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Foi

  • Le cardinal Sarah et la crise de la bioéthique

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    De la Sœur Renée Mirkes, OSF, sur The Catholic Thing :

    Le cardinal Sarah et la crise de la bioéthique

    4 septembre 2026

    Le discours prononcé cet été par le cardinal Robert Sarah devant le Parlement européen met en évidence un problème fondamental du discours bioéthique contemporain : le fossé grandissant entre le langage et la réalité. Des mots qui, autrefois, véhiculaient des significations stables – « soins de santé », « droits », « dignité » – sont de plus en plus utilisés avec une flexibilité idéologique.

    Sarah met en garde contre le fait que cette instabilité linguistique constitue une « crise du logos ou de la raison », une rupture dans la relation entre les mots et les réalités qu’ils désignent. Le langage cesse de correspondre à la réalité ; la raison perd ses repères, et le jugement moral devient vulnérable au sentiment, à l’idéologie ou à la coercition politique.

    La thèse de Sarah repose sur trois principes philosophiques profondément enracinés dans la tradition intellectuelle catholique.

    Premièrement, le langage doit correspondre à la réalité. Pour Sarah, le langage n’est pas un outil neutre, mais un instrument de vérité. Les mots sont censés révéler la réalité, et non la dissimuler. Dès lors que le discours médical recourt à des euphémismes ou à une terminologie ambiguë, il devient difficile d’identifier la nature morale des actes médicaux. Lorsque des termes tels que « soins de santé », « choix » ou « aide médicale à mourir » dissimulent la réalité sous-jacente d’une mise à mort directe ou d’un meurtre, la perte de clarté linguistique engendre une perte de clarté morale.

    Deuxièmement, la raison est le fondement du jugement éthique. La critique de Sarah présuppose une conception classique et chrétienne de la raison, en tant que faculté capable de discerner la vérité. À son tour, le jugement éthique dépend directement de la capacité de la raison à appréhender la nature de la personne humaine et les biens propres à son épanouissement. Plutôt que de constituer une réflexion rationnelle sur les biens humains, de nombreux débats bioéthiques d’aujourd’hui se transforment en simples affrontements de sentiments ou de pouvoir politique.

    Troisièmement, la dignité humaine est objective et intrinsèque. Sarah insiste sur le fait que la dignité humaine ne dépend ni de l’« autonomie », ni de l’utilité, ni d’un consensus politique. Elle découle de la nature de la personne humaine en tant qu’imago Dei, être créé à l’image de Dieu.

    Les conséquences du mépris de ces principes sont particulièrement graves en bioéthique, où, comme le soutient Sarah, les enjeux concernent la vie humaine, l’incarnation et la dignité.

    C’est pourquoi la lectio de Sarah évalue de manière cohérente quatre grandes questions bioéthiques : l’avortement, la fécondation in vitro, l’idéologie transgenre et le suicide assisté par un médecin. Dans chaque cas, il démontre comment la distorsion linguistique sert de condition préalable à la confusion morale et à l’erreur politique.

    Qualifier l’avortement de « santé », par exemple, est une manipulation linguistique qui masque l’élimination d’une vie. Sarah cite des documents politiques américains, européens et internationaux dans lesquels l’expression « santé sexuelle et reproductive » est couramment utilisée pour inclure l’avortement. Elle soutient que ce « renversement flagrant du logos » présente l’interruption délibérée d’une vie humaine comme une forme de soins de santé, subordonne la dignité humaine au choix de la mère et traite l’enfant à naître comme un objet dont l’existence dépend d’une approbation extérieure.

    Sarah insiste sur le fait que la déformation linguistique des notions de « santé », de « choix » et de « droits » normalise l’avortement en l’intégrant dans le langage de la médecine et de la Constitution.

    Mais si l’avortement est décrit comme un « soin de santé », l’enfant à naître devient une pathologie, la réalité morale du meurtre direct est occultée, et la raison est subordonnée à l’opportunisme politique. Dans ce cadre conceptuel, prévient Sarah, il devient difficile – voire impossible – de reconnaître la gravité de l’acte d’avortement.

    Sarah soutient également que l’expression « droits reproductifs » justifie la fécondation in vitro, la cryoconservation d’embryons, la réduction sélective et l’élimination d’embryons. Alors que le terme « droits » est utilisé pour présenter le bébé et sa production en laboratoire comme des droits acquis, il occulte subrepticement les implications morales liées à la création et à la destruction d’êtres humains à leur stade embryonnaire.

    Et lorsque la FIV est présentée comme un « droit », l’enfant devient un produit de la technique plutôt que le fruit d’un acte d’amour conjugal unificateur. La genèse d’un nouvel être humain est déplacée de l’amour interpersonnel unificateur des parents vers l’expertise technique des embryologistes et des endocrinologues.

    Avec de tels artifices verbaux, la raison est supplantée par le positivisme technologique, tandis que la logique de la reproduction en laboratoire remplace la logique du don.

    L’idéologie transgenre, selon l’analyse de Sarah, dissocie l’« identité » du corps. Par des manœuvres linguistiques trompeuses – ce que le cardinal considère comme fondamental dans l’idéologie transgenre –, des termes tels que « identité de genre », « attribué à la naissance » et « prise en charge affirmante » dissocient l’identité de genre du sexe biologique et occultent complètement la réalité de l’incarnation.

    Comme le souligne Sarah, une fois l’identité dissociée du corps, la raison perd sa capacité à discerner le sens de l’incarnation. Le corps n’est plus révélateur ; il devient arbitraire. Plutôt qu’un don qui révèle l’identité personnelle, le corps est traité comme une toile au service de l’expression de soi.

    Et, issue de ce genre d’artifice verbal, la réflexion éthique sur l’idéologie transgenre en général, et sur la « transition vers le sexe opposé » en particulier, repose entièrement sur des sentiments ou des pensées subjectifs plutôt que sur une réflexion rationnelle sur la nature humaine.

    Sarah démontre comment des subterfuges verbaux – des termes tels que « aide médicale à mourir », « mort dans la dignité » et « choix compassionnel » – masquent la réalité du fait de tuer intentionnellement un patient. Ce glissement linguistique présente le meurtre d’un être humain comme un acte de « soins ».

    Comme le souligne Sarah, si le fait de tuer directement peut être redéfini comme de la compassion, alors la compassion perd tout son sens. Si le suicide peut être redéfini comme un acte de santé, alors les soins de santé perdent tout leur sens.

    Dans toute cette « crise du logos », Sarah montre comment la raison est privée des outils conceptuels nécessaires pour distinguer la guérison du préjudice. La personne malade devient un fardeau à éliminer plutôt qu’un prochain dont il faut prendre soin. La dignité humaine devient subordonnée à la fonctionnalité, et toute la vocation médicale est déformée à mesure que le rôle du médecin passe de celui de guérisseur à celui de bourreau.

    La thèse de Sarah lie l’avenir de la bioéthique à celui du langage. Lorsque nous perdons la capacité de parler en toute sincérité de la personne humaine, nous perdons la capacité de défendre la personne humaine et la vie humaine, la bios.

    La crise du logos, ou de la raison, est, selon Sarah, la crise de toute notre civilisation.

    Seul le retour à la raison permettra de restaurer la dignité humaine. Et seul le rétablissement de la dignité humaine permettra de redonner espoir en notre avenir et en celui de la bioéthique.

  • Une Europe sans Dieu courra à sa perte

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    De Guido Horst sur le Tagespost :

    Une Europe sans Dieu courra à sa perte

    Un continent sans âme : ce que le pape Benoît XVI a déclaré à Ratisbonne au sujet du « 11 septembre » et que l’Occident n’a pas voulu entendre.

    3 septembre 2026

    Les premiers jours de septembre marquent l’anniversaire de deux événements qui ne pourraient être plus différents, mais qui témoignent de la même évolution, qui a marqué le premier quart de ce XXIe siècle qui n’est plus si jeune : Le 11 septembre, il y a 25 ans, les États-Unis ont subi l’attaque terroriste la plus grave de leur histoire. Des kamikazes du réseau Al-Qaïda ont précipité deux avions sur les tours jumelles de New York, en ont fait s’écraser un troisième sur le Pentagone, tandis qu’un quatrième s’est écrasé au sol en Pennsylvanie après une lutte avec les passagers.

    Et le 12 septembre, il y a 20 ans, dans le cadre de sa visite en Bavière, Benoît XVI a prononcé devant des universitaires, dans l’amphithéâtre de « son » ancienne université, un discours qui allait entrer dans les annales sous le nom de « Conférence de Ratisbonne ». La partie la plus controversée de son discours : une citation tirée d’un dialogue fictif entre l’empereur byzantin Manuel II Paléologue et un érudit persan de confession musulmane, qui abordait notamment le « djihad », la guerre sainte et la relation entre religion et violence, et dans laquelle le pape-professeur citait cette question de l’empereur qui, sortie de son contexte, allait ensuite semer le trouble dans le monde islamique : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu n’y trouveras que du mal et de l’inhumanité, comme le fait qu’il ait prescrit de propager par l’épée la foi qu’il prêchait. »

    Religion positive et religion détournée

    Les répercussions tant du « 11 septembre » que de la « conférence de Ratisbonne » ont été décrites à maintes reprises. S’ensuivirent la guerre en Afghanistan et celle contre l’Irak – et le Vatican lança une initiative de dialogue sans précédent avec le monde musulman. Les courants devenus militants au sein de l’islam sunnite (Al-Qaïda, le Hamas) et chiite (l’Iran, le Hezbollah) ont marqué, au tournant du siècle, le début d’une nouvelle ère qui continue aujourd’hui encore d’occuper la politique, les médias et les sociétés occidentales. Alors que le Turc musulman était autrefois très bien accueilli en tant que travailleur immigré, nombreux sont ceux qui voient aujourd’hui tout simplement un danger chez les migrants d’origine musulmane.

