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Témoignages

  • Les martyrs de Nagasaki (6 février)

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    source Missel.free

    Saint Paul Miki et ses compagnons martyrs

    Historique

    Si le nom de Nagasaki évoque pour le monde entier la déflagration atomique du 9 août 1945, il doit aussi rappeler aux catholiques les vingt-six croix dressées face à la mer, le 5 février 1597. Ces vingt-six crucifiés reproduisaient l’image de la nouvelle chrétienté japonaise : il y avait là des missionnaires[1], trois jésuites[2] dont Paul Miki qui était japonais, et six franciscains[3] , dix-sept laïcs, tertiaires franciscains [4], et même deux enfants : Louis (onze ans) et Antoine (treize ans). Alors qu’ils étaient attachés à leur croix, le R.P. Pierre Baptiste chanta le Benedictus et le petit Antoine entonna le Laudate pueri Dominum.  Du haut de sa croix, saint Paul Miki continuait à prêcher, invitant les gens qui l’entouraient à se convertir et pardonnant à ceux qui étaient responsables de sa mort. Tous étaient souriants, plusieurs chantaient. On leur transperça le cœur d’un coup de lance, ce qui achevait de les configurer au Christ. Urbain VIII les béatifia en 1627 et Pie IX les canonisa le 8 juin 1862.


    [1] Les Jésuites et les Franciscains ont été arrêtés à Ozaka le 9 décembre 1596.

    [2] Paul Miki, Jean de Goto et Jacques Kisoï.

    [3] Pierre Baptiste, chef de la mission franciscaine au Japon, qui, un jour de Pentecôte, avait guéri une jeune fille lépreuse ; Martin d’Aguire, professeur de théologie qui prêchait en japonais ; François Blanco, prêtre ; Philippe de Las Casas ; Gonzales Garcia, frère convers ; François de Saint-Michel, frère convers.

    [4] Tous membres de la communauté de Méaco, ils furent arrêtés le 31 décembre 1596 : Côme Tachegia, Michel et Thomas Cozaki, Paul Ibarki, Léon Carasumo (catéchiste et interprète), Mathias, Bonaventure, Joachim Saccakibara (mèdecin), François de Méaco (médecin), Thomas Dauki (interprète), Jean Kinoia, Gabriel de Duisco, Paul Suzuki (catéchiste et interprète) ; François Danto et Pierre Sukejiro n’étaient pas sur la liste des arrestations mais, comme ils s’obstinaient à suivre les prisonniers et à les soigner, ils furent arrêtés à leur tour.

  • "Pour la conversion de mes chers Africains, je donnerais cent vies, si je le pouvais"

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    Une dépêche de l'Agence Fides :

    AFRIQUE/SOUDAN DU SUD - "Savoir souffrir pour l'Afrique". Le Pape exalte l'aventure missionnaire de Daniele Comboni

    4 février 2023

    par Gianni Valente

    Juba (Agence Fides) " Je n'ai que le bien de l'Église dans mon cœur. Et pour la conversion de mes chers Africains, je donnerais cent vies, si je le pouvais". C'est ce que Daniele Comboni avait l'habitude de dire de lui-même, révélant son tempérament volcanique et impétueux à travers les expressions fortes de son discours. En raison de sa passion missionnaire, il raconte qu'il a dû " lutter contre les potentats, contre les Turcs, contre les athées, contre les Phrammaque, contre les barbares, contre les éléments, contre les prêtres... mais toute notre confiance est en celui qui choisit les moyens les plus faibles pour accomplir ses œuvres ". Aujourd'hui, le Pape François a rappelé la mémoire de Saint missionnaire à la cathédrale Sainte-Thérèse de Juba, où il a rencontré des évêques, des prêtres, des diacres, des hommes et des femmes consacrés et des séminaristes, au deuxième jour de son voyage apostolique au Sud-Soudan. "Nous pouvons nous souvenir - a dit le Pape à la fin de son discours - de Saint Daniel Comboni, qui avec ses frères missionnaires a réalisé une grande œuvre d'évangélisation sur cette terre : il disait que le missionnaire doit être prêt à tout faire pour le Christ et pour l'Évangile, et qu'il faut des âmes audacieuses et généreuses qui savent souffrir et mourir pour l'Afrique".

    Daniele Comboni, l'un des plus grands missionnaires de l'histoire récente, béatifié en 1996 et proclamé saint par Jean-Paul II le 5 octobre 2003, était issu d'une famille d'agriculteurs. Né à Limone sul Garda, seul survivant d'une famille de huit enfants, il était entré au séminaire de Vérone et avait ensuite fréquenté l'institut missionnaire fondé par le père Nicola Mazza. Le prêtre, avec le soutien de la Congrégation de Propaganda Fide, avait fait venir en Italie quelques jeunes Africains pour les former et les encourager ensuite à partir en expédition missionnaire dans les régions d'Afrique centrale.

    Ordonné prêtre le 31 décembre 1854, le mois de la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de Marie, Daniel, âgé de 26 ans, était le plus jeune des cinq prêtres que le père Mazza envoya en mission trois ans plus tard. "Rappelez-vous, leur dit-il avant de partir, que l'œuvre à laquelle vous vous consacrez est Son œuvre. Ne travaillez que pour Lui, aimez-vous les uns les autres et aidez-vous les uns les autres, soyez unis en tout, et la gloire de Dieu, la gloire de Dieu seul promeut et entend toujours, que tout le reste est vanité". Après ce long voyage, qui comprenait également un pèlerinage en Terre Sainte, les jeunes missionnaires sont arrivés à Khartoum puis, en bateau sur le Nil blanc, ils ont parcouru plus au sud, 1 500 kilomètres, jusqu'à Sainte-Croix, la dernière station missionnaire face à la forêt impénétrable. Mais très vite, trois des cinq personnes meurent d'épuisement et de fièvre. L'expédition missionnaire se solde par un échec. Propaganda Fide confie le terrain au Vicariat Apostolique d'Alexandrie.

    À son retour en Italie, d'autres tribulations arrivent. Après avoir prié à Saint-Pierre, Comboni a élaboré un "plan missionnaire" qui prévoyait la création des premiers postes missionnaires le long des côtes et l'engagement de femmes missionnaires pour annoncer l'Évangile aux populations de l'Afrique subsaharienne qui ne connaissaient pas Jésus. Mais entre-temps, l'évêque de Vérone, après la mort du père Mazza, interdit à l'institut missionnaire qu'il avait fondé d'accepter de nouveaux séminaristes.

    Dans le climat anticlérical croissant de l'État italien naissant, Comboni réussit à mettre en place le nouvel Institut pour les Missions du Niger grâce au soutien de Pie IX et du Cardinal Barnabò, préfet de Propaganda Fide. L'Institut a été fondé à Vérone en 1867. Et dans le temps qui suivit, Comboni voyagea à travers l'Europe pour chercher une aide matérielle et spirituelle pour la nouvelle œuvre. Il fréquentait des couvents cloîtrés et dînait dans des maisons aristocratiques. Il a confié l'institut à St Joseph. Il remerciera plus tard dans ses écrits le père putatif de Jésus, "qui ne m'a jamais permis de faire faillite et ne m'a jamais refusé aucune grâce temporelle".

