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Philosophie

  • Habermas, un philosophe à la recherche d'un fondement pour l'éthique publique

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    Le nom du philosophe allemand, disparu le 14 mars dernier, est peut-être inconnu à beaucoup. Pour moi, il le serait sans doute aussi, si son nom ne restait associé à un débat demeuré célèbre, qui a eu lieu en janvier 2004, entre le « philosophe de la raison laïque » et le futur pape Benoît XVI. Circonstance qui a valu à ce dernier (du bout des lèvres, cependant) un brevet de bonne conduite de la part des médias (laïcistes, il est superflu de le préciser).

    Ratzinger est arrivé à ce débat avec un avantage que le temps n’a fait que confirmer : il voyait avec une extraordinaire lucidité qu’une raison enfermée sur elle-même, réduite à la technique, au calcul ou à la procédure, finit par devenir incapable de juger ses propres fins.

    Il avait déjà averti que le grand danger de l’Occident n’était pas un excès de foi, mais une mutilation de la raison. Lorsque celle-ci se sépare de la vérité et du bien, elle cesse d’être véritablement rationnelle et devient un instrument de pouvoir.

    Chez Ratzinger, on trouvait un diagnostic d’une grande profondeur : l’Europe ne pourrait survivre spirituellement si elle reniait les sources chrétiennes qui avaient formé sa conscience morale, son idée de la personne et sa notion de dignité inviolable.

     

    Décès de Jürgen Habermas, le philosophe de la raison laïque qui a fini par reconnaître la nécessité publique de la religion

    INFOVATICANA
    15 mars 2026

    La disparition de Jürgen Habermas marque la fin de l’une des parcours intellectuels les plus influents de l’Europe d’après-guerre. Décédé le 14 mars 2026 à Starnberg, à l’âge de 96 ans, le penseur allemand a été pendant des décennies l’un des grands architectes philosophiques de la modernité libérale européenne, un système qui a cherché à se reconstruire après les ruines du XXe siècle en faisant appel à la raison, au consensus et aux procédures démocratiques. Son nom est resté associé à la théorie de l’action communicative, à la défense de la sphère publique et à l’aspiration à fonder la coexistence sur un dialogue rationnel entre des citoyens affranchis de toute tutelle dogmatique.

    Habermas a incarné comme peu d’autres la confiance de la philosophie allemande d’après-guerre dans la capacité d’une société à se reconstruire moralement grâce à des structures procédurales et des consensus discursifs. Cet espoir, qui a exercé une influence considérable sur les universités, les institutions européennes et les élites culturelles, a également accompagné un long processus de vidage spirituel de l’Occident. Alors que la philosophie publique s’attachait à perfectionner les conditions du dialogue, l’Europe s’enfonçait dans une crise plus profonde : l’érosion de la vérité, la dissolution de l’autorité morale, la fragmentation communautaire et l’incapacité croissante à distinguer entre la liberté authentique et le simple déracinement.

    Habermas fut, en ce sens, l’un des penseurs les plus cohérents d’une civilisation qui a voulu préserver la dignité humaine après avoir coupé les racines métaphysiques et religieuses qui la soutenaient. Son effort a consisté à démontrer que la démocratie libérale pouvait se légitimer elle-même par le biais de la communication rationnelle. Le problème est que l’histoire récente de l’Europe a montré que les procédures ne suffisent pas lorsque la vérité sur l’homme s’affaiblit. La raison moderne, déconnectée de toute référence supérieure, ne produit pas de sociétés plus justes ou plus humaines ; elle a souvent servi à gérer efficacement une décadence morale présentée comme un progrès.

    C’est pourquoi l’un des moments les plus marquants de son parcours intellectuel revêt une importance particulière : le dialogue qu’il a eu en janvier 2004 à l’Académie catholique de Bavière, à Munich, avec le cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI. Cette rencontre n’était pas une simple marque de courtoisie entre deux personnalités prestigieuses, mais une confrontation de fond entre deux façons d’appréhender le destin de l’Europe. D’un côté, le grand philosophe de la rationalité laïque. De l’autre, le théologien qui a peut-être compris avec le plus de profondeur la crise spirituelle de l’Occident.

    Ratzinger est arrivé à ce débat avec un avantage que le temps n’a fait que confirmer : il voyait avec une extraordinaire lucidité qu’une raison enfermée sur elle-même, réduite à la technique, au calcul ou à la procédure, finit par devenir incapable de juger ses propres fins. Il avait déjà averti que le grand danger de l’Occident n’était pas un excès de foi, mais une mutilation de la raison. Lorsque celle-ci se sépare de la vérité et du bien, elle cesse d’être véritablement rationnelle et devient un instrument de pouvoir. Chez Ratzinger, on trouvait un diagnostic d’une grande profondeur : l’Europe ne pourrait survivre spirituellement si elle reniait les sources chrétiennes qui avaient formé sa conscience morale, son idée de la personne et sa notion de dignité inviolable.

    Habermas, qui n’a jamais renoncé à son cadre laïc, a eu au moins l’honnêteté intellectuelle de reconnaître dans cet échange ce qu’une grande partie du progressisme européen refusait d’admettre : que la religion ne pouvait être bannie sans autre forme de procès de l’espace public comme s’il s’agissait d’un vestige irrationnel du passé. Il a reconnu que les traditions religieuses conservaient des contenus moraux et anthropologiques que la raison laïque n’avait pas su remplacer pleinement. Ce fut un aveu significatif, précisément parce qu’il venait de l’une des figures les plus emblématiques de la pensée laïque européenne.

    Ce débat, publié par la suite sous le titre Dialectique de la sécularisation, conserve tout son intérêt car il a marqué un tournant historique. Il ne s’est pas agi d’une victoire intellectuelle totale de Habermas, comme on a parfois voulu le présenter dans les milieux universitaires, mais plutôt de la constatation des limites d’un projet laïc autosuffisant. Le philosophe allemand a affiné et nuancé sa position, mais c’est Ratzinger qui a proposé le diagnostic le plus perspicace. Alors qu’Habermas cherchait des formules pour intégrer la religion dans un cadre discursif sécularisé, Ratzinger soulevait une question plus décisive : une civilisation qui rompt avec la vérité sur l’homme peut-elle réellement continuer à se qualifier de rationnelle?