    Il n’est pas nécessaire d’apprécier l’ouvrage de Samuel Phillips Huntington publié en 1996 sur le futur « choc » ou « conflit des civilisations ». Mais le fait est que l’Occident se sent aujourd’hui menacé – notamment par un islam militant tel que celui des mollahs en Iran ou encore le wahhabisme et le salafisme. Or, comment l’Occident européen a-t-il réagi au défi islamiste que le pape Benoît XVI avait pris à bras-le-corps il y a exactement vingt ans, en le reliant à la relation entre religion et raison ainsi qu’à la juste compréhension de Dieu et de l’homme créé par Dieu ? En tout cas, pas en prenant conscience que le terrorisme à connotation religieuse touche également à la question de Dieu et qu’il faut – comme Benoît XVI – faire la distinction entre une religion égarée, qui provoque la haine et la violence, et une religion au service de l’homme. Une sorte de réaffirmation de soi aurait fait du bien aux Européens, sachant pertinemment que le « vieux » continent repose entièrement sur des fondements chrétiens qui ont créé les conditions indispensables à la vie de l’État libéral et laïc, sans que celui-ci puisse les garantir lui-même (Ernst-Wolfgang Böckenförde).

    Une communauté sans référence à Dieu

    Au lieu de cela, l’Union européenne est restée incapable de répondre à la question d’un Dieu bon et d’une religion bonne par une affirmation de sa propre identité : à savoir le christianisme. Lorsque la Convention européenne a élaboré en 2003 le projet de Constitution de l’Union européenne, elle n’est pas parvenue à ancrer une référence à Dieu dans le préambule, mais s’est contentée d’une vague allusion aux « traditions culturelles, religieuses et humanistes de l’Europe ». La Constitution européenne a ensuite échoué lors des référendums en France et aux Pays-Bas et n’a jamais acquis force de loi. Mais même le traité de Lisbonne, signé en 2007, ne mentionnait dans son préambule que « l’héritage culturel, religieux et humaniste de l’Europe », dont on puise l’inspiration, sans faire aucune référence au Dieu unique ni même au christianisme.

    Lorsque le pape Léon se rendra à Metz à l’issue de son voyage en France, notamment en mémoire de Robert Schuman, il rappellera sans doute, à l’instar de ses prédécesseurs, que pour les trois pères fondateurs de la Communauté européenne – Robert Schuman, Alcide de Gasperi et Konrad Adenauer –, catholiques convaincus, l’Union était une œuvre de paix et non pas seulement une entreprise économique. Mais l’Europe postmoderne a systématiquement remplacé cet héritage chrétien par une conception laïque d’elle-même. Le monopole de la réflexion sur la « vocation chrétienne » de l’Europe est désormais dévolu aux papes.

    L'interdiction de penser de manière laïque

    Depuis le Concile Vatican II, ils ont présenté une riche doctrine sur une communauté humaine fondée sur les principes de subsidiarité, de solidarité et de bien-être, qui s'inspire de la tradition chrétienne tout en restant ouverte à toutes les personnes de bonne volonté – qu'elles croient ou non en Dieu, et quel que soit le Dieu auquel elles croient. Il suffit de penser aux encycliques « Redemptoris missio » et « Centesimus annus » de Jean-Paul II ou à la riche œuvre de Joseph Ratzinger sur l’identité et l’avenir de l’Europe. Tout cela n’est ni discuté ni pris au sérieux au niveau de l’Union – même si la situation est encore différente dans certains États membres. En ce qui concerne les racines chrétiennes, un immense processus de refoulement s’est opéré précisément au plus haut niveau des instances de la Communauté européenne, comme s’il n’y avait eu avant la Révolution française qu’un immense trou noir. La pensée dans l’esprit de Schuman, de Gasperi ou d’Adenauer n’a plus sa place.

    Au lieu de cela, on érige des murs et on a peur de l’étranger. Or, sans une âme européenne, l’homme européen ne survivra pas à la postmodernité. Les djihadistes se sentent « appelés » à intégrer l’Europe à la Oumma. Si les Européens ne savent plus à quoi ils sont appelés, ils seront trop faibles pour protéger durablement l’Europe vidée de son âme qui subsistera alors.

  • Le pape Léon se tient au-dessus des « guerres liturgiques »

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    De Larry Chapp sur le NCR :

    Le pape Léon se tient au-dessus des « guerres liturgiques »

    COMMENTAIRE : Il se dégage des propos du Saint-Père un calme qui invite les belligérants à s’éloigner du précipice liturgique et à commencer à penser de manière plus unificatrice.

    Le pape Léon XIV encense l’autel alors qu’il célèbre la messe pour la solennité des saints Pierre et Paul à la basilique Saint-Pierre, le 29 juin 2026. (photo : Daniel Ibáñez / EWTN News)

    3 septembre 2026

    Lors de son audience générale du 26 août, le pape Léon XIV a médité sur *Sacrosanctum Concilium*, le document du Concile Vatican II consacré à la liturgie, proposant ainsi sa catéchèse la plus détaillée à ce jour sur les réformes liturgiques mises en œuvre par le pape Paul VI et le soi-disant *Novus Ordo*.

    Ses propos ont depuis été décortiqués par divers observateurs à la recherche d’indices sur la direction qu’il compte prendre concernant les questions controversées qui agitent ce qu’on appelle les « guerres liturgiques ».

    Je pense que le message global qu’il a délivré est caractéristique de son style jusqu’à présent. Ses propos sont prudents mais clairs, indiquant que l’Église catholique ne s’engagera pas, sous son règne, dans une direction qui compromettrait son unité. Il ne laisse pas non plus entendre que de grands changements dans la pratique liturgique nous attendent. À ce titre, comme pour bien d’autres aspects de ce jeune pontificat, il y a dans ses propos un calme qui, selon moi, est délibérément choisi pour faire passer le message que les gens doivent s’éloigner du précipice liturgique et commencer à réfléchir de manière plus posée.

    Le pape Léon n’a absolument rien dit au sujet de la messe traditionnelle en latin, et il n’a donné aucun indice laissant entendre qu’il s’apprêtait à abroger *Traditionis Custodes*, la lettre apostolique du pape François qui imposait de fortes restrictions à sa célébration. Il n’a pas non plus mentionné le *motu proprio* antérieur du pape Benoît XVI, *Summorum Pontificum*, qui libéralisait l’accès à l’ancien rite de la messe et que le pape François a ensuite annulé.

    Par conséquent, ceux qui cherchaient dans ses propos une affirmation enthousiaste de l’une ou l’autre approche ont très probablement été déçus. Certains pourraient faire valoir que si son objectif est d’apaiser les tensions et de promouvoir l’unité ecclésiale, cette stratégie consistant à ignorer l’éléphant dans la pièce peut fonctionner à court terme, mais qu’à un moment donné, la question le mettra au pied du mur et qu’il devra abattre ses cartes.

    Mais si l’on lit attentivement ses propos, il y a un point incontournable, et c’est un point qui ne réjouira pas bon nombre de ceux que l’on appelle les « traditionalistes ». À savoir que la messe de Paul VI est là pour rester, qu’elle ne présente aucun défaut fondamental, qu’elle témoigne bel et bien d’une continuité avec la tradition et qu’elle met fidèlement en œuvre les principes liturgiques énoncés lors du Concile. Il ne dit pas ce qu’il adviendra de la messe traditionnelle en latin. Mais ce qu’il dit, c’est que la messe de Paul VI ne disparaîtra pas en tant que forme normative de la messe, et que toutes les autres considérations sont subordonnées à ce simple fait.

    Cela dit, au cœur de ses efforts pour apaiser les tensions se trouve son affirmation selon laquelle la messe de Paul VI est en parfaite conformité avec la tradition de l’Église et qu’elle incarne bel et bien bon nombre des réformes préconisées par le Concile. Il déclare :

    Le futur pape saint Paul VI a affirmé que les fidèles « ne peuvent et ne doivent plus rester silencieux et passifs. Leur présence physique ne peut se concilier avec leur absence spirituelle. »

    La similitude entre ces déclarations et celles qui figureront au n° 48 de la Constitution conciliaire est évidente : « L’Église […] désire vivement que les fidèles du Christ, lorsqu’ils assistent à ce mystère de la foi, n’y soient pas comme des étrangers ou des spectateurs silencieux. »

    Ce que Léon souligne dans ses remarques, c’est que le Concile avait compris qu’une réforme générale de la liturgie était nécessaire pour accroître la participation active des laïcs à la messe. Les laïcs ne doivent pas être « silencieux et passifs », comme s’ils n’étaient que de simples « spectateurs » d’un événement clérical au sein duquel ils ne jouent qu’un rôle minime. Il y a ici une allusion claire au fait que la liturgie préconciliaire favorisait effectivement une telle passivité silencieuse et que les laïcs n’étaient en réalité que trop souvent de simples spectateurs.

    De nombreux détracteurs de la réforme s'indignent face à de telles remarques et soulignent que la contemplation silencieuse pendant la messe est une forme de participation active ; par conséquent, l'accusation selon laquelle la messe tridentine favorisait la passivité est un argument fallacieux. Et même s’il y a une part de vérité dans cette observation, celle-ci est trop abstraite et fait abstraction de la réalité historique de la pratique dans de nombreuses paroisses d’avant le concile, où il était courant que les laïcs s’adonnent à diverses dévotions privées pendant la messe ou restent assis en silence, attendant passivement le moment de communier. 

    En d’autres termes, il y a une raison pour laquelle un mouvement liturgique fort existait au sein de l’Église bien avant le Concile. Et ce mouvement, porté par de nombreux papes et théologiens, n’était en aucun cas une tentative libérale extravagante visant à saper la messe. 

    Le pape Léon le précise clairement dans ses remarques et souligne les nombreuses modifications apportées à la messe qui avaient déjà été mises en œuvre par les papes précédents :

    De plus, le désir d’une « réforme générale » n’est pas apparu soudainement, mais s’était manifesté dans les actions des papes successifs depuis le début du XXe siècle, conformément aux exigences du Mouvement liturgique. L’affirmation selon laquelle les fidèles ne devaient pas assister aux célébrations « en tant qu’étrangers ou spectateurs silencieux » avait déjà été soulevée dans la constitution apostolique Divini Cultus du pape Pie XI.

    Par ailleurs, on peut rappeler les interventions de Pie XII concernant l’organisation des rites de la Semaine Sainte, qu’il a reprogrammés aux heures correspondant aux événements de Pâques, après qu’ils avaient été, pendant des siècles, avancés aux heures du matin. Il ne faut pas non plus oublier que saint Jean XXIII a jugé nécessaire de simplifier les rubriques du Bréviaire et du Missel, approuvant cette mesure par le motu proprio Rubricarum Instructum du 25 juillet 1960, dans lequel il faisait référence à la proposition de principes fondamentaux pour une réforme de la liturgie.

