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Foi

  • Quand Léon XIV célèbre « le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée »

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    LÉON XIV

    AUDIENCE GÉNÉRALE

    Place Saint-Pierre
    Mercredi 17 juin 2026

    Catéchèse. Le Voyage apostolique en Espagne

    Chers frères et sœurs, bonjour et bienvenue !

    Aujourd’hui, je souhaite vous proposer quelques réflexions sur le voyage apostolique que j’ai effectué la semaine dernière en Espagne, visitant Madrid, Barcelone, l’abbaye de Montserrat et les îles Canaries.

    Après un long périple dans quatre pays africains, je me suis cette fois retrouvé plongé dans un pays européen doté d’une ancienne et très riche tradition catholique. Et il est apparu clairement que dans l’Espagne d’aujourd’hui, qui a connu de notables changements sociaux et culturels, le Pape a été accueilli partout avec enthousiasme et ouverture à l’écoute. J’en rends grâce à Dieu et à tout le peuple espagnol, au Roi et aux autorités civiles, aux évêques et aux communautés ecclésiales.

    Le peuple de Dieu m’a beaucoup réconforté par la manifestation joyeuse de sa foi et de son affection. À mon tour, j’ai confirmé les fidèles et, comme évêque de Rome, je les ai encouragés à surmonter toute forme de division et d’opposition en cultivant toujours la communion, le dialogue, l’unité dans la diversité. Tel est le service propre au Successeur de Pierre, service qui trouve une expression spécifique dans les voyages apostoliques, chaque fois adaptée aux situations ecclésiales et sociales des pays visités.

    En Espagne, j’ai pu constater avec joie à quel point les gens, de tous âges et de toutes conditions, attendaient la visite du Pape : partout, j’ai trouvé des foules venues m’accueillir avec une grande chaleur. Cela n’allait pas de soi, et cela mérite réflexion. Naturellement, cette participation exprime avant tout, comme je le disais, la foi du peuple espagnol ; en même temps, je pense qu’elle manifeste le besoin généralisé de se retrouver unis sur un fondement vrai et profond – qui ne soit ni intéressé ni idéologique. Ce fondement que seul le Christ, en dernière analyse, peut garantir, et que l’Évangile, à travers les « inculturations » nécessaires, peut transmettre dans la vie des peuples. Il le peut parce que son message répond pleinement à ces deux exigences : la recherche de la vérité et la soif de justice.

    À Madrid et à Barcelone, nous nous sommes rassemblés dans les grandes cathédrales ainsi que dans des stades ultramodernes. Nous avons prié le Saint Rosaire à l’abbaye de Montserrat. Nous avons célébré la messe à la Sagrada Familia, symbole majestueux, symphonie de pierre et de lumière qui parle à tous du mystère chrétien. Cette rencontre entre l’ancien et le moderne, entre la tradition catholique et la culture contemporaine, m’a fait percevoir de manière vive le caractère propre de l’Europe, sa richesse inestimable, en tant que réalité actuelle, non dépassée. Il s’agit d’un patrimoine à préserver avec soin, afin de pouvoir l’investir dans le monde d’aujourd’hui avec ses défis historiques : la paix, l’écologie intégrale, le développement équitable et durable, le respect de la dignité humaine. Ce sont là des défis que le Concile Vatican II avait déjà clairement reconnus et sur lesquels le Magistère qui a suivi est revenu, jusqu’à ma récente encyclique Magnifica humanitas, qui vise à protéger la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle.

    J’ai perçu, à travers ces différentes rencontres, le besoin d’entendre dans la voix du Pape l’Évangile de l’espérance pour notre humanité d’aujourd’hui, durement éprouvée par les conséquences négatives d’un modèle de développement trompeur. Ce besoin, qui s’est exprimé à travers les nombreux témoignages que j’ai pu entendre – des témoignages tantôt émouvants, tantôt édifiants –, je l’ai reconnu aussi et surtout sur les visages des petits et des pauvres que j’ai rencontrés : celui de l’enfant qui m’a lu sa lettre à la paroisse ; celui de certaines victimes d’abus, qui demandent à être écoutées ; des détenus qui m’attendaient en prison ; des jeunes pleins d’inquiétude et de projets ; des migrants dans les centres d’accueil des Canaries.

    C’est précisément là, aux îles Canaries, dernière étape de notre itinéraire, qu’une clé de lecture globale m’a été offerte. Elle m’a été offerte, d’une part, par la situation géographique même de cet archipel ; et, d’autre part, par la réalité d’une Église locale qui accueille un grand nombre de migrants forcés, provenant surtout d’Afrique. Nous savons que le phénomène migratoire est complexe et qu’il exige des plans d’action cohérents et concertés. Mais cette clé de lecture ouvre une perspective différente et plus large : elle nous fait comprendre comment nous sommes appelés à relire l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui, en échangeant les dons de nos cultures respectives, et en particulier les fruits produits en elles par la fécondité du message du Christ. Et l’un de ces fruits est précisément le dialogue entre les personnes et entre les peuples, la rencontre dans un esprit de fraternité, qui permet de découvrir et d’apprécier mutuellement les valeurs dont l’autre est porteur. Ce chemin n’est pas facile, il exige de la bonne volonté et l’aide de Dieu, mais c’est le chemin qui mène à la civilisation de l’amour.

    Chers frères et sœurs, la devise de ce voyage apostolique était “Alzad la mirada”, “Levez les yeux!” (cf. Jn 4, 35). Ce sont les paroles de Jésus, adressées à ses premiers disciples, pour leur apprendre à voir dans les personnes et dans les foules le désir de vie, de vérité, de plénitude. C’est à moi d’abord que le Seigneur répète ces paroles, et par sa grâce, j’en ai fait l’expérience également au cours de ce voyage. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous cette invitation : levons les yeux ! Apprenons de Jésus à regarder notre prochain, les gens, le monde «avec les yeux de Dieu», c’est-à-dire avec amour, respect et compassion.

    Enfin, je tiens à remercier tous ceux qui ont prié pour le bon déroulement de ce voyage apostolique, en particulier les communautés de moniales contemplatives, qui, en Espagne, grâce à Dieu, sont très nombreuses. Continuez à prier, afin que, par l’intercession de la Vierge Marie, les graines que j’ai semées portent des fruits abondants. Merci !

  • Irak : l'histoire d'une communauté chrétienne sous pression

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    Du site de l'ECLJ :

    Les chrétiens irakiens : l'histoire d'une communauté sous pression

    18 juin 2026

    En deux décennies, la population chrétienne d'Irak a chuté de 85 %. Les descendants des Assyriens et des Babyloniens, héritiers de l'une des plus anciennes civilisations du monde, sont confrontés à une série d'épreuves incessantes qui rendent chaque jour plus difficile le choix de rester sur leur terre ancestrale.

    Le conflit israélo-iranien n'a pas épargné l'Irak, et la région autonome du Kurdistan irakien, au nord du pays, en subit de plein fouet les conséquences. Le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), pris en étau par sa position géographique et la convergence d'intérêts stratégiques, est devenu, malgré lui, un théâtre de tensions. Dans ce contexte, les chrétiens se retrouvent une fois de plus en première ligne. Ankawa, commune chrétienne d'Erbil, capitale du Kurdistan irakien et cœur de la communauté chrétienne du pays, se situe à quelques centaines de mètres seulement de la base militaire américaine de l'aéroport international d'Erbil, une proximité qui en fait une victime collatérale.

    Des attaques de drones menées par des milices chiites ont endommagé plusieurs bâtiments appartenant à l'archidiocèse chaldéen d'Erbil, notamment le complexe d'appartements Bienheureux Michel McGivney et le couvent des Filles chaldéennes de Marie Immaculée. La plaine de Ninive n'a pas été épargnée. Cette région, située à l'est et au nord de Mossoul, comprend plusieurs villes historiquement chrétiennes telles que Qaraqosh, Bartella, Karamlesh, Telkief et Alqosh, et demeure l'un des territoires les plus complexes du nord de l'Irak. Relevant du gouvernorat de Ninive, elle se trouve à la frontière entre les zones d'influence de Bagdad et du gouvernement régional du Kurdistan. Si certaines villes sont administrées par les autorités kurdes, d'autres relèvent du gouvernement fédéral ou sont marquées par la présence de divers groupes armés. Dans ce contexte particulièrement sensible, la ville de Bartella a également été touchée, cette fois par des frappes aériennes américaines.

    La ville de Bartella, située dans la province de Ninive, a été frappée par des drones américains en mars 2026.

