Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Témoignages - Page 2

  • La facilité avec laquelle les stéréotypes antichrétiens peuvent influencer le débat public

    IMPRIMER

    De OIDAC Europe :

    Les suites de l'horrible attentat perpétré à Berlin lors de la commémoration de Christopher Street, inspiré par l'État islamique, ont mis en lumière non seulement la menace persistante de la violence islamiste, mais aussi la facilité avec laquelle les stéréotypes antichrétiens peuvent influencer le débat public. Lors de la cérémonie commémorative, un intervenant a déploré que l'auteur de l'attentat ne soit pas un « chrétien blanc », tandis qu'un représentant du SPD berlinois a affirmé que des « acteurs de droite et conservateurs » avaient créé le climat propice à l'attaque, malgré son mobile islamiste.

    Lors d'un incident similaire au Royaume-Uni, Amnesty International a retiré un rapport et présenté ses excuses pour avoir collectivement qualifié les organisations chrétiennes et pro-vie de groupes « anti-droits ».

    Parallèlement, plusieurs développements juridiques récents ont soulevé d'importantes questions concernant la liberté de religion et d'expression. En Écosse, Sarah Morse, enseignante catholique, conteste son licenciement après avoir exprimé son opposition à l'avortement, fondée sur ses convictions religieuses, en réponse à la question d'un élève. En Irlande du Nord, de nouvelles directives policières suggèrent que le port d'une Bible dans les hôpitaux situés dans les « zones tampons » pourrait constituer une infraction pénale. La députée finlandaise Päivi Räsänen s'est vue refuser une correspondance à Heathrow après que les autorités britanniques lui ont retiré son autorisation ESTA suite à la cassation partielle de son acquittement par la Cour suprême finlandaise dans son long procès pour « discours de haine ». À Genève , des responsables chrétiens contestent un amendement constitutionnel interdisant aux élus de porter des signes religieux visibles .

    Notre dernier rapport sur les incidents violents touchant les chrétiens et les églises en juillet a fait état d'un nombre de cas toujours élevé, avec 40 incidents recensés.

    Si le vandalisme reste la forme d'attaque la plus courante, l' agression au couteau d'une femme en pleine prière dans une église en Irlande et les informations faisant état d'une agression physique contre un demandeur d'asile chrétien en Allemagne ont mis en lumière les préoccupations sécuritaires persistantes.

    Téléchargez notre rapport ici

  • Alois, le prince de la vie qui défend les enfants contre l'avortement

    IMPRIMER

    De Tommaso Scandroglio sur la NBQ :

    Alois, le prince de la vie qui défend les enfants contre l'avortement

    Dans la principauté de Vaduz, capitale, la gauche modérée et les féministes ont lancé une campagne de pétition pour un référendum sur la légalisation de l'avortement. Mais le prince héritier et régent a déjà annoncé qu'en cas d'approbation, il y opposerait son veto. Un exemple de souverain qui exerce son pouvoir pour le bien commun.

    6/08/2026

    Le prince Alois de Liechtenstein à la COP28 - 1er décembre 2023 (AP via LaPresse)

    Nous sommes au Liechtenstein. En juin, le parti d'opposition de centre-gauche Freie Liste (Liste libre) et des groupes féministes tels que Femmes en bonne santé et le Réseau des femmes ont lancé l'initiative « Liberté pour le Liechtenstein » (Fristenlösung für Liechtenstein, Liberté pour le Liechtenstein), proposant un référendum sur la légalisation de l'avortement. Cette initiative inclurait la possibilité d'avorter jusqu'à la douzième semaine de grossesse, la mise à disposition d'informations médicales encourageant l'avortement et la prise en charge des frais liés à l'intervention par l'assurance maladie. Le 31 juillet, les initiatrices ont déposé 4 970 signatures auprès de la Chancellerie du gouvernement, soit largement le nombre requis pour la tenue du référendum. Au Liechtenstein, l'avortement est interdit sauf dans les cas suivants : si la vie de la mère est en danger, s'il existe un risque d'atteinte grave à sa santé, en cas de viol ou si la mère a moins de 14 ans. De plus, toute forme de publicité pour l'avortement est interdite. Il convient d'ajouter que depuis 2015, les femmes qui se rendent à l'étranger pour avorter (une quarantaine en moyenne) ne sont plus poursuivies en justice.

    Gabriella Alvarez-Hummel, militante pro-choix, a écrit dans le Guardian qu'elle et ses camarades avaient réussi à convaincre 4 970 personnes, mais qu'il ne leur restait plus qu'à convaincre un seul homme, car sans son consentement, même un référendum avec 100 % de « oui » ne pourrait jamais être promulgué. Cet homme décisif est le prince héritier Alois, régent de son père. En effet, dès le mois de juin, le prince avait fait savoir que, si le référendum était adopté, il y opposerait son veto, empêchant ainsi l'adoption de toute loi pro-avortement. Son service de communication a précisé que « la principale raison réside dans le fait que les dispositions relatives à l'interruption de grossesse ne protègent pas suffisamment le droit fondamental à la protection de la vie ».

    En 2011, le camp pro-avortement est parvenu à faire adopter un référendum sur l'avortement. Mais le résultat fut catastrophique : 52,3 % des votants se sont déclarés contre la légalisation. À cette occasion, le prince héritier a de nouveau déclaré que même en cas de victoire du « oui », il s'opposerait à son vote. Suite à cet échec, et conscients que la prise de position du prince avait influencé le vote des citoyens, un autre référendum a été organisé en 2012. Cette fois, il ne portait pas sur la légalisation de l'avortement, mais sur le principal obstacle à sa légalisation : le droit de veto du prince. Ce fut un désastre pour ses partisans : 76,1 % des votants se sont prononcés contre la suppression de ce droit. Les pouvoirs du souverain sont intouchables. En 2016, les opposants à l'avortement ont également proposé un référendum pour interdire l'avortement dans tous les cas, mais 81,3 % des votants ont décidé de ne pas modifier le cadre légal qui, comme nous l'avons vu, autorise l'avortement dans certains cas.

    Deux brèves réflexions. La première : Francesco De Gregori chantait « Nous sommes l'Histoire ». Or, la plupart du temps, c'est faux. Ce ne sont pas les masses qui font l'histoire, mais les élites, les technocraties, les oligarchies qui exercent une influence sur la société, et souvent, des individus qui les dirigent. Le facteur décisif est fréquemment un homme politique, un penseur, un financier, un banquier, un émir, ou un petit groupe de ces personnes qui s'allient. Et là encore, il arrive souvent que leurs décisions ne soient pas dans l'intérêt du peuple. Le veto du prince Alois confirme qu'un seul homme peut façonner l'histoire d'un pays, mais cette fois-ci, sa décision était prise pour le bien commun. Par le passé, cet homme a déjà sauvé des centaines d'enfants de l'avortement, contribuant ainsi à un changement significatif. Il a marqué l'histoire.

    Deuxième réflexion : on croirait lire un conte de fées, mais le plus beau jamais écrit, car il est vrai. Nous avons un prince qui se bat pour les plus vulnérables et les plus fragiles, pour les enfants. Un prince qui n'a pas peur d'aller à contre-courant, qui ne craint pas d'être dépouillé de son pouvoir, car il sait qu'aucune autorité humaine ne peut lui ravir ce qui lui appartient de droit divin. Un prince qui ne cède ni au compromis, ni à un pragmatisme sordide, mais un prince de principes, un prince de la vie. Aujourd'hui, plus que jamais, c'est ce dont les hommes ont besoin : des hommes de courage, d'intégrité, fidèles à des valeurs qui les transcendent, irréductibles, forts et tenaces, prêts à payer le prix fort pour leurs choix. Et tout homme dont l'armure intérieure rayonne de ces vertus est déjà un prince.

  • Didier Decoin, le romancier qui savait qu' « il fait Dieu »

    IMPRIMER

    Didier Decoin, le romancier qui savait qu' « il fait Dieu »

    Didier Decoin est mort le 5 août 2026 à l’âge de 81 ans. Prix Goncourt 1977 pour John l’Enfer, scénariste prolifique, président de l’Académie Goncourt de 2020 à 2024, il laisse une œuvre abondante et un souvenir littéraire fort. Mais ceux qui l’ont connu de près, ou qui l’ont lu attentivement, savent qu’un autre fil traversait toute sa vie : une foi soudaine, radicale et jubilatoire, née d’une nuit de septembre dont il n’a jamais cessé de parler.

    Né le 13 mars 1945 à Boulogne-Billancourt, fils du cinéaste Henri Decoin, il commence très jeune une double carrière de journaliste et d’écrivain. À vingt ans, son premier roman est déjà publié. Athée convaincu, comblé par le travail et la vie, il ne cherche rien. Un soir de 8 septembre — année qu’il a toujours laissée indéterminée —, vers onze heures, dans la maison de campagne familiale, il se brosse les dents. Une intuition claire le traverse : Dieu n’existe pas. Il se dirige vers sa table de nuit pour noter cette évidence. Dans le temps de ce court trajet, tout bascule. Sans vision, sans voix, sans rien de spectaculaire, une certitude inverse s’impose : Dieu est, il est vivant, et il entre avec lui dans une relation d’amour. Une joie « brûlante, inhumaine », trop grande pour être contenue, le jette à genoux. Il passe la nuit entière dans une prière sans mots. Au matin, il formule la phrase qui deviendra le titre de son livre : « Il fait Dieu. »

    Cette expérience, qu’il préfère appeler « révélation » plutôt que « conversion » (le second mot lui semblait trop flatteur), change tout. Il explore d’abord le judaïsme, l’islam et les spiritualités orientales, cherchant à retrouver cette présence. C’est finalement le christianisme, et particulièrement la personne du Christ, qui le retient. Les Évangiles deviennent « ses protéines quotidiennes ». L’Eucharistie, la Résurrection, la Trinité prennent pour lui un sens concret et joyeux. Il fréquente les églises — parfois plusieurs fois par jour —, prie partout, et affirme n’avoir plus jamais eu peur de la mort. Ses relations aux autres se transforment : chaque visage lui apparaît comme une parcelle d’éternité.

    En 1975, il publie Il fait Dieu, récit bref et brûlant de cette nuit. Plus tard viendront Jésus le Dieu qui riait, le Dictionnaire amoureux de la Bible, et un ouvrage sur Élisabeth de la Trinité, mystique à laquelle il se sentait lié. Sa foi n’était ni austère ni triste. Elle était jubilatoire. Il répétait volontiers que l’on rencontre le Christ dans l’autre, et que Dieu n’est pas un concept mais une expérience vivante.

    Jusqu’à la fin, Didier Decoin a porté cette évidence avec la même élégance et la même liberté qu’il mettait dans ses romans. Pour lui, ce n’était plus croire : c’était savoir. Et ce savoir, reçu un soir ordinaire en se brossant les dents, n’a jamais faibli.

  • Des survivants des persécutions espagnoles révèlent des histoires cachées de foi et de résistance.

    IMPRIMER

    De Victoria Cardiel pour EWTN News :

    Des survivants des persécutions espagnoles révèlent des histoires cachées de foi et de résistance.