    Cette observation de Leo le conduit alors à une conclusion critique :

    La réforme liturgique promue par le Concile Vatican II est donc fermement enracinée dans la tradition vivante de l’Église. Une compréhension correcte de celle-ci nous permet également de rejeter les abus qui se sont produits dans certains secteurs de l’Église au cours de la période postconciliaire, et qui, malheureusement, se produisent encore de temps à autre aujourd’hui, là où certains des principes sous-jacents à la réforme elle-même ont été poussés à l’extrême ou mal compris.

    Beaucoup ne seront pas d’accord avec cette conclusion. Ils souligneront que le fait que le Concile n’ait plus exigé que le chant grégorien et le latin occupent une « place d’honneur » dans la messe constitue une preuve que la nouvelle messe n’était pas une mise en œuvre véritablement fidèle du Concile. Ils conviendront avec Léon que des « abus » sont effectivement apparus dans la pratique liturgique après le Concile, mais soutiendront que ces abus étaient rendus presque inévitables par l’abondance d’occasions, au sein des nouvelles rubriques, permettant à la « créativité » cléricale de se déchaîner. 

    Ce sont là des critiques importantes, qu’il ne faut pas prendre à la légère. En effet, une personnalité aussi éminente que le pape Benoît XVI s’est elle aussi montrée critique à l’égard de certains aspects de la réforme liturgique. Et même le pape Léon XVI affirme que certains abus liturgiques ont encore lieu aujourd’hui. De plus, si la messe tridentine, vieille de plusieurs siècles, a pu être modifiée de manière aussi radicale, pourquoi ne pourrions-nous pas admettre que la messe de Paul VI, qui n’a que 57 ans, est elle aussi susceptible de nouvelles réformes, comme l’ont proposé de nombreux théologiens partisans d’une « réforme de la réforme » ? 

    Il est toutefois important de noter ce que le pape Léon ne dit pas. Il ne dit pas qu’une nouvelle réforme de la réforme est hors de question. Il ne dit pas que la mise en œuvre de la nouvelle messe a été parfaite et qu’il n’y a désormais plus de place dans l’Église pour l’ancienne messe. Mais ce qu’il dit, et je suis d’accord avec lui, c’est que la nouvelle messe est parfaitement orthodoxe, conforme à la tradition, conforme à l’appel conciliaire en faveur d’une liturgie réformée, et qu’elle constitue la forme ordinaire de la messe pour 99 % des catholiques du monde. Ainsi, toute idée fantaisiste selon laquelle elle aurait besoin d’être remplacée n’est qu’une entreprise vouée à l’échec. 

    La messe de Paul VI n’est pas le fruit d’une infiltration maçonnique ni d’un désir secret de la rendre protestante. C’est la messe de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, promulguée par un pape et réaffirmée par plusieurs autres. Elle est orthodoxe et remplie des grâces nécessaires au salut, non pas en dépit d’elle-même, mais grâce à son orientation tout à fait louable vers la langue vernaculaire et la participation active des fidèles.

    Tel est le message du pape Léon. Et c’est un message dont nous devons tous tenir compte.

    Larry Chapp a obtenu son doctorat en théologie à l’université Fordham en 1994, avec une spécialisation dans la théologie de Hans Urs von Balthasar. Il a enseigné la théologie pendant 20 ans à l’université DeSales, près d’Allentown, en Pennsylvanie, avant de prendre une retraite anticipée pour fonder la ferme « Dorothy Day Catholic Worker » près de Wilkes-Barre, en Pennsylvanie, avec son épouse Carmina et son ami et ancien étudiant, le père John Gribowich. Auteur de nombreux articles et ouvrages, il est également le fondateur et l'auteur principal du blog Gaudiumetspes22.com.

    Lire aussi : Benoît était une exception en matière de liturgie

  • Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal

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    Saint John Henry Newman demeure une référence essentielle pour les questions de conscience, de foi et de développement doctrinal.

    Proclamé Docteur de l’Église le 1er novembre 2025 par le pape Léon XIV lors de la messe de la solennité de la Toussaint, dans le cadre du Jubilé du monde de l’éducation, saint John Henry Newman (1801-1890) a rejoint le cercle restreint des 38 Docteurs de l’Église. Il a également été nommé co-patron de l’éducation catholique aux côtés de saint Thomas d’Aquin. Cette reconnaissance solennelle souligne l’influence durable de ce convertisseur anglican devenu cardinal sur la théologie contemporaine, particulièrement en matière de conscience, d’autorité ecclésiale et d’évolution des dogmes.

    La 36e Académie théologique internationale d’été, organisée du 31 août au 2 septembre 2026 à Haag (Basse-Autriche, diocèse de Saint-Pölten), et non à La Haye aux Pays-Bas, a précisément été consacrée à ce nouveau Docteur. Dirigée par Helmut Prader, théologien moral et directeur de l’académie, cette rencontre de trois jours a rassemblé une soixantaine de participants sur place (dont l’archevêque Mieczysław Mokrzycki de Lviv, président de la Conférence des évêques d’Ukraine, et l’évêque auxiliaire suisse émérite Marian Eleganti) et autant en ligne. Le changement de lieu, après des décennies à Aigen im Mühlkreis, s’explique par de meilleures liaisons, des coûts plus modérés et la disponibilité d’une salle paroissiale. Elle s’est tenue en collaboration avec la Société Cardinal Scheffczyk.

    Une biographie marquée par la quête de vérité

    Né à Londres le 21 février 1801, Newman connaît une première conversion religieuse à 15 ans. Étudiant brillant à Oxford, il devient fellow d’Oriel College à 21 ans, est ordonné prêtre anglican et joue un rôle central dans le Mouvement d’Oxford à partir de 1833. Son étude approfondie des Pères de l’Église et de l’histoire de la doctrine le conduit progressivement à la conviction que l’Église catholique est la véritable continuation de l’Église apostolique. « Ce sont les Pères qui m’ont fait catholique », résumait-il. Il se convertit en 1845, perd ses fonctions anglicanes et une grande partie de son statut social et universitaire. Ordonné prêtre catholique, il fonde l’Oratoire de Birmingham, tente de créer une université catholique à Dublin (expérience qui inspire ses conférences de 1852 sur The Idea of a University), et est créé cardinal par Léon XIII en 1879. Il meurt le 11 août 1890 à Edgbaston. Canonisé en 2019 par le pape François, il est aujourd’hui célébré pour l’unité de son œuvre, anglicane puis catholique.

    Sœur Birgit Dechant, du centre international de la Newman Society à Littlemore près d’Oxford, a rappelé lors de l’académie que « l’appel de la conscience était plus fort » que les attachements personnels. Cette trajectoire illustre le lien intime, chez Newman, entre recherche théologique de la vérité et décisions de conscience personnelles.

    La conscience : « vicaire aborigène du Christ »

    Helmut Prader a souligné que la conception newmanienne de la conscience est celle qui a été reprise et consacrée dans Gaudium et spes (n. 16) au concile Vatican II : au plus profond de sa conscience, l’homme découvre une loi qu’il ne se donne pas lui-même, mais à laquelle il doit obéir ; cette voix l’appelle à aimer le bien et à fuir le mal. Pour Newman, la conscience n’est ni pure subjectivité ni simple sentiment, mais « la voix de Dieu dans la nature et le cœur de l’homme », « le témoin interne de l’existence et de la loi de Dieu », le « vicaire aborigène du Christ ».

    Dans sa célèbre Lettre au duc de Norfolk (1875), répondant aux critiques de Gladstone sur l’infaillibilité pontificale, Newman écrit : « Je boirai à la santé du Pape, si vous voulez, mais à la conscience d’abord, et au Pape ensuite. » Cette formule, souvent détournée pour justifier un subjectivisme, signifie en réalité le contraire. La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs : elle est appelée à être formée, éclairée par la Révélation et le Magistère. Newman refuse absolument de l’opposer à l’autorité de l’Église. La conscience bien formée et le Magistère convergent vers la même vérité objective. Cette tension féconde entre conviction personnelle et autorité demeure d’une actualité brûlante dans les débats contemporains sur la liberté religieuse, la morale et le discernement.

    Le développement des dogmes

    Autre pilier de sa pensée, l’Essay on the Development of Christian Doctrine (1845) explique comment la doctrine peut croître organiquement sans se corrompre, à la manière d’un germe qui se déploie. Newman propose sept « notes » pour distinguer un développement légitime d’une corruption : préservation du type, continuité des principes, pouvoir d’assimilation, anticipation anticipée, séquence logique, action conservatrice sur le passé, et vigueur chronique. Cette théorie a profondément marqué la théologie du XXe siècle et le concile Vatican II. Le père Johannes Nebel a insisté lors de l’académie sur le fait que la tradition est un développement continu, mais toujours dans la continuité de l’Écriture et de la tradition apostolique, et non selon l’opportunisme social.

    L’idée d’université

    Wolfgang Klausnitzer a présenté la vision newmanienne de l’université : elle ne doit pas se réduire à une formation professionnelle utilitaire, mais offrir une éducation libérale complète, favorisant le dialogue entre les disciplines et empêchant qu’aucune science ne s’érige en vérité unique. L’université forme l’esprit à une « habitude philosophique » : curiosité, capacité de penser au-delà des frontières disciplinaires, ouverture. Oxford représentait pour Newman l’idéal de cette culture intellectuelle. Ses conférences de Dublin restent parmi les textes les plus importants sur le sujet.

    Une actualité qui ne se dément pas

    Newman n’était pas un théologien systématique, mais un auteur d’essais, de sermons et d’une correspondance abondante. Sa force réside précisément dans cette approche existentielle et historique de la vérité. Dans un monde marqué par le relativisme, le subjectivisme et les tensions entre conscience individuelle et institutions, sa pensée offre des ressources précieuses pour articuler fidélité à la tradition et ouverture au développement authentique, autorité et liberté responsable, foi et raison.