    Contrairement aux épreuves passées, il n'y a aujourd'hui ni ligne de front clairement définie, ni refuge. Les missiles sont imprévisibles et peuvent frapper n'importe où. Une menace diffuse et invisible plane à nouveau sur une communauté qui semble ne jamais cesser de payer le prix de la guerre.

    Une communauté au bord de l'extinction

    Les chrétiens d'Irak ne constituent pas une simple minorité religieuse ; ils forment un peuple autochtone dont l'identité se perpétue grâce à l'usage du « sureth », une langue néo-araméen encore parlée dans la liturgie et au quotidien. Le Kurdistan irakien, et en particulier Ankawa à Erbil, ainsi que la plaine de Ninive, abritent une mosaïque de communautés. Parmi celles-ci figurent l'Église chaldéenne de rite catholique oriental, la plus importante d'Irak ; l'Église apostolique assyrienne d'Orient, dont le siège patriarcal est à Erbil ; l'Ancienne Église d'Orient (qui s'est séparée de l'Église apostolique assyrienne d'Orient en 1964) ; les Églises syriaque catholique et orthodoxe ; et les minorités arméniennes, descendantes des exodes du début du XXe siècle. Leur disparition ne serait pas un simple changement démographique, mais la fin d'une civilisation enracinée dans l'histoire.

    Messe de Pâques à la cathédrale syriaque orthodoxe Notre-Dame de la Lumière d'Ankawa, célébrée par Son Excellence Nicodème Daoud Sharaf

    Comme leECLJComme l'indiquait un rapport de mai 2025, la présence de ces chrétiens en Irak est menacée d'extinction. Avant l'invasion américaine de 2003, ils étaient environ 1,5 million. Depuis, ils sont victimes de violences aveugles. Dans les années 2000, une vague de violences ciblées et d'enlèvements a d'abord déferlé ; puis, en 2014, la conquête de la plaine de Ninive par l'État islamique a provoqué un exode massif vers l'Occident et les pays voisins. Selon un communiqué de presse de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) daté de juillet 2024, il n’en reste que 250 000 en raison de ce déclin continu, soit une baisse de 85 % en deux décennies.

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  • Les jésuites quittent Liège...

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    Oui, c’est une page d’histoire qui se tourne à Liège.

    Les Jésuites quittent effectivement la Cité ardente en 2026, après plus de 456 ans de présence continue (depuis 1569 environ). La communauté de la rue Saint-Gilles fermera ses portes à la fin de l’année scolaire 2025-2026.

    • Les premiers Jésuites étaient arrivés peu après la fondation de la Compagnie (1540), avec des figures comme Pierre Canisius.
    • Ils fondèrent ou reprirent plusieurs établissements : le Collège en Isle (1582), le Collège des Anglais (1616), puis plus tard le Collège Saint-Servais (repris en 1838), le Collège Saint-Louis et l’Institut Gramme (début XXe siècle, aujourd’hui intégré à HELMo).
    • Leur rôle a été central dans l’éducation humaniste, la formation intellectuelle, la pastorale et l’engagement social à Liège pendant des siècles.

    Le départ s’inscrit dans une réorganisation plus large de la Province jésuite d’Europe occidentale francophone (EOF), liée au vieillissement des effectifs et à une baisse des vocations. Le dernier Jésuite en fonction au Collège Saint-Servais est parti à la retraite, scellant la décision.

    Les Jésuites ont incarné une tradition éducative exigeante (ratio studiorum), alliant rigueur intellectuelle, formation du caractère, discernement et ouverture au monde. Leur empreinte à Liège est profonde, et leur départ physique marque la fin d’une présence ininterrompue exceptionnelle.

    La perte d’une communauté religieuse résidente active (pastorale, accompagnement spirituel, animation intellectuelle) est bien réelle dans un contexte de sécularisation forte en Europe occidentale. Les Jésuites ont souvent été des « ponts » entre foi, culture et société ; leur retrait s’inscrit dans un mouvement plus large de déclin des ordres religieux en Belgique et en Europe.

    C’est une évolution triste pour ceux qui attachent de l’importance à cet héritage. Liège perd une part de son identité historique distinctive. La question plus large est celle de la transmission : comment préserver et actualiser cet esprit éducatif et spirituel sans les acteurs qui l’ont incarné pendant près de cinq siècles ?

    Même chose à Murcie : Le manque de vocations contraint les Jésuites à quitter Murcie après plus de 150 ans de présence

  • Chesterton et la crise de la civilisation occidentale

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    De Ruadhan Jones sur le Catholic Herald :

    Chesterton et la crise de la civilisation occidentale

    Un débat transatlantique persiste quant à la question de savoir si les États-Unis ou l'Europe sont plus riches. Il est surprenant d'observer ce phénomène, non pas parce que les arguments sont déraisonnables, mais parce qu'il illustre parfaitement une tendance à se focaliser sur les détails au détriment de l'essentiel. Les deux camps sont exceptionnellement riches ; pourtant, leurs citoyens semblent nourrir un profond mécontentement. Ils refusent d'avoir des enfants, la consommation de drogue explose et le discours politique et social est marqué par une violence et des manifestations croissantes, pour ne citer que quelques indicateurs. Ce constat a été relevé par Dan O'Brien, économiste en chef de l'Institut des affaires internationales et européennes, qui a suggéré que le décalage entre richesse financière et satisfaction des individus est dû à la consultation compulsive d'informations anxiogènes. J'estime, quant à moi, qu'en analysant les données de cette manière, O'Brien met involontairement en lumière l'une des caractéristiques clés du déclin civilisationnel, tel que décrit par G.K. Chesterton, journaliste et converti au catholicisme du XXe siècle.

    Dans son ouvrage « L'Homme éternel », Chesterton, analysant le déclin de l'Empire romain, affirme : « Le désespoir ne réside pas dans la lassitude de la souffrance, mais dans la lassitude de la joie. C'est lorsque, pour une raison ou une autre, les biens d'une société cessent d'être bénéfiques que la société commence à décliner. » Ceci explique comment il est possible que nous soyons, selon la plupart des critères modernes, heureux – c'est-à-dire matériellement prospères – et en même temps profondément déprimés. Le bienfait des sociétés occidentales modernes résidait dans un niveau de prospérité et de confort inimaginable pour nos ancêtres. Que ce soit à gauche ou à droite, socialistes ou libertariens, le confort économique et matériel a été au cœur de nos débats politiques. Or, ce critère essentiel n'est plus pertinent ; dans une société comme la nôtre, suggère Chesterton, il sera difficile de mesurer le déclin, car ce sont les biens qui se détériorent. C'est un peu comme admirer une récolte de pommes en apparence saine, sans savoir qu'elles pourrissent de l'intérieur.

    Mais pourquoi se sont-elles dégradées ? Qu'est-ce qui a provoqué le déclin d'une société forte et prospère, devenue en apparence toujours forte et prospère, mais profondément malheureuse ? Chesterton apporte une réponse convaincante : la mythologie de cette société, source de ses idéaux, est morte. Il en fut de même à Rome, où les mythes fondateurs de l'empire s'estompèrent peu à peu, à mesure que l'on comprit qu'il ne s'agissait pas d'une véritable religion ancrée dans la réalité, mais de mythes à rejeter ou à instrumentaliser à des fins personnelles.

    On pourrait dire la même chose, me semble-t-il, du mythe fondateur de notre époque : le libéralisme, avec sa promesse de libertés absolues et de bonheur humain pour la figure mythique de l’individu libéral. Le libéralisme promettait que nous pourrions poursuivre ce qui nous rendait heureux, car l’homme déterminerait ses propres fins, et que l’ordre politique garantirait un équilibre entre les besoins conflictuels sans préjugés.

    Mais cette situation a dégénéré – soudainement d'un point de vue laïque, inévitablement d'un point de vue de droit naturel – en une politique identitaire factionnelle. On a renoncé à jouer la carte de la neutralité et de l'équilibre, pour se tourner plutôt vers ce qui semblait être la promesse centrale du libéralisme : la liberté absolue d'assouvir nos désirs personnels. « Les hommes recherchent des péchés plus étranges ou des obscénités plus choquantes pour stimuler leurs sens blasés… ils tentent de se donner à cœur joie », écrivait Chesterton à propos de Rome. Il aurait tout aussi bien pu écrire à propos de Londres ou de Dublin en 2026, tant ces villes sont gangrenées par la toxicomanie, les perversions sexuelles, la corruption financière et la cupidité. Chesterton savait que la mort d'un mythe laisse un vide qu'il faut combler.