    La mort de Habermas invite ainsi à un bilan moins complaisant. Ce fut un penseur de grande envergure, rigoureux, systématique et déterminant dans la configuration intellectuelle de l’Europe contemporaine. Mais il fut aussi, dans une large mesure, le philosophe d’un monde qui a voulu sauver les conséquences chrétiennes tout en rejetant leurs causes chrétiennes. Son œuvre a tenté de donner une base stable à la coexistence démocratique sans recourir à la vérité révélée ni à un fondement transcendant partagé. Cet effort mérite d’être connu, mais pas idéalisé. Car l’Europe qui a suivi cette voie n’est pas entrée dans un âge de plénitude morale, mais dans une visible intempérie spirituelle.

    Face à cet horizon, la figure de Joseph Ratzinger apparaît aujourd’hui sous un jour encore plus imposant. Non seulement en raison de sa finesse théologique ou de son immense culture, mais aussi parce qu’il a compris avant beaucoup d’autres que la crise de l’Occident était, au fond, une crise de la raison elle-même, une raison rabaissée par son refus de s’ouvrir à la vérité, à la nature humaine et à Dieu.

    Si le dialogue avec Habermas continue d’être lu, ce n’est pas seulement en raison du prestige des deux interlocuteurs, mais parce qu’il a consigné l’une des dernières tentatives sérieuses de l’Europe cultivée pour s’interroger sur ce qui fait réellement vivre une civilisation.

    Et face à cette question, au fil des ans, Ratzinger semble s’être montré plus solide que son illustre interlocuteur.

    Lire également : Habermas, à la recherche d'un fondement pour l'éthique publique

  • Marcel Gauchet récuse la « dictature du relativisme » pointée par Benoît XVI

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    De Radio Notre-Dame ("Le grand témoin" avec Louis Daufresne) :

    © RND-RCF
    11 mars 2026

    Marcel Gauchet récuse la « dictature du relativisme » pointée par Benoît XVI

    17 min
    cliquer sur ce lien pour accéder au site de l'émission :

     

    Marcel GAUCHET, historien, philosophe, sociologue. Auteur de Comment pensent les démocraties (Albin Michel)

    Dans une société liquide où tout se vaut et tout se vend, les idées et les identités sont comparables à des objets placés sur la gondole du supermarché : leur valeur est celle de choses que l’on renouvelle au gré de l’arbitraire des modes et des passions. « Dans un monde renversé, même le vrai est un moment du faux », disait Guy Debord. C’est très difficile pour une institution solide comme l’Église catholique de survivre dans ce monde-là, d’être devenue une idée parmi d’autres. Mais après tout, n’a-t-elle pas ce qu’elle mérite puisque, selon la célèbre thèse de Marcel Gauchet, le christianisme serait la « religion de la sortie de la religion ». C’est lui qui, en séparant Dieu de César, a offert à César un espace qui lui est propre, avec le pluralisme idéologique qui le caractérise et, peu ou prou, remonte dans sa forme contemporaine à 1848, époque où se consolidèrent trois camps, les conservateurs, les libéraux et les socialistes. C’es cadres mentaux demeurent, malgré la vacuité de certains débats politiques actuels. L’idéologie est ainsi, au sens technique du terme, ce qui anime l’espace démocratique. Elle se distingue se distingue de la variété des opinions qui pouvaient prévaloir auparavant, dans des sociétés homogènes et verticales, où il fallait statuer sur le vrai et le faux. Dans cet entretien, Marcel Gauchet, premier titulaire de la chaire du Collège des Bernardins, l’Église, influencée par l’esprit du siècle, a évolué vers la gestion démocratique des pluralités qui la constituent, sans céder au relativisme dont le pape Benoît XVI dénonçait la prédominance.

  • Republication de l'oeuvre majeure de Monseigneur Léonard : « Foi et philosophies » aux éditions des Béatitudes

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    Republication de l'oeuvre majeure de Monseigneur Léonard : « Foi et philosophies » aux éditions des Béatitudes.

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    Un grand "classique" vient d’être enfin réédité ! Paru il y a 35 ans en 1991, le « Foi et Philosophies » de Monseigneur André Léonard vient d’être réédité aux EdB. Pour l’occasion, l’ouvrage a été relu par son auteur, et préfacé avec beaucoup d’intelligence par Emmanuel Tourpe. Avec son savoir académique et la hauteur de son jugement et de son expérience, Monseigneur Léonard éclaire notre Foi à la lumière des 25 plus grands philosophes et théologiens modernes et contemporains, dont il synthétise et organise la pensée selon les trois voies classiques de toute réflexion philosophique : cosmologique, anthropologique et théologique. Une synthèse remarquable et indispensable à tout étudiant, à tout prêtre, à tout enseignant.
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    Recension pour le BLE (Institut Catholique de Toulouse)
     
    Mgr André LEONARD, Foi et philosophies.
     Guide pour un discernement chrétien Préface d’Emmanuel Tourpe, EdB, janvier 2026, 282 pages, 19€
     
    Par le frère Tanguy Marie Pouliquen cb
     
    La réédition de l’ouvrage de référence « Foi et philosophies » de Mgr André Léonard aux Éditions des Béatitudes est une heureuse initiative. Elle permettra, comme elle l’a déjà fait pour une génération de prêtres, religieux, formateurs chrétiens,laïcs en quête de vérité, qui courraient à l’université de Louvain-la-Neuve l’écouter de toute l’Europe à partir des années quatre-vingt, de permettre à une nouvelle génération de bénéficier de l’apport principal de l’ouvrage : unifier la foi et la pensée (tant philosophique que théologique), cela à la suite de saint Augustin, credo ut intellegam, intellego ut credam (je crois pour comprendre, je comprends pour croire) et de l’encyclique Fides et ratio à laquelle l’auteur a participé en amont. La pensée mais aussi l’agir, tant une bonne action est subordonnée à une direction claire. Une claque amicale mais bien réelle aux anti-intellectuels qu’ils soient matérialistes, psychologisants ou spiritualistes.
     
    La préface d’Emmanuel Tourpe met les pendules à l’heure.
     
