’homme se valorise lui-même, mais en se mettant en relation avec les autres et avec Dieu ». [15]

    Chers frères et sœurs, « le véritable remède aux blessures de l’humanité est un mode de vie fondé sur l’amour fraternel qui trouve sa source dans l’amour de Dieu ». [16] Je souhaite vivement que cette dimension fraternelle, “samaritaine”, inclusive, courageuse, engagée et solidaire, qui trouve sa racine la plus intime dans notre union avec Dieu, dans la foi en Jésus-Christ, ne manque jamais dans notre style de vie chrétien. Enflammés par cet amour divin, nous pourrons vraiment nous donner en faveur de tous ceux qui souffrent, en particulier nos frères malades, âgés et affligés.

    Élevons notre prière à la Bienheureuse Vierge Marie, Santé des Malades. Demandons son aide pour tous ceux qui souffrent, qui ont besoin de compassion, d’écoute et de réconfort, et implorons son intercession avec cette prière ancienne, qui était récitée en famille pour ceux qui vivent dans la maladie et la souffrance :

    Douce Mère, ne t’éloigne pas,
    ne détourne pas ton regard de moi.
    Viens avec moi partout
    et ne me laisse jamais seul.
    Puisque tu me protèges autant
    comme une véritable Mère,
    fais que le Père,
    le Fils et le Saint-Esprit me bénissent !

    Je donne de tout cœur ma Bénédiction apostolique à tous les malades, à leurs familles et à ceux qui les assistent, aux travailleurs du secteur de la santé, aux personnes engagées dans la pastorale de la santé et tout spécialement à ceux qui participent à cette Journée mondiale du Malade.

    Du Vatican, le 13 janvier 2026

    LÉON PP. XIV

    ____________________________________________________

    [1] François, Lettre enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), 63.

    [2] Cf. ibid., 80-82.

    [3] Cf. S. Augustin, Sermons, 171, 2 ; 179 A, 7.

    [4] Cf. Benoît XVI, Lettre enc. Deus Caritas est (25 décembre 2005), 34 ; St Jean-Paul II, Lettre ap. Salvifici doloris (11 février 1984), 28.

    [5] S. François d’Assise, Testament 2 : Fonti Francescane, 110.

    [6] S. Ambroise, Traité sur l’Évangile de saint Luc VII, 84.

    [7] François, Lettre enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), 78.

    [8] S. Cyprien, De mortalitate, 16.

    [9] Cf. S. Jean-Paul II, Lettre ap. Salvifici doloris (11 février 1984), 24.

    [10] Cf. ibid., 31.

    [11] Exhort. ap. Dilexi te (4 octobre 2025), 26.

    [12] Cf. ibid.

    [13] Cf. François, Lettre enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), 79.

    [14] Cf. ibid., 101.

    [15] Benoît XVI, Lettre enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), 53.

    [16] François, Message aux participants du 33e Festival international des jeunes (MLADIFEST), Medjugorje, 1-6 août 2022 (16 juillet 2022).

  • Notre-Dame de Lourdes (11 février)

    IMPRIMER

    Lourdes-apparitions.jpgExtraits d'une homélie prononcée par le Pape Jean-Paul II

    (source : missel.free.fr)

    le 11 février 1988, dans la Basilique Saint Pierre,
    pour célébrer la mémoire de la première apparition
    de la Vierge de Lourdes
     

    Aujourd'hui rappelons, chers Frères et Sœurs, une présence significative de cette nouvelle Femme dans notre histoire. Nous célébrons la mémoire liturgique de la première apparition de la Bienheureuse Vierge Marie à Bernadette Soubirous dans la grotte de Massabielle.

    Rappelons ensuite que - comme je le disais dans mon encyclique Redemptoris Mater - “ Marie est présente dans la mission de l'Église, présente dans l'action de l'Église qui fait entrer dans le monde le Règne de son Fils ” (n. 28). Cette présence se manifeste aussi, entre autre, “ par la force d'attraction et de rayonnement des grands sanctuaires où non seulement les individus ou les groupes locaux, mais parfois des nations et des continents cherchent la rencontre avec la Mère du Seigneur ”.