    L’académie de 2027 portera sur la pertinence de Jésus-Christ pour la société, en lien avec le centenaire de la naissance de Joseph Ratzinger (grand admirateur de Newman). En attendant, la proclamation de Newman comme Docteur de l’Église confirme ce que l’académie de Haag a mis en lumière : sa théologie de la conscience et du développement doctrinal reste un guide sûr pour l’Église et pour tout chercheur de vérité.

    source

  • Les Guides et Scouts d’Europe en Belgique : un scoutisme catholique traditionnel et européen

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    Les Guides et Scouts d’Europe en Belgique : un scoutisme catholique traditionnel et européen

    Guides et Scouts d'Europe Belgique / Europascouts en Gidsen - België | Uccle

    Les Guides et Scouts d’Europe – Belgique (GSE-B), également connus sous le nom néerlandophone d’Europascouts en Gidsen – België (ESG-B), constituent une association de scoutisme catholique unitaire présente dans l’ensemble du pays. Affiliée à l’Union Internationale des Guides et Scouts d’Europe – Fédération du Scoutisme Européen (UIGSE-FSE), elle se distingue des grandes fédérations belges reconnues par l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout (OMMS/WOSM) et l’Association Mondiale des Guides et Éclaireuses (AMGE/WAGGGS) par son attachement strict à la méthode de Baden-Powell, sa dimension confessionnelle catholique et son orientation explicitement européenne.

    Origines et histoire

    Le mouvement international naît en 1956 à Cologne (Allemagne), dans le contexte de la reconstruction européenne d’après-guerre. Un groupe de chefs scouts allemands et français, catholiques, protestants et orthodoxes, fonde la Fédération du Scoutisme Européen (FSE, devenue UIGSE-FSE). Leur ambition est de pratiquer le scoutisme de Baden-Powell sur des bases chrétiennes, dans un cadre européen fraternel, en réponse aux divisions et idéologies qui avaient déchiré le continent.

    En Belgique, l’implantation suit rapidement. En 1959, la troupe 1re Louvain du Vlaams Verbond van Katholieke Scouts participe au premier camp fédéral (Eurocamp) à Wasserfal (Allemagne). L’année suivante, en 1960, Norbert De Bruyn fonde l’Association Belge des Guides et Scouts d’Europe. Un camp fédéral se tient d’ailleurs en Belgique en 1962 à Botassart. En 1994, sous l’impulsion de Jean-François Godbille, les structures belges fusionnent pour former l’association actuelle.

    L’UIGSE-FSE a reçu la reconnaissance pontificale (association privée internationale de fidèles de droit pontifical, confirmée en 2008) et dispose d’un statut participatif auprès du Conseil de l’Europe. Elle regroupe aujourd’hui des associations dans une vingtaine de pays européens (et des structures en Amérique du Nord), avec environ 60 000 à 70 000 membres selon les sources.

    Effectifs et présence sur le territoire

    Les estimations récentes situent les effectifs belges entre environ 1 400 et 2 000 membres (jeunes et responsables confondus). Des sources plus précises mentionnent environ 1 391 jeunes et 320 responsables, ou « plus de 1 700 jeunes ». La majorité des groupes sont francophones ; on compte une minorité de groupes néerlandophones (environ 5 sur une vingtaine de groupes actifs).

    Les groupes sont répartis dans tout le pays : Anvers, Bruges, Gand, Nossegem (Halle-Vilvoorde) côté néerlandophone ; Bruxelles (plusieurs unités : Boitsfort, Woluwé, etc.), Arlon, Liège (Banneux), Mons, Namur, Fontaine-l’Évêque, et d’autres en Wallonie. Les unités masculines et féminines sont en principe séparées (sauf pour les plus jeunes, les Castors/Bevers). Une carte interactive et un catalogue des foulards sont disponibles sur le site officiel.

    Le siège se trouve à Uccle (Avenue Winston Churchill 35, « La Vigne »).

    Pédagogie et branches d’âge

    La pédagogie s’appuie fermement sur la méthode de Baden-Powell (santé, caractère, joie et sens du service – les « trois H ») enrichie par l’héritage du père Jacques Sevin, pionnier du scoutisme catholique. Elle vise le développement intégral de la personne, y compris dans sa dimension spirituelle chrétienne. Les activités privilégient le plein air, la responsabilité progressive (formation du jeune par le jeune), le service et la vie en petites unités homogènes d’âge.

    Les branches sont :

    • Castors / Bevers (6-8 ans) : découverte de la vie en communauté et efforts.
    • Louveteaux / Louvettes – Welpen / Welpinnen (8-12 ans) : inspirés du Livre de la Jungle et de saint François d’Assise.
    • Éclaireurs / Éclaireuses – Verkenners / Gidsen (12-17 ans) : vie en patrouille, responsabilités, aventure.
    • Routiers / Guides-Aînées – Voortrekkers / Voortreksters (à partir de 17 ans) : service, engagement et formation de leaders.

    L’uniforme est caractéristique : chemise bleu clair (ou beige pour les scouts/routiers), foulard de groupe, ceinturon avec la croix de l’UIGSE (croix de Malte à huit pointes et fleur de lys).

    Identité et place dans le paysage scout belge

    Les Guides et Scouts d’Europe se définissent comme un mouvement de scoutisme « authentique », catholique et européen. La promesse inclut le service de Dieu, de l’Église, du Roi, de la Patrie et de l’Europe. La loi scoute reprend les articles classiques, avec un accent sur la pureté, le service et la fraternité européenne.

    Ils ne font pas partie du Guidisme et Scoutisme en Belgique (GSB), la structure parapluie des fédérations reconnues par l’OMMS/WAGGGS (Les Scouts, Guides Catholiques de Belgique, Scouts en Gidsen Vlaanderen, FOS Open Scouting, Scouts et Guides Pluralistes). Ils constituent donc une alternative plus traditionnelle et explicitement confessionnelle au sein du paysage scout belge, très diversifié et majoritairement pluriel ou ouvert.

    Vie du mouvement

    Les unités organisent des réunions hebdomadaires, des camps d’été, des week-ends de formation (notamment les « routes-école » pour les aînés) et participent à des événements internationaux (Eurojam, Euromoot). Des pèlerinages (comme celui d’Avioth) et des activités de service font partie de la vie des Routiers. Le mouvement met l’accent sur la formation des chefs et le rayonnement dans les quatre coins du pays, en français et en néerlandais.

    Conclusion

    Présents en Belgique depuis plus de soixante ans, les Guides et Scouts d’Europe incarnent une forme de scoutisme qui allie fidélité à Baden-Powell, ancrage catholique et idéal européen. Bien que numériquement modestes par rapport aux grandes fédérations belges (qui totalisent plus de 150 000 membres), ils offrent une proposition pédagogique cohérente et structurée, reconnue par l’Église et présente dans les deux communautés linguistiques. Leur site officiel (scouts-europe.be) permet de localiser les groupes et de s’informer sur les activités.

    Sources principales : site officiel des Guides et Scouts d’Europe – Belgique, Scoutopedia, Wikipedia (pages UIGSE-FSE et scouting en Belgique), documents historiques de l’UIGSE-FSE.

  • Quelques données sur l’espace et le temps

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    Quelques données sur l’espace et le temps

    Comme beaucoup le savent, la vitesse de la lumière est d’environ 300 000 km par seconde. Cela signifie que le temps nécessaire à la lumière du Soleil (situé à environ 150 millions de kilomètres) pour nous parvenir est de 8 minutes et 20 secondes. Quand nous le regardons, nous ne le voyons donc pas tel qu’il est à l’instant de l’observation, mais tel qu’il était il y a précisément 8 minutes et 20 secondes.

    Concernant l’étoile la plus proche, Proxima du Centaure, distante d’environ 4,25 années-lumière, nous ne la voyons pas non plus telle qu’elle est au moment où nous l’observons, mais telle qu’elle était il y a un peu plus de 4 ans et 3 mois. Quant à la galaxie d’Andromède — la galaxie spirale la plus proche de la nôtre, perceptible à l’œil nu dans de bonnes conditions —, on la voit telle qu’elle était il y a 2,5 millions d’années.

    Et qu’en est-il de la plus lointaine connue à ce jour ? Découverte en 2025 grâce au télescope spatial James Webb (NASA, ESA et CSA), la galaxie MoM-z14 a été observée telle qu’elle était il y a environ 13,5 milliards d’années, c’est-à-dire seulement 280 millions d’années après le Big Bang (l’âge de l’Univers étant estimé à environ 13,8 milliards d’années).

    Au regard de ces données établies par la science, comment ne pas éprouver un vertige incommensurable ?

    Cependant, en quittant le domaine de la science — qui s’intéresse au « comment », à ce qui est mesurable et observable, et non au « pourquoi » —, quels seraient les moyens de connaissance autres que celui qui réduit le réel au matériel, à nos sens et à nos dimensions habituelles ? Personnellement, j’en vois trois, plus abstraits : la philosophie et la métaphysique, la spiritualité et la mystique, ainsi que l’intuition.

    Voilà qui fera sans doute hausser les épaules de ceux qui partent du principe qu’il n’y a de connaissance que rationnelle. Pourtant, si tel est le cas, il faudrait que celui qui croit cela puisse prouver rationnellement qu’il n’y a de connaissance que rationnelle. Aucun rationaliste ne le peut : cela relève donc inévitablement d’un postulat, d’un pas dans le vide indémontrable.

    En conclusion, se pose une question philosophique bien connue : pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Notre Univers (et l’existence de l’homme en particulier) a-t-il un sens, ou est-il, comme l’écrit Bertrand Russell, « une machine sans âme qui suit une trajectoire aveugle dans l’infini de l’espace et du temps » ?

    Nous voici face à un choix : croire au mystère ou croire à l’absurde. Mais si rien n’a de sens, si Russell a raison, alors la question de Camus — « dois-je ou non me suicider ? » — se pose avec une acuité terrible. Voilà où conduit l’absurde.

    Tout change, évidemment, pour celui qui croit au mystère, au sens plutôt qu’au non-sens, et qui voit à la base de tout ce qui existe une Intelligence infiniment supérieure à nous, Auteur du Big Bang. Rien que du Big Bang ? Pourquoi pas ? Si l’on part du principe que, dans cette « soupe originelle » née il y a 13,8 milliards d’années, se trouvaient déjà en germe les conditions nécessaires à l’apparition un jour de la vie et de la conscience, rien n’interdit de penser, comme l’écrit Jean d’Ormesson, que « ceux qui ne croient pas en Dieu font preuve d’une crédulité qui n’a rien à envier à celle qu’ils reprochent aux croyants ».

