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Débats - Page 450

  • Le point sur l'euthanasie et les Frères de la Charité (IEB)

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    Du bulletin d'information de l'Institut Européen de Bioéthique (13 septembre) :

    La branche belge des Frères de la Charité se rebelle et confirme sa position relative à l'euthanasie

    12/09/2017 - Fin de vie

    Fondée en 1807, la Congrégation des Frères de la Charité est une association  de consacrés et de laïcs dont le charisme ("Le Père Triest et sa perceptions des bons soins"), déployé dans le monde entier, est de prendre soin des personnes fragilisées par la maladie mentale. En Belgique, ce sont près de 5000 personnes malades qui sont accompagnées quotidiennement dans treize institutions psychiatriques du pays.

    En Avril 2017, le Conseil d’Administration, constitué majoritairement de onze laïcs et de seulement trois Frères de la Charité, avait publié sa décision de rendre possible l’euthanasie des malades psychiatriques qui le demanderaient, même s’ils ne se trouvaient pas en fin de vie.

    Le supérieur Général au niveau mondial des Frères de la Charité, le Frère René Stockman, avait réagi immédiatement par communiqué de presse soulignant combien cette décision ne mettait plus le respect de la vie au cœur des soins, et de plus, était en totale contradiction avec l’Enseignement de l’Eglise catholique de laquelle se revendiquent pourtant les membres du Conseil d’Administration.

    Confirmé dans ses démarches par les responsables de l’Eglise à Rome, le Frère Stockman avait demandé au Conseil d’Administration de revoir sa position, faute de quoi, en tant que responsable mondial de la Congrégation, il devrait prendre des mesures juridiques pour les institutions belges des Frères de la Charité (15.000 personnes y travaillent). Le Pape François avait rappelé qu’une euthanasie constitue le « meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine ». En date du 10 août, la Salle de presse du Saint-Siège confirmait que le pape avait pris le dossier en main et qu’il avait bien demandé à la communauté belge des Frères de la charité de renoncer à laisser pratiquer l’euthanasie sur des patients qui résident dans leurs centres psychiatriques.

    Ce 12 Septembre 2017, se rebellant ouvertement, le Conseil d’Administration a réaffirmé sa position comme quoi les malades psychiatriques pourront être euthanasiés dans ses implantations belges.

    Voulant justifier leur position, les responsables ont publié une synthèse reformulant une nouvelle éthique qui veut « prendre en compte le changement et les évolutions au sein de la société ». Ils la détaillent en deux pages et la considèrent « conforme à la doctrine de l’Eglise catholique ». Selon le Prof. et Dr. Axel Liégeois de la KuLeuven, en charge de "l’éthique" chez les Frères de la Charité, la protection de la vie est « une valeur fondamentale mais plus absolue ».

    Le Frère René Stockman s'attriste du fait que « le Conseil d’Administration n’aurait plus l’intention de négocier le contenu de son texte.»

    Flash Expert de l'IEB : " Euthanasie pour troubles psychiatriques ou démence en Belgique : analyse des cas officiellement reportés"

  • Frères de la Charité : une video d'Arnaud Dumouch

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    Contre l'avis du pape François et du frère René Stockman, L'euthanasie a été votée dans les hôpitaux des frères de la charité en Belgique  

    L’organisation des frères de la charité a décidé ce 12 septembre 2017 de désobéir au pape François et de pratiquer l’euthanasie dans les établissements catholiques chargés des personnes handicapées.

    http://www.famillechretienne.fr/eglis...

    Que se passe-t-il au Royaume de Belgique ? Il se passe que la tolérance et l’ouverture du pape François ont eu un effet paradoxal : ils ont fait sortir à la lumière « la bête de la terre » (Ap 13, 11) qui était tapie depuis 60 ans au cœur de l’Eglise et que les papes avaient simplement mis sous le boisseau sans la nommer clairement, sans la désigner comme le fit saint Athanase à son époque pour l’hérésie de son temps. Le nom de cette hérésie est l’humanisme sans Dieu, l’humaniste de cette terre uniquement, sans vie surnaturelle avec Dieu, sans éternité. Le mot « hérésie » signifie, au sens originel « choix ». Il s’agit bien ici d’une « hérésie » car, tout en se revendiquant « catholique », elle a choisi d’exalter « une partie » du message de Jésus Christ (la dimension horizontale d’attention au prochain, dans ses besoins terrestres). Mais elle n’est plus catholique car elle en a rejeté toute la partie verticale, surnaturelle (le sens ultime de cette vie, l’Autre Réalité qui arrive). Son chef de file est le théologien Allemand Hans Küng qui vient lui-même de demander l’euthanasie à cause de son âge et de sa maladie de Parkinson. Il s’exprima dès les années 60 comme professeur de théologie, avant de quitter le sacerdoce. Selon lui, le vrai message du Christ, a été remis sur ses jambes après 2000 ans d’errance par « l’esprit de Vatican II » (la lettre de ce concile étant soumise « aux anciennes superstitions spiritualistes »). Ce « vrai message », c’est que Dieu a fait l’homme pour le bonheur sur terre, et que seule la construction du monde ici-bas est réaliste et légitime. Fini le fanatisme illuminé qui s’illusionnait dans une espérance de l’au-delà. Jésus est le révolutionnaire du bonheur sur terre. Il nous veut heureux maintenant et tout de suite. Cette idéologie a conquis le cœur des clercs, de la majorité des fidèles en Occident suite au traumatisme des deux guerres mondiales. Son chef de file en Belgique fut Gabriel Ringlet et le combattant inlassable qui essaya de maintenir un peu de spiritualité théologale fut Monseigneur Léonard.

    Que faire ?