    Lourdes, comme tant d'autres lieux, est un signe particulier de cette action de Marie dans le cours de notre histoire. En effet -comme le dit Vatican II (Const. Dogm. Lumen Gentium,62) - “ après son Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s'interrompt pas ; par son intercession répétée elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n'est pas achevé, ou qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu'à ce qu'ils parviennent à la patrie bienheureuse ”.

    Lourdes Marie accomplit une mission de soulagement de la souffrance et de réconciliation des âmes avec Dieu et avec le prochain.

    Les grâces que cette Mère de Miséricorde obtient aux foules immenses d'une humanité endolorie et égarée, ont toutes le but de les conduire au Christ et de leur obtenir le don de son Esprit.

    Lourdes, Marie, par l'intermédiaire de Sainte Bernadette, s'est révélée, de façon éminente, comme “ porte-parole de la volonté du Fils ” (cf. Enc. Redemptoris Mater, n. 21).

    Tout ce que la Madone dit à la Voyante, tout ce qu'elle l'exhorta à faire, tout ce qui ensuite est né, est arrivé et arrive, reflète, en un certain sens, la “ volonté ” de la Madone : mais au nom de qui a-t-Elle obtenu tout ceci, à la grâce de qui, si ce n'est de son Fils divin ? Donc, Lourdes, nous pouvons le dire, appartient au Christ encore plus qu'à sa Très Sainte Mère. A Lourdes, nous apprenons à connaître le Christ à travers Marie. Les miracles de Lourdes sont les miracles du Christ, obtenus par l'intercession de Marie.

    Pour cela, Lourdes est un lieu privilégié d'expérience chrétienne. A Lourdeson apprend à souffrir comme le Christ a souffert. On accepte la souffrance comme Il l'a acceptée.

    Lourdes la souffrance s'allège parce qu'on la vit avec le Christ. Pourvu qu'on la vive avec le Christ. Soutenus par Marie.

    Lourdes, on apprend que la foi soulage la souffrance, mais pas tellement dans le sens de la diminuer physiquement. C'est le devoir de la médecine, ou cela peut arriver exceptionnellement de façon miraculeuse.

    Lourdes, on apprend que la foi soulage la souffrance en ce qu'elle la rend acceptable comme moyen d'expiation et comme expression d'amour. A Lourdes, on apprend à s'offrir non seulement à la justice divine, mais aussi - comme le disait Sainte Thérèse de Lisieux - à l'Amour miséricordieux de Celui qui, comme je l'ai dit dans ma lettre apostolique Salvifici Doloris(n. 18), a souffert “ volontairement et innocemment ”.

  • Le 11 février, à Lourdes

    IMPRIMER

    7-haut-ND-de-Lourdes-tableau-14-.jpgOn fête aujourd'hui Notre-Dame de Lourdes...

    A Lourdes, en 1858, la famille de Bernadette Soubirous, ruinée, a trouvé refuge au cachot. Le 11 février 1858, Bernadette, sa sœur Toinette et leur amie Jeanne Abadie, vont chercher du bois. Elles se dirigent vers "l'endroit où le canal rejoint le Gave". Elles arrivent devant la Grotte de Massabielle. Toinette et Jeanne traversent l'eau glaciale du canal. Bernadette, en raison de son asthme chronique, hésite à faire autant. C'est alors qu'elle "entend un bruit comme un coup de vent", mais "aucun arbre ne bouge".  Levant la tête, elle voit, dans le creux du rocher, une petite demoiselle, enveloppée de lumière, qui la regarde et lui sourit". C'est la première apparition de Notre Dame.

    source : le-message-de-lourdes

  • St Pierre de Jésus Maldonado Lucero, prêtre et martyr au Mexique (+ 1937)

    IMPRIMER

    D'Evangile au Quotidien :

    St Pierre de Jésus Maldonado Lucero

    St Pierre de Jésus Maldonado Lucero

    Fête le 11 Février

    Saint Pedro de Jésus Maldonado Lucero

    Prêtre et martyr au Mexique

    Pedro de Jésus Maldonado naît à Sacramento, Chihuahua, le 8 juin 1892. À l’âge de 17 ans, il répond à l’appel de Dieu et entre au séminaire de Chihuahua. De santé fragile, il souffre des mauvaises conditions sanitaires prévalant à l’époque dans cette institution.