    J-P S

  • Quand Jean-Paul II évoquait Grégoire le Grand (3 septembre)

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    gregoire_le_grand.jpgLettre à tous les évêques, les prêtres et les fidèles de l’Eglise,
    pour le quatorzième centenaire
    l’élévation de saint Grégoire le Grand au pontificat (source)

    Au terme de l'Antiquité et à l'aurore du Moyen Age, saint Grégoire le Grand, à la fois issu du patriciat romain et du monachisme bénédictin, s'efforce, en réglementant le présent, de transmettre au futur les enseignements du passé et l’héritage de la tradition. Au début de son pontificat (février 590), les structures de l’empire romain, bouleversées par les invasions gothes, puis normandes, s’écroulent, tandis que renaît l’hérésie donatiste et que l’arianisme règne encore sur la plupart des barbares ; la discipline monastique s’est généralement relâchée et le clergé, souvent démoralisé, conduit des fidèles catastrophés par les invasions barbares : « Ballotté par les vagues des affaires, je sens la tempête gronder, au-dessus de ma tête. Avec le psaume1 je soupire : Dans l'abîme des eaux, je suis plongé et les flots me submergent.2 » Dirigeant la barque de saint Pierre menacée de naufrage, saint Grégoire le Grand, le consul de Dieu, va, d’une main ferme et assurée, redresser la barre pour transmettre à la postérité une culture ébranlée sous les coups des barbares mais toujours riche de ses précieux acquis où les leçons de l’Antiquité s’épanouissent à l’enseignement des Pères de l’Eglise, comme le montrent déjà les royaumes des Francs, convertis depuis près d’un siècle, les terres ibériques dont le roi wisigoth, Reccared, vient d’entrer dans le giron de l’Eglise catholique (587) ou les chefs de clan irlandais. Ainsi, prophète des temps nouveaux,  autant que gardien des temps anciens, Grégoire le Grand, sur les ruines de l'empire romain, va-t-il faire se lever l'aube médiévale. Pasteur et missionnaire, théologien et maître spirituel, mais aussi diplomate et administrateur, le soixante-troisième successeur de Pierre construit une œuvre grandiose, à la fois politique, ecclésiastique et mystique, ne revendiquant qu'un seul titre, transmis à ses successeurs : « serviteur des serviteurs de Dieu. »

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  • Grégoire : la grandeur d'un pape (3 septembre)

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    saint-gregoire-le-grand_detail_sacramentaire-marmoutier-pour-usage-autun_bibmunicip_ms19bis-folio005_anno845_IRHT_106971-p.jpgLors des audiences générales des mercredis 28 mai et 4 juin 2008, le pape Benoît XVI a consacré ses catéchèses au pape Grégoire le Grand : 

    Grégoire le Grand pacificateur de l'Europe (28 mai)

    Chers frères et sœurs,

    Mercredi dernier j'ai parlé d'un Père de l'Eglise peu connu en Occident, Romanos le Mélode, je voudrais aujourd'hui présenter la figure de l'un des plus grands Pères dans l'histoire de l'Eglise, un des quatre docteurs de l'Occident, le Pape saint Grégoire, qui fut évêque de Rome entre 590 et 604, et auquel la tradition attribua le titre de Magnus/Grand. Grégoire fut vraiment un grand Pape et un grand Docteur de l'Eglise! Il naquit à Rome vers 540, dans une riche famille patricienne de la gens Anicia, qui se distinguait non seulement par la noblesse de son sang, mais également par son attachement à la foi chrétienne et par les services rendus au Siège apostolique. Deux Papes étaient issus de cette famille:  Félix III (483-492), trisaïeul de Grégoire et Agapit (535-536). La maison dans laquelle Grégoire grandit s'élevait sur le Clivus Scauri, entourée par des édifices solennels qui témoignaient de la grandeur de la Rome antique et de la force spirituelle du christianisme. Des sentiments chrétiens élevés lui furent aussi inspirés par ses parents, Gordien et Silvia, tous deux vénérés comme des saints, et par deux tantes paternelles, Emiliana et Tarsilia, qui vécurent dans leur maison en tant que vierges consacrées sur un chemin partagé de prière et d'ascèse.

    Grégoire entra très tôt dans la carrière administrative, que son père avait également suivie et, en 572, il en atteint le sommet, devenant préfet de la ville. Cette fonction, compliquée par la difficulté des temps, lui permit de se consacrer à large échelle à chaque type de problèmes administratifs, en en tirant des lumières pour ses futures tâches. Il lui resta en particulier un profond sens de l'ordre et de la discipline:  devenu Pape, il suggérera aux évêques de prendre pour modèle dans la gestion des affaires ecclésiastiques la diligence et le respect des lois propres aux fonctionnaires civils. Toutefois, cette vie ne devait pas le satisfaire car, peu après, il décida de quitter toute charge civile, pour se retirer dans sa maison et commencer une vie de moine, transformant la maison de famille dans le monastère Saint André au Celio. De cette période de vie monastique, vie de dialogue permanent avec le Seigneur dans l'écoute de sa parole, il lui restera toujours la nostalgie, qui apparaît toujours à nouveau et toujours davantage dans ses homélies:  face aux assauts des préoccupations pastorales, il la rappellera plusieurs fois dans ses écrits comme un temps heureux de recueillement en Dieu, de consécration à la prière, d'immersion  sereine  dans  l'étude. Il put ainsi acquérir cette profonde connaissance de l'Ecriture Sainte et des Pères de l'Eglise dont il se servit ensuite dans ses œuvres.

    Mais la retraite dans la clôture de Grégoire ne dura pas longtemps. La précieuse expérience mûrie dans l'administration civile à une époque chargée de graves problèmes, les relations entretenues dans cette charge avec les byzantins, l'estime universelle qu'il avait acquise, poussèrent le Pape Pélage à le nommer diacre et à l'envoyer à Constantinople comme son "apocrisaire", on dirait aujourd'hui "Nonce apostolique", pour permettre de surmonter les dernières séquelles de la controverse monophysite et, surtout, pour obtenir l'appui de l'empereur dans son effort pour contenir la poussée lombarde. Son séjour à Constantinople, où avec un groupe de moines il avait repris la vie monastique, fut très important pour Grégoire, car il lui donna l'occasion d'acquérir une expérience directe du monde byzantin, ainsi que d'approcher la question des Lombards, qui aurait ensuite mis à rude épreuve son habileté et son énergie au cours années de son pontificat. Après quelques années, il fut rappelé à Rome par le Pape, qui le nomma son secrétaire. Il s'agissait d'années difficiles:  les pluies incessantes, le débordement des fleuves, la famine qui frappait de nombreuses zones d'Italie et Rome elle-même. A la fin, la peste éclata également, faisant de nombreuses victimes, parmi lesquelles le Pape Pélage II. Le clergé, le peuple et le sénat furent unanime en choisissant précisément lui, Grégoire, pour être son Successeur sur le Siège de Pierre. Il chercha à résister, tentant également la fuite, mais il n'y eut rien à faire:  à la fin il dut céder. C'était l'année 590.

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  • La passion de soixante-quinze bienheureux martyrisés à Paris en 1792

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    D'Evangile au Quotidien :

    BBx André-Abel Alricy et 71 comp.

    martyrs († 1792)

    Fête : le 3 Septembre

    Martyrologe Romain : À Paris, en 1792, la passion de soixante-quinze bienheureux martyrs.