    1° Identifier et nommer l’hérésie. C’est fondamental. On trouvera ici la raison de la nécessité de cette étape préalable de « mise en lumière ». Voici le récit de l’action théologique précise de saint Athanase au IV° s face à une crise tout aussi grave : Saint Athanase, Docteur de l’Eglise, la colonne de la foi catholique (+373) (64 mn), https://youtu.be/WhKbh4v45rs  Il faut donc se demander : Qu’est-ce que l’humanisme sans Dieu ? Pourquoi est-ce une hérésie ? En quoi est-ce différente de la foi et de l’espérance catholiques ?

    2° A court terme : imposer aux personnes ayant une autorité dans les structures catholiques, un « minimum déontologique », à savoir le serment de fidélité institué par saint Jean-Paul II en 1989. On en trouvera le texte ici. http://docteurangelique.free.fr/AD_TU... Il est évidemment impossible de demander d’adhérer intimement à cette foi. Mais le minimum est d’en défendre les conséquences lorsqu’on est responsable d’une instance catholique. L’idée du frère René Stockman de retirer le label catholique aux hôpitaux des frères de la charité qui sortiraient des exigences minimales du catholicisme ne me paraît pas bonne. C’est l’inverse qui me paraît souhaitable : les personnes qui se sont mises formellement en désobéissance avec les exigences minimales de la morale catholique doivent démissionner des instances dirigeantes et être remplacées par des défenseurs de la vie.

    3° A long terme : un travail de réappropriation de la foi catholique et de sa cohérence est à refaire. Ce sera un travail long et difficile tant le paysage intellectuel et spirituel est en ruine. C’est un travail sans espoir pour la génération de mai 68 mais plein d’espérance pour la génération des jeunes qui, abreuvée d’un monde terrestre sans but ultime, à soif de connaissances. Je l’ai expérimenté durant 20 ans dans les écoles où j’ai enseigné la religion catholique.

    Arnaud Dumouch, 12 septembre 2017

    Soutenez l’Institut Docteur Angélique sur Tipeee : https://www.tipeee.com/institut-docte... Accédez à tous les cours philo, théologie : http://docteurangelique.free.fr/accue...

  • Notre tâche : oeuvrer à la décolonisation idéologique

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    De Jean-Michel Beaussant sur le site de l'Homme Nouveau :

    Pour une décolonisation idéologique !

    À plusieurs reprises le Pape François a parlé de « colonisation idéologique » soutenue par des pays ou des lobbies très influents à l’encontre de la famille et de la loi naturelle. Le terme s’applique parfaitement au laïcisme et à sa dictature du relativisme. Explication et résolution de rentrée.

    Avec la sagesse surnaturelle propre à l’Église, les derniers papes ont induit des concepts particulièrement éloquents, fondés sur la réalité de notre monde contemporain : « culture de mort », « structures de péché », « dictature du relativisme », « totalitarisme sournois » de la démocratie moderne… Retenons ce dernier, en nous souvenant de ce que disait Benoît XVI à son propos : « Le sécularisme qui porte le sceau de l’Occident, différent et sans doute plus sournois que celui du marxisme, présente des signes qui ne peuvent que nous préoccuper. » (24 janvier 2008 aux évêques de Slovénie).

    Le nazisme plus sournois que le communisme

    Incompris de ses proches (les catholiques autrichiens) en son temps, le bienheureux Franz Jägerstätter avait dit similairement du national-socialisme qu’il était « plutôt plus sournois » voire « franchement plus dangereux » que le communisme en ce qu’il est moins ouvertement athée et matérialiste et peut, avec ses aspects subrepticement spirituels et ésotériques, pénétrer l’âme humaine sans se montrer sous son véritable visage d’ennemi mortel de Dieu et de l’humanité. « Selon moi, écrivait-il, ceux qui ne touchent pas aux églises mais complotent avec malice et astuce, ont plus de succès dans la destruction des âmes que ceux qui démolissent les bâtiments sacrés et emprisonnent les prêtres. »

    Laïcisme et islamisme

    Avec le recul, le propos n’est pas si osé qu’il n’y paraît et renvoie à celui du pape émérite. En risquant d’être aussi incompris des catholiques contemporains, on pourrait du reste poser également cette question de nos jours, relative­ment au sécularisme et au « communisme du XXIe siècle » (l’islamisme) : si le nazisme et le sécularisme sont plus sournois que le communisme, le laïcisme occidental n’est-il pas aussi plus insidieux que l’islamisme comme totalitarisme ? Sa « dictature du relativisme » n’est-elle pas plus perfide non seulement que les dictatures du XXesiècle (communisme et nazisme) mais également que celle – théocratique – de l’heure (l’islamisme) avec ses violences ostensibles ? Car il nous faut craindre davantage ceux qui tuent les âmes que ceux qui ne peuvent tuer que les corps, avertit l’Écriture. Martyr en grec veut dire témoin. Et il est aujourd’hui une forme de martyre non sanglant qu’il importe de saluer et soutenir en Occident face à un terrorisme intellectuel plus sournois que le terrorisme physique de l’Orient. Selon un courage et une grâce sans doute différents, l’un n’excluant d’ailleurs pas l’autre et pouvant même y conduire, comme en témoignent la vie et la mort de Jägerstätter.

    Refus de la compromission

    C’est le refus évangélique de la compromission évoqué le 12 août, dans une homélie au Puy du Fou – « Prions pour qu’une puissante et joyeuse Vendée intérieure se lève dans l’Église et le monde » – par le cardinal Sarah comme dans son fameux livre Dieu ou rien, où il appelle finalement à la même attitude morale que Soljénitsyne : « Le mensonge ne passera pas par moi. » Le laïcisme, lui non plus, ne détruit pas forcément les églises. Il ne nous interdit pas de croire au Christ mais il nous y oblige d’y croire comme à une opinion subjective aussi respectable et fantaisiste que toutes les autres croyances dans son temple relativiste : contre le dogme, tous les dogmes ou celui selon lequel il n’y en a pas, d’après la stratégie maçonnique ! Il nous est demandé de rejeter cette dictature du relativisme comme les premiers chrétiens refusaient, au milieu du polythéisme de leur époque, d’aller brûler trois grains d’encens au Panthéon, c’est-à-dire de sacrifier aux idoles en reniant le vrai Dieu. Dieu ou rien ! Comme les dissidents du communisme ou de l’islamisme, les dissidents chrétiens de la religion idolâtrique de l’Empire romain risquaient alors la mort, tandis que nous ne risquons pour l’heure qu’une certaine relégation sociologique.