    En 1918, il est envoyé à El Paso, au Texas, pour y recevoir les Ordres; il est ordonné prêtre le 25 janvier 1918 dans la Cathédrale St. Patrick, par Jésus Schuler s.j., évêque de El Paso.
    Le Père Maldonado célèbre sa première Messe dans la paroisse Sagrada Familia de Chihuahua le 11 février, jour de la Fête de Notre-Dame de Lourdes.

    Le 1er janvier 1924, il est nommé curé de la paroisse Santa Isabel, où il suscite l’enthousiasme de ses paroissiens ; l’Adoration au Saint Sacrement, ainsi que d’autres pratiques religieuses, prirent de l’essor. Le Père Maldonado avait aussi encouragé ses ouailles à plus d’amour et de dévotion envers la Vierge Marie.

    En 1926, le gouvernement mexicain entame une persécution à l’encontre de l’Église. Le culte public est suspendu ; les églises, séminaires et écoles religieuses sont fermées. L’État de Chihuahua est en partie épargné des hostilités, grâce aux mesures prudentes instituées par les autorités locales.
    Avant 1931 il y a une nouvelle vague de persécution religieuse ; l’état de Chihuahua aussi est embrasé par la violence. Des prêtres sont persécutés et exilés. Des responsables et des enseignants catholiques sont forcés de signer des déclarations indiquant qu’ils renonçaient à leur Foi. Toute manifestation publique, visant à dénoncer l’action du gouvernement, était aussi interdite.

    En 1934, le P. Maldonado, arrêté et expulsé d’El Paso, demande de réintégrer sa paroisse le plus tôt possible.

    Revenu au Mexique en 1936 à Boquilla del Rio, une ville situé près de Santa Isabel, il  réside là bas en compagnie d’une famille catholique qui avait transformé une partie de sa maison en lieu où célébrer la Messe.

    Le 10 février 1937, Mercredi des cendres, Pedro de Jésus confessait des gens lorsqu’un groupe d’hommes ivres et armés part à sa recherche à travers la ville.
    Bien que des fidèles tentent de le cacher, le Père fut capturé. Ses ravisseurs le firent marcher pieds nus jusqu’au centre de la ville. Tout au long du trajet, le prisonnier récita le rosaire à voix haute, accompagné par ses paroissiens qui marchèrent et prièrent à ses côtés.
    Lorsque le groupe arriva à l’hôtel de ville, un fonctionnaire municipal attrapa le Père Maldonado par les cheveux et le frappa d’un coup de poing. Un leader politique dégaine son pistolet et vise le Père Maldonado qui s’effondre.
    Voyant qu’il vivait toujours, ses persécuteurs le frappèrent avec la crosse de leurs fusils et le trainèrent jusqu’au deuxième étage du bâtiment, l’abandonnant, inconscient. Découvert par un groupe de femmes on l’amena à l’hôpital où on lui donna l’extrême-onction.

    Le Père Maldonado est mort en martyr, le 11 février 1937, et son sacrifice n’a pas été vain. Le 26 avril 1937, le gouverneur de Chihuahua signe, en effet, une requête autorisant la reprise du culte public dans son État.
    Le 1er mai, les cloches de la Cathédrale sonnèrent à nouveau, appelant les fidèles à la Messe. Le jour du premier anniversaire de la mort du père Maldonado, le culte public avait repris partout dans l’État de Chihuahua. Le gouvernement venait de mettre un terme à toutes persécutions à l’encontre des Catholiques.