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  • Le premier ministre de l'Artsakh assiégé parle. "Vous ne pouvez pas nous ignorer"

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    De Stefano Magni sur la Nuova Bussola Quotidiana :

    INTERVIEW EXCLUSIVE/ RUBEN VARDANYAN

    Le premier ministre de l'Artsakh assiégé parle. "Vous ne pouvez pas nous ignorer"

    04-02-2023

    La nouvelle crise du Haut-Karabakh (Artsakh), région à majorité arménienne nichée au milieu de l'Azerbaïdjan et en lutte pour son indépendance, dure depuis deux mois. L'Azerbaïdjan bloque le corridor de Lachin. Après la guerre de 2020, elle est restée la seule route reliant le Haut-Karabakh à l'Arménie. Le Compas a interviewé le ministre d'État Ruben Vardanyan. "Pouvons-nous survivre ? Oui, mais ce n'est plus une vie normale. Tout est en crise, car toute l'économie est fermée, il y a une pénurie de tout, du carburant aux médicaments et à la nourriture, la chaîne d'approvisionnement ne fonctionne plus." "Une des raisons de ces blocages est que nous avons dit que vous devez négocier avec nous, vous ne pouvez pas nous ignorer".

    Depuis deux mois, la nouvelle crise du Haut-Karabakh, région à majorité arménienne nichée au milieu de l'Azerbaïdjan et en lutte pour son indépendance, se poursuit. L'Azerbaïdjan bloque le corridor de Lachin. Après la guerre de 2020, elle est restée la seule route reliant le Haut-Karabakh à l'Arménie, dont il dépend pour tous les biens essentiels. La crise est humanitaire.

    Sur le plan politique, les motivations de l'Azerbaïdjan restent sans explication, si ce n'est de faire plier les Arméniens de la région. La presse azerbaïdjanaise (et par conséquent aussi la partie des médias européens qui suit son récit) attribue une grande partie de la responsabilité au nouveau ministre d'État nommé en novembre par le président : Ruben Vardanyan. Cinquante-quatre ans, petit-fils d'un survivant du génocide arménien de 1915, né à Erevan (Arménie), mais devenu un homme d'affaires très prospère à Moscou, il est donc considéré par la presse adverse comme un "émissaire du Kremlin". Toutefois, il est avéré qu'il est devenu citoyen arménien en 2021 et que l'année suivante, renonçant à sa citoyenneté russe, il a accepté de superviser le gouvernement de la République d'Artsakh, le nom politique arménien du Haut-Karabakh. Il était l'un des entrepreneurs, banquiers et philanthropes les plus riches et les plus courtisés, lauréat de nombreux prix nationaux et internationaux, mais il a choisi de diriger le gouvernement d'une république de 120 000 habitants, qui n'est pas reconnue internationalement et qui est l'un des endroits les plus dangereux du monde. Et pour commencer son mandat, l'Azerbaïdjan lui impose un blocus total, un véritable siège. La Nuova Bussola Quotidiana l'a rencontré (virtuellement) dans son bureau à Stepanakert.

    Monsieur le ministre d'État, pourquoi, en tant que milliardaire, avez-vous choisi l'Artsakh ?

    Ma femme et moi avons pris cette décision en 2008, lorsque j'ai commencé à gagner beaucoup d'argent, et nous en avons discuté avec mon fils. Nous nous sommes dit que le monde subissait une grande transformation, avec de nombreuses crises et de nombreux défis, et que nous voulions laisser à nos enfants non pas beaucoup d'argent mais un monde meilleur ; nous avons donc décidé qu'il valait mieux consacrer notre richesse à la philanthropie. La deuxième raison est la guerre de 2020. J'étais très attaché à l'Artsakh, l'endroit dont j'ai eu le coup de foudre, je l'ai visité de nombreuses fois, mon fils y a fait son service militaire, ma fille y a vécu pendant des années, ma grand-mère était d'ici, et je me sentais très lié à cette terre et à ses habitants. C'est horrible ce qui s'est passé en 2020. J'ai fait des discours publics qui ont été regardés par des millions de personnes et j'ai reçu une réaction assez émotionnelle. L'expérience de la guerre a été comme le franchissement d'une ligne rouge : "Il est temps que chacun comprenne ce qui est possible pour l'Artsakh". Et puis en 2022, quand j'ai vu ce qui se passait à nouveau en Artsakh, quand les Azéris entraient lentement dans les villages et commençaient à prendre le contrôle de notre pays, je me suis dit : c'est le moment de faire un choix, soit vous continuez à faire de la philanthropie et à être une personne généreuse mais seulement attachée émotionnellement à la cause, soit vous devenez responsable et commencez à agir vous-même. C'est pourquoi j'aime cette citation d'Amedeo Modigliani, l'un de mes artistes préférés : "La vie est un don : du petit nombre au grand nombre, de ceux qui savent ou qui ont à ceux qui ne savent pas ou qui n'ont pas". Il y a plusieurs façons de faire de la philanthropie et pour moi, il est important de rendre à mon pays ce qu'il m'a donné.

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  • RDC : Le message du pape a rendu courage au peuple congolais

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    Jean-Claude Mputu images.jpgSelon la Libre Afrique le pouvoir qui espérait capitaliser sur ce voyage en vue des prochaines élections a été secoué par les discours de François. C’est du moins le point de vue du politologue Jean-Claude Mputu (issu de l’Université de Liège, nde Belgicatho) :

    « Ce jeudi, à l’occasion de la rencontre avec la jeunesse congolaise au stade des Martyrs de Kinshasa, à portée de voix du parlement, des milliers de jeunes ont scandé “Fatshi oyebela Mandat esili” (“Fatshi, sache-le, ton mandat est fini”).

    Le pouvoir de Félix Tshisekedi, qui espérait transformer cet accueil du pape François en terres congolaises en une démonstration de force de sa “diplomatie galopante”, en est pour ses frais. Le message du pape a revigoré une Église catholique qui semblait à bout de souffle ces derniers mois. “Nous espérons des mots justes pour nous redonner confiance”, nous expliquait dimanche soir, à la veille de l’arrivée du Saint-père à Kinshasa, un évêque congolais, qui avouait : “on est un peu fatigué. On a lutté au côté du peuple pour la démocratie en prenant des risques sous Kabila. On a lutté pour la vérité des urnes et on se retrouve avec un régime qui est entre les mains d’un ancien opposant devenu peut-être pire que son prédécesseur. C’est terriblement usant”.

    Quelques heures plus tard, après le premier discours “percutant” du pape face aux autorités et au peuple de Kinshasa, le ton a changé : “François a tout dit… dans les formules de la diplomatie vaticane”. “Il y aura bien un avant et un après voyage du pape au Congo”, explique un prélat.

    ”Le message du pape démontre que la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a fait un bon travail en amont, explique Jean-Claude Mputu, politologue et chercheur congolais. François a bien été briefé. Son discours transpire de cette connaissance. Ses mots sont justes et il n’épargne personne. La communauté internationale en prend pour son grade sur l’exploitation des richesses du pays. Le pouvoir, corrompu, affairiste et tribaliste, n’est vraiment pas épargné. Le seul gagnant, c’est le peuple”, poursuit-il, jugeant : “il est réconforté, il retrouve de l’énergie pour se battre. La machine est relancée”.

    La société civile au centre du combat

    Cela signifie-t-il que la Cenco se retrouvera au centre du combat comme en 2016 face au président Joseph Kabila ? “Pas forcément, poursuit Jean-Claude Mputu pour qui ce rôle moteur pourrait revenir “aux laïcs catholiques et protestants associés aux mouvements citoyens.”

