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Foi

  • L'immobilisme d'Ursula von der Leyen face à la purge silencieuse dont sont victimes les chrétiens étrangers en Turquie

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    De Thibault van den Bossche sur le site de l'ECLJ :

    Expulsion des chrétiens étrangers: l'immobilisme d'Ursula von der Leyen face à la purge silencieuse en Turquie

    17 Mars 2026

    Le Parlement européen, dans une résolution adoptée le 12 février 2026, condamne fermement les expulsions ciblées de chrétiens étrangers en Turquie, sous prétexte de sécurité nationale. Il s’agit d’une atteinte systémique à la liberté de religion, aux conséquences dramatiques pour les communautés protestantes locales. Pendant ce temps, les recours se multiplient devant la Cour européenne des droits de l’homme. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ne peut rester silencieuse.

    Tribune parue dans Le Journal du Dimanche.

    Un simple code administratif peut suffire à bouleverser la vie d’une famille entière: le N-82. La Turquie n’emprisonne plus les chrétiens étrangers. À leur retour d’un déplacement à l’étranger, ils apprennent à l’aéroport qu’ils ne peuvent plus entrer sur le territoire, au motif qu’ils constitueraient une «menace pour la sécurité nationale». Aucune accusation pénale. Aucun procès. Aucun élément de preuve communiqué. Pour certains, plus de trente ans de présence légale balayés du jour au lendemain.

    Une politique d’expulsions ciblées de chrétiens sous prétexte de sécurité nationale

    Entre 2019 et 2024, au moins 132 chrétiens étrangers ont été individuellement expulsés ou frappés d’interdictions d’entrée en Turquie, soit 303 en incluant les membres de leur famille. Certains ont participé à des réunions de familles protestantes, à des conférences chrétiennes ou à des activités que les autorités turques assimilent à du «missionnariat». Leur seul point commun est un engagement religieux chrétien visible, parfaitement légal en Turquie et pourtant utilisé pour justifier les expulsions.

    Ce système d’expulsions administratives marque un tournant. En 2016, le pasteur américain Andrew Brunson avait été arrêté puis détenu pendant près de deux ans. Les autorités turques l’accusaient d’implication dans la tentative de coup d’État. L’affaire avait provoqué une grave crise diplomatique avec les États-Unis. Depuis, les chrétiens étrangers sont toujours assimilés à des agents de l’étranger, mais la méthode a changé. Plus d’images de pasteurs derrière les barreaux. Les expulsions sont devenues discrètes, presque invisibles.

    Le Parlement européen condamne les expulsions ciblées de chrétiens en Turquie

    Les députés du Parlement européen ont porté le débat jusqu’à Strasbourg. Le 12 février, ils ont adopté une résolution dénonçant les «expulsions ciblées de journalistes et de chrétiens étrangers sous prétexte de sécurité nationale». Pour Bert-Jan Ruissen, il était urgent que la «violation grave de la liberté religieuse» dont sont victimes les communautés protestantes «délibérément marginalisées» soit enfin portée à l’attention de l’Union européenne, «alors même que la Commission renforce ses relations avec la Turquie».

    Tomislav Sokol appelle lui aussi à une réaction politique claire: «Les chrétiens sont la communauté religieuse la plus persécutée dans le monde. La crédibilité de l’Europe se mesure à sa capacité à défendre la liberté de religion de manière cohérente, partout et sans double standard.» L’eurodéputé a par ailleurs déjà adressé une question écrite à la Commission européenne, à laquelle celle-ci devra répondre officiellement dans les prochaines semaines.

    L’affaiblissement organisé des communautés protestantes locales devant la CEDH

    Face à un système judiciaire interne défaillant qui valide largement ces décisions, les chrétiens expulsés n’ont plus qu’un recours : la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Le contentieux prend de l’ampleur. L’affaire Wiest, dont le requérant est un protestant américain, pourrait dans les prochains mois devenir un arrêt de principe. Au moins une vingtaine de requêtes similaires suivront, notamment celles regroupées dans l’affaire Wilson, qui incluent des citoyens européens: deux Allemands, un Espagnol, un Néerlandais et un Suisse.

    Le cœur du problème touche à la liberté de religion. Les expulsions s’inscrivent dans une vision plus large d’une nation turque homogène, sunnite musulmane, méfiante envers les chrétiens. Les missionnaires étrangers sont ciblés parce qu’ils soutiennent des communautés protestantes locales, en partie composées de convertis issus de l’islam. Ces communautés se retrouvent fragilisées dans leur organisation, leur accompagnement spirituel et leur transmission.

    Liberté religieuse: l’Europe face à ses responsabilités

    Ce qui se joue aujourd’hui en Turquie n’est pas sans précédent. En 2010, le Maroc avait expulsé environ 150 chrétiens étrangers au nom de la lutte contre le prosélytisme. Là aussi, la voie administrative avait permis d’éviter un scandale immédiat. Mais la Turquie est candidate à l’adhésion à l’Union européenne et membre du Conseil de l’Europe. À ce titre, elle ne peut instrumentaliser indéfiniment la sécurité nationale pour restreindre une liberté fondamentale. Il appartient désormais aux juges de la CEDH, mais aussi à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et aux autres responsables politiques européens, de dénoncer clairement ces pratiques.

  • Le cardinal Eijk a célébré la messe tridentine à la Grote Kerk d'Oss, aux Pays-Bas

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    De Stefano Chiappalone sur la NBQ :

    La première messe tridentine d'Eijk, un événement et un exemple

    Un dimanche  de Laetare très particulier pour les fidèles d'Oss, aux Pays-Bas, avec la messe pontificale solennelle célébrée selon l'ancien rite par le cardinal. Solennité, joie et convivialité font de cette journée historique un modèle à contre-courant dans l'ère post-Traditionis custodes, marquée par l'unité et la proximité mutuelle. 

    18/03/2026
    Photo de Ramon Mangold provenant du site officiel de l'archidiocèse d'Utrecht : https://www.aartsbisdom.nl/

    La joie qui caractérise le dimanche de Laetare  – un avant-goût de la joie pascale au cœur du Carême – a été ressentie avec une intensité particulière cette année à la Grote Kerk d'Oss, aux Pays-Bas. L'église accueille la messe selon l'ancien rite chaque dimanche, en plus des célébrations post-conciliaires. Il y a un mois, l'ordinaire du diocèse, Mgr Gerard de Korte, évêque de Bois-le-Duc (ville natale du peintre Jérôme Bosch, qui lui a emprunté son nom d'artiste), y a administré la confirmation et prononcé l'homélie. Mais le 15 mars, la joie inhérente au quatrième dimanche de Carême a été amplifiée par la messe pontificale solennelle célébrée par le cardinal Willem Jacobus Eijk, archevêque métropolitain d'Utrecht (dont Bois-le-Duc est un suffragant, comme tous les autres diocèses néerlandais), en présence de 700 fidèles. Parmi eux se trouvaient deux séminaristes de l'archidiocèse d'Utrecht, étudiants au séminaire de la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre de Wigratzbad.