    Pedro de Jesus Maldonado Lucero, victime de la ‘Guerre Cristera’ a été reconnu comme un authentique martyr de la foi et, comme tel, a été béatifié le 22 novembre 1992 et canonisé, avec 24 autres martyrs mexicains, le 21 mai 2000, à Rome, par saint Jean-Paul II (Karol Józef  Wojtyła, 1978-2005)

    Canonisés le 21 mai 2000 :

    Prêtres : Cristóbal Magallanes Jara, Agustín Caloca Cortés, Román Adame Rosales, Rodrigo Aguilar Alemán, Julio Álvarez Mendoza, Luis Batis Sainz, Mateo Correa Magallanes, Atilano Cruz Alvarado, Miguel de la Mora, Pedro Esqueda Ramírez, Margarito Flores García, José Isabel Flores Varela, David Galván Bermúdez, Pedro de Jesús Maldonado Lucero, Jesús Méndez Montoya, Justino Orona Madrigal, José María Robles Hurtado, Toribio Romo González, Jenaro Sánchez Delgadillo, Sabas Reyes Salazar, David Uribe Velasco, Tranquilino Ubiarco  Robles.

    Laïcs : Salvador Lara Puente, Manuel Morales, David Roldán Lara.

    Source principale : reflexionchretienne.e-monsite.com (« Rév. x gpm »).
  • Fulton Sheen bientôt béatifié : un apôtre qui a transformé l'Église

    IMPRIMER

    De Mgr Roger Landry sur le NCR :

    Fulton Sheen bientôt béatifié : un apôtre qui a transformé l'Église

    COMMENTAIRE : L’archevêque Sheen incarnait la sainteté et la mission, les deux aspects les plus fondamentaux de la vie chrétienne.

    L'archevêque Fulton Sheen.
    L'archevêque Fulton Sheen. (Photo : Diocèse de Peoria)

    L'annonce tant attendue de la béatification prochaine de l'archevêque Fulton Sheen (1895-1979) apporte une immense joie non seulement aux endroits où il a exercé son ministère — Peoria, Westminster, Washington DC, New York et Rochester — mais aussi à travers les États-Unis et le monde entier. 

    L'archevêque Sheen, prédicateur catholique le plus célèbre de l'histoire américaine, a su tirer parti des tribunes naissantes de la radio et de la télévision pour communiquer avec passion, joie et un charisme débordant les vérités de la foi catholique et le don de la vie. Il y a ajouté un talent d'écriture prodigieux – 66 livres et des dizaines de milliers de chroniques – ainsi que des retraites audio, des conférences et des séries catéchétiques, des homélies et des sermons très populaires qui remplissaient les églises et les stades. 

    Grâce à la rediffusion régulière de ses émissions télévisées par EWTN, à la réimpression de ses livres et à la numérisation de nombreuses œuvres audio, il continue d'avoir un impact énorme sur la foi des catholiques à travers le pays et le monde.  

    Sheen compte déjà parmi les prédicateurs les plus éloquents de tous les temps, aux côtés d'Augustin, Chrysostome, Bernard, Bossuet et Lacordaire. Sa béatification prochaine – et nous prions pour sa canonisation un jour – assurera et renforcera son influence durable sur la vie catholique, et permettra à tous ceux qui ne pourront jamais égaler son éloquence de connaître et d'imiter ce qui, dans ses vertus, est exemplaire. 

    Nous pouvons nous concentrer sur ce que nous pouvons tous apprendre de lui concernant les deux aspects les plus fondamentaux de la vie chrétienne : la sainteté et la mission, être un fidèle disciple de Jésus et un apôtre fervent, cherchant avec enthousiasme à amener Jésus aux autres et les autres à lui. 