    Mais les témoins de ces derniers jours à Kinshasa témoignent tous du changement de ton “à différents niveaux de la société”. L’Église catholique, jugée moribonde, a prouvé qu’elle était toujours une des forces essentielles de ce pays. “C’est une institution millénaire, continue M. Mputu. L’Église a son temps. Personne n’a oublié les injures qu’elle a reçues suite à sa position face à la désignation par le pouvoir du président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) Denis Kadima. Personne ne peut oublier que la résidence du cardinal a été caillassée par les supporters du pouvoir, c’est unique, c’est gravissime. Aujourd’hui, elle a remis les choses au point”.

    Le cardinal sort renforcé

    ambongo téléchargement.jpgCe voyage papal permet aussi au cardinal Ambongo, le successeur de Laurent Monsengwo, de reprendre sa position centrale sur l’échiquier national. L’homme, originaire de l’Équateur, s’est souvent montré très critique face au pouvoir tout en étant moqué par celui-ci et pointé du doigt par les diplomates en poste à Kinshasa pour qui il était mal venu de critiquer le patron de la Ceni. “Pour nombre de diplomates, l’essentiel est d’organiser les élections dans le respect du calendrier. La qualité importe peu”, explique un expert électoral qui avoue “son plaisir d’entendre les mots du pape. Il va obliger tout le monde à se remettre sur de bons rails. On ne peut pas faire n’importe quoi au nom d’un statu quo qui arrangerait tout le monde sur le dos du peuple. C’est insupportable. Oui, il faut avoir un regard critique sur l’organisation de ce scrutin. Oui, il faut oser dire qu’on va droit dans le mur.”

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  • Les funérailles du cardinal Pell ont fait cathédrale comble à Sydney

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    De Kevin J. Jones sur Catholic News Agency :

    Des milliers de personnes pleurent le cardinal Pell aux funérailles de Sydney : "N'ayez pas peur" était sa devise. 

    2 février 2023

    La messe d'enterrement du défunt cardinal George Pell a attiré des milliers de personnes en deuil, remplissant à ras bord la cathédrale Sainte-Marie de Sydney. 

    Des dirigeants de la société civile, des amis et des membres de la famille de Pell se sont souvenus du dévouement du cardinal australien à l'Église et à l'Évangile et de son courage face à de nombreux obstacles, notamment plus d'un an de prison avant sa disculpation.

    "George Pell était mon frère. C'était un prince de l'Église. Un homme bon et saint, et un fier Australien", a déclaré David Pell lors de la messe de funérailles du cardinal jeudi, selon le journal The Catholic Weekly.

    "'N'ayez pas peur' était la devise de George. Ces mots sont mentionnés 365 fois dans la Bible", a poursuivi le frère de Mgr Pell. "Ce sont des mots puissants et nous devons nous en souvenir alors que nous poursuivons la lutte quotidienne".

    S'adressant au cardinal, il a ajouté : "Tu as combattu le bon combat. Aide-nous à accepter la bataille. Repose en paix." 

    Le cardinal est décédé le 10 janvier à Rome à l'âge de 81 ans d'un arrêt cardiaque suite à des complications lors d'une opération de la hanche.

    L'archevêque de Sydney, Mgr Anthony Fisher, a célébré la messe pontificale des funérailles chrétiennes à la cathédrale Sainte-Marie de Sydney. La liturgie de quatre heures comprenait un motet d'offertoire spécialement composé par Sir James MacMillan, basé sur la devise du cardinal "N'ayez pas peur" et le texte de la Sagesse 3:1-4.

    Trente évêques, 220 prêtres et des dizaines de séminaristes ont assisté aux funérailles. L'assemblée comprenait des religieuses, des théologiens, des enseignants d'écoles catholiques et des familles. Des représentants d'agences catholiques et de communautés ethniques étaient présents à la messe, ainsi que les résidents de David's Place, une communauté pour les sans-abri et les marginaux de Sydney.

    Dans son homélie, Mgr Fisher a décrit son prédécesseur Pell comme un "lion de l'Église" qui a proclamé l'Évangile "sans honte, avec véhémence et courage jusqu'à la fin".

    "Il avait aussi un grand cœur, assez fort pour se battre pour la foi et endurer la persécution, mais assez doux pour prendre soin des prêtres, des jeunes, des sans-abri, des prisonniers et des chrétiens imparfaits", a déclaré l'archevêque.

    David Pell a décrit son frère comme un joueur "passionné" de football australien. 

    "Il croyait en l'État de droit, en l'équité pour tous et, dans le jargon des règles australiennes, il jouait la balle, et non l'homme", a-t-il déclaré. "Il pouvait ne pas être d'accord avec votre opinion, mais il n'était pas en désaccord avec vous en tant que personne".

    Pell a été nommé cardinal par le pape Jean-Paul II en octobre 2003, alors qu'il était archevêque de Sydney. Dix ans plus tard, le pape François a nommé Pell membre de son Conseil des cardinaux et, l'année suivante, il l'a chargé des finances du Vatican. Son travail là-bas lui a valu des éloges et de l'admiration, en particulier sa découverte apparente de 1,5 milliard de dollars d'actifs dans des comptes du Vatican non déclarés auparavant.

    En 2017, Pell a quitté Rome pour l'Australie afin de défendre son innocence face aux accusations selon lesquelles il aurait abusé sexuellement de deux garçons de 13 ans après la messe dominicale à Melbourne en 1996 et 1997.

    Il a été condamné en 2018. Après 404 jours de prison, le cardinal a été acquitté en 2020, lorsque la Haute Cour australienne a annulé à l'unanimité la condamnation de Pell. 

    La même année, un rapport de la Commission royale sur les abus sexuels a rendu publiques ses conclusions sur Pell, y compris des allégations selon lesquelles il était au courant des abus sexuels commis par des clercs dans les années 1970 et 1980, et n'aurait pas agi. Pell a rejeté ces allégations, les jugeant "non étayées par des preuves".

    Il est retourné vivre à Rome plus tard en 2020.

    Fisher a déclaré que le cardinal a marqué "404 jours passés en prison pour un crime qu'il n'a pas commis" malgré "la campagne médiatique, policière et politique pour le punir, qu'il soit coupable ou non."

    Le frère de Pell, David, a déclaré que la famille "savait que ce n'était pas vrai".

    "Nous avons dû rester stoïques face à la campagne incessante visant à salir la vie de George, en particulier avec les plus jeunes membres de notre famille", a-t-il déclaré. 

    Dans le même temps, le frère de George Pell a souligné les "magnifiques" journaux de prison du cardinal qui ont résulté de son incarcération. Il a remercié les partisans catholiques et non catholiques de Pell, notamment ceux qui ont envoyé plus de 4 000 lettres de soutien. Certaines lettres provenaient d'anciens codétenus de Pell.

    "Nous compatissons avec les victimes légitimes et avons une horreur totale des criminels. Notre propre famille n'a pas été immunisée contre ce mal", a déclaré David Pell. Il est "tout simplement faux" de dire qu'il a manqué de sympathie pour les victimes, a déclaré le frère de Pell, affirmant que le cardinal a été "injustement condamné pour les manquements de ses prédécesseurs".

    Le frère de Pell a également rappelé le bonheur de son frère à servir comme archevêque de Sydney.

    "Il était chez lui ici. Il aimait Sydney, et à en juger par l'effusion d'amour lors de sa mise en bière et aujourd'hui, Sydney l'aimait."

    Environ 2 000 personnes sont arrivées sur le parvis de la cathédrale pour obtenir une place à l'intérieur. Beaucoup sont restées et ont participé à la messe même si elles ne pouvaient pas entrer dans la cathédrale.