    L'archidiocèse d'Utrecht a publié un compte rendu de la célébration pontificale et le texte intégral de l'homélie d'Eijk. Homélie profonde et empreinte d'ironie, elle portait sur la multiplication des pains et des poissons (le passage de l'Évangile prévu dans la forme extraordinaire du rite romain, qui, contrairement à la forme ordinaire, a un cycle de lectures annuel et non triennal). Un miracle trop souvent démystifié, comme en témoigne l'exégèse libérale d'un prêtre des années 1950 qui considérait que le « vrai miracle » résidait non pas dans la multiplication, mais dans le « partage » du pain par amour. « Une trivialisation flagrante de la catéchèse », a commenté le cardinal, observant que « la foi de nombreux catholiques encore convaincus à l'époque a été habilement étouffée par la catéchèse et la prédication. Ceci, conjugué à divers changements culturels, est l'une des principales causes de la crise que traverse aujourd'hui l'Église. »

    Une exégèse libre, sans aucun fondement dans l'Évangile, où l'on lit pourtant que « Jésus a nourri une foule entière avec seulement cinq pains et deux poissons » et a donc « réellement accompli ce miracle ». Réduire la multiplication à un partage impossible revient à nier « le postulat de la foi chrétienne », a expliqué le cardinal, à savoir que « Dieu a créé l'univers à partir de rien. S'il a pu faire cela, il peut aussi multiplier miraculeusement le pain. » Un postulat perdu lorsque tout est attribué à notre propre initiative humaine, comme le paysan – protagoniste d'une autre anecdote citée par Eijk – qui a remercié non pas Dieu pour la récolte… mais pour l'engrais. « Oui, l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu et est donc capable de certaines choses. Mais le point de départ, même pour les engrais artificiels, ce sont des éléments créés à l’origine par Dieu et non par nous. »

    La lecture pascale de cet événement est essentielle, car elle met en lumière un détail apparemment secondaire : « Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. On pourrait se demander : “Qu’importe où la foule était assise, sur l’herbe, sur du gravier ou sur un sol dur et rocailleux ?” Cela signifie que l’herbe n’y pousse qu’au printemps, donc aux alentours de Pâques », ce qui « souligne davantage que la multiplication miraculeuse des pains est liée au Mystère pascal », tout comme le geste de Jésus rendant grâce au Père avant de les distribuer : cette même « action de grâce » que le prêtre mentionne peu avant la consécration et la même signification de la Sainte Messe : eucharistein, où « le Mystère pascal, sa mort sur la croix et sa résurrection, sont rendus présents ici dans le sacrement de l’Eucharistie de manière non sanglante. La multiplication miraculeuse des pains en est une préfiguration. »

    La célébration a été retransmise en direct sur Radio Maria Pays-Bas – et est toujours disponible sur YouTube   – dont le directeur, le père Pieter Zimmermann, a assisté le cardinal Eijk lors de la liturgie, collaborant avec la communauté d'Oss pour le rite et le déjeuner qui a suivi. Ce dernier a offert aux participants et au célébrant une occasion privilégiée de rencontre et de convivialité.

    Solennité, joie et unité sont les mots qui résument cette journée historique et accompagnent les images de la messe pontificale sur le site web de la paroisse Saint-Willibrord – qui abrite la Grote Kerk dédiée à l'Immaculée Conception – soulignant également la grande proximité pastorale du cardinal (qui, pour la première fois, a cherché à célébrer un rite plus ancien ) malgré les restrictions imposées à ce rite depuis le motu proprio Traditionis custodes de 2021. Une journée historique, donc, pour tous ceux qui sont attachés à ce rite, et pas seulement aux Pays-Bas. Mais aussi un exemple possible à suivre, lorsque cela est possible, de proximité mutuelle entre les évêques et les fidèles.

  • Les propositions du père abbé de Solesmes pour tenter de résoudre la querelle liturgique

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    D'Agnès Millot sur RCF :

    QUERELLE LITURGIQUE : ET SI CHACUN FAISAIT UN PAS VERS L’AUTRE ?

    16 mars 2026

    Dom Geoffroy Kemlin, père abbé bénédictin de Solesmes, a écrit une lettre au Pape Léon XIV. Il lui partage une réflexion visant à résoudre la querelle liturgique qui divise l’Eglise depuis Vatican II. Son idée : “retoucher le nouveau missel pour y intégrer le vetus ordo” et ainsi retrouver l’unité ecclésiale… 

    Dom Geoffroy Kemlin, Père Abbé de Solesmes ©RCF SartheDom Geoffroy Kemlin, Père Abbé de Solesmes ©RCF Sarthe

    L’antagonisme entre les catholiques attachés au rite ancien en latin et les partisans du nouveau missel de Vatican II remonte au début des années 1970... Pourquoi avez-vous écrit au Pape maintenant ?

    J’ai eu l’opportunité de concélébrer avec le Pape Léon à Sant’Anselmo, l’abbaye des bénédictins à Rome, en novembre. Le Père Abbé primat avait invité le Saint-Père pour les 125 ans de la dédicace de l’église. Et il a accepté ! A l’issue de la messe, j’ai été présenté au Pape comme étant le père abbé de Solesmes. Il s’est alors exclamé : “Ah !! Solesmes !!”, montrant qu’il nous connaissait. J’ai aussitôt eu envie de lui écrire pour lui partager certaines choses qui me tenaient à cœur depuis longtemps, sur la situation liturgique en France et au sein de l’Eglise universelle.

    Pourquoi la question de l’unité liturgique vous touche-t-elle autant ? 

    Dans notre Congrégation de Solesmes nous avons des monastères qui célèbrent selon les deux rites : l’ancien et le nouveau. J’ai vécu cela personnellement dans mon parcours…  Je suis entré à l’abbaye de Fontgombault à l’âge de 20 ans, où l’on célèbre selon l’ancien missel de Saint Pie V, avant d’arriver à Solesmes où les moines disent la messe (en latin) selon la réforme de Vatican II. J’ai vécu cette question très personnellement, très intimement.