    Avant de devenir évêque, André Léonard est un grand, et même un très grand philosophe de niveau international, de la carrure d’un Hegel dont il a fait l’analyse précise de sa Logique (1830). Il n’a rien d’un conservateur, étiquette fallacieuse que les médias veulent lui coller à la peau ecclésiastique. Sa manière de réfléchir est plutôt « prophétique ». Sa méthode est dialogale : écouter toujours plus profondément le point de vue philosophique de l’autre, qu’il soit ou non contemporain. Il adopte le même principe que dans son autre ouvrage clé, « Métaphysique de l’être » (2006), scruter jusque dans les jointures ce que l’on peut retenir de bon dans la pensée contemporaine, attitude éminemment aussi spirituelle : vouloir d’abord sauver le point d’autrui pour le respecter. Discerner est le maître mot de son attitude rationnelle, d’où le sous-titre Guide pour un discernement chrétien, avant toute prise de position. Dialoguer pour mieux discerner – un pli de la pensée à retenir pour éviter la polarisation inutile des débats – ce qu’il y a de bon dans les trois axes principaux tant de la philosophie que de la théologie. Une conviction réaliste habite l’auteur : nous parlons toujours d’un quelque part qui concerne des présupposés, cosmologique, anthropologique ou métaphysique.
     
    Il ne convient pas pour l’auteur de choisir l’une de ces trois voies, mais de les laisser mutuellement s’imprégner, à partir de la hauteur la plus grande : la métaphysique de l’être que Léonard puise dans la conception de l’acte d’être de Thomas d’Aquin ou dans une orientation théologique puisée dans l’amour divin avec Hans Urs von Balthasar. L’auteur opère quelques ajouts à l’édition initiale, sur son ami Claude Bruaire trop tôt décédé, et grand initiateur d’une philosophie du don, et sur le théologien suisse de Bâle, Balthasar, car la beauté de l’amour de Dieu irrigue toute l’action de Dieu tant dans les cœurs que sur tout l’univers : Seul l’amour est digne de foi, incipit de sa Trilogie. Léonard n’a pas une pensée de surplomb, prédéfinie. Il ne tranche à partir d’idées hors-sol. Sa pensée est intégrative. La clarté de sa manière de réfléchir, sa pédagogie, plairont. Elle est aussi exigeante.
     
    À partir de chacune de ces trois voies, cosmologique (comprenons, partant du monde), anthropologique (partant de l’homme), métaphysique (partant des fondements), Léonard expose la pensée d’un grand auteur, typique de la voie, la confronte en deux temps à une approche philosophique puis théologique, pour retenir dans la conclusion de chacune des parties le meilleur d’un point de vue chrétien et juger du moins bon. Perspective qui permet au lecteur d’entrer lui-même dans un discernement dynamique et de pendre position, plus librement. La porte d’entrée mais aussi de sortie est finalement métaphysique : l’acte d’être se conjuguant avec l’amour qui vient d’en haut par la Révélation de l’amour divin en Jésus Christ. L’amour au début et à la fin. Au terme de l’ouvrage, l’auteur synthétise son approche : « Les approches cosmologique et anthropologique convergent vers la voie théologale qui les assume respectueusement dans sa perspective esthétique englobante. » La figure objective du Christ, analogia entis concret, synthétise en sa personne les plus hautes aspirations humaines tout en les unifiant.
     
    Un livre à livre pour éviter des années d’errements. Je pense particulièrement aux plus jeunes qui cherchent unifier la pensée, l’être et l’action, tant en raison que par la foi chrétienne, pour leur plus grand bonheur.
  • Foi et raison réconciliées : Michael Ray Lewis, un ancien athée, explore la création

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    De Dante Alba sur zenit.org :

    Foi et raison réconciliées : un ancien athée explore la création

    Dans Universe Designed, Michael Ray Lewis mêle science et foi pour partager son parcours du scepticisme à la conviction chrétienne

    12 février 2026

    Frustré de ne pas pouvoir « réfuter » les croyances chrétiennes comme il l’avait prévu, il a commencé à mener ses propres recherches sur les preuves présentées par les théologiens et les scientifiques chrétiens. Un moment décisif a été sa découverte d’une conférence de l’astrophysicien Hugh Ross qui abordait la création d’un point de vue conciliant science et foi.

    Michael Ray Lewis, producteur, éditeur et cinéaste américain, s’est imposé comme une voix influente à la croisée de la science, de la philosophie et de la foi avec la sortie de son dernier documentaire, Universe Designed. Au-delà de sa qualité cinématographique, ce documentaire témoigne d’une profonde transformation personnelle qui l’a conduit à passer du scepticisme athée à la conviction que l’univers témoigne de l’existence d’un concepteur intelligent.

    Lewis, directeur et fondateur de la société de production Turtle Moon Films, n’a pas toujours eu cette approche. Élevé sans foi religieuse significative, il a vécu jusqu’à l’âge de 26 ans convaincu que la science et la logique suffisaient à expliquer la réalité et que la croyance en Dieu était inutile ou irrationnelle.

    Son scepticisme était, selon ses propres termes, « agressif », remettant en question ceux qui croyaient sans vraiment prendre le temps d’examiner leurs arguments. Le tournant dans la vie de Lewis s’est produit chez lui, plus précisément dans son mariage. C’est sa femme qui a d’abord senti que Jésus l’appelait à revenir à la foi, ce qui a conduit Lewis à l’accompagner à l’église plus par soutien conjugal que par conviction spirituelle.

    Cependant, ce qui semblait au départ être une routine familiale s’est transformée en une impulsion à approfondir des questions qu’il avait auparavant écartées.  Frustré de ne pas pouvoir « réfuter » les croyances chrétiennes comme il l’avait prévu, il a commencé à enquêter par lui-même sur les preuves présentées par les théologiens et les scientifiques chrétiens. Un moment décisif a été sa découverte d’une conférence de l’astrophysicien Hugh Ross qui abordait la création d’un point de vue conciliant science et foi. Cette vidéo a déclenché des années d’études en cosmologie, biologie, histoire et philosophie, jusqu’à ce que Lewis conclue finalement que la foi chrétienne offrait des explications plus solides et satisfaisantes que son ancien naturalisme.