    Parmi les principaux dignitaires présents figuraient les anciens premiers ministres John Howard et Tony Abbot, ainsi que Peter Dutton, chef du parti libéral d'opposition. L'actuel Premier ministre Anthony Albanese et le Premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud Dominic Perrottet ont tous deux envoyé des représentants.

    Lors des funérailles, Tony Abbot a parlé de la place de Pell en Australie, le qualifiant de "l'un de nos plus grands fils". Il a laissé entendre que le défunt cardinal avait été "transformé en bouc émissaire de l'Église elle-même", a rapporté le journal britannique The Guardian. Le 14 janvier. Le pape François a présidé le rite de l'éloge final et de l'adieu.

    Environ 150 manifestants critiquant le cardinal Pell et le catholicisme se sont rassemblés à l'extérieur. Certains portaient des banderoles disant que le cardinal devrait "brûler en enfer". Quatre ou cinq personnes en deuil se sont vivement opposées à certains manifestants et la police est intervenue et a arrêté un homme portant un parapluie arc-en-ciel, rapporte The Catholic Weekly. 

    David Pell a déclaré que le cardinal était un ami du pape François et qu'il avait été accueilli par le pape au Palais apostolique après son retour de prison à Rome. "À son arrivée, il a été stupéfait, car il a bénéficié de l'appoint d'une cohorte de gardes suisses, ce qui n'est réservé qu'aux chefs d'État en visite."

    Le pape François, dans un message de condoléances du 11 janvier, a loué le "dévouement de Pell à l'Évangile et à l'Église" et a noté son travail sur la réforme économique du Saint-Siège.

    Le cardinal Giovanni Battista Re, doyen du Collège des cardinaux, a célébré une messe de requiem à Rome, dans la basilique Saint-Pierre.

    Kevin J. Jones est un rédacteur principal de la Catholic News Agency. Il a bénéficié en 2014 d'une bourse de journalisme Egan de Catholic Relief Services.

  • Un pape a-t-il jamais entendu le récit de telles atrocités ?

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    De Jean-Marie Guénois sur le site du Figaro via Il Sismografo :

    En Afrique, le Pape François «sous le choc» des violences subies et racontées par de jeunes rescapés

    1er février 2023

    Mercredi, le chef de l'Église catholique, en visite en République démocratique du Congo, a rencontré des jeunes victimes des conflits qui ravagent l'est du pays depuis trois décennies. -- Mercredi, le chef de l'Église catholique, en visite en République démocratique du Congo, a rencontré des jeunes victimes des conflits qui ravagent l'est du pays depuis trois décennies. 

    Un pape a-t-il jamais entendu le récit de telles atrocités ? Mercredi, à la nonciature de Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, François a reçu une délégation de victimes. Il devait initialement les rencontrer à Goma, ville du Nord-Kivu, à l'est du pays mais l'insécurité qui y règne l'a empêché de célébrer la messe prévue dans un camp de réfugiés. De fait, les témoignages de victimes entendus en direct par François ont donné une idée aussi précise que terrible de l'insoutenable terreur qu'ils ont vécue. 

    Ladislas Kambale Kombi, 17 ans, raconte comment son «grand frère a été tué» puis, ajoute : «mon père a été tué en ma présence (…) par des hommes en pantalon training et chemise militaire». Le jeune homme se souvient : «depuis ma cachette, j'ai suivi comment ils l'ont découpé en morceaux, puis sa tête tranchée a été placée dans un panier». Il dit ne plus dormir et «ne pas comprendre une telle méchanceté, cette brutalité quasi animale». La voix nouée, il assure avoir « pardonné à (nos) bourreaux». Léonie Matumaini, encore à l'école primaire, ajoute : «Tous les membres de ma famille ont été tués en ma présence». 

    Le témoignage de Bijoux Makumbi Kamala, est ensuite lu par son amie. Elle raconte comment elle a été « violée comme un animal» pendant 19 mois par le chef de la bande de «rebelles» qui l'avait kidnappée. Elle relate que «les enfants» dont les parents ont été tués «sont exploités dans les mines», les filles subissant «le calvaire des violences sexuelles». 

    L'abbé Guy-Robert Mandro Deholo, dont les mains ont été «mutilées», lit le témoignage de Désiré Dhetsina, disparu aujourd'hui : «j'ai vu la sauvagerie, des gens découpés comme on découpe la viande à la boucherie», des «femmes mutilées sans aucune raison». Deux d'entre elles lèvent leur bras… Sans main. Silence de mort dans l'assistance. 

    Enfin, Aimée, lit un dernier témoignage, celui d'Emelda M'karhungulu, «retenue comme esclave sexuelle», qui raconte : «on nous faisait manger la viande des hommes tués.» Celui qui refusait, «on le découpait et on nous le faisait manger». Mais elle termine contre toute attente : «nous pardonnons à nos bourreaux tout ce qu'ils nous ont fait». 

    Le reflet glaçant des lames 

    Ces récits atroces se terminent par le dépôt, devant une croix du Christ placée à la droite du pape, d'instruments identiques à ceux qui ont blessé ou tué : machette, couteaux, marteau, lance, hachoir… Le reflet des lames posées à même le carrelage est glaçant. En quarante voyages pontificaux, peu de scènes n'auront été aussi poignantes. 

    Toutes ces victimes ont moins de trente ans. L'âge de ces violences et guerres multiples dans l'Est de la RDC, zone ravagée par la convoitise de l'extrême richesse des sous-sols et de ses minerais rares. Selon les estimations, il y a eu entre cinq et dix millions de morts, à la 2e place du classement de l'horreur de ce continent après le génocide du Rwanda. 

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  • "L'héritage de Benoît" : un nouveau livre de Peter Seewald

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    De Petra Lorleberg sur Kath.Net/News :

    "Pape Benoît, qu'est-ce qui vous console ?" - "Que Dieu garde tout entre ses mains".

    2 février 2023

    Interview kath.net de Peter Seewald à propos de la parution aujourd'hui du nouveau livre "L'héritage de Benoît" -

    Benedikts Vermächtnis: Das Erbe des deutschen Papstes für die Kirche und  die Welt : Seewald, Peter: Amazon.de: Bücher

    Monsieur Seewald, votre nouveau livre est en quelque sorte un compendium de votre biographie de Joseph Ratzinger/ Pape Benoît XVI. Avec votre ouvrage de base sur la vie de ce pape et notamment grâce à vos recueils d'entretiens avec lui, vous avez ouvert une fenêtre sur un regard intense sur le devenir et l'action de ce pape.

    Peter Seewald : "L'héritage de Benoît" est en effet un compendium ; un livre pour les lecteurs qui veulent s'informer de manière compacte sur le parcours, la personne et l'importance du pape allemand. En fait, je ne voulais rien faire de plus. Mais Tim Jung, l'éditeur de Hoffmamn und Campe, m'a convaincu de l'idée d'atteindre d'autres cercles de lecteurs avec un livre moins volumineux, sous forme de dialogue narratif, après ma grosse biographie du pape. C'est important. Dans le débat sur l'interprétation de Benoît XVI, il faut de la compétence matérielle.

    Avec votre travail de journaliste, vous vous placez sur un pied d'égalité avec des historiens de l'Eglise comme Ludwig von Pastor et Hubert Jedin, malgré certaines différences. Est-ce que ce sont des spécialistes comme vous qui ouvrent aujourd'hui aux gens ce que les théologiens faisaient autrefois ?