    Prêtres : André-Abel Alricy, de Crémieu, au diocèse de Grenoble, attaché à la prison Saint-Médard, à Paris - René-Marie Andrieux, de Rennes, ancien jésuite, supérieur de la Communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris - Pierre-Paul Balzac, de Paris, vicaire à Villejuif, retiré dans la communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet - Jean-François Benoît, dit Vourlat, de Lyon, ancien jésuite, aumônier des Dames de l’Adoration perpétuelle, à Paris - Jean-Charles-Marie Bernard du Cornillet, de Châteaubriant, au diocèse de Nantes, chanoine régulier de Saint-Victor à Paris et bibliothécaire de l’abbaye - Michel-André-Sylvestre Binard, de Laulne, au diocèse de Coutances, professeur au Collège de Navarre, à Paris - Nicolas Bize, de Versailles, directeur du séminiaire Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris - Claude Bochot, de Troyes, supérieur de la Maison Saint-Charles des Pères de la Doctrine chrétienne, à Paris - Jean-François Bonnel de Pradal, d’Ax-les-Thermes, au diocèse de Pamiers, chanoine régulier de Sainte-Geneviève, à Paris - Pierre Bonze, de Paris, curé de Massy - Pierre Briquet, de Vervins, au diocèse de Laon, professeur au Collège de Navarre, à Paris - Pierre Brisse, de Brombos, au diocèse de Beauvais, curé de Boran-sur-Oise, dans le même diocèse - Charles Carnus, de Salles-la-Source, au diocèse de Rodez, professeur au collège de Rodez - Jean-Charles Caron, d’Auchel, au diocèse de Boulogne, prêtre de la Mission, curé de Collégien, au diocèse de Meaux - Bertrand-Antoine de Caupène, de Jégan, au diocèse d’Auch, vicaire à Montmagny - Nicolas Colin, de Grenant, au diocèse de Langres, prêtre de la Mission, curé de Genevrières, au même diocèse - Jacques Dufour, de Troisgots, au diocèse de Coutances, vicaire à Maison-Alfort, au diocèse de Paris - Denis-Claude Duval, de Paris, vicaire à Saint-Étienne du Mont - Jean-Pierre Duval, de Paris, capucin (frère Côme), aumônier de l’hôpital de la Pitié, à Paris - Joseph Falcoz, de Saint-Sorlin d’Arves, au diocèse de Maurienne, chapelain de l’hôpital de la Pitié - Gilbert-Jean Fautrel, de Marcilly, au diocèse de Coutances, aumônier de la Maison des Enfants-trouvés, à Paris - Eustache Félix, de Troyes, procureur de la Maison des Pères de la Doctrine chrétienne à Paris et conseiller provincial - Pierre-Philibert Fougères, de Paris, curé de Saint-Laurent de Nevers, député à l’Assemblée nationale - Louis-Joseph François, de Busigny, au diocèse de Cambrai, prêtre de la Mission, supérieur du séminaire Saint-Firmin - Pierre-Jean Garrigues, de Sauveterre, au diocèse de Rodez, attaché au diocèse de Paris - Nicolas Gaudreau, de Paris, curé de Vert-le-Petit - Étienne-Michel Gillet, de Paris, directeur au séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet - Georges-Jérôme Giroust, de Bussy-Saint-Georges, au diocèse de Meaux, vicaire à Gennevilliers, au diocèse de Paris - Joseph-Marie Gros, de Lyon, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, député aux États généraux - Jean-Henri Gruyer, de Dole, au diocèse de Saint-Claude, prêtre de la Mission, vicaire à Saint-Louis de Versailles - Pierre-Marie Guérin du Rocher, de Sainte-Honorine-la-Guillaume, au diocèse de Séez, ancien jésuite, supérieur de la Maison des Nouveaux Convertis, à Paris - François-Robert Guérin du Rocher, frère cadet du précédent, né au Repas, au diocèse de Séez, ancien jésuite, aumônier de l’hospice des Capucins, à Paris - Yves-André Guillon de Kerenrun, de Lézardrieux, au diocèse de Tréguier, proviseur de la Maison de Navarre et vice-chancelier de l’Université de Paris - Julien-François Hédouin, de Coutances, chapelain de la Communauté de la Compassion, à Paris - Pierre-François Hénoque, de Tronchoy, au diocèse d’Amiens, professeur au Collège du Cardinal Lemoine, à Paris - Éloi Herque, dit du Roule, de Lyon, ancien jésuite, aummônier de l’hôpital de la Pitié, à Paris - Pierre-Louis Joret, de Rollot, au diocèse de Beauvais, résidant à Paris - Jean-Jacques de La Lande, de La Forêt-Auvray, au diocèse d’Évreux, curé de Saint-Martin d’Illiers-l’Évêque, au même diocèse, député aux États généraux - Gilles-Louis Lanchon, des Pieux, au diocèse de Coutances, directeur spirituel des religieuses de Port-Royal, à Paris - Louis-Jean Lanier, de Château-Gontier, au diocèse d’Angers, préfet du séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris - Jean-Joseph de Lavèze-Belay, de Gluiras, au diocèse de Viviers, confesseur des malades à l’Hôtel-Dieu de Paris - Michel Leber, de Paris, curé de La Madeleine - Jean-Baptiste Legrand, de Versailles, professeur au Collège de Lisieux, à Paris - Jean-Pierre Le Laisant, de Valognes, au diocèse de Coutances, vicaire à Dugny, au diocèse de Paris - Julien Le Laisant, frère aîné du précédent, de Valognes, vicaire à Videcosville, au diocèse de Coutances - Jean Lemaître, de Beaumais, au diocèse de Bayeux, ordonné prêtre le 17 juin précédent - Jean-Thomas Leroy, d’Épernay, au diocèse de Châlons, grand prieur de l’abbaye de chanoines réguliers de Saint-Jean des Vignes et curé-prieur de La Ferté-Gaucher, au diocèse de Soissons - Martin-François Loublier, d’O, près de Mortrée, au diocèse de Séez, curé de Condé-sur-Sarthe, au même diocèse - Claude-Louis Marmotant de Savigny, de Paris, curé de Compans-la-Ville, au diocèse de Meaux - Claude-Sylvain Mayneaud de Bizefranc, de Digoin, au diocèse d’Autun, prêtre de la Communauté de Saint-Étienne du Mont, à Paris - Henri-Jean Milet, de Paris, vicaire à Saint-Hippolyte - François-Joseph Monnier, de Paris, vicaire à Saint-Séverin - Marie-François Mouffle, de Paris, vicaire à Saint-Merry - Jean-Louis Oviefre, de Paris, directeur de la petite Communauté de Saint-Nicolas du Chardonnet - Jean-Michel Phelippot, de Paris, chapelain du Collège de Navarre, à Paris - Claude Pons, du Puy-en-Velay, chanoine régulier de Sainte-Geneviève de Paris - Pierre-Claude Pottier, du Hâvre, au diocèse de Rouen, eudiste, supérieur du Séminaire Saint-Vivien de Rouen - Jacques-Léonor Rabé, de Sainte-Mère-Église, au diocèse de Coutances, chapelain de l’hospice des Enfants-Assistés, à Paris - Pierre-Robert Régnet, de Cherbourg, au diocèse de Coutances, résidant à Paris - Yves-Jean-Pierre Rey de Kervizic, de Plounez, au diocèse de Saint-Brieuc, vicaire à Saint-Jacques du Haut-Pas, à Paris - Nicolas-Charles Roussel, confesseur des Hermites à Grosbois, au diocèse de Paris - Pierre Saint-James, de Caen, au diocèse de Bayeux, recteur de l’Hôpital général, à Paris - Jacques-Louis Schmid, de Paris, curé de Saint-Jean l’Évangéliste, à Paris - Jean-Antoine Seconds, de Rodez, ancien jésuite, chapelain de l’Hôpital de la Pitié, à Paris - Pierre-Jacques de Turménies, de Gournay-en-Bray, au diocèse de Rouen, grand-maître du Collège de Navarre, à Paris - René-Joseph Urvoy, de Plouisy, au diocèse de Tréguier, maître de conférences au séminaire des Trente-Trois, à Paris - Nicolas-Marie Verron, de Quimperlé, au diocèse de Cornouaille, ancien jésuite, directeur des religieuses de Sainte-Aure, à Paris.
    Diacre : Pierre-Florent Leclercq ou Clerq, de Hautvillers, au diocèse d’Amiens, élève au séminaire Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris.

    Laïcs : Sébastien Desbrielles, de Bourges, maître d’hôtel à l’Hôpital de la Pitié, à Paris - Louis-François Rigot, d’Amiens, sous-sacristain à l’Hôpital de la Pitié, à Paris - Jean-Antoine de Villette, de Cateau-Cambrésis, au diocèse de Cambrai, ancien officier, retiré au séminaire Saint-Firmin.

    Martyrs de Paris et prêtres pour la plupart, le lendemain du massacre perpétré au couvent des Carmes, sous la Révolution française, ils furent à leur tour mis à mort sans jugement, quelques-uns à la prison de la Force, tous les autres au séminaire Saint-Firmin transformé en prison.

  • Fulton Sheen, désormais bienheureux, et l'actualité de la mission (Mgr Landry)

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    De l'Agence Fides (Pascale Rizk) :

    BÉATIFICATION DE FULTON SHEEN/I - Roger Landry (OPM USA) : Fulton Sheen, désormais bienheureux, et l'actualité de la mission

    1 septembre 2026

    Rome (Agence Fides) – La passion missionnaire qui animait toute la vie et toute l’œuvre de l’Archevêque américain Fulton Sheen n’était ni un effort ni une stratégie. Ce n’était pas une soif de conquête. Tout en lui découlait simplement du fait qu’il était un « ardent Apôtre de Jésus-Christ, le Sauveur du monde ». Un disciple que sa foi rendait à la fois génial et réaliste, capable de reconnaître que sans l’amour du Christ, même les stratégies et les outils les plus sophistiqués utilisés pour annoncer l’Évangile finissent par n’être que « des cuivres qui résonnent et des cymbales qui retentissent », comme l’écrit saint Paul dans la Lettre aux Corinthiens.

    C’est sur tout cela et bien d’autres choses encore qu’insiste Mgr Roger J. Landry, directeur national des Œuvres Pontificales Missionnaires, en brossant le portrait et en soulignant l’actualité de l’Archevêque américain qui sera proclamé bienheureux le 24 septembre prochain à Saint-Louis (Missouri), lors d’une liturgie solennelle présidée par le Cardinal Luis Antonio Tagle.

    Nous publions ci-dessous le texte de l'interview vidéo accordée par Mgr Roger J. Landry à l'Agence Fides lors de la dernière Assemblée générale des Œuvres Pontificales Missionnaires.

    Le Vénérable Fulton J. Sheen a lui aussi été à la tête des Œuvres Pontificales Missionnaires aux États-Unis de 1950 à 1966.

    Quel est l'héritage de l'Archevêque Fulton J. Sheen pour l'identité missionnaire de l'Église aux États-Unis d'Amérique aujourd'hui ?

    - L’Archevêque Fulton Sheen sera bientôt le bienheureux Fulton Sheen. Toute sa vie a été marquée par son amour ardent pour Jésus-Christ. Il s’était engagé à servir Jésus du mieux possible et à amener le plus grand nombre de personnes possible à le connaître, à se sentir aimées par Lui, à L’aimer à leur tour et à essayer de répandre l’amour pour Lui.

    C’est pourquoi il a étudié avec tant de dévouement et est devenu l’un des prêtres les plus érudits de l’histoire américaine. C’est pourquoi il s’est investi si intensément dans la prédication et a réussi à « enflammer les chaires » du feu du Saint-Esprit, tout en transmettant son amour pour Jésus. C’est l’une des raisons pour lesquelles, chaque matin, pendant les 61 années de son sacerdoce, il a consacré une heure entière à l’adoration devant le Seigneur. Et c’est pour cette raison qu’il a pu affirmer que son plus grand amour avait toujours été tourné vers les missions de l’Église. Il a donné tout ce qu’il pouvait : beaucoup d’énergie, beaucoup de talent, beaucoup d’argent récolté grâce à ses diverses initiatives, pour tenter de répandre la foi dans le monde entier.

    Tout cela tient au fait qu'il était un disciple dévoué et un fervent apôtre de Jésus-Christ, le Sauveur du monde.

    Quels aspects de sa spiritualité personnelle considérez-vous comme les plus pertinents pour les missionnaires qui œuvrent aujourd’hui sur le terrain, et lequel vous touche le plus sur le plan personnel ?

    - Fulton Sheen n'était pas seulement un grand missionnaire parmi les missionnaires, mais il a également contribué à édifier l'Église tout entière dans l'esprit missionnaire.

    Il y a deux aspects de sa dévotion que nous pouvons tous imiter. Le premier est qu’il prenait au sérieux la présence réelle de Jésus dans la Sainte Eucharistie. Pour lui, l’Eucharistie n’était pas une chose, mais une personne. Et il lui était tout à fait naturel de donner la priorité au temps passé avec Jésus chaque jour.