    Ce qui est absurde pour Rome, comme pour nous, c'est que notre civilisation actuelle se meurt au moment même où elle n'a jamais été aussi forte. La culture occidentale, grâce à l'hégémonie américaine dans ce domaine, est devenue la force dominante à travers le monde. Chacun aspire à la prospérité que nous avons atteinte. Même la Chine, pourrait-on dire, est plus occidentale qu'orientale dans sa vision du monde, ayant assimilé la doctrine de cette hérésie quasi-chrétienne qu'est le marxisme. Les parallèles avec la Rome de Chesterton sont, une fois de plus, frappants. « Il ne restait plus rien qui puisse conquérir Rome », écrit-il, avant d'ajouter : « mais il ne restait plus rien non plus qui puisse l'améliorer. »

    Autrement dit, rien de propre à la religion ne pouvait l'améliorer ; à moins d'y ajouter un nouvel ingrédient pour la renouveler. À cet égard, les Romains furent chanceux, car le Christ vint combler le vide avec une foi qui était, comme J.R.R. Tolkien l'expliquait à C.S. Lewis, un véritable mythe. Tandis que la plupart des religions faisaient un compromis avec Rome, offrant nominalement leur obéissance au divin César en échange de la liberté de culte, une petite secte commença à semer le trouble, refusant cette tolérance superficielle au profit de la vérité. Qu'obtinrent-ils en récompense ? D'abord la persécution, mais finalement la réhabilitation.

    Comme l'ont soutenu Chesterton, et après lui le célèbre historien Christopher Dawson, le christianisme possède un pouvoir de régénération unique. Dawson le considère comme la caractéristique essentielle de la culture occidentale, par opposition aux autres grandes civilisations : sa capacité à renaître et à se renouveler de l'intérieur, en équilibrant les forces statiques et dynamiques. Comment cela est-il possible ? Grâce à l'espoir qui réside en nous, « errant, extravagant, excessivement attaché à des chances fugaces », écrit Chesterton. Ainsi, tandis que le reste du monde se querelle au sujet du PIB, nous savons que les problèmes sont plus profonds et que la solution, elle aussi, ne réside pas dans l'économie, mais dans la foi. C'est seulement par un retour au Christ que l'Europe « renouvellera sa jeunesse comme l'aigle », comme elle l'a fait tant de fois déjà.

  • Les ordinations sacerdotales continuent de diminuer en Pologne

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    De Luke Coppen sur The Pillar :

    Les ordinations sacerdotales continuent de diminuer en Pologne

    Pour la première fois de ce siècle, le pays enregistrera moins de 200 ordinations sacerdotales cette année.

    Au total, 196 nouveaux prêtres devraient être ordonnés en Pologne cette année, poursuivant ainsi une baisse à long terme de leur nombre.

    L'agence d'information catholique polonaise KAI a rapporté que 130 des candidats seront des prêtres diocésains et 66 serviront au sein d'ordres religieux.

    On prévoit que 2025 sera la première année du XXIe siècle où la Pologne enregistrera moins de 200 ordinations sacerdotales. On en comptait 208 en 2025 et 235 en 2024.

    La baisse des ordinations sacerdotales devrait se faire sentir bien au-delà de la Pologne, car ce pays a traditionnellement fourni des prêtres à d'autres pays européens, tant à l'Est qu'à l'Ouest. La Pologne a également longtemps été une source importante de prêtres missionnaires pour l'Afrique, l'Amérique latine et l'Asie.

    Malgré le déclin continu du nombre de vocations sacerdotales, la Pologne demeure le pays européen qui enregistre le plus grand nombre de nouvelles vocations sacerdotales. En France, par exemple, on comptait 90 nouveaux prêtres en 2025, contre 25 en Allemagne .

    La Pologne a une population totale inférieure à celle de la France et de l'Allemagne, mais elle compte un plus grand nombre de catholiques baptisés et un taux de fréquentation de la messe nettement supérieur à celui de ces deux pays.

    Les nouveaux prêtres ordonnés en 2026 seront répartis de manière inégale entre les diocèses de Pologne. Tarnów, souvent décrit comme le diocèse le plus « religieux » du pays en raison de son taux de fréquentation des messes le plus élevé, comptera 14 ordinations en 2026, soit une de plus qu'en 2025.

    Les chiffres suivants les plus élevés se trouvent dans les deux diocèses de la capitale, Varsovie. Le diocèse de Varsovie-Praga, qui couvre l'est de la ville, comptera neuf nouveaux prêtres. L'archidiocèse de Varsovie, à l'ouest, en comptera huit, dont cinq ont étudié au séminaire Redemptoris Mater, rattaché au Chemin néocatéchuménal.

    L'archidiocèse de Cracovie, étroitement lié à saint Jean-Paul II et qui fut jadis un foyer de vocations, ne comptera que quatre nouveaux prêtres en 2026, contre sept en 2025 et treize en 2024.

    Selon KAI, le nombre de diocèses catholiques latins sans ordination est passé de six en 2025 à sept en 2026. Les trois éparchies gréco-catholiques de Pologne — qui ne desservent qu'une fraction de la population par rapport aux diocèses catholiques latins — n'ont accueilli aucun nouveau prêtre ni en 2025 ni en 2026.

    KAI a noté que certains diocèses n'auront pas d'ordinations cette année en raison d'un changement dans la formation au séminaire, qui dure désormais sept ans au lieu de six en raison de l'ajout d'une année propédeutique (préliminaire).

    En mai, l'Ordinariat militaire de Pologne a procédé à ses premières ordinations sacerdotales depuis 14 ans.

    Selon l'Annuarium Statisticum Ecclesiae in Polonia , un aperçu numérique annuel publié par l'Institut des statistiques de l'Église catholique, la quasi-totalité des 42 diocèses catholiques latins de Pologne ont connu une baisse du nombre de prêtres incardinés entre 2018 et 2024.

    Le nombre total de prêtres diocésains à l'échelle nationale a diminué de 6,4 %, passant de 24 876 à 23 274. La baisse la plus marquée a été enregistrée dans le diocèse de Łomża, dans le nord-est de la Pologne, où le nombre est passé de 588 à 512, soit une réduction de près de 13 %.

    Le cas le plus exceptionnel était celui de l'archidiocèse de Varsovie, où le nombre de prêtres est passé de 855 à 909, soit une augmentation de plus de 6 %.

    Commentant le déclin global et constant du nombre de prêtres, le père Jan Frąckowiak a déclaré à KAI que cela pouvait être considéré comme un retour à la normale pour l'Église en Pologne.

    « La baisse systématique du nombre de nouveaux prêtres ordonnés s'explique par le fait que nous sommes actuellement en phase de déclin par rapport au pic des vocations atteint dans les 1 060 ans d'histoire de l'Église en Pologne », a déclaré Frąckowiak, recteur d'un séminaire à Poznań et président de la Conférence des recteurs des grands séminaires diocésains et religieux du pays.

    « Jamais auparavant dans l’histoire nous n’avions eu plus de 40 diocèses, dont presque chacun possédait son propre séminaire – généralement très important – et, de surcroît, un séminaire complet. Cela ne s’est produit qu’une seule fois dans l’histoire, et il semble actuellement que nous revenions à la norme historique. »

    Évoquant les causes de ce déclin, il a déclaré : « Je citerais par exemple le déclin démographique, la diminution de la proportion de croyants et de catholiques pratiquants dans la société, et la moindre capacité des jeunes générations à prendre des engagements définitifs. »

    Le taux de fécondité en Pologne a atteint un nouveau plancher de 1,068 en 2025, bien en dessous du seuil de remplacement de 2,1. L'agence statistique nationale du pays prévoit que la population pourrait passer d'environ 37,3 millions actuellement à 29,4 millions d'ici 2060, soit une baisse de plus de 20 % au cours des 35 prochaines années.

     
  • Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

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    Le pape met en garde contre le risque d'aggravation du schisme lors des ordinations d'évêques de la FSSPX

    La Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres comme évêques le 1er juillet sans l'autorisation du pape Léon XIV.

    CASTEL GANDOLFO, Italie — Le pape Léon XIV a averti que l'ordination prévue d'évêques de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX) pourrait pousser le groupe vers le schisme, les exhortant une fois de plus à s'arrêter et à rester en communion avec l'Église.

    « Nous les avons invités, et j'envisage encore de lancer un nouvel appel, pour leur dire : “Ne faites pas cela. Essayons de vivre la communion dans l'Église.” Mais c'est leur choix. Ils doivent comprendre ce que cela signifie pour eux et pour l'Église », a déclaré le pape, répondant aux questions des journalistes devant la Villa Barberini à Castel Gandolfo le 16 juin.