    L'archevêque Sheen était un fervent disciple de Jésus. Lorsqu'il reçut un Emmy Award en 1952, il plaisanta en disant qu'il souhaitait remercier ses auteurs, Matthieu, Marc, Luc et Jean. Un jour, alors qu'il récitait avec l'acteur Richard Burton le psaume 23, « Le Seigneur est mon berger », Burton fit remarquer à l'assistance émue que s'il connaissait le psaume, l'archevêque Sheen, lui, connaissait le Berger. Quiconque lit son ouvrage le plus célèbre, Vie du Christ , comprend que le bienheureux Fulton était bien plus qu'un brillant érudit du Sauveur : c'était un ami reconnaissant qui l'aimait comme un trésor inestimable. De même, quiconque écoute ses célèbres méditations du Vendredi saint sur les Sept Dernières Paroles de Jésus ne peut que conclure qu'il connaissait le Seigneur profondément. 

    Cet amour permet de comprendre comment l'archevêque Sheen est devenu le plus grand apôtre de l'heure sainte eucharistique — et le plus grand vulgarisateur de la prière en présence du Saint-Sacrement — dans l'histoire de l'Église. 

    Lire la suite

  • 10 février : la tragédie des Foibe

    IMPRIMER

    De Lorenza Formicola sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    Il y a quatre-vingts ans, l'Église a résisté à la terreur de Tito.

    Face à la férocité des envahisseurs yougoslaves, évêques et prêtres érigèrent un dernier bastion de liberté, tissant des réseaux d'aide humanitaire et dénonçant la terreur communiste et l'athéisme d'État. Une page dramatique de l'histoire, culminant avec la tragédie du foibe et l'exode istrien, trop longtemps passée sous silence au nom de l'opportunisme politique.

    10/02/2026

    Entre l'automne 1943 et 1948, la frontière orientale de l'Italie – entre l'Istrie, Fiume et la Dalmatie – fut le théâtre d'un nettoyage ethnique et politique impitoyable orchestré par les milices communistes du maréchal Tito. Le bilan fut une plaie béante pour la nation : 350 000 exilés et plus de 20 000 victimes, anéantis dans une tentative d'éradiquer l'identité italienne et d'écraser toute résistance à l'annexion yougoslave.

    Les foibe, crevasses naturelles du Karst, entonnoirs rocheux pouvant atteindre 200 mètres sous terre, symbolisent cet extermination. La technique d'exécution mise au point par les milices communistes était d'une férocité insoutenable : les prisonniers étaient ligotés avec du fil barbelé et alignés au bord de la foibe ; les miliciens ne tiraient que sur ceux qui se trouvaient en tête de file, lesquels, en tombant, entraînaient avec eux toute la chaîne d'hommes encore vivants dans le vide. Nombreux ne moururent pas sur le coup, mais agonisèrent pendant des jours dans l'obscurité, ensevelis vivants sous des tonnes de débris et de corps. Au puits de Basovizza, par exemple, à 250 mètres de profondeur, on découvrit quatre cents mètres cubes de restes humains, scellés ensuite à l'explosif pour dissimuler le massacre.

    Cette tragédie, restée silencieuse pendant des décennies, est commémorée solennellement aujourd'hui, le 10 février, Journée du Souvenir, instituée par une loi d'État en 2004. La stratégie des envahisseurs yougoslaves était chirurgicale : frapper les piliers de la société civile pour anéantir l'identité italienne. Intellectuels, médecins et enseignants furent mis sur liste noire, mais les prêtres furent particulièrement cruellement persécutés. Pour les milices communistes de Tito, les prêtres n'étaient pas seulement les ministres d'une religion combattue par l'athéisme communiste, mais aussi les derniers repères d'une population profondément religieuse.

    Et tandis que l'appareil militaire et civil italien s'effondrait, les évêques et les prêtres demeuraient le seul rempart. Ce sont les « hommes en noir » qui ont tissé un réseau clandestin de sauvetage permettant à 350 000 Italiens de fuir. La réponse de Tito fut une persécution systématique : les personnes consacrées furent qualifiées d’« insectes » à éliminer, d’innombrables séminaristes et religieuses disparurent sans laisser de traces, et de nombreuses églises furent rasées pour effacer la mémoire historique des lieux.