    Avoir le courage de réagir

    Mais si nous ne risquons pas plus, n’est-ce pas précisément parce nous avons déjà mis un certain pied dans ce lieu idéologique de la démocratie religieuse et du culte de l’homme ? S’il s’agissait pour les premiers chrétiens de refuser de pénétrer dans le Panthéon clairement contraignant de Rome, il s’agit davantage pour nous aujourd’hui d’avoir le courage de sortir de celui plus subtil et dissolvant de notre temps. Autrement dit : accomplir une « décolonisation idéologique » ! Afin d’être plus fidèle à l’Évangile sans hésiter, pour participer au Royaume de Dieu et passer ainsi par la Croix rédemptrice et son mystère d’iniquité : « Parce que vous n’êtes pas du monde et que moi je vous ai choisi du milieu du monde, voilà pourquoi le monde vous hait » (Jn 15, 19).

    Le bienheureux Franz Jägerstätter est né le 20 mai 1907 à St. Radegund, près de Salzbourg, et mort le 9 août 1943 à Berlin. Il était un objecteur de conscience autrichien. Victime du régime nazi, il est vénéré comme bienheureux et martyr par l’Église catholique. Cf. Cesare G. Zucconi, Christ ou Hitler ? Vie du bienheureux Franz Jägers­tätter, DDB, 272 p., 32,50 €.

  • Euthanasie : les Frères de la Charité en Belgique ont choisi de désobéir à Rome (mise à jour à 17H00)

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    Euthanasie : les Frères de la Charité en Belgique désobéissent à Rome (source)

    L’organisation des Frères de la Charité en Belgique ne reviendra pas sur sa décision, prise en mars dernier, d’autoriser la pratique de l’euthanasie au sein de la quinzaine d’établissements psychiatriques placés sous sa responsabilité, a-t-elle déclaré le 12 septembre à l’issue d’une conférence de presse. Cette prise de position a été prise la veille lors d’une réunion exceptionnelle du conseil d’administration.

    L’organisation belge a donc choisi de ne pas suivre les recommandations de Rome et du supérieur général de l’ordre lui demandant de revenir sur sa décision, jugée contraire à l’enseignement de l’Église catholique. Elle estime au contraire que leur texte « est conforme à la doctrine de l'Église catholique » et affirme prendre « en compte le changement et les évolutions au sein de la société ». L’organisation risque l’exclusion de l’ordre selon le frère Stockman, son supérieur.

    Le communiqué de l'organisation est en pdf ICI et l'annexe justificative ICI

     

    La réaction du Supérieur général des Frères de la Charité ne s'est pas faite attendre :

    Communiqué de presse du Généralat des Frères de la Charité à Rome :

    Rome, 12 septembre 2017.

    Le supérieur général des Frères de la Charité, le Frère René Stockman, a pris connaissance de la position du Conseil d'administration de l'organisation des Frères de la Charité en Belgique concernant l'application de l'euthanasie à des patients psychiatriques en phase non terminale.

    Il déplore le fait qu'il n'y ait plus aucune volonté de négocier le texte d'orientation. Il ne comprend pas que le conseil d'administration ne veuille prendre aucun compte des experts de terrain qui ont exprimé des objections claires à l'égard du texte d'orientation. Il regrette également que la consultation planifiée, sous la direction du Prof. Rik Torfs qui devait agir en tant que médiateur ait fait long feu parce que le Prof. Rik Torfs ne pouvait plus faire confiance à l'organisation des Frères de la Charité en Belgique. Cependant, au Vatican, un report provisoire de l'ultimatum posé qui expirait le 11 septembre avait été consenti afin de permettre un dialogue entre le Conseil général et l'organisation belge.

    Le supérieur général reste prêt à dialoguer, pourvu que ce dialogue porte sur le contenu du texte d'orientation, et donc sur le fait qu'il s'agit ou non d'appliquer l'euthanasie dans les murs des Frères de la Charité, et non pour trouver un "modus vivendi". Toutefois, il présentera de nouveau la situation actuelle aux autorités compétentes du Vatican avant de prendre d'autres mesures. Cela se produira dans la semaine du 25 du mois de septembre en cours.

    Compte tenu du fait que le supérieur général séjourne momentanément au Congo, il n'est pas disponible pour d'autres commentaires.

  • Face au ramdam médiatique autour d'Anne Bert, une autre approche de la maladie et de la souffrance

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    9782728922635.jpgAlors que partout (hier encore au JT de la RTBF) on n'entend parler que d'Anne Bert et de sa décision de venir se faire euthanasier en Belgique, il nous paraît opportun de donner place ici à une autre approche de la maladie et de la souffrance. De Camille de Montgolfier sur aleteia.org (27 octobre 2016) :

    Léonard, atteint de la maladie de Charcot, raconté par sa femme

    "Si je ne peux plus marcher, je courrai !" est un livre-témoignage bouleversant sur l’épreuve de la maladie et la mort.

    Léonard est un homme sportif et joyeux de 37 ans, mari et père de quatre enfants, lorsqu’il se découvre atteint par une sclérose latérale amyotrophique. Ce nom barbare désigne une lente dégénérescence du corps qui entraîne sa paralysie progressive, jusqu’à la mort. On la connaît mieux sous le nom de maladie de Charcot, révélée au grand public durant l’été 2014 avec le Ice Bucket Challenge, relayé sur les réseaux sociaux par un grand nombre de célébrités, et qui consiste à mettre au défi une connaissance de se renverser un seau d’eau glacé sur la tête. De prime abord ce jeu peut sembler futile, mais il n’est que la partie médiatique d’une vaste campagne de dons pour la lutte contre la maladie de Charcot qui a finalement permis de lever près de cent millions d’euros pour la recherche.