    3 août 2026
    « Les martyrs qui n’en furent pas : survivants, catholiques clandestins, réfugiés, évadés et victimes de la persécution religieuse en Espagne (1936-1939) », par le prêtre et théologien Melchor Sánchez de Toca Alameda, publié par Didaskalos. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News
    Les violences antichrétiennes ont coûté la vie à de nombreux membres du clergé, religieux et laïcs catholiques en Espagne dans les années 1930, constituant ainsi l'un des chapitres les plus étudiés de l'histoire moderne de l'Église.Le souvenir de cette persécution religieuse s'est toutefois largement construit autour de ses martyrs, reléguant au second plan ceux qui ont enduré la même brutalité mais n'ont pas reçu la palme du martyre.Un nouveau livre du prêtre et théologien espagnol Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda met en lumière les histoires de catholiques qui ont survécu aux bouleversements et à la violence de ces années.Publié en espagnol par la maison d'édition Didaskalos sous le titre « Los mártires que no fueron. Salvados, clandestinos, refugiados, evadidos y muertos de la persecución religiosa en España (1936–1939) » (« Les martyrs qui n'ont pas été martyrisés : survivants, catholiques clandestins, réfugiés, évadés et victimes de la persécution religieuse en Espagne, 1936–1939 »), l'ouvrage relate les expériences de personnes qui ont échappé à la mort, vécu cachées, fui des zones dangereuses ou sont mortes pendant la guerre civile espagnole dans des circonstances qui ne répondaient pas aux critères du martyre définis par l'Église.Sánchez de Toca, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, a travaillé sur de nombreuses causes de martyre liées à la persécution religieuse des années 1930.Cette expérience, a-t-il confié à ACI Prensa, l'a incité à commencer à recueillir les histoires de ceux dont la vie avait reçu moins d'attention.« Ceux qui ont subi la persécution sans y mourir, ou qui sont morts pendant cette période sans avoir bénéficié du martyre, ont été quelque peu laissés dans l’ombre », a-t-il déclaré.

    martyrs en puissance

    Le livre présente un large éventail d'hommes et de femmes qui ont enduré la même épreuve que les martyrs, mais qui ont connu un destin différent.

    Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, lors de la présentation de son livre en février 2026 à l'ambassade d'Espagne près le Saint-Siège. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News
    Monseigneur Melchor Sánchez de Toca Alameda, rapporteur au Dicastère pour les causes des saints, lors de la présentation de son livre en février 2026 à l'ambassade d'Espagne près le Saint-Siège. | Crédit : Daniel Ibañez/EWTN News

    Certains ont échappé à la mort par des circonstances inattendues. D'autres sont restés cachés pendant des années, soutenant une Église contrainte à la clandestinité. Certains ont fui les zones les plus dangereuses, tandis que d'autres sont morts pendant la guerre sans que leur mort soit reconnue comme un martyre.« Tous les saints qui vivent une persécution religieuse n’atteignent pas la palme du martyre en mourant au cours de celle-ci, et tous ceux qui meurent pendant une persécution ne sont pas des martyrs », a expliqué Sánchez de Toca.Plutôt que de tenter un catalogue exhaustif, l'auteur a sélectionné des personnalités canonisées ou faisant actuellement l'objet de causes de béatification, offrant ainsi une perspective différente sur les événements marquants de cette période.Parmi les personnalités les plus connues figurent saint Maravillas de Jésus, saint Josémaria Escrivá, le bienheureux Álvaro del Portillo, le vénérable José María García Lahiguera, le bienheureux Père Tarrés, Isidoro Zorzano et la Servante de Dieu Carmen Hidalgo, co-fondatrice des Sœurs Oblates du Christ Prêtre.Le livre présente également des personnes moins connues dont la vie a été marquée par la persécution, notamment Ismael de Tomelloso, surnommé « le milicien saint » ; Antonio Rivera, appelé « l'ange de l'Alcázar » ; et le père jésuite Fernando Huidobro, aumônier de la Légion espagnole.Ces trois cas ont d'abord attiré l'attention de l'auteur. Bien que tous aient subi les conséquences de la guerre et que deux soient morts des suites de leurs blessures ou au front, aucun ne peut être considéré comme un martyr au sens strict.« On a tenté de les présenter comme des martyrs, notamment pendant la période d'après-guerre à travers la propagande franquiste », a déclaré Sánchez de Toca.

    On les décrivait parfois par une expression courante à l'époque : « tombés pour Dieu et pour l'Espagne ». Cependant, les circonstances de leur mort ne répondaient pas aux critères établis par l'Église pour la reconnaissance du martyre.

    L'Église souterraine

    L'une des sections les plus marquantes du livre reconstitue le quotidien des catholiques restés en territoire républicain et contraints de pratiquer leur foi clandestinement.Un chapitre consacré à « la clandestinité et à la prière à l’arrière » relate les expériences d’hommes et de femmes courageux qui ont organisé des réseaux secrets pour aider les prêtres cachés, permettre la célébration des sacrements et maintenir vivante la pratique religieuse catholique.« Ils ont créé des réseaux d’assistance qui ne détonneraient pas dans les meilleurs romans d’espionnage », a déclaré Sánchez de Toca.Isidoro Zorzano, le vénérable José María García Lahiguera et Mère Carmen Hidalgo ont organisé un réseau d'assistance financière pour les prêtres qui avaient survécu.« Ils leur ont fourni le matériel nécessaire pour célébrer la messe, puis ils ont redistribué la communion en la distribuant dans les foyers par l’intermédiaire d’agents clandestins », a-t-il expliqué.

    Franchir les lignes de front

    Un autre chapitre relate les histoires de catholiques qui ont franchi les lignes de front au cours d'opérations exceptionnellement dangereuses.

    Parmi eux figurent le bienheureux Álvaro del Portillo, qui traversa le front ; le serviteur de Dieu Tomás Alvira, qui accompagna saint Josémaria Escrivá à travers les Pyrénées ; et la vénérable sœur Justa Domínguez de Vidaurreta, supérieure des Filles de la Charité, qui s'échappa de Madrid après de nombreuses difficultés et finit par s'installer à Pampelune.

    Le fardeau de la survie

    Sánchez de Toca a également été touché par ce que l'on appelle communément la culpabilité du survivant, un phénomène psychologique vécu par de nombreuses personnes ayant échappé à la persécution.Bien qu'un chapitre consacré à ce sujet ait été supprimé pour des raisons éditoriales, l'auteur a déclaré que de nombreux survivants ont passé le reste de leur vie à se débattre avec une question troublante : pourquoi avaient-ils survécu alors que tant de leurs compagnons avaient été tués ?« Il n’est pas toujours facile de répondre à la question : “Pourquoi le Seigneur n’a-t-il pas voulu que je sois un martyr alors que tant de mes compagnons ont été tués ?” », a-t-il déclaré.

    Sauvé au dernier moment

    Certains des passages les plus poignants du livre relatent les expériences de personnes qui ont échappé à ce qui semblait être une mort certaine.L'un des récits les plus marquants concerne un frère augustin emprisonné à Madrid pendant la persécution.Selon Sánchez de Toca, les mains du frère étaient déjà liées et il s'apprêtait à être transporté à Paracuellos lorsqu'une personne inconnue coupa ses cordes et murmura : « Faites demi-tour et retournez dans votre cellule. Ne vous retournez pas. »

    Le moine obéit machinalement et survécut.« Il est retourné dans sa cellule et s’est mis à trembler et à convulser sous l’effet du choc post-traumatique avec une telle violence que plusieurs compagnons ont dû le maîtriser », a raconté Sánchez de Toca.D'autres ont survécu grâce à des erreurs dans les listes de prisonniers ou à l'intervention inattendue de personnes anonymes. Nombreux sont ceux qui ont interprété leur sauvetage comme un acte de la providence divine et qui ont passé le reste de leur vie à se demander pourquoi ils avaient été choisis pour survivre.L'auteur aborde également les crimes commis par les forces nationalistes. Le père Huidobro, par exemple, a dénoncé les exécutions sommaires de prisonniers dans des plaintes adressées au quartier général du général Francisco Franco.

    Une leçon pour aujourd'hui

    Au-delà de leur valeur historique, Sánchez de Toca estime que ces biographies offrent des leçons particulièrement pertinentes pour les chrétiens d'aujourd'hui.« Ils vivaient tous avec une vocation claire au martyre », a-t-il déclaré.Selon l'auteur, le martyre faisait partie de l'horizon spirituel de nombreux catholiques espagnols avant même le déclenchement de la guerre civile.

    « Cela transparaît dans leurs lettres, leurs homélies et leurs conversations, comme l’expression de leur volonté de donner leur vie pour le Christ si nécessaire », a-t-il déclaré.Sánchez de Toca a également souligné l'extraordinaire créativité apostolique dont les catholiques ont fait preuve dans des circonstances extrêmes.« Voici une autre leçon essentielle pour notre époque », a-t-il conclu. « L’Esprit Saint inspire la créativité apostolique dans les circonstances de vie de chacun. »

    Cet article a été initialement publié par ACI Prensa, le service affilié hispanophone d'EWTN News.

  • Le saint curé d'Ars (4 août)

    IMPRIMER

    Vianney-St-Jean-Marie.jpgLors de l'audience générale du mercredi 5 août 2009, Benoît XVI a consacré sa catéchèse au saint curé d'Ars :

    Chers frères et sœurs,

    Dans la catéchèse d'aujourd'hui, je voudrais reparcourir brièvement l'existence du saint curé d'Ars en soulignant certains traits de celle-ci, qui peuvent servir d'exemple aux prêtres de notre époque, assurément différente de celle où il vécut, mais marquée, sous de nombreux aspects, par les mêmes défis humains et spirituels fondamentaux. C'est précisément hier que l'on fêtait les cent cinquante ans de sa naissance au ciel: il était en effet deux heures du matin le 4 août 1859, lorsque saint Jean Baptiste Marie Vianney, au terme de son existence terrestre, alla à la rencontre du Père céleste pour recevoir en héritage le royaume préparé depuis la création du monde pour ceux qui suivent fidèlement ses enseignements (cf. Mt 25, 34). Quelle grande fête il dut y avoir au Paradis pour l'arrivée d'un pasteur si zélé! Quel accueil doit lui avoir réservé la multitude des fils réconciliés avec le Père, grâce à son œuvre de curé et de confesseur! J'ai voulu saisir l'occasion de cet anniversaire pour proclamer l'Année sacerdotale qui, comme on le sait, a pour thème: Fidélité du Christ, fidélité du prêtre. C'est de la sainteté que dépend la crédibilité du témoignage et, en définitive, l'efficacité même de la mission de chaque prêtre.