    Le conflit entre foi et idéologie à Fiume explosa le 22 juin 1946, jour de la Fête-Dieu. Dans une tentative de saper l’unité ecclésiastique, le régime déclara ce jour ouvrable – ancré depuis longtemps dans le calendrier civil – férié, menaçant de licenciement et de retrait de carte de rationnement quiconque déserterait son emploi. Malgré l’intimidation, la population de Fiume choisit la désobéissance civile massive. Des milliers de citoyens envahirent les rues, encerclant la cathédrale Saint-Guy.

    Défiant ouvertement le diktat du régime, l’évêque Ugo Camozzo (photo) Il choisit de ne pas reculer, menant la procession solennelle à travers une ville suspendue entre dévotion et terreur. Ce fut une véritable mêlée spirituelle : tout au long du parcours, des miliciens en civil et des activistes communistes bombardèrent le clergé de pierres et d’ordures. Des témoins oculaires se souviennent de Monseigneur Camozzo avançant imperturbablement dans la fumée de la haine, les mains serrées autour de l’ostensoir pour le protéger sous le dais, tandis que le tonnerre des prières et des chants des fidèles s’élevait comme un mur de son pour couvrir les insultes et les cris des assaillants.

    Ce fut le dernier acte de liberté pour l’identité catholique italienne à Rijeka . Avant l’exil, Monseigneur Camozzo accomplit un geste prophétique : il divisa le drapeau tricolore en trois bandes, les cachant entre les pages de son bréviaire pour échapper aux contrôles yougoslaves. Nommé archevêque de Pise en 1948, Camozzo devint « l'évêque des exilés », opposant une ferme résistance diplomatique au régime communiste. Grâce à une pression internationale tenace, il parvint à sauver 27  prêtres et séminaristes des camps de travail yougoslaves. Dans ses lettres pastorales, il ne cessa de donner la parole aux habitants de Fiume. Parmi

    les martyrs du régime de Tito, la figure de Monseigneur Antonio Santin, évêque de Trieste et de Koper, se distingue également. Son « Vendredi de la Passion » coïncida avec le 19 juin 1947, jour de la fête de saint Nazarius, saint patron des Italiens : une ultime occasion pour eux d'affirmer leur identité et un devoir pastoral pour l'évêque, déterminé à administrer des confirmations ce même jour, malgré l'interdiction. « J'irai, même au péril de ma vie », déclara-t-il.
    L'embuscade fut minutieusement planifiée à l'intérieur du séminaire, où l'évêque se préparait pour la célébration. Il ne s'agissait pas d'une émeute spontanée, mais d'une attaque coordonnée de miliciens et d'agitateurs communistes slaves.

    Monseigneur Santin se souvient ainsi de ces instants : « Ils m'ont trouvé, ils m'ont insulté, criant que je devais partir… Ils m'ont violemment traîné dans l'escalier du séminaire, me frappant à coups de poing et de bâton à la tête. J'ai atteint la cour, ayant perdu ma mozzetta, mon rochet, ma croix et mes chaussures. J'étais couvert de sang. » Ayant survécu à un lynchage et à une tentative d'agression au couteau, Monseigneur Santin déjoua peu après le dernier piège tendu par ceux qui voulaient le noyer avec une pierre autour du cou, choisissant de rentrer par voie terrestre, debout sur un camion, sous une pluie de pierres.
    De retour à Trieste, sa cathédrale San Giusto devint un bastion de la liberté. De cette chaire, en 1948, Monseigneur Santin ne cessa de condamner le « règne de la terreur communiste » et l'athéisme d'État. Il alla jusqu'à interdire la lecture de la presse communiste.

    Mais sa résistance ne se limitait pas aux mots. Avec le père Pietro Damiani, l'évêque Santin mit en place un réseau clandestin de sauvetage qui, grâce à un appel radiophonique poignant, permit de sauver plus de mille enfants de la misère et de la mort. Ce fut le prêtre qui ne recula pas, démontrant ainsi que si le communisme pouvait occuper le pays, il n'était pas encore parvenu à soumettre les âmes.