    Le livre est préfacé par Philippe Pozzo di Borgo, dont l’histoire a été révélée par le film Intouchables. Dans sa préface, il fait part de son admiration pour le courage de Léonard. « Si je ne peux plus marcher, je courrai ! » dit-il à sa famille, « Si je ne peux plus parler, je chanterai ! ».

    Ce sont quatre années de lutte contre la maladie et pour la vie qu’Axelle Huber raconte. Son livre émeut par la poésie avec laquelle elle décrit le chemin de croix de Léonard et de sa famille à mesure que la maladie prend peu à peu les jambes, les bras puis le reste du corps de son mari, jusqu’à sa voix.

    Une vraie leçon de vie 

    « Ce que Dieu veut éprouver en vous, n’est pas votre force, mais votre faiblesse » écrit Bernanos dans Le Dialogue des Carmélites. Chaque chapitre du livre d’Axelle Huber est introduit par une citation de Bernanos qui prend sens face aux renoncements que la maladie impose à Léonard : le ski, le violoncelle, puis son travail : « Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même comme n’importe lequel des membres souffrants de Jésus-Christ ». Et c’est la sérénité de Léonard, dépossédé de lui-même, qui frappe le plus.

    Au-delà de la lutte contre la maladie, c’est une vraie leçon de vie que l’on tire du livre d’Axelle Huber, à travers le récit qu’elle fait de son amour pour cet homme, son mari. Une leçon de foi aussi :  « Léonard devient chaque jour un peu plus, dans l’épreuve de la paralysie, l’homme de foi, d’espérance et de charité qu’il n’a jamais cessé d’être ». Il rassure ses enfants et leur enseigne la parole du Christ, et lorsque la maladie atteint l’un de ses stades les plus avancés, à défaut de pouvoir parler, il leur offre des livres de vies de saints.

    Le livre est ponctué de réflexions d’une grande profondeur, qui touchent par leur beauté simple donc universelle sur le mystère de la Croix : « Léonard témoigne que l’on ne peut entrer dans la résurrection sans passer par la croix. Il sait que Dieu n’a pas voulu le mal, que Dieu n’a pas voulu la souffrance. Il m’exprime très clairement que sans ce mystère de la croix, de la souffrance, de la mort, la foi ne serait plus la foi, qu’il n’y aurait pas d’adhésion libre et volontaire de notre être ».

    C’est donc un livre plein d’espérance et de joie que nous livre Axelle Huber. Malgré la souffrance, en dépit de l’injustice de se voir ainsi priver de l’homme de sa vie, du père de ses enfants, c’est bel et bien un témoignage de la joie partagée avec Léonard, en attendant la joie à venir.

    Si je ne peux plus marcher, je courrai !, d’Axelle Huber. Éditions Mame, septembre 2016, 224 pages, 15,90 euros.

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  • L’Europe en question : un lunch débat animé par deux témoins de premier plan à l’Université de Liège, le mardi 10 octobre à 18h00

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    lunch_debat_oct2017.jpg

    L’Union européenne est aujourd’hui menacée de désintégration. Le risque peut venir de trois côtés à la fois : par la sécession de certains Etats-membres, aujourd’hui le Royaume-Uni avec le « Brexit » ; par l’implosion de l’Eurozone suite à un nouveau « Grexit », mais élargi à d’autres pays méditerranéens que la Grèce ; par un recloisonnement de l’Espace Schengen suite à la crise des réfugiés. Bien entendu, on peut préférer un discours plus optimiste et se rappeler que l’Europe ne progresse que par crises. Mais comme celle-ci en combine plusieurs, on voit bien qu’en sortir par le haut va demander un grand bond en avant. Est-ce possible et à quelles conditions ?

    Pour en débattre le cercle inter-facultaire de l’Union des étudiants catholiques de Liège et le Groupe de réflexion sur l’éthique sociale  accueillent, le mardi 10 octobre prochain à 18h00 à l’Université de Liège, deux témoins privilégiés de la vie européenne : le professeur Alfred Steinherr, ancien Directeur Général de la Banque Européenne d’Investissement (B.E.I.), qui interviendra sur le thème de « L’Union monétaire en question » et Pierre Defraigne, Directeur du Centre Madariaga au Collège d’Europe et Directeur général hre à la Commission européenne, qui plaidera pour « L’Europe, dernier recours de la démocratie face aux transformations du monde ».

    La rencontre se tiendra sous la forme d’un lunch débat à la salle des professeurs dans le bâtiment du Rectorat de l’Ulg,  place du XX août, 7, 1er étage (accès par la grande entrée : parcours fléché).

    Participation aux frais : 15 € (à régler sur place). Pour les étudiants : 5€

    Inscription nécessaire au plus tard trois jours ouvrables à l’avance (6 octobre 2017) : soit sur le site internet : www.ethiquesociale.org   - soit par email : info@ethiquesociale.org – soit par téléphone : 04 344 10.89.

    JPSC

     

  • La Belgique où règne une extension permanente du domaine de la mort...

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    D'Erwan Le Morhedec ("Koz") sur son blog :

    L’extension permanente du domaine de la mort

    Et la mécanique ordinaire se met en œuvre, comme s’il s’agissait de suivre le plan convenu à l’avance. Une checklist. Cocher la case livre, la case ADMD, le départ à l’étranger, les matinales et la pression de l’émotion. Et cet argument, toujours, du moins-disant éthique. Puisque le pays voisin l’autorise, pourquoi ne le faisons-nous pas ? Comme si la mort, la vie, la dignité d’un être se décidaient au jeu du forum shopping. Une écrivaine, Anne Bert, a choisi de rejoindre la Belgique pour s’y faire donner la mort, au stade où elle considère que sa dignité n’est plus assurée. Elle n’est pas en phase terminale mais refuse de vivre davantage. Ce serait son choix, un choix personnel qu’il conviendrait de respecter. C’est ainsi qu’on nous le présente, c’est pourtant un peu plus que cela. C’est aux noms de tous les autres qu’il faut interroger cette démarche.