    Alors quand je vois des divisions sur ce thème je souffre ! La liturgie est faite pour faire grandir l’unité dans l’Eglise, pas pour nous diviser ! C’est pour cela que j’ai voulu partager au Saint Père, modestement, une proposition pour essayer d’avancer sur le sujet… 

    Dans cette lettre (en bas de l'article) vous écrivez : “l’heure est venue d'œuvrer pour un véritable retour à l’unité”. Vous pensez que les désaccords sont allés trop loin ? 

    Tout antagonisme dans l’Eglise nous fait souffrir. Nous sommes les membres du Corps du Christ. C’est notre témoignage de montrer au monde que nous sommes unis. Pour autant, cette unité n’est pas uniformité ! Le Pape François l’a beaucoup souligné. 

    Concrètement, votre proposition consisterait à retoucher l'Ordo Missae  de Paul VI, c’est-à-dire l’ordinaire de la messe qui comprend l'ensemble des prières et parties invariables du rite romain. Pourquoi ? 

    Je crois qu’il faut que chacune des sensibilités catholiques accepte de faire un pas vers l’autre. On pourrait ainsi réduire les divisions et retrouver cette unité si importante. Ce que je propose, c’est une démarche inclusive : insérer le Vetus Ordo [ndlr : l’ordinaire de la messe du missel latin d’avant Vatican II] dans le missel romain actuel. Cela permettrait d’intégrer les différentes manières de célébrer en une seule… 

    Quels points précis de la messe pourraient être modifiés ? 

    Le prêtre pourrait tout simplement choisir d’intégrer des éléments de l’ancien missel qui ne figurent plus dans celui de Paul VI. Je pense par exemple aux prières au bas de l’autel, ou à l’ancien offertoire qui a été réformé.  

    Cela ne risque-t-il pas de rajouter de la confusion pour les fidèles ? 

    Il y aura certainement un cadre à poser. La liturgie appartient à l’Eglise, c’est donc au Saint-Siège de décider ce qu’il en est. Je crois néanmoins que cette solution est possible, car la réforme liturgique a conservé beaucoup d’éléments communs avec l’ancien missel. On rajouterait simplement certaines possibilités. 

    L’ancien missel de Saint Pie V, auquel les communautés traditionnelles sont restées attachées, serait donc un peu modifié lui aussi ? 

    Effectivement. Si le Vetus ordo était inséré dans le missel actuel, cela ouvrirait de nouvelles possibilités.  Par exemple : célébrer la messe selon l’ancien rite mais dans la langue du pays et plus seulement en latin. Cela permettrait aussi au prêtre d’utiliser les nouvelles prières eucharistiques et les nouvelles préfaces. Enfin, je pense au cycle des lectures : le lectionnaire actuel voulu par Vatican II est beaucoup plus riche que l’ancien. Il y aurait un vrai apport biblique pour les fidèles. Tout cela viendrait féconder le Vetus ordo. 

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  • Saint Cyrille de Jérusalem (18 mars)

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    Saint Cyrille de JérusalemLors de l'audience générale du mercredi 27 juin 2007, Benoît XVI a consacré sa catéchèse à saint Cyrille de Jérusalem :

    Chers frères et sœurs!

    Notre attention se concentre aujourd'hui sur saint Cyrille de Jérusalem. Sa vie représente le mélange de deux dimensions:  d'une part, le soin pastoral et, de l'autre, la participation - malgré lui - aux controverses enflammées qui troublaient alors l'Eglise d'Orient. Né autour de 315 à Jérusalem, ou dans ses environs, Cyrille reçut une excellente formation littéraire; ce fut la base de sa culture ecclésiastique, centrée sur l'étude de la Bible. Ordonné prêtre par l'Evêque Maxime, lorsque celui-ci mourut ou fut déposé, en 348, il fut ordonné Evêque par Acacius, Archevêque métropolitain influent de Césarée de Palestine, philo-arien, qui était convaincu d'avoir trouvé en lui un allié. Il fut donc soupçonné d'avoir obtenu la nomination épiscopale grâce à des concessions à l'arianisme.

    En réalité, Cyrille se heurta très vite à Acacius non seulement sur le terrain doctrinal, mais également sur le terrain juridictionnel, car Cyrille revendiquait l'autonomie de son siège par rapport à l'Eglise métropolitaine de Césarée. En vingt ans, Cyrille connut trois exils:  le premier en 357, à la suite d'une déposition de la part d'un Synode de Jérusalem, suivi en 360 par un deuxième exil voulu par Acacius et, enfin, par un troisième, le plus long - il dura onze ans - en 367, à l'initiative de l'empereur philo-arien Valente. Ce n'est qu'en 378, après la mort de l'empereur, que Cyrille put reprendre définitivement possession de son siège, en rétablissant l'unité et la paix entre les fidèles.

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  • Migrations de masse : de nouveaux propos sans fard du cardinal Müller

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    De Thomas Colsy sur The European Conservative :

    Un cardinal conservateur de haut rang dénonce l'immigration de masse et défend les droits des nations

    L'intégration est impossible si une large majorité d'immigrants ne se convertissent pas au christianisme, a déclaré le cardinal Müller.
     

    L'un des cardinaux conservateurs les plus influents a fustigé les migrations de masse, évoqué le risque de « guerres civiles » et plaidé pour une meilleure reconnaissance des droits des nations et des peuples, dans une interview exclusive accordée à europeanconservative.com. Face à des bouleversements démographiques sans précédent, cet ancien membre de la Curie insiste sur le fait qu'il est temps pour les responsables politiques et les citoyens des pays européens et occidentaux de prendre leurs responsabilités et de « décider s'ils veulent être marginalisés dans leur propre pays ».

    Le cardinal Gerhard Ludwig Müller est un homme imposant. Ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – initialement fondée comme l'Inquisition romaine – sous les papes Benoît XVI et François, il occupa jadis le poste sans doute le plus puissant et influent de l'Église catholique après la papauté. Grand et bien bâti, ce Rhénan parle lentement et avec précaution. Assis devant son impressionnante bibliothèque dans son salon, il se confia avec franchise, donnant des réponses réfléchies et argumentées.