    Jean-Marie Vianney naquit dans le petit village de Dardilly le 8 mai 1786, dans une famille de paysans, pauvre en biens matériels, mais riche d'humanité et de foi. Baptisé, comme le voulait le bon usage à l'époque, le jour même de sa naissance, il consacra les années de l'enfance et de l'adolescence aux travaux dans les champs et à paître les animaux, si bien qu'à l'âge de dix-sept ans, il était encore analphabète. Mais il connaissait par cœur les prières que lui avait enseignées sa pieuse mère et il se nourrissait du sentiment religieux que l'on respirait chez lui. Les biographes racontent que, dès sa prime jeunesse, il essaya de se conformer à la divine volonté même dans les tâches les plus humbles. Il nourrissait dans son âme le désir de devenir prêtre, mais il ne lui fut pas facile de le satisfaire. Il parvint en effet à l'ordination sacerdotale après de nombreuses adversités et incompréhensions, grâce à l'aide de sages prêtres, qui ne s'arrêtèrent pas à considérer ses limites humaines, mais surent regarder au-delà, devinant l'horizon de sainteté qui se profilait chez ce jeune homme véritablement singulier. Ainsi, le 23 juin 1815, il fut ordonné diacre et le 13 août suivant, prêtre. Enfin, à l'âge de 29 ans, après de nombreuses incertitudes, un certain nombre d'échecs et beaucoup de larmes, il put monter sur l'autel du Seigneur et réaliser le rêve de sa vie.

    Lire la suite

  • Saint Ignace, le récit d'un pèlerin

    IMPRIMER

    D'Antonio Tarallo sur la NBQ :

    Saint Ignace, le récit d'un pèlerin

    « Jusqu’à l’âge de vingt-six ans, il était un homme voué aux vanités du monde », ainsi commence l’autobiographie du fondateur des Jésuites, qui parle de lui à la troisième personne. Un ouvrage également connu sous le titre de « Conte du pèlerin » , un titre qui englobe toute la vie du saint : un pèlerinage vers le Ciel.

    31 juillet 2026

    Une histoire, une vie, des mots agencés en phrases qui resteront à jamais gravées dans l'histoire de l'Église. Il s'agit de l'autobiographie de saint Ignace de Loyola (1491-1556), écrite durant ses dernières années terrestres : le récit de sa vie aventureuse, recueilli par le père Gonçalves da Câmara, jésuite influent qui fut confesseur et précepteur de Dom Sebastião Ier, seizième roi du Portugal et de l'Algarve. Dans cet ouvrage, le saint parle toujours de lui à la troisième personne, se définissant simplement comme « le pèlerin ». Et ce terme, « pèlerin », est particulièrement significatif. Il permet en effet de résumer toute l'existence du saint espagnol : un pèlerinage vers le Ciel, vers l'union parfaite avec Dieu. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si cette autobiographie est également connue sous le titre de « Récit d'un pèlerin ».

    « Jusqu’à l’âge de vingt-six ans, il était un homme adonné aux vanités du monde ; et surtout, il prenait plaisir à l’exercice des armes, animé d’un grand et vain désir de s’attirer les honneurs », ainsi commence cette histoire fascinante. Et si le mot pèlerin englobe, comme mentionné, l’existence spirituelle du saint, l’expression « homme adonné aux vanités du monde » parvient plutôt à personnifier Ignace avant sa conversion. Une conversion qui s’est opérée après un événement désormais célèbre. Nous sommes en mai 1521, lors de la défense de la forteresse de Pampelune contre les troupes françaises : un boulet de canon blesse grièvement Ignace. Le guerrier tombe, touché à la jambe. Il tombe comme un homme adonné aux vanités du monde pour se relever, plus tard, comme un pèlerin . C’est durant cette période de convalescence – comme le relate son autobiographie – que le guerrier Ignace découvre « une Vita Christi et un livre de vies de saints en langue vernaculaire. À force de tourner les pages, il est captivé par les récits. Mais lorsqu’il cesse de lire, il s’arrête parfois pour méditer sur ce qu’il a lu, parfois il retombe dans ses pensées profanes habituelles. Un flux dialectique de l’âme toujours présent. Toujours en quête de la rencontre avec le Seigneur, Ignace comprend que les pensées terrestres laissent l’âme vide, tandis que les pensées divines apportent une paix durable. « Ce fut sa première réflexion sur les choses de Dieu », une illumination qui le pousse à tourner définitivement le dos au passé et à entreprendre un voyage, non plus comme chevalier du roi, mais comme soldat du Christ.

    En 1522, Ignace quitta la maison paternelle . Une étape cruciale de son nouveau voyage fut le sanctuaire de Montserrat : c'est là qu'il déposa son épée devant l'autel de la Vierge Marie. Il se dirigea ensuite vers la ville de Manresa, où il prévoyait de séjourner quelques jours. Au lieu de cela, il y demeura près d'un an : une période de profond rapprochement avec les choses de Dieu. Mais un autre tournant marqua sa vie : « Tandis qu'il était assis là, les yeux de son esprit commencèrent à s'ouvrir ; non qu'il ait eu une vision, mais il comprit et apprit beaucoup de choses, tant spirituelles, religieuses que littéraires ; et ce, avec une telle illumination que tout lui semblait nouveau. » Tout cela se déroula sur les rives du Cardoner. De ce travail intérieur intense et profond naquit le noyau des célèbres Exercices spirituels , un recueil pratique destiné à aider l'homme à purifier son cœur et à « chercher et trouver la volonté divine dans l'organisation de sa propre vie ». Enfin, en 1523, il parvint à Jérusalem à pied, en mendiant. Mais Ignace nota dans son autobiographie qu'il devrait plus tard quitter cette terre : pour lui, « c'était la volonté de Dieu qu'il ne demeure pas dans ces lieux saints ». De retour en Europe, il comprit qu'il devait consacrer son temps à l'étude, à l'intellect, sa nouvelle « arme » pour aider le monde : son nouveau combat. À trente-trois ans, à Barcelone, il commença à étudier la grammaire latine. Il poursuivit ensuite ses études aux universités d'Alcalá, de Salamanque, et enfin de Paris. C'est dans cette dernière ville française qu'entre 1528 et 1535, il acheva ses études de philosophie et de théologie, obtenant le titre de Magister.

    Un autre événement majeur de sa vie et de l'Église universelle fut sa rencontre avec certains de ses condisciples (dont les futurs saints François Xavier et Pierre Favre). Fascinés par la vie droite et intransigeante d'Ignace et conquis par l'expérience des Exercices spirituels , ils décidèrent de s'unir par un vœu. Le 15 août 1534, dans la petite église Saint-Denis à Montmartre, naquit officiellement le premier noyau de ce qui allait devenir la Compagnie de Jésus, l'institution religieuse qui lierait à jamais son nom à celui du saint espagnol. Le premier rêve de la Compagnie était Jérusalem, destination qui les mena d'abord à Venise, puis à Rome : « Ses neuf compagnons arrivèrent à Venise au début de 1537. Ils se dispersèrent aussitôt pour servir dans les différents hôpitaux. Après deux ou trois mois, ils se rendirent tous à Rome pour recevoir la bénédiction du pape avant de partir pour Jérusalem. » Ce rêve, celui de prêcher en Terre sainte, ne se réalisa jamais. La Compagnie obtint l'approbation officielle du Siège de Pierre en 1540.

    Même lorsqu'il célébrait la messe, il avait de nombreuses visions ; et au moment où il composait les Constitutions, elles étaient particulièrement fréquentes. À ce moment-là, il pouvait l'affirmer avec plus de certitude, car chaque jour il notait ce qu'il ressentait au fond de son âme, et il conservait encore ces notes. (...) Tantôt il voyait Dieu le Père, tantôt les trois Personnes de la Trinité, tantôt la Vierge Marie qui intercédait ou approuvait. Ces mots, toujours présents dans son autobiographie, définissent le profil spirituel de saint Ignace de Loyola, un homme qui a légué à l'Église l'une des plus importantes méthodes de discernement spirituel de tous les temps : les Exercices spirituels . Ce soldat mourut le 31 juillet 1556. Son combat, assurément, n'était plus sur le champ de bataille, mais dans la foi. La fin d'une existence qui fait écho aux paroles de saint Paul : « J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi. »

  • Des extrémistes islamistes tuent 30 chrétiens dans un village nigérian

    IMPRIMER

    De Persecution.org :

    Des extrémistes islamistes tuent 30 chrétiens dans un village nigérian

    28 juillet 2026

    L'honorable Stephen Hajara, porte-parole du Conseil législatif du gouvernement local de Kauru et conseiller représentant le quartier de Kamaru dans le sud de Kaduna, a appelé à une intervention sécuritaire immédiate après que des extrémistes islamistes ont tué 30 chrétiens dans le village de Naridon, dans l'État de Kaduna.

    « Chaque mois, nous enterrons nos proches », a déclaré Hajara à International Christian Concern (ICC). « Le mois dernier, nous avons enterré 11 personnes, dont des enfants ; aujourd'hui, nous devons procéder à un nouvel enterrement collectif de 30 personnes. Ça suffit ! Aidez-nous, s'il vous plaît ! »

    Hajara a condamné les meurtres et a exhorté les forces de sécurité à identifier, arrêter et poursuivre les responsables. Elle a lancé un appel direct au président nigérian Bola Tinubu et au gouverneur de l'État de Kaduna, Uba Sani, afin qu'ils déploient davantage de forces de sécurité dans les communautés rurales du quartier de Kamaru et dans d'autres communautés vulnérables de la zone de gouvernement local de Kauru.

    « Si ces meurtres se poursuivent, la population chrétienne continuera de diminuer », a-t-elle déclaré. « Un jour viendra peut-être où des terroristes anéantiront les communautés chrétiennes de cette région. »

    Hajara a ajouté que ces meurtres réduiront également le nombre de chrétiens pouvant participer aux élections.

    Elle a également demandé au gouvernement fédéral nigérian de renforcer son partenariat sécuritaire avec les États-Unis. Elle a exhorté le président américain Donald Trump et la communauté chrétienne internationale à soutenir les chrétiens victimes d'attaques répétées au Nigéria.

    « Nous avons besoin de protection, d’aide humanitaire et de soutien international », a déclaré Hajara. « Les habitants de Kauru ne peuvent pas continuer à enterrer leurs familles tous les mois. »

    Des hommes armés ont pénétré dans Naridon tard dimanche 26 juillet et ont poursuivi leur assaut jusqu'aux premières heures du lundi 27 juillet. Les habitants ont déclaré que les assaillants ont ouvert le feu sur les personnes se trouvant à l'intérieur de leurs maisons et ont incendié plusieurs maisons tandis que les familles fuyaient dans les champs et les buissons environnants.

    Les rapports confirment qu'au moins 30 personnes sont décédées, dont huit enfants. Plusieurs habitants ont été blessés. Les forces de sécurité seraient arrivées au village plusieurs heures après le départ des assaillants.

    Certains membres de la communauté ont décrit les assaillants comme étant des militants peuls présumés. Cependant, aucun groupe n'a revendiqué l'attaque et les autorités nigérianes n'avaient pas encore identifié publiquement les auteurs au moment de la publication de cet article.

    Selon Ibrahim John et Mallam Katuka, des sources communautaires, les équipes de recherche ont continué lundi à récupérer des corps dans des maisons, des fermes et les zones de brousse environnantes. Elles ont averti que le bilan des victimes pourrait s'alourdir, plusieurs habitants étant toujours portés disparus.

    Amnesty International a condamné l'attaque et indiqué que les assaillants avaient poursuivi des habitants qui tentaient de fuir dans la brousse. L'organisation a rapporté que les équipes de secours continuaient de découvrir des corps dans des maisons et des champs avoisinants, tandis que les familles recherchaient leurs proches disparus.