    Dans ce climat de terreur, l'exode massif devint le seul moyen d'échapper à une persécution ethnique et idéologique systématique. Les milices communistes de Tito s'en prenaient non seulement aux citoyens italiens, mais aussi à leurs prêtres, faisant d'eux les cibles privilégiées d'une violence visant à éradiquer toute trace d'identité religieuse et nationale.

    Mais le paradoxe historique atteignit son paroxysme dans les colonnes de  L'Unità –  organe officiel du Parti communiste italien  –  le 30 novembre 1946, lorsque le sort de 350 000 exilés fut balayé d'un revers de main un cynisme qui choque encore aujourd'hui : « Nous ne pourrons jamais considérer comme ayant droit à l'asile ceux qui ont afflué dans nos grandes villes, non pas sous la pression de l'ennemi qui avance, mais par crainte du souffle de liberté qui a précédé ou accompagné l'avancée des armées libératrices. […] Ils ne méritent vraiment pas notre solidarité, ni le droit de nous voler notre pain et notre espace, déjà si rares. »
    Pendant soixante ans, cette page de l'histoire italienne a été effacée des livres, sacrifiée sur l'autel d'un opportunisme politique qui a préféré le silence à la vérité.

  • Sauver Jimmy Lai sans oublier Hong Kong

    IMPRIMER

    De Riccardo Cascioli sur la NBQ :

    Sauvez Jimmy Lai, n'oubliez pas Hong Kong

    Au lendemain de la condamnation à vingt ans de prison de l'homme d'affaires et éditeur pro-démocratie, les États-Unis et le Royaume-Uni réclament sa libération pour raisons humanitaires. Pendant ce temps, le Vatican maintient un silence scandaleusement total sur cette affaire, par souci de ne pas froisser Pékin.
    – TÉMOIGNAGE D'UN JOURNALISTE : « C'est un martyre blanc. »
    – ARCHIVES : Jimmy Lai, un catholique contre le pouvoir  

    10/02/2026

    Maintenant que Jimmy Lai a été condamné à 20 ans de prison par un tribunal de Hong Kong, l'affaire prend une dimension internationale et le cas de l'éditeur-directeur du journal Apple Daily pourrait devenir l'un des pions de ce complexe jeu d'échecs qui établira de nouveaux équilibres géopolitiques.

    Les réactions d'hier au verdict ont déjà révélé les suites possibles. Le gouvernement chinois, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Lin Jian, a exprimé son « plein soutien » au gouvernement de Hong Kong et à la sentence prononcée par les juges au nom de la sécurité nationale, adressant ainsi un message clair à Londres et à Washington : les pays concernés doivent « respecter la souveraineté de la Chine et le système juridique de Hong Kong, s'abstenir de toute déclaration irresponsable et ne pas s'ingérer de quelque manière que ce soit dans le système judiciaire de Hong Kong ni dans les affaires intérieures de la Chine ». De son côté, le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, déplorant « l'issue injuste et tragique de cette affaire », a demandé à la Chine d'accorder à Jimmy Lai une libération conditionnelle exceptionnelle, une requête partagée par le gouvernement britannique, par l'intermédiaire de sa ministre des Affaires étrangères, Yvette Cooper. Cette demande se justifie par l'âge de Jimmy Lai (il a eu 78 ans en décembre dernier) et par son état de santé, qui s'est encore dégradé durant ses années d'incarcération.

    Il est possible — et on espère — que le cas de Jimmy Lai soit inclus dans certaines négociations — commerciales, militaires ou politiques — afin qu'il puisse être libéré pour des raisons humanitaires, peut-être avec un exil au Royaume-Uni avec sa famille, tandis que la Chine conserverait son droit de gérer Hong Kong comme bon lui semble, et peut-être en échange de certaines concessions de la part des États-Unis et du Royaume-Uni.