    Le cardinal Müller s'irrite de voir que, suite aux sympathies progressistes du pape François, des observateurs, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'Église, confondent ces positions avec l'authentique doctrine et la foi catholiques. Il a par ailleurs critiqué une conception exagérée de l'infaillibilité papale, souvent qualifiée d'« ultramontanisme », et un « culte de la personnalité » autour du pape François. Müller condamne cette erreur qui consiste à ériger toute pensée privée du pape en dogme ou en interprétation de la vérité révélée.

    Müller affirme explicitement que, si l'infaillibilité papale existe pour les catholiques dans des circonstances très spécifiques, rares et limitées, elle ne s'étend catégoriquement pas à « sa compréhension privée des migrants, etc. ».

    « Il doit défendre les droits humains de tous », a-t-il expliqué. « Mais la question de savoir si, dans dix ans, des millions de migrants musulmans devraient arriver, bouleversant totalement la culture et provoquant des guerres civiles, comme c'est le cas dans les pays à majorité musulmane, est tout autre. »

    Müller est allé plus loin : « L’intégration est impossible si une large majorité ne se convertit pas au christianisme. »

    « Dans presque tous les pays musulmans, les communautés chrétiennes sont opprimées », a-t-il poursuivi. « Quand j'interroge ChatGPT et l'IA, ils me disent que les musulmans sont tolérants. La question suivante que je pose est : pouvez-vous me citer un seul pays [à majorité musulmane] où les chrétiens ont les mêmes droits ? Et ils restent muets. »

    « Il n’y a pas de bonne réponse », a-t-il déclaré. « Sur cette question, il appartient aux responsables politiques et aux citoyens de chaque pays de décider s’ils veulent être marginalisés dans leur propre pays. »

    Müller a reconnu que cette tendance n'est bénéfique ni pour les Européens et les peuples occidentaux, ni pour l'Église. Il a observé que « partout », on constate une augmentation des « attaques contre les édifices religieux et contre les valeurs et les idées chrétiennes ». Les premières, les crimes de haine antichrétiens, ont connu une augmentation exponentielle et sont scrupuleusement documentées par l'Observatoire de l'intolérance et de la discrimination à l'égard des chrétiens, qui a contribué à interpeller formellement le Parlement européen en 2025 en raison de son inaction face à ce phénomène.

    « Mais c’est aussi notre faute », a réfléchi Müller, suggérant que les migrations de masse sont inextricablement liées aux crises non résolues de la natalité et de la fécondité. « Je me souviens, quand j’étais jeune, d’une politique très dure envers la famille, le mariage, les enfants. Cette catastrophe démographique est le fruit de l’homme. Comme en Chine avec leur stupide politique de l’enfant unique. »

    Bien qu'il estime que des conditions matérielles, sociales et politiques défavorables rendent difficile la formation de familles, Müller croit également que des forces idéologiques et spirituelles anti-familiales se déchaînent sur la population.

    « Avoir des enfants est un désir naturel lorsqu'on est marié », a-t-il déclaré. « Ne pas en avoir est contraire à la nature et à la grâce. »

    Müller estime que les États qui, « adoptant une attitude paternaliste », placent des obstacles à cela le font illégitimement et ont « toujours tort » d'agir ainsi.

    « L’État n’est là que pour le bien commun, pour les infrastructures », a-t-il précisé. « Mais il n’a pas le droit de s’immiscer dans le droit naturel et la vie morale… Les États se prennent [souvent] pour des dieux qui peuvent instrumentaliser la vie des gens au seul profit des puissants. »

    Interrogé sur la question de savoir si la philosophie catholique, qui a historiquement rejeté l'individualisme atomistique, et si l'Église a réagi avec autant de rapidité et de compétence aux erreurs de ce siècle – notamment en ce qui concerne les droits des peuples autochtones et des nations –, il convient que cela mérite une attention sérieuse.

    Il a déclaré que « nous devons désormais aussi défendre le droit des nations » à exister et à se maintenir.

    Expliquant sa position, Müller a indiqué que « les nations se sont développées en Occident après l’Empire romain » et l’arrivée de la foi chrétienne. Il a reconnu que le nationalisme, l’impérialisme et le colonialisme avaient connu des excès par le passé, dont certains aspects avaient été « terribles » et « absolument antichrétiens ». 

    Il ne considère néanmoins pas les nations ou les différences ethniques comme un mal à détruire, mais plutôt comme un élément qui structure les sociétés de manière saine et utile, sur le modèle de la famille élargie.

    « Parce que nous ne sommes pas des individus isolés, nous sommes des personnes », a-t-il déclaré. « Nous sommes des familles. Nous partageons la même langue, la même culture, les mêmes écoles, les mêmes légendes. Nous portons ici les prémices de certaines identités, de la littérature et des arts, et bien plus encore. »

    Il estime que c’est nécessaire pour appartenir à un groupe et former des liens durables, car « personne ne peut apprendre toutes les langues [ni] réaliser toutes les possibilités ».

    Müller reconnaît qu'il existe souvent nécessairement une composante ethnique et ancestrale aux nationalités, qui ont des formes et des schémas culturels, historiques et idéologiques réels, ce qui signifie que « nous pouvons dire 'Je suis un Anglais ou un Allemand typique' sans pour autant l'absolutiser. »

    « Jésus s’est incarné dans tous les contextes humains », a-t-il poursuivi. « Par conséquent, chaque nation a le droit de perpétuer sa culture propre sans que cela ne soit incompatible avec celle des autres. Il est parlant d’une image : nous formons une seule famille humaine. Mais nous appartenons à une famille européenne, et ainsi de suite. »

    Müller a évoqué le quatrième commandement, suggérant que l'appel naturel et divin au patriotisme et au service de ses propres parents sont étroitement liés – ce dernier commandement ayant été historiquement interprété par l'Église catholique comme s'étendant également à l'honneur raisonnable rendu à ses ancêtres et à son peuple.

    « Nous sommes contre la mondialisation. Nous sommes une Église universelle. Mais une Église universelle dans la maison de mon père », a précisé Müller. « Chacun a sa place. »

    Thomas Colsy est un journaliste catholique installé en Angleterre. Diplômé de l'université de Durham, il a travaillé pendant trois ans au sein de la rédaction du Catholic Herald, le plus important journal catholique du Royaume-Uni. Il continue d'écrire pour le Herald et collabore également à LifeSiteNews, Catholic Family News et Gregorius Magnus. Ses articles sont publiés dans UnHerd, Spiked et l'Irish Catholic Newspaper.  
  • Hong Kong : 2 500 baptêmes sont prévus à Pâques 2026

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    De kath.net/news :

    Le diocèse de Hong Kong se prépare : environ 2 500 baptêmes sont prévus à Pâques 2026, dont 1 600 adultes. Environ 2 500 baptêmes sont attendus, dont 1 600 d’adultes.

