De Steffen Zimmermann sur katholisch.de :
Interview à l'occasion de son 70e anniversaire
L'archevêque Gänswein : « La foi demeure l'étoile qui guide ma vie »
Ce jeudi, l'archevêque Georg Gänswein fêtera ses 70 ans. Dans un entretien accordé à katholisch.de, le nonce apostolique dans les pays baltes revient sur les moments marquants de sa vie, notamment sa rencontre avec le pape Benoît XVI (2005-2013) et l'influence qu'il a exercée sur lui. Mgr Gänswein aborde également la situation actuelle dans les pays baltes, la première année du pontificat de Léon XIV et le chemin synodal en Allemagne.
Question : Excellence, vous aurez 70 ans jeudi. Cet anniversaire marque-t-il un tournant dans votre vie, ou plutôt un cap que vous pouvez aborder avec sérénité ?
Gänswein : Ce n’est pas un tournant. Je ressens cet anniversaire comme les précédents. J’aborde cette journée avec une sérénité totale.
Question : En repensant à votre vie jusqu'à présent, à l'occasion de votre anniversaire : y a-t-il des décisions ou des tournants pour lesquels vous êtes particulièrement reconnaissant aujourd'hui ?
Gänswein : Un tournant décisif a sans aucun doute été ma nomination au sein du personnel de la Curie romaine, un poste que je n’avais pas sollicité. Là s’est opéré un autre changement profond : ma rencontre avec le cardinal Joseph Ratzinger. Depuis lors, sa personne a profondément marqué ma vie, tant par les missions qui en ont découlé que par son influence durant de nombreuses années. Rétrospectivement, c’est là l’élément le plus important. Bien sûr, il y a eu aussi des étapes formatrices auparavant : mes études, ma décision d’entrer dans les ordres, mon ordination, mon ministère pastoral et mon passage à l’université de Munich.
Question : Y a-t-il quelque chose que vous diriez aujourd'hui : « Je ferais cela différemment » ?
Gänswein : Je referais exactement les mêmes choix de grandes orientations dans ma vie. Il y a des décisions mineures, prises au sein de ces grandes orientations, que je considère, avec le recul, comme étant erronées ou infructueuses.
Question : En tant qu’évêque et nonce apostolique, vous êtes tenu de présenter votre démission au pape au plus tard à votre 75e anniversaire. Comment envisagez-vous cette période à venir ?
Gänswein : C’est avec la même sérénité qu’à l’approche de mon 70e anniversaire que j’envisage l’avenir avec confiance et une foi inébranlable en Dieu. Je ferai mon devoir et le reste viendra à moi.
Mon métier de rêve est de devenir prêtre.
— L'archevêque Georg Gänswein
Question : Y a-t-il une tâche qui vous intéresserait encore ? Ou attendez-vous de voir ce que le Pape vous réserve ?
Gänswein : J’attends de voir. Bien sûr, certaines missions me plairaient. Mais il faut se rendre à l’évidence : j’ai bientôt 70 ans et je suis nonce apostolique auprès des pays baltes depuis deux ans. Le destin décidera de ce qui est juste en temps voulu.
Question : On pourrait dire que le poste de nonce auprès des pays baltes n’était pas, au départ, votre emploi de rêve. Comment percevez-vous ce rôle aujourd’hui ? Est-ce davantage un devoir, ou diriez-vous que vous vous êtes désormais pleinement intégré à la vie dans la région baltique ?
Gänswein : Ma vocation rêvée est le sacerdoce. Ce que je fais aujourd'hui est inimaginable il y a quelques années. Je n'ai choisi aucune de mes affectations. Quand elles se sont présentées, je les ai acceptées. Au début, le défi à Vilnius était effectivement un devoir. Cela a radicalement changé depuis. Je suis heureux ici, je m'y consacre pleinement et je considère cette mission comme mon apostolat. Bien que je ne l'aie pas choisie, les pays baltes sont désormais le lieu où je travaille comme ouvrier dans la vigne du Seigneur.
Question : Depuis l’ attaque russe contre l’Ukraine, les pays baltes vivent sous une menace bien réelle. Comment percevez-vous l’ambiance et le quotidien dans ces trois pays ?