    Peter Seewald : Oh là là, c'est beaucoup trop ambitieux. Je ne suis qu'un journaliste à qui l'on a confié une tâche précise. Le défi est de transmettre les choses de la foi à partir de la compréhension de la foi, et de le faire sous une forme que l'on comprend, qui soit lisible et passionnante.

    Les théologiens sont indispensables s'ils font vraiment de la théologie. Une théologie à l'écoute, qui transmet la parole de Dieu dans le langage et avec les connaissances de l'époque, mais aussi fidèlement à la doctrine. Aujourd'hui, la plupart des théologiens qui se pressent sur la scène publique ne voient le mystère chrétien que comme un projet académique, comme l'a fait remarquer un jour Benoît XVI, qui n'a rien à voir avec leur vie. Ratzinger a passionné ses étudiants pour les mystères et la vérité de la foi. Je doute qu'on puisse en dire autant de son successeur actuel à son ancienne chaire de Münster. Cela devient particulièrement gênant lorsque de telles personnes reprochent à quiconque s'exprime ne serait-ce qu'une seule fois en faveur du pape allemand de vouloir construire des légendes et un mythe, alors qu'elles n'ont elles-mêmes rien fait d'autre que de peindre au public une image hideuse de l'ennemi en ce qui concerne Benoît.

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  • La vie consacrée est devenue un signe évangélique de contradiction

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    HOMÉLIE DU PAPE BENOÎT XVI en la Basilique vaticane, le 2 février 2013 (source)

    Chers frères et sœurs !

    Dans son récit de l’enfance de Jésus, saint Luc souligne que Marie et Joseph étaient fidèles à la loi du Seigneur. Avec une profonde dévotion, ils accomplissent tout ce qui est prescrit après la naissance d’un garçon premier-né. Il s’agit de deux prescriptions très anciennes : l’une concerne la mère et l’autre l’enfant nouveau-né. Pour la femme, il est prescrit de s’abstenir des pratiques rituelles pendant quarante jours, et d’offrir ensuite un double sacrifice : un agneau en holocauste, et un pigeon ou une tourterelle pour le péché ; mais si la femme est pauvre, elle peut offrir deux tourterelles ou deux pigeons (cf. Lv 12, 1-8). Saint Luc précise que Marie et Joseph offrirent le sacrifice des pauvres (cf. 2, 24), pour souligner que Jésus est né dans une famille de gens simples, humble mais très croyante : une famille appartenant aux pauvres d’Israël, qui forment le véritable peuple de Dieu. Pour le fils premier-né, qui, selon la loi de Moïse, est la propriété de Dieu, le rachat était en revanche prescrit et établi au moyen de l’offre de cinq sicles, à payer à un prêtre n’importe où. Ceci pour faire éternellement mémoire du fait qu’au temps de l’Exode, Dieu épargna les premiers-nés des juifs (cf. Ex 13, 11-16).

    Il est important d’observer que pour ces deux actes — la purification de la mère et le rachat de l’enfant — il n’était pas nécessaire d’aller au Temple. Pourtant, Marie et Joseph veulent tout accomplir à Jérusalem, et saint Luc montre comment toute la scène converge vers le Temple, et se concentre ensuite sur Jésus qui y entre. Et voici que, précisément à travers les prescriptions de la Loi, l’événement principal devient un autre, c’est-à-dire la « présentation » de Jésus au Temple de Dieu, qui signifie l’acte d’offrir le Fils du Très-Haut au Père qui l’a envoyé (cf Lc 1, 32.35).

    Ce récit de l’évangéliste trouve un écho dans les paroles du prophète Malachie que nous avons entendues au début de la première lecture : « “Voici que je vais envoyer mon messager, pour qu’il fraye un chemin devant moi. Et soudain il entrera dans son sanctuaire, le Seigneur que vous cherchez ; et l’Ange de l’alliance que vous désirez, le voici qui vient !” dit le Seigneur... Il purifiera les fils de Lévi... et ils deviendront pour le Seigneur ceux qui présentent l’offrande selon la justice » (3, 1.3). Il est clair qu’on ne parle pas ici d’un enfant, et pourtant, cette parole trouve un accomplissement en Jésus, parce que « soudain », grâce à la foi de ses parents, Il a été amené au Temple ; et dans l’acte de sa « présentation », ou de son « offrande » personnelle à Dieu le Père, transparaît clairement le thème du sacrifice et du sacerdoce, comme dans le passage du prophète. L’enfant Jésus, qui est tout de suite présenté au Temple, est le même qui, une fois adulte, purifiera le Temple (cf. Jn 2, 13-22 ; Mc 11, 15, 19) et surtout, fera de lui-même le sacrifice et le prêtre suprême de la Nouvelle Alliance.

    Telle est également la perspective de la Lettre aux Hébreux, dont un passage a été proclamé dans la deuxième lecture, de sorte que le thème du nouveau sacerdoce est renforcé : un sacerdoce — celui inauguré par Jésus — qui est existentiel : « Car du fait qu’il a lui-même souffert par l’épreuve, il est capable de venir en aide à ceux qui sont éprouvés » (He 2, 18). Et ainsi, nous trouvons également le thème de la souffrance, très accentué dans le passage de l’Évangile, lorsque Syméon prononce sa prophétie sur l’Enfant et sur la Mère : « Vois ! Cet enfant doit amener la chute et le relèvement d’un grand nombre en Israël ; il doit être un signe en butte à la contradiction, et toi-même [Marie], une épée te transpercera l’âme ! » (Lc 2, 34-35). Le « salut » que Jésus apporte à son peuple, et qu’il incarne en lui-même, passe par la croix, par la mort violente qu’Il vaincra et transformera avec le sacrifice de la vie par amour. Ce sacrifice est déjà entièrement annoncé dans le geste de présentation au Temple, un geste certainement motivé par les traditions de l’Ancienne Alliance, mais intimement animé par la plénitude de la foi et de l’amour qui correspond à la plénitude des temps, à la présence de Dieu et de son Saint Esprit en Jésus. L’Esprit, en effet, plane sur toute la scène de la Présentation de Jésus au Temple, en particulier sur la figure de Syméon, mais également d’Anne. C’est l’Esprit « Paraclet », qui apporte le « réconfort » d’Israël et anime les pas et les cœurs de ceux qui l’attendent. C’est l’Esprit qui suggère les paroles prophétiques de Syméon et d’Anne, paroles de bénédiction, de louange à Dieu, de foi dans son Consacré, d’action de grâce parce que finalement nos yeux peuvent voir et nos bras embrasser « son salut » (cf. 2, 30).

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  • Être chrétien dans le monde : le refuge et le risque

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    Article de Pierre Manent lu  dans la revue mensuelle « La Nef » :

    Wurzburg-Baviere-Eglise-et-mairie-©Pixabay-620x330.jpg

    La situation actuelle rend le pari bénédictin désirable et plausible, mais il n’est pas sans risque de glissement vers le communautarisme. Et un chrétien ne peut fuir ses responsabilités d’ordre temporel, et notamment politiques.

    La situation présente de l’Église catholique dans notre pays me semble déterminée par les trois paramètres suivants : d’abord la diminution rapide de la présence sociale du catholicisme depuis les années 60, diminution quantitative qui approche d’un seuil où la disparition du fait catholique devient envisageable ; ensuite, l’irruption d’un facteur historiquement inédit, l’islam, qui occupe une place croissante, visiblement croissante, dans la société française ; enfin, l’intronisation de l’idéologie des droits de l’homme comme principe exclusif de la légitimité politique, sociale et morale, installant chaque « moi » dans une immanence sûre de son droit.