    17 mars 2026

    Un nombre remarquablement élevé de catéchumènes sont des jeunes. Ils découvrent la foi chrétienne, par exemple, dans les écoles et universités catholiques et/ou grâce aux témoignages personnels de chrétiens dans les paroisses ou dans la vie quotidienne.

    Hong Kong (kath.net/pl) Un sentiment d'optimisme règne dans le diocèse de Hong Kong. 2 500 personnes recevront le sacrement du baptême à Pâques 2026. Les préparatifs vont bon train. Parmi les baptisés, on compte 1 600 adultes et 900 enfants. Ces chiffres restent comparables à ceux de l'année dernière, selon l'Agence Fides, service d'information de la Mission pontificale.

    Lors de la cérémonie de réception du catéchuménat, le cardinal Stephen Chow Sau-yan a exhorté les futurs catholiques à être des « porteurs d’espérance ». Il a souligné que la foi ne se résume pas à mémoriser des notes de catéchisme ; elle repose plutôt sur une relation personnelle profonde avec le Christ et une communauté vivante au sein de l’Église.

    Un nombre remarquablement élevé de jeunes font partie des catéchumènes. Ils découvrent la foi chrétienne, par exemple, dans les écoles et universités catholiques et/ou grâce aux témoignages personnels de chrétiens dans les paroisses ou dans la vie quotidienne. Malgré les défis sociaux, la foi chrétienne est perçue à Hong Kong comme une force dynamique, fortifiée par la prière et la vie communautaire.

  • Affichons Pâques au coeur de nos cités !

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    Affiche & carte postale "Pâques dans la cité"

    Depuis plus de vingt ans, l’affiche « Pâques dans la Cité » répond au besoin d’une action d’évangélisation de proximité dans notre monde contemporain. 

    Le principe est simple : chaque année, une affiche (accompagnée de sa carte postale) est imprimée à partir d’une icône représentant l’un des mystères pascals. Une courte citation en souligne l’essentiel du message.

    Pour accompagner cette affiche, un texte descriptif de l’icône, une méditation et une prière.

    Les responsables pastoraux invitent les chrétiens de la communauté à placer l’affiche à leur fenêtre et la carte postale sur leur bureau, dans leur voiture, etc., durant tout le Temps pascal. C’est une occasion de témoigner de sa foi et de marquer, de manière simple et concrète, le temps de la Résurrection.

    Affiche et carte postale 2026

    Cette année, l’affiche éditée à l’occasion de Pâques est : 

    Il vient nous sauver !

    Coût, hors frais d’envoi :
    • Affiches à partir de 50 exemplaires : 0,50 €
    • Cartes postales à partir de 50 exemplaires : 0,20 €

    Les commandes peuvent être effectuées par courriel : vincent.minet@evechetournai.be

    Pour nous aujourd’hui

    La Descente aux enfers n’est pas un épisode du passé.
    Elle est la révélation la plus radicale de l’amour de Dieu.

    Il n’existe aucune nuit où le Christ n’ait osé descendre.
    Aucun abîme où sa lumière ne puisse entrer.
    Aucune captivité qu’il ne soit venu briser.

    À chacun de nous, il dit aujourd’hui :

    « Lève-toi, toi qui dors.
    Je ne t’ai pas créé pour la mort. »

    Et déjà, dans le silence du Samedi saint,
    la Résurrection est en marche.

  • Quand l'anglicanisme se fracture : est-ce un signe pour le catholicisme ?

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    Du Père David Gilbert, professeur à l'Institut catholique de Paris, sur le site de l'hebdomadaire La Vie :

    La fracture de l’anglicanisme : un signe pour le catholicisme ?

    [Tribune] Avant que la nouvelle archevêque de Canterbury Sarah Mullally soit intronisée, le 25 mars 2026, les responsables anglicans conservateurs se sont réunis à Abuja (Nigeria) pour réorganiser la Communion anglicane. « Un phénomène géo-ecclésiologique majeur », selon l’historien David Gilbert.

    10/03/2026

    Au milieu de la fureur des conflits qui ensanglantent notre monde, un événement d’une grande portée pour l’histoire du christianisme est passé presque inaperçu ces derniers jours.

    Du 3 au 6 mars 2026, près de 350 évêques anglicans, réunis à Abuja, au Nigeria, avec près de 130 responsables clercs et laïcs, ont procédé au réordonnancement (« reorder ») de la Communion anglicane à l’échelle du monde. Puisque l’on compte environ 900 évêques anglicans à travers le monde, on peut déduire que près de 40 % de l’épiscopat anglican était présent à Abuja.

    Manière d’interpréter les Écritures

    Cette rencontre était organisée par le mouvement Global Anglican Future Conference (Gafcon), né en juin 2008 à Jérusalem. À cette époque, la cohésion de la Communion anglicane était fragilisée par les violentes controverses que suscitait la diffusion, dans certaines Églises – essentiellement dans les Îles britanniques et en Amérique du Nord –, d’un discours et de pratiques plus compréhensifs envers l’homosexualité et les personnes homosexuelles. À cet égard, l’événement le plus marquant fut l’élection et l’ordination épiscopale, en 2003-2004, dans le New Hampshire, de Gene Robinson, premier ecclésiastique anglican ouvertement homosexuel à accéder à l’épiscopat.

    L’écrasante majorité des responsables anglicans d’Afrique et d’Asie virent dans cette acceptation croissante de l’homosexualité une contradiction flagrante de l’enseignement de la Bible. Plus encore que l’éthique sexuelle, c’est la manière d’interpréter les Écritures qui était – et qui reste aujourd’hui – au cœur du désaccord.

    En juin 2008 à Jérusalem, environ 1150 responsables anglicans, parmi lesquels près de 300 évêques, étaient réunis. Ils publièrent une déclaration en 14 points, tenant lieu de charte et même de confession de foi du mouvement Gafcon, qui veut incarner l’orthodoxie anglicane. On peut la résumer ainsi : gratuité du salut par la foi en Jésus-Christ, autorité divine des Saintes Écritures, normativité des quatre premiers conciles, des symboles de foi traditionnels et des Trente-Neuf Articles de l’Église d’Angleterre ; caractère expiatoire et rédempteur de la mort et de la résurrection de Jésus ; valeur de l’héritage spirituel anglican, vocation divine des évêques, des prêtres et des diacres, définition du mariage chrétien comme union d’un homme et d’une femme, mission évangélisatrice de l’Église, rejet de l’autorité des responsables ecclésiastiques qui ont renié la foi orthodoxe par leurs paroles et leurs actions.