    Daniel Sunday, un habitant du village, a affirmé que les soldats stationnés à moins de huit kilomètres de Naridon n'étaient pas intervenus pendant l'attaque. Il a déclaré que les hommes armés avaient parcouru le village, pénétré dans les maisons, tué des habitants et incendié des bâtiments.

    Les habitants ont transporté les corps des victimes à l'hôpital le plus proche et ont commencé à organiser les funérailles lundi. Certains survivants blessés ont été soignés dans des établissements médicaux dont l'adresse n'a pas été divulguée, les responsables communautaires craignant de nouvelles attaques.

    Le gouverneur Uba Sani a condamné les meurtres et a ordonné aux forces de sécurité d'intensifier leurs opérations pour retrouver les auteurs et les traduire en justice. Il a également chargé l'Agence de gestion des urgences de l'État de Kaduna de fournir une aide humanitaire d'urgence aux familles touchées.

    Le gouvernement de l'État de Kaduna a déclaré qu'il collaborerait avec le gouvernement de l'État du Plateau, les forces de sécurité, les chefs traditionnels et d'autres parties prenantes afin de renforcer la sécurité le long de la frontière entre Kaduna et le Plateau. Naridon se situe près de Ganawuri, dans la zone de gouvernement local de Riyom, dans l'État du Plateau.

    Le gouvernement a également demandé aux résidents de fournir aux agences de sécurité des informations crédibles susceptibles d'aider aux enquêtes et aux opérations en cours.

    L'attaque de Naridon a suivi une autre attaque survenue dans le quartier de Kamaru le 16 juin. Lors de cet incident, des hommes armés présumés ont tué neuf personnes, dont quatre enfants, et en ont blessé onze autres dans la communauté d'Ungwan Magaji. Après cette attaque, les habitants avaient demandé des renforts de sécurité, des patrouilles régulières, des opérations de renseignement, une assistance médicale et un soutien humanitaire.

    Au moment de la publication, les autorités n'avaient annoncé aucune arrestation en lien avec les meurtres de Naridon. Les recherches, la récupération des corps et les préparatifs des funérailles se poursuivaient.

  • Staline revit aujourd'hui au Kremlin; une raison de plus pour une relecture théologique du chef‑d’oeuvre de Vassili Grossman

    IMPRIMER

    De Sandro Magister sur Settimo Cielo (en français sur diakonos.be) :

    Staline revit aujourd'hui au Kremlin. Une raison de plus pour une relecture théologique du chef‑d’oeuvre de Vassili Grossman

    (s.m.) L'été est le temps des lectures. Et c'est à un grand livre de littérature que Settimo Cielo consacre son dernier billet avant la trêve estivale : “Vie et destin” de Vassili Grossman, dans la savante relecture qu'en fait Anne-Marie Pelletier dans le dernier cahier de Vita e Pensiero, la revue de l'Université Catholique de Milan.

    Vassili Grossman (1905 – 1964) étaitun Juif né à Berditchev, la ville ukrainienne qui a reçu ces derniers jours la visite de l'envoyé du pape Léon, l'archevêque et ministre des Affaires étrangères du Vatican Richard Gallagher, fervent soutien de la résistance de l'Ukraine face à l'agression russe.

    La similitude est troublante — et Pelletier le fait remarquer — entre la Russie de Vladimir Poutine et l'Union soviétique de Staline. Et Grossman, qui fut dans sa jeunesse un partisan de la révolution communiste et correspondant de guerre sur les fronts allant de Stalingrad à Berlin (voir la photo sous copyright Alamy Stock Photo), avait finit par devenir très critique du régime de Staline, ce qui lui valut d’être rapidement marginalisé, constamment menacé d'une arrestation et empêché de publier les livres auxquels il s'était consacré.

    En 1961, le KGB a saisi les copies manuscrites et dactylographiées des près de mille pages de “Vie et destin”. Grossman est mort trois ans plus tard, mais une copie a miraculeusement réchappé à la destruction et est parvenue à Andreï Sakharov, le grand physicien et héros de la dissidence, prix Nobel de la paix en 1975, arrêté à plusieurs reprises, qui parvint à la faire acheminer en Occident et à en permettre la publication en 1980.

    Anne-Marie Pelletier, l'auteur de la suggestive relecture de “Vie et destin” que nous reproduisons ci-dessous, enseigne l'Écriture sainte et l'herméneutique biblique à la Faculté Notre-Dame du Collège des Bernardins à Paris. Elle a été la première femme à recevoir le prix Ratzinger de théologie, en 2014.

    *

    Lire Vassili Grossman pour conforter l’espérance

    par Anne-Marie Pelletier

    Quelle nécessité peut-il y avoir à lire aujourd’hui Vassili Grossman ? Un écrivain russe du siècle dernier, mort en 1964, dont une bonne partie de la vie peut être qualifiée de « soviétique », dont l’inspiration plonge dans l’histoire de deux totalitarismes, que l’on voudrait croire derrière nous. Et pourtant, la grande surprise est que cette œuvre résonne immédiatement avec notre actualité. Elle semblerait même avoir été écrite pour nous, tant l’ordre qui règne aujourd’hui à Moscou reproduit trait pour trait celui de la Russie soviétique.

    A ce titre, et pour commencer, Grossman nous aide à déchiffrer la logique de la violence destructrice, qui s’est abattue depuis quatre années sur l’Ukraine et qui menace désormais toute l’Europe. Mais, il y a plus à recevoir de lui, et que l’on évoquera dans un second temps : il apporte ses appuis à la résistance qu’il nous faut opposer au chantage du mal, qui tire de plus en plus nos sociétés vers la désespérance et le nihilisme.

    Soixante années de l’histoire soviétique

    Pour mesurer cette actualité de Grossman, il faut rappeler brièvement l’arrière-plan historique de son œuvre. Il est né en 1905, à Berditchev, dans cette partie de l’Ukraine qui fut, jusqu’à la politique d’extermination nazie, celle des shtetels, foyers villageois du judaïsme hassidique, aussi fervent que son quotidien était misérable. Lui, appartient à une famille juive assimilée de lettrés et de notables. Il commencera par un assentiment à la révolution d’Octobre, plaçant en elle des attentes confiantes. Après des études de chimie qui l’amènent à travailler un temps dans le Donbass, il finit par se consacrer définitivement à la littérature.

    Les temps sont mauvais. Les diktats du pouvoir contraignent de plus en plus la vie culturelle. Le réalisme socialiste au service de la dictature du prolétariat devient la norme qualifiante pour les écrivains dociles. Bon gré, mal gré, Grossman se plie aux exigences du pouvoir. Jusqu’à la guerre, il traverse avec prudence, mais sans déchirements de conscience, la vie d’une société sous le joug de la terreur stalinienne. Durant les années 30, il voit sans voir, dans les rues de Kiev, les cadavres ambulants des koulaks affamés par Staline. Il se tire indemne de la Grande terreur des années 1936 – 1938 au prix, il est vrai, d’une compromission qui hantera définitivement sa conscience. En 1941, il devient correspondant de guerre pour le journal “Krasnaja Zvezda” (l’Etoile rouge). Il suivra ainsi les troupes russes sur les fronts les plus sanglants, de Stalingrad à Treblinka, et jusqu’à Berlin.

    C’est au terme de ces années d’épouvante, que « l’homme soviétique » va se changer en lui en dénonciateur intrépide du mal incarné doublement dans les totalitarismes soviétique et nazi. Dès l’automne de 1941, sa mère a été assassinée par les troupes nazies entrant à Berditchev. Les mois suivants les tueries vont se multiplier sur l’ensemble du territoire ukrainien, justifiant le constat glaçant qu’il fera en 1945 dans “Le Livre noir” : « Désormais, il n’y a plus de juifs en Ukraine ».

    C’est précisément durant ces années que sa judéité oubliée s’impose de nouveau à Grossman. L’expérience de cette histoire infernale touche sa personne au plus profond et, naturellement, son œuvre où s’opère une césure fondamentale. Le passé lui revient avec tout ce qu’il en a ignoré. L’horreur du stalinisme devient une évidence. Cette clairvoyance va s’inscrire toujours plus explicitement dans son œuvre, de sorte que la mort de Staline en 1953 survient juste à temps pour le soustraire à l’arrestation.

    C’est son roman “Vie et destin”, qui va incarner le travail de vérité auquel Grossman va se consacrer désormais. Participant de la tradition romanesque de Guerre et paix, ce roman brasse les mémoires des années de guerre, tantôt en ouvrant la focale au plus large, tantôt en ramenant au très minuscule de destins individuels, où se tapit l'humanité en résistance. À partir de ce temps, rien n’arrête plus l’exigence de vérité qui habite Grossman. C’est ainsi que “Vie et destin” argumente la gémellité du nazisme et du soviétisme dans une scène saisissante qui met en présence un chef de camp nazi et un vieux menchevik, son prisonnier, sur le point d’être assassiné.

    Même audace dans les pages de son dernier manuscrit, “Tout passe”, retraçant l’histoire douloureuse du retour d’un prisonnier politique, un zek, qui vient troubler le confort de son dénonciateur et de ses proches qui ont su tirer leur épingle du jeu. Outre la dénonciation de Staline et de son précurseur Lénine, il s’attaque à la mythologie de « l’âme russe » en complicité troublante avec la servitude. Tout cela fait de lui un traitre absolu à la Cause. En 1961, les manuscrits de “Vie et destin” sont saisis par le KGB. L’œuvre disparait dans les entrailles de la Loubianka, pour deux cents ans, lui dit-on par dérision. Il mourra trois ans plus tard, en paria, sans voir la publication de cette œuvre à laquelle il tenait tant.

    Temps d’hier et temps d’aujourd’hui

    C’est ce temps d’hier, qui est réhabilité, réactualisé aujourd’hui au Kremlin, et qui est désormais le présent soviétique du 21ème siècle. Depuis l’an 2000, le passé n’a cessé de faire retour par la volonté d’un chef formé à l’école du KGB, qui tient la chute de l’URSS pour « la plus grande catastrophe géopolitique du siècle dernier » (Discours à la nation, avril 2005). Les institutions d’endoctrinement militaire de la jeunesse, qui forgèrent « l'homme rouge », sont réactivées et imprègnent de bellicisme les écoliers dès l’école maternelle. Les statues de Staline, naguère déboulonnées, ont retrouvé leurs places. L’économie mentale du système totalitaire, mise en œuvre par le parti bolchevique est recyclée à plein régime. L’Association Mémorial fondée par Andreï Sakharov en 1989, qui documentait méticuleusement les traces des crimes des années soviétiques et veillait sur des droits de l'homme toujours fragiles en post-Union soviétique, a été dissoute en 2021.

    Du côté de la religion, le changement n’est que de surface. La défense du christianisme est lourdement invoquée aujourd’hui par les idéologues du Kremlin avec l’appui de Kyrill, le patriarche de Moscou. En fait, la persécution physique des personnes du siècle dernier est perversement relayée par l’enrôlement de l’Eglise orthodoxe russe au service de la politique criminelle de l’Etat, qui n’est qu’une inversion grimaçante du christianisme. Terrible imposture. On conçoit en tout cas que cette conjoncture fasse de l’œuvre de Grossman un puissant analyseur critique des réalités de notre présent.