    De quelque côté que se tourne le catholique français, il voit gonfler une menace qui peut lui sembler insurmontable, venant simultanément de l’intérieur, de l’extérieur et de lui-même ! La tentation est grande de répondre à cette triple offensive par le recours à la stratégie éternelle du parti le plus faible : la défensive, le refuge dans une place forte. De fait, nous avons encore des ressources suffisantes pour construire une forteresse catholique de bonne apparence : à l’abri derrière ses remparts, nous ne serions plus démoralisés par l’indifférence ou l’hostilité de la société globale, les musulmans nous redeviendraient extérieurs et étrangers comme ils l’étaient encore il y a quarante ans, et en « serrant les boulons » d’une vie chrétienne délivrée des équivoques et des timidités, en formant entre nous cette « société chrétienne » que la France n’est plus, nous serions en mesure de réorienter nos vies en direction du Transcendant.

    Nécessité des appuis sociaux

    Ce dernier argument est à prendre au sérieux. En effet, aussi surnaturelle qu’elle soit dans sa source et ses ressorts intimes, la vie chrétienne dépend inévitablement d’appuis sociaux mis à notre disposition par l’organisation collective dont nous sommes membres : des lieux de culte, des moyens financiers, des administrateurs compétents, des pasteurs respectés, et en général tout ce qui contribue à l’autorité sociale de l’institution religieuse. C’est seulement lorsqu’ils sont soumis à une persécution systématique – une situation, on le sait, qui n’exclut pas une grande fécondité spirituelle – que les chrétiens sont entièrement privés de tels appuis. C’est d’ailleurs la nécessité de trouver de tels appuis qui jadis a conduit l’Église à réclamer l’aide du pouvoir politique, aide qu’elle a obtenue au prix souvent d’un obscurcissement de sa vocation propre qui a fait à son crédit une blessure incurable. Personne aujourd’hui ne réclame ni ne propose un tel appui politique. Il est inenvisageable. C’est pourquoi le dépérissement de la vitalité sociale de l’Église, cette vitalité sociale qui lui avait permis durant la première partie du siècle dernier de s’adapter avec quelque succès à son exclusion de la sphère politique, est un tel motif d’inquiétude ou d’angoisse pour les catholiques aujourd’hui, une inquiétude ou une angoisse qui rend l’« option bénédictine » désirable et plausible.

    Pourtant, si celle-ci aurait pour effet – c’est son propos – de concentrer les forces des catholiques et de leur redonner un sentiment de force, ce regain serait, je crois, de courte durée. Cette option me paraît présenter trois inconvénients.

    1.Tout regroupement défensif comporte un risque de fermeture sectaire, avec l’affaiblissement inévitable de l’exigence intellectuelle et même morale puisque nous serions désormais « entre nous ». Dès lors que nous renonçons à convaincre, persuader ou seulement intéresser ceux qui sont « dehors », un grand ressort de perfectionnement est perdu. En outre, nous prétendrions moissonner avant que ne soit parvenu à maturité ce renouveau de la vie intellectuelle catholique qui constitue l’aspect le plus encourageant de la situation présente du catholicisme.

    2.Étant entendu que nous avons besoin d’appuis collectifs ou sociaux, il ne faut pas exagérer leur contribution à la vie chrétienne. Quelle que soit la situation politique et sociale, mener une vie vraiment chrétienne reste la chose du monde la plus difficile et la plus improbable, elle reste ce fragile miracle qui éclaire et renouvelle incessamment la vie du monde. Si les catholiques ou en général les chrétiens sont sincères, ils admettent que de notre peu de foi, d’espérance et de charité, il n’y a pas d’autre responsable que notre peu de foi, d’espérance et de charité. Le seuil de la vie chrétienne n’est donc pas l’accusation du « monde » ou de la « société » mais la pénitence, « la conversion qui mène à la vie » (Actes, 11, 18).

    3. Il n’y a pas de remède, et il n’en faut point chercher, à la situation exposée du chrétien. Elle entraîne une double obligation, de fidélité à l’Église et de mission à l’égard du prochain, mission aussi urgente et périlleuse aujourd’hui qu’au temps des apôtres. Ne convoitons pas, craignons plutôt l’impression de force recouvrée que susciterait aisément un « rassemblement » catholique. L’autorité de Paul nous l’assure, nous sommes toujours assez nombreux pour que la force de Dieu se donne à voir dans notre faiblesse.

    Du reste, notre responsabilité de chrétiens n’est pas moins politique ou civique que proprement religieuse. Cette Europe qui nous tourne le dos, ne lui tournons pas le dos à notre tour. Si nous voulons donner un sens généreux à ce qui autrement risque de rester un slogan, les « racines chrétiennes de l’Europe », nous devons nous tenir pour responsables de ce qui se passe en Europe, co-responsables avec les autres citoyens préoccupés du sort commun, mais aussi spécialement responsables en tant que chrétiens qui revendiquent la part à nulle autre pareille – bien et mal mêlés – que leur religion a prise dans l’approfondissement de l’âme européenne.

    L’obligation civique des chrétiens

    C’est ici que surgit le nœud où se nouent le rapport de l’Église à elle-même, à sa vie propre, et son rapport à l’Europe. Les chrétiens ne sauraient se consacrer exclusivement à l’approfondissement de leur vie sacramentelle, aussi primordiale soit-elle. En tant que citoyens et en tant que chrétiens ils ne peuvent abandonner l’Europe à son sort. Ils ont une obligation inséparablement civique et chrétienne de préserver ce que, faute d’une meilleure expression, j’appelle la « marque chrétienne » de l’Europe. Or, l’infléchissement imposé par le présent pontificat a redoublé la difficulté de cette tâche. D’une part, ad intra, on obscurcit ou on « floute » la règle sacramentelle, on efface ces seuils qui donnent son sens et son relief à la vie intérieure de l’Église ; d’autre part, ad extra, on égalise les religions, on manifeste son indifférence à leur contenu dogmatique et moral, on se montre supérieurement indifférent à la composition religieuse de la population européenne. Ainsi les articulations politiques et religieuses du monde présent sont-elles ignorées ou brutalisées. Cette humanité politiquement et religieusement informe est le sujet et le véhicule d’une religion sans autre contenu qu’affectif ou sentimental. Dans une telle involution, l’affadissement de l’exigence religieuse ne fait qu’un avec l’obscurcissement du regard politique. On le voit, l’urgence pour les citoyens chrétiens de l’Europe n’est pas moins civique que religieuse. Il s’agit pour eux de préserver ou ranimer la marque chrétienne des nations européennes, et inséparablement de préserver ou ranimer la légitimité politique de celles-ci. Au lieu de chercher refuge dans une « petite société chrétienne », accepter d’être citoyen et chrétien dans la grande société, inhospitalière comme elle l’a toujours été.