    La Fraternité Saint-Pie-X a annoncé son intention de consacrer quatre prêtres évêques le 1er juillet, sans l'autorisation du pape Léon XIV. Le Vatican avait averti le 13 mai qu'une telle décision, prise sans mandat papal, constituerait un acte schismatique passible d'excommunication. Les consécrations auront lieu au séminaire de la FSSPX à Écône, en Suisse.

    « Certes, la division entre chrétiens est toujours une chose douloureuse », a déclaré le pape. « Mais ils refusent d’accepter certains éléments fondamentaux de l’Église, à commencer par divers points du concile Vatican II. Et s’ils persistent dans ces choix, je le regrette. Mais nous devons aller de l’avant. »

    La FSSPX célèbre exclusivement la messe traditionnelle en latin et a rejeté certains enseignements et réformes du concile Vatican II, notamment en ce qui concerne la liberté religieuse et l'approche de l'Église vis-à-vis des autres confessions.

    Le pape a également répondu à des questions sur la diplomatie du G7, ses futurs voyages en France et au Pérou, et sur la réponse chrétienne aux migrations qui appelle à reconnaître les raisons pour lesquelles les gens doivent quitter leur pays, telles que la violence et la guerre.

    Commentaire sur InfoVaticana :

    À quoi faut-il adhérer pour être catholique ? Les doutes soulevés par la déclaration du pape

    Car l’expression « divers points du Concile » constitue une limite qu’il convient de définir clairement. L’Église distingue entre les dogmes, les doctrines définitives et les enseignements du Magistère authentique. S’il existe un cadre doctrinal complet visant à clarifier les exigences de chaque enseignement, il semble raisonnable d’exiger qu’il soit appliqué avec précision lorsqu’il s’agit de déterminer si l’on demeure dans la communion ecclésiale ou non.

    Dès lors, je pose la question : dois-je croire en Lumen Gentium de la même manière que je crois en la divinité du Christ ? Dois-je croire en Dignitatis Humanae avec la même adhésion qu’à l’Immaculée Conception ? La liberté religieuse relève-t-elle du dépôt de la vérité révélée ou d’une formulation prudentielle appliquée à des circonstances historiques particulières ? Et si la réponse est la première, à quel moment a-t-elle été définie comme une vérité révélée par Dieu et proposée comme telle par l’Église ?

    Par ailleurs, dois-je m’en tenir uniquement au texte conciliaire ou également à une interprétation particulière de celui-ci ? Car l’expérience des soixante dernières années semble indiquer que la controverse porte moins sur les mots écrits eux-mêmes que sur la manière de les lire. S’il est obligatoire d’adopter une herméneutique particulière, il serait utile de savoir laquelle, qui la définit et avec quel degré d’autorité elle s’impose.

    Benoît XVI a jugé nécessaire de consacrer un discours célèbre à l'explication de ce qu'on appelle « l'herméneutique de la continuité ». Mais si un document requiert une théorie interprétative complète pour démontrer qu'il ne contredit pas les formulations antérieures du Magistère, il est difficile de soutenir en même temps que son sens est si évident qu'il puisse servir de critère immédiat pour déterminer qui demeure pleinement en communion avec l'Église.

    La même question se pose concernant la liturgie. Est-il obligatoire de considérer la réforme liturgique issue du Concile comme l'expression la plus aboutie de l'Église dans son histoire ? Dois-je croire que les nouvelles prières eucharistiques de Bugnini constituent un progrès par rapport au Canon romain en vigueur depuis des siècles ? Dois-je affirmer que l'offertoire introduit après la réforme exprime plus pleinement la théologie de la messe que les formules traditionnelles ? Est-ce une question de foi ou un sujet ouvert à un débat légitime ?

    La tradition catholique a toujours considéré que le Credo et les dogmes définissent la foi. Cependant, dans la pratique contemporaine, une logique semble gagner du terrain selon laquelle Vatican II ne serait plus simplement un concile œcuménique à recevoir en fonction de la nature de ses enseignements, mais une sorte de métacritère ou de super-dogme capable de déterminer rétrospectivement toute l'orthodoxie catholique.

    Je ne cherche pas à savoir ce qui définit le progressisme ou le conservatisme, ni quelle interprétation privilégient certains théologiens ou papes. Ma question est bien plus fondamentale : que dois-je croire précisément pour rester catholique ? Que signifie exactement pour le pape ces « éléments fondamentaux de l’Église » énoncés lors du concile Vatican II, auxquels nous devons nécessairement adhérer pour être en communion ?

  • La mort du cardinal Ruini, le cardinal qui a fidèlement accompagné le pontificat de Jean-Paul II

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    De Stefano Fontana sur la NBQ :

    La mort du cardinal Ruini, interprète de l'époque wojtylienne

    Président de la Conférence épiscopale italienne (CEI), vicaire du pape pour le diocèse de Rome et président du Projet culturel de l'Église italienne, le cardinal Camillo Ruini a fidèlement accompagné le pontificat de Jean-Paul II, concluant par le « choix religieux » et incitant l'Église italienne à jouer un rôle plus actif dans la société.

    17 juin 2026

    Dans le numéro récemment paru de la revue Il Mulino, l'historien Guido Formigoni parle de « l'ère Wojtyla-Ruini » comme d'un tout unitaire, caractérisé par une dynamique précise de la politique ecclésiastique et une vision de la manière de guider indirectement la politique.

    Suite au décès hier du cardinal Camillo Ruini, on peut affirmer que ce cadre d'interprétation est pertinent. Chronologiquement, les récits concordent parfaitement et l'expression « ère Wojtyla-Ruini » est pleinement justifiée. De 1991 jusqu'au décès de Jean-Paul II, le cardinal Ruini fut vicaire du pape pour le diocèse de Rome, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI) et du Latium, ainsi que président du Projet culturel de l'Église italienne. À ce titre, il a également accompagné Benoît XVI pendant plusieurs années, convaincu de poursuivre dans la même voie. L'affirmation de Formigoni mérite d'être soutenue, non seulement par la concordance des dates, mais aussi par son contenu.

    Les années 1990 ont été marquées par deux grands phénomènes de changement qui ont affecté à la fois l'Église et la société italienne, et, naturellement, leurs relations réciproques. Du côté de l'Église, le projet de Jean-Paul II de relancer la doctrine sociale de l'Église portait ses fruits, notamment avec l'encyclique Centesimus annus (1991), consacrée au tournant historique de l'effondrement du communisme en Europe de l'Est. Quant à l'Église italienne, ce renouveau avait préparé le terrain pour le changement de cap exprimé par Jean-Paul II lors du Congrès ecclésial de Lorette en 1985 : l'Église avait une contribution propre à apporter à la société italienne, y compris sur les plans culturel et politique, dépassant ainsi la position antérieure d'un « choix religieux » qui n'était plus engagé dans le jugement de la réalité.

    Parallèlement à ces bouleversements au sein de l'Église, la société italienne traversait une crise du système partisan, marquée par la fin de la Démocratie chrétienne comme catalyseur du vote catholique, la dispersion politique croissante des catholiques, la résurgence du Parti populaire et sa marginalisation. Un nouveau cadre s'imposait, conçu en accord avec les encycliques de Wojtyla, qui visaient à restaurer l'unité de la mission d'évangélisation de l'Église, notamment par sa présence publique. Figure clé de cette période complexe, le cardinal Ruini s'efforça d'organiser cette nouvelle présence selon les principes et les programmes du pape polonais, sans toutefois provoquer de troubles majeurs, mais en préservant au contraire l'unité. Il était pleinement conscient de l'existence de nombreux dissidents, tant au sein de l'Église que parmi les hommes politiques catholiques du camp démocrate.

    En 1991, le cardinal Ruini signa la préface du Directoire pour la pastorale sociale, « Évangéliser le social », dont la structure et le contenu étaient pleinement inspirés par Wojty. Ce Directoire donnait des instructions précises sur la manière dont chaque membre de l'Église, de l'évêque au laïc, devait agir au service de la doctrine sociale de l'Église : chose presque impensable aujourd'hui. Dans ce contexte de regain d'enthousiasme pour les nouveaux défis, l'Église italienne finança le Centre d'études de la doctrine sociale de l'Église à l'Université catholique de Milan, encouragea la création des Écoles de formation à l'engagement social et politique (EFIPS) dans chaque diocèse et favorisa la création de nouvelles organisations laïques actives dans le lobbying, telles que le Forum national des associations familiales, longtemps dirigé par Luisa Santolini. Puis, sous la présidence du cardinal Ruini lui-même, l'Église créa et finança le Projet culturel de l'Église italienne. Comme on peut le constater, la renaissance de la doctrine sociale et la conviction que l'Église devait jouer un rôle qui ne se limitait pas à l'animation ont inspiré cette époque ruinienne, malgré les difficultés prévisibles.