Gänswein : En effet, la menace venue de l’Est est une tension atmosphérique constante qui inquiète les gens et, dans certains cas, les opprime profondément. En tant que croyant, prêtre, évêque et nonce apostolique, je m’efforce d’offrir l’espoir. Le danger est bien réel ; il est impossible de le minimiser. Il est donc d’autant plus important d’élargir les perspectives au-delà de la menace et de montrer que, finalement, c’est l’espoir, et non la menace, qui a le dernier mot.
Question : L’Allemagne est en train d’établir une brigade permanente de la Bundeswehr en Lituanie. Quelle signification attribuez-vous à cette présence, notamment dans un pays qui a été parmi les victimes de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Gänswein : Les Lituaniens sont très reconnaissants de cette présence. La construction devrait s'achever dans deux ans. À ce moment-là, environ 5 000 soldats et leurs familles seront stationnés ici, soit un total d'environ 20 000 personnes. C'est un engagement clair en matière de sécurité. Les Allemands sont les bienvenus. Bien sûr, la période de 1941 à 1943 n'a pas été oubliée. Mais heureusement, les relations germano-lituaniennes se sont depuis lors transformées en un partenariat amical et fructueux.
Question : Quel rôle peuvent jouer l’Église et la diplomatie aujourd’hui, à l’heure où la dissuasion militaire est redevenue un élément central de la sécurité européenne ?
Gänswein : La diplomatie est synonyme de dialogue. L’essentiel est que ce ne soient ni les bombes ni la violence qui s’expriment, mais les êtres humains qui dialoguent. La diplomatie doit contribuer à prévenir les conflits armés. Et si un conflit éclate, elle doit tout mettre en œuvre pour y mettre fin. C’est une tâche aussi ardue qu’essentielle. Mais plus la violence se fait entendre, plus le travail diplomatique devient nécessaire.
Question : Vous avez vécu et travaillé aux côtés du pape Benoît XVI pendant de nombreuses années de votre vie sacerdotale . Trouvez-vous parfois pénible que beaucoup de gens vous perçoivent encore avant tout comme son secrétaire particulier ?
Gänswein : Non, pas du tout – bien au contraire. C’est clair : le visage qui a fait le tour du monde aux côtés du pape Benoît XVI, c’était le mien. Ce n’est pas un fardeau, mais une partie intégrante de ma vie. C’est une expérience qui m’a profondément marquée. Nombreux sont ceux, y compris dans les pays baltes, qui me connaissent comme l’ancien secrétaire de Benoît XVI. Et ce, malgré le fait que treize ans se soient écoulés depuis sa démission et près de quatre ans depuis sa mort. C’est du passé. Et j’espère que la plupart des gens gardent un bon souvenir de cette époque.
Question : En tant que plus proche confident de Benoît XVI, ressentez-vous une obligation particulière de préserver sa mémoire ? Ou un pape doit-il finalement être laissé à l'héritage de l'histoire ?
Gänswein : Je me sens obligé de le faire, non par obligation, mais par désir. J'ai été témoin de l'importance et de l'influence considérables de cette figure pour l'Église et pour le monde. C'est pourquoi perpétuer sa mémoire me tient particulièrement à cœur. Je souhaite avant tout contribuer à préserver et à faire rayonner le riche héritage de son pontificat et de son œuvre théologique. C'est essentiel pour moi, et c'est à cela que je m'engage.
Question : Votre vision de Benoît XVI a-t-elle évolué depuis sa mort ? Avez-vous découvert des aspects de sa personnalité dont vous ignoriez l’existence ?
Gänswein : Non, fondamentalement, mon point de vue n’a pas changé. Depuis sa mort, j’ai relu nombre de ses œuvres – des textes de son époque de professeur, de cardinal et de pape, notamment les sermons prononcés en tant que pape émérite, qui ont depuis été publiés. Le recul du temps me permet d’appréhender certaines choses avec plus d’objectivité. Les événements marqués par une forte pression ou des critiques acerbes peuvent désormais être mieux compris avec le recul.
Il est indéniable que certaines difficultés et certains problèmes sont apparus durant le pontificat précédent.