    Car oui, c’est un peu plus que son choix, puisqu’elle a décidé de le médiatiser. C’est un peu plus que son choix puisqu’elle a décidé d’appeler de ses vœux un changement de législation. Peu importe que la France en ait si souvent débattu, peu importe la nature de nos débats éthiques et parlementaires. Avec le secours médiatique et les bons soins de la Belgique, il s’agit d’aller plus loin, encore plus, toujours plus loin, vers le seul but véritable de cette action militante depuis plus de vingt ans : obtenir le droit, à tout moment de sa vie, en phase finale ou non, malade ou pas, de se faire donner la mort.

    Je lis qu’Anne Bert dénonce la loi française. Dans Le Parisien, elle est en colère contre « une loi hypocrite », la France « proscrivant seulement l’acharnement thérapeutique ». Faut-il donc travestir cette loi pour en obtenir la révision ? Après déjà les élargissements dus à la loi Leonetti, ouvrant la possibilité d’une sédation jusqu’à la mort, la révision de cette loi par la loi du 2 Février 2016 « créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie » est allée bien au-delà. Désormais, l’article L1110-5-5 du Code de la Santé Publique prévoit ceci, qui vient encore s’ajouter aux possibilités antérieures :

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  • Non, les djihadistes ne sont pas des fous décérébrés

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    De Doan Bui sur le site de l'Obs :

    Djihadisme : au parloir avec les "Soldats de Dieu"

    Les auteurs d'une étude sur la radicalisation publient une dizaine d'entretiens menés en prison. Interview.

    Xavier Crettiez, professeur de science politique, a conclu au printemps une étude sur les processus de radicalisation pour le ministère de la Justice. Des entretiens menés en prison, coécrits avec Bilel Ainine, chercheur en science politique, est né le livre "Soldats de Dieu. Paroles de djihadistes incarcérés", à paraître le 7 septembre (1). Un portrait quasi clinique du djihadisme. Interview et extraits.

    Vous êtes à l’origine chercheur spécialisé dans la violence et la radicalisation en politique, notamment au sein des mouvements basques et corses. Pour "Soldats de Dieu", vous avez recueilli la parole de djihadistes incarcérés. Avez-vous décelé des similitudes avec votre ancien objet de recherche ?

    Xavier Crettiez : Bizarrement, oui. J’ai souvent retrouvé chez ces djihadistes une même cohérence dans le discours et dans la structuration idéologique que chez les nationalistes corses ou basques avec qui j’ai pu échanger auparavant. Et parallèlement, je note la même "invisibilité" de ce discours.

    A l’époque des Brigades rouges ou des attentats de l’ETA, on a toujours été plus fasciné par l’imagerie véhiculée, les cagoules et les armes, par exemple, mais on s’intéressait assez peu aux propos de ces militants clandestins. Aujourd'hui, on retrouve ce même paradoxe : l’imagerie djihadiste est sur-représentée, presque avec complaisance, mais leur discours est finalement assez peu entendu. Soit il est considéré comme absurde, soit comme moralement inaudible.

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  • Le pape est revenu sur la question de l'accueil des migrants

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    D'Hélène Ginabat sur zenit.org

    Accueil des migrants: « le cœur toujours ouvert, prudence et intégration »

    Conférence dans l’avion Cartagena-Rome

    « Le cœur toujours ouvert, prudence et intégration, et proximité humanitaire. » C’est l’attitude que le pape François préconise dans l’accueil des migrants, devant les journalistes qui l’ont accompagné en Colombie.

    Dans l’avion qui le ramenait de Cartagena à Rome, le 11 septembre 2017, lors de sa traditionnelle conférence de presse de retour de ses voyages, le pape a dénoncé la tentation d’ « exploiter l’Afrique » : « investissons là-bas pour qu’ils se développent… Nous devons renverser cela. L’Afrique est une amie et il faut l’aider à grandir ».

    Chaque gouvernement, a-t-il aussi souligné doit gérer la question des migrants « avec la vertu propre au gouvernant, à savoir la prudence. Qu’est-ce que cela signifie ? D’abord, combien de places j’ai. Deuxièmement, ne pas seulement recevoir, (mais) intégrer ».

    Voici notre traduction des paroles du pape transcrites par le quotidien de la Conférence épiscopale italienne Avvenire.

    Récemment l’Église italienne a exprimé une sorte de compréhension envers la nouvelle politique du gouvernement de restreindre sur la question des départs de la Libye et par conséquent des débarquements. On a aussi écrit que, sur ce point, vous avez rencontre le président du Conseil, Gentiloni. Nous voudrions savoir si cette rencontre a eu lieu et si cette question a été abordée. Et surtout, que pensez-vous de cette politique de fermeture des départs, considérant aussi le fait qu’ensuite les migrants qui restent en Libye, comme cela a été prouvé par des enquêtes, vivent dans des conditions inhumaines, dans des conditions vraiment très précaires. Merci.