    Lire Grossman contre le nihilisme

    Mais c’est autrement encore, et de façon aussi décisive, que cette œuvre doit attirer notre attention. En effet, elle est un plaidoyer autant qu’une dénonciation. Elle sert la confiance autant que la lucidité. Finalement, elle est une défense obstinée des ressources de l’l'humanité, opposées à l’histoire contemporaine qui a porté à son extrême le règne de l’inhumanité.

    C’est là tout l’enjeu du thème de la « petite bonté » qui fixait naguère l’attention du philosophe Emmanuel Levinas désignant Vie et destin comme un « livre primordial ». Un personnage étrange du roman, un certain Ikonnikov – en fait, le porte-parole de Grossman — est le chantre de cette bonté singulière, facilement moquée par les esprits forts, et qui pourtant est l’ultime appui de la confiance chez Grossman. Un chapitre entier, qui a pour titre les « Cahiers d’Ikonnikov », expose les pensées de cet homme au profil de fol en Christ, qui croupit dans un camp nazi, pour avoir porté secours à des femmes et des enfants juifs et qui, auparavant, il a été le témoin halluciné des atrocités commises en cette « terra nera » (T. Snyder) de l’extrême-Est européen.

    Ikonnikov a parcouru les cercles de l’enfer, depuis la dékoulakisation, jusqu’aux épouvantes de l’invasion nazie en Biélorussie. Face au Bien hautain, et tellement ambigu, il plaide la cause d’une modeste bonté, sans apparat ni prétention. La visibilité de cette petite bonté est fragile, c’est celle « d’une vieille, qui, sur le bord de la route, donne un morceau de pain à un bagnard qui passe, c’est la bonté d’un soldat qui tend sa gourde à un ennemi blessé, la bonté de la jeunesse qui a pitié de la vieillesse, la bonté d’un paysan qui cache dans sa grange un vieillard juif ».

    Le point décisif, qui concentre le paradoxe à accueillir, est que cette bonté quasi invisible, qui se fond avec le quotidien de la vie, qui est si manifestement vulnérable et impuissante face aux « méchants » pour parler comme les psaumes, est en réalité la seule force vraie en ce monde. Cette conviction est énoncée par Ikonnikov, comme un savoir d’expérience : « J'ai vu que ce n'était pas l'homme qui était impuissant dans sa lutte contre le mal, j'ai vu que c'était le mal qui était impuissant dans sa lutte contre l'homme. Le secret de l'immortalité de la bonté est dans son impuissance. Elle est invincible ».

    On tremble d’y croire, au vu des abîmes du mal qui s’ouvrent à chaque pas de l’histoire humaine. Le chantage du mal parle trop fort pour que l’on ne craigne pas d’adhérer à un rêve. C’est pourtant la vérité pour laquelle Grossman se sera battu : « L’histoire de l'homme est le combat du mal cherchant à écraser la minuscule graine d’humanité ». Et il ajoutera : « Mais si même maintenant l’humain n’a pas été tué en l'homme, alors jamais le mal ne vaincra ». On remarquera que ce n’est pas tout à fait un hasard si Ikonnikov est campé dans l’identité d’un fol en Christ. Nous sommes tout proches ici du mystère confessé par la foi chrétienne proclamant la victoire sur le mal acquise à partir du cœur des ténèbres. Tout près de la foi en l’impossible, qui fait qu’il ne s’agit pas d’optimisme, mais de combat spirituel.

    Bien sûr, ne christianisons surtout pas Grossman. En revanche, ses racines juives n’auraient-elles pas à voir avec sa conviction que – plus décisivement que le mal ne détruit – il y a l’humanité qui ne capitule pas et qui est la promesse de notre avenir ? En tout état de cause, cette obstination à objecter aux forces du mal, la toute-puissance d’une « petite bonté » désarmée, voilà qui fait, pour nous, de la parole de Grossman, un levier incomparable de résistance à l’actualité qui nourrit tellement le pessimisme et le nihilisme chez nos contemporains.

    Finalement, le legs de Vassili Grossman est celui d’un regard. Celui d’un homme qui sait accommoder sur les réalités de la vie, là où l’humain ressurgit invincible, dans sa singularité, aux antipodes du schématisme de « l'homme totalitaire », et où il est prêt à mourir, en contestation du mensonge et de la tyrannie. Ainsi son œuvre est-elle jalonnée de touches d’humanité évoquées sans grandiloquence ni mièvrerie, qui percent la noirceur de la guerre, ébranlent la chape de la tyrannie. Autant de notations qui, au sein d’une société dressée à l’indifférence, à la méfiance, à l’hostilité, furent en son temps hautement transgressives. Et qui le sont aujourd’hui, de nouveau, tandis que s’imposent des idéologies de la force contre le droit, de l’exaltation d’une toute puissance prédatrice, qui n’a que faire de la justice.

    Certes, la vie personnelle de Grossman est loin d’avoir été exempte de faiblesses. Mais, à travers ses errances, il a appris la faillibilité, et avec sa propre faillibilité, une fondamentale bienveillance. Celle dont parlait le théologien Maurice Bellet quand il énonce cette vérité toute simple : « Que reste-t-il, quand il ne reste rien ? Que nous soyons humains avec les humains, qu’entre nous demeure l’entre nous qui nous fait hommes ».
     — — —

    Sandro Magister est le vaticaniste émérite de l'hebdomadaire L'Espresso.
    Tous les articles de son blog Settimo Cielo sont disponibles sur diakonos.be en langue française.
    Ainsi que l'index complet de tous les articles français de www.chiesa, son blog précédent.

  • Syrie (Maaloula) : le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

    IMPRIMER

    D'Elisa Gestri sur la NBQ :

    REPORTAGE

    Maaloula : Le cauchemar du retour des djihadistes, treize ans après le martyre

    Maaloula, ancien village chrétien des montagnes syriennes, a été occupé par des djihadistes entre 2013 et 2014. Aujourd'hui, alors que les djihadistes contrôlent tout le pays, la population revit le cauchemar des massacres et des enlèvements de cette époque. Le père Fadi témoigne. 

    30 juillet 2026

    Maaloula

    Le jour de la rencontre entre  le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, et le président de la « nouvelle Syrie », Ahmed al-Shaara, dans un Damas bouclé – trois semaines seulement après la visite du président français Macron,  l'explosion de deux bombes près de son hôtel  avait tué une personne et en avait blessé des dizaines – nous quittons la capitale pour Maaloula, dans les monts Qalamoun, au nord-est de Damas, près de la frontière libanaise.

    Maaloula est un ancien village chrétien aux maisons accrochées à la roche à 1 400 mètres d'altitude. C'est l'un des rares endroits au monde – entre la Syrie, l'Irak et la Turquie – où l'araméen, la langue parlée au temps de Jésus, est encore parlé. Au-delà de cette image de carte postale, Maaloula est peut-être aussi le lieu qui témoigne le mieux de la violence, des atrocités et des contradictions de près de quinze années de guerre en Syrie. Entre septembre 2013 et avril 2014, le village a été le théâtre de violents affrontements entre l'armée d'Assad et les djihadistes d'Al-Nosra, qui ont fait des dizaines de victimes civiles (entre vingt et soixante-dix morts selon les sources,  dont trois exécutés  par  les extrémistes  pour avoir refusé de se convertir à l'islam).

    Maaloula raconte l'histoire de douze religieuses orthodoxes du couvent Mar Takla, enlevées en décembre 2013 par les mêmes djihadistes et libérées en mars suivant dans le cadre d'un échange de prisonniers avec le gouvernement syrien. Elle relate également la libération du village des militants d'al-Nosra par l'armée syrienne, avec l'aide du Hezbollah et du  Parti social nationaliste syrien  (PSNS), alliés d'Assad. Maaloula évoque aussi une autre histoire, plus récente et inimaginable il y a encore quelques années : le retour des extrémistes djihadistes qui menacent les habitants chrétiens. Comme on le sait – ou peut-être pas –, le groupe armé qui a pris le pouvoir en Syrie fin 2024, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), est affilié directement à al-Nosra. Officiellement dissous début 2025, HTS est la pierre angulaire de l'actuel « gouvernement de transition » à Damas et contrôle ses institutions civiles et militaires.

    Fin 2024, dans l'euphorie qui suivit la formation du nouveau gouvernement HTS, des groupes d'islamistes armés, principalement des jeunes, atteignirent Maaloula, désireux de « reconquérir » le bastion chrétien dont ils avaient été chassés. La population locale, accusée de collaboration avec l'ancien régime – une accusation très en vogue en Syrie à l'époque, et applicable à toutes sortes d'adversaires, politiques, religieux et personnels – se retrouva plongée dans les cauchemars du passé :  le meurtre d'un musulman lors d'une fusillade dans une ferme chrétienne  où il s'était introduit par effraction pour voler raviva la haine sectaire et poussa de nombreuses familles chrétiennes à fuir le pays par crainte de représailles.

    La situation semble désormais plus calme, et c'est précisément de ce présent dont nous allons parler avec le père Fadi Barghil, prêtre de l'Ordre basilien du Très Saint Sauveur et curé de l'église-monastère catholique melkite des Saints Serge et Bacchus à Maaloula. Nous arrivons au village dans un minibus branlant, à travers les pittoresques montagnes du Qalamoun. À l'entrée du village, la police nous demande, à nous dix passagers, nos passeports pour « vérifier qui entre ». L'église-monastère des Saints Serge et Bacchus, vieille de 1 700 ans, est le plus haut bâtiment du village ; elle se dresse sur un petit plateau dominant le village et la vallée en contrebas. Les rochers qui enserrent Maaloula dans leur étreinte calcaire sont marqués de symboles chrétiens : des croix taguées sur les murs, une statue du saint libanais Mar Charbel, une statue de la Vierge bénissant le village (une réplique de celle détruite par les djihadistes en 2013). En gravissant la colline, on découvre de nombreux clochers, ainsi que deux mosquées : l’une à l’abandon, l’autre en cours de rénovation. Sur le toit de l’un des édifices, en contraste saisissant avec le paysage environnant, flottent le drapeau de la nouvelle Syrie et la Shahada – la profession de foi de l’islam – est inscrite en noir sur fond blanc.

    Nous trouvons le père Fadi affairé dans le jardin – l’église produit et vend des conserves, des confitures, des sirops et des liqueurs, ainsi que des articles religieux et de l’artisanat. Malgré sa discrétion et le sourire en coin avec lequel il nous accueille, le père Fadi est une figure bien connue à Qalamoun : durant les mois de tension qui ont suivi la chute de Bachar el-Assad,  il a joué à plusieurs reprises le rôle de médiateur entre chrétiens et islamistes  pour éviter de nouveaux bains de sang, à Maaloula et ailleurs. Le père Fadi nous accompagne dans l’église – une merveille taillée dans la roche il y a près de deux mille ans – et nous montre les icônes qui ont survécu aux djihadistes, même si les visages de la Vierge et des saints ont été effacés par les fanatiques d’al-Nosra ; les autres, volées par les miliciens, ont été remplacées par des reproductions afin que leur mémoire ne soit pas oubliée. Nous pénétrons ensuite dans le complexe monastique, désormais dépourvu de communauté monastique, où règne un ordre parfait et où tous ceux que nous rencontrons sont occupés à une activité quelconque : certains font sécher des fruits au soleil, d'autres tiennent ouverte la petite boutique de souvenirs du musée, d'autres encore s'occupent de la cafétéria, d'autres enfin entretiennent les espaces.