    La mission de l’Église ne consiste pas seulement à porter les paroles de l’Évangile jusqu’aux confins de la terre. Elle ne consiste pas non plus uniquement à fonder des églises. La mission de l’Église est de porter Jésus-Christ jusqu’aux confins de la terre. Il vit avec nous, Dieu avec nous, il est encore avec nous dans la Sainte Eucharistie, dans son Corps, son Sang, son Âme et sa Divinité. Ainsi, l’amour de Fulton Sheen pour l’Eucharistie a véritablement inspiré sa spiritualité missionnaire, afin que des Églises soient édifiées – non pas des bâtiments et des structures physiques, mais des Églises formant le Corps mystique par l’œuvre de Jésus dans la Sainte Eucharistie.

    Et puis, la deuxième chose importante que je dirais à propos de Sheen, c’est qu’il se consacrait à l’art de la communication. Il savait qu’il ne suffisait pas d’avoir la foi. Il ne suffisait pas d’avoir le désir de diffuser la foi. Il fallait être efficace dans la diffusion de la foi. Il fallait montrer, à travers ses paroles, la ferveur de l’amour que Dieu nous porte, tout en prêchant l’Évangile.

    Fulton Sheen a toujours possédé cela. Et l’une des influences les plus marquantes de sa vie a été d’avoir encouragé non seulement certains moyens de communication, anciens et nouveaux, à servir de chaires pour partager avec ferveur le trésor de notre foi. Voici donc les deux choses qui, à mon avis, ont enseigné à toute l’Église comment bien accomplir sa mission.

    Pour moi, ce qui est le plus marquant chez Fulton J. Sheen, c’est son amour pour le sacerdoce. Fulton Sheen était un « prêtre parmi les prêtres » et, lorsqu’il a finalement pris sa retraite, il a passé la dernière décennie de sa vie à animer chaque mois trois retraites hebdomadaires pour les prêtres, car il souhaitait former ses confrères prêtres à un véritable cœur missionnaire à l’image du Christ, afin qu’ils puissent aller, tels le sel et le levain, transformer le monde entier.

    J’ai commencé à écouter les cassettes de Fulton Sheen à l’âge de 18 ans, lors de longs trajets en voiture, et sa pensée a imprégné mon esprit, sa ferveur a imprégné mon cœur, et j’aime penser aujourd’hui, en tant que son successeur – il a été le cinquième directeur national des OPM américaines –, que non seulement j’ai son exemple à suivre et son modèle à mettre en pratique, mais que je bénéficie également de sa puissante intercession, pour toujours à la droite de Jésus. C’est pour cela que j’aime vraiment Fulton Sheen.

    Que peuvent apprendre les « missionnaires numériques » d’aujourd’hui de l’Archevêque Fulton J. Sheen, non seulement sur le plan technique, mais aussi sur le plan spirituel ? Et que penserait d’ailleurs Fulton Sheen lui-même, d’un point de vue critique, des illusions de notre ère de la communication ?

    - Que penserait-il, et quelle serait sa réflexion critique face à ce qui se passe aujourd’hui dans le monde des médias numériques et des missionnaires numériques ? L’archevêque encouragerait tous les missionnaires numériques et les « influenceurs » d’aujourd’hui à partir avant tout de leur relation avec Jésus. S’ils n’ont pas cette expérience de l’amour personnel du Seigneur à leur égard, s’ils ne cherchent pas véritablement à grandir dans la foi, l’espérance et l’amour au sein de cette relation personnelle avec Jésus, alors, pour reprendre les mots de saint Paul aux Corinthiens, ils ne seront que des cuivres qui résonnent et des cymbales qui retentissent. Pour pouvoir porter de grands fruits, ils doivent être unis à Jésus comme les sarments à la vigne. Et ce serait donc là le premier conseil que Fulton Sheen aurait donné.

    Pour Fulton Sheen, ce n'était pas le moyen qui importait. C'était le message transmis par n'importe quel moyen utilisé, qu'il s'agisse de livres, de la radio, de la télévision ou, pour employer les termes d'aujourd'hui, de vidéos, de podcasts ou même d'intelligence artificielle, etc.

    Fulton Sheen restait toujours concentré sur ce message, et ce message… c’est ce que Dieu veut faire avec nous : il veut vivre sa vie à nos côtés ; non seulement il a souffert, il est mort et ressuscité pour nous, mais il marche encore aujourd’hui avec nous : le Christ est ressuscité.
    Et cette vérité était bien connue de Fulton Sheen, qui la vivait chaque jour, en commençant par une heure de prière devant le Seigneur Jésus ressuscité dans le tabernacle de ses chapelles privées.

    En ce qui concerne l’intelligence artificielle, Fulton Sheen y verrait avant tout un immense potentiel. Ensuite, il veillerait à ce que ce formidable outil, capable d’aider l’Église et l’humanité, ne finisse pas par nuire à l’humanité elle-même. Nous ne devrions pas être les disciples de l’intelligence artificielle, au risque d’en devenir les esclaves.

    Mais c’est à nous qu’il revient d’exercer la maîtrise – tout comme le Seigneur nous l’a dit dans le Livre de la Genèse – sur les œuvres de nos mains, sur la créativité qu’Il a inspirée. Ainsi, Fulton Sheen verrait avant tout les possibilités offertes par ces nouveaux moyens que Dieu a placés devant nous, mais il exhorterait également chacun à reconnaître que le diable peut effectivement utiliser ces mêmes moyens. Nous devons donc rester vigilants pour nous assurer qu’ils soient toujours orientés vers Dieu, car s’ils ne le sont pas, ils – et nous à travers eux – finirons par perdre le cap. Comme je l’ai dit, Fulton Sheen fondait son action missionnaire sur une adoration quotidienne devant le Saint-Sacrement.

    L’Archevêque Fulton Sheen a fondé toute son œuvre missionnaire sur une heure sainte quotidienne devant le Saint-Sacrement. En 2024, vous avez parcouru les États-Unis à pied pendant 65 jours en emportant avec vous l’Eucharistie. Quel est le lien fondamental entre l’Eucharistie et la mission ?

    - Comme l’a déclaré le Cardinal Tagle, Pro-Préfet du Dicastère pour l’évangélisation, à l’Église des États-Unis lors du Congrès eucharistique national de 2024 à Indianapolis : « Jésus eucharistique est intrinsèquement missionnaire ». Il donne son corps et son sang pour nous, puis il dit : « Faites ceci en mémoire de moi ». Ce qui ne signifie pas simplement célébrer la messe en sa mémoire, mais rendre notre vie véritablement eucharistique. Que nous soyons, comme Jésus, appelés à nous laisser briser pour les autres. Que nous soyons capables de dire aux autres : « Voici mon corps, voici mon sang, voici mes callosités, voici ma sueur, voici mes larmes, voici mon cœur, tout ce que je suis et tout ce que je possède, je vous l’offre par amour pour vous ».

    Une Eucharistie qui ne se transforme pas en mission, comme nous l’a dit un jour Saint Jean-Paul II, est comme intrinsèquement fragmentée, brisée ; mais tout comme nous recevons l’amour que le Seigneur déverse sur nous lorsque nous sommes capables de recevoir dignement Jésus dans la Sainte Communion, de même Jésus, désormais en nous, veut que nous poursuivions cette communion avec Lui en participant à Sa mission pour le salut du monde. C’est l’une des raisons pour lesquelles la célébration de chaque messe s’achève par Dieu qui nous donne sa bénédiction, puis nous dit : « Allez et annoncez l’Évangile du Seigneur ». « Ite missa est » signifie que la destination de l’Église a été fixée et ainsi, le Christ, qui nous donne son corps, nous envoie avec Lui afin que, transformés par Lui dans l’Eucharistie, nous puissions transformer le monde entier.

    Le Pape Léon XIV est souvent qualifié de pape missionnaire, mais au-delà des slogans, comment analyse-t-on sa perspective et sa vision missionnaire ?

    - Le Pape Léon a exercé pendant 22 ans en tant que séminariste missionnaire, prêtre et évêque au Pérou. Par la suite, pendant 12 ans, il a visité 50 pays différents en tant que prieur général des Augustins. Il a donc été missionnaire pendant la moitié de sa vie. Lorsqu’il a été élu le 8 mai 2025, il était le premier pape depuis saint Pierre à avoir consacré une partie de sa vie à s’éloigner de chez lui pour annoncer l’Évangile à des personnes qui n’avaient jamais entendu parler de Jésus, comme Léon l’avait fait dans les montagnes du nord du Pérou. C’est donc fort de cette expérience, de ce passeport rempli de tampons, qu’il est entré sous les acclamations de Saint-Pierre. Et tout comme le pape saint Pie X allait être le premier pape depuis des siècles à avoir exercé un ministère pastoral, mettant cette expérience pastorale au service de la transformation de la papauté, de même le Pape Léon, qui est le premier pape missionnaire « ad agentes » depuis l’époque de Simon de Bethsaïda, a sillonné le globe de long en large pour fortifier ses frères et sœurs dans la foi, en les amenant avec lui au Palais Apostolique. Il n’est pas surprenant que, dans son homélie d’ouverture, il ait non seulement salué les habitants de Chiclayo, où il avait été évêque missionnaire, mais qu’il ait également affirmé : ensemble, nous devons chercher des moyens de devenir une « Église missionnaire ».

    Si l’on réfléchit à ce qui rend son expérience missionnaire unique, c’est le fait qu’il… reconnaît que l’œuvre missionnaire est l’engagement commun de toute l’Église ; ce n’est pas le travail d’un seul missionnaire, ni de quelques membres d’une congrégation missionnaire, mais, pour que la mission de l’Église soit couronnée de succès, l’engagement de tous est nécessaire. Et dès ses premiers mots, en tant que 267e évêque de Rome, il nous a tous invités à nous unir à lui avec un zèle missionnaire pour apporter à tous le plus grand don du monde, Jésus-Christ. Le Christ lui-même à tous, aux 8,1 milliards de personnes, ces 8,1 milliards qui vivent aujourd’hui, pour lesquels Jésus a donné sa vie avec amour. C’est ce qui le rend vraiment unique et nous fait ressentir à quel point nous sommes bénis, non seulement d’avoir un pape américain – je peux le dire en tant qu’Américain –, mais aussi d’avoir un pape véritablement missionnaire, qui a dans le sang le désir de répandre la foi.