    Parmi eux, on se souvient de ceux qui adhéraient à la ligne alternative du cardinal Martini, ou de ceux qui accusaient cette nouvelle « présence » d’abandonner l’esprit du Concile, comme le père Bartolomeo Sorge. Malgré les nouveaux enseignements, certains continuaient de considérer comme idéologique l’affirmation d’une doctrine catholique unifiée qui devait guider la pastorale et non l’inverse. Il faut reconnaître au cardinal Ruini le mérite d’avoir mené le navire à travers la tempête, d’avoir partagé la vision de Jean-Paul II et de s’être battu pour la mettre en œuvre dans notre pays. Peut-être aurait-il pu éviter de chercher à maintenir l’unité avec tous. Si l’on examine l’organisation des nombreuses conférences du Projet pastoral ou les initiatives qu’il a promues, on constate que toutes n’ont pas suivi fidèlement la ligne du cardinal.  

    En matière de relations politiques, le cardinal Ruini a usé de nombreux atouts. Il envisageait d'influencer la politique indirectement par le biais d'hommes politiques catholiques présents dans tous les partis. Ces hommes, aux opinions politiques diverses, étaient unis par ce qui allait devenir les « principes non négociables ». L'idée, en elle-même, s'inscrivait bien dans le renouveau de la doctrine sociale de l'Église, mais son développement demeurait inégal, une forte résistance persistait et sa présence dans tous les partis politiques favorisait une divergence, même sur les valeurs à défendre. Sa dernière tentative en la matière fut son appel à l'abstention lors du référendum de 2004 sur l'insémination artificielle. Ce fut un succès immédiat, mais le cardinal fut également accusé d'avoir outrepassé les limites permises à un membre du clergé. Cet événement illustra néanmoins clairement sa conception d'une présence catholique indirecte.

    Le cardinal Ruini se sentait également à l'aise avec Benoît XVI, il a soutenu sa ligne et, avec le Projet culturel, il a organisé la conférence qui est devenue plus tard un livre, « Avec Dieu ou sans Dieu, tout change », une voie qui a également intéressé de nombreux penseurs laïques – alors appelés péjorativement « dévots » – intéressés par un discours renouvelé sur la vérité.

    Il semble toutefois que notre cardinal, désormais « à la retraite », n'ait pas été pleinement satisfait du pontificat de François. À sa mort, au printemps 2025, il a formulé quatre conditions que le nouveau pape devait posséder : une doctrine solide, des qualités de chef, un esprit de communion et la consolidation de la foi. Nombreux sont ceux qui ont perçu ces souhaits comme des exigences contraires aux principes incarnés par le pontificat qui venait de s'achever.

  • Prochain consistoire : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine à l'ordre du jour

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    De George Weigel sur le CWR :

    Liens consistoraux importants

    La défense et la promotion de l'idée biblique de « Qui sommes-nous ? » constituent le lien entre les trois principaux sujets du consistoire.

    Le pape Léon XIV s'adresse aux cardinaux lors du consistoire extraordinaire du 7 janvier 2026, au Vatican. (Crédit : Vatican Media)
    Plusieurs sujets seront abordés lors du consistoire des cardinaux convoqué par le pape Léon XIV du 26 au 29 juin : la situation internationale et ses effets sur les Églises locales ; les thèmes clés de l’encyclique Magnifica Humanitas ; les prochaines étapes du Synode sur la synodalité.

    À première vue, ces trois points à l'ordre du jour peuvent sembler quelque peu déconnectés. En réalité, ils sont étroitement liés par ce que le Pape a justement identifié dans son encyclique comme la crise civilisationnelle du moment : les profondes confusions concernant la nature et la destinée mêmes de la personne humaine.

    Bien qu'elle soit aujourd'hui considérée comme « l'encyclique de l'IA », Magnifica Humanitas nous invite avec pertinence à une profonde réflexion sur la question posée à l'âge du bronze par le Psaume 8 : « Qu'est-ce que l'homme… ? » (Ps 8,4). Car c'est là la question ultime que soulève le développement de l'intelligence artificielle : qui sommes-nous ? Sommes-nous de simples algorithmes ambulants, sur le point d'être surpassés en termes de puissance de calcul, puis de capacités cognitives, puis de prise de décision par d'autres algorithmes ? Nos capacités d'amour, de regret, de honte, d'altruisme, de méchanceté, de compassion, de pensée spéculative et d'apprentissage de nos erreurs ne sont-elles qu'une fonction des connexions neuronales de notre cerveau que nous avons, pendant des millénaires, confondues à tort avec la « conscience » – des connexions qui peuvent être reproduites, voire améliorées, par le développement de ce que l'on appelle l'intelligence artificielle générale ?

    La réponse que la religion biblique apporte à cette question est celle sous-entendue par le paragraphe clé, le n° 99, de Magnifica Humanitas : les algorithmes, aussi perfectionnés soient-ils, n’ont pas et ne peuvent pas avoir d’âme, et l’âme immortelle, créée par Dieu, est ce qui distingue l’être humain de toute autre créature. C’est cette « âme » qui est la raison ultime pour laquelle nous pouvons discerner le bien du mal, distinguer le noble du vil, éprouver de la honte lorsque nous choisissons ce qui dégrade autrui et nous-mêmes, nous repentir et nous relever de nos erreurs pour tenter de faire mieux à l’avenir avec le secours de la grâce.

    La défense et la promotion de cette idée biblique de Qui nous sommes constituent donc le lien entre les trois sujets du consistoire.

    Le lien est particulièrement flagrant sur la scène internationale, car les principaux agresseurs des conflits actuels sèment la terreur en raison d'une conception déformée de la personne humaine. Pour les djihadistes meurtriers et kidnappeurs, les chrétiens qu'ils persécutent sont dépourvus de dignité humaine parce qu'ils refusent de scander « Allahu Akbar ! ». Pour Vladimir Poutine, les soldats russes sont de la chair à canon, bons à sacrifier au nom du nouvel impérialisme russe. Pour l'Iran et ses alliés, le Hezbollah et le Hamas, les Juifs sont des sous-hommes à exterminer (dans le cas du Hamas, après avoir été violés et torturés, leurs sévices filmés par des iPhones). Pour Xi Jinping, le peuple chinois (et, à l'avenir, le peuple taïwanais) n'est que de l'argile à modeler selon le moule communiste souhaité par des systèmes de surveillance omniprésents qui déterminent qui est digne d'éducation et de prospérité.

    Il existe également un lien étroit entre la défense de la dignité de la personne humaine enseignée par Magnifica Humanitas et l'avenir du Synode sur la synodalité.

    Récemment, une controverse internationale a éclaté au sujet du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, qui a diffamé Courage International, organisation caritative américaine venant en aide aux personnes attirées par le même sexe et souhaitant vivre dans la chasteté selon la conception catholique. Cette rupture de la solidarité ecclésiale a été rendue possible en partie par ce que le secrétaire général du Synode a qualifié de « précieux travail » du Groupe d'étude – une caractérisation de la théologie du rapport qui mérite un examen approfondi et qui pourrait entraîner une contestation sérieuse, voire un rejet, lors du prochain consistoire.

    Peu après la publication du rapport du Groupe d'étude synodal n° 9, un ami avisé, parfaitement au courant des points positifs des synodes de 2023 et 2024, m'a écrit que le passage biblique qui lui revenait sans cesse à l'esprit à la lecture de ce rapport était : « Les brebis ne suivront pas l'étranger ; elles s'enfuiront loin de lui, parce qu'elles ne reconnaissent pas la voix des étrangers » (Jean 10,5). Le discours tenu dans ce rapport, poursuivait-il, « n'a rien de chrétien. Le contenu est certes déplorable, mais même avant cela, il y a quelque chose d'étranger dans la façon dont [le rapport] parle de la foi. »

    La raison en est, à mon avis, que le rapport du Groupe d'étude synodal n° 9 s'inscrit dans la continuité de la campagne menée contre l'encyclique Veritatis Splendor du pape saint Jean-Paul II, publiée en 1993. Cette campagne est menée depuis la parution de l'encyclique par des factions agressives au sein de la communauté théologique catholique et de certaines conférences épiscopales (notamment en Allemagne et en Belgique). Elle s'est intensifiée sous le pontificat précédent, et l'attaque contre Veritatis Splendor bénéficie désormais d'une quasi-approbation officielle, puisque le rapport du Groupe d'étude n° 9 a été publié par le Secrétariat général du Synode (dont le papier à en-tête officiel ne fait d'ailleurs aucune mention d'un Synode des évêques ).