    Une telle solution serait certes souhaitable à ce stade concernant le sort de Jimmy Lai, mais elle laisserait la question de Hong Kong en suspens. Car, rappelons-le, si Jimmy Lai est devenu, à juste titre, le symbole de la lutte pour la liberté et la démocratie, d'autres journalistes et militants pro-démocratie se trouvent dans une situation similaire : hier, huit autres personnes ont été condamnées avec lui (six anciens employés d'Apple Daily et deux représentants d'associations pro-démocratie) à des peines allant de six à dix ans. Et dans les prochains jours – comme le rappelait AsiaNews hier – les condamnations de trois autres militants pro-démocratie, qui risquent jusqu'à dix ans de prison pour sédition, sont attendues : l'avocat Chow Hang-tung (40 ans), Lee Cheuk-yan (68 ans) et Albert Ho (74 ans), incarcéré depuis 2021.

    « Sauver » Jimmy Lai et fermer les yeux sur tout le reste serait faire preuve de myopie, car l’étouffement de Hong Kong a des implications qui vont bien au-delà du sort des plus de sept millions d’habitants de l’ancienne colonie britannique.

    Ce qui se passe constitue une violation flagrante de l'accord sino-britannique par lequel le Royaume-Uni a rétrocédé Hong Kong à la Chine le 1er juillet 1997. Aux termes de cet accord, sous le slogan « un pays, deux systèmes », Pékin garantissait aux Hongkongais les mêmes droits et libertés que ceux garantis dans la colonie par le Royaume-Uni pendant 50 ans. Or, au cours des 28 dernières années, Pékin a assisté à la destruction progressive et systématique du système hongkongais, fondée sur des interprétations subjectives, voire arbitraires, des accords signés.

    Ce qui suffit à comprendre que la principale difficulté avec le régime communiste chinois réside précisément dans son manque de fiabilité. Cela explique aussi la situation concernant l'accord secret sino-vatican sur la nomination des évêques catholiques. Jusqu'à présent, le Saint-Siège a toujours fait bonne figure, ratifiant systématiquement avec un retard humiliant les nominations décidées unilatéralement par Pékin, qui, ce n'est pas un hasard, ignore systématiquement le Saint-Siège dans ses communiqués officiels.

    À cet égard, voici l'autre aspect troublant de l'affaire Jimmy Lai : le silence total du Vatican, mais aussi de l'Église à Hong Kong. Les médias du monde entier se contentent de relater l'histoire d'un entrepreneur et éditeur qui a lutté pour la liberté et la démocratie, faisant de lui un symbole de la liberté de la presse. Mais l'histoire de Jimmy Lai est bien plus que cela.
    C'est une histoire de foi, celle d'un converti qui, dans sa rencontre avec le Christ, a aussi compris le sens de son combat pour la liberté. Et la présence constante et silencieuse du cardinal Joseph Zen à chaque audience, lui qui l'a baptisé en 1997, est significative. Ses années de prison, comme l'a témoigné un ancien journaliste de son journal, Apple Daily, auprès de La Bussola ( cliquez ici ), nous ont révélé un véritable confesseur de la foi, un témoin du martyre blanc.

    Et le Vatican l'ignore complètement, plus soucieux de ne pas déplaire au régime communiste chinois que d'exprimer sa proximité et sa solidarité avec un frère persécuté, et de mettre en lumière son exemple pour tous les croyants. Hier, les médias du Vatican n'ont même pas relayé la sentence : Vatican News et Osservatore Romano ont couvert l'actualité internationale, de la victoire électorale du Premier ministre Sanae Takaichi au Japon aux massacres au Congo, de la mort du physicien Antonino Zichichi aux nouvelles colonies israéliennes en Cisjordanie. Mais pas un mot sur la condamnation de Jimmy Lai, pourtant largement relayée par la presse internationale, de droite comme de gauche.

    Un silence gêné et embarrassé, qui en dit long sur le désastre que provoque le Secrétariat d'État du Vatican avec le dossier chinois.