    Après trois ans de recherches intensives, Lewis a pris la décision de donner sa vie au Christ à l’âge de 29 ans, en 2016. Depuis lors, il a consacré sa carrière à partager des preuves qui, selon lui, aident tant les croyants que les sceptiques à envisager la plausibilité d’un univers conçu, au-delà des simples dogmes religieux.

    Foi et raison réconciliées : un ancien athée explore la création | ZENIT - Français

  • Une méditation comparative entre la chute de l’empire occidental actuel et la fin de l’Empire romain

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    La Tragédie migratoire et la Chute des empires - broché - Chantal Delsol,  Livre tous les livres | fnac Belgique

    Un entretien avec Chantal Delsol

    Avec La Tragédie migratoire et la chute des empires (Odile Jacob), la philosophe Chantal Delsol vient de signer un nouvel ouvrage essentiel, en forme de méditation comparative entre la chute de l’empire occidental actuel et la fin de l’Empire romain.

    Avec le compagnonnage de saint Augustin comme professeur de lucidité et d’espérance.

    De Radio Courtoisie :

  • La crise fondamentale de la culture contemporaine et la sagesse de saint Thomas

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    De sur le CWR :

    La crise fondamentale de la culture contemporaine et la sagesse de saint Thomas

    « La division entre l’esprit et la réalité », explique le père Cajetan Cuddy, OP, « et le projet d’auto-création ont engendré la désunion entre nous et tous les autres. »

    Détail d'un vitrail de l'église Saint-Patrick de Columbus, dans l'Ohio, représentant le Christ crucifié s'adressant à saint Thomas d'Aquin. (Wikipedia)
    Note de la rédaction : Cet entretien a été initialement publié le 27 janvier 2020.

    Le père Cajetan Cuddy, OP, est prêtre de la province dominicaine de Saint-Joseph. Il a collaboré à plusieurs publications catholiques et théologiques et prépare actuellement un doctorat en théologie sacrée. Il s'est récemment entretenu avec CWR au sujet de la culture contemporaine et de ses maux, de son propre travail et du thomisme.

    CWR : Pourriez-vous dire quelques mots pour vous présenter à nos lecteurs ?

    Le P. Cajetan Cuddy, OP (portsmouthinstitute.org)

    Père Cajetan Cuddy, OP : Je suis prêtre dominicain de la Province de Saint-Joseph (Province de l'Est, États-Unis). Je termine actuellement un doctorat en théologie sacrée à l'Université de Fribourg, en Suisse. Mes recherches et mes écrits portent sur l'intégration de la philosophie, de la théologie et de la spiritualité dans la pensée de Thomas d'Aquin et la tradition thomiste. Ces intérêts ne sont cependant pas uniquement académiques. Je crois qu'une crise intellectuelle profonde sévit dans notre société. Nous avons soif de sagesse. Je suis convaincu que Thomas d'Aquin et les thomistes sont les meilleurs guides pour ceux qui aspirent à la paix et à l'harmonie dans la pensée et dans la vie.

    CWR : Pourriez-vous nous en dire plus sur la « crise fondamentale » que vous observez dans la société contemporaine ?

    Père Cajetan : Je pense que les divisions qui prévalent dans les conflits sociétaux sont des symptômes de paradoxes individuels chez les personnes humaines, qui, eux-mêmes, manifestent des frustrations intellectuelles dans la connaissance humaine .

    Les observateurs soulignent une désunion de plus en plus marquée au sein de la société moderne . De profonds conflits surgissent autour de la politique, de l'économie, de la religion, de l'origine ethnique et même du genre. Les identités sociales se construisent souvent autour de la figure de l'oppresseur et de la victime : chaque groupe se percevant comme victime de l'agression d'un autre.

    Derrière cette discorde sociale se cache une division antérieure des individus. Les personnes sont non seulement divisées les unes des autres, mais aussi d'elles-mêmes. Les débats sur le genre et l'avortement, par exemple, reflètent ces tensions internes. La simple perspective de changer de genre pour atteindre une authenticité personnelle ou d'interrompre une grossesse au nom du droit à l'avortement révèle une division sous-jacente. Les individus sont divisés par eux-mêmes. Nous cherchons désespérément à nous libérer d'une hostilité que nous ressentons en nous. L'identité personnelle est désormais perçue comme un problème qui ne peut être résolu que par la création d'un autre soi, différent. C'est le paradoxe de l'individu moderne.

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  • Hommage au cardinal Mercier (1851-1926) : thomiste, œcuméniste, mariologue

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    De sur le CWR :

    Hommage au cardinal Mercier (1851-1926) : thomiste, œcuméniste, mariologue

    Philosophe thomiste très respecté qui, en tant que cardinal, résista à l'occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale, il était également connu pour ses efforts œcuméniques et ses pétitions en faveur d'une définition dogmatique de Marie comme Médiatrice de toutes les grâces.

    Statue du cardinal Désiré-Joseph Mercier (1851-1926) par Égide Rombaux, devant la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule de Bruxelles. (Image : Wikipédia)
    Cette année marque le centenaire de la mort du cardinal Désiré-Joseph Mercier de Belgique, décédé le 23 janvier 1926.

    Prêtre, archevêque, cardinal

    Né en 1851 dans le Brabant, région francophone de Belgique, Mercier entre au séminaire diocésain en 1868 et est ordonné prêtre en 1874. Après des études supérieures à l'Université catholique de Louvain, il commence à enseigner la philosophie au petit séminaire de Malines en 1877. L'encyclique  Aeterni Patris du pape Léon XIII, publiée en 1879, apporte le soutien pontifical au renouveau du thomisme, et en 1882, Mercier est nommé professeur de philosophie thomiste à l'Université catholique de Louvain. Avec l'appui de Léon XIII, il fonde l'Institut supérieur de philosophie de Louvain et, en 1894, il lance la revue Néo-scolastique , qui vise à rapprocher la philosophie scolastique des sciences et de la pensée modernes. Figure majeure du renouveau néo-thomiste, Mercier est l'auteur d'ouvrages de métaphysique, de logique, de psychologie et d'épistémologie.