    Veritatis Splendor défendait avec vigueur la conception catholique classique selon laquelle certains actes sont intrinsèquement mauvais et ne peuvent jamais être justifiés moralement par quelque calcul que ce soit des intentions et des conséquences. Cette défense s'inscrivait dans le contexte plus large de l'appel de Jean-Paul II à un renouveau de la théologie morale catholique, centré sur les Béatitudes et les vertus, un appel qui reflétait l'influence du Père Servais Pinckaers, OP, et de son œuvre majeure, Les Sources de l'éthique chrétienne , sur l'élaboration de Veritatis Splendor .

    Pour en venir au fait, Veritatis Splendor défendait la dignité de la personne humaine, dignité incarnée dans notre capacité à distinguer le bien du mal et dans notre aptitude, sous l'effet de la grâce, à choisir le bien. Dans la perspective du personnalisme chrétien de Jean-Paul II, nier l'existence d'actes intrinsèquement mauvais – actes tels que le viol et la torture qui, par eux-mêmes, dégradent et avilissent l'humanité tant de l'auteur que de la victime – revient à vider la vie morale de son drame inhérent, voire de son humanité même.

    Pourquoi les membres de la confrérie des théologiens, voire les évêques, nieraient-ils ce que toute personne dotée d'une sensibilité morale normale comprend instinctivement : que le viol et la torture sont toujours condamnables ? On peut certes s'enliser dans les méandres de l'épistémologie post-kantienne pour y trouver ce qui est parfois présenté comme les raisons de repenser la notion d'actes intrinsèquement mauvais. Mais de tels jeux philosophiques relèvent davantage du prétexte que de la cause : un prétexte qui vise à masquer la volonté de déclarer aujourd'hui intenable l'éthique catholique de l'amour humain, et notamment sa conception de la contraception et des relations homosexuelles.

    Le rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal se trouve donc en contradiction irrémédiable avec l'enseignement sur la dignité humaine issu de l'encyclique Magnifica Humanitas. Cela soulève de sérieuses questions quant à l'avenir du processus synodal entamé en 2021, il y a cinq ans et des dizaines de millions de dollars.

    Ce processus a produit de bons résultats – comme la prise de conscience, même dans les parties les plus cléricales de l’Église, que tous les baptisés ont reçu le Grand Mandat de Matthieu 28.19 et sont donc appelés à la mission évangélique – et ces résultats doivent absolument être salués et mis en œuvre.

    Mais si, comme le montre clairement le rapport du Groupe d'étude synodal n°9, le processus synodal a également été l'occasion de remettre en question, inutilement, des questions établies de foi catholique et de pratique pastorale, créant ainsi le genre d'ambiguïté qui rend l'évangélisation difficile, voire impossible, alors une question difficile devrait être posée lors du consistoire de juin : pourquoi ce processus synodal extrêmement coûteux et chronophage doit-il être poursuivi ?

    Et si la réponse à cette question est qu’il est nécessaire de donner la parole aux voix inaudibles, la réponse à cela, franchement, est « Bof ».

    Ce n'est pas que les voix qui semblent avoir largement influencé le contenu du rapport n° 9 du Groupe d'étude synodal étaient auparavant inaudibles. Ces voix se faisaient entendre depuis des décennies. Mais lorsque l'autorité doctrinale de l'Église s'y est opposée, des théologiens radicaux et certaines Églises locales ont refusé d'accepter la correction et l'appel à un authentique renouveau théologique et pastoral formulés dans Veritatis Splendor : d'une part, parce qu'ils insistaient sur le fait que l'éthique de l'amour humain prônée par l'Église était un obstacle à l'évangélisation, ce qui n'est manifestement pas le cas dans les régions vivantes de l'Église universelle ; d'autre part, par soumission passive à l' esprit culturel occidental.

    J'espère que certains cardinaux courageux aborderont ces points communs lors des discussions du consistoire qui auront lieu plus tard ce mois-ci. Cela pourrait dynamiser des échanges trop souvent monotones et attirer l'attention sur le message urgent de Magnifica Humanitas , qui est la défense de la dignité humaine.

     

    George Weigel est chercheur émérite au Centre d'éthique et de politique publique de Washington, où il occupe la chaire William E. Simon d'études catholiques. Il est l'auteur de plus de vingt ouvrages, dont * Témoin de l'espérance : Biographie du pape Jean-Paul II* (1999), * La fin et le commencement : Jean-Paul II – La victoire de la liberté, les dernières années, l'héritage* (2010) et *L'ironie de l'histoire catholique moderne : Comment l'Église s'est redécouverte et a interpellé le monde moderne sur la réforme* . Ses publications les plus récentes sont *Le prochain pape : Le ministère de Pierre et une Église en mission* (2020), *Inoubliables : Élégies et souvenirs d'une multitude de personnages, pour la plupart admirables* (Ignatius, 2021) et *Sanctifier le monde : L'héritage essentiel de Vatican II* (Basic Books, 2022).
  • Baptêmes d’adultes en hausse; leur nombre surprend, mais plus encore leur qualité

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    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Baptêmes d’adultes en hausse. Leur nombre surprend, mais plus encore leur qualité

    Lors de son voyage en Espagne, Léon XIV (sur la photo de Vatican Media en visite à l’abbaye de Montserrat) a croisé une pluralité d’expériences de vie, y compris l’une des plus inédites et surprenantes en Europe aujourd’hui : celles des baptisés à l’âge adulte, dont le nombre ne cesse de croître lors de la nuit de Pâques.

    Dans sa réponse à l'un de ces nouveaux baptisés au Stade olympique de Barcelone, Léon XIV a parlé de cette « inquiétude » salutaire qui imprègne la cité séculière d'aujourd'hui : une inquiétude qui est un « don de Dieu » à nous tous, « qui sommes faits sur mesure pour l'infini ».

    L’Espagne n’est pas l’un des pays européens qui connaisse l’augmentation la plus marquée des baptêmes d’adultes. Pas plus que l’Italie, où la majeure partie des baptisés sont des enfants. Mais en France, où les baptêmes d’enfants se sont littéralement effondrés, les baptêmes d’adultes sont en forte hausse et l’on s’attend à ce que le même phénomène progresse dans d’autres pays, au fur et à mesure que la sécularisation avance.

    L’abbé Marco Gallo, responsable de l’Institut Supérieur de Liturgie à Paris, vient de publier dans le dernier numéro de la “Rivista del Clero Italiano” une analyse détaillée du phénomène, accompagnée d’un témoignage singulier : l’incroyable affluence enregistrée depuis deux ans au Mercredi des Cendres dans les églises parisiennes, y compris dans sa paroisse de Saint-Germain-des-Prés, où cette année “environ un tiers de l’assemblée, particulièrement nombreuse, était composée de personnes semblant ne jamais avoir participé à un rite catholique”. Un phénomène que l’abbé Gallo compare au début du Ramadan pour les musulmans, qui coïncidait cette année avec le début du Carême.

    Mais il ne faudrait pas faire l’erreur de penser que les baptêmes d’adultes pourraient renverser l’avancée de la sécularisation. Dans les années 1960, en France, près de 90% de la population était baptisée et il y avait 25% de pratiquants, alors qu’aujourd’hui seuls 30% des enfants de moins de sept ans sont baptisés et les pratiquants sont tombés à 2%, “avec une perte d’environ 200 000 baptêmes par an par rapport à l’an 2000”.

    Quoi qu’il en soit, le nombre actuel des baptêmes d’adultes, bien que statistiquement marginal par rapport à la masse des non-baptisés, est impressionnant, et en constante augmentation. En 2015, il y avait 3 900 baptisés à Pâques, mais dix ans plus tard, en 2025, ce chiffre a grimpé à 21 386.

    On retrouve le même phénomène aux États-Unis, où le Pew Research Center a confirmé qu’1,5% de tous les adultes se sont convertis au catholicisme. Mais, pour chaque adulte qui se convertit, il y en a huit qui abandonnent le catholicisme dans lequel ils ont grandi.

    Une donnée qui caractérise les nouveaux baptisés en France, c’est que beaucoup d’entre eux n’ont ni grand-parents ni parents croyants. À la place des parents et de la famille, ils ont comme vecteurs de foi leurs amis et leurs pairs. C’est la fin de la transmission verticale de la foi, d’une génération à l’autre, qui a été pendant des siècles le modèle typique de la chrétienté.