    Avant tout, la rencontre avec le (premier) ministre Gentiloni a été une rencontre personnelle et non sur cette question. C’était avant ce problème qui a émergé quelques semaines plus tard… Deuxièmement, je ressens un devoir de gratitude envers l’Italie et la Grèce parce qu’elles ont ouvert leur cœur aux migrants. Mais il ne suffit pas d’ouvrir son cœur. Le problème des migrants est : premièrement, un cœur ouvert, toujours, entre autres parce que c’est un commandement de Dieu, recevoir, parce que « tu as été esclave », migrant, en Égypte. Mais un gouvernement doit gérer ce problème avec la vertu propre au gouvernant, à savoir la prudence. Qu’est-ce que cela signifie ? D’abord, combien de places j’ai. Deuxièmement, ne pas seulement recevoir, (mais) intégrer. J’ai vu ici, en Italie, des exemples de très belle intégration. Je suis allé à l’Université Roma Tre, quatre étudiants m’ont posé des questions. J’en regardais une, la dernière : mais ce visage, je le connais. C’était une étudiante qui, moins d’un an plus tôt, était venu de Lesbos avec moi en avion, elle a appris la langue, elle étudiait la biologie dans sa patrie, elle a fait l’équivalence et maintenant elle continue. Cela s’appelle intégrer. Sur un autre vol, je rentrais de Suède, j’ai parlé de la politique d’intégration de ce pays comme un modèle. Mais la Suède aussi a dit avec prudence : le nombre est celui-ci, je ne peux pas plus. Troisièmement, il y a un problème humanitaire. Ce que vous disiez. L’humanité prend-elle conscience de ces camps, des conditions dans le désert ? J’ai vu des photos, ceux qui exploitent. Je crois, j’ai l’impression que le gouvernement italien fait tout, par des travaux humanitaires, pour résoudre même des problèmes qu’il ne peut assumer. Mais le cœur toujours ouvert, prudence et intégration, et proximité humanitaire. Et il y a une dernière chose que je veux dire et qui vaut surtout pour l’Afrique. Il existe, dans notre inconscient collectif, une devise, un principe : il faut exploiter l’Afrique. Aujourd’hui, à Carthagène, nous avons vu un exemple d’exploitation, humain dans ce cas-là. Sur ce point, un chef de gouvernement a dit une belle vérité : ceux qui fuient la guerre, c’est un autre problème ; mais beaucoup qui fuient la faim, investissons là-bas pour qu’ils se développent. Mais dans l’inconscient collectif, il y a le fait que chaque fois que tous les pays développés vont en Afrique, c’est pour exploiter. Nous devons renverser cela. L’Afrique est une amie et il faut l’aider à grandir.

  • Retour sur le discours de Benoît XVI à Ratisbonne st sur la polémique qui s'ensuivit

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    Lu sur Atlantico.fr (Christophe Dickès) :

    Benoit XVI : les dessous de la polémique de Ratisbonne

    Que va-t-il rester de Benoît XVI ? Coincé entre le géant Jean-Paul II et le médiatique François, rythmé par de nombreuses crises et critiqué à l’intérieur même de l’Église, le pontificat du professeur Ratzinger est trop souvent lu à la seule aune de son dénouement, à savoir la renonciation. Le règne de Benoît XVI ne saurait pourtant se réduire à cet acte final, ni à la réputation d’intransigeance et de froideur qui reste à tort attachée à la figure de ce pape. C’est ainsi, en s’intéressant aux continuités et aux ruptures marquées par ce pontificat, que l’auteur souligne la richesse et l’étendue historique, politique et spirituelle de son héritage. Inspiré par sa rencontre avec Benoît XVI en 2014, l’historien et journaliste Christophe Dickès prolonge ici une réflexion amorcée dans son Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège pour déceler le legs d’un pape dont l’intelligence et la vision ont été trop souvent sous- estimées. Extrait de "L’héritage de Benoît XVI" de Christophe Dickès, publié aux éditions Tallandier.

    On peut même dire que le discours de Ratisbonne restera comme un des plus importants de l’histoire contemporaine de l’Église, un texte dense « dont l’enjeu intellectuel et doctrinal est considérable ». Il s’inscrit dans l’œuvre globale d’un intellectuel chez qui l’on trouve de nombreux éléments annonciateurs, avant même l’élection de 2005. La lecture magistrale développe l’apport fondamental de l’hellénisme au christianisme, en partant donc des considérations de Manuel II Paléologue qui, en complément de ses considérations sur le djihad, ajoutait : « Dieu ne prend pas plaisir au sang et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu.

    La foi est le fruit de l’âme, non pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu’un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste et non pas recourir à la violence et à la menace. […] Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. » Afin d’appuyer cette affirmation, Benoît  XVI nous renvoie aux écrits de saint Jean qui ouvre son Évangile par les mots  : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu. » Le Verbe – en grec, le logos – « désigne à la fois la raison et la parole ». Pour le professeur Ratzinger, ce rapprochement entre « la foi biblique et le questionnement grec » est d’une importance « décisive pour la naissance et la diffusion du christianisme » pendant la période de l’Antiquité et à l’époque médiévale. De son point de vue, cette synthèse entre esprit chrétien et pensée grecque est un des fondements de l’Europe, pourtant remis en cause à l’époque moderne (xvie -xviiie siècles).

    Ainsi, la polémique autour de la phrase de Manuel II a occulté le fait que le discours de Ratisbonne était surtout une critique de la modernité et du processus de déshellénisation du christianisme qui a eu lieu en trois étapes : au moment de la Réforme du xvie   siècle, puis sous les coups de la théologie libérale des xixe et xxe  siècles, et enfin à notre époque contemporaine. Ainsi, tout en reconnaissant les apports de la modernité et « des vastes possibilités qu’elle a ouvertes à l’homme », Benoît XVI explique qu’une raison « qui reste sourde au divin et repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures ». Et Joseph Ratzinger d’ajouter : « Depuis longtemps, l’Occident est menacé par cette aversion pour les interrogations fondamentales de la raison et il ne pourrait en subir qu’un grand dommage. » On retrouve dans ces mots une autre thématique chère à l’œuvre du professeur Ratzinger, celle de la défense du fait religieux dans une Europe sécularisée excluant le fait religieux et refusant d’inscrire dans sa constitution ses racines chrétiennes. Elle existe entre autres dans la conférence donnée par le cardinal Ratzinger en juin  2004 à Caen, à l’occasion du 60e anniversaire du Débarquement. La nécessité d’une référence à une transcendance sera reprise bien plus tard, devant les autorités politiques en République tchèque (2009), au RoyaumeUni (2010) ou à Berlin (2011)34. Dans un monde qui érige la science au rang de seule et unique explication du monde, Benoît  XVI rappelle les fondamentaux de la philosophie et la théologie, ainsi que la nécessité du divin35. Ainsi, le discours de Ratisbonne visait à replacer l’hellénisme au centre d’une pensée théologique, induisant non seulement le rejet des dérives fondamentalistes de l’islam contemporain mais aussi la critique de la raison positiviste et laïciste des sociétés contemporaines européennes.