    Depuis 2008, le fossé n’a cessé de s’élargir entre les anglicans du « Sud » et du « Nord » – ces deux désignations géographiques étant à comprendre dans un sens principalement symbolique, – le « Sud » ne considérant plus comme crédibles les « instruments de communion de Canterbury », à savoir l’archevêque de Canterbury, la conférence de Lambeth (assemblée décennale d’évêques), la réunion des primats (qui rassemble les responsables des 41 provinces de la Communion anglicane) et le conseil consultatif anglican (qui réunit environ tous les trois ans des évêques, des prêtres, des diacres et des laïcs).

    Cette situation est déjà dénoncée par le mouvement Gafcon à Jérusalem en 2008, puisque, dans le communiqué où est incluse la déclaration mentionnée ci-dessus, figure cette phrase significative et très offensive : « Nous sommes une communion globale avec une structure coloniale. »

    Véritable communion dans la foi

    Aussi l’œuvre de Gafcon se présente-t-elle comme une entreprise de décolonisation doctrinale et institutionnelle. Il serait cependant réducteur d’y voir un combat du « Sud » contre le « Nord », car Gafcon est aussi implanté en Europe et aux Amériques, même s’il y est très minoritaire. Gafcon entend plutôt prendre acte d’un basculement que l’on peut qualifier de géo-ecclésiologique, en lui donnant une visibilité institutionnelle et une capacité d’action à l’échelle mondiale.

    Le concept de géo-ecclésiologie a été développé par l’historien Philippe Blaudeau pour rendre compte du rapport spécifique des Églises patriarcales d’Alexandrie, d’Antioche, de Constantinople et de Rome aux territoires et aux populations, dans le contexte des grands débats doctrinaux des premiers siècles du christianisme. Le « réordonnancement » de la Communion anglicane auquel nous assistons actuellement apparaît bel et bien comme un phénomène géo-ecclésiologique majeur.

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  • Saint Jean Sarkander, martyr de la confession

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    Peut inclure: Portrait d'un homme barbu, portant un chapeau noir et un manteau marron. Un halo doré entoure sa tête. Il tient une branche de feuilles vertes. Le fond est de couleur dorée chaude.

    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    Jean Sarkander, martyr de la confession

    Au début du XVIIe siècle, dans une Europe centrale secouée par les affrontements entre catholiques et protestants, le prêtre Jean Sarkander continue d’exercer son ministère, malgré un climat de violence et de suspicion. En Moravie, région travaillée par la révolte, il reste fidèle à l’Église, se retrouve accusé de collusion avec le camp catholique, et il est arrêté, dans un contexte où les enjeux politiques et religieux sont étroitement mêlés. Emprisonné, puis soumis à la torture pour le contraindre à révéler ce qu’un seigneur lui aurait confié en confession, il incarne jusqu’au bout la fidélité de l’Église au secret sacramentel, que nul pouvoir ne peut légitimement violer.


    Les raisons d'y croire

    • L’époque est gravement troublée par les sanglantes dissensions qui opposent les catholiques fidèles à l’empereur d’Autriche aux révoltés de Bohême et de Moravie, très largement gagnés au protestantisme et dont beaucoup continuent à vénérer le souvenir de Jan Hus, grand hérésiarque. Dans ces régions en ébullition permanente, choisir le parti de l’Église revient à s’exposer à des ennuis, des spoliations, des persécutions, voire pire. Les Sarkander le savent, mais ils gardent fièrement la foi de Rome et inscrivent leur fils au collège des jésuites d’Olomouc. Ils ont donc fait un choix, politique certes, mais avant tout religieux, en toute connaissance de cause.
    • En effet, comme le rappellera Jean-Paul II dans la bulle de canonisation de Jean Sarkander, en 1995, il y a de grands mérites à s’exposer ainsi, par fidélité à la foi catholique, à des difficultés et à des persécutions de la part du gouvernement.
    • Après des études de philosophie et de théologie à Prague et à Graz, et bien qu’il semble attiré par le sacerdoce, Jean rentre chez lui pour épouser celle que sa famille lui a choisie. Celle-ci meurt cependant avant leur mariage. Jean voit dans la perte de sa promise un signe providentiel et, renonçant à conclure une autre alliance et à envisager tout autre projet mondain, il décide de reprendre ses études de théologie afin de devenir prêtre. Il est ordonné en 1608. Là encore, c’est un choix courageux, celui du renoncement, alors qu’une vie aisée et confortable semblait l’attendre. Chez lui, l’appel de Dieu l’emporte sur toute autre considération.
    • Après avoir été vicaire dans plusieurs paroisses, l’abbé Sarkander est nommé curé d’Holesow, en Moravie, en 1616. Cette nomination dans une région en pleine agitation, où les protestants sont majoritaires, équivaut presque à signer son arrêt de mort. L’inconfort et les risques de sa mission pastorale ne l’arrêtent pourtant pas. En dépit des dangers encourus, le sens de son devoir et l’appel des âmes en détresse l’emportent sur toute prudence humaine.
    • L’abbé Sarkander ressent en effet vivement la nécessité d’arracher les âmes de ses paroissiens à l’influence de la Réforme et de ramener les brebis égarées à Rome par la douceur. Il se lie alors d’amitié avec un seigneur catholique polonais, le baron de Lobkowitcz, qui l’aide matériellement dans sa mission et dont il devient le confesseur. Ce faisant, il prend un risque, car son protecteur demeure fidèle à l’Empire et représente l’une des têtes d’une opposition politique que l’on cherche à anéantir.
    • Indifférent aux menaces et aux périls, Sarkander poursuit pourtant son œuvre missionnaire, n’hésitant pas à s’aventurer seul dans les zones aux mains des hussites et des frères bohémiens, groupes protestants connus pour leur haine des catholiques et leur violence. Il convertit ainsi, sans violence et sans intimidation, près de deux cents personnes, ce qui montre la pertinence de ses propos.
    • En 1618, la situation devient si tendue que le clergé catholique est contraint de quitter Holesow pour la Pologne. Au bout de six mois d’exil, profitant d’une contre-offensive impériale en Moravie, il décide de rentrer afin que son peuple ne soit pas plus longtemps privé des sacrements ; il se montre alors vraiment le « Bon Pasteur », imitation du Christ, qui donne sa vie pour ses brebis.
    • Peu après son retour, les troupes polonaises au service de l’empereur ravagent la région. Décidé à protéger les siens à tout prix, Jean prend le saint sacrement et marche au-devant d’elles. À la vue de ce prêtre brandissant l’ostensoir, les Polonais, persuadés que toute la population doit être catholique, épargnent Holesow, qui sera la seule ville dans ce cas. Loin de le remercier, les autorités protestantes tiennent son geste pour un crime et pour la preuve de sa collusion avec l’ennemi. Il est arrêté et emprisonné pour haute trahison.
    • L’abbé Sarkander demeure de longs mois emprisonné dans des conditions particulièrement pénibles. Il lui reste pourtant un moyen d’être libéré : révéler les secrets que Lobkowicz, à la tête de l’opposition, aurait pu lui confier sous le sceau de la confession. Malgré les menaces, le prêtre s’y refuse, affirmant que, quand bien même il saurait quelque chose, il ne pourrait en dire mot. Il faut une grande force d’âme et une grande constance pour s’en tenir à une telle attitude. Seul son respect des sacrements et de leur nature divine peut l’expliquer.
    • À la mi-février 1620, les autorités protestantes, décidées à le faire parler à tout prix, le font mettre à la torture. Malgré la cruauté de ce traitement, dont la férocité ne cesse de croître, il ne dit rien et succombe un mois plus tard à ses blessures, le 17 mars, dans l’église Notre-Dame, où il a été transporté agonisant. Pour lui, le secret de la confession l’a emporté sur toute autre considération : il meurt martyr pour l’avoir maintenu coûte que coûte.