    Pierre Manent

    © LA NEF n°303 Mai 2018, mis en ligne le 31 janvier 2023

  • Hommage du cardinal Sarah à Benoît XVI, descendant de saint Augustin

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    Benoît XVI a touché l’âme du cardinal Robert Sarah : parce qu’elle lui ressemble, dans la même simplicité et la fraîcheur naturelle de la foi des africains. Lu in « La Nef, n° 355 Février 2023 :

    20221229T1230-OBIT-BENEDICT-1753632.jpg« De nombreux hommages soulignent com­bien Benoît XVI fut un grand théologien. C’est indubitable. Son œuvre durera. Ses livres lumineux sont déjà des classiques. Mais il ne faut pas se tromper. Sa grandeur n’est pas d’abord dans la pénétration universitaire des concepts de la science théologique, mais plutôt dans la profondeur théologale de sa contemplation des réalités divines. Benoît XVI avait le don de nous faire voir Dieu par sa parole, de nous faire goûter sa présence par ses mots. Je crois pouvoir affirmer que chacune des homélies que j’ai entendue de sa bouche fut une véritable expérience spirituelle qui a marqué mon âme. En cela, il est un véritable descendant de saint Augustin, ce Docteur dont il se sentait si proche spirituellement.

    Sa voix, à la fois fragile et chaleureuse, parvenait à nous faire sentir l’expérience théologale qu’il avait lui-même vécue. Elle venait vous saisir au plus intime du cœur pour vous conduire en présence de Dieu. Écoutons-le : « À notre époque où, dans de vastes régions de la terre, la foi risque de s’éteindre comme une flamme qui ne trouve plus où s’alimenter, la priorité qui prédomine est de rendre Dieu présent dans ce monde et d’ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas à un dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout en Jésus-Christ crucifié et ressuscité. »

    Benoît XVI n’était pas un idéologue rigide. Il était amoureux de la vérité qui, pour lui, n’était pas un concept mais une personne rencontrée et aimée : Jésus, le Dieu fait homme. Souvenons-nous de son affirmation magistrale : « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. » Benoît XVI nous a conduit à faire l’expérience de cette rencontre de foi avec le Christ Jésus. Partout où il allait, il allumait cette flamme dans les cœurs. Auprès des jeunes, des séminaristes, des prêtres, des chefs d’États, des pauvres et des malades, il a ranimé la joie de la foi avec force et discrétion. Se faisant oublier pour mieux laisser briller le feu dont il était porteur. Il rappelait : « c’est uniquement en faisant une certaine expérience que l’on peut ensuite comprendre. » Il n’a cessé de rappeler que cette expérience de rencontre avec le Christ ne contredit ni la raison ni la liberté. « Le Christ n’enlève rien, il donne tout ! »

    Il était parfois seul, comme un enfant face au monde. Prophète de la vérité qui est le Christ face à l’empire du mensonge, messager fragile face aux pouvoirs calculateurs et intéressés. Face au géant Goliath du dogmatisme relativiste et du consumérisme tout puissant, il n’avait d’autres armes que la parole. Ce David des temps modernes osait interpeller : « le désir de la vérité appartient à la nature même de l’homme et toute la création est une immense invitation à rechercher les réponses qui ouvrent la raison humaine à la grande réponse qu’elle cherche et attend depuis toujours : la vérité de la Révélation chrétienne que l’on trouve en Jésus de Nazareth permet à chacun de recevoir le mystère de sa vie. Comme vérité suprême, tout en respectant l’autonomie de la créature et de sa liberté, elle engage à s’ouvrir à la transcendance. On comprend pleinement la parole du Seigneur : vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres ! »

    Mais le mensonge et la compromission ne l’ont pas toléré. Hors de l’Église, mais aussi en son sein, on s’est déchaîné. On a caricaturé ses propos. On les a déformés et ridiculisés. Le monde a voulu le faire taire parce que son message lui était insupportable. On a voulu le bâillonner. Benoît XVI a ranimé alors en notre temps la figure des papes de l’Antiquité, martyrs écrasés par l’Empire romain agonisant. Le monde, comme Rome autrefois, tremblait devant ce vieil homme au cœur d’enfant. Le monde était trop compromis avec le mensonge pour oser entendre la voix de sa conscience. Benoît XVI a été un martyr pour la vérité, pour le Christ. La trahison, la malhonnêteté, le sarcasme, rien ne lui aura été épargné. Il aura vécu le mystère de l’iniquité jusqu’au bout.

    Alors, nous avons vu l’homme discret révéler pleinement son âme de pasteur et de père. Comme un nouveau saint Augustin, la paternité du pasteur a déployé en lui la maturité de sa sainteté. Qui ne se souvient de cette soirée où, ayant rassemblé des prêtres du monde entier sur la place Saint-Pierre, il pleura avec eux, rit avec eux et leur ouvrit l’intimité de son cœur de prêtre ? Nombreux sont les jeunes qui lui doivent leur vocation sacerdotale ou religieuse. Benoît XVI rayonnait comme un père au milieu de ses enfants quand il était entouré de prêtres et de séminaristes. Jusqu’au bout, il a voulu les soutenir et leur parler des profondeurs de son cœur appelé à suivre le Christ dans le don de lui-même jusque dans la souffrance pour les autres. « Pour que le don n’humilie pas l’autre, je dois lui donner non seulement quelque chose de moi, mais moi-même… Le Christ, en souffrant pour nous tous, a conféré un sens nouveau à la souffrance, il l’a introduite dans une dimension nouvelle, dans un ordre nouveau : celui de l’amour. » 

    Benoît XVI a aimé les familles, les malades. Il faut, pour le comprendre, l’avoir vu visiter les enfants hospitalisés. Il faut l’avoir vu leur offrir à chacun un cadeau. Il faut avoir aperçu la discrète larme d’émotion qui faisait briller son regard plein de bonté.

    C’est à lui, il faut s’en souvenir, que nous devons la lucidité de l’Église sur la pédocriminalité. Il a su appeler le péché par son nom, rencontrer et écouter les victimes et punir les coupables sans cette complicité qui se masque parfois sous une contrefaçon de miséricorde.

    Malgré cela, ou peut-être à cause de cet amour de la vérité, il a été toujours plus méprisé. Alors, le prophète, le martyr, le père si bon, s’est fait maître de prière. Je ne puis oublier cette soirée à Madrid où devant plus d’un million de jeunes enthousiastes, il a renoncé au discours qu’il avait préparé pour les inviter à prier en silence avec lui. Il fallait voir ces jeunes du monde entier, silencieux, à genoux derrière celui qui leur montrait l’exemple. Ce soir-là, par sa prière silencieuse, il a enfanté une nouvelle génération de jeunes chrétiens : « Seule l’adoration nous rend véritablement libres ; elle seule nous donne les critères pour notre action. Dans un monde où les critères d’orientation viennent à manquer et où existe la menace que chacun fasse de soi-même sa propre mesure, il est fondamental de souligner l’adoration. »

    Son insistance sur l’importance de la liturgie trouve là sa raison profonde. Il savait que, dans la liturgie, l’Église se retrouve face à Dieu. Si, en ce lieu, elle n’est pas à sa juste place, alors elle court à sa ruine. Il répétait souvent que la crise de l’Église était fondamentalement une crise liturgique, c’est-à-dire une perte du sens de l’adoration. « Le mystère est le cœur d’où nous tirons notre force ! », aimait-il à répéter. Il a tant œuvré pour redonner aux chrétiens une liturgie qui soit selon ses propres termes « un véritable dialogue du Fils avec le Père ».