    En 1906, Pie X nomma Mercier archevêque de Malines (Malines, en Flandre), en Belgique. Par cette nomination, il devint primat de Belgique et pasteur d'environ 2,3 millions de catholiques et 3 000 prêtres. En termes d'effectifs, l'archidiocèse de Malines était alors le deuxième plus important au monde après celui de Milan.

    En 1907, Mercier fut nommé cardinal et rejoignit rapidement Pie X dans sa lutte contre le modernisme catholique. Bien qu'opposé aux modernistes, il restait ouvert au dialogue avec des penseurs accusés de modernisme, tels que Maurice Blondel et Marie-Joseph Lagrange, OP. Il prit également contact avec le prêtre jésuite moderniste et suspendu, George Tyrrell. Mercier invita Tyrrell dans son archidiocèse à condition qu'il accepte de soumettre tous ses écrits à son examen et à son approbation. Tyrrell rejeta cette condition et critiqua le cardinal belge, le qualifiant de représentant d'une conception « ultramontaine » dépassée qui étouffait le débat théologique.

    Durant la Première Guerre mondiale, Mercier résista à l'occupation allemande de la Belgique et fut finalement assigné à résidence. Sa lettre pastorale de Noël 1914,  Patriotisme et Endurance, fut accueillie avec enthousiasme non seulement en Belgique, mais aussi aux États-Unis, en Angleterre, en France et dans d'autres pays. Les évêques allemands, mécontents, accusèrent Mercier de violer la position de neutralité du Vatican. Benoît XV, cependant, admirait Mercier et soutint la libération de la Belgique comme condition à la paix. Après la guerre, Mercier reçut de nombreuses distinctions pour sa résistance héroïque à l'occupation allemande. Considéré comme le « pape du Nord », il accepta des invitations à donner des conférences en France, en Espagne, en Autriche, en Angleterre, aux États-Unis et au Canada. Il reçut des doctorats honoris causa, notamment de Harvard, de Princeton et de Yale, et participa au défilé de la victoire de 1919 à New York aux côtés du roi Albert de Belgique.

    Mercier est également resté dans les mémoires pour son soutien aux discussions œcuméniques avec les anglicans, connues sous le nom de Conversations de Malines. Soutenues par Lord Halifax d'Angleterre, ces discussions théologiques se déroulèrent à la résidence du cardinal Mercier entre 1921 et 1925. Bien que ces échanges se soient déroulés dans un climat amical, aucun accord ne put être trouvé sur la signification de la primauté papale ni sur d'autres questions. Le pape Benoît XV (r. 1914-1922) était au courant des Conversations de Malines. Il ne les critiqua jamais, mais ne les approuva jamais non plus. Pie XI (r. 1922-1939) était également informé de ces discussions œcuméniques. Admiratif pour Mercier, il attendit la mort du cardinal en 1926 pour y mettre un terme. Dans son encyclique de 1928,  Mortalium Animos, Pie XI réaffirma la conception catholique de la primauté papale et mit en garde contre les discussions œcuméniques susceptibles de relativiser la doctrine catholique.

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  • Il y a vingt-cinq ans : la mort de Gustave Thibon

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    Du blog du Mesnil Marie :

    2021 - 19 janvier - 2026
    25ème anniversaire du rappel à Dieu de Gustave Thibon

    1) nouvelle publication : la vidéo "il était une foi" >>>

    http://leblogdumesnil.unblog.fr/2026/01/18/2026-9-gustave-thibon-il-etait-une-foi/

    2) La liste de toutes nos publications concernant Gustave Thibon >>>

    http://leblogdumesnil.unblog.fr/2023/01/18/2023-14-retrospectives-des-publications-de-ce-blogue-relatives-a-gustave-thibon-2008-2023/

  • « Nous avons oublié qui nous sommes, ou nous n'aimons pas qui nous sommes, ou les deux. »

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    De sur le CWR :

    L'homme comme "phénomène frontière" : sur la redécouverte de l'image de la nature humaine

    En quoi l’image de l’homme comme  unité de matière et d’esprit, de corps et d’âme, est-elle utile pour contrer le matérialisme, l’individualisme expressif et le transhumanisme ?

    Détail du plafond de la chapelle Sixtine représentant la Création d'Adam (1510) de Michel-Ange (WikiArt.org)
    Qu'est-ce que l'homme ?

    Carl Trueman  affirme  que c'est la question la plus urgente à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui. Paul Kingsnorth semble partager cet avis ; dans son ouvrage récemment paru,  Contre la machine, il déclare : « Nous avons oublié qui nous sommes, ou nous n'aimons pas qui nous sommes, ou les deux. »

    Oui, en quelque sorte les deux. Et certains d'entre nous n'aiment pas qui ils sont  parce  qu'ils ont oublié qui ils sont.

    Trueman affirme – à juste titre – que la nature humaine a été « démantelée, désenchantée, désincarnée et profanée ». Il suggère des pistes potentiellement fructueuses pour tenter de répondre aux trois premières atteintes modernes à la nature humaine, mais il minimise trop rapidement notre capacité à contrer la profanation de l'homme. Son argument est le suivant :

    L’absence de consensus social sur l’existence de Dieu, sans parler des dogmes et pratiques religieuses, empêche tout consensus sur une conception de la nature humaine fondée sur l’image divine. Ce manque de consensus est problématique, car la réponse à la profanation de la nature humaine doit être sa consécration, et la consécration doit s’inscrire dans un contexte religieux. Face à la sécularisation de notre société contemporaine, les chrétiens doivent faire preuve de modestie quant à l’étendue de leur action.

    Certes, dans la société laïque actuelle, nombreux sont ceux qui rechignent à envisager la possible véracité d'une des affirmations fondamentales de l'anthropologie chrétienne (et juive) : l'être humain est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1, 26-27). Mais d'autres représentations de l'homme pourraient alimenter les débats sur le « nouvel humanisme » prôné par Trueman ; des représentations auxquelles les laïcs seraient peut-être plus réceptifs, mais qui pourraient néanmoins contribuer à orienter ces discussions, même si c'est de manière progressive et imperceptible au départ, vers la reconsécration de l'homme.