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  • Sainte Gertrude de Nivelles (17 mars)

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    Gertrud_von_Nivelles.jpgLA VIE DE SAINTE GERTRUDE DE NIVELLES - fête au 17 mars (source)

    Sainte Gertrude était donc fille de Pépin de Landen et de Sainte Itte, et parente de Saint Bavon. Elle naquit à Landen en 626. Dès sa jeunesse, elle est considérée comme un modèle de vertu: dédaignant les vanités de ce monde, elle consacra, sur le conseil de Saint Amand, sa virginité à Dieu.

    Un jour, le fils d'un grand seigneur d'Austrasie l'aperçut à la cour du roi, et s'éprit d'elle. Il en parla au roi, qui fit mander Pépin et sa fille pour leur proposer ce qui devait être un excellent parti. Mais Gertrude refusa catégoriquement, faisant remarquer au roi qu'elle avait depuis son enfance voué sa virginité au Christ. Le roi, bien qu'étonné, approuva cette attitude. Le jeune seigneur, lui, en conçut, comme il fallait s'y attendre, un vif dépît. Quant à Pépin, il désapprouvait totalement le refus de sa fille et il était décidé à employer toutes les ressources de l'autorité paternelle pour modifier les intentions de Gertrude. Pour la jeune fille, il n'y avait plus qu'une solution: la fugue. Avec le consentement de sa mère, Gertrude s'enfuit de la maison paternelle et se retira en un lieu solitaire où elle passa quelque temps dans la prière, la retraite et la pratique de la vertu. Pépin fut obligé de comprendre et rappela sa fille, enfin décidé à respecter son engagement.

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  • Le grand héritage de saint Patrick (17 mars)

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    SAINT PATRICK ET L'IRLANDE (source)

    Saint Patrick pourrait être considéré comme le Père de la grande Évangélisation de l’Occident. Le roi Baudouin de Belgique y a fait allusion alors qu’il s’adressait aux Irlandais. On cite ses paroles dans ce beau livre que le cardinal Suenens a consacré à ce roi mort comme un saint en 1993. « Aux Irlandais, je leur ai dit combien nous aimions l’Irlande. Vous savez, leur dis-je, que l’Irlande est connue pour sa foi, et que ce sont des Irlandais qui ont converti l’Europe au Christianisme. Ne perdez pas votre Foi. Gardez-la précieusement. »

    Le roi Baudouin faisait allusion à ces moines irlandais qui avant l’an mille ont parcouru, comme saint Paul, des régions éloignées qu’ils ont transformées par leur prédication enthousiaste et la fondation de nombreux monastères.

    Saint Patrick (ou Patrice) serait né en Angleterre vers 385. À 16 ans, capturé par des pirates, il est vendu comme esclave en Irlande. On raconte qu’il était chrétien, mais pas très fervent. Or son exil en Irlande où il est tenu captif lui aurait permis justement de réfléchir au point que ces années « ont été les plus importantes de ma vie ». Patrick devient fervent et se décide d’apprendre la langue gaélique pour pouvoir convertir les Irlandais. Son malheur devient son bonheur. Mais il croit bon d’approfondir sa foi catholique. Il réussit donc à s’évader et à se rendre en Gaule (en France) où il reçoit une bonne formation auprès de saint Germain d’Auxerre, puis dans le célèbre monastère de l’île de Lérins qui existe toujours sur la Côte d’Azur.

    En 432, l’ancien esclave revient donc en Irlande en libérateur des âmes. Évêque d’Armagh, il sort les Irlandais de l’obscurantisme. Ce n’est pas très facile pour lui et ses compagnons de lutter contre l’influence des druides. Il a heureusement la bonne idée de commencer par amener au Christ les personnages importants, ce qui lui facilite rapidement les choses pour ouvrir le cœur des Irlandais en général et leur permettre de saisir le sens profond de la vie et de la mort et de comprendre que l’on ne peut être vraiment humain que si l’on est charitable et généreux en adhérant à l’Évangile et en vivant de la vie même du Christ. Les Irlandais se montrent en effet généreux et lui offrent des terres pour construire des églises et des monastères. Comme Patrick est un évêque convaincu et exemplaire, un grand priant et un homme plutôt ascétique, il réussit à bien évangéliser et à entraîner déjà à sa suite des foules de jeunes. Saint Patrick meurt finalement le 17 mars 461. Cette vie de saint Patrick, même si elle tient de la légende, demeure fort inspirante et même très belle.

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  • L'"Option Patrick" : la renaissance vient de l'annonce du Christ

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    De Paolo Gulisano sur la NBQ :

    Option Patrick, la renaissance vient de l'annonce du Christ

    Dans un Occident qui sombre dans de nouvelles formes de paganisme, il ne suffit pas de se protéger de la culture dominante. Nous devons imiter saint Patrick, qui a transformé l’Irlande païenne en une île de saints dotée d’une civilisation florissante.