    Face à un monde sourd à la vérité, face parfois à une institution ecclésiastique qui refusait d’entendre son appel, Benoît XVI a finalement choisi le silence comme ultime prédication. En renonçant à sa charge, en se retirant dans la prière, il a rappelé à tous que « nous avons besoin d’hommes qui dirigent leur regard droit sur Dieu et apprennent en lui ce qu’est la véritable humanité. Nous avons besoin d’hommes dont l’intelligence soit éclairée par la lumière de Dieu et à qui Dieu ouvre le cœur de manière que leur intelligence puisse parler à l’intelligence des autres et que leur cœur puisse ouvrir le cœur des autres ». Sans le savoir, le pape traçait ainsi son propre portrait, ajoutant même : « c’est seulement des saints, c’est seulement de Dieu que vient la véritable révolution, le changement décisif du monde. »

    Benoît XVI aura-t-il été la dernière lueur de la civilisation chrétienne ? Le crépuscule d’une époque révolue ? Certains voudraient le croire. Il est vrai que, sans lui, nous nous sentons orphelins, privés de cette étoile qui nous guidait. Mais désormais, sa lumière est en nous. Benoît XVI, par son enseignement et son exemple, est le Père de l’Église du troisième millénaire. La lumière joyeuse et paisible de sa foi nous éclairera longtemps.

    Cardinal Robert Sarah »

     Ref. Benoît XVI : le descendant de saint Augustin

  • Un million de personnes sur l'aéroport de Kinshasa pour assister à la messe du pape

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    Lu sur NewsTimes.com :

    Un million de personnes assistent à la messe du pape au Congo en ce jour de pardon.

    1er février 2023

    On estime qu'un million de Congolais joyeux ont afflué dans le principal aéroport de la capitale mercredi pour la première grande messe du pape François en Afrique, lors d'une journée consacrée à son appel à la paix et au pardon dans un pays ravagé par des décennies de violence.

    De nombreux fidèles congolais ont passé la nuit sur les vastes terrains de l'aéroport Ndolo de Kinshasa et ont passé les heures précédant l'arrivée de François à chanter, danser et se mettre en condition pour la première visite papale dans ce pays à majorité chrétienne depuis le dernier voyage de Jean-Paul II en 1985.

    Ils ont applaudi à tout rompre lorsque François a entamé une boucle prolongée autour des aérodromes dans sa papamobile ouverte, certains d'entre eux courant à côté ou agitant des drapeaux. Beaucoup de femmes portaient des robes et des jupes en pagne, un tissu imprimé à la cire représentant des images de François ou d'autres symboles religieux.

    "Aujourd'hui, je comprends l'enthousiasme de ma grand-mère lorsque le pape Jean-Paul II est venu", a déclaré Julie Mbuyi, une mère de deux enfants âgée de 45 ans qui portait une tenue sur le thème de François. "Elle était tellement excitée de le voir et la nuit précédente, elle ne pouvait pas fermer les yeux !".

    La messe du matin est le premier grand événement de François au Congo après son arrivée mardi et, dans son discours d'ouverture aux autorités gouvernementales, il a condamné le pillage séculaire des richesses minérales et naturelles de l'Afrique par des puissances étrangères.

    Plus tard dans la journée, François doit rencontrer des victimes des combats dans l'est du Congo, où les groupes rebelles ont intensifié leurs attaques au cours de l'année écoulée afin d'étendre leur territoire.

    François avait initialement prévu de se rendre à Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, mais il a dû annuler sa visite en raison des combats qui ont forcé quelque 5,7 millions de personnes à fuir leur foyer, exacerbant ainsi la crise humanitaire au Congo, où quelque 26,4 millions de personnes souffraient déjà de la faim, selon le Programme alimentaire mondial.

  • "Le Christ est devenu une figure pratiquement inconnue pour la plupart des Néerlandais d'aujourd'hui" (cardinal Eijk)

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    De Solène Tadié sur le National Catholic Register :

    Le 'Conseil Pastoral' et l'effondrement de la foi catholique aux Pays-Bas

    Un événement national qui s'est déroulé de manière autonome au lendemain de Vatican II et qui est comparé par les commentateurs au chemin synodal allemand est considéré comme un catalyseur de la déchristianisation massive du pays au cours des dernières décennies.

    Cardinal Willem Eijk, shown speaking at a press conference at Friezenkerk, the Dutch Church near St. Peter's Square, on Oct. 23, 2015, told the Register this mont, ‘Christ has become a virtually unknown figure to most Dutch people today.’
    Le cardinal Willem Eijk, que l'on voit s'exprimer lors d'une conférence de presse à Friezenkerk, l'église néerlandaise située près de la place Saint-Pierre, le 23 octobre 2015, a déclaré au Register ce mois-ci : " Le Christ est devenu une figure pratiquement inconnue pour la plupart des Néerlandais aujourd'hui. (photo : Bohumil Petrik / CNA)

    1er février 2023

    Les derniers rapports et statistiques des Pays-Bas concernant la pratique religieuse laissent peu de place à l'optimisme.

    En effet, les données publiées avant la visite ad limina des évêques néerlandais en novembre ont estimé le nombre de catholiques pratiquants dans le pays à seulement 2,7% pour 2022. 

    Et, selon les données du "World Values Survey" analysées en janvier par le Center for Applied Research in the Apostolate, la participation à la messe aux Pays-Bas est la plus faible parmi les 36 pays à forte population catholique, avec seulement 7 % des catholiques qui s'identifient comme tels participant à la messe chaque semaine. 

    Si cette tendance s'inscrit dans un contexte européen de déchristianisation généralisée, le pays semble souffrir d'une désaffection plus profonde de la foi catholique que dans les pays voisins. Certains experts voient dans cette chute libre de la foi une conséquence directe du "Conseil pastoral" national qui s'est tenu dans les années 1960 à la suite du Concile Vatican II, dirigé par des clercs et des théologiens qui visaient à moderniser l'Église en modifiant sa doctrine.

    Selon le dernier rapport des évêques néerlandais, bien que les catholiques romains constituent désormais le plus grand groupe de croyants chrétiens (20,8 %) dans ce pays à forte tradition calviniste, le nombre de catholiques pratiquants a chuté de plus d'un tiers (36 %) pendant la crise sanitaire entre 2019 et 2022. La baisse annuelle était auparavant d'environ 6 %.

    Parmi les autres chiffres alarmants, le nombre de baptêmes a chuté de 19 680 en 2012 à 6 310 en 2021, et le nombre de mariages catholiques est passé de 2 915 à 660 pour la même période. 

    Quelques mois plus tôt, le diocèse d'Amsterdam annonçait que plus de 60% de ses églises fermeraient dans les cinq années à venir en raison de la baisse de fréquentation des fidèles, du manque de congrégations et de dons. 

    Les racines d'une hémorragie

    Commentant ce que l'on pourrait qualifier d'hémorragie dans une interview accordée au Register, le cardinal Willem Eijk, primat des Pays-Bas et président de la Conférence épiscopale néerlandaise, a déclaré que tous les diocèses du pays étaient touchés par les fermetures et que ce n'était qu'une question de temps avant que le déclin ne se manifeste. 

    Selon le cardinal néerlandais, le déclin de l'Église aux Pays-Bas remonte aux événements survenus au milieu des années 1960, avec pour effet immédiat qu'en l'espace d'une décennie seulement, entre 1965 et 1975, la fréquentation des églises a diminué de moitié. Cette tendance dramatique s'est poursuivie de manière constante jusqu'à aujourd'hui, bien que de manière moins radicale que durant la première décennie. Ces presque 60 ans d'érosion constante de la foi ont conduit le cardinal Eijk à l'amère conclusion que "le Christ est devenu une figure pratiquement inconnue pour la plupart des Néerlandais d'aujourd'hui."

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