    Le profil sociologique des nouveaux baptisés se caractériste nettement par sa jeunesse : les 18 – 25 ans, qui étaient 20% en 2020, sont aujourd’hui 42%. 62% sont des femmes et 71% vivent en ville.  46% déclarent provenir d’une tradition non religieuse ou athée, c’est-à-dire pratiquement la même proportion que les 45% qui sont issus d’une famille de tradition culturelle catholique. Et “cela signifie”, observe l’abbé Gallo, “que ce phénomène n’est plus seulement une question de réveil d’une foi endormie, mais constitue une première évangélisation au sens strict”. Il en découle que “les activités pastorales ne doivent plus viser à réactiver une mémoire latente, mais à construire de toutes pièces un univers symbolique, narratif et rituel chez des personnes qui en sont structurellement dépourvues”.

    Certains sont tentés de voir dans ce réveil un “renouveau catholique” analogue à celui auquel on a assisté en France et dans d’autres pays européens à la première moitié du XIXe siècle et davantage encore à la fin du siècle et au début du XXe, avec une série de convertis célèbres dont plusieurs écrivains de renom : en France Georges Bernanos, Julien Green, François Mauriac, Ernest Psichari ; en Grande-Bretagne T. S. Eliot, Graham Greene, Robert Hugh Benson, Evelyn Waugh, Hilaire Belloc, G. K. Chesterton ; en Norvège Sigrid Undset ; en Autriche Franz Werfel ; en Pologne Henryk Sienkiewicz ; en Russie Nikolaï Berdiaev ; en Allemagne Carl Schmitt et Romano Guardini.

    Mais le phénomène actuel n’a rien de comparable aux précédents. Il n’est pas encore consolidé, il manque de figures marquantes et bon nombre de néophytes, soit environ un quart du total, semblent délaisser les communautés et ne plus aller à la messe dès l’année suivant leur baptême.

    La véritable nouveauté de ces baptêmes réside plutôt dans le fait qu’ils naissent d’une transmission horizontale de la foi, portée par des amis et des connaissances : "Ce n’est plus la structure ecclésiale qui génère la première annonce, mais les relations humaines qui la précèdent et la rendent crédible. Le garant du néophyte est souvent quelqu’un du même âge, un ami d’université, un collègue."

    L’abbé Gallo renvoie aux études de Rodney Stark (1934 – 2022) sur les premiers siècles du christianisme, qui expliquait que la foi se propageait alors à travers des réseaux de voisinage, de corporations d’artisans et d’amitiés. Et il conclut ainsi son analyse :

    Voici la traduction de la conclusion du texte, fidèle au ton analytique et à la densité des arguments :

    “Le parallèle avec le christianisme des origines n’est pas qu’une simple analogie, c’est un prisme précis pour comprendre la situation actuelle. Stark avait montré que la croissance du christianisme primitif a été possible parce qu’il évoluait dans un contexte de pluralisme religieux où le choix de la foi était réellement libre et comportait un coût social réel.

    La condition post-chrétienne de l’Europe occidentale reproduit structurellement cette configuration : la foi n'est plus une évidence liée à la naissance, mais un choix qui implique de se différencier de son milieu, de supporter l’incompréhension de ses pairs non-croyants et de construire une nouvelle identité.

    Dans ce contexte, la présence d’amis croyants, dont la vie ordinaire témoigne de la qualité de leur rapport au monde, devient le moteur décisif de la première annonce.

    La sociologie et la théologie convergent ici sur un point commun : dans une société sécularisée, le premier lieu de la mission n’est ni la chaire ni les réseaux sociaux, mais l’amitié."
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Saint Jean-François Régis : les greniers de Dieu sont toujours pleins

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    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    Jean-François Régis rappelle que les greniers de Dieu sont toujours pleins

    Mort en 1640 à Lalouvesc d’un refroidissement attrapé en parcourant en plein hiver les monts du Vivarais afin d’en ramener au catholicisme les paysans séduits par la Réforme protestante, le jeune jésuite Jean-François Régis est à bon droit vénéré comme l’apôtre de ces contrées désolées par les conflits religieux, les révoltes, les pestes et la disette. L’on oublie cependant souvent qu’en dehors des périodes de missions, il consacra une bonne partie de sa vie à sauver les femmes que la misère forçait à la prostitution. Cet apostolat décrié lui valut maints déboires et insultes, voire plusieurs tentatives de meurtre, mais aussi des grâces qui assurèrent, de son vivant, sa réputation de thaumaturge.

    Les raisons d'y croire

    • À dix-huit ans, alors qu’il sait depuis longtemps qu’il a la vocation, il acquiert la certitude, après une période de discernement, qu’il doit rejoindre la Compagnie de Jésus. Régis n’agit donc pas sur un coup de tête, mais fait preuve de prudence et de sagesse. Cependant, même si ce choix peut sembler normal, puisqu’il a été élevé chez les jésuites de Béziers, il ne les choisit point par facilité ou par sentimentalisme, mais parce qu’il admire leur capacité à se donner entièrement à Dieu.
    • Il devra maintes fois aller à l’encontre de son tempérament et de son éducation pour accomplir ce qu’il estime être les vues de Dieu sur lui. Il faut qu’il soit très sûr de sa vocation pour tenir dans un choix qui l’expose aux reproches de sa propre famille et des mondains qui tourneront sa sainteté en ridicule.
    • L’apostolat auprès des prostituées a mauvaise presse, car il expose aux tentations de la chair et provoque la colère des souteneurs et des clients qui deviennent facilement violents et menaçants. Au moins à trois reprises, il est victime de guet-apens et de tentatives d’attentats de la part d’hommes auxquels il a arraché une jeune fille et qui veulent le tuer. Se consacrer à cette œuvre est d’autant plus méritoire qu’elle donne peu de satisfactions et beaucoup d’ennuis. Régis le sait, car il va en expérimenter tous les désagréments, mais sans renoncer. « Ma vie est de gagner des âmes à Dieu ! », explique-t-il.
    • L’argent manque souvent, en raison de l’extrême misère de la région, ruinée par la guerre civile et les épidémies. Il faut parvenir à assurer le quotidien du Refuge, qu’il a fondé à l’intention des filles perdues, et du Bouillon, une soupe populaire qui nourrit des centaines de pauvres. Il est aidé par Marguerite Cornilhon. Un jour, celle-ci lui déclare qu’il n’y aura rien à manger, car les réserves de la maison sont totalement épuisées. Sans s’émouvoir, Régis lui déclare qu’elle a mal regardé et que le cellier regorge de provisions. Quand elle y va voir, non sans avoir dit qu’elle a bien vu ce qu’il en était, elle constate, stupéfaite, qu’il a dit vrai et que l’on ne manque de rien. Comme elle s’étonne, Régis répond : « Ma fille, les greniers de Dieu sont toujours pleins. »
    • En effet, sa réputation de thaumaturge est déjà très forte de son vivant. Les sources anciennes sur sa vie (notamment la biographie écrite par le jésuite Jean de La Broüe en 1644) rapportent des miracles de « connaissance des cœurs ». De nombreux pénitents expliquent que Régis leur rappelait avec précision des péchés qu’ils n’avaient pas mentionnés.
    • Régis possède aussi une réputation extraordinaire de convertisseur. Des ennemis de l’Église ou des personnes vivant publiquement dans le péché changent de vie après une seule rencontre avec lui. Ses contemporains sont frappés par l’effet immédiat de sa parole sur les consciences. L’extraordinaire fécondité de son apostolat et les conversions en masse qui accompagnaient ses missions sont dûment attestées.
    • Après sa mort, à Lalouvesc, son tombeau devient rapidement un centre de pèlerinage. De très nombreuses guérisons y sont rapportées pendant près d’un siècle. Ces récits alimentent son procès de béatification, puis de canonisation. Les archives ecclésiastiques mentionnent des guérisons de paralysies, de cécités et de maladies chroniques, toutes attribuées à son intercession. L’Église n’a pas accepté indistinctement tous les récits miraculeux, mais une sélection critique a été opérée : sur huit miracles proposés, le médecin pontifical Giovanni Maria Lancisi n’en a admis que deux comme réellement inexplicables, lesquels furent retenus pour la canonisation.

    En savoir plus

    Né à Fontcouverte, dans l’Aude, le 31 janvier 1597, Jean-François est le second fils de Jean Régis, un hobereau qui vit des terres familiales depuis qu’il a renoncé au métier des armes, et de Madeleine d’Arse. Rien, au contraire, ne le prédispose à choisir l’état religieux. Dans la famille, l’on est plus disposé à défendre les intérêts de l’Église les armes à la main que par la parole et la douceur évangélique. Pourtant, après ses études chez les jésuites de Béziers, il choisit de rejoindre la Compagnie de Jésus en 1617. Il est ordonné avec un an d’avance, en 1630, le dimanche de la Trinité.