    L'une de ces images serait celle de l'homme comme  méthorion  ou « phénomène frontière ». L'homme se situe de manière unique à la frontière entre le corps et l'esprit, la matière et l'âme, l'objet et le sujet, le fini et l'infini. Comme l'a noté Hans Urs von Balthasar, l'image de l'homme comme phénomène frontière se retrouve, sous une forme ou une autre, dans pratiquement toutes les philosophies et religions. Dans la formulation de l'Église catholique, l'homme est « l'unité de l'âme et du corps ».

    L'image de l'homme comme phénomène frontière semble particulièrement pertinente dans les débats contemporains sur la nature humaine. Cela tient en partie au fait que cette image est impliquée non seulement dans la profanation de l'homme, mais aussi dans le démantèlement, le désenchantement et la désincarnation de la nature humaine tels que décrits par Truman, et pourrait ainsi contribuer à répondre aux quatre atteintes contemporaines à notre identité humaine.

    L'image de l'homme comme phénomène frontière est également très pertinente pour les trois courants intellectuels/culturels qui ont le plus nui à notre compréhension contemporaine de la nature humaine : le matérialisme, l'individualisme de l'affirmation de soi et le transhumanisme.

    Les matérialistes affirment que nous ne sommes rien d'autre que notre corps, l'esprit/la conscience n'étant qu'un épiphénomène des processus biochimiques.

    Les individualistes de l'affirmation de soi veulent affirmer, simultanément (et donc de manière incohérente), que nos corps ont et n'ont aucune importance pour établir ce qu'est un homme (par exemple, en soutenant que le « genre » d'une personne est ce que la personne croit être, indépendamment de son corps, tout en défendant l'importance cruciale de la possibilité pour cette personne de modifier son corps par le biais d'hormones, de chirurgie, etc., dans le but de faire correspondre son corps à son « genre » perçu intérieurement).

    Les transhumanistes cherchent un moyen de nous séparer complètement des « limites » de notre corps, ce qui pourrait être réalisé grâce à des techniques telles que le téléchargement de l'esprit humain dans le nuage numérique (ce qui, soit dit en passant, nécessiterait toujours un support physique pour accueillir ces « esprits »).

    L'image de l'homme comme une  unité de matière et d'esprit, de corps et d'âme, est utile pour contrer ces trois courants de pensée déshumanisants dans la société contemporaine, ainsi que la confusion générale sur la nature humaine qui semble si répandue aujourd'hui.

    Mais comment aborder efficacement une telle image de la nature humaine, en tenant compte de la résistance que tant de penseurs laïques manifestent instinctivement dès qu'un sujet, même vaguement lié à Dieu, au christianisme ou à un royaume transcendant, est évoqué ? Voici quelques pistes de réflexion :

    • Inspirez-vous des  arguments  de Thomas Nagel (qui est lui-même athée) selon lesquels le matérialisme ne parvient pas à rendre compte d'aspects aussi centraux de la vie humaine que la conscience, le sens et la valeur.
    • Analysez comment l'homme est un être fini ouvert à l'infini, comme l'ont notamment souligné Thomas d'Aquin.
    • Incorporer l’image de l’homme comme « microcosme » (l’« incarnation du monde »,  l’être qui  « récapitule ontogénétiquement en lui-même, couronne et transcende toutes les formes de la nature » ), une image étroitement liée à l’image de l’homme comme être liminal et qui a été défendue par divers penseurs, dont Plotin, Origène, Augustin, Grégoire le Grand, Maxime le Confesseur et Bonaventure.
    • Il convient de s'intéresser au statut de l'être humain à la fois sujet  et  objet, comme le soulignent Kant, Hegel et, plus récemment, Roger Scruton. Ce dernier explique  comment cette conception de la nature humaine peut révéler ce qu'il nomme notre « difficulté métaphysique », une situation à laquelle, reconnaît-il, « Dieu est la seule solution ».
    • Enfin, parce que certaines personnes ne sont pas sensibles à ce qu'elles percevraient probablement comme des arguments « académiques » sur la nature humaine, nous devons trouver des moyens d'explorer et de réfléchir sur la nature humaine en tant que « phénomène frontière » dans la culture populaire (films, musique, littérature, art, etc.).

    Ce ne sont là que quelques exemples de la manière dont une redécouverte de l'image de la nature humaine comme « phénomène frontière » pourrait contribuer, même modestement, à la reconsécration de l'homme dans la société contemporaine.


    Richard Clements écrit et intervient sur la foi catholique, en particulier sur la théologie de Hans Urs von Balthasar et son application à la vie chrétienne et à l'évangélisation. Il est l'auteur de deux ouvrages : * The Meaning of the World Is Love: Selected Texts from Hans Urs von Balthasar with Commentary* (Ignatius Press, 2022) et * The Book of Love: Brief Meditations * (En Route Books, 2023). Il collabore également avec Word on Fire Catholic Ministries. Titulaire d'un doctorat en psychologie clinique de l'Université Purdue et d'un certificat en ministère ecclésial laïc, il a enseigné la psychologie dans plusieurs universités. Pour en savoir plus sur ses travaux, consultez RichardClements.org .
  • À propos du « Joyeux » dans les souhaits de Nouvel An

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    De Francis X. Maier sur The Catholic Thing :

    À propos du « Joyeux » dans les souhaits de Nouvel An

    Pascal Bruckner, philosophe politique, est une figure classique de l'intellectuel français. Élevé dans la foi catholique et formé dans des écoles jésuites, sa pensée d'adulte est résolument laïque. Il possède néanmoins une intelligence vive, une plume acérée et un scepticisme mordant. Et, à son crédit, il n'hésite pas à l'appliquer avec vigueur à une multitude d'idées reçues – y compris cette modernité dénuée de toute notion de Dieu dont il est lui-même un produit.

    L'une des principales cibles de Bruckner est le culte du bonheur factice qui, selon lui, domine notre époque. D'une part, il soutient que la foi religieuse infantilise ses adeptes. « Il est typique du christianisme », écrit-il, « d'avoir dramatisé à l'excès notre existence en la soumettant à l'alternative entre l'enfer et le paradis… Réussite ou échec : le paradis est structuré comme une école. »

    Les péchés insignifiants de notre minuscule monde – demande Bruckner avec dérision – peuvent-ils mériter un tourment infiniment disproportionné dans l’autre ? Pourtant, il constate simultanément que le rejet de Dieu par l’homme n’a pas engendré la liberté, mais un univers vulgaire de publicité. En réalité, ce qui a été libéré par la prétendue émancipation psychique et sexuelle de l’humanité, « c’est moins notre libido que notre appétit pour la consommation illimitée ».