    Le père Fadi nous invite dans la salle de réception et accepte de répondre à quelques-unes de nos questions, brièvement toutefois — peut-être par modestie, certainement pas par peur : il a publiquement exprimé à plusieurs reprises le droit des chrétiens de Maaloula de vivre en paix sur la terre qu'ils habitent depuis près de deux millénaires.

    Père Fadi, combien de chrétiens vivent encore à Maaloula aujourd'hui ?

    Environ trois cents familles habitent actuellement le village, soit près de mille personnes au total. Avant 2013, on en comptait environ neuf cents.

    Y a-t-il des musulmans qui vivent en permanence à Maaloula ?

    Après 2014, il n'y en avait plus aucun ; aujourd'hui, oui, certains sont revenus. Soyons clairs : nous n'avons rien contre eux. Nous aimons les musulmans, mais nous n'aimons pas les djihadistes.

    Comment est-il possible, selon vous, que les Syriens soient plus pauvres que jamais, maintenant que les sanctions économiques ont été levées et que leur gouvernement a été officiellement accueilli au sein de la communauté internationale ?

    Demandez à Ahmed al-Shaara.

    Où sont passés les millions d'aide humanitaire alloués par les pays et institutions occidentaux à la Syrie ?

    Posez-lui toujours la question.

    L'avez-vous déjà vu en personne ?

    Seulement en photos.

    N'est-ce pas lui qui a enlevé les religieuses de Mar Takla en 2013 ?

    Non, c'était Abou Malik, qui était à l'époque le commandant d'al-Nosra pour la région de Qalamoun.

    Le père Fadi nous montre une photo sur son téléphone portable d'Abou Malik al-Talli, alias Jamal Zeini, l'une des figures de proue du groupe pendant la guerre en Syrie. Il s'était retiré à Idlib après l'expulsion d'al-Nosra de la région du Qalamoun. Après des années d'absence, Zeini  a refait surface soudainement dans la région  il y a un peu plus d'un mois, accompagné d'une suite de partisans, pour une « visite de reconnaissance » des villages frontaliers du Liban. Coïncidence – ou peut-être pas, difficile à dire –  son retour a coïncidé avec les appels répétés de Donald Trump à al-Charia pour qu'elle  intervienne au Liban afin de combattre le Hezbollah. Tandis que nous parlons, le père Fadi sourit, avec l'air de quelqu'un qui aurait beaucoup à dire mais qui garde le silence par charité chrétienne. Nous nous tournons à nouveau vers lui.

    Comment se fait-il, selon vous, que les institutions occidentales qui ont légitimé le nouveau gouvernement d'al-Shaara – l'ONU en premier lieu – ne réagissent pas à la recrudescence des persécutions contre les chrétiens en Syrie ? Après tout, elles sont composées d'une coalition de pays comptant une forte, voire très forte, proportion de chrétiens.

    À mon avis, la responsabilité de ce phénomène incombe aux dirigeants de nos Églises syriennes – tous sans exception – qui refusent d'attirer l'attention sur la situation des chrétiens dans ce pays.

    Pourquoi pensez-vous cela ? Par peur ?

    Je ne le crois pas : c’est plutôt parce qu’ils veulent conclure des accords, ou plutôt « collaborer », avec le nouveau gouvernement.

    Nous continuons à méditer sur ces dernières paroles du Père Fadi tandis qu'après avoir fait nos adieux à saint Serge et à Bacchus, nous nous hâtons vers le bus du retour – encore plus branlant, si possible, que le premier – croisant en chemin plusieurs femmes voilées.

    La Syrie ne manque pas de prélats courageux comme l'archevêque Yacoub Murad, archevêque syriaque catholique respecté de Homs, qui, il y a à peine une semaine,  a demandé à la communauté internationale de protéger les chrétiens syriens , déconseillant aux Syriens expatriés de retourner dans leur pays d'origine en raison du danger et de l'extrême pauvreté qui y règnent. Pourtant, dans notre partie du monde, nous refusons de les écouter.

  • "L'Espagne a cessé d'être chrétienne !"

    IMPRIMER

    D'Anne Bernet sur 1000 raisons de croire :

    1936-1939

    Ils prouvent que l’Espagne est toujours chrétienne

    En 1933, le président du conseil espagnol déclare aux Cortès : « L’Espagne a cessé d’être chrétienne ! » Cette phrase se traduit aussitôt par des actes et des décisions politiques : imposition d’une laïcité absolue, interdiction faite aux ordres religieux d’enseigner, se livrer à des activités commerciales ou industrielles alors qu’elles les font vivre, interdiction du crucifix dans les lieux publics, obligation du mariage civil, introduction du divorce, etc. Dès lors, deux conceptions de l’avenir de l’Espagne se font face, prêtes à en découdre. Pendant deux ans, jusqu’à la victoire des nationalistes, les catholiques espagnols entament un épouvantable chemin de croix qui fera au bas mot 7 500 martyrs, et probablement beaucoup plus.


    Les raisons d'y croire

    • Même si, quatre-vingt-dix ans après les événements, les événements de cette période déchaînent toujours des passions politiques violentes et opposées, nous sommes parfaitement documentés sur ce qui s’est passé, tant par la presse internationale que par les témoins des deux bords. À cela s’ajoutent les récits circonstanciés de quelques rescapés, ainsi que par l’importante documentation rassemblée afin d’instruire les causes de béatification des martyres. Nous savons parfaitement ce qui est advenu ; les épisodes de massacres et d’atrocités sont avérés. Nous ne sommes pas dans l’imaginaire.
    • Consciente d’être accusée de s’ingérer dans les conflits politiques espagnols et leurs retombées actuelle, l’Église a pris toutes les précautions, comme elle le fait d’ailleurs toujours, pour que les dossiers retenus n’impliquent pas des personnes connues pour leurs engagements politiques mais seulement des catholiques assassinés exclusivement en haine de la foi.
    • En effet, la volonté d’éradiquer tous les prêtres était patente. Quelques survivants qui ont réussi à s’enfuir ou ont été laissés pour morts dans les fosses communes raconteront qu’on leur a dit qu’ils devaient mourir simplement en raison de leur état clérical. De nombreux témoignages font état de chasses aux prêtres impitoyables, souvent avec des chiens, et des exécutons sans jugement qui suivaient aussitôt les arrestations.
    • D’éducation chrétienne, les bourreaux, comme en Vendée pendant la Terreur, vont souvent s’amuser en mettre en scène dans des versions modernisées les supplices endurés par les martyrs de l’Antiquité. Ainsi verra-t-on des catholiques jetés aux bêtes dans les cages du zoo de Madrid, ou livrés dans l’arène à des taureaux de combat, certains ont été châtrés, énucléés, coupés en morceaux à coups de hache, attachés à l’arrière du tramway, torturés de mille façons plus atroces les unes que les autres. À Santander, on les jette dans le port un bloc de béton aux pieds. Aucun d’entre eux n’a apostasié.
    • Si mourir pour une conviction n'est pas exceptionnel dans l'histoire, ce qui l’est est de pardonner à ses bourreaux avant d'être exécuté. C’est le cas des martyrs d’Espagne qui sont morts sans haine, en renonçant à toute vengeance et en manifestant de la compassion pour ceux qui les tuaient. Ces hommes et ces femmes ordinaires, confrontés à la torture et à une mort imminente, ont trouvé la force non seulement de demeurer fidèles à leur foi, mais encore d’aimer ceux qui les tuent. C’est qu’ils ne puisent pas cette capacité en eux-mêmes, mais dans une grâce reçue du Christ vivant.
    • On peut donner en exemple ce prêtre qui, épargné par les balles du peloton d’exécution, voyant que l’un des soldats adverses a été blessé par erreur, se relève pour lui donner l’absolution.
    • L’on estime la création de nombreuses œuvres catholiques par la suite tel les Cursillos le fruit des persécutions, en vertu de l‘adage indémodable de Tertullien : « Le sang des martyrs est semence de chrétiens. »

    En savoir plus

    L’encyclique Dilectissima nobis de Pie XI du 3 juin provoque un sursaut au sein du peuple espagnol qui n’entend pas se laisser dépouiller de sa foi mais aussi la réaction violente des partis de gauche qui entendent en finir avec le christianisme. Des massacres de prêtres et de religieuses dans les Asturies en juillet 1934 par des groupes anarchistes donnent le ton mais c’est l’assassinat du député monarchiste Calvo Sotelo le 14 juillet 1936 qui met le feu aux poudres.

    La guerre civile espagnole a été impitoyable, d’un côté comme de l’autre. Des exactions ont été commises par les nationalistes. Ces réactions sont inadmissibles d’un point de vue chrétien, comme le dénonçait déjà Bernanos dans Les grands cimetières sous la lune, elles sont cependant compréhensibles.

    Du côté de l’Église espagnole, le nombre de victimes est hallucinant puisque l’on comptabilise 13 évêques, 4 184, prêtres, 2 965 religieux, 283 religieuses, auxquels il faut ajouter un nombre encore indéterminé de laïcs. 7 500 martyrs est une estimation certaine, mais basse. 2 127 ont été aujourd’hui béatifiés, 11 canonisés et 2 000 dossiers sont encore en d’étude.

    Dans leur volonté d’écarter toute influence cléricale sur le peuple, les prêtres les plus engagés dans l’action sociale et caritative ont été particulièrement ciblés : les enseignants, les aumôniers de prisons, d’hôpitaux, de léproseries, d’hospices de vieillards. L’on estime que 40 % du clergé espagnol a été tué en quelques mois, certains diocèses, tel celui de Malaga, approchent 80 ou 90 % de prêtres massacrés.

    Il est manifeste qu’une haine anti-chrétienne quasiment satanique s’est déchaînée contre l’Église espagnole qui, à travers ses membres voulait atteindre le Christ lui-même. La destruction sur la Colline des Anges du monument au Sacré Cœur dont la statue a été fusillée avant d’être dynamitée l’illustre tristement. Le pardon a pourtant été le maître mot des victimes.

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.


    Aller plus loin

    Antonio Montero Moreno, Historia de la persecución religiosa en España, 1936-1939, Madrid, Biblioteca de Autores Cristianos (BAC), 1961 (nombreuses rééd.).


    En complément

    • The 498 Spanish Martyrs, Rome Reports : Court documentaire réalisé à l'occasion de la béatification des 498 martyrs en 2007.
    • Un Dios prohibido, 2013 : film historique consacré aux cinquante-et-un martyrs clarétains de Barbastro.
    • Dicastère pour les Causes des Saints, « Causes des martyrs espagnols », Cité du Vatican, https ://www.causesanti.va .

    ________________________________________________________________________________

    Auteur :

    Spécialiste de l’histoire de l’Église, postulateur d’une cause de béatification, journaliste pour de nombreux médias catholiques, Anne Bernet est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à la sainteté.