    Extrait de "L’héritage de Benoît XVI"  de Christophe Dickès, publié aux éditions Tallandier

     
  • Quand les croix des églises sont gommées sur les emballages de produits grecs

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    De Henrik Lindell sur le site de l'hebdomadaire "La Vie" :

    Tollé européen pour les croix gommées sur les produits Lidl

     
	© iStock (montage : La Vie)

    © iStock (montage : La Vie)

    Au nom du respect de la diversité, les groupes Lidl, Carrefour, Nestlé et Danone ont effacé les croix sur des images d'églises orthodoxes qui figurent sur l'emballage de certains produits alimentaires. Mais ce choix provoque la colère de consommateurs à travers toute l'Europe.

    Tout le monde ou presque a déjà vu cette carte postale idyllique de la Grèce, avec des églises orthodoxes aux coupoles bleues qui se dressent à flanc de falaise dans l'île de Santorin. On retrouve notamment cette image sur l'emballage de banals produits « grecs » de grande consommation – par exemple, les yaourts à la grecque. Elle est tellement fréquente qu'en général on n'y pense même plus. Mais si on regarde bien, on peut observer sur certaines boîtes que l'image a subi une étrange transformation depuis quelques mois : les églises orthodoxes ont tout simplement été amputées de leurs croix blanches...

    C'est particulièrement le cas de produits vendus par l'entreprise allemande de distribution Lidl. Elle vient de lancer une nouvelle gamme d'aliments grecs – moussaka, feta, huile d'olive, boulettes de viande, brochettes de légumes... – destinés à ses milliers de magasins à travers toute l'Europe. Mais, de l'Italie en Suède en passant par le Royaume-Uni et la France, des consommateurs se sont aperçus de l'amputation visuelle et ont rapidement demandé des explications au géant allemand. Réponse de l'entreprise : « Nous évitons l’utilisation de symboles religieux, car nous ne souhaitons exclure aucune croyance religieuse. » Et d'ajouter une sorte de justification morale : « Nous sommes une entreprise qui respecte la diversité et c’est ce qui explique la conception de cet emballage. »

    Nous évitons l’utilisation de symboles religieux, car nous ne souhaitons exclure aucune croyance religieuse. – Lidl

    Supprimer des croix sur des églises orthodoxes au nom de la diversité ? Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette explication n'a guère suffi pour calmer les consommateurs. Au contraire. Depuis une semaine, sur les pages Facebook de Lidl, ils laissent éclater leur agacement et certains appellent même au boycott, estimant que Lidl ne respecte pas l'identité culturelle et religieuse de la Grèce. Les réactions les plus dures viennent naturellement des organisations qui dénoncent la christianophobie et des élus de la droite dure, mais pourtant la plupart de ceux qui s'expriment ne sont pas des militants politiques. L'affaire a pris de l'ampleur il y a une semaine quand la chaîne de radio RTL en Belgique a fait une enquête qui a ensuite été reprise par un site d'actualité grec généraliste, qui diffuse des articles en anglais.

    Dans ces articles, on trouve des comparaisons saisissantes entre les images « photoshopées » de Lidl et celles des églises réelles. Il s'agit des deux coupoles de l'Anastasis (« Résurrection », en grec) de l'église orthodoxe du village d'Oïa sur l'île de Santorin. Une véritable défiguration, dénoncée par plusieurs responsables religieux. Ainsi, par exemple, l'archevêque orthodoxe Gregorios au Royaume-Uni estime que la photo retouchée est « immorale » et exige que l'on montre l'église telle qu'elle est, avec sa croix sans laquelle elle n'a guère de sens.

    Sans doute surpris par l'ampleur de la polémique et la colère des Européens, le groupe allemand s'est abord excusé en communiquant ce message dans toutes les langues européennes : « Notre intention n’a jamais été de choquer. Nous évitons l’utilisation de symboles religieux sur nos emballages pour maintenir la neutralité dans toutes les religions. Si cela a été perçu différemment, nous présentons nos excuses aux personnes qui ont pu être choquées. » Cette explication étant jugée par beaucoup insuffisante, la direction du groupe a finalement décidé le 6 septembre que l'image sur l'emballage sera modifiée « aussi vite que possible », mais sans pour autant promettre qu'on reverra une église avec sa croix.

    Ces entreprises, qui voulaient soi-disant défendre la diversité en supprimant les croix, apportent de l'eau au moulin de ceux qui ont des revendications identitaires. – Carol Saba

    Il se trouve que cette affaire est loin d'être un cas isolé. Cela fait en réalité plusieurs mois que l'on trouve la même image de Santorin retouchée sur des produits d'autres marques. Et pas n'importe lesquelles. Sur l'emballage de leurs « yaourts à la grecque », Nestlé, Danone, Carrefour, Lynos et probablement d'autres encore ont tous eu recours au même procédé que Lidl. Jusqu'alors, ce sont surtout des organisations qui défendent l'identité chrétienne de l'Europe qui ont réagi en France auprès des marques françaises (Danone et Carrefour). Mais certains élus ont pris le relai. La députée LR des Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer, a posté le 5 septembre sur sa page Facebook un commentaire interpellant le groupe Carrefour. Quitte à oser au passage un parallèle douteux avec des produits halals destinés aux musulmans : « Carrefour fait le choix de supprimer les croix chrétiennes de ses emballages mais appose le croissant musulman sur ses produits halal ».