    17_03_2025

    Le 17 mars, toute l’Église catholique célèbre saint Patrick, l’évangélisateur de l’Irlande. Cette fête est célébrée dans de nombreuses régions du monde, car la diaspora irlandaise des deux derniers siècles, due notamment au XIXe siècle à la terrible pauvreté causée par l'exploitation coloniale britannique, a fait que les migrants irlandais ont apporté avec eux leur solide foi catholique. Une foi transmise au fil des siècles, même à travers de terribles persécutions. A son origine se trouve l'annonce du Christ faite par saint Patrick au Ve siècle, qui convertit cette île de fiers guerriers et en fit une île de saints.

    Aujourd’hui, Patrick, son histoire, son témoignage, sont plus que jamais d’actualité. On pourrait même parler d’une « option patricienne » pour le monde occidental sécularisé d’aujourd’hui. Les idéologies dominantes, en particulier celles de la culture woke et de la cancel cultureorientent la société vers des formes de néopaganisme. Après avoir abandonné les théories de l’athéisme et de l’agnosticisme classiques, les suggestions d’un paganisme ancien, pré-chrétien, réapparaissent dans la pratique, avec tout son bagage d’idolâtrie, de superstitions et même de rites sombres et dérangeants.

    Le néopaganisme cherche à éradiquer le christianisme en restaurant les horreurs païennes, à savoir les idoles et la superstition. La technologie moderne ne fait qu’accroître la propagation du néopaganisme, augmentant ainsi sa portée. Une forme de paganisme high-tech entre également en jeu, notamment avec l’introduction de l’intelligence artificielle et son utilisation abusive.

    Une crise à laquelle il faut faire face, en cherchant une nouvelle perspective de présence chrétienne dans le monde. Ces dernières années, on a beaucoup parlé de l’« option bénédictine », lancée par l’intellectuel américain Rod Dreher, qui a suscité un certain intérêt dans le monde catholique. Une option qui, en somme, propose une sorte de « retrait du monde » à l’instar des communautés monastiques fondées par saint Benoît de Nursie ; une sorte de société parallèle. Mais se protéger de la culture dominante, comme le propose l’Option bénédictine, n’est pas en soi suffisant. Les chrétiens ont le devoir de faire beaucoup plus.

    Nous souhaitons donc lancer notre modeste proposition, celle d'une Option Patrick. Au Ve siècle, ce missionnaire, né en Bretagne, se rendit en Irlande, une île où même les légions romaines n'avaient jamais débarqué, une île de fiers guerriers qui étaient aussi, évidemment, aussi païens que les Germains. Patrick a réussi à évangéliser l’Irlande et à donner naissance à une civilisation extraordinaire. Les deux premiers siècles de l’Irlande chrétienne peuvent être définis comme l’âge des saints : un véritable âge d’or du christianisme irlandais. En peu de temps, l’Irlande a vu naître et se développer une civilisation chrétienne tout à fait originale.

    Patrick avait parlé et prêché dans l'ancienne langue celtique, avait étudié les coutumes et les habitudes irlandaises, avait su exploiter les croyances existantes pour les transfigurer. L’activité de l’Église en Irlande n’a pas abouti à une simple destruction des rites païens et des coutumes ancestrales, mais à leur assimilation, purification et transformation. Patrick abolit chez les Irlandais, lorsqu'ils devinrent chrétiens, ces rites profanes qui étaient un hommage au diable, tandis qu'il valorisait l'art et la culture celtique préchrétienne.

    L'une des grandes innovations introduites par l'évangélisation en Irlande fut l'adoption de l'alphabet latin, qui permit aux Irlandais d'intensifier l'usage littéraire de leur langue, en composant des poèmes, en commentant des textes religieux, en développant les anciens cycles épiques, longtemps transmis uniquement oralement.

    La littérature gaélique devint ainsi, après la littérature grecque et latine, la plus ancienne d'Europe, l'expression de cette société d'hommes cultivés dans laquelle l'Église s'était insérée : des hommes éduqués dans la récitation exacte des enseignements oraux. Le clergé irlandais continua à bénéficier de cette culture traditionnelle, dérivée sans contamination de celle des anciens Celtes, en la combinant avec une étude précise et passionnée des Saintes Écritures, comme en témoignent certains manuscrits du VIIIe siècle, dans lesquels les moines glosaient et commentaient les textes ecclésiastiques latins dans la langue du peuple et mettaient leur érudition au service du peuple.

    Cet aspect de la créativité du christianisme irlandais a également frappé les plus prestigieux érudits du Moyen Âge, comme l'historien Jacques Le Goff, qui écrivait : « Sans donner vie à des églises nationales, le christianisme celtique, et particulièrement le christianisme irlandais, se distinguait par une originalité marquée. Les aspects les plus marquants de cette originalité furent sans aucun doute la richesse des initiatives missionnaires et l'exceptionnelle production artistique."

    L'Église irlandaise fondée par Patrick a traversé les siècles et a résisté aux invasions vikings, ainsi qu'aux terribles persécutions menées par les Anglais après le schisme d'Henri VIII. Patrick a fondé l’Église irlandaise alors que l’Empire romain s’effondrait. Il ne s’est pas préoccupé de soutenir des institutions décadentes, mais a travaillé à construire une nouvelle civilisation fondée sur le christianisme et a transformé des barbares païens en moines, érudits et chevaliers. Pour tout cela, cela vaudrait vraiment la peine de tenter courageusement une option Patrick.

    Parler de l’Option Patrick, c’est donc souligner le rôle missionnaire, de témoignage, que doit avoir l’Église. Un témoignage à mettre en œuvre certainement dans un contexte différent de celui dans lequel évoluait l’apôtre d’Irlande : il allait à la rencontre des païens en quête de vérité, qui accueillirent avec enthousiasme l’annonce du Christ, alors qu’aujourd’hui nous vivons dans une société qui a connu le Christ, mais l’a rejeté. Mais comme Patrick, nous devons repartir de l'Annonce, de la proposition de la vérité chrétienne sans si ni mais, et de la même manière essayer de saisir le bien qui existe, selon la méthode de saint Paul, « examiner tout et retenir ce qui est bon », en cherchant à être dans le monde sans être du monde. Une méthode exigeante, mais qui peut donner des résultats extraordinaires.