  • L'archevêque Gänswein : « La foi demeure l'étoile qui guide ma vie »

    IMPRIMER

    De Steffen Zimmermann sur katholisch.de :

    Interview à l'occasion de son 70e anniversaire

    L'archevêque Gänswein : « La foi demeure l'étoile qui guide ma vie »

    Ce jeudi, l'archevêque Georg Gänswein fêtera ses 70 ans. Dans un entretien accordé à katholisch.de, le nonce apostolique dans les pays baltes revient sur les moments marquants de sa vie, notamment sa rencontre avec le pape Benoît XVI (2005-2013) et l'influence qu'il a exercée sur lui. Mgr Gänswein aborde également la situation actuelle dans les pays baltes, la première année du pontificat de Léon XIV et le chemin synodal en Allemagne.

    Question : Excellence, vous aurez 70 ans jeudi. Cet anniversaire marque-t-il un tournant dans votre vie, ou plutôt un cap que vous pouvez aborder avec sérénité ?

    Gänswein : Ce n’est pas un tournant. Je ressens cet anniversaire comme les précédents. J’aborde cette journée avec une sérénité totale.

    Question : En repensant à votre vie jusqu'à présent, à l'occasion de votre anniversaire : y a-t-il des décisions ou des tournants pour lesquels vous êtes particulièrement reconnaissant aujourd'hui ?

    Gänswein : Un tournant décisif a sans aucun doute été ma nomination au sein du personnel de la Curie romaine, un poste que je n’avais pas sollicité. Là s’est opéré un autre changement profond : ma rencontre avec le cardinal Joseph Ratzinger. Depuis lors, sa personne a profondément marqué ma vie, tant par les missions qui en ont découlé que par son influence durant de nombreuses années. Rétrospectivement, c’est là l’élément le plus important. Bien sûr, il y a eu aussi des étapes formatrices auparavant : mes études, ma décision d’entrer dans les ordres, mon ordination, mon ministère pastoral et mon passage à l’université de Munich.

    Question : Y a-t-il quelque chose que vous diriez aujourd'hui : « Je ferais cela différemment » ?

    Gänswein : Je referais exactement les mêmes choix de grandes orientations dans ma vie. Il y a des décisions mineures, prises au sein de ces grandes orientations, que je considère, avec le recul, comme étant erronées ou infructueuses.

    Question : En tant qu’évêque et nonce apostolique, vous êtes tenu de présenter votre démission au pape au plus tard à votre 75e anniversaire. Comment envisagez-vous cette période à venir ?

    Gänswein : C’est avec la même sérénité qu’à l’approche de mon 70e anniversaire que j’envisage l’avenir avec confiance et une foi inébranlable en Dieu. Je ferai mon devoir et le reste viendra à moi.

    Mon métier de rêve est de devenir prêtre.

    — L'archevêque Georg Gänswein

    Question : Y a-t-il une tâche qui vous intéresserait encore ? Ou attendez-vous de voir ce que le Pape vous réserve ?

    Gänswein : J’attends de voir. Bien sûr, certaines missions me plairaient. Mais il faut se rendre à l’évidence : j’ai bientôt 70 ans et je suis nonce apostolique auprès des pays baltes depuis deux ans. Le destin décidera de ce qui est juste en temps voulu.

    Question : On pourrait dire que le poste de nonce auprès des pays baltes n’était pas, au départ, votre emploi de rêve. Comment percevez-vous ce rôle aujourd’hui ? Est-ce davantage un devoir, ou diriez-vous que vous vous êtes désormais pleinement intégré à la vie dans la région baltique ?

    Gänswein : Ma vocation rêvée est le sacerdoce. Ce que je fais aujourd'hui est inimaginable il y a quelques années. Je n'ai choisi aucune de mes affectations. Quand elles se sont présentées, je les ai acceptées. Au début, le défi à Vilnius était effectivement un devoir. Cela a radicalement changé depuis. Je suis heureux ici, je m'y consacre pleinement et je considère cette mission comme mon apostolat. Bien que je ne l'aie pas choisie, les pays baltes sont désormais le lieu où je travaille comme ouvrier dans la vigne du Seigneur.

    Question : Depuis l’ attaque russe contre l’Ukraine, les pays baltes vivent sous une menace bien réelle. Comment percevez-vous l’ambiance et le quotidien dans ces trois pays ?

    Gänswein : En effet, la menace venue de l’Est est une tension atmosphérique constante qui inquiète les gens et, dans certains cas, les opprime profondément. En tant que croyant, prêtre, évêque et nonce apostolique, je m’efforce d’offrir l’espoir. Le danger est bien réel ; il est impossible de le minimiser. Il est donc d’autant plus important d’élargir les perspectives au-delà de la menace et de montrer que, finalement, c’est l’espoir, et non la menace, qui a le dernier mot.

    Question : L’Allemagne est en train d’établir une brigade permanente de la Bundeswehr en Lituanie. Quelle signification attribuez-vous à cette présence, notamment dans un pays qui a été parmi les victimes de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale ?

    Gänswein : Les Lituaniens sont très reconnaissants de cette présence. La construction devrait s'achever dans deux ans. À ce moment-là, environ 5 000 soldats et leurs familles seront stationnés ici, soit un total d'environ 20 000 personnes. C'est un engagement clair en matière de sécurité. Les Allemands sont les bienvenus. Bien sûr, la période de 1941 à 1943 n'a pas été oubliée. Mais heureusement, les relations germano-lituaniennes se sont depuis lors transformées en un partenariat amical et fructueux.

    Question : Quel rôle peuvent jouer l’Église et la diplomatie aujourd’hui, à l’heure où la dissuasion militaire est redevenue un élément central de la sécurité européenne ?

    Gänswein : La diplomatie est synonyme de dialogue. L’essentiel est que ce ne soient ni les bombes ni la violence qui s’expriment, mais les êtres humains qui dialoguent. La diplomatie doit contribuer à prévenir les conflits armés. Et si un conflit éclate, elle doit tout mettre en œuvre pour y mettre fin. C’est une tâche aussi ardue qu’essentielle. Mais plus la violence se fait entendre, plus le travail diplomatique devient nécessaire.

    Question : Vous avez vécu et travaillé aux côtés du pape Benoît XVI pendant de nombreuses années de votre vie sacerdotale . Trouvez-vous parfois pénible que beaucoup de gens vous perçoivent encore avant tout comme son secrétaire particulier ?

    Gänswein : Non, pas du tout – bien au contraire. C’est clair : le visage qui a fait le tour du monde aux côtés du pape Benoît XVI, c’était le mien. Ce n’est pas un fardeau, mais une partie intégrante de ma vie. C’est une expérience qui m’a profondément marquée. Nombreux sont ceux, y compris dans les pays baltes, qui me connaissent comme l’ancien secrétaire de Benoît XVI. Et ce, malgré le fait que treize ans se soient écoulés depuis sa démission et près de quatre ans depuis sa mort. C’est du passé. Et j’espère que la plupart des gens gardent un bon souvenir de cette époque.

    Question : En tant que plus proche confident de Benoît XVI, ressentez-vous une obligation particulière de préserver sa mémoire ? Ou un pape doit-il finalement être laissé à l'héritage de l'histoire ?

    Gänswein : Je me sens obligé de le faire, non par obligation, mais par désir. J'ai été témoin de l'importance et de l'influence considérables de cette figure pour l'Église et pour le monde. C'est pourquoi perpétuer sa mémoire me tient particulièrement à cœur. Je souhaite avant tout contribuer à préserver et à faire rayonner le riche héritage de son pontificat et de son œuvre théologique. C'est essentiel pour moi, et c'est à cela que je m'engage.

    Question : Votre vision de Benoît XVI a-t-elle évolué depuis sa mort ? Avez-vous découvert des aspects de sa personnalité dont vous ignoriez l’existence ?

    Gänswein : Non, fondamentalement, mon point de vue n’a pas changé. Depuis sa mort, j’ai relu nombre de ses œuvres – des textes de son époque de professeur, de cardinal et de pape, notamment les sermons prononcés en tant que pape émérite, qui ont depuis été publiés. Le recul du temps me permet d’appréhender certaines choses avec plus d’objectivité. Les événements marqués par une forte pression ou des critiques acerbes peuvent désormais être mieux compris avec le recul.

    Il est indéniable que certaines difficultés et certains problèmes sont apparus durant le pontificat précédent.

    — L'archevêque Georg Gänswein

    Question : Avec le pape Léon XIV, l'Église a un nouveau pape depuis un peu plus d'un an. Comment décririez-vous son action jusqu'à présent ?

    Gänswein : C’est un homme prudent et sage. Le choix de son nom en dit long sur ses intentions. Il privilégie la collaboration directe avec la Curie romaine et lui témoigne sa confiance. Parallèlement, il reconnaît les tensions et les difficultés internes à l’Église qu’il convient de surmonter. Il prend conscience de cette réalité et s’efforce de panser les plaies existantes avec prudence. Une stratégie claire se dégage de ses décisions en matière de personnel, ainsi que de ses écrits magistériels et de ses déclarations publiques.

    Question : Diriez-vous que cela représente une différence nette par rapport à son prédécesseur François – et que cette nouvelle orientation est bénéfique pour l’Église ?

    Gänswein : Je ne porte aucun jugement sur les deux papes. Il est indéniable que des difficultés et des problèmes sont apparus durant le pontificat précédent. Le pape Léon XIV les perçoit et s’y attaque. Cela montre qu’il voit la réalité en face, qu’il la prend au sérieux et qu’il agit.

    Question : Qu’attendez-vous de lui dans les années à venir ?

    Gänswein : La mission première d’un pape est d’être le témoin principal de Jésus-Christ. C’est là le point crucial. Il doit apporter des réponses convaincantes, fondées sur la foi, aux questions de notre époque. La critique est inévitable, même s’il a jusqu’ici bénéficié d’une approbation quasi unanime. J’espère qu’il restera ferme lorsque la situation se dégradera et que l’opposition se manifestera.

    Question : Prenons l'exemple de l'Allemagne : vous avez vécu de nombreuses années à l'étranger – suivez-vous encore de près l'évolution de l'Église catholique dans votre pays d'origine ?

    Gänswein : Absolument. L’Allemagne est mon pays ; j’y ai mes racines. Je suis de près l’actualité de l’Église et, bien sûr, je maintiens des contacts personnels. Je me sens toujours très lié à l’Église en Allemagne.

    Question : Qu’est-ce qui vous inquiète concernant l’Église en Allemagne – et qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ?

    Gänswein : Ce qui m’inquiète, c’est ce que recouvre l’expression maladroite de « voie synodale ». Les débats stériles sur les structures et autres questions similaires mobilisent des ressources importantes à mauvais escient. En revanche, je trouve de l’espoir dans l’éveil des jeunes qui s’intéressent à leur foi et la pratiquent. J’en suis profondément reconnaissant ; cela me réjouit.

    Question : Le chemin synodal a engendré de nombreuses tensions entre l’Église d’Allemagne et Rome ces dernières années. Comment décririez-vous leurs relations aujourd’hui ?

    Gänswein : Vous avez déjà évoqué le mot crucial : tension. Les tensions autour du Chemin synodal et des différents projets émanant de la communauté catholique persistent et attendent une résolution définitive. C’est un obstacle majeur pour de nombreux catholiques en Allemagne qui souhaitent simplement vivre leur foi.