    (Agence Fides 1/9/2026)

  • Décès du frère Enzo Bianchi, fils de la génération chrétienne soixante-huitarde

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    De Luisella Scrosati sur la NBQ :

    Enzo Bianchi, fondateur de la Communauté de Bose, meurt à l'âge de 83 ans

    Décès du frère Enzo Bianchi, fils de la génération chrétienne soixante-huitarde

    Le fondateur de Bose prêchait une foi qui plaisait à l’intelligentsia en séparant l’Évangile et le magistère. Il avait placé ses espoirs dans le pontificat de François, qui lui a pourtant coûté l’exil, sans pour autant renoncer au « dialogue » avec le monde, en particulier celui des « radical-chic ».

    2/9/2026

    Enzo Bianchi, fondateur de la communauté monastique de Bose, est décédé hier à l’hôpital Molinette de Turin, à l’âge de 83 ans. C’était le 8 décembre 1965, lorsque, après avoir abandonné ses études à la faculté d’économie de l’université de Turin, le très jeune Enzo Bianchi décida d’aller vivre seul dans une ferme à Bose, hameau de la commune de Magnano, sur la crête de la Serra d’Ivrea ; à peine trois ans plus tard, à l’automne 1968, quelques frères et sœurs le rejoignirent dans ce qui, bien plus tard, le 29 juillet 2023, deviendrait un monastère sui iuris de droit diocésain.

    C’étaient les années de l’agitation catholique, d’un concile œcuménique dont les textes ne seraient lus que par quelques-uns, mais dont « l’esprit » était censé être compris par beaucoup. Le désir d’une réforme quelconque habitait le cœur de nombreux hommes, parmi lesquels figurait le jeune « moine » piémontais. C’étaient des années où grandissait la fièvre de la recherche de nouvelles formes de vie religieuse et monastique. Avant lui, don Divo Barsotti s’était retiré dans les collines florentines, à Settignano, au cœur de l’expérience de la Communauté des Fils de Dieu qui, contrairement à Bose, était née comme une expérience laïque de « moines dans le monde », avant de donner naissance à une forme de vie commune ; toujours avant lui, Giuseppe Dossetti, ayant abandonné le militantisme politique, avait fondé l’expérience monastique de la Petite Famille de l’Annonciation.

    Mais plus encore que ces précédents italiens, c’est au-delà des Alpes qu’il faut se tourner pour comprendre l’esprit de la nouvelle aventure d’Enzo Bianchi : d’abord aux côtés de l’Abbé Pierre, puis au sein de la Communauté de Taizé, fondée par le protestant Roger Schutz, où des frères de différentes confessions chrétiennes partageaient la vie monastique. Et en effet, parmi les premiers à rejoindre Bianchi à Bose, il y avait un pasteur protestant ; et il y avait aussi une femme. La communauté de Bose se caractérise ainsi, dès sa fondation, par une double hétérogénéité : catholiques et non-catholiques, hommes et femmes vivaient et priaient ensemble. Une particularité qui attira l’attention de l’évêque de Biella, Mgr Carlo Rossi, qui frappa la communauté d’un interdit, empêchant ainsi la célébration des sacrements. Moins d’un an plus tard, grâce à l’intervention du cardinal « éclairé » Michele Pellegrino, archevêque de Turin – celui-là même pour qui le célibat devait être revu… –, l’interdit fut levé. En septembre 1983 eut lieu l’importante création de la maison d’édition Qiqajon.

    Le cardinal Pellegrino a ouvert la voie à l’expansion de Bose, et surtout à l’omniprésence de son fondateur dans les colonnes des principaux journaux italiens, dans les émissions de télévision, dans les salles des centres, des paroisses et des diocèses. À Bose, les « personnalités influentes » de la politique, de la culture et de l’économie commençaient à se rendre, non seulement pour s’attabler au désormais célèbre restaurant cinq étoiles du monastère (Bianchi vouait un véritable culte à la cuisine), mais aussi pour donner des cours d’histoire, de philosophie et de politique. Bose était devenue la nouvelle Barbiana, le lieu de pèlerinage de l’intelligentsia qui ne cherche pas à se convertir à la foi catholique, mais qui cherche à convertir la foi catholique au monde. Et Bianchi était le « prophète » de cette étrange foi qui se voudrait une pure suite du Christ et de l’Évangile, mais qui conteste systématiquement l’Église et son Magistère.

    L’intolérance de « frère Enzo » envers le pontificat de Jean-Paul II était bien connue ; celui-ci était coupable, à ses yeux, d’avoir gelé l’élan du Concile ; son estime et son aversion pour Ratzinger-Benoît XVI étaient trop marquées pour être ignorées, celui-ci étant trop perspicace pour être ignoré, trop catholique pour être suivi. Puis vint le pontificat de François, avec Bianchi qui plissait les yeux en se demandant « est-ce un rêve ou suis-je éveillé ? », presque incrédule à l’idée qu’un homme partageant ses idées occupe désormais le trône pontifical, impatient de révolutionner l’Église en engageant des réformes, et qui, de surcroît, n’avait pas caché son admiration pour le prophète de Bose.

    Et pourtant, c’est précisément le pape des rêves qui porta le coup le plus douloureux de la vie du frère Enzo. Sa communauté, qui supportait de moins en moins les allers-retours incessants à Bose, l’exposition médiatique constante de son fondateur, son style de direction trop autoritaire et son ego trop envahissant, fit parvenir ses plaintes au Saint-Siège. Sur ordre de François, Bianchi dut d’abord démissionner, puis, en mai 2020, faire ses valises et quitter la communauté pour se réfugier à Turin. À l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, Bianchi confiait : « À l’époque, nous voulions changer le monde et l’Église ; maintenant que je suis vieux, mon grand combat consiste à empêcher que le monde et l’Église ne me changent. Les années ont passé, et nous nous rendons compte que nous n’avons rien réussi à changer. Je me sens vaincu, mais je referais tout.»

    Et en 2023, à Albiano d’Ivrea, à quelques kilomètres de Bose, le frère Enzo tente en effet de tout recommencer avec ceux qui l’avaient suivi depuis Bose, en fondant la Casa della Madia : une grande ferme rénovée, une bibliothèque de dix mille volumes et onze hectares de terrain, afin de créer un immense potager, d’accueillir des cours de cuisine – sa passion –, dispensés directement par frère Enzo, et de poursuivre la voie du « dialogue » avec le monde de la culture radical-chic, engagée à Bose depuis des décennies. Un programme chargé, qui prévoit dans les semaines à venir l’intervention de personnalités telles que Gad Lerner, Ferruccio De Bortoli, Franco Cardini et Massimo Cacciari ; les figures idéales pour poursuivre cette obsession de changer l’Église, sans courir le risque d’être changés par l’Église.

    Car au fond, pour frère Enzo, digne fils de la « génération chrétienne soixante-huitarde », il y a un abîme entre l’Évangile et l’Église, et sa prétendue mission était de ramener l’Église à l’Évangile. Une perspective qui révèle à quel point Enzo Bianchi était peu moine et tout aussi peu réformateur, car le vrai moine n’a d’autre but que de permettre à la grâce de le transformer lui-même, et le vrai réformateur sait que l’Évangile authentique est celui conservé et fidèlement transmis par l’Église, et non celui soumis à ses propres interprétations.

    Si la grande épreuve qu’Enzo Bianchi a traversée au cours des dernières années de sa vie ne semble pas l’avoir détourné de l’idée qu’il fallait changer l’Église (et le monde), elle semble toutefois l’avoir rendu plus sensible à la cause de ceux qui, au sein de l’Église, sont victimes de discrimination, d’injustice et d’isolement. Son tout récent soutien en faveur de la messe selon le rite ancien, en participant à la célébration eucharistique dans l’église de la Miséricorde à Turin le 19 juillet dernier, se voulait un signe sincère de proximité envers tous ces catholiques attachés à ce rite au sein de la communion de l’Église. C’est ainsi que nous voulons nous souvenir de toi, frère Enzo. Requiescat in pace.

  • Amsterdam, 5 septembre : importante journée de réparation au Cœur Immaculé de Marie

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    Un mois après les événements marquants de la WorldPride dans le parc le plus célèbre d'Amsterdam, le cardinal Burke conduira une procession du rosaire au même endroit. À ses côtés, pour cet acte de réparation, se tiendront le cardinal Eijk des Pays-Bas, Mgr Van den Hende de la Conférence des évêques néerlandais, l'évêque d'Amsterdam Mgr Hendricks, et Mgr Robert Mutsaerts.

    Une importante journée de réparation au Cœur Immaculé de Marie approche à grands pas.

    Ce samedi 5 septembre, Son Éminence le cardinal Raymond Leo Burke célébrera une messe pontificale solennelle selon le Vetus Ordo à l'église Notre-Dame (Onze Lieve Vrouwekerk), située sur le Keizersgracht à Amsterdam, en plein cœur de la ville.

    Après la messe, nous marcherons en procession avec la statue de Notre Dame de Fátima jusqu'au Vondelpark, où nous réciterons le chapelet et où Son Éminence proposera une réflexion sur les messages de Fátima.

    Un mois après que la WorldPride a animé le parc le plus célèbre d'Amsterdam, le cardinal Burke y amène Notre-Dame de Fatima.

    Il y a un mois à peine, la WorldPride s'ouvrait dans ce même parc – le plus célèbre du pays – en présence même de notre reine Máxima, pourtant réputée « catholique », venue encourager la communauté LGBTQ+. Je ne pouvais donc imaginer de meilleur endroit que ce parc pour rendre hommage au Cœur Immaculé de Marie !

    Outre S.E. le cardinal Burke, plusieurs autres évêques seront présents ce jour-là : notre cardinal S.E. Eijk, qui a célébré le 15 mars une messe pontificale solennelle selon le Vetus Ordo ; S.E. Mgr Van den Hende, président de la Conférence des évêques des Pays-Bas ; S.E. Mgr Hendriks, évêque du diocèse d'Amsterdam‑Haarlem ; et le célèbre Mgr Mutsaerts, évêque auxiliaire du diocèse de Bois‑le‑Duc.

    Veuillez prier pour le succès de cette journée, importante non seulement pour notre petit pays, mais pour toute l'Europe, jadis si catholique.

    Un en Christ et en sa douce Mère Marie.