    « On voit ainsi que ces entreprises, qui voulaient soi-disant défendre la diversité en supprimant les croix, créent des frustrations et apportent en réalité de l'eau au moulin de ceux qui ont des revendications identitaires », résume Carol Saba, responsable de la communication de l'Assemblée des évêques orthodoxes de France. Pour lui, les spécialistes de marketing qui ont décidé de retoucher les photos de Santorin en supprimant la croix d'une l'église censée symboliser la Grèce ont fait une « omission accusatrice », un peu comme si la Grèce avait tort de dresser des croix sur ses églises. « Or, en Grèce, l'identité religieuse et l'identité culturelle ne sont pas dissociables. Une église sans la croix n'est plus une église. Et le fait de vouloir la gommer est une destruction. Une destruction qui ne peut que faire le lit de l'extrémisme. »

    Une pétition est en ligne pour protester contre cette manipulation :

    "Les croix des églises sont volontairement effacées des emballages de produits Grecs où de type Grec, nous ne pouvons pas accepter que l'on désacralise nos églises et porte une atteinte à notre patrimoine à des fins commerciales."

    https://secure.avaaz.org/fr/petition/La_grande_distribution_Touche_pas_a_mon_lieu_de_culte/edit/

  • "Qui suis-je pour juger ?", une formule profondément juste...

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    Sur son blog "Metablog", l'abbé de Tanouärn répond à un lecteur qui l'interroge :

    Réponse à Albert 76 sur François

    "Mon Père, je m'interroge, mieux: j'ai interrogé des prêtres. Ils ne m'ont pas donné de réponse. Peut-être trouvaient-ils ma question oiseuse? impertinente? Ce n'était pas mon intention. Alors je réessaye, peut-être aurai-je une réponse avec vous. Je schématise, et voila la question: COMMENT SE FIER AU JUGEMENT D'UN PAPE QUI RÉPOND NE PAS ÊTRE LA POUR JUGER ?"

    Cher Albert 76, votre question est très importante, parce qu'en disant "Qui suis-je pour juger ?" le pape François a donné l'impression à certains de ne pas vouloir faire le pape, de s'abstenir de tout discours normatif, en se contentant, comme il le répète souvent, "d'accompagner", c'est-à-dire au fond d'approuver. L'objection est de taille et l'on ne s'en débarrasserait pas d'un revers de main.

    Il y a une deuxième objection, celle au fond que vous formulez : le pape pose des jugements sur des personnes. Je pense  aux pauvres franciscains de l'Immaculée. Cette congrégation parfaitement reconnu, il l'a persécuté et c'est bien au nom d'un jugement personnel qu'il portait sur une manière d'être religieux qui ne lui plaisait pas. On ne sache pas, par exemple, que le pape blanc s'en soit pris au pape noir, quand ce dernier a dit que le diable n'existait pas.  Cette affirmation d'un homme qu'il a fait nommer à la tête des jésuites, manifestement... il ne la juge pas. Il est donc très clair que le jugement du pape sur tel ou tel personne est obéré par des présupposés, au point qu'on peut penser qu'il a raison de dire : "Qui suis-je pour juger ?" et que cette question, il devrait parfois se l'appliquer à lui-même.

    Le pape, dans sa fonction de pape, doit pourtant, en nom Dieu, juger des personnes. Mais la plupart du temps, cela doit passer par une procédure canonique. La distinction des trois pouvoirs n'étant pas théologique, le jugement du pape peut en droit se porter sur des personnes, non seulement celles qu'il nomme à tel ou tel poste, mais surtout celles qu'il condamne. Voilà pour ce que j'ai appelé ici la deuxième objection.

    Revenons à la première : le pape s'abstient-il volontairement de tout discours normatif ? Il est clair que par tempérament il fuit de tels discours, mais par fonction, il doit en assumer quelques uns. Ces discours ne portent pas sur des personnes, mais sont supposés refléter un discernement, en départageant la vérité et l'erreur. Dans ces circonstances, non seulement le pape peut juger, mais il doit juger.

    Au fond la formule : Qui suis-je pour juger ? est profondément juste si l'on en définit correctement l'objet. "Seul Dieu sonde les reins et les coeurs" répètent les prophètes de l'Ancien Testament. "Le jugement a été remis au Messie" lit-on en Jean V. Seul le Christ possède le droit de juger les personnes, parce que seul, en tant que Dieu, il les pénètre et les connaît vraiment. C'est ce que l'on voit sur le porche de nos cathédrales : le jugement rendu par le Christ, seul juste juge. Comme je le propose plus haut, il faut distinguer ici : juger les personnes et discerner leurs actions. "L'homme spirituel juge de tout" dit saint Paul. Cela ne signifie pas qu'il juge les gens en pénétrant les recès de leur coeur. Seul Dieu peut le faire. Mais cela signifie qu'il juge de toutes les situations, qu'il possède une intelligence particulière des situations, celle que donne la sagesse.

    Dernier point : il nous faut donc nous abstenir de juger les autres, puisque nous ne les connaissons pas vraiment. Mais pas seulement les autres : nous-mêmes. Nous avons le plus grand mal à nous juger nous mêmes, nous avons toujours tendance à exagérer nos qualités, parfois aussi à exagérer nos défaut. Laissons nous juger par le Christ, ne nous laissons pas impressionner par les jugements que nous portons sur nous-mêmes et enfin, d'un autre côté, n'hésitons pas à discerner à juger des situations dans lesquelles nous nous trouvons. C'est à cela que le Saint Esprit lui-même nous pousse.