    Pour Bruckner, nous ne sommes guère plus que les « galériens du plaisir ». Chaque nouvelle distraction, chaque gadget, chaque merveille technologique enfonce davantage notre hédonisme dans sa propre punition épuisante.

    Les cultures passées acceptaient la souffrance comme un élément normal, souvent porteur de sens, de la vie. Le bonheur était perçu comme fragile et éphémère. La joie véritable était exceptionnelle. Pour Bruckner, notre époque, surtout en Occident, a bouleversé cette conception. On attend de nous – en réalité, le marketing omniprésent nous l’ordonne – que nous soyons satisfaits du déluge d’options qui nous est proposé.

    Quand nous ne le sommes pas, nous sommes des ratés, voire pire, des déviants. Les « journées Honda heureuses » deviennent un sacrement de la période des fêtes. Par conséquent, malgré une multitude de preuves du contraire dans le monde réel, nous nous obstinons à afficher un optimisme forcé ; nous sommes « les premières sociétés au monde à rendre les gens malheureux, et non à les rendre heureux ».

    Au final, la modernité a « suscité des espoirs si élevés chez l’homme qu’elle ne peut que le décevoir ». Et cela constitue une amère revanche pour les religions : « Elles sont peut-être en mauvaise posture, mais ce qui leur a succédé ne se porte pas mieux. »

    C'est vrai. Bruckner est un homme de caractère. On ne le prendrait pas pour un enfant de chœur. Son absence de foi religieuse ressemble étrangement à une forme d'aveuglement volontaire. Et malgré (ou peut-être à cause de) son éducation jésuite, sa compréhension du christianisme semble à peine adolescente.

    Mais en ce dernier jour de l'année écoulée, à l'aube de la nouvelle, les réflexions de Bruckner méritent d'être prises en compte. Ce soir, partout dans le monde, on se souhaitera une bonne année. Pourtant, chez les Maier, les lumières seront éteintes dès 22 heures. L'idée de célébrer la chute d'une boule électrique géante à minuit à Manhattan pour accueillir un nouveau mois de janvier, synonyme de gueule de bois, n'a rien d'enchantant.

    Que peut donc bien signifier le « bonheur » à une époque de bruit et d’excitation artificielle, une époque, ce n’est pas un hasard, marquée par l’anxiété et les conflits ? Et qu’en est-il de la joie ? Nous sommes encore en période de Noël, qui célèbre précisément le thème de la « joie au monde ».

    Pour C.S. Lewis comme pour J.R.R. Tolkien, bonheur et joie sont liés, mais restent fondamentalement différents. Cela transparaît clairement dans leurs œuvres de fiction et autres écrits. Chez Tolkien, le bonheur est toujours, d'une certaine manière, désintéressé. Il découle du fait d'agir avec droiture, même au prix de grands sacrifices. Il est indissociable du sacrifice, de l'amitié, du service fidèle, de l'accomplissement de sa vocation et de la jouissance des plaisirs simples de la nature. Lewis, quant à lui, concevait le bonheur comme une satisfaction terrestre, fruit du succès, de la camaraderie, des plaisirs innocents et du confort essentiel.

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  • Anticatholicisme : À la découverte de quelques monstres modernes

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    De sur The Catholic Thing :

    À la découverte de quelques monstres modernes

    Samedi 6 décembre 2025

    Lorsqu'un journaliste demanda au romancier américain Walker Percy pourquoi il s'était converti au catholicisme, il répondit, avec son franc-parler légendaire : « Que faire d'autre ? » Son intelligence et son esprit analytique l'empêchaient de se montrer désinvolte. Il savait que les autres religions et philosophies, même si elles pouvaient receler des éléments de vérité et de sagesse, ne pouvaient satisfaire la soif humaine d'une vision globale qui embrasse toutes les exigences et les aléas de l'existence terrestre, et qu'elles contenaient souvent des erreurs et les germes de comportements déviants. Sans compter que certaines étaient, par nature, farouchement anti-catholiques.

    Dans son dernier ouvrage, « Monstres modernes : Les idéologues politiques et leur guerre contre l’Église catholique », George Marlin met en lumière les aspects les plus obscurs de l’anticatholicisme qui ont imprégné la pensée de cinq siècles de religieux, philosophes, militants et hommes politiques influents. Comme le titre l’indique, ce livre ne vise pas à promouvoir le dialogue œcuménique ni à jeter des ponts entre les camps opposés. Il s’agit d’une analyse clinique des maux du monde moderne, de leurs causes et, implicitement, des solutions nécessaires à leur guérison.

    S'appuyant sur une abondance de citations de sources primaires et secondaires – qui, à elles seules, justifient la lecture de cet ouvrage –, Marlin brosse des portraits saisissants de plus d'une douzaine de penseurs éminents dont les idées et l'anticatholicisme virulent ont façonné notre culture, le plus souvent à notre détriment. Qu'il écrive sur Martin Luther ou Machiavel, ou, plus près de notre époque, sur les nazis, les fascistes et les communistes, on retrouve à maintes reprises illustrés les propos du pape Pie XI dans son encyclique de 1937, Mit brennender Sorge :

    Quiconque exalte la race, le peuple, l'État, une forme particulière d'État, les dépositaires du pouvoir ou toute autre valeur fondamentale de la communauté humaine – aussi nécessaire et honorable que soit leur fonction dans les affaires du monde – quiconque les élève au-dessus de leur valeur normale et les divinise jusqu'à un niveau idolâtre déforme et pervertit un ordre du monde planifié et créé par Dieu : il est loin de la vraie foi en Dieu et des conceptions de la vie que cette foi soutient.

    L'ouvrage documente également l'assurance quasi mégalomaniaque des propagateurs de ces idées idolâtres, persuadés que leur mise en œuvre mènerait à un monde bien supérieur à celui que nous connaissons, voire à un paradis terrestre. En bref, la plupart des individus décrits par Marlin se révèlent être des utopistes qui, face à l'opposition à leur vision, se muent en totalitaires déterminés à anéantir tout ce qui entrave la réalisation de leur société idéale.