    Question : Les nouveaux dirigeants – le pape Léon XIV à Rome et le nouveau président de la Conférence des évêques allemands, l’évêque Heiner Wilmer – peuvent-ils contribuer à apaiser les tensions ?

    Gänswein : Je l’espère. Le nouveau président de la Conférence des évêques a fait bonne impression jusqu’à présent. Il ne cherche manifestement pas à imposer son point de vue. Cela pourrait contribuer à apaiser les tensions.

    Question : Enfin : lorsque vous considérez votre anniversaire, votre travail dans la région baltique et les changements survenus dans l’Église et dans le monde, qu’est-ce qui, personnellement, vous soutient dans votre foi et vous donne confiance ?

    Gänswein : Ce qui me soutient, c’est la foi elle-même, quelles que soient mes responsabilités actuelles. Elle me donne espoir, confiance, soutien et, surtout, joie. Malgré toutes les difficultés qui m’entourent, la foi demeure le guide de ma vie. C’est avec cette conviction que j’accueillerai l’avenir, quel qu’il soit.

  • Saint Titus Brandsma : témoin de la vérité, martyr de l'amour

    IMPRIMER

    Avec, maheureusement, un jour de retard...

    De Donald Jacob Uitvlugt sur le CWR :

    Saint Titus Brandsma : Témoin de la vérité, martyr de l'amour

    « Même si le nouveau paganisme ne veut plus d’amour, nous, forts de notre expérience historique, vaincrons ce paganisme par l’amour... »

    Saint Titus Brandsma, carme néerlandais martyrisé au camp de concentration de Dachau, est représenté sur une photo non datée. Il a été canonisé à Rome le 15 mai 2022. (Photo CNS/avec l'aimable autorisation de l'Institut Titus Brandsma)
    Beaucoup connaissent sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, la carmélite martyre du nazisme, du moins sous son nom d'Edith Stein. Cependant, elle était loin d'être la seule carmélite victime du national-socialisme. Le 27 juillet, les diocèses des Pays-Bas et la famille carmélite célèbrent la fête de saint Titus Brandsma, OCarm, mort à Dachau le 26 juillet 1942, après avoir reçu une injection létale dans le cadre des « expérimentations médicales » menées dans le camp de concentration.

    Saint Titus né Anno Sjoerd Brandsma en 1881 dans une petite ville de Frise, aux Pays-Bas, était l'avant-dernier d'une fratrie de six enfants issus d'une famille d'éleveurs laitiers. Ses parents, et surtout son père, lui transmirent l'amour de la culture et du patrimoine frisons. Plus important encore, ils étaient de fervents catholiques, une pratique rare dans le nord des Pays-Bas, majoritairement calviniste. Cinq de ses six frères et sœurs entrèrent dans les ordres. Anno devint carme à l'adolescence. Signe peut-être de sa proximité avec sa famille, il prit le même nom que son père, Titus, lors de sa profession religieuse.

    Il fut ordonné prêtre en 1905 et obtint un doctorat à l'Université pontificale grégorienne de Rome en 1909. Bien que son diplôme fût en philosophie et qu'il ait enseigné cette discipline, la plupart des écrits de saint Titus traitent de spiritualité, et plus particulièrement de mysticisme. Parmi ces écrits figurent une anthologie de textes de sainte Thérèse d'Avila, qu'il a compilée et traduite en néerlandais, des articles sur des auteurs spirituels néerlandais et des articles sur l'histoire du carmel. On peut considérer ces travaux intellectuels comme s'inscrivant dans le renouveau du catholicisme aux Pays-Bas au début du XXe siècle.

    Symbole de ce renouveau, le père Brandsma fut, en 1923, parmi les membres fondateurs de l'Université catholique de Nimègue, offrant ainsi aux catholiques néerlandais un accès à l'enseignement supérieur qu'ils n'avaient plus connu depuis la Réforme. Il occupa même la fonction de recteur (équivalent, dans le système américain, d'un président ou d'un chancelier) de cette université. Il acquit une renommée proverbiale pour sa disponibilité envers ses étudiants, soucieux autant de leur bien-être spirituel que de leur réussite scolaire. Il voyageait occasionnellement pour donner des conférences, notamment sur la théologie mystique, et effectua notamment une tournée de conférences aux États-Unis et au Canada en 1935.

    Le père Brandsma s'est également investi dans le journalisme catholique entre les deux guerres mondiales. Il a fondé et dirigé pendant de nombreuses années une revue sur la spiritualité et l'histoire carmélites destinée à un large public catholique. Il a travaillé sans relâche à la rédaction d'articles pour des publications catholiques et laïques ; l'institut préparant l'édition des œuvres complètes de saint Titus recense plus de 700 articles publiés de son vivant. En 1935, peu après sa tournée de conférences, il a été nommé conseiller ecclésiastique auprès de l'association des journalistes catholiques néerlandais.

    Ses activités, tant comme journaliste que comme éducateur, allaient lui causer des ennuis. L'Allemagne nazie envahit les Pays-Bas le 10 mai 1940. En moins d'une semaine, l'armée capitule et les nazis prennent le contrôle du pays. Catholique fervent et engagé, le père Brandsma allait tôt ou tard se heurter au régime. Il avait toujours été un ardent défenseur de la paix entre les nations. Il s'intéressait au dialogue œcuménique et soutenait même le mouvement espérantiste comme moyen de communication entre les peuples. Même sous l'occupation nazie, il plaida pour la liberté de la presse et la liberté d'éducation pour les catholiques comme pour les juifs.

    Le 31 décembre 1941, le père Brandsma rencontra l'archevêque d'Utrecht, chef de la Conférence des évêques catholiques des Pays-Bas, et reçut de lui une lettre, probablement rédigée avec son aide. Cette lettre enjoignait les rédacteurs des publications catholiques du pays de refuser de publier toute publicité ou propagande nazie, sous peine de perdre leur appartenance à l'Église catholique. Un tel document ne pouvant être confié à la poste à cette époque, les évêques en confièrent des copies au père Brandsma afin qu'il les remette en main propre. Il avait déjà rencontré quatorze rédacteurs avant que sa mission ne soit divulguée aux nazis, et il fut arrêté le 19 janvier 1942.

    Pendant sept semaines, les nazis le détenèrent dans une prison néerlandaise. Malgré des conditions de détention spartiates, il conservait son bréviaire et trouvait du réconfort dans les prières de l'Église. Interrogé à plusieurs reprises, d'abord avec courtoisie, les nazis cherchaient à en savoir plus sur l'opposition de la hiérarchie catholique néerlandaise au nazisme. Il répondait toujours aux questions en exposant clairement la vérité catholique.

    En mars, les nazis le transférèrent dans une nouvelle prison aux Pays-Bas et l'habillèrent d'un uniforme de soldat usagé, marqué d'un triangle rouge qui le désignait comme prisonnier politique. Bien que toute manifestation extérieure de religion fût interdite dans ce camp, le père Brandsma trouva le moyen de bénir et d'encourager les autres détenus, notamment en organisant une méditation improvisée le Vendredi saint, le 3 avril, où il s'efforça d'aider ses compagnons d'infortune à percevoir un lien entre leur situation et les souffrances du Christ.

    En mai, il fut déporté en Allemagne, d'abord au camp de prisonniers de Clèves, puis à Dachau en juin. Même dans cet enfer, le père Brandsma s'efforçait de garder le moral, encourageant ses compagnons d'infortune, jusqu'à ce que le travail et les conditions de vie inhumaines l'épuisent. Vers la fin du mois, il s'effondra et fut conduit à l'« hôpital » du camp, tristement célèbre pour les expériences médicales pratiquées sur les détenus. Là encore, il pria pour ses geôliers, assurant à l'infirmière qui allait lui administrer l'injection létale qu'il prierait pour elle. Il lui confia son chapelet avant de mourir le 26 juillet. Trois jours plus tard, son corps fut incinéré au crématorium du camp.

    La femme qui avait été sa nourrice se repentit par la suite et témoigna anonymement lors du procès de canonisation de saint Titus. Le pape Jean-Paul II le béatifia le 3 novembre 1985, soulignant notamment dans son homélie que toute sa vie, depuis son enfance dans un foyer catholique aimant jusqu'à sa vie carmélite, marquée par un ardent mélange de contemplation et d'action, l'avait préparé à son ultime témoignage, même au sein d'un camp de concentration nazi. « Au milieu des assauts de la haine, il sut aimer – tous, y compris ses bourreaux : “Eux aussi sont enfants du Dieu bon”, disait-il, “et qui sait s'il reste quelque chose en eux…” » Le pape François le canonisa avec neuf autres saints (dont saint Charles de Foucauld et saint Devasahayam Pillai) le 15 mai 2022.

    Parce qu'il est un saint qui a exercé le journalisme au sens moderne du terme (et non pas seulement un auteur spirituel comme saint François de Sales), certains journalistes catholiques souhaitent que saint Titus Brandsma soit proclamé saint patron des journalistes. Pourtant, je pense que sa vie recèle de nombreux enseignements, même pour un journaliste. Le plus important, peut-être, est d'inviter les chrétiens à vivre une vie harmonieuse. Notre monde, plus encore que celui de saint Titus, tend à la fragmentation. Nous avons tendance à séparer ce qui se passe à l'église le dimanche de ce qui se passe au travail le lundi et de nos loisirs le samedi. Prêtre carme et éducateur, journaliste et martyr, saint Titus remet en question cette tendance. En lui, l'amour de Dieu et l'amour du prochain – même l'amour de ses ennemis – étaient indissociables.

    L'une des deux options pour la Liturgie des Heures carmélites en la fête de saint Titus Brandsma inclut un sermon qu'il a prononcé le 16 juillet 1939, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, à l'occasion d'un pèlerinage national en l'honneur des saints Boniface et Willibrord. Dans ce sermon, il établit de nombreux parallèles entre le paganisme de l'époque de ces saints et le néo-paganisme de son temps. Avant même le début de la Seconde Guerre mondiale, quelle était la réponse de saint Titus aux nazis ? « Notre époque n'est pas celle des tièdes ; ce dont nous avons surtout besoin aujourd'hui, ce ne sont pas les paroles, mais les actes qui les mettent en pratique, qui leur donnent vie. » Nos vies doivent être en accord avec nos convictions. Nous devons vivre d'un véritable amour chrétien, où l'amour de Dieu et l'amour du prochain ne sont que deux expressions d'une même charité.

    Même si le néo-paganisme rejette l'amour, forts de notre expérience historique, nous le vaincrons par l'amour et ne laisserons pas le nôtre s'éteindre. L'amour nous permettra de reconquérir le cœur des païens. La nature transcende les dogmes. Que la théorie rejette et condamne l'amour, le qualifiant de faiblesse, la pratique de la vie en fera toujours une force capable de conquérir les cœurs et de les captiver. « Voyez comme ils s'aiment ! » Ces paroles des païens à propos des premiers chrétiens, les néo-païens doivent les prononcer à notre sujet. Alors, nous triompherons du monde.

    Que saint Titus Brandsma prie pour nous, afin que nous devenions tous de tels apôtres et, si besoin est, des martyrs de l'amour.