— L'archevêque Georg Gänswein
Question : Avec le pape Léon XIV, l'Église a un nouveau pape depuis un peu plus d'un an. Comment décririez-vous son action jusqu'à présent ?
Gänswein : C’est un homme prudent et sage. Le choix de son nom en dit long sur ses intentions. Il privilégie la collaboration directe avec la Curie romaine et lui témoigne sa confiance. Parallèlement, il reconnaît les tensions et les difficultés internes à l’Église qu’il convient de surmonter. Il prend conscience de cette réalité et s’efforce de panser les plaies existantes avec prudence. Une stratégie claire se dégage de ses décisions en matière de personnel, ainsi que de ses écrits magistériels et de ses déclarations publiques.
Question : Diriez-vous que cela représente une différence nette par rapport à son prédécesseur François – et que cette nouvelle orientation est bénéfique pour l’Église ?
Gänswein : Je ne porte aucun jugement sur les deux papes. Il est indéniable que des difficultés et des problèmes sont apparus durant le pontificat précédent. Le pape Léon XIV les perçoit et s’y attaque. Cela montre qu’il voit la réalité en face, qu’il la prend au sérieux et qu’il agit.
Question : Qu’attendez-vous de lui dans les années à venir ?
Gänswein : La mission première d’un pape est d’être le témoin principal de Jésus-Christ. C’est là le point crucial. Il doit apporter des réponses convaincantes, fondées sur la foi, aux questions de notre époque. La critique est inévitable, même s’il a jusqu’ici bénéficié d’une approbation quasi unanime. J’espère qu’il restera ferme lorsque la situation se dégradera et que l’opposition se manifestera.
Question : Prenons l'exemple de l'Allemagne : vous avez vécu de nombreuses années à l'étranger – suivez-vous encore de près l'évolution de l'Église catholique dans votre pays d'origine ?
Gänswein : Absolument. L’Allemagne est mon pays ; j’y ai mes racines. Je suis de près l’actualité de l’Église et, bien sûr, je maintiens des contacts personnels. Je me sens toujours très lié à l’Église en Allemagne.
Question : Qu’est-ce qui vous inquiète concernant l’Église en Allemagne – et qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ?
Gänswein : Ce qui m’inquiète, c’est ce que recouvre l’expression maladroite de « voie synodale ». Les débats stériles sur les structures et autres questions similaires mobilisent des ressources importantes à mauvais escient. En revanche, je trouve de l’espoir dans l’éveil des jeunes qui s’intéressent à leur foi et la pratiquent. J’en suis profondément reconnaissant ; cela me réjouit.
Question : Le chemin synodal a engendré de nombreuses tensions entre l’Église d’Allemagne et Rome ces dernières années. Comment décririez-vous leurs relations aujourd’hui ?
Gänswein : Vous avez déjà évoqué le mot crucial : tension. Les tensions autour du Chemin synodal et des différents projets émanant de la communauté catholique persistent et attendent une résolution définitive. C’est un obstacle majeur pour de nombreux catholiques en Allemagne qui souhaitent simplement vivre leur foi.
Question : Les nouveaux dirigeants – le pape Léon XIV à Rome et le nouveau président de la Conférence des évêques allemands, l’évêque Heiner Wilmer – peuvent-ils contribuer à apaiser les tensions ?
Gänswein : Je l’espère. Le nouveau président de la Conférence des évêques a fait bonne impression jusqu’à présent. Il ne cherche manifestement pas à imposer son point de vue. Cela pourrait contribuer à apaiser les tensions.
Question : Enfin : lorsque vous considérez votre anniversaire, votre travail dans la région baltique et les changements survenus dans l’Église et dans le monde, qu’est-ce qui, personnellement, vous soutient dans votre foi et vous donne confiance ?
Gänswein : Ce qui me soutient, c’est la foi elle-même, quelles que soient mes responsabilités actuelles. Elle me donne espoir, confiance, soutien et, surtout, joie. Malgré toutes les difficultés qui m’entourent, la foi demeure le guide de ma vie. C’est avec cette conviction que j’accueillerai l’avenir, quel qu’il soit.