    Cela explique leur hostilité invariable envers l'Église catholique, toujours prêts à combattre la tendance des idéologues à réduire l'individu à un simple moyen ou à un rouage de la machine et, avec un réalisme parfait, à affirmer également qu'aucun individu ni groupe n'est capable de créer le paradis dans ce monde déchu.

    Du début à la fin, Marlin se heurte à ceux qui, absolument certains de leur vision d'un monde parfait, ne tolèrent aucune opposition à la mise en œuvre de leurs plans. Comment le pourraient-ils ? Ils se sont arrogé le rôle de Dieu, mais sans sa miséricorde ni son amour. Quiconque s'oppose à eux doit être éliminé par tous les moyens. Leur arrogance est stupéfiante.

    Martin Luther, qui a compris la Bible comme personne auparavant.

    Machiavel, le premier à avoir perçu la véritable nature de la politique.

    Thomas Hobbes, qui souhaitait remplacer l'Église catholique par une Église du Commonwealth fondée sur la science.

    Les idéologues des Lumières, qui avaient perçu la vérité derrière tout ce qui avait précédé, ont jeté les bases de la Terreur de la Révolution française.

    Jean-Jacques Rousseau, qui affirmait la bonté naturelle de l'homme et le mal inhérent à la civilisation.

    Les libéraux du XIXe siècle, qui pensaient que l'homme était perfectible par des moyens scientifiques et purement rationnels.

    Georg Wilhelm Friedrich Hegel, qui pensait avoir découvert le secret pour déchiffrer le code de l'histoire.

    Auguste Comte, qui prétendait fonder une nouvelle Église de l'Humanité.

    Karl Marx, qui a combiné la dialectique de Hegel avec le matérialisme de Comte, a inspiré la montée du communisme athée et le massacre de millions de personnes.

    Les fascistes européens, qui vénéraient l'État et s'étaient eux-mêmes confortablement installés à sa tête.

    Hitler et les nazis, qui vénéraient leur sang et leur race, considéraient tous les autres comme des sous-hommes et, par conséquent, comme des êtres jetables.

    Les révolutionnaires de la justice sociale du XXe siècle, qui nous ont apporté la révolution sexuelle, la théorie critique de la race et la théorie critique du genre.

    Tous infectés par un égocentrisme titanesque, sûrs de leur propre rectitude, intolérants à toute opposition ; tous parfaitement à l'aise avec l'élimination, d'une manière ou d'une autre, de ceux qui s'opposent à eux, leur fin grandiose justifiant les moyens les plus abominables.

    Le livre de George Marlin n'est pas une lecture réjouissante. Les spécialistes de l'un ou l'autre de ses sujets pourraient contester certaines de ses caractérisations et conclusions. Cependant, son thème central, l'hostilité manifeste envers le catholicisme chez ceux dont il examine la vie et la pensée, est difficilement réfutable et devrait, à tout le moins, ouvrir un débat important.

    Hélas, les woke et autres idéologues contemporains semblent peu intéressés par une telle discussion. Ils sont comme la reine de Blanche-Neige , malheureux et remplis de haine envers quiconque ou quoi que ce soit qui oserait suggérer qu'ils ne sont pas les plus beaux de tous. Tant pis pour eux. Tant pis pour notre société.

    Je dirais du livre de Marlin : « Lisez-le et pleurez », mais je ne veux décourager personne de le lire. Permettez-moi donc de terminer sur une note d'espoir en citant, comme le fait Marlin, le grand historien catholique Christopher Dawson :

    Inévitablement, au cours de l'histoire, il arrive des moments où l'énergie spirituelle [de l'Église] est temporairement affaiblie ou obscurcie… Mais vient toujours un moment où elle renouvelle ses forces et met de nouveau son énergie divine inhérente au service de la conversion des nouveaux peuples et de la transformation des anciennes cultures.

    Puisse le livre de George Marlin contribuer à l'avènement prochain de ce temps.

  • Marcel De Corte à l'honneur aux éditions de l'Homme Nouveau

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    "Collection Marcel De Corte" :

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    Descartes Philosophe de la ...

    20,00 €

    Descartes Philosophe de la modernité

    Marcel De Corte

    Préface d´Arnaud Jaÿr

    Octobre 2022. 226 pages

    Qui n’a pas entendu dire que les Français étaient un peuple cartésien ? Mais qu’est-ce qu’être cartésien exactement ?

    En plongeant au cœur de la philosophie de René Descartes, Marcel De Corte montre qu’il ne s’agit pas tant de donner à la raison toute sa place que d’opérer une rupture radicale avec l’héritage reçu des Anciens, dans une conception prométhéenne de l’homme à l’origine de la modernité et qui postule qu’il peut agir sur l’ordre naturel, la société et l’être humain lui-même.

    Collection Marcel De Corte

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    Philosophie de l'économie

    25,00 €

    Philosophie de l'économie

    Marcel De Corte

    Introduction d’Adrien Peneranda

    282 pages. Octobre 2024

    Philosophe aristotélicien, Marcel De Corte (1905-1994) s’est confronté toute sa vie aux questions contemporaines et notamment à la place et au rôle de l’économie dans nos sociétés modernes. Les réflexions qu’il propose dans cet essai inédit sont destinées aux (futurs) chefs d’entreprise, aux cadres et plus largement à tous ceux qui transforment la matière en utilités économiques. Il pointe notamment l’influence grandissante des techniques qui, dans le domaine de la production, se libère de plus en plus de la finalité de l’économie.

    Collection Marcel De Corte

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    Les mutations de l'Église au ...

    25,50 €

    Les mutations de l'Église au XXe siècle

    Marcel De Corte

    Introduction de Mère Marie-Geneviève Rivière

    Novembre 2025, 538 pages

    Les textes et les analyses du célèbre philosophe sur la crise traversée par l’Église après le concile Vatican II, telle qu’il a pu la vivre à son rang de laïc engagé et d’intellectuel catholique intervenant dans les débats de l’époque. Après d’autres, il s’agit là d’un témoignage historique sur une époque difficile pour l’Église.

    Collection Marcel De Corte