    D’emblée, il ne cache pas être attiré par l’exemple héroïque de Louis de Gonzague, mort en soignant les pestiférés, et ceux des pères morts martyrs dans les missions lointaines en allant porter l’Évangile aux païens. Son rêve est de donner sa vie pour le Christ et le salut des âmes. Mais ses supérieurs refusent de le laisser devenir aumônier auprès des pestiférés de l’hôpital, comme il le demandait, et l’envoient occuper un poste d’enseignant au Puy. Obéissant, il l’accepte. On lui dit : « Le Vivarais sera votre Canada ! » ; et il décide de se donner pleinement à cette mission en apparence moins exaltante.

    Il se réjouit surtout de pouvoir ramener au catholicisme les populations du Vivarais, qu’il édifie par sa charité. Son zèle apostolique et sa témérité le poussent à s’aventurer en plein hiver dans des montagnes désolées malgré les loups, les brigands, les précipices et les dangers de toutes sortes... Si on lui reproche son imprudence, il affirme que Dieu le protégera aussi longtemps qu’il sera utile à son service. Il édifie ses contemporains par ses longues stations nocturnes dans des églises glaciales pour vénérer le saint sacrement. Très vite, l’on s’aperçoit qu’il possède des dons de thaumaturge, de lecture dans les âmes et de prédiction de l’avenir. Les foules accourent quand on annonce : « Voici le saint qui passe ! »

    Il est convaincu qu’il mourra jeune et s’en réjouit. C’est dans ces dispositions d’esprit et avec la certitude qu’il n’en reviendra pas qu’il part prêcher une mission dans les environs de Lalouvesc en décembre 1640. Une nuit passée à la belle étoile par un froid glacial porte un coup fatal à sa santé, déjà chancelante. Il refuse de se reposer et confesse jusqu’au bout dans une église glacée. Il meurt d’une pneumopathie le 31 décembre au terme d’une douloureuse semaine d’agonie, heureux car il voit Jésus et Marie venir au-devant de lui pour lui ouvrir le séjour du bonheur éternel.

    Son corps reste à Lalouvesc, qui lui élève une splendide basilique, malgré le désir des Jésuites de le ramener au Puy. Il est canonisé en 1737.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Aller plus loin

    Jean de La Broüe, La Vie, les vertus, les miracles du R.P. Jean-François Régis, Le Puy, 1650.


    En complément

  • Saint Jean-François Régis, le "marcheur de Dieu" (16 juin)

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    Du site des Jésuites de l'Europe Occidentale Francophone :

    Saint Jean-François Régis (1597-1640) : biographie par le sanctuaire de Lalouvesc 

    Le saint “marcheur de Dieu” 1597-1640

    Saint Régis

    Jésuite français né à Fontcouverte dans l’Aude, Jean-François Régis est le saint patron des jésuites de la Province de France. Sa vie témoigne de la vitalité des premiers jésuites “missionnaires de l’intérieur” qui parcourent montagnes et vallées pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume.

    Le nom de Régis reste lié à celui de Lalouvesc, petite ville d’Ardèche, où il est mort d’épuisement. Depuis les pèlerins ne cessent de venir…

    Qui était saint Jean-François Régis ?

    Régis naît à Fontcouverte en Languedoc en 1597. Son nom de famille va devenir grâce à lui un prénom. La France sort des Guerres de Religion et connaît un vrai printemps d’Église, avec des saints comme François de Sales ou Vincent de Paul.

    Avec “un visage épanoui, un abord gai, riant, franc et familier”, sans parler de son mètre 92, c’est une vraie force de la nature, ce qui lui permet d’intervenir, vigoureusement au besoin, pour fermer la bouche des blasphémateurs, pour défendre des prostituées du Puy contre leurs souteneurs, ou simplement pour parcourir sans relâche les montagnes du Vivarais, des Cévennes et du Velay. Sa ferveur mystique impressionnait : “On aurait dit qu’il respirait Dieu seul … “, de même la chaleur de son accueil pour les montagnards venus par temps de neige à sa rencontre : ” Venez, mes enfants, je vous porte tous dans mon cœur “.

    Au Puy, ” le père des pauvres ” n’arrête pas d’hôpital en prison, de taudis en soupe populaire, de lutte contre le chômage ou le marché noir en maison d’accueil … Et grâce à lui, parfois, la fille de rue devient dentellière!

    Il y laissera sa santé et sa vie. C’est dans ce pays de rude climat, pour apporter à ses “enfants” montagnards la parole de Dieu, qu’il mourut de froid et d’épuisement, un 31 décembre, à Lalouvesc où l’on vient aujourd’hui encore en pèlerinage.

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  • La théologie allemande a oublié le Christ

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    D'InfoVaticana :

    Le cardinal Kasper avertit désormais que la théologie allemande a oublié le Christ

    Kasper avertit désormais que la théologie allemande a oublié le Christ

    Le cardinal allemand Walter Kasper, l'une des figures théologiques les plus influentes de l'ère post-Vatican II et acteur clé de certains débats ecclésiaux qui ont façonné le cours de l'Église ces dernières décennies, estime aujourd'hui qu'une grande partie de la théologie de langue allemande a perdu de vue son essence : Jésus-Christ. À 93 ans, le cardinal déplore que la réflexion théologique se soit excessivement concentrée sur des questions ecclésiologiques, ministérielles et structurelles, reléguant la christologie au second plan.

    S'adressant à l'agence de presse autrichienne Kathpress , à l'occasion de la présentation à Vienne de son nouveau livre Jesus Christus auf der Spur , écrit en collaboration avec le théologien Jan-Heiner Tück, Kasper a déclaré qu'il était nécessaire de revenir « au centre de la théologie chrétienne et aux questions christologiques ».

    « La christologie a été oubliée »

    Selon le cardinal, la théologie allemande s'est progressivement restreinte au point de se retrouver piégée dans des débats sur l'Église et les ministères.

    « Nous nous sommes enlisés dans des questions ecclésiologiques et la question des ministères. Mais c'est une vision trop étroite. Il serait important de revenir au cœur de la théologie chrétienne et aux questions christologiques », a-t-il déclaré.

    Kasper a reconnu que les questions liées à l'Église sont importantes, mais a insisté sur le fait que la réponse chrétienne à la quête d'espoir et de sens de l'homme contemporain doit partir de Jésus-Christ et non de réformes structurelles.

    Critiques du chemin synodal allemand

    Kasper est l'un des théologiens qui, pendant des années, ont plaidé pour une plus grande décentralisation au sein de l'Église et un élargissement du champ d'action des Églises locales. De fait, son célèbre débat de 2001 avec le cardinal Joseph Ratzinger sur la relation entre l'Église universelle et les Églises particulières a préfiguré nombre des tensions qui entourent aujourd'hui la synodalité et le Chemin synodal allemand.

    Aujourd'hui, selon lui, il existe un espoir erroné de croire que les problèmes de l'Église peuvent être résolus simplement par des changements organisationnels.

    « On espère que tous les problèmes de l'Église seront résolus en la rendant plus démocratique », a-t-il déclaré.

    Bien qu’il ait précisé qu’il n’était pas opposé à la participation et à la coresponsabilité des fidèles, il considère qu’il est « théologiquement erroné » de penser que le renouveau de l’Église et de la foi puisse être réalisé de cette manière.

    Retour aux sources de la tradition

    Le cardinal a également défendu la nécessité pour la théologie de retrouver une conscience plus profonde de sa propre tradition intellectuelle et spirituelle.

    « On ne peut pas bâtir une nouvelle théologie sur un terrain vague », a-t-il fait remarquer. « Nous nous inscrivons dans une grande tradition et possédons un héritage vivant. »

    Pour Kasper, les Pères de l'Église et les grands théologiens médiévaux demeurent une source indispensable à la réflexion contemporaine. C'est pourquoi il a appelé à une plus grande attention portée à cet héritage et à un engagement renouvelé à puiser aux sources classiques de la foi chrétienne.

    L'amitié avec le Christ au centre

    Le cardinal a souligné que toute revitalisation de la christologie implique nécessairement une lecture attentive des Saintes Écritures. Il a notamment insisté sur l'importance d'approfondir les récits évangéliques pour mieux comprendre la personne du Christ.

    Seule une lecture attentive des textes bibliques et une véritable immersion dans les situations décrites dans le Nouveau Testament permettent, affirmait-il, d'établir une authentique « amitié avec le Christ ».

    Il est difficile d'ignorer la réflexion de Kasper, précisément à cause de son auteur. Ce même cardinal qui a défendu pendant des années une plus grande autonomie des Églises locales met désormais en garde contre le fait que la théologie allemande se soit enlisée dans des débats sur les structures, les ministères et les formes de gouvernement.